jeudi, septembre 15, 2022

L'internationale nazie (A Bilheran)

 Cet opuscule complète The psychology of totaliarianism, de Mattias Desmet, dont le principal défaut est de ne faire aucune place à la perversité des dirigeants et à la fabrique du consentement. Ariane Bilheran reprend l’intuition de Jacques Ellul en août 1945. 

Hitler a perdu la guerre militaire mais a gagné la guerre politique, il a imposé subrepticement sa vision de l’homme comme moyen et non comme fin.

On sait bien que les anciens nazis ont peuplé les organismes internationaux : CEE, OTAN, ONU … Et que des descendants d'anciens nazis les peuplent toujours.

La question est : quelle part de l’idéologie nazie ont-ils apporté dans ces organismes ?

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont combattu le nazisme (1) au nom de leur libéralisme. Le feraient-ils encore aujourd'hui ? J’ai un gros doute.

Depuis 2012, la Russie dépose tous les ans à l'ONU une motion condamnant la glorification du nazisme. Les USA et l'Ukraine, les autres pays occidentaux s'abstiennent.

Ariane Bilheran, inspirée par un passage d'Hannah Arendt (je suis toujours méfiant vis-à-vis d'Hannah Arendt : je n'oublie jamais qu'elle a été l'élève, la maitresse et la passeuse d'idées d'un nazi pur sucre), écrit que les nazis ont délibérément sacrifié l'Allemagne pour pouvoir se disperser dans le monde entier.

C'est leur attribuer des capacités de sang-froid et d'anticipation surhumaines, c'est absurde, c'est du roman. Cela lui fait écrire de grosses conneries (Martin Bormann a survécu, le sigle de l'OTAN est inspiré par un sigle SS, ...).

La vérité est plus prosaïque (rasoir d'Ockham) : dans la panique générale de 1945, les nazis ont pu improviser et sauver de petits bouts parce qu'ils avaient à leur service l'organisation de l'Etat allemand.

Ariane Bilheran passe donc complètement à côté du sujet, qui est celui des accointances des idées nazies avec la modernité, qui leur ont permis de survivre aisément à travers quelques personnes bien placées, nazis très mollement repentis ou leurs descendants, justement sans avoir besoin de complot machiavélique.

Elle aurait pu développer sur Henry Ford et Charles Lindbergh, à la fois parangons de modernité et authentiques nazis. Ou IBM. Ou encore sur les affinités antre la pulsion anti-humaine des écolos et le nazisme. Ou sur la persistance de la haine du catholicisme.

Elle parle de Bill Gates, dont le père était copain comme cochon avec Margaret Sanger, fondatrice du Planning Familial, eugéniste folle, qui a eu des rapports très ambigus avec le nazisme. Elle parle de George Soros, jeune juif qui a participé à l'extermination d'autres juifs. Mais c'est très insuffisant.

Bref, c'est la première fois que je trouve qu'Ariane Bilheran manque de finesse et d'intelligence. Elle est influencée par sa vie en Amérique du Sud, où on croit à ses théories, dommage.

Ceci étant dit, oui, le nazisme est plus vivant que jamais : le soutien fanatique des gouvernements occidentaux aux Ukrainiens quelque peu nazis en témoigne tous les jours. Sans compter l'implémentation toujours plus avancée des idées nazies dans notre quotidien (eugénisme, euthanasie, transhumanisme, biologisme, société de contrôle, technocratie, haine du catholicisme, judéophobie, islamophilie, etc.).


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(1) : Une légende m’agace : les Anglo-Saxons auraient attendu la victoire de Stalingrad pour s’engager franchement contre le nazisme et aux côtés de l’URSS. C’est tout simplement faux.

Je rappelle quelques faits :

1) Les Britanniques décident de continuer la guerre sans les Français (ou plutôt, de ne pas rechercher la paix avec Hitler) la dernière semaine de mai 1940 (Five days in London, de John Lukacs).

2) Juillet 1940, après Mers-El Kébir, avant sa réélection en septembre, Roosevelt reprend sa correspondance secrète avec Churchill.

3) Mars 1941 : la loi prêt-bail bénéficie aux Britanniques. 4) 22 juin 1941, le discours de Churchill de soutien à l’URSS est sans ambiguïtés . Le premier convoi de matériel arrive à Mourmansk en juillet 1941.

