mercredi, novembre 24, 2021

Peste & cholera (P. Deville)

A notre époque maudite, où les psychopathies des charlatans diplômés de médecine à la Delfraissy, Dab, Deray, Lacombe, Pialoux, sans oublier Véran ... nous explosent au visage, ça fait du bien de lire ce roman biographique sur Alexandre Yersin (pas très roman, plutôt biographie). Un vrai médecin et un vrai chercheur, lui, pas un hurluberlu à l'ego comme une montgolfière.

L'épopée des pasteuriens les Roux, Calmette, Simond, Yersin est extraordinaire.

Yersin, coopté par le vieux Pasteur lui-même, qui fait une découverte majeure sur la tuberculose à 27 ans et s'en va parce que les voyages l'attirent.

Yersin, médecin de marine, parce qu'il ne tient pas en place.

Yersin qui explore l'Indochine parce qu'il n'y a pas que la médecine dans la vie.

Yersin, qui se retrouve avec la lance d'un bandit plantée dans la poitrine et qui donne les instructions médicales qui lui sauvent la vie avant de s'évanouir.

Yersin, qui débarque en pleine peste à Hong-Kong, que les Anglais n'aident pas parce qu'ils préfèrent les Japonais. La course parce que tout le monde sent bien que c'est la dernière chance d'atteindre la gloire en isolant le bacille de la peste.

Yersin qui découvre en trois jours le fameux bacille sur un cadavre volé alors que les Japonais s'acharnent vainement depuis des semaines malgré l'aide officielle. Les Japonais cherchaient dans le sang et les organes, Yersin est allé directement au bubon, mélange de chance et de génie.

Yersin qui teste à Paris tous les animaux qui lui tombent sous la main, avant de mettre au point le serum de cheval (d'où l'expression « remède de cheval » ?)  contre la peste.

Yersin, le premier cycliste d'Indochine, le premier motocycliste, le premier automobiliste (une Léon Serpollet 5 CV), le premier directeur d'hôpital (il faut dire qu'il en est le fondateur). Il s'intéresse à l'avion, mais comme il serait condamné à tourner en rond au-dessus de son unique piste, il abandonne.

Yersin, qui allie sens pratique et expérimentateur génial : il se dit que le caoutchouc a de l'avenir, il plante les premiers hévéas d'Indochine. Les revenus de la sa plantation alimenteront pendant des décennies son hôpital et l'antenne de l'institut Pasteur qu'il ouvre.

La première guerre mondiale réserve la quinine (vous savez, dont l'ignoble hydroxychloroquine est dérivée) aux combattants. Qu'à cela ne tienne, Yersin fait venir un échantillon de la terre la plus productive de Java, en analyse la composition et fait faire des carottages dans un rayon de 100 km autour de chez lui pour trouver une terre similaire. Evidemment, comme il  est Yersin, il réussit et produit de la quinine.

Question caractère, Yersin est un ours. Vie sexuelle inexistante, pour ce qu'on en sait. Certains l'ont soupçonné de turpitudes, comme la pédophilie. Il semble tout bêtement que la bagatelle ne l'intéressait pas.

Sur le fin de sa vie, Yersin se remet au grec et au latin. Il traduit pour son plaisir Virgile, Cicéron, Salluste, Horace, Platon, Démosthène ...

Il meurt à 80 ans, en 1943, au Vietnam.

Le dernier fidèle à l'esprit pasteurien, même s'il ne fait pas officiellement partie de la famille, est Didier Raoult. Son IHU est mille fois plus proche de l'institut des origines que l'antre à petits fonctionnaires qui porte le nom de Pasteur à Paris.

vendredi, octobre 29, 2021

Chasser les juifs pour régner (J. Sibon)

Umberto Eco (auteur d'un roman caricatural (1) et néanmoins excellent sur une abbaye du moyen-âge) disait que la partie intéressante d'une bibliothèque était le tiers constitué de livres restant à lire.

A ma grande honte,  cet excellent ouvrage de Juliette Sibon est resté trois ans (la mémoire infinie d'Amazon fait foi) au premier rang de ma bibliothèque sans que j'y touche.

Le titre dit tout ou presque.

Les expulsions des juifs sont étudiées de Philippe Auguste à Louis XII.

La persécution des juifs n'était pas un fait d'Eglise mais une manière pour l'Etat naissant d'affirmer son autorité (et de récolter beaucoup d'impôts).

Le roi était celui qui déclenchait les persécutions, mais aussi celui qui les arrêtait (différence fondamentale avec la judéophobie moderne, style Hitler : la judéophobie de nos rois n'était pas totale et illimitée, pour la raison toute bête que, à la fin  des fins, on ne peut pas occulter que Jésus était juif).

On manque de documents sur ces questions sans qu'on comprenne bien pourquoi. Est-ce qu'on s'en foutait ou est-ce qu'on en avait honte ?

Les reproches faits aux juifs dans l'ère moderne sont doubles : religieux, le peuple déicide, et politique, le peuple apatride.

A partir de Philippe Auguste, le politique l'emporte progressivement et c'est une innovation : on dit traditionnellement que l'Etat médiéval chasse les juifs pour des raisons financières, pour les spolier. Juliette Sibon montre que c'est faux ou partiel.

L'Etat médiéval chasse les juifs parce qu'il se modernise, parce que les notions de frontières administratives et de nationalité commencent à s'affirmer. L'expulsion du peuple apatride est une manifestation de cette affirmation.

La France a inventé l'expulsion alternative, comme les moteurs alternatifs : le roi expulse les juifs, mais avec des conditions plutôt favorables, et les rappelle assez vite. Comme s'il les expulsait à regret.

Le pot aux roses est le suivant : chaque fois qu'il expulse les juifs ou les rappelle, le roi s'immisce dans le domaine de ses vassaux, puisque les édits d'expulsion ou de rappel ne sont pas limités au domaine royal, ils s'appliquent à tout le royaume (pas tous, on sent une hésitation, une prudence).

Autrement dit, ce va-et-vient des juifs est une manière détournée pour le roi de France d'imposer son pouvoir à ses vassaux un peu trop indépendants, de sortir de la féodalité et de se diriger vers la centralisation administrative.

Thèse innovante. Comme quoi, 800 ans après, on peut toujours apporter de nouveaux éclairages.

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(1) : si vous voulez une image plus juste du moyen-âge, lisez Régine Pernoud.

mercredi, octobre 27, 2021

La montée d'Hitler, hasards, complaisances, complicités (P. Renoux) ...

Un billet un peu long mais l'ouvrage le mérite.

Comme la plupart des auteurs, Philippe Renoux sous-estime Hitler, notamment le Hitler de la défaite (1).

Pourtant, cette faute de jugement n'affecte pas la pertinence de son livre : d'une part, il ne sous-estime pas trop Hitler lors de sa montée au pouvoir, d'autre part il a une vision juste des responsabilités.

Les responsabilités

L'Allemagne est coupable de la seconde guerre mondiale. Mais les responsables sont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

La Grande-Bretagne, de 1918 à 1938, par une conception anachronique de l'équilibre continental, a systématiquement favorisé le rétablissement allemand au détriment de la sécurité de la France.

Cette responsabilité là est écrasante.

Les Etats-Unis ensuite. Contrairement à ce que croient les béotiens, le principal agent américain en Europe n'a jamais été la Grande-Bretagne, mais l'Allemagne (beaucoup d'émigration allemande dans les années 1870. Le premier génocide allemand de l'ère moderne, ce sont les Indiens). Dès 1918, cela fut la politique constante des Américains de venir au secours de l'Allemagne (novembre 1918 : Pétain pleure de rage -imaginez la scène- quand Foch lui annonce que, sous la pression des Américains, Clemenceau annule l'offensive prévue en Lorraine).

