vendredi, avril 29, 2022

COVID-19, une autre vision de l'épidémie (L. Toubiana)

Je suis en train de lire le livre de Laurent Toubiana. Je l'aime beaucoup : il est rigoureux sans être chiant. 

Le 11 mars 2020, il a publié un article disant que le COVID ne serait pas une épidémie exceptionnelle. Il a été traité de « rassuriste » par les salauds (il faut être un enfoiré pour condamner quelqu'un qui rassure en vérité). Il était même encore un peu alarmiste par rapport à la réalité.

 Il commence par expliquer que la phrase que tous les débiles répètent « L'épidémie de COVID nous a beaucoup appris » est archi-fausse : épidémiologiquement, le COVID ne nous a rien appris que nous ne sachions déjà et, même, nous avons régressé, puisque nous avons jeté l'état de l'art par dessus bord et fait vraiment n'importe quoi.

Ceux qui disent que le COVID nous a beaucoup appris sont soit des incompétents qui découvrent ce qu'ils auraient du savoir depuis longtemps, soit des menteurs qui poursuivent d'autres buts que de maitriser l'épidémie.

Il revient sur la technique d'enculés consistant à simplifier les choses complexes et à complexifier les choses simples, pour rendre les gens fous.

1) complexifier les choses simples : la maitrise d'une épidémie, c'est détecter et soigner les malades, de manière proportionnée et adaptée. Pas de confinement généralisé, pas de modèles débiles, pas d'ausweis, pas de ségrégation, pas de masques pour tout le monde, pas d'asymptomatiques, pas de tests à gogo de bien-portants, pas de culte de la piquouse.

2) Simplifier les choses complexes : voir le virus comme une espèce de pou qui sauterait d'un individu à l'autre est puéril. La contamination individuelle est faite de mécanismes complexes que nous ne maitrisons absolument pas. Les simagrées covidistes (masques, gel, gestes de crétins) sont juste des rites magiques enfantins transposés aux adultes.

Laurent Toubiana n'est pas assez « complotiste » à mon goût : il fait la part trop belle à la stupidité et à l'incompétence de nos décideurs et pas assez à leur perversité et à leur malignité. Notamment, il ne s'attarde pas sur la corruption endémique, jusqu'à la moelle, de tous nos systèmes de santé, qui est à mon sens le moteur caché du délire covidiste.

Epidémiologie

Toubiana nous raconte ses 30 ans d'expérience en épidémiologie.

Pour le sujet qui nous intéresse, il rappelle qu'en 2015, il a eu de graves ennuis pour avoir contredit le ministre sur la gravité de la grippe cette année-là. Toute la hiérarchie de l'INSERM (sauf son chef direct) a essayé d'avoir sa peau pour complaire au ministre.

Il faut bien comprendre l'enjeu. La peur est l'instrument de pouvoir le plus puissant des psychopathes qui nous dirigent. Rassurer est donc l'acte de rébellion suprême.

N'oubliez jamais que, lorsque le pouvoir règne par la peur, le plus grand crime contre l'Etat est de rassurer.

Le terroriste qui pose des bombes, ce n'est pas si grave, puisqu'il fournit un prétexte au pouvoir pour s'étendre. Mais le type qui rassure, lui, il faut l'abattre : il ne fait pas partie du groupe, il le conteste, il le remet en cause.


Les enculés et le COVID

Toubiana démonte à coups de barre à mine le récit fondateur du délire covidiste :

Non, le COVID n'est pas une épidémie exceptionnelle, encore moins catastrophique. Il ne justifie absolument aucune des mesures exceptionnelles, et elles véritablement catastrophiques, qui ont été prises par les autorités.

Toubiana prend tout cela avec un humour pince-sans-rire. Comment faire autrement si on refuse de pleurer devant tant de bêtise ?

Il a bien compris le mécanisme infernal de la soumission totalitaire :

1) surévaluation du danger de plusieurs ordres de grandeur (la létalité du COVID n'a jamais dépassé 0,2 %, même au début).

2) matraquage de peur systématique (ce connard de Salomon annonçant les morts tous les soirs : je suis content de moi, le croque-mort m'a immédiatement saoulé et j'ai compris tout de suite de quoi il retournait).

3) Population en état de suggestibilité, à qui on peut faire avaler n'importe quoi, faire obéir aux mesures les plus absurdes. Toubiana l'appelle « l'état de terreur ».

A mon avis et à celui de Toubiana, la population n'a toujours pas quitté cet état de suggestibilité et d'hypnose. Elle est encore disposée à accepter les décisions les plus destructrices (ça se voit notamment vis-à-vis des enfants et des non-'vaccinés', le comportement de la plupart des gens étant toujours aussi ignoble avec une parfaite bonne conscience). Les plus grosses catastrophes sont devant nous.

La vulnérabilité de la population à cette manipulation dégueulasse à bien été expliquée par les psychologues Ariane Bilheran (très pessimiste pour la suite), Michel Rosenzweig (très pessimiste aussi) et Matias Desmet (un pouième moins pessimiste).

Des indicateurs anxiogènes et non-pertinents

Bien que béotien en épidémiologie, j'ai été surpris des indicateurs choisis. Laurent Toubiana confirme la justesse de mon malaise.

Seuls des indicateurs éprouvés dans le temps (pour qu'on puisse comparer), rapportés à la population (voire à la classe d'âge) et sur une unité de temps adaptée (la semaine, le mois) sont pertinents.

C'est-à-dire que, pour le COVID, l'indicateur pertinent est le taux d'incidence hebdomadaire : le nombre de nouveaux malades diagnostiqués par un médecin, rapporté à 100 000 habitants, sur une semaine, qu'on peut comparer avec des séries de plusieurs décennies d'infections hivernales.

