vendredi, août 29, 2008

Un peu de culture industrielle : la réussite de Dassault Aviation vue par les Américains

Ce rapport de la Rand Corporation date de 1973 :

A Dassault Dossier

Les Américains s'interrogeaient sur la réussite de Dassault Aviation, qui réussissait à concevoir et à exporter d'excellents avions, assez bon marché avec 6 à 7 fois moins de personnel qu'eux, voire encore moins suivant comment on compte.



Nota sur le film : le Mirage «Balzac» détient toujours à ma connaissance le record de l'avion à décollage vertical le plus rapide du monde (si je suis enduit d'erreur, prière de rectifier).

Ce rapport est intéressant à relire parce qu'il permet par comparaison de constater les évolutions de l'industrie aéronautique en trente ans, pas toujours pour le meilleur. Je mets entre crochets mes commentaires sur les évolutions.

Voici les éléments de la réussite de DAv en 1973 d'après la Rand (tout ce qui est au présent dans les alinéas concerne 1973, tout ce qui est au présent dans les crochets concerne 2008) :

> une culture fanatique du «re-use». Pas de saut technologique d'ensemble. Des évolutions incrémentales, pas de grand bond en avant.Si on change le moteur, on ne fait pas d'évolutions radicales sur la cellule et vice-versa. Problème : cette ambition du «re-use» est celle de toute l'industrie, pourquoi DAv y arrive et pas les autres ? (Réponses dans les points suivants).

> des batiments et des équipements simples, spartiates, mais propres, neufs, et à la pointe de la technologie dans quelques domaines judicieusement choisis. [Ce n'est évidemment pas un hasard si Dassault est à la pointe de la CAO.]

> Dassault s'occupe uniquement de conception, la production est sous-traitée. Par contre, Dassault assure la maitrise de l'ensemble de la conception et ne sous-traite rien dans ce domaine. [C'est exactement l'inverse du mouvement actuel de Boeing et d'EADS avec les «risks partners», sous-traitants, qui assurent la totalité d'un grand sous-ensemble, de la conception à la réalisation. Les déboires de Boeing sur le 787 et d'Airbus sur l'A400 M et l'A380 montrent que l'approche de Dassault, qui était celle de Boeing jusqu'au 787 n'était pas idiote. D'ailleurs, ce partage des tâches est, comme l'indique l'appellation «risks sharers» ou «risks partners», d'origine financière plus que technique.]

De plus, cette attention exclusive à la conception et à sa maitrise explique le refus obstiné de Dassault de participer à des programmes en coopération. [Cette culture est restée, ce qui provoque quelques accrocs sur le premier vrai programme en coopération de Dassault, le drone Neuron.]

> Une montée en charge des équipes très rapide (ce qui permet le croisement d'expérience avec le projet précédent) et une baisse de charge tout aussi rapide (cela évite les couteuses évolutions sans fin, tout simplement parce qu'il n'y a plus personne pour les concevoir, ces évolutions, c'est radical, encore faut-il que les concepteurs soient suffisamment bons pour réussir leur coup au premier essai). [Aujourd'hui, au contraire, les programmes durent, durent, durent. On peut faire toute sa carrière sur un programme.]

> La conception repose sur une équipe très réduite (20 ingénieurs sur le Mirage IV au plus fort de la charge !) d'ingénieurs généralistes sortant de grandes écoles de premier rang (Polytechnique, Centrale, Sup Aéro) qui sont souverains sur de gros morceaux (voilure, fuselage, motorisation, commandes de vol, ...). Ils travaillent beaucoup (dans les 60-70 heures par semaine) et sont très bien payés, notamment des primes liées à la réussite (dont le «re-use»). [Cet idéal, des très bons, très peu nombreux, très bien payés et responsables, était aussi celui de Kelly Johnson, de Lockheed. Mais cette configuration suppose des projets très rapides, sinon la motivation retombe et les coûts restent. Or, pour les raisons que nous verrons au point suivant, notre industrie devient celle des projets qui s'éternisent.]

