vendredi, janvier 30, 2026

On the psychology of military incompetence (Norman Dixon)

Préambule

Livre de 1976.

D'après l'auteur, l'incompétence militaire est un sujet parce que :

1) elle a un coût énorme.

2) elle ne peut que croitre :

2.1) les guerres sont de plus en plus complexes.

2.2) la carrière militaire n'attire pas les meilleurs d'une génération dans les sociétés modernes.

Comme c'est un Britannique, il prend ses exemples dans l'incompétence militaire britannique.

Les généraux britanniques de la seconde guerre mondiale, à l'exception de Dowding et de Slim, qui n'ont d'ailleurs pas eu la carrière qu'ils méritaient, allaient du médiocre à l'exécrable. Mais un Français est mal placé pour se moquer, vu l'équipe de bras cassés que nous avions en 1940.

L'auteur exhibe le célèbre humour britannique mais a un peu trop tendance à s'excuser d'avoir choisi le sujet de l'incompétence militaire, cela alourdit le propos.

Les exemples d'incompétence militaire

La guerre de Crimée

La guerre de Crimée : les 2/3 des pertes britanniques sont dues aux conditions de vie misérables des soldats (dormir à même le sol pendant l'hiver russe n'est pas une situation d'avenir) dont le commandement ne s'est pas préoccupé un seul instant.

Pourtant, les Turcs, alliés aux Européens dans cette guerre, avaient proposé aux Britanniques de se servir dans les forêts d'Anatolie toute proche, à la fois pour se chauffer et pour construire des abris. Personne dans les généraux britanniques n'a donné suite.

A côté, les Français s'en sont beaucoup mieux sortis.

Le commandant en chef britannique, Lord Raglan, a la double caractéristique d'être très vieux et de n'avoir aucune expérience du commandement (il a été le secrétaire de Wellington). Phénomène assez fréquent : plus on descend la chaine de commandement, plus la compétence augmente. Ou, dit inversement, plus on monte dans la chaine de commandement, plus l'incompétence augmente.

Lord Raglan appelle souvent l'ennemi « the French », alors que ce sont les Russes et que les Français sont ses alliés. Ce n'est pas grave pour la guerre en coalition, puisque Lord Raglan est d'accord avec tout le monde. Le problème est que « tout le monde » a parfois des avis divergents.

A la fin de l'hiver, 11 000 soldats anglais restaient opérationnels et 25 000 étaient malades. Mais un général-lord dormait sur son yacht.

La guerre des Boers

La guerre des Boers : premier mois, 3 batailles, 3 défaites. Dans l'une d'elles, les Britanniques étaient si mal renseignés et si mal éclairés, qu'ils ont fait le tour d'une colline dans le mauvais sens et se sont déployés dos l'ennemi, qui n'en croyait pas ses yeux ! C'est sans doute unique dans les annales de la guerre. Evidemment, ça s'est mal passé pour eux. Bon, mais le général transportait un piano à queue dans ses bagages et celui-ci n'a pas été touché.

Un des symptômes du général incompétent est le goût excessif des apparences militaires, une insistance excessive sur les uniformes impeccables, les beaux défilés, le respect du règlement etc.

La première guerre mondiale

La première guerre mondiale : il y a une énigme. Comment les généraux ont-ils pu accepter des pertes aussi énormes pour si peu de gains ? Je ne parle pas d'humanité et de sentiment mais de rapport élémentaire coûts/bénéfices.

C'est vraiment un mystère. Que les généraux sacrifient 30 000 hommes pour gagner 500 m, ça peut arriver une fois, mais pourquoi est-ce arrivé vingt fois ? Il a fallu que les politiciens (Lloyd George et Clemenceau) mettent le holà pour que les généraux commencent à se dire qu'on pourrait tenter autre chose.

Un des symptômes du général incompétent est qu'ayant éprouvé un mal fou à prendre une décision, il ne la remet en cause sous aucun prétexte.

Il arrive que les généraux incompétents manifestent ds traits psychopathiques qu'on trouve chez les totalitaires (et donc chez Macron) : déni de leur responsabilité, totale indifférence aux souffrances de leurs victimes.

Dixon s'attarde sur le sabotage des chars. Les meilleurs soutiens des chars en Grande-Bretagne sont les amiraux, parce que cette innovation ne les bouscule pas.

Quelquefois, le général incompétent montre un humour involontaire tant il est éloigné du réel. Ainsi, un général anglais reproche à un promoteur des chars de se prendre pour Napoléon ! Ce n'est pas comme si Napoléon avait été surnommé « le dieu des batailles » et avait gagné 77 des 80 batailles auxquelles il avait participé.

La seconde guerre mondiale

Seconde guerre mondiale : la chute de Singapour, une catastrophe géostratégique. L'incompétence fut fort bien partagée : la RAF, la Royal Navy et l'armée ont fait chacune le contraire de ce qu'il aurait fallu.

Là où cette histoire devient intéressante pour l'étude de l'incompétence militaire (c'est tout de même le sujet du livre), c'est que le commandant en chef, le général Percival, a refusé les conseils avisés de ses supérieurs et de ses subordonnés, comme si faire le contraire de ce qu'on lui conseillait était son seul moyen d'affirmer son autorité.

Il faut dire que Percival ressemble plus à un homme-soja qu'à un redoutable guerrier. Dixon pointe vers un de ses thèmes : une des causes de l'incompétence serait le manque de confiance en soi, qui fait s'enfermer ses victimes dans une attitude trop rigide.

Le général incompétent néglige d'une manière qui parait surréaliste le renseignement et la reconnaissance. Au fond, il exprime inconsciemment qu'il ne veut pas connaitre la situation.

Churchill était furieux, à juste titre (il a été soumis à une motion de censure), de la chute de Singapour, mais peut-être n'en connaissait-il pas tous les détails.

Le général du génie pour Singapour a organisé une confrontation avec Percival pour pousser les défenses anti-chars. Celui-ci a refusé obstinément. Acculé à donner une raison, il a répondu qu'il ne voulait pas démoraliser les civils ! Le sapeur a évidemment rétorqué que la chute de Singapour démoraliserait encore bien plus les civils. Rien n'y a fait.

Pendant toutes les bataille de Malaisie et de Singapour, Percival avait une supériorité numérique terrestre de 1 à 2. Mais il avait complètement négligé un entrainement réaliste (encore un signe fréquent du général incompétent), notamment contre les chars (des chars dans la jungle ? Impossible. Et bien si, c'était possible).

Un général australien s'est débrouillé pour s'enfuir en laissant ses troupes derrière lui, comme Mac Arthur.

Une remarque : les généraux allemands firent d'énormes bourdes stratégiques, comme Stalingrad, mais je ne vois pas chez eux ces défaillances complètes dans la conduite de la bataille. Dommage que Dixon n'ait pas traité ce sujet.

Le militaire de carrière est le contraire d'un guerrier

Dixon distille son opinion sur les origines psychologiques de l'incompétence militaire tout au long de ses 400 pages. Pour la clarté de cette recension, je vous les dévoile dès maintenant.

Pour Dixon, le militaire de carrière est le contraire d'un guerrier : souplesse d'échine, obéissance, conformisme ... Une conversation de militaires de carrière, c'est un ramassis de ragots entre copines « Machin a fait ci, Bidule a fait ça, etc .. », pas le mâle cri de guerriers qui s'apprêtent à découper l'ennemi en rondelles.

Alors, quand on demande à un militaire de carrière de se transformer en guerrier (imagination, initiative, décision, ..), parce qu'il y a une guerre, ça ne se passe pas forcément bien.

Les Américains, qui adorent les statistiques, ont établi qu'il y avait environ 2 % de guerriers parmi leurs combattants de la deuxième guerre mondiale. Parmi les pilotes de chasse, la moitié n'ont pas tiré un coup de feu. Parmi la moitié qui a tiré, 4 % font 80 % des victoires aériennes.

Dixon pense que les cas d'incompétence militaire crasse sont un moyen inconscient pour un militaire qui n'est pas un guerrier d'échapper à cette exigence de transformation en guerrier dont il se sent incapable.

On confond souvent courage physique et courage moral. C'est une erreur gravissime car, au contraire, l'un compense souvent l'absence de l'autre. L'histoire abonde de généraux qui s'exposent bravement (et inutilement) au feu, incapables de prendre une décision.

Les caractéristiques psychologiques du général incompétent :

1) des traits autoritaires.

2) un ego faible et fragile.

3) un sur-investissement de la réussite sociale

En résumé : enfance heureuse, ego solide, bon général. Enfance malheureuse avec mère dominatrice, ego faible, mauvais général.

Avec cette grille de lecture, Dixon parvient assez bien à expliquer l'incompétence militaire par un facteur psychologique (bien sûr, il y a d'autres facteurs), la combinaison de ces traits amenant le général à se protéger en refusant le réel.

Ça expliquerait peut-être l'absence d'énormes bourdes tactiques chez les Teutons. Dans une armée aussi agressive que l'était la Reichswehr, la distance entre le soldat et le guerrier est forcément moindre.

On note chez le général incompétent une totale incapacité à s'élever au niveau stratégique, même quand il y prétend, à voir plus loin que son théâtre d'opérations. C'est particulièrement vrai des bouchers du Bomber Command pendant la seconde guerre mondiale.

Des champions de la recherche de boucs-émissaires

Dixon cite des exemples de boucs-émissaires désignés par des généraux incompétents. C'est un crève-cœur, car le bouc-émissaire idéal est évidemment celui qui a eu raison contre le général incompétent. Notre âne criminel de Joffre était particulièrement bon à cet exercice déshonorant.

Les caractéristiques du mauvais général (autoritarisme, ego fragile, sur-socialisation) en font un excellent chercheur de boucs-émissaires (je suis sûr que, dans le milieu professionnel, vous avez rencontré des chefs de ce genre).

Dixon cite quelques cas où la presse anglaise, relativement libre, s'est insurgée contre des généraux incompétents se protégeant les uns les autres.

Douglas Haig, le général commandant le corps expéditionnaire britannique pendant la première guerre mondiale, était si mauvais, avec tous les traits sympathiques qu'on imagine au général incompétent (cassant, sans humour, etc), archétype du castle general, que c'est un lieu commun anglo-saxon de considérer que la défiance de l'autorité qui aboutit à la crise des années 60 commence avec lui.

Je ne sais pas si ce lieu commun est vrai, mais le simple fait qu'il existe est significatif.

Des militaires idiots ?

Dixon remarque que :

> il y a une longue tradition d'anti-intellectualisme dans l'armée britannique.

