dimanche, février 15, 2026
Mon journal pendant l'occupation (Jean Galtier-Boissière)
vendredi, janvier 30, 2026
On the psychology of military incompetence (Norman Dixon)
Livre de 1976.
D'après l'auteur, l'incompétence militaire est un sujet parce que :
1) elle a un coût énorme.
2) elle ne peut que croitre :
2.1) les guerres sont de plus en plus complexes.
2.2) la carrière militaire n'attire pas les meilleurs d'une génération dans les sociétés modernes.
Comme c'est un Britannique, il prend ses exemples dans l'incompétence militaire britannique.
Les généraux britanniques de la seconde guerre mondiale, à l'exception de Dowding et de Slim, qui n'ont d'ailleurs pas eu la carrière qu'ils méritaient, allaient du médiocre à l'exécrable. Mais un Français est mal placé pour se moquer, vu l'équipe de bras cassés que nous avions en 1940.
L'auteur exhibe le célèbre humour britannique mais a un peu trop tendance à s'excuser d'avoir choisi le sujet de l'incompétence militaire, cela alourdit le propos.
Les exemples d'incompétence militaire
La guerre de Crimée
La guerre de Crimée : les 2/3 des pertes britanniques sont dues aux conditions de vie misérables des soldats (dormir à même le sol pendant l'hiver russe n'est pas une situation d'avenir) dont le commandement ne s'est pas préoccupé un seul instant.
Pourtant, les Turcs, alliés aux Européens dans cette guerre, avaient proposé aux Britanniques de se servir dans les forêts d'Anatolie toute proche, à la fois pour se chauffer et pour construire des abris. Personne dans les généraux britanniques n'a donné suite.
A côté, les Français s'en sont beaucoup mieux sortis.
Le commandant en chef britannique, Lord Raglan, a la double caractéristique d'être très vieux et de n'avoir aucune expérience du commandement (il a été le secrétaire de Wellington). Phénomène assez fréquent : plus on descend la chaine de commandement, plus la compétence augmente. Ou, dit inversement, plus on monte dans la chaine de commandement, plus l'incompétence augmente.
Lord Raglan appelle souvent l'ennemi « the French », alors que ce sont les Russes et que les Français sont ses alliés. Ce n'est pas grave pour la guerre en coalition, puisque Lord Raglan est d'accord avec tout le monde. Le problème est que « tout le monde » a parfois des avis divergents.
A la fin de l'hiver, 11 000 soldats anglais restaient opérationnels et 25 000 étaient malades. Mais un général-lord dormait sur son yacht.
La guerre des Boers
La guerre des Boers : premier mois, 3 batailles, 3 défaites. Dans l'une d'elles, les Britanniques étaient si mal renseignés et si mal éclairés, qu'ils ont fait le tour d'une colline dans le mauvais sens et se sont déployés dos l'ennemi, qui n'en croyait pas ses yeux ! C'est sans doute unique dans les annales de la guerre. Evidemment, ça s'est mal passé pour eux. Bon, mais le général transportait un piano à queue dans ses bagages et celui-ci n'a pas été touché.
Un des symptômes du général incompétent est le goût excessif des apparences militaires, une insistance excessive sur les uniformes impeccables, les beaux défilés, le respect du règlement etc.
La première guerre mondiale
La première guerre mondiale : il y a une énigme. Comment les généraux ont-ils pu accepter des pertes aussi énormes pour si peu de gains ? Je ne parle pas d'humanité et de sentiment mais de rapport élémentaire coûts/bénéfices.
C'est vraiment un mystère. Que les généraux sacrifient 30 000 hommes pour gagner 500 m, ça peut arriver une fois, mais pourquoi est-ce arrivé vingt fois ? Il a fallu que les politiciens (Lloyd George et Clemenceau) mettent le holà pour que les généraux commencent à se dire qu'on pourrait tenter autre chose.
Un des symptômes du général incompétent est qu'ayant éprouvé un mal fou à prendre une décision, il ne la remet en cause sous aucun prétexte.
Il arrive que les généraux incompétents manifestent ds traits psychopathiques qu'on trouve chez les totalitaires (et donc chez Macron) : déni de leur responsabilité, totale indifférence aux souffrances de leurs victimes.
Dixon s'attarde sur le sabotage des chars. Les meilleurs soutiens des chars en Grande-Bretagne sont les amiraux, parce que cette innovation ne les bouscule pas.
