samedi, janvier 16, 2021

Le COVID de 2020 moins mortel que la grippe de 2017 (à voir, méditer et rediffuser)

J'ai déjà essayé de travailler sur les données brutes de l'INSEE, c'est galère. Le mec a du y passer un temps fou. C'est sympa quand il y a des gens qui bossent à votre place !


vendredi, janvier 15, 2021

Le triple naufrage américain

 La victoire électorale par fraude du duo Biden/Harris (qui est en réalité une victoire du pouvoir chinois) est un triple naufrage :

1) Naufrage de la classe intellectuelle américaine.

La liste des qualificatifs péjoratifs qu'elle mérite est interminable : bête, méchante, cruelle, sectaire, raciste (pro-noir), violente, intolérante, inculte, menteuse, tricheuse, méprisante, hautaine, caricaturante, malhonnête ...

Les pires craintes d'Alan Bloom sont devenues réalité.

2) Naufrage du parti républicain.

Les trois-quarts des élus ont préféré trahir le peuple et la nation et rallier leur classe sociale, mondialiste et pro-chinoise. Ne pas faire de vagues dans leur milieu plutôt que de faire leur devoir.

Les fraiches élues Marjorie Taylor Greene et Lauren Boebert sont folkloriques mais elles sauvent l'honneur.

On dit souvent que les Américains n'ont pas à craindre la tyrannie parce qu'ils sont armés. C'est faux : des hommes armés sans organisation sont des individus isolés, ils n'ont aucun poids politique, c'est comme s'ils étaient désarmés.


3) Naufrage du fédéralisme

Que le pays le plus puissant du monde (plus pour très longtemps) soit incapable d'organiser un scrutin sincère et de rectifier les choses en cas de fraude est une honte abominable pour l'Amérique, dont rien ne pourra la relever avant de longues années.

Un naufrage de cette magnitude, c'est l'échec collectif de tout un peuple.

samedi, janvier 09, 2021

Le Beaujolais nouveau est arrivé (R. Fallet)

René Fallet de 1975. Fallet, toujours un bonheur de finesse, de tendresse et d'humour.

Quatre preux chevaliers de la chopine :

> Captain Beaujol. Ancien sergent-chef de la coloniale, à l'intendance. Il n'a jamais vu l'ombre d'un « niakoué » ni d'un « bique ». Sa terreur secrète est l'irruption d'un ancien de son régiment qui dévoilerait la potée de roses à ses compagnons d'hydratation, qui vibrent au récit, tout en pudeur, de ses exploits guerriers. Connu pour son goût des nectars de la côte mâconnaise.

> Adrien Camadule. Retraité, pêcheur et brocanteur à ses heures. Philosophe de comptoir.

> Poulouc. Jeune très prometteur. A vingt ans, il a déjà compris que le travail est une sale maladie qu'il faut éviter comme la peste. Officiant comme promeneur de chiens, il drogue la pâtée de ses ouailles afin de passer la journée au bistro.

Sa mère est la maitresse sado-maso de quelques notables du quartier, dont le curé. Ce hobby original et rémunérateur fournit matière à moults propos hautement éthylo-métaphysiques.

> Paul Debedeux. Cadre moyen dans une entreprise moyenne (Bang Bang Aéronautique), de plus en plus fatigué par son épouse moyenne et par sa maîtresse moyenne, il se réfugie au bistro avec ses copains.

La crise existentielle de Debedeux a été déclenchée lorsque son patron lui a demandé poliment des nouvelles de son épouse et qu'il a lâché, par trop-plein, « Elle m'emmerde » (le néo-féminisme et le combat intersectionnel, ce n'est pas trop le truc de Fallet).

Le lieu de rendez-vous de cette fière chevalerie vineuse, le temple de la boisson revigorante, le fort Vauban du jus de la treille, c'est Le Café du Pauvre (humour bien de Fallet).

Je ne vais pas tout vous raconter. René Fallet, ça se lit. On le trouverait en livre de poche pour trois francs six sous si on ne comptait pas dans les inflationnistes euros.