> le niveau académique des recrues d'écoles militaires est inférieur à la moyenne de la population étudiante

> les jeunes officiers les mieux notés sont ceux qui quittent le plus la carrière

Je ne sais pas si c'est transposable à l'armée française. Tout juste puis-je dire qu'avant 1914, il était courant qu'un officier mentionne son éditeur sur sa carte de visite et que la dissuasion nucléaire a nécessité d'intenses réflexions stratégiques (hélas un peu oubliées de nos jours).

Ensuite, l'auteur perd un peu le fil dans une partie sur les biais psychologiques (biais de confirmation, dissonance cognitive, etc.) intéressante mais brouillonne.

Des nazis partout ?

Un des traits qui caractérisent les militaires est l'autoritarisme.  Suite à la seconde guerre mondiale, les pys se sont lancés dans des études de masse. Ils ont constaté que le profil autoritaire était très répandu (on s'en doutait, mais on peut désormais mettre des chiffres).

Evidemment, le profil autoritaire n'est pas le plus adapté aux événements changeants de la guerre mais c'est celui qui est le plus attiré par l'armée.

Dixon fait deux remarques :

> à notre époque où on choisit sa carrière, les profils psychologiques sont plus uniformes dans l'armée qu'à l'époque où la carrière était assignée par le rang de naissance.

> c'est sous l'ère victorienne que les public schools ont penché vers l'autoritarisme et la pudibonderie, c'est-à-dire quand l'empire était déjà bâti. Autrement dit, l'éducation était libérale quand il s'agissait de produire des bâtisseurs d'empire et elle est devenue autoritaire quand il s'est agi de produire des administrateurs d'empire.

On notera qu'avec l'Auftragstaktik (le commandement par mission), l'armée allemande a en partie désamorcé les défauts de l'autoritarisme.

Les personnalités

Dixon conclut sur quelques personnalités qui, selon lui, valident sa thèse. Deux se détachent :

Nelson, enfance heureuse, amiral de génie. Nelson avait toutes les qualités de Napoléon plus une : il savait ménager ses hommes et son matériel. Il a toutes les caractéristiques du type épanoui, bien dans sa peau.

Haig, le boucher des Flandres. Enfance malheureuse, ignoble ganache.

Un problème anglais ?

Comme disait un Corse célèbre, l'Angleterre est une nation de boutiquiers. Elle a de meilleurs banquiers que de militaires.

Dixon fait cependant une remarque absolument transposable à la France : si on nomme des lords généraux, c'est d'abord pour leur absence de danger politique (ils ne risquent pas de remettre en cause la système qui les a faits lords) plus que pour leurs compétences militaires. On peut dire exactement la même chose des généraux de notre raie-publique de 1871 à nos jours, les cas les plus célèbres étant Joffre et Gamelin.

De toute façon, en 2026, le problème de l'armée anglaise n'est plus d'être compétente mais de rester anglaise.





mardi, décembre 30, 2025

Le réalisme intégral (Claude Tresmontant)

Encore Tresmontant. Mais, en réalité, j'avais cette recension en soute depuis longtemps.

C'est une anthologie par ordre chronologique des œuvres de Claude Tresmontant.

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Le nihilisme et le réalisme intégral s'opposent terme à terme.

Nihilisme : considérer en chaque chose uniquement les raisons de la détruire. C'est une réaction d'adolescent furieux de ne pas s'être auto-engendré, qui veut détruire le monde parce qu'il a existé avant lui et qu'il existera après lui. C'est notre époque.

Réalisme intégral : prendre le monde tel qu'il est, c'est-à-dire donné par Dieu (le réalisme est intégral parce qu'il prend le visible et l'invisible, l'existence de Dieu).

Claude Tresmontant est mort entouré de sa famille en récitant des prières chrétiennes en hébreu. Ca a une autre gueule que piqué au Rivotril par une infirmière tatouée.

Comme je n'aime pas me répéter, je vous prie de lire ces deux billets :

Le Christ hébreu (C. Tresmontant)


La pensée de Tresmontant est conforme à sa cosmologie : elle se développe et s'enrichit à partir d'un point de départ qui contient déjà tout en germe.

Le problème de l'existence de Dieu : le temps créateur.

Le problème de l'existence de Dieu est simple à poser.

Quelque chose ne peut sortir de rien. Puisque le monde existe, il y a un incréé quelque part.

Soit cet incréé est le monde lui-même, qui est là de toute éternité et pour l'éternité. C'est la thèse des philosophes grecs et des philosophes nazis allemands.

Soit cet incréé est extérieur à notre monde (thèse judéo-chrétienne) et c'est qu'on appelle Dieu. À charge pour les théologiens d'en trouver et d'en prouver les caractéristiques (unicité, ubiquité, toute-puissance, bonté etc.)

D'où l'hostilité fondamentale des philosophes nazis allemands envers les juifs. Pour Tresmontant, le nazisme n'est pas un accident de l'histoire qui aurait pu arriver à un autre pays mais bien un produit spécifique de l'Allemagne du fait de sa weltanschauung (ça impressionne toujours les Français quand on emploie des mots boches).

Tresmontant s'intéresse beaucoup à la biologie et la cosmologie. Pour lui, toute philosophie doit intégrer les découvertes scientifiques.

Son premier livre, La pensée hébraïque, explique que le monde est en création permanente, qu'il y a sans cesse augmentation de la complexité, c'est-à-dire injection par Dieu d'information dans le système monde. Cette vision s'oppose au temps immobile des Grecs ou au temps cyclique des bouddhistes.

Dans la Bible, le verbe « créer » est réservé à Dieu. Les hommes fabriquent, seul Dieu crée. Le corps n'est pas mauvais puisqu'il est donné par Dieu, la vie n'est pas mauvaise puisqu'elle est donnée par Dieu. Nous sommes très loin du pessimisme ontologique des hindous, des bouddhistes et des platoniciens.

Tresmontant n'a aucun problème avec le darwinisme à la condition de ne pas invoquer le seul hasard. Comme disait Chesterton « Donnez un pot d'ocre à un singe, mettez le dans une grotte un temps infini et jamais il ne vous peindra Lascaux ».

Pour Tresmontant, la liaison entre la pensée hébraïque et le christianisme est intime, profonde. Nul doute que la remontée actuelle de la judéophobie l'aurait beaucoup chagriné. Pourtant, il était catholique et, comme tel, considérait les juifs, refusant le Christ, comme étant dans l'erreur.

Il se trouve que la pensée judéo-chrétienne n'est pas contradictoire, contrairement aux pensées cycliques, avec la cosmologie actuelle d'un univers en expansion. Ce n'est pas une preuve de justesse mais c'est au moins une preuve de non-contradiction.

Croire ? Ce n'est pas le problème.

Selon Tresmontant, nous faisons un contre-sens fidéiste gravissime. Le mot hébreu qui est couramment traduit par  « foi » signifie en réalité « connaissance », c'est-à-dire, dans notre référentiel, l'exact inverse.

Evidemment, tout un tas de conséquences néfastes découle de cette erreur. C'est, en gros, le nominalisme : en 1625, « Dieu existe parce que je le dis », en 2025 « Robert est une femme parce qu'il le dit ». Non, non, Dieu n'existe pas parce que quelqu'un le dit, parce que quelqu'un y croit. Dieu existe parce que son existence est rationnellement démontrable, même s'il faut la Foi pour parcourir le dernier mètre. Le catéchisme dit (excellente définition qu'il n'est nul besoin de réviser) : « La Foi est l'assentiment à l'intelligence des choses révélées ». Les Pères de l'Eglise et les docteurs de l'Eglise ont bâti une cathédrale intellectuelle, ce n'est pas juste parce qu'ils s'ennuyaient en attendant la messe du dimanche.

Au passage, Tresmontant rit de thèses modernistes idiotes, comme « les frères de Jésus », qui sont juste révélatrices de l'incompétence de ceux qui les soutiennent (en hébreu, frères et cousins, c'est pareil. Qu'il y ait pu y avoir des confusions en passant au grec n'y change rien).

La crise moderniste

La crise moderniste découle directement du fidéisme.

Si la Foi est un saut du sentiment dans l'irrationnel, si la Foi n'est pas fondée en raison, elle est fragile et, effectivement, une découverte scientifique peut ébranler la Foi.

Mais si la Foi est fondée en raison, il faut que les découvertes scientifiques remettent en cause les raisons de croire pour ébranler la Foi. Or, comme celles-ci sont d'un autre ordre, ça parait bien difficile.

Les exégètes du stupide (décidément) XIXème siècle, les Loisy et compagnie, ont cru que leurs découvertes remettaient en cause le dogme. Péché d'orgueil.

Saint Thomas d'Aquin et ses collègues scholastiques auraient sans doute trouvé ces découvertes très intéressantes, mais n'auraient pas remis en cause une ligne de leurs traités de théologie, car ils savaient qu'il y a plusieurs niveaux d'interprétation possibles de la Bible (ils en avaient codifié quatre).

C'est ce que répond le pape Pie X dans l'encyclique Pascendi Dominici gregis en 1907. J'aimerais qu'aujourd'hui les prêtres aient cette clarté, je trouve qu'ils font trop souvent appel à des arguments sentimentaux (mais il parait que c'est moins qu'il y a a quelques décennies).

Même chose pour le darwinisme. Il ne prouve pas que Dieu n'existe pas ou même qu'il n'y a pas besoin de Dieu. Il est très facile de penser que le Dieu créateur intervient discrètement dans l'évolution. Saint Thomas d'Aquin pensait, à la suite d'Aristote, que le monde était éternel, ça ne l'empêchait pas de croire au Dieu créateur.

C'est très protestant de prendre la Bible littéralement (parce que c'est le plus facile) et d'être ébranlé par une contradiction factuelle. Voilà ce qui arrive quand on permet à n'importe qui de lire et d'interpréter les textes sacrés sans l'aide du magistère (c'est tellement idiot que les protestants ont rapidement créé des centaines de sectes avec chacune leur petit magistère , qui ne peut pas blairer ses concurrents. Belle réussite !).

La déculturation française étant ce qu'elle est, je me sens obligé de rappeler ce qui allait de soi naguère : la Bible n'a pas le même statut chez les catholiques que le Coran chez les musulmans. Les prophètes sont inspirés par Dieu et, donc, la Bible aussi. Inspirée, mais pas dictée. N'étant pas directement dictée par Dieu, la Bible peut subir l'exégèse sans blasphème.

Je remarque que l'exégèse n'a remis en cause aucun dogme fondamental du catholicisme.

La gnose

La gnose (voir mes trois billets sur la gnose : billet 1, billet 2, billet 3) est l'ennemie de la révélation christique, de l'incarnation.

C'est la tentation permanente du chrétien, parce que la gnose soulage de tout ce qui est difficile dans le christianisme. La gnose : « L'homme ne devrait pas avoir de corps, il devrait être pur esprit, la matière est une déchéance ».

