mardi, janvier 31, 2006

Un petit mot de Baverez

Extrait d'un article

1. La mondialisation n'est pas une loi d'airain universelle mais obéit à un mouvement dialectique : loin de s'uniformiser, la planète se radicalise en même temps qu'elle se rétrécit, les identités s'exacerbent et les sociétés divergent en même temps que les économies s'interpénètrent.

2. Les Etats-Unis doivent tirer toutes les conséquences des échecs stratégiques et des impasses de l'idéologie néo-conservatrice, en redécouvrant le prix de l'unité des démocraties et en réintégrant la dimension politique dans la lutte contre le terrorisme - ce qui passe par le soutien des forces libérales au sein du monde arabo-musulman qui constituent le véritable antidote à l'islamisme radical. [je ne suis que partiellement d'accord : je pense que le gouvernement Bush a fait de graves erreurs mais qu'il y a de bonnes choses tout de même]

3. Les risques sur l'environnement mais aussi les menaces géopolitiques imposent de redéfinir au plus vite les stratégies énergétiques occidentales autour de l'impératif de réduction de la dépendance, en combinant la diversification des sources d'approvisionnement, la relance du nucléaire et des énergies alternatives, les économies d'énergies et l'effort de recherche. [A mes yeux, les économies d'énergie sont une priorité économique et sécuritaire, qui en parle sérieusement ? (Ne me dites pas les écolos)]

4. Le patriotisme économique, placé sous le signe du protectionnisme, démontre une nouvelle fois son inefficacité, qui le réduit à une ligne Maginot dérisoire face à la mondialisation : la seule protection pérenne est à chercher dans un effort permanent de compétitivité du territoire et des entreprises dans la concurrence mondiale.

5. Le contraste n'a jamais été plus saisissant entre le besoin d'une Europe forte et le spectacle indigne autant que dérisoire d'une Union se déchirant sur les taux réduits de TVA, symbole d'une déconstruction communautaire dans laquelle la France de Jacques Chirac porte une responsabilité de premier plan.

lundi, janvier 30, 2006

Commémoration de l'abolition de l'esclavage

Je ne me sens pas concerné; même si l'abolition de l'esclavage est du à des libéraux.

L'esclavage et son abolition ne sont pas à mes yeux des éléments marquants de l'identité française. Qu'une campagne médiatique tende à faire croire le contraire ne me touche pas.

Mais le gauchiste Chirac ne peut s'empêcher de céder à son tropisme : ne pas choisir et essayer de faire plaisir à tout le monde. Il donne droit à une revendication communautariste qu'il aurait du ignorer.

Arcelor contre Mittal Steel

Le gouvernement ne peut pas faire grand'chose et, au fond, c'est tant mieux, même si j'espère qu'Arcelor s'en sortira.

Quant à dire que l'acier est stratégique, il ne faut pas se foutre du monde : le marché est très peu concentré : Mittal + Arcelor ne ferait que 15 % du marché.

On me dira : "Et les milliards de subventions mis dans la sidérurgie ?"

Je suis contre les subventions quelles qu'elles soient, je suis cohérent, que les étatistes plus ou moins avoués assument leurs contradictions, y compris ceux du patronat.

dimanche, janvier 29, 2006

Un paradis libéral ?




La république des escartons, exemples d'État minimum

Compte rendu de la soirée du 16 février 2002 avec Gilbert Fournier.

Lumières Landaises n° 43.

Perché au sommet des Alpes de part et d'autre des versants français et italiens, le pays dont nous allons parler s'inscrit dans un triangle équilatéral de 90 km de côté, à l'intérieur du triangle formé par les villes de Grenoble, Gap, et Turin. Son altitude va de 900 à 4102 mètres (Barre des Ecrins). Il contient la ville la plus haute d'Europe, Briançon, à 1400 mètres, longtemps plus importante que Grenoble, et le village le plus élevé, Saint-Véran, à 2050 mètres. "Des montagnes qui touchent aux nues, des vallées qui descendent aux abîmes", écrira Vauban.

Au moment où cette histoire commence, en 1343, cette contrée contient 7 200 foyers, soit 30 à 40 000 habitants, répartis sur une cinquantaine de communautés villageoises autour de Briançon. C'est une population vaillante et entreprenante. Dans ces lieux inhospitaliers, difficilement gouvernables par un pouvoir central, les municipalités avaient peu à peu pris le pas sur les féodaux. Tous les ans, à la Chandeleur (le 2 février), les chefs de famille du village se réunissaient pour désigner leur "consul". Un notaire ou un avocat circulait auparavant dans les familles et interrogeait discrètement les chefs sur les candidats possibles. Celui qui avait le plus de voix était désigné, quelquefois à son corps défendant. Mais il ne pouvait refuser. Il devait même déposer une caution de 200 écus - restitués avec intérêt à son départ - car il était responsable sur ses deniers du recouvrement de l'impôt et de l'excédent des dépenses sur le budget prévisionnel ! S'il avait moins de 25 ans, même marié, son père devait le cautionner. En contrepartie, il disposait de pouvoirs étendus et ses décisions étaient rarement critiquées.
Le consul était désigné pour un an seulement, et il ne pouvait être désigné à nouveau qu'au bout de cinq ans. Il était entouré d'adjoints qu'il choisissait lui-même, ou dans certains villages, qui étaient eux aussi désignés par les chefs de famille. Les adjoints étaient spécialisés. Il y avait par exemple celui qui s'occupait de la préservation des forêts, ou celui qui s'occupait des problèmes de l'eau, appelé "le mansier".

Au mois de mai de l'an 1343, 18 hommes mandatés par les municipalités, dévalent leur sentier muletier pour se rendre fort loin dans la plaine, à 180 km, où les attend Humbert II, le maître du Dauphiné, en son château de Beauvoir. A cette époque, le Dauphiné est un État, et son souverain se nomme "Le Dauphin". Sa cour est fastueuse, il dépense au delà de ses revenus. Après 10 ans de règne, criblé de dettes et sans descendance, il s'apprête à céder le Dauphiné au roi de France.

[Le Dauphin Humbert II vendra effectivement le Dauphiné au roi de France Philippe VI de Valois en 1349. A partir de là, la province sera systématiquement donnée en apanage à l'héritier présomptif de la couronne, qui portera pour cette raison le titre de Dauphin. Telle est l'origine de l'utilisation du mot dauphin pour désigner l'héritier de la couronne.]

C'est alors que les gens du grand briançonnais, redoutant cette cession, profitent qu'Humbert II est financièrement aux abois pour lui proposer d'acheter leur affranchissement. L'ultime transaction se déroule le 29 mai 1343 au château de Beauvoir, en présence de nombreux dignitaires, comme l'évêque de Grenoble, dont la présence est destinée à authentifier l'accord. Celui-ci est établi en latin par le notaire Guigues Froment sur deux grandes peaux de mouton réunies.

Par cet acte, le Dauphin, moyennant une somme de 12 000 florins d'or, et une rente annuelle de 4000 ducats,

- confirme les libertés, franchises et coutumes admises ou concédées par lui ou ses prédécesseurs ;

- abandonne tous les services féodaux, et toutes les redevances, à l'exception de la gabelle du bétail à laine, et des droits attachés à sa dignité de Dauphin ;

- reconnaît de nouvelles et décisives franchises personnelles et municipales ;

A peu de choses près, il s'agit ni plus ni moins que de l'achat de leur liberté et de leur indépendance par les habitants du grand Briançonnais. Ainsi jusque là, les réunions du conseil municipal étaient soumises à l'autorisation d'un officier delphinal. Elles ne dépendent plus maintenant que du consul ou dans certains cas d'une demande des villageois.

Chaque municipalité gère au plus près les aspirations de ses administrés, et entretient la solidarité. Ainsi le village d'Arvieu décida que lorsque les hommes iraient faucher les prairies d'altitude, la première journée serait pour les veuves et les orphelins. Dans certains villages, lorsqu'un habitant perdait une vache ou un mulet, bêtes précieuses, la perte était répartie entre les habitants au prorata du bétail possédé. Lorsqu'une maison est construite ou remise en état, une corvée municipale est organisée pour la coupe du bois et le transport des matériaux. En cas d'incendie, la municipalité organise une quête pour les victimes.

Entre les communautés d'une même vallée, il existe un système de répartition des charges, ainsi que des tâches dépassant les moyens d'une seule commune (chemins, irrigation, endiguement, etc...). Ce système est appelé "escartonnement", mot dont l'origine est incertaine. Par extension, on appelle Escarton la communauté des habitants d'une même vallée. Il y en a cinq qui sont respectivement

L'escarton de Briançon, groupant 12 communes

L'escarton du Queyras, groupant 7 communes

L'escarton de l'Oulx (Ours), groupant 21 communes

L'escarton de Vaucluson, ou Pragelas, groupant 7 communes

L'escarton de Château-Dauphin, groupant 4 communes

Soit un total de 51 communes formant un ensemble appelé "Le Grand Escarton"

Le Grand Escarton désigne à la fois l'ensemble territorial de ces 5 escartons et la réunion à Briançon de leurs délégués, appelés aussi "députés". Ces derniers ne peuvent statuer dans les affaires importantes qu'après en avoir référé à leur escarton, lequel, s'il l'estime nécessaire, consulte ses consuls qui à leur tour pourront consulter les chefs de famille.

Lorsque l'importance de l'affaire justifie ce va et vient, ce n'est pas le député qui a instruit l'affaire qui traitera, mais un autre député qui sera dépêché pour conclure ou signer.
Et c'est devant le Grand Escarton que nos 18 compères-députés-mandataires viendront rendre compte à leurs commettants de leur mission à Beauvoir, en cette année 1343, l'année la plus faste pour ces Briançonnais qui devenaient d'un seul coup "Hommes libres, Francs Bourgeois".

Il n'y a pas de liberté sans propriété, faisait observer Bastiat. Dès l'article premier de la charte signée par le Dauphin, il est stipulé que tous les habitants des deux sexes sont habilités à posséder. L'article 16 conforte cette disposition en reconnaissant expressément à chacun le droit de cession ou de donation sans l'autorisation ou le consentement de quiconque.

C'est l'extinction de la féodalité, déjà entamée par des achats répétés d'îlots de libertés : achat en 1244, sous Saint-Louis, pour 5500 sous, d'une charte protégeant de toute taille arbitraire ; rachat au Dauphin de canaux en 1255, etc.

C'est aussi l'extinction sans conflit de la noblesse. Avant 1343, les nobles, pratiquement dépourvus de pouvoir féodal, abusaient de celui que leur conférait la position très recherchée d'officier delphinal : viguier, bailli, etc. D'où des conflits fréquents qui disparaissent. Des nobles quittent les escartons au cours des deux siècles suivants après avoir réalisés leurs biens. Mais certains reviendront. Dans quelques villages, en 1346, certains auraient obtenu des indemnités compensatrices afin d'être ensuite astreints à l'impôt commun. Tous ceux qui restent ou reviennent se mêlent sans plus de façons à la bourgeoisie. En vertu de leur entregent et de leur savoir, ils seront souvent élus consuls. On notera que tout cela s'est passé 450 ans avant une certaine nuit du 4 août.

Cette évolution de tous vers plus de liberté entraîne à la fois plus d'individualisme et plus de solidarité réelle à l'intérieur de sa communauté, ce qui n'est pas fait pour surprendre les libéraux. Vers 1710, l'ingénieur militaire La Blotière, en tournée d'inspection écrit cette description : "Quoique ces peuples soient d'une grande liaison, cependant, de particulier à particulier, il ne se trouve pas plus d'union parmi eux qu'ailleurs, même moins, mais d'abord qu'il s'agit de l'intérêt public, ceux qui étaient prêts à se battre et qui se déchiraient par des calomnies outrageantes, se réunissent à l'instant et paraissent d'une concorde admirable.

Cela fait qu'il y a très peu d'affaires, quelqu'épineuses qu'elles soient, dont ils ne viennent à bout."

Ces communautés édictaient leur propre règlements de police. Elles élisaient des juges qui statuaient sur les contraventions en se référant aux coutumes locales. Ainsi la commune d'Arvieu ne reconnaissait pas la prescription trentenaire.

La composition et les modalités de désignation de cette magistrature municipale se forgea à l'usage. Initialement, les juges étaient renouvelés tous les ans, comme les consuls. Puis ils furent renouvelés par moitié tous les deux ans afin que les anciens puissent initier les nouveaux.
Ces tribunaux ont fonctionné jusqu'en 1790, malgré l'abolition de toutes les justices municipales prononcée dès 1556 par une ordonnance royale. Elle n'a jamais été exécutée dans le Briançonnais ! Les affaires étaient jugées sans délai, selon des codes municipaux élaborés au fil des ans, appropriés aux besoins et usages locaux, approuvés par le suffrage des foyers. Les jugements n'étaient pas homologués au nom du Roi, mais il ne vint à l'esprit d'aucun Briançonnais de les contester auprès de l'autorité royale entre 1556 et 1790.

Étant tous "Hommes-libres-francs-bourgeois", les Briançonnais avaient tous le droit de chasse et le droit de porter des armes. Leurs différents privilèges en faisaient une classe intermédiaire entre les roturiers et les nobles, ce qui ne manquait pas d'attirer des personnes extérieures aux escartons. Mais il y avait des conditions pour devenir citoyen Briançonnais : un "contrôle de l'immigration" en quelque sorte. Le candidat devait faire une demande devant le conseil du Bourg, qui statuait après enquête sur ses moeurs et qualités. Il devait habiter au Bourg ou y posséder un immeuble, avoir des moyens d'existence, et au début au moins, fournir l'équipement complet d'un homme de guerre et payer une certaine somme. Par la suite l'armement ne fut plus exigé, mais la somme augmentée. Elle variait entre 120 et 300 livres suivant la fortune du requérant, et en sens inverse, selon les services qu'il était susceptible de fournir. Ainsi un prêtre fut-il accepté pour 50 florins, payables en 5 ans. Ces conditions remplies, il était attribué à l'impétrant le titre de combourgeois. Au début, les combourgeois ne pouvaient accéder à la fonction de consul. Plus tard, la règle fut assouplie et ils purent y accéder au bout de six ans.

Comme partout et toujours, la liberté engendra la prospérité. Il y avait trois grandes foires franches, dont une internationale, qui attirait des marchands depuis la Hollande, les cités de la Ligue Hanséatique, des Cités Italiennes et de l'État Pontifical d'Avignon. Les escartons prenaient des mesures extraordinaires pour assurer la sûreté des voyageurs.

Voici l'opinion de l'intendant du Dauphiné dans son mémoire de l'année 1689 :

"Les peuples du Briançonnais... ordinairement avec les plus faibles commencements que l'on puisse imaginer, acquièrent par leur application des richesses considérables. Le moyen qu'ils emploient communément à cette fin est le commerce, qu'ils vont faire indifféremment en France, en Italie, en Espagne, et même au Portugal".

Alors que de nombreuses ordonnances royales interdisaient, avec une extrême rigueur le cours et l'usage des monnaies étrangères, ces libéraux tenaces ont obtenu durant plus de deux siècles une exception à la règle générale.

L'enseignement, pourtant prodigué à tous les enfants, était organisé suivant des modalités qui donnent à réfléchir. Les instituteurs proposaient leurs services sur le marché ! "C'est même une chose curieuse, disait un préfet en l'an X avec émerveillement, de voir, dans les foires d'automne, ces instituteurs couverts d'habits grossiers, se promener dans la foule, au milieu des bestiaux, ayant sur leur chapeau une plume d'oie, qui indique, et leur état, et leur volonté de se louer pour l'hiver moyennant un prix à convenir." Une plume d'oie indique l'aptitude à enseigner la lecture et l'écriture, deux plumes l'arithmétique et les sciences naturelles, trois plumes le latin en plus.

Chaque municipalité nommait ses instituteurs après examen ou concours fin septembre ou début octobre. Ainsi l'article 17 d'un règlement de Briançon de 1624 disait : "Nul ne sera reçu en cette ville pour maître d'école, qu'il n'ait été examiné par deux avocats et un bourgeois commis par le conseil ; comme aussi seront ses gages résolus en conseil". Souvent, la notoriété dispensait de comparaître, mais il suffisait qu'un seul parent conteste pour que l'examen soit exigé. La compétence se payait. Les rémunérations pouvaient aller du simple au quintuple.

Chaque famille était tenue de payer "l'écolage". Toutes mettaient un point d'honneur à l'acquitter, si modestes fussent-elles. Celles qui ne pouvaient vraiment pas en étaient discrètement dispensées. Au chef-lieu, la classe avait lieu dans la salle servant aux réunions du conseil. Dans les villages, elle se faisait... dans une étable, à l'abri de la froidure.
L'instruction du peuple atteignait dans ces vallées libres un niveau sans pareil pour l'époque. 35% des femmes et 90% des hommes savaient lire. D'autres facteurs contribuaient à une éducation de grande qualité.

1. La lecture s'achevait sur le décryptage des archives de notaire ou d'avocats, ce qui inculquait aux élèves des notions de droit.

2. Beaucoup d'hommes valides émigraient pendant la mauvaise saison pour aller faire toutes sortes de métiers dans les "bons pays", et ils y créaient des réseaux commerciaux. Il leur fallait donc savoir lire, écrire, et compter.

3. Pendant les pérégrinations hivernales des pères, les mères et les grands parents restés au foyer employaient les soirées à faire faire leurs devoirs aux enfants et à compléter l'enseignement du maître.

4. A la belle saison, les instituteurs complétaient volontiers leurs revenus en travaillant dans les fermes, ce qui leur donnait une ouverture incomparable sur le monde réel.

Leur réputation était grande, et ils se louaient très loin, jusqu'en Alsace ou à l'étranger, pendant ce qu'on appelait une "campagne d'école". On les appelait "les marchands de participes".
En 1713, sous Louis XIV, des envoyés de la cour, qui pensaient avoir à faire à des paysans illettrés signant d'une croix, furent ébahis de recueillir de belles signatures accompagnées de commentaires.

Comment cette vaillante et heureuse communauté a-t-elle disparu ? Comment n'est-elle pas, par exemple, devenue un autre canton Suisse, avec pour cordon ombilical la Savoie, désireuse de le devenir en 1860, ou le Val d'Aoste, lui aussi épris d'indépendance ? Sans doute que la Suisse, après avoir rejeté en leur temps la Franche-Comté, le Tyrol, le Voralberg, par crainte du sort de la grenouille de la fable, aurait aussi repoussé ces alpins du sud. Cependant cette Patrie Briançonnaise aurait pu devenir une deuxième Suisse. Elle disposait alors d'un poids démographique, commercial, politique, voire confessionnel, suffisants. La ville de Briançon compta jusqu'au double d'habitants par rapport à Grenoble et la précéda pour l'esprit d'entreprise.

Les Escartons avaient

- la même étendue que les trois cantons embryons de l'Helvétie, l'Uri, le Schwiz, l'Underwald.

- la même configuration tourmentée

- le même passage obligé par le Saint-Gothard ou le Montgenèvre

- le même mode de vie et les mêmes coutumes

- enfin la même préoccupation majeure : la préservation de la liberté.

Cette deuxième Suisse aurait été la cadette de la première d'une cinquantaine d'années seulement sur une existence de six siècles (1er août 1291 pour la Suisse - 29 mai 1353 pour les Escartons), et elle aurait contribué à réfréner l'ardeur étatique de ses voisins.

Deux cataclysmes ont empêché cette évolution. Le premier fut une décision arbitraire, prise à 900 km de là, qui est venue s'abattre sur la patrie Briançonnaise comme une hache sur un billot, et l'a sectionnée en deux. C'est le traité d'Utrecht de 1713. Ce Yalta de l'époque décida que la frontière franco-italienne serait la ligne de partage des eaux. "Une frontière de géomètre", se plaindront les habitants. Trois Escartons, regroupant 31 communes sur les 51, basculent dans l'orbite du Duc de Savoie.

Cette mesure acheva le déclin économique amorcée par le Colbertisme, et traumatisa la population qui perdait de chaque côté la réciprocité de l'escartonnement. Disparaissait aussi une complémentarité économique ancestrale entre les deux versants liés par 21 cols presque tous muletiers : bétail, cuir, bois, à l'Ouest, fruits, légumes à l'Est.

Les habitants des deux versants n'ont jamais pardonné cette partition à Louis XIV, car il s'était précédemment engagé à maintenir la cohésion de ce pays. Tous ses prédécesseurs et successeurs, de Charles V à Louis XVI avaient en effet juré de maintenir la charte de 1343. Plus tard, la population du versant italien ne pardonnera pas à Mussolini de lui avoir imposé l'usage de la langue italienne.

Le deuxième cataclysme fut la Révolution. Le 14 juin 1788, les Escartons sont conviés à participer à la fameuse Assemblée de Vizille du 21 juillet. Bien que les Briançonnais ne se sentent pas concernés, l'Escarton Général décide d'envoyer des délégués. Première difficulté, il est demandé que la délégation comprenne des représentants des trois ordres. Comme cette distinction a disparu depuis belle lurette, la désignation prend une tournure cocasse. Pour le clergé, un brave curé fera l'affaire. Pour la noblesse, on cherche un nom à particule. M. de Champronet fera l'affaire bien qu'il soit le plus imposé de la commune, contrairement aux nobles de la plaine. Mais quid du Tiers-État ? Il n'y a dans les escartons que des "hommes libres-franc bourgeois" ! Mais la suite n'aura rien de cocasse. On expliquera aux escartons qu'ils étaient des précurseurs, qu'ils étaient déjà en république, et qu'ils devaient donc rejoindre la nouvelle république, une et indivisible.

"Dans un dernier sursaut de bête sauvage touchée à mort", écrira un des leurs, ils envoient sans succès une ultime requête à l'Assemblée Nationale afin de conserver leur liberté, le 29 décembre 1789.

Finalement, le 31 mai 1790, ils enverront leur soumission accompagnée de cette remarque pleine de fierté : "notre pauvreté était extrême, mais nos larmes ne coulaient pas sur nos fers".
Les coutumes locales résistèrent quelques temps. Ainsi, en 1884, des jeunes, à la suite d'un tapage nocturne, furent astreints par leur municipalité à reconstruire un pont qu'un torrent avait emporté. Ces jeunes n'avaient pourtant brûlé ni calèche ni carriole. Le travail exécuté, ils furent autorisés à planter l'écriteau : "Pont de la Jeunesse". Voilà qui plaira à Christian Michel !
Le niveau d'éducation restât longtemps élevé. Sous la Restauration, un épistolier pouvait encore écrire :

"Retenu par les frimas dans son étable, l'habitant s'y instruit, se civilise, enseigne ses enfants et serviteurs, il tient pour eux école. Professeur le plus élevé et le plus inaccessible qu'il y ait sur le globe, il ne craint pas que l'université le précipite du haut de sa chaire ; qu'elle lui prescrive un mode exclusif d'enseignement ; qu'elle mesure à son aune les intelligences et qu'elle lui dise : tu t'arrêteras là !"

Les instituteurs continuèrent à s'exporter. Pour la campagne d'école de l'hiver 1792-93, 68 passeports furent délivrés par la commune de Névache à ses habitants partant comme maîtres d'école. Névache comptait alors 845 habitants relevant de 190 foyers. Cela faisait donc un instituteur pour 3 familles ! Les deux plus âgés avaient 58 ans, le plus jeune 12 ans. C'était le jeune stagiaire qui suivait ses aînés pour apprendre, selon leur expression, à "régenter les écoles". Mais l'État décida que dorénavant ce serait à lui de "régenter les écoles" avec des conséquences variables.

Vers la fin du 19ème siècle un médecin du pays écrivait : "Quoique l'arrondissement de Briançon ait tiré un grand profit de l'organisation moderne de l'enseignement primaire... il faudrait doubler au moins le nombre des instituteurs pour que l'instruction primaire fut à la portée des jeunes enfants des hameaux, comme elle l'était avant 1790, grâce aux soins et à l'initiative de l'autorité municipale".

On peut déplorer que Jean-Jacques Rousseau n'ait pas eu la curiosité de s'informer sur les Escartons pendant ses séjours dans le Dauphiné. Il y aurait constaté que des hommes ni meilleurs ni pires qu'ailleurs avaient été rendus meilleurs en vivant dans une société libre.

La Principauté d'Andorre

Il était intéressant de se demander si nous n'avons pas eu, dans les vallées les plus difficiles d'accès de nos chères Pyrénées, des communautés autogérées comparables aux Escartons. En fait, nous en avons toujours une, qui est la principauté d'Andorre.

Andorre est une collectivité entièrement libre et autonome, même si elle rend toujours un hommage de précaution à ses deux "coprinces", le président de la République Française, lointain héritier des droits du Comte de Foix, et l'évêque d'Urgel. Cette autonomie est dûe :

- à des circonstances historiques : en 1278, l'évêque d'Urgel, en Espagne, et le comte de Foix, en
France, signent un acte de paréage délimitant leurs droits et pouvoirs respectifs sur le territoire d'Andorre, qui était leur fief commun.

- à des circonstances géographiques : les premières voies carrossables ouvrant l'Andorre au monde extérieur furent tracées seulement en 1913 côté espagnol, et en 1931 côté français !
Inutile de dire qu'aucun des deux suzerains n'a jamais eu la moindre envie d'aller contester ses droits à l'autre au moyen d'expéditions hasardeuses, ni même de prélever grand chose sur des populations rurales de montagne assez pauvres.

Il y a dans ce pays environ 60 000 habitants répartis entre sept paroisses. Chacune est administrée par un conseil (ou "común") disposant d'une large autonomie financière et réglementaire. Chaque paroisse désigne 3 représentants au "Conseil Général", qui édicte les lois communes à toute la principauté. Ce conseil comprend 42 membres, dont la moitié sont élus au suffrage universel.

Le Conseil est élu pour quatre ans. Au début de chaque mandat, il élit un "Cap de Govern" qui assume le pouvoir exécutif avec son "Govern" (ministère).

Un Conseil Supérieur de la Justice, de 5 membres, désignés pour six ans, non renouvelables, nomme les "Batlles" (juges de première instance), et les autres magistrats.
L'enseignement est libre.

Les Andorrans ne paient pas d'impôts directs. Leur monnaie est l'Euro. Aujourd'hui ils vivent surtout du tourisme, mais leur vie sociale au cours des siècles précédents ressemblaient beaucoup à celle des Escartons. Ainsi, il existe à Andorra la Vella, la capitale, dans la "Maison des Vallées", où se réunit le Conseil Général, une "armoire aux sept serrures", dont chaque paroisse détient sa clef spécifique. Cet armoire contient les documents les plus importants de la communauté. De même, il existait dans l'Escarton du Queyras (et peut être dans les autres) une armoire à sept serrures dont chaque commune avait une clé.

D'Andorre à la Suisse, en passant par les escartons, tout montre que les peuples vivant dans un État aux prérogatives réduites sont plus heureux que les autres. La leçon pour les grands pays est claire : leurs habitants seraient plus heureux si leurs États appliquaient le principe de subsidiarité.

Hamas, elle est bien bonne celle-là

Le Hamas palestinien accuse les occidentaux qui conditionnent leur aide à la reconnaissance d'Israel de "chantage".

On ne peut vivre de la charité et être complètement libre, surtout sur un point si fondamental !

L'arrivée au pouvoir du Hamas est une mauvaise nouvelle à court terme et une bonne nouvelle à long terme : pour toutes les démagogies, l'exercice du pouvoir est une mise à l'épreuve, soit elles s'adaptent et deviennent plus pragmatiques, soit elles meurent, quelquefois dans le ridicule, quelquefois, hélas, dans le drame.

On pourrait d'ailleurs en dire autant de nos farouches "anti-libéraux" (nouveaux oripeaux des vieux marxistes anti-capitalistes), simplement, dans leur cas, l'oubli orchestré du drame créé par la mise en oeuvre de leur idéologie (voir La grande parade, de JF Revel) a été si foudroyant qu'ils retrouvent quelque crédit, malgré la Chine, Cuba et la Coée du Nord.

samedi, janvier 28, 2006

Les lois contre le droit

En lisant Hayek, je pense à la diarrhée législatrice dont est atteint notre parlement sans que la guérison apparaisse en vue. Chaque loi peut bien être conforme à la constitution, il n'empêche que l'empilement de lois, plus ou moins bien, voire pas du tout, appliquées et assez peu cohérentes, finit par limiter de manière dramatique deux droits pourtant fondamentaux, la liberté et l'égalité en droits.