> Des spécifications légères et un client discret. A la plus grande heure de gloire de Dassault, le client, l'Armée de l'Air, est très concis dans ses demandes : il définit une mission, quelques performances et à Dassault de se débrouiller au mieux avec ça. Bien entendu, cela est d'une grande efficacité mais suppose d'excellentes relations client-fournisseur.

On cite le cas d'un désaccord entre l'Armée de l'Air et Dassault. M. Dassault en personne débarque de sa Rolls à Balard, à la Cité de l'Air, discute une demi-heure avec les militaires, estime qu'ils ont raison et impose à ses équipes de se rendre à leurs arguments. On connait aussi des cas inverses, où Dassault a imposé ses solutions.

[Là encore, cette méthode est en accord avec les préconisations de Kelly Johnson. C'est probablement l'évolution la plus négative de l'industrie aéronautique depuis 30 ans. Le micro-management de micro-spécifications est extrêmement couteux pour tout le monde, clients comme fournisseurs, en temps, en finances, en difficultés de toutes sortes, sans pour autant, j'en suis persuadé, que la qualité des engins en soit véritablement améliorée. Alors, pourquoi cette dérive ?

Les organismes étatiques tendent, comme tous les organismes bureaucratiques laissés à eux-mêmes, à se perpétuer dans leur être et à étendre leur pouvoir. On commence par spécifier et contrôler la voilure et on finit par spécifier et contrôler la vis de 4 qui fixe le porte-gobelet du pilote. De plus, ce mouvement de micro-management va de pair avec la déresponsabilisation : «L'avion est tombé ? Certes, mais il est tombé dans le respect des procédures, car j'avais controlé la vis de 4 du porte-gobelet, donc je suis innocent.»

C'est bien entendu valable pour l'aviation civile avec cette dérive supplémentaire que les organismes étatiques, DGAC, FAA, sont de plus en plus chiants et de plus en plus incompétents : ils délèguent le travail salissant de contrôle à des organismes privés (c'est pourquoi ils perdent en compétence) et se gardent le travail «noble» de réglementation (c'est pourquoi ils sont de plus en plus chiants : il faut bien qu'ils s'occupent). Le comportement des oragnismes étatiques de contrôle aéronautique s'apparente de plus en plus à du parasitisme, et pas seulement en France, même si ce mouvement est particulièrement prononcé dans notre beau pays.].

De plus, Dassault ne conçoit pas spécifiquement pour l'export : il se préoccupe d'abord du client français, puis ensuite décline des versions pour l'export. Il se trouve que la France n'étant pas bien riche, les besoins domestiques collent naturellement assez bien avec les besoins export.

[Aujourd'hui, on est dans l'optique inverse : il parait que les les clients domestiques demanderaient des matériels trop sophistiqués pour l'export. Et il se dit qu'il conviendrait au contraire de concevoir dès le T0 pour l'export.

Je n'ai pas d'avis aussi tranché que mes collègues sur la question : les deux méthodes ont des pour et des contre.]

> Les essais sont réduits au strict minimum consistant à ouvrir le domaine de vol de la mission. [Ca va avec le point précédent : à spécification légère, essais légers. A spécification lourde, essais lourds. Or, les essais sont extrêmement couteux. On retombe sur les problèmes de confiance.]

> Dassault n'est jamais à la pointe de la technologie, mais légèrement en dessous, ce qui lui évite les déboires de l'innovateur radical. Il n'est jamais en retard non plus. Il fait un usage modéré mais judicieux des avancées de la recherche fondamentale des organismes étatiques. [Ce trait est resté : le Rafale est moins bon que le F22 mais meilleur que tous les autres.]

En conclusion, l'efficacité remarquable du Dassault Aviation de 1973 reposait sur un faisceau très cohérent de conditions et de pratiques : unicité de commandement (si je puis dire) dans la conception, confiance client-fournisseur, spécifications légères, essais légers, équipés très compétentes, projets brefs et incrémentaux.

Les conditions de cette efficacité ont disparu : la mode est aux programmes en coopération, aux spécifications détaillées jusqu'au ridicule, et je ne suis pas sûr que la compétence soit aussi grande qu'à l'époque (1).