Je vous retranscris les ultimes phrases du livre, qui ne dévoilent pas les aventures de nos quatre héros et montrent qu'une fois de plus, Fallet est visionnaire :

A l'emplacement du scandaleux Café du Pauvre, la municipalité aménagea un espace vert.

De grands écriteaux signalaient aux habitants des nouvelles résidences qu'il était interdit de marcher sur les pelouses et, plus encore, de piétiner les plates-bandes.


lundi, décembre 14, 2020

Ils détestaient De Gaulle (F. Broche)

 L'auteur, un gaulliste, dresse la longue, très longue, liste des anti-gaullistes.

Je saisis mieux ce qui me sépare d'eux :

1) le style : je suis un admirateur de Jeanne d'Arc. Ce que le gaullisme a de fou et d'excessif, et même de grandiloquent, ne me gêne pas. Les raisonnables et les raisonneurs m'emmerdent.

De plus, le gaullisme est éminemment populaire. Comme Jeanne d'Arc ! Au moment où la cour l'abandonnait, les Français priaient pour elle. Au moment où la  bourgeoisie du Figaro et le bourgeoisie du Monde communiaient dans la haine de De Gaulle, le peuple votait pour lui.

L'anti-gaullisme relève d'un snobisme petit-bourgeois ou d'un dandysme grand-bourgeois, aucun des deux n'est populaire. C'est rigolo cinq minutes, parce que certains anti-gaullistes ont du talent, mais c'est au fond puant.

2) la politique : refuser le gaullisme, d'accord, mais pour quelle politique alternative ? C'est très simple : la soumission, soit à Washington, soit à Moscou. Les plus honnêtes l'assument. L'anti-gaullisme rassemble ceux qui pensent que la France ne mérite pas l'indépendance. La Suisse, le Bénin, le Mali, oui ; la France, non.

L'objection à cet argument qui revient souvent : « De Gaulle a fait entrer les loups communistes dans la bergerie de la fonction publique, spécialement de l'éducation et nous sommes américanisés comme jamais. L'action de De Gaulle a donc été au mieux vaine, plus probablement néfaste. L'indépendance gaulliste est une illusion, pour ne pas dire une escroquerie ».

Cet argument est fallacieux (sauf peut-être sur l'éducation nationale, parce que le problème est plus tardif et qu'il aurait sans doute pu faire autrement) :

1) Même en admettant que De Gaulle aurait échoué, l'objectif de l'indépendance nationale est louable. Cela renvoie dans leurs buts ceux qui ne songeaient qu'à se trouver un maître.

2) Le jeu de bascule entre les Américains et les Soviétiques était le seul possible pour garantir cette indépendance nationale.

3) De Gaulle est responsable de beaucoup de choses mais tout de même pas des décisions de ses successeurs.

Dans sa galerie de portraits, François Broche égratigne particulièrement un anti-gaulliste tiède : Raymond  Aron.

D'ambiguïté en ambiguïté, de finasserie en finasserie, à force de se vouloir raisonnable et pondéré, d'excès de subtilité en excès de subtilité, de réserve en réserve, Aron rate ce que les événements imposent de radicalité dans les choix et passe pour un imbécile.

Je trouve ce portrait au vitriol très mérité : depuis longtemps, Aron me paraît une fausse valeur. Le centrisme est toujours un naufrage intellectuel et une trahison nationale.

Je me sens plus à l'aise avec un anti-gaulliste farouche : au moins, lui croit en quelque chose.

Cependant, le recul du temps est cruel pour les anti-gaullistes. Il faut bien considérer le monceau hallucinant des conneries empilées par les anti-gaullistes : Franco, Hitler, fasciste ... Ils n'ont pas dit que De Gaulle mangeait des enfants au petit déjeuner mais c'est juste un oubli.