La liberté : la frontière entre le permis et l'interdit est à ce point complexe qu'elle en devient floue et l'espace de liberté se restreint à mesure. On peut citer, ô provocation pour les bien-pensants, la restriction de l'espace de liberté pour les fumeurs.

L'égalité en droits : cette égalité est baffouée en théorie puisque de nombreuses lois sont écrites en faveur de lobbies, de groupes de pression ou de cas particuliers, pour complaire à tel ou tel.

Elle est aussi bafouée en pratique car dans un tel labyrinthe, l' adage "Nul n'est censé ignorer la loi" est totalement inaccessible et devient "Pourvu que j'ai les moyens de payer un avocat qui s'y retrouve".

Bien sûr, la cerise sur le gateau, le nec plus ultra, le summum du sadisme juridique de cet étouffement du droit par la loi, est le trop fameux "principe de précaution".

Lien Patrick Simon

vendredi, janvier 27, 2006

Ces Indiens qui viennent voler l'acier des Français ...

Superbe manoeuvre de l'indien Mittal Steel. Je vous rappelle les épisodes précédents :

1) L'indien M. Mittal fait fortune en rachetant des acieries, en décrépitude, au bord de la faillite, et en les retapant avec une politique astucieuse.

2) Le groupe européen Arcelor est créé par le regroupementde Arbed, Aceralia et Usinor.

3) Mittal Steel devient le 1er groupe sidérurgique mondial devant Arcelor. Les prix de l'acier flambent because l'économie mondiale tourne à fond (ce qui ne se voit pas beaucoup en France).

4) Arcelor et Thyssen se battent à coup de surenchères de plus en plus folles pour prendre le contrôle du canadien Dofasco. Arcelor gagne.

5) Le 27 janvier, Mittal Steel, qui se tenait en embuscade, lance une offre publique d'achat sur Arcelor le valorisant à 19d € et s'est arrangé avec Thyssen pour lui revendre Dofasco en cas de succès. Je ne suis pas spécialiste de ce secteur, mais il me semble qu'on appelle ça une attaque surprise, un Pearl Harbour à la corbeille.

Si ça marche, Arcelor se retrouvera le dindon de la farce. Question : quid du patriotisme économique ? Arcelor, plus ou moins stratégique que Danone ? Après Péchiney, Arcelor ?

Attention, il y a un piège : quand il était indépendant (il l'est d'ailleurs encore ce jour), Arcelor a toujours dit que son objectif était de faire plus de 50 % de son chiffre d'affaires hors d'Europe d'ici à 2010. Alors, j'attends la réponse, les patriotes économiques, qu'en pensez vous ? Que faire, mon Dieu, que faire ?

C'est facile de se moquer des rodomontades patrioto-chiraquo-villepinesques, mais nos dirigeants en donnent tellement l'occasion qu'il est difficile de résister à la tentation : en réalité, le vrai patriotisme économique est celui qui consiste à se battre pour que la France ait une économie saine et enviable, on en est très loin. Tout le reste est paroles creuses et miction dans un violon.

Mais voilà, pour atteindre ce vrai patriotisme économique, il faudrait que l'Etat cède de son emprise sur la société française, perde du pouvoir, soit plus efficace, en mot, mot terrible, diabolique, porteur d'effroi, se libéralise. Vous n'y pensez pas, mon bon monsieur ! Alors continuons à être patriote en paroles pour ne pas avoir à l'être en actes.

jeudi, janvier 26, 2006

Les territoires perdus de la République (E. Brenner)


FF

Un livre terrifiant sur les violences, notamment antisémites, racistes et sexistes, à l'école. Terrifiant, mais pas surprenant : à partir du moment où l'école est devenue, suivant le titre d'un autre livre, "l'école des egos", cela ne pouvait qu'advenir.

L'enfant n'est pas naturellement civilisé, c'est pourquoi la discipline inculquée à l'élève est à la fois la condition et un des résultats de l'instruction.

Considérer la discipline comme un archaïsme barbare ouvre la porte à la violence, car c'est la discipline qui crée la retenue, la politesse, la réflexion, c'est le contraire de la spontanéité et de la violence.

Un exemple : une jeune prof, à des élèves qui ne savaient pas lire, proposa d'écrire en groupe un roman policier. Les naïfs s'étonneront de cette bien curieuse démarche : faire écrire, collectivement, des élèves qui, individuellement, ne savent pas lire. Les familiers du constructivisme pédagogique (l'élève construit lui-même ses savoirs) auront reconnu là sa patte inimitable de cuistrerie pseudo-novatrice. Que croyez vous qu'il arrivat ? Les élèves écrivirent, avec plus de fautes d'orthographe que de mots -c'est un détail sauf pour un vieux con dans mon genre, une sorte de "Massacre à la tronçonneuse au collège". Tous les profs y passèrent, en imagination, avec force trouvailles sadiques et sanglantes. La jeune prof maquilla le roman de façon à ce que les personnages devinssent moins identifiables et reçut les félicitations de l'inspection académique ! Le progrès fait rage. Après cela, il devient difficile de se formaliser, la bouche en coeur, des violences scolaires.

Autre cas navrant où la Gentillesse fait des ravages : après des agressions antisémites, un proviseur décide d'organiser une discussion sur le sujet. Faut-il que la connaissance des choses humaines soit tombée bien bas pour qu'un homme cultivé croit que la discussion est la solution d'une violence irrationnelle, peut-être n'y croyait il pas, peut-être était-ce seulement la fuite devant la nécessité d'un acte d'autorité. Passons, de toute façon, après quelques minutes, une fois les premières hésitations surmontées, la "discussion" s'est transformée en déchaînement incontrôlé d'insultes et de clichés antisémites, à l'épouvante des adultes présents.

Autant la "tolérance zéro" avec des adultes me semble démagogique, autant elle est indispensable avec des enfants qui sont d'inlassables chercheurs de limites entre le permis et l'interdit. Et qu'on ne sorte pas les histoires de père Fouettard, il faut vraiment de ne jamais avoir vu un enfant de près pour ignorer qu'il y a des degrés et des subtilités dans la réprimande, mais aussi des nécessités.

Les violences sexistes ne sont pas les moins préoccupantes car elles atteignent des couches psychologiques très profondes. Je connais un jeune couple d'une vingtaine d'années où toute l'expression ou presque est le cri, la violence, la colère, le rapport de force. Le contexte familial y est sûrement pour quelque chose, mais je ne peux m'empêcher de penser que cette pauvreté d'expression et de sentiment n'a pas trouvé de remède à l'école et que c'est un manque de celle-ci. Visiblement, les sentiments tendres, c'est pour les "Feux de l'amour", c'est pour la télé, pas pour la "vraie vie".

Comme le disait Marc Le Bris avec humour à propos d'un incident dans son école, il est normal que les garçons veuillent soulever les jupes des filles, mais il est inadmissible qu'ils ne disent pas "S'il te plaît".

Les violences antisémites et sexistes sont, essentiellement, le fait des élèves maghrébins, qui excellent, par ailleurs, à se poser en victimes du racisme pour invoquer cette fausse logique comme quoi une victime du racisme ne saurait être elle-même accusée de racisme. Les témoignages mettent bien en évidence une origine familiale de cette phobie anti-juive et anti-féminine (ce qui me renforce dans mon idée que l'école doit être un sanctuaire). Les violences antisémites se sont multipliées au point d'entraîner une fuite vers les écoles privées juives, qui se barricadent comme en état de siège (je le sais : j'en ai une en bas de chez moi).

Il y a clairement une démission de certains professeurs, par exemple qui ne présentent plus la Shoah en histoire. Des professeurs ont refusé d'inscrire sur le fronton du lycée "Liberté Egalité Fraternité" pour "ne pas entrer en conflit avec certains élèves". Heureusement, d'autres se battent, avec l'inconvénient de ne pas être soutenus, puisque la consigne est "Surtout, pas de vagues". C'est ainsi qu'une déléguée de classe déclarant "Je hais la France" en conseil de classe et qui a refusé de présenter des excuses n'a fait l'objet d'aucune sanction malgré la demande d'un professeur.

A l'idée d'inviter la déportée (juive) Ida Grinspan, des professeurs s'opposent : "Non, nous avons trop d'élèves arabes, par contre, si tu veux inviter une déportée non-juive ..." Sans ccommentaire.

J'ai sélectionné quelques témoignages édifiants. Ceux qui trouvent excessive mon accusation d'immaturité vis-à-vis de certains professseurss liront avec profit le passage sur le manichéisme concernant la question palestinienne, c'est être charitable que d'attribuer une telle attitude à l'immaturité.

(Petit problème technique : il vous faudra tourner les pages d'un quart de tour dans votre lecteur pdf -icone au milieu de la barre d'outils le plus souvent)

Témoignage 1

Témoignage 2

Témoignage 3

Allez, un petit coup de Theodore Darlrymple

T. Dalrymple (abrégé en TD) est médecin dans les prisons anglaises et dans les bas-quartiers depuis vingt ans, il est marié à une Française et connait bien notre beau pays. Il écrit dans City Journal des articles souvent percutants.

Voici un résumé de sa vision : les basses classes et les classes moyennes, incultes du fait de la faillite de l'école, ne sont plus reliés ni au passé ni au futur. Elles vivent donc un éternel présent et perdent tout sens des responsabilités et tout sens moral, puisque ceux-ci ont un fort rapport avec le temps. La satisfaction immédiate des désirs, irresponsable, creuse et futile, et l' "expression de soi" mènent les vies, d'où la multiplication des enfants abandonnés et des tatouages (1), entre autres.

Cela peut sembler apocalyptique, malheureusement TD s'appuie sur des expériences et des témoignages fort probants, par exemple, cette mère abandonnée de quatre enfants de trois pères différents, incapable de les éduquer et de subvenir à leurs besoins, mais toute prête à avoir un cinquième enfant si ça lui permet de satisfaire son désir immédiat, garder son amant du moment, qui, comme les autres, fuira dès que l'enfant sera né. Les aides sociales aident surtout à fuir ses responsabilités (travailler, éduquer les enfants, subvenir à leurs besoins).

TD considère part ailleurs que TB et son copain GB sont de dangereux gauchistes, ce qui n'est pas mal venu quand on voit l'augmentation des effectifs publics en Grande-Bretagne mais totalement inaudible en France où Tony Blair a été caricaturé comme libéral (affreux, forcément affreux).

(1) : faut-il à la fois avoir une personnalité si creuse et un si fort besoin de l'exprimer pour utiliser le moyen si ostentatoire des tatouages !

Voici le lien pour les articles de TD dans le City Journal :

Articles TD

Je vous copie un des plus marrants sur la perte de sens moral. Je résume pour les non-anglophones : un homosexuel a tué et mangé (juste un bout) son partenaire. Le problème est que le partenaire avait justement exprimé un tel désir (!!!), d'être mangé. Alors, puisque ça s'est passé entre adultes consentants, est-ce condamnable ? Attention, c'est un problème très concret : l'avocat du cannibal use de cet argument de l'accord préalable de la victime.

The Case for Cannibalism

If everything is permissible between consenting adults, why not? 5 January 2004

According to the psychiatrist, Heinrich Wilmer, the German cannibal Armin Meiwes, who killed Bernd Brandes and then ate at least 44 pounds of his flesh, is suffering from “emotional problems.” We might say the same, I suppose, of Brandes, who answered Meiwes’s Internet advertisement for “a young, well-built man who wants to be eaten”—though his problems are now past curing. Brandes also had a slightly offbeat sense of humor. On discovering that both he and Meiwes were smokers, he reportedly said, “Good, smoked meat lasts longer.”

The case raises interesting questions of principle, even for those who take the thoroughly conventional view that eating people is wrong. According to the evidence, Meiwes and Brandes were consenting adults: by what right, therefore, has the state interfered in their slightly odd relationship?

Of course, one might argue that by eating Brandes, Meiwes was infringing on his meal’s rights, and acting against his interests. But Brandes decided that it was in his interests to be eaten, and in general we believe that the individual, not the state, is the best judge of his own interests.
Ah, you say, but Brandes was mad, and therefore not capable of judging what was in his own interests. What, though, is the evidence that he was mad? Well, the fact that he wanted Meiwes to eat him. And why did he want Meiwes to eat him? Because he was mad.

There is a circularity to this argument that robs it of force. It is highly likely that Brandes did indeed have “emotional problems,” but if every person with emotional problems were denied the right to determine what is in his own interests, none of us would be self-determining in the eyes of the law, except those of us who had no emotions to have problems with.

Lest anyone think that the argument from mutual consent for the permissibility of cannibalism is purely theoretical, it is precisely what Meiwes’s defense lawyer is arguing in court. The case is a reductio ad absurdum of the philosophy according to which individual desire is the only thing that counts in deciding what is permissible in society. Brandes wanted to be killed and eaten; Meiwes wanted to kill and eat. Thanks to one of the wonders of modern technology, the Internet, they both could avoid that most debilitating of all human conditions, frustrated desire. What is wrong with that? Please answer from first principles only.

Le désert politique français

Des hommes, et mêmes des femmes, politiques, nous en avons ; trop.
Par contre, des hommes politiques qui ont quelque chose à dire de pas trop con et de pas trop démagogique et une personnalité susceptible d'apporter une amélioration, nous en manquons cruellement.

Nicolas Sarkozy : je suis entièrement d'accord avec son analyse comme comme quoi le prétendu "modèle social" français n'est plus que le cache-misère de convervatismes forcenés, d'arbitraitres excessifs et d'inégalités criantes ; et que les Français ne redoutent pas les réformes, ils les attendent. Ce sont les réformettes, les demi-mesures, les longues stations au milieu du gué qui, dérangeant autant que de vraies réformes sans en produire les résultats, énervent. Cependant, quand on en vient aux solutions, je suis choqué par la "discrimination positive" et je le soupçonne d'être un étatiste masqué.

Bernard Kouchner et Jean-Marie Bockel : J'ai apprécié la contribution de JM Bockel Pour un socialisme libéral, au dernier congrès du PS. Poids chez les socialistes : 0,68 %.

Le portrait de l'homme (ou de la femme) du changement :

> pas un énarque, probablement pas un fonctionnaire, peut-être un scientifique. Je signale à cet égard qu'on n'a pas assez souligné ce trait commun entre Margaret Thatcher et Angela Merkel : l'une est chimiste de formation, l'autre physicienne.

> il se sera construit sa personnalité politique dans l'opposition et aura réuni autour de lui une équipe plutôt jeune, venue d'horizons divers. Son équipe comptera peu ou pas d'énarque.

Le changement est possible en France : A. Rufenacht, grand bourgeois de droite, a été élu maire du Havre, ville ouvrière gérée depuis des décennies par les communistes. Il a diminué drastiquement les effectifs municipaux, une partie des économies ainsi faites a été redistribuée aux employés sous forme de primes au mérite tandis qu'une autre partie a été investie en équipements. Le cabinet pléthorique a été supprimé, le maire gère sans écran avec une équipe de direction restreinte recrutée, notamment dans le privé, selon les besoins, il n'y a pas des énarques.

Il semble que les Havrais en soient contents.

Nota : pourquoi j'insiste tant sur la nécessité de se passer d'énarques ? Parce qu'introduire un énarque dans une équipe, c'est prendre le risque inutile d'y mettre le conformisme, l'étatisme, le dirigisme.

Les crimes communistes

Le parlement européen s'apprête à voter un texte sur les crimes communistes, parce qu'ils n'ont pas fait l'objet du même travail collectif que les crimes nazis.

A voir la gêne de certains partis de gauche, je pense que c'est tout de même bien utile.

Je vous ai déjà dit toute ma colère de voir naguère Lionel Jospin se déclarer fier d'avoir des ministres communistes dans son gouvernement. A mes yeux, c'est exactement comme si de Villepin se disait fier d'avoir des ministres fascistes dans son gouvernement.

M'accusera-t-on encore une fois de manquer de nuances (sachant que les nuances dont il est question sont toujours plus en faveur de la gauche que de la droite) ? Je connais bien des différences entre fascisme et communisme, mais je me sens le droit, et même le devoir, de condamner aussi fermement l'un que l'autre. Il s'agit là d'un jugement moral (quelle horreur !).

Qu'un parti politique français (et même plusieurs) puisse se réclamer du communisme en 2006 prouve que le travail de réflexion sur les crimes communistes n'a pas été mené à son terme. Autant il y a unanimité pour considérer les crimes fascistes comme consubstantiels au fascisme, autant ils sont encore nombreux les indulgents pour le communisme, sous prétexte que ses crimes ne seraient qu'une "déviance" fort regrettable.

Mais, quelle est la pertinence de cette doctrine qui partout et toujours a "dévié" vers le crime dès qu'elle a été mise en oeuvre et qui, sous des formes abatardies, fait encore régner la terreur à Cuba, en Chine et en Corée du Nord alors que le fascisme est mort et, j'espère, enterré ? Ne serait-ce pas, explication simple, économique et rationnelle, que le crime lui est tout aussi consubstantiel qu'au fascisme ?

Tout cela va sans dire, mais je préfère quand même le dire.

Balladur ou la désillusion du pouvoir

Dans son dernier essai, l'ancien Premier ministre livre une critique féroce de la démocratie d'opinion.

Edouard Balladur a fréquenté le pouvoir de près. Pendant deux ans, il a été un Premier ministre aimé - des sondages, des médias, des intellectuels - avant de devenir un candidat malheureux à l'élection présidentielle (de 1995). L'expérience qu'il a vécue imprègne son « Machiavel en démocratie », qu'il nous livre aujourd'hui. C'est un essai à la fois lucide et désabusé sur la pratique du pouvoir en terrain démocratique.

Son interrogation de départ laissait pourtant espérer un certain optimisme : au XVIe siècle, époque de la morale chrétienne, Machiavel avait déchiré le voile en décrivant la mécanique implacable du pouvoir : la lutte pour le conquérir, les ruses pour le conserver. C'était l'époque des princes et des monarques.

Les siècles ont passé, la démocratie a gagné du terrain. Se pourrait-il qu'elle ait modifié la donne ? Eh bien, non, rétorque l'auteur. « Démocratie ou dictature, la fin demeure la même : la conquête et la possession du pouvoir par tous les moyens, aussi longtemps que possible. » Pourquoi ? Parce que le pouvoir est en soi une jouissance : « Faire et défaire les carrières, être le dernier recours pour toutes les faveurs, distribuer ses grâces au gré de ses préférences ou de ses antipathies... » Quelle ivresse ! C'est aussi une quête « celle de l'immortalité heureuse ». C'est enfin une illusion dont peu parviennent à prendre la mesure.

Qu'a changé la démocratie ? Fondamentalement rien, déplore l'auteur, « la décision des peuples supposés plus libres n'a pas comblé le fossé entre la politique et la morale. Au point que, pour triompher, il faut davantage encore d'hypocrisie, ne pas tromper seulement quelques-uns mais tous ».

Flatter l'opinion sans relâche

Et l'auteur de décrire, sans jamais nommer personne, le parcours pathétique du « politique », qui, pour arriver au sommet, va devoir se livrer en pâture à l'opinion et la flatter sans relâche. Une critique au vitriol de la démocratie médiatique et de ceux qui la contrôlent : les journalistes, les sondeurs, les conseillers en communication ou encore les intellectuels, qui « prétendent posséder le privilège de l'intelligence et du savoir, et que chacun s'y soumette ».

Edouard Balladur dénonce aussi la versatilité de l'opinion et le conformisme des modes : « Culte des idées nouvellement reçues, naïvement provocatrices, adhésion à toutes les fantaisies changeantes de la mode. » Sa vision est si noire qu'elle ne laisse guère de place à l'espoir.
Et pourtant, convient l'auteur, il arrive parfois que, porté par les événements, le « politique » se grandisse. Churchill, de Gaulle, Adenauer font partie de cette race de leaders qui, animés de convictions fortes, ont su entraîner le peuple derrière eux. Edouard Balladur, lui, n'y est pas parvenu. Il continue d'en souffrir.

FRANÇOISE FRESSOZ pour LES ECHOS

mardi, janvier 24, 2006

L'affaire homme (R. Gary)




FFF

Recueil d'articles de Romain Gary. C'est toujours un plaisir de lire Gary, "gaulliste moral", entre autres "parce que De Gaulle ressemble à ma mère." C'est une des raisons les plus simples que j'ai entendue d'être gaulliste !

> En nos temps d'autoflagellation anti-coloniale (1), il est bon de lire que Gary redoutait dès 1957 les nationalismes indigènes copiés sur leurs sanglants modèles occidentaux et renvoyait dos à dos tortionnaires blancs et éradicateurs du FLN ; position très proche de celle de Camus et, pour cela, peu populaire à Saint-Germain des prés.

> Ensuite, il explique sa misanthropie et son écologisme, attitude qui me paraît cohérente et qu'il m'arrive quelquefois de partager. Je me demande si l'homme ne devrait pas se faire sauter une bonne fois pour toutes (à commencer par les écolos) et laisser les bêbêtes tranquilles. Gary, pour combler le besoin de protéines du à la croissance démographique, propose de rendre légal voire obligatoire le cannibalisme, d'abord avec les cadavres produits par nos différentes guerres après quoi on pourra directement "abattre la viande humaine sur pied". La conclusion de Gary coule de source : "Je salue dans la bombe à hydrogène l'humain à son apogée."

> Il donne ses conceptions sur l'art moderne : " Le néant culturel n'est pas sans mérite. C'est propre. C'est relaxant. Ca ne donne pas à réfléchir. C'est sain. Et c'est le comble de l'unité. [...] Dans la quête du vide culturel, la société communiste a pris une longueur d'avance, mais l'Occident lui dispute ardemment la première place. Jamais encore dans l'histoire de la peinture, autant ont fait si peu pour de si rares amateurs (2)."

> Un petit passage sur l'éducation : "Mais comment échapper à cet irrespect complaisant d'autrui quand nous vivons dans une société où nos enfants sont élevés par une école d'éducateurs post-freudiens ? A peine commencent-ils à penser qu'on les encourage à être "eux-mêmes" (3), à casser et à brailler sans risquer de punition. J'ai vu un gosse fourrer des oisillons vivants dans les doigts d'un gant sous l'oeil satisfait de ses modernes parents. Quand je me suis jeté sur le petit monstre, je me suis fait réprimander et dire que je traumatisais l'enfant. Que l'enfant lui-même torturât et tuât des oiseaux tout en m'infligeant à moi un traumatisme ne parut pâs le moins du monde inquiéter ces stupides adeptes de manuels imbéciles de psychologie infantiles." Cela me rappelle un passage de Montaigne (De la coustume, et de ne changer aisément une loy reçue) :

Je trouve que nos plus grands vices prennent leur pli de nostre plus tendre enfance, et que nostre principal gouvernement est entre les mains des nourrices. C'est passetemps aux mères de voir un enfant tordre le col à un poulet, et s'ésbatre à blesser un chien et un chat. Et tel père est si sot, de prendre à bon augure d'une âme martiale, quand il voit son fils gourmer injurieusement un paysan, ou un laquet, qui ne se défend point : et à gentillesse, quand il le voit affiner son compagnon par quelque malicieuse desloyauté, et tromperie. Ce sont pourtant les vraies semences et racines de la cruauté, de la tyrannie, de la trahison. Elles se germent là, et s'eslèvent après gaillardement, et profittent à force entre les mains de la coustume. Et est une très dangereuse institution, d'excuser ces villaines inclinations, par la foiblesse de l'âge, et legéreté du subject. Premièrement c'est nature qui parle ; de qui la voix est lors plus pure et plus naïve, qu'elle est plus grêle et plus neuve. Secondement, la laideur de la piperie ne dépend pas de la différence des écus aux épingles : elle dépend de soi. Je trouve bien plus juste de conclure ainsi : "Pourquoy ne tromperoit il aux écus, puis qu'il trompe aux épingles ?" que, comme ils font : "Ce n'est qu'aux épingles : il n'auroit garde de le faire aux écus". Il faut apprendre soigneusement aux enfants de haïr les vices de leur propre contexture, et leur en faut apprendre la naturelle difformité, à ce qu'ils les fuient non en leur action seulement, mais sur tout en leur coeur : que la pensée même leur en soit odieuse, quelque masque qu'ils portent.

> il répète une phrase d'Albert Camus "Il y a des idées qui valent qu'on meurt pour elles mais il n'y en a pas qui vaille qu'on tue pour elles." Albert Camus est un peu oublié de nos jours, sous prétexte qu'il faisait dans les "bons sentiments". Ca ne me surprend guère, notre monde a bien tout ce qu'il mérite : des slogans comme caricatures de pensées.

Bon, allez, j'ai été méchamment déviant en lisant Romain Gary, vite, vite, relisons les oeuvres complètes de José Bové.

(1) : qu'on me comprenne bien, la colonisation a été, dans son principe et souvent dans son application, atroce. Cependant il ne faut point trop en faire et garder une certaine mesure. La colonisation a eu des quelques effets positifs et elle n'est pas la source unique et dominante de nos problèmes d'immigration.

(2) : ce texte a été écrit par Gary en Anglais, c'est une parodie du churchillien "Never in the history of mankind, so many owe so much to so few." (qui donne quand même mieux qu'en Français.)

(3) : "être soi-même", pour Gary, c'est le comble de la barbarie, la négation de la civilisation.

Le pen élu avec 51,4 % des voix

J'ai trouvé ça marrant :

Le Pen élu avec 51,4 % des voix

lundi, janvier 23, 2006

Ils nous prennent vraiment pour des cons (je m'en doutais)

Le ministère des finances aurait découvert "avec surprise" une rentrée fiscale inattendue de 2 Md € provenant de l'impot sur les sociétés et qui permettrait d'être dans les clous du critère de Maastricht en 2005.

"Dis, chéri, je viens de ramasser une pièce de 2 milliards d'€, ça ne serait pas à toi par hasard ?"

Je ne vois que trois explications :

> les effectifs sur-abondants de fonctionnaires sur-diplomés et sur-avantagés qui peuplent Bercy sont utilisés avec une prodigieuse inefficacité et une extraordinaire incompétence.

> les miracles existent, Thierry Breton en fait.

> ils nous prennent vraiment pour des cons, et la commission européenne avec.

Comme je ne puis décemment imaginer que les deux premières soient vraies, il ne reste plus que la troisième.

"Tout ce qui est en "psy-quelque chose", méfie toi : pour faire un métier de fouiller dans la tête des gens, il ne faut pas être très équilibré."

La phrase qui me sert de titre m'a été dite par un "psy-quelque chose" qui fait du "coaching", justement pour ne plus avoir à fouiller dans la tête des gens. Je suis sûr qu'elle fera plaisir à certains d'entre vous !

La psychanalyse me semble fondée sur une hypothèse injustifiée : je ne vois pas pourquoi parler, de ces rêves, de son enfance, ou de n'importe quoi d'autre, permettrait de résoudre ses problèmes. Et en plus, c'est généralement très long; de là à supposer un intérêt mercantile ... Il en est des différentes formes de psychothérapie comme des religions ou des partis politiques : moins on en attend, mieux on se porte. (Roland Jaccard)

Qu'on ne m'impose pas, même sous la forme d'un conseil très pressant, un psy : si un jour dans ma vie survient un malheur, un deuil, ou quoi que ce soit de ce genre, j'espère bien m'en sortir sans psy, sans cellule psychologique, rien qu'avec mes pauvres petites ressources. Je suis de l'avis de Romain Gary (1) : quiconque s'aviserait de m'expliquer le foutoir qu'il y a dans ma tête, je lui répondrais "Et alors ? Ca vous regarde ? Il faut que vous manquiez singulièrement d'éducation pour ne pas trouver cela impoli au dernier degré."

Quant à ceux qui se laissent imposer un psy, que ça soit en tant que juge, que juré, qu'accidenté, etc., je considère qu'ils reculent devant la prise en charge de leur vie et devant l'exercice de leur responsabilité.

Mais ce n'est qu'un jugement personnel que je garde pour moi, sauf dans le cas important, où il s'agit d'une personne publique dans l'exercice de ses fonctions, juge, juré, dirigeant ; alors, l'impétrant du "psy-quelquechose" trahit sa mission en n'assumant pas sa charge dans toutes ses dimensions.

