mardi, février 28, 2006
Les dinosaures à Kyoto (3)
Je vous en ferai une critique complète ultérieurement.
Comme seule la partie argumentative et documentée m'intéresse, j'ai commencé par la fin. Je ne suis pas surpris de retrouver (mais avec des chiffres cette fois, pour les amateurs !) les idées dont je vous ai fait part.
1) Y a-t-il un réchauffement climatique ? Oui, depuis 1890, mais plus les données sont fiables, moins le réchauffement mesuré est important.
2) Est-il du à l'homme ? Peut-être, mais on ne sait pas vraiment, car on ne connaît pas le mécanisme. Par exemple, le taux de CO2 augmente régulièrement sur la période considérée (depuis 1890), cela soulève deux problèmes si on regarde l'enchaînement diffusé dans le public
homme => CO2 => effet de serre => réchauffement :
> l'activité industrielle de la fin du XIXème siécle, plus faible qu'aujourd'hui, peine à expliquer l'augmentation du Co2
> la température a baissé ou est restée stable entre 1940 et 1970 alors que le taux de CO2 continuait à augmenter
3) Que faire ? Continuer à chercher car, ignorants du mécanisme, nous le sommes encore plus des conséquences.
Crichton propose une sorte de moratoire de dix ans sur les mesures couteuses, dix années pendant lesquelles on mettrait à l'épreuve les prédictions des climatologues avant d'engager des crédits.
Je vais même plus loin : l'ONU pourrait proposer qu'au 31 décembre 2008 soient déposées les projections de prévisions climatiques pour 2009-2014 avec un prix élevé (1 Md $ ?) pour le labo qui aura fait la meilleure prédiction. Résultat en 2014. Ce délai n'est rien à l'échelle des phénomènes en cause et permttrait de décider de manière plus éclairée.
Si les climatologues sont sérieux, ils ne peuvent refuser ce défi.
Enfin, Crichton fait deux remarques qui méritent réflexion :
1) un parallèle avec l'eugénisme. L'eugénisme en son temps était largement admis, ou au moins toléré, par la communauté scientifique, c'était l'opinion majoritaire, les opposants étaient mal considérés par le monde universitaire et disposaient de peu de crédits, des organismes importants s'y intéressaient, le grand public en connaissait les idées et les politiques appelaient à prendre des mesures en conséquence ou les ont prises. Nous avons préféré oublier. Science et politique ne font pas bon ménage. Comparaison n'est pas raison, mais ça devrait inciter à une certaine modération.
2) Les opposants scientifiques à la théorie du réchauffement climatique fait de main d'homme sont surtout des retraités, ce qui peut s'interpréter de deux façons :
a) Seuls les vieux gateux n'y croient pas
b) Le sujet est tellement tabou que seuls les retraités, à l'abri de se voir couper les crédits pour cause d'hérésie, peuvent s'exprimer librement. L'histoire des sciences montre assez que les savants ne sont pas plus que les autres hommes à l'abri des phénomènes de conformisme et d'adhésion à l'esprit de groupe.
Suite avec la critique complète.
lundi, février 27, 2006
Pétitionnons de principe
> l'Etat dépense plus intelligemment son argent que les particuliers
> l'Etat doit veiller à ce que chacun reçoive ce qui lui est du.
> La dépense est profitabe et l'épargne mauvaise
Bastiat signale que le summum de la pétition de principe consiste à le faire tenir dans le vocabulaire, dans un seul mot, pour qu'on n'en voit pas l'absurdité, il cite deux exemples :
> tributaire. Un pays importateur est tributaire de ses importations. La pétition de principe est que l'importation n'est pas souhaitable, qu'elle traduit une situation d'infériorité, de dépendance.
Mais c'est oublier que l'importation est un échange. Qui est le plus dépendant : l'occident du pétrole saoudien ou l'Arabie saoudite de l'argent occidental ?
> nous sommes envahis de produits étrangers. Quel rapport entre des vaisseaux déversant le fer et le feu et des vaisseaux déversant des biens bon marché qui feront le bonheur des consommateurs qui courront les acheter ?
D'ailleurs, Bastiat récuse avec drôlerie toute les métaphores guerrières.
Je rappelle pour mémoire que Bastiat a démontré dans deux pages des Sophismes Economiques que tous les pays vous entourant élèveraient-ils des barrières douanières à votre commerce, vous auriez quand même intérêt à abaisser vos barrières douanières de façon unilatérale.
Ca se termine par cette phrase à faire tomber en syncope un militant d'ATTAC : Je dis, et le pense très sincèrement [et le prouve], que, si deux pays se trouvent dans des conditions de production inégales, c'est le moins favorisé de la nature qui a le plus à gagner à la liberté des échanges.
Il existe des pétitions de principe modernes :
> Le départ à la retraite des vieux libére des places pour les jeunes. Pourquoi les retraités seraient-ilsautomatiquement remplacés ? Le fait qu'il y aura de plus en plus d'oisifs à subventionner penche au contraire vers l'augmentation de la productivité et donc moins d'emplois.
> L'ultra-libéralisme. Pourquoi le libéralisme serait-il forcément outrancier ?
> La protection sociale. Où est-il prouvé que distribuer à certains de l'argent pris à d'autres protège et en quoi est-ce social ?
> mais le sommet actuel, le chef-d'oeuvre de la pétition de principe, qu'on n'est pas surpris de voir dans la bouche des illusionistes chiraquiens, c'est le merveilleux, l'admirable patriotisme économique. En deux mots, nous avons, tenez vous bien, les pétitions de principe suivantes :
>> le patriotisme peut être délimité.
A quand le patriotisme sociologique ? Le patriotisme médical ? Le patriotisme mathématique ?
>> la nationalité est un critère pertinent dans le champ économique.
Juste pour rigoler : c'est quoi la nationalité d'Arcelor ?
>> L'Etat a vocation à intervenir dans l'économie en fonction d'intérêts nationaux et cette intervention est bénéfique.
Sans commentaires, pour ceux qui ont de la mémoire
>> Avoir des entreprises étrangères en France est mauvais ; avoir des entreprises françaises à l'étranger est bon. (comme disent les Taïwanais de Thomson, comme disent les Français d'Ikea).
Ca sent le gaz : que d'hypocrisie !
A mes yeux, c'est une très bonne chose, cependant :
> j'aurais préféré une vraie opération de marché à un Mecanno gouvernemental (T. Breton vient d'affirmer que c'est GDF qui prend Suez, marrant ! Si c'était vrai, ça voudrait dire que les actionnaires de Suez (CA 40 Md €) seraient spoliés par les actionnaires de GDF (20 Md €), vous allez me dire "Aucun gouvernement français n'a jamais eu peur de spolier les épargnants"...)
> le "patriotisme économique" est une stupidité économique (relire d'urgence Bastiat) : les Britanniques y opposent plus finement l'effet Wimbledon "Nous avons un excellent tournoi mais les joueurs viennent d'ailleurs."
> reste le problème "social" comme on dit en novlangue (je traduis pour ceux qui parlent encore français : que faire des privilèges extorqués au contribuable-cotisant retraites-consommateur par les agents de GDF du temps qu'ils étaient en situation de monopole ?)
dimanche, février 26, 2006
Analyse des barbares
Fichier : Halimi.pdf
Les dinosaures à Kyoto (2)
Ma réflexion s'articule autour de deux points :
> le climat est très complexe à modéliser et on peut faire dire, le pire étant quand c'est inconscient, ce qu'on veut à un modèle qu'on a du mal à recaler (je le sais, j'en ai fait), même pour des choses plus simples que le climat.
Par exemple, on me dit : la montée des eaux va amplifier l'évaporation, peut-être, mais est ce que ça ne va pas augmenter la capacité d'absorption du Co2 de l'océan et l'albedo global ? Je n'en sais fichtre rien.
Je suis conscient que les modèles nous prédisent des catastrophes mais voilà : je ne les crois pas fiables.
Si un astronome me disait qu'une comète va percuter la terre dans vingt ans, je serais tenté de le croire, car on maîtrise relativement bien les trajectoires des corps célestes, on a découvert des planètes avant de les voir en analysant les aberrations de trajectoires d'autres planètes. Où et quand la climatologie a-t-elle prouvé un tel degré de connaissance ?
On n'est pas capable de donner une météo fiable à15 jours et on serait capable de prévoir le climat dans 100 ans ? Alors que des deux problèmes, le deuxième est peut-être le plus complexe et qu'il ne mobilise pas autant de moyens que le premier ?
> or, les décisions prises suite à ces modèles et ces projections sont extrêmement couteuses, cet argent ne serait il pas mieux utilisé ailleurs (lutte contre le SIDA, éducation, etc.)
Je disais que, dans un cas aussi incertain, il vaut mieux réagir qu'anticiper, ou, si vous préférez, anticiper plus tardivement plutôt que de prendre des décisions hatives.
J'avais oublié un point, c'est : "Messieurs les savants, continuez à travailler et à raffiner notre savoir, perfectionnez vos modèles."
Je me suis souvenu (mieux vaut tard que jamais) que sur ce sujet j'avais déjà publié un article :
La relative absence d'importance d'empêcher le réchauffement global (B. Lomborg)
Enfin, dans la pile de Herald Tribune en retard, j'ai trouvé cet article sur le fait que les dirigeants chrétiens évangéliques tournent écolos. Il ne pouvait mieux tomber puisqu'il recoupe exactement mon propos (oui, oui, je sais encore un argument d'autorité) :
(Vous trouverez au lien suivant l'article de RH Nelson sur environnementalisme et théologie cité par J. Tierney : ENVIRONMENTAL RELIGION: A THEOLOGICAL CRITIQUE)
And on the Eighth Day, God Went Green By JOHN TIERNEY (NYT)
816 wordsPublished: February 11, 2006
And on the eighth day, God said, Let there be a thermostat for the heavens and the earth, and God saw that it was good. And God said, Let no man adjust it more than 2 degrees Fahrenheit, or 1 degree Celsius, until the end of time.
Now that evangelical Christians have joined the battle against global warming, we may as well acknowledge that America has one truly national religion: environmentalism.
Its tenets, already taken for granted in the blue states, were embraced this week by the Christian leaders who formed the Evangelical Climate Initiative. They haven't yet rewritten Genesis, but their advertising campaign warns of ''millions of deaths'' from biblical scourges -- floods, droughts, pestilence -- unless humans make a ''sacred commitment'' to stop global warming.
It may look odd for evangelicals to be taking up Hollywood's most fashionable cause, but the alliance makes perfect sense. Environmentalism has always fundamentally been a religion -- ''Calvinism minus God,'' in the words of Robert Nelson, a professor of environmental policy at the University of Maryland. He calls the global warming debate the latest example of environmentalist creationism.
The Puritans and other Calvinists believed that God was revealed not just in Scripture but also in the ''Book of Nature.'' To them, the wilderness was an unchanged record of God's handiwork at ''the Creation,'' offering a glimpse of the world before man's pride and sinfulness alienated him from nature and caused him to be expelled from Eden.
Environmentalists have had similar notions, starting with John Muir, who considered nature ''a mirror reflecting the Creator.'' Al Gore urged the ''moral courage'' to secure ''our place within creation.'' When Bruce Babbitt was secretary of the interior, he called plants and animals ''a direct reflector of divinity,'' and he warned Americans not to ''recklessly destroy the patterns of creation.''
There is one large problem with this version of creationism. The world we see was not created in a week, and it has looked a lot different in the past.
The forests that seemed divine to the Puritans and to Muir and Babbitt were not present at the Creation. They were merely the latest adaptation to changing climatic conditions and competition with other species, including humans -- Indians had been managing the forests by cutting trees and setting fires. There is no such thing as a ''natural'' forest in America, Nelson writes, unless you reject creationism and define nature as ''the Darwinian vision of unremitting struggle for survival.''
Darwin's Book of Nature isn't as morally satisfying as Calvin's, at least not for those who enjoy berating Americans for their sinful desires to cut down trees and burn fossil fuels. But it does make for a clearer way to think about global warming. Instead of assuming that humans will be punished for tinkering with God's handiwork, you can consider the best strategy for our species' survival.
That means rejecting the assumption that we must immediately start atoning for our excesses. Solutions like the Kyoto treaty amount to expensive hair shirts that appeal to penitents but not necessarily to economists. Even economists who support the Kyoto treaty acknowledge that it will make only a small difference far in the future while imposing serious costs today.
And those costs seem too high to other economists, like the four Nobel laureates and their colleagues who met in Copenhagen in 2004 to study proposals to help the world's poor. The Copenhagen Consensus, as they called it, was that programs to slow global warming are one of the worst investments -- far less worthwhile than programs to immediately combat disease and improve drinking water and sanitation.
Saving lives now makes more sense than spending large sums to avert biblical punishments that may never come. Scientists agree that the planet seems to be warming, but their models are so crude that they're unsure about how much it will heat up or how much damage will be done. There's a chance the warming could be mild enough to produce net benefits.
For now, the best strategy is to refine the forecasts and look for the cheapest and least painful ways to counteract global warming, including heretical ideas like geo-engineering schemes to cool the planet by blocking sunlight. It's hard today to imagine how that would be done -- or how environmentalists would ever allow something so ''unnatural.'' But maybe they could be convinced that we're just resetting God's thermostat back to the eighth day of Creation.
samedi, février 25, 2006
Une leçon de Japonais ?
LE MONDE 25.02.06 12h55 • Mis à jour le 25.02.06 12h55
Encore un pays qui obtient le but que la France s'avère incapable d'atteindre, voire juge inatteignable : une forte croissance, le plein-emploi, une insertion réussie dans la mondialisation, sans pour autant tout adopter du modèle libéral à l'américaine. Le Japon a trouvé la martingale. Sa croissance a été de 2,8 % l'an passé, le double de la France, son taux de chômage est de 4,6 %, les grandes entreprises bâtissent de nouvelles usines au Japon malgré les coûts, la confiance de la population est au plus haut.
La transformation est surprenante. Il y a encore trois ans, le Japon semblait épuisé, trop vieux dans un monde asiatique en plein boom, son système bancaire plombé par des dettes, l'économie plongée dans une destructrice déflation, la classe politique, archaïque, poursuivie par une série sans fin de scandales. Les financiers de Wall Street le condamnaient avec la méchanceté de la proie survivante par une blague : "Quelle est la différence entre le Japon et l'Argentine ? Deux ans."
Que s'est-il passé ? Une révolution incrémentale, dit-on à Tokyo. Tout du modèle a été modifié, mais sans que les principes le soient. Le pays s'est donné du temps, dix ans, quinze ans, mais il sort solidement rénové de sa crise.
Début des années 1990, l'économie nippone, si flamboyante dans les décennies précédentes au point de menacer la suprématie américaine, s'écroule. Trop forte de ses succès, elle a plongé dans la spéculation immobilière et boursière, dans l'excès des capacités industrielles, des dettes, des effectifs.
La sortie ne vient "aucunement de l'Etat" et d'une relance keynésienne, disent, unanimes, les économistes tokyoïtes [ça mérite d'être précisé puisque certains en France pensent encore que la relance keynésienne existe. Certes, elle existe, comme les OVNIs, seulement dans la tête de ceux qui y croient]. Non que les gouvernements n'aient pas essayé : les financements par le déficit ne manquent pas au début des années 1990, pour qui des routes, qui des quartiers neufs, qui des hôtels de ville somptueux. Ces dépenses n'ont pour effet que de porter la dette à 160 % du PIB, record absolu des pays développés. Le gouvernement Koizumi a arrêté cette politique inefficace en 2001.
La source du renouveau vient entièrement du secteur privé. Les grandes firmes, à l'image de Toyota ou de Nissan, sauvée par Renault, s'engagent dans une stratégie double : pousser la recherche-développement pour faire passer le Japon du statut de copieur à celui d'inventeur, et abaisser franchement leurs coûts. Le modèle industriel intégré est abandonné au profit de la sous-traitance et de la concurrence. Quant aux effectifs, les entreprises ne touchent pas à l'emploi à vie des salariés à temps plein, syndiqués, mais les CDD et autres précaires passent à 43 % des effectifs globaux (pour les sociétés cotées en Bourse). Les salariés "flexibles" touchent en moyenne la moitié de ce que gagnent les salariés "normaux". Résultat : "Les coûts baissent de 30 % à 35 %", selon Jasper Koll, économiste de Merrill Lynch. On peut contester cette forme duale de l'emploi, mais elle est efficace : les profits des entreprises remontent, elles remboursent leurs dettes, regagnent une forte compétitivité. Aujourd'hui que la reprise est confirmée, l'emploi en CDI remplace progressivement les CDD.
Parallèlement, le capitalisme nippon fait sauter l'intégration banque-industrie (43 % des entreprises cotées avaient un actionnariat croisé, avec une part des étrangers limitée à 6 %), introduit de nouvelles règles comptables, révise sa "corporate gouvernance", durcit les lois antitrust, crée des fonds de gestion et accepte les OPA, même agressives. Des restructurations s'engagent : les firmes pétrolières passe de 14 à 4, les papetières de 14 à 3, les banques de 15 à 3.
Le scandale du portail Internet japonais Livedoor donne l'impression d'une chute dans un libéralisme financier et magouilleur "à la Enron". C'est en réalité une exception dans un Japon qui a introduit les méthodes américaines pour ce qu'elles avaient d'utile dans l'exigence de transparence et de mise au jour des problèmes, alors les Japonais ont tendance à les cacher. Mais, comme le décrit l'économiste français Robert Boyer, le Japon n'a fait, selon sa tradition historique, qu'hybrider à nouveau son système. De l'art subtil du "à prendre et à laisser"...
Mais la vraie source du succès nippon vient de son insertion dans l'Asie en mouvement. Menacé directement par la Chine et les autres pays à bas coût de main-d'oeuvre, le Japon a commencé à délocaliser massivement dans les années 1980. Puis il s'est ravisé, et on observe aujourd'hui un rapatriement. La Chine pillant sans vergogne, les firmes nippones ont compris qu'il était de leur intérêt de conserver au Japon toutes les fabrications stratégiques. De même pour ce qu'elles nomment les "productions coeurs", les lecteurs laser pour Sharp ou les moteurs pointus pour Toyota, même si le coût en est un peu rehaussé. De sorte que les grands groupes nippons organisent leurs usines sur le schéma d'un "réseau asiatique" : la recherche, le design et les composants essentiels au Japon, les pièces en Thaïlande ou en Indonésie et le montage final en Chine, le Japon conservant l'architecture d'ensemble bien serrée dans ses mains.
La dette, le vieillissement, les inégalités ? Les réformes ne sont pas finies, rien n'est jamais fini, n'oubliez pas le kaizen, le mouvement perpétuel. Le Japon est optimiste. Le Japon a réussi.
Éric Le Boucher
Article paru dans l'édition du 26.02.06
Les dinosaures à Kyoto
J'avoue à la relecture que j'ai un peu embrouillé les chiffres, parce que, effectivement, je prends la différence par rapportaux objectifs.
Prenons les rapports de l'ONU sur la période 1990-2002 (GHG = Green House Gas : gaz à effet de serre) :
GHG/hab GHG/PNB
France -7 % -20.8 %
Allemagne -21.7 % -34 .2 %
USA -1.6 % -20.2 %
De plus, la France et l'Allemagne partent d'un niveau nettement plus bas.
Bref, vous connaissez le proverbe "Il y a les mensonges, les gros mensonges et les statistiques".
Je vous présente mes excuses pour cette erreur qui voulait illustrer un point pour lequel je n'ai au fond besoin d'aucun chiffre, à savoir que le réchauffement climatique est un faux problème et qu'il n'y a pas besoin de mesures gouvernementales.
Je suis tombé dans le panneau que je reproche à d'autres, le fétichisme des chiffres : croire que les chiffres sont plus vrais, qu'ils prouvent plus, que les raisonnements, alors qu'un chiffre ne prouve rien sans la logique qui va derrière.
Examinons sans chiffres ces histoires de réchauffement climatique, qui, à mes yeux, reposent sur un enchainement de pétitions de principe (1), c'est-à-dire sur rien :
a) Le climat se réchauffe
b) La cause de ce réchauffement est l'activité humaine
c) le réchauffement climatique est dangereux (pour qui ? Pour la nature telle qu'on la connaît ? Pour l'homme ?). Il faut agir.
Admettons le a), encore qu'il faudrait prouver que l'augmentation de température constatée depuis quelques années est une tendance longue et non un effet passager de la variabilité naturelle.
S'agissant du b), on entre en pleine rigolade.
En effet, si il y a bien une chose dont nous sommes sûrs à propos du climat, c'est d'ailleurs notre seule certitude, c'est que le climat est très complexe à modéliser et fortement non linéaire ; autrement dit, l'oubli ou la mauvaise évaluation d'un des paramètres (par exemple la capacité d'absorbtion de CO2 des océans) peuvent changer résultats, interprétations et projections du tout au tout.
Enfin, en admettant a) et b), il reste la question fondamentale : pourquoi le réchauffement climatique serait-il mauvais ? Cette question a-t-elle même un sens ?
Depuis la naissance de la terre, puis de l'apparition de l'homme, la nature et l'homme n'ont cessé d'évoluer, pourquoi faudrait-il figer la situation de 2006 ? Sommes nous si savants que nous pouvons prévoir totalement les conséquences d'un réchauffement ? Evidemment non, nous ne pouvons prévoir que ce à quoi nous songeons, c'est-à-dire une prolongation des tendances actuelles, mais il nous est impossible de prévoir une rupture.
Tout ce qu'on peut dire, c'est que quand le climat change, la vie des hommes change, pour certains en bien, pour d'autres en mal. Belle découverte !
Et si les dinosaures avaient décidé qu'ils avaient intérêt à figer l'évolution de la terre ?
Que faire sur cette question climatique ? Réagir. Non pas anticiper, car on risque de faire des choses extrêmement couteuses (et l'argent utilisé là manque ailleurs) fondées sur de fausses anticipations, mais attendre les éventuelles conséquences et s'adapter.
Avez vous la tentation de me traiter d'irresponsable ? Tournez bien sept fois votre doigt sur le clavier avant, et considérez l'alternative suivante :
Est il plus responsable :
> de dépenser des milliards de dollars pour empêcher un phénomène dont les mécanismes, les conséquences et la nature bénéfique ou maléfique de ces conséquences sont inconnus ?
> d'attendre que les hypothétiques conséquences en question se manifestent pour décider comment agir ?
(1) : pétition de principe : tenir pour vraies des choses infondées ou qui demandent à être vérifiées, Hayek en recensaient quelques-uns :
> l'Etat dépense mieux son argent qu'un particulier
> l'Etat doit redistribuer les revenus
Bastiat signale que le summum de la pétition de principe consiste à le faire tenir dans le vocabulaire, dans un seul mot, pour qu'on n'en voit pas l'absurdité, il cite deux exemples :
> tributaire. Un pays importateur est tributaire de ses importations.
La pétition de principe est que l'importation n'est pas souhaitable, qu'elle traduit une situation d'infériorité, de dépendance. Mais c'est oublier que l'importation est un échange. Qui est le plus dépendant : l'occident du pétrole saoudien ou l'Arabie saoudite de l'argent occidental ?
> nous sommes envahis de produits étrangers. Quel rapport entre des vaisseaux déversant le fer et le feu et des vaisseaux déversant des biens bon marché qui feront le bonheur des consommateurs qui voudront bien les acheter ?
Il existe des pétitions de principe modernes :
> L'ultra-libéralisme. Pourquoi le libéralisme serait-il forcément outrancier ?
> La protection sociale. Où est-il prouvé que distribuer à certains de l'argent pris à d'autres protège et en quoi est-ce social ?
vendredi, février 24, 2006
Libéralisme (P. Salin) (2)
L'immigration
> ouverture totale des frontières à l'immigration (liberté des individus)
> protection sociale (santé, retraite, chomage) par assurance individuelle. Donc une mauvaise incitation à l'immigration (profiter de la protection sociale financée par les autres) disparaît.
> liberté totale des employeurs et des bailleurs de choisir leurs employés et leurs locataires (suppression des lois anti-discrimination : on peut porter à titre personnel un jugement négatif contre le racisme et l'immigration, mais l'Etat et la loi n'ont pas à s'immiscer dans ses questions qui relèvent du délit d'opinion, seule est condamnable la violence)
Pour Salin, les problèmes d'immigration vienne d'une mauvaise répartition des responsabilités : la protection sociale est collectiviste alors qu'elle devrait être individuelle, d'où des effets "pervers", notamment en matière d'immigration, qui ne sont, dans l'optique libérale, que des effets normaux de l'adaptation des hommes aux circonstances.
Je suis d'autant plus en accord avec Salin sur ce point que deux constations viennent le renforcer :
> c'est exactement le système qui a été pratiqué aux USA au 19ème siècle et personne ne peut nier que l'intégration des immigrés se soit faite, et dans des proportions bien plus considérables qu'en France. Bien sûr, ce système a des inconvénients, mais, à moins de refuser de penser et de réfléchir (ce dont je soupçonne certains anti-libéraux, qui réagissent comme si l'intention prétendument altruiste -mais tout le monde peut se dire altruiste- suffisait à garantir le résultat), il faut bien constater que tous les systèmes, même et surtout ceux qui se disent les plus généreux, ont des inconvénients, il s'agit donc de peser le pour et le contre et de choisir.
> la combinaison d'un système social collectiviste et d'une immigration dite "de peuplement" (c'est-à-dire pour appeler un chat un chat : de gens qui ne sont pas venus pour travailler mais pour profiter des diverses prestations dites sociales) conduit à des résultats dévastateurs en France qu'on peut constater tous les jours. Pour ne prendre qu'un exemple : je connais (vaguement) un jeune Français d'origine marocaine, qui n'est dans sa tête ni français (le genre "Je hais la France") ni marocain (il est dépaysé au Maroc) ; il est au RMI, il ne cherche pas de travail, n'a pas l'intention d'en chercher, il vit chez ses parents, il fait quelques petits boulots au noir une fois tous les six mois et traficouille à droite à gauche le reste du temps. Je ne vois pas bien quel avenir il peut avoir. Et je pense qu'il en est là en grande partie parce que les autres, sous le concept vague de "la collectivité", ont toujours payé pour lui (les allocs, l'école gratuite, le RMI). A quelle étape de son éducation notre société lui a-t-elle signifié concrètement "Tu gagneras ta vie à la sueur de ton front" ? Jamais. Il est un assisté, et ce n'est pas généreux, c'est dégradant.
La relance par l'épargne
Pascal Salin considère, et si vous connaissez mon blog, la rengaine vous est connue, que la relance de la consommation est de la foutaise démagogique. Par contre, la relance par l'épargne (cesser de taxer outrageusement l'épargne) est efficace, à condition que cette épargne s'investisse dans la création de richesses et non dans de stériles bons du trésor, car c'est l'investissement, et non la consommation, qui prépare l'avenir. Mais pour cela, il faudrait que l'Etat se serre la ceinture, autre rengaine connue.
Mais Salin raisonne très peu en macro-économie puisqu'il estime que ça n'a pas de sens, son argumentation pour la relance par l'épargne s'appuie sur deux points :
> la responsabilité est individuelle, l'argent dépensé par un organe où il n'y a pas de propriétaire humain, individuel, en l'occurrence l'Etat, est de l'argent dépensé de manière irresponsable.
> au contraire, l'épargnant est fortement motivé pour gérer son argent de manière responsable.
Donc, il faut préférer l'épargne à l'impot, même redistribué.
La spéculation et les fonds de pension
Salin ne condamne pas la spéculation, puisqu'il considère que spéculer est dans la nature humaine (presque chaque transaction est le résultat d'une spéculation : vous vendez qq chose en espérant en tirer plus que ce qu'il vous a couté), donc il ne condamne pas la spéculation financière.
Cependant, il a une analyse du rôle des fonds de pension intéressante : il considère que, dans beaucoup de cas, les responsabilités y sont mal définies, les épargnants sont connus, mais ils ne sont pas réellement propriétaires au sens où peuvent l'être des propriétaires d'une compagnie d'assurance par exemple. Les managers de ces fonds ont donc les mains libres pour se laisser aller au court-termisme, puiqu'ils ne sont pas vraiment des propriétaires voulant faire fructifier leur bien sur le long terme et qu'ils ne sont pas controlés par de vrais propriétaires. C'est un exemple non étatique où une définition floue du duo propriété-responsabilité conduit à de mauvais effets.
Implicitement, il préfère une définition claire : une compagnie d'assurances avec des propriétaires bien définis et des assurés-retraites traités comme tous les assurés, plutôt que la structure batarde, qui ressemble à celle d'une association, de certains fonds de pension.
Nota : ce qui fait la différence entre une association et une société, c'est que l'association n'a pas de propriétaires. Comme il n'y a pas de titres de propriété pour définir les apports de chacun, chacun doit apporter la même chose que les autres, c'est pourquoi le législateur, pour une fois sage (mais c'était en 1901, à l'époque, on ne faisait pas des lois uniquement pour plaire au public du 20 h suivant la dernière émotion ou la dernière mode), oblige à ce que la cotisation soit la même pour tous les membres.
Une réflexion influencée par Montaigne et La Boétie
Je suis imperméable à l'esprit de système. C'est ce qui m'intéresse dans l'approche libérale : on pose quelques principes, puis ensuite les hommes s'en débrouillent, il n'y a pas besoin d'avoir réponse à tout, un avis sur tout. Ceci étant, il y a hic : le libéral considère que la liberté est souhaitable pour des questions de principes (c'est la liberté qui permet aux hommes d'interagir de manière à ce que le tout soit supérieur à l'ensemble des parties), indépendamment des désirs des hommes.
Mais il se trouve que si la liberté n'est pas désirée, ce qui est de plus en plus le cas en France (1), le mécanisme de l'éthique de responsabilité qui va avec peut se détraquer en une sorte de dédoublement, où l'on admet sa responsabilité tout en la niant, les exemples sont légion : le juge Burgaud, les protagonistes du sang contaminé, les nonistes du 29 mai, etc.
Il n'empêche : le libéralisme est un humanisme, peut-être le seul.
(1) je suis en train de lire Gérard Mermet, l'auteur des Francoscopies, qui passe en revue l'état de l'opinion française et il a des mots absolument terribles : pour lui, une partie des Français fuit le monde tel qu'il est, donc la liberté et la responsabilité, au profit du fantasme politique ("un autre monde"), du repli sur la famille et de l'importance croissante donnée aux loisirs. Et surtout, en corollaire à tout cela, pour répondre à ceux qui ne verraient dans cette orientation que des choix légitimes, il constate que le niveau d'exigence morale des Français est un des plus bas d'Europe (Par exemple, à la question "A-t-on toujours tort de frauder l'assurance-chomage ?", les Français répondent oui à 69 % alors que les Danois sont autour de 90 % -je n'ai pas le chiffre sous la main). Mermet fait clairement le lien entre attente de l'Etat (refus de la liberté individuelle, priorité aux solutions collectives) et sens moral bas (faible sens des responsabilités).
J'avoue que j'ai été surpris, bêtement, que Mermet parle d'exigence morale et de sens des responsabilités : je le prenais plutôt pour un type de gauche, ce qu'il est d'ailleurs peut-être, et ces dernières années, la gauche nous a tellement habitué à parler de responsablité collective (expression vide de sens à mes yeux) que ça en devient surprenant de lire un présumé gauchiste évoquant la responsabilité (nécessairement individuelle à mon avis).
mercredi, février 22, 2006
Libéralisme (P. Salin)