Je n’ignore pas que :

1) Les USA sont entrés en guerre au bout de deux ans et demi et ont asséché l’or de la Grande-Bretagne. 

2) Le débarquement en France a été retardé (à juste raison, à mon avis) et que cela a laissé le temps aux Soviétiques de saigner les Allemands.

3) Plus anecdotique mais révélateur pour aujourd’hui. La Banque des Règlements Internationaux (la BRI) a maintenu en Suisse le contact entre Américains et Allemands, au point que le sénat américain a demandé sa dissolution en 1945. Les défenseurs de la BRI ont répondu « D’accord, mais il y a plus urgent, plus prioritaire. » et la BRI existe toujours en 2022.

Bref, l’Amérique et la Grande-Bretagne ont bien lutté sincèrement contre le nazisme (même s’il y a eu d’autres courants dans les cercles de pouvoir, ils n’ont pas prévalu).

mardi, septembre 13, 2022

The psychology of totaliarianism (Mattias Desmet)

 J'ai découvert Mattias Desmet, comme Ariane Bilheran, par ses videos sur le délire paranoïaque covidiste.

Si vous ne connaissez pas ces deux noms, il vous manque quelque chose pour comprendre ce que nous vivons depuis 2020.

J'ai lu Hannah Arendt et quelques autres mais jamais rien d'aussi clair sur le totalitarisme (et concis : 190 pages, écrit gros).

Le totalitarisme, aboutissement des Lumières

Le totalitarisme consiste à réduire l'homme à ses besoins matériels, à nier ses besoins psychologiques et spirituels. En conséquence, à en faire un objet atomisé, dépourvus de liens. L'homme n'étant que matière, il n'y a qu'une source de connaissance de l'homme possible : la science (mais une fausse science, amputée de ses contradictions et de ses doutes).

Le totalitarisme est l'aboutissement logique des Lumières.

Cette affirmation est si tranchante qu'elle mérite vérification.

Oui, la modernité détruit systématiquement tous les liens des hommes : famille, village, nation, religion, culture. Aujourd'hui, elle s'attaque même à ses liens avec la nature : le sexe, l'âge, la vulnérabilité, la maladie, la mort (le COVID nous a appris que, pour certains, il vaut mieux être mort que malade).

Oui, cette affirmation est valable pour les 3 totalitarismes dûment identifiés : le communisme, le nazisme et l'hygiénisme (le covidisme n'en est qu'une variante. J'ai tendance à classer l'écologisme comme une variante de l'hygiénisme. On peut en discuter).

Oui, pour le proto-totalitarisme qu'est la Terreur, un peu moins pour les anabaptistes de Münster ou pour l'empire romain.

Ce n'est guère réjouissant : tant que nous ne sortirons pas de la modernité, nous sommes condamnés à toujours glisser vers la totalitarisme.

Grande Science, Petite Science

La Grande Science, c’est celle de la Renaissance, qui doute, qui cherche et qui découvre, en se confrontant au réel, qui a permis le formidable progrès technique des quatre derniers siècles. Elle se heurte au mur de la subjectivité avec la physique quantique : l’observateur modifie le phénomène observé.

La Petite Science, c’est celle d’aujourd’hui, qui affirme, qui assène, qui ne doute pas. Et qui ne trouve rien. C’est celle des No Fake Meds, des dogmatiques et des charlatans de plateaux télés. Elle se heurte au mur de la subjectivité avec la revue par les pairs : il faudrait que les pairs soient dénués de biais, d’affections, de conflits d’intérêts, ce qui est inhumain et n’arrive jamais.

C'est le culte du cargo scientifique. Comme les iliens mimaient l'aéroport avec des radios en bois pour faire venir les avions chargés de vivres, l'histoire, la sociologie, l'économie, la biologie ... miment les sciences mais n'en sont pas.

La mauvaise science chasse la bonne.

John Ioannidis est un cas : c’est un des chercheurs les plus cités dans son domaine, même Raoult s’écrase devant lui, c’est dire.

Comment Ioannidis est-il devenu une star ? En publiant Why Most Published Research Findings Are False. Une bonne moitié des études publiées revues par les pairs sont biaisées, non-reproductibles, entachées d’erreurs méthodologiques ou statistiques graves, bref ne valent rien.

