Encore Tresmontant. Mais, en réalité, j'avais cette recension en soute depuis longtemps.
C'est une anthologie par ordre chronologique des œuvres de Claude Tresmontant.
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Le nihilisme et le réalisme intégral s'opposent terme à terme.
Nihilisme : considérer en chaque chose uniquement les raisons de la détruire. C'est une réaction d'adolescent furieux de ne pas s'être auto-engendré, qui veut détruire le monde parce qu'il a existé avant lui et qu'il existera après lui. C'est notre époque.
Réalisme intégral : prendre le monde tel qu'il est, c'est-à-dire donné par Dieu (le réalisme est intégral parce qu'il prend le visible et l'invisible, l'existence de Dieu).
Claude Tresmontant est mort entouré de sa famille en récitant des prières chrétiennes en hébreu. Ca a une autre gueule que piqué au Rivotril par une infirmière tatouée.
Comme je n'aime pas me répéter, je vous prie de lire ces deux billets :
La pensée de Tresmontant est conforme à sa cosmologie : elle se développe et s'enrichit à partir d'un point de départ qui contient déjà tout en germe.
Le problème de l'existence de Dieu : le temps créateur.
Le problème de l'existence de Dieu est simple à poser.
Quelque chose ne peut sortir de rien. Puisque le monde existe, il y a un incréé quelque part.
Soit cet incréé est le monde lui-même, qui est là de toute éternité et pour l'éternité. C'est la thèse des philosophes grecs et des philosophes nazis allemands.
Soit cet incréé est extérieur à notre monde (thèse judéo-chrétienne) et c'est qu'on appelle Dieu. À charge pour les théologiens d'en trouver et d'en prouver les caractéristiques (unicité, ubiquité, toute-puissance, bonté etc.)
D'où l'hostilité fondamentale des philosophes nazis allemands envers les juifs. Pour Tresmontant, le nazisme n'est pas un accident de l'histoire qui aurait pu arriver à un autre pays mais bien un produit spécifique de l'Allemagne du fait de sa weltanschauung (ça impressionne toujours les Français quand on emploie des mots boches).
Tresmontant s'intéresse beaucoup à la biologie et la cosmologie. Pour lui, toute philosophie doit intégrer les découvertes scientifiques.
Son premier livre, La pensée hébraïque, explique que le monde est en création permanente, qu'il y a sans cesse augmentation de la complexité, c'est-à-dire injection par Dieu d'information dans le système monde. Cette vision s'oppose au temps immobile des Grecs ou au temps cyclique des bouddhistes.
Dans la Bible, le verbe « créer » est réservé à Dieu. Les hommes fabriquent, seul Dieu crée. Le corps n'est pas mauvais puisqu'il est donné par Dieu, la vie n'est pas mauvaise puisqu'elle est donnée par Dieu. Nous sommes très loin du pessimisme ontologique des hindous, des bouddhistes et des platoniciens.
Tresmontant n'a aucun problème avec le darwinisme à la condition de ne pas invoquer le seul hasard. Comme disait Chesterton « Donnez un pot d'ocre à un singe, mettez le dans une grotte un temps infini et jamais il ne vous peindra Lascaux ».
Pour Tresmontant, la liaison entre la pensée hébraïque et le christianisme est intime, profonde. Nul doute que la remontée actuelle de la judéophobie l'aurait beaucoup chagriné. Pourtant, il était catholique et, comme tel, considérait les juifs, refusant le Christ, comme étant dans l'erreur.
Il se trouve que la pensée judéo-chrétienne n'est pas contradictoire, contrairement aux pensées cycliques, avec la cosmologie actuelle d'un univers en expansion. Ce n'est pas une preuve de justesse mais c'est au moins une preuve de non-contradiction.
Croire ? Ce n'est pas le problème.
Selon Tresmontant, nous faisons un contre-sens fidéiste gravissime. Le mot hébreu qui est couramment traduit par « foi » signifie en réalité « connaissance », c'est-à-dire, dans notre référentiel, l'exact inverse.
Evidemment, tout un tas de conséquences néfastes découle de cette erreur. C'est, en gros, le nominalisme : en 1625, « Dieu existe parce que je le dis », en 2025 « Robert est une femme parce qu'il le dit ». Non, non, Dieu n'existe pas parce que quelqu'un le dit, parce que quelqu'un y croit. Dieu existe parce que son existence est rationnellement démontrable, même s'il faut la Foi pour parcourir le dernier mètre. Le catéchisme dit (excellente définition qu'il n'est nul besoin de réviser) : « La Foi est l'assentiment à l'intelligence des choses révélées ». Les Pères de l'Eglise et les docteurs de l'Eglise ont bâti une cathédrale intellectuelle, ce n'est pas juste parce qu'ils s'ennuyaient en attendant la messe du dimanche.
Au passage, Tresmontant rit de thèses modernistes idiotes, comme « les frères de Jésus », qui sont juste révélatrices de l'incompétence de ceux qui les soutiennent (en hébreu, frères et cousins, c'est pareil. Qu'il y ait pu y avoir des confusions en passant au grec n'y change rien).
La crise moderniste
La crise moderniste découle directement du fidéisme.
Si la Foi est un saut du sentiment dans l'irrationnel, si la Foi n'est pas fondée en raison, elle est fragile et, effectivement, une découverte scientifique peut ébranler la Foi.
Mais si la Foi est fondée en raison, il faut que les découvertes scientifiques remettent en cause les raisons de croire pour ébranler la Foi. Or, comme celles-ci sont d'un autre ordre, ça parait bien difficile.
Les exégètes du stupide (décidément) XIXème siècle, les Loisy et compagnie, ont cru que leurs découvertes remettaient en cause le dogme. Péché d'orgueil.
Saint Thomas d'Aquin et ses collègues scholastiques auraient sans doute trouvé ces découvertes très intéressantes, mais n'auraient pas remis en cause une ligne de leurs traités de théologie, car ils savaient qu'il y a plusieurs niveaux d'interprétation possibles de la Bible (ils en avaient codifié quatre).
C'est ce que répond le pape Pie X dans l'encyclique Pascendi Dominici gregis en 1907. J'aimerais qu'aujourd'hui les prêtres aient cette clarté, je trouve qu'ils font trop souvent appel à des arguments sentimentaux (mais il parait que c'est moins qu'il y a a quelques décennies).
Même chose pour le darwinisme. Il ne prouve pas que Dieu n'existe pas ou même qu'il n'y a pas besoin de Dieu. Il est très facile de penser que le Dieu créateur intervient discrètement dans l'évolution. Saint Thomas d'Aquin pensait, à la suite d'Aristote, que le monde était éternel, ça ne l'empêchait pas de croire au Dieu créateur.
C'est très protestant de prendre la Bible littéralement (parce que c'est le plus facile) et d'être ébranlé par une contradiction factuelle. Voilà ce qui arrive quand on permet à n'importe qui de lire et d'interpréter les textes sacrés sans l'aide du magistère (c'est tellement idiot que les protestants ont rapidement créé des centaines de sectes avec chacune leur petit magistère , qui ne peut pas blairer ses concurrents. Belle réussite !).
La déculturation française étant ce qu'elle est, je me sens obligé de rappeler ce qui allait de soi naguère : la Bible n'a pas le même statut chez les catholiques que le Coran chez les musulmans. Les prophètes sont inspirés par Dieu et, donc, la Bible aussi. Inspirée, mais pas dictée. N'étant pas directement dictée par Dieu, la Bible peut subir l'exégèse sans blasphème.
Je remarque que l'exégèse n'a remis en cause aucun dogme fondamental du catholicisme.
La gnose
La gnose (voir mes trois billets sur la gnose : billet 1, billet 2, billet 3) est l'ennemie de la révélation christique, de l'incarnation.