Quelquefois, le général incompétent montre un humour involontaire tant il est éloigné du réel. Ainsi, un général anglais reproche à un promoteur des chars de se prendre pour Napoléon ! Ce n'est pas comme si Napoléon avait été surnommé « le dieu des batailles » et avait gagné 77 des 80 batailles auxquelles il avait participé.
La seconde guerre mondiale
Seconde guerre mondiale : la chute de Singapour, une catastrophe géostratégique. L'incompétence fut fort bien partagée : la RAF, la Royal Navy et l'armée ont fait chacune le contraire de ce qu'il aurait fallu.
Là où cette histoire devient intéressante pour l'étude de l'incompétence militaire (c'est tout de même le sujet du livre), c'est que le commandant en chef, le général Percival, a refusé les conseils avisés de ses supérieurs et de ses subordonnés, comme si faire le contraire de ce qu'on lui conseillait était son seul moyen d'affirmer son autorité.
Il faut dire que Percival ressemble plus à un homme-soja qu'à un redoutable guerrier. Dixon pointe vers un de ses thèmes : une des causes de l'incompétence serait le manque de confiance en soi, qui fait s'enfermer ses victimes dans une attitude trop rigide.
Le général incompétent néglige d'une manière qui parait surréaliste le renseignement et la reconnaissance. Au fond, il exprime inconsciemment qu'il ne veut pas connaitre la situation.
Churchill était furieux, à juste titre (il a été soumis à une motion de censure), de la chute de Singapour, mais peut-être n'en connaissait-il pas tous les détails.
Le général du génie pour Singapour a organisé une confrontation avec Percival pour pousser les défenses anti-chars. Celui-ci a refusé obstinément. Acculé à donner une raison, il a répondu qu'il ne voulait pas démoraliser les civils ! Le sapeur a évidemment rétorqué que la chute de Singapour démoraliserait encore bien plus les civils. Rien n'y a fait.
Pendant toutes les bataille de Malaisie et de Singapour, Percival avait une supériorité numérique terrestre de 1 à 2. Mais il avait complètement négligé un entrainement réaliste (encore un signe fréquent du général incompétent), notamment contre les chars (des chars dans la jungle ? Impossible. Et bien si, c'était possible).
Un général australien s'est débrouillé pour s'enfuir en laissant ses troupes derrière lui, comme Mac Arthur.
Une remarque : les généraux allemands firent d'énormes bourdes stratégiques, comme Stalingrad, mais je ne vois pas chez eux ces défaillances complètes dans la conduite de la bataille. Dommage que Dixon n'ait pas traité ce sujet.
Le militaire de carrière est le contraire d'un guerrier
Dixon distille son opinion sur les origines psychologiques de l'incompétence militaire tout au long de ses 400 pages. Pour la clarté de cette recension, je vous les dévoile dès maintenant.
Pour Dixon, le militaire de carrière est le contraire d'un guerrier : souplesse d'échine, obéissance, conformisme ... Une conversation de militaires de carrière, c'est un ramassis de ragots entre copines « Machin a fait ci, Bidule a fait ça, etc .. », pas le mâle cri de guerriers qui s'apprêtent à découper l'ennemi en rondelles.
Alors, quand on demande à un militaire de carrière de se transformer en guerrier (imagination, initiative, décision, ..), parce qu'il y a une guerre, ça ne se passe pas forcément bien.
Les Américains, qui adorent les statistiques, ont établi qu'il y avait environ 2 % de guerriers parmi leurs combattants de la deuxième guerre mondiale. Parmi les pilotes de chasse, la moitié n'ont pas tiré un coup de feu. Parmi la moitié qui a tiré, 4 % font 80 % des victoires aériennes.
Dixon pense que les cas d'incompétence militaire crasse sont un moyen inconscient pour un militaire qui n'est pas un guerrier d'échapper à cette exigence de transformation en guerrier dont il se sent incapable.
On confond souvent courage physique et courage moral. C'est une erreur gravissime car, au contraire, l'un compense souvent l'absence de l'autre. L'histoire abonde de généraux qui s'exposent bravement (et inutilement) au feu, incapables de prendre une décision.
Les caractéristiques psychologiques du général incompétent :
1) des traits autoritaires.
2) un ego faible et fragile.
3) un sur-investissement de la réussite sociale
En résumé : enfance heureuse, ego solide, bon général. Enfance malheureuse avec mère dominatrice, ego faible, mauvais général.
Avec cette grille de lecture, Dixon parvient assez bien à expliquer l'incompétence militaire par un facteur psychologique (bien sûr, il y a d'autres facteurs), la combinaison de ces traits amenant le général à se protéger en refusant le réel.