Alors, certes, les boys sont venus se faire trouer la peau sur les plages normandes en juin 1944, mais c'est après que leurs dirigeants aient favorisé cette seconde guerre mondiale par leur politique et tiré tous les avantages stratégiques possibles de leur attentisme (les Etats-Unis ont attendu plus de deux ans avant d'entrer en guerre et ont superbement ignoré les suppliques de Paul Reynaud).

En 1939, dans un entretien, Churchill livre un propos rare mais qui, je pense, vient du fond du coeur : l'Amérique est coupable depuis 1918 d'avoir fait une politique qui favorisait la guerre ou, du moins, ne l'écartait pas.

Les nations n'ont pas d'amis, elles n'ont que des intérêts. Encore faut-il qu'elles sachent les identifier correctement. La Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Japon se sont gravement trompés sur leurs intérêts dans les années 30. La France a moins erré dans l'analyse de ses intérêts mais elle n'a pas su en tirer une politique.

Les Etats-Unis, la Russie et la Chine ont tiré les marrons du feu.

Et Hitler vint

Une fois ces responsabilités géo-politiques clairement établies, il est facile de démêler les circonstances de la montée d'Hitler.

Le caporal Hitler commence sa carrière politique à 31 ans, en 1919, comme propagandiste et commissaire politique (ce n'est tout à fait sa désignation, mais c'est bien sa fonction) au sein de la Reichswehr.

Cet appui de l'armée lui permet d'entrer en 1920 au Deutsche Arbeiterpartei (DAP, Parti des Travailleurs Allemands), d'en devenir le meilleur orateur, puis de le conquérir et de le transformer en Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP, traduction inutile).

 Ne jamais sous-estimer les qualités du moustachu, c'était un autodidacte brouillon, mais il a beaucoup lu, Gustave Le Bon par exemple (2).

Les industriels

Puis se furent les industriels, notamment Fritz Thyssen , rejoint sur le tard par Krupp (on remarque que Thyssen Krupp existe toujours).

Vu l'engouement de nos industriels pour la folie covidiste, vous ne serez pas surpris par l'attirance de leurs ancêtres pour le nazisme.

Après les industriels allemands, les étrangers, avec renvoi d'ascenseur.

N'oubliez pas que, comme disait Paul Valéry, la guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et s'entretuent, pour le plus grand profit de gens qui se connaissent très bien et ne s'entretuent pas.

Il est de notoriété publique que Ford, IBM et General Motors (filiale allemande : Opel) ont pleinement profité de la guerre côté allemand aussi (les bénéfices étant simplement abrités en Suisse, comme c'est pratique, les neutres).

Les camions Opel Blitz sont très appréciés de l'armée allemande et nul n'a la présence d'esprit de remarquer leur parenté avec les GMC : ah, que les gens sont distraits !

> Henry Ford, judéophobe rabique, fut décoré de l'ordre du grand aigle allemand. Son usine de Poissy produisit bien plus de camions pour l'armée allemande que les usines Renault de Billancourt, et Henry Ford, lui, ne finit pas sa vie en prison mais dédommagé de son usine bombardée par les Américains.

> Shell est un des premiers financiers du NSDAP.

> IBM n'a pas payé, mais beaucoup encaissé. Il y a eu une véritable mode des machines IBM chez les fonctionnaires nazis. La persécution des juifs est impossible sans le fichage généralisée de la population. Et qui a profité à millions de ce fichage ? Hé oui ... IBM, le Facebook nazi.

> Les industriels américains de la sidérurgie encouragent un cartel de l'acier (qui leur permet de tuer les petits concurrents) dont Hitler louera « la contribution extraordinaire au réarmement allemand ».

> Standard Oil of New Jersey, en apportant son expertise technique, permet à l'Allemagne d'atteindre la quasi-autarcie pétrolière, par transformation du charbon. A quoi les gens de SO pensaient-ils qu'allait servir toute cette essence, à une époque où la voiture était peu développée ?

> Genral Electric a déjà aidé Lénine à faire de l'idée « le communisme, c'est les soviets plus l'électricité » une réalité (il y a des affinités entre les Américains et les bolcheviques : la haine du vieux monde). Il récidive avec l'Allemagne.

> ITT fait des téléphones et des radios. Y a bon radios, pour l'armée allemande.

Wall Street

Remettons les choses en perspective.

Woodrow Wilson, le président qui en 1918 sauve l'Allemagne d'un juste châtiment et empêche la sécurité stratégique de la France, est l'homme de Wall Street.

Pendant ses 20 ans de carrière universitaire comme professeur d'économie, il a le soutien des financiers. En 1913, Wall Street pousse sa candidature (avec succès, hélas) pour éjecter le président sortant, William Taft, qui s'oppose à la création d'une banque centrale. Bien entendu, une de ses premières décisions est la création de cette banque, dans laquelle certains voient (avec d'excellentes raisons) la fin de la démocratie américaine.

Philippe Renoux se permet une digression fort intéressante sur l'histoire de la Federal Reserve, la Fed. S'il y a bien un domaine parsemé de complots à faire baver d'envie le « complotiste » le plus exigeant, c'est bien celui-là, jusqu'à nos jours (des membres importants de la Fed se sont enrichis par délit d'initiés à millions pendant le COVID, le Sénat enquête ... très lentement).

La création de la Fed résulte d'un complot, bien documenté, lancé par une réunion sur Jekyll (ça ne s'invente pas) Island.

On a de très solides raisons de penser (une quasi-certitude) que la crise de 1929 a été sciemment provoquée par les actionnaires de la Fed pour éliminer les gêneurs à leur pouvoir absolu (banques régionales, contre-pouvoirs politiques).

Avec les conséquences dramatiques que l'on connaît, mais qu'est-ce que les millions de gueux morts dans la seconde guerre mondiale pour un John Pierpont Morgan Jr, pour un Rockfeller, pour un Warburg ? Qu'est-ce que les millions de sans-dents victimes d'une campagne vaccinale empoisonnée pour un Bill Gates ? Ces gens ont un tel pouvoir sur nous que les esprits faibles ont besoin de croire qu'ils sont bons, mais c'est faux, toute leur vie professionnelle prouve qu'ils n'ont aucune barrière morale, qu'ils sont rendus littéralement fous furieux par trop d'argent et trop d'influence.

Revenons à Hitler. L'intrusion de Wall Street dans la politique, et en particulier dans la politique allemande, n'est donc pas un accident.

Les réparations

A travers les deux plans Dawes et Young, Wall Street obtient que le paiement des réparations allemandes soit privatisé. Cela entraine un conflit permanent avec la France, puisque, bien sûr, les financiers américains sont plus préoccupés des intérêts et des dividendes de leurs investissements en Allemagne que de payer son dû à la France.

A cette occasion, se font des montagnes de profits. Après la seconde guerre mondiale, il y aura bien des enquêtes sénatoriales dénonçant le rôle de ces financiers dans la montée vers la guerre mais aucune sanction.

On note que tous ces pieux libéraux font bien attention à tordre en leur faveur les lois du marché et recourent systématiquement à la corruption pour mettre le pouvoir des lois et des Etats à leur service. Face à de telles puissances d'argent, le libéralisme n'est qu'un argumentaire pour convaincre les moutons de se laisser tondre.

Wall Street + nazisme : l'ancêtre du Great Reset ?

Le transhumanisme mondialiste (le délire covidiste n'en est qu'une forme particulière) est le vrai néo-nazisme. Le nazisme politique a été purgé mais ses racines spirituelles et philosophiques demeurent : refus de la finitude humaine que la science est censée vaincre, croyance subséquente dans le surhomme.