Or, les autorités et les medias ont choisi dès le départ des indicateurs quotidiens cumulatifs à la fois très anxiogènes et non-pertinents. Le seul indicateur rapporté à la population, le taux d'incidence des « cas », est lui aussi non-pertinent : ce qui est pertinent, ce sont les malades diagnostiqués, pas les gagnants à des millions de tests foireux.

On aurait voulu égarer et affoler la population qu'on n'aurait pas mieux fait. C'est sans doute involontaire. Ou peut-être pas.

L'analyse de l'IRSAN est sans appel : d'un  point de vue de l'incidence hebdomadaire, le COVID est un non-événement, comparé aux hivers standards. Le maximum d'incidence du COVID, toutes périodes confondues, est de 140 nouveaux malades en une semaine pour 100 000 habitants. Pour la grippe en hiver, ce chiffre monte souvent jusqu'à 600, voire le double en cas de forte grippe.

Quant aux autres chiffres (activité de l'hôpital, mortalité standardisée), ils pointent aussi vers le non-événement épidémique.

Vagues de terreur

L'histoire se répète et devient lassante :

1) La presse annonce sur un ton alarmiste la Xème « vague « (il y aurait beaucoup à dire sur ce vocabulaire covidiste pour débilos : la vague, c'est ce qui vous submerge).

2) Le gouvernement : « Pas de panique, nous maitrisons la situation ».

3) La population est évidemment affolée : le gouvernement prend des mesures totalitaires débiles et inefficaces.

Jamais, au grand jamais, la question fondamentale n'est posée : « La Xème vague arrive, et alors ? Est-ce que c'est un événement notable ? Est-ce que c'est grave ? ».

C'est ainsi que la population est maintenue dans l'état de terreur qui lui fait accepter des mesures stupides, dégueulasses et auto-destructrices.

Or, il existe une maladie épidiomologiquement comparable au COVID, qui revient tous les hivers et qui n'affole personne : la grippe.

Cette comparaison rend hystériques les terroristes covidistes. Evidemment ! Puisqu'elle sape leur emprise par la peur, qu'elle casse leur jouet. Mais cette comparaison tient la route (on parle des vrais chiffres, tels qu'on peut malaisément les reconstituer, pas des statistiques sur-gonflées) et montre qu'il n'y a aucune raison de s'affoler pour le COVID.

Je précise à l'usage des imbéciles et des pinailleurs que je ne dis pas que le COVID est exactement pareil que la grippe, mais que la comparaison fait sens.

Toubiana explique bien que cette notion de vague n'a aucune validité scientifique (on ne parle pas de la 567ème vague de grippe), c'est un pur outil de terreur médiatique. Raoult l'avait dit et les medias s'étaient moqué de lui.

Il y a des retours saisonniers de certaines maladies, mais rien à voir avec les «vagues » qu'on nous décrit, provoquées par l'action humaine (déconfiner, partir en vacances, ôter le masque, prendre l'apéro, ...).

Les seules véritables vagues que nous ayons eu sont des vagues de tests foireux et de bêtise catclysmique.

Enfin, il ne m'est pas indifférent qu'un film sur les mécanismes totalitaires s'intitule La vague.

La testomanie

Les caractéristiques du virus et de la maladie COVID sont bien connues. On sait que cela n'a absolument aucun sens de tester des bien-portants, qui ne présentent pas de symptômes. Les porteurs sains ne sont pas contaminants (et même s'ils l'étaient : on ne peut pas baser les relations sociales sur le biais exclusif de la peur de la maladie).

Là encore, la testomanie et ses corollaires, le paSS et la ségrégation, n'ont rien à voir avec la politique sanitaire et la lutte contre une épidémie, c'est autre chose : de la pensée magique, l'établissement du totalitarisme à prétexte sanitaire.

Il n'y a pas besoin de tests, il y a juste besoin d'aller voir son médecin si on est malade.

Le délire continue à cause des connards, des niais, qui se font tester. Si vous êtes enrhumé et que vous ne vous faites pas tester, vous n'avez pas le COVID, vous avez juste un rhume, et le COVID disparait. D'un point de vue médical, ça ne change rien, puisque le COVID se soigne comme un rhume.

Hélas, j'en connais beaucoup de ces connards qui se font tester, signe que je ne sais pas choisir mon entourage. Pour ma part, j'ai déjà eu 3 tests (négatifs. Donc, par hasard, je n'ai pas contribué à la panique) et, dans chaque cas, fortement contraints. J'en ai évité un 4ème en louvoyant.

La mascarade

Les masques ont une seule et unique utilité démontrée : habituer les moutons à l'obéissance absolue. Et ça marche.

Bien sûr, c'est absurde de masquer son visage en public, comme s'il n'y avait pas toujours eu des maladies.

Le culte de la piquouse

Toubiana est sans ambiguïté :

1) L'inefficacité des 'vaccins' vis-à-vis de la transmission et de la circulation du COVID est prouvée.

2) « protège des formes graves » est un artifice de communicant qui n'a pas reçu le moindre commencement de début de preuve solide.

3) Rendre quasi-obligatoire une injection expérimentale contre une maladie peu mortelle et baser une ignoble ségrégation sociale  sur cette injection sont des décisions complètement aberrantes qu'aucune rationalité ne peut justifier.

On sent bien que Toubiana est tellement estomaqué par la bêtise de la vaccinolâtrie gouvernementale qu'elle l'interroge sur les véritables motivations de nos dirigeants. Il se sent obligé d'expliquer qu'il attribue la stupidité gouvernementale à l'incompétence mais je ne suis pas sûr qu'il y croit totalement, il dit juste qu'il n'a pas de preuve manifeste d'intention maligne (je le désapprouve sur ce point : à mes yeux, les preuves abondent que le gouvernement nous veut du mal).