Nous nous sommes rapprochés des pratiques américaines sans en avoir les moyens financiers. Tant pis pour nous.

Heureusement restent quelques concepteurs qui ont gardé bon esprit :



Malheureusement ils sont aux USA.

(1) : la compétence est cumulative : un ingénieur qui a été à fond sur cinq projets en dix ans a accumulé plus d'expérience et donc de compétence qu'un ingénieur qui n'a connu que le Rafale.

Embuscade en Afghanistan : en attendant le RETEX ...

En attendant le Retex, qui changera peut-être radicalement notre perspective, voici un dernier message sur le sujet :

> les résultats :

La victoire psychologique et politique est incontestablement talibane.

Il est possible que la décision de l'officier de faire débarquer une section en reconnaissance ait sauvé le reste du convoi (il est arrivé en Indochine ou en Algérie qu'une embuscade réussie se solde par la perte de la quasi-totalité des troupes engagées).

Le score, même si il ne signifie pas grand'chose (on peut gagner une bataille avec plus de pertes que le vaincu) s'élève à 4 talibans tués pour 1 Français. C'est faible par rapport aux normes américaines (10 à 20 suivant les circonstances). Cela révèle au moins qu'il y a un problème coté français.

La victoire tactique est coté français mais pas de quoi fanfaronner.

Mon analyse :

> à part quelques forces spéciales, l'armée française a perdu l'habitude de la guerre (souvenez vous de Madeleine Albright : «Nous ferons la guerre et les Européens aideront les vieilles dames à traverser la rue.»)

Jamais peut-être dans l'histoire de France, malgré la première guerre d'Irak, la proportion de cadres ayant connu le feu n'a été si faible.

Or, c'est bête à dire, mais rien ne vaut l'épeuve du feu pour sélectionner les hommes à tous les niveaux. Joffre a envoyé à la retraite la moitié des généraux de 1914 en quelques semaines.

Les politiciens aussi ont perdu l'habitude de la guerre.

> la sueur épargne le sang. L'acier et le fuel aussi.

Déjà en 1944, les militaires français s'étonnaient (sauf Leclerc, qui avait oublié d'être con) des méthodes américaines consistant à engager le matériel, notamment l'artillerie, pour épargner les hommes. Ils trouvaient que ça manquait de panache.

Les Américains répondaient que les méthodes françaises manquaient d'intelligence.

On a l'impression de revivre la même opposition.

Il est clair que quelques drones, un ou deux Dracs par exemple, auraient fait la différence pour éviter l'embucade.

Pour résumer, les paras français se sont bien battus, mais ils ont été victimes de leur inexpérience (1), de leur sous-équipement et de la relative légèreté de leur commandement, elle-même reflet de la négligence des politiciens depuis des années.

(1) : la pseudo-polémique sur l'âge des soldats est totalement stupide. A-t-on jamais fait la guerre avec autre chose que des jeunes gens ?

jeudi, août 28, 2008

Nous avons un président socialo-communiste

Nous nous en doutions depuis un certain temps, maintenant, c'est sûr.

Le RSA est une bonne idée, mais pourquoi le financer par un impot nouveau, qui plus est sur le capital ?

Il n'y a rien de plus fluide que le capital et la France en manque déjà, alors qu'il y avait à portée de mains la longue liste des gaspillages de l'administration, c'est absurde.

Pourquoi ne pas réduire les dépenses du RMI par exemple (l'assistanat est profondément immoral) en contrôlant qu'il y a bien tentative d'insertion ?

C'est absurde, sauf dans une logique socialo-communiste : c'est encore plus d'argent controlé par l'Etat.

Sarkozy, prochain secrétaire du PS ?

Mon pronostic Présidentielles américaines : courte victoire Mc Cain

L'élection américaine tourne autour d'Obama. Une victoire Mc Cain serait en fait une défaite Obama.

Or, je crois qu'Obama souffre, à un moindre degré il est vrai, du même problème que S. Royal : les qualités qui l'ont fait choisir par les militants ne sont pas celles qui sont appréciées par l'électeur moyen.

