jeudi, janvier 20, 2005

Fonctionnaires : Tony a des idées

Le gouvernement Blair veut faire passer le nombre de fonctionnaires de l'aministration centrale de 512 000 postes (chiffre déjà ridicule par rapport aux effectif français) à 408 000, soit une réduction de 20 %.

Bien entendu, il n'y a qu'une seule explication possible : Blair est un faux socialiste et un vrai salaud d'ultra-libéral.

Bien sûr, introduire dans le débat qu'il n'y a en Grande-Bretagne que 4 % de chômage sans trop maquiller les chiffres et chez nous 10 % en magouillant beaucoup les statistiques, c'est vicier la discussion, faire preuve de mauvaise foi.

Les deux choses n'ont évidemment aucun rapport, n'est ce pas ?


Au nom du père

Je trouve qu'on bricole beaucoup ces derniers temps avec les relations de filiation : mariage homosexuel, choix du patronyme.

Il est étrange que le "principe de précaution", tellement invoqué par ailleurs pour entraver les recherches scientifiques, soit passé sous silence sur ces sujets pourtant fort importants.

L'enfant portait le nom du père parce que la filiation avec la mère est physique et celle avec le père symbolique : "maman sûrement, papa peut-être".

Etait l'enfant du père celui qu'il avait reconnu comme tel et qui portait son nom.

Vous me direz qu'avec la génétique, la recherche en paternité, même chez les morts, voire la sordide affaire Yves Montand, est aisée.

Soit, mais je ne pense pas que l'évolution de la psychologie suive le rythme de la science.

Enfin, en ces temps de doutes identitaires, je pense que ce "progressisme" sur des sujets où il n'y avait franchement pas urgence est de nature à favoriser le malaise.

mercredi, janvier 19, 2005

Connerie par procuration (suite)

J'ai réfléchi : les sondages donnent 65 % de la population sympathisant avec les grévistes fonctionnaires.

Mais si on enlève les 55 % de fonctionnaires, assimilés, leur famille et les inactifs qui ne sont pas touchés par les grèves, disons 55 % de la population, il ne reste plus que 22 % de sympathisants (10 % sur 45 %).

Cette histoire de grève par procuration n'est pas un mensonge mais une hypocrisie : elle reflète surtout la forte proportion de fonctionnaires dans la population.

Quelqu'un plus versé que moi dans les sondages pourrait-il vérifier si ce que je dis tient la route ?

Les sévices publics à la française

En ces temps de grèves des fonctionnaires et assimilés, on voit un paradoxe bien curieux, du moins au premier abord :

- les mêmes qui expliquent qu'ils font grève pour défendre les services publiques refusent farouchement toute idée de service minimum obligatoire.

C'est étrange, car le service minimum se fait en Allemagne (où la grève des fonctionnaires est même interdite), en Italie, en Grande-Bretagne.

Quand on réfléchit aux principes, c'est encore plus déroutant : si, comme on nous l'affirme, la particularité des salariés de la fonction et des entreprises publiques est de fournir un travail d'intérêt général au service de la collectivité toute entière, le refus du service minimum s'apparente à une trahison de leur mission.

Défendre sa mission en la trahissant : ce comportement paradoxal risque de donner des résultats inattendus.

Allons, je dévoile le pot aux roses, puisque nous le connaissons tous : l'ambition des grévistes n'est pas de défendre les services publics mais leur situation. Dans leur tête, il traîne une équation que rien ne démontre et que beaucoup d'éléments contredisent : "défense de nos intérêts = défense des services publics".

mardi, janvier 18, 2005

Connerie par procuration

Voici le retour des sempiternelles grèves de la fonction publiques et Le Monde nous ressort la non moins sempiternelle blague de la grève par procuration, sondages à l'appui.

Que peut-il y avoir en commun entre un fonctionnaire protégé, bénéficiant de conditions sociales fort avantageuses, et un employé dans une PME au bord de la faillite ?

Une envie de protester ? Soit. Une peur de l'avenir, un désir qu'on ne touche à rien ? Pourquoi pas ?

Mais ce mouvement d'humeur ne repose sur rien : non seulement, les intérêts des fonctionnaires et des salariés du privé ne convergent pas, mais ils s'opposent franchement (mon opinion de fond est que les dépenses publiques trop imposantes créent le chômage).