Les techniques de manipulation

Toubiana ayant démontré la réalité de l'épidémie (rien d'extraordinaire), il essaie de répertorier les techniques de manipulation qui transforment un nouveau rhume en peste dans l'esprit des neuneus :

1) Présenter les chiffres des modèles comme possédant le même degré de certitude que des chiffres constatés. « On risque 4000 000 morts ».

2) Présenter les chiffres bruts, sans mise en perspective :

2.1) géographique : mettre sur le même tableau la France et les USA 5 fois plus peuplés.

2.2) temporel : ces chiffres sont-ils inhabituels ? Je note que les gens sous-estiment leurs risques de mourir, puisque (je rappelle ce que mes contemporains semblent ignorer) 100 % des hommes meurent.

3) La répétition. La répétition est une information en soi : inconsciemment, « s'ils le répètent, c'est que c'est important ».

4) Le cas d'espèce : le jeune de 20 ans en « réa ».

5) Le vocabulaire pour faire entrer dans notre quotidien cette ambiance morbide. Exemple « réa », comme si nous avions tous vocation à être des grands familiers de l'hôpital, employant le mot si souvent qu'il devient pénible de le dire en entier : « réanimation ».

6) Les ordres contradictoires et absurdes pour rendre les gens fous (les masques inutiles et interdits puis indispensables et obligatoires, l'auto-attestation, les rayons essentiels/ non-essentiels, les gestes de clown, la vie sociale soumise au paSS  ...).

7) L'unanimisme et la chasse aux disssidents. Souvenez vous qu'il y a eu des articles sur la coiffure de Raoult.

En conclusion : hélas !

Mes fidèles lecteurs connaissent ma vision très noire.

C'est normal d'avoir des maladies et de mourir, l'homme doit l'assumer sereinement. S'affoler, accepter d'être traité comme un enfant et détruire la vie sociale, c'est un signe très sûr de folie furieuse auto-destructrice.

La gestion du COVID a été bien pire que l'épidémie elle-même et c'est loin d'être fini.

Mes contemporains sont véritablement fous à lier et ils iront jusqu'au bout de leur délire d'auto-destruction, ils passeront d'une terreur à une autre jusqu'à se tuer de peur, comme le soldat terrifié qui fuit vers les lignes ennemies et se fait tuer pour mettre fin à sa peur. Ca finira par des millions de morts.

Il est totalement illusoire de croire ramener à la raison ces fous furieux. La seule réaction rationnelle, c'est (dans la mesure des possibilités de chacun) l'exil dans un pays non-dément.


dimanche, avril 24, 2022

Barbarossa / Kharkov 1942 (J. Lopez / L. Otkhmezuri)

Par paresse, recension simultanée de deux livres.

Barbarossa, l'invasion de l'URSS, commencée en juin 1941 et terminée en décembre par un échec devant Moscou est l'opération de tous les superlatifs : 10 millions d'hommes impliqués, 1000 morts par heure pendant 6 mois, des centaines d'Oradour-sur-Glane. Rien que la bataille de Moscou se déroule sur 200 000 km2.

La violence nazie est centrifuge : elle s'attaque aux individus extérieurs. La violence soviétique est centripète : des milliers de soldats et d'officiers fusillés.

L'erreur fondamentale des Allemands est dans l'incohérence de leur politique.

Leur guerre contre l'URSS aurait du être planifiée sur au moins deux ans. Au lieu de cela, ils pensent à une victoire en six mois parce que, vu l'accumulation de ses crimes, le régime communiste doit tomber comme un fruit mûr.

Pourquoi pas ? Mais, alors, il faut se concilier les populations libérées (comme l'ont proposé certains nazis) afin d'encourager les défections. Or, par racisme, cette politique a été rejetée et les populations martyrisées.

Le résultat ? La résistance de l'armée rouge durcit au fil des mois, pas seulement pour des raisons militaires (leçons tirées, raccourcissement de la logistique, ...) mais aussi pour des raisons idéologiques : les soldats russes ont compris qu'ils avaient vraiment quelque chose à perdre dans cette guerre.

En face, l'erreur de l'armée rouge est le délire répressif stalinien. Officiers et soldats étaient terrorisés, ça n'aide pas à l'initiative et à la souplesse.

Les prémisses

Ce tableau général brossé, reprenons les choses depuis le début.

En 1917 et 1918, les Allemands sont allés plus loin vers l'est, sans rencontrer de résistance, que jamais dans leur histoire (presque aussi loin qu'Hitler en 1942), capturant des ressources et des richesses qui, pensèrent certains, auraient permis de continuer la guerre (d'où la crédibilité de la légende du coup de poignard dans le dos, pour les soldats du front de l'est).

Hélas, les militaires allemands, un peu bornés, n'ont pas compris que cette absence de résistance était causée par la politique, l'effondrement de la monarchie des Romanov, et non par l'incompétence militaire russe. Or, beaucoup de ces jeunes officiers seront généraux 25 ans plus tard et attendront en vain un écroulement de l'armée russe.

De plus, ils ont adopté dans ces steppes russes un comportement colonialiste vis-à-vis des populations qui n'a rien à envier à celui des Belges au Congo.

Tout cela mis bout à bout, les généraux de 1941 sont très réceptifs au discours hitlérien : « L'URSS tombera comme un fruit mûr et nous en ferons une colonie allemande ».

Contrairement à certains nazis d'origine balte et teutonique (Hess, Rosenberg, Himmler, ...), Hitler, d'origine autrichienne et vétéran du front ouest, ne croyait pas que la stratégie de l'Allemagne devait se jouer à l'est.

La pensée initiale d'Hitler est de vaincre la France, de s'arranger avec la puissance maritime, la Grande-Bretagne, et ensuite seulement de se retourner vers la Russie pour conquérir un espace vital.