Ça expliquerait peut-être l'absence d'énormes bourdes tactiques chez les Teutons. Dans une armée aussi agressive que l'était la Reichswehr, la distance entre le soldat et le guerrier est forcément moindre.
On note chez le général incompétent une totale incapacité à s'élever au niveau stratégique, même quand il y prétend, à voir plus loin que son théâtre d'opérations. C'est particulièrement vrai des bouchers du Bomber Command pendant la seconde guerre mondiale.
Des champions de la recherche de boucs-émissaires
Dixon cite des exemples de boucs-émissaires désignés par des généraux incompétents. C'est un crève-cœur, car le bouc-émissaire idéal est évidemment celui qui a eu raison contre le général incompétent. Notre âne criminel de Joffre était particulièrement bon à cet exercice déshonorant.
Les caractéristiques du mauvais général (autoritarisme, ego fragile, sur-socialisation) en font un excellent chercheur de boucs-émissaires (je suis sûr que, dans le milieu professionnel, vous avez rencontré des chefs de ce genre).
Dixon cite quelques cas où la presse anglaise, relativement libre, s'est insurgée contre des généraux incompétents se protégeant les uns les autres.
Douglas Haig, le général commandant le corps expéditionnaire britannique pendant la première guerre mondiale, était si mauvais, avec tous les traits sympathiques qu'on imagine au général incompétent (cassant, sans humour, etc), archétype du castle general, que c'est un lieu commun anglo-saxon de considérer que la défiance de l'autorité qui aboutit à la crise des années 60 commence avec lui.
Je ne sais pas si ce lieu commun est vrai, mais le simple fait qu'il existe est significatif.
Des militaires idiots ?
Dixon remarque que :
> il y a une longue tradition d'anti-intellectualisme dans l'armée britannique.
> le niveau académique des recrues d'écoles militaires est inférieur à la moyenne de la population étudiante
> les jeunes officiers les mieux notés sont ceux qui quittent le plus la carrière
Je ne sais pas si c'est transposable à l'armée française. Tout juste puis-je dire qu'avant 1914, il était courant qu'un officier mentionne son éditeur sur sa carte de visite et que la dissuasion nucléaire a nécessité d'intenses réflexions stratégiques (hélas un peu oubliées de nos jours).
Ensuite, l'auteur perd un peu le fil dans une partie sur les biais psychologiques (biais de confirmation, dissonance cognitive, etc.) intéressante mais brouillonne.
Des nazis partout ?
Un des traits qui caractérisent les militaires est l'autoritarisme. Suite à la seconde guerre mondiale, les pys se sont lancés dans des études de masse. Ils ont constaté que le profil autoritaire était très répandu (on s'en doutait, mais on peut désormais mettre des chiffres).
Evidemment, le profil autoritaire n'est pas le plus adapté aux événements changeants de la guerre mais c'est celui qui est le plus attiré par l'armée.
Dixon fait deux remarques :
> à notre époque où on choisit sa carrière, les profils psychologiques sont plus uniformes dans l'armée qu'à l'époque où la carrière était assignée par le rang de naissance.
> c'est sous l'ère victorienne que les public schools ont penché vers l'autoritarisme et la pudibonderie, c'est-à-dire quand l'empire était déjà bâti. Autrement dit, l'éducation était libérale quand il s'agissait de produire des bâtisseurs d'empire et elle est devenue autoritaire quand il s'est agi de produire des administrateurs d'empire.
On notera qu'avec l'Auftragstaktik (le commandement par mission), l'armée allemande a en partie désamorcé les défauts de l'autoritarisme.
Les personnalités
Dixon conclut sur quelques personnalités qui, selon lui, valident sa thèse. Deux se détachent :
Nelson, enfance heureuse, amiral de génie. Nelson avait toutes les qualités de Napoléon plus une : il savait ménager ses hommes et son matériel. Il a toutes les caractéristiques du type épanoui, bien dans sa peau.
Haig, le boucher des Flandres. Enfance malheureuse, ignoble ganache.
Un problème anglais ?
Comme disait un Corse célèbre, l'Angleterre est une nation de boutiquiers. Elle a de meilleurs banquiers que de militaires.
Dixon fait cependant une remarque absolument transposable à la France : si on nomme des lords généraux, c'est d'abord pour leur absence de danger politique (ils ne risquent pas de remettre en cause la système qui les a faits lords) plus que pour leurs compétences militaires. On peut dire exactement la même chose des généraux de notre raie-publique de 1871 à nos jours, les cas les plus célèbres étant Joffre et Gamelin.