C'est la tentation permanente du chrétien, parce que la gnose soulage de tout ce qui est difficile dans le christianisme. La gnose : « L'homme ne devrait pas avoir de corps, il devrait être pur esprit, la matière est une déchéance ».
On reconnait infailliblement la gnose à ce qu'elle est anti-juive. C'est d'ailleurs pour cela que les Pères de l'Eglise combattaient le marcionisme (le rejet de l'Ancien Testament), pour combattre la gnose.
Tresmontant cite Simone Weil, qui hésite à se convertir au Christ parce qu'elle trouve l'Ancien Testament plein d'horreurs. Mais elle était folle à lier (à part le fait que notre époque aussi est folle, je ne comprends pas l'engouement pour cette cinglée - même si La pesanteur et la Grâce est pas mal. Il y a chez le catholique un refus du rigorisme, de l'ascèse ostentatoire).
Notre monde de 2025 est gnostique (d'où la mode des tatouages et de l'écologisme, deux formes de haine du corps, chez les cons).
Deutschland unter alles.
Dire que Tresmontant n'aime pas la philosophie allemande est une grosse litote. Il ne cache pas son mépris d'airain pour Fichte, Kant, Heidegger et compagnie.
Il considère que le fond la philosophie allemande est le rejet de l'idée juive de création et, par ricochet, du Christ, que la judéophobie est consubstantielle à la philosophie allemande et que le nazisme n'est pas un accident.
Il avait bien compris que le nazisme d'Heidegger n'était pas simple carriérisme, mais une conviction cohérente avec sa philosophie (ce qu'a, depuis, confirmé la publication posthume des cahiers d'Heidegger). A l'époque où Tresmontant écrivait cela, mon prof d'histoire gauchiste veste de mouton retourné nous expliquait qu'il fallait séparer l'homme Heidegger de son œuvre.
D'un autre côté, Tresmontant me déçoit beaucoup en entonnant un couplet anti-raciste assez ridicule (mais, en 1956, cela n'avait pas la même signification qu'aujourd'hui) et en se disant de gauche (avec des paroles au vitriol pour les « cathos de gauche »). Je comprends qu'il voulût se tenir à distance d'une certaine droite rance et petite-bourgeoise, mais ça ne suffit pas à justifier d'être de gauche. Décidément, les intellectuels, même les biens, ne comprennent rien à la politique (bien sûr, tous les hommes sont égaux devant Dieu indépendamment de la race, mais il se trouve que nous ne sommes pas Dieu et que, en politique, nous devons tenir compte de la race. C'est d'autant plus gênant que la science récente, sur laquelle il s'appuie tant, dit des choses sur les races humaines).
Psychothérapie chrétienne
Passage savoureux.
Tresmontant n'aime pas les psys, parce qu'ils sont matérialistes, donc fondamentalement dans l'erreur.
Il appelle donc à l'avénement d'une psychothérapie chrétienne (qui existe en réalité depuis des siècles, il suffit de lire les manuels de confession pour s'en rendre compte. Et les curés n'étaient pas plus mauvais psychothérapeutes que nos modernes psys) s'appuyant sur l'anthropologie chrétienne. Il donne des exemples. Soigner les maladie du narcissisme par l'humilité et la charité, etc.
Exégèse
Les derniers ouvrages de Tresmontant cherchent à retrouver l'original hébreux des Evangiles sous le texte grec. Passionnant.
Tresmontant attaque bille en tête : le faux consensus (en science, le consensus est toujours stupide) allemand (encore eux) de la rédaction tardive des Evangiles ne tient absolument pas la route. (Wikipedia défend évidemment ce faux consensus, preuve qu'il est idiot). C'est une manœuvre de protestants pour discréditer l'Eglise catholique (plus la rédaction des Evangiles est tardive, moins l'Eglise a de légitimité à s'en réclamer).
Il faut avoir le bon sens (je sais, c'est la chose la plus difficile pour des universitaires) de différencier la mise par écrit des paroles du Christ (pour Tresmontant, quasi-instantanée, comme des notes de cours) et le fait de rassembler ces notes en un corpus institutionnalisé.
Pour bien comprendre la stupidité de la thèse de la rédaction tardive des Evangiles (je suis toujours estomaqué que les exégètes, qui font profession de cette étude, arrivent à perdre de vue ces faits que, assurément, ils connaissent) :
> le taux d'alphabétisation chez les juifs du temps de Jésus est très élevé.
> Jésus avait parmi ses disciples des professions intellectuelles (collecteurs d'impôts, prêtres, etc).
D'après la thèse de la rédaction tardive, ces gens qui savaient lire et écrire auraient attendu 50, 60 ans, pour coucher sur le papier les paroles du Maitre. Qui peut croire des balivernes pareilles ? Ces foutaises font partie des idioties qu'il faut être très « intelligent » pour soutenir (nombreux exemples, hélas, dans notre quotidien).
La thèse de la rédaction tardive des Evangiles est juste un des nombreux symptômes de l'anti-catholicisme de la modernité. Rien qui doive attirer la considération et l'estime.
Le fils de Tresmontant lui fait remarquer qu'au cours de cette traduction, étalée sur plusieurs années, il emploie de plus en plus souvent l'expression « le Seigneur » plutôt que « Jésus » ou le « Christ ». Tresmontant reconnait qu'à fréquenter quotidiennement les Evangiles, il finit par subir l'autorité du Seigneur.
Filioque
Le Saint Esprit procède-t-il du Père ou du Père et du Fils (filioque, en latin) ? C'est ce point qui sépare les catholiques des orthodoxes.
Tresmontant prend position clairement : ce sont les orthodoxes qui ont raison. Le filioque est erroné (Léon XIV vient d'ailleurs de le remettre en cause). Pour Tresmontant, cette erreur résulte du passage du très concret hébreu à l'abstrait grec puis au latin. Saint Augustin a identifié le Fils au logos du Père, abstraction qui justifie le filioque et ouvre la voie à l'hérésie arienne (Jésus est subordonné au Père) si elle est mal comprise.
On devrait plutôt parler de « faces » ou d'« aspects » de Dieu, plutôt que « personnes ». Ça induirait moins en erreur.
Je suis toujours émerveillé que des points théologiques qui paraissent abscons aient des conséquences très concrètes.
La résurrection des corps et l'immortalité de l'âme
Tresmontant déteste l'utilisation de vocabulaire transposé directement du grec ou du latin comme « résurrection » ou « eucharistie » ou « Verbe ». Il trouve que cela obscurcit le sens, il préférerait qu'on dît « relèvement » plutôt que « résurrection » (c'est d'ailleurs ce qu'on dit en anglais : the Lord is risen).
Je trouve qu'il manque de psychologie. L'emploi d'un vocabulaire spécifique ne me choque pas, à condition qu'il soit correctement expliqué et compris.
Ceci étant dit, Tresmontant estime que nous sommes trompés par la séparation platonicienne du corps et de l'âme, séparation que ne faisaient pas les juifs et que ne devraient pas faire les chrétiens. Par conséquent, il n'y aura pas de relèvement des corps indépendamment l'âme. Ce que la résurrection sera, on ne peut pas le dire, c'est un mystère qui nous dépasse.
Il faut juste faire confiance à Isaïe (65, 17) :
Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit.
qu'on retrouve aussi dans l'Apocalypse (21, 5-6) (Tresmontant préférerait qu'on dît Le Dévoilement !) :
« Lors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Et il dit : « Écris, car ces paroles sont dignes de foi et vraies. »
Puis il me dit : « C’est fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. À celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement. »
Et Mon royaume n'est pas de ce monde.
Quant à l'immortalité de l'âme, pareil : il faut en croire la promesse du Créateur mais impossible de connaitre en quoi elle consiste exactement.
Donc impossible de répondre à « Est-ce que je retrouverai mon chat au Paradis ? ».