Sa conversion vers l'est n'est qu'un pis-aller suite à la résistance inattendue de Churchill.

Côté russe, il y a des envies de révolution mondiale. C'est un pur produit de la désinformation soviétique (fort compétente) de croire que Staline est un tyran à l'ancienne et qu'il n'a aucune ambition idéologique.

Mais, d'après la théorie marxiste, la révolution devait débuter dans les pays industrialisés et, manque de pot, c'est la Russie arriérée qui a chopé la queue du Mickey sanguinaire. La révolution allemande s'est réglée dans les rues de Berlin à coups de mitrailleuses et de lance-flammes. Alors, évidemment, ça calme.

L'arrangement

On comprend bien les avantages que les deux parties ont tiré du pacte germano-soviétique d'août 1939. Du temps et la tranquillité à l'est pour l'Allemagne. Du temps et du matériel pour l'URSS.

Mais, est-ce si sûr que le pacte était avantageux, notamment pour l'Allemagne. N'aurait-elle pas mieux fait d'attaquer l'URSS en 1940 ? Et les 300 km de Pologne concédés à Staline n'ont-ils pas manqué devant Moscou en décembre 1941 ?

La stratégie

Fin 1940, la situation d'Hitler est simplifiée : Roosevelt vient d'être réélu et le cabinet anglais n'a toujours pas éjecté Churchill.

Ils ne lui reste plus que deux options :

1) Attaquer en Méditerranée pour essayer d'arriver en Iran et de couper la Grande-Bretagne du pétrole.

2) Attaquer l'URSS pour atteindre la suprématie continentale et assurer un équilibre avec les Etats-Unis.

L'option (1) cumule les inconvénients : elle n'est pas forcément décisive, elle est lointaine et prend du temps, elle laisse le flanc oriental de l'Allemagne à découvert. Et elle n'est pas raccord avec les préférence idéologiques d'Hitler (paix avec les anglo-saxons blancs, guerre raciale contre les slaves).

On remarque (comme certains militaires allemands) que l'option (2) n'est pas non plus décisive. Roosevelt et Churchill n'appuient pas leur résistance au nazisme sur l'URSS.

Hitler est coincé, il a perdu l'initiative stratégique fin mai 1940, sur les sables de Dunkerque, quand il a échoué à obtenir une paix conjointe France / Grande-Bretagne.

La logistique : un problème insoluble

L'armée allemande pendant Barbarossa, c'est 50 000 tonnes de fret par jour.

Le réseau ferroviaire russe est inutilisable à court terme du fait de l'écartement des rails spécifique.

Reste la route, pourrie, même en été.

Le rayon d'action du transport motorisé est le rayon au-delà duquel les camions consomment tout ce qu'ils transportent pour eux-mêmes (pneus, carburant, pièces détachés). Les planificateurs allemands l'évaluent à 400 km, il sera en réalité de 200 km.

Ce n'est pas un problème trivial. L'armée américaine, autrement mieux organisée et mieux équipée, et sur des routes françaises bien meilleures que les routes russes (à l'époque !), tombe en panne sèche en septembre 1944, après deux mois de ruée et 400 km depuis la Normandie. Il lui faut trois mois de pause pour s'en remettre.

Avec son point de vue très américain Eisenhower dit : « Les amateurs discutent stratégie, les professionnels discutent logistique ». D'ailleurs, s'il n'y avait pas eu de Gaulle, les Américains auraient laisser Paris brûler, au nom de ces impératifs logistiques.

La Wehrmacht rameute des camions de toute l'Europe. Elle en a 43 types. Seule solution pour l'entretien : la cannibalisation (il y a peut-être encore des carcasses de Renault et de Berliet au fin fond de la Russie). En conséquence, le nombre de camions utilisables diminue très vite.

La seule manière de résoudre ce problème : le fret maritime. D'où l'importance de prendre Leningrad et son port, Kronstadt. Ou, en septembre 1944, de prendre Anvers, un magnifique foirage de ce connard prétentieux de Montgomery.

La conséquence opérationnelle immédiate de cette logistique limitée est que l'opération Barbarossa démarre avec 153 divisions, soit 11 de plus que pour la France, pour un territoire à conquérir 4 fois plus grand. C'est très insuffisant.

L'état-major passera donc son temps à boucher les trous, transférant sans cesse les unités d'un front à l'autre, ce qui aggrave le problème logistique. Et les voies de communication sont mal gardées, ce qui aggrave ... vous avez compris.

Forces et faiblesses de l'armée rouge

L'armée rouge a deux forces :

1) La doctrine la plus juste de tous les belligérants, celle qui décrit le mieux la guerre telle qu'elle se passera vraiment. Il n'y a pas de bataille décisive entre nations industrielles, mais une guerre d'attrition. Les Russes mènent une réflexion sur l'engagement et le désengagement des forces.

2) L'industrie la mieux adaptée à la guerre, à la fois en qualité et en quantité. Le char T-34 et l'avion Sturmovik sont les meilleurs de leur catégorie.

Elle a deux énormes faiblesses :

1) Un climat épouvantable depuis les purges de 1937-38. Certains officiers donnent des ordres impossibles à exécuter (c'est le cas de le dire) pour avoir en permanence des listes de « saboteurs » à fournir à la police politique.

Jusqu'en 1942, chaque problème sera attribué au sabotage et les responsables fusillés. En plus d'être désastreuse pour le moral et dispendieuse en hommes, cette pratique paranoïaque empêche toute accumulation d'expérience. L'armée rouge repart toujours de presque zéro.

2) Une troupe très médiocre. Beaucoup de soldats ne parlent même pas russe et bien des officiers subalternes ne savent pas lire (alors, lire des cartes ...).