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Je saisis l'occasion de la critique de ce livre excellent pour faire une synthèse de ce qu'est le libéralisme à mes yeux (et à ceux de Pascal Salin, nos conceptions voisinant, ce dernier étant bien plus compétent que moi). J'en ai plus que soupé d'un certain anti-libéralisme idiot, qui ne se donne même pas la peine de se renseigner et de réfléchir.
Il est donc temps de remettre les choses en perspective. C'est un peu long, mais ça en vaut la peine.
Le libéralisme est avant une morale, une façon de voir l'homme et la vie en société. Pour bien le comprendre, il faut d'abord saisir la différence entre les constructivistes et les libéraux.
Constructivistes et libéraux
Les constructivistes, qui peuvent être de droite ou de gauche, pensent qu'on peut comprendre la société, en prédire l'évolution et la façonner. Les libéraux pensent que les interactions d'hommes libres donneront des résultats toujours plus riches que tout ce qui pourrait sortir du cerveau planificateur d'un technocrate.
Le libéral considère que vouloir diriger la société dans un sens ou dans l'autre est à la fois illégitime et vain. Pour lui, ce qu'on appelle des "effets pervers" (par exemple, la contribution Delalande qui, en augmentant le coût du licenciement des plus de 50 ans, fait qu'on en n'embauche plus) sont en réalité des "effets normaux" : les hommes s'adaptent aux législations qu'on essaie de leur imposer d'en haut et aboutissent à un résultat différent du but fixé techniquement, de façon scientiste.
Autre exemple d'effet "pervers" qui est en fait tout ce qu'il y a de plus normal : la protection des locataires qui fait que pour louer un appartement on doit fournir un vrai bottin de paperasserie.
Suivant la distinction de Hayek, un libéral gouverne selon les principes, un constructiviste suivant les directions. Un constructiviste dira : "Il faut faire telle et telle chose pour arriver à tel résultat." Le discours d'un libéral sera à peu près "Il faut prendre telle et telle mesure pour être en accord avec nos principes, mais je ne peux pas vous en prédire le résultat ; la seule chose que je peux vous dire, c'est que nos principes sont conformes à la nature humaine." Attention, il y a de faux libéraux, les utilitaristes, qui prennent le libéralisme comme un livre de recettes, mais qui restent des constructivistes.
Les constructivistes raisonnent par grandes masses, par agrégats humains (le pays, l'Etat, le commerce extérieur, le PIB, etc.) seuls moyens de tenter d'appréhender la société. Pour les libéraux, cette tentative de modélisation de la société est vaine, présomptueuse et méprisante pour les grandes resssources d'initiative et d'invention des hommes, et les agrégats sont, au mieux, des erreurs, au pire, des leurres dissimulant des intérêts individuels ; ce qui a fait dire à Bastiat que "l'Etat est une fiction à travers laquelle chacun essaie de profiter de tous". Pascal Salin parle rarement de "l'Etat" mais plus souvent "des hommes de l'Etat".
Pour un libéral, des choses aussi abstraites que l'intéret général, les biens publics, les externalités, la concurrence pure et parfaite n'existent pas et dissimulent des intérêts bien humains.
Par exemple, il est assez aisé aujourd'hui de voir que la prétendue défense du service public est le masque de la sauvegarde par les fonctionnaires, au détriment des contribuables, d'avantages acquis grâce à la capacité de contrainte étatique, qui peut forcer les hommes à payer pour des choses dont ils n'ont ni besoin ni envie.
L'Etat, c'est tout simplement la concrétisation de la violence et de la contrainte dans la société, comme l'avait très bien vu La Boétie dès 1550 dans Le discours de la servitude volontaire.
Pour un libéral conséquent l'Etat est l'ennemi, à une nuance près, où je me détache de P. Salin : le droit, il faut bien quelqu'un pour le faire respecter et finalement, ça ne peut être qu'un détenteur de violence légitime, c'est-à-dire l'Etat. C'est pourquoi je réduis l'Etat à police, justice, défense mais je le conserve.
Quant au quatrième rôle de l'Etat d'après Adam Smith (les investissements collectifs non rentables), je laisse la question en suspens.
L'Etat est clairement un mal, j'hésite juste à savoir si c'est un mal nécessaire ou non en théorie (la réponse de Salin est négative). En pratique, c'est clair : il ne faut pas trop compter sur une disparition de l'Etat ! Un amoindrissement drastique serait déjà bienvenu.
Une fable sur l'opposition constructivisme-libéralisme
Les automobiles apparaissent dans un village, c'est la foire aux accidents.
La solution constructiviste
Chaque automobiliste dépose son parcours le matin avant 9 h et l'administration, une fois en possession de tous les parcours, détermine les collisions éventuelles et autorise ou non les trajets.
La solution libérale
Les principes suivants sont édictés : les automobilistes roulent à droite, cèdent la priorité à droite et sont responsables des accidents qu'ils provoquent en enfreignant ces règles.
Les principes du libéralisme
La liberté
La liberté consiste à ne pas être contraint. La seule contrainte admissible est celle qui consiste à être empêché de contraindre autrui. Cette défintion négative de la liberté est importante. Une définition positive de la liberté ("la liberté est le droit de ...") conduit à l'affrontement, à cette fameuse "loi du plus fort" dénoncée par les anti-libéraux.
Les impots étant perçus par la contrainte (je ne suis pas libre de ne pas payer), ils sont un vol,
certes légal, mais un vol tout de même.
La propriété
Chaque bien est créé. Même une terre est "créée" par le premier à la mettre en valeur. C'est pourquoi les collectivistes, qui raisonnent comme si il y avait un stock de biens à distribuer ont moralement tort : ces biens, il faut toujours les prendre à quelqu'un, c'est pourquoi la "fonction redistributive de l'Etat" dissimule un vol, il s'agit toujours de prendre à un homme pour donner à un autre homme. Robin des bois était un gentil voleur, mais c'était un voleur quand même.
Ceci correspond à des situations très concrètes : on m'a parlé ce week-end d'un homme qui a volontairement arrêté de travailler à quarante ans, qui vit du RMI depuis dix ans, ayant fait savoir à son entourage qu'il n'avait pas l'intention de retravailler jamais. Il vit chez sa mère. C'est un abus, me direz-vous ? En êtes vous sûr ? C'est la raison d'être du système "redistributif" de prendre à certains pour donner à d'autres plus que ce que leur apporte leur travail. La situation que je vous décris est un cas extrême, non un abus, car il est conforme aux principes de la "redistribution".
La propriété est la garantie de la liberté : c'est la chose dont on est maître, qu'on peut garder et échanger sans contrainte.
La responsabilité
Autant la liberté avait une définition négative, autant la responsabilité est la coté positif de la propriété. Je suis responsable de mes biens. Pour un libéral, il n'y a pas de notion de faute, d'intention (on ne pénètre pas dans l'esprit des hommes) : si autrui subit du mal du fait d'un de mes biens, je suis responsable, que le mal soit voulu ou non.
Ceci est cohérent avec le fait qu'on considère que chaque homme est pris dans un réseau ramifié de relations avec d'autres hommes : il est impossible de prévoir toutes les conséquences de chacun de nos actes (on retrouve là l'opposition au constructivisme), le fait de ne pas avoir prévu la conséquence de nos actes ne peut donc être une excuse et ne dégage pas de la responsabilité. Pour inverser la phrase célèbre d'un ministre, le libéral pense que "pas coupable (pas de jugement moral), mais responsable".
Si je prête ma voiture à un homme sans permis et qu'il a un accident, je suis responsable.
C'est pourquoi les libéraux détestent tant le "principe de précaution" : il restreint la liberté, tout en étant intellectuellement incohérent (le principe de précaution supposerait d'appliquer le principe de précaution à lui-même et de s'en passer) alors que le principe de responsabilité suffit largement, encore faut-il le comprendre.
Le contrat
A partir de ces trois piliers du libéralisme (liberté, propriété, responsabilité), on en obtient un quatrième : le contrat. Le contrat est l'acte par lequel deux hommes libres entrent en relation, donnent ou échangent leurs propriétés de manière responsable. Le contrat est nécessairement bénéfique pour les deux parties, puisque que contracté librement : si l'une des parties était lésée, elle n'aurait pas contractée. Ceux qui jugent de l'extérieur un contrat déséquilibré font simplement un complexe de supériorité par rapport au contractant qu'ils estiment défavorisé.
Au nom de ce principe de la liberté et de la responsabilité des contractants appliqué à la propriété de sa force de travail par l'ouvrier, c'est le très libéral Bastiat qui s'est battu pour la première loi sur le droit de grève.
Les sociétés commerciales, noeuds de contrats (contrat des actionnaires, contrats de travail, contrats-clients, contrats-fournisseurs) est un des produits les plus élaborés du libéralisme, pour partager profits et risques. Aux salariés, salaires fixes et (presque) sûrs, aux actionnaires profits et risques. De plus, il existe deux instruments particulièrement efficaces pour s'assurer que les entreprises produisent de la valeur : la faillite et l'OPA.
D'ailleurs, d'un point de vue libéral, "les entreprises" est aussi abstrait que "l'Etat".
C'est pourquoi la participation des salariés au capital des entreprises est un mélange des genres malvenu, idée qui ne peut venir que de gens qui n'ont rien compris, des énarques par exemple ; cela déséquilibre le partage des responsabilités et, surtout, des risques.
La relation contractuelle est moralement supérieure à la relation démocratique, puisque cette dernière contient une dose de contrainte (majorité contre minorité).
La coopération est aussi, sinon plus, naturelle aux hommes que l'opposition, c'est pourquoi il ne faut pas croire les étatistes et les collectivistes qui vous décrivent l'apocalypse si l'Etat n'était pas là pour mettre du liant. La preuve qu'ils ont tort ? Tout bêtement l'histoire : l'Etat est une création relativement récente.
Le droit
Le juge constate le droit pré-existant et éventuellement non écrit. cela peut paraitre bizarre dans notre pensée napoléonienne qui confond la loi écrite d'en haut et le droit, mais il suffit de penser aux pays de common law : la Grande-Bretagne vit très bien sans constitution. Les droits maritimes et aéronautiques ont existé, avant que les Etats s'y impliquent, parfois lourdement hélas.
Voilà : liberté, propriété, responsabilité, contrat, le droit, vous avez les bases du libéralisme. Trouver la solution libérale à un problème, c'est définir au mieux les droits de propriétés et les responsabilités qui s'y attachent. Les externalités et les biens publics dérivent d'une mauvaise définition des propriétés.
Un marché libre et un système de prix peuvent être utiles mais ce ne sont que des moyens.
Un dernier commentaire avant de passer aux exemples : on accuse souvent le libéralisme de matérialisme. Au contraire, on laisse les individus libres de contracter ou non, d'incorporer ce qu'ils veulent dans la valeur des choses. Une autoroute doit passer, les collectivistes exproprient les propriétaires à la valeur du marché, les libéraux contournent la propriété de celui qui a refusé trois fois le prix du marché parce qu'il ne veut pas vendre sa maison de famille. Qui est matérialiste ?
Quelques exemples de libéralisme appliqué
Les embouteillages, l'effet de serre et la pollution
La priorité aux transports en commun est une absurdité collectiviste. A Paris, on atteint des sommets de contre-sens : on fait des couloirs réservés aux bus alors qu'on manque déjà de place. Pourquoi voyager inconfortablement, lentement et à plusieurs, alors que les voitures modernes sont confortables et font du "porte à porte" ?
Pourquoi les routes sont elles publiques ? Vendons les routes et les rues, chaque propriétaire ou assemblée de copropriétaires fixant règles de circulation et de péages. Il s'établirait un marché des rues : elles seraient payées suivant le service qu'elles rendent et seuls iraient ceux qui en ont vraiment besoin.
La gamme des transports possibles s'étendrait (je pense aux colectivos sud-américains).
Quant à la pollution et à l'effet de serre, il est plus difficile de définir un propriétaire de l'air pur, mais si vos propriétés (ou vous même) sont atteintes, faites un procès. Vos propriétés ne sont pas atteintes ? Alors, où est le problème ? Vous croyez savoir qu'à l'avenir, ça pourrait poser un problème ? Voilà bien une réaction scientiste, croire connaître l'avenir d'une société complexe. N'oubliez pas qu'en 1875, certains croyaient qu'il y aurait un mètre de crottin dans les rues de Paris en 1950. On en reparle dans vingt ans, quand l'hydrogène aura peut-être remplacé les hydrocarbures ?
La vitesse ne tue pas
L'Etat dit "La vitesse tue". En réalité, ce sont les comportements inadaptés à la situation qui tuent. Mais comme l'Etat ne peut pas lutter contre la véritable cause des accidents, il définit comme cause ce contre quoi il peut lutter. Absurde ! Mais l'Etat n'est il pas en soi une absurdité ?
Les espèces menacées
Une chose à ne surtout pas faire : déclarer les espèces menacées patrimoine de l'humanité. Elles sont à tout le monde et à personne, tout le monde a intérêt à en profiter, personne n'a intérêt à y investir et à les entretenir. Si les boeufs et les moutons avaient été déclarés patrimoine de l'humanité, ils auraient disparu depuis longtemps. Protéger les espèces menacées ? Simple : trouvez leur un vrai propriétaire en chair et en os.
Abstrait ? Théorique ? Bien au contraire : depuis qu'on a fait certaines tribus du Zimbabwé propriétaires des éléphants sur leurs territoires, elles ont chassé les braconniers, soigné les éléphants et vivent du produit du tourisme et des éléphants qu'on est obligé d'abattre pour éviter la surpopulation.
La concurrence
La concurrence pure et parfaite qui inspire par exemple l'UE est une illusion constructiviste qui définit a priori des parts de marché idéales. La seule condition qui garantit des contrats satisfaisants pour les deux parties est l'absence de contrainte, autrement dit la seule et unique condition pour que la concurrence vive, c'est que la liberté d'entrée sur le marché soit préservée.
Les retraites, le chomage et la santé
Vous avez deviné : que chacun s'assure, prenne ses responsabilités et fasse ses choix.Puisque tous payent aujourd'hui des charges sociales dans un système collectiviste, lers sommes nécessaires pour une assurance individuelle existent. L'intérêt par rapport au système collectiviste : la responsabilisation et la motivation. Tant que nous auront un système où chacun individuellment a intérêt à tirer sur la corde, les régimes sociaux seront en déficit, les gens ne sont pas idiots, ce sont les collectivistes qui, en niant la nature humaine, sont idiots.
Conclusion
Méfiez vous des demi-libéraux, des "libéraux, mais ..." Le libéralisme est un tout cohérent. J'espère vous avoir convaincu que le libéralisme est un système de valeurs qui tient la route et qu'il n'est pas si facile à contrer.
Le libéralisme est une utopie, mais une utopie réaliste, en ce sens qu'elle prend l'homme tel qu'il est, alors que le collectivisme est une utopie irréaliste, elle a besoin d'un "homme nouveau", et ça finit dans les goulags.
Pour reprendre le mot de Pascal Salin, le libéralisme est intolérant avec les idées (idiotes, incohérentes ou infondées) et tolérant avec les hommes, le collectivisme, c'est l'inverse.
Tout cela est à mes yeux un peu théorique (quitte à passer pour un traître utilitariste), mais c'est plaisant de se détacher pour un temps du consensus constructiviste et étatiste, qui est fort simplet, quand il ne dissmule pas les intérêts catégoriels les plus sordides.
Et puis, le programme de Salin pourrait peut-être inspirer des réformes : je ne crois pas à l'impôt entièrement basé sur le volontariat, mais on pourrait espérer un impôt proportionnel remplaçant l'impot progressif.
Nota : pour les durs de la comprenette, je précise : je n'ai pas parlé de favoriser l'entreprise ou les patrons, tout simplement parce que j'applique les mêmes principes à tous : un patron qui se gave de subventions pour ceci ou pour cela est autant un receleur du vol étatique qu'un fonctionnaire payé à ne pas en ramer une.
mercredi, février 15, 2006
CPE, CNE, vers des résultats décevants
'' Incentives matters''- James Gwartney
Venant d'un libéral, un titre aussi critique envers les nouveaux contrats de travail proposés par D. de Villepin pourra surprendre.
Entendons nous bien: Sur le fond, l'idée de remettre un peu de flexibilité dans le marché du travail n'est pas mauvaise. Naturellement, tout libéral eut préféré que ces évolutions se fassent dans le cadre d'une réforme générale du CDI et non en empilant deux nouveaux contrats type sur la masse de contrats existants. Mais mieux vaut une demi mesure qui va dans le bon sens que pas de mesure du tout. Toutefois, et à mon grand regret, le contexte et la manière dont ces deux mesures sont présentées à l'opinion et seront mises en oeuvre les voue à un échec quasi-certain, échec qui malheureusement ne pourra profiter qu'aux tenants des thèses les plus anti-libérales de la gauche la plus archaïque du monde.
Je m'explique. Le CPE et le CNE prétendent faciliter l'embauche de nouveaux salariés en réduisant chez l'employeur la crainte de rester bloquer avec un employé peu efficace, ou de ne pouvoir licencier si son carnet de commande diminue. Le CPE et le CNE tentent de lever une des barrières connues à l'embauche de nouveaux salariés. Soit.Mais pour un entrepreneur, l'acte d'embaucher un nouveau salarié ne dépend pas que de l'absence de barrières psychologiques ou législatives qui lui seraient opposées. Il dépend avant tout des incitations qu'il a à le faire: espérance de chiffre d'affaires dépendant de la conjoncture et de ses marchés, et espérance de gain net découlant de la fiscalité appliquée à ces gains. Lever les freins à l'embauche est important, créer de l'espoir de gain l'est encore plus. Or, la fiscalité française, tant sur les gains du travail que sur ceux nés du risque pris par l'employeur, reste une des plus décourageantes qui soit. Croire que deux mesures très partielles ne touchant qu'une partie du monde du travail pourront à elles seules déclencher un processus d'embauches massives est un leurre.
Pour diminuer durablement le chômage, il faut travailler de façon duale sur les barrières à l'embauche, comme le CNE et le CPE tentent timidement de le faire, et sur les incitations à la création d'emploi, qui passent par une réduction drastique des prélèvements obligatoires. Or le gouvernement, s'il a instauré un bouclier fiscal bienvenu, quoique insuffisant, a également annoncé le gel de toute baisse d'impôt dans les années à venir, car il n'ose pas se lancer dans l'indispensable réduction des dépenses publiques qui doit l'accompagner. Et des augmentations de charges se profilent à l'horizon. Le plan gouvernemental pour l'emploi ne marche que sur une jambe: attention à la chute.
J'ai la désagréable impression que lorsque nos chers politiciens vont chercher à l'étranger des solutions pour lutter contre le chômage, ils se contentent d'en extrapoler des recettes de cuisine mais sont incapables de saisir la perspective d'ensemble qui a conduit au résultat final: Ainsi, s'ils retiennent du « modèle » Danois l'assouplissement du marché du travail, ils oublient que conjointement, ce pays à diminué ses prélèvements obligatoires de 13 points de PIB, excusez du peu. Il est évident pour tout analyste sensé que le Danemark n'aurait pas accompli de tels progrès dans sa lutte contre le chômage s'il n'avait privilégié que le volet « flexibilité » de la réforme au dépens du volet fiscal.
Toute action gouvernementale doit s'inscrire dans une vision d'ensemble qui doit être clairement expliquée aux citoyens, or notre gouvernement semble se satisfaire de la juxtaposition de mesures sans cohérence aucune. Aussi peut on prévoir, au vu de nos performances en terme de croissance, que le bilan prochain du gouvernement en terme d'emploi sera tout à fait médiocre, malgré les astuces comptables qu'il ne manquera pas d'utiliser pour l'enjoliver. Aussi la gauche la plus dure n'aura-t-elle aucun mal à partir en guerre contre la « précarisation » et le « saccage des acquis sociaux » perpétrés par « la droite ultra libérale » sans que « les promesses en terme d'emploi ne soient tenues », ce qui ne rendra que plus difficile l'acceptation par l'opinion de réformes ultérieures plus cohérentes.Ceux qui prônent le remplacement de « la sécurité de l'emploi » par « la sécurité du marché de l'emploi » sont dans le vrai, mais à vouloir rendre flexible le marché du travail sans créer les conditions propres à inciter les employeurs à embaucher, le gouvernement place dangereusement la charrue avant les boeufs.
La Vieille Europe est-elle condamnée ?
Une tendance se dessine
Théodore Dalrymple
Feu le Professeur Joad, grand vulgarisateur philosophique plutôt que philosophe dans le vrai sens du terme, avait pour habitude de commencer sa réponse à n'importe quelle question en disant "Ca dépend de ce que vous entendez par..." - dans ce cas-ci, "condamnée".
"Condamnée" implique une destinée inéluctable, contre laquelle il est probablement vain que les hommes luttent. Et cela implique en retour une vision particulière, et contestable, de l'Histoire.
Le déterminisme historique a deux sources:
- La première est l'apparente capacité des historiens, bénéficiant naturellement d'une sagesse après coup, d'expliquer n'importe quel évènement historique d'une façon plausible, et ce même si leurs explications sur ces mêmes événements diffèrent largement. Ils donnent ainsi l'impression que puisque le passé semble déterminé, le futur doit l'être aussi.
- La seconde est la propension qu'ont les gens de croire qu'une tendance statistique ou sociale continuera sur sa lancée, ou en d'autres termes que les tendances sont la même choses que les prédictions. Il suffit pourtant à quelqu'un de constater que la croissance exponentielle de bactéries dans une Boîte de Petri, qui finirait par envahir la biosphère mondiale de ce seul organisme si elle pouvait se poursuivre assez longtemps, ne saurait être infinie; ce qui implique que les extrapolations ne donnent pas nécessairement lieu à des prédictions exactes.
Néanmoins, il est indéniable qu'un voile funeste flotte en ce moment sur l'Europe. Rétrospectivement, le vingtième siècle peut être considéré comme la mélancolie de l'Europe, un long rugissement marquant la retraite (pour reprendre la description de Matthew Arnold sur le déclin religieux.) Et tout comme le Continent Européen, selon Disraeli, n'admettrait plus que la Grande-Bretagne soit le Laboratoire du Monde, le monde n'admettrait pas, et n'admet plus, que le continent européen le domine, économiquement, culturellement et intellectuellement.
La perte de pouvoir, d'influence et de prestige de l'Europe continue à ce jour; et bien que l'environnement matériel de chacun puisse s'être amélioré (il suffit de comparer la vie quotidienne en France ou en Angleterre des années 50 avec celle d'aujourd'hui) il est toujours désagréable de vivre dans un pays en déclin perpétuel, même si ce déclin est tout relatif. Cela crée un profond malaise existentiel.
A ceci s'associe le fait que la plupart des populations européennes ont un profond sentiment d'impuissance face à leurs propres élites politiques inamovibles. (Mon épouse, née à Paris il y a 56 ans, ne peut se souvenir d'aucune période de sa vie depuis son adolescence où M. Chirac n'était pas une figure d'importance dans la vie publique française, et s'il n'était pas décédé après cinquante ans au pouvoir ou dans son voisinage, la même chose aurait pu être dite de M. Mitterrand.) Ce sentiment d'impuissance ne vient pas d'un manque d'intelligence ou de finesse de la part des populations concernées: si vous vouliez savoir pourquoi il y a tant de jeunes sans emploi en France, vous feriez mieux de ne pas le demander pas au Premier Ministre, M. Dominique de Villepin, mais plutôt de poser la question au plombier ou au peintre du coin, infiniment plus honnêtes et clairvoyants. Ils vous donneraient des raisons précises et convaincantes expliquant pourquoi aujourd'hui aucun employeur sensé ne se lancerait de bonne grâce dans l'embauche d'un jeune sans expérience. A vrai dire, il faut une certaine dose d'éducation, disponible seulement auprès de ceux qui ont reçu beaucoup d'enseignement supérieur, pour ne pas le comprendre.
Les peurs
Le moteur principal du déclin actuel de l'Europe est, de mon point de vue, son obsession de la sécurité sur tous les plans sociaux, qui a amené l'existence d'un système économique et social figé et particulièrement résistant à sa remise en question. Cette obsession de la sécurité s'est à son tour combinée avec une peur du futur, le futur n'ayant rétrospectivement apporté à l'Europe que des catastrophes et un déclin relatif depuis plus d'un siècle.
Que craignent exactement les Européens, si on admet que leur déclin a été accompagné d'une amélioration inégalée de leur bien-être matériel? Une économie ouverte leur évoque davantage de menaces que de promesses: ils croient que le monde extérieur ne leur apportera pas la prospérité par le commerce, mais le chômage et la perte de leur confort. Ils sont en conséquence enclins à se replier à l'intérieur de leur coquille et à succomber aux tentations protectionnistes, tant à l'intérieur sur le marché de l'emploi qu'à l'extérieur en regard d'autres nations. Et plus ces autres nations comblent leur retard relatif, plus la protection leur apparaît nécessaire. Le cercle vicieux est en place.
Bien entendu, dans ce processus l'Etat a été investi de pouvoirs toujours plus grands ou se les est arrogés (ou les deux.) Un monstre bureaucratique a pris forme et s'est développé, non seulement nuisible à l'économie mais luttant carrément contre elle, et il ne peut être réformé qu'au prix d'une agitation sociale que les politiciens cherchent plutôt à éviter. L'inertie ponctuée d'explosions sociales reste l'issue la plus vraisemblable.
Désespérant de trouver au pays un travail alors qu'un quart des gens de moins de trente ans sont sans emploi, des centaines de milliers de jeunes Français ont traversé la Manche pour tirer profit de la relative flexibilité du marché du travail britannique. Ce dernier est malheureusement en train d'être détruit par son gouvernement au travers d'une réglementation toujours plus contraignante, dans le plus pur style du centralisme à la française.
Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, le gouvernement britannique actuel a énormément augmenté les dépenses publiques, si bien que le poids des taxes anglaises dépasse désormais celles de l'Allemagne, qui est elle-même une économie lourdement imposée. L'objectif ostensiblement avancé pour ces dépenses est l'amélioration des services publics tout en servant la justice sociale, une rhétorique à laquelle le grand public a cru jusqu'ici; le motif caché, ou au moins la conséquence annexe, a été l'empilement de postes administratifs à une échelle inégalée, dont la fonction principale consiste à gêner les autres alors qu'ils essayent de créer de la richesse et de se générer une clientèle politique dépendante des "largesses" gouvernementales. La moitié de la population anglaise est désormais récipiendaire de subventions d'Etat pour tout ou partie de ses revenus. Non seulement cela conduira à un désastre économique, mais cela provoque aussi un effet psychologique particulier, comme celui succinctement décrit par Hilaire Belloc dans la morale de sa fable où le jeune Albert se fait dévorer par un lion en échappant à la bonne qui l'a emmené au zoo:
Et toujours reste près de ta bonne d'enfant,
De peur de rencontrer, un jour, plus effrayant.
Cette population dépendante n'aime pas l'Etat et ses agents; en fait les gens les détestent. Mais ils en arrivent à craindre encore plus la disparition de leurs bons offices. Ils sont comme des accros à la drogue qui savent que ce qu'ils s'injectent n'est pas bon pour eux, et qui haïssent les dealers auprès de qui ils s'approvisionnent, mais qui ne peuvent pas faire face aux douleurs supposées du sevrage. Et ce qui est vrai pour la Grande-Bretagne reste vrai, à quelques exceptions près, pour le reste de l'Europe.
Au nom de la Justice Sociale, les intérêts personnels et sectoriels sont devenus tous-puissants, paralysant tout effort d'améliorer le sort du plus grand nombre. Cela n'est nul part plus clair qu'en France où Libération, journal de gauche, montra dans un sondage que trois fois plus de gens avaient une bonne opinion du socialisme que du capitalisme (l'ambition de trois quarts des jeunes Français étant de devenir fonctionnaires.) En conséquence, la défense des avantages corporatistes et individuels est telle en France qu'ils rendent toute réforme quasi-impossible, en tous cas sans violence dans les rues. Les employés du transport public, disposant de privilèges qui auraient fait s'étrangler Louis XIV, se lancent dans des grèves aussitôt que la moindre réduction de leur nombre n'est ne serait-ce que murmurée; le tout au nom d'une justice sociale qui se traduit par ces privilèges éhontés, et cela bien que ces grèves amènent détresse et appauvrissement à des millions de leurs concitoyens tandis que les avantages acquis rapprochent toujours plus l'Etat de la banqueroute. Le but de chacun est de parasiter quelqu'un d'autre ou de se battre pour obtenir la plus grande part possible du gâteau économique. Personne ne se préoccupe de l'évolution de la taille dudit gâteau. Après moi, le déluge est devenu le mot d'ordre non d'un roi, mais de la population entière.
De ce point de vue la France est peut-être pire que la plupart des autres pays d'Europe, sans pour autant constituer une catégorie à part. Il n'est guère difficile de souligner qu'un monde globalisé et de plus en plus compétitif ne se sentira pas concerné par la France comme le sont les autres gouvernements européens; et bien qu'il est possible que les pays européens parviennent à survivre et à trouver leur salut économique dans un marché de niche, cela représenterait la marginalisation d'un continent habitué à se voir comme le centre du monde. De ce point de vue, "l'Europe marginalisée" n'est bien sûr pas la même chose que "l'Europe condamnée", sauf pour ceux qui pensent qu'avoir une place importante dans le cortège des nations est absolument crucial.
Les populations allogènes
Il y a d'autres menaces sur l'Europe. La perception misérabiliste du passé du continent, dans lequel les accomplissements stupéfiants sont défaussés pour ne retenir que massacres, oppression et injustice, prive la population de toute fierté ou de sens des traditions envers lesquels elle pourrait contribuer ou qu'elle pourrait au moins considérer comme valant la peine d'être défendus. Cette perte de confiance culturelle est particulièrement importante à l'heure où s'installe une immigration de masse venant de cultures très étrangères, un afflux qui ne peut être géré correctement (comme il l'a été par le passé, ou comme aux Etats-Unis jusqu'à l'ère du relativisme culturel) que si les nations hôtes s'estiment dépositaires d'une culture dans laquelle les nouveaux venus souhaiteraient, ou devraient souhaiter, s'intégrer, s'assimiler, et faire leur.
En l'absence de telles convictions, le risque est que les seuls points communs réunissant les habitants d'un pays se réduisent au simple critère géographique; et la guerre civile est la méthode avec laquelle ils règleront leurs points de vue antagonistes sur la façon dont la vie doit être vécue. Ceci est particulièrement vrai lorsque les immigrés croient être en possession d'une vérité unique et universelle, comme l'Islam le prétend fréquemment sous ses différentes formes. Si la nation hôte a un tel manque de confiance dans sa propre culture qu'elle ne fait même pas de la maîtrise de sa langue nationale une condition de base pour l'obtention de la citoyenneté (comme cela a été le cas jusqu'à une époque récente en Grande-Bretagne), il ne faut pas s'étonner que l'intégration n'aille pas très loin.
Le problème s'aggrave quand un marché du travail rigide est capable de créer des castes entières de citoyens sans emploi, et qui pourraient bien le rester pendant toute leur vie adulte. A la rancoeur liée à l'inutilité économique s'ajoute, ou plutôt se multiplie, la rancoeur de la différence culturelle. Cette combinaison est particulièrement dangereuse dans le cas de l'Islam parce que le mélange du sentiment d'infériorité d'un côté et de supériorité de l'autre est très explosif, comme l'histoire l'a prouvé. Les habitants d'Amérique Latine l'ont ressenti envers les Etats-Unis, les Russes envers l'Europe, les Chinois et les Japonais envers les Européens et les Américains, entre autres nombreux exemples.
Est-ce inéluctable?
La poursuite de ce déclin ou l'émergence d'une catastrophe n'est pas inévitable, cependant, bien qu'inverser la tendance demandera de vifs efforts. Malheureusement, les présages ne sont pas bons, non seulement parce que les systèmes de sécurité sociale érigés dans la plupart des pays d'Europe ont consacré l'immobilisme politique, mais aussi parce que l'entité supra-nationale européenne se construit contre la volonté des peuples d'Europe (pour autant qu'ils soient consultés.)
L'Union Européenne a différents objectifs, aucun n'étant en rapport avec les véritables défis qui attendent le continent. Elle fait oublier aux Allemands qu'ils sont allemands, leur donnant une identité de substitution plus plaisante à leur goût; elle permet aux Français d'ignorer qu'ils sont maintenant une nation moyenne, noyée dans la masse, les flattant avec l'illusion de puissance et de prestige; elle instaure une sorte de placard doré géant pour des politiciens qui n'ont plus la volonté ou les idées pour combattre dans l'arène électorale, leur permettant de s'accrocher au pouvoir et d'user de leur influence bien après qu'ils ont été rejetés par les urnes; et enfin, elle s'impose comme une forteresse potentielle contre les vents de la concurrence qui soufflent du monde entier, et qui sont désormais très dérangeants aux yeux de ceux qui désirent la sécurité par-dessus tout.
Les pensées apocalyptiques sont curieusement attirantes. Parler d'un destin funeste est un peu trop fort à mes yeux; je pense qu'il serait plus approprié de dire que l'Europe s'endort dans un déclin toujours plus prononcé.
Mais nous devrions aussi humblement nous rappeler qu'en fin de compte, le futur reste imprévisible.
Theodore Dalrymple est le nom de plume d'Anthony Daniels, psychiatre et écrivain réputé, auteur de dizaines de livres sur des sujets aussi divers que la culture, la médecine ou l'éducation. Cet article est une traduction mise en forme, que j'espère fidèle, à l'original.
Les colonies ont-elles été une bonne affaire pour la France ?
Débat :Les colonies ont-elles été une bonne affaire pour la France ?
La réponse succinte :
> les colonies ont été une bonne affaire pour certains coloniaux et une mauvaise pour la France
> la France a de plus pris la mauvaise habitude d'exporter sur des marchés captifs (voir notre déficit du commerce extérieur)
Les économistes libéraux étaient farouchement contre (hé oui !), au nom, en plus de leur morale libérale (1) (hé oui : le libéralisme est un humanisme) de l'argument cynique que les riches commercent avec les riches et que nous n'avions pas à faire de dépenses incongrues par aventurisme.
C'est essentiellement la gauche, dans le but d'apporter notre civilisation, qui a poussé à la roue (Victor Hugo a dit quelque chose comme "Dieu donne l'Afrique à la France, prenez la.")
Bien tentendu, aujourd'hui que la gauche est le Bien et la libéralisme le Mal, on a un peu oublié. Comme c'est commode !
(1) : Tocqueville s'est tout de même fourvoyé à soutenir la colonisation de l'Algérie par nationalisme : il pensait enrayer ainsi le déclin de la France (déjà)
Pourquoi il faut tout faire pour que l'Iran n'ait pas la bombinette
Parce que l'expérience prouve et le bon sens dit, suivant le proverbe chinois, "Qu'un trajet de mille li commence par le premier pas."
Si nous avons bien tiré une leçon de la guerre froide, c'est celle-ci : chaque source de tension dans les relations de nations à bombinettes peut entraîner l'escalade fatale, juste pour un coup de malchance.
Les protagonistes de la crise de Cuba et le monde par la même occasion ont eu le cul bordé de nouilles (comme on dit vulgairement). Conclusion de Kennedy lui-même : "Est ce qu'on aura autant de chance la prochaine fois ? Il ne faut pas qu'il y ait de prochaine fois."
Pourtant, il y en a eu au moins une : au plus fort de la tension USA-URSS, le 26 septembre 1983, un satellite soviétique lance une fausse alerte. L'URSS a eu un quart d'heure pour vérifier et décider : guerre nucléaire ou pas guerre nucléaire ? Là, à un cheveu près, plus de problème de réchauffement climatique !
Le Moyen-Orient est une zone où les tensions sont très fortes, donc les occasions d'escalade seraient très nombreuses et où, en plus, les systèmes de renseignements, de communications et de commandement ne sont pas les plus perfectionnés du monde.
C'est une loi élémentaire de la statistique : plus les occasions d'escalade sont nombreuses, plus il y a de risques que l'escalade se produise.
Je suis très pessimiste sur le sujet : l'Iran avec la bombinette, c'est une guerre nucléaire (contre Israel) au Moyen-Orient dans les vingt ans.
Et les options diplomatiques pour empêcher cela se réduisent à grande vitesse.
Qu'est-ce qu'on se marre en avion ...
Un avion de ligne indonésien avec 145 passagers à bord a volé plusieurs heures samedi avec tous ses systèmes de navigation et de communication en panne, avant de se poser en catastrophe sur une courte piste d'une île reculée de l'archipel, a rapporté dimanche la presse à Jakarta.
La panne sur le Boeing 737-300 à destination de Makassar de la compagnie Adam Air est intervenue vingt minutes après le décollage de l'aéroport de Jakarta, réalisé à 06H20 locales (23H20 GMT), a indiqué le quotidien Kompass.
Tout à coup l'appareil s'est retrouvé privé de son système de repérage dans le ciel, ne pouvant non plus être radioguidé.
Durant environ quatre heures le pilote a donc volé sans savoir où il allait et sans pouvoir communiquer.
Il a finalement réussi à poser son avion à 10H45 sur l'île de Sumba, au sud-est de Bali, où il avait repéré une piste. Il a probablement choisi cette île au trafic aérien très rare afin de minimiser les risques d'une collision avec un autre avion.
La piste de l'île de Sumba fait 1.800 mètres de long, alors qu'un Boeing 737-300 requiert une piste de 2.200 mètres de long.
Les passagers, dont aucun n'a été blessé, ont cru vivre un cauchemar éveillés, même si le commandant de bord et les sept personnels de cabine ne les ont pas informés de la situation [c'est pas bien : pas d'infos = fantasmes = vulnérabilité à la panique].
Ils se sont inquiétés notamment de voir l'avion changer sans cesse d'altitude, alors que le pilote tentait de se localiser à vue.
"Comment aurions-nous pu ne pas être inquiets après plusieurs heures à tourner sans annonce des hôtesses ou du pilote sur ce qui se passait", a relaté Made Aming, un des voyageurs.
"Nous avons été chanceux que les freins fonctionnaient bien car quand nous sommes sortis (de l'avion) nous avons réalisé que l'aéroport était petit et pas adapté aux grands avions comme le nôtre", a-t-il ajouté.
Une enquête a été ouverte et le gouvernement exigera un rapport à la fois d'Adam Air et de Boeing, selon un responsable du secteur des transports cité par Kompass. Adam air n'était pas joignable dimanche pour un éventuel commentaire.
[A propos du titre de la dépêche, il ne faut pas exagérer : si la situation était bien telle que décrite, le seul risque était une crise de panique ou de découragement de l'équipage. Comme dit un proverbe, il y a trois choses qu'un pilote n'a jamais en excès : du carburant dans les réservoirs, de l'air sous l'avion et du soleil au-dessus de l'horizon. La même panne de nuit aurait probablement été beaucoup plus difficile à gérer mais, là encore la qualité de l'équipage aurait fait la différence.
Des interrogations : si la panne est survenue 20 minutes après le décollage, pourquoi ne pas avoir fait demi-tour ? La peur de se faire descendre par une défense aérienne nerveuse ? (avion de ligne sans communications vers une grande ville = interception ; encore un cas en Europe la semaine dernière -pilotes négligents avec la radio, voire abrutis). De plus, aller se poser à 500 km sur une piste trop courte et pas/peu secourue me laisse dubitatif (et 4h pour faire 500 km ???!!!)
J'aurais plutôt fait des 360 jusqu'à être intercepté (en supposant que l'Indonésie ait un dispositif d'interception, ce que j'ignore) : ça aurait permis d'alerter les autorités, les secours et de soulager l'équipage de la décision.
Une panne simultanée des communications et de la navigation me paraît étrange.
Je rappelle pour les inquiets de l'avion que tant que l'équipage se bat et prend des décisions judicieuses, rien n'est jamais perdu. Quelques exemples :
> que j'ai déjà raconté : cas d'école : explosion d'un réacteur sur un MD je ne sais plus combien, commandes de lacet et de profondeur sectionnées, l'équipage (commandant Haynes, orthographe incertaine) s'en sort en jouant sur les deux réacteurs restants. Plusieurs facteurs favorables : équipage exceptionnel y compris les hotesses, un instructeur par hasard à bord qui soulage la charge de travail, un contrôleur très expérimenté.
> Un Airbus de DHL atteint au décollage en Irak par un missile. Malgré les deux tiers d'une aile endommagés et un réacteur en feu, l'équipage réussit un circuit court et pose l'avion.
> Un Boeing à court de carburant (erreur dans les pleins) se pose sur un circuit automobile désaffecté, qui ne figurait bien entendu sur aucune carte aérienne, mais dans le souvenir du pilote.]
Un témoignage à l'appui de l'hypothèse de Boizard ?
Pascal Salin dans Le libéralisme (1) va plus loin que moi :
Il écrit que les libéraux français Bastiat et Say n'ont pas été lus parce que la limpidité de leur style a fait croire aux simplismes de leurs idées.
Donc, non seulement, il serait plus facile d'adhérer à des idées simplistes exprimées avec complexité qu'à des idées complexes exprimées avec simplicité, mais le seul fait d'écrire clairement pour tous desservirait l'auteur de traités économiques.
Ca ne serait pas pour m'étonner : le pédantisme et le goût des choses réservées sont de puissants moteurs chez certains intellectuels, à croire même que le savoir n'a pas pour fonction première l'apaisement de la soif de connaissances mais la distinction du vulgaire.
Que ce soit pour l'approuver ou pour le réfuter, je vous conseille de lire Bastiat : c'est un plaisir de lecteur gourmet, comme la cuisine japonaise, qui sous une apparente simplicité cache un grand raffinement.
Bastiat est surtout connu pour sa supplique des marchands de chandelles demandant à l'Etat de les protéger de la concurrence déloyale du soleil, mais ses écrits recèlent mille pépites.
(1) excellent livre que devraient lire nos anti-libéraux (et mêmes quelques soi-disants libéraux), au moins ils sauraient de quoi ils parlent, car rien n'est plus fatigant que tous ces zozos qui accusent le libéralisme de travers qui n'ont rien à y voir (quand j'entends dire que notre gouvernement fait une politique libérale, je suis au bord de la crise d'apoplexie). Il faudra que je vous en fasse la critique.
mardi, février 14, 2006
Y en a qui s'amusent comme ils peuvent
La BAF crash la manif des Islamistes contre les caricatures
Evidemment, les islamistes, qui ont le respect à sens unique, voulaient leur faire un sort.
Mais, est-ce bien intelligent, tout cela ?
Ni soumission, ni manichéïsme : un texte revigorant
Des écrivains face à la caricature
LE MONDE 13.02.06 14h49 • Mis à jour le 13.02.06 14h53
A l'époque des Versets sataniques, lorsque la fatwa fut lancée sur la tête d'un écrivain reconnu, il se trouvait ici ou là, sur les ondes, dans les dîners en ville, entre les lignes des éditoriaux, des esprits fins qui discutaient de savoir si c'était un bon livre. D'autres, plus carrés, parlaient déjà de provocation. Et dans provocation, il faut toujours savoir entendre "inutile".
Aujourd'hui, on nous demande de considérer que les caricatures d'un prophète parues dans un journal danois voilà cinq mois ne seraient peut-être pas de bonnes caricatures. On a envie de dire qu'on s'en fiche un peu, et des caricatures, et de savoir si elles étaient bonnes ou non. On nous dit que c'est attiser la haine. Et, là encore, on aimerait répondre que la haine n'est pas dans nos moeurs ni dans nos coeurs. Et en quoi serions-nous responsables d'attiser la haine d'autrui, la haine étant par essence une braise qui s'alimente toute seule ?
Nos aînés auront sans doute l'impression d'un déjà-vu, déjà-entendu. Il semble bien qu'à l'époque de Munich, pour les esprits fins d'alors, il ne fallait surtout pas humilier le peuple allemand, ne pas blesser sa fierté de grande nation défaite depuis 1918, etc. C'était une drôle de façon de montrer à nos frères allemands la délicate attention qu'on leur portait que de les laisser entre les mains d'un pouvoir qui allait les opprimer, les jeter dans des guerres sans fin, les réduire à des actes immondes, et, faisant d'eux des monstres puis des victimes, les diaboliser, les couper en deux, littéralement, puisque le Diable est Celui qui divise.
On nous demande de porter un jugement esthétique, moral et sentimental, là où il n'est question que de principes fondamentaux pour nos démocraties : le droit des femmes et des hommes à vivre libres n'est certainement pas le credo des religions, et il ne le sera jamais.
Il ne s'agit pas seulement d'être libre de se tromper. La vérité, c'est que nous sommes libres de blasphémer. Il y a quelque chose d'assez déconcertant, en France, en 2006, dans le fait de devoir rappeler qu'on a droit au blasphème. Que bouffer du curé fut longtemps un sport national, comme vendre L'Huma avec Pif Gadget le dimanche dans les cités. Que bien sûr les croyants, retour de messe, s'en offusquaient. Ce qui ne les empêchait pas de s'encanailler avec l'intégrale de Brassens dans leurs salons.
"Les as-tu vues ?" est désormais la phrase à prononcer entre gens bien. Comme naguère "L'as-tu lu ?" à propos du livre de Rushdie.
Mais peu importe qu'on les ait vues ou pas. Rien ne justifie les réactions outrancières auxquelles se livrent pêle-mêle des croyants sincèrement blessés, des politiciens trop contents de l'aubaine et de nouveaux prophètes menaçants qui nous promettent la guerre. Quand le président du MRAP décide de porter plainte contre des journaux coupables de complicité avec les blasphémateurs, sous prétexte qu'il s'agit là de "racisme antimusulman", nous nous interrogeons : de quelle race s'agit-il ? L'islam serait-il génétiquement transmissible ? Qu'en pensent les centaines de milliers d'hommes et de femmes issus de l'immigration qui se voient ainsi, encore une fois, identifiés à une religion que bien souvent ils ne pratiquent pas ?
Nous ne sommes pas trop stupides : d'une part, des dessins passés totalement inaperçus voilà presque six mois ; d'autre part, le parti ultrareligieux qui gagne les élections en Palestine et l'Iran qui menace (la provocation iranienne, comment la juger ? utile ? inutile ?)...
Nous sommes des écrivains. Nos horizons sont divers, ainsi que nos origines géographiques, nos appartenances sociales, nos héritages religieux, nos destinées singulières, nos convictions intimes, et — pardon — nos préférences sexuelles.
Difficile de ne pas voir que, dans la guerre que se livrent désormais les fanatiques chrétiens américains et les fanatiques musulmans des Proche et Moyen-Orient, [je ne suis pas d'accord avec cette mise en équivalence bassement anti-américaine, mais je vous laisse juges] c'est sur les pays laïques et modérés que retombent fatalement colère et frustrations.
Bientôt, c'est notre liberté de publier qui, au Danemark comme en France, nous sera déniée au nom du respect de tel ou tel dieu. Laissons faire et on incendiera les bibliothèques qui abritent Voltaire, Sade, Ovide, Omar Khayyam, Proust et tous les autres. Et il est bien certain que pour le grand autodafé, seront réunis et danseront les papes, les grands rabbins et les grands muftis.
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Salim Bachi, Jean-Yves Cendrey, Didier Daeninckx, Paula Jacques, Pierre Jourde, Jean-Marie Laclavetine, Gilles Leroy, Marie NDiaye, Daniel Pennac, Patrick Raynal, Boualem Sansal sont écrivains.
Astre mort
L'étoile Jospin, par Eric Fottorino
LE MONDE 13.02.06 14h51 • Mis à jour le 13.02.06 14h51
Au soir de sa défaite en 2002, Lionel Jospin avait dit renoncer à la politique. Candidat déçu et décevant, il retournait au silence. On avait compris, dans ses propos ultérieurs, qu'il en voulait aux Français de ne l'avoir pas élu. On s'était habitué à son retrait. Comme il en est des étoiles, on l'appréciait désormais pour son éloignement. Craignant son éclipse par l'astre Royal, il resurgit. Mais sans préjuger de l'avenir, d'où vient cette sensation que, même détendu, même souriant, Lionel Jospin paraît briller d'une lumière morte ?
A propos de l'ISF ...
J'ajoute pourtant que la valeur des résidences principales ayant fortement augmenté, l'ISF touche de plus en plus de population dont le patrimoine n'est ni mobile ni liquide ; c'est-à-dire des gens qui ne peuvent pas échapper à cet impot et que celui-ci appauvrit.
F.
Effet richesse ou effet pauvreté
Selon les théories généralement admises, la hausse des actions, l'augmentation du prix de l'immobilier, entraînent chez les possédants une euphorie qui les pousse à dépenser davantage, ce qui augmente la consommation et stimule l'économie : c'est « l'effet richesse ». Cette constatation est exacte dans la plupart des économies développées ; elle ne l'est plus en France.
La valorisation des patrimoines entraîne un « effet pauvreté » et cela du fait de l'ISF. Pour la plupart des possédants (soumis par définition à l'ISF), le budget est constitué par des recettes fixes pour l'essentiel (salaires, retraites, loyers, etc.), dont le montant a comme contrepartie des dépenses de consommation ou d'investissement, d'une part, et les impôts dus, d'autre part. Si la valeur des actions ou de l'immobilier augmente une année de 10 % par exemple, l'ISF, compte tenu de ses taux progressifs, augmentera sensiblement de 15 %.
Face à des recettes quasi fixes, cette hausse de l'ISF entraînera arithmétiquement une diminution des dépenses de consommation ou d'investissement, d'où un effet déflationniste sur l'économie financière, c'est-à-dire un « effet pauvreté ». Si, pour maintenir le niveau antérieur de ses dépenses, l'assujetti à l'ISF vend des actions (ou autres) pour se procurer les liquidités nécessaires, la plus-value dégagée engendrera un impôt supplémentaire au taux de 27 %, soit un appauvrissement effectif.
En France, du fait de l'ISF, « l'effet richesse » constaté dans la plupart des pays développés se
traduit par un « effet pauvreté », dont les conséquences sont déflationnistes pour l'économie.
JACQUES CORNELIS 75116 PARIS
Des idées TOTALement aberrantes
Il a certes le droit de surfer sur une vague de démagogie, mais je me permets quelques réflexions :
> Les profits de Total sont des profits, pas des surprofits, je ne vois pas pourquoi, au nom de quel principe, les surtaxer.
> Personne n'oblige les gens à acheter leur essence chez Total.
> L'essentiel du prix de l'essence est constitué par des taxes.
> on ne peut pas à la fois se plaindre de la consommation d'énergies fossiles et regretter leur prix élevé.
Il est vrai que j'ai entendu ce matin que les Français seraient majoritairement contre la conccurrence (Hé oui, la France est bien le pays du corporatisme et des privilèges soutirés à la puissance publique). Je ne suis pas sûr qu'ils ne sont pas aussi contre les profits (au moins ceux des autres) et contre les actionnaires (sauf moi, car je suis un petit et que je mets de coté pour mes enfants).
Régession barbare
Il y a quelques temps, à un kiosque à crêpes (celui du coin de la rue Montmartre, près du Max Linder), une espèce de gorille accompagnée de sa femelle s'est soudain excitée en poussant son cri "J'vais t'niquer ! J'vais niquer ta mère !" et en tambourinant la vitrine.
D'après ce que nous avons pu reconstituer une fois le King-Kong miniature éloigné et calmé par sa dame, le primate a considéré que la distribution de tickets pour la queue (comme à la Sécu) était entachée d'erreur et qu'une cliente lui était injustement passée de devant. Il a manifesté son courroux et le crêpier a eu le malheur de répondre que ce n'était pas bien grave.
Je ne sais pas si son orgueil viril a été atteint par le fait de se faire doubler, quelle horreur, par une femme. En tout cas, il s'est mis, on se demande bien pourquoi, à hurler au racisme, puis s'est énervé de plus en plus fort, tout seul, sous l'oeil vaguement inquiet des spectateurs médusés.
Je crois que le silence gêné (il passait vraiment pour un abruti) l'a encore plus excité. Encore un qui prend la rue pour un ring de boxe.
Régression barbare
L'éditorial d'Yves Thréard
[14 février 2006]
Le premier rapport de l'Observatoire national de la délinquance (OND) confirme une hausse inquiétante des violences contre les personnes. Comme une illustration de ce climat d'agressivité, les menaces qu'un rappeur vient de proférer contre le ministre de l'Intérieur méritent d'être relevées. «Tu vas te faire buter», lance, entre autres «amabilités», le présumé chanteur. Rarement un homme politique a ainsi été pris à partie.
L'affaire dénote une inquiétante dégradation des rapports humains dans notre société. Si l'on n'y prend garde, le respect et le dialogue, valeurs fondatrices d'une nation civilisée, seront bientôt piétinés par la vulgarité et l'intolérance. La démocratie ne se reconnaît pas dans l'insulte et le coup de poing.
Selon les statistiques de l'OND publiées hier, les violences physiques dites «non crapuleuses» ont augmenté de près de 10% l'année dernière. L'agresseur attaque pour un oui ou pour un non : un regard de travers, une tête qui ne lui revient pas, un besoin de défoulement...
L'acte est le plus souvent gratuit, sans mobile apparent, pas même celui du vol. Chaque jour de 2005, quelque cinq cents personnes ont été victimes en France de cette régression barbare. Et encore, toutes ne portent pas plainte, par crainte de représailles.
Plusieurs faits divers récents devraient nous faire réfléchir sur l'évolution de notre société. Celui de cet homme battu à mort à Epinay-sur-Seine en quelques secondes, sous les yeux de son épouse et de sa fille. Celui de cette enseignante d'Etampes, plusieurs fois poignardée en plein cours par l'un de ses élèves. Celui enfin de ces passagers du train Nice-Lyon, attaqués par une horde de voyous, après une nuit d'ivresse et de désoeuvrement. A chaque fois, des crimes ou délits commis pour rien, ou presque.
A défaut de trouver une explication dans notre culture de l'«excuse sociologique», cette sauvagerie serait-elle la manifestation d'une tare moderne à mettre sur le compte d'un dérèglement mental collectif ? Quelque chose comme un syndrome Orange mécanique ?
L'Observatoire national de la délinquance note qu'elle a toujours existé dans les relations intrafamiliales, mais que, sur ce terrain, des tabous ont sauté : les victimes parlent plus volontiers. Autre constat, les biens étant mieux protégés, on s'en prend davantage aux personnes. Pour le reste, la violence serait devenue, selon une expression bien anodine de l'OND, un nouveau «mode de régulation sociale».
Si tel est le cas, la banaliser est un péril dont il convient vite de se protéger. Sans précautions sémantiques. C'est affaire de courage et de volonté. De la part des parents, des enseignants. Et, bien sûr, des responsables politiques. C'est pour avoir trop longtemps négligé les victimes qu'ils ont presque fini par passer, malgré eux, pour les premiers responsables de la montée de la délinquance en France.
dimanche, février 12, 2006
7 remarques sur la synthèse du congrès du PS
« Le Plan Fillon a aggravé les injustices sociales sans rien régler du financement des retraites. […] Garantir à chacun une retraite fondée sur un taux de remplacement qui doit être d’autant plus élevé que le revenu d’activité est modeste. Nous retirerons purement et simplement la loi Fillon sur les retraites et ouvrirons une négociation globale dès 2007, avec l’ensemble des partenaires sociaux, pour notamment tenir davantage compte dans le calcul des durées de cotisations, de la pénibilité, des personnes qui ont commencé à travailler jeunes et des situations familiales, notamment pour les femmes. De nouvelles ressources seront mobilisées à travers notamment une contribution de solidarité sur l’ensemble des revenus. »
En si peu de lignes, il est sans doute impossible de tout dire, mais des questions majeures restent ouvertes. Voici les nôtres :
> Un constat catégorique
« Le plan Fillon sur les retraites a aggravé les injustices sociales sans rien régler du financement des retraites.»
Côté financement, l’iFRAP est moins sévère, estimant que la réforme Fillon a résolu environ le tiers du problème. Plus positif aussi côté réduction des inégalités entre travailleurs du secteur privé et fonctionnaires. Le passage des fonctionnaires à 40 années de cotisation réduira, une fois appliquée en 2012, l’écart d’environ un tiers. La prise en compte de la moyenne des 6 derniers (donc meilleurs) mois au lieu des 25 meilleures années comme base de calcul de la retraite
demeure un avantage majeur pour les fonctionnaires.
Par contre, si ce sont les salariés des entreprises publiques comme EDF, GDF, RATP, SNCF… qui sont visés par le PS, l’iFRAP partage son constat. Les avoir laissés en dehors de toute réforme a bien aggravé les injustices sociales entre ces catégories privilégiées et le reste de la population, secteur privé et fonctionnaires.
Question 1 : Le PS a-t-il l’intention d’aligner ces régimes très spéciaux de retraite sur ceux du secteur privé ?
> Un objectif ambigu
« Garantir à chacun une retraite fondée sur un taux de remplacement qui doit être d’autant plus élevé que le revenu d’activité est modeste. »
C’est déjà la règle appliquée dans le secteur privé. Comme le montre le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) par exemple, le taux de remplacement y est actuellement plus faible pour les hauts revenus que pour les bas revenus.
Par contre, dans tout le secteur public, la retraite représentant 75% du revenu des 6 derniers mois, le taux de remplacement est le même pour tout le monde.
Question 2 : le PS veut-il aligner le mode de calcul des retraites du secteur public sur celui du secteur privé ?
> Une décision radicale
« Nous retirerons purement et simplement la loi Fillon sur les retraites. »
Question 3 : le PS a–t-il toujours l’intention de retirer aussi la réforme Balladur qui ne pénalisait que le secteur privé ?
> Une méthode usée
« Nous ouvrirons une négociation globale dès 2007, avec l’ensemble des partenaires sociaux. »
Question 4 : après 20 ans de consultation et de réflexion, les rapports Rocard, Teulade, Charpin et COR, et la parution d’au moins 10 livres sur ce sujet, quelles sont les propositions du PS ?
Question 5 : au moment où l’Angleterre, l’Allemagne, le Danemark, l’Espagne envisagent de reculer l’âge de la retraite 67 ou 68 ans, quelle est la position du ? Toujours 60 ans ?
> De l’argent
« De nouvelles ressources seront mobilisées à travers notamment une contribution de solidarité sur l’ensemble des revenus. »
Question 6 : quel est l’ordre de grandeur cette augmentation de la CSG ?
Question 7 : A quel autre impôt le PS pense-t-il derrière le « notamment » ?
Les retraites constituent un problème dont toutes les données sont connues et quasiment mathématiques : les personnes existantes vont vieillir, les enfants qui vont payer leurs retraites sont nés, les Chinois et l’OMC n’y sont pour rien. C’est un sujet grave où on attend des propositions précises et crédibles, pas des incantations. Des réponses à nos 7 questions permettraient déjà de bien éclaircir les propositions du Parti Socialiste…
Philippe François
Société Civile n°54
janvier 2006
I love DGAC
Grève surprise des agents de la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) le mardi 7 février. Plus de 50% du trafic a été annulé en raison de l’arrêt de travail décidé par les syndicats – en particulier l’USAC CGT– pour protester contre un nouveau programme de vols proposé par la Direction. Le système d’astreinte, pourtant voté par les syndicats et la direction, n’a pas fonctionné et les voayageurs ont été pris en otages par les aiguilleurs du ciel. L’iFRAP a déjà consacré plusieurs enquêtes au statut et aux privilèges de ces agents. Rappelons quelques faits.
On peut comparer les effectifs de contrôleurs et le nombre de vols contrôlés dans différents pays développés.
Nb. de vols contrôlés------Nb. de contrôleurs--------Rapport vols/contrôleurs
France--- 2 500 000-------------- 4113 au 1/1/02--------------607
USA ---- 73 000 000-----------------18000----------------------4055
Allemagne-- 2 600 000---------------1700----------------------1529
UK-------2 350 000--------------1600----------------------1468
La charge de chaque contrôleur français est 6,5 fois moindre que celle de son homologue US.
Elle est aussi largement inférieure (2,5 fois moins) à celles des Allemands et des Anglais. Notons que sur beaucoup d’aéroports modestes cette tâche est dévolue à des agents salariés des chambres de commerce locales et non à la DGAC. Les appareils militaires ont, quant à eux, leur propre contrôle qui interfère parfois avec le contrôle civil.
USA (FAA) 50 000 agents - 18 000 contrôleurs - 9000 ATC - 14000 non-opérationnels (28%) - 185 000 avions - 9000 autres.
France (DGAC) 10778 agents - 6934 agents de contrôle dont 4113 contrôleurs - 3844 non-opé. (36%) - 6000 avions
Si l’on rapporte le nombre d’agents de l’organisme au nombre d’avions en CDN [Certificat de Navigabilité]du pays on s’aperçoit que la DGAC est 7 fois moins performante que son homologue US. Ce chiffre monte à 9 fois si l’on ne prend que les non-opérationnels.
Certes le boulot de contrôleur n'est pas toujours facile (hier à Toussus vers 14 h la levée du brouillard a fait partir et arriver tout le monde en même temps) Mais le stress est très ponctuel (combien d'heures à glander avec peu ou pas d'avions ?), les horaires de travail légers, les salaires assez lourds. Les contrôleurs français sont-ils plus bêtes que les Ricains, les Teutons ou les Rosbifs, ou simplement plus fainéants et plus mal organisés, ou, cyniquement, confrontés à une hiérarchie plus lâche ?
Protocole de Kyoto : les Américains en pointe
Et le fameux Protocole de Kyoto ? Rappelons les faits. Plus de 7 ans après sa conclusion dans la ville de Kyoto, le Protocole du même nom est entré en vigueur le 16 février 2005. Cet accord, qui vise à réduire l’émission de gaz à effet de serre (notamment le gaz carbonique), a été ratifié par 140 pays, qui sont à la source d'au moins 55% de ces émissions.
D’ici 2012, le Protocole impose aux pays industrialisés de réduire de 5,2% en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Mais cette obligation n’est suivie d’aucune mesure contraignante, ni d'aucune sanction pour les pays qui ne le respecteraient pas. Ce protocole a surtout servi de prétexte aux antiaméricains de tous bords pour condamner les Etats-Unis qui ont refusé de le signer. On a reproché aux Américains de produire 22% des émissions de gaz carbonique (en oubliant toutefois de préciser qu’ils produisent aussi plus de 25% de la richesse mondiale) et de préférer l’industrialisation à outrance sans se soucier de l’environnement.
Or, voici qu’une Etude de l’Agence Européenne de l’Environnement démontre que 13 pays sur les 15 signataires du Protocole ont considérablement augmenté leurs émissions de gaz carbonique. Seules, la Suède et la Grande-Bretagne les ont baissées (de 5 et 7,8% respectivement). Et, le comble, cette étude nous apprend aussi qu’un autre pays a baissé ses émissions de gaz : les Etats-Unis ! En effet, la baisse est de 0,8% tandis que l’Espagne a augmenté les siennes de 33%, le Danemark de 25%, la France de 9,5% et l’Allemagne de 2%. Bizarrement, aucun média n’en parle en France.
Agence Européenne de l'Environnement
Les "spotters", menace mortelle pour la sécurité de la France ?

