jeudi, juillet 19, 2018

Après Théo la matraque, Manu la tabasse

On apprend qu'Alexandre Benalla (certains y voient la francisation de Ali Ben Allah, je n'en sais fichtre rien et je n'ai trouvé aucun fait en ce sens),  « conseiller garde du corps » (titre fort étrange) d'Emmanuel Macron, ayant un bureau à l'Elysée, s'est déguisé en policier pour tabasser un manifestant le 1er mai.



La vidéo n'est pas particulièrement violente, il ne faut pas exagérer (mais on voit que Benalla vient pour cogner), cependant elle est tout de même très dérangeante, et révélatrice.

Régis de Castelnau détaille les aspects juridiques :

AFFAIRE BENALLA : LE CODE PÉNAL ? POUR QUOI FAIRE ?

Les questions qui viennent immédiatement à l'esprit sont :

1) Est-ce le rôle d'un conseiller de l'Elysée de tabasser des manifestants ? Je sais bien que le sport est bon pour la santé, mais tout de même.

2) Comment a-t-il pu se déguiser en policier sans que personne ne l'en empêche ? Peur des représailles du Chateau ?

3) Pourquoi une sanction si légère (quinze jours de mise à pied) ?

4) Pourquoi la justice est-elle restée inerte ?

5) Pourquoi les journaux se sont-ils tus (deux mois de délai. On imagine la vitesse si Marion Maréchal avait tabassé Brigitte M.) ?

Au fond, tout cela confirme ce que nous (« nous » désigne ceux qui se servent de leur tête pour réfléchir, qui ne doivent pas être très nombreux, vu que Macron a été élu) savons déjà d'Emmanuel Macron et de son entourage : des adolescents attardés, sans aucun frein intérieur (comme l'avait dit Manuel Valls), sans retenue, sans respect, qui se croient tout permis, dévorés de narcissisme et qui, hélas, hélas, hélas, ont la puissance de l'Etat et du Système à leur disposition. Bref, des dangers publics.

Leur sentiment d'impunité est justifié : malheur au peuple esclave qui se donne de tels chefs.

Mention spéciale pour les braillards de gauche et de droite qui crient au scandale et au fascisme.

J'espère que vous n'avez pas oublié que les mêmes ont appelé à voter Macron il y a peine plus d'un an pour « faire barrage » au scandale et au fascisme, lepénistes. Et qu'ils recommenceront exactement pareil dans quatre ans. Comme a dit Zemmour à Clémentine Hautaine, « tout ce cinéma pour, à la fin, appeler à voter Macron. Vous feriez mieux de vous taire ».

Prix spécial du jury pour la droite molle, qui aurait un boulevard devant elle ... si elle ne pensait pas précisément la même chose que Macron. Wauquiez, c'est Macron avec trois mois de retard.

Addendum : on apprend qu'un deuxième collaborateur de l'Elysée est mis en cause. Ca commence à faire Starmania Quand on arrive en ville :



Y a pas à dire, la Macronie, c'est fun !


L'inévitable défaite allemande : mars-juillet 1918 (S. Ferreira)

Après l'évitable défaite française, l'inévitable défaite allemande.

J'écris souvent que les Allemands sont excellents en tactique et nullissimes en stratégie (1).

J'ai bien entendu raison (modeste, le gars) mais je ne me rendais pas compte à quel point.

Ludendorff, le commandant suprême de l'armée allemande, commence sa série d'offensives du printemps 1918 en France sans objectifs stratégiques. Ses subordonnés lui demandent plusieurs fois le critère pour juger du succès de ces offensives, pas de réponse.

Ludendorff perce suivant la logique de l'ivrogne qui cherche ses clés sous le lampadaire parce que c'est là qu'il y a de la la lumière : il perce là où c'est possible et non pas là là où c'est utile.

Il y a vaguement l'idée de séparer les Anglais des Français (Hitler y parviendra en 1940), mais sans traduction concrète, sans réfléchir aux moyens d'y parvenir.

Bien sûr, les Allemands percent et remportent de grands succès tactiques, mais sans lendemain stratégique. Il y a beaucoup de morts de part et d'autre. L'armée allemande est épuisée et s'effondre. Fin de la meurtrière mascarade.

Les Allemands étaient soumis à leur obsession de la bataille décisive, alors que les Russes étaient déjà en train de poser les prémisses de l'art opératif, qui part du principe qu'entre deux belligérants modernes, il ne peut y avoir de bataille décisive, parce que les ressources modernes permettent toujours de faire une bataille de plus (2).

Il faut dire que Ludendorff n'en était pas à son coup d'essai puisqu'il est l'origine de la plus grosse faute stratégique de la guerre, l'énorme bourde teutonne, la guerre sous-marine à outrance, qui fit entrer les Etats-Unis dans le conflit (alors que Wilson était un très ferme partisan de la neutralité jusque là). Bien analysée par un officier prometteur, Charles De Gaulle, La discorde chez l'ennemi.

Et pour enfoncer le clou, Ludendorff a écrit dans ses mémoires, donc après coup, avec le recul, que « la tactique doit prévaloir sur la stratégie pure ». Ce qui lui a attiré les sarcasmes d'un historien allemand : « Son niveau intellectuel n'a jamais dépassé celui d'un colonel de régiment d'infanterie ».

Et puis, une remarque. Vous connaissez ma méfiance pour les premiers de la classe, que je soupçonne d'être conformistes et de rester scotchés aux vielles leçons qui leur ont valu leurs succès scolaires. Ludendorff était un de ces premiers de la classe, toujours bien classé aux concours qu'il a passés.

J'admire les Anglais pour leur capacité à cultiver l'excentricité, à lui faire une place. Cela explique sans doute qu'en stratégie, ils sont autrement plus doués que les Allemands.

***************
(1) : ce que le délitement de l'UE sous direction allemande prouve une fois de plus.

(2) : possibilité qui n'a pas été saisie par les Français en 1940 mais qui existait.
Un lieu commun désormais bien ancré, c’est que nos possessions d’outremer nous coûtent cher, sous-entendu trop cher.

Ne vous laissez pas prendre à ce discours empoisonné.

Trop cher par rapport à quoi ?

Ces terres permettent à la France d’avoir un pied dans chaque océan et sur chaque continent. C’est ce qui fait que la France est légitime partout et n’est pas prisonnière de l’Europe. Ca n’a pas de prix (quand on voit les folies que font les Chinois pour prendre possession de cailloux en mer de Chine … Et nous, nous serions assez cons pour nous débarrasser de ce que nous avons déjà, et légitimement, parce que cela coûterait quelques milliards alors que nous en gaspillons des centaines par ailleurs ?).

C’est bien là que le bât blesse tous les ennemis de la France, à Paris (les centristes mous, la sale engeance à la Monnet, l’usine à traitres mondialistes, les cathos de gauche, les macronistes), à New-York, à Bruxelles ou à Berlin, qui nous tiennent le discours anti-colonialiste sans en avoir rien à foutre des « colonisés », mais qui aimeraient ramener la France à ses frontières continentales, la rapetisser, au passage prendre sa place, en Nouvelle-Calédonie par exemple, et la livrer pieds et poings liés à l’Allemagne.