Les psys collaborent à l'entreprise d'équarrissage des personnalités dépassant la norme. Ils raménent les interrogations sur le monde à l'unique question qui, en concentrant sur elle toute l'énergie, permet d'obtenir des petits citoyens bien dépendants et faits au moule jusque dans leurs révoltes : "Moi, moi, moi ! Où suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j'erre ?"

(1) : Romain Gary avait une opinion très tranchée sur les psys qu'il exprima souvent avec son ironie grinçante si réjouissante. D'ailleurs, l'humanité a pu vivre des millénaires sans psys, ça me laisserait sur le cul qu'on me prouve que les psys aient manqué à la santé mentale de nos ancêtres, comme la médecine moderne a pu manquer à leur santé physique.

Les limites du gant de velours

Daniel Halévi avait dit cela en son temps de manière plus concise : "Sans la menace de la force armée, la diplomatie n'est qu'aboiements de roquet." Ca ne m'étonnerait pas qu'il y ait un proverbe en ce sens en farsi.


Les limites du gant de velours, par Amitai Etzioni
LE MONDE | 23.01.06 | 14h00 • Mis à jour le 23.01.06 | 14h00


La rupture unilatérale par l'Iran des scellés sur ses installations d'enrichissement d'uranium porte un sérieux coup aux Européens. Ceux-ci s'efforçaient de démontrer au monde que la négociation multilatérale et une diplomatie subtile n'ayant recours ni à la force ni même aux menaces pouvaient résoudre des conflits majeurs. Depuis l'invasion de l'Irak, un grand nombre d'intellectuels et d'hommes politiques en Europe ne ménagent pas leurs critiques envers l'approche unilatérale et brutale de l'administration Bush. L'utilisation de la notion de "soft power" (pouvoir attractif) fait fureur. Elle désigne une politique étrangère fondée sur des actions légitimes, selon la définition de Joseph Nye. Les pays visés doivent être convaincus ou incités à se plier aux normes internationales établies, plutôt que d'y être contraints.


L'Iran a joué le jeu, pendant un temps : ce pays a poursuivi les négociations, lancé de nouvelles propositions et a gagné du temps pour développer son programme nucléaire (qui comprend peut-être un volet clandestin) tout en louvoyant face aux Européens. En janvier toutefois, Téhéran semble s'être lassé et a avancé ses pions au mépris manifeste de ses engagements internationaux antérieurs. On pourrait penser que cette attitude vise principalement à faire monter les enchères avant le règlement final. Cependant, rien n'indique que les Iraniens aient l'intention de limiter leur programme nucléaire, ne serait-ce qu'en utilisant du combustible fourni par un consortium international. Dans le cadre de ce projet, l'Iran recevrait de l'uranium enrichi de l'étranger au lieu de le fabriquer lui-même, ce qui lui permettrait de produire toute l'énergie qu'il souhaite — ce que Téhéran affirme être son unique objectif —, tout en l'empêchant de détourner la substance à des fins militaires. Les fournisseurs internationaux s'assureraient que l'uranium enrichi est utilisé uniquement à des fins pacifiques et rapatrieraient les déchets nucléaires qui pourraient servir à la fabrication d'une bombe.

A l'évidence la politique du gant de velours a ses limites. Les Européens, qui sont chargés des relations avec l'Iran dans ce dossier, ne savent plus que faire pour régler le problème. Les sanctions économiques sont de nature punitive et sortent donc du cadre de ce fameux "pouvoir attractif". En outre, elles sont difficiles à décider et à appliquer.

Le conseil des trente-cinq membres de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) renâcle à saisir l'ONU, alors que c'est un passage obligé pour mettre en place ce type de sanction. Même si cette étape est franchie, la Chine pourrait encore mettre son veto aux résolutions du Conseil de sécurité ou les atténuer. Et si celles-ci finissaient par être mises en oeuvre, l'expérience montre que les sanctions ont surtout pour résultat d'enrichir les trafiquants au lieu de faire pression sur les gouvernements concernés. C'est la population qui en fait les frais plus que les élites dirigeantes. L'Iran, qui regorge de pétrodollars, pourrait non seulement y résister, mais aussi en imposer à son tour au reste du monde. Par exemple, en diminuant ses exportations de pétrole.

Par conséquent, il faudra faire usage de la force. Et si cela se révèle impraticable, l'Iran deviendra bel et bien une puissance nucléaire à part entière. Dans un cas comme dans l'autre, le pouvoir attractif aura montré sa très faible efficacité dans les relations internationales. Cela prouve que, si le "pouvoir coercitif" (hard power) fonctionne mieux dès lors qu'il est précédé et accompagné par le pouvoir attractif, l'inverse est également vrai : le pouvoir attractif est bien plus efficace quand on sait que, si rien n'y fait, le pouvoir coercitif pourrait prendre le relais.

Certes on peut être moins méfiant que ne l'est le gouvernement Bush envers les organisations internationales légitimes, les alliances et la diplomatie. Mais d'un autre côté, le besoin de pouvoir coercitif en cas d'impasse est bien plus grand que les Européens ne veulent bien l'admettre.

L'Iran est loin d'être le premier cas de ce type. Sur les centaines de condamnations prononcées par l'ONU, beaucoup ont été superbement ignorées, quasiment sans aucune conséquence, en raison du manque de pouvoir coercitif des Nations unies. Ainsi, il a fallu l'intervention des troupes australiennes au Timor-Oriental, celle des troupes britanniques au Sierra Leone, celle des troupes américaines au Liberia, pour que cessent les massacres.

En somme, la façon dont l'Iran malmène les Européens démontre que le pouvoir attractif seul ne suffit pas : il doit être soutenu par la force. L'heure est venue pour les Européens de mettre leur sentiment de supériorité sur la touche et de reconnaître qu'ils doivent collaborer avec les Etats-Unis si l'on veut empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire.

L'Initiative de sécurité contre la prolifération (ISP), que peu de gens connaissent, pourrait servir de modèle. Lancée et menée par les Etats-Unis, elle bénéficie de la participation des services secrets et des marines de soixante pays qui oeuvrent pour empêcher le trafic d'armes et de substances nucléaires en haute mer. Soutenue par l'ONU (par le biais de la résolution 1540), elle réunit donc pouvoir coercitif et pouvoir attractif, ce qui en fait un excellent exemple de ce qui devrait être pratiqué à l'avenir. Place à l'ère du pouvoir mixte, main de fer et gant de velours.

Traduit de l'anglais par Manuel Benguigui


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Amitai Etzioni est professeur de relations internationales à l'université George Washington (Washington D.C., Etats-Unis).

dimanche, janvier 22, 2006

Je n'ai pas besoin de l'assistance d'un psy pour m'apprendre à vivre

Je suis horrifié de l'idée d'un de mes lecteurs, en commentaire de Au seours du juge Burgaud, de proposer, mais pourquoi pas imposer, une forme d'assistance psychologique aux juges, qu'on pourrait étendre à tout détenteur de responsabilités, c'est-à-dire à tout homme puisque tout homme a vocation à être responsable.

A la limite, je préfère le bon vieux confesseur, "directeur de conscience", c'est dans ce registre détestable, plus franc et plus honnête.


Tous des incapables

FRANÇOIS EWALD

A Angers s'est ouvert le procès de la plus grande affaire de pédophilie jamais jugée en France. Toutes les mesures, nous explique-t-on, ont été prises pour que ne se renouvelle pas le scandale d'Outreau, qui fut surtout le procès d'une accusation défaillante. Ici, nous assure-t-on, l'instruction a été plus rigoureuse. On a créé une salle spéciale pour un procès qui doit durer plusieurs semaines. Et « pour qu'aucun juré ne flanche devant les scènes d'horreur qui seront évoquées, une cellule psychologique a été mise en place » (« Le Point » du 3 mars 2005).


Cette dernière information n'a suscité ni étonnement ni commentaire. Et pourtant...


On aurait pu croire que, après le scandale d'Outreau, on se serait méfié de ces psychologues qui n'ont pas été pour rien dans l'accréditation de l'affabulation d'enfants accusateurs. Mais voilà donc que ceux que l'on avait cru devoir tenir à distance des procès pédophiles reviennent par la fenêtre. Il est vrai que les placer maintenant au côté des juges est un bon moyen d'éviter la défaillance de l'accusation.


Que les psychologues soient là pour assister les victimes de catastrophes peut se comprendre. Ils peuvent permettre de surmonter le traumatisme. C'est d'ailleurs devenu la règle. Mais en plaçant une cellule psychologique auprès d'un jury d'assises, on franchit la ligne.


Il paraît d'abord qu'il y a incompatibilité entre la forme de jugement requise d'un juré et l'idée d'une assistance psychologique. C'est ce qu'implique le serment que le président de la cour fait prononcer au juré (article 304 du Code de procédure pénale) : « Examiner avec l'attention la plus scrupuleuse les charges, ne communiquer avec personne, n'écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection, se décider selon sa conscience et son intime conviction, avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme probe et libre. » Le juré ne doit donc communiquer avec personne. Il est placé dans des conditions particulières de retrait qui vont lui permettre de juger en fonction de son seul for intérieur. L'intime de « l'intime conviction » est ce qu'il y a de plus privé, secret, invisible qui ne saurait être partagé, en particulier avec un psychologue. La probité consiste à « observer scrupuleusement les règles de la morale sociale, les devoirs imposés par l'honnêteté et la justice », sans céder à aucune influence.


L'intrusion d'une assistance psychologique dans le jugement du juré sous-entend que ce modèle de « l'homme probe et libre » nous paraît aujourd'hui inatteignable. Le juré est plutôt objectivé comme une sorte d'incapable majeur, qui a besoin, sinon d'une tutelle, du moins d'une assistance. Comment expliquer pareil retournement ?


Cela ne peut pas seulement tenir à l'horreur particulière des faits jugés à Angers. Les cours d'assises jugent des crimes, c'est-à-dire des infractions les plus graves. Par principe, elles sont horribles. Les jurés, par ailleurs, ne sont pas des hommes sans qualité : les listes des jurés sont triées sur le volet par différentes autorités publiques. Les faits soumis aux juges d'Angers excèdent-ils les capacités de jugement d'un bon citoyen ?


Il est vrai que cette idée du juré « incapable » s'inscrit dans une vieille tradition française d'hostilité au jury. Pour les juges qui sont des professionnels, les jurés sont encombrants, il faut les aider. Ils sont, dit-on, influençables (en particulier par les avocats). Il faut bien faire avec les jurys populaires, parce que c'est la loi, mais tâchons de rendre l'expérience la moins lourde possible pour les juges professionnels. On voit alors le rôle du psychologue : il est là pour homogénéiser la vision de l'instance de jugement, faire qu'elle ne soit pas encombrée par une émotion inutile. En somme, juger est un acte trop sérieux pour être laissé au profane. C'est une affaire d'experts. On ne croit plus à ce qui constitue la base de l'institution du jury, que nous sommes également capables de juger du bien et du mal. Mais alors pourquoi ne pas remplacer les jurys populaires par des jurys d'experts, j'entends, évidemment, composés de psychologues exclusivement.


Au-delà, ce qui terrifie, c'est que nous acceptons de vivre dans une société où il est acquis que les hommes et les femmes ne sont pas capables seuls, par leur éducation, de faire face aux situations auxquelles ils peuvent être confrontés. Aujourd'hui, les psychologues sont partout : ils aident les malades et les malheureux ; ils soignent les criminels, ils assistent les victimes et maintenant les juges ; ils sont appelés dans les entreprises pour aider cadres et dirigeants à faire face à la « pression ». Ce qui suppose que, désormais, nous nous concevons comme des incapables, impuissants à nous gouverner nous-mêmes.


Peut-être s'étonnera-t-on un jour que cette même société se revendique encore de l'idéal des Lumières que Kant avait ainsi fortement caractérisé : « Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s'en servir sans la conduite d'un autre. «Sapere aude !» Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. »


FRANÇOIS EWALD est professeur au Conservatoire national des arts et métiers.

Le tatouage : signe de la vacuité moderne

Exposing shallowness

samedi, janvier 21, 2006

Au secours du juge Burgaud

Les contempteurs actuels du juge Burgaud se sont-ils avisés qu'ils retombaient dans les mêmes errements que le procès d'Outreau : une justice-spectacle, sous la pression du public et des média, sans recul, où les sentiments, notamment d'identification et de crédulté vis-à-vis des victimes, l'emportent sur la froide raison, l'analyse et la sérénité ?

Deux fautes en miroir ne font pas une justice.

Internet, facteur de régression de la démocratie ?

Inspiré par une chronique de France-Culture, je doute de l'idée reçue comme quoi internet serait un progrès pour la démocratie :

> internet favorise la transparence jusqu'à l'impudeur et au voyeurisme. Or, la frontière entre le privé et le public est fondamentale pour la démocratie.

> internet favorise l'enflure des egos et les revendications identitaires. Il y a extrêmement peu de dialogues sur internet mais beaucoup de superpositions de monologues.

> internet est un extraordinaire instrument à normaliser les opinions : dans le fouillis, il faut chercher longtemps pour trouver, à supposer qu'on les trouve, des opinions originales.

> internet efface les fontières entre pays mais aussi entre le vrai et le faux, le prouvé et l'hypothétique, le connu et l'inconnu.

Je suis un fidéle de L'art de conférer. Cinq minutes de conversation avec un homme intelligent sont plus profitables que deux heures de "surf" sur des blogs et des forums.

Mon point final à la querelle des méthodes

J'ai suffisamment parlé de la querelle des méthodes de lecture. Mon opinion est faite, inspirée aussi bien par le bon sens que par mes lectures : la méthode alphabétique est la meilleure pour apprendre à lire à un groupe d'élèves de capacité et de culture diverses.

Les méthodes globales plus ou moins déguisées, qui sont encore celles encouragées et promues par l'institution, sous les espèces de l'IUFM et de l'IGEN, viennent d'un parti-pris idéologique n'ayant aucun fondement dans l'efficacité.

C'est pourquoi la liberté pédagogique doit être totale, ceci implique en particulier que les profs soient jugés sur leurs résultats et non sur leurs méthodes.

Mécaniquement, la méthode la plus efficace deviendra prépondérante et il ne fait aucun doute qu'il s'agit de la méthode alphabétique (voir document ci-dessous).

Petite pique amicale (1) en direction des profs : cette liberté pédagogique qu'ils souhaitent ne serait-elle pas une proche parente du libéralisme, qu'ils haïssent si fort ?

Recommencer par le commencement : la lecture

(1) : amicale, car autant je pense que les profs, isolés par la bulle scolaire (les profs sont tout de même les seuls adultes à ne jamais avoir vraiment quitté l'école), font trop souvent preuve d'un jugement immature sur les sujets de société, autant je les admire, pour ceux qui enseignent, dans leur travail quotidien, qui n'est pas des plus aisés.

jeudi, janvier 19, 2006

De la crise de l'emploi à la dette
PHILIPPE DOMINATI

Pendant des années, les gouvernements ont développé des politiques d'aide à l'emploi qui ont eu pour conséquence un taux de chômage inacceptable et des taux de prélèvements obligatoires excessifs. Politiques dites sociales et en fait technocratiques, inspirées du collectivisme, du colbertisme et du jacobinisme, ces tentatives ont été des échecs. L'Espagne et l'Italie, parties d'une situation plus difficile, nous regardent de haut. Seule la Pologne a un taux de chômage supérieur au nôtre. D'où, sans doute, l'imbécile angoisse du plombier polonais...

En nous orientant vers une baisse de la fiscalité, nous commencions à nous convaincre que les emplois et la croissance ont un lien avec le taux des prélèvements obligatoires. La réforme de l'impôt sur le revenu - renvoyée à 2007 - reste encore loin de l'engagement d'une baisse de 30 % sur la durée de la mandature. Ce n'était pas qu'une promesse, mais le signe fort d'un changement de politique. Investir dans une baisse de la fiscalité est le meilleur moyen, voire le seul, de créer durablement des emplois. Hélas, cette année, les prélèvements obligatoires augmentent à nouveau, jusqu'à 44 % du PIB, faisant de notre fiscalité l'une des plus punitives des pays industrialisés. Nous avons un différentiel de 5 % à 6 % avec nos principaux partenaires. C'est presque deux fois notre déficit budgétaire. Or le meilleur moyen de donner du pouvoir d'achat aux Français, d'améliorer la compétitivité des entreprises, serait de leur laisser ce différentiel. La tâche du gouvernement est de réduire ce différentiel. Il est aussi de réduire le déficit budgétaire. On aurait pu espérer qu'il réussisse au moins l'un ou l'autre de ces deux objectifs.

Mais on ne peut y arriver sans maîtrise de la dépense publique. Considérer comme une victoire le fait que les dépenses de l'Etat augmentent moins vite que l'inflation (alors qu'elles continuent néanmoins à croître en volume) est la marque de notre insuffisance. Les dépenses publiques représentent 54 % du PIB : 12 points de plus qu'en Angleterre, 4 de plus qu'en Allemagne, 5 de plus qu'en Italie. C'est un écart supérieur à notre déficit budgétaire. Ramener les dépenses publiques au niveau de nos voisins permettrait de supprimer ce déficit. D'autres l'ont fait. Y compris la Suède, qui, avec des prélèvements obligatoires aussi forts que les nôtres, a maintenu son modèle social avec un budget équilibré.

Il y a seulement douze ans, les dépenses de personnel et la charge de la dette représentaient 45 % du montant des dépenses. Aujourd'hui, nous en sommes à 58 %. Comme la charge de la dette est incompressible, il n'y a pas d'autre solution que de réduire les effectifs de la fonction publique. Le ministre de l'Economie multiplie les déclarations pour dire que la France vit au-dessus de ses moyens, alors qu'il ne profite pas du départ annuel à la retraite de 77.000 fonctionnaires, pour retrouver une situation plus équilibrée. Pourquoi ne supprimer qu'environ 5.000 postes, soit moins qu'au cours de l'année 2005 ? Nous n'avons plus le temps d'attendre.

Le plus préoccupant, le plus grave est de constater à quel point ces dépenses ne sont pas financées. Près d'un agent de l'Etat sur cinq dans notre pays a son salaire qui sera payé par nos enfants. Sans guerre, sans catastrophe naturelle, sans absorption d'un territoire comme l'Allemagne de l'Est, notre pays a multiplié sa dette par douze au cours des vingt-cinq dernières années, et cela malgré la vente, très consensuelle de la part de tous les gouvernements, de la plupart des actifs de l'Etat. Un niveau d'endettement que la France n'a jamais connu dans son histoire ! A la somme astronomique d'environ 1.200 milliards d'euros, il faudrait ajouter, comme l'a suggéré le rapport Pébereau, 800 milliards pour la retraite des fonctionnaires.

A l'occasion de la mise en oeuvre de la LOLF (loi organique relative aux lois de Finances), j'ai cherché vainement un indicateur de l'endettement réel de chaque foyer fiscal. Cet indicateur n'existe pas. Il n'a pas été jugé pertinent. Pour ma part, je pense qu'il est essentiel que chaque Français sache chaque année si le gouvernement, dans ses arbitrages, a aggravé l'endettement ou l'a réduit. Lorsque la France a apposé sa signature sur le pacte de stabilité, les critères définis étaient considérés comme des seuils d'alerte à ne pas franchir. Aujourd'hui, ils deviennent des objectifs ambitieux difficiles à atteindre. Et nous sommes obligés de mentir à la Commission européenne sans tromper les experts internationaux : l'agence de notation Standard & Poor's a, pour la première fois, fait des commentaires réservés sur l'importance de notre dette.
Champion pour les prélèvements obligatoires, champion pour la part des dépenses publiques dans le PIB, champion pour la part de la population active travaillant dans le secteur public, champion pour l'importance de la dette, notre pays est malheureusement, malgré tous ces titres, à cause de tous ces titres, parmi les derniers dans la création d'emplois. Nous ne sommes pas entrés dans un cycle vertueux de créations de richesses, parce que nous n'avons pas eu le courage de changer de politique. En Angleterre, en vingt ans, plus de 6 millions d'emplois privés supplémentaires ont été créés. Chez nous, aucun. Là-bas, le taux de chômage est de l'ordre de 5 %. Il faut dire que, dans les années 1980, les Anglais ont été dirigés par Margaret Thatcher, dont l'action a été développée par tous les gouvernements qui lui ont succédé, même ses adversaires. Durant la même période, nous avons eu François Mitterrand. Tant que nous ne serons pas sortis du socialisme qu'il nous a légué, nous aurons le cumul de la dette, des impôts et du chômage.

J'attends que l'on tourne la page : il n'y a pas d'autre voie qu'une politique résolument libérale et européenne. Nous en sommes encore à des années-lumière. C'est un paradoxe éclairant d'entendre accuser de nos tares économiques nationales une politique libérale qui n'a jamais été mise en oeuvre en France, alors que seule une telle politique pourrait accélérer la croissance, réduire le chômage et maîtriser la dette ! La crise de l'emploi et la crise de la dette ont une même cause : un manque de croissance, un étouffement du travail et de l'investissement qui ne connaît qu'un remède : de l'air ! De la liberté.

PHILIPPE DOMINATI est sénateur indépendant de Paris.

mercredi, janvier 18, 2006

Et voilà poindre les premières victimes du funeste principe de précaution

Quelques zygotos, auto-proclamés "faucheurs volontaires" (je traduis en Français pour ceux qui ne parlent pas la novlangue GT et pourraient se demander ce que sont des "faucheurs involontaires" : "faucheurs volontaires" signifie "vandales de champs d'OGM") qui commettent un article intitulé Les OGM sont inconstitutionnels, qui hélas semble contenir une part de vérité.

Attendons quelque temps, nous ne devrions pas tarder à inscrire dans la constitution que toute recherche de savoir est proscrite en raison des dangers qu'elle porte. Car enfin, toute recherche de savoir est dangereuse, on a bien vu que même la recherche historique pouvait être facteur de discorde. A quand l'interdiction, au nom du principe de précaution, de la recherche sur l'esclavage afin de ne pas risquer grosses émeutes ou petits mécontentements ?

Ce n'est pas bien grave : les plus qualifiés d'entre nous pourront toujours s'exiler aux USA ; quant aux autres, ils ont la télé, n'est-ce pas ? Alors, qu'ont ils besoin de savoir nouveau ?

Les anti-OGMs, les luddites de 2006 ?

Nota : je permets de copier les commentaires d'un lecteur :

En 2004, 200 [chiffre à vérifier] millions d'hectares de cultures OGM ont été récoltées avec des bons résultats : hausse des rendements, baisse de l'utilisation de pesticides, plus de biodiversité et tout ca moins cher pour les agiculteurs. Il n'y a pas eu un seul problème de santé chez l'homme.

Cette hystérie anti-OGM est totalement injustifiée sur une base scientifique et ne vaut que par une exploitation sensationaliste et populiste des peurs humaines avec l'aide du principe stupide de précaution.

Le problème fondamental est que le débat sur les OGM est rendu confus par leur association avec les agissements de sociétés. Ainsi l'anti-capitalisme primaire vient polluer un débat qui au lieu d'être uniquement scientifique devient une aire d'expression supplémentaire pour la réthorique des anti-mondialisations. Il faut absolument différencier le débat sur l'innocuité des OGM (qui ne fait presque aucun doute) et celui sur les politiques commerciales agressives d'entreprises.

Ironiquement l'utilisation des OGM est un moyen beaucoup plus sur de réaliser les manipulations génétiques que tout les moyens employés jusqu'ici. Rappelons en effet que des manipulations génétiques on en fait depuis des milliers d'années avec les croisements d'animaux et de plantes. Depuis la deuxième moitié du 20ème siècle, on est passé à la provocation de mutations aléatoires par irradiation ou utilisation de produits chimiques corrosifs, moyens autrement plus dangereux que les OGM.

[J'ajoute que les OGMs diminuent l'utilisation de pesticides, d'engrais et d'hydrocarbures, ce dont les pseudo-écols anti-OGMs ne parlent jamais, ce qui prouve leur peu de préoccupation de l'écologie. Là où un tracteur passe 37 fois en moyenne sur un champ non-OGM, il passera 19 fois sur un champ OGMs.]

La justice française en plein délire

Trois décisions de justice me laissent sur le cul :

> les faucheurs d'OGM auraient eu raison d'invoquer l'état de nécessité. C'est stupéfaint quand on sait qu'il y a 80 millions d'hectares d'OGM cultivés dans le monde depuis des années sans problèmes majeurs. Qu'on soit contre les OGMs, pourquoi pas, même si je pense que c'est idiot, mais considérer qu'il y a urgence, c'est du grand n'importe quoi. Cela tient de la pensée magique où les OGMs jouent le trôle de Satan.

Quand on nous explique, pour les plus progressistes des anti-OGMs, qu'il faut faire plus de recherche pour prouver leur innocuité, c'est en grande partie faux : connaissant la surface déjà cultivée, on a aujourd'hui une bonne idée de leur comportement.

> les frais d'inscription demandés par l'université de Paris IX (50 €) seraient une extorsion de fonds d'après le tribunal de Nanterre.

> la cour de cassation a revu la définition du licenciement économique dans un sens moins contraignant (si je suis d'accord sur la décision en soi, est-ce bien à la justice de se mêler de savoir si un plan de licenciement est nécessaire ou non ?)

On croit rêver ! Et je ne reviens pas sur l'affaire d'Outreau.

Je pense qu'il serait tant de se rappeler Pierre Dac : "Quand il n'y a plus de bornes, il n'y aplus de limites."

Ou encore, cette citation de Pascal affectionnée de Commentaire : "Quand tous vont vers le débordement, nul n'y semble aller. Celui qui s'arrête fait remarquer l'emportement des autres, comme un point fixe."

mardi, janvier 17, 2006

Le "déclinologue" Ronsard

Que diront tant de Ducs et tant d'hommes guerriers
Qui sont morts d'une plaie au combat les premiers,
Et pour la France ont souffert tant de labeurs extrêmes, (1)
La voyant aujourd'hui détruire par soi-même ?
Ils se repentiront d'avoir tant travaillé,
Assailli, défendu, guerroyé, bataillé,
Pour un peuple mutin divisé de courage
Qui perd en se jouant un si bel héritage

(1) : à Austerlitz ?

Un avion de rêve


Mike Arnold, "vidéaste" de profession, fabrique pendant ses loisirs des avions de course. Pourquoi pas ? Son engin précédent, le AR-5 a réalisé 342,7 km/h avec un moteur qui faisait au départ, avant bricolage, 65 ch. Pour vous donner un ordre de grandeur, un avion de tourisme a besoin de 250 à 300 ch et d'un train rentrant pour atteindre cette vitesse.








L'avion suivant, dont voici les photos, est l'AR-6, destiné aux courses de Reno. Les performances sont encore inconnues car il est en cours de mise au point et qu'il ne faut pas trop informer les concurrents.





Le pilote travaille dans la finance, évidemment, pour se payer des joujoux pareils.

Un tabou français, l'Education Nationale : l'épineuse question des effectifs

On entend à chacune des manifs rituelles que le problème de l'Education Nationale serait dans le manque de moyens, notamment en personnel. Cela fait déjà longtemps que j'ai l'impression qu'il s'agit d'un écran de fumée destiné à cacher la mauvaise volonté.

Je suis tombé (c'est le cas de le dire) sur un chiffre de la Cour des Comptes de 2003 : 97 500 équivalents temps plein (ETP) de professeurs de premier et second degré, c'est-à-dire 12 % des effectifs enseignants, soit 3,8 Md €, soit 1.33 % du budget de l'Etat, soit plus que le budget de la culture, n'enseignent pas devant des classes, sans tenir compte de l'absentéisme et des congés qui représentent 15 000 ETP. Certaines situations sont justifiées, il est difficile de croire qu'elles le sont toutes, les petits ruisseaux d'abus font les grandes rivières de déficit.

Si seulement 10 % de ces enseignants qui n'enseignent pas revenaient devant les classes, ça ferait 10 000 profs en plus sans débourser un sou. Miraculeux, non ?

Mes deux antiennes, qui finissent par devenir lassantes, s'en trouvent renforcées :

1) Les moyens existent, ils sont mal utilisés. De toute façon, il faut arrêter de raconter des carabistouilles : quand les dépenses publiques représentent 54 % du PIB, l'Etat peut avoir des problèmes de tout, sauf de moyens.

2) Ca ne sert à rien de mettre des sous dans des paniers percés. Réformons d'abord les structures, les méthodes et les pratiques.