Les militants s'achétent une image de tolérance à et de progressisme à deux balles en votant pour un noir (progressisme à deux balles que l'électeur lambda n'est pas forcémentprêt à suivre). Ce faisant, ils oublient son inexpérience, son manque d'enracinement (1) et, au fond, son relatif manque de substance.

Obama peut gagner : il a malgré tout un réel talent et l'alternance ne serait pas un mal. Mais, pour l'instant, je parierais plutôt Mc Cain.

(1) : cela risque de lui être fatal, ce coté candidat qui sort de nulle part. Surtout que les rares fois où il a essayé de se comporter en Américain de base, il s'est ridiculisé.

samedi, août 23, 2008

Quand une sélection extrême améne des résultats contre-intuitifs ...

J'ai trouvé cet article de Freakonomics intéressant, je vous le résume.

Quand on aborde des échantillons de population très sélectionnés, on obtient des résultats surprenants (il n'y a rien de plus trompeur pour l'intuition que la statistique) :

> on a plus de chances d'être élu sénateur aux USA si l'on est millionnaire, et pourtant les sénateurs non-millionnaires ont plus de chances d'être ré-élus.

> on a plus de chances de réussir au golf si l'on est blanc, et pourtant, le champion des champions, Tiger Woods est noir.

> Les universitaires moyens aux tests de QI ont plus de chances de réussir à décrocher de gros salaires que les très bons à ces tests.

L'explication est simple mais il fallait y penser.

L'échantillon est très restreint. Les sénateurs non-millionnaires qui ont échoué à se faire élire une fois sont éliminés, les noirs qui ont abandonné le golf ne sont pas pris en compte.

Comme il ne reste que ceux qui ont réussi à contre-courant de la statistique, cela veut dire qu'ils ont du montrer bien plus de qualités, autres que la qualité considérée (être millionnaire, être blanc, ...) pour compenser ce handicap initial et explique leur réussite supérieure à ceux qui avaient le bon profil.

On notera qu'Alain Prost décrivait sa carrière exceptionnelle de cette manière : il n'était pas un pilote intuitivement doué comme Senna ou Mansell, il était obligé de travailler et de réfléchir, ce qui, au bout du compte, a tourné à son avantage.

Les pilotes de chasse sont généralement en pleine forme, pourtant, l'un des plus grands as anglais était cul-de-jatte, Douglas Bader.

Ce qui pose une question sur le mode de sélection : si, par exemple, au golf, on décidait d'éliminer les noirs parce qu'ils sont noirs et que statistiquement les noirs échouent, on n'aurait pas Tiger Woods.

En aviation (mais aussi dans d'autres domaines, rien de plus obtus qu'un bureaucrate), les raisonnements que tiennent nos bien-aimées administrations ne sont quelquefois pas loin de celui-ci.

Par exemple, la FAA a déclenché aux USA une vague de protestations en voulant imposer aux pilotes de ligne un âge de retraite avancé (on n'imagine pas cela en France, des manifs contre l'avancement de l'âge de la retraite !). Mais on peut au contraire penser que les pilotes qui réussissent les tests d'aptitude malgré leur âge sont d'autant meilleurs.

Pour l'instant, la FAA a reculé.

En poussant cette ligne de raisonnement, il y a toutes les chances qu'un pilote, vieux, cul-de-jatte et borgne et qui pourtant arrive encore à démontrer son aptitude à piloter soit un très bon pilote.

vendredi, août 22, 2008

Afghanistan : la déplorable tradition de la «furia francese» a encore frappé

Il est une ancienne et très dommageable tradition de l'armée française : celle de croire, ou de feindre de croire, que les qualités de courage et d'allant suppléent à tout ; à l'entrainement insuffisant, au mauvais matériel, à la doctrine inadaptée, à l'absence de stratégie, au commandement incompétent.

Cette tradition est très confortable pour les états-majors et les politiciens : elle ménage les budgets et ne fatigue pas trop les cerveaux. Elle se paye au prix du sang, mais c'est celui du troufion de base, alors est-ce si grave ?

Nous avons vu les résultats de cet état d'esprit en 1870, en 1914 (1), en 1940. Que de succès mémorables ...