Et c’est Ioannidis qui, dès mars 2020, a sorti un papier disant que le COVID n’était pas une épidémie exceptionnelle et identifiait les catégories à risque (Laurent Toubiana a fait la même chose en France). Les abrutis lui sont tombés dessus sur le thème « Sa célébrité lui est montée à la tête, Ioannidis est devenu fou ».

Le point fondamental de Desmet est que mesurer le vivant est une méthode très limitée, que la Petite Science est un fétichisme absurde des chiffres et qu’elle a pris la place de la Grande Science. Dans l’histoire du COVID, deux chiffres seulement comptent : létalité globale 0,2 %, âge médian des morts 84 ans. Il n’y a pas besoin de chiffres pour savoir que les confinements sont stupides, les masques inutiles et les injections immorales.

Modernité, aliénation et bullshit jobs

La modernité est une aliénation (a-liénation : rupture des liens). Chaque progrès technique, chaque confort nouveau, a rompu un lien social ou un lien avec la nature.

Un paysan du XVIIème siècle avait des liens sociaux beaucoup plus nombreux et diversifiés qu'un citadin du XXIème. Quant aux liens avec la nature, ça fout la honte d'en parler : le bobo vegan sur sa trottinette électrique a une connaissance personnelle de la nature réduite à zéro et en entretient une vision qui serait comique si elle n'était pas suicidaire.

La vie de l'homme du XXIème est dénuée de liens forts, elle n'a donc plus aucun sens.

D'où le succès des bullshit jobs. A vie dépourvue de sens, métiers dépourvus de sens.

Certains ont fait le raisonnement court que les bullshits jobs étant non-rentables, ils allaient disparaitre. Mais non : les sociétés sont dirigées par des managers pour qui il est plus important d'entretenir leur classe de parasites que d'être rentables.

Ca explique pourquoi les métiers qui ont encore un sens, genre paysan ou infirmière, sont si mal payés, c'est la vengeance de la société aliénée : « Vous, au moins, votre métier a un sens. Vous ne voudriez pas en plus qu'il soit bien payé ? ».

Une société aliénée, où les individus sont désocialisés, est une société sans confiance. Une société sans confiance est une société  pleine de procédures et de procéduriers, de contrôles et de contrôleurs, pour tenter de pallier l'absence de confiance entre les individus. Et c'est inflationniste, car les contrôles sont toujours insuffisants à remplacer la confiance perdue, il en faut toujours plus.

Le modèle n'est pas le réel

Le modèle n'est pas le réel, spécialement dans un domaine : les relations sociales.

Les réseaux dits sociaux miment les relations sociales mais n'en sont pas. Ce sont en vérité des relations virtuelles. Comme dit un psy spécialisé, nos esprits font semblant d'être ensemble mais nos corps savent que c'est faux.

C'est très important, notamment pour les jeunes mais pas seulement : si vous ne comptez que les vraies interactions sociales, c'est-à-dire en chair et en os, elles sont devenues très pauvres.

Alors pourquoi les relations sociales virtuelles sont-elles si attractives ? Parce qu'elles sont sécurisantes, vous contrôlez beaucoup mieux l'image que vous donnez de vous que dans la vie réelle.

L'obsession du contrôle

L'obsession du contrôle découle naturellement de la société mécaniste où on croit qu'il est possible de tout contrôler, que c'est bien et qu'on doit le faire.

Desmet pense qu'on est à deux doigts que la grossesse naturelle soit mal vue parce que la grossesse artificielle dans un utérus en plastique est plus facile à contrôler donc moins risquée (d'après le raisonnement du tout-contrôle). Quels mauvais parents refuseraient de donner une chance supplémentaire à leur enfant en diminuant les risques ?

Avant de me dire que Desmet exagère, rappelez vous que c'est exactement le raisonnement qu'on tient pour la muselière anti-COVID :  « Quoi ! Tu refuses la muselière parce que c'est inhumain et anti-social ? Donc tu refuses de faire baisser de quelques % le risque de contamination de ton voisin sous de fallacieux prétextes philosophiques ? ».

Dans la société du contrôle, l'humanité n'a aucune importance, c'est un accessoire, une décoration, pire, une gêne, un obstacle. Au moment de prendre une décision « en responsabilité » (comme ils disent), elle n'existe pas, elle n'entre pas dans les calculs. Et si on peut lui foutre au passage un bon coup de tatanne dans la chetron, ce n'est pas plus mal.