Habilement, les nazis font miroiter aux financiers de Wall Street un monde futur débarrassé du bolchevisme où tous les surhommes du mode se donneraient la main pour régner sur les sous-hommes (ça ne vous rappelle rien ?). Certains auditeurs américains furent loin d'être insensibles à cette musique.

Des universitaires et des hommes d'affaires américains (dont Henry Ford) émettent l'idée (plus ou moins ouvertement) que l'Amérique doit soutenir la communisme et le nazisme (mélange contradictoire) car ce sont des idéologies universalistes, qu'elles permettent de se débarrasser du vieux monde et d'instaurer une gouvernance mondiale (peu importe la validité de l'argument, l'important est que certains y aient vu un motif d'aider les nazis).

Schacht

Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank, est dans les deux ou trois hommes qui ont le plus fait pour l’ascension d’Hitler, employant des moyens qui ne sont pas sans rappeler ceux de la Fed et de la BCE aujourd’hui.

Je n'ai pas envie d'entrer dans les détails techniques, mais sa contribution à la fois à l'ascension du nazisme et à sa politique belliciste une fois au pouvoir a été majeure.

Supérieurement intelligent, il a démissionné en 1943 et été acquitté au procès de Nuremberg, encore plus fort qu’Albert Speer qui a écopé d’une peine de dix ans de prison. Il finit sa vie, comme conseiller financier de pays du tiers-monde, tout à fait paisiblement, dans la prospérité et dans son lit.

Pourtant, ces deux « techniciens » étaient des rouages essentiels du nazisme (Speer, après l’accession au pouvoir. Schacht, avant et après), bien plus qu’un gardien de camp de concentration et auraient du être exécutés parmi les premiers. Toujours est-il que, par bien des côtés, Schacht n’est qu’un pion de Wall Street (comme la gourde Christine Lagarde à la BCE, sauf qu’elle ne comprend pas grand’chose au rôle qu’on lui fait jouer. Mario Draghi est plus de la trempe de Schacht).

La BRI

Le rôle de la Banque des Règlement Internationaux, la BRI, basée en Suisse, est aussi essentiel pour les transferts de fonds entre l’Allemagne nazie et Wall Street, y compris après l’entrée en guerre des Etats-Unis (jusqu’à aider la fuite vers l’Amérique du Sud de dirigeants nazis).

Il y a des réunions en Suisse qui rassemblent Américains, Allemands, Anglais, Suédois comme si de rien n'était.

En 1945, un rapport du Sénat américain demande sa dissolution. Cet avis n’est pas contesté frontalement, mais son exécution est repoussée à une date ultérieure (les salauds de haute volée sont méchants mais pas bêtes) : la BRI existe toujours et reste un important rouage de la politique mondialiste anti-démocratique.

Laissons le dernier mot au responsable américain de la dénazification économique, surpris qu'on arrête une blanchisseuse ex-nazie, mais pas son patron, gros industriel qui avait aidé Hitler de toutes se capacités : « Je devais bien constater que les forces qui m'entravaient dans mon travail ne venaient d'Allemagne qu'en apparence mais que c'est à Washington qu'était la source de la paralysie que je subissais. »

En guise de conclusion : les leçons pour aujourd'hui

Hitler n'a pas réalisé son ascension par hasard, il a été puissamment aidé, notamment par les Américains des grands groupes et des grosses banques, auprès desquels il a su jouer avec maestria.

Quelques leçons (qui sont miennes), assez évidentes :

1) La Fed est un danger mortel pour la démocratie (la BCE aussi). Cela a sans doute (entre autres) coûté à Trump sa ré-élection de s'être opposé à la Fed. Elle n'a jamais eu de scrupules à manipuler l'opinion (Walter Lippman a même théorisé que c'était un devoir).

2) Les monopoles et les trusts sont eux aussi des dangers mortels. Aujourd'hui, casser les GAFAM est une priorité absolue. Et j'ai bien peur que cela n'arrive pas.

3) La Grande-Bretagne a très bien intégré qu'elle n'a pas d'amis, juste des intérêts, mais il lui arrive de se tromper sur ceux-ci.

4) L'Allemagne est un cancer au centre de l'Europe. Le monde vit mieux quand l'Allemagne est divisée.

5) Les Etats-Unis d'Amérique ne sont pas notre ami. Ils se servent de nous autant que nous pouvons leur être utiles, tout en nous maintenant dans une situation de sujétion. Bref, une relation maitre-esclave.

Enfin, Renoux conclut par une mise en garde philosophique.

Comme toujours, les hommes font l'histoire mais ne savent pas l'histoire qu'ils font.

Ne soyons pas trop déterministes, mécanistes (« complotistes » comme disent les simplets des années 2020).

Oui, il y a des complots. Beaucoup. Mais les comploteurs ne sont pas des surhommes qui maitrisent tout. Il n'y a pas un seul complot surpuissant, mais plusieurs complots qui s'épaulent ou se concurrencent au gré des circonstances.

Les comploteurs des années 30 qui visaient un affaiblissement de l'Europe et l'hégémonie américaine ont gagné. Mais ceux qui rêvaient d'abattre l'URSS et de partager du monde avec l'Allemagne ont perdu.

Seule chose que les comploteurs ont tous gagné : de l'argent, beaucoup d'argent.

Allez, je vous remets la citation de Paul Valéry :

« La guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et s'entretuent, pour le plus grand profit de gens qui se connaissent très bien et ne s'entretuent pas. »

Dernier exemple en date : le laboratoire de Wuhan et les magouilles entre Chinois et Américains. Les gueux sont morts du COVID (pas tant que ça) dans cette guerre qui ne dit pas son nom, mais certains se sont fait un max de blé, dans les deux camps.


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(1) : contrairement à ce qu'ont raconté des généraux qui avaient l'immense avantage d'avoir survécu au désastre, les interférences d'Hitler dans les décisions militaires étaient loin d'être complètement idiotes. Elles avaient souvent une signification politique.

(2)  : « L'idée centrale de Hitler est simple : lorsqu'on s'adresse aux masses, point n'est besoin d'argumenter, il suffit de séduire et de frapper. Les discours passionnés, le refus de toute discussion, la répétition de quelques thèmes assénés à satiété constituent l'essentiel de son arsenal propagandiste, comme le recours aux effets théâtraux, aux affiches criardes, à un expressionnisme outrancier, aux gestes symboliques dont le premier est l'emploi de la force. Ainsi, quand les SA brutalisent leurs adversaires politiques, ce n'est pas sous l'effet de passions déchaînées, mais en application des directives permanentes qui leur sont données » (Les succès de la propagande nazie).

De sa vie, Hitler n'accepta jamais un débat rationnel ni contradictoire (même en privé) et ne parla que devant des auditoires acquis

mardi, octobre 05, 2021

La France n'a pas dit son dernier mot (E. Zemmour)

 

Livre auto-édité, qui n'a pas plus (et pas moins) de fautes d'orthographe que chez les éditeurs « sérieux » (les fautes de français deviennent une plaie chez tous les éditeurs).

C'est du Zemmour : agréablement écrit et cultivé.

Il est possible qu'il soit sincère quand il dit qu'il n'a pas pris sa décision (j'en doute franchement) mais c'est déjà le livre d'un candidat à la présidentielle.

Sa cruauté vis-à-vis de Bertrand et de Le Pen en réjouira plus d'un, il les exécute avec une anecdote et une conversation.

Tous ses portraits sont cinglants : il se libère. Il a changé de dimension. Il traite les politiques en égaux, il n'hésite plus à dévoiler des indiscrétions significatives pour montrer à quel point ils sont duplices.