Tant que la France aura, d’un côté, une défense (dont le nucléaire) et une industrie d’armement (que Macron est bien occupé, pas par hasard, à brader à l’Allemagne), d’un autre côté, ses confettis d’empire, il y aura toujours la possibilité qu’un dirigeant moins traitre que les actuels essaie de relever la fortune de France (comme disait Henri IV) en l’extrayant du marasme européiste.

C’est pourquoi nos ennemis attaquent ces deux atouts et pourquoi il ne faut pas nous y laisser prendre, notamment par le discours faussement raisonnable et à très courte vue sur le coût de l’outremer.

Il faudra surveiller très attentivement ce qui se passe après le référendum néo-calédonien. Les taupes vont creuser des galeries.

Notre seule île non stratégique, que nous pourrions céder sans perdre de position, c’est la Corse !



mardi, juillet 17, 2018

Campagnol 413 Transformer un pays en territoire, c'est déjà le préparer à l'invasion



Christian Combaz a raison. Il faut être attentif au vocabulaire de nos maîtres les enculés. Quand ils changent un mot, c'est qu'ils s'apprêtent à nous l'enfoncer profond.

J'en profite pour rappeler la mémoire du regretté Simon Leys, qui avait fait du goût du mot juste un principe de vie. Priez pour lui.

La défaite française, un désastre évitable (J. Belle)

Il s’agit d’une relecture, mais il ne me semble pas en avoir déjà fait un compte-rendu.

Jacques Belle se pose deux questions, qui font chacune l’objet d’un tome.

1) Les alliés devaient-ils sortir de Belgique le 16 mai 1940 ?

2) La poursuite du combat outremer était-elle possible le 16 juin 1940 ?

Ce sont deux uchronies fouillées. Ce qui est plus important, basées sur des hypothèses qui ont été évoquées à l’époque, donc pas anachroniques.

Je ne m’attarderais pas sur la deuxième car il me semble que cette question est réglée après les travaux de Jacques Sapir et de son équipe, qui ont donné lieu à des livres et à des bandes dessinées : oui, l’opinion de De Gaulle était juste (en tant que sous-secrétaire d’Etat à la guerre et à la défense nationale, il était bien placé pour avoir un avis motivé), la France aurait pu poursuivre la guerre outremer.

Si cela vous intéresse, vous avez les hypothèses et les chiffres dans ce deuxième tome. Donc, la demande d’armistice était bien une décision politique (même si le haut commandement français a été tarte comme pas possible) motivée par une hypothèse dramatiquement erronée : l’Angleterre allait avoir le cou tordu comme un poulet.

La première question est plus originale. Classiquement, on pose, comme Bruno Chaix, la question de savoir s’il fallait entrer en Belgique le 10 mai 1940. Une fois avancées en Belgique, les armées françaises et anglaises ont été piégées par le « coup de faux » allemand à travers les Ardennes. Jacques Belle pose le problème de la décision quelques jours plus tard. Il considère qu’il n’y avait pas assez d’informations pour ne pas entrer en Belgique. En revanche, le 15 mai au soir, lors d’une conversation téléphonique avec le général Georges, Gamelin « suggère » une attaque des armées en Belgique du nord vers le sud de manière à couper la tête de pont allemande sortant des Ardennes, avec l’aide de la bordure sud de la brèche, style marteau et enclume.

Que se serait-il passé si cette « suggestion » vite oubliée avait été un ordre direct et exécuté ?




C’est ce qu’examine Jacques Belle.

Il finit par conclure que la possibilité existait, que ce n’était pas une idée irréaliste. Certes, très risquée, mais pas plus que de laisser les divisions blindées de Guderian et cie atteindre la mer. Il aurait fallu résister aux Allemands qui poussaient en Belgique, tout en attaquant la base de la percée ennemie. Mais, en cas de réussite, la situation était complètement retournée : la fantastique percée allemande devenait l’échec retentissant (car les Panzers seraient rapidement tombés en panne d’essence) d’une stratégie téméraire. Un second « miracle de la Marne », sur la Meuse cette fois.

Pourquoi cela n’a-t-il pas été tenté ? Manque de vista, d’énergie, le fatalisme ambiant, la résignation … Là encore, De Gaulle a raison : la défaite militaire, c’est avant tout des fautes de commandement. Bien sûr, ce commandement a une excuse : la surprise, qui a tétanisé les généraux « au point de les amener là où ils en sont ». Mais cette surprise n’aurait pas dû en être une : la campagne de Pologne a été analysée. Les pilotes le savent bien : sous pression et dans l’urgence, on ne fait bien que ce qu’on a mûri auparavant dans le calme. C’est le coup du pilote de Mirage qui perd un bidon au décollage, l’avion bascule sur le dos et le pilote sauve son zinc et sa peau. Quand on lui demande comment il a fait ce miracle, il répond « J’y avais pensé avant ». Les généraux français ont singulièrement manqué d’imagination dans leur préparation.

Revenons à la stratégie.

La stratégie alliée, d’étranglement économique de l’Allemagne, « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », était loin d’être idiote, comme l’ont prouvé Adam Tooze et David Edgerton (je vous invite à relire ce billet).




Mais il fallait en tirer toutes les conséquences. L’une d’elles était que les Allemands ne se laisseraient pas étouffer sans réagir et qu’il fallait donc s’attendre à « une attaque brusquée », comme on disait dans le vocabulaire d’époque.

Or, notre commandement a préparé la réponse à une attaque allemande à travers les plaines belges, et puis … Et puis rien. Quand on a dit à Pétain que les Allemands pouvaient passer par les Ardennes, il a répondu qu’ « on les repincerait à la sortie ». Certes, mais qu’a-t-on fait pour se mettre en état de les « repincer à la sortie » ? Pétain, qui était tout puissant sur la défense nationale dans les années 30, a-t-il créé ce corps blindé de réserve réclamé par De Gaulle qui aurait permis de réagir aux surprises ennemies ? Là comme ailleurs, il s’agit bien de fautes de commandement.

Ce que Jacques Belle démontre, c’est qu’il aurait été malgré tout, avec les forces bancales en place, possible de contrer les Allemands, sans certitude de succès.

Ce risque était bien présent dans la tête des militaires allemands. Le coup de génie d’Hitler a été de comprendre l’état d’esprit des alliés, qu’il avait contribué à façonner au long des années 30. Le créneau temporel était étroit : entre le 14 mai au matin et 15 mai au soir. Il n’a pas été saisi. Dès le 16 mai, les Anglais ont commencé à perdre confiance dans les Français, Hitler a gagné cette bataille, atteint son objectif : séparer les alliés (ce que Guillaume II n'était jamais parvenu à faire).