Savez-vous ce qu'est un "spotter" ?
C'est un individu, souvent anglo-saxon, qui se balade aux abords des aéroports, le plus souvent en bande, équipé de son matériel :
> un appareil photo
> des jumelles
> un carnet de notes
> un pack de bières (facultatif)
Il photographie tous les avions qu'il voit, note leurs immatriculations, leurs types et met le tout en ligne sur internet. De cela, il fait un concours avec ses petits camarades, à qui aura photographié le plus d'avions ou les avions les plus originaux.
Activité farfelue, digne d'un Anglais, bien inoffensive, croyez vous naïvement ?
Que nenni, ce sont des "spotters", excités par le défi, qui ont traqué les avions de la CIA exportant des "barbus" présumés vers des pays à torture tolérée.
Bien entendu, une telle liberté n'est pas tolérable, elle est même offensante, pour notre administration bien aimée.
Celle-ci, toujours soucieuse de nous protéger, bien malgré nous, au détriment de notre liberté et au profit de l'extension de son pouvoir, punit donc désormais de 350 € d'amende le "spotting" aux abords de Roissy CdG.
En apprenant cela, j'ai d'abord cru à un malentendu ou à une blague, mais le 1er avril est loin et notre bureaucratie n'est pas réputée pour son humour débridé. Nous sommes bien gardés, dormez tranquilles !
Je ne suis pas sûr qu'il n'y ait pas là abus de pouvoir, mais peu importe, puisqu'il paraît que, bientôt, le simple fait de regarder vers CdG sera puni de dix ans de prison. Mais ce n'est qu'une rumeur.
airliners.net
Nota : à ceux qui ajouteraient foi au prétexte sécuritaire, je demande juste de réfléchir en quoi cette mesure améliore la sécurité.
Au contraire, on peut estimer que les "spotters", qui ont l'avantage d'être compétents et passionnés, par leur surveillance bénévole, seraient plutôt une aide. Mais l'administration française, compter sur les gens, leur faire confiance , vous n'y pensez pas ?
samedi, février 11, 2006
L'aube de nouvelles trente glorieuses (et Mahomet et la tyrannie mémorielle)
Vers de nouvelles trente glorieuses ?
Jacques Marseille envisage en 2007 le retour cyclique de nouvelles trente glorieuses accompagnées d'inflation, à la faveur du papy-boom, et à condition que l'Etat (c'est-à-dire les étatistes fanatiques qui nous gouvernent) ait l'intelligence de ne pas entraver l'économie.
Or, de mon coté, je pense à un scénario certes plus brutal et décalé dans le temps, mais qui n'est pas si éloigné :
> le quinquennat 2007-2012 s'épuise en réformettes incohérentes. En 2012, sous le poids des retraites et des déficits, la France sort de l'€, l'inflation galope. Grâce au coup de fouet du déclin, les réformes libérales si longtemps bloquées sont faites, la situation se dénoue.
Il y a des différences entre nos deux approches, les éléments (papy-boom, inflation, retrait de l'Etat) ne sont pas agencés de la même façon, mais ces scénarios sont cousins.
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Comme vous appréciez diversement mes "arguments d'autorité", j'insiste (bêtement ?) : voici deux articles sur les caricatures de Mahomet et un qui revient sur les polémiques de mémoire.
Mahomet, mémoire
vendredi, février 10, 2006
L'idéologie (R. Boudon)

