samedi, octobre 25, 2008

Dans quelle édition lire Montaigne ?


Question lancinante pour qui veut lire ce bon Michel : dans quelle édition lire Montaigne ?

Première option, radicale : l'édition dite municipale, en fac-similé. Vous n'en trouverez pas d'exemplaire à moins de 1000 € et c'est très difficilement lisible. Bref, réservé, aux aventuriers ou aux montagnistes chevronnés, et riches.

Deuxième option, la douceur : l'édition Arlea, légèrement transposée en Français moderne. C'est le point le plus extrême que je vous conseille en matière de transposition moderne. Il existe des éditions encore plus audacieuses mais elles sont une trahison.

Finalement, c'est pas mal pour un débutant.

Troisième option : l'édition de la Pleïade. Malheureusement, la dernière édition est cauteleuse. En effet, pour faire un coup éditoriale, Gallimard n'a pas pris comme référence l'édition de 1588 augmentée des annotations de Montaigne, la dernière du vivant de Montaigne, donc revue et corrigée par lui, mais la suivante, qui remaniée par sa «fille d'alliance» est sujette à caution.

Quatrième option : l'édition immédiatement antérieure de la Pléïade (de 1997 il me semble), celle qui se basait sur l'édition de 1588, mais elle est alourdie de notes spécieuses et, surtout, renvoyées en fin d'ouvrage, ce qui est plaie de la lecture.

Cinquième option : la première édition de la Pléïade, de 1958. Gallimard n'avait pas encore entrepris de gagner le championnat du monde d'érudition et de snobisme, elle est légère, les notes sont en bas de page, donc pratiques et on en trouve des exemplaires en très bon état chez les bouquinistes pour une somme modeste.

Il y en a même à vendre sur internet.

De loin, ma préférence.

Rites de passage modernes

C'est bien connu, toutes les traditions, les usages, les habitudes, c'est des conneries. Nous, hommes de 2008, sommes si supérieurement intelligents que nous pouvons nous permettre de mépriser tout ce que faisaient nos ancêtres et de sortir toute armée de nos géniaux cerveaux la société parfaite.

Par exemple, le rite de passage.

Pour accéder à l'âge d'homme, il y avait un rite de passage. A l'époque moderne, ce rite était accompli par le service militaire. Heureusement, nous avons supprimé ces moeurs barbares, comme nous supprimerons, également pour cause de barbarie, la corrida et le foie gras.

Mais avons nous réussi à nous détacher de la condition humaine et à nous éloigner des mœurs qui en découlent autant que nous le croyons ?

Je ne le pense pas. Je connais deux rites de passage qui n'avouent pas leur nom, ce qui voudrait dire que nous ne sommes pas plus évolués que nos ascendants, simplement plus hypocrites, vaniteux et inconscients.

Le premier, le baccalauréat, a perdu beaucoup de son intérêt depuis qu'il n'est plus une épreuve mais une formalité.

Le second, l'accident de voiture jeune conducteur, garde toute sa valeur initiatique. L'adolescent qui a broyé la voiture diligemment prêtée par ses parents peut être considéré comme ayant atteint l'âge d'homme (à condition qu'il ait survécu, bien entendu).

mercredi, octobre 22, 2008

En défense des paradis fiscaux

Lutter contre les enfers fiscaux

JEAN-FRANCIS PÉCRESSE pour Les Echos

Après avoir emporté les parachutes dorés, le vent de moralisation du capitalisme qui s'est levé avec la crise financière s'abat sur un autre totem du libéralisme dérégulé : le paradis fiscal. Cette bataille-là sera de plus longue haleine car elle ne vise plus des entreprises privées mais des Etats souverains. En convoquant, hier, à Paris, une conférence internationale réunissant dix-sept pays présumés exemplaires, le ministre français du Budget, Eric Woerth, et son homologue allemand des Finances, Peer Steinbrück, ont surtout voulu délivrer un message « politique » plutôt que proposer un mode d'emploi. Il s'articule autour de trois mots : détermination, mobilisation, dénonciation. La détermination est celle affichée par le couple franco-allemand, qui se livre à une surenchère verbale - sans doute pas dénuée d'arrière-pensées électorales dans le cas de l'Allemagne. « Nous ne tolérerons plus » ces exceptions fiscales, a martelé Eric Woerth dans un style très sarkozyen. Cependant, sept mois après la découverte de listes venues du Liechtenstein, le brouillard demeure sur les suites données par le fisc.

La mobilisation est celle de tous les grands Etats « propres », destinée à impressionner les petits havres fiscaux. Et de ce point de vue, l'absence des Etats-Unis hier affaiblit la portée du message. Enfin, la dénonciation est celle, sans tabou, de ceux qui profitaient, jusqu'ici, d'une relative mansuétude : la Suisse, que l'Allemagne souhaite voir ajouter à la « liste noire » tenue par l'OCDE, et, plus étonnant, le Luxembourg, que le chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy, n'a pas ménagé hier alors même que le Premier ministre de cet Etat préside l'Eurogroupe.

A ce compte-là, il ne s'agirait plus de lutter contre les édens fiscaux mais contre l'attractivité fiscale... Celle de pays comme l'Autriche, terre d'expatriation de riches Allemands qui y trouvent une solide protection bancaire, ou la Belgique, qui permet à de riches entrepreneurs français, parfois toujours en activité dans l'Hexagone, d'échapper à l'imposition excessive de leur fortune. Que reproche-t-on le plus, au fond, aux Etats qui vivent en tout ou partie de leur industrie financière ? Leur secret bancaire jalousement gardé, qu'il faut effectivement dénoncer lorsqu'il abrite des trafics douteux, ou le financement d'activités terroristes ? Ou la faiblesse de leurs prélèvements obligatoires ?

Les paradis fiscaux, faut-il le souligner, ne prospèrent qu'à côté des enfers fiscaux. Un pays qui en est arrivé à prélever, année après année, plus de 44 % de la richesse nationale, où l'instauration d'un « bouclier fiscal » permettant de ne pas être taxé pour plus de la moitié de ses revenus fait scandale, ce pays offre-t-il un environnement fiscal plus propice à la création de richesses économiques ? D'une certaine manière, le socialiste Vincent Peillon n'a pas tort de dire qu'en s'attaquant aux paradis fiscaux les Etats pyromanes se transforment en pompiers.

mardi, octobre 21, 2008

Naouri, la suite (le retour de la vengeance du fils)

A mon message précédent, j'ajoute deux exemples de la manière de raisonner de Naouri :

> s'agissant des difficultés de coucher, il est radical : il préconise de toujours choisir, entre les idées du père et de la mère, la solution la plus brutale et la plus frustrante, car tout ce qui adoucit la séparation nocturne renforce l'enfant dans l'idée qu'il a raison d'avoir peur, d'une part, et, d'autre part, prolonge l'idée qu'il commande ses parents.

Bref, une séparation nocturne nette et sans remords aide l'enfant à grandir.

Il ajoute que, pour les parents, discuter de pourquoi la solution la plus brutale est meilleure et de pourquoi cela dérange l'un des deux (souvent la mère, mais pas toujours) est une source d'enrichissement et de connaissance mutuelle.

> s'agissant des difficultés pour manger,Naouri part du principe qu'un enfant ne se laisse pas mourir de faim et qu'il est inutile de le forcer. Forcer un enfant à manger, c'est pour les mères un rappel de leur rôle nourricier. C'est donc le narcissisme et l'ego de la mère qui sont en cause, non la santé de l'enfant.

C'est pourquoi, dans toute son expérience de pédiatre, Naouri a constaté que le conseil qu'il est inutile de forcer un enfant à manger est totalement inaudible des mères qui ont ce penchant.

Il a donc un truc simple, il prescrit un fortifiant anodin mais avec cette recommandation : «L'effet du fortifiant disparait si l'enfant mange trop.»

Enfin, une remarque intéressante : le sexe doit garder pour les enfants du mystère. En effet, les psychanalystes estiment que la curiosité sexuelle est le moteur de toutes les autres curiosités. Naouri ne dit pas «Si vous voulez que votre enfant s'intéresse à l'école, ne répondez à ses questions sur le sexe que par le strict minimum» mais il y a de cela.

On comprend donc à quel point, en ce domaine comme dans tant d'autres, l'école se tire une balle dans le pied avec son obsession de l'éducation sexuelle, de tout dire et de tout montrer.

Naouri conseille fortement le respect de la pudeur parental (et de celle des enfants également) : pas d'enfants dans le lit ou dans la salle de bains quand les parents y sont nus.

Quand la punition est nécessaire, il préconise une punition immédiate, claire, sans remords ni justification, il peut éventuellement y avoir une explication mais il ne faut pas qu'elle sonne comme une justification, elle doit être brève et factuelle.

Bien entendu, il ne s'agit pas ensuite de couvrir l'enfant d'attentions pour se faire pardonner la punition : les parents sont légitimes à punir, ils n'ont rien à se faire pardonner. Quand l'enfant est calmé et la punition accomplie, on passe à autre chose, on fait comme de rien n'était, on tourne la page.

Comme punition, il préconise l'isolement, la mise au coin.

Naouri rappelle que les parents ont l'impérieux devoir d'être exigeants et rigoureux avec leurs enfants (1) pour les préparer à une vie d'adultes équilibrée. La séduction, ça fait plaisir aux parents, mais c'est très nocif pour les enfants, ce qui leur faut, c'est l'éducation.

Mais cela concerne aussi l'entourage : entre la grand-mère qui couvre continuellement de cadeaux et celle qui ne marque que certaines dates bien précises, laquelle aide le plus l'enfant à se structurer ?

Si les préceptes de Naouri vous rappellent par bien des cotés l'éducation «à l'ancienne», ça n'est en rien un hasard. Notre époque bavarde et prétentieuse fait mine de considérer que tout ce qui la précède est vieillot, ringard, et ne mérite aucun respect.