Le legs empoisonné de Saint Augustin
Saint Augustin a commis l'exploit d'être à l'origine théologique de deux schismes : le grand schisme (avec le filioque) et la Réforme (avec sa conception terrible du péché originel et de la grâce).
Il est bon qu'un fils d'Augustin, le pape Léon XIV, entreprenne de corriger l'erreur du filioque.
Quant à concevoir le péché originel comme une chute de l'esprit dans la matière, c'est typiquement gnostique. Augustin écrit sans sourciller que les bébés non-baptisés brûlent en Enfer. C'est franchement insupportable (vous aurez compris que Saint Augustin n'est pas mon saint préféré. Et puis, quelqu'un qui a servi de référence au jansénisme ...).
Tresmontant préfère la christologie du Bienheureux Jean Duns Scot : le Christ est l'Homme Parfait, celui vers lequel tout homme doit tendre. En attendant le jour béni où, dans un royaume qui n'est pas de ce monde (halte au millénarisme), tous les hommes seront parfaits, l'homme est frappé d'imperfection, c'est ce qu'on appelle le péché originel.
Ce n'est pas réjouissant, mais c'est loin du pénible rigorisme janséniste ou puritain.
Harrison Storms (naturellement surnommé Stormy) était le directeur technique de North American, responsable du module de commande d'Apollo.
Il fut désigné comme le bouc-émissaire, viré comme un malpropre, de l'accident d'Apollo 1. Alors qu'aujourd'hui, il est bien établi que le premier responsable était la NASA. Mais quand une administration mène une enquête sur elle-même, il est rare qu'elle s'accuse.
La féminisation des mentalités n'avait pas encore transformé les hommes en copines qui blablatent sans fin et rendu la vie aussi chiante qu'une agonie en EHPAD.
C'était l'époque des grands directeurs techniques, des hommes de fort caractère. Quand ça merdait (un programme, ça merde toujours à un moment ou un autre), la tempête soufflait dans les bureaux mais ils étaient excellents (les ingénieurs n'avaient pas encore été abêtis par la simulation), ils savaient décider et les projets avançaient vite.
J'ai déjà commis un billet sur la gestion de programmes à l'ancienne, quand les Occidentaux, n'étant pas encore devenus des tapettes craintives, faisaient des trucs qui arrachent.
Seul maître à bord après Dieu, le directeur technique (le chief engineer) a l'oeil à tout, il sent venir l'orage.
Son instinct technique l'avertit de la perfidie de détails apparemment anodins (la peinture, le fil à casser, les joints ...), il anticipe les difficultés, il envoie ses émissaires chez le sous-traitant le plus obscur si son intuition lui dit qu'il y a là un danger qui sautera sur l'ingénieur imprudent, au moment crucial.
Il tranche, il choisit, il décide.
Il tient ferme la barre, ses avis tombent comme la foudre (et parfois comme l'oracle de Delphes). C'est un meneur d'hommes, on peste, on le maudit, mais on le respecte et on travaille.
Certains directeurs techniques sont restés célèbres : Henri Deplante chez Dassault, Kelly Johnson chez Lockheed, Roger Robert chez Matra, Lucien Servanty sur Concorde, Roger Béteille sur A300.
Ils avaient en commun, paraît-il, un caractère soupe-au-lait. On ne fait pas Apollo ou Concorde avec une bande de copines.
L'auteur Mike Gray, qui écrit en 1992, sacrifie à la débilité féminolâtre et regrette (pourquoi ?) qu'il n'y ait eu sur Apollo qu'une seule femme ingénieur (c'est d'ailleurs faux) sans comprendre ce qu'il écrit : s'il y avait eu plus de femmes sur Apollo, ce programme n'aurait pas été le club de mecs fonceurs qu'il était et aurait échoué (bin oui, la vraie vie, ce n'est pas les fantasmes idiots du politiquement correct, c'est même l'exact inverse).
Mettre « des femmes dans la science », c'est le meilleur moyen que la science n'avance pas. Ou, si vous préférez, que la science avance à pas de fourmi plutôt qu'à pas de géant. Les femmes sont besogneuses, plus que les hommes, mais n'ont aucun génie (Marie Curie n'est pas Einstein). Aucune femme ne se fixera comme but dans la vie d'aller sur la Lune ou sur Mars, c'est trop farfelu, déraisonnable, puéril. Wernher von Braun et Elon Musk sont des hommes, et ce n'est pas dû au machisme de la société.
Ce n'est pas une opinion misogyne de ma part, ce sont des faits aisément vérifiables. Mais, en nos temps où le réalisme est anathème, où être réaliste est pire que tuer des bébés phoques, en disant la simple réalité, je blasphème plus que si j'avais déclaré que Brizitte Macron était un homme (par exemple, au hasard).
La féminolâtrie est une expression de la pulsion de mort occidentale (comme l'écologisme et l'antiracisme, deux autres idéologies orthogonales à la réalité).
Stormy
Né en 1915, Harrison Storms, comme les grands scientifiques de cette époque, n'était pas un citadin. Elevé à la campagne, il avait comme tous un grand sens pratique. Anecdote significative : les directeurs de missions Apollo (une dizaine d'ingénieurs) faisaient tous leur mécanique automobile eux-mêmes.
Etudiant d'abord moyen, il est motivé quand il rencontre sa future épouse Phyllis, qui tiendra ferme la barre de la famille pendant que son mari affrontera les difficultés (l'esprit de l'époque n'avait pas encore appris aux jeunes femmes que l'idéal féminin consistait à comporter comme des pétasses vaines et capricieuses).
Sous la coupe Von Karman, il gérait la soufflerie de Cal Tech. Puis il choisit d'aller chez North American, la petite boite qui montait (à ce jour, North American détient le record, qui ne sera probablement jamais battu, du nombre d'avions militaires produits).
Il travailla comme un fou pendant la guerre (comme beaucoup de gens restés à l'arrière, il considérait qu'il n'avait pas le droit de prendre une minute de repos tant que des jeunes de son âge mourraient au front). Et après aussi !
Il est le père du XB-70 et du X-15. Scott Locklin considère que cela vaut toutes les créations de Kelly Johnson chez Lockheed, c'est un peu exagéré : il y a tout de même le SR-71 au dessus du lot.
Le premier travail important de jeune ingénieur d'Harrison Storms chez North American fut de calculer le décollage de B25 à partir du porte-avions Hornet (18 avril 1942).
Le X15
Le patron de North American, Dutch Kindelberger, n'était pas chaud quand Storms lui proposa en 1954 de s'engager dans la compétition X15. Il rêvait encore de grosse production, alors 3 prototypes ... Mais il laissa faire.
North American gagna de 1,4 point sur 100.
Premier vol moins de 5 ans après l'appel d'offres. De nos jours, il faut plus de 10 ans pour un missile et 20 ans pour un avion, qui ne sont pas moitié du quart aussi innovants que le X15. Quand je dis que nous sommes devenus des incapables, je ne parle pas en l'air.
Bon, il y avait les moyens financiers : le X15 valait trois fois son poids en or. Mais cela ne va pas dire grand'chose : les programmes actuels coûtent des milliards, étalés sur des décennies, pour des résultats pas forcément mirobolants (voir le F35).
X15, X16, X17 ... et Sputnik
Storms avait une idée rationnelle de la conquête spatiale.
L'avion spatial X15 permet d'étudier la limite de l'espace, puis, un jour, un X16, une navette spatiale, permet d'aller en orbite et d'en redescendre. Ensuite, on construit une station orbitale dans laquelle on peut assembler un vaisseau lunaire. Et, quelque part dans les années 80, on pose un homme sur la Lune. Et c'est en effet l'approche la plus rationnelle, à la fois techniquement et économiquement.
Mais Sputnik et la panique qu'il a déclenchée chez les Américains en 1957 bouleversèrent tout cela.