La chance du 14-15 mai 1940 était très ténue. Mais, comme il s'en est offert une seconde autour 10-16 juin, la poursuite du combat outremer, qui n'a pas été saisie non plus, il faut bien reconnaître une faillite d'ensemble de la direction française. Il ne faut pas oublier que Marc Bloch et d'autres révèlent avoir entendu des propos défaitistes de la bouche de généraux dès la mi-mai. Pendant ce temps, 80 000 Français mouraient sur le champ de bataille et sur les routes.

L’intérêt d’une telle étude pour aujourd’hui ? Démontrer que les fautes étaient d’abord militaires puis politiques, que, contrairement au discours pétainiste qui fait la morale (« l’esprit de jouissance »), et rejette la défaite sur tous les Français, les coupables étaient dans les dirigeants et qu’il n’y a pas de culpabilité collective. Pour la rafle du Vel d’Hiv et la déportation des juifs, les Français étaient responsables d’une seule chose : avoir perdu la guerre. Et même ça, ce n’était pas entièrement leur faute.

Ce traitre de Pétain a beaucoup travaillé à dédouaner des généraux qui ont prouvé par la suite qu'ils étaient plus aptes à des carrières de chanoines hypocrites, de nonces onctueux et de diplomates vicieux que de chefs inflexibles d'armées en campagne. Ce faisant, il a culpabilisé des Français qui ne le méritaient guère.

Une fois de plus, De Gaulle avait raison : « Je dis que nous sommes raisonnables. En effet, nous avons choisi la voie la plus dure, mais aussi la plus habile : la voie droite » (Albert Hall, 18 juin 1942).

On peut dire avec Montesquieu qu'une telle défaite, qu'elles qu'en fussent les circonstances, révèle qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume de France. Mais ensuite, il y a eu De Gaulle, Leclerc, Moulin, Brossolette ... Et, malgré tout, la victoire et sa récompense, qu'on a tendance à négliger de nos jours, un siège de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU.

lundi, juillet 16, 2018

Grand entretien de juillet de PY Rougeyron

PY Rougeyron est un branleur mais je l'aime bien quand même. Ses analyses sont globalement bonnes.














Macron est-il si clairvoyant ?

C'est un plaisir un peu vain que je me fais. Ci-dessous un article (gratuit) de Roland Hureaux dans Causeur, dont je souligne les passages les plus importants.

Mes fidèles lecteurs qui savent dans quel mépris je tiens le guignol qui nous sert de président ne serons pas surpris.

Macron est-il si clairvoyant ?

Il est à côté de la plaque et il ne s'en rend pas compte

par Roland Hureaux- 16 juillet 2018

Vanté pour son intelligence politique, le président Macron est-il conscient de la situation de la France ? De nombreux signes laissent penser, au contraire, qu’il ne s’en rend pas compte.

Depuis qu’il a été élu président de la France, il virevolte avec ce qui semble du brio. Ses discours, comme celui qu’il a récemment prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, ont du style.

Beaucoup de Français pensent que notre pays est mieux représenté par lui.

Il a, à un degré caricatural, l’assurance bien connue des hauts fonctionnaires français – qui, sur la scène internationale, ne plait pas à tout le monde et ne signifie pas non plus qu’il ait des idées. 

L’OPA magistrale qu’il a réalisée sur la France au printemps 2017 était assurément le signe d’une certaine intelligence. En ce temps de confusion de toutes les valeurs, avoir contourné les règles républicaines fondamentales qui tiennent chez nous les juges éloignés des processus électoraux passe non pour une faute mais pour un exploit : bravo l’artiste, dit-on ! La subversion du clivage gauche-droite qu’il a opérée n’est pas nouvelle mais jamais elle n’avait été poussée aussi loin.

Un président psychorigide ?

Macron fait preuve d’une incontestable habileté politicienne. Il est vrai que la bêtise d’une certaine droite, contaminée par les logiques techniciennes, lui facilite la tâche : en lançant des réformes qui plaisent à celle-ci comme celle du code du travail ou de la SNCF ou encore la sélection à l’entrée des universités, il conduit une partie de l’opposition républicaine à l’approuver et, dès lors, les Français à se demander à quoi elle sert.

Il reste que l’intelligence, la vraie intelligence politique, ce n’est pas de savoir vibrionner au jour le jour ou de gérer sa « com », c’est la capacité à s’adapter au monde tel qu’il est.

Ses nombreux faux-pas diplomatiques, tant à l’égard des Etats-Unis que de l’Italie ou des pays du groupe de Višegrad, tout comme le conformisme de ses réformes, amènent à douter que le nouveau président soit vraiment aussi clairvoyant qu’on le dit et qu’il le croit.

Or sur ce plan, Macron donne, il faut bien le dire, des signes inquiétants de psychorigidité. D’abord, sur l’Europe. Discours après discours, il présente un plan de relance de l’Europe supranationale, d’un idéalisme exalté, sans paraître voir que cela n’intéresse plus personne : ni aucun de nos partenaires, ni personne en France. Le président en est resté sinon à Jean Monnet, du moins aux années 2000, au temps des grands débats sur la Constitution européenne et il n’a sûrement jamais compris pourquoi le non l’avait emporté en 2005. Depuis, il y a eu le Brexit qu’il n’a pas avalé non plus ; et il y a l’opposition forcenée du groupe de Višegrad à tout approfondissement : loin de tendre la main à ces vieux pays, amis historiques de la France, il les insulte et se les met à dos. La classe politique allemande, paralysée, s’arc-boute pour empêcher la montée de l’AFD, parti eurocritique. Les Italiens viennent de montrer qu’ils ne veulent pas de l’Europe de Bruxelles : Macron les rappelle à l’ordre avec arrogance, ignorant visiblement combien les Italiens détestent les leçons de morale venues de France – surtout après avoir été contraints d’accueillir seuls près de 800 000 réfugiés. Irrité de voir que les choses ne vont pas comme il le souhaiterait, il ressort la vieille rengaine que l’Europe n’aurait pas dû être élargie, et va même jusqu’à qualifier de « lèpre » le « populisme » de ceux qui résistent au projet européen. Demain des « vipères lubriques » ? On le dit ouvert mais il refuse le pluralisme, moderne, mais il refuse l’histoire.

Macron, le dernier des européistes

L’évolution de l’opinion publique n’est pas le seul signe de l’usure du projet européen : pour maintenir l’euro à flot, la Banque centrale européenne (BCE) poursuit sa fuite en avant inflationniste (c’est le sens du quantitative easing) : jusqu’où ? Le vaisseau Europe fait eau de toute part ; Macron seul ne semble pas s’en apercevoir : est-ce le fait d’un homme éclairé ? Dans la défunte Union soviétique nul doute que Macron aurait été plutôt du côté de Brejnev (ou de Souslov !) que de Gorbatchev.