Mais l'assassinat le plus cruel est anonyme (cependant les victimes se reconnaitront) :

[A propos de son procès de 2011] « Le président du tribunal est une femme ; le procureur également. La plupart des avocats de mes accusateurs aussi.

Sous leur robe noire en guise d'uniforme prestigieux d'une autre époque, elles portent des vêtements de médiocre qualité à l'étoffe fatiguée, sont coiffées à la hâte, maquillées sans soin ; tout dans leur silhouette, dans leurs attitudes, leur absence d'élégance, dégage un je-ne-sais-quoi de négligé, de laisser-aller, de manque de goût. On voit au premier coup d'œil que ces métiers -effet ou cause de la féminisation- ont dégringolé les barreaux de l'échelle sociale. Il flotte une complicité entre elles, proximité de sexe et de classe.

Je découvrirai tout au long des deux jours de procès avec une surprise mâtinée d'agacement que le procureur et les avocates des parties civiles sont à tu et à toi ; entre chaque interruption de séance, elles n'hésiteront pas à échanger confidences et plaisanteries, comme si elles prenaient entre copines un chocolat chez Angelina. »

On retrouve ses thèmes habituels, inutile de détailler.

Mes désaccords n'ont pas changé depuis des années :

1) Sortie de l'UE et de l'Euro. Zemmour pense que les Français n'ont pas assez confiance en eux pour l'assumer. Je pense que c'est une nécessité absolue.

2) L'assimilation. En 2021, c'est une chimère. La seule solution pour sauver la France est le rapatriement dans leur pays d'origine (je sais, pléonasme) des vrais étrangers et des faux Français.

3) Sujet plus récent, le délire covidiste. Zemmour a bien compris que c'est la mise en place d'une société de surveillance à la chinoise mais il ne veut pas en parler parce qu'il prétend que cette discussion est un leurre. Pour moi, c'est comme débattre de l'Allemagne en 1939 sans prononcer le mot « juif».

On peut lui faire l'aumône de l'hypothèse que, sur ces trois sujets, il montre une habileté tactique et que ses convictions réelles sont plus radicales. Il se pourrait qu'il garde l'offensive sur le COVID en réserve, en attente du moment où l'opinion aura maturée (je n'y crois guère, mais, s'il est aussi bien conseillé qu'on le dit, il est sûr qu'une discussion sur ce sujet a eu lieu avec son équipe et que sa prudence est très calculée).

4) L'étatisme. Je reconnais que, ces derniers temps, il a mis beaucoup d'eau dans son vin.

Sur le nucléaire et le gouvernement des juges, je suis évidemment d'accord.

mardi, septembre 21, 2021

L'illégitimité de la République (F. Bouthillon)

C'est le premier livre d'une série de trois, que j'ai malencontreusement commencée par la fin (Nazisme et révolution, histoire théologique du national-socialisme 1789-1989).

La thèse de Bouthillon est simple et puisante :

1) L'homme est à la fois chair (le local) et esprit (l'universel).

2) La légitimité (improprement baptisée contrat social) est ce qui fait que le pouvoir va de soi, que personne ne songe à contester son droit à décider. On conteste éventuellement ses décisions mais pas que c'est lui qui doit les prendre.

3) Le contrat social a été rompu en 1789, quand l'assemblée nationale s'est proclamée constituante, divisant la politique entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).

Cela créa une rupture définitive : il est impossible de revenir à l'ancien contrat brisé (désir de la droite) et impossible d'en créer un nouveau ex nihilo (désir de la gauche).

4) Pendant tout le XIXème siècle, les tentatives s'accumulent pour recréer la légitimité perdue en réconciliant droite et gauche, soit par un centrisme excluant les extrêmes, soit par un centrisme fusionnant les extrêmes. Gambetta, Ferry, Boulanger ...

Et chaque tentative échoue parce qu'il n'est pas plus possible de recréer la légitimité perdue que de refaire une porcelaine cassée.

Bouthillon a des mots très durs pour Zola et Clemenceau, qui, en politisant l'affaire Dreyfus au profit de la gauche, ont empêché que l'innocence du capitaine soit pleinement reconnue.

L'Union Sacrée de 1914 a permis de redonner un contrat social par une exaltation patriotique unanime et sublime. La victoire a scellé ce nouveau contrat social, mais cela le rendait aussi fragile que la victoire. Selon Bouthillon, cette victoire seule explique l'absence de pouvoir fasciste en France.

Bouthillon ne le dit pas (mais c'est sous-entendu dans sa conclusion), la montée des fascismes étrangers et la défaite de 1940 ont brisé, une fois encore, le contrat social.


dimanche, septembre 19, 2021

Nazisme et révolution, histoire théologique du national-socialisme 1789-1989 (F.Bouthillon)

Fabrice Bouthillon est l'auteur de l'excellent Et le bunker était vide ... .

Il conclut ses remerciements : aux  « syndicalistes étudiants minables » qui, par leurs blocages d'université, « m'ont presque tout appris du totalitarisme » (y compris la lâcheté des autorités et l'apathie de la foule). Pour vous dire combien l'homme est sympathique.

Il commence très fort : « Le nazisme est la réponse que l"histoire allemande a donné à la question que lui a posée la révolution française ».

Le centrisme extrémiste

Sa thèse, qu'il répète et affine de livre en livre, est que le nazisme est un centrisme, non par refus des extrêmes, mais par alliance des extrêmes (quiconque connaît l'histoire sait qu'il est idiot, ou malhonnête, de classer le nazisme exclusivement à l'extrême-droite).

Dans la même veine, il écrit sur l'illégitimité fondamentale de la république française et sur Napoléon en précurseur d'Hitler (Napoléon n'étant pas, de très loin, mon personnage historique préféré, ça ne me traumatise pas que Bouthillon en écrive du mal).

Pour Bouthillon, La fracture entre la gauche et la droite est irréconciliable : la création (impossible) d'un nouveau contrat social ou le retour (impossible) à l'ancien régime.

Depuis 1789, la politique oscille entre deux centrismes. Le centrisme par exclusion des extrêmes (orléanisme, IIIème république), le centrisme par conciliation des extrêmes (Napoléon, Hitler).

L' « hommage » aux AG étudiantes n'est pas gratuit, puisque Bouthillon considère que le nazisme est une AG à l'échelle d'un pays :

>  constitution d'un faux corps politique par intimidation des opposants.

> fausse démocratie par le vote à main levée (là encore, intimidation des opposants).

A la suite de quoi, on obtient un faux unanimisme, puisqu'on a exclu les opposants, réconciliant les extrêmes sur le dos de boucs-émissaires communs (la gauche est au moins aussi judéophobe que la droite).

Toute ressemblance avec le covidisme n'est pas fortuite. Je vous laisse faire la transposition.

Les juifs : boucs-émissaires depuis 1789.

Les juifs ne veulent pas le voir parce qu’ils croient (à tort) que leur émancipation commence avec notre révolution mais c’est 1789 qui a ouvert la possibilité de leur génocide.

Avant, leur persécution était limitée par la présence surplombante du bouc-émissaire ultime, le juif Jésus. A telle enseigne que le roi, lieutenant de Dieu, était souvent celui qui ordonnait les persécutions mais aussi qui les arrêtait.

Après 1789, cette barrière saute. La persécution peut être absolue et industrielle.

L'Union Sacré

La rupture du contrat social scinde l'homme, qui est à la fois chair (local) et esprit (universel), entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).

La création ex nihilo d'un nouveau contrat social est impossible, comme de créer ex nihilo une nouvelle langue ou une nouvelle culture. Et la France pose ce problème à toute l'Europe.