On reconnait infailliblement la gnose à ce qu'elle est anti-juive. C'est d'ailleurs pour cela que les Pères de l'Eglise combattaient le marcionisme (le rejet de l'Ancien Testament), pour combattre la gnose.

Tresmontant cite Simone Weil, qui hésite à se convertir au Christ parce qu'elle trouve l'Ancien Testament plein d'horreurs. Mais elle était folle à lier (à part le fait que notre époque aussi est folle, je ne comprends pas l'engouement pour cette cinglée - même si La pesanteur et la Grâce est pas mal. Il y a chez le catholique un refus du rigorisme, de l'ascèse ostentatoire).

Notre monde de 2025 est gnostique (d'où la mode des tatouages et de l'écologisme, deux formes de haine du corps, chez les cons).

Deutschland unter alles.

Dire que Tresmontant n'aime pas la philosophie allemande est une grosse litote. Il ne cache pas son mépris d'airain pour Fichte, Kant, Heidegger et compagnie.

Ca me fait vraiment penser à ça.

Il considère que le fond la philosophie allemande est le rejet de l'idée juive de création et, par ricochet, du Christ, que la judéophobie est consubstantielle à la philosophie allemande et que le nazisme n'est pas un accident.

Il avait bien compris que le nazisme d'Heidegger n'était pas simple carriérisme, mais une conviction cohérente avec sa philosophie (ce qu'a, depuis, confirmé la publication posthume des cahiers d'Heidegger). A l'époque où Tresmontant écrivait cela, mon prof d'histoire gauchiste veste de mouton retourné nous expliquait qu'il fallait séparer l'homme Heidegger de son œuvre.

D'un autre côté, Tresmontant me déçoit beaucoup en entonnant un couplet anti-raciste assez ridicule (mais, en 1956, cela n'avait pas la même signification qu'aujourd'hui) et en se disant de gauche (avec des paroles au vitriol pour les « cathos de gauche »). Je comprends qu'il voulût se tenir à distance d'une certaine droite rance et petite-bourgeoise, mais ça ne suffit pas à justifier d'être de gauche. Décidément, les intellectuels, même les biens, ne comprennent rien à la politique (bien sûr, tous les hommes sont égaux devant Dieu indépendamment de la race, mais il se trouve que nous ne sommes pas Dieu et que, en politique, nous devons tenir compte de la race. C'est d'autant plus gênant que la science récente, sur laquelle il s'appuie tant, dit des choses sur les races humaines).

Psychothérapie chrétienne

Passage savoureux.

Tresmontant n'aime pas les psys, parce qu'ils sont matérialistes, donc fondamentalement dans l'erreur.

Il appelle donc à l'avénement d'une psychothérapie chrétienne (qui existe en réalité depuis des siècles, il suffit de lire les manuels de confession pour s'en rendre compte. Et les curés n'étaient pas plus mauvais psychothérapeutes que nos modernes psys) s'appuyant sur l'anthropologie chrétienne. Il donne des exemples. Soigner les maladie du narcissisme par l'humilité et la charité, etc.

Exégèse

Les derniers ouvrages de Tresmontant cherchent à retrouver l'original hébreux des Evangiles sous le texte grec. Passionnant.

Tresmontant attaque bille en tête : le faux consensus (en science, le consensus est toujours stupide) allemand (encore eux) de la rédaction tardive des Evangiles ne tient absolument pas la route. (Wikipedia défend évidemment ce faux consensus, preuve qu'il est idiot). C'est une manœuvre de protestants pour discréditer l'Eglise catholique (plus la rédaction des Evangiles est tardive, moins l'Eglise a de légitimité à s'en réclamer).

Il faut avoir le bon sens (je sais, c'est la chose la plus difficile pour des universitaires) de différencier la mise par écrit des paroles du Christ (pour Tresmontant, quasi-instantanée, comme des notes de cours) et le fait de rassembler ces notes en un corpus institutionnalisé.

Pour bien comprendre la stupidité de la thèse de la rédaction tardive des Evangiles (je suis toujours estomaqué que les exégètes, qui font profession de cette étude, arrivent à perdre de vue ces faits que, assurément, ils connaissent) :

> le taux d'alphabétisation chez les juifs du temps de Jésus est très élevé.

> Jésus avait parmi ses disciples des professions intellectuelles (collecteurs d'impôts, prêtres, etc).

D'après la thèse de la rédaction tardive, ces gens qui savaient lire et écrire auraient attendu 50, 60 ans, pour coucher sur le papier les paroles du Maitre. Qui peut croire des balivernes pareilles ? Ces foutaises font partie des idioties qu'il faut être très « intelligent » pour soutenir (nombreux exemples, hélas, dans notre quotidien).

La thèse de la rédaction tardive des Evangiles est juste un des nombreux symptômes de l'anti-catholicisme de la modernité. Rien qui doive attirer la considération et l'estime.

Le fils de Tresmontant lui fait remarquer qu'au cours de cette traduction, étalée sur plusieurs années, il emploie de plus en plus souvent l'expression « le Seigneur » plutôt que « Jésus » ou le « Christ ». Tresmontant reconnait qu'à fréquenter quotidiennement les Evangiles, il finit par subir l'autorité du Seigneur.

Filioque

Le Saint Esprit procède-t-il du Père ou du Père et du Fils (filioque, en latin) ? C'est ce point qui sépare les catholiques des orthodoxes.

Tresmontant prend position clairement : ce sont les orthodoxes qui ont raison. Le filioque est erroné (Léon XIV vient d'ailleurs de le remettre en cause). Pour Tresmontant, cette erreur résulte du passage du très concret hébreu à l'abstrait grec puis au latin. Saint Augustin a identifié le Fils au logos du Père, abstraction qui justifie le filioque et ouvre la voie à l'hérésie arienne (Jésus est subordonné au Père) si elle est mal comprise.

On devrait plutôt parler de « faces » ou d'« aspects » de Dieu, plutôt que « personnes ». Ça induirait moins en erreur.

Je suis toujours émerveillé que des points théologiques qui paraissent abscons aient des conséquences très concrètes.

La résurrection des corps et l'immortalité de l'âme

Tresmontant déteste l'utilisation de vocabulaire transposé directement du grec ou du latin comme « résurrection » ou « eucharistie » ou « Verbe ». Il trouve que cela obscurcit le sens, il préférerait qu'on dît « relèvement » plutôt que « résurrection » (c'est d'ailleurs ce qu'on dit en anglais : the Lord is risen).

Je trouve qu'il manque de psychologie. L'emploi d'un vocabulaire spécifique ne me choque pas, à condition qu'il soit correctement expliqué et compris.

Ceci étant dit, Tresmontant estime que nous sommes trompés par la séparation platonicienne du corps et de l'âme, séparation que ne faisaient pas les juifs et que ne devraient pas faire les chrétiens. Par conséquent, il n'y aura pas de relèvement des corps indépendamment l'âme. Ce que la résurrection sera, on ne peut pas le dire, c'est un mystère qui nous dépasse.

Il faut juste faire confiance à Isaïe (65, 17) :

Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. 

qu'on retrouve aussi dans l'Apocalypse (21, 5-6) (Tresmontant préférerait qu'on dît Le Dévoilement !) :

« Lors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Et il dit : « Écris, car ces paroles sont dignes de foi et vraies. »

Puis il me dit : « C’est fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. À celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement. »

Et Mon royaume n'est pas de ce monde.

Quant à l'immortalité de l'âme, pareil : il faut en croire la promesse du Créateur mais impossible de connaitre en quoi elle consiste exactement.

Donc impossible de répondre à « Est-ce que je retrouverai mon chat au Paradis ? ».

Le legs empoisonné de Saint Augustin

Saint Augustin a commis l'exploit d'être à l'origine théologique de deux schismes : le grand schisme (avec le filioque) et la Réforme (avec sa conception terrible du péché originel et de la grâce).

Il est bon qu'un fils d'Augustin, le pape Léon XIV, entreprenne de corriger l'erreur du filioque.

Quant à concevoir le péché originel comme une chute de l'esprit dans la matière, c'est typiquement gnostique. Augustin écrit sans sourciller que les bébés non-baptisés brûlent en Enfer. C'est franchement insupportable (vous aurez compris que Saint Augustin n'est pas mon saint préféré. Et puis, quelqu'un qui a servi de référence au jansénisme ...).

Tresmontant préfère la christologie du Bienheureux Jean Duns Scot : le Christ est l'Homme Parfait, celui vers lequel tout homme doit  tendre. En attendant le jour béni où, dans un royaume qui n'est pas de ce monde (halte au millénarisme), tous les hommes seront parfaits, l'homme est frappé d'imperfection, c'est ce qu'on appelle le péché originel.

Ce n'est pas réjouissant, mais c'est loin du pénible rigorisme janséniste ou puritain.

Voilà qui conclut cette (longue) recension.

mardi, novembre 25, 2025

Retour au réel (Gustave Thibon)

Ce livre de 1946 (première édition 1943) n'a pas été ouvert depuis 80 ans, je l'ai massicoté. Etrange.

Un réaliste mou du genou 

J'ai toujours du mal avec les gens, comme Thibon, qui se prétendent réalistes et qui ont refusé de rejoindre De Gaulle. C'est comme refuser de rejoindre Jeanne d'arc en 1429 : c'est confondre réalisme et courte vue.

Cela me rappelle Le livre de raison de Glaude Bourguignon : Henri Vincenot écrit que les envahisseurs passent et la terre reste, que le paysan n’a pas à se mêler des choses politiques, comme de se défendre contre l'envahisseur. A un détail près, qui a une certaine importance : Vincenot a eu quelques ennuis avec la Gestapo.

Pendant que Thibon écrivait, inspiré par le christianisme, certains monastères stockaient les armes, et plus.

Les ancêtres de Thibon et de Vincenot, tout paysans qu'ils étaient, sont allés jusqu'à Jerusalem à pinces pour délivrer le tombeau du Christ des infidèles. Lui, non, il n'a même pas pris la croix de Lorraine.

Je comprends mieux son amitié avec Simone Weil : elle avait ce grain de folie qui lui manquait.

Bref, Gustave Thibon est meilleur pour parler de réalisme que pour le pratiquer.

Allons, prenons le comme il est.

Ce préliminaire étant éliminé, attaquons.

« Notre mal le plus profond gît dans l’irréalisme de la pensée et de la conduite. Cet irréalisme procède du relâchement ou de la rupture des liens vitaux. L’homme qui vit en contact avec le réel, qui travaille sur du réel a nécessairement le sens du réel… Ce qu’on appelle le bon sens n’est pas autre chose que cet équilibre que crée dans la pensée et les actes la communion au réel. L’homme de bon sens est toujours un homme relié. L’isolé, le déraciné au contraire, si intelligent qu’il puisse être, n’a pas de bon sens et l’absurdité éclate dans ses propos et dans ses gestes. »

Comme vous voyez, Thibon parle excellemment du réalisme. Il a bien compris le lien entre culture de mort et goût des grandes idées creuses.