Mais de quoi les «modernes» peuvent-ils donc être si fiers ? L'éducation traditionnelle a convenu à des centaines de générations, l'éducation moderne a fabriqué en une génération des masses d'ignares vaniteux, capricieux et colériques, mal dans leur peau et découragés pas la moindre difficulté. Beau succès, vraiment !

Notre époque serait-elle capable de produire un Blaise Pascal, dont Naouri remarque que nulle part les écrits ne gardent la trace du fantasme infantile de la toute-puissance ?

Comme exemple d'éducation, Naouri cite Helen Keller. Atteinte d'une scarlatine en bas âge (nous sommes en 1880), Helen est sourde, muette et aveugle.

Elle est colérique et violente. Ses parents, qui l'entourent d'autant de soins qu'ils peuvent, qui la couvent,désespèrent. Elle est vue comme un monstre par son entourage.

Survient alors le coup de chance : ils embauchent une éducatrice, Anne Sullivan (ce nom mériterait d'être affiché à l'entrée de toutes les écoles normales), qui bouscule et violente leur fille, pas en vain et par sadisme, mais dans le but de la faire agir et de la rendre autonome.

L'erreur des parents a été, dans leur volonté de bien faire, de trop entourer leur fille et de trop la protéger. Anne Sullivan interrompt ce comportement nocif, n'hésitant pas à passer plusieurs jours dans une petite maison avec Helen afin de la couper de ses parents.

Se produit alors ce qui fut considéré comme un miracle et ressort surtout de l'art de la pédagogie élevé au plus haut point : Helen révèle des capacités exceptionnelles, apprend le braille et fait des études universitaires.

Si Helen était restée seulement entourée de l'amour de ses parents et laissée à elle-même, libre de développer ses talents, elle n'aurait rien développé du tout.

Un livre écrit par Helen Keller elle-même raconte ce «Miracle en Alabama», dont il a été tiré un film. C'est une jolie histoire et elle illustre magnifiquement les propos de Naouri.

(1) : il ne s'agit pas de transformer les parents en bourreaux d'enfants, comme caricaturent des irresponsables. Naouri insiste sur l'interdiction du caprice parental, dont l'autoritarisme, dévoiement de l'autorité due à une utilisation aléatoire et excessive, est une des formes, et aussi l'interdiction du moindre châtiment corporel.

lundi, octobre 20, 2008

Les communistes ont bien raison de critiquer la folie financière : ils savent de quoi ils parlent !

J'ai mauvais esprit, comme vous savez, mais je trouve cet article très savoureux.

La Seine Saint-Denis prise au piège des «emprunts toxiques»


En plus du sujet principal de l'article, vous noterez quelques «menus détails» : l'assistanat et la taxe professionnelle au plus haut, cocktail bien connu favorisant la prospérité.

samedi, octobre 18, 2008

DSK, saute-au-rable

«Le directeur du Fonds monétaire international (FMI), le Français Dominique Strauss-Kahn, fait l'objet d'une enquête sur un possible abus de pouvoir dans le cadre de relations intimes avec une subordonnée»

Au moment même de sa nomination à ce poste, certains avaient crié «casse-cou !». En effet, le comportement d'adolescent attardé (et un rien ridicule) de DSK est connu du Tout-Paris. En gros, il a une b..e à la place du cerveau.

Connaissant, d'une part, les mœurs américaines, d'autre part, l'absence totale de maitrise de ses pulsions (un adolescent attardé, vous dis-je, et pas le plus fin) de l'impétrant, nombreux étaient ceux qui estimaient que la seule manière que le mandat au FMI de DSK aille à son terme programmé était l'absorption de doses massives et régulières de bromure.

Comme il paraissait difficile d'imposer un tel traitement à un directeur du FMI, ils en concluaient que le mandat en question serait écourté par un scandale sexuel (1).

La seule surprise est donc qu'il ait tenu si longtemps.

On a le personnel politique qu'on mérite, entre les escrocs, les idiots et les obsédés sexuels.

Remarquez bien que, débarqué avant la fin de son mandat pour une cause qui est plutôt un titre de gloire aux yeux des imbéciles (fort nombreux) de notre beau pays, DSK reviendra pile à temps pour emm..der ses petits copains du PS avant les élections de 2012. Pourquoi se gêner ?

(1) : voici ce qu'en disait un blog de Libé en juillet 2007 :«Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique.»

On ne peut donc pas dire qu'on n'avait pas été prévenus.

vendredi, octobre 17, 2008

Eduquer ses enfants, l'urgence aujourd'hui (A. Naouri)

Naouri écrit que, s'agissant de l'éducation, tout est est joué à trois ans. Il n'y a pas de raisons qu'une éducation partie sur de mauvaises bases s'arrange par la suite.

Si un enfant de trois ans est mal élevé, pourquoi serait-il bien élevé à dix ans ?

Beaucoup des enfants d'aujourd'hui, je dirais la majorité au pifomètre, sont mal élevés, dans tous les sens qu'on peut donner à ce terme significatif.

Naouri attribue cet état de fait à deux phénomènes :

1) la contraception : l'enfant n'est plus le sous-produit plus ou moins accidentel du désir sexuel de ses parents mais il est voulu. Avant, l'enfant n'était qu'un élément, et mineur, là aussi dans tous les sens du terme, du couple, on était le fils ou la fille de M. et Mme Tartempion. Maintenant, l'enfant est le centre du monde. Ce sont M. et Mme Tartempion qui sont vus comme les parents du petit Gustave.

Or, quoiqu'on dise et qu'on fasse, l'enfant est un être inférieur, il n'est pas pleinement développé, c'est le but même de l'éducation que de permettre ce développement. Il n'est pas apte à être le centre du monde.

2) le mouvement d'égalité des sexes.

Ce double mouvement conduit à une maternalisation de l'éducation, à mon goût et visiblement à celui de Naouri, excessive.

Les pères ne sont souvent que des mères-bis. Naouri cite l'exemple pathologique d'un père qui demandait à sa femme de tirer son lait pour nourrir lui-même son bébé au biberon et qui, pour cette cérémonie, revêtait la chemise de nuit de sa mère !

Combien vois-je de pères qui n'osent pas s'interposer entre la mère et l'enfant, empêchant celui-ci de prendre son envol ?

Naouri exprime très bien les différents rôles en une phrase : la mère est vivifiante à court terme (elle donne de l'assurance à son enfant) et mortifère à long terme (elle l'empêche de prendre son envol, de grandir) et le père est mortifère à court terme (il sépare la mère et l'enfant) et vivifiant à long terme (il aide l'enfant à grandir, à devenir lui-même, autonome, libre et responsable).

C'est à la mère de faire une place au père dans sa relation avec l'enfant et au père de la prendre, cette place.

La vie est dure, frustrante, tout simplement parce qu'elle se termine par la mort. C'est aux parents d'apprendre à leurs enfants la frustration pour qu'ils puissent assumer leur vie, trouver un équilibre.

Le danger est d'entrer dans une relation de séduction avec l'enfant («Dis à maman que tu l'aimes» ; «Si tu n'es pas gentil, maman ne t'aimera plus»). C'est une relation très malsaine : l'amour entre parents et enfants n'a pas à se mériter, à se justifier, sinon il est fragilisé. Cette relation de séduction est un plaisir égoïste de l'adulte qui évite ainsi d'assumer la part désagréable de son rôle.

Les parents doivent l'éducation à leur enfant. La séduction, c'est entre adultes.

Je connais deux femmes qui «ont fait des bébés toute seules» (cette expression, par sa fausseté, est très significative : justement, on ne fait jamais de bébé tout seul). Ce sont donc des mères qui nient le rôle du père. J'en ai entendu une le dire très clairement : «Un père, ça ne sert à rien» et aussi «Dis moi que tu me préfères à papa (1)» (avec tout de même, une hésitation, elle sentait qu'il y avait quelque chose qui clochait dans une telle demande).

Je ne peux que trouver dans les enfants ainsi produits la confirmation de ce que raconte Naouri : ces mères cherchent dans leur relation avec l'enfant une consolation affective qu'elles devraient chercher avec un adulte.

Et cela fait des enfants collants, capricieux, versant facilement dans le chantage (si tu me dis «non», je me jette par terre et je me fais mal). Tous les enfants peuvent manifester ces tendances, sauf que, dans ces cas, elles ne rencontrent pas d'obstacle.

Je n'ai jamais vu ces mères dire définitivement «non». Au bout d'une certaine quantité plus ou moins grande de larmes et de cris, elles finissent toujours par céder. Elles culpabilisent de devoir se séparer de leur enfant, de le frustrer. Bref, il leur manque un père pour remettre de l'ordre dans cette relation fusionelle.

Bizarrement, (mais est-ce vraiment bizarre ?), l'un de ces petits que je vois assez régulièrement ne semble pas outre mesure me détester, au contraire, bien qu'il ne soit pas le centre de mon monde, qu'il ne me commande pas et que mon «non» ne se transforme pas en «oui», même après une dose massive de comédie.

Naouri considère que, pour ainsi dire, les enfants n'ont jamais de problème psychologique propre, que leurs problèmes ne sont que le reflet de ceux de leurs parents, qu'il suffit en général de traiter le problème des parents pour que l'enfant aille mieux.

Je suis assez enclin à le croire de par ce que je vois autour de moi. Je ne suis pas psychologue, mais certains comportements me mettent mal à l'aise, je sens bien qu'il y a quelque chose qui cloche.

Quand j'entends, comme ça m'est arrivé une fois dans le métro, une mère expliquer longuement à son jeune fils, pas plus de cinq ans, à l'évidence turbulent voire violent, pourquoi elle lui a dit non, je ne peux m'empêcher d'avoir pitié de ce gosse plongé dans les raisons complexes des adultes alors qu'il serait tellement plus simple, et donc plus rassurant pour lui, qu'un «oui» soit oui et qu'un «non» soit non.