L'ensauvagement du débat ?

François Delpla me dit trouver excessif l'usage du mot "barbares" dans le texte de Charles Gave.

Cela fait longtemps que je me pose la question des limites du blog. Il m'arrive, à tête reposée, de regretter certaines expressions lachées dans le chaud du moment.

Néanmoins, il y a le ton et il y a le fond. On peut dire de manière véhémente des choses très raisonnables et, inversement, lancer des appels aux meutres sur un ton compassé. Cela s'est déjà vu.

Sur le fond : je ne crois pas que le texte de Charles Gave soit excessif dans son contenu. Il considère les bolcho-bohèmes (autre acception de "bobo") comme des disciples involontaires de Charles Maurras, avec, pour aggraver les choses, un manque de talent affligeant. Je serais mal venu de renier ce texte alors que c'est ce que je pense.

J'avais diagnostiqué depuis longtemps le manque de talent ; par contre, mon association de ces cocos là, les Bové et compagnie, avec le maurrassisme ou le pétainisme est plus récente, ce sont des courants de pensée dont je suis nettement moins familier que des courants libéraux ou jacobins. Mais quelques lectures dont je vous ai fait part (Le vertige social-nationaliste, Le siècle de Monsieur Pétain), plus quelques autres glanées de ci de là, m'ont progressivement ouvert à cette idée.

Maintenant, le ton nuit-il à la sérénité et, par conséquent, à la qualité des débats ? Peut-être, mais il y a aussi un plaisir certain dans le style pamphlétaire.

"Barbares" est-il excessif ? Pour des gens qui ont saccagé un MacDo pour faire parler d'eux et arraché des plantations d'étude, l'excès ne doit pas être bien grand.

lundi, janvier 16, 2006

Belle-Ile ou Saint-Affrique ?,

Quand je vous dis qu'on connaît les réformes à faire, qu'il ne manque que la volonté, en voici un exemple.


Belle-Ile ou Saint-Affrique ?, par Guy Vallancien
LE MONDE | 16.01.06 | 13h43 • Mis à jour le 16.01.06 | 13h43


Les habitants de Belle-Ile, de Sein, d'Ouessant, de l'île d'Yeu vivent l'hiver dans des conditions météorologiques parfois exécrables, sans accès proche à un service de chirurgie ou à une maternité. Les a-t-on déjà entendus taper du tambour et faire la "une" des médias pour réclamer des moyens chirurgicaux sophistiqués sur place ? Jamais ! Dans les îles du Ponant, les médecins savent gérer la petite urgence, sont équipés en matériel de base pour assurer les premiers soins tels que les sutures de plaies superficielles, les immobilisations de membres, placer une perfusion, commencer une réanimation et aider à l'accouchement s'il se produit plus vite que prévu. Par très gros temps, la marine nationale peut être mise à contribution. A Yeu (35 000 personnes l'été) et Belle-Ile (50 000) fonctionnent des hôpitaux locaux adaptés à l'insularité mais sans service de chirurgie. Bateaux (entre 30 minutes et une heure) et surtout hélicoptères (entre 7 à 15 minutes) assurent le relais vers le continent et ses hôpitaux. Les maires, les médecins, les infirmières ainsi que la population se sont organisés pour maintenir une médecine de proximité efficace associée à un transport rapide en cas de problème aigu et grave sans que personne s'en plaigne.


Sur le continent, la pratique locale est inverse : malgré un constat sévère de l'Inspection générale des affaires sanitaires, on laisse fonctionner un service de chirurgie dans une petite ville où un seul praticien présent assure à l'année une production chirurgicale minimale, alors qu'à une demi-heure de là un autre hôpital où exercent 6 chirurgiens à l'activité opératoire 15 fois supérieure répond à la demande chirurgicale du bassin de population grâce à une route praticable toute l'année.

Les petits hôpitaux qui tentent de préserver leur service de chirurgie recrutent parfois des chirurgiens à la formation incertaine, à la pratique hésitante, aux complications et reprises opératoires anormalement nombreuses, mais on le tait. Certains de ces chirurgiens sont de véritables barbiers ambulants qui vont de ville en ville, mais on passe outre.

On relève aussi des drames dans les plus grands centres hospitaliers, universitaires y compris. Mais on sait, preuves scientifiques à l'appui, qu'une pratique chirurgicale en dessous d'un certain seuil et d'une certaine qualification est une facteur déterminant d'augmentation de la mortalité et de la morbidité opératoires. Les petits hôpitaux cumulent les handicaps : ils ont du mal à recruter les chirurgiens les plus qualifiés et ils les laissent opérer seuls, sans l'avis ou l'aide possible d'un collègue en cas de difficulté. Nous avons tous eu besoin un jour de cette aide face à une situation imprévue.

Faut-il redire qu'il n'y a pas de "petite chirurgie" ? Doit-on accepter qu'un chirurgien réalise par an seulement une dizaine d'interventions majeures grevées d'un taux de complications nettement au-dessus de la moyenne ? La réponse est non, trois fois non. Les soi-disant réseaux qui consistent à faire venir un chirurgien pour opérer de temps à autre sont une solution bâtarde et à risque, car il ne suffit pas de bien opérer, encore faut-il s'entourer d'anesthésistes, d'un personnel paramédical rodé pour les suites opératoires et d'un autre chirurgien sur place capable d'assurer les complications éventuelles. La chirurgie est un métier d'équipe. Dans ce domaine très particulier de la médecine, proximité ne rime pas avec sécurité.

Combien faudra-t-il d'estropiés et de morts en plus sous prétexte de préserver l'emploi local et le lien social ! La chirurgie française est ainsi à multiple vitesse selon la porte à laquelle vous frappez pour vous faire opérer. Une telle situation profondément inique traduit la plus grave des inégalités devant la maladie ou les accidents, car légalement rien ne se voit. Le maire est content de préserver un service de chirurgie de proximité, le directeur de l'hôpital a sa liste de garde remplie, pendant que les plus avertis des habitants du lieu fuient l'établissement et vont se faire opérer ailleurs. Ce sont les plus vieux et les plus pauvres qui pâtissent de cette situation car ils ne sont pas informés et craignent de quitter leur environnement. Une hospitalisation en chirurgie dure actuellement environ 5 à 6 jours, et les petits gestes peuvent être réalisés en ambulatoire ? L'argument de l'isolement des personnes âgées pendant leur séjour dans un hôpital lointain ne tient pas si on organise (voilà une attitude solidaire !) la visite de leurs familles et amis pour les soutenir. Les arguments géo-climatiques des risques du transfert liés aux intempéries et aux difficultés de circulation sont contredits par l'expérience des îliens et des montagnards (Chamonix a fermé son service de chirurgie sans plus de risques pour les habitants de la vallée). Combien de temps cet aveuglement et cette omerta vont-ils durer ?

Une vraie politique de santé publique passe d'abord par la garantie que chaque Français puisse subir une opération dans une structure de soins dotée d'un personnel médical et paramédical entraîné à la chirurgie, en nombre suffisant, équipée d'un matériel adapté et respectant les règles de stérilisation modernes. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, même si certains maires ont investi à tour de bras pour tenter de conserver contre vents et marées les salles d'opération de leur hôpital. Il est grand temps de modifier cet état de fait lamentable avec pédagogie en expliquant les enjeux aux populations et en médiatisant les restructurations qui fonctionnent bien comme à La Mure, Valogne, Montaigu ou dans de nombreuses autres petites villes dont on ne parle jamais parce que le sang n'y coule pas ! Le courage politique nécessite d'adapter la carte chirurgicale française région par région sur la seule base de la qualité médicale et non sur celle des échéances électorales et des manifestations de rue.



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Guy Vallancien est chirurgien, professeur à l'université René-Descartes, Paris-V.

ATTAC et les OGM : de l'obscurantisme à la barbarie


Par Jacques Guénin, décembre 2005



De même que l'on trouve chez ATTAC des gens de bonne volonté intoxiqués par la propagande, on y trouve, en cherchant bien, des gens qui se posent des questions sur la pertinence de faucher les champs d'OGM. Ceux là expliquent benoîtement qu'ils ne sont pas a priori contre les OGM, ils demandent seulement que l'on n'en plante pas tant que l'on n'aura pas établi leur absence de nocivité au moyen de recherches appropriées. On se demande alors pourquoi le bouffon violent José Bové et ses acolytes ont commencé par le sabotage des installations de recherche. Le 5 juin 1999, dans notre beau pays de France, dans cet Etat de droit où l'on apprend à l'école qu'il ne faut pas se faire justice soi-même, une centaine de personnes appartenant à la Confédération Paysanne, conduites par José Bové et René Riesel, pénétrèrent par effraction dans une serre du Cirad, organisme public de recherche agronomique. Devant les journalistes convoqués pour l'occasion, la bande procédait à la destruction d'ordinateurs et de milliers de plans de riz, génétiquement modifiés pour améliorer leur résistance à la sécheresse et la salinité. Incidemment, elle détruisait aussi l'émulation salutaire qui existait entre le Cirad et l'université de Cornell qui faisait des travaux sur le même sujet.

Certes, René Riesel, l'ancien secrétaire national de la confédération paysanne, a quitté la confédération au moment de l'épisode Mc Donald, et s'est démarqué à la fois de Bové et d'ATTAC. "ATTAC et les citoyennistes, dit-il, sont des néo-étatistes... ils ne sont que d'anciens gauchistes, d'anciens staliniens, qui modernisent un peu leur discours". Mais ladite confédération figure toujours en temps que personne morale au Conseil d'administration d'ATTAC, qui accorde toujours un soutien sans faille à José Bové, lequel d'ailleurs le lui rend bien. Jacques Dufour, président de la Confédération Paysanne, est membre du comité directeur d'ATTAC. Plusieurs fédérations éprouvent spontanément le besoin de soutenir les fauchages sauvages par des articles dans la presse. Ainsi, suite à l'action anonyme de destruction d'une parcelle de maïs OGM à Magescq (Landes), dans la nuit du 23 au 24 août 2004, le Comité ATTAC Landes Côte Sud a déclaré approuver cette destruction dans le quotidien Sud-Ouest : "Cette action s'inscrit dans un climat d'opposition générale aux essais et cultures d'OGM marquée en cet été par de nombreuses destructions clandestines ou à visage découvert". ATTAC se déclare "solidaire de tout citoyen impliqué dans de tels faits qui pourrait être menacé de poursuites judiciaires, suite aux plaintes qui ne manqueront pas d'être déposées."
Incroyable mais vrai!

Le comportement d'ATTAC sur ce sujet révèle à quel point la soumission à une idéologie peut fermer toute ouverture à la connaissance, peut rendre insensible aux incohérences et peut faire perdre toute capacité de réflexion. Nous allons examiner successivement ces trois points :


L'ignorance ou le refus de savoir.

Il y a une dizaine d'années, on pouvait se demander si les OGM ne présenteraient pas de toxicité pour le bétail et pour les humains, et s'ils ne risquaient pas de contaminer d'autres cultures. Certains transgènes confèrent en effet aux plantes un avantage sélectif. Ces plantes pourraient alors devenir envahissantes et menacer la flore locale et la biodiversité. On pourrait alors craindre par exemple la contamination de plantes dites biologiques.

En France, nous avons moins avancé dans l'étude de ces questions que d'autres pays, malgré la qualité de nos organismes de recherche, précisément parce que ces organismes sont obligés d'opérer à petite échelle et en secret pour éviter le vandalisme des valeureux barbares intoxiqués par José Bové. Mais d'autres pays ont tellement avancé, qu'ils ont non seulement circonscrit les problèmes, mais prescrit et contrôlé les précautions éventuelles, si bien qu'ils ont pu autoriser la plantation d'OGM à grande échelle. Résultat : il y a aujourd'hui de par le monde plus de 90 millions d'hectares cultivés en OGM, dont plus de 50 aux Etats-Unis, 16 en Argentine, 5 au Canada et au Brésil, et 4 en Chine. Les variétés cultivées son essentiellement le soja, le maïs, le colza, le coton et le riz. Ces cultures sont pratiquées par 8,5 millions d'agriculteurs dans 17 pays. Comme il y avait déjà 1,7 millions d'hectares en 1996, c'est à dire il y a dix ans, on peut dire que cette progression n'est pas récente et qu'on a eu tout le loisir d'en mesurer les effets. On n'a pas encore noté un seul cas d'intoxication ou de conséquence négative sur l'environnement, au contraire, comme nous le verrons plus loin.

Lorsqu'on connaît ces faits, les élucubrations et l'agitation de la Confédération Paysanne et d'ATTAC apparaissent tout simplement grotesques, consternantes, et on ne peut qu'avoir honte pour eux.

L'incohérence doctrinale

Elle porte sur le combat contre la pauvreté et la protection de l'environnement, deux sujets qui motivent beaucoup les gens d'ATTAC si on en croit leur propagande.
En ce qui concerne le premier point, il est clair aujourd'hui que les OGM représentent un immense espoir pour les pays pauvres, aussi bien sur le plan de la nourriture que sur celui de la lute contre les maladies. Ils permettent de créer des plantes ayant des propriétés particulièrement utiles aux paysans pauvres qui n'ont pas les moyens de lutter contre les maladies des plantes ou d'acheter des engrais : résistance aux maladies (qui sont responsables de la perte de 30 pct des récoltes), résistance aux herbicides, amélioration des qualités nutritives et du goût, adaptation aux sols salés ou alcalins, résistance au froid et aux courants d'air, détoxification des sols par captation de métaux lourds, production de molécules utilisables pour fabriquer des huiles, des détergents, des fibres, et même des combustibles pour se chauffer.

Les feuilles ou les graines de certaines plantes transgéniques peuvent être une source bon marché de protéines ayant des propriétés thérapeutiques (insuline, hormone de croissance, interféron, anticorps divers, etc.)

Certaines plantes transgéniques, comme le riz doré, pourraient contribuer à réduire les graves déficits en vitamine A et en fer qui frappent un nombre considérable d'êtres humains.

Des chercheurs de l'Université Cornell, aux Etats-Unis, ont mis au point un riz à concentration élevée en tréhalose, un sucre que l'on trouve aussi chez les bactéries, les champignons et les invertébrés et qui permet une résistance accrue à la sécheresse et à la teneur du sol en sel. Ce riz est capable de résister à des sécheresses intenses et de renaître à la moindre goutte de pluie. De même, il survit dans des sols contenant 50% plus de sel que les zones de culture considérées comme très salées. Enfin il supporte des températures inférieures de dix degrés à celles que peut supporter la variété non transgénique.

Des chercheurs de la même université ont créé une variété de banane qui contient un vaccin contre l'hépatite B. Une seule banane inocule le vaccin à un enfant pour un cinquantième du prix d'une piqûre, et avec moins de larmes.

Il en va de même pour la protection de l'environnement. Une bactérie, le Bacillus Thuringiensis (BT), contient une protéine qui tue trois espèces de vers meurtriers pour le coton. Le BT était utilisé depuis 1950 sous forme d'insecticide répandu par hélicoptère. En Inde, de tels traitements étaient répétés une dizaine de fois par an, ce qui coûtait évidemment très cher et avait des effets écologiques négatifs. Aujourd'hui le "BT cotton", une variété transgénique dans les graines de laquelle on a introduit la bactérie BT, permet d'éviter ces traitements, donne un meilleur rendement et une fibre de meilleure qualité. Cette bactérie a aussi été introduite dans le maïs pour les mêmes raisons.

Aux Etats-Unis, sur la période 1996-2004, l'utilisation de soja génétiquement modifié a fait économiser 19 000 tonnes d'herbicides, et l'utilisation de maïs transgénique a réduit de 5 800 tonnes la consommation d'insecticides.

La perte de la capacité de réflexion.

Un des griefs mis en avant par les barbares est que le développement des OGM est fait par des compagnies privées pour accroître leurs profits au détriment du tiers monde. C'est faire preuve d'un manque de réflexion qui confine à la stupidité :

- d'abord parce que beaucoup de découvertes utiles sont faites dans des universités et des instituts de recherche publics. Or ce sont celles là que les barbares détruisent, car les compagnies privées se protègent mieux.

- ensuite parce que les sociétés privées ont une incitation beaucoup plus forte que les organismes publics à ne pas commettre d'erreur sur le plan de l'environnement ou de la santé. Pour elles c'est simplement une question de survie.

- enfin parce qu'elles sont bien obligées de fabriquer des produits assez bon marché pour que les gens aient intérêt à les acheter.

Il est décevant d'avoir à expliquer des choses aussi évidentes.

Le grand retour de Charles Maurras

[Cette article présente le même type d'analyse que Le siècle de M. Pétain]

Le grand retour de Charles Maurras

par Charles Gave

Charles Maurras ? Qui se souvient de Charles Maurras ?

A dire vrai je me souvenais vaguement d'en avoir entendu parler lors d'un cours sur les idées politiques, il y a bien longtemps, à Toulouse, au début des années 60. Apparemment, il avait eu une grande influence sur la droite « nationaliste » de la fin du 19ème siècle jusqu'à 1945 avec son journal « l'Action Française », avait mal tourné pendant la guerre, avait été frappé d'indignité nationale à la libération et chassé de l'Académie Française, qui avait cependant refusé de lui élire un successeur..

Bref, une solide connaissance de salon ou de dîner mondain.

Et puis, cet été, j'ai été invité pendant une période très, très pluvieuse dans une de ces vieilles maisons de la province française où le temps est resté immobile ...

Et dans cette maison, oh bonheur, une merveilleuse bibliothèque, où le denier livre acheté datait de 1950... et dans cette bibliothèque, la collection complète et reliée de l'Action Française, dans laquelle je me plongeais avec une curiosité décuplée par le manque de soleil.

Quelle ne fut pas ma stupéfaction ! D'un seul coup, tout s'éclairait ! En fait, nul ne devrait chercher à expliquer la France d'aujourd'hui sans faire référence à Charles Maurras !

La pensée de Charles Maurras est en effet totalement dominante à tous les échelons du corps politique, diplomatique et médiatique en France, ce qui constitue enfin une explication rationnelle à nos malheurs actuels.

Cette pensée s'articulait autour de quelques postulats très forts, que je vais rappeler en quelques lignes pour ceux qui comme moi, ne connaissaient pas Maurras.

Le cœur du système, c'est bien entendu la haine.

Haine du capitalisme, haine de l'individualisme, haine de la démocratie représentative, tels sont les points d'ancrage de cette pensée. Toute haine a besoin de boucs émissaires pour s'y fixer. Dans le cas de Maurras, ils étaient tout trouvés : le monde anglo-saxon (Angleterre - Etats-Unis) et les marchés financiers tombés (d'après lui) sous le contrôle des Juifs, qui bien entendu représentaient la deuxième grande menace.

De ces haines coulent un certain nombre de principes d'action.

* Dans une discussion avec un adversaire intellectuel ou politique, le but n'est pas d'apprendre de la discussion par un débat « socratique », mais de détruire l'adversaire dont on sait dès le départ que c'est un salaud et un mauvais français.

* Une distinction est faite entre la « légalité », notion parfaitement compréhensible et opérationnelle et la « légitimité », idée purement subjective, non démocratique et non vérifiable (la légitimité est d'ordinaire de droit Divin, ou l'apanage exclusif de l'homme providentiel)

* De ce fait le recours à la violence est parfaitement compréhensible (les troupes de choc de l'Action Française, les camelots du Roi, se déplaçaient avec des cannes plombées, pour taper sur ceux qui n'étaient pas d'accord avec eux).

Mais revenons au temps présent, car le but de ce petit article n'est pas d'expliquer la pensée de Maurras mais de montrer à quel point elle explique la France d'aujourd'hui.

* Commençons par le plus évident : la haine du monde Anglo-Saxon. La dessus J.F Revel à tout dit et fort bien et il n'est pas nécessaire de rajouter quoi que ce soit.

* Continuons par l'anti-sémitisme, cette maladie de l'esprit. Dans l'imaginaire collectif, les « Juifs », responsables (chez Maurras) de tous les malheurs de la France et éternels apatrides, ont été remplacés par les « Israéliens », responsables de tous les malheurs du moyen-orient (et donc potentiellement de la France) et à qui on en veut curieusement aujourd'hui de ne plus être apatrides. Le feu vert pour cette résurgence fut donné par un fidèle lecteur de Maurras, de Gaulle lors d'une conférence de presse ou il caractérisa les Israéliens comme... « petit peuple sûr et lui et dominateur ». Cette remarque fut le signal qu'il était permis de redevenir antisémite, comme l'avait très bien compris Raymond Aron à l'époque. Je ne compte plus les dîners en ville ou de grands esprits (de gauche ou de droite) m'ont expliqué que je ne comprenais rien, qu'Israël ne tenait que grâce au soutien des USA, eux-mêmes tenus par le « lobby juif » aux Etats-Unis et que l'administration actuelle aux USA ne mène la politique actuelle que pour plaire à la minorité Juive fort influente dans la presse et à Wall-Street. Les deux arguments, contrôle de la démocratie par une minorité (Juive) et influence des marchés sur la politique (dictature des marches financiers), sont purement Maurassiens. (Tous les deux idiots, puisque 80 % des Juifs aux USA votent démocrate, et que le système financier outre atlantique est totalement décentralisé et réside de moins en moins à New York). Cependant, tous ceux qui étaient à la fois anti-américains (Israël, porte avions des USA au Moyen-Orient), contre la démocratie (Israël, seule démocratie au Moyen-Orient) et contre l'économie de marché (Israël à elle toute seule exporte plus que tous les pays arabes réunis, hors pétrole) purent réunir dans un seul bouc émissaire leur antisémitisme, leur anti-capitalisme et leur haine de la démocratie, et comme c'étaient souvent les mêmes, le résultat fut celui que l'on voit tous les jours...c'est-à-dire un retour en masse de l'antisémitisme sous de nouveaux oripeaux...Fort naturellement, à la suite de trente ans de propagande ininterrompue, pour 70 % des français, le pays le plus dangereux pour la paix mondiale est ...Israël (comme la Tchécoslovaquie en 1938 ?).

* Dans le système politique, nous avons assistée à une délégitimation totale de la représentativité des élus, au profit d'abord du Monarque- élu et intouchable (constitution de la Vème), ensuite des légistes (la technocratie) et plus récemment des organisations remplies de non élus mais censées être «légitimes » (altermondialistes, écologistes, représentants de religions liberticides etc). Comme chacun le sait, l'élection (comme le marché d'ailleurs), n'assurent pas une bonne représentation de l'intérêt général. Comme chacun le sait encore, le Roi, entouré de ses bonnes corporations et de ses légistes a toujours été la meilleure solution aux problèmes de la France. Encore une fois, voila une évolution qui aurait ravi Maurras ...

* En économie, rien ne nous a été épargné. Pour commencer, nous avons eu droit à une avancée en masse du protectionnisme. L'exception culturelle française, le refus de la « globalisation », la politique industrielle du champion national, le« patriotisme économique» ne sont que des mots pour protéger des médiocres en se servant de la puissance de l'Etat. Ensuite, nous avons eu une montée en masse des corporatismes (un exemple : la politique agricole commune) et de monopoles publics inefficaces dissimulant leurs recherches éperdues de rentes protégées sous le nom de « services publics ». Enfin, nous avons eu la reconnaissance tant recherchée par Maurras des corporations, sous le nom oh combien révélateur de « syndicats représentatifs » représentatifs sans aucun doute comme certaines démocraties étaient populaires il y a peu... (il n'y a même pas 10 % de salaries qui soient syndiqués) ....

* Dans le monde des idées, la débâcle est là aussi totale, entérinée par les succès du Monde Diplomatique, de Courrier International ou d'Alternatives Economiques. Quand on voit que Bernard Marris et Viviane Forrester ont remplace Raymond Aron, Sauvy et Fourastié comme phares de la pensée, on mesure l'étendue du déclin. De ce fait le Maurrassisme triomphe partout : primauté à l'intuition, montée de la pensée magique, appel aux communautarismes, refus de la science, retour à la nature, écologie (le terre ne ment pas, disait Maurras), refus du progrès technique, de l'industrie, utilisation de la violence (légitime, bien entendu !) dans les conflits sociaux ou dans les disputes telles celles perpétrées par José Bové aidés par des élus détruisant des cultures transgéniques, principe dit de précaution, digne de l'inquisition, introduit dans la constitution et stérilisateur de toute recherche nouvelle (nul doute que Pasteur ou Marie Curie auraient du être interdit d'expérimentation...) etc...

Mais restons en là, le lecteur aura compris, du moins nous l'espérons...

Un dernier détail reste cependant à préciser.

Le fait que la plupart de ceux qui revendiquent ces idées se disent « de gauche » aujourd'hui ne changent strictement rien à notre démonstration. Ils sont de gauche comme Castro est de gauche.

Il existe cependant une différence essentielle entre eux et Maurras.

Maurras écrivait dans un français merveilleux, et il avait une énorme culture classique.

Quand il ferraillait avec ses adversaires, on avait vraiment l'impression de contempler un escrimeur, et même si on détestait les idées, on ne pouvait s'empêcher de sourire.

Eux, ils n'écrivent pas avec une épée, mais avec des tromblons.

Et de culture, ils n'en ont point, sauf la pauvre vulgate marxiste qui en tient lieu à notre époque.

La conclusion s'impose hélas, d'elle-même : en France, la loi de Gresham marche fort bien, les mauvaises idées chassent les bonnes, et même dans l'expression des idées idiotes, nous sommes en plein déclin...

Charles Gave
Janvier 2006

La communauté des haines

Favilla (Les Echos)

En politique, a dit Tocqueville, c'est la communauté des haines qui fait le fond des amitiés. Si c'est le cas aussi en politique internationale, le cercle vient de s'élargir. Dans une déclaration trop peu relevée, le président du Venezuela, Hugo Chavez, vient d'adhérer bruyamment à celui de l'antisémitisme. Selon lui, « il se trouve qu'une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, s'est emparée des richesses du monde ». Sans revenir sur la théologie, l'affirmation économique est inexacte. Les richesses pétrolières du monde sont pour l'essentiel aux mains d'ennemis des juifs (dont maintenant le Venezuela). Bien que, de cette rente octroyée par la providence, tous ces pays n'aient pas tiré grand-chose pour leurs peuples. En revanche, Israël a su construire, sur une terre exiguë et ingrate, une économie et une démocratie de dimensions respectables. Si une richesse peut leur être reprochée, c'est celle de leur valeur ajoutée. La précision prend plus de sens encore à la veille de la visite à Caracas de cet autre imprécateur et pétrolier Ahmadinejad - de dimensions plus considérables à ces deux titres -, qui parle de « rayer Israël de la carte » et assure que la Shoah est un mythe fabriqué. Ainsi se précisent les critères d'adhésion au club élargi : en premier lieu, naturellement, haïr les juifs ; détester et combattre, fondamentalement, les Américains ; posséder des richesses pétrolières et, subséquemment, ne pas savoir en faire un bon usage ; exciter la haine des pauvres de leurs pays contre un ennemi extérieur, même lointain et mal défini, pour leur faire oublier qu'ils les maintiennent dans leur pauvreté.


A y regarder de près, ce front « pétrole contre valeur ajoutée » a quelques raisons de se métastaser jusqu'à l'Amérique latine. Longtemps opprimés, des Amérindiens prennent ici et là le pouvoir et règlent leur compte avec les Yankees, en réutilisant la confusion avec les juifs avides si employée naguère par les nazis (dont beaucoup se réfugièrent chez eux). La gestion d'effectifs importants de va-nu-pieds (comme en Iran) appelle des messages simples, dont le racisme et la superstition sont les plus commodes [pour avoir voyagé en Iran, je peux vous dire que toutes les catastrophes y sont dues aux juifs, même le mauvais temps et les tremblements de terre.]. On ne peut pas exclure non plus que la disparition de l'Union soviétique ait laissé les leaders antiaméricains orphelins d'une idéologie de substitution - voir Castro... Il reste stupéfiant et, pour tout dire, glaçant, que même dans ce continent éloigné de nos turpitudes euro-moyen-orientales, on ne trouve à nouveau qu'un antisémitisme recuit pour suppléer à l'insuffisance de la pensée [l'anti-américanisme est le socialisme des imbéciles, et l'antisémistisme ?]. Cela vient de loin. Telle prisonnière d'un camp de travail en Pologne ne disait-elle pas avoir dissimulé ses lunettes pour qu'on ne la soupçonne pas d'être juive ? Et tel humoriste juif, que les autres croyants du Livre ne leur pardonnaient pas de leur avoir pris leur religion ? Ainsi s'entretient la communauté des haines.