Rassurez vous, il est rare que les généraux soient virés pour incompétence ou pour négligence.

Même si tout n'est pas clair, il apparait probable que la récente embuscade qui a fait dix morts en Afghanistan soit une occurrence de cette erreur traditionnelle. En attendant le RETEX, voici les premiers éléments tels qu'on peut les lire dans la presse :

> pas d'éclairage aérien (drônes ou autres)

> appui aéroporté quasiment inexistant

> blindés hors d'âge et inadaptés (un antique VAB HOT ou une des tourelles téléopérés que l'armée attend depuis si longtemps aurait peut-être limité les dégâts)

> équipements et dotation individuelles insuffisants

> méthode d'approche inappropriée

Un autre élément circonstanciel explique l'impression d'amateurisme : l'armée française a perdu l'habitude d'avoir des adversaires coriaces et organisés, autrement dit d'affronter des guerriers, de faire la guerre.

J'en veux pour preuve que les premiers touchés ont été l'officier, le sous-officier et le radio.

Tous les fantassins du monde savent que, dans une patrouille, les officiers, les radios (et les infirmiers) sont des cibles de choix et qu'il convient qu'ils se fassent le plus discrets possible (pas de signe distinctif, ni galons ni matériel genre jumelles, comportement ordinaire, etc ...).

Les fantassins français aussi le savent, il ne s'agit pas d'incompétence. Simplement, en temps de paix, on ne cache pas ses galons, on ne fait cela qu'en temps de guerre.

Je n'ai presque (2) aucun scrupule à me montrer sévère pour une raison simple : l'Afghanistan est en guerre de puis des années et ce qui y fonctionne sur le plan militaire (3) est bien connu. C'est même en grande partie disponible sur internet. Par exemple, la tactique russe pour faire progresser un convoi en montagne consistait à héliporter des commandos à chaque col du parcours pour, justement, prévenir les embuscades.

Les militaires français connaissent ces choses, il y en a des placards pleins dans les bureaux. Mais, d'une part, il faut avoir conscience que l'on est en guerre pour les appliquer, d'autre part, il faut en avoir les moyens humains et matériels.

Sur le premier point, aucun souci : les soldats risquent leur peau et l'avertissement a été assez rude, ils ont compris qu'ils sont en guerre. Sur le deuxième point, c'est beaucoup plus problématique : certes, nous sommes les as du «système D» mais on ne peut pas tout faire avec «sa bite et son couteau» et l'ingéniosité ne suffit pas à rattraper des années de négligence sur tous les plans.

D'un point de vue plus général, un Etat (4) qui néglige sa défense, la première des missions régaliennes, est un Etat malade. Je n'arrive pas à trouver de contre-exemple à cette afirmation.

En tous les cas, dans l'histoire de France, c'est net.

Toutefois, n'oublions pas non plus que, comme disait Henri IV qui a passé sa vie sur cul sur la selle, à la guerre, il faut laisser beaucoup de choses au hasard.

(1) : rappelons que la moitié des morts de la première guerre mondiale coté français a eu lieu lors de la première année, vous savez, quand nous chargions avec ces si élégants uniformes, tellement français, poitrines offertes aux mitrailleuses (Ah, ça, le bidasse de 1914 savait se battre à la baïonette, malheureusement, il lui fallait survivre à une course de 2000 m sous le feu des mitrailleuses avant de prouver sa supériorité. Ne rigolez pas, ce sont de brillants Poyltechniciens qui avaient conçu une doctrine si futée).

(2) : ce «presque» introduit le bémol suivant : je ne suis pas sûr de disposer de suffisamment d'informations.

(3) : la politique, c'est une toute autre affaire.

(4) : je parle bien entendu d'un Etat qui a des ambitions, je ne parle pas du Costa Rica qui n'a pas d'armée, ni du Vatican, qui a pour lui l'armée des anges.

jeudi, août 21, 2008

Five Days in London : May 1940 (J. Lukacs)

Livre d'autant plus passionnant qu'il est concentré : il traite des cinq jours, entre le 24 mai et 28 mai 1940, où Winston Churchill s'est débrouillé pour ne pas perdre la guerre.