Pourtant, Sputnik était en partie la conséquence du retard des Soviétiques : s'ils avaient besoin de fusées si puissantes, c'était que leurs bombes atomiques et leurs systèmes étaient 2 à 3 fois plus lourds que ceux des Américains. Et les décideurs américains en avaient conscience, mais ils ne pouvaient rien contre l'hystérie qui s'empara du public, qui est aussi constitué d'électeurs.
Ca serait donc la fusée.
Le programme Apollo
Au début des années 50, les Américains avaient trois programmes de fusées parallèles : US Air Force, US Navy et US Army.
L'US Navy et l'US Air Force se sont arrangées pour mettre le programme de l'US Army sur la touche alors que c'était le seul qui avait une chance de réussir, parce qu'il employait les Allemands de Wernher von Braun, qui avaient 15 ans d'expérience des fusées.
Von Braun n'était pas très aimé, les souvenirs de la guerre étaient encore frais. Quand il a publié une brochure I reach for the stars (Je cherche à décrocher les étoiles), certains ont ajouté malicieusement But sometimes I hit London (Mais parfois je tape Londres).
La NASA fut fondée sur le squelette de l'ancienne NACA.
Au début des années 60, les Américains prirent une série de décisions dimensionnantes et irréversibles. Elle étaient toutes très audacieuses, obéissant à une logique commune : optimales théoriquement, leur mise en pratique est totalement inconnue au moment où la décision est prise.
Les deux plus importantes :
> LOR : Lunar Orbital Rendez-vous. Le vol vers la Lune et retour se feront en détachant par étape des bouts de vaisseau et cela implique un rendez vous en orbite lunaire, à une époque où il n'y a jamais eu de rendez vous en orbite, lunaire ou pas. Où, d'ailleurs, les Américains ne sont pas allés en orbite de grand'chose.
> le deuxième étage S2 de Saturn V sera hydrogène liquide LH2 (au lieu du kérosène) + oxygène liquide LOX. L'hydrogène étant deux fois plus énergétique que le kérosène, ça se justifie, mais utiliser l'hydrogène liquide est très risqué. Quelques Américains avaient déjà travaillé expérimentalement avec de l'hydrogène, ils étaient moins effrayés que les Allemands. Von Braun s'y opposa, puis après une nuit de calculs, finit par accepter, emportant le morceau. Sans cette décision, les Américains ne seraient probablement jamais allés sur la Lune. Les Soviétiques n'ont jamais sauté le pas de l'hydrogène et n'ont pas posé d'homme sur la Lune.
Common Bulkhead
Pendant ce temps, Storms bâtissait son équipe de pirates.
Il visait S2, mais surtout le module de commande, le morceau de choix.
Pour S2, il a poussé une décision technique audacieuse.
Pour des questions de tenue à la pression, les fonds de réservoirs d'oxygène liquide et d'hydrogène liquide sont arrondis.
Vous pouvez les empiler comme deux œufs par le cul mais beaucoup de place est perdu. Ou vous retournez l'un des arrondis et vous les empilez comme deux chapeaux melon l'un dans l'autre, zéro place et zéro masse perdues.
Bien évidemment, Storms voulait la seconde solution. Et elle posait des problèmes techniques à rendre fous les ingénieurs. Il fallait concevoir une cloison de séparation commune (common bulkhead) qui soit à la fois fois isolante (70°C entre LH2 et LOX), solide et légère, et qui bien sûr tienne les températures (LH2 : -252 °C).
On estime que cette décision a économisé entre 3 et 4 tonnes de structure (sur 36 tonnes de matériels autres que le carburant). Le S2 était composé de 92,6 % de carburant et de 7,4 % d'autre (structure, moteur, etc).
L'offre Apollo Command and Service Module (CSM)
Stormy convainquit Dutch, déjà très malade, de se lancer dans l'aventure du module de commande.
Autorisé à dépenser 1 million de dollars, il en dépensa 5 en deux mois ! Un ingénieur pointa 250 heures de travail .. en deux semaines. De la folie furieuse. Vous remarquerez que ce genre d'exploit n'est possible que si vous avez une femme dévouée à la maison qui s'occupe de tout le reste (je le répète pour bien que ça rentre : les grands exploits techniques sont impossibles ou très difficiles au temps du féminisme. Quand vous voyez une photo de Space X, il n'y a que des « mâles blancs » et je ne sais pas comment ils se débrouillent avec leurs femmes, s'ils en ont).
Contre toute attente, North American remporta la compétition.
Ses atouts :
1) Moins disant : 400 millions de dollars. A la fin du programme, cette partie aura en fait coûté 4.4 milliards ! Mais ce n'est sans doute pas le plus important.
2) Une conception (relativement) simple. Ceux qui avaient commencé l'étude 2 ou 3 ans avant se sont retrouvés handicapés : noyés par la masse des problèmes qu'ils avaient identifiés, ils ont proposé des conceptions trop complexes.
3) Une longue habitude de confiance entre North American Aviation et les services officiels. Ils savaient que, quand ça merderait (hélas, ça a merdé encore pire qu'imaginé), NAA n'enverrait pas ses avocats et ses comptables, mais essaierait de résoudre les problèmes.
4) Charlie Feltz. Ingénieur réputé pour son extraordinaire sens pratique, il rassurait la NASA, qui le connaissait bien et qui savait que ça ne partirait pas tous les sens. Il avait supervisé la construction des X15. Un exemple : tout le monde était soucieux des vibrations et s'inquiétait que le pilote ne puisse même pas piloter. Feltz a eu un raisonnement simple : qu'est-ce qui vibre le plus ? Les tracteurs. Il est allé voir un marchand de machines agricoles pour l'aider à concevoir le siège du X15, et ça a fonctionné.
Harrison Storms et Wernher von Braun
Apollo 1
Le 27 janvier 1967, les astronautes Grissom, White et Chaffee moururent dans l’incendie instantané de leur capsule Apollo 1 lors d’essais au sol.
L’analyse de cet accident est simple :
1) Cause technique : la capsule a été étudiée pour une atmosphère 100 % oxygène à un tiers de la pression atmosphérique. Les essais au sol ont eu lieu dans une atmosphère 100 % oxygène à la pression atmosphérique, cette pression d’oxygène pur trois fois plus élevée que la spécification a transformé certains matériaux (les velcros pour empêcher les objets de flotter dans la cabine et le filet de nylon pour recueillir les objets tombés au fond) en bombes.
2) Cause organisationnelle : comme d’habitude, c’est l’implicite qui tue. Les équipes d’essais sont parties dans l’idée que la capsule était étudiée pour une atmosphère 100 % d’oxygène et la question de la pression est restée implicite. Lors de l’enquête la NASA a constaté que cette pratique datait du programme Gemini et que c’était un miracle qu’il n’y ait pas eu ce genre d’accidents avant.
3) Circonstance aggravante : la porte d’entrée n’était pas conçue pour une évacuation d’urgence.
North American avait vivement protesté contre ces deux décisions techniques (oxygène pur et pas de boulons explosifs), la NASA les avait imposées (la NASA craignait les pannes d’un système de renouvellement d’air trop complexe et ne voyait pas la nécessité d’une évacuation dans l’espace).
Lors de l’enquête parlementaire qui a suivi, les politiciens ont été égaux à eux-mêmes : bêtes et méchants (dans une démocratie médiatique, les politiciens de qualité ne peuvent être qu’un malentendu provisoire).
Un sénateur a reproché au directeur de la NASA « une incompétence comme il n’en avait jamais vue ». Il ne devait pas avoir vu grand-chose dans sa vie : la NASA venait de réussir 16 tirs sur 16 en 6 ans en augmentant à chaque fois la complexité.