Un nouveau contrat social n'est pas rationnel, il ne peut venir que d'une fusion et du sublime (anciennement, de Dieu). C'est ce qui se passe dans tous les pays européens en 1914, très bien rendu par l'excellente expression Union Sacrée.

Seulement voilà, la France gagne la guerre, légitimant le nouveau contrat social et le régime, pour la première fois depuis 1789. Mais l'Allemagne perd la guerre, rendant le contrat social encore plus impossible.

Bouthillon est très clair : si l'Allemagne avait gagné la guerre, c'est elle qui serait devenue une démocratie libérale et la France un régime fasciste.

Monsieur Tout Le Monde

Hitler est le type même du chef charismatique : il n'hérite pas du pouvoir comme le roi, il ne le doit pas à ses exploits comme Napoléon ou de Gaulle. Le pouvoir lui vient de nulle part, d'etre Monsieur Tout Le Monde.

Hitler est Monsieur Tout Le Monde : à la fois un homme comme les autres, pris au hasard dans la foule et un monsieur, très au-dessus des autres. Le chef charismatique a du mal à garder cet équilibre mystérieux, soit il est trop banal, trop comme tout le monde, soit il est trop détaché, trop hautain.

Pour le plus grand malheur du monde, à commencer par l'Allemagne, Hitler sut garder cet équilibre jusqu'au bout, se voyant, sans le dire explicitement aux foules, comme le fondateur d'une nouvelle religion, l'anti-Christ.


Le diable sur la montagne (T. Lentz)

La vie d’Hitler dans son refuge alpin. Anecdotique mais écrit  avec humour.

Le sujet méritait cependant un analyste plus fin que Thierry Lentz, qui est un gros bourrin.

Il prend Hitler pour un imbécile, ce qu’il n’était pas. L’auteur ne comprend pas ce qui a été analysé finement par François Delpla : le mode d’action d’Hitler, qui trompe même ses subordonnés, fait qu’il a besoin de ces longues périodes de retraite pour méditer ses coups machiavéliques, comme un joueur d’échecs.

Lentz prend cela pour de la paresse !

On a droit à une réflexion idiote sur Hitler qui s’intéresse sincèrement à la souffrance animale. Comme si privilégier les bêtes était contradictoire avec la torture des humains !

Bref, une lecture d’été. Sans plus.

Les schèmes qu'on abat, à propos du gaullisme (F. Bouthillon)

Ce petit fascicule est le premier livre de Fabrice Bouthillon (1995) mais on y retrouve le thème qui lui est cher : notre révolution a créé une coupure irréparable.

Analyse proche de Burke.

Le contrat social n'est pas abstrait, il est le dépôt des siècles. A partir du moment où l'assemblée des Etats généraux s'institue en assemblée nationale, elle brise l'ancien contrat social et la France se retrouve dans un entre-deux irréconciliable : impossible de revenir à ancien contrat brisé, impossible d'en fabriquer un nouveau abstraitement.

Depuis deux siècles et demi, la France est sans contrat social, sauf en des moments d'effusion passagers (Union Sacrée en 1914).

Ceci explique la réussite et l'échec de de Gaulle.

Comme la monarchie française, le gaullisme est d'une logique profondément chrétienne : le roi (1) et de Gaulle sont l'incarnation de la France comme Jésus est l'incarnation de Dieu.

Bouthillon s'est amusé à recenser les allusions aux épitres de Saint Paul dans les discours gaulliens.

Au fond, je pense que la séparation entre anti-gaullistes et gaullistes est simple : les  uns reprochent à de Gaulle de se prendre moitié pour Jeanne d'Arc moitié pour le roi, les autres l'en félicitent.

Comme de Gaulle, grâce à son comportement en 1940, était plus légitime qu'aucun dirigeant depuis Napoléon (Louis-Philippe, par exemple, doutait de sa légitimité), il a pu faire illusion pendant vingt ans, mais il a juste subi le fait fondamental de l'histoire de France depuis 250 ans : il n'y a plus de contrat social.


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(1) : Louis XV, 3 mars 1766, Parlement de Paris, séance dite de la flagellation :

«  C'est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l'esprit de conseil, de justice et de raison (...) c'est à moi seul qu'appartient le pouvoir législatif sans dépendance et sans partage (...) l'ordre public tout entier émane de moi et les droits et les intérêts de la nation dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens et ne reposent qu'en mes mains. »

dimanche, août 22, 2021

Le roman des damnés (E. Branca)

Éric Branca se penche sur les cas, passionnants, des dignitaires nazis (pas les simples exécutants) qui ont échappé à un juste châtiment.

L’archétype en est Albert Speer, condamné à vingt ans de prison alors que, en bonne justice, il aurait dû être pendu comme son subordonné Sauckel.

La défense de Speer est géniale : contrairement à Göring qui met plusieurs fois l’accusation en difficulté, Speer se couche et en fait des tonnes dans le sketch du technocrate qui découvre, épouvanté, les conséquences de ses décisions « techniques ».

Même un homme aussi fin qu’Edgar Faure, qui représente la France, s’y laisse prendre : bien sûr,  ces magistrats expérimentés ne sont qu’à moitié dupes, mais ils ne comprennent pas bien que cette contrition surjouée permet plus subtilement à Speer, dans sa logorrhée, de définir à sa convenance le périmètre de ses responsabilités.

Le truc (comme il y des trucs de prestidigitateur) de Speer, c’est d’avoir été un technocrate gris et sans saveur (comme nous en voyons tant en notre époque de délire covidiste), dissimulant une férocité inhumaine, sadique, derrière la fiction d’une neutralité technicienne.

On sait aujourd’hui (documents non disponibles lors du procès) que Speer, loin d’être un technicien ignorant des atrocités, poussait ses subordonnés à lui fournir toujours plus de main-d’oeuvre esclave. Et qu’il avait amassé une fortune en œuvres volées à des juifs.

Il est très probable qu’il ait passé un accord avec les Anglo-Américains. 
Vous noterez qu'en juin 1944 Speer fait de jolies présentations comme si de rien n'était.

A sa sortie de prison, dans une certaine bourgeoisie manageriale, on se disputait Speer, si brillant, si élégant. A vomir (là encore, cette bourgeoisie sans tripes, sans cœur, sans âme, qu’on retrouve tant aujourd’hui). Comme Bousquet, l’ami de Mitterrand.

La liste est longue. 

Schellenberg, un des penseurs de la Shoah par balles, dont la retraite et les obsèques ont été payés par une célèbre informatrice : Coco Chanel.

Knochen, ponte de la Gestapo, volontiers tortionnaire, mort en 2003 dans son lit après une paisible carrière d’agent d’assurances.

Ernst Achenbach, organisateur du pillage de la France (avec l’aide de grossiums français. Comme dit un jour de Gaulle au patronat : « On ne vous a pas beaucoup vus, à Londres ») entre 1940 et 1944, serait devenu commissaire européen sans les énergiques protestations françaises de dernière minute (il y a beaucoup de continuité de mentalité entre le IIIéme Reich technocratique et l’UE).

La caricature de Chaplin (Hitler, grand amateur de cinema américain a probablement vu ce film. Pour son anniversaire de 1941, ses collaborateurs lui ont offert des caricatures françaises de lui, il en a ri.) ferait oublier qu’Hitler était un politicien de génie

Il rallie à sa cause Hjalmar Schacht, ex-président de la Bundesbank, très bien introduit à la City, à Wall Street et dans les milieux d’affaires allemands, sans exiger qu’il adhère au parti nazi. C’est vraiment une très grosse prise.