Je me dis que ce n'est pas l'enfant qui déconne, c'est la mère.

De plus, ces relations malsaines de séduction et de faux nivellement (non, maman ou papa ne sont pas au même niveau que bébé) sont physiquement dangereuses : il y a le risque très réel que ces parents dans une situation fausse, qui dépensent tant, et si inutilement, et même si nuisiblement, d'énergie et de temps à se justifier et à négocier avec l'enfant-roi capricieux, le décalquent contre le mur le jour où ils seront un peu plus fatigués, stressés ou pressés que d'habitude, et que jaillira d'un coup toute la colère accumulée chez l'adulte depuis des années à se justifier sans cesse devant un enfant. Je l'ai vu une fois, donc ce risque n'a rien d'imaginaire.

Le problème des places est pourtant limpide : l'enfant n'est pas un adulte, il est, j'y reviens, mineur.

Une fois, j'ai eu le malheur d'affirmer dans une conversation que l'enfant était un être inférieur. Que n'avais-je pas dit là ! J'ai eu beau citer des exemples flagrants de son infériorité physique, intellectuel et social, je n'ai pas échappé au qualificatif de bourreau d'enfants. Je me suis donc tu sur la suite de ma pensée, à savoir que, considérant l'enfant comme un enfant, c'est-à-dire comme ce qu'il était, je le respectais probablement plus que tous ces adultes aux idées soit-disant avancées.

Je soupçonne chez ces adultes qui nient la spécificité de l'enfant la peur de vieillir : si l'enfant n'est pas tout à fait un enfant, nous ne sommes pas séparés, et donc je ne suis pas tout à fait un adulte.

Fidèle à mon comportement d'emmerdeur, quand des mères s'extasient sur le thème «Comme c'est mignon, il ne faudrait pas que ça grandisse», je reprends en général la balle au bond en rétorquant quelque chose comme «Au contraire, il faut souhaiter qu'il grandisse, c'est ce qui peut lui arriver de mieux», ce qui a le don de mettre mes interlocutrices mal à l'aise car ma réponse révèle leur part d'égoïsme, leur désir de ne pas vieillir, qu'elles projettent sur leur enfant.

Mes fidèles lecteurs ne seront pas étonnés que je rejoigne tout à fait Naouri quand il met le fond des problèmes de l'école au compte de cette volonté de refuser de constater et de traduire dans l'institution la hiérarchie entre le professeur et l'élève, qui existe de fait.

Enfin, Naouri a une solution pour mettre fin à l'infantolâtrie (l'expression est sienne) et retrouver une écucation équilibrée : passer de «l'enfant d'abord» à «le couple d'abord».

Le couple, et le jeu de tension-attirance en son sein, est premier, l'enfant n'en est qu'un sous-produit et c'est dans cette situation, où il est éduqué comme le résultat d'une relation entre ses parents et en fonction de l'interaction entre ses parents, qu'il trouve son équilibre.

Une digression sociale : dans l'aristocratie et dans la bourgeoisie, le fait d'avoir un nom ou un patrimoine à transmettre aide à l'éducation. L'enfant a quelque chose de plus grand que lui (le nom, le patrimoine) qui fait qu'il s'intègre à une histoire, il n'est pas unique et centre du monde. Bien sûr, ça ne veut absolument pas dire que tous ces enfants sont mieux éduqués, ça veut juste dire qu'ils ont une chance en plus de l'être.

Naouri donne des conseils qui peuvent choquer au premier abord : supprimer sans barguigner tétine et doudou à deux ans. Mais cela est-il plus choquant que ces adolescents qui ont encore leur doudou ? Naouri a souvent une attitude «il faut ce qu'il faut et ce n'est pas la peine de tourner autour du pot». Quand on a bien intégré qu'il faut pousser l'enfant à grandir et non l'aider à rester enfant, ça passe. Mais là encore, il faut être deux pour trouver un équilibre, j'imagine assez bien la mère défendant le doudou et le père prônant sa suppression.

Un psychiatre résumait cela en disant «C'est dans le lit des parents que se fait l'éducation des enfants», manière de dire que c'est parce que les parents ont une relation saine, épanouissante, confiante, sexuée, que l'éducation peut se dérouler correctement (2).

Je partage le pessimisme de Naouri : les forces poussant à l'infantolâtrie sont extrêmement puissantes et la société aura le plus grand mal à s'en défaire.

Deux exemples :

> une commission a été réunie pour donner son avis sur l'adhésion de la France à la charte internationale des droits de l'enfant. Les experts (jusristes, psychologues, etc ...) ont déclaré à l'uninamité qu'une telle adhésion était inappropriée dans le cas d'un pays avancé comme la France. Lors de la séance de remise du rapport, le premier ministre de l'époque, Michel Rocard, a signalé que le processus d'adhésion était de toute façon déjà entamé.


> un des nombreux rapports sur l'école a rendu un avis qui disait, ô miracle, que le problème fondamental était dans la dévaluation de la fonction paternelle. Qu'a fait le gouvernement Jospin ? Il a allongé la congé parental pour le père. Autrement dit, il est allé encore plus loin dans la transformation du père en une mère-bis ! Ce qui, bien évidemment, revient à renforcer le problème et non à le résoudre.

Cependant, l'éducation est une affaire personnelle, c'est au sein de chaque couple qu'elle se fait.
La société est peut-être foutue dans sa majorité, mais ça n'empêche pas les parents qui lisent ce blog, Naouri ou d'autres choses du même genre, ou qui, simplement, ont un peu de bon sens et quelques repères (3) d'essayer de donner une bonne éducation à leurs enfants.

(1) : qui vient de temps en temps voir son bébé en touriste.

(2) : c'est pourquoi l'expression «famille monoparentale» m'a toujours paru un oxymore. Pour moi, une famille avec un seul parent, ce n'est pas une famille (il en est d'ailleurs de même à mes yeux lorsque les deux parents sont d'une même sexe). Vous vous doutez bien que, chaque fois que j'ai affirmé cela, surtout en présence d'une mère célibataire ou divorcée (le cas d'un père célibataire élevant ses enfants ne s'est jamais présenté à moi), j'ai été obligé de changer rapidement de sujet, mon opinion soulevant une opposition immédiate, remuant trop de choses que je n'avais pas envie de prendre en charge en pousant mon argumentation.

(3) : n'oublions pas que ce que raconte Naouri, c'est en gros les relations familiales d'il y a une ou deux générations, il est donc normal que quelques couples subsistent à qui cet héritage a été transmis. En ce qui me concerne, ça me paraît la chose la plus naturelle du monde. Ce sont au contraire les couples «modernes» qui donnent une éducation «moderne» (c'est-à-dire, à mes yeux, déséquilibrée et égoïste) qui me semblent étranges.

mardi, octobre 14, 2008

Collision évitée : l'avion de Fillon volait trop vite

Mes commentaires entre [] et les phrases significatives en rouge gras.

INFO LE FIGARO - L'enquête préalable à l'audience au tribunal de Versailles mercredi montre que le pilote privé n'aurait pas tous les torts.

L'analyse des trajectoires radars civil et militaire et des enregistreurs de vol montre une réalité assez différente des premières informations diffusées [comme d'habitude, les journalistes ont raconté n'importe quoi sans vérifier] sur ce qui était une «quasi collision» entre un Cessna 172 et le Falcon du premier ministre au-dessus de Toussus-le-Noble (Essonne) dimanche 28 septembre dernier. Il y avait bien «60 mètres d'écart» mais en altitude, ce qui est très différent du plan horizontal. En fait, les deux avions étaient distants de 0,6 mille nautique (plus d'un kilomètre).[Il m'est déjà arrivé de croiser un avion, donc sans séparation horizontale, à 200 ft, c'est pas bien, ce n'était pas de ma faute, mais ça peut arriver et je n'ai pas fait chier la terre entière] A bord du Falcon, le détecteur de trafic a donné l'alerte quelques secondes seulement. L'alarme sonore s'est arrêtée dès que le pilote a diminué le taux de descente, ce que les passagers présents à bord ont interprété comme une légère accélération. Le «crash évité de justesse» qui avait été évoqué, n'est plus une réalité, considéré maintenant comme un rapprochement anormal par les experts. Les premières informations étaient difficiles à vérifier et le secret de l'instruction était opposé à toute question trop précise. L'équipage du Falcon a déposé, à l'arrivée à l'Escadron de transport (Etec) de Villacoublay, une déclaration d'«Airprox» (Air Proximity) qui déclenche une enquête technique. Le substitut du tribunal de Versailles s'est néanmoins saisi de l'affaire. Le pilote du Cessna a alors été mis en garde à vue 24 heures [Rien que ça].

Il n'en reste pas moins que le pilote du Cessna 172 qui faisait route des châteaux de la Loire vers Pontoise (Oise), était en infraction. Il se trouvait entre 1 800 et 2 300 pieds, au-dessus des 1 500 pieds (500 mètres) autorisés dans le secteur de Toussus-le-Noble. Au-dessus de 1 500 pieds, l'espace est, en effet, réservé au trafic de Villacoublay, aérodrome où atterrissent les avions militaires et ceux de l'Etat. Plus au dessus volent les avions en approche à Orly, du moins quand le vent souffle de l'Est. On ne peut, en revanche, reprocher directement au pilote de ne pas avoir été en contact radio avec Toussus-le-Noble car cela n'est pas formellement obligatoire. S'il était conscient d'être en dehors de la route autorisée, il pouvait toutefois demander de l'aide à la tour de Toussus ou Seine-Information qui l'aurait aidé à revenir dans les zones autorisées. Les juges du tribunal correctionnel de Versailles vont devoir se pencher sur des cartes aéronautiques très complexes et quasiment illisibles [Vive l'administration française ! L'excès de réglement tue le réglement. Pour bien connaitre le coin (je vole à St Cyr et à Toussus), je peux dire la chose suivante : les cartes ne sont pas illisibles, mais très complexes. Un provincial hésitera à venir en région parisienne non accompagné d'un autochtone. Pour peu que le pilote ne se soit pas préparé correctement, il est vite possible d'être en infraction. De plus, quand ça merde, ça merde : le stress s'ajoute au stress et on multiplie les gaffes. On est perdu, on oublie de contrôler son altitude, on ne pense pas à passer sur Seine Info et, comble de malchance, on rate Fillonetc.] pour apprécier la position respective des deux avions.