De toute façon, en 2026, le problème de l'armée anglaise n'est plus d'être compétente mais de rester anglaise.
mardi, décembre 30, 2025
Le réalisme intégral (Claude Tresmontant)
C'est une anthologie par ordre chronologique des œuvres de Claude Tresmontant.
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Le nihilisme et le réalisme intégral s'opposent terme à terme.
Nihilisme : considérer en chaque chose uniquement les raisons de la détruire. C'est une réaction d'adolescent furieux de ne pas s'être auto-engendré, qui veut détruire le monde parce qu'il a existé avant lui et qu'il existera après lui. C'est notre époque.
Réalisme intégral : prendre le monde tel qu'il est, c'est-à-dire donné par Dieu (le réalisme est intégral parce qu'il prend le visible et l'invisible, l'existence de Dieu).
Claude Tresmontant est mort entouré de sa famille en récitant des prières chrétiennes en hébreu. Ca a une autre gueule que piqué au Rivotril par une infirmière tatouée.
Comme je n'aime pas me répéter, je vous prie de lire ces deux billets :
Le Christ hébreu (C. Tresmontant)
mardi, novembre 25, 2025
Retour au réel (Gustave Thibon)
Un réaliste mou du genou
J'ai toujours du mal avec les gens, comme Thibon, qui se prétendent réalistes et qui ont refusé de rejoindre De Gaulle. C'est comme refuser de rejoindre Jeanne d'arc en 1429 : c'est confondre réalisme et courte vue.
Cela me rappelle Le livre de raison de Glaude Bourguignon : Henri Vincenot écrit que les envahisseurs passent et la terre reste, que le paysan n’a pas à se mêler des choses politiques, comme de se défendre contre l'envahisseur. A un détail près, qui a une certaine importance : Vincenot a eu quelques ennuis avec la Gestapo.Les ancêtres de Thibon et de Vincenot, tout paysans qu'ils étaient, sont allés jusqu'à Jerusalem à pinces pour délivrer le tombeau du Christ des infidèles. Lui, non, il n'a même pas pris la croix de Lorraine.
Bref, Gustave Thibon est meilleur pour parler de réalisme que pour le pratiquer.
mardi, novembre 11, 2025
1940 La guerre des occasions perdues (Adolphe Goutard)
Goutard démontre les fautes du commandement français.
Il se laisse complètement avoir par la comédie hitlérienne, il croit que Hitler a été désagréablement surpris par l'entrée en guerre de l'Angleterre (Adam Tooze a depuis prouvé que l'Allemagne a provoqué la guerre pile-poil au moment optimal du point de vue de la politique d'armement).
Mais son analyse militaire reste juste.
La guerre-éclair a besoin d'ennemis complaisants
La guerre-éclair ne fonctionne que face à des ennemis qui se laissent impressionner par la vitesse et prennent de mauvaises décisions.
Dès que l'ennemi prend les bonnes décisions, les faiblesses de la guerre-éclair, notamment logistiques, deviennent rédhibitoires.
Moscou 1941, Caucase 1942, Koursk 1943, Ardennes 1944 : quand l'ennemi ne se laisse pas gentiment encercler, la guerre-éclair patine.
Au moins deux scénarios auraient pu mettre les Allemands dans une merde noire :
> fermeture de la percée de Sedan envisagée par Gamelin le 15 mai 1940 mais qu'il n'a pas su ordonner.
> la retraite générale au-delà de la Méditerranée, façon Lanrezac en 1914 sauvant l'armée française après le désastre de Charleroi en ordonnant la retraite générale.
Les Allemands seraient vite tombés en panne d'essence et de munitions. Fin mai, leur logistique était au bord de la rupture.
Le refus obstiné, buté, actif, de tirer les leçons de la campagne de Pologne nous a été fatal (« Ce qui s'est passé dans les grandes plaines de l'est n'est pas applicable à la France »).
À propos d'une éventuelle percée par les Ardennes, Pétain avait dit « Nous les repincerons à la sortie ». Très bien, pourquoi pas ? Encore fallait-il avoir prévu les moyens de les « repincer ».