J'entends pourquoi beaucoup ont trouvé dans Thibon un réconfort pendant la guerre. C'est intelligent, élevé, bien écrit.

La table des matières

Première partie

Réalisme de la terre
Réalisme civique
Individualisme et dénatalité
Christianisme et mystique démocratique
Surnaturalisme et surnaturel
Dépendance et liberté
Le devoir et l'intérêt
La semence et le terrain
Vie affective et vie sociale
Pharisianisme
Prévision et espérance
L'homme et l'héroïsme

Deuxième partie

Essence de la noblesse
Réalisme social
Réalisme moral
La loi et la vie
Réalisme du savoir
L'idéal et le mensonge

Thibon commence par un constat : les Français délaissent le risque (un souverain prend une décision risquée pour un enjeu qui en vaut la peine) au profit de l'aventure (un enfant qui s'ennuie prend des risques dont l'objectif n'en vaut pas la peine).

Yersin prenant des risques pour découvrir le bacille de la peste, oui. Machin qui prend des risques pour faire le tour du monde en bateau ou pour gravir telle montagne, non.

Une agence de voyage britannique organise des reconstitutions des missions commandos de la seconde guerre mondiale. Quelle mascarade ! Quelle tristesse !

Aujourd'hui, dans notre monde fou, inversé : faire le couillon en sautant d'une montagne, oui. Devenir père, non.

Paysannerie

Thibon explique en quoi la disparition de la paysannerie française (guerre de 14 + machinisme agricole) est une catastrophe anthropologique qui menace l'existence même de la France. Son texte est à mes yeux définitif : on ne pourra pas mieux décrire ce que nous avons perdu en perdant nos paysans et pourquoi cette disparition est une menace existentielle pour la France.

Dénatalité 

Il met la dénatalité sur le compte de l'individualisme (qui va de pair avec l'irreligion). Avoir des enfants suppose le fatalisme, « On prend les enfants comme ils viennent » disait la sagesse populaire. Or, le fatalisme, s'engager sans savoir où on va (le père est le dernier aventurier, Péguy. Aventure au sens de risque chez Thibon) est insupportable à l'individu-roi.

D'où le « projet d'enfant », bien cadré, bien réfléchi dont on nous bassine à longueur de journée (cette expression idiote n'aurait pas surpris Thibon). Le « projet d'enfant » le mieux maitrisé, c'est de ne pas en avoir.

Bin non, un enfant n'est pas un projet, c'est un don de Dieu.

C'est marrant de penser que Thibon écrivait ça au tout début du baby boom, mais l'effondrement de la natalité depuis les années 70 prouve que c'était juste un éclair. Il n'a pas vraiment de solution.

Thibon voit la généralisation du mariage d'amour (fort récente : avant, il suffisait que les époux n'aient pas de répulsion l'un pour l'autre) comme une imbécilité mièvre. Fonder quelque chose d'aussi important que la famille sur les fugaces sentiments n'est pas un sommet d'intelligence. Il anticipait l'explosion du nombre de divorces eyt la destruction de la famille (Chesterton aussi).

Religion démocratique

Simple : Thibon aurait pu faire sien le titre de Hans-Hermann Hoppe Démocratie, le Dieu qui a échoué.

Il écrit ce que je dis souvent. Les Français ont remplacé Dieu par l'Etat pour faire face aux difficultés de la vie et ça se passe mal. Ils n'ont jamais été aussi malheureux et dépressifs malgré l'abondance de biens matériels.

Pour Thibon, religion démocratique et athéisme sont liés. « Un révolutionnaire ne supporte pas d'être éternellement à genoux devant Dieu. »

En effet, la religion démocratique moderne n'a rien à voir avec la démocratie athénienne, régime politique parmi d'autres, dont les Grecs savaient considérer les avantages et les inconvénients.

La religion  démocratique est un culte absolu de l'homme rousseauiste, totalement irréaliste, une contestation de l'ordre naturel voulu par Dieu. Dans l'ordre naturel, il n'y a aucun régime politique parfait, seul Dieu est parfait, mais le péché est en l'homme.

Par une dérive (satanique ?), l'homme est devenu bon par nature (ce qu'il sera au Paradis, mais non en ce monde), seule la société apporte le Mal. La correction de ce Mal est le culte démocratique. Comme, évidemment, ce culte est basé sur une hypothèse fausse (l'homme bon par nature et corrompu par la société), ça merde.

Thibon semble considérer que toute catastrophe humaine trouve son origine dans une erreur philosophique ou théologique, il n'aurait pas renié Tresmontant : « Toutes les grandes catastrophes humaines trouvent leur origine dans une catastrophe intellectuelle ».

Thbon résume donc les choses ainsi : « Je vois une continuité parfaite entre la très légère déviation du christianisme de Fénelon, le théisme de Rouseau, le panthéisme des romantiques et l'athéisme des socialistes du XXème siècle ».

A mon avis, la pierre de touche est toujours le Dieu d'Israël : quand on sépare le Dieu un rien soupe-au-lait de l'Ancien Testament du Dieu d'amour du Nouveau testament, hérésie connue sous le nom de marcionisme et condamnée dès le IIème siècle, les conneries commencent. Sous le sirupeux, l'atrocité sommeille, il n'y a pas plus sentimental qu'un commissaire politique (c'est pourquoi les femmes sont très bonnes dans ce rôle).

Thibon écrit quelque chose que j'aurais pu écrire : la croyance en la politique est un symptôme d'affaiblissement des caractères. On croit à la réforme par la politique parce qu'on n'est plus capable de se réformer soi-même. On n'imagine pas les caractères forts d'antan s'exaltant pour un bout de papier dans une boite. Je ne me vois pas demandant à Cortes « Dis, Hernan, c'est quoi ton opinion sur l'augmentation de 1 % de la CSG ? ». D'ailleurs qu'a fait un soldat espagnol blessé et un peu perdu ? De la politique ? Non, il a fondé un ordre religieux, les jésuites.

Thibon anticipe de manière remarquable le badinterisme (quand on a les bons principes, l'avenir n'est pas si voilé) : les institutions doivent être sévères pour que les hommes puissent être charitables. Quand les hommes renoncent à la vertu, ils demandent aux institutions de montrer les vertus qu'ils n'ont plus, générosité, charité, miséricorde ... et la société se défait dans une inversion des valeurs complète (pas mal vu en 1943, non ?).

La tentative des gauchistes (articles du Monde et de Libé, émissions sur la « justice restaurative » ...) de nous apitoyer sur Salah Abdelslam est tout à fait logique. Des gens sont choqués ? Et alors ? Pourquoi ne vont-ils pas à la messe pour rétablir l'ordre naturel dans sa légitimité ? Ah, ils aiment bien contester l'ordre naturel quand ça leur permet de « jouir sans entraves » (avortement, contraception, divorce, etc) mais pas quand ça réhabilite un terroriste ? Désolé les gars, c'est un paquet cadeau.

Thibon est contre les assurances sociales, qui déresponsabilisent. Il préférait l'ancien système, prévoyance personnelle, famille et charité.

Le suffrage universel est évidemment stupide. Si cette stupidité ne nous saute pas aux yeux, c'est que nous avons transposé « Tout homme est fait pour Dieu » en « Tout homme est fait pour la démocratie ».

Il y a un argument particulièrement con, « Il faut voter parce que des gens sont morts pour que nous ayons le droit de vote ». Bin non. Des gens sont morts pour la France, pour la liberté, certains même pour le communisme universel, mais pour le droit de vote, jamais.

Ca ne me gênerait pas qu'on ne me demande pas mon avis si les gouvernants étaient légitimes.

La triade noire nominaliste

Thibon n'emploie pas le mot « nominalisme », mais c'est bien l'idée tout au long de son livre.

Notre triade noire nominaliste ne l'aurait pas du tout surpris (dans l'ordre chronologique) :

> le féminisme. « Germaine est un homme comme les autres parce qu'elle le veut ». Qui aboutit évidemment à « Robert est une femme comme les autres parce qu'il le veut ».

> l'anti-racisme. « Les races humaines n'existent pas et, d'ailleurs, les blancs doivent être exterminés ». Qui aboutit à « Mouloud et Boubakar sont aussi français que vouzémoi parce que la bureaucratie qui est en France leur a donné un bout de plastique ».

> l'écologisme. « J'ai besoin de croire que "la Planète" souffre de catastrophes imaginaires pour remplir la vacuité de ma vie ».

Ce que nous vivons n'est pas une évolution plus ou moins positive que combattraient quelques nostalgiques arriérés comme moi (thèse des veules amis du désastre). C'est une folie furieuse nihiliste, une maladie collective mortelle, comme on le démontre aisément par la raison.

Le remède est donné par Thibon : le retour au réel. Les choses et les êtres ont une nature, qu'il faut respecter.

Les hommes et les femmes sont ontologiquement différents et c'est une folie de les mettre en concurrence. Les races humaines existent et les hommes n'ont pas vocation à être mélangés L'homme est infiniment supérieur à la Nature, il en est maitre et possesseur et et ne doit pas en faire une idole, non plus qu'une esclave.

Mais le réalisme suppose de revenir à Dieu, car c'est le respect de la transcendance qui rétablit l'ordre naturel. Et, d'après ce que je vois et j'entends des Français, à part un « petit reste », une élite du cœur et de l'intelligence (je suis parfois surpris : je vois de jeunes têtes nouvelles à l'église), ce n'est pas pour tout de suite.

Plus le réel tape fort à leur porte, plus les Français essaient de fuir leurs responsabilités en mettant tout sur le dos des politiciens (qui, certes, ont aussi leurs responsabilités). Mais comment pouvez vous avoir comme idéal de vie les vacances et la retraite et considérer que vous n'avez aucune responsabilité dans le naufrage collectif ?

Alors, comme le peuple d'Israël sur qui s'abattaient des maux quand il oubliait Dieu, le peuple français mérite les malheurs qui lui arrivent.

Il n'y a dans mon jugement ni mépris ni schadenfreude, c'est juste l'application du principe de causalité, les causes ont des conséquences. Quand un peuple se renie, renie Dieu et déserte ses églises, les conséquences ne sont pas bonnes.

Bien sûr, j'émets un jugement moral sur le fait de renier Dieu. Cependant, même sans mon jugement, les conséquences seraient les mêmes : renier la transcendance, c'est condamner l'ordre social à mort.