La recherche d'un maitre

Il y a une relation profonde entre narcissisme et insécurité. Contempler sa propre image est la manière fondamentale de se rassurer, et cela échoue toujours. Le narcissisme et l'insécurité se nourrissent l'un l'autre en un cercle vicieux. Il est logique que notre époque narcissique jusqu'à la folie, jusqu'au ridicule, soit aussi extraordinairement inquiète et s'invente des peurs fantasmatiques.

Pour briser ce cercle vicieux, il suffit d'arrêter de se contempler le nombril et d'adopter un certain fatalisme. « Il suffit », car ce n'est pas si compliqué, c'est ce qu'on fait avant nous des générations d'hommes nombreuses comme les feuilles d'automne.

La narcissisme induit une inflation de règles : « Quelles règles dois-je suivre pour améliorer mon image vis-à-vis de papa-maman ? ».

Cala se marie très bien avec l'obsession du contrôle, qui est fondamentalement l'obsession de la santé, la peur non-maitrisée de la mort. Elle est épuisante puisque condamnée à l'échec : on ne contrôle jamais assez et puis on finit quand même par mourir.

Pour reprendre mon exemple du paysan du XVIIème siècle, je me souviens avoir lu un décompte (qui vaut ce qu'il vaut) qu'un homme du XXIème siècle est soumis à 1000 fois plus de règles. En tout cas, Desmet dit que les emplois administratifs, services et management sont passés de 20 % en 1840 à 80 % en 2020. 

Netflix stipule qu'un croisement de regard entre employés de sexes opposés ne doit pas durer plus de 5 secondes et qu'un employé ne peut demander son numéro de téléphone à un autre employé qu'après lui avoir demandé la permission ... de lui demander son numéro de téléphone.

Une différence importante entre les règles des sociétés traditionnelles et nos règles est la stabilité. Les règles traditionnelles sont quasi-immuables alors que les nôtres changent plus vite qu'il ne faut de temps à Manu pour se faire défoncer par Jean-Mimi.

Cette société est si étouffante que la hausse continue des suicides et de la consommation de drogue parait logique. L'ultime « progrès » de la société mécaniste est la machine à euthanasie : vous pressez sur un bouton pour mourir.

Et le narcissisme pathologique a aussi un autre effet : diminuer l'empathie, rendre la société plus violente.

Toute cette anxiété génère la demande d'un maitre à qui déléguer ses responsabilités. Mais ce maitre est investi d'une mission impossible, réduire les incertitudes de la condition humaine.

Résumons à mi-parcours de ce billet où nous en sommes :

Grande Science => Petite Science => Réduction du savoir à ce qui est mesurable => Négation de ce qui n'est pas mesurable, c'est-à-dire l'essentiel => Désocialisation => Cercle vicieux narcissisme/anxiété => recherche d'un maitre.

Naissance de la foule

Tout d'abord, un point de vocabulaire. Desmet parle de mass formation. Je trouve la traduction littérale formation de masse disgracieuse. J'emploierai donc, en hommage à Gustave Le Bon, naissance de la foule.

La foule est bien connue depuis le Bon : c'est un être unique qui a l'âge mental d'un enfant.

Les individus qui la composent perdent leur identité et deviennent cons comme des bites, même (surtout) s'ils étaient très intelligents avant. Ils sont prêts à croire vraiment n'importe quoi, pourvu que ça soit basé sur le sentiment. Trait remarquable : ils sont prêts à se sacrifier sans aucune considération de rationalité, ils y prennent même plaisir.

Quatre conditions pour la naissance de la foule :

1) La désocialisation. Il y a environ un tiers de la population des pays occidentaux qui se dit isolée. C'est énorme. Dans une société traditionnelle, c'est quelques pourcents.

2) La perte du sens de la vie. Très lié au point 1), puisque le sens de la vie est lié au rapport à l'autre. Comme disait Vaclav Havel, le plus dérangeant n'est pas que l'homme occidental ne connaisse pas le sens de la vie, c'est qu'il se pose de moins en moins la question.

3) Une angoisse flottante, sans objet. C'est aussi bien documenté, le moderne vit dans la peur (du réchauffement climatique, de l'insécurité, du chômage, de la panne sexuelle ...).

4) Une agressivité latente. C'est le point qui me gêne le plus. Le moderne est-il particulièrement agressif ?