C'est une faute professionnelle sans excuse de ne pas avoir gardé une réserve, c'est symptomatique de la baisse de qualité du commandement français. Même dans les moments les plus tendus entre 1914 et 1918, l'armée française a eu toujours une armée en réserve. Débarquant au Quai d'Orsay le 16 mai 1940, Churchill demande dans son français pittoresque à Gamelin « Où est la masse de manœuvre ? » et celui-ci répond « Il n'y en a pas ». Churchill écrira que ce fut une des plus grandes surprises de sa vie. A partir de là, la confiance est rompue, à raison, et les Anglais décident de faire cavaliers seuls.
Les pétainistes l'ont beaucoup reproché aux Anglais, mais il faut un sacré culot pour reprocher à des alliés de perdre confiance en un commandement qui se retrouve à poil au bout de 5 jours de bataille, surtout quand les gens qui font le reproche sont ceux-là mêmes qui ont provoqué cette perte de confiance par leur légèreté bornée.
Par moments, le trou entre les Panzers et l'infanterie qui suivait à pied était de plus en 50 km. Si l'armée française avait occupé cet espace, la situation allemande serait devenue très périlleuse (l'état-major allemand était mort d'inquiétude). Et ce trou était connu du GQG (mais peut-être pas bien appréhendé) : la percée ennemie se déroulait en territoire français, devant le bordel ambiant, les préfets téléphonaient directement à Vincennes pour décrire ce qu'ils voyaient.
Entre le 12 mai (début de la percée allemande à travers les Ardennes) et le 20 mai (Rommel atteint la Manche), les Français (et les Anglais) ont eu chaque jour une occasion de mettre en grande difficulté les Allemands, ils n'ont su en saisir aucune.
Les visiteurs des quartiers-généraux (pour simplifier, il y a trois GQG : c'est très IIIème république, ne faire de peine à personne) décrivent tous la même atmosphère, mélange de fébrilité, d'apathie et de désordre. Le diagnostic n'est pas difficile à poser : il manquait un chef.
Le commandement français de 1940, chaque fois qu'il a eu le choix entre regrouper nos forces et les disperser, a choisi, pour notre malheur, la seconde option. On ne se remet pas d'être dirigé à la guerre par des cons.
Gamelin et Weygand
Les subordonnés de Gamelin l'avaient surnommé « Baudelaire », car on disait que toute sa doctrine se résumait dans le vers : « Je hais le mouvement qui déplace les lignes ».
Le problème de Gamelin se lit dans son vocabulaire : « Je regrette », « Je déplore », « Je préconise », « Sans vouloir intervenir dans la conduite de la bataille en cours… ». Imagine-t-on Turenne ou Bonaparte, ou même Foch, parlant ainsi ?
Il a un côté François Hollande ou Emmanuel Macron : commentateur désabusé de catastrophes qui relèvent entièrement de sa responsabilité.
On a opposé le caractère de Gamelin et son intelligence. Mais, s'il avait été si intelligent, il n'aurait pas engagé toutes les réserves de l'armée française en Belgique.
Seulement voilà : il était l'homme qui murmurait à l'oreille des ministres et des parlementaires, le général de Daladier, un militaire comme la raie-publique radicale et franc-maçonne les aime, faussement martial et vraiment mou.
Son remplacement, le 17 mai, au plus mauvais moment, fait perdre deux jours précieux. Même son limogeage aura porté malheur à la France.
En choisissant de résister sur la Somme, Weygand, lui, rend la défaite inéluctable et il le sait, il le fait exprès, par peur d'une révolution communiste, son obsession de minable petit-bourgeois. C'est une trahison pure et simple qui, dans tout pays qui se respecte, lui aurait valu d'être fusillé séance tenante. Il n'a échappé à un procès mérité à la Libération que parce qu'il y avait déjà trop de procès. De Gaulle a eu entièrement raison de lui refuser les obsèques nationales.
Comme tous ceux qui ont étudié sérieusement la situation (dont De Gaulle lui-même en 1940), Goutard n'a guère de doutes que la poursuite de la guerre outremer était possible. Il y a eu des livres et des bandes dessinées, fort bien faites, basés sur ce scénario.
La Marine Nationale et la Royal Navy étaient intactes. Les dépôts de matériel regorgeaient d'avions prêts à l'emploi que les Allemands trouveront, à leur grand étonnement, eux aussi intacts. Si l'ordre avait été donné à l'armée française d'organiser la retraite générale, il serait trouvé des bonnes volontés pour s'en occuper. L'opération Dynamo a évacué de Dunkerque plus de 300 000 hommes (sans leur matériel) en 10 jours, il était donc tout à fait possible de transférer la majeure partie de l'armée française en Afrique du Nord si les soldats avaient senti une volonté de fer dans le commandement.L'élection présidentielle américaine était en septembre, Roosevelt réélu, comme il était prévisible, l'aide aurait afflué (contres espèces sonnantes et trébuchantes).