La France va-t-elle bombarder l'Iran ?

Voici un tableau de la situation :

> les informations ne sont pas très précises évidemment, mais on pense que dans quelques mois à l'Iran aura de l'uranium de qualité militaire. Après il faut encore quelques années pour fabriquer des bombes nucléaires et des fusées ballistiques, mais il n'y aura plus besoin de très grosses installations industrielles, donc le développement nucléaire iranien sera impossible à surveiller.

> Quarante ans de dissuasion nucléaire entre USA et URSS ont montré que les protagonistes devaient se maintenir aussi éloignés que possible de toute confrontation ou de toute tension directes. Le gouffre nucléaire est si profond que c'est folie de s'en approcher. C'est une des principales leçons de la crise de Cuba. Or, la complexité et la tension au Moyen-Orient rendent les occasions de dérapage fort nombreuses. Autrement dit, si Israel et l'Iran avaient la bombinette et si, de plus, d'autres pays (Arabie Saoudite, Turquie, Egypte) s'en équipaient, la probabilité d'un conflit nucléaire serait trop élevée pour être acceptable. Un dérapage est si vite arrivé (l'assassinat d'un archi-cheik par exemple). La prolifération nucléaire au Moyen-Orient doit subir un coup d'arrêt sans équivoque en 2006, après, il sera trop tard. Comme diaient les Anglais Now is the time.

> On peut espérer un changement du pouvoir en Iran, on peut espérer que les éventuelles sanctions diplomatiques auront un effet. Mais si ça ne marche pas, que faire ? Il ne restera plus qu'une intervention militaire, un bombardement des sites nucléaires connus. Ca serait une tâche difficile, les Iraniens ne sont pas idiots, mais il faut ce qu'il faut.

> les USA et la Grande-Bretagne sont paralysés par l'Irak (voir message précédent). Une intervention israelienne envenimerait excessivement la situation. Il faudrait trouver un pays qui ne puisse pas être soupçonné de pro-sionisme, qui ait les moyens d'intervenir, qui ait à coeur la paix dans le monde et le souci de sa stature internationale et qui ne puisse être accusé de recourir à la force hors de propos. Mais oui ! Bon sang, mais c'est bien sûr ! Ce pays, vous le connaissez, c'est la France.

Est-ce que j'y crois ? Absolument pas. Il faudrait pour cela que nous ayions un président qui soit un chef capable d'une vision à long terme et qui soit un homme d'Etat, nous savons que Jacques Chirac n'est ni l'un ni l'autre. Le seul bombardement de Jacques Chirac ordonnera en 2006 sera celui, particulièrement intense, de Nicolas Sarkozy. On a les dirigeants qu'on mérite, nous votons pour eux.

La probabilité est que les Israéliens, si ils ont assez de renseignements, s'en chargent sans même en avertir les Américains. Malheureusement, si cela se produit, l'impact et la signification en seront autres que si la France l'avait fait.

Changement de stratégie américaine en Irak

Les sunnites, qui représentent 20 % de la population irakienne, font l'essentiel de la guerilla. En effet, cette partie de la population avait l'habitude d'exercer le pouvoir sur les 80 % restant (kurdes et chiites).

Les Américains poussent pour que les sunnites aient plus de pouvoir que les 20 % qu'ils sont, de manière à ce qu'ils aient intérêt à entrer dans le jeu démocratique et se détachent de la guerilla. Mais pour cela, ils ont besoin d'une certaine passivité iranienne, afin de ne pas exciter les chiites à revendiquer trop fort contre ce petit tour de passe-passe électorale ; ce qui explique la modération américaine sur le nucléaire iranien.

Il reste une longue route avant que l'Irak soit un pays prospère et démocratique, rien n'est encore gagné, mais que les Américains prennent en compte la complexité de la situation est déjà une bonne nouvelle.

Cette stratégie commence à porter ces fruits, des signes de dissensions entre les Irakiens nationalistes et les étrangers islamistes apparaissent au sein de la guerilla.

Je ne regarde pas les informations télévisées, écoute peu la radio et ne lis pas toute la presse, loin de là ; cependant, a-priori peut-être injuste de ma part, je soupçonne que c'est le genre d'informations qui ne sont pas faciles à trouver dans nos journaux. On ne peut pas avoir soutenu de manière forcenée le chiraquo-villepinisme onusien et se dédire au point d'envisager que l'Irak évolue positivement.

dimanche, janvier 15, 2006

Le conformisme et l'imbécillité sont de tous les temps : la preuve par Simon Leys

Simon Leys critique dès la première heure la Révolution culturelle en Chine populaire. Il n'est connu au départ que de cercles restreints, mais fut découvert du grand public au cours d'un numéro de l'émission Apostrophes en 1983 consacré à la Chine où Bernard Pivot avait également invité Maria-Antonietta Macciocchi, auteur du livre De la Chine.

Après avoir laissé cette dernière parler avec lyrisme de l'homme nouveau qui apparaissait en Chine, Simon Leys - qui avait vécu en Chine précisément pendant la période en question - répondit en fournissant plusieurs données factuelles suggérant qu'elle n'avait pas vérifié ses sources avant d'écrire son livre.

« Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais moi qui ai vu chaque jour depuis ma fenêtre le Fleuve jaune charrier des cadavres, je ne peux accepter cette présentation idyllique par madame de la Révolution culturelle. »

D'après une interview de Bernard Pivot, ce fut le seul cas où à la suite d'un passage à Apostrophes les prévisions de vente d'un livre furent révisées à la baisse.

Un autre sinologue apportait depuis ses débuts un soutien discret à Simon Leys : René Étiemble.

Dans les années 70, la publication de ses pamphlets sur la Chine lui ont attiré la haine des milieux maoïstes français de l'époque, représentés notamment par la revue Tel Quel.

Serai je moi aussi capable de découvrir ses impostures à la mode ? Ces mensonges qui se propagent parce qu'ils font plaisir ?

Bien sûr, il m'est facile de dénoncer l'anti-bushisme primaire ou l'étatisme forcené, leur bêtise crève les yeux (du moins les miens) (1), mais ne suis je pas victime d'autres mensonges ? En tout cas, je doute, c'est peut-être le début de la sagesse ?

(1)= : je précise tout de même, pour les rétifs à la nuance : je ne trouve pas que Bush a toujours tort ni que l'Etat français est toujours indispensable et juste, il ne faut pas en conclure que je pense que Bush a toujours raison et que l'Etat français est toujours injuste et inutile (il l'est cependant suffisamment pour que ça pose problème).

samedi, janvier 14, 2006

L'ensauvagement (T. Delpech)




FFFF

Livre brillant et pourtant facile à lire. D'une manière qui m'a surpris, elle fait la synthèse de mes deux précédentes lectures (Le siècle de M. Pétain, Chroniques d'une résistance) :

> Le danger islamiste est gravement sous-estimée en Europe. Ce n'est pas une méconnaissance, mais un déni de réalité.

> Le refus des conflits est notre principale faiblesse.

Et elle joint ces deux idées : l'Europe est rétive à l'idée de "guerre contre le terrorisme" car elle est plus menacée que les USA par la désintégration provoquée par l'immigration massive (meutre de Théo Van Gogh, émeutes françaises) et, hantée par ce danger de guerre, elle préfère le nier, nier le monde et ses risques et s'isoler, quitte à abandonner ses responsabilités.

L'histoire du XXème siècle montre assez que l'histoire n'est pas un long fleuve tranquille. Le XXème siècle est fini en Europe depuis 1989 mais pas en Asie, où les tensions héritées des deux guerres mondiales et des révolutions russe et chinoise (1) subsistent. Or, il est tout à fait illusoire de croire que l'Europe échapperait aux conséquences d'une guerre asiatique ; d'ailleurs, l'Europe ne le croit pas, alors elle fait semblant de croire ou, pire, croit vraiment, que les guerres appartiennent au passé et que les craintes des Américains sont dues à la paranoïa.

Comme Slama (les deux livres sont sortis à la même date), elle emploie pour qualifier l'attitude de l'Europe le mot schizophrénie (2), pour les mêmes raisons : confusion du maternel (négociations, protection) et du masculin (force, menace) qui fait disparaître le masculin. Il n'est peut-être pas très judicieux d'attribuer un trait psychologique à une collectivité, mais, même si ça ne reste qu'une image, je la trouve parlante.

C'est pourquoi l'envie de J.Chirac de recommencer les exportations d'armes vers la Chine et les déclarations de G. Schröder comme quoi la Chine peut faire ce qu'elle veut de Taïwan lui paraissent appartenir au plus haut degré d'irresponsabilité et d'inconscience (avis que je partage).

Elle présente la méconnaissance de l'Européen moyen sur les questions stratégiques asiatiques comme un symptôme fin mais révélateur du retrait de l'Europe des affaires du monde.

Elle rappelle que l'enchainement conduisant à la première guerre mondiale fut une mécanique, fort bien décrite par John Keegan, chaque décision apparemment raisonnable entraînant une autre décision apparemment raisonnable, pour aboutir au cataclysme. C'est folie de faire le moindre pas, aussi minime soit-il, vers un mécanisme de ce genre.

Puisque je m'intéresse à l'éducation, petit exemple d'ensauvagement : après la première alerte de la crise de 1905, les instituteurs français prirent conscience des dangers de guerre et poussèrent pour des manuels scolaires moins revanchards. Ces demandes, qui, après coup, nous semblent raisonnables, furent balayées par l'esprit du temps. La mécanique infernale était déjà en place dans les esprits. Aujourd'hui, on peut se féliciter du combat de certains instituteurs pour la laïcité et la libre-pensée face à l'obcurantisme communautaire, principalement islamiste.

Contrairement à ce qu'on croit, certains avaient anticipé la catastrophe de la première guerre mondiale (3), mais ils n'avaient pas été écouté. Aujourd'hui, écoutons nous davantage ceux qui nous disent que la conjonction de notre inconscience, de la pauvreté et de l'islamisme est grosse d'un désastre ?

Quelques citations des deux grands hommes du XXème siècle . Hitler : "Mes armes sont la confusion mentale, les sentiments contradictoires, l'indécision et la panique." Staline : "La mort résout tous les problèmes. Pas d'hommes, pas de problèmes."

Ce qui donne une grande puissance aux dangers est la technique.

L'auteur fait trois paris pour 2025 :

> le terrorisme islamique sera plus que jamais d'actualité, d'autant plus que, en matière d'organisation et de technique, il progresse plus vite que les polices qui lui sont opposées. Néanmoins, la principale faiblesse de l'occident est dans le domaine des idées : il n'y a même pas de lutte. Les barbus font de la propagande à tout-va sans contradiction : En France, aucune autre réponse [au problème de l'immigration] n'est apportée que la "politique de la ville et de l'intégration", que l'on aurait de la peine à décrire plus en détail. On se pose d'ailleurs jamais la question de savoir dans quoi l'intégration doit se faire, ni si une intégration réussie peut avoir lieu dans des sociétés qui n'ont pas de cohésion interne. Nous ne croyons pas suffisamment à nos valeurs pour les enseigner [toujours le pb de l'école] et moins encore pour les défendre, telle est la racine de problème, que les terroristes n'ignorent pas. C'est même l'une des raisons principales pour lesquelles ils sont convaincus qu'ils finiront par l'emporter [en effet, c'est exactement ce que disent les textes islamistes : les infidèles sont faibles parce qu'ils ne croient en rien].

> les armes de destruction massive vont proliférer. L'auteur va jusqu'à envisager une réunification des deux Corée au profit de la Corée du nord à la suite d'un chantage nucléaire.

> le troisième pari tient à la Chine : guerre avec Taïwan, démocratisation ou chaos ? Aujourd'hui, le nationalisme est la seule "colle" qui tient la Chine. En tout cas, les Européens n'ont pas du tout mesuré le problème. Dans vingt ans, l'armée chinoise sera moderne et nombreuse. C'est maintenant qu'il faut s'y préparer et avoir une idée d'où on veut aller. En 2025, il sera trop tard. Pour l'instant, seuls les Américains, qui sont des imbéciles c'est bien connu, s'en préoccupent. La Chine se prépare à être une puissance mondiale contrôlant le Pacifique, cela ne pourra se faire sans une nouvelle guerre, peut-être pas froide, avec les USA. L'Europe ne s'en soucie pas : Et, comme rappelle Clausewitz, "On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s'assoir dessus." C'est un jugement que l'impressionnante modernisation de l'armée chinoise évoque chaque année davantage.

Je rappelle à mes sympathiques lecteurs que la Chine n'est pas seulement le pays des gentils lutins jaunes qui fabriquent des fringues pour moins que rien, c'est aussi le pays qui estime que Taïwan doit être récupéré à tout prix et qui, en conséquence, pointent 600 missiles sur cette île et a déjà fait des provocations fort dangereuses (tir de missile ballistique dans les eaux de l'île : en cas d'incident de tir ou de perte de sang-froid d'un militaire taïwanais, c'était la guerre)

L'auteur parie pour la guerre.

Questions ouvertes pour 2025 :

> la maîtrise des technologies. L'astrophysicien Martin Rees a parié 1000 dollars que d'ici 2020, une bio-erreur ou une bio-terreur feraient plus d'un million de morts. On rappelle qu'en 2003, des chercheurs australiens ont, sans le vouloir, tué toutes les souris de leur laboratoire en travaillant sur la variole.

> la pluralité des acteurs, avérés ou potentiels, nucléaires au Moyen-Orient (au moins Israel, Iran, Egypte, Arabie Saoudite, Turquie)

> Israel-Palestine, ça traine depuis 1948, sera-ce réglé en 2025 ?

> Europe-Turquie. Scénario catastrophe : refus d'adhésion par votes populaires ou parlementaires après vingt ans de négociations et de préparation. Il faudrait avoir le courage de dire non aujourd'hui.

> éclatement du Pakistan. Conflit nucléaire avec l'Inde.

> guerre Chine-Taiwan. La probabilité de ce conflit est très élevée. L'auteur est pratiquement persuadé que cette guerre aura lieu, reste à en mesurer les répercussions. La Chine essaiera de faire en sorte que ça soit une guerre-éclair, de manière à mettre le monde devant le fait accompli ; ce qui veut dire, compte-tenu des performances du matériel militaire, que les décisions cruciales seront prises dans les toutes premières heures. Que feront les USA et les pays européens ? On ne peut exclure en 2025 de se trouver en présence d'une région très fortement nucléarisée, avec le Japon , les deux Corée (ou une Corée réunifiée), l'Indonésie ou la Malaisie, tous détenteurs d'armes nucléaires. Un conflit dans cette partie du monde prendrait vite un tour excessivement dangereux, où les Européens devraient à tout le moins contribuer à prévenir une victoire chinoise et un embrasement régional. Pour ce faire, des scénarios devraient être établis dès à présent avec les Etats-Unis, le Japon, voire l'Inde. La région a montré en 2005 son caractère potentiellement explosif. Si un conflit éclate, il ne sera pas question d'improviser.

Nota : les militaires chinois s'intéressent beaucoup plus que les Européens à la "révolution dans les affaires militaires" commencée par les USA. Ils ont écrit des livres sur le sujet qui ont eu un succès public.

> Le XXième siècle, siècle de la peur ? Epidémies, catastrophes, guerres, attentats.

L'auteur est très pessimiste sur la Russie qui est dans une phase d'autodestruction (les courbes de natalité et d'espérance de vie ont pris une allure plongeante terrifiante), elle trouve Poutine médiocre. Elle attribue les problèmes de la Russie au fait qu'il n'y a pas eu de bilan national du communisme (équivalent de Nuremberg + dénazification) qui aurait permis de tourner la page dans les têtes. C'est pourquoi on en reste toujours aux méthodes violentes et autocratiques et que les Russes n'ont toujours pas compris la valeur individuelle et collective de la liberté.

Dans ce paysage d'ensemble, la soudaineté et l'ampleur des changements en Europe orientale, au Moyen-Orient, en Asie Centrale et en Extrême-Orient, font un contraste saisissant avec la léthargie de l'Europe dont la "pause" s'apparente dangereusement à de l'immobilisme. Tout se passe comme si les bouleversements qui se produisent dans le monde ne la concernaient pas. L'Europe aurait-elle abandonnée cette curiosité séculaire pour les autres régions de la planète qui atant contribué à sa grandeur ? Aurait-elle perdu le sens de l'appel de la liberté et des valeurs de la démocratie qui ont pris naisance chez elle ? [...] Les résultats de cette myopie ne sont pas attendre. Plus personne ne se réclame de l'Europe.


J'ai apprécié ce livre car il me donne enfin une explication à la bulle d'irréalité dans laquelle je vois vivre l'Europe et spécialement la France. De plus, il correspond assez bien à mon idée "américaine" suivant laquelle les hommes peuvent avoir prise sur les évènements.

Qu'en tirer ? Une grande inquiétude devant l'inconscience de l'Europe et une maxime : la liberté première partout. Seule la rencontre de plusieurs libertés peut éviter les confrontations brutales. Le mépris de la liberté, surtout celle des autres et pour les meilleures raisons du monde, est le premier pas vers la barbarie. Or, le moins qu'on puisse dire, c'est que les Européens ne mettent pas beaucoup d'ardeur à défendre la liberté (voir la Corée du nord, l'Ukraine, la Chine, la Tchetchenie, l'Irak etc.) Il semble que, pour une part, la faiblesse militaire de l'Europe, pour raisons économiques et pacifistes, conditionne sa politique, ce qui rappelle de sinistres souvenirs des années 30.

Le pire n'est jamais sûr mais il faut aider les probabilités : travaillons à ce que le pire n'advienne pas.

En aparté : je crois que l'auteur n'a pu dissimulé complètement un mépris certain des irresponsables appelant au meurtre, ou justifiant celui-ci, à partir du Café de Flore. Thérèse Delpech écrit "Il y a [les écrivains] qui dégoûtent les lecteurs de toute réflexion sur la [lecture de l'avenir]." Après quoi, elle cite donc une lettre savoureuse du 28 aout 1940 de Simone de Beauvoir expliquant que Sartre ne croyait du tout à la guerre prochaine "Sartre n'y croit pas [...] il est paisible comme tout.". Décidément, celui-là, la clairvoyance a toujours été sa grande spécialité ! On a les gourous qu'on mérite. Surtout que, par comparaison, Tocqueville, ce libéral (donc un salaud et un imbécile), a fait des prévisions qui, avec 150 ans de recul, font encore pâlir de jalousie plus d'un spécialiste de politique internationale ; prévisions qui sont d'autant plus remarquables qu'elles se basent sur un raisonnement et non sur une intuition. Elle ajoute cette superbe citation de Sartre en tête du chapitre La corruption des principes : "Abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups : supprimer un oppresseur et un opprimé. Restent un homme mort et un homme libre." On est confondu devant tant de "paisible" barbarie. Bêtise, avez-vous dit ?

(1) : pour illustrer 'l'ensauvagement" du aux révolutions rouges (c'est le cas de le dire), elle évoque les nombreux cas de cannibalisme lors de la grande famine organisée par Staline en Ukraine et, pour faire bonne mesure de notre aveuglement, elle cite un poème de ce salopard d'Aragon à la gloire du lyssenkisme, théorie absurde qui servit d'instrument à cette extermination. Elle rapporte aussi des cas extrêmes de cannibalisme d'étudiants sur des professeurs vivants (!!!) lors la révolution culturelle chinoise, et le refus de Jean Daniel de condamner. Elle pense que de telles atrocités qui, contrairement au nazisme, n'ont pas fait l'objet d'un travail national, viendront hanter l'avenir de la Russie et de la Chine. On pense que les différentes répressions de Mao ont fait autour 70 millions de morts et celles de Staline autour de 60 millions, chiffres à donner le vertige. A noter : la Corée du Nord, oui celle de 2006, est tout à fait digne de Mao et de Staline.

Autre anecdote terrible d'ensauvagement : un camp du goulag livrait du bois à la Grande-Bretagne. Les zeks, à bout, se sont coupés les mains pour ne plus travailler et ont mis les mains coupées dans les colis. Il n'y a pas eu de réaction anglaise à la livraison ! (voir Récits de la Kolyma)

Vous comprendrez que, pour avoir lu de telles histoires (voir aussi Une journée d'Ivan Denissovitch, Manuel du goulag et L'archipel du goulag) j'ai la dent dure pour ceux qui se réclament du communisme (Laguiller, Besancenot, Buffet) ou qui en sont fiers (Jospin, Mitterrand). Le PCF pourrait, au moins, c'est le minimum minimorum, avoir la décence de changer de nom.

(2) Schizophrénie (Petit Robert) : psychose caractérisée par une désagrégation psychique (ambivalence des pensées, des sentiments, conduite paradoxale), la perte du contact avec la réalité.

(3) Ivan Bloch, La guerre future aux points de vue technique, économique et politique publié à Paris en 1898. De nombreuses erreurs ponctuelles mais une vision d'ensemble étonnament juste : interminable conflit de masse, extrêmement meurtrier, immobile, et impliquant les sociétés toutes entières. Il a juste fait l'erreur de croire que, l'humanité n'étant pas suicidaire, elle renoncerait à une guerre aussi terrible.

Extrait :


[A props du refus par les Européens de l’expression « Guerre contre le terrorisme »]: « Plus grande que la honte de la guerre est celle des hommes qui ne veulent plus rien en savoir. » [Note de bas de page : C'est aussi une des leçons d'Hermann Broch dans son roman Les Irresponsables.] D'où vient donc ce romantisme niais qui veut que l'histoire prenne soudain un cours paisible? Comment ne pas penser qu'une résistance aussi forte vient de la conviction que les temps à venir seront durs, surtout peut-être en Europe, qui doit faire face à des problèmes internes d'intégration beaucoup plus sérieux que les Etats-Unis [Note de bas de page : Voir Emmanuel Bramer, Les Territoires perdus de la République, Mille et Une Nuits, 2002.], à un moment où la poursuite de l'immigration est devenue une nécessité économique? La crainte de la désagrégation interne des sociétés européennes joue un rôle majeur dans le déni de la réalité terroriste.

De fait, des événements troublants se produisent sur leur sol. L'assassinat de Théo van Gogh à Amsterdam le 2 novembre 2004 montre qu'elles auront de sérieuses difficultés à maintenir - ou plutôt à instaurer - un pacte social avec les immigrés qui sont sur leur sol et entendent y rester. Il a été poignardé dans une des villes les plus calmes d'Europe, puis achevé à coups de revolver et égorgé d'une oreille à l'autre. Pour faire bonne mesure, un message de menaces a ensuite été planté bien en évidence sur son cadavre avec un couteau. Après l'attentat du 11 mars 2004 à Madrid, l'idéal de non-violence des sociétés européennes s'est trouvé à nouveau brutalement remis en cause au sein d'une des nations où il était le plus manifeste. Le meurtrier, un jeune Marocain de 26 ans, avait été accueilli à la mosquée Al-Tawhid, un foyer fondamentaliste comme il y en a tant en Europe. Plus de 300 000 immigrés marocains vivent aux Pays-Bas [Les Pays-Bas comptent 900 000 musulmans, dont 300 000 Marocains ] et les représailles anti-islamiques qui ont eu lieu au début du mois de novembre 2004 - attentat à la bombe contre une école islamique, profanation d'une mosquée, tentatives d'incendie... - montrent assez que l'événement marque une rupture, Au même moment, le Conseil de l'immigration marocaine, qui travaille à l'intégration des Marocains aux Pays-Bas, a fait l'objet de menaces de la part des fondamentalistes musulmans. Le traumatisme du pays et sa difficulté à comprendre ce qui s'est produit ont été exprimés de façon pathétique par l'argumentation persistante sur l'esprit de tolérance néerlandais, comme si cette caractéristique n'était pas précisément une des causes du crime.

Quelques mois après l'assassinat du réalisateur hollandais, c'est en France qu'un appel a été lancé en mars 2005 contre le «racisme anti-Blancs» par des personnalités de tous bords politiques, mais majoritairement de gauche, après des manifestations lycéennes où des « ratonnades anti-Français » avaient eu lieu. Dans une jeunesse immigrée dont la violence est d'autant plus grande que le pouvoir d'expression est plus limité, la francophobie et la judéophobie se sont trouvées confondues en une même pelote de haine. Des événements comparables ont eu lieu en Amérique dans les années 1970. Mais l'Europe n'a pas la même expérience historique. Du coup, la crainte de sociétés fragmentées, en voie de tribalisatkm, a commencé à se répandre en dehors des cercles des politiques et des sociologues, qui connaissent cette dérive depuis des années. Comment intégrer des jeunes qui n'aiment pas la France dans une France qui ne s'aime pas ?[ Note de bas depage : C'est une formulation d'Alain Finkielkraut dans un article paru dans Libération, le 26 mars 2005.] C'est bien ainsi que la question doit être posée.

Dans toute l'Europe, à l'exception de pays où il n'y a pas d'immigration comme en Finlande, on retrouve la même interrogation angoissée, et les politiques publiques qui sont censées y répondre se font toujours attendre. Les quatre attentats suicides de juillet 2005 à Londres, perpétrés par de jeunes Britanniques d'origine pakistanaise, lui ont donné une intensité toute particulière. Le modèle communautariste est en crise ouverte. Mais n'est-ce pas aussi le cas du modèle républicain?

Qu'il s'agisse des menaces externes ou internes, souvent difficiles à distinguer, il faudrait cesser de sacrifier le principe de réalité. Pour léguer à nos successeurs un monde possible, où les décisions politiques ne seront pas vides de
sens parce que le désordre aura atteint un seuil tel que plus rien ne pourra arrêter les événements, comme ce rut le cas en 1914 ou en 1937, le principe de plaisir doit être perçu pour ce qu'il est vraiment : il cherche à substituer un état agréable à un état pénible, et son objectif ultime, guidé par l'entropie, est la stabilité complète. Ce qui conduit Freud à conclure qu'il est au service des instincts de mort. La crainte maladive de l'innovation politique ou sociale comme le refus du changement stratégique doivent être vus à cette lumière. Les pays des droits acquis, qui ne se battent que pour défendre des positions conservatrices, finiront par être balayés. La réalité historique contemporaine, plus instable qu'elle ne l'a été depuis des décennies, et porteuse de grands changements, est si profondément décalée par rapport à la volonté de repos des sociétés développées, que la prise de celles-ci sur les événements deviendra de plus en plus précaire. A force de vouloir être leurrés, on finit en effet par l'être et le goût pour le virtuel, qui a des ressemblances inquiétantes avec la scliizophrénie, risque de provoquer à terme une altération profonde du sens de la réalité qui interdira toute compréhension des forces en présence dans le monde.

Retrouver le sens de la réalité ne peut se faire sans un effort de mémoire, ne serait-ce que pour éviter de commettre, sans s'en apercevoir, de fatales erreurs déjà commises : attendre que les crises aient atteint un degré de détérioration majeure avant d'intervenir, ne pas prêter une attention suffisante aux signes avant-coureurs, vouer l'ONU à l'impuissance - comme la SDN avant elle - par crainte de prendre les mesures collectives qui s'imposent, observer sans broncher le retour à Moscou d'un régime qui réhabilite Staline. Certes, la mémoire ne suffit pas à prendre les décisions qui s'imposent : comme le prétend un proverbe chinois, l'expérience est une lanterne que l'on porte dans le dos. Mais elle impose l'épreuve de la réalité et permet de lutter contre les fictions qui peuplent l'imaginaire politique et stratégique. Elle rappelle notamment que la paix et la liberté sont des acquis fragiles, dont on ne peut jamais garantir la permanence. Il est sans doute absurde de chercher à conjurer le retour des mêmes événements, car au sens strict l'histoire ne se répète pas, mais tenter d'éviter le retour de tempêtes de même ampleur est un objectif raisonnable. Un des penseurs les plus lucides du siècle passé a lancé un avertissement à ce sujet : « Si la leçon globale du XXe siècle ne sert pas de vaccin, l'immense ouragan pourrait bien se renouveler dans sa totalité [Note de bas de page : . A ceux qui accuseraient Alexandre Soljénitsyne de faire ici preuve d'un pessimisme excessif, il pourrait répondre que les pessimistes ont fait davantage pour la paix du monde que les promoteurs de l'avenir radieux.]. » Le mépris du passé condamne à la répétition et porte en lui les germes de l'intolérance et du despotisme.