Et puis, on retombe toujours sur le même problème : l'anti-gaullisme, c'est la soumission nationale. Les anti-gaullistes répondent à cela que l'indépendance nationale gaulliste est une illusion et que de toute façon, les nations, c'est dépassé.

Quand je vois comment les vieilles nations reviennent (Russie, Chine, Inde, Corée, etc), 50 ans après la mort de De Gaulle, je me dis que le discours des anti-gaullistes vieillit mal.

Le principal défaut de De Gaulle était de ne pas être un séducteur, à la Jules César ou à la Bonaparte. il était ingrat et cassant (« Je ne respecte que ceux qui me résistent. Malheureusement, je les supporte pas. » Il faut faire la part à l'humour de cette citation). On a glosé sur le fait qu'aucun de ses officiers de la 4ème DCR ne l'a rejoint à Londres.

Mais De Gaulle avait pour lui la profondeur historique. Cela rendait ses ennemis éphémères, futiles, mesquins et c'est bien ainsi qu'ils apparaissent aujourd'hui et ils tombent dans l'oubli, même Mitterrand malgré ses deux mandats présidentiels. L'anti-gaullisme est toujours, au fond, une trahison de la nation française au nom d'intérêts particuliers.

Même le ressentiment des pieds-noirs, bien compréhensible, ne vole pas haut. Tout simplement parce que les pieds-noirs qui volaient haut ont compris tôt que l'indépendance de l'Algérie était inéluctable et ont fait leurs bagages avant les autres, discrètement, dans de bonnes conditions.

Les plus grotesques anti-gaullistes sont ceux de deuxième ou de troisième génération, que je rencontre quelquefois sur internet. Eux n'ont vraiment rien compris. La haine de De Gaulle est la haine d'une politique qui élève. On retombe toujours sur le fondamental du pétainisme : « Céder au voeu des Français de se coucher ».

Mais De Gaulle aussi tombe dans l'oubli, parce que la France acculturée oublie tout et n'a plus envie de rien (sauf qu'on la laisse mourir tranquille) comme les compagnons d'Ulysse mangeant les lotos.

Addendum : une petite crise d'antigiscardisme primaire, ça ne peut pas faire de mal (oui, le centrisme est le vichysme de temps de paix) :

samedi, décembre 12, 2020

Le roi tué par un cochon (M. Pastoureau)

Michel Pastoureau est spécialiste des représentations animales et des couleurs.

En 1131, le prince Philippe, « roi désigné » (en ces temps où la monarchie capétienne est mal assurée, le prince est couronné du vivant de son père), espoir de la monarchie et de ses parents, est tué par un cochon diabolicus.

Alors qu'il rentre de promenade ou de chasse (on ne sait trop) avec sa joyeuse bande de compagnons adolescents, un cochon vagabond des faubourgs de Paris se fout dans les pattes de son cheval, provoquant une lourde chute qui lui fracasse le crâne sur les pavés.

Dans les années qui suivent cette souillure initiale, les malheurs s'enchainent pour la monarchie capétienne : une croisade ratée, le remariage funeste d'Aliénor d'Aquitaine ...

Sous l'impulsion de Suger et de Saint Bernard, le culte marial est très fort. Les deux symboles de la Vierge sont le bleu et le lys. Suger dépense une fortune pour mettre au point pour sa basilique de Saint Denis le bleu verrier qu'on appellera « bleu de Chartres ».

A notre époque divagante où un archevêque de Paris fait un caprice pour marquer Notre-Dame de son empreinte avec des vitraux modernes, il n'est pas inutile de donner un repère : les vitraux représentaient la moitié du coût total d'une cathédrale. C'est dire s'ils n'étaient pas pris à la légère. Pensez y quand vous visitez une cathédrale (à Chartres, n'oubliez pas vos jumelles. Je ne serais d'ailleurs pas étonné que des suppôts de Satan y mettent le feu).

Dans les années 1140 (on n'a pas la date précise), il est décidé, cinq siècles avant le voeu de Louis XIII (dans des circonstances pas si différentes), de consacrer la France à la Vierge.