FFF
R. Boudon définit l'idéologie comme un ensemble d'idées fausses ou douteuses qui se basent, au moins partiellement, sur des résultats scientifiques.
Après avoir salé Sartre du qualificatif "d'esprit faux", du à Claude Levi-Strauss, il invalide rapidement la théorie marxiste selon laquelle l'idéologie serait un moyen de domination imposé par la classe dominante à la classe dominée en remarquant que Marx lui-même n'utilise pas cette théorie quand il parle d'idéologie à travers des exemples.
Boudon donne au passage une raison simplissime de pourquoi les intellectuels sont si prompts à se jeter dans les idéologies : parce que pour eux, c'est sans risques. Un banquier qui se trompe de théorie économique prend un risque de mal décider. Un intellectuel qui se trompe de thérie économique écrit un bouquin de repentance vendu à 100 000 exemplaires. Sartre a passé sa vie à sauter d'une erreur à un errement, ça n'a pas gêné sa carrière, ça l'a même embellie.
Ensuite, Boudon signale que la plupart des vérités ne sont pas démontrables avec la rigueur de vérités scientifiques. Et même pour ces dernières, l'argument d'autorité joue dans 99 % des cas : j'accepte la théorie de la relativité par confiance dans l'autorité d'Einstein, cependant, si je le voulais, je pourrais tenter de la redémontrer, mais l'effort est trop grand.
Le fait que la plupart des idées ait un argument d'autorité sous-jacent ne veut pas dire que toutes les opinions et toutes les idées se valent : Boudon est très clair sur ce point, il y a des idées fausses (par exemple, la théorie marxiste de la plus-value et de la paupérisation du prolétariat) et des idées vraies, simplement la vérité n'est pas acquise une fois pour toutes et dépend de la situation.
L'aspect qui intéresse le plus Boudon est celui-ci : "Comment peut-on, en partant d'une théorie scientifique, aboutir à des conclusions fausses ?"
Pour lui, l'essentiel vient des effets de position : par exemple, un fonctionnaire aura de l'économie une expérience de consommateur, c'est-à-dire en grande partie un point de vue extérieur, sans contact direct avec les mécanismes de régulation, il est donc naturel qu'il ait tendance en toute sincérité à se rattacher à des théories qui décrivent l'économie comme un chaos que l'Etat doit maîtriser. (1)
Les idéologies sont renforcées par un biais : on peut croire savoir et ne pas savoir ou encore ne pas saisir toute la complexité d'un problème. L'exemple des maternités est typique à cet égard : 75 % des interrogés se trompent, et pourtant, ils croient avoir affaire à un problème simple.
Autre exemple : l'inégalité des chances. Le raisonnement habituel, couramment admis, notamment par le milieu enseignant (2) est le suivant :
> La réussite sociale dépend beaucoup de l'école. Si on fait en sorte que la réussite scolaire ne dépende ni des parents ni du milieu d'origine, la réussite sociale sera indépendante du milieu d'origine.
Or, on s'aperçoit que la mobilité sociale est très loin d'avoir suivi la "démocratisation" de l'enseignement. Pourquoi le raisonnement habituel est il faux ? Parce qu'on croit savoir, parce qu'on prend pour un problème simple une question complexe. On est dans le même type de situation avec l'ouvrier qui croit que la machine crée le chomage, le phénomène est en réalité beaucoup plus complexe que cette simple relation de cause à effet.
S'agissant de l'inégalités des chances, on découvre, quand on les étudie, toute une gamme de réactions de comportements et le jeu sur quelques variables peut modifier la situation.
Résumons, synthétisons, tout en gardant à l'esprit que ce n'est qu'un schéma : la démocratisation de l'enseignement dévalorise certains diplomes (dans lesquelles se retrouvent justement les élèves originaires des classes défavorisées) et donc les diplomes en question ne garantissent plus la réussite sociale. Autrement dit, on a plus de diplomes, mais on n'en grimpe pas pour autant dans l'échelle sociale. En fait, les politiques d'égalité des chances ont à la fois tant d'effets pervers et sont si inefficaces qu'on peut se demander si il ne serait pas préférable de les abandonner (3).
Je pense Bourdon a pris un plaisir certain à fusiller la thèse bourdivine sur la "reproduction des élites". Je me permets à cette occasion d'introduire l'hypothèse de Boizard (je n'ai rien démontré mais l'expérience me pousse à y croire, c'est pourquoi ce n'est qu'une hypothèse) : on accepte plus facilement des idées simplistes exprimées de façon complexe que des idées complexes exprimées simplement. En effet, il est plus facile de s'adapter à un vocabulaire et un syntaxe ésotériques, cet effort d'adaptation, assez mécanique, validant indirectement les idées qu'il permet d'atteindre ("Je ne me suis pas décarcassé à apprendre toutes ces définitions pour des idées qui ne valent pas tripette."), que d'acquérir un nouveau mode de raisonnement. Par exemple, il y a des expressions très simples de la théorie fort rusée des avantages comparatifs de Pareto (4), et pourtant, la plupart des fois où je vois cette expression dans les journaux, c'est comme synonyme d'avantages concurrentiels, ce qui est un contre-sens.
Ensuite, les idéologies peuvent venir de raisonnement approximatifs, Boudon descend en flammes Michel Foucault.
Pour conclure, Boudon considère que le moteur principal des idéologies est qu'aucune théorie en sciences sociales ou politiques ne peut être totalement démontrée de manière scientifique, il y a toujours une part de modélisation et de parti-pris. Cependant, il ne tombe pas dans le relativisme, tout ne se vaut pas. Il pense qu'il y a des théories en sciences sociales qui sont plus ou moins justes ou fausses (au sens musical).
A son avis, que je partage, la démarche inspirée du libéralisme est riche : elle repose sur les axiomes suivants :
> les actions collectives sont la somme d'actions individuelles (par opposition à l'axiome holiste qui fait du comportement de l'individu la résultante de son appartenance, de sa classe, de sa communauté)
> il faut considérer que l'individu a des raisons de faire ce qu'il fait et qu'il les connaît.
Seulement si cette tentative d'explication ne fonctionne pas, il faut en essayer d'autres, mais il faut d'abord commencer par celle-là. Par exemple, on a longtemps attribué les pratiques magiques à une vague "mentalité primitive". En fait, les dites pratiques sont souvent explicables : la danse de la pluie a lieu quand les cultures ont besoin de la pluie, ce qui étant donné que la nature est bien faite, tombe souvent à proximité de la saison des pluies, la probabilité que la danse de la pluie et la survenue de la pluie soient simultanées n'est pas négligeable. Donc le sorcier a des raisons, qui en l'état de ses connaissances frustres du calcul probabiliste sont plutôt bonnes, de croire qu'il y a une relation entre sa danse et la pluie. Exit l'explication vaseuse par la "mentalité primitive" : considérer que l'individu a ses raisons est bien plus instructif.
(1) : ce qui ne veut pas que tous les fonctionnaires sont des étatistes forcenés : chacun est libre de changer de point de vue, soit par expérience personnelle, soit par un effort de l'imagination. Après tout, il est assez facile de se mettre dans la peau du commerçant du coin qui gère ses relations avec ses clients et ses fournisseurs, fait ses comptes et réfléchit à l'évolution de son commerce pour s'apercevoir que, de son point de vue, l'Etat apparaît surtout comme une nuisance. Pascal Salin (boycotté par les "généreux" gauchistes de son université) et Jacques Marseille sont fonctionnaires et libéraux.
(2) du moins c'est ce qui ressort de mon "surf" sur des sites internet d'enseignants.
(3) : je pourrais me faire traiter de "réactionnaire" (n'est-ce pas Régis) pour cette conclusion, cette réaction est justement un effet d'idéologie : les études sur l'inégalités des chances étaient lourdes, on a retenu uniquement la conclusion (c'est bien d'avoir des politiques pour réduire l'inégalité des chances) en oubliant toute la complexité du travail qui la sous-tendait. Si de nouvelles études apportent un autre éclairage, la discussion peut être ouverte à nouveau.
(4) : Pierre et Paul fabriquent des chapeaux et des chaussures. Pierre fait pour 40 € de chaussures par heure et pour 20 € de chapeaux, Paul fait pour 10 € de chaque. Pierre est donc meilleur que Paul dans les deux domaines. Pourtant, il aura intérêt à se concentrer sur le domaine où son avantage comparatif est le plus grand, les chaussures, et à laisser la production de chapeaux à Paul. Ceci explique une tendance à la spcialisation et à la division du travail. C'est exprimé simplement, et pourtant, ce n'est pas toujours compris.
Les limites de la démocratie directe par l'exemple des maternités
Question simple : Le nombre de jours où il nait plus de garçons est-il :
1) égal dans les deux maternités.
2) plus grand dans la grande maternité.
3) plus grand dans la petite maternité.
Vous, qu'auriez-vous répondu ?
Un sondage donne les résultats suivant : 1) 50 % ; 2) 25 % ; 3) 25 %
Or la bonne réponse est 3) (plus la population est nombreuse, plus il y a de chances qu'on soit proche de la moyenne 1 garçon pour 1 fille ; plus la population est petite, plus on peut s'écarter de la moyenne : si vous jouez à pile ou face sur deux lancés, la probabilité de n'avoir que des piles n'est pas négligeable ; si vous jouez à pile ou face sur trente lancés, la probabilité de n'avoir que des piles est quasi inexistante)
Ceci pour dire que toutes les questions ne peuvent pas être soumises au suffrage universel, parce que, pour voter sur certains sujets, il faut des connaissances qui sont trop rares.
Une illustration à mes yeux est le referendum sur le traité constitutionnel européen : je pense que, indépendamment du résultat, la question était trop complexe pour que le vote fut significatif. On le voit d'ailleurs à la difficulté d'interprétation du scrutin : certains partis gauchistes ont cru à un regain de faveur ; or, si tel est le cas, la concrétisation s'en fait attendre.
Mon avion de pour dans bientôt