L'avion ministériel volait à 650 km/h

L'avion ministériel n'était pas non plus «dans les clous». Le triréacteur arrivait d'Angers et était en descente vers Villacoublay. Les radars civils des centres de contrôle d'Athis-Mons et d'approche d'Orly montrent que le Falcon volait à 350 nœuds (environ 650 km/h). Or, précise-t-on à la Direction de l'aviation civile, «la vitesse maximale autorisée en dessous du niveau 100 (environ 3 300 mètres) est de 250 nœuds». Deux raisons à cette limitation. A 250 nœuds, dans l'espace aérien inférieur, là où le trafic est plus dense, cette réduction réduit les risques de collisions. Mais cette vitesse moindre permet, par ailleurs, de limiter les conséquences d'un impact avec les oiseaux, fréquents dans les basses couches. A 350 nœuds, le choc avec un volatile, plus violent, peut gravement détériorer un pare-brise ou un moteur.

A Matignon, on conteste cette version. «Une allure de 350 nœuds en phase de percée (c'est-à-dire en descente) est techniquement impossible, précise-t-on au cabinet du premier ministre. La vitesse du Falcon au moment du croisement des deux appareils était bien inférieure.» L'avion, dont le vol était soumis au contrôle des autorités de la Défense à Villacoublay, ne bénéficie, de surcroît «d'aucune dérogation aux règles de vol», qui sont liées «au type d'appareil et non à la qualité de ses passagers». Dans l'entourage du premier ministre on précise enfin, qu'il n'y a pas, à leur connaissance, «de mentions d'un problème de vitesse dans la procédure concernant cet incident». Interrogé par lefigaro.fr, l'avocat du pilote amateur, Me Gilles Khaiat, se dit incapable de se prononcer sur les faits, «n'ayant eu qu'un accès très partiel au dossier».

Selon Matignon, «le parquet de Versailles a agi de sa propre initiative»

Les juges de Versailles vont devoir se pencher sur les responsabilités respectives. On retrouve ici la règle générale selon laquelle un incident aéronautique relève toujours de la conjonction de plusieurs facteurs. Le pilote du Cessna comparaît en citation directe pour «mise en danger de la vie d'autrui» en ne respectant par les règles de l'aviation civile et «survol d'une zone interdite». Cette affaire portée ainsi en justice étant une première, il n'y a pas réellement de jurisprudence. Sur le plan administratif, la commission de discipline de l'aviation civile prononce habituellement une suspension temporaire de licence assortie éventuellement d'une formation de quelques heures avec un instructeur. La suspension définitive n'est prononcée qu'en cas de récidive.

Restent à identifier les raisons profondes du traitement exceptionnel par la justice d'un incident relativement fréquent. Une trentaine d'«Airprox» sont déposés chaque année en France qui donnent lieu à une enquête technique, éventuellement à une sanction administrative, jamais à une traduction quasi immédiate devant les tribunaux après une garde à vue. Un proche du dossier attire l'attention sur une guerre possible entre des cabinets ministériels autour de cette affaire que l'entourage de François Fillon ne souhaitait pas dramatiser outre-mesure. A Matignon, on rappelle ainsi que «ni le premier ministre ni son cabinet n'ont demandé le lancement d'une telle procédure» : «le parquet de Versailles a agi de sa propre initiative sur constatation d'une infraction pénale». François Fillon n'aurait même pas fait mention de l'incident à son arrivée à Matignon. Le passage en jugement juste quinze jours après l'infraction permet cependant de s'interroger sur un tel empressement. Avec l'encombrement des tribunaux, il faut le plus souvent deux ans à la Justice pour statuer sur des affaires comparables. [Bref, ce n'est pas la peine que ce pilote joue au Loto : vu la poisse qu'il a, c'est de l'argent foutu en l'air]

Le krach est le nouvel opium des intellectuels

Je suis assez en phase avec cet article. Je suis consterné par les conneries, il n'y a pas d'autre mot, que j'ai entendues de la part d'éminences médiatiques ces dernières semaines.

Le krach est le nouvel opium des intellectuels


Yves de Kedrel pour Le Figaro, le14 octobre 2008

On connaissait le crack, cette drogue dérivée de la cocaïne qui provoque de violents dégâts dans les cerveaux de ceux qui en consomment. Il y a maintenant le krach boursier d'octobre 2008. En l'espace de quelques jours tant de bêtises ont été dites ou assénées sur cette crise financière que l'on peut se demander si ce krach-là n'est pas devenu le nouvel opium des intellectuels en mal de poncifs ou de revanches à prendre sur vingt années de pragmatisme libéral.

Par ici, on lit que c'est la fin du capitalisme. Par là, on découvre que c'est l'échec de la mondialisation. Le matin, on entend un économiste expliquer que c'est le grand retour de l'État, voire des États. Et le soir, on se couche en regardant à la télévision des débatteurs tous sûrs et certains que cette crise boursière et financière marque la fin de la puissance américaine. Il est même devenu difficile de faire son tri dans tout ce qui est dit ou écrit, tant chacun fait de la surenchère dans l'antilibéralisme et la dénonciation du marché. C'est à qui dira le plus vite et le plus fort que tout cela était écrit et que les 10 000 milliards de dollars partis en fumée la semaine passée sont la conséquence logique d'un processus diabolique inscrit dans les gênes du capitalisme.

C'est dire s'il va falloir du temps et un peu de sérénité pour que nos élites reviennent à la raison. Ne parlons même pas de José Bové qui veut juger au sein d'un tribunal international les grands financiers du moment, ou de ceux qui proclament haut et fort, comme Napoléon il y a deux siècles, «la Bourse je la ferme, les boursiers je les enferme».

Bien sûr, il ne s'agit pas de nier ici l'ampleur de cette crise, que nous avions laissé envisager dans ces colonnes au début de l'été. Bien sûr, il n'est pas question de balayer d'un revers de main les risques inhérents à cet incroyable maelström, comme les pertes subies par des millions d'actionnaires. Surtout, il faut s'inquiéter de cette hibernation du crédit qui a déjà commencé et qui constitue aujourd'hui le principal problème à régler. Mais d'ores et déjà, quelques lignes se dessinent pour l'après-krach et qui n'ont pas grand-chose à voir avec ce qui se répète en boucle entre Les Deux Magots et le Café de Flore.

D'abord non seulement le capitalisme ne va pas disparaître, mais il va rester, heureusement, le système dominant de l'économie mondiale. Et il va ressortir de cette crise plus fort, car assaini de certaines pratiques outrancières, que le marché finit toujours par corriger. Le capitalisme va demeurer, parce qu'il est le seul système économique dont la génération est spontanée, le seul qui crée de la richesse au profit de tous, le seul qui lie les bénéfices réalisés aux risques engagés. Le capitalisme a, certes, déjà plusieurs visages, selon que l'on se trouve à New York, Palo Alto, Londres, Paris, Francfort, Bombay, Moscou, Shanghai, Tokyo ou Dubaï. Et le capitalisme anglo-saxon ou flamand, défini par Braudel, va sans doute se tempérer de pratiques plus latines. Mais il y a peu de risques qu'une sorte d'économie mixte comme en rêvent nos archéosocialistes renaisse dans les cendres chaudes de cette crise.

Seconde certitude, les États-Unis vont rester non pas le centre du monde capitaliste, mais son phare d'Alexandrie. Parce que, en dehors de la Chine, c'est outre-Atlantique que l'initiative individuelle est la mieux encouragée. C'est donc là-bas que l'économie rebondira dès que possible, grâce à une nouvelle génération d'innovations, grâce à de nouveaux services, grâce surtout à des cerveaux qui créent mieux dans un garage de dix mètres carrés que sur un pôle de compétitivité à Orsay. Ce qui n'absout l'Amérique ni de ses excès ni de la gestion pitoyable qui y a été faite de cette crise.

Troisième certitude : nous n'assisterons pas au retour de l'État ou des États. L'action publique s'est déconsidérée comme jamais à l'occasion de cette crise financière. Qu'il s'agisse des incantations sur les garanties de dépôts, des tentatives de concertation à 4, 7, 15 ou 20, des sauvetages de banques, et enfin des actions minimalistes des banques centrales. Tout a échoué. Les États n'ont pas constitué la solution, mais un problème de plus tant leurs manières de raisonner sont différentes et tant leurs déclarations intempestives ont créé un climat anxiogène. Et n'oublions jamais que si Bill Clinton n'avait pas donné l'ordre aux banquiers de prêter dès 1995, à des ménages insolvables, la crise du subprime n'aurait jamais vu le jour. Autant dire qu'aucun État, y compris le plus libéral ne peut aujourd'hui se poser en donneur de leçons.

Enfin, dernière certitude, comme Nicolas Baverez le souligne dans son dernier ouvrage « En route vers l'inconnu », c'est la première fois que le monde occidental n'est plus maître de son destin. Nous avons aujourd'hui davantage besoin de l'hémisphère Sud et des pays émergents qu'ils n'ont besoin de nous. Ils détiennent 3 000 milliards de réserves de changes, et d'ici à cinq ans leurs fonds souverains géreront 15 000 milliards de dollars. L'économie mondiale est sans doute en crise. Cela signifie qu'elle se trouve à un moment charnière lorsque l'on connaît la signification du grec krisis. Mais pour paraphraser Lampedusa : tout devrait donc en apparence changer pour que tout reste identique.