La NASA ne pouvait pas être coupable, sinon c’était la fin du programme Apollo. Cette raison explique d’ailleurs pourquoi certains politiques voulaient absolument que la NASA fût coupable, pour récupérer l’argent pour autre chose (guerre, corruption, assistanat. Gravy train comme disent les Américains).
La NASA fit donc comprendre à North American que l’heure des sacrifices humains était venue. Harrison Storms, qui n’avait rien à se reprocher (et tous les acteurs du programme le savaient), sauta. On le remplaça par un ingénieur terne et obéissant de Martin, celui là même qui avait perdu l'appel d'offres. Mais le plus pénible était fait dans la conception du module de commande.
Le problème technique fut résolu sans difficulté : la porte fut simplifié et, au moment du tir, l’atmosphère de la capsule comprenait une proportion d’azote qui était éliminé en cours du de vol.
Cette affaire eut un effet collatéral positif. Les politiques s’étant montré sous leur meilleur jour (antiphrase, évidemment), les gens du programme Apollo adoptèrent une mentalité obsidionale, « nous contre eux ». Leur solidarité et leur coopération s'en trouvèrent renforcées.
Point intéressant : en 2025, l’Occident est noyé sous les procédures, toutes plus idiotes et paralysantes les unes que les autres (plus personne ne veut prendre de responsabilité, il faut que les procédures prennent les décisions toutes seules, c’est le turbo-sanscouillisme). Lors de l’enquête de 1967, on s’aperçut que, selon la procédure d’appel d’offres, Martin aurait dû gagner de quelques points le contrat du module de commande face à North American. On parla de corruption. En réalité, un décideur avait fait ce pour quoi il était payé : il avait décidé. Entre North American qui fabriquait quelques-uns des meilleurs avions du monde et Martin qui fabriquait quelques-uns des plus mauvais, il n’y avait pas photo dans l’esprit des gens de la NASA, à quelques points près dans l’évaluation de l’appel d’offres, en qui ils avaient le plus confiance.
La fin
Harrisson Storms et North American ont endossé le blâme d'Apollo 1 à la place de la NASA. Stormy a démissionné et s'est établi consultant.
Les autorités ont forcé North American, excédentaire, à fusionner avec Rockwell International, déficitaire. Rockwell International étant géré par les financiers, le groupe a coulé dans les années 80.
L'esprit étroit, mesquin et cupide des financiers est totalement inadapté à l'industrie aéronautique, risquée et de long terme. Pour couler une boite aéronautique, rien de plus efficace : exiger une rentabilité régulière de cette industrie en dents de scie.
Les dépouilles de Rockwell International ont été rachetées par Boeing, qui a fait ensuite exactement les mêmes erreurs.
Entretemps, la NASA a attribué le contrat de la navette spatiale à Rockwell International. Certains pensent que ce fut une manière implicite de récompenser North American de sa docilité lors de l'affaire Apollo 1.
En fait, North American était foutu quand Dutch est mort. Son successeur, Lee Atwood était considéré comme le chief engineer des chiefs engineers, mais il lui manquait l'entregent politique pour échapper aux requins à grandes dents de Washington.
Des connards propagent le doute. Voire affirment carrément que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune. En anglais Moon Hoax, que je traduis par Lunatisme.
Je refuse de discuter sur le fond. Cette thèse est tellement absurde que discuter est déjà concéder des points à leur logique paranoïaque.
En revanche, ce délire paranoïaque est révélateur.
Qu'est-ce qu'Apollo ? C'est le plus grand exploit des Américains et peut-être de l'humanité.
Donc raconter des craques sur Apollo, c'est à la fois cracher sur les Américains et sur l'humanité. Quel bonheur !
En réalité, ce sont juste des petits mecs de 2025, en panne de tout, d'intelligence, de désir, d'audace, qui, devant leur ordinateur, éprouvent le besoin, pour ne pas regarder leur insupportable médiocrité en face, de souiller les géants des années 60.
Le lunatisme exprime bien la mentalité de notre triste époque.
Je le dis souvent : vous voulez faire quelque chose pour la France ? Allez à la messe tous les dimanches.
J'oublie d'ajouter que ça demande du courage : vous risquez d'entendre et de voir des choses qui vont provoquer chez vous une bonne grosse honte. Mais (au moins si vous habitez dans une grande ville) il y a des solutions : on trouve toujours une paroisse avec un curé pas trop atteint.
******************
On ne peut pas comprendre la médiocrité – quand ce n’est pas carrément l’absence – des réactions de notre personnel politique face aux permanents actes anti-chrétiens si l’on oublie que la République s’est construite contre l’Eglise. Pour parler comme les libéraux, c’est son « logiciel », dans son « ADN ». Un an avant la loi de 1905, l’affaire des fiches révélait, au sein de l’armée, un vaste système de fichage – commandé par le ministère – visant à brider l’avancement des officiers catholiques.
Cependant que les anticléricaux, athées, libre-penseurs en tout genre menaient virilement le combat culturel dans les gazettes et les écoles, l’Etat expulsait les congrégations, soutenait les loges et, donc, abattait enfin « l’infâme ».
On le sait, durant une génération, l’Eglise tenta de résister, cherchant un modus vivendi avec la République qui la haïssait. Mais, après le catholicisme social d’un Lamennais qui était un aberrant compromis avec l’air du temps, l’affreux sulpicianisme dans lequel elle sombrait à la veille de la guerre disait combien elle manquait déjà de chair. Elle se soumit et commença à produire un nouveau genre de catholiques, honteux, plus obsédés par les œuvres que par leur salut. Victorieuse, la République s’amusait des querelles qui animaient son ancienne ennemie héréditaire.
Cela dit, il y avait les fidèles, qui continuaient de se rendre à la messe. En 2018, dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, l’historien Guillaume Cuchet démontrait comment, jusqu’au début des années 1960, les églises étaient encore pleines ; c’est à ce moment-là, en quelques années seulement, qu’elles se vidèrent. Les enfants du baby-boom furent donc les premiers à refuser le rituel. Parce que leurs parents furent également les premiers à ne plus les y contraindre.
Vatican II, qui est l’introduction de l’esprit du protestantisme dans l’Eglise, justifia ce reniement en promouvant la liberté de conscience. En réduisant pour ainsi dire la foi à une affaire personnelle, ce concile péteux, cornaqué par des personnes extérieures à l’Eglise, fut un prodigieux accélérateur du déclin de celle-ci.
Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes ; c’est en suivant ce principe que, durant deux millénaires, l’Eglise put traverser cent hérésies et révolutions ; en s’arrimant au monde par peur de se l’aliéner, elle perdit sa force, sa grandeur et son charme. De nos jours, il n’y a plus que dans certains monastères et dans le mouvement dit traditionnaliste que l’on trouve encore des clercs érudits, souriants, combattifs, plus préoccupés par les âmes du peuple de Dieu que par le sort des migrants et avec qui l’on peut prier sans être perturbé par d’immondes dessins d’enfants ou des chants qu’on dirait écrits par une chaisière fan de Calogero.
Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction. Face à l’effondrement de la pratique religieuse, elle continue de servir la soupe insipide qui fait fuir tant de jeunes gens qui, à un âge où l’on est souvent saisi par un magnifique sursaut d’absolu, préfèrent logiquement se tourner vers d’autres religions, à commencer bien sûr par l’islam. La crise des vocations, elle, découle directement du célibat des prêtres devenu insupportable non pas du fait de tentations plus nombreuses mais de l’acceptation de ces dernières, d’une miséricorde mal comprise et encore plus mal professée. Comme l’Eglise réformée dont elle suit le pathétique chemin, l’Eglise catholique se transforme en une sorte d’association où, le dimanche, par habitude plus que par conviction, des CSP+ hagards viennent prendre leur dose hebdomadaire d’« humanisme » en écoutant beugler de girondes Africaines évadées de Sister Act.