Arrivé au pouvoir, Hitler le nomme à nouveau président de la Bundesbank, ralliant ainsi les milieux financiers anglo-américains très anti-français (Norman Montagu, président de la banque centrale britannique disait qu’il y avait trois sortes de brebis galeuses « les juifs, les experts-comptables et les Français »), dans l’illusion criminelle que la menace d’hégémonie continentale était française.

Les États-Unis et la Grande-Bretagne sont, dans cet ordre chronologique , les premiers responsables de la seconde guerre mondiale.  Le délire nazi de l’Allemagne ne vient qu’en troisième.

L’agent des Américains en Europe a toujours été l’Allemagne, bien plus que la Grande-Bretagne.

Sans le génie financier de Schacht, l’aventure d’Hitler aurait été beaucoup plus difficile.

Il a été acquitté au procès de Nuremberg mais, en 1951, son vol a atterri en Israël par accident, pour une escale technique. Heureusement pour lui, les autorités israéliennes n’ont appris sa présence à bord qu’après le décollage. Sinon, il n’aurait pas échappé à un procès à la Eichmann.

Personnellement, Schacht n’a aucun sang sur les mains, mais, sans lui, les atrocités des bourreaux n’auraient pas été possibles.


Hanna Reitsch

Hanna  Reitsch, dans cette galerie de faux-jetons et de tordus, est un cas à part. Elle était franche comme l’or, hitlerienne (plus que nazie) convaincue.

Haute comme trois pommes, pilote d’élite, elle a multiplié les exploits : plusieurs records (40 au total ! Y compris après guerre, le dernier en 1977, à 65 ans), elle a piloté des bombes volantes V1 (!!!) pour les mettre au point, elle s'est crashé en Me 163 Komet lors du développement, elle a atterri sur une avenue de Berlin en flammes pilotant l’avion par dessus son amant évanoui suite à une blessure, le général von Greim …

Éric Brown et Pierre Clostermann l’admiraient. Contrairement à d'autres pilotes féminins, elle était supérieure, y compris aux hommes.

Après guerre, elle ne renie pas son nazisme et se convertit en instructrice de vol à voile (avoir Hanna Reitsch pour instructrice !).

En 1948, elle se lie d’amitié avec une Résistante française, déportée à Ravensbrück, qui sera même sa traductrice. Pourtant, elle dira  jusqu’à sa mort en 1979 que la faute des nazis est d’avoir perdu la guerre.

Que se passe-t-il dans la tête d’une personne qui ne parait pas méchante ou vicieuse pour soutenir de telles atrocités ?

Mettons au crédit d’Hanna Reitsch qu’elle est la seule (avec Henriette von Schirah, l’épouse du chef des Jeunesses Hitleriennes) à avoir osé parler défavorablement à Hitler de la persécution des juifs.

Hitler n’a plus jamais adressé la parole à Henriette von Schirach, mais il n’a pas tenu rigueur à Hanna Reitsch de sa franchise.

Hitler était un envoyé de Satan comme il y en a rarement eu dans l’histoire mais il ne sortait pas de nulle part, il était le fruit d’une époque satanique, la modernité.

La continuité

Concluons :

1) Hitler était entouré de techniciens de haute qualité.

2) Alors que les figures de proue et quelques grouillots ont été sévèrement punis, ces techniciens ont échappé à la punition ou ont été punis très légèrement, au nom de l’utilité de leurs compétences dans la guerre froide.

3) La continuité en Allemagne et en Europe est plus grande que ce que l’on imagine.


jeudi, juin 17, 2021

Gigi

 J'aime bien cette comédie musicale de 1958, qui contourne avec habileté la censure sur un sujet scabreux, tiré d'une nouvelle de Colette.

Paris 1900. De riches oisifs s'offrent des poules (Liane de Pougy, Emilllienne d'Aleçon, la belle Otero, etc ...).

Le jeune Gaston Lachaille (Louis Jourdan), héritier d'un empire du sucre, s'ennuie à mourir. Il est entrainé à la débauche, par son oncle Honoré Lachaille (Maurice Chevalier), qui chante pis que pendre du mariage.

Gaston fréquente le petit appartement de Mamita, une ancienne maitresse de son oncle, chez qui il trouve un havre de tranquillité à l'écart de sa vie mondaine. Mamita est la grand-mère de Gigi (Leslie Caron), une jeune fille que Gaston considère comme une enfant, mais que Mamita et sa soeur éduquent dans le but de la transformer en demi-mondaine de haut vol.

Mais Gigi a un caractère entier et ne se prête pas à ces bassesses.

Bien entendu, Gaston finit par découvrir que Gigi est devenue une femme et veut en faire sa maitresse. Mais la fraicheur de Gigi le conquiert et il demande sa main à Mamita.

C'est finement construit et Leslie Caron est splendide.

Et c'est tourné dans le Paris d'avant Delanoë et Hidalgo.

 

 Allez, une photo d'Emilienne d'Alençon :




lundi, mai 31, 2021

Sections spéciales

Le 21 août 1941, le clandestin communiste endurci, ouvrier métallo (hé oui, il y fut un  temps où les communistes n'étaient pas des profs petits-bourgeois frustrés)  Pierre Georges, dit colonel Fabien, abat l'aspirant Moser à la station Barbès. C'est le début du cycle infernal attentat-répression-attentat que le Parti Communiste enclenche en toute connaissance de cause et sans souci des otages (les gaullistes y étaient opposés).

Digression : lire, dans Les vacances de la vie, le portrait qu'en fait Alphonse Boudard, simple troufion FFI. La mort accidentelle à 25 ans de ce militant de choc, en manipulant une mine, devait en arranger plus d'un, et pas seulement dans les rangs des anti-communistes rabiques.

Sous l'impulsion du très ambitieux ministre de l'intérieur Pierre Pucheu, le gouvernement de Vichy décide de devancer les représailles allemandes en créant les Sections Spéciales de la cour d'appel, des instances de jugement sans recours ni appel, avec des droits de la défense limitée, en vertu d'une loi rétroactive et antidatée, permettant de revenir sur la chose jugée, dont l'un des articles fut même laissé en blanc, à remplir ultérieurement.

Le prétexte, comme pour toutes les saloperies, est « le moindre mal », les Allemands étant supposés être moins sévères si des Français prennent l'initiative des représailles.

Costa-Gavras en a fait un bon film. Hélas, comme d'habitude, trop de propagande coco (le film se termine par un mensonge délibéré : il est faux d'écrire qu'aucune sanction n'a été prise contre les magistrats à la Libération).


Il est intéressant d'examiner les réactions devant cette forfaiture caractérisée, qui piétine tous les principes fondamentaux du droit.

Le garde des sceaux Joseph Barthélémy traine des pieds mais finit par accepter.

Le président de la chambre d'Aix en Provence Toussaint Pierucci se récuse en des termes sans ambiguïtés. Pour l'exprimer trivialement, il n'envoie pas dire ce qu'il en pense.

Le substitut général Maurice Tétaud s'acharne à demander les peines les plus légères possible, mettant ainsi en exergue l'iniquité de cette loi d'exception.
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D'autres, comme le conseiller René Linais, participent aux délibérations en refusant la mort.

D'autres magistrats enfin acceptent avec enthousiasme, y voyant une occasion d'avancement rapide. Ils sont souvent de mauvais calculateurs : ils croient que l'Allemagne va gagner la guerre.

Les condamnations des Sections Spéciales sont absolument iniques, même en tenant compte des circonstances politiques de l'époque (condamnation à mort pour un simple suspicion d'impression de tracts).

Ces Sections Spéciales ont pesé très lourd lors de l'épuration. Elles ont couté la vie à Pierre Pucheu (lors d'un procès manquant de sérénité et d'équité, mais dont le verdict était juste). Ce procès Pucheu, qui a eu lieu en mars 1944 à Alger, annonçait une Libération pas très riante.