En effet, au contraire de l'imagerie courante, finalement rassurante, «Hitler était un fanatique condamné à perdre la guerre par sa propre folie», la recherche historique de ces dernières années présente un tableau très sombre : Hitler était certes un fanatique, mais intelligent et habile, il a été à deux doigts de gagner la guerre à la fin mai 1940 et le seul obstacle sur sa route s'est appelé Winston Churchill.

Rappelons que Churchill, au moment de son accession au pouvoir quasi-miraculeuse le 10 mai 1940, était considéré par beaucoup comme un politicien brouillon, fantasque et rien moins que fiable. Et ces discours que nous admirons aujourd'hui paraissaient souvent emphatiques et grandiloquents.

C'était Lord Halifax, partisan de l'arrangement avec Hitler, qui était favori pour le poste et qui l'a refusé en pensant que Churchill serait insupportable dans son gouvernement. Il a donc laissé la place de Premier Ministre à celui-ci en calculant qu'il se discréderait rapidement (tout en faisant une partie du sale boulot) et que les choses rentreraient vite dans l'ordre, c'est-à-dire, lui, Lord Halifax Premier Ministre, et Winston Churchill à la retraite.

Leur désaccord est simple à exprimer mais pas simple à comprendre puisque certains historiens et la plupart des commentateurs ne le comprennent toujours pas soixante-dix ans après :

> Halifax pensait que si une chance de paix avec Hitler préservant au moins en partie l'empire et l'indépendance britanniques se présentait, il fallait la saisir plutôt que risquer l'anéantissement. Halifax pensait qu'il pouvait y avoir un choix entre la paix et l'anéantissement.

> Churchill pensait qu'une paix avec Hitler préservant l'indépendance britannique était une illusion : si on faisait la paix avec Hitler, celui-ci en profiterait pour pousser toujours plus son avantage, il serait impossible de mobiliser à nouveau le peuple pour reprendre la guerre et, à terme, c'en serait fini de l'indépendance britannique. Churchill ne voyait de choix qu'entre la victoire et l'asservissement.

Le recul du temps permet de constater que Churchill avait entièrement raison : Hitler a largement démontré qu'il n'était pas homme à rentrer tranquillement chez lui et à ne pas pousser ses pions.

L'histoire de ces quelques jours est captivante de plusieurs points de vue :

> pour l'emporter, Churchill a joué de la temporisation, qu'on pourrait croire contraire à son caractère, et de l'appui de Neville Chamberlain, un ex-adversaire «appeaser», qui, ayant été trompé en long en large et en travers par Hitler, et revenu de ses illusions, épaulait la défiance churchillienne vis-à-vis de toute offre de paix pouvant venir de Berlin.

> cette période charnière au sein du cabinet britannique a été occultée. Extrêmement peu de gens,et certainement pas le public, ont été conscients de ces tensions pourtant essentielles au sein du gouvernement. Hitler pour sa part n'en a vraiment pris conscience que début juin, c'est-à-dire alors que le débat était déjà tranché.

> on notera que si Hitler n'avait probablement pas d'informations sur ces tensions au moment où elles se produisaient, son instinct politique lui avait fait sentir que la position de Churchill n'était pas assurée.

> la suite des événements ayant tranché dans le sens que vous savez, tous les acteurs ont fait l'impasse dans leurs mémoires sur cette querelle. Les uns parce qu'ils s'étaient trompés, les autres pour ne pas briser le mythe de l'unanimité. Comme d'habitude, les mémoires de Churchill sont aussi révélatrices par ce qu'elles taisent que par ce qu'elles disent : des neuf conseils de cabinet entre le 24 et le 28 mai, il n'en raconte que cinq.

> enfin, Churchill a essayé sans succès dans cette période de ramener au gouvernement Llyod George, un admirateur déclaré d'Hitler. Sans doute pour mieux le surveiller, mais aussi pour préparer une solution de rechange pour son pays si la défaite s'avérait inéluctable. C'est à ces «détails» qu'on reconnait un homme d'Etat.