Certes, il me manque encore 174 900 $ sur les 175 000 qu'il coûte, certes, il bouffe ses 120 l d'essence à l'heure et ses 20 l d'huile, mais cet avion n'est pas dépourvu de qualités :
> il n'est pas hors de prix (1 800 000 $ pour un P-51)
> il est solide et fiable
> il est biplace
> il y en a encore 350 en état de vol, donc pas de pbs pour l'entretien.
Contactez moi pour faire un don, même petit.
L'A380 dans l'impasse ?

Après le Rafale, l'A380. Ce projet qui coute au minimum 11 Md € pourrait bien être un flop.
Ceux qui ont de la mémoire se souviennent qu'au moment du lancement, la discussion opposait "financiers" et "industriels" et le programme a fini par être lancé.
Le programme a à peine un an de retard sur le calendrier initial, c'est remarquable. La réussite technique est incontestable. Pourtant, se pose un problème : les clients manquent à l'appel.
Les clients ne se sont pas bousculés malgré des ristournes (on parle de 150 M€ sur 300), Emirates fait à lui seul plus du tiers des commandes, et aucune commande importante n'a été signée depuis plusieurs mois.
Et surtout, il se pourrait que Boeing avec son 787 ait réussi un coup de maître. En aidant les compagnies à s'installer dans une logique de point à point avec un avion plus moderne donc moins couteux à exploiter que l'A380, il coupe "par le bas" le marché de celui-ci.
Airbus l'a d'ailleurs bien compris en lançant l'A380 pour concurrencer le 787. Mais c'est là que l'effet néfaste de l'A380 se fait sentir : Airbus n'a plus les ressources humaines et financières pour "mettre le paquet" sur l'A350.
Cependant, il reste vrai que, si petit que soit son marché, l'A380 est seul dessus pour l'instant.
Le scénario catastrophe (on n'y est pas encore) serait que, dans quelques années, Boeing lance un gros porteur pour concurrencer l'A380 avec les techniques du 787.
Le Rafale dans le coma, le F-35 toujours vivant, l'A380 qui a comme un malaise, l'aéronautique européenne serait-elle en difficulté ? Incontestablement, oui. Comme d'habitude en aéronautique, il faut voir loin, 2006 va encore être une bonne année, mais les décisions, bonnes ou mauvaises, ont leurs conséquences 5 à 10 ans plus tard.
Mais tout n'est pas perdu, le Mirage 2000, amorti depuis longtemps, a encore ses chances dans certains pays, le drone de combat Neuron se met en place, certes dans la douleur, mais ça avance. Je ne suis d'ailleurs pas loin de penser que l'action judicieuse aurait été de continuer à développer le 2000 puis de passer directement au drone de combat, sans faire le Rafale, sauf en coopération européenne.
Les Falcon (30-40 M€) se vendent comme des petits pains (1), l'avion de transport militaire A400M est prometteur et Eurocopter ne va pas mal. Il se peut même que le Typhoon, qui ne concerne pas les Français mais beaucoup les Européens, se vende.
Pour résumer : en jardinage, on parle de "main verte", l'Europe, il y a quelques décennies, avait la "main bleue" ; elle l'a un peu perdue ces derniers temps pourtant il n'y a pas encore de catastrophe mais il faudrait prendre quelques bonnes décisions qui relancent la machine dans le bon sens.

(1) si vous gagnez au Loto ou, mieux, au travail, de quoi me faire un cadeau n'hésitez pas : le Falcon est beau, confortable, rapide, solide et de bon goût. Anecdote : un pilote américain se rate, le Falcon sort de piste, traverse l'autoroute, un parking de supermarché, le tout bien entendu en emboutissant plusieurs voitures, et finit dans un pilier en béton. Dassault, consulté, a jugé que l'avion était tout à fait réparable !
Les catastrophes en Rafale