C'est donc tout naturellement que la monarchie a pris comme nouveaux emblèmes le bleu et le lys. Le bleu, c'est le ciel. Le lys, c'est la pureté marial et la fragilité christique. La France n'a pas pour symbole un léopard, un lion ou un aigle, ni une fleur avec des épines, mais une fleur pure et fragile.


jeudi, novembre 26, 2020

Après le suicide.

 Le suicide de l'Occident est acté. Même si la covidémence s'arrêtait immédiatement, les dégâts sont déjà historiques.

Or, la covidémence ne va pas s'arrêter, elle est sans fin, puisque nous avons admis que la liberté peut être sacrifiée pour une maladie banale. Le moindre rhume de travers suffira donc à justifier le grand n'importe quoi liberticide.

La tyrannie sanitaire s'installe, la vaccination obligatoire de fait et des restrictions débiles supplémentaires sont prêtes. Nous avons avons abandonné notre culture de liberté et notre prométhéisme.

Nous sommes coupables, nous sommes ridicules : la peur d'une maladie qui tue les vieux fragiles, ayant dépassé leur espérance de vie à la naissance, suffit à nous faire renoncer à vivre. Il y a déjà longtemps que nous étions habitués à avoir peur de tout et les jeunes ne sont pas les moins grotesques dans cette lâcheté généralisée (l'enfant-roi plus la télévision plus la fabrique du crétin).

Nous ne périssons même pas dans les flammes d'une bataille perdue avec l'empereur aux remparts. Nous nous éteignons comme des vieux égrotants qui ne savent plus parler que de leurs maladies et de leurs pilules. Le vocabulaire qui me vient à l'esprit est celui du carnaval, du Guignol, de la Commedia Dell'Arte.

Et après ?

La Chine et l'islam sont aujourd'hui les deux forces qui vont.

L'islam est bien malade de son inadaptation à la liberté occidentale. Comme nous renonçons à celle-ci, une de ses contradictions se trouvera mécaniquement résolue. Le glissement du masque au voile est tout naturel.

Je préfère encore la domination chinoise. Mais la Chine ne s'embarrassera pas de nous. Elle se contentera de veiller à ce que les ayatollahs qui nous dirigeront ne contestent pas sa suprématie.

Ne vous bercez pas d'illusion : la servitude n'est pas confortable. Il va y avoir des pleurs et des grincements de dents. Et des morts qui ne se relèveront pas à la fin de la pièce.


dimanche, novembre 22, 2020

Rallye Londres-Mexico, 1970. La classe.

 


L'incident (N. Lévine)

Le meilleur livre que j'ai lu sur la crise du COVID. Il faut dire que c'est aussi le seul, cela limite grandement la concurrence.

Nicolas Lévine est le pseudonyme d'un haut fonctionnaire, qui écrit souvent dans Causeur.

Le ton est pamphlétaire, acide. C'est assez réjouissant.

Les branques et les autres

J'ai un désaccord de fond : il moque le gouvernement d'avoir minimisé l'épidémie de COVID en son début, alors que je lui reproche d'avoir arrêté de la minimiser et de l'avoir exagérée. Mais nous tombons évidemment d'accord pour dire que nous avons un gouvernement de branquignols de premier ordre. Il rappelle certaines déclarations, qui se passent de commentaires, de Sibeth Ndaye.

Lévine est cruel. Je note des phrases comme « Il aime jouer au père de la nation, sauf qu'il n'y a plus de père ni de nation, à cause de l'idéologie qu'il défend avec ferveur ». Inutile que je vous précise de qui on parle.

L'auteur est particulièrement féroce pour les médecins, notamment pour les jeunes. Je suis entièrement d'accord : face à l'impéritie des politiciens (majorité et prétendues oppositions confondues), les Français se sont raccrochés aux médecins comme à des oracles. Réaction compréhensible mais stupide : la plupart des médecins (à quelques exceptions près : Raoult, Fouché, Perronne, Toussaint) sont cons comme des balais et lourds comme des enclumes. Les hommes qui ont fait les meilleures analyses tout au long de la crise, JD Michel et Toubiana, ne sont pas médecins.