Le projet européen de Macron pourrait intéresser l’Allemagne sous un seul angle : la récupération de notre industrie de défense. Après le démantèlement d’Alstom dont il porte largement la responsabilité et au motif de faire l’Europe de la défense, le GIAT (le char Leclerc), la DCN (le Charles de Gaulle) sont en train de passer subrepticement sous pavillon allemand. Aveuglement ou volonté délibérée de laminer la singularité française ? Beaucoup se le demandent. Même oubli de l’intérêt national au bénéfice de l’idéologie dans les rapports avec la Russie : si le front ukrainien semble un peu calmé – grâce à Trump plus qu’à Macron -, les sanctions à l’encontre de la Russie que Fillon voulait lever ne sont pas près de l’être et lèsent toujours autant les intérêts de la France. Si les Russes avaient apprécié l’invitation surprise du nouveau président à célébrer la visite du tsar Pierre le Grand à Versailles, par-delà les ronds de jambe, rien n’a changé quant au fond dans la relation franco-russe : les Russes s’en sont certainement aperçus.

Macron le continuateur

Les changements à la tête d’un Etat ont toujours servi à corriger la ligne politique d’un pays quand elle était mal engagée, sans que le nouveau président ait à se désavouer. Or elle l’avait été rarement aussi mal qu’en Syrie sous Sarkozy et Hollande : la rupture totale des relations diplomatiques, le soutien constant aux milices djihadistes, les mêmes qui se félicitaient bruyamment des attentats en France (quand elles ne les avaient pas organisés), la diabolisation hystérique et – infantile quand on sait comment se manipule aujourd’hui l’opinion internationale – du gouvernement syrien, tout en constituant une trahison des chrétiens d’Orient, nous ont aliéné inutilement un pays, ancien mandat français, qui avait été au cours des deux dernières décennies un partenaire précieux. Or Bachar a aujourd’hui pratiquement gagné la guerre, les augures du Quai d’Orsay (la « secte » néoconservatrice) qui prédisaient en 2011 sa chute en huit jours en sont pour leurs frais. Visiblement, Macron reste sur la même ligne que ses prédécesseurs ; au lieu de s’adapter à la nouvelle donne, il laisse son ministre des Affaires étrangères, le médiocre Le Drian, accuser Assad de massacrer son peuple. Des forces spéciales françaises, armées d’hélicoptères, sont présentes dans le nord de la Syrie, on se demande pour y faire quoi : même Sarkozy et Hollande n’étaient pas allés jusque-là. Alors que Trump retire ses forces du pays, Macron y augmente les siennes ; prétendant de manière ridicule avoir convaincu Trump de rester, il s’attire un démenti cinglant. Tout aurait pu changer sur ce front et rien ne change. Loin de déplacer les lignes, comme Trump a su le faire à sa manière avec la Corée du Nord, Macron reste sur le même rail.

Dans les affaires intérieures, beaucoup louent le dynamisme du nouveau président, ses multiples efforts pour faire « bouger la France ». Il donne le vertige par la multiplication des projets de réforme. Mais quelles réformes ? La vérité est que loin d’être originaux, les projets de Macron étaient tous dans les cartons des ministères et ne sont que le prolongement des réformes effectuées au cours des quinze ou vingt dernières années, lesquelles ont si bien réussi à la France comme on sait !

Au titre de la réforme de la fonction publique, il annonce la rémunération au mérite des fonctionnaires ; sait-il qu’elle a été instaurée dès 2001 par une loi bien connue appelée « Lolf », mise en œuvre par Sarkozy et dont on connait déjà les effets pervers ? Faute de critères de rendement fiables, la porte a été ouverte à l’arbitraire, parfois à la promotion canapé, l’ambiance s’en est trouvée détériorée et le zèle découragé. Les deux piliers de l’Etat que sont le ministère des Finances et la représentation locale de l’Etat ont été gravement désorganisées. Macron veut aller encore plus loin…

Les Ordonnances travail, auxquelles certains trouvent cependant quelques aspects positifs, sont-elles autre chose qu’une mise aux normes européenne ? Comme l’est l’adhésion au Ceta, laquelle intervient au moment où un Jacques de la Rosière, ancien patron du FMI, remet en cause une partie des dogmes libre-échangistes.

Le spectacle permanent

La réforme de la SNCF est la transposition mécanique d’un règlement de Bruxelles. Déjà affaiblie par la séparation, économiquement absurde mais imposée par le dogmatisme de la commission, des réseaux et de l’exploitation, la SNCF le sera plus encore.

En décembre dernier, le gouvernement s’est réuni au grand complet à Cahors pour marquer son intérêt pour la « France périphérique ». Il n’en est pas sorti une seule idée. Est annoncée, au contraire, la fermeture de milliers d’écoles rurales pour renforcer les ZEP et sans doute celle de nombreuses petites lignes de chemin de fer. L’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km à l’heure, va d’abord toucher ces zones.

La réforme annoncée du bac est dans les cartons du ministère depuis des années. Elle s’inscrit dans la progressive déconstruction du système éducatif : course à la facilité, dilution de la notion de discipline scientifique, notes de gueule. Il est vrai que, par exception, l’enseignement primaire semble géré par le ministre Blanquer plus intelligemment que par ses prédécesseurs : il faudrait voir dans ce retour au bon sens l’influence de Brigitte Macron. Dommage qu’on ne la voie pas ailleurs !

De cette réformite sans imagination, deux lectures. Celle de l’oligarchie économique, médiatique, technocratique, des think tanks libéraux qui tous font chorus : la France a besoin d’être réformée ; tout le monde sait quelles réformes il faut faire. Si on ne les a pas encore faites, c’est que les gouvernements successifs ont manqué de « courage ».

L’autre lecture se réfère à Guy Debord : la société du spectacle (disons de communication) dans laquelle nous sommes entrés a besoin de s’étourdir de réformes, lesquelles, au point où nous en sommes, ne sauraient faire aller les choses que de mal en pis : « La société du spectacle dans sa phase avancée (…) n’est plus pour l’essentiel réformable. Mais le changement est sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière ». Dans cette optique, la réforme est d’abord un produit de communication (de « spectacle »).

Macron ne comprend pas la France

Les réformes de type technocratique ne font que suivre les logiques de celles qui les ont précédées et qui sont précisément les causes des problèmes. Avec Macron, nous les voyons à l’œuvre de manière caricaturale. Comment espérer trouver les remèdes aux maux de l’Education nationale dans les cartons d’un ministère qui est le responsable de ces maux ? La technocratie française élabore des projets de réforme qui, chacune dans son domaine, suit un schéma simple, voire simpliste, ignorant la complexité des choses, en général le même depuis quarante ans : regrouper les communes, fusionner les services, étendre le mode de gestion privé, flexibiliser l’emploi, mettre aux normes européennes ou internationales (celles de l’OCDE pour le bac).

Face aux résistances, jamais, au grand jamais, leurs initiateurs se demanderont si dans ces résistances, il n’y aurait pas quelque chose de légitime. On se contente d’y voir l’effet de l’archaïsme, de la routine, d’un conservatisme « bien français ». Nul n’imagine que ce pourrait être à la technocratie de s’adapter. Penser qu’il pourrait y avoir de bonnes et de mauvaises réformes comme il y a de bons et de mauvais remèdes, est une question hors du champ épistémologique de ceux qui nous dirigent, comme dirait Foucault. Réformer est devenu intransitif comme communiquer ou changer. Face à ces blocages, « enfin Macron vint », selon une expression dont on peut penser qu’elle était ironique. Cette fois, ça passe où ça casse.