On me dit : « Tu rêves, tu n'es pas réaliste. Le passé est le passé. La France ne redeviendra jamais catholique ». C'est possible. Dans ce cas, ça ne sera plus la France. Pas plus que la Turquie n'est l'empire byzantin et Istanboul Constantinople. Il n'y a que les crétins, les lâches et les salauds (ça fait déjà du monde) pour prétendre qu'une France colorisée, africanisée et islamisée serait encore la France.

Le peuple français n'est absolument pas défini par le fait d'être universaliste, ou blanc, ou occidental, ou européen, ou païen, ou par aucune de ses régions. Le peuple français est défini par le fait d'être gaulois (depuis 2500 ans) et chrétien (depuis 1500 ans).


Si vous grand-remplacez les Gaulois et si vous persécutez le christianisme, que reste-il du peuple français et de la France ? Rien.

Prions pour la France. Et agissons dans la mesure de nos moyens.


Les héros et les saints

Thibon écrit excellemment de diverses choses très contemporaines (il n'anticipe pas le délire mortifère écologiste et le grand remplacement mais ce qu'il dit permet de les comprendre).

Je passe sur nombre d'idées, vous lirez ce livre si vous voulez. Il a beaucoup de considérations fines sur les modernes et ce qui les rend vides d'humanité, des zombies.

Thibon n'a aucune confiance dans les masses : elles suivent, jusqu'au suicide collectif si tel est le chemin choisi par les dominants.

Je pense qu'il a tant de mépris pour le moderne, dont la bourgeoise gauchiste est l'acme, qu'aucun de nos délires débiles ne l'aurait surpris.

Il pense que nous serons sauvés par les héros et par les saints.

Mais nous sommes dans un tel naufrage anthropologique, nous sommes devenus une telle société de zombies, que faire sa vie comme un père de famille ou une mère de famille de 1700, c'est déjà être un saint et un héros. « Un saint ne fait pas plus d'efforts et de sacrifices pour son dieu qu'un avare pour s'enrichir ou qu'une coquette pour se faire admirer ».

Thibon cite comme guide Saint Thérèse de Lisieux (nommée depuis Docteur de l'Eglise). Je suis épaté par cette petite Normande, morte à 24 ans. Pour le dire vulgairement, elle m'en bouche un coin, comme Jeanne d'Arc. Son Histoire d'une âme (certes corrigée, mais pas tant que ça, par sa sœur Agnès qui était aussi sa mère supérieure) fut un succès d'édition phénoménal (des dizaines de millions d'exemplaires) un peu oublié en notre époque mécréante. Elle était très lue par les Poilus dans les tranchées.

mardi, novembre 11, 2025

1940 La guerre des occasions perdues (Adolphe Goutard)

Publié en 1956, ce livre était novateur parce qu'il contestait que la France avait perdu en 1940 par infériorité matérielle, thèse communément admise à l'époque.

Goutard démontre les fautes du commandement français.

Il se laisse complètement avoir par la comédie hitlérienne, il croit que Hitler a été désagréablement surpris par l'entrée en guerre de l'Angleterre (Adam Tooze a depuis prouvé que l'Allemagne a provoqué la guerre pile-poil au moment optimal du point de vue de la politique d'armement).

Mais son analyse militaire reste juste.

La guerre-éclair a besoin d'ennemis complaisants

La guerre-éclair ne fonctionne que face à des ennemis qui se laissent impressionner par la vitesse et prennent de mauvaises décisions.

Dès que l'ennemi prend les bonnes décisions, les faiblesses de la guerre-éclair, notamment logistiques, deviennent rédhibitoires.

Moscou 1941, Caucase 1942, Koursk 1943, Ardennes 1944 : quand l'ennemi ne se laisse pas gentiment encercler, la guerre-éclair patine.

Au moins deux scénarios auraient pu mettre les Allemands dans une merde noire :

> fermeture de la percée de Sedan envisagée par Gamelin le 15 mai 1940 mais qu'il n'a pas su ordonner.

> la retraite générale au-delà de la Méditerranée, façon Lanrezac en 1914 sauvant l'armée française après le désastre de Charleroi en ordonnant la retraite générale.

Les Allemands seraient vite tombés en panne d'essence et de munitions. Fin mai, leur logistique était au bord de la rupture.

Le refus obstiné, buté, actif, de tirer les leçons de la campagne de Pologne nous a été fatal (« Ce qui s'est passé dans les grandes plaines de l'est n'est pas applicable à la France »). 

À propos d'une éventuelle percée par les Ardennes, Pétain avait dit « Nous les repincerons à la sortie ». Très bien, pourquoi pas ? Encore fallait-il avoir prévu les moyens de les « repincer ».

C'est une faute professionnelle sans excuse de ne pas avoir gardé une réserve, c'est symptomatique de la baisse de qualité du commandement français. Même dans les moments les plus tendus entre 1914 et 1918, l'armée française a eu toujours une armée en réserve. Débarquant au Quai d'Orsay le 16 mai 1940, Churchill demande dans son français pittoresque à Gamelin « Où est la masse de manœuvre ? » et celui-ci répond « Il n'y a en pas ». Churchill écrira que ce fut une des plus grandes surprises de sa vie. A partir de là, la confiance est rompue, à raison, et les Anglais décident de faire cavaliers seuls.

Les pétainistes l'ont beaucoup reproché aux Anglais, mais il faut un sacré culot pour reprocher à des alliés de perdre confiance en un commandement qui se retrouve à poil au bout de 5 jours de bataille, surtout quand les gens qui font le reproche sont ceux-là mêmes qui ont provoqué cette perte de confiance par leur légèreté bornée. 

Par moments, le trou entre les Panzers et l'infanterie qui suivait à pied était de plus en 50 km. Si l'armée française avait occupé cet espace, la situation allemande serait devenue très périlleuse (l'état-major allemand était mort d'inquiétude). Et ce trou était connu du GQG (mais peut-être pas bien appréhendé) : la percée ennemie se déroulait en territoire français, devant le bordel ambiant, les préfets téléphonaient directement à Vincennes pour décrire ce qu'ils voyaient.

Entre le 12 mai (début de la percée allemande à travers les Ardennes) et le 20 mai (Rommel atteint la Manche), les Français (et les Anglais) ont eu chaque jour une occasion de mettre en grande difficulté les Allemands, ils n'ont su en saisir aucune.

Les visiteurs des quartiers-généraux (pour simplifier, il y a trois GQG : c'est très IIIème république, ne faire de peine à personne) décrivent tous la même atmosphère, mélange de fébrilité, d'apathie et de désordre. Le diagnostic n'est pas difficile à poser : il manquait un chef.

Le commandement français de 1940, chaque fois qu'il a eu le choix entre regrouper nos forces et les disperser, a choisi, pour notre malheur, la seconde option. On ne se remet pas d'être dirigé à la guerre par des cons.

Gamelin et Weygand

Les subordonnés de Gamelin l'avaient surnommé « Baudelaire », car on disait que toute sa doctrine se résumait dans le vers : « Je hais le mouvement qui déplace les lignes ».

Le problème de Gamelin se lit dans son vocabulaire :  « Je regrette », « Je déplore », « Je préconise », « Sans vouloir intervenir dans la conduite de la bataille en cours… ». Imagine-t-on Turenne ou Bonaparte, ou même Foch, parlant ainsi ?

Il a un côté François Hollande ou Emmanuel Macron : commentateur désabusé de catastrophes qui relèvent entièrement de sa responsabilité.

On a opposé le caractère de Gamelin et son intelligence. Mais, s'il avait été si intelligent, il n'aurait pas engagé toutes les réserves de l'armée française en Belgique.

Seulement voilà : il était l'homme qui murmurait à l'oreille des ministres et des parlementaires,  le général de Daladier, un militaire comme la raie-publique radicale et franc-maçonne les aime, faussement martial et vraiment mou.

Son remplacement, le 17 mai, au plus mauvais moment, fait perdre deux jours précieux. Même son limogeage aura porté malheur à la France.

En choisissant de résister sur la Somme, Weygand, lui, rend la défaite inéluctable et il le sait, il le fait exprès, par peur d'une révolution communiste, son obsession de minable petit-bourgeois. C'est une trahison pure et simple qui, dans tout pays qui se respecte, lui aurait valu d'être fusillé séance tenante. Il n'a échappé à un procès  mérité à la Libération que parce qu'il y avait déjà trop de procès. De Gaulle a eu entièrement raison de lui refuser les obsèques nationales.

Comme tous ceux qui ont étudié sérieusement la situation (dont De Gaulle lui-même en 1940), Goutard n'a guère de doutes que la poursuite de la guerre outremer était possible. Il y a eu des livres et des bandes dessinées, fort bien faites, basés sur ce scénario.

La Marine Nationale et la Royal Navy étaient intactes. Les dépôts de matériel regorgeaient d'avions prêts à l'emploi que les Allemands trouveront, à leur grand étonnement, eux aussi intacts. Si l'ordre avait été donné à l'armée française d'organiser la retraite générale, il serait trouvé des bonnes volontés pour s'en occuper. L'opération Dynamo a évacué de Dunkerque plus de 300 000 hommes (sans leur matériel) en 10 jours, il était donc tout à fait possible de transférer la majeure partie de l'armée française en Afrique du Nord si les soldats avaient senti une volonté de fer dans le commandement.

L'élection présidentielle américaine était en septembre, Roosevelt réélu, comme il était prévisible, l'aide aurait afflué (contres espèces sonnantes et trébuchantes).

Bref, si l'analyse de Goutard pèche politiquement, il  démontre que, militairement, le commandement français, entre le 10 mai 1940 et le 10 juin, a laissé échapper de vraies occasions de transformer le coup d'audace allemand en désastreuse aventure.

Notre malheur a voulu que nos plus grands militaires, Pétain et Weygand, fussent des traitres défaitistes qui méritaient 12 balles dans la peau (les nostalgies pétainistes de certains cons en 2025 sont tout à fait ridicules). Ils se sont employés à saper la volonté des politiciens, déjà pas bien vaillante (Reynaud est un faux dur), qui était initialement de continuer le combat .

Imaginez la situation inverse : un commandant en chef qui se bat (donc, ni Gamelin, ni Weygand) et qui dit aux politiciens fin mai : « Il est possible de passer 600 000 hommes en Afrique du Nord avec une partie de leur matériel ». Croyez vous que le gouvernement l'aurait refusé ?

Une des explications possibles à cette nullité crasse de nos généraux est peut-être toute simple (hypothèse à vérifier) : l'armée française de l'entre-deux-guerres n'attirait plus l'élite de la nation (Gamelin était major de Saint-Cyr, mais est-ce un gage de qualité suffisant ?).

Après tout, Leclerc et Juin sauront prouver, par leurs capacités manœuvrières (exceptionnelle chez Leclerc) que toute intelligence n'était pas perdue dans l'armée française.