Je sais, je connais le mythe du bon petit peuple opprimé par les puissants, patrons et politiciens mêlés.

Je trouve effarant que nous ne soyions pas passés à l'âge adulte de la démocratie, où il est normal que les intérêts s'opposent, qu'on en débatte et qu'on prenne les décisions au mieux de l'intérêt général.

D'ailleurs, malgré les sondages, j'ai bien du mal à croire à la "grève par procuration", je sens là-dessous une tromperie, un maquillage :

- si on demande à quelqu'un : "les fonctionnaires ont ils raison de faire grève ?" la réponse "oui" sous-entend peut-être "chacun sur cette terre défend ses avantages" et ne présume pas de la réponse à la question" les fonctionnaires servent ils l'intérêt général en défendant leurs avantages ?".

En tout état de cause, je ne pense pas qu'on aille dans la bonne direction.

Je vais réfléchir un peu plus avant sur cette histoire de grève par procuration, je vous en reparle.

Grèves dans la fonction publique



La même mauvaise comédie qui recommence toujours :

_ le gouvernement incapable de définir une politique (là est le plus gros problème)
_ les syndicats d'autant plus remontés qu'ils ont fait de l'autisme et de leur rivalité les deux moteurs de leur action
_ les fonctionnaires confits dans la religion des "avantages acquis"

Si au moins la grève pouvait durer assez longtemps pour que le budget 2005 en soit soulagé, ça serait toujours ça de pris.

Oui, je sais, ça témoigne d'une résignation à la politique du pire. Ca témoigne aussi que je ne crois pas qu'une baisse d'activité dans les administrations soit une catastrophe inter-planétaire (sauf dans les transports en commun).

Il faudra un jour causer sérieusement des "services publics à la française", que le monde entier ne nous envie pas.

Bouquin : Candide, illustré par Jean-Marc Rochette

FFFF

J'y pense parce que je l'ai revu récemment sur une étagère et que le séïsme de Lisbonne y est évoqué. Une belle idée de cadeau, pas trop chère (je n'ai plus le prix en tête, mais ce n'est pas la ruine) et bien agréable.

Ce n'est pas mon conte de Voltaire préféré, j'aime mieux Zadig, mais Candide est tout de mêm plein de cet humour voltairien si réjouissant ("jubilatoire" en novlangue parisianiste) et les dessins de Rochette se marient bien.


ue philosopher, c'est apprendre à mourir

C'est le titre d'un essai de Montaigne. J'y pense par esprit d'escalier.

J'ai posté un message intitulé "Révolution intellectuelle" où j'exposais ma conception libérale de la société par rapport à une conception étatiste.

Un ami qui a ses bonnes oeuvres, il encadre des jeunes des "quartiers difficiles", me signale que les dits jeunes sont très peu réceptifs aux questions de responsabilité et de liberté. Il ne me dit pas tout à fait que ce sont des veaux que la Star Ac suffit à satisfaire, mais bon, je l'extrapole sans vergogne.

Je me dis que pour être bon citoyen, c'est-à-dire libre et responsable, il faut savoir qui l'on est, donc d'où l'on vient et où l'on va.

Si on ne se préoccupe que des origines, on risque de tomber dans l'identitaire, voir dans le fondamentalisme. Indépendamment de la barbarie qui y est attaché, l'identitaire me déplaît aussi par sa paresse intellectuelle : ça ne va pas chercher loin.

C'est pourquoi il faut rappeler où l'on va, le terme du voyage qui unit tous les hommes : manger les pissenlits par la racine.

Or, dans notre société, on se cache au maximum sa propre mort au point de s'en étonner quand la mort arrive autre part qu'à la télé : un médecin racontait que la famille d'un homme de 77 ans, atteint d'un cancer, déjà victime d'un infarctus, et mort à l'hopital d'un second infarctus était étonnée et à deux doigts de mettre en cause la qualité des soins.

Si on en croit Montaigne (philosopher, c'est apprendre à mourir), nous manquons singulièrement de philosophie et de sagesse.


Quelques conseils de prudence de Montaigne pour commencer la journée

C'est pour moy un doux commerce, que celuy des belles et honnestes femmes.

Si l'ame n'y a pas tant à jouyr qu'au premier [premier commerce : l'amitié], les sens corporels qui participent aussi plus à cettuy-cy, le ramenent à une proportion voisine de l'autre : quoy que selon moy, non pas esgalle.