Macron, c’est jusqu’à la caricature l’incapacité à critiquer à partir d’une connaissance du terrain (qu’il n’a pas) ou d’idées neuves (qu’il n’a pas non plus) les projets des administrations que la plupart du temps, le gouvernement avalise. Loin d’apporter la touche du vrai chef (« l’œil du maitre ») comme le faisait par exemple un Pompidou, homme supérieurement intelligent, lui, et critique lucide des logiques technocratiques, Macron ne doute pas que les services aient, sur tous les sujets, raison. Comme en politique étrangère, il est sur les rails et il y reste.

Erreur sur la personne ?

Tragique malentendu : les Français étaient las d’une classe politique usée, et en réalité d’une technocratie dont les projets étaient avalisés passivement par les politiques. Voulant du nouveau, ils élisent quelqu’un qui ne propose rien d’autre que de donner un coup d’accélérateur aux réformes qu’inspire ladite technocratie.

Or la France d’aujourd’hui rencontre des problèmes graves qui, comme jamais jusqu’ici, conditionnent son avenir. Ces problèmes : démographie, désindustrialisation, dépenses publiques excessives, justice et insécurité, déliquescence de l’Education nationale. Il y a là de quoi être inquiet : Macron, prisonnier des logiques du passé, ne semble armé intellectuellement pour se saisir sérieusement d’aucun de ces problèmes. Bien au contraire, la plupart de ses projets font craindre leur aggravation.

Comment s’étonner qu’au bout d’un an, s’installe le doute sur la capacité de Macron à vraiment réformer la France. Les Français ne vont pas tarder à comprendre, avant lui sans doute, qu’il se situe aux antipodes de ce qu’ils attendent. Il y a, disaient les Romains, pour chacun, un sommet, une acmé, un moment de la vie où il atteint sa pleine réussite. Pour le jeune Macron, ce fut ses années Sciences po-ENA-Inspection des finances, sous l’égide d’un Richard Descoings à l’heure de sa gloire. La plupart des thèmes évoqués plus haut, de l’Europe supranationale à la privatisation des services publics et à la philosophie libérale-libertaire, connaissaient alors leur plus grande faveur, ils étaient si évidents que bien peu osaient les remettre en cause surtout s’ils voulaient sortir dans les premiers de l’ENA, temple du politiquement correct. Typique de cette école, la rhétorique balancée du « en même temps ». Le mépris ostensible de la francophonie qui pousse Macron à faire ses discours en anglais avait déjà entrainé la multiplication des cours en anglais à la rue Saint-Guillaume, sans que la cote de l’école y ait d’ailleurs gagné. Dans le milieu fermé qu’il fréquentait alors, la criminalisation de la France coloniale, familière aux universités américaines, ce n’était pas une provocation, c’était une évidence.

Macron est comme un animal parfaitement adapté à un certain milieu mais inadaptable ailleurs. Dans ce milieu, il peut certes faire preuve de brio. Mais il détonne dès que l’environnement change un tant soit peu. Le nouveau président est aussi déphasé aujourd’hui que l’était Mitterrand en 1981 avec son lourd programme de nationalisations. Mais Mitterrand, vieil animal politique, avait su s’adapter. On ne voit pas à ce jour, le moindre indice que Macron en soit capable. Comprendra-t-il que ce qu’il a appris à l’Institut d’études politiques de Paris il y a vingt ans est complètement à côté de la plaque dans une planète dominée par Poutine, Trump, Xi et qui voit partout la révolte des peuples contre les logiques technocratiques et le retour des stratégies nationales ? On peut craindre que non.

dimanche, juillet 15, 2018

La soumission globale, par Bruno Bertez

La soumission des pays européens à l'islam est évidente. Elle saute aux yeux de qui s'en sert encore pour voir et non pour s'aveugler. Nos Etats ont décidé de se soumettre et nous avec. Mais Bertez a raison : la soumission est plus globale.

LES SOMMETS, LA COUPE : VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE SOUMISSION !

Mon seul point de désaccord majeur avec lui, c’est quand il prend Trump pour un imbécile qui ne sait pas ce qu’il fait.

Je crois, au contraire, au vu de sa trajectoire passée, qu’il sait très bien ce qu’il fait et et que ses déclarations à tort et à travers dressent un écran de fumée auquel se laissent prendre les gogos (et les bobos) et que ça l’amuse d’enfumer ceux qui le prennent pour un con.

Le coup de génie de la manipulation moderne, c'est qu'elle n'est pas coercitive. La soumission est consentie, la plupart du temps inconsciente.

Je me suis intéressé aux manipulateurs d'opinion professionnels, les as de la fabrique du consentement (E. Bernays, R. Cialdini, et compagnie). Ils donnent tous la même règle fondamentale : adressez vous à l'émotion plutôt qu'à la raison, à l'inconscient plutôt qu'au conscient.

Cela se décline en règles pratiques que nous subissons tous : transformez les problèmes politiques et sociaux en problèmes personnels et psychologiques (est-ce qu'Angela aime Emmanuel ? Est-ce que Vladimir s'entend avec Donald ? Est-ce que Donald est fou ? etc). Abordez toujours les problèmes par le petit bout de la lorgnette (est-ce que la femme de Donald était mieux habillée que Theresa ?) Empêchez que les problèmes soient posés clairement, fragmentez, présentez toujours les choses par le biais qui vous arrange, par le petit bout de la lorgnette, détournez l'attention sur des futilités.

La seule manière d'y échapper vraiment, c'est de réduire au maximum l'exposition (message que j'ai beaucoup de mal à faire passer !). Je suis, par exemple, totalement immunisé de l'hystérie footballistique, sans aucun effort ni frustration, tout simplement parce que je n'ai pas la télé et que je n'écoute pas autre chose que la musique à la radio.

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Ce qui se passe ces jours ci est au plus haut point symbolique ; la plèbe grisée, vautrée dans football, la bière et les pizzas et les chefs, au sommet, entre eux, qui font ou défont l’ordre du monde.

[…]

Vous noterez que depuis plusieurs mois l’activité diplomatique internationale, au sommet , est très intense, mais que quasi rien d’important ne transpire au dela des communiqués bidons. Vous constatez les évènements et ce sont pour ainsi dire autant de coups de théatre.

L’absence de continuité, l’absence de logique contribuent à confirmer les impressions, justifiées, que l’on a d’un monde chaotique.

Simplement on ne peut que constater le résultat:  une certaine détente. Nous sommes loin de la fin 2017 ou les néocons semblaient tenir le haut du pavé, époque ou les agressions fusaient, tous azimuts.

[…]

Et puis il y a les négociations souterraines sur les embargos et sanctions et les droits de douane.

Plus que jamais les peuples et leurs pantins de représentants sont tenus à l’écart des grands problèmes géopolitiques alors qu’en fait ce sont ces problèmes qui sont les déterminants de leur avenir.

Pour les peuples c’est le pain et le cirque, en clair les aumones de la redistribution et la coupe du monde de football.