Concluons sur une note positive qui illustre le fossé entre Juin et Gamelin. Au début de l'attaque du Garigliano, les Français butent très durement sur la défense allemande. Juin hésite à faire cesser l'attaque et à ordonner le repli. Que fait-il ? Il se porte sur le front et discute avec les blessés qui redescendent de première ligne. Et ordonne la continuation de l'attaque.

A Alesia, lorsque les Gaulois ont failli percer, qu'a fait Jules César ? Il est allé en première ligne avec sa cape rouge, que toutes les légionnaires connaissaient, et les Gaulois ne sont pas passés.

Voilà ce que Gamelin n'a pas fait (pas la peine de parler de Weygand, décidé à rendre les armes).

Deux billets sur cette période :

La défaite française, un désastre évitable (J. Belle)

Deux jours en mai


mercredi, septembre 24, 2025

Claude Tresmontant, un ouvrier dans la vigne (Emmanuel Tresmontant).

La personnalité de Claude Tresmontant (1925-1997), même décrite par son fils (qu'il a abandonné à 2 ans pour le retrouver 20 ans après), est peu agréable.

Mais, intellectuellement, chapeau !

Né dans une famille communiste athée dysfonctionnelle (il pense un temps être le fils d'André Malraux), il trouve à 16 ans un Nouveau Testament abandonné sur un banc dans un stade où il joue au football, il lit « Qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera ». Deux ans plus tard, il se fait baptiser.

« Le rabbin Ieschoua n'est pas un professeur de morale mais un professeur de vie ».

Le bon gros Pierre a déjà tout dit :

Dès ce moment, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. Jésus donc dit aux douze: Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit: Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.… [Jean 6]

La philosophie de Tresmontant est le « réalisme intégral » : Dieu existe, il a créé le monde, qui est en création permanente par la constante injection d’informations divines.

Les lourds systèmes philosophiques allemands sont mauvais parce qu’ils sont faux, parce qu’ils nient la Création. Jusque dans les années 80, ses cours étaient suivis par les esprits libres.

Et beaucoup d’ingénieurs. C’est un point qui m’a étonné : dans un récent pèlerinage catholique, nous étions un groupe de 19 hommes … dont 18 ingénieurs (dont 7 Polytechniciens .. dont le curé). Les imbéciles croient que la position intelligente, scientifique, est l’athéisme. Visiblement, ce n’est pas l’avis de tout le monde. Toujours le réalisme.

Le monde actuel est incompréhensible si on ne voit pas qu'il est le combat permanent et inexpiable du nominalisme (« Robert est une femme parce qu'il se sent femme », « Un Afghan est un Français comme vouzémoi », « Le climat va nous tomber sur la tête ») contre le réalisme.

Puis, sur la fin de sa vie, ses cours ont été désertés : l’affaissement de l’Université et les « années Mitterrand ».

En 1983, à la sortie du novateur Le Christ hébreu, Tresmontant est accusé par l’extrême-droite d’« enjuiver le christianisme ». A ce niveau de stupidité, la seule réponse possible est le visionnage du sketch des Inconnus, La Secte du grand gourou Skippy, le passage où l’intégriste explique qu’il a commencé par les messes en latin, puis en grec, puis …

La judéophobie autochtone des demi-habiles, des midwits, qui ne cesse de monter en France (essentiellement par dhimmitude, consciente ou non), ne laisse pas de m'inquiéter : je ne suis pas inquiet du sort des juifs en soi, ils peuvent prendre l'avion en dernier ressort, mais la judéophobie est le symptôme d'une société malsaine, qui entre dans le délire collectif, de fantasme paranoïaque, conduisant au suicide sectaire ou au génocide.

Emmanuel Tresmontant raconte aussi un « débat » haineux sur Radio Courtoisie où l’obsession du minable Henry de Lesquen (pas besoin de l’écouter des heures pour comprendre que c’est un homme pétri de ressentiment) était de reprocher à Claude Tresmontant de ne pas être judéophobe. Celui-ci avait pris les choses avec philosophie. Il n’est écrit nulle part que les gens de strême drouâte sont forcément plus intelligents que les gauchistes (Lesquen n'est pas le pingouin qui glisse le plus loin que la banquise. Il manie l'invective et l'insulte avec beaucoup d'énergie, à part ça ...).

La thèse de Tresmontant est triple :

> La rédaction des Evangiles n’est pas du tout tardive, ce sont au contraire des « notes de cours » prises sur le vif ou presque.

> Le grec des Evangiles n’est pas vraiment du grec mais de l’hébreu transcrit mot à mot, à partir du lexique grec-hébreu de la Septante, ce qui permet d’éclaircir les passages obscurs.

> les juifs et les chrétiens ont en commun l'idée tout à fait originale du Dieu créateur (pas le dieu horloger qui lance la machine puis s'absente). Le monde est en création continuelle par injection d'informations divines (Tresmontant se passionnait pour la génétique et pour la cosmologie).

Se détachant de son père, Emmanuel nous fait part d’un épisode traumatique : sa soutenance face à une gauchiste. Il a eu le malheur de citer un excellent extrait de Notre Jeunesse (Péguy), prémonitoire comme souvent, sur les gens qui ne sont dupes de rien, qui ne croient plus à rien, qui se croient supérieurement intelligents, alors qu’ils sont juste vides (c’est toujours la position des faux intelligents : Dieu est un « ami imaginaire » pour les naïfs, ce qui est très réducteur, pour dire le moins. La vanité de ces gens dont Saint Thomas d'Aquin ou Saint Augustin auraient fait du petit bois est infinie). La madame l’a prise pour elle.

Wikipedia nous raconte que les thèses de Tresmontant sont aujourd’hui invalidées. Bien entendu, c’est un des mensonges gauchistes habituels de Wikipedia (on le retrouve dans tous les medias paresseux, c’est-à-dire dans tous les medias. Encore un cas où le ’consensus’ est absolument idiot. C’est de plus en plus fréquent, toujours le refus obstiné du réalisme).

Evidemment, l’enjeu est la fiabilité des Évangiles et donc l’autorité de l’Eglise. Si cette question vous intéresse :

Tresmontant s'est engueulé au restaurant avec un jésuite hégelien (les jésuites sont proches de l'hérésie et pas toujours du bon côté de la frontière, alors que Tresmontant est très orthodoxe sous une expression parfois provocatrice) sur l'humanité du Christ, proches d'en venir aux mains, devant des invités médusés et dépassés par l'altitude  et la violence de la dispute à coups de citations en grec et en hébreu. J'aurais bien aimé voir ça.

L’autorité du Seigneur

Son fils fait remarquer à Tresmontant qu’à mesure qu’il avance dans la traduction des Evangiles, il emploie dans son quotidien de plus en plus souvent l’expression « le Seigneur » à la place de « Jésus » ou de « le Christ ».

Tresmontant l’admet : l’autorité du Christ s’impose à lui (l'hypothèse mythiste, c'est bon pour les gogols et les escrocs à la Onfray. Les gens sensibles, comme Julien Gracq athée - c'est toujours une énigme pour moi les athées et les agnostiques intelligents qui ne vont pas jusqu'au bout du raisonnement, savent que Jésus a une personnalité, et très forte). L’autorité institue (contrairement à l’autoritarisme). Et Jésus a institué l’organisation humaine la plus ancienne : l’Eglise.

« Vous avez entendu qu’il a été dit …, mais moi je vous dis … »

« Vous m’appelez Maitre et Seigneur et vous faites bien, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Maitre et le Seigneur, je vous ai lavé les pieds … »

« Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Il se mit à leur dire ‘Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre’. »

« Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

« Avant qu’Abraham fût, je suis. » (déclaration stupéfiante si on écarte l'hypothèse que l'auteur est fou à lier.)

« Pilate lui dit ‘Alors, tu es roi ?’ Jésus répondit ‘C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la Vérité. Quiconque appartient à la Vérité écoute ma voix.’ »

Et on sait avec quelle autorité il parle aux démons et fend les foules hostiles.

C'est cette autorité que refuse le monde moderne avec obstination, comme les démons et pour les mêmes raisons.

Nota : dans la Bible, le vin et la vigne sont toujours liés à l'Alliance, à l'Esprit et à l'abondance de celui-ci.

dimanche, septembre 21, 2025

Qui était Jean ? [Enquête sur l'auteur du 4ème Evangile] (Claude Tresmontant)

Tresmontant était « catho de gauche ». Ca fait de la peine chez un homme si intelligent. Mais la gauche est une maladie de l'âme liée à une pathologie de la filiation et de l'éducation : quand on connait le parcours chaotique de Tresmontant, on est moins étonné.

Tout adulte est de droite. Et plus on est adulte, plus on est de droite. (Ce n'est pas de moi, mais j'aime bien.)

En théologie, la gauche est une gnose et, donc, l'ennemie intime du Christ.

Heureusement, le sujet d'étude de Tresmontant est assez éloigné pour n'être pas trop affecté par son navrant positionnement politique (Tresmontant sous-estime la valeur de la Tradition, mais, à part ça, guère de traces).

Ce texte posthume est très court. Le sujet est simple, dans le titre : qui est Saint Jean, le quatrième évangéliste ?

Jean l'évangéliste n'est pas Jean, apôtre, le frère de Jacques, fils de Zébédé

L'identification traditionnelle de Jean l'évangéliste comme l'apôtre Jean frère de Jacques est très probablement fautive (comme quoi la tradition peut se tromper). Elle vient d'Irénée de Lyon, qui semble s'être planté sur ce coup là. On a une lettre d'un certain Polycrate, qui identifie Jean l'évangéliste comme un cohen, un prêtre juif.

En effet, le quatrième évangile (qui est probablement en réalité le premier rédigé) est le plus théologique, la différence frappe tout lecteur, même moyennement attentif. Le rédacteur est un lettré, pas un paysan galiléen.

La question qui est posée est : comment la créature (l'homme) peut avoir part à la vie de son créateur (Dieu) ? C'est le sujet du Cantique des Cantiques (qui n'est pas un recueil de chansons de corps de garde, contrairement à ce qu'a prétendu le stupide XIXème siècle à la suite de Renan).

Par contre, l'identification de Jean l'évangéliste comme « le disciple que le Seigneur aimait » ne pose pas de problème.

Jean est un cohen

Jean est très probablement un cohen, un prêtre-sacrificateur du Temple (Tresmontant se permet une remarque rigolote : les femmes ne peuvent pas exercer cette fonction parce qu'elles ne peuvent pas trimballer des quartiers de bœuf) :

> Il a ses entrées libres au Temple (contrairement à Pierre).

> La servante du Temple lui obéit, quand il lui dit de laisser passer Pierre.

Une preuve presque matérielle : dans l’Evangile selon Saint Jean, le triduum pascal est décalé d’un jour par rapport aux Evangiles synoptiques. Cette différence a toujours perturbé les exégètes.