Crise financière, les questions

Je vois deux types de questions «philosophiques» dans la crise actuelle :

> une série de questions qui renvoient à la faillite de l'étatisme et de la régulation (1). Quelle régulation pour les banques ? Quelle politique immobilière ? Quel financement pour les Etats (j'ai bien peur que les plans de sauvetage s'avèrent à terme des plans de banqueroute) ?

> une série de questions qui se posent aux libéraux, ayant trait aux comportements humains : comment éviter le panurgisme ? Pourquoi les informations qui n'entrent pas dans l'idée à la mode sont-elles ignorées ?

J'ai un scénario favori, dont j'espère qu'il va se réaliser : les Etats ont créé un choc psychologique en promettant des milliards. Ils n'auront pas à les débloquer, ou qu'une petite partie : la reprise ira plus vite que les Etats.

Ceci étant, j'ai entendu pendant cette crise des choses d'une stupidité ... Totalement à coté de la plaque: les paradis fiscaux (2), les parachutes dorés, la fin du capitalisme, le développement durable, le retour de l'Etat (3) etc.

(1) : pour ceux qui n'auraient pas lu mes messages précédents, je pense avoir montré, avec d'autres, que la crise est à mettre en grande partie sur le dos d'une régulation déresponsabilisante et de la manipulation par les Etats des marchés immobiliers.

L'idée comme quoi la crise serait le signe d'une faillite du laissez-faire ne tient pas la route une seconde : il n'y a guère de profession plus réglementée que les banques.

Au contraire, la crise illustre un phénomène bien connu ailleurs, par exemple en aviation : sauf à priver totalement les hommes de liberté, les enserrer dans un carcan réglementaire a deux effets néfastes.

Cela les déresponsabilise et cela les incite à utiliser le peu de libertés qu'on leur laisse pour passer dans les failles réglementaires, en perdant quelquefois de vue les principes fondamentaux de l'activité en question.

L'aviation s'en sort assez bien avec une idée simple : tenter de ne pas diluer les responsabilités.

(2) : rappelons que si il y a des paradis fiscaux, c'est tout simplement parce qu'il y a des enfers ficaux.

(3) : pourquoi je considère ce thème très à la mode du «retour de l'Etat» comme idiot ? L'Etat-mamma, ou Etat-providence, a une origine historique précise : le New Deal rooseveltien, à l'efficacité économique douteuse, et le rapport Beveridge, écrit dans les années les plus noires de la guerre pour promettre aux Britanniques que l'après-guerre serait radieux.

Ce contexte guerrier de l'Etat-providence a pu faire écrire à J. Ellul en août 1945 que Hitler avait perdu physiquement la guerre mais l'avait gagnée politiquement, ce qui, tout de même, n'est pas une affirmation anodine, surtout à ce moment et venant d'un tel homme.

Or, à moins qu'on tienne l'hypothèse de la «guerre contre le terrorisme» pour l'équivalent psychologique de la deuxième guerre mondiale, il est douteux que nous soyons dans des conditions telles qu'une augmentation de la place de l'Etat, déjà fort envahissant et très présent, dans l'économie soit tolérée par les populations.

D'ailleurs,quand on essaie de comprendre ce qui se cache derrière cette idée fumeuse de «retour de l'Etat», on comprend qu'il s'agit d'une remise à plat de la réglementation bancaire et de quelques nationalisations provisoires. Vraiment pas de quoi voir une révolution ou un triomphe du collectivisme.

Que les gouvernants savourent les appels au secours qui montent vers eux, cela risque bien d'être la dernière occasion avant longtemps où ils ne seront pas méprisés.

Finalement, la seule chose qui me fait peur dans cette histoire de «retour de l'Etat», c'est l'appétit de servitude dont certains ont témoigné à l'occasion de cette crise. C'est la seule vraie raison qui pourrait faire que l'Etat «revienne» : que les individus se démettent de leurs responsabilités.

Le jour où Mc Cain a perdu les élections

Le jour où Mc Cain a perdu les élections

Je préfère Mc Cain et je pensais qu'il allait gagner. J'avoue trouver l'obamania européenne tellement ridicule (1) (Obama n'est pas le Messie, de plus il s'agit d'une élection américaine) que mon jugement en est probablement affecté.

Maintenant, je pense que c'est foutu et l'analyse de Guy Sorman me parait juste.

(1) : plus dur sera le réveil. Je prévois qu'Obama se révélera un politicien américain tout à fait ordinaire et que sa politique ne sera pas une rupture avec celle de Bush, notamment sur la question irakienne (réduire l'invasion de l'Irak a une simple histoire de mensonge sur les ADM, c'est se voiler la face sur l'intérêt des USA à se comporter en «gendarme du monde». Je ne vois pas Obama changer radicalement cette politique).

vendredi, octobre 10, 2008

Pétrole, crise et prévisions

Quand j'expliquais en mars 2008 et en juillet 2008 que le prix du pétrole allait baisser, et brutalement, on peut dire sans exagération que j'étais très minoritaire.

Tous les «experts» nous détaillaient les excellentes raisons pour lesquelles le baril atteindrait forcément les 200 dollars.


Le public et les gouvernants partaient du principe que la hausse des prix du pétrole ne s'interromprait jamais. Souvenez vous, c'était il y a moins de six mois.

Je n'avais pas de boule de cristal, ni même de connaissance bien affutée, mais je prenais garde de ne pas oublier un principe fondamental, tellement simple qu'il est la plupart du temps ignoré : demain n'est pas forcément la prolongation d'aujourd'hui.

Aujourd'hui, les mêmes «experts» (ou si ce n'est pas eux, c'est donc leurs frères) nous prédisent un cataclysme économique.

Ils font ce qu'ils font toujours : ils prolongent demain les tendances d'aujourd'hui. La complexité de certains de leurs arguments techniques ne doit pas vous faire perdre de vue qu'au fond, ils croient que demain sera comme aujourd'hui.

Essayons d'être un peu moins aveugles que les «experts».

Pour une récession grave :

> le système bancaire est paralysé. Le crédit s'assèche.

> les entreprises «modernes» placent leurs liquidités qui, du coup, ne sont plus si liquides. En ces temps de système financier à la dérive, cela pourrait se révéler catastrophique.

> si tout le monde croit qu'il va y avoir une récession, elle aura lieu.

> les mesures gouvernementales tendent à prolonger la crise.

Pour une légère récession suivie d'une reprise rapide :

> l'Asie semble peu touchée. Les causes du dynamisme asiatique, démographie et ouverture des frontières, sont pour l'instant intactes et le resteront tant qu'il n'y aura pas de malheureuses initiatives protectionnistes.

> si des entreprises souffrent d'avoir voulu faire du capitalisme sans capital, il y en a d'autres, et d'énormes, qui sont correctement capitalisées et peu endettées (regardez par exemple Microsoft) et sont relativement à l'abri de la crise.

> l'économie des USA semble assez bien encaisser le choc (tout est relatif).

Bref, je n'ai pas encore d'avis tranché, mais ne cédez pas à l'hystérie catastrophiste ambiante : le pire n'est pas sûr.

(Nota : le Libor, qui est le taux auquel se prêtent les banques à court terme, est en train de se stabiliser. Mais comme les banques centrales ont baisseé leurs taux courts et que le Libor n'a pas baissé d'autant, cela indique que la défiance entre banques n'a pas diminué.)

Spéculations et hallucinations

LA CHRONIQUE DE FAVILLA 10/10/2008

Spéculations et hallucinations


Comme les habitants d'un pays tropical qui apprennent par la radio qu'un cyclone va bientôt arriver chez eux, les opinions publiques occidentales apprennent que la crise économique, dont ils ne voient pas encore les manifestations concrètes, est proche et inéluctable. Le signe annonciateur, leur dit-on, ce sont les craquements de la Bourse. Mais la différence entre la météorologie et l'économie tient au rôle de l'information. Dans le premier cas, elle avertit les populations d'un danger certain. Dans le second, elle ne se contente pas de signaler le péril : elle contribue à l'aggraver, voire à le créer. L'annonce de la crise pousse aux comportements de précaution - blocage du crédit et de l'investissement, montée de l'épargne - et la précaution généralisée précipite la crise.

On devrait pourtant s'interroger sur la pertinence du message émis par les places boursières. Partout fleurissent les discours savants sur la mécanique implacable de la crise, la propagation « systémique » de l'insolvabilité et de la méfiance. On reste pourtant perplexe quand on apprend que la faillite de Lehman Brothers pourrait être due surtout aux manoeuvres d'une banque concurrente - une plainte a été déposée à ce sujet auprès d'un tribunal de New York - ou que la paradoxale envolée de l'action Volkswagen pourrait s'expliquer par cette même faillite - Lehman Brothers ayant, avant de sombrer, organisé le torpillage en Bourse de la firme allemande pour en tirer un profit spéculatif... On sait depuis longtemps que le baromètre boursier est manipulable. La spéculation entretient l'instabilité parce qu'elle s'en nourrit : peu importe que les indices tanguent à la hausse ou à la baisse, pourvu qu'ils tanguent. Ce qu'on ignore, c'est jusqu'où va cette manipulation : dans les transes des places financières, comme dans les vaticinations de la pythie de Delphes, comment discerner la frontière entre la vérité, le mensonge et l'hallucination ? C'est à ces réactions fiévreuses, pourtant, qu'on mesure au jour le jour la crédibilité des politiques qui s'efforcent de circonscrire la crise.