Mais c'est un commerce où il se faut tenir un peu sur ses gardes : et notamment ceux en qui le corps peut beaucoup, comme en moy.

Je m'y eschauday en mon enfance : et y souffris toutes les rages, que les poëtes disent advenir à ceux qui s'y laissent aller sans ordre et sans jugement. Il est vray que ce coup de fouët [la "chaude pisse" ?] m'a servy depuis d'instruction.

Une adresse utile pour ceux qui utilisent le web comme référence

Le web véhicule une foultitude de bobards qui accrochent d'autant mieux qu'ils correspondent à des fantasmes et à des peurs.

Avant de propager ces rumeurs, vérifiez sur ce site, français au nom disgracieux, qui s'efforce de les analyser:

Lien : hoaxbuster


Les théories du complot

François Furet explique pourquoi les théories du "complot aristocratique" sont devenues le moteur de la radicalisation révolutionnaire :

la révolution se voyait (la réalité était moins rose) comme ouverte à tous, égalitaire, d'intérêt général et bonne.

L'ennemi idéal et fantasmatique était donc, à l'inverse : caché, groupusculaire, d'intérêt particulier et mauvais. Ca correspond assez bien à un comploteur.

Il me semble que cette manière de voir explique encore actuellement le succès des théories du complot, d'autant plus que s'ajoute cet élément moderne : la complexité technique.

On en vient alors à des fantasmes du genre : aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone.

Vandalisme postal

Voici des postiers en train d'arracher (il me semble) la boite aux lettres d'un ministre, qualiferiez vous cette action de :
a) puéril
b) idiote
c) révélatrice d'un mépris de la divergence d'opinion

Je regarde ce geste sans sympathie et sans humour : je tiens trop au "Je ne suis pas d'accord avec vous mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez exprimer vos opinions" pour ne pas être choqué par ce que ce geste révèle d'irrespect pour le dissentiment.


La guerre propre

De source officielle, les USA auraient largué 30 000 engins lors de la guerre d'Irak. Avec une charge de 250 kg au minimum, ça fait 7500 tonnes d'esplosifs au grand minimum.

Depuis, Fallouja a été rasée.

Or, et vous en trouverez une bonne analyse sur Tom Dispatch, la guerre est faite "virtuellement" par une équipe qui s'est totalement intoxiquée à son idéologie (idéologie : discours destinée à masquer la réalité).

Cette équipe est faite de gens qui ont évité la guerre du Vietnam et le seul qui l'a faite, Powell, a été viré.

Tom Dispatch

lundi, janvier 17, 2005

Bouquin : Penser la Révolution Française (F. Furet)

FFFF

Un jour, un collègue communiste m'a déclaré : "Louis XVI a été guillotiné par le capitalisme." Devant mon air bête et surpris, il a précisé : "... ou plutôt, par le libéralisme bourgeois."

Je suis resté quelques instants désarçonné, comme deux ronds de flan. Je venais de me faire prendre sans vert par une technique que je connaissais pourtant bien, vieille comme l'idéologie : la réinterprétation de l'histoire en fonction de catégories anachroniques adaptées aux combats du moment.

Mais qu'on en soit encore là en 2004, je n'aurais pas cru.

Bien sûr, quiconque connaît la complexité de la société pré-révolutionnaire et l'évolution de la révolution ne peut que se taper le cul par terre de rire de telles interpétations (à noter que Marx lui-même n'a jamais été si simpliste).

C'est un des grands mérites de Furet de ne pas prendre pour argent comptant le discours de la révolution sur elle-même (le peuple contre l'aristocratie).

Après avoir executé pour le plaisir quelques historiens pseudo-marxistes, il restitue la Révolution dans toutes ses contradictions, ses énigmes et, partant, sa richesse :

_ la rupture et la continuité. L'idée tocquevilienne que le pouvoir a changé de mains, du roi à l'Etat, mais que les structures du pouvoir, absolutiste, n'ont pas évolué se lie avec la suite précipitée des évènements

_ la ville et la campagne, qui font la même révolution avec pourtant des aspirations opposées

_ les tensions au sein de la noblesse, finalement plus importantes pour la dynamique initiale de la révolution que les rapports avec le reste de la société

_ et de fort intéressantes questions : par exemple, quel rôle ont joué les déracinés urbains, fruits de l'exode rural, dans la radicalisation ?