Le non-choix des axes d'attaque

Hitler, comme souvent, a de meilleures intuitions que ses militaires. Il veut une attaque à deux pinces. Une au nord pour conquérir Léningrad et une au sud, pour Kiev et le bassin industriel du Donbass (déjà !).

Halder, son chef d'état-major, préfère attaquer Moscou, alors que Napoléon a prouvé que conquérir Moscou ne règle rien.

Finalement, on se met d'accord sur une cote mal taillée : une attaque sur trois axes, nord, centre, sud, qui a l'avantage de moins encombrer les routes, toujours le problème logistique.

L'armée allemande : génocidaire par nature ?

Jean Lopez a une thèse originale (à mes yeux).

En comparant 1870, 1905 (génocide herrero en Namibie) et 1914, Jean Lopez conclut que l'armée allemande est génocidaire, non par racisme, mais à cause de sa doctrine.

En effet, la combinaison de la recherche systématique de la bataille décisive et de la négligence de la logistique transforme les anicroches et les retards, inévitables à la guerre, en catastrophes, générant frustration et colère de l'armée pseudo-victorieuse, ce qui amène par glissement au massacre de civils.

Lopez rappelle qu'en 1870, la logistique allemande s'est écroulée après Sedan et que la chasse aux francs-tireurs en est résultée.

Entre 1870 et 1945, les Allemands n'ont eu, à chaque problème politique, qu'une seule réponse, militaire. C'est un peu limité, pour dire le moins. A qui n'a qu'un marteau, tout problème est un clou. Et cette solution militaire se résumait trop souvent à « Fusillez ! ».

Il ne faudrait pas beaucoup pousser Lopez pour lui faire dire que la pulsion génocidaire des militaires allemands est le résultat mécanique de leur nullité stratégique.

Donc, oui, l'idéologie raciste d'Hitler a joué un rôle dans les massacres à l'est, mais il n'est pas le seul coupable.

Quand on envisage de s'enfoncer de 1000 km dans le territoire ennemi sur une largeur de 1200 km, se mettre à dos les populations des territoires traversés n'est peut-être pas l'idée la plus judicieuse du monde. Visiblement, cette considération de bon sens purement militaire n'a pas ému grand monde à l'état-major allemand.

Pourtant, une fois qu'on a intégré les problèmes logistiques de Barbarossa, on comprend que la dureté vis-à-vis des populations contient en germe l'échec de cette opération.

On notera que quelques nazis insistent pour qu'un effort soit fait pour rallier les populations, notamment ukrainiennes. Mais ils ne sont pas écoutés, ou trop peu.

La plus grande défaite de l'histoire du renseignement

L'attitude soviétique face à Barbarossa illustre à la perfection la maxime que le renseignement n'est rien, l'analyse est tout.

Le délire paranoïaque de Staline a trois conséquences désastreuses :

1) il ne croit aucun des renseignements humains, redoutant toujours une intoxication. Or, le renseignement technique étant très faible, il ne reçoit que des renseignements humains.

2) il s'attend toujours à ce que les « capitalistes » (Grande-Bretagne, Allemagne, Etats-Unis) fassent alliance contre lui.

3) personne n'ose le contredire.

Sa politique est donc, pour retarder l'attaque allemande, un appaeasement forcené, dont la complaisance ferait passer Chamberlain pour un dur. Par exemple, les soviétiques tolèrent 518 ! survols de leur territoire dans les premiers mois de 1941.

Le 21 juin 1941, Staline refuse la mise en alerte de l'armée russe pour ne pas provoquer les Allemands, malgré les signes aveuglants d'une attaque imminente.

Hitler joue sur du velours. En simulant les préparatifs d'une attaque contre l'Angleterre, il renforce Staline dans son idée que les Allemands ne l'attaqueront pas tout de suite.

La communauté soviétique du renseignement se modèle sur l'attitude du tyran, qui la terrorise : elle a toute la matière qu'il lui faut, mais l'analyse est totalement biaisée. C'est probablement la plus grande défaite de l'histoire du renseignement : refuser activement de comprendre le but du rassemblement de plusieurs millions de soldats à ses frontières.

Notons avec amusement qu'en Grande-Bretagne, il se passe l'inverse exact. Churchill croit très tôt à une attaque allemande contre l'URSS mais sa communauté du renseignement, le prenant pour un amateur brouillon, ne tient aucun compte de son avis et se fourvoie assez longtemps, trompée elle aussi par les leurres d'Hitler. Néanmoins, les deux avis finissent par converger et, en avril 1941, les Britanniques ont une image juste de la situation. Encore une supériorité de la démocratie sur la dictature paranoïaque.

22 juin 1941

L'attaque démarre bien.

Les trois axes d'attaque (Nord, Centre et Sud) ont chacun pour fers de lance 2 ou 3 formations inédites : les groupes panzer qui, chacun, représentent 3 ou 4 fois l'armée française actuelle (!!!), tant en effectifs qu'en matériels (chars, avions. Aujourd'hui, notre armée n'a que 225 chars Leclerc)

Hitler est soulagé. Loin du triomphalisme affiché en public, il vivait dans l'angoisse depuis quelques semaines.

Staline, lui, est tétanisé. Commencent les jours les plus étranges de l'histoire de l'URSS : plus de son plus d'image du Vojd, le guide suprême, dont un seul mot faisait trembler de terreur. Il se réfugie dans sa datcha. L'URSS est sans direction. Deux longues semaines avant le premier discours public de Staline. Il est surtout occupé, comme à son habitude, à fuir ses responsabilités et à faire fusiller les « traitres ».


Les Russes sont encore plus nombreux que les Allemands mais sans profit. Le bordel russe a un effet paradoxal : les troupes sont si peu concentrées, tellement dispersées au petit bonheur la chance, que les Allemands font moins de prisonniers qu'espéré.