Cette carence manifeste des médecins est assez facile à expliquer (sélection, formation, métier), ce n'est pas l'objet de ce billet.

Exécution en règle des people, genre Canet et Cotillard, grands donneurs de leçons devant l'éternel, qui courent se réfugier dans leur résidence secondaire dès l'annonce du confinement. Je connais des bobos qui ont fait de même : mon jugement n'en a pas été modifié, je les méprisais avant, je les méprise après.

Digression personnelle : ce COVID a été une remarquable ordalie et mon jugement a été globalement validé. Des gens que je méprisais ont confirmé qu'ils méritaient mon mépris et des gens que j'estimais ont bien agi. Peu de surprises : Bernard-Henri Lévy et Jean Quatremer en bien, NN Taleb en mal. Quelques belles découvertes : Mark Changizi, Martine Wonner, Louis Fouché, Nicole Delépine, Jean-Férédéric Poisson, Florian Philippot, Lionnel Lucca ...

Didier Raoult n'est pas une découverte (je l'avais lu avant).

Lévine, qui voit quotidiennement les politiques travailler, est encore plus féroce que moi (si c'est possible) sur la nullité crasse de ceux qui nous dirigent.

Les chinoiseries

Lévine remet à sa place, centrale, l'énorme responsabilité chinoise dans cette crise (que le virus soit naturel ou non).

Par une étude minutieuse de la chronologie, il montre que la Chine a contrecarré les efforts de contrôle de l'épidémie et répandu la psychose, ce qu'essaient de cacher nos corrompus jusqu'à l'os par la Chine (Raffarin bien sûr, mais, plus intéressant, Buzyn et Véran).

Trump, dont les imbéciles aiment tant se moquer, a parfaitement raison de parler de virus chinois.

Notre désindustrialisation et donc notre dépendance chinoise nous rendent serviles vis-à-vis des saloperies chinetoques.

Vous savez ce que j'en pense.

La vague

Lévine décrit une administration qui s'effondre, comme 1940. Des conseillers ministériels et des hauts fonctionnaires grassement payés qui s'enfuient dans leurs résidences secondaires, dans le Vecors ou ailleurs. Des petits fonctionnaires réfugiés dans leur banlieue qu'on essaie de faire revenir au travail en leur promettant des avantages.

Les couloirs de ministères vides, où de temps en temps surgit un gratte-papiers affolé.

La conclusion de Lévine

C'est une crise du libéralisme (ne pas fermer les frontières) et du technocratisme (l'administration, à commencer par le gouvernement, a passé son temps à entraver les initiatives).

C'est une crise de l'apolitisme (« il n'y a pas d'alternative »). Les EHPAD ont été complètement abandonnés alors que nous sommes censés faire tout ça pour sauver les vieux.

C'est pourquoi Raoult les dérange tant : il a réagi comme un décideur à l'ancienne. Il ne s'est pas enfermé chez lui. On prend les problèmes à bras-le-corps, on se bat, on essaie, on se trompe, on corrige.

Ma conclusion

Lévine fait une grosse erreur d'analyse : il surestime de beaucoup la dangerosité du COVID, même s'il reconnaît que nous l'avons exagérée.

La crise du COVID est une énorme défaite collective de l'Occident, sans équivalent dans l'histoire. Pour nous Français, elle nous rappelle l'effondrement de juin 1940.

Cette crise est un triple effondrement :

1) psychologique : nous n'avons pas maitrisé notre peur de la maladie à un point qui fait de nous des clowns. Nous avons immédiatement baissé les bras et nous nous sommes enfermés chez nous au lieu de nous battre. Nous ne maitrisons toujours pas cette peur. Nous sommes grotesques, ridicules, avec nos masques et nos confinements.