Or, en 1892, un érudit juif (d’une secte qui ne reconnaît pas le Talmud, ça existe) a prouvé que, jusqu’à la destruction du Temple en l’an 70, les cohen utilisaient un calendrier décalé les années où Pâques tombait pendant le Sabbat.

Dans la liste dressée par Flavius Josèphe des cohen de ces années, il est assez facile d’identifier un neveu du grand prêtre Anne, celui-là même qui a condamné Jésus à mort et dont l’un des fils fera condamner à mort l’apôtre Jacques. On comprend alors pourquoi cet évangéliste préfère garder l’anonymat.

Et qu'il se soit exilé à Patmos pour échapper aux persécutions juives (soit dit en passant : tout cela ne peut se passer qu'avant la catastrophe de l'an 70, la destruction du Temple, donc autant pour la thèse allemande  absurde de la rédaction tardive des Evangiles, thèse protestante anti-catholique, destinée à salir l'Eglise primitive. Décidément, les Allemands sont gens qui pensent compulsivement de travers. Qu'ils se contentent de faire de la physique et de la chimie. Et encore, pas pour fabriquer des armes)

 Voilà, mystère résolu.

dimanche, septembre 14, 2025

L'affaire Galilée : une supercherie du sot XIXe siècle ? (Bernard Plouvier)

Tout est dans le sous-titre : il y a unanimité chez les gens intelligents,  de Léon Daudet à Philippe Muray, à considérer le XIXème siècle comme particulièrement stupide.

En 200 ans, l’intelligence française est passée du génial Pascal au grotesque Comte. Merci Voltaire et son orchestre de détraqués (nos fumeuses « Lumières » ne sont rien d’autre qu’un résidu d’asile psychiatrique).

Il y a trois questions que notre époque qui se croit très intelligente confond allègrement :

1) est-ce que la Terre est ronde ?

2) est-ce que la Terre tourne sur elle-même ?

3) est-ce que la Terre tourne autour du soleil ?

C’est un mythe moderne que nos ancêtres (donc blancs, les croyances des peuplades colorées ne sont pas mon problème) croyaient que la Terre était plate. En réalité, ils ont toujours (à vue humaine) su, à quelques zozos près, que la Terre était ronde.

Galilée n’était pas un génie incompris. Le génie des années 1630 était Kepler, persécuté par les protestants (mais comme on ne peut pas faire d’anti catholicisme sur son dos, ça intéresse moins. Ce qu tendrait à prouver que tout le monde sait que le catholicisme est la vraie foi).

Galilée était avide de publicité et l’Eglise a bien fait de le réduire au silence, en des temps très violents (Guerre de Trente Ans) où il n’était pas avisé de jeter de l’huile sur le feu.

Le vrai apport de Galilée est son utilisation systématique de la lunette astronomique. Ses écrits théoriques sont faibles et, surtout, ne prouvent rien.

Galilée n’a pas été condamné (à une peine symbolique) parce qu’il avait raison mais parce qu’il n’a pas respecté l’injonction qui lui avait été faite de se taire tant qu’il n’avait pas de preuve solide (preuve qui n'est pas si évidente puisqu'elle n'arrivera qu'un siècle plus tard).

S’il était resté dans des communications entre savants (dont beaucoup de religieux), il ne lui serait rien arrivé. Et d'ailleurs, il ne lui est pas arrivé grand'chose.

Son sort n'a ému personne au XVIIème siècle parce qu’il n’avait rien pour émouvoir. C’était tout de même un protégé du pape ! Le mythe de « Galilée martyr de la science » n'a pas pris au XVIIIème non plus, malgré quelques tentatives de Voltaire. Il a fallu attendre le stupide XIXème siècle.

Copernic n’a rien démontré du tout (contrairement à ce qu’écrit Montaigne) mais il a remis à la mode (avec de nombreuses erreurs) le système héliocentrique d’Aristarque. Système qui restait connu de quelques érudits mais ne sortait pas des monastères.

Il est bien dommage qu’Aristote ait préféré le système géocentrique,

Pourquoi l’auteur se croit il obligé de préciser qu’il est athée ? Bon, c’est un boumeur, il ne faut pas trop leur en demander.

Situer le fascisme. L'addition italienne des extrêmes 1914-1945 (Fabrice Bouthillon)

Fabrice Bouthillon poursuit sa réflexion sur le totalitarisme comme extrême-centrisme, fusion de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite.

Le totalitarisme comme extrême-centrisme

La révolution française a créé une coupure irréparable entre la gauche, l’universel, et la droite, le local.

Une fois le contrat social ancien détruit, il n’y a plus de légitimité pour en fonder un nouveau puisque la partie de la population tenant au monde ancien en est exclue.

Un nouveau contrat social ne peut arriver que par une transcendance qui met tout le monde d’accord, comme l’Union Sacrée en 1914, qui ne fut pas baptisée Sacrée par hasard.

La tentative de reconstruction de l’unité perdue peut venir d’un centrisme excluant les extrêmes, c’est la IIIème république.

Mais aussi par une fusion des extrêmes, ce sont les totalitarismes : fascisme, stalinisme, nazisme.

L’empire napoléonien est le prototype de ces tentatives de fusion de la gauche et de la droite. C’est en cela que Napoléon est totalitaire, plus que dans le détail de ses politiques.

Pour le fascisme et le nazisme, c’est évident.

Nota : si, de gauche, vous croyez que le fascisme et le nazisme sont d’extrême-droite ou, de droite, que les gauchistes sont les vrais fascistes, les vrais nazis, passez votre chemin, vous ne n’êtes pas assez intelligent pour comprendre ce billet.

Concernant le stalinisme, « la révolution dans un seul pays » unit l’universel (gauche) et le local (droite). Et l’ennemi absolu en est le juif Trotsky, qui veut la révolution dans le monde entier (universel, gauche) .

Bouthillon ouvre une piste en remarquant que les 4 grands totalitaires sont méridionaux : Napoléon corse,  Mussolini Italien, Staline Géorgien sud de la Russie, Hitler Autrichien sud de l’Allemagne. Bouthillon s’interroge s’il y a là plus qu’une coïncidence mais ne poursuit pas. Il fait remarquer aussi que surnommer le dirigeant « Tonton » (comme Mitterrand, au passage) est une habitude maffieuse.

Le juif

Au premier abord, la judéophobie (tardive) du fascisme italien est étrange. Il n’y a pas d’éléments judéophobes à l’origine, d’ailleurs la maîtresse de Mussolini était juive et, comme d’autres juifs, a joué un rôle dans le mouvement.

Alors pourquoi le fascisme est-il tombé malgré tout dans la judéophobie ?

Parce que le juif est le rival mimétique du totalitaire : à la fois très universel (le juif errant est de partout) et très local (l’attachement du juif à sa nation est l’un des plus forts qui soient).

Bouthillon cite un passage central de Mein Kampf où, si on remplace « le juif Karl Marx » par « Adolf Hitler », on obtient un auto-portrait d’Hitler !

Et, suivant l’analyse de René Girard, le double mimétique est le bouc-émissaire par excellence.

La persécution chrétienne des juifs est forcément limitée par le fait que le juif Jésus est le bouc-émissaire ultime et que sa mort sur la croix met en théorie fin au cycle de la violence mimétique.

Mais la violence totalitaire contre le bouc-émissaire, celui qui empêche la réconciliation du corps social d’avant la déchirure révolutionnaire, est sans auto-limitation.

Il peut être le Vendéen ou le koulak, mais c’est bien plus efficace quand c’est le juif.

Les judéophobes traditionnels les plus intelligents, comme Daudet et Maurras, ont senti ce changement de nature.

Aujourd’hui, sous la pression du Grand Remplacement (quelle idée merveilleuse d’encourager notre colonisation par des millions de judéophobes rabiques), la judéophobie redevient à la mode chez les’midwits’. Je ne compte plus sur Touiteur les gloses idiotes sur « judéo-chrétien » et le « judaïsme talmudique » et le « sionisme nazi ». C'est de la dhimmitude (pas forcément) inconsciente.

Il y a des juifs nocifs parce qu’ils sont juifs : par exemple, la sur-représentation des dirigeants juifs dans l’industrie pornographique témoigne à l’évidence d’une volonté d’avilir les non-juifs des deux côtés de l’écran.

Et il y a des juifs de gouvernement très nocifs dont la méchanceté peut venir de leur judaïsme.

Mais cela condamne-t-il tous les juifs ? Bien sûr que non.

_ À mort les juifs et les cyclistes !

_ Pourquoi les cyclistes ?

Comme d’autres populations ayant des éléments hostiles à l’égard de la France (y compris la population française : Hollande et Macron sont des bons Français de France), c’est la tâche d’une société saine de les tenir en respect, ce dont la démocratie égalitaire se montre complètement incapable.

L’hypnotisé de Pasewalk

Cet épisode est  bien connu des historiens,  amateurs et professionnels.

Il a donné lieu à d’intenses débats mais les preuves indirectes (les preuves directes ont été détruites par les SS) sont suffisamment nombreuses et probantes (y compris le témoignage d’Hitler lui même) pour qu’il n’y ait guère de doutes.

En octobre 1918, le caporal Hitler est atteint de cécité hystérique (on notera que, dans le dernier chapitre de Technique du coup d’Etat, Malaparte écrit « la femme Hitler ») suite à une attaque au gaz anglaise. Il est envoyé se soigner à l’hôpital psychiatrique de Pasewalk.

Le Dr Edmund Foster emploie sa méthode habituelle : l’hypnose. Pour vérifier qu’il a bien son patient sous contrôle, il lui fait … lever le bras.

Il lui fait des suggestions de toute-puissance, mais, rappelé d’urgence à Berlin, il ne sortira jamais Hitler de sa transe hypnotique.

Alors, Hitler, un hypnotisé jamais sorti de sa transe ? Ça paraît gros, mais il y a de nombreux indices en ce sens, à commencer par le changement radical de personnalité d’Hitler en novembre 1918, qui est bien documenté.

Foster, rongé par le remords, car il se croit responsable de la transformation et de la trajectoire d’Hitler, se suicide en 1936.

Au fait, la devise sur les drapeaux du NSDAP est « Erwache, Deutschland » : « Réveiller toi, Allemagne ».

Or, un des symptômes de l’analysé en thérapie est l’incontinence verbale, habitude dont Hitler est atteint au point d’épuiser son entourage de ses logorrhées nocturnes.

Fait-il un transfert psychanalytique de son père sur Mussolini ? Certains le pensent. Bouthillon développe cette thèse avec finesse et humour.

En tout cas, le choix hitlterien de l’alliance italienne est fort étrange. Un allié boulet, à l’importance stratégique secondaire.