L'ultime conséquence de l'expérience moderne, l'anéantissement de dizaines de millions d'êtres humains du fait des guerres et des révolutions, a déjà eu lieu. La découverte des moyens de l'annihilation morale et physique de la race humaine a déjà été faite. Les armes qui ont été découvertes, comme la barbarie morale qui a été explorée, n'ont pu être enfouies dans quelque désert où elles échapperaient désormais au savoir-faire et à la conscience des nouvelles générations. Au contraire, ces expériences ont été mondialisées, souvent de notre fait [Note de bas de page :il ne s'agit pas seulement ici de l'origine européenne des deux guerres mondiales, ou de celle des doctrines - marxisme, nationalisme... - qui ont justifié tant de massacres, n y a aussi la formation intellectuelle fournie en Europe aux grandes figures des Khmers rouges et à celles de la révolution iranienne de 1979] , et les armes prolifèrent avec la diffusion des connaissances et des technologies. La monarchie française du xvuf siècle a contribué à distribuer les instruments de pouvoir qui allaient permettre sa perte, et les sociétés occidentales ne cessent de répandre dans le monde des capacités technologiques qu'elles étaient seules à détenir il y a encore quelques décennies. Quant à la barbarie morale que l'histoire européenne a dévoilée, elle joue un rôle majeur dans le refus des sociétés qui ne connaissent ni la paix, ni la prospérité, ni surtout la liberté de prendre l'Europe pour modèle. Si notre raison et nos discours refusent ce constat, notre cœur ne le nie pas. Il ne peut ignorer que des changements profonds sont en cours et que l'Europe pourrait en faire les frais. D suffit d'observer l'humeur de nos contemporains, qui ont le sentiment que quelque chose n'est pas achevé, et qu'il est menaçant. Le terrorisme concentre ces peurs, et contribue à expliquer la réaction de déni que l'on trouve à son endroit en Europe, plus qu'en Amérique, où le poids des souvenirs est moins lourd

Il y a une autre façon de justifier un effort de mémoire, celle dont parle le photographe chinois [qui photographies les condamnés à mort] : préserver l'histoire des morts qui ont été « bafoués ». La mémoire est une protection contre les risques de l'abstraction et de l'expérimentation politique, Elle est aussi ce qui permet aux générations successives de partager la condition humaine dans ses dimensions les phis dures. Le beau-père du photographe était un médecin réputé. Pendant la révolution culturelle, il fut dénoncé comme « autorité universitaire réactionnaire» et en mourut : « Une nuit, les rebelles le plantèrent devant un fourneau à charbon jusqu'à ce qu'il dégouline de sueur, puis ils le forcèrent à se mettre en sous-vêtements et l'envoyèrent dehors dans la neige jusqu'à ce qu'il soit presque gelé. Le lendemain, il se pendit » Son histoire a été préservée pour être conservée dans le souvenir. Pendant les pires années de la terreur stalinienne, quand les femmes faisaient la queue devant les prisons pendant des heures pour prendre des nouvelles de leur fils ou de leur mari, l'une d'elles a demandé un jour à Anna Akhmatova si elle serait capable de décrire ce qu'elles enduraient. Et la poétesse russe, comprenant aussitôt ce qui était en jeu, a décidé d'en entreprendre la tâche. Pour ceux qui ont disparu dans les cellules ou dans les camps, une des pires tortures a souvent été le sentiment que leur existence était déjà anéantie, qu'ils étaient déjà morts, et que leurs souffrances demeureraient à jamais inutiles et inconnues
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vendredi, janvier 13, 2006

La pensée restreinte française à fond la caisse au Moyen-Orient

Une réponse d'Eli Barnavi que beaucoup, notamment sur la rive gauche parisienne auraient intérêt à méditer :

Ambassadeur d'Israël à Paris au plus fort de la deuxième intifada, je tentais bien d'expliquer à mes interlocuteurs – et notamment aux médias – qu'il ne servait à rien de diaboliser Sharon. Le revirement assez spectaculaire, en effet, qu'on observe dans les commentaires, est plus éloquent sur le sérieux d'un certain journalisme que sur l'évolution objective de l'ancien premier ministre ! Comprenez-moi bien, il ne s'agit pas de s'interdire le jugement de valeur ; après tout, c'est aussi le devoir de la presse d'opinion. Mais il s'agit de ne pas permettre au jugement de valeur d'obscurcir la perception du réel. Comme il est difficile d'aborder la complexité de l'action et de la trajectoire d'un homme politique tel qu'Ariel Sharon, il est tentant de passer de la diabolisation aux dithyrambes.


Le conflit israélo-palestinien a beau être une tragédie où rien n'est simple, il n'a jamais cessé, en France, d'être jugé et interprété à l'aune d'un pur manichéisme. On a toujours voulu voir dans le choc des légitimités israélienne et palestinienne une lutte au corps à corps entre le Bien et le Mal. Cette grille de lecture est vraiment absurde. Reste que c'est sa force même de séduction qui explique que, sur les rives de la Seine, Ariel Sharon n'ait jamais cessé d'être perçu à travers le prisme d'une radicalité conceptuelle foncièrement erronée, ou du moins simplificatrice. On a eu longtemps la brute assoiffée de sang arabe, voici désormais le de Gaulle israélien.

Un homme est toujours le produit d'une somme d'expériences et on oublie parfois qu'il est tributaire de forces politiques, sociales et culturelles qui le dépassent. Le politicien en restera à jamais prisonnier ; l'homme d'Etat saura en faire un levier d'action.


En conséquence, notre bien-pensance pourrait aussi, à la lumière de son revirement sur Sharon, réfléchir à sa position sur Bush à l'aide du texte suivant. Mais voilà, la bien-pensance est-elle capable de tirer leçon de ses erreurs ? J'en doute. Il suffit de se rappeler la trajectoire de Sartre, faite de reniements d'un totalitarisme pour mieux tomber dans la vénération d'un autre totalitarisme.

Les anti-Bush répètent qu'une démocratie ne s'impose pas par la force (en dépit des exemples fournis, après la Deuxième Guerre mondiale, par l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, le Japon). Il est pourtant aisé de constater que la démocratie n'a cessé, depuis 2003, de progresser en Irak : le pays a la presse la plus libre du monde arabe ; en janvier 2005, trois consultations ont eu lieu, qui ont connu des taux de participation croissant malgré les interdictions intégristes.


Contrairement aux prédictions, la Constitution a été adoptée par référendum en novembre. Les sunnites se sont ralliés, le 15 décembre, aux élections à l'Assemblée nationale. Ni le choc des civilisations, ni le soulèvement de la rue arabe, ni le détournement du pétrole, ni la guerre civile, ni la libanisation du pays n'ont eu lieu, à ce jour. Les anti-Bush ne peuvent se raccrocher qu'à la persistance du terrorisme, mené par des islamo-fascistes et des nostalgiques de Saddam Hussein, de plus en plus coupés du peuple.

Thierry Wolton, dans son livre 4eguerre mondiale (Grasset) : «Avec les élections en Afghanistan et en Irak, avec le retrait syrien du Liban et le retrait israélien de la bande de Gaza, avec le scrutin municipal en Arabie saoudite, avec au Koweït le droit de vote accordé aux femmes, les choses ont commencé à bouger dans le monde musulman depuis que les Américains y sont intervenus.» Les augures soutiennent désormais que les processus démocratiques profiteront à l'islamisme radical. Les arabo-musulmans seraient-ils donc voués à l'obscurantisme ? Evidemment, non.


Si vous voulez vraiment savoir ce qui se passe en Irak, faites une petite recherche sur les blogs d'Irakiens.

jeudi, janvier 12, 2006

Une citation à méditer pour Nicolas, Dominique, Laurent, Marie-George, Ségolène, François ...

"Un bon dirigeant est celui qui fait bien ce qu'il fait. Un excellent dirigeant est celui qui fait la chose à faire." (Peter Drucker)

Chine : quelques raisons d'espérer

Les dernières statistiques font apparaître qu'un tiers des exportations chinoises sont des produits "high-tech", excellente nouvelle dont je tire deux leçons :

1) aucun pays n'est condamné au bas de gamme et au déclin. Leçon aussi valable pour la France.

2) Ca veut dire qu'il y a une foule de techniciens et d'ingénieurs chinois aux revenus non négligeables à qui nous pouvons essayer de venre nos produits.

Société transparente : entendu à la radio

"Je suis effrayé par l'exigence de transparence de notre société car une société transparente est une société violente. La résolution des conflits entre les hommes exige qu'on taise certains griefs, qu'on renonce secrètement à des envies, que des concessions restent dans l'ombre, que des petits arrangements soient tus, qu'on ait un minimum de pudeur et de retenue dans l'expression de son ego."

J'approuve, c'est pourquoi je crois à l'efficacité de la démocratie représentative dont une des fonctions est d'adoucir les revendications brutes grâce à l'écran de la représentation. Mais, ce discours non-conforme à la doxa actuelle du vénéré peuple souverain, direct, omniscient et omnipotent, est-il encore audible ?

mardi, janvier 10, 2006

Nous sommes sauvés ! Vive Breton !

La France traverse une période de morosité économique. Heureusement, notre ministre propose une mesure à la hauteur du problème : prolonger les soldes.

Elle est quand même forte, celle-là ! C'est à se demander si on n'est pas le 1er avril. Il nous prend vraiment pour des cons.

Au fait, je rappelle à ceux qui débarqueraient de la planète Mars que la principale solution des problèmes français est parfaitement connue de tous : baisser la dépense publique en profitant du départ à la retraite de la moitié des fonctionnaires dans les dix ans qui viennent. Ca ne suffira pas à tout régler, mais c'est une condition nécessaire.

Le reste, quel que soit l'ampleur du bruit et du vent faits (1), c'est papillonage autour du pot.

(1) : à propos de la "TVA sociale", il y a deux articles dans les Echos : l'un pour expliquer que faire joujou avec la répartition des charges ne change rien au chomage, c'est le montant des charges qu'il faut diminuer ; quant à l'autre article, c'est l'étatiste de service qui trouve la "TVA sociale" formidâââble.

lundi, janvier 09, 2006

Du nouveau pour 2006

Du nouveau dans ma réflexion, veux-je dire.

Début 2005, je pensais encore qu'il fallait changer les institutions, supprimer le premier ministre (le poste, pas le détenteur actuel !), les départements et interdire le cumul des mandats.

Aujourd'hui, je crois toujours qu'il faudrait se passer des départements et refuser le cumul des mandats, mais je ne crois plus qu'il faille pour cela changer les institutions, je me rallie à Montaigne (De ne changer aisément une loi reçue) : les lois valent par les hommes qui les pratiquent.

J'ai changé de priorité. L'urgence me paraît maintenant de trouver des hommes qui portent les bonnes idées. Sarkozy en est presque un (je ne suis pas d'accord sur tout et j'ai des doutes). Kouchner peut en être un deuxième. Mais qu'ils sont rares !

Je soupçonne qu'on ne trouvera pas ces hommes parmi les énarques, qui ont été sélectionnés sur leur conformisme, ont été formés au conformisme et ont fait carrière par leur conformisme et leurs bonnes manières. Quelquefois, un homme politique ayant de très mauvaises manières n'est pas déplacé (Sharon, par exemple ou Clémenceau).

Chroniques d'une résistance 2003-2004 (I. Roufiol)


FF

C'est une compilation de chroniques du Figaro. L'auteur est assez obsédé par le danger islamiste en France, le fascisme vert. Il reconnaît que ses funestes prédictions sont peut-être erronées mais, jusqu'à maintenant, ses contradicteurs de la République des Gentils (ce que j'appelle la GT, la Guimauve Totalitaire) ont toujours été démentis par les faits. Ce ne sont pas les dernières émeutes de banlieues qui ont du le faire changer d'avis !

A ce propos une remarque : la vérité a bien du mal à se faire entendre en France. Le premier ministre euphémise cette rébellion des banlieues en "troubles sociaux", niant leur caractère ethnique, tout en proposant des solutions ethniques (lutte contre la discrimination, "discrimination positive", etc.) Il y a là une contradiction qui illustre bien le malaise devant les faits. Le caractère ethnique de ces émeutes ne fait aucun doute, il suffit de constater que des populations dans des conditions sociales aussi désastreuses mais d'ethnies différentes n'ont pas bougé. On remarque qu'il y a une analogie avec le terrorisme : ceux qui expliquent le terrorisme par la pauvreté seraient bien en peine d'étayer cette explication par des faits. Les terroristes ne sont pas tous parmi les plus pauvres et, inversement, tous les plus pauvres ne sont pas terroristes. Problème d'ailleurs réglé par un édistorialiste de la chaîne Al-Arbiya : "Tous les musulmans ne sont pas des terroristes, par contre, hélas, presque tous les terroristes sont des islamistes."

Roufiol trouve que le "milieu enseignant est volontiers immature et conformiste dans ses raisonnements". Les diatribes fantasmatiques des "profs" contre le libéralisme et la "marchandisation de l'école" sont si caricaturales qu'elles prêtent à sourire. J'ai d'ailleurs écrit à sauv.net que je ne trouvais pas pertinent de mélanger leur combat pour l'enseignement avec l'anti-libéralisme; mais, visiblement, c'est un dialogue de sourds. Je rappelle en passant que l'échange, y compris l'échange marchand, est à la base de notre société et il est étrange d'en voir condamné le principe (les modalités, elles, sont toujours discutables) par des gens dont la profession intellectuelle devrait, idéalement, garantir un minimum de recul. Mais on sait bien que, en réalité, les intellectuels n'ont jamais hésité devant le ridicule de l'excès et que, parfois, ils s'y jettent avec délice.

Incidemment, j'ai appris que la femme de José Bové avait été exclue de de la Confédération Paysanne qu'elle a traité de "syndicat de machistes". Les progressistes ne sont pas ceux qu'on croit, mais on le savait déjà : il suffit de compter le nombre de femmes et de basanés dans la direction du PS. Un journaliste du Herald Tribune écrit que, si le PS est tellement arc-bouté contre les quotas et la "discrimination positive", c'est que sa direction essentiellement blanche redoute inconsciemment de voir remise en cause la suprématie des gens bien comme il faut (c'est-à-dire blancs et énarques). C'est sans doute excessif, mais, hélas, significatif qu'on puisse le penser.

Petit commentaire de Roufiol sur mes amis bovésistes, protestant contre la mort d'un loup et pour l'arrachage des OGM : Ce qui signifie que dans l'univers mental des ayathollas verts, une plante transgénique est plus dangereuse qu'une bête sauvage. Et il faudrait les prendre au sérieux ...

Roufiol m'a aussi fait découvrir une stupéfiante citation de J. Chirac en 2003 disant que la France est autant le produit de la culture musulmane que de la culture chrétienne. A ce stade d'ânerie, le commenatire est superflu.

Un extrait :

A propos de Bertrand Cantat

Un mot encore sur cette République des Gentils, sa quête de l'amour, son antiracisme, son doux despotisme. Pour y être admis, il suffit d'étaler sa bien-pensance. Elle veut que les minorités aient toujours raison, que l'immigration soit une chance, le délinquant une victime, José Bové un visionnaire, le libéralisme un désastre, le Medef une tyrannie, le pacifisme un but en soi, George W. Bush un fasciste, les Israéliens des fauteurs de guerre, les bombes humaines palestiniennes des martyrs ; et j'en passe.

Parce que Bertrand Cantat, le chanteur de Noir Désir, représentait parfaitement cette génération conformiste - il avait manifesté contre Le Pen, pour les sans-papiers, le sous-commandant Marcos, les paysans-travailleurs, les altermondialistes -, sa violence contre Marie Trintignant, sa compagne, décédée après avoir reçu des coups sur la figure et être sans doute tombée à terre, a souvent été excusée par de gentils commentateurs refusant de voir en lui le beauf qui bat sa femme. « Bertrand Cantat reste des nôtres », auront notamment écrit trois de ses soutiens dans Le Monde. [je me souviens avoir été scandalisé par cet arrticle]

Ce qui revient à dresser ce constat : ceux qui auront alimenté l'accusation contre un gouvernement déclaré évidemment responsable de la canicule auront en revanche montré beaucoup de réserve pour désigner Cantat comme le machiste qu'il s'est pourtant révélé être. Se vérifie que nos gardiens du politiquement correct ont de l'éthique et de l'équité une vision pervertie.

Le totalitarisme des altermondialistes

Soit dit en passant : le machisme semble être une pratique ancrée chez nombre d'altermondialistes. Il est vrai que ceux-là sont de vrais conservateurs, puisant dans le passé révolutionnaire et paysan leurs références, viriles et autres. Les femmes se font discrètes dans leurs instances dirigeantes. Et l'on se souvient de la manière dont José Bové avait « licencié » son épouse, octobre 2000. Elle avait alors dénoncé la Confédération Paysanne comme « un syndicat de machos ». Mais bon, oublions.

Aujourd'hui, l'altermondialisme et le «bovisme», tels qu'il sont exprimés sur le plateau du Larzac cet été devant 200 000 sonnes, sont vus par la gauche et ses médias comme la révélation politique de la rentrée. Les socialistes pensent y avoir trouvé la « gauche mouvementiste » capable de répondre aux attentes des enseignants et des intermittents du spectacle. Des commentateurs jubilent déjà devant la « rentrée brûlante » promise par Bové. Même François Bayrou y voit « un mouvement important, qui est en train de naître. » Bigre !C'est à se demander s'ils ont bien écouté Jacques Nikonoff, membre du Parti communiste, président autodésigné d'ATTAC France, mouvement altermodialiste « d'éducation populaire ». Son « autre monde» tel qu’il le décrit, serait celui où l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) serait « démantelée », l'idéologie libérale « éradiquée », le chômage « supprimé », l'État « démocratisé ». Son combat anticapitaliste donc antiaméricain, anti-OGM, mais aussi décentralisation, antiréformes, etc. le rapproche de l'idéologie stalinienne [je m'étonne toujours que nous ne soyions pas plus nombreux à faire ce rapprochement, pourtant d'évidence]. En fait, c'est un grand bond en arrière que proposent les altermondailistes . La gauche applaudit à ce totalitarisme en marche...

dimanche, janvier 08, 2006

Les aleas de la critique de cinéma

Je viens de voir en DVD Monsieur N., d'Antoine de Caunes et, par curiosité, j'ai jeté un oeil sur les critiques du Monde et de Libé.

Et là, surprise ! Ce n'est certes pas le film du siècle, la mise en scène est empesée, mais ce film honnête ne mérite pas de telles descentes en flammes.

Les critiques sont tellement violentes qu'on en vient à se demander quelles obscures rancoeurs ou quels conflits d'intérêt poussent les auteurs, surtout qu'ils sont du genre à ne pas ménager leurs compliments à des films soporifiques. Mystère !

samedi, janvier 07, 2006

Le siècle de monsieur Pétain (AG Slama)


FFFF

Le titre est trompeur, ce n'est pas un énième ouvrage de repentance et de moralisation anachronique et simpliste. L'auteur part de l'idée que le duo "déchaînements de violence / évitements des conflits", par opposition au démocratique "expression des conflits / résolution des conflits", est typiquement français et a trouvé son apothéose dans le pétainisme où l'évitement des conflits entre "bons" Français et le déchainement de violence contre les "mauvais" Français étaient à leur maximum.

De cette peur du conflit, découle le communautarisme, où chacun serait rattaché à un groupe dans lequel il serait chez lui.

L'auteur fait un parallèle entre l'évitement du conflit avec Hitler et l'évitement du conflit avec les islamistes.

Le livre prend prétexte de "Monsieur Pétain", c'est-à-dire de l'homme politique des années 30 considéré comme un bon républicain.

Cet ouvrage fait l'apologie de l'acceptation de la confrontation, ce en quoi je l'approuve entièrement. Il considère que l'évitement du conflit génère la violence. Par exemple, quand je dis que les fonctionnaires et les salariés du privé ont des intérêts divergents, j'accepte un conflit que je ne fais que constater. Une fois cela posé, des discussions franches et viriles peuvent commencer. Mais si on fait toujours, à la chiraquienne, comme si les conflits n'existaient pas, si on verse dans la bluette comme quoi chacun aurait à coeur la "défense du service public" et qu'il n'y aurait que de légères divergences d'opinions sur le moyen d'y parvenir, on ne se donne aucune chance de résoudre les conflits et ils s'achèvent par des violences.

On a souvent remarqué que De Gaulle et Churchill étaient des lutteurs qui, non seulement, n'évitaient pas le conflit, mais s'y épanouissaient. Les lignes si célèbres du Fil de l'épée sur le caractère du chef tracent un anti-portrait de J. Chirac, et aussi, par bien des cotés, de N. Sarkozy (1).

L'identité, sur laquelle repose le communautarisme, n'est pas un état, contrairement à ce qu'on croit, mais un choix de rattachement (une identification), le plus souvent fait par d'autres, qui limite ma liberté : j'ai choisi, ou on a choisi pour moi, de considérer que ma qualité de Français était plus significative, plus constitutive de mon identité, que ma qualité de brun aux yeux verts, que le fait que je suis un homme est plus important que le fait que je suis droitier, etc. L'identité est le contraire de l'émancipation. L'identitarisme est par essence totalitaire. C'est pourquoi la création de statistiques ethnico-religieuses doit être regardée avec la plus grande prudence. Pour moi, il y a là un cas de conscience : d'un coté, ma tendance ingénieur a envie de savoir et de rassembler les données ; de l'autre, ma tendance courtoise rejette la considération de l'origine des individus.

"Etre soi-même" consiste à parcourir, sans en privilégier un seul que momentanément, ses différents rattachements, tellement nombreux qu'il se neutralisent. L'auteur cite abondamment Montaigne.

Bien sûr, cet individualisme récuse toute responsabilité collective, à plus forte toute culpabilité collective, c'est pourquoi la phrase de J. Chirac à propos de la rafle du Vel d'Hiv "Ce jour-là, la France accomplissait l'irréparable" est inadmissible : ce n'est pas "la France", qui a commis l'irréparable, ce sont les représentants de la police de Vichy, chacun, individuellement.

Pour synthétiser cette première partie : le communautarisme, en renvoyant les individus à une unique identité, à leur "nature", est caractéristique d'une peur des conflits, en cela, il s'oppose à l'idéal républicain français de l'individu libéré interagissant avec d'autres individus libres. On peut par exemple se demander ce que peuvent penser des juifs, qui ne se sentent pas plus juifs qu'autre chose, de s'entendre renvoyés sans cesse à la "communauté juive". De ce communautarisme découlent plusieurs conséquences :

> l'identité des invidus intervient dans la shère publique : la frontière fondamentale entre privé et public s'efface. Cela constitue une atteinte grave à la liberté. Un des symptomes les plus irritants, même si il n'est pas le plus lourd, est l'usage intensif des "cellules psychologiques" à la moindre catastrophe. Un deuil, la guérison d'un traumatisme, est du domaine le plus intime, de quel droit l'Etat intervient-il pour me pousser à voir un psychologue ? Comme d'habitude, cette atteinte à la liberté se fait sous couvert des meilleurs sentiments du monde. Big Brother a bon fond, c'est la GT (2) en pleine action.

> l'exaltation de la démocratie parfaite. Puisqu'on évite le conflit, puisque l'idéal est la fusion communautaire, on exalte une démocratie parfaite, qui, comme tout absolu, ne peut conduire qu'au totalitarisme, d'où surestimation de la démocratie directe, de la proximité, du "mouvement social", de la transparence. On nie la part de médiation, de représentation, d'opacité, qui, dans une vraie démocratie nécessairement imparfaite, participe à la résolution de conflits. On met au panier la phrase si profonde de Churchill : "La démocratie est le pire de tous les régimes, à l'exception de tous les autres." Il n'est pas sans signification que beaucoup de gens de gauche, aujourhui encore grands chantres de la "vraie" démocratie par opposition à la démocratie "formelle", se soient ralliés à la Révolution Nationale pétainiste.

Comme libéral, je regrette souvent la faiblesse des corps intermédiaires, cependant il ne s'agit pas de communautés organiques, mais d'instances représentatives librement choisies, comme les syndicats.

> la sacralisation de la nature. Nous sommes toujours dans la même veine fusionelle, anti-rationaliste, anti-libérale. Là encore, les écologistes devraient se méfier du pétainisme : "La terre, elle, ne ment pas." Protéger la nature, oui ; mais pas pour elle-même, juste en tant qu'elle est utile aux hommes et s'il faut abattre des arbres pour construire des logements, qu'il en soit ainsi. Il est amusant de remarquer que la parenté idéologique entre l'exaltation de la démocratie directe et l'écologisme fait que les écolos n'arrivent jamais à se mettre d'accord sur un représentant (3).

> tout ce communautarisme anti-rationaliste, fusionel et anti-libéral a abouti à cette horreur juridique qu'est l'inscription dans la Constitution du principe de précaution. Comme pour la sainte Inquisition, la charge de la preuve est renversée : ce n'est pas à l'accusation de prouver, c'est à l'accusé, le scientifique, l'industriel, l'expérimentateur, de montrer qu'il est innocent ; démonstration très difficile et couteuse, dans le meilleur des cas, sinon impossible.

On remarque que J. Chirac a fortement contribué à ces dégradations du modèle républicain, mais les idées de Nicolas Sarkozy, en matière d'immigration et de communautarisme, ne sont pas moins nocives.

Tout cela est à l'opposé des pratiques de la IIIème République, qui se méfiait, par souvenir de la Terreur et de l'Eglise, de la Fraternité. De plus, elle faisait peu de lois, mais essentielles, tout le contraire de l'inflation législative brouillonne actuelle.

On en vient à Péguy, qui tout républicain et dreyfusard qu'il était, finit tout de même, par nostalgie de la fusion nationaliste, par suggérer qu'on passe Jaurès à la machine à raccourcir. Les idées de 1900 sur le rapport organique entre l'individu et la société vont aboutir à la Révolution Nationale de 1940.

Notamment tous communient dans la haine de l'argent, du bourgeois, de la politique. L'argent n'a pas d'odeur, pas de coeur, pas de patrie, certes, mais c'est ce qui fait sa grande qualité : l'argent n'est pas raciste, ne discrimine pas, 1 € dans la poche d'un noir permet d'acheter autant de bonbons qu' 1 € dans la poche d'un blanc.

La communauté et la liberté s'opposent, il n'y a pas de synthèse possible. Chercher une synthèse, c'est déjà donner raison au projet fusionnel du communautarisme. On peut, on doit, vivre en acceptant que certaines oppositions ne sont pas réconciliables. La dérive communautaire a trois étapes : le compromis, l'identification et l'inféodation totalitaire du moi à une appartenance. Par exemple, les fondamentalistes islamiques en sont à ce troisième stade, c'est pourquoi, pour eux, tout est islamique : la boucherie, la banque, l'école, et, si ils étaient plombiers, ils seraient "plombiers islamiques".

Un des problèmes actuels est le lien étroit entre communautarisme, ordre moral et communication de masse. On sait par expérience que la communication de masse favorise le conformisme, l'opinion simpliste, le manichéisme, l'appartenance à des "tribus". Le débordement de la communication est un engrais fertile pour le communautarisme. C'est peut-être, physiquement, la plus grande différence avec la IIIème république naissante.

Or, Pétain a incarné cette vision communatariste, communicante, anti-libérale et anti-individualiste. Puisque je parle souvent d'éducation, que reprochait Pétain à l'éducation des années 30 : "de se donner comme but unique l'individu considéré comme une fin en soi." ? Reproche pétainiste étonnament actuel qu'on pourrait retrouver dans la bouche de tous ceux qui veulent ouvrir l'école sur le monde proche pour mieux maintenir les élèves dans leur milieu d'origine. Pendant qu'on y est, signalons que la promotion de l'égalité des chances a été inventée par Gaston Bergery pour le discours de Pétain du 11 octobre 1940. Troublant, non ? Un républicain s'intéresse, pour les libéraux, à l'égalité des droits ou, pour la gauche, de l'égalité de fait, toutes deux rationalisables, discutables, sujets de politique, pas à celle des chances, subjective, non mesurable, soumise à l'émotion. Pour continuer dans cette veine des analogies entre le pétainisme et 2006, on peut aussi constater que Pétain était en 1917 pour une censure "douce" dont la définition qu'il donnait pourrait fort bien convenir à l'auto-censure et au contrôle social qu'est notre "politiquement correct". Allons encore plus loin : Pétain, n'ayant pas la passion révolutionnaire de la Justice mais lui attribuant seulement une fonction sociale, pensait qu'elle devait se faire accepter par la société. N'est-ce pas ce que fait notre justice en cédant aux délires anti-pédophiles, aux excès de la justice émotionelle et médiatique ?