Le Rafale est un superbe avion, mais c'est à la fois une catastrophe économique et technique.
La catastrophe économique est connue : la France n'avait pas les moyens, et ne les a toujours pas, de se payer seule un tel avion. En conséquence, le développement a trainé sur presque 25 ans, les commandes ont baissé, les coûts de développement et le prix unitaire ont explosé.
La catastrophe technique est nettement moins connue. Parce qu'il a rencontré moins de problèmes graves en développement que son concurrent anglo-italo-germano-espagnol le Typhoon, on croit à une réussite.
En réalité, le développement languissant fait que le Rafale est obsolète, notamment son électronique, avant même sa mise en service. Le Rafale était un excellent avion pour 1990 ; pour 2010, il commence à être mûr. Le gouvernement vient d'ailleurs de débloquer des crédits pour améliorer le Rafale qui entre juste en escadrille.
A contrario, le Mirage 2000, de conception plus ancienne, a bénéficié d'améliorations à chaque exportation. Il en résulte que, lors du concours de Singapour, d'après Flight International, Dassault a amené un Mirage 2000, pour dire "C'est un radar de ce type qu'on montera sur votre Rafale si vous l'achetez." Ca fait tache !
Il y a une loi d'airain : pour la qualité technique d'un avion, civil ou militaire, rien ne remplace les commandes abondantes, qui financent des améliorations graduelles. Le Typhoon est plus mal né que le Rafale et il est moche (les aviateurs sont très attachés aux critères esthétiques), mais je suis quasiment certain qu'il aura en fin de carrière plus de capacités que le Rafale, tout simplement parce que des commandes auront payé des évolutions.
Pourquoi une telle catastrophe, à plusieurs dizaine de milliards d'€ (40 md € ?) ?
> Erreur statégique : Dassault a fait l'erreur de refuser de partager le gateau. Valait-il mieux avoir tout le gateau français ou seulement une grosse part du gateau européen ? A mon avis, il n'y a pas photo : aujourd'hui, Dassault se porterait bien mieux si il était le chef de file du Typhoon .
> Erreur politique : Dassault tenant en main des politiques de gauche comme de droite (Mitterrand et Chirac, encore un point commun entre les deux) et bien des miliatires, il a imposé sa volonté contre l'intérêt du pays. Le pauvre Rocard a bien essayé de faire quelque chose contre, mais il a été renvoyé sèchement à ses études par un certain François M. Paraît-il que ça lui a tout de même rapporté un vol en Rafale, ce qui ne doit pas être désagréable pour un pilote (Rocard fait du vol à voile).
En a-t-on au moins tiré les leçons ? Du coté des intrustriels, sans aucun doute : Dassault a veillé à ce que le drone de combat Neuron soit européen dès le lancement. Du coté des politiques, c'est nettement moins sûr, je doute que beaucoup aient compris au point d'en tenir compte dans leurs décisions que ce qui est bon pour Dassault (ou Thales, ou EADS ou etc.) n'est pas forcément bon pour la France.
Terminons sur une note optimiste : le Rafale a-t-il des chances de s'en sortir, c'est-à-dire de s'exporter ? Ne nous leurrons pas : depuis que le Typhoon est parti pour être vendu à 200 exemplaires en Arabie Saoudite, le Rafale est le Poulidor de l'export, sympathique, mais jamais vainqueur.
Il lui reste quelques chances :
> si le F-35 américain échoue. Plus le temps passe, moins c'est probable.
> si le Rafale décroche une première grosse commande pour amorcer la pompe (export= amliorations des capacités + baisse du prix unitaires). Mais les pays capables de commander d'abondance des avions à 100 M€ sont peu nombreux et l'Arabie saoudite vient d'être ratée.
Le pire n'est jamais sûr, mais il va falloir que les commerciaux du Rafale "s'arrachent" pour arriver à en vendre.
Le Huchon est à pleurer (2)
"La valeur théorique du keynésianisme a toujours fait débat." Tout de même ! Sa valeur théorique ne fait plus vraiment débat ou alors d'historiens. On le sait depuis le New Deal de Roosevelt.
Justement, non. La croyance dans le keynésiasnisme peut à bon droit être classée dans les idéologies (voir message à suivre) : base scientifique fragile mais forte conviction. Alfred Sauvy montre dans l'Histoire économique de la France entre les deux-guerres que le New Deal a retardé une reprise naissante. Je conseille la lecture de cet ouvrage qui est un des meilleurs de Sauvy.
Il explique le manque de fondement des thèses de Keynes mais n'hésite pourtant pas à dire que celui a sauvé le capitalisme ; mais pour une raison politique et non pas économique.
Pour Sauvy, en économie, il faut de la contrainte, que ce soit celle des hommes (la planification des communistes) ou celle des choses (l'ajustement par les prix des libéraux). D'ailleurs, Sauvy expliquait notre "crise" actuelle par le refus simultané et incohérent de ces deux contraintes. Par exemple, il n'y a pas de limite dans le choix de la filière en enseignement (c'est un cas de refus de la contrainte des hommes), sauf les exceptions de numerus clausus, ce qui fait qu'on retrouve au chomage foultitude de possesseurs d'un diplome sûrement très pointu mais absolument inutile (c'est un cas de refus de la contrainte des choses, qui forcerait à changer de métier ou à travailler pour une misère).
Dans les années 30 qui nous intéressent, la contrainte par les choses (chomage, baisse des salaires réels) plus quelques mesures judicieuses (dévaluation, impots) commençaient à porter leurs fruits économiques sans recours aux idées de Keynes; mais à un coût humain qui n'était plus supportable dans les conceptions de l'époque (la sensibilité à la misère humaine varie dans le temps). C'est là que les idées de Keynes interviennent : elles justifiaient ce que, à cette époque où on n'avait pas encore perdu toute logique économique (1), on considérait comme une solution provisoire et dangereuse, les déficits étatiques, pour soulager l'affreuse pression de l'économie.
Revenons à 2006, comme je l'ai déjà dit souvente fois, tous les pays avancés, que je connais qui ont réussi à résoudre leurs problèmes économiques au premier rang desquels le chomage, ont en commun d'avoir réduit déficits, dettes et impots. Et derrière cela, il y a une certaine logique économique : considérer que c'est le secteur marchand qui crée les richesses en premier ressort et non l'Etat.
J'attends de pied ferme celui qui essaiera de me démontrer que la France obéit à des règles économiques totalement différentes.
De plus, comme le souligne bien à propos Milton Friedman, l'Etat par nature s'adapte mal à des situations diverses (voir le superbe texte de Taine sur cette question). Dans des pays à population homogène comme les pays scandinaves, le costume taille unique fourni par l'Etat ne génère encore pas trop d'effets pervers. Mais dans des pays à population hétérogène (USA, France), les cas d'inadaption des solutions uniformes imposées l'Etat sont tellement nombreux que l'intervention de l'Etat tend à avoir plus d'inconvénients que d'avantages (inutile de remettre sur le tapis les 35 h pour -presque- tous).
(1) : je rappelle juste que les dettes étatiques finissent le plus souvent par entraîner une inflation galopante, ce qui est une forme de spoliation de l'épargne.
jeudi, février 09, 2006
Affaire des caricatures (suite)
France Culture Matin
Les relents nauséabonds du "patriotisme économique"
La classe médiatico-politique française cèderait elle à la tentation de l'incantation xénophobe afin d'exorciser les peurs irrationnelles nées de son incapacité à faire face à nos crises ?
Voilà qu'après avoir brandi la menace terrifiante de l'invasion des plombiers polonais pour s'opposer à la libéralisation du marché des services, après avoir hurlé au loup yankee à l'annonce de l'hypothétique rachat de notre grand yaourtier multinational d'origine française par un grand limonadier multinational d'origine satanique -pardon, américaine-, politiciens de droite et de gauche se succèdent sur les ondes pour vitupérer l'OPA "hostile" de l'entreprise d'un milliardaire Indien, Laksmi Mittal, contre le sidérurgiste multinational aux racines françaises Arcelor.
Dernier en date, notre premeir ministre, qui a souhaité ce dimanche sur les ondes que "(les entreprises françaises) soient mieux armées pour résister aux attaques du type de l'OPA lancée par Mittal sur Arcelor. Il est important que nos entreprises puissent se battre à armes égales avec les entreprises étrangères", et d'évoquer la possibilité d'une intervention gouvernementale.
Aucun poncif ne nous aura été épargné. A commencer par celui de l'OPA "hostile": il faudra m'expliquer en quoi proposer à un actionnaire de lui payer ses actions à 20 ou 40% au dessus du cours habituel constitue un acte hostile envers sa propriété. L'actionnaire peut décider s'il préfère réaliser une plus value tout de suite, ou s'il croit que l'actuelle direction du groupe peut faire grimper le cours de l'action plus haut que le niveau de l'OPA dans un délai raisonnable: une OPA n'est donc jamais hostile aux propriétaires actuels d'une entreprise.On me rétorquera que L'OPA pourrait mener à des restructurations, "défavorables à l'emploi".
C'est oublier un peu vite qu' Usinor, Sacilor, Arbed, Aceralia et autres composantes originelles d'Arcelor ont connu par le passé des vagues de restructurations massives, et que pour la filière acier en France, l'interventionisme étatique, sanctionné par deux quasi faillites en 1978 et 1983, a engendré 200 milliards de francs de l'époque de charges de restructuration supportées par le contribuable Français. A cet égard, la position de certains portes-parole PS, qui parle de réintroduire l'état dans le capital d'Arcelor pour « protéger l'emploi », alors qu'il fut acteur privilégié de la débâcle de la sidérurgie Française nationalisée, est d'une hypocrisie sans nom.Or l'arrivée de M. Mittal dans le capital d'Arcelor ne recèle pas les mêmes risques que ceux naguère encourus par ces sociétés sous tutelle publique, loin s'en faut.
Il est en effet totalement inconséquent de tenter d'effrayer l'opinion publique en faisant croire, comme certains s'y essaient, que Mittal Steel paierait Arcelor 19 Milliards d'Euros uniquement pour en liquider les actifs: certes, il est tout à fait possible que des recherches d'économies aboutissent à rationaliser certains sites de production, ou les structures dirigeantes du nouveau groupe: en quoi cette situation est elle différente de celle connue par tous les autres groupes internationaux présents en France ou ailleurs, qu'ils soient ou non OP-ables ? Le problème qui en découle ne réside pas dans la destruction des emplois établis mais dans notre capacité insuffisante d'en créer de nouveaux.
D'une façon générale, une OPA permet aux actionnaires actuels soit d'échanger leurs actions actuelles contre celles du groupe futur selon des termes avantageux puisque l'offre qui leur est faite incorpore une surcote, soit de se retrouver avec des liquidités qu'ils peuvent à loisir réinvestir. Soit ces actionnaires actuels sont étrangers, et alors, eux ou Mittal, quelle importance, soit ils sont résidents français et désireux d'investir en France, et alors cela est tout bénéfice pour notre économie et notre balance des paiements. Le problème est de savoir si le territoire français est suffisamment compétitif pour permettre que ce réinvestissement nous profite, et c'est sans doute là que le bât blesse.
Les seules personnes qui peuvent sentir une pointe d'hostilité dans l'Offre de Mittal sont l'actuel PDG, Guy Dollé, et ses proches, qui seraient peut-être amenés à devoir céder leurs place à de nouveaux dirigeants si l'OPA réussissait. Et alors ? Les dirigeants d'entreprise sont les premiers à réclamer, à juste titre, plus de flexibilité du marché de l'emploi, ils doivent eux aussi être en mesure d'effectuer quelques efforts d'adaptation aux changements du monde qui nous entoure, et, de vous à moi, je ne suis pas trop inquiet pour eux.
Certains propos de M. Dollé pourraient en d'autres occasions passer pour xénophobes: Selon l'Express, "Guy Dollé, le patron d'Arcelor, s'était même montré particulièrement dur dans ses propos, estimant que Mittal était une "société d'Indiens" qui avait fait une offre "ridicule" consistant à payer les actionnaires "en monnaie de singe". Le gouvernement indien s'est dit choqué par de telles réactions, en rappelant que lorsque le groupe français de construction Lafarge a repris une bonne partie de son industrie du ciment, il lui avait été fait bon accueil".Que M. Dollé se sente menacé par l'OPA de Mittal, passe encore. Qu'il tente d'utiliser comme argument de défense le complexe de supériorité encore nourri par de nombreux européens face aux entrepreneurs des pays émergents est certes discutable et ne le grandit pas, mais j'admets que l'ineptie de tels propos ne regarde que lui.
Toutefois, que des officiels français, ou ceux qui espèrent occuper à terme leur fauteuil, tombent dans le panneau et agitent pour justifier une éventuelle intervention étatique la grande peur du milliardaire Indien qui va détruire un fleuron de l'industrie belgo-luxemburgo-hispano-française, voilà qui est regrettable, et qui ne contribuera certes pas à grandir l'image déjà passablement dégradée de la France dans le monde.
Je ne me souviens pas d'avoir entendu des officiels canadiens protester contre le rachat très récent de Dofasco par... Arcelor, justement.Thierry Breton, après avoir mal débuté cette affaire, s'était justement ressaisi, en précisant que "les actionnaires du groupe resteraient les seuls décisionnaires", ce qui semblait signifier que le gouvernement Français ne se mêlerait pas de leur choix.
Malheureusement, la dernière sortie audiophonique de D. de Villepin est venue contredire les propos de son ministre des finances. Encore une preuve, si besoin en était, que l'actuelle droite n'a pas de principes politiques et économiques arrêtés et conduit son action gouvernementale à vue en fonction des réactions présupposées de l'opinion. Navrant.
Il serait temps que nos dirigeants, tout comme l'opposition, arrêtent de gouverner par l'exploitation des peurs et de brandir le spectre de l'envahisseur étranger à chaque fois qu'ils croient servir leur intérêt politicien à court terme. La répétition de ce type de discours à la limite de la xénophobie ne pourra que produire des dégâts inestimables sur le long terme dans l'inconscient collectif des Français.
Outreau, troisième acte : un procès stalinien
[09 février 2006 Le Fuigaro]
Après les palais de justice de Saint-Omer et de Paris, c'est le Palais-Bourbon qui a pris le relais dans la sinistre affaire d'Outreau. C'est maintenant l'Assemblée nationale qui entend juger celle-ci. Or, quelles qu'aient pu être les fautes commises – et elles semblent être nombreuses –, il n'appartient pas à une commission d'enquête parlementaire de se comporter, après tant de drames, comme une juridiction exceptionnelle, comme un tribunal de salut public. S'il devait y avoir des sanctions, c'est dans un tout autre cadre, celui de l'institution judiciaire, qu'il serait convenable de se prononcer : Conseil supérieur de la magistrature, propre aux magistrats, ou encore des tribunaux.
Bien sûr, l'Assemblée nationale peut instituer des commissions d'enquête, s'informer du fonctionnement de la justice – au pénal comme au civil –, recueillir des opinions et des témoignages et en tirer des conclusions en vue d'améliorer le fonctionnement de la justice.
Mais, hors les cas où le Parlement est appelé à instituer, en son sein, des juridictions afin de juger, à certaines conditions, des ministres (cour de justice de la République), voire tel président de la République (Haute Cour de justice), il ne saurait, sans atteinte à la liberté, se comporter à l'égard des citoyens comme une juridiction. C'est pourtant ce dont il nous offre aujourd'hui le spectacle consternant.
Pareille exhibition déshonore ceux qui l'ont permise, décidée, et ceux qui l'animent aujourd'hui. Un juge à qui les victimes demandent des «excuses» et les députés des «explications». Un coupable présumé dont on réclame l'aveu... sinon il sera coupable. Des auditions à la chaîne, en forme de «comparutions», sans débat contradictoire. Le tout en public, retransmis par les médias qui auront été, de bout en bout, un peu trop au spectacle. Un accusé livré à la foule des téléspectateurs qui l'a déjà jugé.
Qui s'élève contre cette atteinte à la justice, à son autorité, à sa dignité ? Ni la plupart des avocats que l'on croyait si attachés à la passion de défendre, ni les plus hauts magistrats de France, ni l'opinion publique, manipulée depuis le premier jour, aussi prompte à s'en prendre aux juges qu'elle l'avait été d'abord à crier haro sur les coupables. Ni les gouvernants que les sondages poussent toujours à la repentance. Tout cela pour aboutir à un procès de type stalinien dont personne, ni les députés de tous bords ni les citoyens, juges ou justiciables, ne sortira grandi.
Quand tout cela sera rentré dans l'ordre et que les Fouquier-Tinville de notre temps, traquant un juge, se seront tus, on pourra raison retrouver. Ce jour-là, il sera possible d'apporter enfin au système judiciaire les changements nécessaires. Y compris quant au rôle des médias, à l'image des Anglais, et quant à l'isolement des jurés, à l'image des Américains. Sans oublier les pédagogues, les psychiatres et les assistantes sociales.
Pour l'heure, une suggestion apparemment mineure revient à l'esprit, bien qu'elle ait été rejetée dans le passé par les pouvoirs publics. Elle conduirait à ne plus placer la fonction de juge d'instruction en début de carrière et à la situer à mi-chemin, quitte à modifier la pyramide judiciaire des groupes et des grades, des fonctions et des indices. Ce ne serait pas faire injure aux jeunes magistrats. Ce serait mieux assurer leur formation permanente en alliant l'âge à l'expérience, plutôt que leur faire assumer, seuls, des responsabilités qui, au-delà même de leur profession, nous concernent tous.
mercredi, février 08, 2006
Trop d'impots tue l'emploi (P. Alexandre, B. de L'Aulnoilt)

FF
Livre centré sur l'ISF.
C'est à peine la peine que j'en parle. Ceux pour qui "il faut faire payer les riches" est un article de foi seront imperméables aux arguments de bon sens. Quant aux autres, ils se doutent déjà que l'ISF est un contre-sens économique.
Environ 1 contribuable par jour devient émigré fiscal, peu en nombre, ils sont lourds en capitaux et en emploi.
Ils sont de plus en plus jeunes et créent une, voire deux, entreprises dans leur pays d'installation. Toujours ça de moins pour la France.
Deux citations :
Un fiscaliste belge qui fait fortune grâce aux fuyards de l'ISF : "Vous êtes bizarres, vous les Français, vous accueillez les pauvres et vous chassez les riches."
Martine Aubry reçoit un patron qui lui explique que l'argent enfui ne reviendra pas : "On s'en fout."
On retrouve là toute l'expertise économique, la finesse, la politesse, la modestie, l'écoute, la hauteur de vue de Martine Aubry (Les cons voleraient, celle-là, elles serait chef d'escadrille à temps partagé avec José Bové)
mardi, février 07, 2006
La fertilité française
Les faiblesses de Mme Royal

> Elle n'a pas de projet, mais les Français ont déjà voté pour un projet débile (F. Mitterrand) ou pour un homme sans projet (J. Chirac). Le vide, ne choquant personne, peut même être rassembleur.
> Néanmoins, pour le peu qu'on connaît ses opinions, elle est sectaire, sur le mode Aubry.
> En Poitou-Chrantes, elle a plus montré sa capacité à conquérir le pouvoir qu'à bien l'utiliser.
Cependant, elle a des atouts :
> C'est une femme, ses adversaires auront du mal à ne pas passer pour d'affreux machos.
> Les Français sont tellement déboussolés qu'ils sont capables de voter pour un faux air de nouveauté.
> Elle profite d'une pénurie gravissime de candidats crédibles à gauche (Fabius mal aimé, Strauss-Kahn lâche, Hollande inconsistant, Bové farfelu, Josopin cheval de retour, etc.)
Néanmoins, je ne crois pas qu'elle tiendra la distance, comme Villepin.
Y aurait-il en Islam deux poids deux mesures dans l'indignation ?
[07 février 2006]
Mais que se passe-t-il donc en ce mo-ment ? Est-ce nous, les Occidentaux, qui avons un problème avec l'islam, ou est-ce l'islam qui a un problème avec nous ? A l'évidence, c'est la seconde branche de l'alternative qui est la bonne.
Pour comprendre, reprenons les faits. Il y a quatre mois, un journal danois publie des caricatures que personne n'avait particulièrement remarquées. Et puis, soudain, l'affaire est montée en épingle et présentée comme un «crime» justifiant qu'on se mette à incendier des ambassades européennes dans le monde arabo-musulman.
Les dessins incriminés mettent en scène Mahomet. Mais ce qu'ils caricaturent réellement, c'est l'usage que font les terroristes islamistes du Prophète, c'est le fait que les kamikazes se réclament de lui avant de perpétrer un attentat. Le dessin qui a le plus choqué est celui où le turban de Mahomet a été remplacé par une bombe, arme qui n'existait pas du temps du Prophète mais qui est constamment utilisée par des militants se réclamant de son enseignement. Les Danois, petit peuple pacifique, industrieux et tolérant du nord de l'Europe, n'ont rien contre Mahomet, ni pour lui. Ils ne le connaissent pas et ne l'ont jamais rencontré dans leur histoire. Simplement, comme tous les peuples du monde, ils doivent se plier à des contrôles de sécurité draconiens pour prendre un avion, depuis les attentats kamikazes du 11 Septembre, commis au nom de l'islam.
On a parfaitement le droit de trouver ces caricatures d'un goût douteux. Ce qui est intéressant dans le personnage de Mahomet, ce n'est pas la caricature de son enseignement fournie par le digest bâclé de Ben Laden et consorts, mais la réalité de son histoire. En son temps (le VIIe siècle), Mahomet était un homme de progrès. Qu'il ait civilisé la vie publique à Médine est indéniable. Avant lui, les femmes n'avaient aucun droit. Il leur en a donné. L'article de loi islamique qui veut que le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme apparaît aujourd'hui particulièrement rétrograde. Mais, à l'époque, cela constituait un immense progrès.
Le problème de la religion musulmane avec le monde contemporain ne tient pas à l'enseignement particulier, en son temps, de Mahomet, mais au fait qu'à partir du XIIe siècle l'interprétation (l'ijtihad) a été gelée en Islam, bloquant de fait toute réforme. Si, depuis la Saint-Barthélemy, la religion catholique ne s'était pas réformée en profondeur, elle serait aujourd'hui totalement inaudible en Occident.
On est donc parfaitement fondé à trouver ces dessins inintéressants. Mais, dans ce cas-là, il n'y a qu'une réaction à avoir : on passe la page ou, au pire, on résilie son abonnement au journal danois en question.
Très troublantes sont les réactions disproportionnées du monde arabo-musulman à ces dessins publiés dans un journal dont personne n'avait jusque-là entendu parler. Il est évident que les foules musulmanes furieuses de Beyrouth ou de Téhéran ont été en partie manipulées : au Liban, par les partis prosyriens qui veulent qu'on enterre l'enquête internationale sur l'assassinat de Rafic Hariri, en Iran par un régime qui est accusé (non sans preuve) par l'Occident de violer le traité de non-prolifération nucléaire.
Mais, au-delà des inévitables manipulations, les manifestations qui se multiplient à travers le monde arabo-musulman signalent un fossé culturel extrêmement profond. On se heurte à un mur en rappelant des évidences sur le fonctionnement des sociétés occidentales. En quoi le gouvernement danois est-il responsable de ce qui est publié dans la presse danoise, qui est évidemment une presse libre ? Au cours des deux décennies passées, le Danemark s'est plutôt fait remarquer par sa grande générosité à l'égard du monde musulman (dons aux Palestiniens, accueil de dizaines de milliers de réfugiés bosniaques).
Si l'ignorance peut expliquer tel mouvement de foule en Afghanistan, on ne peut pas en dire autant d'une manifestation d'immigrés musulmans en Belgique. La valeur suprême de l'Occident, celle de liberté politique, fut éhontément exploitée par ceux-ci. A Bruxelles, les manifestants musulmans ont utilisé la liberté de manifester pour tenter d'assassiner la liberté d'expression.
Mais pourquoi ces musulmans de Belgique n'ont-ils jamais manifesté auparavant sur des sujets autrement importants ? Les a-t-on vus dans la rue pour exprimer leur rejet de la pensée Ben Laden après les attentats du 11 Septembre ? Les a-t-on entendus crier leur horreur devant la décapitation filmée de l'ingénieur américain Nick Berg ? Comment eux, qui bénéficient en Belgique de la liberté de religion, n'ont-ils jamais pensé manifester devant l'ambassade d'Arabie saoudite, pays qui interdit de dire la messe aux centaines de milliers de Philippins chrétiens qui y habitent ? N'ont-ils pas honte de ce régime saoudien qui, au nom de l'Islam, interdit à de pauvres travailleurs immigrés la simple pratique de leur religion ? Y aurait-il, en Islam, deux poids, deux mesures dans l'indignation ?
Pourtant, ces musulmans de Belgique n'ignorent pas que, dans l'histoire, des peuples ont parfois osé manifester publiquement leur honte. Après les massacres de Sabra et Chatila en 1982, plus d'un demi-million d'Israéliens sont sortis dans les rues de Tel-Aviv pour exprimer leur honte face aux familles palestiniennes massacrées (par la milice phalangiste d'Elie Hobeika, que l'armée israélienne avait laissé entrer dans les camps).
Si les cinq mille musulmans qui manifestaient dimanche à Bruxelles ont tant en horreur les valeurs occidentales de liberté et de laïcité, pourquoi ne leur vient-il pas à l'idée d'aller vivre en Arabie saoudite ?
En Europe, le droit d'asile politique, magnifique héritage des Lumières, a été détourné. Car il a toujours été entendu que le demandeur d'asile devait partager les valeurs fondamentales du pays dans lequel il souhaitait être invité.
Encore faudrait-il que les pays d'accueil sachent les défendre eux-mêmes sans concession. Comment Martine Aubry a-t-elle pu créer, comme au Pakistan, un «apartheid» femmes-hommes dans les piscines de Lille ? [petit commentaire partisan : ça me confirme bien que la Martine est une conne, comme je m'en doutais depuis les 35 h]
Sachons, chez nous, défendre nos valeurs. Pour paraphraser Churchill, ne choisissons pas le déshonneur des concessions pour éviter la guerre. Car nous aurions au final et le déshonneur et la guerre.
lundi, février 06, 2006
700 millions de dollars détournés des caisses de l'Autorité palestinienne
Quand on vit dans un pays dont on a guère lieu d'être fier, on a les nerfs à vif et on est facilement xénophobe. Ce n'est pas la France au moral dans les chaussettes effrayée par le plombier polonais qui me dira le contraire.
700 millions de dollars détournés des caisses de l'Autorité palestinienne
Plaidoyer pour l'humour (islamique)
D'autre part, j'ai un jour posté sur ce blog un message expliquant pourquoi j'ai une peur bleue des gens sans humour.
Je n'avais pas de boule de cristal, je n'avais pas anticipé l'affaire des caricatures de Mahomet. Simplement, il faut voir les choses comme elles sont : les gens sans humour sont dangereux, d'où qu'ils viennent. L'humour permet de relativiser, de prendre du recul, de lubrifier les rapports humains, d'instaurer une certaine tolérance dans les conflits, de se moquer de soi. Et se moquer de soi, c'est sourire à la vie.
Ne pas avoir d'humour, c'est prendre le risque d'être absolutiste, totalitaire, infatué, intolérant, grincheux, triste. On remarquera que certains saints avaient une forme d'humour.
Comme beaucoup de peuples opprimés, les Iraniens ont un humour féroce. Exemple d'une histoire qui court à Teheran :
Le président, connu pour son allure négligée, se présente un jour à la télévision, avec une belle raie au mileu, les cheveux soigneusement rejetés sur les cotés. Etonnement dans le peuple, les Iraniens s'interrogent, jusqu'à ce que vienne l'explication : le président a trié les poux ; les mâles d'un coté, les femelles de l'autre.
Armée de Chirac, armée de Napoléon le petit ?