Nous ne dirons jamais assez tout le mal que nous pensons de cette coupe du monde, non en raison de son aspect sportif, si il en comporte encore un ; mais en raison de sa récupération par les élites et leurs médias.

Il suffit de regarder la télé Bouygues pour comprendre que le foot et la coupe sont utilisés au profit de l’endoctrinement, de l’ouverture et de l’inclusion. Le foot dans sa mise en scène vous vend de la pseudo-unité, du pseudo-collectif, mais de la vraie globalisation.

Il vous pointe de façon aveuglante la structure de ce monde à deux ou trois vitesses, avec l’argent mal gagné et la hierarchie fondée sur les titres et non sur le droit. Il vous vend de … la soumission puisque les « grands », les chefs sont en haut, sur les gradins dans le réel tandis que vous vous êtes devant le succédané, devant le spectacle auquel vous croyez participer tout en étant relégués, devant votre télé. Vous êtes dans la Fête, pas la vraie mais devant celle de l’homo festivus de Muray. Les dominants ont le vrai, dans tous les domaines, les richesses, les femmes, les stars et vous les « images », la pornographie !

Dans mon excessive indignation j’irai jusqu’à prétendre que ne pas participer à ces spectacles répugnants, voire obscènes est un acte politique. En fait le prmier acte politique dans le monde moderne et ses pseudo jouissances consommatrices c’est d’accepter la frustration.

La consommation, y compris celle des images est à la racine de l’aliénation qui produit la soumission.
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Chronique des cinglés : les handicapés mentaux ne sont pas tous où on croit

Le gouvernement veut le droit de vote "inconditionnel" des personnes handicapées

J'ai vérifié que nous n'étions pas le 1er avril.

Remarquez bien que les Marseillais et les Corses ont une longueur d'avance : ça fait longtemps qu'ils font voter les morts.

samedi, juillet 14, 2018

La mort de César (B. Strauss)

Barry Strauss présente la mort de César comme un roman policier, mais il exploite correctement les sources disponibles. Il majore le rôle de Decimus (le Decius de Shakespeare), le plus traitre de la bande, le plus proche de César, qui l'a incité malgré sa mauvaise santé, à se rendre au Sénat où il devait être assassiné.

Mais les meurtriers de César étaient pris dans une contradiction dont ils n'ont pas pu se sortir : pour arrêter le césarisme, c'est-à-dire la prise de pouvoir à Rome par des militaires, ils devaient faire appel aux militaires.

A ce jeu, Antoine et Octave ont été plus forts, parce que plus cohérents. Et puis, à 18 ans, Octave (le futur empereur Auguste) était déjà un génie politique, comme l'avait détecté César, qui en avait fait son héritier.

Auguste a bien su tirer les leçons des derniers mois de César, où il n'a cessé de heurter les pouvoirs en place : le premier empereur a conservé les formes anciennes, mais en les vidant très habilement de tout contenu.

C'est évidemment (le parallèle est frappant) ce qu'on fait nos présidents de la république depuis Pompidou : ils ont dénaturé la Vème République tout en gardant la forme extérieure. Les grandes étapes (renforcement du pouvoir du conseil constitutionnel, supériorité du droit supranational, cohabitation, quinquennat, refus du référendum, ridiculisation des élus locaux) s'enchainent aisément.

La tyrannie rampante établie par Emmanuel Macron n'est que l'aboutissement logique de cette démarche sournoise. Les vipères centristes anti-démocratiques ont gagné.

Si les Français ne savent pas plus que les Romains retrouver le chemin de la liberté, nous sommes condamnés à voir se continuer la pénible suite de dirigeants vaniteux, condescendants et incapables, qui sont notre ordinaire depuis quelques années (quand il s'agit d'en foutre plein la gueule à M. Moyen, ça y va les matamores et les rodomontades, mais dès qu'il faut affronter un vrai danger, genre Trump ou Xi Jinping, il n'y a plus personne).

On aura toujours la tirade de Marc Antoine pour nous consoler :


Censure rampante : fin de la chronique d'Eric Zemmour

RTL arrête la chronique d’Eric Zemmour

Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne (et les conclusions qu'il faut en tirer)

Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

Tous ceux qui se sont intéressés à la question ont compris pourquoi, avec la collaboration des traitres à fusiller (Macron, Gaymard, Kron, Hollande et compagnie - je ne plaisante pas, je pense vraiment qu'ils méritent le peloton d'exécution (1). Je ne crois pas que cela arrivera pourtant c'est amplement mérité) qui nous servent de dirigeants, les Américains de General Electric ont forfait à leurs promesses et dépecé Alstom, profitant d'un complot dirigé par le ministère de la justice américain.

Parce qu'Alstom s'apprêtait à collaborer sur des techniques stratégiques avec les Chinois, contre lesquels les Américains s'estiment en guerre larvée, ou, du moins, en lutte pour la domination mondiale. Et c'est aussi pourquoi Airbus, qui a une chaine d'assemblage d'A320 en Chine, est dans le collimateur.

Je ne blâme pas les Américains : ils poursuivent la stratégie qu'ils estiment la meilleure pour leur pays. En revanche, les mots les plus durs siéent à nos dirigeants qui trahissent au profit des intérêts et des objectifs d'une puissance étrangère (actions passibles de la Haute Cour, passons).

On demande aux Français des efforts destinés à satisfaire des ambitions étrangères, qui sont à Berlin, à Washington ou dans la zone dénationalisée de Bruxelles.

Quelle valeur nationale et, par la suite, internationale, auraient les efforts des Français, si ces efforts étaient dispersés ou noyés à titre d'auxiliaires dans la puissance de leurs alliés ? Non, non. Les services des Français ne sont dus qu'à la France.

Charles De Gaulle, 11 novembre 1942

Et maintenant ?

La stratégie doit être la dédollarisation, puisque le dollar sert de levier aux diktats américains. On nous avait présenté l'Euro comme une solution. C'était une tromperie. Sortons de cette impasse et exigeons de payer nos importations en monnaie nationale, y compris le pétrole. Certes, il sera plus cher. Et alors, si c'est le prix de la liberté ?



Quand on a les bonnes conceptions, tout est simple.

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(1) :  un des motifs d'accusation (et donc de condamnation à mort) de Pierre Laval était d'avoir bradé les mines de Bor aux Allemands.

vendredi, juillet 13, 2018

La semaine liberticide (et la bêtise collective)

Régis de Castlenau fait le bilan d'une semaine dramatique pour les libertés publiques  et politiques :

La manœuvre liberticide pour noyer le Rassemblement national. La semaine liberticide (épisode 1/3)

Conseil constitutionnel : la souveraineté populaire, pour quoi faire? La semaine liberticide (épisode 2/3)

Vote de la loi « fake news »: l’hiver vient. La semaine liberticide (épisode 3/3)

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Existent au sein des élites dirigeantes des pays concernés, de forts courants fermement décidés à combattre la « lèpre populiste » à partir de l’application du principe « la fin justifie les moyens ». 