Quatre magistrats des Sections Spéciales sont exécutés par la Résistance, cinq condamnés à mort par des tribunaux de l'épuration et deux peines exécutées.

De manière intéressante :

> le secret des délibérations a été levé pour les procès d'épuration de ces Sections Spéciales.

> des magistrats qui se sont opposés à la mort lors des délibérations de ces Sections Spéciales ont néanmoins été condamnés pour y avoir participé.

Ceux qui s'en sont sortis le cul propre ? Ceux qui ne se sont pas laissés aller à leurs haines et à leurs ambitions, qui sont restés fermes sur les principes du droit.

La leçon pour aujourd'hui ?

Les fonctionnaires, les magistrats, doivent trouver l'équilibre entre leur conscience, leur devoir d'Etat et leur obéissance. Et ne pas s'aveugler par idéologie ou par calcul.

L'autre leçon, c'est qu'il y a des gens qui, sous couvert de légalisme, sont prêts à participer aux pires atrocités (au hasard, expérimenter des thérapies géniques sur des enfants non malades).

dimanche, mai 30, 2021

La fin d'un monde (P. Buisson)

Patrick Buisson s'interroge sur la fin de l'homme de toujours, aussi vieux que l'humanité, le paysan enraciné, qui s'est produite entre 1955 et 1975.

Le bandeau de ce livre est sans ambiguïté : « C'était mieux avant ! ».

Mais la question est encore plus fondamentale que le simple mode de vie, c'est celle de la survie biologique. L'humanité n'a pas un avenir infini, elle a très précisément un avenir de 50 ans renouvelable : si toute une génération décide de ne pas faire d'enfants, 50 plus tard, toutes les femmes sont ménopausées et l'humanité est morte.

Or, avec l'avénement de l'homme-robot, qui ne veut ni donner la vie ni mourir, c'est ce qui nous arrive.

Patrick Buisson, avec son érudition et avec son style (non sans quelques préciosités), s'attaque à ce problème de notre temps (1).

Les instruments du Malin

Instrument de la destruction : la télévision, qui détruit les sociabilités traditionnelles, la veillée et le bistro. Buisson est assez intelligent pour nous épargner le couplet stupide « L'instrument (radio, télévision) ne compte pas, ce qui compte, c'est ce qu'on met dedans  ». La télévision mène naturellement à Hanouna comme le livre mène à la Somme Théologique. Dans un sens un peu détourné, le médium est le message.

Buisson traite la télévision de déifuge (qui fait fuir Dieu, qui refuse Dieu).

Instrument de la trahison : le concile Vatican II et tout ce qui tourne autour. A force de foutre des coups de pioche dans la Tradition, les modernistes ont réduit la pierre immuable en un tas de sable. Ce n'est pas un hasard si la répudiation par les pères conciliaires de la tradition de l'Eglise précède la révolution de ceux qui se veulent sans héritage (sans héritage autre que matériel -pour les Cohn-Bendit, le fric c'est important, on ne plaisante pas avec ça).

Fin de la paysannerie, fin du catholicisme

Finement, Buisson lie la fin de la paysannerie et la fin du catholicisme.

Le paysan n'a rien à voir avec l'agriculteur, technicien de la l'agriculture et applicateur de techniques agricoles, de même que le médecin n'a rien à voir avec le « soignant », technicien de la médecine et applicateur de protocoles médicaux (comme le délire covidiste nous permet de le constater quotidiennement, pour notre plus grand malheur individuel et collectif).

Le paysan a un lien ontologique à la terre, elle n'est pas un simple instrument de travail. C'est d'ailleurs pour cela que les paysans français de 1914 se sont sacrifiés pour défendre leur terre. L'Angleterre, déjà « dé-paysanisée », a eu plus de difficultés de recrutement (ce n'est pas seulement une question de conscription).

Le coup de grâce à la paysannerie française est la mécanisation articulée à l'endettement (merci le Crédit Agricole) qui fait entrer l'agriculteur dans le calcul des rendements, pour rembourser ses emprunts.

Buisson raconte un paysan à l'ancienne de 1960 qui met une semaine à arracher une haie à la main parce qu'il a refusé d'emprunter à son voisin la machine qui aurait fait le travail en une demi-journée. Mais il n'est pas endetté, il ne doit rien à personne (sauf à ses ancêtres et à ses enfants), il travaille à son rythme et se fout des rendements puisqu'il fait essentiellement une culture de subsistance. Il est en grande partie hors des circuits de la grande machine économique. C'est Hésiode.

Ce paysan est tout à fait à l'aise avec Dieu : il attend la bonne récolte de la Providence et non de savants calculs. Le calendrier liturgique est cohérent avec le calendrier des saisons.

C'est pourquoi l'assassinat de la paysannerie et celui de l'Eglise sont intimement liés.

L'ethnocide bienveillant

Pedzouille, bouseux, cul-terreux ... Les paysans ont intériorisé le mépris moderne dont ils sont l'objet. Leur « libération » s'est faite au nom de leur plus grand bien, de leur ascension sociale.

Au nom de la modernité et du progrès, ils ont été déracinés, les mées remplacées par des armoires en formica.

Buisson en profite pour accuser le modernisme gaullien.

Le krach de la Foi

La conjuration des théologiens français, les Congar, Maritain et compagnie a flingué la crédibilité de l'Eglise pour longtemps.

En effet, l'esprit du concile Vatican II (plus vaste que le concile lui-même) tient en deux choses :

1) Une hérésie caractérisée.

Sous prétexte d'oecuménisme, d'« ouverture » et de « tolérance », les pères conciliaires ont commis un reniement complet et sans bavure de la parole du Christ « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi ».

S'il y a d'autres chemins d'accès à Dieu que le Christ, l'Eglise n'a plus aucune raison d'être.

2) Un esprit d'innovation stupide.

Plus que l'ouverture de mauvais aloi, cette néophilie puérile a chassé les humbles des églises. Les gens ont beau être humbles, ils ne sont pas bêtes et se sont exprimés très clairement dans les enquêtes et les sondages de l"époque :

« Aujourd'hui, on nous dit que ce qu'on nous a enseigné toute notre vie était faux et que nous avons cru des fadaises [ce qui, au passage, témoigne d'un mépris à peine voilé des intellos pour les humbles]. Mais, si la vérité d'hier était fausse, pourquoi croirait-on celle d'aujourd'hui, enseignée par les mêmes ? ».

Avec la révolution des années 60, l'Eglise ne s'est pas ouverte au monde comme elle le croyait, elle s'est vendue au monde, elle s'est embourgeoisée et intellectualisée. Elle a chassé le peuple des églises en chassant les pratiques populaires (malgré les avertissement angoissés ou courroucés de clercs plus fins que la moyenne des intellos novateurs qui se pignolaient).

En évacuant le sacré comme une superstition archaïque, l'Eglise s'est vidée de sa raison d'être.

La boboïsation du clergé

La violence des débats pour ou contre le catholicisme populaire a été oubliée, cette question est pourtant fondamentale.

Il y a une raison sociologique à toutes ces diableries anti-populaires.

Les petits séminaires drainaient les talents des campagnes vers les grands séminaires. Le clergé était composé de paysans montés en graine et d'aristocrates.

Avec la généralisation des collèges publics, les petits séminaires ont disparu. Le clergé s'est urbanisé et embourgeoisé dans les années 50.