L'émission C dans l'air est très souvent instructive. J'ai saisi un bout sur la dissuasion nucléaire. Un intervenant commençait à dire quelque chose de fort intéressant mais il a été interrompu par la publicité et la discussion a pris un autre chemin. C'est bien dommage, j'aurais été passionné par un développement.
Voilà ce que disait cet intervenant : "L'armée du second empire s'est dispersée en interventions extérieures, (Mexique, Maroc, ...) et, quand est venu le moment de remplir sa véritable mission, c'est-à-dire défendre le territoire et combattre l'Allemagne, elle s'est effondrée en quelques jours. J'ai peur qu'il en soit de même pour notre armée actuelle."
Or, je partage cette crainte. La situation a bien changé par rapport au XIXème siècle, mais la question que je me pose est la suivante : l'armée française d'aujourd'hui serait-elle capable de faire face à une menace grave et inattendue (ce sont les plus difficiles à maitriser) ?
L'exemple que j'ai en tête est la guerre des Malouines : si quelques mois avant, on avait dit aux Britanniques qu'ils auraient à mener, seuls, sans l'appui d'alliés, une guerre à l'autre bout du monde, ils auraient sans doute répondu que c'était fou que ce n'était pas prévu dans leurs plans. Ils s'en sont quand même sortis avec quelques improvisations. La France aurait-elle la même capacité en 2006 dans une situation aussi surprenante ?
C'est une grande et malheureuse tradition de l'armée française que de préparer la guerre d'avant plutôt que celle d'après. Cette mauvaise préparation a souvent été payée au prix du sang. Frappés par l'horreur de la guerre des tranchées, nous oublions les massacres de l'été 14, où des centaines de milliers de pioupious habillés comme des cibles de carnaval ont été fauchés à la sulfateuse.
Le problème aujourd'hui est que, même pour compenser l'impréparation au prix du sang, il faut du temps, qui est la chose la plus rare dans les guerres actuelles.
Les cent missiles qui manquent dans l'arsenal, le satellite espion qui n'a pas été lancé, l'escadron de Rafale qui est prévu pour dans trois ans, tout cela ne pourra pas apparaître, en cas de besoin, du jour au lendemain même avec de grands efforts.
Chiffre édifiant : en quinze ans, la dsiponibilité des hélicoptères de l'armée, moins nombreux pourtant, est passé de 70 % à 37 %. (je ne vous ai pas mis une photo d'hélicoptère mais de Miarge 2000 que je trouve très élégant)
La France est-elle encore indépendante militairement (1), c'est-à-dire encore souveraine, ou n'est-elle qu'une force supplétive des USA ? (Je rappelle pour les oublieux cette phrase de Condoleezza Rice : "Nous ferons la guerre et les Européens aideront les vieilles dames à traverser la rue.")
J'évoquais il y a peu un scénario où la France bombarderait seule les installations nucléaires iranniennes. A supposer, ce qui est par ailleurs exclu, que la volonté politique y soit, la France en aurait-elle les moyens ? J'en doute très fortement (il suffit de regarder une carte : 8000 km bien tassés à partir de la France...). Si on me demanndait de parier sur ce sujet, je parierais que seul Israel en a la volonté et les USA les moyens..
Je pense que, depuis quelques années déjà, les armées françaises ne sont plus des instruments au service de la politique mais que c'est la faiblesse de ces armées qui décide de la politique. On fait la politique de nos moyens au lieu de nous donner les moyens de notre politique.
On en revient toujours à cette phrase de Daniel Halévy que j'aime citer : "Sans la menace de la force armée, la diplomatie n'est qu'aboiement de roquet."
Or, au moment où les tensions montent avec certains pays musulmans et où l'Asie est une poudrière, nous sommes à poils. Autre chiffre édifiant : 20 000 hommes "projetables" pour un effectif global de 360 000 hommes, autrement dit, les choses étant ce qu'elles sont, comme disait Charles de G., seul 1 militaire sur 18 a vraiment une utilité politique.
Tout cela, c'est une question de sous et d'organisation, mais, sur ce point je vais être obligé de revenir à mon tropisme libéral : je considère que les missions de l'Etat sont en priorité la défense, la police, la justice et que le reste tombe très vite dans la dispersion, le saupoudrage, le gaspillage, l'abus de pouvoir. Malheureusement, ce qui est gaspillé en "Langueries", gouffre de l'EN et autres fariboles pseudo-sociales finit par manquer pour les véritables missions de l'Etat.
(1) : quelle que soit le haute qualité que nécessitent des interventions comme celle de Cote d'Ivoire, il ne s'agit que d'une opération de police et non d'une guerre. D'autre part, je raisonne en considérant que les coopérations européennes ne sont que cela, des coopérations, mais que, en dernier ressort, il y a des opérations qu'un pays doit avoir la capacité de mener sans en référer à personne, en comptant sur ses propres moyens.
Entendu à la radio : le Huchon est à pleurer
"Le problème économique de la France est le manque de relance keynésienne et de pouvoir d'achat ."
Venant d'un homme si bien placé, c'est à tomber en larmes :
> les déficits des trente dernières années ont tous été mis sur le compte du keynésianisme. On connaît le résultat.
> il n'est en aucun cas prouvé que le problème de la France est un problème de demande. Il est même certain que nous avons un problème d'offre.
> Aucun pays qui s'est sorti de la merde ces dernières années n'est passé par une relance keynésienne mais au contraire tous ont mis l'accent sur l'efficacité de l'Etat, la baisse des impots et l'équilibre budgétaire.
> enfin, dernier point non négligeable : la valeur théorique du keynésianisme a toujours fait débat.
Avec des zygotos pareils, je comprends le désarroi de Kouchner, Bockel, Rocard et compagnie.
Les barbus et le yaourt danois

(photo: manifestants à Djakarta. Nota pour les naïfs : un cercueil revêtu d'un drapeau danois n'est pas un symbole d'amour pour le Danemark, d'écoute et de respect de l'autre).
Finalement, cette funeste histoire de caricatures de Mahomet, avec tout son coté ... caricatural, est un excellent révélateur.
Plus le temps passe, plus on s'aperçoit que la réaction "spontanée" de la "rue arabe" est une manipulation politique des barbus et de quelques dictateurs.
C'est un révélateur de la tactique des barbus qui utilisent magistralement les medias et notre complexe de culpabilité post-coloniale (pourquoi ne pas dire ce qui saute aux yeux, à savoir que l'Islam véhicule des valeurs qui ne sont compatibles avec la modernité ? Ce n'est pas une condamnation définitive : nous savons bien que des valeurs peuvent évoluées et qu'elles évoluent déjà).
C'est un révélateur de la faiblesse des Européens : pourquoi cette façon de biaiser, de parler de "respect des croyances" ? Comme si les protestataires respectaient nos valeurs et nos croyances. Alors qu'il suffit de dire quelque chose comme "C'est la vie. Chez nous, chacun a le droit d'exprimer son opinion et chacun a le droit de contredire pacifiquement cette opinion si elle lui déplaît. Les caricatures de Mahomet ne vous plaisent pas ? Ecrivez des articles et des bouquins sur la question."
C'est un révélateur de la faiblesse des Américains, coincés en Irak.
Enfin, c'est un révélateur du manque de confiance des musulmans en eux-mêmes. Faut-il être mal dans ses baskets pour se sentir mis en cause par douze malheureuses caricatures et sur-réagir à ce point.
Comment devons nous réagir ? Nous ne devons pas réagir verbalement, sur le mode "Cause toujours", et poursuivre toute violence.
EDF et Arcelor
Les nationalisations sont passées de mode, mais cela n'empêche pas de pouvoir utiliser à bon escient la force de frappe de la puissance publique. Les socialistes qui poussent des cris d'orfraie à propos d'Arcelor devraient se souvenir qu'après la privatisation d'Usinor par le gouvernement Juppé, c'est le gouvernement Jospin qui a cédé les 7,7 % que l'Etat avait conservés dans le sidérurgiste. De sorte que malgré les intérêts luxembourgeois, espagnols et belges encore présents chez Arcelor, c'est l'absence des Français qui le fragilise. Et quand Guy Dollé parle d'« Airbus européen de l'acier », il est trop tard pour imiter EADS, qui jouit d'un actionnariat fort associant une grande entreprise allemande, l'Etat et un groupe privé français.
Si la classe politique le souhaite, il existe une piste pour renforcer le capital de la douzaine de cibles potentielles du CAC. Ramener à 51 %, ce qui est largement suffisant pour assurer le contrôle public, la part de l'Etat dans EDF et GDF. Cela permettrait de doter le Fonds de réserve des retraites de 27 milliards d'euros et de financer des prises de participation à long terme de 15 à 20 % dans chacune des entreprises concernées [Danone, Alcatel, ...]. On peut aussi ne rien faire, comme les Britanniques. Mais il faut alors se réjouir de voir des étrangers acheter nos joyaux au prix fort.
"Au départ, il n'y a pas d'interdit spécifique concernant la représentation du Prophète"

Jean-François Clément, spécialiste de l'image dans l'islam, il rappelle qu'il est "faux et absurde" de dire que le Coran interdit la représentation du Prophète. Si Mahomet apparaît le plus souvent comme un prophète sans visage, cette règle a connu des exceptions. La polémique actuelle soulève la question de la figuration dans l'islam.
LE MONDE 04.02.06 15h06 • Mis à jour le 04.02.06 17h18
Devant la colère des pays musulmans, on a l'impression que leur presse ne connaît pas la caricature, qu'elle soit politique ou religieuse. Est-ce possible ?
C'est faux. Dans les pays musulmans où la liberté de la presse existe ou est relativement tolérée, la caricature et le dessin font partie du champ normal de la critique sociale. Il y a toutefois des limites. On ne peut pas désacraliser le chef de l'Etat, sinon la censure frappe. Mais il existe aussi beaucoup de dessins et de caricatures qui mettent en cause la religion musulmane elle-même, l'hypocrisie de certains croyants, le caractère superficiel de la foi, le pouvoir exorbitant que s'accordent certains responsables religieux. Dans cette presse — surtout celle du Maghreb ou celle des pays les plus ouverts du Proche-Orient (Liban, Egypte) —, l'insolence de la caricature existe donc réellement. Les juifs, le pape, les présidents américains peuvent être représentés et même caricaturés. Par exemple, au début des années 1980, on pouvait parfois voir la caricature du pape, avec un visage noir et un nez crochu, en train de montrer la direction du Liban à des troupes de soldats dessinés en croisés. Mais on peut mettre au défi quiconque de trouver, parmi tous ces dessins, le prophète Mahomet. Celui-ci échappe à toute représentation.
D'où vient cet interdit concernant le Prophète ?
Au départ, il n'y a pas d'interdit spécifique concernant la représentation du Prophète. L'interdit de l'islam porte sur la figuration en général, sur les statues à fonction d'idole "inventées par Satan", comme dit le Coran, et présentées comme des "abominations". On sait que les monothéismes se sont constitués contre ce paganisme idolâtrique. Ensuite, on trouve dans la sunna [ensemble des paroles et actions de Mahomet], en particulier dans le recueil de hadiths ["dits"] de Muhammad al-Bukhari (810-870), que trois attitudes sont possibles envers l'image : tolérer, mais s'abstenir de la produire ; condamner par la parole ; pratiquer l'iconoclasme, c'est-à-dire la détruire. On ne peut pas produire d'image, car la fabrication de formes figuratives est considérée comme une activité menaçant le monopole créateur de Dieu. Du IXe au XIIIe siècle, les théologiens durciront ces positions.
"Subiront le châtiment par le feu le plus terrible, le jour du Jugement dernier, tous ceux qui feront de la représentation figurée", écrit par exemple Muhammad al-Bukhari. Dieu les mettra au défi de créer une âme, soit une manière de rappeler qu'il a seul le monopole de la création complète, celle qui produit la matière, sa forme spatiale et l'âme qui doit nécessairement y être associée. Dieu reproche donc aux créateurs d'images de n'être pas des... dieux, c'est-à-dire de ne pouvoir donner une âme à une matière. C'est un reproche aussi connu en Occident, comme on le voit dans les récits de Pinocchio, du Golem, des robots animés de la science-fiction, pour ne rien dire du titan Epiméthée qui façonne une statue d'argile sans lui donner la vie, raison pour laquelle Zeus, lui aussi jaloux, le transforme en singe.
Comment expliquer, malgré cet interdit qui apparaît assez tardivement, l'existence de nombreuses représentations, y compris celle du prophète Mahomet ?
On la trouve, en effet, depuis l'Inde de la période moghole jusqu'à l'Empire ottoman et en Perse, et cela du XIVe au XVIe siècle. Les théologiens persans, indiens ou turcs ont toléré la représentation de figures humaines, des anges et même du Prophète en contournant de quatre façons l'interdit. La première est d'user de miniatures : une figure réduite ne peut pas être confondue avec une figure réelle. Cela inclut la reproduction du Prophète, puisqu'il n'est jamais en grandeur réelle. Ensuite, on peut considérer — si Dieu est absolu — que toutes les figures sont produites par Dieu et non par des hommes. A cela s'ajoutent deux autres modes de contournement propres à la représentation du Prophète. Si les figures humaines, celles des compagnons ou des anges qui se trouvent dans les miniatures autour de Mahomet ont un visage avec tous ses traits — la bouche, les yeux, les oreilles, le nez, la barbe —, le Prophète, lui, a toujours un blanc à la place du visage. Mahomet est un prophète sans visage. Sa figure est... afigurée. On la trouve aussi parfois recouverte d'un voile.
Cette représentation s'est-elle poursuivie à travers les siècles ?
Elle ne se poursuit pas aux XVIIe et XVIIIe siècles. Cette capacité représentative, qui aurait pu être le début d'une sorte de Renaissance musulmane, a été tuée dans l'oeuf. Il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour qu'en Egypte, sur le mode des images de Saint-Sulpice ou des images d'Epinal, commencent à circuler des images pieuses comme supports de transmission de la foi. C'est à partir de là qu'on a commencé à représenter des prophètes comme Adam, Noé, Abraham, ou même Ali, le gendre de Mahomet, et ses deux fils Hussein et Hassan, mais jamais le Prophète lui-même.
Cette circulation d'images pieuses est le début d'une "révolution iconique" qui ne s'arrêtera plus jusqu'à aujourd'hui. Et le paradoxe veut que cette civilisation musulmane, à ses origines si méfiante à l'égard de l'image, confondue avec l'idolâtrie, soit aujourd'hui écrasée par l'image, devenue un des principaux modes de communication et de prosélytisme religieux ou politique. Comment exprimer autrement le formidable développement en pays musulmans, au XXe siècle, de la photographie, du cinéma, des cassettes vidéo, des DVD, de la télévision jusqu'à Al-Jazira ? Comment oublier l'utilisation qui a été faite de l'image dans le culte de la personnalité des souverains politiques ou d'un chef religieux comme l'imam Khomeiny ? Qu'on pense aux images de Nasser en Egypte ou d'Hassan II au Maroc.
Et l'un des paradoxes de la situation actuelle est bien que les islamistes, qui disent vouloir retrouver la pureté des "origines" de l'islam, font aujourd'hui un usage surabondant de l'image figurative. Dans la bande de Gaza, dans les territoires occupés, on vend des centaines de milliers d'exemplaires de photos des "martyrs" palestiniens. Pour ne rien dire des images d'Oussama Ben Laden, d'Ayman al-Zawahiri ou aujourd'hui d'Abou Moussab al-Zarqaoui.
Quelle ressemblance et quelle différence y a-t-il aujourd'hui avec l'affaire Rushdie ?
Dans un cas, on s'en prend à un texte littéraire, dans l'autre, à des images. Mais ceux qui avaient condamné les Versets sataniques de Salman Rushdie (Bourgois, 1998) ne l'avaient pas lu et ceux qui condamnent aujourd'hui les caricatures danoises n'en ont vu, dans le meilleur des cas, qu'une seule sur les douze publiées au Danemark : celle qui présente la tête du prophète Mahomet surmontée d'une bombe en guise de turban. Autre point commun : lorsque l'imam Khomeiny lance l'affaire, en février 1989, il s'agit d'abord pour lui de tester les autorités européennes et surtout de mobiliser les islamistes à travers le monde autour de lui.
Dans les deux cas, ces affaires ont été "mondialisées" par les médias. Mais on ne sait pas s'il y aura la même mobilisation en Europe autour des Danois, collectivement accusés, que jadis autour de Salman Rushdie et de son livre. Il est vrai que M. Rushdie avait été directement menacé de mort par des autorités officielles d'un Etat, ce qui n'est pas le cas dans la situation présente.
Dans les manifestations d'aujourd'hui, l'argumentaire est-il surtout religieux ou politique ? Il est plus politique que religieux. Ces caricatures sont considérées comme un outrage aux musulmans dans un scénario de "choc des civilisations" imaginé aux Etats-Unis, mais que les pays musulmans ont aussi parfaitement intégré depuis le 11-Septembre. Cette affaire de caricatures participe d'une mentalité de "victimisation" : la presse européenne et les Occidentaux en général ne nous comprennent pas, ne nous aiment pas, bafouent, au nom de leur liberté d'expression, ce que nous avons de plus précieux — notre foi — et font des lois contre les musulmans. Il est dit aussi que donner une image terroriste du Prophète, c'est assimiler islam et islamisme violent.
Mais il y a trois arguments spécifiquement religieux, tous les trois faux ou absurdes : le Coran interdit la représentation du Prophète ; le Prophète n'a jamais été représenté tout au long de l'histoire de l'islam ; enfin, si l'on représente le Prophète, on risque d'en faire une idole.
Ajoutons que les musulmans ne comprennent pas que les attaques contre les juifs soient punies par les lois européennes, mais pas celles qui atteignent les musulmans. Enfin, pour certains, Mahomet n'est pas seulement le prophète des musulmans, mais celui de tous les hommes et, à cet égard, il doit être respecté.
Pensez-vous que les proclamations, en Europe, de défense de la liberté de la presse et du droit à la caricature et à la dérision puissent faire avancer la prise de conscience dans les pays arabes ?
Les critiques viennent de pays dans lesquels la presse, en général, est soumise aux gouvernements. L'Occident a réussi à faire cohabiter le droit à l'expression et à la dérision avec le respect des croyances, mais ce fut au prix de longues batailles historiques. Nous sommes face à des pays qui ne se développent pas économiquement, qui vivent dans un univers dominé par l'idée que c'est par la faute des autres qu'ils sont pauvres. Le vrai problème — et l'on en revient à l'image — est dans la représentation qu'ils se font d'eux-mêmes et dans celle qu'ils ont des autres.
Vers une loi contre le blasphème ?
[06 février 2006]
Face à la violence déchaînée dans le monde musulman à la suite de la publication de caricatures de Mahomet par des journaux européens, deux stratégies s'affrontent. La première plaide en faveur de l'apaisement, la seconde choisit la fermeté sur le terrain des principes. La première de ces thèses peut sembler la plus sage, mais l'examen des faits et l'analyse de la situation inclinent nettement à opter pour la seconde.
L'apaisement s'appuie sur l'argument selon lequel il ne faut pas désespérer les musulmans modérés. Il faut laisser du temps au temps, disent en particulier ceux qui croient encore aux bienfaits d'une politique arabe qui, apparemment, ne protège guère nos ambassades. Et de rappeler que Salman Rushdie a survécu à la fatwa de Khomeyni lors de la publication de son roman Les Versets sataniques, en février 1989. Le temps aidant, Taslima Nasreen est parvenue elle aussi à quitter saine et sauve le Pakistan après la fatwa qui frappait son roman La Honte, en octobre 1994.
La thèse de l'apaisement repose, en outre, sur le constat que la disproportion est éclatante entre les douze caricatures danoises mises en cause et l'ampleur de mouvements de foule qui se répandent de Téhéran à Beyrouth et de Damas à Islamabad en passant par Gaza. L'écart vertigineux entre la cause et l'effet – et cela quatre mois après la publication de ces dessins dans le journal danois Jyllands-Posten le 30 septembre dernier – témoigne que l'opération est manipulée : raison de plus pour ne pas souffler sur cette braise. En faisant appel à des caricaturistes pour illustrer un essai sur Mahomet dont l'auteur n'arrivait pas à trouver d'illustrateurs, le quotidien de Copenhague a commis une faute. Les journaux qui ont reproduit ces dessins sont allés au-delà de leur devoir d'information. Ne donnons pas aux intégristes, déjà portés au sommet en Iran, le prétexte dont ils ont besoin pour enflammer les masses et s'emparer du pouvoir en Egypte, en Syrie et peut-être même en Arabie. Aidons plutôt les musulmans modérés, en ne froissant pas leurs croyances, et en sachant que, plus ils seront forts, plus il est probable que les chiites et les sunnites finiront par s'entre-dévorer.
Cet argumentaire serait fondé, dans l'hypothèse, chère à Huntington, où nous serions en présence d'une confrontation objective entre deux civilisations. Le seul moyen d'éviter un tel choc serait alors en effet de ne donner à l'adversaire aucune des armes, militaires et psychologiques, dont celui-ci se sert pour nous affaiblir. Mais nous ne sommes pas en présence d'une guerre de civilisations, tant les deux camps supposés face à face sont éclatés dans l'espace et divisés. Nous sommes défiés par une guerre contre la civilisation, ce qui n'est pas du tout la même chose : la civilisation, entendue comme processus d'émancipation de l'individu, de développement matériel et de maîtrise de la violence. Cette idée de la civilisation a, il est vrai, pris naissance en Occident. Elle demeure un projet, largement inabouti. Elle n'en demeure pas moins la condition du libre exercice de l'esprit critique, de la responsabilité et de la tolérance.
A vue humaine, les idéologues de l'intégrisme islamique savent qu'ils n'ont guère de chance de remporter la victoire par les armes. Ils comptent en revanche sur l'arme idéologique. A défaut de pouvoir atteindre sur ce terrain les Etats-Unis, ils estiment disposer de moyens de pression beaucoup plus grands sur l'Europe occidentale, dévorée de culpabilité par la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et de son passé colonial.
Dans cette bataille idéologique, la religion n'est qu'un prétexte : plus encore que les consignes du Prophète, les idéologues intégristes appliquent celles de Clausewitz, Lénine, Hitler et Mao. Vendredi dernier, à Munich, Mme Merkel semble l'avoir compris. Leur but est de briser les valeurs libérales et la certaine idée du bonheur qui exercent sur les élites des pays arabes et sur les musulmans émigrés un pouvoir d'attraction lent, mais irrésistible. Ces manipulateurs sont suivis, partout dans le monde, par les fondamentalistes de tous ordres, ethniques ou identitaires, qui comptent sur eux pour faire avancer leur rêve totalitaire.
Voilà pourquoi la fermeté s'impose. Comment parier sur l'avenir d'une démocratie qui se déclare attachée aux droits de l'homme, mais qui capitule chaque fois que l'usage d'une liberté est menacé par une minorité exerçant un chantage à la violence ? S'agissant de simples caricatures, reconnues comme telles, de banales plaisanteries identifiant le Prophète au terrorisme – mais qui a commencé ? –, on s'excuse et on recommande le «respect». Mais on s'interroge sur la suite à donner aux provocations de M. Dieudonné qui se réclame de son droit à la caricature quand il accuse Israël de nazisme, alors même qu'il ne plaisante pas, et qu'il s'en vante ? Déjà, le Conseil français du culte musulman s'est réuni pour envisager un procès contre les journaux coupables d'avoir reproduit les dessins danois. Dans le climat de confusion qui gagne les meilleurs esprits, on attend avec intérêt le dépôt d'un projet de loi contre le blasphème sur le bureau de l'Assemblée. [les parlementaires sont tellement incouillus qu'ils en sont capables]
Caricatures : le syndrome de Copenhague
[06 février 2006]
Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ?
Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d'autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l'esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l'Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d'opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l'UOIF par exemple, ne sont pas en reste.
Mais le plus inquiétant n'est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s'engagent, l'un après l'autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu'ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d'ardents défenseurs, avant d'exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s'exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d'avoir réhabilité la notion de blasphème que l'on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l'homme des Nations unies, n'a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu'elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?
Toutes ces déclarations témoignent d'une profonde incompréhension de ce qu'est l'esprit de tolérance. En effet, si chacun est libre de professer les opinions qu'il veut, la tolérance suppose que chacun puisse également contester n'importe quelle religion.
Dans un Etat démocratique, la seule limite que l'on peut exiger des adversaires d'une religion comme de ses fidèles est de ne pas dériver vers le racisme, c'est-à-dire de critiquer autant qu'ils veulent les croyances, mais de ne jamais stigmatiser de supposées caractéristiques ethniques. Se moquer d'une religion, ce n'est pas se moquer d'un peuple. Rien ne permet d'attribuer une telle dérive aux caricaturistes danois. On ne peut malheureusement en dire autant de la presse de plusieurs Etats musulmans qui fustige régulièrement les juifs en tant que tels, quand elle ne construit pas des procès d'intention contre eux fondés sur des faux comme le Protocole des sages de Sion.
Comme le suggère Umberto Eco, dans Le Nom de la rose, ce que toutes les institutions religieuses craignent le plus, c'est le rire, la remise en question décapante de la Révélation.
Il n'y a rien de plus redoutable que des hommes qui sont incapables de relativiser leurs croyances et qui entendent forcer les autres à les partager, ou au moins, à leur interdire de mettre ces croyances en question.
C'est pourquoi il est fondamental de défendre le droit de rire pour aider ceux qui entendent défendre la liberté et la tolérance à l'intérieur même de l'islam, comme Salman Rushdie, Ayaan Hirsi Ali aux Pays-Bas ou Shabana Rehman en Norvège. Le flambeau de la lutte contre l'intolérance religieuse, allumé au XVIIIe siècle, par Voltaire et d'autres philosophes des Lumières, ne doit pas s'éteindre, ou plutôt il doit être rallumé. Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l'humanité.
dimanche, février 05, 2006
Nos vaches sacrées (G. Ottenheimer)