On comprend pourquoi, dès qu'un object d'hostilité (le bourgeois, le juif, le virus, etc...) vient cristalliser tout ce qui est latent, c'est un soulagement pour les zombies et qu'ils y tiennent comme des morts de faim. Ils forment alors une foule.

Soudain, ils ne sont plus seuls, ils sont unis avec d'autres crétins comme eux contre le même ennemi, leur vie a un sens, leur angoisse et leur agressivité trouvent un exutoire. C'est très manifeste avec le COVID, certains jouissent littéralement de leur rôle de petit flic de la muselière et de « protéger les autres ».

C'est pourquoi les hypnotisés du délire paranoïaque collectif (c'est cela une foule) sont prêts à croire et à faire n'importe quoi pour manifester leur appartenance.

Ils ne tiennent pas à l'idée du groupe parce qu'elle est vraie mais parce qu'elle permet de faire corps. C'est même pire que cela : plus l'idée est absurde, mieux c'est, parce l'absurdité montre qu'on n'y adhère pas par l'usage égoïste de sa raison individuelle mais par solidarité avec le groupe.

Absurde, mais ostensible, et même ostentatoire, puisque le but est de manifester spectaculairement son appartenance au troupeau des hypnotisés. Problème avec le ‘vaccin’ : ça ne se voit pas. D’où les selfies de crétins avec leur sparadrap. Mais le paSS a réglé tout ça, c’est une manifestation bien ostentatoire d’appartenance pour les veaux. 

Même chose pour les rituels, omniprésents dans les délires paranoïaques. Qui n'a pas vu un collègue,  un chef de service ou un PDG se livrer aux grotesques « gestes barrières », qui feraient honte à un enfant de dix ans, ignore le sens actuel du mot « avilissement ».

Ce grégarisme explique pourquoi certains sont prêts à se sacrifier absurdement : ce sentiment artificiel de solidarité est si satisfaisant que les plus vulnérables sont prêts à mourir pour le faire durer, plutôt que de retourner à leur ancienne vie vide de zombie. Voir les rituels sacrificiels du délire carbophobe.

Petit hic : tout cela est artificiel. Dans la vraie vie, il n'y a jamais un seul ennemi, un seul problème, on n'est jamais solidaire de tout le monde. Donc il faut toujours en faire plus, pour ne pas se retourner, pour ne pas se remettre en cause. Ceci explique pourquoi la révélation des fraudes du covidisme et du réchauffisme « n'imprime pas » (en plus de la corruption bien réelle de la presse).

Le bouc-émissaire est la marque de la foule, de la masse, c’est ce qui la distingue du rassemblement (mais un rassemblement peut très facilement se transformer en foule).

Desmet est très ferme sur ce point : l'éthique. La naissance de la foule est un hypnotisme. De même qu'on n'arrive pas à faire faire un geste non-éthique à un hypnotisé qui a une éthique, la foule n'arrive pas à faire faire des choses non-éthiques à quelqu'un qui a une éthique (voir Des hommes ordinaires).

En ce sens, la foule est un révélateur. Un type que vous avez cru bien se comporte comme un salaud en temps de COVID ? Il n'a pas changé, c'est qu'au fond c'était un salaud mais qu'en temps ordinaire, il savait le dissimuler.

Presque tout le monde se comporte comme un salaud dans une foule ? C'est la triste vérité des hommes et elle n'est pas belle à voir.

Le chef des masses

Contrairement à Ariane Bilheran, Desmet pense que le chef des masses n'est pas forcément un psychopathe (même si, évidemment, il peut l'être). Ce point me gêne terriblement, comme si nous n'avions pas été consciemment manipulés depuis de nombreuses années.

C'est quelqu'un qui s'auto-intoxique encore plus que les autres.

La foule suscite le chef plus que l'inverse. Il n'est donc pas étonnant que la foule covidiste ait réélu Macron. Bainville, avec son génie, a déduit dès 1920 de l'état d'esprit du peuple allemand l'arrivée au pouvoir de quelqu'un comme Hitler.

Les conformistes et complotistes font la même erreur : ils croient le chef tout-puissant, pour les uns positivement, pour les autres négativement, alors qu'il est d'abord l'instrument de la foule.