Habités souvent par une idéologie du camp du bien confronté à une populace égarée, ils ne sont pas du tout gênés devant l’utilisation de mesures attentatoires aux libertés ou illégales. L’épisode qui vient de se produire en Italie en est une nouvelle preuve. L’on apprend que la Cour de cassation, à l’instar du Pôle financier français, cherche à mettre sous séquestre la somme de 40 millions d’euros appartenant à la Ligue du Nord en garantie de sommes qui pourraient être dues par un ancien dirigeant de ce parti pour des faits remontant à 2008, et alors même qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.

Ensuite, la faiblesse de la culture des libertés publiques au sein des élites politiques les amènent à des formes de complaisance avec cette tentation autoritaire, dès lors qu’elles pensent pouvoir en retirer un petit intérêt politicien. Le plus bel exemple en est l’absence totale de véritables réactions politiques au grossier raid judiciaire qui a permis l’élimination de François Fillon de la présidentielle et l’élection d’Emmanuel Macron. Et que dire aujourd’hui devant celle de Laurent Wauquiez, par exemple, qui semble se frotter les mains de ce qui arrive au parti de Marine Le Pen ? Sans mesurer que s’ils ne se tiennent pas tranquilles, les Républicains seront les prochains sur la liste. Ou celle de Guillaume Tabard dans Le Figaro qui juge la mesure prise par les magistrats du Pôle financier « parfaitement légale » ? Affichant ainsi un surprenant manque de vigilance devant ce qui saute aux yeux du praticien qui connaît un peu le fonctionnement de la boutique « pôle financier ».

Si l’on ne veut pas des heures sombres, il faut être attentif au côté où s’accumulent les nuages.
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Et on peut ajouter un quatrième épisode qui ne dépare pas dans la funeste série :

Comment Macron veut menotter les maires. Le président recentralise les pouvoirs.

Parmi bien des explications, il y a celle-là :

Malaise dans la civilisation

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L’intelligence n’est pas individuelle, elle est collective. L’inintelligence aussi. Nous vivons des temps de profonde bêtise.

Ce ne sont pas les premiers, mais à des étapes antérieures, il y avait des contrepoids. Par exemple, France, milieu des années 1870. À la terrasse du Café Riche, Monsieur Homais fait le panégyrique de Sainte-Beuve, mort vers la fin de l’Empire — le grand homme des Lettres pour tous les imbéciles. À une table voisine Adolphe d’Ennery et Eugène Cormon fêtent l’immense succès des Deux orphelines, un mélo d’une niaiserie magistrale, l’un des plus grands succès du siècle. William Bouguereau, tout près, parle art et décorations avec Ernest Meissonier. C’est la fête à la Bêtise.

Mais en même temps, l’époque allumait ses contre-feux. Dans un cabinet particulier du Lapérouse, quai des Grands Augustins, Flaubert à demi-ivre allume un cierge à Saint Polycarpe, comme chaque matin, en soupirant : « Ah mon dieu, dans quel siècle m’avez-vous fait naître ! » Il a beau se plaindre (« Je sens contre la bêtise de mon époque des flots de haine qui m’étouffent. Il me monte de la merde à la bouche comme dans les hernies étranglées. Mais je veux la garder, la figer, la durcir ; j’en veux faire une pâte dont je barbouillerai le dix-neuvième siècle, comme on dore de bouse de vache les pagodes indiennes, et qui sait ? cela durera peut-être ? »), il produit Bovary, Salammbô, l’Education. Pas mal en un siècle bête.

Et aujourd’hui ? Jean Echenoz, probablement le plus grand écrivain français vivant, n’est jamais invité chez Ruquier — ce lieu de toutes les élégances de l’esprit. Ni chez Ardisson. Ni chez Nagui. Vous imaginez, Echenoz chez Cyril Hanouna ?

Et nous apprenons incidemment que le Quotient intellectuel serait en baisse globale — la faute aux pesticides, aux nano-particules, à Philippe Meirieu et autres catastrophes. Cela ne nous laisse guère d’espoir sur les discussions intelligentes du siècle à venir — sauf agitation fécondante sur Sirius ou bonnes intentions des myriapodes de Bételgeuse.
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jeudi, juillet 12, 2018

La parité, c'est bien ... parce que c'est bien.

Conversation entre pilotes : Air France préfère embaucher des femmes, à cause de la parité.

Je laisse la conversation se développer, puis, sournoisement, je profite d'un creux pour glisser :

_ Mais pourquoi Air France préfère embaucher des femmes ?

_ Bin, on te l'a dit : à cause de la parité.

_ Oui mais pourquoi ?

_ (silence interloqué).

Je reprends : _ Pourquoi la parité c'est bien ? Pourquoi c'est bien d'avoir la parité dans un cockpit ?

_ (long silence gêné, que j'ai savouré autant que Pascal celui des espaces infinis)

Rappel à la loi

Simple rappel à l’ordre pour un vol de camion de pompier : une étincelle de laxisme judiciaire dans un baril de poudre régalien

Des solutions efficaces existent pourtant (ce dessin est intitulé Efficacité. Les méthodes de Marsault sont comme son humour : simples et de bon goût) :








mardi, juillet 10, 2018

Comprendre l’imbroglio du Brexit

David Davis, ministre du Brexit, vient de démissionner, suivi par Boris Johnson et quelques autres. Cela peut paraître compliqué, mais c’est en fait très simple.

Pour comprendre, il faut revenir à l’opposition du brexiter Peter Hitchens au référendum.

Son argument était clair et fondamental : dans le régime parlementaire britannique, le référendum ne sert à rien (il n’a pas force de loi), la seule manière d’imposer une politique, c’est qu’un parti la propose aux électeurs et qu’il gagne les élections. Ce n’est pas le cas du Brexit puisque UKIP, le parti qui le proposait, n’a jamais été en mesure d’obtenir une majorité.

Après le référendum, les deux principaux partis ont inscrit le Brexit dans leurs programmes électoraux, sans trop de détails. Tout simplement, ils n’y croient pas.

D’où la situation actuelle :

1) Les Britanniques ont voté pour le Brexit par référendum à une majorité assez confortable.

2) Ils ont envoyé au parlement des gens qui, en majorité, ne croient pas Brexit, voire sont de farouches opposants.

La majorité des parlementaires (et la majorité du gouvernement May) meurent d’envie de désavouer le référendum, mais ils ne peuvent le faire que de biais, sans que cela se voit trop (sinon, ils désavoueraient à la fois le référendum et leurs propres programmes. C'est embêtant, mais il n'y a rien là qui terrifie à l'excès un politicien moderne), d’où le sac de nœuds. La situation est inextricable et cela ne peut que mal finir.

Les Brexiters espèrent que Barnier et son orchestre seront tellement abrutis qu’ils finiront par faire basculer les mous dans leur camp. Ce n'est pas impossible, mais quand on en est à compter sur les fautes de l’adversaire …

En attendant, les Brexiters se rassurent comme ils peuvent, en se disant que des gens qui ont vaincu Napoléon et Hitler ne sont pas impressionnés par Michel Barnier. Hélas, en réalité, l'ennemi est intérieur.


lundi, juillet 09, 2018

UE, Euro : la déliquescence plutôt que l'explosion

Des scénarios crédibles de fin de l'UE et de l'Euro commencent à apparaître et certains de leurs éléments sont déjà en action.