D'une manière générale, les transmissions russes, au sol et en l'air, sont épouvantables, au point que les miliaires passent par le réseau téléphonique civil. La Luftwaffe bombardent systématiquement les postes de village et l'armée rouge se retrouve quasiment sans communications.

Du côté de l'aviation, c'est un triomphe allemand total. Les agresseurs ont fait un choix radical qui va se révéler payant au delà de toutes les espérances : pas d'appui-feu pour les troupes d'assaut, toute l'aviation concentrée sur la défaite de l'aviation ennemie.

Dans la première matinée, 85 % de l'aviation russe dans le rayon d'action allemand est détruite, principalement au sol. Le désastre est si énorme que le NKVD fusille des généraux dans l'après-midi, d'autres se suicident.

Pourquoi ? D'abord, une excellente météo Et, surtout, la faiblesse des transmissions russes a induit un phénomène mortel : les avions sont concentrés sur les aérodromes où la radio fonctionne.

Les aviateurs russes sont tellement ineptes qu'ils inventent le taran : l'éperonnage des avions ennemis.

Cette catastrophe initiale a un effet bénéfique à long terme : l'armée rouge finit par être entièrement équipée de matériel dernier cri, mais, entre temps, il a fallu tenir.

Le même jour, Churchill fait un  discours exceptionnel, un de ses meilleurs. Sans renoncer à son anti-communisme, il explique pourquoi il soutient l'URSS sans réserves. Même pour un paranoïaque comme Staline, c'est limpide.

L'exploit soviétique

La logistique militaire russe est aussi foireuse que l'allemande.

En revanche, question logistique industrielle, chapeau !

En quatre semaines, des millions d'ouvriers (le principal soutien sociologique du régime) travaillant jour et nuit déménagent vers l'est des centaines d'usines, des millions de tonnes de machines-outils, des dizaines de milliers de trains.

C'est un énorme bordel, mais ça finit par se faire.

La persécution des ingénieurs est organisée de manière originale : les bureaux d'étude sont installés directement au goulag. C'est le cas par exemple du bureau d'étude Tupolev. Paradoxalement (ou pas ?), cela leur assure une certaine tranquillité.

Les Russes mourront de faim, mais pas de manque d'armes.

On notera que c'est le seul domaine où Staline a donné une consigne intelligente : « Que nos matériels ne soient pas les meilleurs importe peu (ils l'étaient souvent), qu'ils soient simplement bons, mais faciles à produire ».

Le pal

Pour les Allemands, Barbarossa, c'est le supplice du pal. Au début, ça va. C'est après que ça se gâte.

Malgré le triomphe militaire, l'effet politique est raté : le ralliement de certaines populations (les « ukronazis » ne sont pas une légende) ne suffit pas, le régime soviétique tient bon. Les Allemands n'ont pas compris que vingt ans d'industrialisation par la terreur ont créé des couches sociales qui ont intérêt à ce que le régime perdure. Le racisme de l'envahisseur fait le reste.

Les Allemands perdent toutes chances de gagner la guerre à l'est fin juin 1941, au bout d'une semaine d'offensive, au moment de leur plus grande euphorie. Ils perdent trop de temps à fermer des encerclements sans intérêt stratégique, alors que la route de Leningrad est ouverte et celle de Moscou pas loin d'être dans le même état.

Faire des millions de prisonniers, c'est rigolo, mais à quoi cela sert-il ? Alors que la maitrise de Leningrad changerait le cours de la guerre.

Comment les Allemands ne sont pas totalement idiots, ils comprennent le problème, mais ils n'arrivent pas à s'en dépêtrer.

Encore et encore ...

A la mi-juillet, se pose à nouveau la question stratégique non tranchée. Quelle est la priorité ? Leningrad et son port ? Moscou, son gouvernement et son noeud de communication ? Le bassin du Donbass et les pétroles du Caucase ?

Et, faute de décision claire, les Allemands commettent des erreurs sur les trois axes :

1) Au nord, ils se divisent, ce qui permet aux Russes de sauver Leningrad.

2) Au centre, les Russes arrivent à ralentir les Allemands et sauvent Moscou.

3) Mais l'erreur la plus grave est au sud. Par peur d'une bataille urbaine couteuse, les Allemands renoncent à prendre Kiev, ce qui aurait ouvert à la fois la route de Moscou par le sud et la route du Caucase. par le nord. Ils préfèrent un encerclement en terrain libre, sans conséquences stratégiques. Un peu comme un enfant qui préfère un bonbon tout de suite plutôt que dix bonbons plus tard.

Des généraux allemands protestent, mais sans résultat.

En plus de l'armée « normale » (c'est-à-dire à pinces et à bourrins), les Allemands n'ont que 4 corps panzers (dont je vous rappelle que chacun fait entre 3 et 4 fois l'armée français de 2022) alors qu'il en faudrait 2 de plus. Mais ils n'auraient pas eu les moyens de les ravitailler.

L'automne arrive

A l'automne 1941, les Russes sont dans la position de Churchill en juin 1940. Ils n'ont pas gagné la guerre, mais ils sentent qu'ils se sont débrouillés pour ne pas la perdre.

L'armée allemande a pris de mauvaises habitudes et est maintenant ouvertement génocidaire. La distinction mauvais Einsatzgruppen et bonne Wehrmacht est oiseuse et date des nécessités de propagande de la guerre froide, où bon nombre de généraux hitlériens ont été recyclés par les Américains.

L'atmosphère dans l'armée soviétique est toujours épouvantable (une simple conversation technique entre collègues, dénoncée par l'un d'eux, peut vous faire fusiller) mais le paroxysme de la crise est passée.

C'est hélas compter sans Hitler.