Bouthillon rappelle cette maxime de la diplomatie allemande qu’il ne faut jamais faire la guerre contre l’Angleterre et avec l’Italie.

L’Italie perd toutes ses guerres, ce qui l’l’oblige à trahir ses alliances pour limiter les dégâts. Le duc de Savoie a fait le coup à Louis XIV.

Bouthillon en profite pour nous gratifier d’une psychanalyse expresse d’Hitler : « Son père était douanier et il a passé sa vie à renverser des postes frontières ».

Et puis ce livre vaut aussi pour cette phrase ; « On ne redira jamais assez aux enragés du véganisme contemporain que Hitler et Mussolini furent deux des leurs ».

Le boumeurisme autoritaire 

Mienne réflexion : le macronisme est un boumeurisme autoritaire. On est passé, progressivement, en quelques décennies, d’un centrisme par exclusion des extrêmes à un centre totalitaire par addition des extrêmes.

Aujourd’hui, nous sommes pleinement dans le moulag : l’Etat supprime complètement toute vie privée grâce à des dispositifs juridico-techniques.

Comment s’est opéré ce glissement ?

Par la forclusion du Père. Lacan disait déjà aux guignols de Mai 68 « Vous vous cherchez un maître ».

Aujourd’hui, les boumeurs sont au pouvoir et les grands enfants immatures et stupides qu’ils ont toujours été se sont enfin trouvé un maître : l’Etat, en attendant Allah.

dimanche, août 10, 2025

Deux bombes sous le Rainbow Warrior (Hervé Gattegno)

Bon, ce livre est écrit par un gauchiste de l'imMonde, donc à prendre avec des pincettes.

La France a bien fait de faire sauter ces connards de Greenpeace à la solde de Moscou (et aussi un peu de Washington, car les deux n'étaient pas toujours en opposition). Si c'était à refaire, il faudrait le refaire. En mieux (plus subtilement que par une action spectaculaire ?).

Une opération très mal préparée

La France savait parfaitement à quoi s'en tenir sur Greenpeace et son hostilité était justifiée.

Elle procédait alors par de discrets et très efficaces sabotages. Les bateaux de Greenpeace avaient une telle propension à tomber en panne qu'on aurait pu les prendre pour des Renault.

Mais voilà : à la va-vite, le pouvoir politique, c'est-à-dire François Mitterrand et Charles Hernu (mais Hernu ignore que Mitterrand est au courant), décide de faire plus spectaculaire.

L'organisation est bâclée et merdique.

Les deux agents principaux, Alain Mafart et Dominique Prieur, les fameux faux époux Turenge, sont expérimentés et ont immédiatement de mauvais pressentiments. Ils protestent contre les faux passeports suisses, si faciles à vérifier (et c'est bien ce qui les perdra). Mais ils exécutent les ordres (Dominique Prieur aurait dit « Je ne reviendrai pas avant trois ans »).

Autre erreur grossière : des numéros de téléphone de secours qui mènent directement au fort de Noisy (le ministère de l'intérieur et les PTT réagiront avec autant de promptitude que DSK saute sur une femme de ménage et ces numéros seront réattribués et antidatés).

Une erreur d'organisation a été de ne pas prendre en compte que les Néo-Zeds étaient des enfoirés d'anglo-saxons, c'est-à-dire des délateurs nés (on l'a bien vu pendant le délire covisiste. Les Anglais cultivent l'excentricité justement parce que leur société est très étouffante). Il fallait organiser la fuite des acteurs beaucoup plus rapidement. Idéalement, ils auraient du être dans l'avion avant les explosions.

Enfin, infraction majeure aux règles, les réunions de préparation des situations dégradées sont court-circuitées.

Le chef direct de Mafart et Prieur, qui ne brille pas par sa finesse, brûle d'en découdre, de se faire un nom (sa carrière ne sera pas vraiment entravée par ce spectaculaire échec) et pousse à la roue.

Par différents canaux, des réticences remontent dans la hiérarchie mais les ordres sont les ordres.

Une trentaine d'agents sont impliqués mais on ne connait encore aujourd'hui qu'une dizaine de noms.

Bref, avec autant de choses qui pouvaient merder, ça a merdé.

Le bateau a bien été coulé.



Mais au prix d'un désastre médiatico-politique :


Mitterrand le menteur

Mitterrand, qui est parfaitement au courant de l'opération puisqu'il l'a ordonnée, ment à son premier ministre, Laurent Fabius, et à son ministre de la défense, Charles Hernu. Fabius s'accusera ultérieurement de naïveté.

On décrit Mitterrand comme florentin, mais c'est pour dire que, comme Machiavel, c'est un enfoiré des coups à la petite semaine, pas un stratège (il est tout juste bon à battre cet imbécile de Chirac, mais, face à Kohl, il s'est fait entuber, et la France avec lui). Mentir à ses ministres n'est pas seulement une faute morale, c'est une faute contre l'intelligence. Ce mensonge empêche toute réplique française organisée.

Heureusement, aux échelons inférieurs, entre gens « des services », on ne se ment pas et les contre-feux s'organisent quand même. Cependant, ce n'est pas la même chose que si l'impulsion venait d'en haut.

Bref, le mensonge mitterrandien fout le bordel : le premier ministre et le ministre de la défense sentent que Mitterrand leur cachent des choses et ne savent pas sur quel pied danser.

Surtout, la police de Joxe et le justice de Badinter collaborent avec les Néo-Zélandais et traquent des militaires français en service commandé (depuis, c'est devenu une habitude).

C'est le bordel en France et, en Nouvelle-Zélande, Prieur et Mafart sont traités très sévèrement. Les militaires font le siège des politiques en demandant une discrète négociation. Hernu se braque, le scandale éclate dans la presse et c'est foutu pour la discrétion.

C'est  le cinéma des révélations et des fuites, avec l'infâme Edwy Plenel. Une bonne partie des fuites vient justement de la confusion : Untel croit protéger le président en révélant ceci, Machin croit protéger la raie-publique en révélant cela, etc.

Hernu est viré et Fabius est en porte-à-faux. Mitterrand est réélu haut la main, ce qui prouve que le problème de la France, ce sont les Français.

Rapatrier les faux époux Turenge

Daniel Soulez-Larivière, avocat de gauche et bon connaisseur du droit anglo-saxon, est choisi par le gouvernement pour défendre Prieur et Mafart.

Il a enfin accès au dossier et découvre qu'il n'est pas très solide (les agents français n'ont pas si mal travaillé, il y a peu de preuves, à part les faux passeports suisses ... et les révélations dans les journaux).

Il conseille donc une négociation : plaider coupable en échange d'une dégradation de l'incrimination en « homicide involontaire » (qui est d'ailleurs juste : il n'y avait pas l'intention de tuer).

Malheureusement, suite à des cocoricos français gênants pour le pouvoir néo-zélandais, Prieur et Mafart sont condamnés à dix ans de prison.

C'est la « cohabitation » (c'est-à-dire la trahison connivente de l'esprit de la constitution). Mitterrand et Chirac sont d'accord pour sortir de prison les agents français le plus vite possible. Une négociation aboutit, déguisée en arbitrage international pour sauver les apparences.

Dominique Prieur tombe réellement enceinte et Alain Mafart réellement malade, ce qui aide à dénouer les choses. Au bout de trois ans. Dominique Prieur et Alain Mafart sont libérés.

En conclusion

Certains acteurs opérationnels expriment aujourd'hui leurs regrets de la mission. Je crois qu'ils ont tort. Le seul regret à avoir est que cette mission ait tourné au fiasco.

En 2015, le colonel Jean-Luc Kister, responsable de l'unité de nageurs de combat chargée de la pose des bombes, avait présenté dans un entretien à Médiapart des excuses à la famille de Fernando Pereira, à Greenpeace et à la Nouvelle-Zélande. « À sa place, je ne l’aurais pas fait. Même si je comprends ses raisons », a réagi Christine Cabon [un des agents qui préparé la mission en allant sur place].

Ces regrets me paraissent déplacés.

Au niveau politique, ce n'est pas du tout la même histoire.

Avant. La nécessité d'une action violente ne saute pas aux yeux.

Mais Charles Hernu, qui buvait beaucoup (du champagne rosé, normal pour un socialiste) et était assez peu sûr de lui, était obsédé par une action spectaculaire et une certaine hiérarchie militaire, pour des questions de prestige de service, rêvait « de chaleur et de lumière ». Les options non-violentes n'ont pas été explorées à fond, alors que la France les pratiquait (les variantes du sucre dans le carburant façon Le corniaud, ça fonctionne très bien).

Mitterrand s'est immiscé sans rien contrôler.

Indépendamment de ses options politiques sataniques, je doute que François Mitterrand fût un très bon dirigeant. Donner des ordres et en contrôler l'exécution, ça ne s'improvise pas, ou alors il y faut un talent naturel que n'a pas tout le monde.

Après. La duplicité de Mitterrand a tout pourri et a empêché de limiter les dégâts.

Bref, une affaire socialiste comme on les aime.

Essence of decision : explaining the Cuban missile crisis (Graham Allison, Philip Zelikow)

Je relis cet excellent livre, plus que jamais d'actualité (je m'aperçois que je n'en ai pas fait de recension sur ce blog).

Bien sûr, il ne concerne pas la France, puisque la classe dirigeante prétendue française s'étant débarrassé dans l'allégresse du poids de ses responsabilités en bazardant notre souveraineté, nous n'avons plus de décision que de la couleur du papier peint (et encore, à certaines conditions dites écologiques).

Livre passionnant, mais, pour ceux qui n'ont pas le temps, le film Treize jours, même s'il simplifie beaucoup de choses, est très bien.

En résumé :

> Kennedy s'est isolé du bruit médiatique en invoquant une grippe.

> il s'est entouré de fidèles (dont son frère).

> il a tenu les rênes très courtes aux militaires en qui il n'avait, à raison, aucune confiance. Plusieurs fois, la simple application des procédures aurait pu mener à la guerre. Kennedy faisait court-circuiter la hiérarchie militaire pour vérifier au plus bas niveau quels étaient exactement les ordres.

> il a essayé de se garder des options ouvertes et de pas se mettre dans un cul de sac.

> pareil avec les soviétiques : il a essayé de ne pas les acculer.

> il a parlé publiquement de l'affaire quand ce n'était plus possible de garder le secret et quand des contacts étaient déjà noués.

La clé de l'affaire est qu'il a deviné qu'il y avait des tensions dans la direction soviétique et qu'il ne fallait pas donner du grain à moudre aux va-t'en-guerre.

Rappelons la fin de l'histoire : accord secret de retirer les missiles américains de Turquie un an plus tard et, en échange, les Russes ont retiré leurs missiles de Cuba.

(Billet commencé en 2022, terminé ce jour.)