Furet est décidément mort trop tôt. Un historien aussi rigoureux et droit, ça manque.

Révolution intellectuelle

Je prends conscience, au fil de mes lectures, à quel point la conception ascendante de la politique qui me paraît naturelle est éloignée de la culture de la majorité de mes concitoyens.

Conception ascendante de la politique : le citoyen est fondamentalement libre et responsable. Il peut déléguer une part de cette liberté et de cette responsabilité à l'Etat afin d'assurer certaines fonctions de la vie en collectivité. L'individu est premier, l'Etat n'est qu'un moyen d'organisation.
Conception descendante de la politique : l'Etat représente l'intérêt général, il est le dispensateur des bienfaits (emplois, subventions). En retour, les citoyens peuvent choisir ses dirigeants par l'intermédiaire d'élections.

Ma conception, par essence libérale, est assez adapté à l'individualisme moderne.

Mais, une vision étatiste est tout aussi adaptée à l'indivdualisme : les individus sont libres de faire des caprices consuméristes (choisir la couleur de la bagnole) mais, pour les choses importantes, papa-Etat s'occupe de tout.

Le Koursk (la suite)

Un aimable lecteur m'a transmis un lien vers le site d'un journaliste de Sciences et Vie qui développe la thèse suivante, mes commentaires entre crochets :

1) le Koursk embarque des Chinois pour leur faire une démontrastion de torpille MHD [torpille à haute vitesse s'entourant d'un nuage de vapeur pour réduire le frottement de l'eau : un peu science-fiction mais nullement impossible, l'équivalent avec du plasma existe pour les avions, Dassault est très officiellement payé pour l'étudier]

2) les Américains coulent volontairement le Koursk pour protester contre ce transfert de technologie [Ca lève ma principale objection au documentaire diffusé sur France 2 : je ne voyais pas les Américains couler le Koursk sous le coup de la panique après une collision. Les Américains voyant les Chinois comme leurs adversaires du XXIème siècle, une telle réaction n'est pas invraisemblable]

3) les Russes donne par ultra-sons au Koursk l'ordre de fermer ses écoutilles [un dispositif permettant au contrôleur de donner des ordres indépendamment de l'équipage existe sur les avions russes, il ne serait pas surprenant qu'un tel dispositif existe aussi sur les sous-marins]

4) l'équipage du Koursk est tout à fait récupérable, mais comme seuls les morts sont fiables pour garder un secret, on attend. [effectivement, à l'époque, on racontait à la fois que le Koursk n'était pas très profond et qu'on ne pouvait pas récupérer l'équipage. Pour le moins contradictoire. La vie humaine vue du Kremlin n'a pas une valeur fantastique]

5) une crise américano-russe publique est évitée.

6) le Koursk est renfloué pour récupérer ses joujoux nucléaires et autres babioles que les Russes veulent garder pour eux

6) L'océan est le monde du silence !

Il se peut très bien que tout cela soit du fantasme (ou de la désinformation !) mais il ne faut jamais oublier que les sous-marins sont les armes les plus efficaces des arsenaux et, comme tels, sont considérés comme l'arme de la dernière chance en cas de conflit nucléaire. Cela peut justifier bien des sacrifices, surtout quand il s'agit de sacrifier les autres.

J'ai toujours tendance à trouver les théories du complot ridicules, mais là, j'ai des difficultés à soulever des objections sérieuses. Ce qui ne veut pas dire que c'est vrai.

dimanche, janvier 16, 2005

Déclin ? Peut-être. Régressions ? Certainement !

Je suis en train de terminer la lecture de "Le diable et le chômage" de Paul Fabra, dont le compte-rendu terminera mon cycle de commentaires économiques.

Je vous transmets un article des Echos du même Fabra.

PAUL FABRA

Le débat sur le thème lancinant du déclin de la France s'est terminé en
queue de poisson. On pouvait s'en douter. Le mot est trop chargé
d'émotivité pour ne pas inviter à toutes les digressions, à toutes les
esquives et, finalement, pour ne pas aboutir à un non-lieu ! Reste l'énorme
problème posé par la persistance de phénomènes régressifs, aggravés par
le fait qu'ils ne sont pas toujours perçus pour tels. Le moment semble
arrivé de les regarder à neuf. Les repères habituels ne permettent plus de
s'y retrouver.