Bref, si l'analyse de Goutard pèche politiquement, il démontre que, militairement, le commandement français, entre le 10 mai 1940 et le 10 juin, a laissé échapper de vraies occasions de transformer le coup d'audace allemand en désastreuse aventure.
Notre malheur a voulu que nos plus grands militaires, Pétain et Weygand, fussent des traitres défaitistes qui méritaient 12 balles dans la peau (les nostalgies pétainistes de certains cons en 2025 sont tout à fait ridicules). Ils se sont employés à saper la volonté des politiciens, déjà pas bien vaillante (Reynaud est un faux dur), qui était initialement de continuer le combat .
Imaginez la situation inverse : un commandant en chef qui se bat (donc, ni Gamelin, ni Weygand) et qui dit aux politiciens fin mai : « Il est possible de passer 600 000 hommes en Afrique du Nord avec une partie de leur matériel ». Croyez vous que le gouvernement l'aurait refusé ?
Une des explications possibles à cette nullité crasse de nos généraux est peut-être toute simple (hypothèse à vérifier) : l'armée française de l'entre-deux-guerres n'attirait plus l'élite de la nation (Gamelin était major de Saint-Cyr, mais est-ce un gage de qualité suffisant ?).
Après tout, Leclerc et Juin sauront prouver, par leurs capacités manœuvrières (exceptionnelle chez Leclerc) que toute intelligence n'était pas perdue dans l'armée française.
Concluons sur une note positive qui illustre le fossé entre Juin et Gamelin. Au début de l'attaque du Garigliano, les Français butent très durement sur la défense allemande. Juin hésite à faire cesser l'attaque et à ordonner le repli. Que fait-il ? Il se porte sur le front et discute avec les blessés qui redescendent de première ligne. Et ordonne la continuation de l'attaque.
A Alesia, lorsque les Gaulois ont failli percer, qu'a fait Jules César ? Il est allé en première ligne avec sa cape rouge, que toutes les légionnaires connaissaient, et les Gaulois ne sont pas passés.
Voilà ce que Gamelin n'a pas fait (pas la peine de parler de Weygand, décidé à rendre les armes).
Deux billets sur cette période :
La défaite française, un désastre évitable (J. Belle)
mercredi, septembre 24, 2025
Claude Tresmontant, un ouvrier dans la vigne (Emmanuel Tresmontant).
Mais, intellectuellement, chapeau !
Né dans une famille communiste athée dysfonctionnelle (il pense un temps être le fils d'André Malraux), il trouve à 16 ans un Nouveau Testament abandonné sur un banc dans un stade où il joue au football, il lit « Qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera ». Deux ans plus tard, il se fait baptiser.
« Le rabbin Ieschoua n'est pas un professeur de morale mais un professeur de vie ».
« Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »
dimanche, septembre 21, 2025
Qui était Jean ? [Enquête sur l'auteur du 4ème Evangile] (Claude Tresmontant)
Tresmontant était « catho de gauche ». Ca fait de la peine chez un homme si intelligent. Mais la gauche est une maladie de l'âme liée à une pathologie de la filiation et de l'éducation : quand on connait le parcours chaotique de Tresmontant, on est moins étonné.
Tout adulte est de droite. Et plus on est adulte, plus on est de droite. (Ce n'est pas de moi, mais j'aime bien.)
En théologie, la gauche est une gnose et, donc, l'ennemie intime du Christ.
Heureusement, le sujet d'étude de Tresmontant est assez éloigné pour n'être pas trop affecté par son navrant positionnement politique (Tresmontant sous-estime la valeur de la Tradition, mais, à part ça, guère de traces).
Ce texte posthume est très court. Le sujet est simple, dans le titre : qui est Saint Jean, le quatrième évangéliste ?
Jean l'évangéliste n'est pas Jean, apôtre, le frère de Jacques, fils de Zébédé
L'identification traditionnelle de Jean l'évangéliste comme l'apôtre Jean frère de Jacques est très probablement fautive (comme quoi la tradition peut se tromper). Elle vient d'Irénée de Lyon, qui semble s'être planté sur ce coup là. On a une lettre d'un certain Polycrate, qui identifie Jean l'évangéliste comme un cohen, un prêtre juif.