Facteur aggravant, le souvenir des traumatismes s'inscrit plus profondément dans la mémoire collective que celui des guérisons. Les augures affirment - et le Premier ministre confirme - que la crise actuelle est aussi grave que celle de 1929. C'est exactement ce qu'on disait... il y a vingt et un ans : le 19 octobre 1987, en une seule séance, la Bourse de New York plongeait de 22,6 %. Au cours du même mois, Londres perdait plus de 26 %, Paris 34 %, Hong Kong 45 %... Un tel krach, pensait-on, présageait le pire pour l'économie « réelle ». Fin 1987, les prévisionnistes annonçaient pour 1988 une stagnation, voire une récession aux Etats-Unis comme en Europe. Au fil des mois, ils ont dû reconnaître qu'ils s'étaient trompés : 1988 fut une des années de croissance les plus brillantes de la décennie. On ne peut évidemment pas prétendre que ce scénario va se reproduire. Mais seulement se dire qu'il est hasardeux de se fier à un oracle dont le message peut être délirant ou délibérément trompeur.

Ce que cache l'hystérie antilibérale

Par Ivan Rioufol le 10 octobre 2008 0h01

Ce n'est pas le capitalisme qu'il faut craindre, mais ses ennemis. En France, les antilibéraux s'autocongratulent tandis que certains, dans leurs rangs, prophétisent la fin d'un monde qu'ils détestent: l'Occident, ses démocraties, ses réussites. Tous disent que la crise force à inventer autre chose. Ils écoutent Olivier Besancenot et son Nouveau Parti anticapitaliste: le PS trouve que le postier exagère quand il défend Jean-Marc Rouillan, qui a tué pour la cause et qui ne renie rien. Mais les socialistes se gardent bien de diaboliser l'extrême-gauche. En effet, les temps sont dangereux...

Le procès du capitalisme financier, qui trouve ses procureurs jusque chez la droite honteuse, fait le bonheur des interventionnistes de la vieille école et des contempteurs du profit. Dans un parallèle poussif, de faux arbitres renvoient même dos à dos les échecs du communisme et du capitalisme, en oubliant les millions de morts de l'un, les millions de pauvres sortis de leur condition de l'autre. Quand le gentil Nicolas Hulot déclare: "Le capitalisme est obsolète", il fait mode. Mais il parle comme les idéologues de la table rase.

Les enfants de Robespierre se croient rappelés par l'histoire. "Nous assistons à une agonie du système libéral", répète Benoît Hamon, candidat à la direction du PS. Cet été, son camarade Jean-Luc Mélenchon avait commenté la mort d'Alexandre Soljenitsyne en qualifiant "d'inepte griot de l'anticommunisme officiel" le combattant du totalitarisme, admirateur de la révolte vendéenne de 1793 (voir mon blog). La gauche dure ressort ses pics. Les ténors socialistes n'y trouvent rien à redire.

L'antiaméricanisme fait le reste, aimantant ceux qui font porter sur les États-Unis, leurs banquiers et leurs alliés les malheurs du monde. Le Hamas, écouté dans les cités, accuse le "lobby juif " d'être responsable du crack. D'autres vantent la finance islamique. "Revendre des créances, les racheter, les revendre : ce genre de montages n'est pas accepté", souligne cette semaine l'École de management de Strasbourg, qui ouvre un diplôme pour gérer des fonds musulmans. Un récent rapport du Sénat y va aussi de son éloge pour cette économie.

Tel est le terreau de l'anticapitalisme occidental, sur lequel s'épanouit un radicalisme qui mise sur la crise sociale et la défiance des gens. Or, l'hystérie antilibérale est telle aujourd'hui, y compris chez des démocrates qui persistent à nier la faillite de l' " État mama", qu'elle conforte un discours régressif, négationniste, violent. Le capitalisme n'est pas parfait, pour sûr. Mais le renier serait nous renier.


« Ils sont là, les socialos ! »


Non seulement le capitalisme financier est utile, mais il va financer par souscriptions une partie des 700 milliards de dollars du plan de relance des États-Unis. Il ne peut être dissocié du libre-échange, bien que d'évidentes réformes techniques et éthiques sont à faire. Il est bien sûr inexcusable d'avoir laissé un système délivrer des prêts à des ménages insolvables. Mais l'économie de marché ne se reconnaît pas dans cette politique démagogique. Le capitalisme peut vite se corriger d'une crise qui l'affaiblit.

Il ne faut rien taire des tares du système anglo-saxon, tel que la chancelière allemande Angela Merkel l'a désigné en fustigeant "l'appât du gain, la spéculation et le mauvais management ". Benoît XVI ne dit pas autre chose quand il s'en prend à l'argent roi. La mobilisation du Medef contre les "parachutes dorés" illustre les limites qu'admet une économie de marché. D'autres interdits sont possibles, sans remettre en cause le capitalisme et son acceptation du risque. Les nationalisations partielles et provisoires des plus grandes banques britanniques relèvent d'une urgence plus que d'une révolution.

C'est sur ce terrain du libéralisme régulé que la gauche moderne devrait venir, plutôt que de chercher à plaire à des extrêmes qui veulent la subvertir. "Si la France veut retrouver - "libérer" - la croissance, elle doit accepter de réduire son État-providence et de limiter la redistribution", écrivent (Le Monde, mercredi) les responsables du think-tank de gauche, Terra Nova. Mais le PS est loin de cette mutation quand Martine Aubry déclame : "Ils sont là, les socialos ! " ou quand François Hollande se frotte les mains: " Ce qui s'effondre, c'est le libéralisme économique."

Conjurer le nationalisme

Si les progressistes feraient bien de s'éloigner des nostalgiques des comités de salut public et du tout-État, qui ont trouvé gîte au PS, la droite, elle, devrait conjurer le réveil du nationalisme, tel qu'il s'exprime avec Marine Le Pen. Lundi, la vice-présidente du FN s'est félicitée du fiasco du dernier « G 4 » : "C'est le retour des nations (...) Il faut faire le constat de l'échec de l'Union européenne." Certes, l'Europe ne s'est pas montrée performante dans cette pagaille bancaire du sauve-qui-peut. Mais ce spectacle du chacun pour soi n'est-il pas devenu le meilleur argument pour une future coordination protectrice ? La crise pourrait bien accélérer la construction d'une Europe des nations, enfin utile.

Obama, gonflé

John McCain, victime de la crise? Barack Obama, pourtant soutenu financièrement par Wall Street (dont la banque Goldman Sachs) mais aussi, initialement, par Fannie Mae et Freddie Mac (d'où est partie l'étincelle du subprime), s'est habilement fait le pourfendeur, mercredi face à son adversaire, de la "déréglementation du système financier". Gonflé, mais peut-être payant...

jeudi, octobre 09, 2008

La liberté, trop précieuse pour ne pas être réservée à une élite ?

Je sais depuis longtemps que la plupart des hommes préfèrent la sécurité dans la servitude à la responsabilité dans la la liberté.

Mais jusqu'à maintenant, ce savoir était resté relativement théorique, mis à part la cohorte des prébendiers de l'assistanat.

Depuis quelques jours, je suis estomaqué par le nombre et la vigueur des appels plus ou moins hystériques «Que fait l'Etat ? L'Etat ! L'Etat ! L'Etat !».

Il faut bien être un éditorialiste du Wall Street Journal pour oser encore écrire que, finalement, on n'a pas tant besoin que ça des Etats pour régler la crise.


Heureusement, on trouve des blogs libéraux qui ne se mettent pas à genoux devant les hommes de l'Etat.

A part ces quelques Mohicans, quel raz-de-marée !

Les Echos, La Tribune, Le Point, Le Figaro, des journaux peu suspects de gauchisme maladif, élèvent d'ardentes prières pour que l'Etat nous délivre de la malpeste financière.

Je n'ai peut-être pas compris (il ne faut jamais rien exclure !), mais cette crise ne me semble pas fondamentalement différente de la crise de la tulipe, de la crise du chemin de fer ou de la crise d'internet.

Une innovation (dans le cas de la présente crise, l'innovation financière) produit des bénéfices et des espoirs de bénéfices qui alimentent une bulle spéculative. Quand l'innovation arrive à maturité, on s'aperçoit qu'on en avait exagéré les profits mirobolants et le soufflé retombe, mais l'innovation reste.

C'est pourquoi les produits financiers innovants ne disparaitront pas.

Cette crise est grave, certes, mais ce n'est pas la crise de 1929, le taux de chômage n'atteint pas 25 % et personne n'a l'air de craindre que ça arrive.

Quand François Fillon nous raconte que nous vivons une crise comme en 1929 accompagnée du choc pétrolier de 1973, il fait une double erreur d'appréciation qui est bien proche de l'incompétence.

Les usines tournent, les carnets de commande sont raisonnablement remplis, il y a même certaines banques qui ne se portent pas trop mal, ne serait-ce que pour la France, je parierais bien que BNP Paribas et la Société Générale bénéficieront de cette crise.

Pour que le délire soit complet, certains prophètes de malheur nous annoncent la fin du libéralisme. Heureusement, certains gardent les pieds sur terre : la fin du capitalisme ? Non, bien au contraire ... (il n'a jamais manqué de fossoyeurs prédisant la fin du capitalisme pour la semaine prochaine, grand spectacle son et lumières, du sang sur les murs, achetez vos places dès maintenant, tarifs préférentiels. Ils ont toujours eu tort. Je ne vois pas bien pourquoi ça changerait.)

D'autre part, mon analyse comme quoi on n'arrête pas un couteau qui tombe, les interventions étatiques sont globalement inefficaces et grillent inutilement de précieuses cartouches, se trouverait plutôt confirmée à court terme par la continuation de la chute des indices boursiers.

Courte ou longue ?

Il s'agit bien sûr de la récession.

Je la vois plutôt courte aux USA et en Asie, longue en Europe, mais je n'ai pas d'avis bien tranché sur la question. Et vous ?

mercredi, octobre 08, 2008

Tout va très bien Mme la marquise ...