Hervé Gaymard, à peine installé à Bercy, a décidé d'avancer de deux mois
la procédure d'élaboration du budget 2006. La mise en vigueur à partir du
1er janvier de l'année prochaine d'une présentation entièrement nouvelle
pousse à cette anticipation. Le nouveau budget ne sera plus le décalque du
précédent. Enfin une solution de continuité ! Si seulement nos ministres
osaient faire table rase de leurs errements passés ! Encore faudrait-il
qu'ils prennent toute la mesure négative des actions menées au nom de
l'emploi par les pouvoirs publics et mises sur le dos du contribuable.

Toutes nuances (ou allégeances) confondues, la majorité et le gouvernement
semblent accrocher leurs espoirs à la continuation, voire à l'élargissement
de la politique d'allégement du coût du travail (en tout cas pour les bas
salaires), sans oublier la prime pour l'emploi. La caution donnée à ce genre
d'initiative par certains économistes d'outre-Atlantique ne change rien au
fond de l'affaire. Ce n'est pas à l'Etat de compléter la rémunération des
plus mal payés de nos salariés. 9 millions d'entre eux reçoivent une
(maigre) PPE. Si les ayants droit sont si nombreux, la raison la plus
importante en est que le cadre général (fiscal, juridique, etc.) dans lequel
les petites et moyennes entreprises exercent leur activité comporte encore
trop d'obstacles à leur déploiement.

Vainement, l'Etat tente de corriger les dysfonctionnements de l'appareil
d'Etat résultant de l'énormité des charges d'assistance de tout poil qu'il
assume indûment. La PPE, qui vient d'être augmentée - ce n'est qu'un début
! -, a enclenché un processus régressif dangereux pour la société
française. Le capitalisme français est déchargé de toute responsabilité
quant à l'augmentation urgente du niveau de vie des ménages les plus
modestes. Les parlementaires allemands avaient compris cela il y a une dizaine
d'années.

Plus fondamentalement, chercher à obtenir une meilleure « compétitivité »
des entreprises en abaissant, sur une échelle plus ou moins large, le «
coût du travail » confine à l'absurde. Le coût du travail, c'est le revenu
de Français. Et diminuer ce coût, ce n'est pas autre chose que réduire,
dans le partage de la valeur ajoutée, la part revenant aux salariés au
profit de celle qui est distribuée sous forme de profits et d'intérêts aux
apporteurs de fonds qui fournissent aux entreprises les ressources dont elles
ont besoin. Mais ces profits et ces intérêts font aussi partie intégrante
du coût de production entendu au sens économique du terme. La vérité est
qu'on est en plein brouillard. Malgré l'assouplissement (qui devrait être
cette fois sérieux) des 35 heures, le Medef tient aux subventions
compensatoires. Mais quel chef d'entreprise digne de ce nom peut tolérer
longtemps que sa rentabilité dépende d'un régime d'exception ?

Il est vrai que la question se pose en termes différents pour une entreprise
en particulier. La dispense de payer les charges sociales pourra être le
facteur déclencheur d'une embauche. Mais cela n'indique qu'une chose. Les
gouvernements successifs se sont fourvoyés dans leur politique dite sociale.
Leur intervention a consisté à augmenter par voie d'autorité le salaire
minimum afin de réduire l'écart avec la moyenne des salaires. Une
authentique politique économique favoriserait les conditions générales de
l'activité économique. Le SMIC aurait dû rester ce qu'il était à
l'origine : un garde-fou, pas un instrument systématique d'interférence sur
le marché de l'emploi. Les entreprises les plus performantes montrent ce
qu'il convient d'obtenir d'un nombre toujours croissant d'employeurs. Les
salaires les plus bas qu'elles versent sont sensiblement plus élevés que le
salaire minimum.