Pour Desmet, toutes les explications lénifiantes, corruption, cynisme, servent à masquer une pénible réalité : le chef est un fanatique. Macron ne croit pas forcément aux conneries covidistes ou réchauffistes qu'il raconte, en revanche, il croit dur comme fer au sous-jacent : le Great Reset, la destruction des nations « l'Europe ». Je pense qu'un certain nombre de Français prennent un plaisir malsain à cette destruction.

Finalement, le vrai maitre du délire collectif, auquel tout le monde se soumet, même ceux qui l'ont construit, c'est le récit, ce qu'on appelle dans le français souffrant de 2022, le narratif.

Complot et idéologie

Il y a toujours eu des complots, ce n'est pas la question. C'était des complots humains, fragiles, certains fonctionnaient, d'autres pas.

Pourquoi en temps d'idéologie voit-on des complots partout, surhumains, surpuissants, toujours victorieux ou sur le point de l'être ?

Le complotisme (j'emploie ce terme malgré les réserve qu'il m'inspire) est le miroir du délire collectif. Le délire collectif donne toujours l'impression d'être coordonné, dirigé, tant les hypnotisés réagissent comme un seul homme, donnant à penser qu'ils obéissent à des ordres.

D'où la tentation simpliste (aussi simpliste que le délire collectif) et quasi-irrésistible pour le non-hypnotisé de recourir à l'explication par le complot.

Pourquoi la foule donne-t-elle l'impression d'obéir à des ordres ? Parce que, comme certains vols de moineau, elle est tellement obsédée, focalisée, que la communication y est instantanée.

Le délire covidiste est alimenté par des cabinets spécialisés qui construisent dans leurs cornues maléfiques les « éléments de langage » débilitants (« protégez les autres », « épidémie de non-vaccinés », « le 'vaccin' protège des formes graves » ...) : si ces slogans pour neuneus se répandent comme une trainée de poudre, c'est parce que la foule des hypnotisés y est instantanément réceptive. Rappelez vous le H1N1 : Mac Kinsey existait déjà mais ces « éléments de langage » n'ont pas pu se répandre parce que la foule n'était pas constituée.

Il y a très peu besoin de complots puisque l'idéologie sélectionne pour le pouvoir des gens qui pensent tous la même chose. Qu'y a-t-il besoin de coordination entre gens qui sont d'accord sur tout ?

De plus, c'est la foule apeurée par la condition humaine qui réclame toujours plus de contrôle. C'est dur à regarder en face, mais s'il y a tant de connards au pouvoir, qui appliquent des politiques de connards, c'est d'abord parce qu'il y a énormément de connards à la base qui les réclament.

La résistance

Posons les choses :

1) Le totalitarisme (qu'il soit nazi, communiste, réchauffiste ou covidiste) est par nature génocidaire. En effet, sa vision du monde et la fusion de la foule sont parfaites et ne doivent être remises en cause à aucun prix. S'il y a quelque chose qui merde, ça ne peut venir que du méchant, le bouc-émissaire, celui qui refuse d'appliquer les ordres, qui conteste, pire, qui par son existence même prouve que la fusion dans la foule est puérile, qu'il faut donc éliminer pour résoudre les problèmes.

Ce que les communistes disaient clairement « Sur chaque problème il y a un nom. Et chaque nom est sur une balle ».

2) Le totalitarisme ayant une vision du monde mécaniste et simpliste, l'idée simple qui permet à la foule de fusionner, il est absurde, là aussi par nature. Les ridicules du nazisme, pointés par Chaplin dans Le dictateur, ou du covidisme (le café assis couché debout) ne sont pas des accidents, ils sont inhérents au fait de réduire les problèmes du monde à une seule cause, obsessionnelle.

Maintenir la fusion artificielle dans la foule et le 'narratif' absurde est très énergivore.

Tout totalitarisme est destiné à s'écrouler sous le poids de ses absurdités et de son épuisement.

3) On retrouve à peu près toujours les mêmes proportions : 30 à 40 % de totalitaires, 40 à 60 % de suiveurs, 10 % de résistants.

La résistance :

1) Pourquoi résister si le totalitarisme est destiné à s'écrouler ? Pour l'honneur de l'humanité et parce que le totalitarisme est extrêmement destructeur, l'écourter est une nécessité vitale.