Or, il y a une une constance chez le petit-bourgeois, curé ou pas : il voue une haine viscérale au peuple dont il est issu (encore récemment, la passion destructrice des écolos ou la haine des Gilets Jaunes). On comprend mieux la guerre que les curés ont mené à leurs ouailles, certains allant jusqu'à dire à des paroissiens qui leur déplaisaient qu'ils feraient mieux de ne pas venir à la messe ! Evidemment, ce n'est pas tombé dans les oreilles de sourds et ils sont restés au lit le dimanche matin.

Et les églises sont vides.

Arius 2, le retour de la vengeance

Sur ce tirage de chasse sociologique, brode l'hérésie.

L'hérésie de Vatican 2, c'est tout simplement l'arianisme rejeté par le concile de Nicée en 325.

Jésus n'est pas Dieu fait homme mais seulement une apparence. Jésus n'étant plus Dieu fait homme, c'est Dieu déguisé en homme, sans la souffrance, sans les supplices. Ca devient alors juste un maitre de sagesse oriental.

Ca permet de se débarrasser de tous les mystères gênants  : le scandale de la croix, la rédemption et donc le péché originel, la confession. C'est bien pratique.

« Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (jusqu'à la mort) devient « Soyez sympas et ne vous engueulez pas trop ».

L'arianisme est un rationalisme, pas étonnant qu'il resurgisse au XXème siècle. Alors que la pente humaine va vers l'arianisme, qui est plus simple, moins dérangeant, il a fallu de la force d'âme aux pères du concile de Nicée (et à notre roi Clovis) pour le rejeter. Les pères conciliaires de Vatican 2 n'ont pas eu cette force d'âme.

La conséquence de cette perte de substance spirituelle majeure, Guillaume Cuchet l'a décrite avec une ironie mordante : « Dix ans de Dieu d'amour ont plus vidé les églises que dix siècles de Dieu sévère ».

Les gens n'ont pas changé de religion, ce sont les clercs qui ont changé la religion à leur insu ... et vidé les églises, tout à fait logiquement.

Nous sommes arrivés au bout du chemin : en 2021, l'Eglise de France est une ONG socialisante grande-bourgeoise, plus covidiste (hygiéniste) que chrétienne. Sauf quelques résistants façon village d'Astérix par qui l'Eglise renaîtra.

Heureusement, il y a eu des prophètes (parmi les francophones Mgr Lefèbvre, Bruckberger, Clavel) qui n'ont pas été entrainés dans les errements vaticanesques, cela suffit à préserver la flamme.

Dans les damnables innovations des années 60-70, on reconnaît les premiers craquements de la sécession des élites. Aujourd'hui, c'est une évidence que les évêques méprisent leurs ouailles, ça n'était pas si clair avant le délire anti-populaire des clercs passionnés d'innovation vaine.

Catalogue des horreurs : le Diable était-il au concile ?

Buisson fait un long, très long, catalogue navrant de tous les délires post-conciliaires.

Il y a tout de même des trucs assez marrants comme des mariages curé défroqué et bonne soeur décloitrée.

Il y a des choses plus sinistres. Par exemple, Soeur Sourire, vedette fugace, quitte le cloitre, milite pour l'homosexualité, sombre dans la dépendance aux médicaments et à la drogue et finit par se suicider.

Mais, sur le long terme, le plus dommageable, c'est la séparation du sacré et du social, au nom de la foi pure (encore un branlotage d'intellos dont on se demande bien ce qu'il peut signifier en réalité : beaucoup de gens venaient à la foi par les rites et non l'inverse).

Finis les patronages, les confréries, les kermesses, les masses de scouts. La foi est devenue tellement pure (mon oeil) que les enfants ne sont plus baptisés, que les couples ne se marient plus et que les églises sont vides.

De Gaulle, qui a oublié d'être con, confia, à la mort de Jean XXIII : « Il a ouvert les vannes et n'a pas su les refermer. Comment voulez vous qu'on croit en vous quand vous n'y croyez pas vous même ? ».

Inverser les causes

La thèse majoritaire, bien proprette, qui ne dérange personne, est que l'Eglise a été vidée par les évolutions de la société.

Intelligemment (il a la chronologie de son côté : Vatican II précède Mai 68), Buisson inverse le raisonnement : le clergé s'est urbanisé, il s'est livré à des masturbations intellectuelles de petits-bourgeois, il a saccagé la tradition et fait fuir le peuple. En cassant à la pelleteuse une des structures majeures qui faisaient tenir la société, l'esprit conciliaire a ouvert les vannes au grand n'importe quoi soixante-huitard.

Le meurtre du père

Là encore, Buisson inverse le discours lénifiant ... et faux.

Non, les lois des années 60 et 70 détruisant l'autorité paternelle et la famille ne sont pas une adaptation à l'évolution des moeurs. A l'époque, le travail féminin diminuait.

Ces lois sont issues d'un militantisme qui ne se cache pas de vouloir détruire le père et la famille (on fait semblant de l'avoir oublié. Ou on est tellement inculte qu'on l'a vraiment oublié). Comme par hasard, ce sont des revendications bourgeoises. C'était dans l'air du temps et c'est passé comme une lettre à la poste.

Et ça marche : détruire l'autorité paternelle pour détruire la famille pour détruire la société.

A la fin, que des ruines

Buisson passe plus de la moitié de son livre sur la déchristianisation, ce qui est tout à fait logique, puisqu'il considère (citation de Malraux souvent reprise par Zemmour) que la civilisation est ce qui se construit autour d'une religion.

Kaputt la religion, kaputt la civilisation.

La priorité, s'il fallait en choisir une seule ? La célébration ad orientem (que soutient le cardinal Sarah). En effet, elle est, en théologie et en liturgie, très lourdement significative (2).

Comme Buisson est un faux-jeton (c'est méchant, mais il le porte sur sa gueule), il raconte dans ses entretiens publicitaires que le bandeau « C'était mieux avant ! » est un choix de son éditeur (bref, il se défausse).

Pourtant, c'est la conclusion évidente à tirer de son livre.

Pour la première fois dans toute l'histoire de l'humanité, il y a des gens, nombreux, qui considèrent, que l'homme n'est que matière et n'a pas d'esprit et ceux ci sont au pouvoir.

Qu'est-ce que l'homme moderne ? Un type d'homme inférieur, abruti par les écrans et par la consommation, sans profondeur. Le bon sens paysan ne signifie pas que le paysan est plus intelligent mais que sa religion, sa culture et son mode de vie lui donnent une philosophie de la vie plus sage, plus en accord avec la nature humaine, plus riche de fruits et d'héritage.

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(1) : parce qu'il est Buisson, il ne peut s'empêcher de caser son couplet anti-gaulliste. En abandonnant l'Algérie, de Gaulle a été un deuxième Pétain. Il faudrait tout de même un jour que tous ces nostalgiques de l'Algérie française expliquent en quoi ce fut une trahison de la France d'abandonner cette terre qui n'a jamais été, et n'aurait jamais été, française, ni de race, ni d'histoire, ni de culture, ni de religion. La nostalgie du bon vieux temps des colonies ne fait pas un argumentaire. Tant de persistance dans l'aveuglement prête à rire.

(2) : dans la célébration traditionnelle, ad orientem (vers l'orient), toute l'assemblée (y compris les célébrants) est tournée vers le Saint Sacrement, présence réelle du Christ, posé sur l'autel. Le célébrant tourne donc le dos à l'assemblée, dans la position du pasteur guidant le peuple.

Inversement, la messe actuelle est le show du prêtre, face à l'assemblée, le Christ n'est plus le centre de l'attention. Le tabernacle est, physiquement, dans un coin.

Certains pensent même que ce changement d'orientation a contribué à faire fuir les hommes : de pasteur guidant le peuple (tous les hommes peuvent comprendre), le prêtre est devenu l'animateur d'une réunion Tupperware avec les copines.