Par rapport à quoi juge-t-on le « coût du travail » trop élevé ?
Espérons que ce n'est pas par rapport aux salaires en Chine ou dans le Deccan
! Le raisonnement économique standard brouille irrémédiablement le sens de
cette question cruciale. Soit dit en passant, ce raisonnement n'a guère
changé depuis deux siècles (malgré les efforts des meilleurs et des plus
consciencieux économistes !). Il s'appuie sur un préjugé qui fournit
l'apparence d'une explication évidente. Tout se passerait comme si les
consommateurs, en achetant biens et services, seraient les véritables
pourvoyeurs de l'emploi. Accepterait-on cette façon simpliste de présenter
les choses que la question resterait entière. Les consommateurs n'auraient
fait que rembourser les salaires déjà versés aux travailleurs qui ont
produit des marchandises déjà existantes.

En réalité, l'embauche dépend directement du volant de ressources (pouvoir
d'achat stocké en attente) - propres ou empruntées - dont disposent les
entreprises et qu'elles veulent bien consacrer à l'entretien et à l'embauche
des « travailleurs » (ouvriers, ingénieurs, informaticiens, chercheurs,
etc.). Le préjugé dénoncé plus haut - l'emploi est fonction de la vigueur
de la consommation - est revenu sur le devant de la scène, avec une force
inégalée. Il détourne l'attention de l'incidence des pratiques du
capitalisme contemporain sur une situation de l'emploi désastreuse en France,
en Allemagne et d'autres pays de la zone euro, mais qui est loin d'être
vécue comme vraiment satisfaisante en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis
(stagnation relative des salaires et précarité accrue). Pourtant, ce dernier
pays bénéficie d'un colossal transfert de pouvoir d'achat émanant de
l'étranger grâce au système dollar.

Sous la conduite des marchés financiers, un redoutable processus régressif
est en cours dans les pays d'Occident. Les grandes sociétés rachètent leurs
propres actions alors qu'il faudrait lever des capitaux frais pour donner
effet au potentiel de croissance et de prospérité représenté par les
millions d'hommes et de femmes qui ont renoncé contre leur gré à chercher
un emploi. Le contre-exemple français illustre à l'envi l'impasse dans
laquelle toute une société s'enferme à partir du moment où le travail y a
cessé d'être perçu comme la source unique du progrès économique et
social.



Quelques vérités

Les hénaurmes dépenses publiques (55 % du PIB) ont des effets ravageurs :

_ par l'intermédiaire de l'impôt et de la dette, elles assèchent l'épargne disponible pour l'investissement productif, seul créateur d'emplois durables et sont directement cause du chomâge (1 emploi subventionné par les impôts = 1 -au moins- emploi détruit ailleurs par les impots). Les dépenses d'Etat sont utiles (sauf exceptions douteuses) mais pas productives (1), comme la consommation d'ailleurs (2). NE SURTOUT PAS CROIRE LES HALLUCINATIONS KEYNESIENNES COMME QUOI LE DEFICIT RELANCERAIT L'ECONOMIE, sinon, après 30 ans de déficits, la France serait dans une situation florissante.

_ une partie de ces dépenses est financée par la dette, qui porte un intérêt. Comme le savent tous les surendettés, les intérêts s'accumulent : il y a dix ans, le service de la dette (les intérêts) était le troisième budget, en 2005, ça sera le premier.

Cela limite considérablement la marge de manoeuvre politique au point de la réduire à quasi rien. D'où en grande partie, l'impression que les politiciens n'ont "que de la gueule" (j'en profite pour signaler à tous les tenants de "les sous, ce n'est pas un problème" que beaucoup des vastes problèmes politico-philosophiques sur les démocraties modernes peuvent se ramener à cette triviale affaire de brouzoufes).

_ l'omniprésence de l'Etat, notamment par le biais de tous ceux, fonctionnaires ou subventionnés, qui dépendent de lui, porte atteinte au fonctionnement démocratique

L'objectif pour une vraie relance de l'économie est donc de diminuer les dépenses publiques d'environ 20 % (montant du déficit).

Première possibilité :

_ méthode Thatcher belge : on taille dans toutes les dépenses. C'est la méthode par défaut qu'appliquent sous la contrainte les gouvernements français. C'est la facilité intellectuelle : chaque année, la charge de la dette grimpe, comme on hésite tout de même à creuser trop visiblement le trou, on taille à gauche, on taille à droite, en espérant que les mécontents s'équilibreront.

Deuxième possibilité :

_ méthode scandinave : à quoi sert l'Etat ? Comment l'organiser au mieux ? Cette méthode est politique, comme quoi parler d'argent n'est pas fuir la politique mais l'exposer en termes clairs.