UE : aucune sortie formelle, mais des pays qui choisissent de plus en plus d'en faire à leur tête. Qui participent à telle action commune, mais pas à telle autre. Qui transposent les directives à leur façon. Qui financent à géométrie variable. Qui reprennent leur parole, etc. Et le cercle vicieux s'auto-entretient : moins les pays participent aux actions communes, moins cela vaut le coup de faire l'effort d'y participer. Le bilatéralisme revient. Tuant de fait l'UE.

Euro : c'est plus dur, mais, là encore, un scénario graduel se met en place. Sous le choc de la prochaine crise, des pays s'affranchissent de plus en plus des règles communes, jusqu'au jour où l'un d'eux introduit une monnaie parallèle.

dimanche, juillet 08, 2018

Leçon d'immigration japonaise

Réflexions sur les époux Shoji

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Nous avions oublié ce que cela pouvait être qu’un comportement respectueux de la loi et de l’autorité. Dans un pays où chaque décision fait désormais l’objet d’une contestation de plus en plus bruyante et vulgaire, souvent appuyée sur des affects qui n’ont que peu à voir avec le bien commun, il semble presque invraisemblable qu’on puisse attribuer à un jugement public une objectivité et une légitimité qui dépassent le ressenti personnel que chacun peut avoir. C’est pourquoi j’ai ressenti une surprise assez peu commune en lisant, à la fin d’un article concernant le cas des époux Shoji, vignerons japonais menacés d’expulsion dans le cadre de procédures tatillonnes comme la France sait les inventer, que les intéressés déclaraient : « Si la France ne veut pas de nous, alors nous partirons. »

Pas même une tentative de plaider sa cause, de se révolter verbalement contre ce qui est, de toute évidence, une injustice invraisemblable : M. et Mme Shoji se savent étrangers sur le sol français, et savent, eux qui viennent du Japon, qu’on ne saurait contester à un pays sa légitimité à décider qui peut résider sur son sol : que ce droit de chaque pays relève de la raison d’état, et dépasse, dans sa visée qui est le bien commun, les particularités relatives à chaque individu qui demande un titre de séjour. Ils savent que la collectivité a sa légitimité propre, et qu’elle ne saurait se plier aux exigences personnelles de tout un chacun sans s’abolir dans son principe-même ; ils savent aussi qu’une collectivité est avant tout un ordre naturel, qui prend, qui a presque toujours pris, racine dans l’appartenance à un même peuple, à une même identité généalogique. Et que par-là, un Japonais ne sera jamais chez lui en France, en Catalogne, à Banyuls-sur-Mer, que s’il est accepté par la communauté installée là depuis des siècles, et qui connait ses propres besoins et ses propres capacités d’accueil. M. et Mme Shoji se sont donc, dignement, contentés de se soumettre au jugement qui devait être rendu par les autorités françaises.

[…]

Comment ne pas s’interroger sur l’incohérence qu’il y a à ergoter sur la faisabilité de l’expulsion d’individus dangereux, qu’ils soient des djihadistes ou tout simplement des caïds violents, pendant que la préfecture de Perpignan invoque des motifs lunaires, comme l’ont rapporté les journaux, pour refuser un titre de séjour à un couple aussi exemplaire ?

[…]

Reconnaissant spontanément la valeur de la contribution de ce couple qui s’est si admirablement intégré à elle, la communauté locale (leurs clients, des confrères vignerons, peut-être des voisins) s’est elle-même dévouée pour protéger ceux qu’elle considère désormais à raison comme les siens, contre les abus d’autorités distantes et vraisemblablement animées par des vues peu louables, en tout cas incompréhensibles. Ici, c’est le collectif qui a pris soin de l’un de ses membres, et qui, en protégeant un des individus qui le composent, a permis de rétablir un ordre juste en son sein. Pour une fois, l’autorité n’a pas cédé au tapage organisé autour de l’individualité devenue centre de l’attention moderne, elle a concédé à une communauté locale ce que celle-ci demandait pour l’un des siens mais aussi et surtout pour elle-même. L’ordre politique, dans une France qui marche beaucoup sur la tête en ces temps étranges, semble, brièvement, furtivement, avoir fonctionné comme il se doit, et rétabli un semblant de raison.
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C'est marrant, les medias du Système d'habitude si prompts à monter en épingle les cas d'expulsion individuelle pour nous faire la morale sont restés bien silencieux sur cette affaire. Seraient-ils racistes ? J'en ai bien peur.

Il est vrai que les Japonais sont le produit d'une haute civilisation. On ne peut pas en dire autant des journalistes du Système et de leurs protégés, d'où une certaine incompréhension, cela les dépasse.






Crise de 2008 : nouveau monde ou dernière crise du XXème siècle ?

Adam Tooze (dont j'explore en ce moment le blog) prépare un livre sur le changement de monde économico-financier. Je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout de son précédent (The wages of destruction) pourtant passionnant (1), mais trop abscons.

Tooze remarque que la crise de 2008 est la faillite de la macro-économie classique et des comptes nationaux. En effet, la crise n'est absolument pas venue des déséquilibres entre nations (déficit budgétaire américain, excédents allemands et chinois, ...) comme s'y attendaient à tort les macro-économistes.

La crise est venue du système financier mondialisé qu'il est impossible d'analyser correctement à travers les comptes nationaux. Une banque peut avoir des actifs à New-York et des dettes à Hong-Kong, les deux interagissent d'une manière que ne peuvent pas prendre en compte les agrégats nationaux (PIB, balance commerciale et compagnie).

Il émet donc deux hypothèses de travail :

1) Le schéma classique « L'économie "réelle" provoque une crise financière qui en devient le symptôme aggravé » est devenue faux. La crise de 2008 est une crise de financiers entre eux qui s'est transmise à l'économie "réelle", et non l'inverse.

2) Ce qui compte, ce n'est pas la macro-économie entre nations mais les relations entre ensembles économiques indépendamment des frontières (relations des assureurs avec les banques par exemple). Il propose donc d'inventer une nouveau terme : « macro-finance ».

C'est nouveau. Mais c'est aussi l'ancien monde, celui de Bretton Woods : cette internationalisation de la finance qui se rit des frontières pourrait bien être à la fin de son histoire et non à son début.

Si, comme on leur en prête l'intention, la Chine et la Russie détrônent le roi-dollar, les comptes nationaux retrouveront leur importance classique.


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(1) : sa thèse est que le calendrier hitlérien a eu comme fil directeur les contraintes économiques. En 1939, la politique allemande de réarmement atteignait ses limites, il fallait entrer en guerre avant que les Alliés ne rattrapent leur retard. Une fois la France soumise et exploitée, il était nécessaire de conquérir les ressources russes pour faire face aux empires britannique et américain.