Deux articles dont les propos ne sont finalement pas contradictoires :

Pourquoi il est inutile de s'inquiéter pour les Etats-Unis


The depression of 2009


Si on fait la synthèse de ces textes : la crise va s'aggraver du fait de mesures étatiques stupides et ce ne sont pas les USA qui vont le plus morfler.

mardi, octobre 07, 2008

Pays de cons !

Pays de cons !

L'auteur ne brille pas par l'indulgence, mais des fois, un bon coup de gueule, ça fait du bien.

Il y a peut être une crise financière mais il y a surtout une crise de l'intelligence

Je reprends ce titre d'un commentaire de Pierre Robes-Roules (merci, mais ce n'est pas la peine de réclamer des royalties).

Cette thèse est celle de nombreux libéraux, par exemple Jacques Garello, et je muris la même pensée.

On semble s'en remettre sans réflexion, dans une complète panique, au vaudou étatiste. Revient cette notion comme quoi l'Etat serait un être supérieur.

Pourtant, qu'est-ce qui justifie l'hypothèse, sous-entendue par les plans de sauvetage actuels, qu'un fonctionnaire est plus apte à évaluer une dette pourrie qu'un banquier ? Le fait d'être le prêtre d'un dieu qui s'appelle l'Etat lui conférerait-il un savoir d'essence divine ?

La solution de la crise actuelle consiste à mon sens à garantir les dépots des particuliers, tout en laissant couler les banques défaillantes (je m'en suis déjà expliqué dans les messages précédents). Pourquoi fait-on le contraire ?

Ce qui est sous-jacent aux réactions à cette crise, c'est la peur de la liberté. Il ne faudrait surtout pas laisser les individus se débrouiller, il faudrait absolument les aider, les encadrer, les contraindre.

On sentait monter cette peur depuis un certain temps, attisée par les politiciens qui ont compris que la peur est un levier électoral fort puissant.

J'avais fait la remarque lors de la campagne présidentielle française que les candidats, et notamment les principaux, étaient des marchands de peur. Cette remarque s'étend sans peine à d'autres démocraties.

Me frappe toujours cette banalité : une somme de considérations rationnelles ne fait pas toujours une décision ou un comportement rationnel. On peut choisr de traverser l'Atlantique en voilier ou en avion, mais si on essaie de trouver un compromis et de traverser l'Atlantique en avion à voile, ça ne me parait pas optimal.

J'ai l'impression que nous sommes là dans la crise actuelle :

> soit les Etats laissent tomber les banques (ma solution préférée, l'intervention étatique se limitant à organiser les faillites).

> soit les Etats les sauvent, mais, dans ce cas, la solution cohérente, c'est la nationalisation.

Or, les gouvernements essaient de naviguer dans une solution intermédiaire, la reprise ou la garantie des dettes, qui ne résout pas la crise tout en épuisant leurs munitions. C'est l'avion à voile.

Et je redoute de plus en plus ce qui serait pour le coup un authentique risque systémique : la banqueroute des Etats les plus fragiles, ayant repris les dettes de banques qu'ils auraient du laisser couler.

On parle de la banqueroute de l'Islande. Mais ce n'est pas la seule concernée : je vous rappelle que le gouvernement français envisage de débloquer pour les banques 50 md d'€, soit une année de déficit budgétaire (1). On est en pleine folie furieuse. Mon espoir est que, fidèles à leur habitude, nos gouvernants ne tiendront pas cette promesse.

Et, pour bien ajouter à la confusion et à la défiance, les gouvernements (français en tête, comme de juste dès qu'il s'agit de faire une connerie économique) parlent de suspendre la «mark-to-market» pour les comptes du 3ème trimestre.

Si ce mécanisme infernal, la banqueroute des Etats succédant à la chute des banques, s'enclenchait, on aurait une confirmation de la phrase d' EC Prescott, qui choque tant certains d'entre vous, «Les Etats ont un singulier talent pour transformer une crise, naturelle, en récession aggravée», de la même façon que l'explosion d'Hiroshima a confirmé la puissance de l'atome.

Ronald Reagan ne se doutait peut-être pas à quel point il avait raison quand il disait que la phrase la plus terrifiante est : «Je viens de la part du gouvernement pour vous aider.»

Néanmoins, il existe un scénario, non pas rose, mais moins noir, où les faillites des banques en danger vont plus vite que les efforts des gouvernements pour les sauver.

(1) : c'est là où on voit la supériorité des Etats vertueux. Ils ont une marge de manœuvre très supérieure à la nôtre. C'est ce que ne cessent de répéter depuis des années ceux, dont je suis, qui considèrent la dette publique française comme une catastrophe : la dette et son service coupent les ailes de notre politique. Quand on est surendetté, on n'est pas libre.

Economie réelle et économie virtuelle

Je trouve la distinction courante entre économie réelle, les pondéreux, les avions, les voitures et économie virtuelle, la banque, la finance, totalement, profondément, irrémédiablement, stupide (1).

Au fond, elle contient une morale qui n'a rien d'économique : travailler la matière, c'est bien ; travailler l'argent, c'est mal. Aucun argument économique ne justifie ce distinguo.

En réalité, un banquier est presque un acteur économique comme un autre : il a des produits, des clients, des investissements, une marge, des bénéfices, des dettes, un capital.

Pourquoi dis-je «presque comme un autre» ? Parce qu'il se trouve que le banquier est au centre du système. On peut imaginer une économie libre sans voiture (quand la télétransportation aura été inventée), on ne peut imaginer d'économie libre sans banques.

(1) : certes, presque que tous les journaux, journalistes et politiciens font cette distinction, ça prouve juste que, quand on voit ce qu'on voit et qu'on entend ce qu'on entend, on se dit qu'on a raison de penser ce qu'on pense.

La crise financière est finie ...

... La récession commence.

Il semble bien que la crise financière ait atteint son paroxysme. Les mesures étatiques vont la prolonger tout en lui enlevant de sa brutalité. Mais les esprits animaux, après avoir atteint un pic d'hystérie et de panique, vont revenir à plus de réalisme.

La faillite d'un banque, de dix banques, de cent banques, ce n'est pas la fin du monde tant qu'il n'y a pas d'entraves aux mouvements de rachat et de consolidation qui permettent aux charognards de faire leur travail. Dans l'environnement actuel, une banque peut faire faillite sans que ses clients particuliers s'en aperçoivent.

Mais la crise financière n'est que le symptôme d'une crise économique plus profonde, celle du capitalisme sans capital.

L'exemple d'Air Liquide est, par contraste, instructif : il se trouve qu'Air Liquide, entreprise centenaire, a failli faire faillite quelques années après sa création à cause de ses banques créancières.

De cet épisode, il est resté inscrit dans sa culture, malgré les années qui passent et au rebours des racontars à la mode, que mieux vaut se fier à ses actionnaires qu'à ses créanciers.

Bref, Air Liquide fait du capitalisme avec du capital et, surtout, avec des capitalistes. Certes, elle bénéficie de moins d'effets de levier que ses homologues plus «à la mode» (1), endettés jusqu'au cou, mais elle en retire une solidité qu'une foule d'acrobates du capitalisme sans capital lui envient aujourd'hui.

Or, Air Liquide est l'exception, pas la règle. Nous n'avons donc pas fini de payer les pots cassés.

Cependant, si la crise financière est en voie d'achèvement, comme je le suppose (2), ce sont les fondamentaux de l'économie qui vont reprendre le dessus et, à cette aune, l'Europe est moins bien placée que l'Amérique et l'Asie.

Suite au prochain épisode.

(1) : quoiqu'elles soient en train de passer de mode à la vitesse grand V

(2) : comme la crise semble un euphorisant à cons, qui cavalent à bride abattue, sans aucune retenue, je vois déjà d'ici la remarque «La bourse a baissé aujourd'hui de X % et M. Boizard nous raconte que la crise financière est finie. Je me marre.» Je réponds par une citation de Saint-Exupéry: «L'ironie est du cancre».

Quant à savoir sur le fond pourquoi j'estime ce genre de remarques irrecevables, ma foi, servez-vous de votre tête.

Joseph Stiglitz ridiculisé

Il y a longtemps que je voulais me le payer celui-là : Joseph Stiglitz était jadis un économiste, il a même eu le prix Nobel d'économie. Depuis, il a tourné gourou des gauchistes et débloque complètement.

Ses collègues murmurent qu'il devenu cinglé. Pour ma part, j'ai une autre thèse : en économiste, il a compris qu'il y avait un créneau à gauche. Et il a eu parfaitement raison, il ne mourra pas de faim tant ses petits livres roses se vendent.

Si on prend les choses sous cet angle, sa réussite est exemplaire : il est populaire et riche. Quel économiste peut en dire autant ?

Certes, c'est au prix d'un total discrédit parmi ses pairs et cela l'oblige à raconter des âneries à longueur de journées. Mais il n'y a pas de victoire sans petits inconvénients, non ?

Joseph Stiglitz ridiculisé

dimanche, octobre 05, 2008

Les lumières s'éteignent ...

«Les lumières s'éteignent à travers l'Europe et il est possible qu'elles ne se rallument plus de notre vivant.»

Sir Edward Grey, Secrétaire du Foreign Office, aout 1914

Je trouve à cette phrase un funèbre parfum d'actualité : si il n'y avait que la crise financière, ça irait encore, mais il y aussi l'obscurantisme écologiste, la démagogie étatiste, la fureur islamiste, les foules hystériques et idiotes. Ca commence à faire beaucoup pour garder le moral.

samedi, octobre 04, 2008

Le social-fascisme et le bel avenir des banques

Voici deux textes.