2) Quel but ? Conquérir les suiveurs et empêcher la population de trop descendre dans l'hypnose, car c'est quand les opposants se taisent que le totalitarisme se déchaine (contrairement à la tyrannie classique, qui se calme quand les opposants sont muselés).

3) La non-violence. C'est un impératif, non seulement moral mais pratique. Aucun totalitarisme n'a été renversé par la violence interne parce que la violence renforce par réaction la fusion de la foule autour du chef (le cas de la violence externe est différent : ce sont bien les Alliés qui ont vaincu le nazisme).

Les opposants violents se racontent que « Ce coup-ci, c'est bon, nous allons renverser la table », mais ça ne fonctionne jamais parce que la violence fait fuir les suiveurs qu'on cherche à attirer. L'URSS n'a pas été renversée par des dissidents violents.

En 1941, il y a une sévère dispute entre gaullistes et communistes à propos des attentats anti-allemands. Les communistes étaient pour la violence, les gaullistes pour le renseignement et le sabotage. Il ne semble pas les attentats communistes aient avancé d'une seule minute la Libération.

4) L'arme des résistants : la parole. En effet, le totalitarisme découle d'une corruption du langage (Ariane Bilheran l'explique très bien). Le langage humain est imparfait, ambigu, on n'est jamais sûr des sentiments exprimés par l'autre, la fusion dans la foule est une fuite devant cette incertitude.

Rétablir une parole vraie, dans sa complexité, est donc fondamental. Tous les totalitarismes détestent l'humour et ils ont raison. 

Allez, pause humour soviétique.

La définition du bonheur en URSS ?

C'est quand on tamabourine à votre porte à 3h du matin « Vladimir Vladimirovitch Popov, police ! Ouvrez ! » et que vous pouvez répondre « C'est une erreur, Vladimir Vladimirovitch  Popov, c'est la porte d'en face. ».

La pensée anti-totalitaire et les mathématiques du chaos

Les sociétés sont menées par les idées.

Deux manières (entre beaucoup d'autres) de le dire : « Une civilisation, c'est tout ce qui s'agrège autour d'une religion. » (André Malraux, la religion est un genre particulier d'idées) ou « Les catastrophes humaines sont toujours précédées par des catastrophes dans l'ordre des idées . » (Claude Tresmontant).

A la racine, le totalitarisme nait de l'idée qu'il est possible et souhaitable de contrôler les incertitudes de la vie, c'est-à-dire de la pensée mécaniste simpliste.

C'est marrant, Raoult, sans du tout parler de totalitarisme, a déclaré un jour qu'il était choqué par la vision mécaniste simpliste de la contamination du COVID que le 'narratif' installait. Les masques, les gouttelettes, c'est de la foutaise.

L'idée mécaniste est totalement invalidée par les mathématiques du chaos : il existe des phénomènes tellement sensibles aux conditions initiales qu'il est impossible d'en prédire l'évolution, même avec des moyens de calcul infinis (exemples au hasard : le climat et les épidémies).

Attracteurs étranges et principes

Dans les mathématiques du chaos, il y a ce que les mathématiciens ont appelé poétiquement les « attracteurs étranges », des figures de quasi-répétition, des quasi-invariants.

Pour Desmet,  l'équivalent dans les sociétés humaines, ce sont les principes, des trucs immémoriaux, dont on a perdu quelquefois la justification, mais dont on sait (savait) qu'il ne faut pas s'éloigner sous peine de provoquer des catastrophes.

Quand on abandonne des principes (libre disposition de son corps, sociabilité, liberté de circuler, et même de se chauffer) pour se laisser aller aux erreurs (ce sont nécessairement des erreurs, puisque l'opération fondamentale, nier la complexité, est une erreur) de la pensée mécaniste (les injections expérimentales obligatoires, la muselière, les paSS piquouse et carbone ...), on s'expose à des catastrophes bien plus graves que le prétexte de la peur initiale des totalitaires (le virus, le réchauffement, etc.).

Matière et esprit

Comme l'Occident est matérialiste, il croit que l'esprit n'existe pas, que c'est juste de la chimie du cerveau. On ne cesse de nous parler en psycho-blabla (sûrement un effet de la féminisation) mais on croit que la psychè se soigne à coups de médicaments.

Or, dans les tribus primitives, quand le shaman jette un sort, la victime en meurt (à condition que toute la tribu y croit).