Enfin, Pétain est à l'origine de l'image du "monarque républicain", au-dessus des partis, paternaliste, dans laquelle se sont si bien coulés ses successeurs.

L'individualisme est couteux, la liberté difficile ; la communauté est rassurante. Mais voilà, la communauté est aussi une violence : on ne s'en détache pas et, au besoin, elle vous garde en son sein par la force.

Les communautarismes se constituent autour de noyaux durs qui s'imposent à la majorité molle. On voit ce phénomène quotidiennement en France.

Dans la recherche des valeurs (fraternité, justice, égalité, etc.), la liberté est la grande oubliée, encore aujourd'hui. Or, si l'histoire du XXème siècle devait servir à quelque chose, ça serait bien à rappeler que la liberté est la première condition de l'existence de toutes les autres valeurs.

Pour Slama, le pétainisme, sous de nouveaux vêtements, pourrait se révéler la grande tentation du XXIème siècle. Je lui laisse l'avant-dernier mot :

Toute la question est aujourd'hui de savoir quel pôle doit l'emporter dans les institutions de la Vème République, du pôle monarchique ou du pôle républicain. Le monarque se perçoit comme fédérateur d'un ensemble de communautés, et c'est bien la pente qui n'a cessé de s'accélérer jusqu'à la réforme constitutionnelle du quinquennat, qui a encore aggravé les choses sous la présidence de Jacques Chirac. La loi sur la représentaion paritaire des hommes et des femmes [à laquelle était opposé un couple aussi peu machiste que le couple Badinter], la création du Conseil français du culte musulman, les lois ouvrant aux associations la possibilité de se porter parties civiles non pas en tant que victimes mais au nom des victimes, l'introduction des intérêts ethniques, religieux et sexistes dans le Code pénal, les interrogations sur la révision de la loi de séparation de 1905, les hésitations dans le débat sur les discriminations positives, les révisions de la langue "politquement correctes" sous la pression de groupes identitaires [la grande cuistrerie de la féminisation des noms de fonction], le déchaînement croissant de l'ordre moral contre l'argent sont autant de compromis qui, si l'on en juge par l'expérience historique, donnent la cause de la laïcité, de l'égalité devant la loi et de la séparation de l'espace public et de la sphère privée, bref la cause de l'individu, perdue d'avance. La loi portant interdiction des signes religieux dans les écoles a été défendue essentiellement au nom des droits des femmes, ce qui allait de soi, alors qu'elle aurait dû l'être au nom du devoir de l'Etat de garantir la neutralité de l'espace public ; si opportune qu'elle ait été, elle ne suffit pas à elle seule, à freiner la pétainisation des esprits.

Le pôle républicain fait pourtant l'objet d'une attente. La peur de la guerre menée par le terrorisme contre les démocraties et leurs alliés incite les peuples à exiger des pouvoirs qu'ils cessent de capituler sur le front des libertés devant un adversaire totalitaire [...] L'acceptation de l'autorité de la loi irait croissant, si l'exécutif, à commencer par son chef, assumait en retour ses responsabilités en posant au pays la question de confiance sur les sujets essentiels et en se retirant en cas de désaveu du corps électoral. Il est indispensable de repolitiser les conflits pour arrêter la dérive monarchique qui fait reposer la survie du système sur les arbitrages du pouvoir judiciaire et sur les marchandages entre les élus et les communautés identitaires qui ont pris la rélève des anciennes et mortelles combinaisons de partis. Pour opérer ce redressement avant que la société se délite, c'est maintenant ou jamais.


Je vous présente mes excuses d'avoir été fort long, mais la lecture de ce livre m'a permis de passer en revue certains des thèmes qui me sont le plus cher : préférence aux corps intermédiaires représentatifs plutôt qu'aux communautés, nette séparation public-privé, importance de ne pas fuir le conflit, opposition à l'écologisme, méfiance vis-à-vis la démocratie directe, amour de la liberté (Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs).

J'espère que, du plus profond, le Surmoi républicain ressurgira. Autant je frémis devant le sang versé par la Révolution, autant je me réjouis du printemps de la liberté que furent les premiers mois de 1789. La République "une, indivisible, démocratique, laïque et sociale" est encore la solution de nos problèmes parce qu'elle est toujours imparfaite, toujours à perfectionner, toujours en devenir.

Aujourd'hui, je ne vois aucun homme politique pour porter ce projet, mais je ne suis "jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance" pour cette "vieille France, accablée d'Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau.". La conjonction des volontés de quelques hommes libres peut bien des choses, qu'on qualifie quelquefois, dans la méconnaissance des pouvoirs de la liberté, de miracles ; après tout, n'est-ce pas comme cela que le monde avance, depuis que le monde est monde ?

Critique de Le siècle de monsieur Pétain par Pierre Assouline

(1) : concernant Sarkozy, je pense notamment à "Le silence, splendeur des forts, refuge des faibles."

(2) : GT : je rappelle pour ceux qui ne sont pas encore habitué à ce sigle : Guimauve Totalitaire : pensée unique à forte dose de bons sentiments mais tendant à imposer sans échappatoire un mode de vie (par exemple : ne pas fumer, ne pas polluer)

(3) : Je ne résiste pas, sur l'écologie à vous citer un extrait :

Aujourd'hui, comme hier, le discours écologique, version ripolinée du retour à la terre de Vichy, procède de la même rhétorique de rééquilibrage des rapports sociaux, des modes de vie, des valeurs spirituelles et matérielles, des mégapoles et du "désert" à reconquérir et à faire fructifier. Il parie sur la même illusions de canaliser les forces traditionnelles dans le sens de la modernité. Or cette recherche d'une impossible synthèse se traduit par le blocage des processus de modernisation. Comme au temps de Pétain, les mêmes ambiguités se reproduisent. Les thèses réactionnaires de José Bové dont le protectionnisme condamnerait la France à l'isolement de la "France seule" se présentent sous les couleurs de l'altermondialisme. L'archaïsme de la "non-croissance" qui conduirait le pays à la régression se présente comme un choix dynamique de la modernité. La cloture ethnicisante des racines se revendique de l'ouverture à la différence. La violence des commandos anti-OGM se réclame de la sécurité alimentaire. Dans un cas comme dans l'autre, la croyance, peut-être sincère, dans la compatibilité entre deux modèles de civilisation [tradition organisciste, progrès libéral] engendre la montée irrésistible des comportements réactionnaires, le déclin économique et les multiplications des facteurs de violence civile.

jeudi, janvier 05, 2006

A l'occasion de la mort politique d'Ariel Sharon

Comme j'en ai ma claque de la guimauve unique bien pensante (1) (Israéliens méchants capitalistes pro-Bush, Palestiniens gentils prolétaires pro-Chirac), je me permets de faire un point sur ce conflit dont je vous parle peu :

> Le mouvement de baisse de tension d'Israël avec ses voisins va se poursuivre pour une raison simple : les Israéliens se préparent au fait que l'Iran va avoir la bombinette. Bien entendu, il est hors de question qu'ils l'admettent mais certains signes le montrent. Cela signifie que les deux parties auront intérêt à ce qu'il n'y ait pas trop de prétexte à escalade nucléaire dans la région. Les Iraniens dans leur quête de l'arme nucléaire sont très réfléchis, on peut espérer qu'ils le seront aussi dans son usage.

> la société palestinienne est une société très violente en proie à de grave problèmes internes, notamment la corruption, alimentée, entre autres, par les fonds européens (probablement encore un exemple où des bons sentiments trop naïfs ont eu des résultats pratiques désastreux). Tant qu'Israël tenait lieu de bouc-émissaire, la violence était orientée vers l'extérieur. Maintenant que, par un coup magistral de Sharon, la bande de Gaza a été évacuée et que les élections palestiniennes approchent, le bouc-émissaire sioniste est un peu moins présent et la violence s'est retournée en interne : racket, attentats entre fractions, assassinats, violences diverses, n'ont jamais été aussi nombreux en Palestine. Mais, bien entendu, comme les Palestiniens sont censés être les victimes (gentilles, forcément gentilles), on évite d'en parler en France. Or, du fait de la baisse de tension expliquée au premier point, les Palestiniens risquent de plus en plus d'être confrontés à leurs problèmes économiques, sociaux et politiques internes.

Le premier abandon des Palestiniens a eu lieu après la première guerre du golfe : l'abandon financier et politique par les pétro-monarchies. Un deuxième abandon les guette aujourd'hui : l'abandon médiatique, par lassitude de ces querelles.

(1) : désormais, sur ce blog, cette guimauve unique bien-pensante sera abrégée en GT (Guimauve Totalitaire)

Ach ! Les transferts de teknologie, grosse malheur !

On parle beaucoup des transferts de technologie d'Airbus vers la Chine. Je pense qu'il est approprié de rappeler une anecdote d'un temps où le transfert de technologie a été plus brutal.

En 1945, la France était dans le camp des vainqueurs, en vertu d'un miracle gaullien comme il en arrive peu dans l'histoire. Les Allemands, tout nazis et vaincus qu'ils se trouvaient, étaient en avance dans de nombreux domaines : propulsion à réaction, ailes en flèches, sous-marins, engins téléguidés, fusées, etc. S'est donc déroulée, en Allemagne ce printemps là, une sorte de championnat du monde de transferts de technologie avec comme seuls participants l'URSS, les USA, la Grande-Bretagne et la France ; plateau certes restreint mais de grande qualité. Bien entendu, tous les coups étaient permis et les négociations avec les "transférés" réduites au strict minimum : "Bonjour, veuillez me suivre."; puisque, tant qu'à faire, autant prendre les bonhommes en même temps que le matériel.

Si l'URSS et les USA furent les grands vainqueurs, la France n'a pas mal tiré son épingle du jeu en "invitant" Willy Messerschmidt, quelques uns de ses ingénieurs et leurs archives.

Récit d'un ingénieur français partageant son bureau avec un Allemand :

J'étais assis en face d'un Allemand ; on arrivait le matin, on se disait bonjour. Il fallait que je me recule, à tous les coups quand il se baissait, je recevais un coup de tête dans le menton. Après m'avoir dit bonjour, il s'asseyait et ne me disait plus un mot. Il avait une rame de papier vierge. A midi, les feuilles étaient couvertes de calculs, mais je n'ai jamais compris ce qu'il faisait. J'ai regardé ses papiers et ça me paraissait bidon. Là dedans, il devait nous raconter beaucoup d'histoires. On sentait qu'il faisait durer le plaisir. [...] Plus tard, je suis directement allé voir leurs engins qu'on avait récupérés, je trouvais une drôle d'allure à leurs boulons avec des fils qui dépassaient. J'ai pris un technicien, nous avons déroulé cinquante mètres de fils, branché sur les boulons et mis du jus. Nous avons été probablement les premiers en France à faire sauter des boulons explosifs. Ensuite, nous les avons copiés.

En lisant ce témoignage, on en oublierait presque que ATAR, nom du réacteur à succès de la SNECMA, toujours en service 60 ans après sa conception, signifie ATelier Aéronautique de Rickenbach (ville située sur le lac de Constance, pas particulièrement en France), conçu par le Groupe O, O comme le professeur Oestrich (nom pas particulièrement français non plus).

We don't need no education

L'article ci-dessous, en prouvant que ce n'est pas mieux ailleurs, renforce un argument utilisé par les anti-constructivistes disant que les comparaisons internationales en matière d'éducation n'ont guère de valeur :

> tous les pays de comparaison usuelle, à l'exception de la Corée ou de Singapour, ont cédé au constructivisme pédagogique parce qu'il correspond à l'hédonisme des baby-boomers. Les comparaisons internationales reviennent à comparer des catastrophes entre elles.

> les différences culturelles rendent ces comparaisons difficiles.

C'est pourquoi les anti-constructivistes préfèrent les comparaisons dans le temps, ce qui peut les faire taxer de passéistes. Mais, à ma connaissance, les savoirs fondamentaux, lire, écrire, compter n'ont pas évolué ces deux derniers siècles,la comparaison est donc pertinente.

Or, il y a quelques années, on avait fait faire à des élèves de 3ème une dictée de "certif" des années 30 pour laquelle on avait les copies des élèves d'origine. Inutile d'insister sur le fait qu'on s'est empressé d'enterrer les résultats de la comparaison.

J'ai hésité avant de vous communiquer cet article ; non pas pour des questions de fond, il martèle des idées bonnes à écrire, mais parce qu'il est assez long et anglais. Cependant, je pense que ça méritait d'être dit.

Il décrit bien cet esprit "bobo" où, sous prétexte d'être généreux avec les pauvres et de les respecter, on s'arrange pour qu'ils ne sortent jamais de leur milieu et de leur pauvreté.

L'auteur a aussi écrit un excellent article sur nos "troubles sociaux" (euphémisme officiel), article publié, devinez quand, à l'automne 2002 ! Il pensait à l'époque que la montée des "incivilités" (autre euphémisme) n'était en rien anodine et que les Français risquaient des réveils pénibles. Pas mal vu, non ?

We don't need no education

Education has always been a minority interest in England. The English have generally preferred to keep the bloom of their ignorance intact and on the whole have succeeded remarkably well, despite a century and a quarter of compulsory schooling of their offspring.

In the past their ignorance was purely passive: the mere absence of knowledge. Of late, however, it has taken on a more positive and malign quality: a profound aversion to anything that smacks of intelligence, education, or culture. Not long ago, there was a popular song whose first lines successfully captured this widespread mood of hostility: We don't need no education,/We don't need no thought control. And a couple of months ago, I noticed some wall posters advertising a new song: "Poor, White, and Stupid."

I wish I could say that some irony was intended, but the cult of stupidity has become in England what the cult of celebrity is in the United States. To call someone clever has never been an unequivocal compliment in England, but it takes a special kind of perversity for students at the high school situated 400 yards from my hospital to say to one of their colleagues, who took an overdose because of the constant bullying to which she was subject: You're stupid because you're clever.

What did they mean by this apparent paradox? They meant that anyone who tried hard at school and performed well was wasting his time, when he could have been engaged in the real business of life, such as truanting in the park or wandering downtown. Furthermore, there was menace in their words: If you don't mend your ways and join us, they were saying, we'll beat you up. This was no idle threat: I often meet people in their twenties and thirties in my hospital practice who gave up at school under such duress and subsequently realize that they have missed an opportunity which, had it been taken, would have changed the whole course of their lives much for the better. And those who attend the few schools in the city which maintain very high academic standards risk a beating if they venture to where the poor white stupids live. In the last year, I have treated two boys in the emergency room after such a beating, and two others who have taken overdoses for fear of receiving one at the hands of their neighbors.

Just as it was impossible to go broke underestimating the taste of the American public, so it is impossible to overstate the abysmal educational depths to which a large proportion of the English have now sunk, boding ill for the country's future in the global market. Very few of the 16 yearolds whom I meet as patients can read and write with facility; they do not even regard my question as to whether they can read and write as in the least surprising or insulting. I now test the basic literacy of nearly every such youth I meet, in case illiteracy should prove to be one of the causes of his misery. (I had a patient recently whose brother committed suicide rather than face the humiliation of public exposure in the social security office of his inability to read the forms he was required to fill in.) One can tell merely by the way these youths handle a pen or a book that they are unfamiliar with these instruments. Even those who are under the impression that they can read and write adequately are utterly defeated by words of three syllables, and while they can sometimes read the words of a text, they no more understand them than if they had been in Church Slavonic.

I cannot recall meeting a 16yearold white from the public housing estates which are near my hospital who could multiply nine by seven (I do not exaggerate). Even three by seven often defeats them. One boy of 17 told me, "We didn't get that far." This, after 12 years of compulsory education (or should I say, attendance at school).

As to knowledge in other spheres, it is fully up to the standards set in mathematics. Most of the young whites whom I meet literally cannot name a single writer and certainly cannot recite a line of poetry. Not a single one of my young patients has known the dates of the Second World War, let alone of the First; some have never heard of these wars, though recently one young patient who had heard of the Second World War thought it took place in the eighteenth century. In the prevailing circumstances of total ignorance, I was impressed that he had heard of the eighteenth century. The name Stalin means nothing to these young people and does not even evoke the faint ringing of a bell, as the name Shakespeare (sometimes) does. To them, 1066 is more likely to mean a price than a date.

Thus are the young condemned to live in an eternal present, a present which merely exists, without connection to a past which might explain it or to a future which might develop from it. Theirs is truly a life of one damned thing after another. Likewise, they are deprived of any reasonable standards of comparison by which to judge their woes. They believe themselves deprived, because the only people with whom they can compare themselves are those who appear in advertisements or on television.

Mere semiliteracy and ignorance do not necessarily disqualify young people from passing public examinations, at least lowerlevel exams. Since failure is now regarded as fatally damaging to self-esteem, anyone who actually presents himself at an examination is likely to emerge with a certificate. I recently encountered a boy aged 16 in my clinic who wrote Dear Sir as deer sur, and I'm as ime (and whose grammar was fully consonant with his orthography), who had passed a public examination—in English.

Clearly, something very strange is happening in our schools. Our educational practices are now so bizarre that they would defy the pen of a Jonathan Swift to satirize them. In the very large metropolitan area in which I work, for example, the teachers have received instructions that they are not to impart the traditional disciplines of spelling and grammar. Pettifogging attention to details of syntax and orthography is said to inhibit children's creativity and powers of selfexpression. Moreover, to assert that there is a correct way of speaking or writing is to indulge in a kind of bourgeois cultural imperialism; and to tell children that they have got something wrong is necessarily to saddle them with a debilitating sense of inferiority from which they will never recover. I have met a few teachers who disobey these instructions in an atmosphere of clandestinity, in fear for their jobs, rather reminiscent of the atmosphere which surrounded those who secretly tried to propagate truth behind the late Iron Curtain.

I was told of one school where the teachers were allowed by the headmaster to make corrections, but only five per piece of work, irrespective of the number actually present. This, of course, was to preserve the amour propre of the children, but it seemed not to have occurred to this pedagogue that his fivecorrection rule was likely to have unfortunate consequences. The teacher might choose to correct an error in the spelling of a word, for example, and overlook precisely the same error in the next piece of work. How is a child to interpret correction based on this headmaster's principle? The less intelligent, perhaps, will regard it as a species of natural hazard, like the weather, about which he can do very little; while the more intelligent are likely to draw the conclusion that the principle of correction as such is inherently arbitrary and unjust.

Alarmingly, this arbitrariness reinforces precisely the kind of discipline which I see exercised around me every day by parents whose philosophy of child rearing is laissezfaire tempered by insensate rage. A small child rushes about noisily, creating havoc and wreaking destruction about him; the mother (fathers scarcely exist, except in the merest biological sense) first ignores the child, then shouts at him to stop, then ignores him, pleads with him, ignores him again, laughs at him, and then finally loses her temper, screeches abuse at him, and gives him a clout on the ear.

What is the child supposed to learn from this? He learns to associate discipline not with principle, and punishment not with his own behavior, but with the exasperated mood of his mother. This mood will itself depend upon many variables, few of them under the control of the child. The mother may be irritable because of her latest row with her latest boyfriend or because of a delay in the arrival of a social security payment, or she may be comparatively tolerant because she has received an invitation to a party or has just discovered that she is not pregnant after all. But what the child certainly never learns is that discipline has any meaning beyond the physical capacity and desire of the mother to impose it.

Everything is reduced to a mere contest of wills, and so the child learns that all restraint is but an arbitrary imposition from someone or something bigger and stronger than himself. The ground is laid for a bloodyminded intolerance of any authority whatever, even should that authority be based upon patently superior and benevolent knowledge and wisdom. Authority of any kind is experienced as an insult to the self, and must therefore be challenged because it is authority. The world is thus a world of permanently inflamed egos, trying to impose their wills on one another.

In the schools, young children are no longer taught in whole classes but in little groups. It is hoped that they will learn by discovery and play. There is no blackboard and no rote learning. Perhaps the method of teaching by turning everything into a game can work when the teacher is talented and the children are already socialized to learn; but when, as is usually the case, neither of these conditions obtains, the results are disastrous, not just in the short term but probably forever.

The children themselves eventually come to know that something is wrong, even if they are not able to articulate their knowledge. Of the generations of children who grew up with these pedagogical methods, it is striking how many of the more intelligent among them sense by their early twenties that something is missing from their lives. They don't know what it is, and they ask me what it could be. I quote them Francis Bacon: "It is a poore Center of a Mans Actions, Himselfe." They ask me what I mean, and I reply that they have no interests outside themselves, that their world is as small as the day they entered it, and that their horizons have not expanded in the least.

"But how do we get interested in something?" they ask.

This is where the baleful effect of education as mere entertainment makes itself felt. For to develop an interest requires powers of concentration and an ability to tolerate a degree of boredom while the elements of a skill are learned for the sake of a worthwhile end. Few people are attracted naturally by the vagaries of English spelling or by the rules of simple arithmetic, yet they must be mastered if everyday life in an increasingly complex world is to be negotiated successfully. And it is the plain duty of adults, from the standpoint of their superior knowledge and experience of the world, to impart to children what they need to know so that later they may exercise genuine choice. The demagogic equation of all authority, even over the smallest child, with unjustifiable political authoritarianism leads only to personal and social chaos.

Alas, the age of 20 is not the age at which to learn either to concentrate or to tolerate effort which is in itself not enjoyable. Never having experienced the pleasures of mastering something through disciplined effort, and with minds profoundly influenced by the swiftly moving and superficially exciting images of television, these young adults find that a sustained interest in anything is now beyond them. And in the modern urban world, anyone who cannot concentrate is truly a lost soul, for the only communities in such a world are those which grow up around interests which people hold in common. Moreover, in an age of increasing technological change, those without the ability or inclination to learn will be left farther and farther behind.

The gimcrack pedagogical notion that education should be "relevant" to children's lives gained currency in England in the sixties. The thought that this would confine children to the world that they already knew—and a pretty dismal world it was, too, as anyone with the slightest acquaintance with English workingclass life will testify—apparently never occurred to those educationists who claimed such exceptional sympathy with the relatively disadvantaged. The result was that a route—perhaps the one most frequently traveled—to social advancement was substantially closed to them.

Unfortunately, it is extremely difficult to overturn these educational (or antieducational) developments even now, when the central government has belatedly realized their disastrous consequences. Why? First, the teachers and the teachers of the teachers in the training colleges are deeply imbued with the kinds of educational ideas which have brought us to this pass. Second, a huge educational bureaucracy has grown up in England (one bureaucrat per teacher, pullulating like admirals in a South American navy) which uses every subterfuge to prevent change, from falsification of figures to willful misinterpretation of government policy. The Minister of Education may propose, but the bureaucracy disposes. Thus it happens that Britain spends a higher percentage of its GDP on education than any of its competitors and ends up with a catastrophically illeducated population, whose lack of intelligence is evident from their ruminant gaze to be seen on every street in the country, and which is remarked upon by all my foreign friends.

Bad as educational policy has been, however, there remains an important and refractory cultural dimension to the problem. It is easy—conceptually at least—to see what should be done on the plane of policy, but the English disdain for education is not easily overcome even in principle.

In the neighborhood in which I work, there are many immigrant groups. The largest are those from northwest India, Bangladesh, and Jamaica. There is also a large and settled white working class. The children from all these groups go to the same bad schools with the same bad teachers, but the results are dramatically different. The children of poor and unemployed immigrants from northwest India are never illiterate or semiliterate; a very respectable number go on to further education, even at the highest level, despite overcrowding in the home and apparent poverty. The other groups vie with each other to achieve the lowest educational level.

The lamentable fact is that a considerable proportion of the English population is simply unaware of the need for education. It seems stuck with the Victorian idea that England is by right and divine providence the workshop of the world, that Englishmen by virtue of their place of birth come into the world knowing all that it is necessary for them to know, and that if there are no jobs to employ their unskilled (and, it must be said, rather reluctant) labor, it is the fault of the government in league with the plutocrats in top hats and tails, who have conspired to exploit cheap Japanese labor. One thing an unemployed young Englishman is definitely not going to do is to make a concerted effort to equip himself with a salable skill.

I have had the following conversation on innumerable occasions with young men of about 20 who have been unemployed since leaving school, and whose general educational level is outlined above:

“Have you thought of improving your education?”
“No.”
“Why not?”
“There's no point. There are no jobs.“
"Could there be any other reason to get educated?"
'No." (This after puzzlement as to what I could possibly mean.)

There are two things to notice in this conversation. The first is that the unemployed young person considers the number of jobs in an economy as a fixed quantity. Just as the national income is a cake to be doled out in equal or unequal slices, so the number of jobs in an economy has nothing to do with the conduct of the people who live in it, but is immutably fixed. This is a concept of the way the world works which has been assiduously peddled, not only in schools during "social studies" but in the media of mass communication.

The second thing worthy of remark is the complete absence of the idea that mental culture is a good in itself, that it has a value irrespective of one's employment prospects. Just as patients' responses to the same illness and disability vary according to their predisposition and character, so does a man's response to unemployment. A man with an interest to pursue, or at least with the mental equipment to pursue, an interest is not in such dire straits as a man obliged by the tabula rasa of his mind to stare vacantly at the four walls for weeks, months, or years on end. He is more likely to come up with an idea for self-employment or at the very least to seek work in places and in fields which are new to him. He is not condemned to stagnation.

There is one great psychological advantage to the white underclass in their disdain for education: it enables them to maintain the fiction that the society around them is grossly, even grotesquely, unjust, and that they themselves are the victims of this injustice. If, on the contrary, education were seen by them as a means available to all to rise in the world, as indeed it could be and is in many societies, their whole viewpoint would naturally have to change. Instead of attributing their misfortunes to others, they would have to look inward, which is always a painful process. Here we see the reason why scholastic success is violently discouraged, and those who pursue it persecuted, in underclass schools: for it is perceived, inchoately no doubt, as a threat to an entire Weltanschauung. The success of one is a reproach to all.

And a whole way of life is at stake. This way of life is akin to drug addiction, of which crime is the heroin and social security the methadone. The latter, as we know, is the harder habit to kick, and its pleasures, though less intense, are longer lasting. The sour satisfaction of being dependent on social security resides in its automatic conferral of the status of Victim, which in itself simultaneously explains one's failure and absolves one of the obligation to make something of oneself, ex hypothesi impossible because of the unjust nature of society which made one a victim in the first place. The redemptive value of education blows the whole affecting scene apart: no wonder we don't want no education.

In one sense (and in one sense alone), however, the underclass has been victimized, or perhaps betrayed is a better word. The educational absurdities foisted on the lower orders were the idea not of the lower orders themselves but of those who were in a position to avoid their baleful effects: that is to say, middleclass intellectuals. If I were inclined to paranoia (which fortunately I am not), I should say that the efforts of educationists were part of a giant plot by the middle classes to keep power for themselves and to restrict competition, in the process creating sinecures for some of their less able and dynamic members—namely the educationists. But if these middle classes have maintained their power, it is in an increasingly enfeebled and impoverished country.

mercredi, janvier 04, 2006

Commentaire au passage

Le dirigeant cégétiste Le Duigou a rappelé que sa confédération était en revanche "clairement opposée à l'idée de TVA sociale car ce serait une énième réforme qui transfèrerait une contribution des entreprises vers les ménages".

C'est marrant, il me semblait avoir appris que les ménages sont toujours les payeurs finaux ! Mais c'est sûrement pour cela que je ne suis pas inscrit à la CGT.

L'avachissement du Monde continue ...

AU COURRIER DES LECTEURS DU MONDE

Soucis

Le titre que vous avez donné, dans Le Monde du 20 décembre 2005, à un article sur l'internationalisation de l'université de Corte m'a, au premier abord, paru incompréhensible : " Sur le campus, les étudiants rencontrent des soucis pour communiquer ". Je me demandais quelle coquille (soufis, soussis) rendait ce titre obscur jusqu'à ce que je comprenne que vous aviez succombé à la mode qui veut qu'il n'y ait plus de problèmes ni de difficultés, que ces obstacles objectifs doivent être ramenés au rang de la subjectivité, où ils peuvent être plus facilement gérés, sous forme de... " soucis ".