[…]
L’« émotion » parfaitement artificielle que cet incendie [de Notre Dame de Paris] a produite dans les médias – un peu à la manière du saccage de l’Arc de Triomphe durant le mouvement des Gilets jaunes – disait moins, en tout cas chez les politiques, le chagrin de voir fondre la mère des cathédrales du pays que celui de perdre une fraction de ces dizaines de millions de touristes sans lesquels la France ne serait plus le bronze-cul de l’Europe et le musée du monde.
D’ailleurs, l’attentif aura remarqué que, dans la langue politico-journalistique, Notre-Dame était appelée « monument » ; sa qualité d’église était secondaire et même accessoire ; à travers ce spectaculaire brasier, c’étaient pour les revenus tirés du patrimoine qu’éditocrates, économistes et parlementaires pleuraient. Certes, il y eut bien quelques brefs « sujets » sur des catholiques à serre-tête qui, à l’instar des impuissants « Veilleurs » de la Manif pour Tous, faisaient leur chapelet à Saint-Michel. Mais ils ne firent rien d’autre, animés par un fatalisme que leur envient les bouddhistes auxquels ces vétérans des JMJ et de Taizé ressemblent tant sans le savoir.
[Incendie de la cathédrale de Nantes]
Par la voix du nouveau Premier ministre, ce pauvre Jean Castex qui nous ramène aux heures les plus sombres de la IVe République, l’Etat s’est engagé à réparer les dégâts comme l’avait fait, avec son emphase coutumière, Macron pour Notre-Dame. Je n’ai pas vérifié, je le confesse, mais je parie que, face à cet énième sacrilège, l’Eglise s’est contentée de pondre une déploration sans âme, « équilibrée », qui n’accuse personne et ne réclame rien, et qui doit même remercier, en plus des vaillants pompiers, les autorités venues pour une fois soutenir les catholiques en tant que minorité.
A l’heure où une jeune aide-soignante lyonnaise, Axelle, vient de mourir sous les coups de la « diversité », il convient de noter qu’il y a coïncidence entre l’écroulement de notre culture et celui de l’Eglise. C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France.
L’immigration africaine de masse, l’internationalisme socialo-communiste, la construction européenne, la sous-culture américaine, la colère des petits-bourgeois libertaires s’allient alors pour nous faire basculer dans une autre temporalité, un autre paradigme. On assiste à une grande inversion des valeurs. Comme une digue, l’Eglise contenait ce mouvement ; en tombant, elle entraîne le pays dans sa chute. Car comme l’écrit Malraux, une « civilisation est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ».
C’est le catholicisme qui a fait la France, modelé ses mœurs et forgé ses coutumes. Le principe libéral selon lequel une société tient par le contrat est un échec total, hormis pour de rares privilégiés qui, dans leur Aventin de Montreuil, profitent égoïstement des fruits de leurs idéaux cependant que le peuple, lui, vit dans une constante insécurité culturelle et une insécurité tout court.
La nature ayant, bien entendu, horreur du vide, l’islam, par le truchement du regroupement familial et d’une natalité exubérante d’abord, vient remplacer le catholicisme. Et ce ne sont pas les risibles « valeurs de la République » qui vont l’en empêcher ; au contraire, elles se mettent à son service.
Durant cinq décennies, les libéraux ont cru que les musulmans finiraient par apostasier, par se convertir eux aussi à la poursuite du bonheur, c’est-à-dire au néant. Désormais, en plus de ces libéraux qui continuent d’y croire contre toute évidence, contre les faits – mais il est vrai que le réel ne les intéresse pas, que pour eux le faux est un moment du vrai – nombre d’entre eux s’accommodent de l’islamisation du pays et la subséquente violence qu’elle engendre. Ces derniers sont comme le personnage principal du Soumission de Houellebecq : ils font avec, convaincus en leur for intérieur, comme tout bon libéral qui se respecte, que tout change, évolue, qu’il faut s’adapter, et que l’on n’y peut rien.
Seule la tradition est révolutionnaire.Il ne saurait y avoir de reconquête sans réveil de l’Eglise – n’en déplaise à l’excellent Michel Onfray. Ceux qui, dans notre camp, prétendent que nous pourrons nous en sortir sans sueur et sans larmes sont soit d’une naïveté criminelle, soit des imbéciles, soit des pleutres.
Français, combien d’entre vous devront mourir avant que vous le compreniez ?
La notion de « société consumériste immigrationniste » est fondamentale, comme la notion de « capitalisme de connivence alimenté par l'endettement des banques centrales ».
Faute de l'avoir comprise, des tas de gens respectables, comme Eric Zemmour, se trompent d'analyse.
Le rôle principal des immigrés n'est pas de faire baisser les salaires (c'est un rôle accessoire), c'est de fournir de nouveaux consommateurs de biens et de droits sociaux.
L'Etat et l'immigration se justifient l'un l'autre : l'Etat importe des immigrés qui créent des problèmes justifiant l'intervention (fort peu efficace) de l'Etat, ce qui creuse les déficits, et l'Etat se sert de ce déficit pour arguer de la nécessité d'importer des immigrés, prétendument pour travailler. Le cercle vicieux tourne.
Et il est transposé dans l'ordre monétaire : des immigrés-consommateurs creusent l'endettement, fabriquent des fortunes colossales chez ceux qui tirent profit de cette consommation et justifient que les banques centrales fassent toujours plus tourner la planche à billets, favorisant les oligarques qui sont près du robinet à pognon.
Ce qui m'amène à une autre réflexion : le souverainisme est-il une impasse politique ? La souveraineté, un faux problème ? Je m'interroge.
A quoi cela sert-il d'avoir récupéré sa souveraineté si c'est pour continuer la même politique ?
La politique migratoire britannique n'a jamais été aussi laxiste que depuis le Brexit.
************** Philippe Fabry : Le déni de « l’ensauvagement », le refus de désigner l’évolution de la délinquance telle qu’elle est, est directement lié à la volonté de protéger l’image de la société multiculturelle heureuse et sa racine et corollaire, l’immigration extra-européenne de masse. C’est le refus de « faire le jeu » des discours hostiles à l’immigration, que l’on voit à l’oeuvre quotidiennement, depuis des décennies, dans les euphémismes médiatiques qui parlent de « jeunes » et modifient les prénoms en les remplaçant par ceux du calendrier traditionnel.
La question qui se pose naturellement est alors : pourquoi vouloir à tout pris préserver cette image ? Pourquoi ne pas accepter le constat d’échec ?
Il y a évidemment des raisons psycho-historiques fortes : la lutte contre le racisme et les discriminations est devenu un élément de l’identité occidentale à l’époque de la lutte contre le nazisme, et une Europe culpabilisée cherche à expulser de lui-même tout ce qui ressemblerait à du fascisme, en s’imposant une discipline sociale de mélange et de métissage que les autres sociétés ne recherchent pas. En outre, nous sommes culturellement colonisés par l’imaginaire américain depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et nous avons tendance à appliquer l’idée de melting pot comme s’il s’agissait d’un modèle gagnant.
Mais je ne suis pas sûr que ces motivations psychologiques suffiraient seules à maintenir une immigration de masse alors que depuis longtemps les deux tiers des Français n’en veulent pas. Il y a des intérêts particuliers, des intérêts énormes, derrière la politique d’immigration de masse, qui est un pilier de notre système économique, que l’on peut désigner sous le vocable de consumérisme immigrationniste. Nos élites, en effet, sont keynésiennes : elles considèrent depuis des décennies qu’il faut stimuler la demande des ménages et la consommation pour obtenir du dynamisme économique.