Nous, rationnels Occidentaux, échappons à ces croyances magiques ? Pas du tout. Il faut juste transposer : nos shamans sont les médecins.

Il y a des exemples célèbres : pendant la guerre, un médecin s'est trouvé à court de morphine, il s'est mis à injecter une solution saline. Il a constaté sur les blessés le même effet que la morphine, parce qu'ils croyaient le médecin. Il y a aussi les opérations chirurgicales sous hypnose.

L'hypnose consiste à être projeté dans une image du corps (bonne ou mauvaise, suivant que c'est un bon sort ou un mauvais) par les mots de l'hypnotiseur et à faire coller cette image au corps réel. C'est encore une histoire de mots et, au niveau d'une société, les histoires de mots, on appelle ça des mythes. Ils structurent les sociétés.

Maintenant, que se passe-t-il à votre avis si (hypothèse farfelue) des médecins annoncent à la télévision tous les jours pendant des mois qu'une terrible maladie circule ?

Science et vérité

La science ne peut pas tout, ne sait pas tout (principe d'incertitude, systèmes chaotiques). La vérité de l'homme est qu'il n'est pas que matériel, que c'est un être de liens, qu'il existe quelque chose au-dessus (les grands physiciens Bohr, Einstein, Planck sont d'accord, certains appellent cela « Dieu », d'autres autrement, ce n'est pas la question ici de définir ce que c'est).

De plus, quand la science est réduite à la Petite Science, la pensée mécaniste déterministe bêbête, on court à la catastrophe.

La vérité de l'homme, ce sont les liens ? Pour les psys, les curés, les chamans et tous ceux qui pensent un peu l'humanité, le meilleur moyen de régler ses problèmes, c'est de s'occuper des autres. Et, non, s'occuper des autres, ce n'est pas se faire piquer et porter la muselière, c'est le contraire.

Et l'homme est mortel et pas tout à fait rationnel.

Alors deux voies se présentent devant la société :

1) Fuir la mort dans cette vision mécaniste et hyper-protectionniste qui est une impasse. Toujours plus de contrôle, de déshumanisation.

2) Admettre que nous sommes mortels, que nous faisons partie d'un grand Tout et que le monde peut tourner sans moi, lâcher prise et vivre.

Comment saurons nous sur quelle voie s'engage notre société ? Le signe de la bonne voie, c'est la liberté.

Et, pour l'instant, c'est mal parti.

Mon commentaire politique : France 2022

Depuis 50 ans les Français veautent pour des technocrates, c'est-à-dire des gens qui font une carrière de l'idée que la société est une mécanique.

C'est l'histoire de la prétendue compétence (sous-entendu, technique) de Giscard, Juppé, Hollande, Macron, Castex, Borne, ... alors que la politique n'est pas un problème de compétence technique, mais, surprise, de compétence politique.

Nous mettons donc au pouvoir depuis 50 ans des pré-totalitaires ou de vrais totalitaires (Hollande, Macron), il n'y a pas lieu de s'étonner que la France adopte les caractéristiques d'un pays totalitaire :

1) Dysfonctionnement généralisé, tout s'écroule. En France, seul le fisc et la police politique fonctionnent encore.

2) Une société de contrôle très oppressive et répressive, notamment des opinions et des pensées. Et, de plus en plus, des comportements.

Il manque juste le génocide mais ça vient : depuis 2018 (éborgnement des Gilets Jaunes), la violence physique comme moyen politique admissible est institutionnalisée. La suite n'est plus qu'une question d'escalade et de quantité.

Mon commentaire sur le livre

Le point problématique à mes yeux est qu'il insiste tellement sur le fait que le chef nait de la foule que le fait que le chef soit un psychopathe ne parait plus compter.

Je n'arrive pas à résoudre une contradiction :

1) Nous vivons à l'évidence un moment totalitaire.

2) D'après Desmet, le chef est le produit de la foule totalitaire.

3) Il y a des signes évidents que les dirigeants forment une caste détachée du peuple et même opposée.

Une interprétation possible est que les psychopathes qui nous gouvernent sont issus de la partie totalitaire de la population, les boumeurs et équivalents, qui s'oppose au reste de la population.

Mais les autres Français ne me paraissent pas avoir une psychologie fondamentalement différente. Ils réclament autant de contrôle mais pas le même.

Bref, je suis perplexe.

Sinon, c'est un livre essentiel, clair, facile à lire.