Alors, il y a un souci, il se pose un souci, on règle un souci, et les problèmes ont disparu. Mais vous allez encore plus loin, car vos " soucis " ne se contentent pas d'exister, ils se " rencontrent ". Vivement qu'on règle ces soucis !

Jean-Jacques Régnier

Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)

All are punished

Les professeurs du lycée d'Etampes n'ont pas repris le travail
LEMONDE.FR | 04.01.06 |


La rentrée pour les élèves du lycée professionnel Louis-Blériot d'Etampes, où une enseignante a été poignardée mi-décembre, n'est toujours pas à l'ordre du jour. Mardi 3 janvier, après une journée consacrée à des discussions sur l'insécurité, le personnel du lycée et les représentants syndicaux ont annoncé qu'ils n'accueilleraient pas les élèves mercredi. "Les conditions de sécurité ne sont pas encore réunies", ont-ils estimé dans un communiqué.

Au lycée Louis Blériot d'Etampes, un élève a poignardé une prof. Qu'ont fait les profs ? Ils se sont réunis pour parler !

La culture classique est sans doute à jeter, néanmoins, à la fin de Romeo & Juliet, le prince explique que cette histoire lamentable est due au laxisme de tous, qui ont laissé la tension monter sans intervenir, par lâcheté, par paresse.

All are punished

Or encore, comme dit Montaigne :

De toutes choses les naissances sont foibles et tendres. Pourtant faut-il avoir les yeux ouverts aux commencements : Car comme lors en sa petitesse, on n'en descouvre pas le danger, quand il est accreu, on n'en descouvre plus le remede.

J'ai bien peur, qu'après avoir, "en leur petitesse", laissé les violences perdurer sous l'euphémisme d'"incivilités", on soit arrivé au stade de barbarie où "on n'en découvre plus le remède."

Je ne suis ni ni contre, bien au contraire ...

AFP le 04/01/2006 12h29
Chirac: "je ne suis ni pour ni contre la TVA sociale"
Le président Jacques Chirac a affirmé qu'il n'était "ni pour ni contre la TVA sociale", cette question devant être "approfondie" et "discutée", jeudi, en marge de ses voeux à la presse à l'Elysée.


Je ne suis pas devin, et pourtant, je l'aurais parié (voir mon message précédent). Et il est payé avec nos impots pour ça ?

Taxe sociale : encore une mauvaise idée

Je sais, la France, et particulièrement son bien-aimé président, tient à sa place incontestée (et pour cause) de championne du monde de la créativité fiscale. Mais, tout de même, une nouvelle taxe pour financer la sécu, est-ce bien sérieux ?

Bien sûr, c'est comme d'habitude, on veut faire payer plus, pour éviter de poser la question de savoir comment et pour quoi l'argent est dépensé.

Pour reprendre l'image (même si il faut se méfier des images et des métaphores) que j'ai déjà employée : quand on n'arrête pas de remettre de l'huile et de l'essence dans une vieille voiture, il faut se poser la question d'acheter une voiture neuve qui consomme moins.

Bien sûr, les fonctionnaires qui gèrent le système de santé ne sont pas des abrutis incompétents, des adaptations se font à la va-comme-je-te-pousse, mais ils ne sont que ce qu'ils sont : des gestionnaires. Ce n'est pas eux de prendre des décisions politiques, de faire des choix, ils n'en ont pas la légitimité. Or, de choix politiques, on n'en voit pas la queue d'un. Alors le système continue à vivoter à l'aide de rustines budgétaires.

Pourtant, il ne manque que cela : choisir, afficher le choix et s'y tenir. Les choix possibles sont connus, ils s'étalent à longueur d'études, de rapports, de bilans de commissions Tartempion, avec avantages, inconvénients, mise en oeuvre.

Education Nationale : la querelle des méthodes continue

Les syndicats constructivistes et leur âme damnée parentale, la FCPE, ont sorti un bijou de désinformation : un appel à "plus de sérieux" ; comme si débattre des méthodes de lecture n'était pas sérieux !

Bien sûr, ils reprennent leur veil oxymore, à savoir la "polémique actuelle dépassée" (soit elle est dépassée, soit elle est actuelle). Pendant qu'ils y sont, ils taxent au passage leurs adversaires de passéistes, ça ne mange pas de pain même si ça ne fait pas avancer le débat ; d'ailleurs, on peut incidemment se poser la question de savoir en quoi, par contraposée, "moderniste" serait un si prodigieux compliment.

Enfin, au détour d'une phrase, ils arrivent à l'essentiel, à savoir l'efficacité des méthodes de lecture, en indiquant que 11 % des élèves, formés à la bonne vieille méthode alphabétique, qui déchiffrent ne comprennent pas ce qu'ils déchiffrent. Admettons cette statistique et remarquons au passage qu'ils s'abstiennent bien d'évaluer l'efficacité de la soi-disant abandonnée méthode globale. Regardons de plus près ce 11 %.

Est-ce à dire que 89 % des élèves "alphabétisés" qui déchiffrent comprennent ce qu'ils lisent ? Dans ce cas, les auteurs de cet appel se montrent les meilleurs défenseurs de la méthode alphabétique ! En effet, la méthode alphabétique est tellement simple que en gros 90 % des élèves déchiffrent ; d'où je conclus que 80 % des élèves formés par la méthode alphabétique comprennent ce qu'ils lisent (90 % x 89 % = 80 %). Ce qui est un chiffre plus élevé que les statistiques officielles de l'EN qui, elles, sont obtenues à partir d'élèves formés par des méthodes globales plus ou moins déguisées ; semi-globale, naturelle (!!! Y-a-t-il dans l'enseignement qq chose de naturel ?), à hypothèses.

Mais, allons, je suis hérétique à m'attacher ainsi aux basses questions de résultats. Vous avez bien compris qu'il s'agit d'une querelle idéologique qu'aucune réalité ne pourra déranger (c'est le propre des idéologies) : les "constructivistes" se voient comme les bons, les gentils, les généreux, les égalitaires, ceux qui permettent, ô merveille, à l'élève, pardon l'apprenant, de se construire lui-même, de découvrir le monde par lui-même, de se détacher du savoir bourgeois et hiérarchisé, tandis que les "passéistes" sont les méchants, les bourgeois, les autoritaires, les pères fouettards.

Au fond, le drame est que, face à tant de bonne conscience, à moins d'une solution politique, il n'est qu'une réponse possible : la stratégie individuelle ; la fuite vers le privé, vers la "bonne" école, vers les cours particuliers, l'achat de bons vieux livres de classe de pépé.

Les "constructivistes" ne doivent cependant pas désespérer, qu'ils se rappellent de l'URSS : une fois, les fortes têtes et ceux qui se souvenaient de l'ancien temps éliminés, la contestation a, presque, disparu d'elle-même, faute de combattants. Les "constructivistes" sont aux commandes de l'EN. A 35 ans, je fais partie de la dernière génération qui a appris à lire avec le b-a ba et le respect de l'instituteur ; encore quelques années de patience et les vestiges des anciennes méthodes devraient tomber dans l'oubli, faute d'instituteurs et de parents d'élèves les connaissant.

mardi, janvier 03, 2006

Samba et mondialisation

LAURENT COHEN-TANUGI

Retour sur image. Un des derniers soirs de l'année écoulée, tandis que la revue de danse et de musique Brasil Brasileiro touche à sa fin au Châtelet, une troupe inattendue d'intermittents du spectacle investit le devant de la scène, déballant ses pancartes et s'efforçant de prendre la parole sous les huées du public. Après quelques instants de flottement, la compagnie brésilienne reconquiert progressivement la scène, les chanteurs de charme se mêlant diplomatiquement aux manifestants tandis qu'à l'arrière, la troupe au grand complet entame une danse endiablée sur fond de percussions face à une salle électrisée, scandant debout son encouragement aux artistes et sa condamnation de nos trouble-fêtes nationaux.

Bien vite, la rangée de porteurs de pancartes, prostrés et réduits au silence, se trouve encerclée par une marée de danseurs et, après quelques minutes de forte intensité, la troupe peut honorablement faire ses adieux au public. Juste et pacifique victoire de l'« ordre bourgeois » (comme aurait dit Marx) sur les classes laborieuses ? Voire... Mais l'intérêt de l'anecdote n'est évidemment pas là, d'autant que sur le plan artistique, ce final inopiné était probablement ce qui pouvait arriver de mieux à un spectacle par trop convenu.

Non, la portée symbolique de l'évènement est ailleurs et autrement plus forte : pendant quelques minutes, la scène du Châtelet a donné à voir une France campée autour de quelques slogans misérabilistes, perturbant sans gloire le travail d'artistes d'un grand pays du Sud invités sur son sol (dont aucun ne jouit à l'évidence de la moindre protection sociale), pour finir balayée par le grand vent de la mondialisation en marche.

Consciemment ou non, la révolte du public visait la projection de cette image douloureuse et un peu humiliante de notre pays face aux représentants d'une nation jeune, diverse et dynamique, symbole de ce tiers-monde en train d'accéder à la puissance économique et politique grâce à la libéralisation des échanges mondiaux. Si chacun convient que le défi central auquel la France se trouve confrontée est celui de son adaptation à la « mondialisation », la parole politique fait depuis trop longtemps défaut pour définir précisément l'une et l'autre.

Dans son allocution de fin d'année, le président de la République n'a ainsi qu'allusivement évoqué un « monde qui change » de manière accélérée, et face auquel nous devrions, non pas changer, mais « rester nous-mêmes ». Certes, il avait légitimement à l'esprit la fidélité aux valeurs de la République et l'importance du sens de l'identité et de la confiance en soi pour se mesurer aux autres. Mais, ces préalables rappelés, le message central du discours politique doit désormais porter explicitement non pas tant sur les problèmes des Français et les efforts gouvernementaux pour tenter d'y porter remède, mais sur le changement du monde et celui qu'il appelle de notre part en retour.

La tâche est, certes, complexe, et mobilise en premier lieu les intellectuels. Mais les efforts de ceux-ci doivent être relayés sur le terrain politique. C'est cette pédagogie politique du changement du monde qui fait défaut au personnel politique français et au pays [évidemment, puisque nos "élites" politiques vivent dans le microcosme énarchique, quand se sont-elles confrontées à ce monde qui change ?] ; c'est elle qui doit impérativement structurer la préparation de l'élection présidentielle de 2007. A l'aveuglement morose du repli sur soi, puisse 2006 faire succéder le retour d'une France en mouvement dans le grand bain de la mondialisation [qui est autant, et même plus, une chance qu'un risque].


LAURENT COHEN-TANUGI est avocat et essayiste.

Mitterrand plus fort que De Gaulle

Un sondage donne Mitterrand meilleur président de la Vème Répubklique devant De Gaulle. On croit rêver !

Le sondeur l'explique benoitement :

> les Français sont tellement nuls en histoire (merci l'EN) qu'un Français de moins de 40 ans n'a qu'une vague conscience que De Gaulle n'est pas mort le 19 juin 1940.

> Miterrand étant le seul président de gauche dans la liste (Ah bon ? Miterrand était de gauche ?), il a bénéficié du vote de tous les partisans de gauche alors que ceux de droite se sont dispersés.

Méfions nous des sondages.

La vérité cachée du service public

Je crois vous avoir déjà expliqué tout ce que l'expression "défense du service public" a de mensonger, mais au cas où vous n'auriez pas compris j'en repase une couche ...

La vérité cachée du service public

C'est le ferment des dernières grèves à la SNCF, à la RATP, à l'école. C'est aussi sans doute le motif des prochains mouvements. C'est même, selon certains, l'explication ultime du « non » français au projet de Constitution européenne, qui restera comme l'événement politique majeur de l'année écoulée. Quelle est cette cause suprême ? La défense du service public. Quand une expression prend une telle importance, il est essentiel de savoir de quoi il s'agit. Prenons donc le Robert, toujours à portée de main sur le bureau. Surprise ! Le « Petit Bob » perd ici sa simplicité. Il définit, en effet, le service public comme une « fonction d'utilité collective, sociale ; activité organisée qui la remplit ». Cette nébulosité ne vient évidemment pas du couple Rey, qui pilote le célèbre dictionnaire, mais du concept lui-même.

Un coup d'oeil à Wikipédia confirme la difficulté : « Est service public ce que la puissance publique définit politiquement comme tel. » Inutile d'espérer une traduction éclairante dans une langue étrangère, comme c'est parfois le cas : l'encyclopédie en ligne sur Internet précise en préambule que « tout ou partie de cet article est franco-centré ». Ce que confirment les innombrables débats sur la question à Bruxelles, qui ont tourné au martyre de coléoptères avant d'aboutir à la formulation plus restreinte de « service d'intérêt économique général » (mentionnée dans les articles 16 et 82 du traité instituant la Communauté européenne).

Commençons donc par défricher le terrain. Le service public n'est pas le secteur public, qui regroupe les administrations, les collectivités locales et les entreprises contrôlées par l'Etat (un peu plus de 1.500 en 2003, avec 1,1 million de salariés, notamment La Poste et la SNCF). Il n'est pas non plus le service du public - ça se saurait. Il ne se définit pas plus par la gratuité de ses prestations. Laissons de côté les fonctions dites « régaliennes » de l'Etat (police, justice, armée), activités publiques par excellence - bien qu'elles puissent être assurées par le privé (gardiennage, arbitrage, mercenaires...). Ecartons également, même si c'est plus contestable, l'éducation, la santé et le logement. Les problématiques de ces domaines dépassent largement le service public. Rappelons également que certains services publics peuvent être délégués au privé - c'est le cas, par exemple, de la gestion de l'eau.


Centrons-nous sur ces fameux « services d'intérêt économique général ». Dans son Livre blanc de mai 2004, la Commission explique qu'il s'agit de services de nature économique (et non sociaux) soumis « à des obligations spécifiques de service public en vertu d'un critère d'intérêt général », une notion couvrant notamment « les grandes industries de réseau comme le transport, les services postaux, l'énergie et les communications ».


Les juristes ont beaucoup travaillé sur la notion. Dans les années 1930, l'un d'entre eux, Louis Rolland, a défini la spécificité du service public par trois critères : l'égalité, l'adaptabilité et la continuité. Le premier point ne porte guère à discussion. Le deuxième, lui, ne reflète pas la réalité. Au contraire, le changement est plus compliqué dans les services publics qu'ailleurs. Comme le rappelle l'un des premiers rapports du Conseil d'analyse économique (1), le téléphone, archaïque en France jusqu'à la fin des années 1960, s'est rapidement amélioré par la suite non par volonté d'améliorer le service public... mais pour développer une industrie puissante des télécommunications ! A la SNCF, les syndicats ont dénoncé la vente de billets par Internet. A la RATP, il est impossible de faire rouler des métros la nuit de samedi à dimanche, etc. Enfin, il pourrait paraître ironique de parler du troisième critère, la continuité du service, dans un groupe d'entreprises où les grèves sont plus nombreuses qu'ailleurs.


Les économistes ont, eux aussi, défini un critère justifiant un service public : le monopole naturel. Dans ce type de marché, une seule entreprise peut fournir l'ensemble de la demande à un prix moins élevé que plusieurs entreprises concurrentes. L'archétype était le phare. Las ! la technique détruit un à un ces fameux monopoles. La fonction du phare peut être assumée par un signal radio ou un système GPS. Le téléphone passant par le bon vieux fil de cuivre est concurrencé par le mobile, la boucle locale, Internet, le Wi-Fi... La route concurrence le rail, qui concurrence l'aérien avec le TGV.


Ne reste, au fond, qu'une seule justification du service public : une défaillance du marché pour la fourniture d'un service essentiel. Il s'agit ici de lutter contre l'exclusion, de favoriser la cohésion sociale, d'encourager un aménagement géographique équilibré. C'est le raccordement au réseau électrique d'une maison isolée au même tarif qu'un appartement, le maintien d'une ligne téléphonique pour un foyer démuni, la livraison d'une lettre dans une petite île à un prix raisonnable. Au politique de fixer la limite, en décidant par exemple le maintien ou non de 17.000 bureaux de poste au nom de la défense des campagnes.


Mais, pour beaucoup d'acteurs, des syndicats au gouvernement, il est dangereux de définir précisément le service public. Primo, il devient alors impossible de s'abriter derrière pour justifier des exceptions injustifiables : emploi à vie, concurrence supprimée, retraite précoce, politique industrielle masquée, cotisations sociales allégées. Secundo, des missions précises de service public permettent d'en chiffrer le coût et de le financer de manière transparente. C'est ce qui s'est passé avec le « service universel » assuré par France Télécom, sur appel d'offres, et payé partiellement par ses concurrents. A l'ouverture du capital en 1997, il a été chiffré à 5 milliards de francs (moins de 800 millions d'euros). En 2004, il est descendu à 33 millions d'euros, soit 0,07 % du chiffre d'affaires de l'opérateur !


Pour EDF, ce service public est plus élevé, compte tenu notamment de l'obligation d'acheter à bon prix l'électricité venant de certains producteurs indépendants. Mais, l'an dernier, son montant était tout de même limité à moins de 4 % de son chiffre d'affaires. Voilà la vérité que tiennent à cacher les soi-disant défenseurs du service public : sous un brouillard de mots et d'arguments, le service public n'est qu'une toute petite part de la réalité des entreprises qui l'assument.


JEAN-MARC VITTORI est éditorialiste aux « Echos ». jmvittorielesechos.fr


(1) « Service public, secteur public. Rapport du conseil d'analyse économique no 3 », Elie Cohen et Claude Henry, La Documentation Française, 1997.

Le département français est-il un outil obsolète ?

J'ai déjà dit plusieurs fois mon attachement à la décentralisation et ma conviction qu'il faudrait commencer par supprimer des couches, en premier les départements. Vous ne vous étonnerez donc pas que j'approuve cet article.

Le département français est-il un outil obsolète ? Par Christophe Cauvy
[Le Figaro : 03 janvier 2006]

L'État, les Régions, les départements, les communes... La France souffre d'une pléthore d'échelons administratifs. Avec la double émergence des Régions et de l'Europe, notre administration ressemble de plus en plus à un mille-feuille difficile à gérer et à superviser. D'où cette question : et si l'on abandonnait le département ?
C'est en fait le maillon faible de notre système administratif. Le département est une entité artificielle. Lorsqu'il a été créé en 1790, cela répondait à une volonté égalitaire mais aussi de contrôle du territoire de la part d'une France révolutionnaire, d'où leur grand nombre et leur superficies similaires.

Leurs «noms de marque», très souvent ceux des cours d'eau qui les traversent, trahissent leur inadéquation et sont parfois d'une simplicité désarmante. Que le terme «Bouches-du-Rhône» puisse définir une partie de la Provence est déplacé : vous êtes marseillais, aixois ou provençal, mais surtout pas «bouche-rhônien».


Que dire de l'Ille-et-Vilaine ou du Lot-et-Garonne : y aurait-il un quelconque attachement émotionnel de la population locale a ces dénominations descriptives mais dénuées de bon sens ?

Coincé entre la commune, lieu géographique évident, et la Région, une mini-nation en puissance qui est capable de gérer des prérogatives qui devraient s'étendre, le département français possède rarement un bien-fondé historique et culturel. Ce fait de ne traduire ni une certaine façon de vivre ni un territoire cohérent démontre déjà l'illégitimité de l'échelon départemental.


Mais au-delà d'un manque de pertinence historique ou géographique, ce qui ne représente nullement un argument suffisant pour demander son démantèlement, la vraie question est : un département, à quoi ça sert ? Juste à maintenir des institutions qui participent à la parcellisation des responsabilités et des budgets ? Car, en effet, les prérogatives des départements pourraient facilement être redistribuées aux communes, et surtout aux Régions, qui en deviendraient plus fortes et plus autonomes.


Cela clarifierait la distinction entre responsabilités régionales et prérogatives d'ordre local. L'enchevêtrement actuel des responsabilités et la déperdition d'énergie que cela génère seraient contenus en abandonnant tout simplement le département, un échelon devenu de facto obsolète.


Abolir les départements serait une tâche immense et coûteuse, tant sur le plan financier que politique. Mais, sur le long terme, cela permettrait de rendre les Régions plus autonomes et plus responsables au niveau européen ; de simplifier la gestion administrative du territoire en le rendant plus efficace et surtout plus économique ; et enfin de créer une dynamique démocratique en clarifiant les liens existant entre citoyens et Régions.


Cette augmentation des pouvoirs pour les élus régionaux devrait s'accompagner d'une obligation de transparence et de maturité gestionnaire : dans le cas de dérapage, l'État doit être en mesure non seulement d'épingler les mauvais élèves, mais aussi de les pénaliser. Les chambres régionales des comptes devraient à ce titre voir leurs prérogatives, leurs budgets et leurs effectifs étendus de manière considérable. Afin de diminuer le gaspillage, c'est à l'État d'imposer une refonte du système administratif.


Une mise en route uniforme et générale de ce procédé pourrait avoir un effet déstabilisateur. C'est pourquoi un test «grandeur nature» pourrait être lancé en accord avec les Régions qui le souhaitent. L'Alsace, une province homogène sur le plan historique et géographique, pourrait facilement – ce qui est évidemment un euphémisme – abandonner ses départements et montrer l'exemple.


D'un autre coté, le débat sur la pertinence du département pourrait aussi relancer une discussion saine et réfléchie sur les Régions françaises. La critique qui prévaut pour l'homogénéité des départements vaut aussi pour nos Régions, par trop uniformes. Pourquoi ne pas prendre notre histoire comme référence ? Dans ce cas, les deux Normandies ne feraient qu'une. La Bretagne comprendrait Nantes et ses alentours. Les Régions seraient disparates, tant sur le plan démographique que géographique, une «grande» Normandie cohabiterait avec un Pays basque, de taille plus modeste.

Les Cassandre pourraient voir dans cette redistribution des pouvoirs la menace d'une résurgence du séparatisme régional, comme en Corse, en Bretagne ou au Pays basque. Au contraire, fournir sans discrimination à toutes les Régions françaises les moyens de mettre en place une politique décentralisée et de gérer un budget conséquent, sans l'intervention de l'échelon départemental, devrait renforcer les identités régionales sans être en porte-à-faux avec l'État, mais en partenariat avec lui.

Avec la modernisation de la France, et l'intégration Européenne en arrière-plan, la décentralisation de notre territoire nécessite un débat courageux et ouvert d'esprit.

lundi, janvier 02, 2006

Emeutes de banlieue : entendu à la radio

Entendu dans la bouche d'un entrepreneur (importateur de thé) d'origine chinoise arrivé en France en 1964 à l'âge de 8 ans :

> les immigrés ne doivent pas tenter d'imposer leur culture ; la préserver dans la mesure du possible, mais se plier sans rechigner aux moeurs du pays d'accueil si il y a conflit. C'est, je pense, une allusion transparente aux affaires de voile.

> la seule voie de salut pour les immigrés est le travail et encore plus de travail. Les immigrés, parce qu'ils arrivent avec des handicaps (langue, formation) ont non pas plus de droits mais plus d'obligation de travailler pour compenser ces handicaps. Visiblement, il n'avait pas l'air de considérer le chomage comme un handicap insurmontable : quand on a envie de travailler, on trouve toujours quelque chose à faire même si pas bien payé ; du moins, pensait-il.

> il est inadmissible que le gouvernement n'ait pas été plus sévère avec les émeutiers qui ne sont que des oisifs qui n'apportent rien à la société dans laquelle ils vivent.

Ca serait moi, Français "de souche", blanc genre solognot-beauceron qui aurait dit ça, j'en aurais entendu des "caricatural", "simpliste", "raciste", etc. Ce n'est peut-être pas anodin que ce soit dit par quelqu'un d'origine asiatique. Ou je me trompe fort, ou il n'y avait pas beaucoup de jaunes dans les émeutes.

On peut remarquer que cette "éthique du travail" (pas de protection sociale : travaille ou crève) est ce qui a permis à des millions d'immigrants de s'intégrer aux USA.

En tant que Français "de souche", blanc genre solognot-beauceron, je peux ajouter que le pays d'accueil a aussi des devoirs mais qui sont somme toute limités tout en étant fondamaux, c'est de garantir l'égalité des droits.

dimanche, janvier 01, 2006

Quand l'Europe parlait français (M. Fumaroli)



Marc Fumaroli a fait un choix : il a décidé que notre monde était trop barbare et qu'il convenait à un homme d'esprit de passer le plus de temps possible entre Montaigne et La Fontaine.

Il nous offre une galerie de portraits d'éminents Européens parlant et écrivant français, avec extraits de leurs écrits, dans ce XVIIIème siècle dont il porte la nostalgie.

Pour ceux qui seraient fatigués de la bêtise ambiante, si présente qu'on finit par ne plus la voir, vous pouvez lire le discours de Marc Fumroli sur l'érudition à la réception du prix Balzan.


Réception du prix Balzan

La vérité nue



FF

Ce film a eu de mauvaises critiques, qui relèvent à mon avis du snobisme. C'est un bon polar en milieu médiatique, bien qu'un peu long.

The constant gardener



FFFF

Très bon film avec des méchants bien méchants comme on les aime (vilaines firmes pharmaceutiques, vilains dictateurs bananiers, vilains services secrets) et des gentils très gentils (gentils noirs, gentil mari, gentille emmerdeuse gauchiste).

Ce qui sauve le film de la niaiserie altermondialiste, c'est le mari-veuf et la culture africaine. A voir.

Kirikou et les bêtes sauvages



FF

Moins bon que le premier mais sympa quand même.

De l'eau au moulin des révisionnistes ?

Les révisionnistes ont toujours intérêt à considérer le procès de Nuremberg comme une mascarade. L'utilisation des propos churchilliens suivants, convenablement manipulés et sortis de leur contexte les aidera.

Les autres y trouveront un intérêt historique et constateront que tout n'est jamais noir ou blanc, mais plutôt gris clair ou gris foncé.

Churchill envisageait d'exécuter Hitler sur la chaise électrique
AFP 01.01.06 | 14h23

Winston Churchill, Premier ministre britannique de 1940 à 45, envisageait d'exécuter Hitler sur la chaise électrique, sans procès, et d'exécuter sommairement les dirigeants nazis une fois qu'ils seraient capturés, apprend-on dans des documents d'archives publiés dimanche.

"Réfléchissez que si Hitler tombe entre nos mains, nous le mettrons très certainement à mort", déclarait Churchill lors d'une réunion du cabinet en décembre 1942, selon des notes prises par le secrétaire-adjoint du cabinet, Sir Norman Brook.

La pendaison était le moyen utilisé en Grande-Bretagne pour la peine capitale, mais Churchill semblait préférer la chaise électrique, envisageant même, peut-être avec ironie, d'en importer une des Etats-Unis.

"L'instrument, la chaise électrique, pour des gangsters, on peut sans doute l'obtenir dans le cadre du Lease Lend", l'accord par lequel les Américains livraient des armes aux Britanniques, avait dit Churchill, cité par Sir Norman.

En avril 1945, la fin de la guerre approchant, le cabinet se penchait sur la question de savoir si Hitler et les principaux dirigeants nazis devaient être jugés ou exécutés sans procès.

"Je suis d'accord qu'un procès serait une farce", estimait Churchill. "Toutes sortes de complications apparaissent dès que vous admettez un procès équitable", ajoutait-il, estimant toutefois qu'il fallait trouver un accord sur ce point avec les Alliés.

Il faut "exécuter les principaux criminels comme des hors la loi, si aucun Allié ne les veut", dit-il encore.

Il apparaît rapidement que les Américains, comme les Soviétiques veulent que les dirigeants nazis soient jugés.

Vaincu militairement, Hitler s'est suicidé le 30 avril 1945 dans son bunker, avec sa maîtresse Eva Braun et une dizaine de ses compagnons. Une vingtaine de dirigeants nazis ont été jugés entre novembre 1945 et octobre 1946 pour crimes contre l'humanité à Nuremberg en Allemagne.

Datant de 1942 à 45, ces documents conservés aux archives de Kew, dans l'ouest de Londres, sont les premières minutes détaillées de discussions des cabinets gouvernementaux britanniques à être publiées. Ils peuvent être consultés sur le site National Archives