Or, il y a des tas de biens de consommation pour lesquels la demande est limitée : vous n’achetez pas un téléviseur tous les ans, et une fois les ménages équipés en masse d’un nouveau standard de produit, la consommation plafonne voire régresse. D’autre part les Français ont un tempérament d’épargnants, et ont tendance à ne pas consommer une bonne partie de l’argent qu’on leur verserait dans l’espoir qu’ils consomment. Et donc, lorsque vous pensez qu’il faut stimuler l’économie par la consommation mais que vous savez que la population ne consommera pas plus si vous lui donnez plus d’argent, quelle est la solution ? Importer en masse des consommateurs qui auront besoin de s’équiper intégralement, et leur allouer en masse des crédits pour qu’ils consomment. Peu importe que ces gens soient qualifiés ou non, les gouvernants s’en moquent parce qu’ils ne cherchent pas à importer d’abord des producteurs, mais des consommateurs. S’ils trouvent une utilité dans un emploi, tant mieux, mais ce n’est pas la priorité.
L’immigration de masse est donc un moyen de faire circuler l’argent, en le prenant par l’impôt et les cotisations sociales à des Français autochtones qui sans cela auraient le mauvais goût de le mettre de côté – ainsi ricane-t-on beaucoup, sur les réseaux sociaux, sur les images de files d’individus d’origine africaine qui font la queue pour acheter des téléviseurs au moment du versement de la prime de rentrée. Et pour obtenir un effet encore plus important, outre cette distribution du produit de la confiscation fiscale et sociale, on distribue aussi de l’argent emprunté. Quels sont les secteurs de l’économie qui bénéficient le plus de ces politiques ? La grande distribution et les grands groupes en général, de téléphonie, de BTP (puisque le secteur de la construction est également nourri des aides sociales au logement) sont les plus gros bénéficiaires de cette stimulation de la consommation. Or les grandes entreprises, en France, ont des conseils d’administrations peuplés d’énarques qui peuvent ainsi vivre une vie confortable de princes de l’économie alors qu’ils seraient pour la plupart rigoureusement incapables de créer ni même de diriger efficacement de grosses entreprises, et donc d’atteindre ces niveaux de revenus dans une économie entrepreuneuriale saine.
La stimulation par l’immigration de masse et la distribution d’argent destiné à la consommation via les aides sociales est donc au coeur d’un pacte entre les élites technocratiques et les grands groupes : les premières gagnent des places lucratives à vie, les seconds une subvention indirecte qui permet d’accroître les profits en vendant avec une forte marge des produits souvent importés de Chine.
Et il y a encore d’autres intérêts, moindres mais plus partagés : une main d’oeuvre à très bas coût pour des services de livraison, ménage et garde d’enfants pour les élites urbaines, une population qui une fois naturalisée a tendance à voter à gauche... tout cela forme un écosystème, dans les élites au sens plus large du terme, qui pousse à voir l’immigration de masse comme un « enrichissement » (au sens propre du terme, avant tout), et ce relatif unanimisme des élites dirigeantes au sens large explique comment peut être si longtemps et si constamment menée une politique si contraire à la volonté majoritaire de la population, et pourquoi le sujet de la délinquance, qui est une conséquence accessoire mais pesante de l’immigration de masse, est une sorte de tabou.
Ce genre de déconnexion entre les élites dirigeantes et la masse du peuple est assez rare dans l’histoire, et dangereuse. Le meilleur parallèle que je vois, peu rassurant, est avec l’attitude de la monarchie envers la montée de la minorité protestante au XVIe siècle : durant des décennies, la monarchie a été très complaisante avec la minorité protestante pour des raisons diverses : d’abord parce qu’il n’y avait pas de chape de plomb et qu’une certaine liberté d’expression et de débat, en ce siècle de l’humanisme, ne rendait pas toute critique de l’Eglise ou interprétation des écritures insupportable à l’ordre social au point de provoquer des persécutions dès lors que la critique n’attaquait pas le pouvoir royal lui-même, qui en outre pouvait tirer profit d’une position d’arbitre entre l’Eglise et ses détracteurs ; ensuite parce que, pour des raisons stratégiques qui trouvaient dans les principautés protestantes allemandes un contrepoids indispensable contre les Habsbourgs catholiques, ménager la foi protestante à l’intérieur du pays semblait un bon calcul (on trouve le même rapport aujourd’hui dans l’indulgence coupable envers les prêches islamistes pour se ménager les pétromonarchies du Golfe) ; enfin le fait qu’une partie de l’aristocratie trouvait un intérêt à embrasser la foi protestante, pour de multiples raisons sociales (se distinguer du commun), morales (gagner une indépendance spirituelle vis-à-vis du clergé)... L’écosystème des élites de la monarchie et de leurs préoccupations poussaient donc à la complaisance envers les protestants, et cela quoique le peuple leur fût hostile et qu’ils ne représentassent que 10% de la population. En 1562, la monarchie officialisa même sa tolérance par un édit, dont les conséquences immédiates furent l’enhardissement violent des protestants, qui se mirent à saccager des églises et briser des statues (cela nous évoque des événements récents) ce qui entraîna des confrontations avec le peuple catholique, des massacres et in fine trente ans de guerre civile débouchant sur une partition du territoire avec l’Edit de Nantes. Quand on se souvient de certains propos rapportés de François Hollande ou de ceux de Gérard Collomb quittant le ministère de l’Intérieur, cela fait un peu froid dans le dos.
Et en soi je pense que cela dit quelque chose de cette présidence, qui est en effet dans la lignée du gouvernement Hollande : il n’y a tout simplement pas de vision de la Justice, il n’y a qu’une vision de la politique, de la préservation du Pouvoir par les élites en place. La Justice, comme tout le reste, n’est qu’un levier d’action politique parmi d’autres, et n’est pas vue comme un service fondamental dû au peuple. L’appareil technocratique d’Etat est animé avant tout par le souci d’auto-préservation, il a peur du peuple (les Gilets Jaunes), il a peur de l’armée (le départ du général de Villiers ainsi que quelques autres ont eu de sérieux airs de purge). **************
*********** Partout en Occident s’est installé, dans la partie de la société la plus riche, celle qui a accès aux leviers du pouvoir, un universel déni de réalité : la Chine populaire n’est pas un Etat dangereux pour l’équilibre du monde ; l’industrie nucléaire n’est pas une industrie propre ; il existe un racisme systémique des sociétés blanches ; un enfant n’a pas besoin, pour grandir dans l’équilibre, d’un père et d’une mère ; la France est mieux gouvernée par des décisions prises à Francfort ou à Paris qu’au plus près du terrain, là où les gens habitent et travaillent ; une société ne doit pas chercher à assimiler les étrangers qui sont sur son sol ; une société n’a pas besoin de secteur industriel pour être prospère etc.
Partout s’est installé le déni de la complexité du réel et, avec lui, du débat qui nourrit la démocratie.
Le « en même temps » macronien est faussement inclusif puisque son objectif est toujours d’embrasser un point de vue adverse pour mieux l’étouffer. Le président centriste est ... en même temps celui d’une loi sur les « fake news ». Lui même a un déni de réalité qui l’emporte sur tous les autres : il ne cesse de répéter qu’il faut plus d’Union Européenne pour pallier les échecs de l’Union Européenne.
C’était la logique des dirigeants soviétiques : le communisme ne marchait pas parce qu’on ne l’avait pas suffisamment mis en oeuvre.
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Il faut bien comprendre le drame politique que nous vivons : l'exercice du pouvoir exige une certaine part de mensonge, de dissimulation, mais jamais depuis très très longtemps (à vrai dire, je n'ai pas souvenir d'une telle hypocrisie, à part les plus exaltés éradicateurs de notre glorieuse révolution), on n'a vu une classe dirigeante aussi menteuse.
Elle ment sur ses principes, ses valeurs, ses moyens, ses objectifs. Au fond, le mensonge principal est qu'elle prétend à l'altruisme alors qu'il n'y en a que pour sa gueule. Et les mensonges descendent très bas dans la hiérarchie : des sous-fifres de 72ème catégorie partagent le cynisme de leurs patrons.