Un de Guy Sorman, avec qui je suis habituellement d'accord qui remet un peu de sang-froid dans l'hystérie actuelle :

Le bel avenir des banques

Un d'Alexandre Adler, avec qui je suis habituellement en désaccord mais qui me semble pour une fois taper juste.

Il explique que Besancenot et ses boys pourraient être à la crise présente ce que Hitler et ses sbires furent à la crise de 1929. De même que les conservateurs chrétiens ont favorisé Hitler en refusant d'en faire le mal absolu, nos socialistes montrent vis-à-vis des éradicateurs trotskystes une bienveillance coupable.

Le parallèle continue en ceci qu'on retrouve chez nos intellectuels la même indulgence, voire la même attirance, pour la violence d'extrême-gauche qu'on trouvait chez les intellectuels allemands pour la violence d'extrême-droite.

On peut filer cette comparaison assez loin puisque notre extrême-gauche cache de moins en moins son antisémitisme.

Bien sûr, on finit par atteindre une limite : il nous manque, heureusement, le traumatisme de la première guerre mondiale.

Cependant, A. Adler rejoint certains de mes soucis. J'observe avec un mélange de dégoût et d'inquiétude la faveur dont jouit le facteur rouge parmi notre prétendue élite.

J'ai vraiment l'impression de voir des lapins fascinés par le cobra qui va les manger.

Le social-fascisme

vendredi, octobre 03, 2008

La crise actuelle est-elle un camouflet pour les libéraux ?

A en croire certains, la crise actuelle disqualifierait un des arguments les plus forts des libéraux en faveur de leurs thèses, à savoir que l'économie libre est plus prospère que l'économie étatisée.

Et les imbéciles d'ironiser «Ah, ah, la fameuse prospérité libérale, on voit ce que ça donne avec la crise des subprimes».

Bien sûr, je pourrais me dire que je n'ai pas à perdre mon temps à discuter avec les cons, mais, d'autre part, se priver du public des cons, c'est tout de même perdre toute possibilité d'atteindre une renommée mondiale.

Je vous fournis donc deux réponses complémentaires :

> une réponse circonstancielle : la crise actuelle trouve son origine dans la combinaison d'une bulle immobilière alimentée, dans tous les pays concernés, par des mesures étatiques et d'une innovation financière encouragée par une réglementation déresponsabilisante.

Il est donc tout à fait faux d'avancer que la crise actuelle serait due à un usage excessif de la liberté individuelle.

> une réponse générale : les libéraux n'ont jamais prétendu que l'économie libre était un système parfait. C'est un système aussi imparfait que les hommes qui le font. Comme les hommes sont sujets aux engouements irrationnels, à la cupidité, à l'illusion, l'économie libre peut être victime de crises.

Les crises sont aussi vieilles que l'économie libre et pourtant elle n'en est pas morte (l'image qui illustre cet article représente le krach des tulipes de 1637)

Cette vérité reste : l'économie libre est le meilleur système, le seul même, capable d'assurer une prospérité durable.

Partout et toujours, lorsqu'on a voulu mettre en place une économie étatisée, on a récolté pauvreté et misère, tout simplement parce qu'une économie étatisée n'est pas adaptée à l'infinie variété des hommes.

C'est pourquoi tous les discours sur le retour de l'Etat (qui, en France, n'est jamais parti, il ne peut donc pas revenir !) sonnent très creux.

Il est au contraire probable que, dans deux ou trois ans, les choses n'auront guère changé par rapport à aujourd'hui, mis à part que des banques auront disparu et que d'autres auront grossi en les avalant.

Pourquoi le plan Paulson mène à la catastrophe

Désolé, c'est en Anglais. Mais ça change des généralités fumeuses sur le Bien, le Mal, le méchant capitalisme, l'Etat sauveur, qu'on lit et qu'on entend en France.

Ce texte entre dans le concret des effets du plan Paulson. Je sais, le concret, quand on est énarque, polytechnicien, journaliste au Monde ou Henri Guaino, c'est sale.

Why the bail out plan would be a disaster

Je vous résume :

> le mécanisme du crédit est simple dans son principe : les banques ont un capital et, pour les banques de dépot, des dépots. Elles prêtent cet argent et touchent en contrepartie un taux d'intérêt.

Quand un emprunteur fait défaut, la banque peut se rembourser au moins partiellement, sur le gage qui garantit le prêt (par exemple, un bien immobilier).

> Quand trop d'emprunteurs font défaut simultanément et que les gages sont inférieurs à la valeur de la créance, les banques perdent de l'argent, elle ont prêté 100, elles récupèrent 80 ou 70 voire rien du tout.

Elles sont obligées de puiser dans leur capital. Quand il n'y a plus de capital, elles ne peuvent plus prêter d'argent, c'est-à-dire faire leur métier de banque. C'est la faillite.

> C'est ce qui arrive aujourd'hui, le taux de défaut augmente, les prix de l'immobilier baissent, beaucoup de banques sont sous-capitalisées (pas toutes : celles qui sont bien capitalisées, les banques japonaises par exemple, seront les grandes vainqueurs de cette crise : elles rachéteront pour une bouchée de pain leurs concurrentes).

> le plan Paulson consiste à racheter leurs créances douteuses aux banques au-dessus du prix du marché. Ca aura plusieurs effets fort dommageables :

>> ça empêche les banques de faire faillite mais ça ne règle pas le problème de sous-capitalisation des banques.

De plus, en obligeant les banques à sortir du flou, en les obligeant à mettre un prix sur des créances douteuses, on peut aussi précipiter la faillite des plus vulnérables.

>> on sait d'expérience qu'il est impossible de faire monter un vaste marché artificiellement sur une longue durée en investissant une part minime. Autrement dit, pour faire monter le prix des créances douteuses, il ne suffira pas d'en acheter quelques-unes, il faudra toutes les acheter.

Il existe des solutions alternatives à la fois plus justes, moins couteuses et surtout plus efficaces :

> favoriser les faillites bancaires ordonnées.

C'est ce que la Fed a commencé à faire en poussant les institutions saines à acheter les canards boiteux pour des sommes ridicules. Racheter pour zéro, c'est une manière de constater la faillite sans passer par la longue procédure de banqueroute.

Une autre manière, c'est de transformer les dettes des banques en actions. Les actionnaires et les créanciers sont lessivées, mais débarrassées de leurs dettes, les banques peuvent de nouveau supporter leurs créances douteuses.

> arroser de liquidités le marché. C'est ce que fait la Fed depuis un certain temps.

> étendre la garantie bancaire pour rassurer les épargnants.

Bref, il n'y a pas besoin de faire grand'chose de plus que ce qui est fait actuellement.

Le plan Paulson, en maintenant en vie artificiellement des agonisants, fait de l'acharnement thérapeutique et risque de retarder la sortie de crise.

On en revient à la phrase d'Edward C. Prescott qui a visiblement chagriné certains d'entre vous : «Les Etats ont un singulier talent pour transformer une crise, naturelle, en récession aggravée.»

Ca se comprend d'ailleurs assez bien : pour qu'une sortie de crise soit rapide, il faut que les travaux d'épuration soient brutaux et radicaux. Or les hommes de l'Etat n'aiment pas que l'on bouscule les électeurs, ils préfèrent une crise longue et plus douloureuse mais dans laquelle on s'enfonce graduellement et comme insensiblement.

jeudi, octobre 02, 2008

Idéologue toi même !

De même que, lorsqu'on veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage, lors d'un débat, on tente de disqualifier définitivement son adversaire en le traitant d'idéologue.

C'est ainsi qu'on a vu des archéo-marxistes du plus beau rouge traiter des libéraux d'idéologues.

Leur seul point d'accord est la définition du comportement idéologique : est idéologue celui qui nie, biaise ou manipule les faits de manière à faire croire (et à croire lui-même) que la réalité entre toute entière dans sa vision du monde et la cautionne sans retenue.

Où sont les idéologues ? Plutôt du coté des libéraux ou plutôt du coté des socialistes ?

Quelques indices :

Le libéralisme a fait la prospérité, et souvent le bonheur, des peuples où il s'est développé depuis 500 ans. Leur mode de vie s'est considérablement amélioré grâce lui.

Il est donc raisonnable, au regard des faits, d'être libéral.

Le socialisme a systématiquement fait le malheur des peuples sur lesquelles il a été expérimenté depuis 150 ans. Il a détruit, éradiqué, amoindri. Qui voudrait revivre dans la Russie de 1920, de 1950, de 1980 ?

Il est donc déraisonnable, au regard des faits, d'être libéral.

Je vois l'objection d'ici, avec ses gros sabots : «Ouh là, malheureux ! Le socialisme que tu nous opposes est caricatural, tu exagères. Nous, nous sommes des socialistes modérés.» Voire !

Car enfin, n'est-ce pas la base du socialisme, modéré ou non, de considérer que la liberté d'entreprendre et le profit sont par essence illégitimes, que les individus doivent être encadrés et que la gestion collective des biens, en général sous la forme de l'étatisme, est la seule juste et équitable ?

D'ailleurs, ce qui est vrai à la mesure des décennies et des siècles est aussi vrai à la mesure des mois et des années.

Autant les libéraux n'éprouvent aucune réticence à admettre que des individus, mus par la cupidité, aient poussé à la roue des acrobaties financières, autant cela écorche la bouche des socialistes de reconnaitre ce qui est pourtant évident, à savoir que des lois faussant le marché, des organismes publics et para-publics en folie, des réglementations déresponsabilisantes ont joué un rôle de pousse-au-crime dans la crise actuelle.

Vive la finance !

Je ne travaille pas dans le finance, mais je commence à trouver que la course au cliché anti-financier qui se court actuellement tourne au ridicule.

Je ne suis guère étonné que notre président soit en tête : le ridicule n'a jamais été un obstacle digne de l'arrêter, pas plus que les Guaino et compagnie.

Vive la finance !