En effet, le quatrième évangile (qui est probablement en réalité le premier rédigé) est le plus théologique, la différence frappe tout lecteur, même moyennement attentif. Le rédacteur est un lettré, pas un paysan galiléen.
La question qui est posée est : comment la créature (l'homme) peut avoir part à la vie de son créateur (Dieu) ? C'est le sujet du Cantique des Cantiques (qui n'est pas un recueil de chansons de corps de garde, contrairement à ce qu'a prétendu le stupide XIXème siècle à la suite de Renan).
Par contre, l'identification de Jean l'évangéliste comme « le disciple que le Seigneur aimait » ne pose pas de problème.
Jean est un cohen
Jean est très probablement un cohen, un prêtre-sacrificateur du Temple (Tresmontant se permet une remarque rigolote : les femmes ne peuvent pas exercer cette fonction parce qu'elles ne peuvent pas trimballer des quartiers de bœuf) :dimanche, septembre 14, 2025
L'affaire Galilée : une supercherie du sot XIXe siècle ? (Bernard Plouvier)
Situer le fascisme. L'addition italienne des extrêmes 1914-1945 (Fabrice Bouthillon)
Le totalitarisme comme extrême-centrisme
La révolution française a créé une coupure irréparable entre la gauche, l’universel, et la droite, le local.
Une fois le contrat social ancien détruit, il n’y a plus de légitimité pour en fonder un nouveau puisque la partie de la population tenant au monde ancien en est exclue.
Un nouveau contrat social ne peut arriver que par une transcendance qui met tout le monde d’accord, comme l’Union Sacrée en 1914, qui ne fut pas baptisée Sacrée par hasard.
La tentative de reconstruction de l’unité perdue peut venir d’un centrisme excluant les extrêmes, c’est la IIIème république.
Mais aussi par une fusion des extrêmes, ce sont les totalitarismes : fascisme, stalinisme, nazisme.
L’empire napoléonien est le prototype de ces tentatives de fusion de la gauche et de la droite. C’est en cela que Napoléon est totalitaire, plus que dans le détail de ses politiques.
Pour le fascisme et le nazisme, c’est évident.
Nota : si, de gauche, vous croyez que le fascisme et le nazisme sont d’extrême-droite ou, de droite, que les gauchistes sont les vrais fascistes, les vrais nazis, passez votre chemin, vous ne n’êtes pas assez intelligent pour comprendre ce billet.
Concernant le stalinisme, « la révolution dans un seul pays » unit l’universel (gauche) et le local (droite). Et l’ennemi absolu en est le juif Trotsky, qui veut la révolution dans le monde entier (universel, gauche) .
Bouthillon ouvre une piste en remarquant que les 4 grands totalitaires sont méridionaux : Napoléon corse, Mussolini Italien, Staline Géorgien sud de la Russie, Hitler Autrichien sud de l’Allemagne. Bouthillon s’interroge s’il y a là plus qu’une coïncidence mais ne poursuit pas. Il fait remarquer aussi que surnommer le dirigeant « Tonton » (comme Mitterrand, au passage) est une habitude maffieuse.
Le juif
Au premier abord, la judéophobie (tardive) du fascisme italien est étrange. Il n’y a pas d’éléments judéophobes à l’origine, d’ailleurs la maîtresse de Mussolini était juive et, comme d’autres juifs, a joué un rôle dans le mouvement.
Alors pourquoi le fascisme est-il tombé malgré tout dans la judéophobie ?
Parce que le juif est le rival mimétique du totalitaire : à la fois très universel (le juif errant est de partout) et très local (l’attachement du juif à sa nation est l’un des plus forts qui soient).
Bouthillon cite un passage central de Mein Kampf où, si on remplace « le juif Karl Marx » par « Adolf Hitler », on obtient un auto-portrait d’Hitler !
Et, suivant l’analyse de René Girard, le double mimétique est le bouc-émissaire par excellence.
La persécution chrétienne des juifs est forcément limitée par le fait que le juif Jésus est le bouc-émissaire ultime et que sa mort sur la croix met en théorie fin au cycle de la violence mimétique.
Mais la violence totalitaire contre le bouc-émissaire, celui qui empêche la réconciliation du corps social d’avant la déchirure révolutionnaire, est sans auto-limitation.
Il peut être le Vendéen ou le koulak, mais c’est bien plus efficace quand c’est le juif.
Les judéophobes traditionnels les plus intelligents, comme Daudet et Maurras, ont senti ce changement de nature.