F
Dans le genre, je préfère J. Marseille, plus argumenté, ou N. Baverez, plus flamboyant (son "Chirac, cellule de soutien psychologique à lui tout seul" est un délice)
Néanmoins, c'est une synthèse. La France est schizophrène : elle nie les réalités tout en exagérant les dangers d'une manière phobique (les délires de l'anti-libéralisme). Oui la France a des atouts, il suffirait pour les révéler qu'elle arrête de regretter un passé mythique.
Et nos élites auto-proclamées et cooptées, qui ont complètement abdiquées leur rôle pédagogique, ne sont pas innocentes dans cette faillite, comme ce directeur de cabinet ministériel qui déclare comme la chose la plus naturelle du monde : "Ce pays est foutu. J'envoie mes enfants étudier aux Etats-Unis."
On imagine avec quel ton froid et cinglant De Gaulle aurait congédié un tel fonctionnaire dans la minute du genre "Hé bien vous aussi, vous allez étudier ailleurs" (moi aussi, je fais dans la nostalgie). Je remarque au moins que certains hauts fonctionnaires partagent mon opinion sur le système éducatif français. Dailleurs, un des passages les plus intéressants est sur las grandes écoles, la manière dont elles se marginalisent et se provincialisent rapidement dans la compétition éducative mondiale. HEC, Polytechnique, Centrale sont sorties du radar des "top schools" ; trop petites, trop fermées, pas assez de prestige, pas assez de recherche.
La France n'est si sujet à des éruptions révolutionnaires que par qu'elle est si concervatrice, qu'elle n'a pas l'habitude de réformer au fil de l'eau. Elle se crispe sur la passé jusqu'à ce que ça pète.
Le chien et la lecture

Les Américains ont inventé une méthode de lecture à base de chien : les enfants lisent une histoire à un chien (sélectionné pour son bon caractère). Ca permet qu'ils soient moins tendus qu'en lisant à toute la classe ou au maître.
Ca ne me paraît pas idiot tant que ça reste de lordre de l'aide à l'apprentissage.
The Reading Education Assistance Dogs
samedi, février 04, 2006
Entendu à la radio
> L'audition publique du juge Burgaud retransmise par les télévisions est obscène, elle est dégradante pour la justice et pour le parlement, c'est un lointain écho des comités révolutionnaires. Voir sur le site du Monde l'entretien avec le père Wiel qui explique pourquoi il n'assistera pas à l'audition du juge Burgaud
L'intégration des handicapés dans l'aéronautique

J'ai été désigné par le sort pour donner mon avis sur l'intégration des handicapés dans la société qui m'emploie, ce qui m'a amené à quelques réflexions :
> il est difficile d'intégrer des handicapés mentaux dans l'aéronautique, du fait du caractère technique du domaine.
> il est presque aussi difficile d'intégrer des handicapés moteurs.
En effet, l'aéronautique (1) est un milieu particulièrement conformiste. Le développement d'un matériel aéronautique demande rigueur, organisation, méthode, persévérance, mais guère de créativité ou d'originalité. C'est pourquoi la différence n'y est pas mise en valeur. L'originalité y est même parfois, au nom de la sécurité, ressentie comme un danger.
Il est difficile d'intégrer un handicapé, mais presque autant un Italien ou une femme ! (alors une Italienne handicapée ...)
> dans ce domaine, l'administration, se réfugiant systématiquement derrière la sécurité pour refuser le changement, la remise en cause, voire tout simplement pour refuser de penser (2), ne donne pas l'exemple.
> enfin, pour élargir le débat, la société française est particulièrement rétive à la différence, à la politesse et à l'altruisme. Nous critiquons les Américains, exemple parmi mille, mais, eux, dans une file d'attente, ils proposent à un handicapé de passer devant, celui-ci n'a pas besoin de revendiquer face à des interlocuteurs volontiers ronchons, comme chez nous.
Vous trouverez au lien suivant le site de la patrouille pour handicapés dont vous avez la photo.
Patrouille bleu ciel
(1) : peut-être mon point de vue est-il accentué par la culture de lasociété dans la quelle je travaille.
(2) : il est plus facile d'appliquer le règlement que de réfléchir
vendredi, février 03, 2006
Islam/caricatures de Mahomet : une manipulation des «Frères musulmans » ?
jeudi, février 02, 2006
Les champions nationaux contre la croissance
A noter que les apparatchiks (ENA ou X-Mines) parachutés à la tête des grands groupes, étant à la fois inexpérimentés et incompétents dans le métier de leur société, sont condamnés à subir l'influence des modes de management, ce qui ne leur permet de se distinguer des concurrents, et à développer des stratégies abstraites passe-partout, qui, malgré les beaux discours, tiennent très peu compte des spécificités du métier, bref une recette assez sûre pour échouer (Alstom -ignorance du métier des turbines, par exemple)
Les acteurs publics naturels de l'industrie, si il en faut, sont les régions ; mais plus que partout ailleurs, le principe de subsidiarité (faire à l'échelon le plus bas possible) a du mal à vivre en France.
Là encore, nous ne faisons que payer des choix inégalitaires et conservateurs pour ne pas avoir voulu briser le mythe de l'Etat omnipotent et omniscient, ayant vocation à intervenir dans tous les domaines.
Les champions nationaux contre la croissance
AUGUSTIN LANDIER et DAVID THESMAR
Le Conseil d'analyse économique s'apprête à publier un rapport sur la compétitivité de l'économie française. Le constat est accablant : si quelques champions tirent leur épingle du jeu, la grande masse des PME françaises sont en perte de vitesse. Résultat : après près de deux décennies d'excédent commercial, la France renoue avec le déficit chronique. La perte de compétitivité de nos entreprises rappelle étrangement le début des années 1980, une époque de déroute économique que l'on croyait révolue. Selon les informations déjà publiées dans « Les Echos », les auteurs du rapport préconisent de privilégier le soutien public aux PME plutôt que de le concentrer sur quelques champions. On peut même aller plus loin : c'est parce que l'on dope nos champions que nos PME ne peuvent se développer. Parce que nous privilégions le statu quo, nous empêchons le tissu productif de se revitaliser.
Les champions nationaux sont un peu nos bijoux de famille : créés entre le XVIIIe siècle et les années 1960, nous les chérissons parce qu'ils font partie de la mythologie d'une prospérité économique perdue. Dans la grande tradition dirigiste française, l'un des axes de la politique gouvernementale consiste à apporter un soutien public sans faille à nos grandes entreprises. A première vue, ce dirigisme « new look » peut sembler prometteur : après tout, quel usage plus judicieux des fonds et des énergies publiques qu'aider nos grandes entreprises à innover, conquérir de nouveaux marchés et se protéger des prises de contrôle hostiles ? A y regarder de plus près, il y a pourtant des raisons de penser que cette politique de dopage des champions nationaux a des effets fortement toxiques sur notre économie.
Sous ses dehors patelins, ce type de patriotisme économique est en effet extrêmement coûteux pour les Français : il brise la dynamique de la croissance de long terme en rendant indirectement très difficile l'apparition de nouvelles grandes entreprises. En effet, les travaux récents confirment tous l'intuition initiale de Schumpeter : la croissance économique est un processus continuel de création destructrice. Quel que soit le pays, quel que soit le secteur considéré, les firmes existantes contribuent peu à la croissance. Celle-ci est dans sa majeure partie le fait des nouvelles entreprises, qui exploitent de nouvelles technologies, pour vendre de nouveaux produits.
Ainsi fonctionne le capitalisme. Impitoyablement, des entreprises nouvelles surpassent les anciennes, parce qu'elles servent à la fois mieux leurs clients, leurs employés et leurs investisseurs. Les capitaux, les talents et les consommateurs migrent alors des anciens champions vers ces jeunes champions qui peuvent ainsi se développer. Des emplois sont détruits, pour que d'autres soient créés.
En apportant un traitement de faveur aux champions en place, c'est le processus vital de régénération de l'économie qu'on ralentit, au risque de gripper la machine capitaliste et donc de bloquer la croissance. Artificiellement dopés par leur monopole de l'attention politique et donc des subventions à l'investissement, à la recherche ou à l'embauche, nos champions épuisent une large partie de nos réserves nationales de deux denrées qui font cruellement défaut à nos jeunes entreprises : les capitaux privés disponibles et les travailleurs qualifiés. De plus, lorsque de nouvelles entreprises cherchent à se mesurer au champion en place sur leur marché, le combat est déloyal si ce dernier est dopé par la protection publique. Le dopage du « tenant du titre » décourage les challengers potentiels. Dans certains secteurs, la puissance publique va même jusqu'à octroyer au champion en place un monopole de fait sur le consommateur. Cette politique anticoncurrentielle pèse sur l'ensemble des consommateurs et sur le niveau des créations d'emplois ; elle est aussi antiredistributive, puisqu'elle bénéficie aux actionnaires et aux salariés protégés.
Le bilan de cette politique de statu quo est accablant : les vingt-cinq plus grosses entreprises françaises actuelles existaient déjà toutes en 1960, alors que ce n'était le cas que de six d'entre elles aux Etats-Unis. Pourtant, en ce domaine, la richesse, c'est la jeunesse : la capitalisation boursière de jeunes entreprises comme Google, Microsoft, Amazon ou Yahoo! dépasse largement celle de General Motors ou Ford. C'est parce qu'on apporte aux champions actuels une aide démesurée que l'on empêche, dans notre pays, l'émergence des champions de demain.
Il s'agit évidemment de protéger l'emploi, la position stratégique de la France dans tel ou tel secteur, la fierté nationale. Mais, comme souvent en politique économique, c'est bien l'enfer qui est pavé de bonnes intentions.
AUGUSTIN LANDIER est maître de conférences à l'université de New York. DAVID THESMAR est professeur associé à HEC Paris.
mercredi, février 01, 2006
Mittal contre Arcelor
Or je dois dire que tout ce que j'ai entendu sur le sujet me paraît très très léger. Les deux seuls arguments qui me paraissent vraiment convaincants sont les suivants :
> Mittal fait moins de R&D qu'Arcelor
> le fait que la famille Mittal contrôle le groupe à 97 % dévalue l'action Mittal (pas de pouvoir associé)
Ca m'étonnerait que ça soit suffisant. Attendons pour voir.
Un tabou français : l'Education doit elle être Nationale ?

Le simple fait de se poser sérieusement la question en titre induit la réponse : il n'y a aucune raison opérationnelle qui justifie l'existence d'une administration nationale de l'éducation.
La meilleure preuve en est que cette administration nationale de l'éducation, ayant la mainmise sur 80 % des écoles, n'existe dans pratiquement aucun autre pays ; sans que les populations en soient moins éduquées.
En fait, la justification du caractère national de l'administration de l'éducation tient à la propagande : les fameux "hussards noirs de la République".
La seule chose qui devrait être organisée au niveau national, ce sont les examens, de manière à ce que les diplomes aient la même valeur sur tout le territoire ; et encore, on sait bien que, quoi qu'on fasse, un bac obtenu à Louis-le-grand sera mieux vu qu'un bac obtenu à Sarcelles.
Je fais une première remarque : le fait de séparer radicalement les examens et les écoles permettrait de mettre fin au système pervers actuel, où l'EN est à la fois juge et partie. La réussite aux examens attestant de la qualité de l'enseignement, l'usage est établi de baisser les exigences aux examens pour entretenir l'illusion de la qualité de l'enseignement ; tour de passe-passe qui impressionne peu les parents d'élèves informés. Je mets les écoles privées sous contrat dans le même sac puisque leur liberté pédagogique est très limitée.
Imaginons un instant que, par miracle ou sous l'effet cumulatif des errements pédagogiques et financiers, l'EN perde la mainmise sur les écoles et que chacune soit cédée au mieux disant (entreprise, association, particulier, collectivité locale).
Une école privée hors contrat, sauf cas exceptionnels d'écoles privés particulièrement "select", n'est pas viable avec la seule contribution des parents d'élèves. Elle fait appel à des subventions locales (commune, département, région). Il est donc faux de prétendre ou de donner à croire que, dans une école privée hors contrat, on enseigne n'importe quoi. Il y a en réalité une quadruple protection contre les dérives :
> le contrôle de l'apporteur de subventions.
> le contrôle des parents d'élèves qui, étant mis à contribution, sont fortement motivés pour "en avoir pour leur argent".
> le contrôle légal, qui interdit les discriminations
> la sanction des examens
Je fais une deuxième remarque : la multiplicité des acteurs et l'exigence des clients garantissent une grande adaptation et une bonne qualité de l'enseignement. La clé de la qualité d'ensemble du système résiderait dans le niveau d'exigence des examens, puisque ce sont eux au final qui sanctionnent la réussite ou non de l'enseignement.
La mise en place d'un système généralisé d'écoles privées suppose l'existence de chèques-éducation que les parents d'élèves pourraient dépenser dans l'école de leur choix.
Enfin, pour conclure, je vous signale qu'il existe aujourd'hui en France environ 350 écoles privées hors contrat, ce qui est miracle puisqu'elles sont payantes et concurrencées par les écoles publiques gratuites ou par les écoles privées sous contrat subventionnées. Il faut donc que les parents d'élèves y trouvent un gros avantage.
Blasphémons tous en coeur ...

Censure verte, terrorisme intellectuel et esprit munichois
Vous trouverez à ce lien l'explication sur douze caricatures de Mahomet publiées par un journal danois.
Elles provoquent une vague d'indignation "spontanée" (1) dans le monde musulman encouragée par les gouvernements selon la bonne vieille logique "Au moins pendant qu'ils (nos sujets) manifestent contre les Américains, les juifs et les occidentaux, ils ne pensent pas à renverser notre dictature." Cris contre le "blasphème" et appels à la censure.
Vous pouvez trouver ces caricatures idiotes, ce n'est pas la question : la liberté d'expression consiste justement à pouvoir publier des choses que vous jugez idiotes car votre voisin n'a peut-être pas le même jugement que vous sur l'idiotie et l'intelligence.
Pour l'instant, le gouvernement danois fait le mort sur le thème "Je n'ai pas à me mêler de ce que publie la presse."
Bravo, mais il ne faudrait pas que la pression monte dans certaines chancelleries "Ce ne sont que des caricatures après tout. Dans le climat actuel, vous pourriez faire un geste, au nom de la généreuse entente entre les peuples."
Sauf que ce sont toujours les mêmes qui crient au blasphème (2) et toujours les mêmes qui devraient "faire un geste" et se censurer ; je n'ai pas entendu un gouvernement européen appeler à la censure des tartines d'antisémitisme débridé qui s'étale à longueur de journaux arabes ou perses.
Je suis peut-être paranoïaque, mais l'esprit munichois ne me semble jamais très loin.
Tout cela ne vole pas très haut, mais ce n'est pas une raison pour laisser passer.
(1) : pour juger du caractère spontané des manifestations, il faudrait connaître le pourcentage de Palestiniens qui lisent tous les matins au petit-déj les journaux danois.
(2) : quoique certains chrétiens ne demanderaient pas mieux que de rétablir la censure, mais ils sont minoritaires.
Le capitaliste Villepin

Dominique de Villepin a déclaré que le partiotisme économique consistait en ce que le capital soit contrôlé et qu'il incite les patrons à y veiller. Merveilleux, comme si les patrons, dont c'est l'obsession et l'inquiétude - on le leur reproche assez-, avaient attendu Galouzeau pour savoir ça !
Mais allons plus loin dans la mécanique infernale, c'est un pot aux roses en forme de poupées russes à trois niveaux : pourquoi l'actionnariat de Danone, Total et Alcatel, pour ne prendre que ces exemples, est-il majoritairement aux mains d'étrangers ?
1) Les bénéfices des sociétés du CAC servent à payer la retraite des retraités californiens : il n'y a pas de fonds de pension français. Or, par paresse intellectuelle, on a jeté l'anathème sur les fonds de pension . Pourtant il ne s'agit en réalité que de salariés qui mutualisent leur épargne-retraite, il n'y a là absolument rien de condamnable. On peut même penser que ça serait une diversification intelligente d'introduire une part d'épargne dans notre système de retraite. C'est d'ailleurs possible en France ... pour les fonctionnaires (après, vous aurez du mal à me dire que c'est une simple obsession de ma part de considérer les fonctionnaires comme des privilégiés).
2) Il se trouve pourtant que les Français épargnent pour leur retraite en plus du système par répartition, c'est un bel effort : il s'agit de l'assurance-vie. Or il se trouve que 90 % de l'assurance-vie gérée par les banques (2/3 des assurances-vie) sont investis en OAT, c'est-à-dire qu'elles financent le déficit de l'Etat, autrement dit la partie la moins dynamique de l'économie. C'est un des effets les plus pervers et les plus dévastateurs des déficits étatiques que d'assécher les sources de capital des entreprises françaises, il n'est pas besoin de chercher ailleurs les causes de la faiblesse en PME de la France.
3) La fiscalité favorise outrageusement l'immobilier (exonération des plus-values sur la résidence principale, par exemple) alors que les plus-values sur actions sont fortement taxées (26 %). C'est bien joli, l'architecture et les immeubles modernes, mais ça ne prépare pas l'industrie de demain. En plus, comble de la bêtise, ces avantages fiscaux ne résolvent pas la crise de l'immobilier car bien des blocages viennent de contraintes réglementaires et non fiscales.
Bref, les choix de la France sont en faveur de l'immobilisme (immobilier contre actions, dette étatique contre capital privé). Doit-on alors s'étonner que les entreprises françaises cotées soient souvent "à poil" ? Nous sommes dans un système qui ne favorise pas la création de richesses : combien y a-t-il d'entreprises du CAC 40 qui n'existaient pas il y a 20 ans ? Alors que Google et Microsoft ... Mais inutile de retourner le couteau dans la plaie.
Dominique Galouzeau de Villepin pouvait-il le dire ? Je ne suis même pas sûr que, en apparatchik étatiste, il en est pleinement conscience.
Finalement, cette histoire est assez morale. Nous faisons des choix et nous en subissons les conséquences : bons choix, bonnes conséquences ; mauvais choix, mauvaises conséquences. Contrairement à ce que racontent certains, nous avons encore possibilité de façonner notre avenir.