Par une intuition confondante, qui ridiculise les militaires de carrière, il saisit la petite chance opérationnelle qui se présente. Toujours en conflit avec son état-major, qui veut foncer droit sur Moscou, il réussit, sous divers prétextes, à distraire des troupes vers le nord et vers le sud.

Guderian s'infiltre dans une faille du dispositif soviétique, Hitler le soutient. Les généraux russes n'osent pas annoncer à Staline le désastre en gestation et aucune mesure préventive n'est prise. Kiev est encerclée, avec des chiffres qui donnent le tournis : 650 000 prisonniers, dont 13 généraux, des milliers de chars.

Fin septembre, Leningrad est encerclée, la route de Moscou est ouverte, Kiev est finalement prise (mais avec un mois de retard sur ce qui était nécessaire) et la supériorité numérique soviétique a disparu. Mais il est déjà trop tard dans la saison, le temps perdu ne se rattrape jamais. Le non-choix stratégique aura plombé toute la campagne allemande.

Les Russes renoncent enfin à cette folie des contre-offensives hâtives et mal montées qui ouvrent des portes aux Allemands. Ils inaugurent la défense en profondeur qui fera leur succès à Koursk en 1943 : plutôt que d'arrêter de vive force les offensives blindées, les user par des champs de mines et par des obstacles, par du harcèlement. Cette tactique raisonnable fera leur succès à Koursk en 1943.

Les généraux allemands survivants chargeront Hitler, en disant que le triomphe de Kiev a préparé l'échec devant Moscou, en retardant l'offensive centrale. Les historiographes reprennent cette thèse anti-hitlérienne bien pratique pour dédouaner les généraux.

Elle est en réalité très fragile. Un examen minutieux montre qu'il était déjà trop tard et que, de toute façon, l'offensive vers Moscou n'aurait pas été possible sans la victoire préalable en Ukraine.

Leningrad et Moscou : les mouroirs hitlériens

Décision unique dans l'histoire : Hitler décide, obéi par la Wehrmacht (non, l'armée allemande n'était pas « propre »), d'encercler Leningrad et Moscou et de refuser toute reddition, afin de faire mourir de faim tous les habitants. D'habitude, on affame les villes pour obtenir leur reddition, pas pour liquider leurs habitants.

Bien sûr, devant Moscou, l'échec est total. Mais, à Leningrad (3 millions d'habitants), les Allemands essaient (3 millions de morts, visiblement, ça ne tracasse pas le preux soldat teuton). 800 000 Léningradois mourront de faim, malgré les efforts des Soviétiques (qui font tout de même passer les besoins militaires en premier).

Peut-être cela vous aide-t-il à mieux comprendre la haine des Russes pour les Allemands. Le monde se porterait mieux si l'Allemagne n'existait (les Allemands redeviendraient des Bavarois, des Saxons, des Wurtembergeois ... et alors ?).

Moscou, l'offensive de trop

Si les Allemands avaient figé leur position fin octobre, leur situation était excellente. Ils avaient raté leur coup stratégique, mais avaient engrangé des gains massifs.

Malheureusement pour eux (et heureusement pour nous), ils ont tenté le coup de trop.

Au début, c'est le cinéma habituel : les Russes sont positionnés en dépit du bon sens, ils ne communiquent pas entre eux et, de toute façon, n'osent pas faire remonter les mauvaises nouvelles. Les Allemands atteignent le ratio de pertes fantastique de 1 pour 18.

Mais, l'inconvénient d'attaquer un noeud de communication comme Moscou, c'est qu'il communique (bien ouais). Malgré la panique à Moscou, les trains de renforts ne cessent d'arriver de l'est.

Début novembre, le général Halder, chef de l'OKH, est face à une décision cruciale (depuis mi-octobre, Hitler a lâché le manche : il a compris qu'il ne gagnerait pas la guerre cette année-là, et même pas du tout : je suis persuadé qu'il a compris plusieurs mois, voire plusieurs années, avant ses généraux que la seule stratégie possible restante était d'essayer de diviser les Alliés).

Or, d'après Lopez, Halder est victime du « syndrome de la Marne ». A cause de leur nullité stratégique (je sais, je radote, mais c'est important à comprendre), les généraux allemands (lieutenants ou capitaines d'état-major, à l'époque) ont mal interprété notre victoire de la Marne.

Ils pensent qu'ils ont manqué d'énergie dans l'application d'un plan parfait, alors que c'est le contraire qui est vrai. Le plan Schlieffen était entaché d'une grave erreur qui le condamnait à l'échec face à des troupes bien commandées (ce qui était le cas de notre armée de 1914) : vouloir tout, tout de suite, avec des moyens insuffisants pour cet objectif.

Dans la doctrine allemande, on gagne la guerre dans le dernier quart d'heure, dans le dernier effort (c'est raccord avec le mot de Clemenceau : « Celui qui gagne, c'est celui qui ne s'avoue pas vaincu un quart d'heure de plus que l'ennemi. »). Ca peut marcher face à des troupes mal commandées (Autriche 1866, France 1870 et 1940). Mais face à des troupes pas trop mal commandées (France 1914, URSS 1943) ou disposant d'une profondeur stratégique quasi-infinie (Russie 1941), la machine finit par caler.

Pour Halder, tous les signaux sont au rouge : sa force de combat est tombée à un tiers de ce qu'elle était 3 mois plus tôt, les problèmes de ravitaillement sont insolubles (à Guderian qui réclame de l'essence, on répond « Va la chercher à Varsovie » à 1500 km !), l'hiver arrive et l'ennemi se renforce.

La simple sagesse, le jugement professionnel, auraient du le conduire à prendre une posture défensive. C'est ce que ces généraux lui disent ... sauf Von Bock, le chef du groupe d'armées Centre.