2) intellectuel : l'incapacité à mettre les choses en perspective est rageante. Dès mars 2020, nous avions tous les chiffres pour juger que l'épidémie de COVID était moyennement grave, sans plus.

3) les gouvernements occidentaux (exception faite de la Suède) se comportent à la fois avec incompétence, morgue et méchanceté. Les peuples se sont laissés faire et ils se laissent toujours faire. Cette lâcheté politique est le pendant de la lâcheté face à la maladie. Quand je croise un autre démasqué, nous échangeons un regard, mais que nous sommes peu nombreux !

jeudi, novembre 19, 2020

L’abandon des commerçants et ses conséquences

 



Philippe Silberzahn

philippesilberzahn.c...

Ancien entrepreneur, Philippe Silberzahn est professeur à EMLYON Business School et chercheur associé à l’École Polytechnique. Il écrit sur l’innovation, l’entrepreneuriat et la stratégie face à l’incertitude.



L’histoire ne progresse pas linéairement. Les dégâts que nous infligeons à la société en ce moment vont détruire des fondations économiques, sociales et politiques de manière durable.


[…]


UN DÉSASTRE SOCIAL

Mais il n’existe pas non plus de société vivante sans économie forte. En tuant les commerces, le confinement est également un désastre social. En effet, le commerce c’est la vie, même si celle-ci n’est pas réductible au commerce. N’importe quel maire vous dira que sans commerce il n’y a pas de centre-ville, et que sans centre-ville il n’y a pas de ville. La ville est le centre du pouvoir mais aussi le lieu du marché. Ce dernier n’est pas juste un lieu de création de richesse, c’est aussi un lieu de sociabilité.

Au-delà des drames personnels des commerçants qui perdent tout, la destruction en cours des commerces est donc aussi une destruction sociale de grande ampleur dont les effets seront considérables. C’est une destruction de la classe moyenne, et si l’histoire nous apprend quelque chose, c’est qu’une telle destruction se termine toujours mal politiquement.

UNE SITUATION QUI RAPPELLE LE MONDE FÉODAL

Car au-delà des conséquences économiques, sanitaires et sociales calamiteuses, il y a également une conséquence politique et morale. Car dans cette affaire les décideurs ne sont pas les payeurs. Ceux qui décident de telles mesures et ceux qui les soutiennent n’ont pas à subir de conséquence personnelle du confinement : ils peuvent travailler depuis chez eux, leur salaire et leur retraite ne seront pas affectés.

Les cadres supérieurs des grandes organisations sont dans le même cas. En particulier en France, les grandes entreprises du CAC40 sont très liées à l’État et savent bien se protéger du marché, par des pratiques oligopolistiques, ou par l’obtention de subventions, commandes d’État et autres optimisations fiscales, et leurs employés n’ont guère à craindre les conséquences économiques de la situation actuelle, du moins à court terme.

Émerge ainsi un système dual : d’un côté un groupe largement protégé des conséquences économiques et sociales du confinement, et qui a donc intérêt à pousser la sécurité sanitaire au maximum, pour ainsi se donner bonne conscience d’avoir protégé la vie de « nos anciens », et de l’autre, un groupe qui subit directement ces conséquences et qui est abandonné à lui-même.

Le premier défend sa cause 24 heures sur 24 sur les plateaux TV, tandis que le second est largement invisible, à part peut-être au travers d’un témoignage enregistré de quelques minutes çà et là, qui tire une larme de crocodile aux experts présents sur le plateau. Dans ce groupe on compte les commerçants et les indépendants, mais aussi tous les employés directement au contact du marché, notamment ceux des petites structures.

Le débat public est donc entièrement focalisé sur ce qu’on voit, des malades Covid en souffrance et des services hospitaliers surchargés, dont les représentants ont voix au chapitre, et ignorent presque totalement ce qu’on ne voit pas, des milliers de gens qui vont dépérir voire mourir en silence ; ce sont les intouchables de la société française, à qui l’on distribuera quelques aumônes, pour se donner bonne conscience, mais qu’on laissera largement à leur sort.