Vous devinez où va ma préférence.



(1) : productives : qui produisent une accumulation de capital : mécanisme capitaliste : capital -> profit->investisssement-> emploi -> profit etc ... Les dépenses d'Etat sont non productives puisque elles ne génèrent pas de profit. C'est d'ailleurs pourquoi elles ne pourront jamais venir à bout du chomâge.

(2) croire que la consommation relance l'économie est une illusion, c'est l'investissement qui compte.

Une inspiration pour l'Education Nationale ?

Ce n'est pas par méchanceté que je dis cela, mais maintenant que l'URSS a disparu, je ne vois qu'une structure au monde un tant soit peu comparable à l'Education Nationale française : le Department of Defense, plus connu sous son sobriquet de Pentagone.

Il semble admis que le système perdure, détaché du souci d'efficacité, d'actualisation, d'évaluation.

Or toute la question est là. En effet, toutes les questions de programmes, de moyens, de savoirs minimaux sont causalement secondaires, car toute énergie, tous moyens, injectés dans un système sclérosé sont perdus, malgré leurs éventuelles qualités intrinsèques.

On en vient à cette aberration : un de ces pédagogues que le monde entier nous envie fait l'éloge de la routine. Les réformes passent, les enseignants restent, il convient donc pour un minimum d'efficacité et de permanence que la base s'efforce de faire "comme d'habitude" quelles que soient les idées venues d'en haut.

Quand on en vient à ce degré de résignation face à une organisation dont le but initial, servir l'éduction de la Nation, est depuis longtemps oublié, on peut se dire que toute politique de changement est bienvenue.

Les résistances au changement dans le "mammouth" sont bien connues :

_ faible ouverture (1) et endogamie (je connais un prof, fils de profs, mariée à une prof, qui envisage que sa fille (un an) soit prof)
_ peurs générées par des réformes mal conçues, mal expliquées, mal appliquées
_ corporatisme aigu (d'autant plus aigu qu'il hésite à se nommer : c'est bien connu, les profs ne défendent jamais leur beefsteak, si ils font grève, c'est par altruisme pour défendre l' "éduction de vos enfants")

Or, la première condition pour vaincre des résistances au changement est de tracer une route avec avantages et inconvénients explicites. C'est la faillite complète des politiques de ne pas savoir tracer cette route.

Que la décentralisation ne soit pas une priorité absolue dans la tête de chacun des acteurs, à commencer par les enseignants, en dit long sur le faible niveau d'exigences vis-à-vis de l'organisation.


(1) : les profs se croient ouverts parce qu'ils lisent des livres, mais rien ne remplace l'expérience pour une vraie ouverture.

Les excellentes relations transatlantiques (épisode 1237)

Les Américains, et leurs bons alliés britanniques, ces Ganelons, font la promotion des armées légères (aérotransportables) et "réseaux-centrées" (le méchant barbarisme).

Or, les leçons de la guerre d'Irak sont à l'inverse (voir les articles du New York Times) :

_ les chars lourds sont indispensables en milieu urbain car ils permettent de combattre au contact sans trop de risques, contrairement au véhicules légers, que leur légéreté contraint à tirer d'abord et à discuter ensuite

_ l'aérotransportabilité n'est pas toujours indispensable. Dans la plupart des crises nécessitant le combat terrestre, le transport par bateau (ou même par chemin de fer) est suffisant.

_ les combats de chars ont été dirigés "à la Rommel" : le chef, jamais très loin des éléments de tête, dirige et coordonne le combat par radio, car, ô découverte merveilleuse et (presque !!!) inattendue, rien ne vaut la voix humaine pour informer, ordonner et motiver.

Pourquoi vous parler de cela, qui, finalement, est assez technique et concerne surtout les militaires ?

C'est qu'on peut alors penser que la "guerre réseaux-centrée" est à l'Europe ce que la "guerre des étoiles" fut à l'URSS : un moyen pour les Américains de lancer une coûteuse course aux armements où l'adversaire serait lessivé. L'adversaire est, l'occurrence, l'Europe.

Qu'en conclure ? Que chaque pays doit mener sa politique propre, qui est quelquefois de coopération, quelquefois de non-coopération, quelquefois d'opposition; les Britanniques excellent à ce jeu. La France a plus de mal à faire preuve de souplesse.