John Lukacs défend très bien son point de vue comme quoi, entre le 24 et le 28 mai 1940, Churchill a réussi l'exploit, quasiment seul, de ne pas perdre la guerre (le parallèle avec C. De Gaulle est évident). Après le 28 mai, Hitler n'avait pas perdu, mais il ne pouvait plus gagner. Cette affirmation paraitra très audacieuse alors que l'évacuation de Dunkerque était incertaine et qu'on était encore à trois semaines de la capitulation française.

Pourtant, on a un témoin de luxe pour étayer cette thèse : nul autre qu'Adolf Hitler lui-même. Car, en recoupant ses propos sur le sujet, il est clair qu'il a considéré a posteriori avoir raté un tournant décisif en ce printemps 1940 et qu'il en attribuait la faute à Churchill.

A force d'entendre nos imbéciles de gauche traiter le moindre conservateur de «fasciste» (scoop : N. Sarkozy n'est pas fasciste et JM Le Pen, ça se discute), nous utilisons le mot et le concept dans un sens affadi. On en oublie que, dans les années 30, le fascisme était une alliance révolutionnaire, originale, et séduisante, de mouvements de masse et d'ordre.

Le fascisme, plus encore que le communisme, avait le vent en poupe et le risque était bien réel de le voir s'installer durablement. C'est la particularité de Churchill d'avoir compris cela.

mercredi, août 20, 2008

La mort de dix parachutistes français en Afghanistan

Les informations sur cette embuscade sont très parcellaires, et il ne faut pas oublier Montaigne : «La vérité est la première victime de la guerre.» Cependant, il semble à peu près certain que cette embuscade a eu lieu de nuit.

Or, des indications concordantes (blogs militaires, brèves dans les rubriques spécialisées des journaux, etc ...) m'amènent à penser que les fantassins français sont bien entrainés mais sous-équipés. Dans un combat de nuit, la proportion d'équipements de vision nocturne et de radios individuelles change évidemment tout. Les Américains tendent à même à privilégier les batailles nocturnes car ils y bénéficient d'une plus grande supériorité sur leurs adversaires.

De plus, les troupes françaises sont peu protégées par des blindés, officiellement pour ne pas se couper de la population. Mais c'est hypocrite, c'est faire de nécessité vertu. En réalité, si les troupes utilisent peu les blindés, c'est qu'il y en a peu. Une des victimes, d'après ce qu'on lit, a été tuée lorsque son VAB (Véhicule à l'Avant Blindé, autrement dit, le reste ne l'est pas) s'est renversé.

Ce n'est qu'une hypothèse de ma part qui demande à être infirmée ou confirmée, mais il serait dommage, pour le moins, que des militaires français aient été indirectement victimes de l'incurie budgétaire répétée gouvernement après gouvernement depuis des années.

lundi, août 18, 2008

Crise économique : incorrigibles politiciens français

Plus encore que dans les USA de 1980, dans la France de 2008, l'Etat n'est pas la solution, c'est le problème.

Pour des raisons prétendument incompréhensibles, qui tiennent en fait à cette place excessive de l'Etat, sujet tabou qu'il est inconvenant de mettre sur la table, la crise «pire que 1929», qui devait châtier les USA de leurs excès capitalistes, va surtout toucher l'Europe.

Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation (son titre lui-même est ridicule), ne trouve rien de mieux que de nous dire «qu'il n'y aura pas de plan de rigueur». Et tous, journalistes, politiciens, «économistes», «experts», de s'en réjouir en chœur, sacrifiant ainsi au complètement démodé vaudou keynésien.

Pas un seul ne s'est trouvé pour répliquer : «C'est complètement absurde, c'est au contraire le moment de rendre l'Etat efficace, de serrer dépenses publiques et impots.»

Ils sont incorrigibles, je vous dis.

lundi, août 04, 2008

Denenez mes élèves (les veinards)

Vous voulez pratiquer un jeu vachement intellectuel, devenez mes élèves :

Devenez élèves de Boizours

Le jeu est simple : vous choisissez un adversaire plus petit et plus faible et vous le lattez.