Il n’est pas certain qu’ils l’acceptent facilement et le sentiment d’injustice ne peut que renforcer le caractère explosif de la situation dans un pays qui a mis l’égalité sur un piédestal.

Et donc, par un étrange retour de l’histoire, se reconstituent les trois états de l’ancien régime : une classe de fonctionnaires et de cadres du grand secteur privé, qui vit largement protégée du marché grâce à des rentes offertes par les oligopoles garantis par l’État, une classe cléricale de journalistes, de médecins et d’intellectuels qui fournit un cadre moral à la classe protégée, et enfin le tiers-état, classe laborieuse faite d’indépendants, de chefs de petites entreprises et d’employés du secteur privé non protégé directement soumis aux aléas du marché.

En temps normal, lorsque le marché fonctionne bien, la classe laborieuse peut accepter son sort, et le système fonctionner. Mais nous ne sommes plus en temps normal, nous sommes en crise, et le propre des crises est de révéler les fragilités d’un système et d’en saper la légitimité. Nous y sommes.

AU BORD D’UNE NON-LINÉARITÉ

Et nous y sommes d’autant plus que toute la gestion de la crise actuelle repose sur un modèle mental, celui du mauvais moment à passer. On va sauver des vies, l’économie va souffrir, mais pour ce qui concerne cette dernière, « c’est rattrapable », comme le disait un médecin avec une arrogance et une suffisance dignes de l’ancien régime.

Non, la perte d’un commerce, travail de toute une vie, ce n’est pas rattrapable ; ça ne l’est pas pour ceux qui ont tout perdu, revenus, retraite, estime de soi, sens de la vie. Certes, c’est dommage pour eux, mais c’est rattrapable globalement, car l’économie va repartir et tout sera oublié ? Mais rien n’est moins sûr.

L’histoire ne progresse pas linéairement. Les dégâts que nous infligeons à la société en ce moment vont détruire des fondations économiques, sociales et politiques de manière durable.

Penser que tout va repartir naturellement dès qu’on aura passé le cap du confinement, c’est faire preuve d’un optimisme déraisonnable. Il est donc possible que nous soyons entrés sans le savoir dans une période de changement profondément non linéaire, c’est à dire révolutionnaire. Autrement dit, la crise de la Covid, loin de se terminer, ne fait peut-être que commencer.

jeudi, novembre 12, 2020

La panne d'intelligence stratégique (B. Jarrossson)

 Livre acerbe sur la panne d'intelligence stratégique des Européens entre 1888 et 1957 (1957 car l'auteur croit qu'en 1958 l'Union Européenne a sauvé la paix).

Et il conclut (pensée ô combien originale) que les hommes de 2020 sont des imbéciles, aveugles à la catastrophe climatique qui vient.

J'ai bien rigolé devant tant de poncifs (1). Je me suis dit que l'auteur aurait été moins ridicule s'il avait été plus mesuré dans ses critiques (souvent justes) des hommes du passé : quand on tombe soi-même dans les illusions du présent, on se retient un peu quand on critique les hommes qui sont tombés dans illusions du passé.

Une fois que plus, je constate que bien peu d'hommes savent faire bande à part, même quand ils le proclament. C'est sans doute une question de caractère plus que d'intelligence.

Nul homme n'est complètement exempt de rechercher sa validation par d'autres hommes, mais, suivant son caractère, cette validation prend plus ou moins de place et choisit avec plus ou moins de discernement les valideurs.

Pour ma part, je peux compter sur les doigts d'une main les hommes dont la désapprobation me chagrinerait. C'est une grande sérénité.

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(1) : je rappelle qu'il n'y a aucune preuve que le réchauffement climatique soit d'origine humaine. Un mensonge répété un million de fois ne fait pas une vérité.

De plus, l'idée même que le réchauffement climatique soit universellement néfaste ne repose sur rien d'autre que des élucubrations apocalyptiques.