Pris par l'hubris, il ordonne un dernier coup de collier visant à conquérir un territoire grand comme une fois et demi la France. Evidemment, c'est l'échec total, un cadeau inespéré pour les Russes.

Ni Napoléon ni les Allemands n'ont été vaincus par l'hiver, mais par leur propre aveuglement, leur incapacité à prendre en compte ce phénomène archi-connu et prévisible. A la guerre, il y a des coups du sort funestes. L'hiver en décembre en Russie n'en est pas un. Napoléon et la Wehrmacht auraient sagement hiverné à Smolensk, le cours de l'histoire en était changé.

La paranoïa de Staline

La paranoïa délirante de Staline (Hitler parait équilibré en comparaison !), son mépris d'acier de la vie humaine et son dédain absolu des réalités opérationnelles (espace, temps, fatigue, mouvements de l'ennemi ...) expliquent le gigantisme des pertes russes.

Des dizaines d'offensives stupides, vouées à l'échec, impliquant chaque fois des centaines de milliers d'hommes, ont été ordonnées par des généraux terrifiés à l'idée de contredire Staline.

Il est vain de donner des chiffres mais l'hypothèse que, sur les 26 millions de morts russes de cette guerre, la moitié est due à la folie de Staline et aurait pu être évitée n'est pas invraisemblable.

Alors pourquoi Staline n'a-t-il pas été renversé ? Tout simplement parce que l'Etat bolchevique tournait autour de lui, le tyran générant autour de lui une cascade de sous-tyrans, de sous-sous-tyrans, etc. suivant le schéma classique si bien décrit pas La Boétie.

La paranoïa d'Hitler

La vie est beaucoup plus agréable pour les Allemands (sauf les juifs) sous Hitler que pour les Russes sous Staline.

Mais la paranoïa d'Hitler les a quand même tués.

Du point de vue allemand, la clé de cette campagne, c'est la maitrise des arrières. La paranoïa judéophobe leur fait constamment considérer les juifs rencontrés comme des ennemis à exterminer et, par extension, les Russes aussi.

Il se trouve qu'un général allemand a essayé autre chose. Le général Rudolf Schmidt donne des ordres pour limiter les exactions et se concilier la population. Il est le seul à faire condamner deux soldats pour avoir battu à mort un civil russe. Et cela fonctionne : les commissaires politiques communistes sont dénoncés par la population et des hommes s'engagent aux côtés des Allemands.

La crainte de Staline de voir la population se retourner contre le régime n'était donc pas infondée. Si les Allemands avaient vraiment essayé d'obtenir l'adhésion ou, au moins, la neutralité, des 50 millions de Russes dans les territoires conquis, la face de la guerre en était changée.

Mais non, ces salauds ont persisté à maltraiter la population, menant à leur propre ruine.

Jean Lopez attribue une partie de cette cécité politique au manque de culture coloniale de l'armée allemande : indépendamment de toute considération morale (qui compte aussi, bien sûr), on n'imagine effectivement pas un Lyautey ou un Robert Clive se comportant de manière aussi primaire !

Deux délires paranoïaques en guerre l'un contre l'autre

Quand on lit des récits de la vie sous Staline, les cheveux se dressent sur la tête. Comment des millions d'hommes ont-ils pu supporter une telle folie paranoïaque qui pourrissait chaque seconde de la vie ?

Les Russes ne pouvaient guère faire autrement qu'obéïr, mais on comptit à leur souffrance infinie.

Pour excuser les Allemands, on dit que ce qu'ils ont fait, n'importe quel peuple dans des circonstances similaires auraient fait pareil. Peut-être. Ou peut-être pas. En tout cas, ce qu'ils ont fait, ce sont eux qu'ils l'ont fait et personne d'autre (à part quelques Polonais et quelques Ukrainiens, Italiens, Hongrois et Roumains).

La Finlande

A côté de ces monstres de paranoïa, concluons sur ceux qui ont eu une attitude fine et intelligente, aux antipodes du délire des deux grands dictateurs.

Ce pays de 3,5 millions d'habitants est allié de l'Allemagne sans subordination. Elle humilie en 1940 une armée soviétique 4 fois plus nombreuse mais sait arrêter les frais à temps. Elle ne peut entretenir très longtemps une armée de 400 000 hommes.

Les dirigeants finlandais analysent très tôt les faiblesses de l'armée allemande triomphante. La Finlande aide donc les Allemands avec un zèle tout à fait modéré, ce dont les Russes sauront prendre bonne note. La Finlande sait être assez forte pour décourager de l'attaquer et assez modérée pour ne pas donner envie de l'attaquer.

A la fin, elle fait même un bout de guerre à l'Allemagne pour libérer une partie de son territoire un peu trop occupé.

La Finlande, coincée entre les géants, se sort remarquablement de la seconde guerre mondiale.

Son industrialisation (Nokia et compagnie) est provoquée par la nécessité de payer les indemnités imposées par les Soviétiques.

On aimerait bien aujourd'hui que nos Macron, Johnson, von der Leyen et compagnie montrent la même intelligence de la situation. Ne retenons pas trop notre souffle.

Quant à espérer une Ukraine ayant la sagesse de la Finlande, inutile même d'y penser.




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Pour Kharkov 1942, c'est beaucoup plus rapide : dernière grande défaite des Russes, qui ouvre la porte de Stalingrad, et donc de la première grande victoire des Russes.

« Offensive défensive » russe, mal pensée, mal préparée, mal exécutée, que les Allemands contre-attaquent de manière fracassante.

Fait remarquable : Staline punit légèrement les généraux vaincus, il ne les fait pas fusiller, ni déporter, contrairement à ses habitudes. Il a fini par comprendre que la terreur constante nuisait à l'efficacité.