Aujourd’hui, sous la pression du Grand Remplacement (quelle idée merveilleuse d’encourager notre colonisation par des millions de judéophobes rabiques), la judéophobie redevient à la mode chez les’midwits’. Je ne compte plus sur Touiteur les gloses idiotes sur « judéo-chrétien » et le « judaïsme talmudique » et le « sionisme nazi ». C'est de la dhimmitude (pas forcément) inconsciente.
Il y a des juifs nocifs parce qu’ils sont juifs : par exemple, la sur-représentation des dirigeants juifs dans l’industrie pornographique témoigne à l’évidence d’une volonté d’avilir les non-juifs des deux côtés de l’écran.
Et il y a des juifs de gouvernement très nocifs dont la méchanceté peut venir de leur judaïsme.
Mais cela condamne-t-il tous les juifs ? Bien sûr que non.
_ À mort les juifs et les cyclistes !
_ Pourquoi les cyclistes ?
Comme d’autres populations ayant des éléments hostiles à l’égard de la France (y compris la population française : Hollande et Macron sont des bons Français de France), c’est la tâche d’une société saine de les tenir en respect, ce dont la démocratie égalitaire se montre complètement incapable.
L’hypnotisé de Pasewalk
Cet épisode est bien connu des historiens, amateurs et professionnels.
Il a donné lieu à d’intenses débats mais les preuves indirectes (les preuves directes ont été détruites par les SS) sont suffisamment nombreuses et probantes (y compris le témoignage d’Hitler lui même) pour qu’il n’y ait guère de doutes.
En octobre 1918, le caporal Hitler est atteint de cécité hystérique (on notera que, dans le dernier chapitre de Technique du coup d’Etat, Malaparte écrit « la femme Hitler ») suite à une attaque au gaz anglaise. Il est envoyé se soigner à l’hôpital psychiatrique de Pasewalk.
Le Dr Edmund Foster emploie sa méthode habituelle : l’hypnose. Pour vérifier qu’il a bien son patient sous contrôle, il lui fait … lever le bras.
Il lui fait des suggestions de toute-puissance, mais, rappelé d’urgence à Berlin, il ne sortira jamais Hitler de sa transe hypnotique.
Alors, Hitler, un hypnotisé jamais sorti de sa transe ? Ça paraît gros, mais il y a de nombreux indices en ce sens, à commencer par le changement radical de personnalité d’Hitler en novembre 1918, qui est bien documenté.
Foster, rongé par le remords, car il se croit responsable de la transformation et de la trajectoire d’Hitler, se suicide en 1936.
Au fait, la devise sur les drapeaux du NSDAP est « Erwache, Deutschland » : « Réveiller toi, Allemagne ».
Or, un des symptômes de l’analysé en thérapie est l’incontinence verbale, habitude dont Hitler est atteint au point d’épuiser son entourage de ses logorrhées nocturnes.
Fait-il un transfert psychanalytique de son père sur Mussolini ? Certains le pensent. Bouthillon développe cette thèse avec finesse et humour.
En tout cas, le choix hitlterien de l’alliance italienne est fort étrange. Un allié boulet, à l’importance stratégique secondaire.
Bouthillon rappelle cette maxime de la diplomatie allemande qu’il ne faut jamais faire la guerre contre l’Angleterre et avec l’Italie.
L’Italie perd toutes ses guerres, ce qui l’l’oblige à trahir ses alliances pour limiter les dégâts. Le duc de Savoie a fait le coup à Louis XIV.
Bouthillon en profite pour nous gratifier d’une psychanalyse expresse d’Hitler : « Son père était douanier et il a passé sa vie à renverser des postes frontières ».
Et puis ce livre vaut aussi pour cette phrase ; « On ne redira jamais assez aux enragés du véganisme contemporain que Hitler et Mussolini furent deux des leurs ».
Le boumeurisme autoritaire
Mienne réflexion : le macronisme est un boumeurisme autoritaire. On est passé, progressivement, en quelques décennies, d’un centrisme par exclusion des extrêmes à un centre totalitaire par addition des extrêmes.
Aujourd’hui, nous sommes pleinement dans le moulag : l’Etat supprime complètement toute vie privée grâce à des dispositifs juridico-techniques.
Comment s’est opéré ce glissement ?
Par la forclusion du Père. Lacan disait déjà aux guignols de Mai 68 « Vous vous cherchez un maître ».
Aujourd’hui, les boumeurs sont au pouvoir et les grands enfants immatures et stupides qu’ils ont toujours été se sont enfin trouvé un maître : l’Etat, en attendant Allah.