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S’il y a une leçon à tirer de cet épisode préfigurateur du Ségur de la Santé, il tient tout entier au poids écrasant que détient désormais la bureaucratie dans la conduite du pays. Dans un pays où les dépenses publiques dépasseront les 70% du PIB en fin d’année, la technostructure est toute puissante. Les mois qui viennent nous en donneront sans peine la démonstration.
Pour légitimer sa domination, le Ségur de la Santé a montré le mode d’emploi que suit la bureaucratie : inventer des conférences où des représentants syndicaux à temps plein viennent signer des accords scélérats au nom des petites gens qui ont mené les combats. On s’amusera par exemple de voir que l’accord de Ségur, préparé par Nicole Notat, ancienne dirigeante de la CFDT, a été approuvé par Laurent Escure, responsable de l’UNSA et professionnel du syndicalisme depuis toujours ou presque, et par Laurent Berger, autre professionnel du syndicalisme.
Susciter une bureaucratie ouvrière pour signer des accords qui protègent la bureaucratie au nom de la solidarité, on a compris la feuille de route de Jean Castex pour les deux ans à venir.
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Mon analyse est simple : l'Eglise est considérée par une partie de ceux qui s'en réclament comme une ONG aux étranges coutumes, mais pleine de bons sentiments, fondée par un vague mage oriental dont la doctrine était « Soyez gentils ».
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Déroulez le fil, c'est plus pratique :
Les cathos écolos posent un problème spécifique qui va au delà du problème général de la bêtise et de la déconnection de la réalité de l’écologisme, c’est que l’écologisme représente une vision fondamentalement païenne de l’Univers et est incompatible avec une vision biblique.
Opuscule de moins de deux cents pages, mais très dense d'idées.
J'ai souvent écrit sur ce blog qu'Hitler avait politiquement gagné la seconde guerre mondiale. Ce livre confirme mon intuition comme jamais.
Philippe Herlin nous dit qu'il l'a surtout gagnée philosophiquement (ce qui explique sa victoire politique) grâce à Martin Heidegger.
Le nazi Heidegger
On sait depuis toujours que Heidegger a adhéré au parti nazi, le NSDAP, en mai 1933, mais il a réussi à présenter après-guerre ce ralliement comme une simple marque d'ambition, peut-être excessive, mais sans conséquence philosophique. Il a aussi expurgé ses oeuvres.
Le fait qu'il ait eu pour élève et pour maitresse la juive Hannah Arendt l'a beaucoup aidé dans cette entreprise de dénazification.
Quelques rares vigilants, comme Leo Strauss et Gunther Anders (qui ont été ses élèves), ont soutenu que la philosophie d'Heidegger, expurgée ou non, était fondamentalement nazie.
Seulement voilà : après sa mort en 1976, Heidegger a fait publier par son fils ses oeuvres complètes non-expurgées selon un calendrier rigoureux.
En 2014 (rappel de la première guerre mondiale qui a transformé l'Allemagne et permis l'avénement d'Hitler ? Vu le fétichisme des dates nazi, ce n'est pas impossible), sortent les « cahiers noirs », journal intime dont l'existence même était inconnue.
Plus aucun doute n'est permis, Heidegger l'a voulu ainsi.
Les juifs sont décrits comme porteurs d'une philosophie nocive qu'il faut faire disparaître physiquement. Heidegger et sa philosophie sont authentiquement nazis.
Gallimard, très hypocritement, traduit national-sozialismus par socialisme national, c'est ridicule, ça ne trompe que ceux qui ont envie d'être trompés.
Humour noir d'Heidegger : tous les « cahiers noirs » n'ont pas encore été publiés, nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises.
Une philosophie du nazisme
Que raconte la philosophie d'Heidegger ?
Elle substitue les Existentiaux aux Universaux. Bon, OK, ce n'est pas super clair. C'est normal, c'est Heidegger.
Eclaircissons : à l'impératif kantien et chrétien « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse », Heidegger substitue l'impératif nietzchéen « Sois ce que tu es ». Inutile d'insister sur le potentiel de violence que recèle cet effacement de l'autre et ce recentrage sur soi.
Pour Heidegger, la Vérité platonicienne, universelle, comme but à la portée de l'effort de tous, n'existe pas. La Vérité est subjective, livrée à des initiés (nous sommes là en plein dans la gnose détectée par Jean-Louis Harouel comme le mal moderne. Voir ici et là), éventuellement par un gourou. Et si le gourou s'appelle Adolf, c'est un prénom comme un autre.
Mais s'il n'y a plus de vérité objective, argumentable rationnellement, comment décide-t-on qui a raison ? C'est simple : la loi du plus fort. Si j'ai réussi à te vaincre, c'est que j'ai raison. D'où l'exaltation de guerre (il y a une petite, très légère, contradiction : le nazisme a tout de même perdu physiquement la guerre, c'est donc qu'il avait tort). C'est tout l'objet du mouvement Black Lives Matter : on n'argumente pas, on casse.
La subjectivité enferme chacun en soi-même et déclare la guerre aux autres.
Nous sommes dans les lourds systèmes philosophiques allemands qui séduisent tant les intellectuels français, avec le potentiel de de violence qui les accompagne. Si j'ai enfermé toute la connaissance dans mon système, tout ce qui le conteste est un ennemi à abattre.
L'avantage de parler obscurément
Heidegger s'exprime en charabia, c'est quasiment illisible. Il a des phrases à la con comme « L'homme est le berger de l'Etre » qui plaisent beaucoup aux pédants universitaires français.
Cet obscurité permet de rendre acceptables, car non comprises, des choses horribles. Ainsi, en 1947, il écrit une phrase alambiquée sur « l'attitude des jeunes Allemands face à la mort », qui apparaît, une fois décryptée, comme un éloge du nazisme et de ses atrocités.
Cette langue obscure, ésotérique, n'est pas un accident : puisqu'il n'y a plus de vérité, plus de logique, plus de raisonnement, ne restent plus que les mots, les jeux sur les mots, d'une langue qui s'oppose à toutes les autres langues. Si Heidegger avait été cohérent, il n'aurait pas fait traduire ses oeuvres, intraduisibles comme le Coran.
Et Hannah Arendt ?
Femme et juive, Hannah Arendt est une idole de notre temps, elle est intouchable. Hé bien, Herlin ose l'égratigner.
Plus que l'élève et la maitresse d'Heidegger, elle fut sa compagne intellectuelle, la passeuse de ses oeuvres. Une juive passeuse du philosophe du nazisme ? Oui, c'est l'ironie de l'histoire.
Arendt est fonctionnaliste, c'est-à-dire qu'elle considère que les nazis sont quasiment irresponsables, pris dans l'engrenage du fonctionnement du régime nazi. Ceci explique qu'elle fasse scandale avec Eichmann à Jerusalem, où elle parle de banalité du mal (pas au sens chrétien, où nous sommes tous pécheurs, mais au sens que, bien ou mal, pour les fonctionnaires, c'est indifférent).
Arendt dédouane les intellectuels (donc Heidegger) de toute culpabilité dans les totalitarismes : ces systèmes sont décrits comme la rencontre d'une bande mafieuse et du populisme. La dénonciation du « populisme » comme mal politique suprême vient de là.
Comme Heidegger, Arendt considère que la culture occidentale est morte et doit être jetée par dessus bord.
En conclusion, elle a beau être femme et juive, elle n'en justifie pas moins le philosophe du nazisme.
Heidegger, grand-père de la French theory
Il se trouve que la philosophie d'Heidegger a eu une énorme influence à droite, mais aussi et surtout à gauche entre, disons, 1945 et 1990. Il a influencé les destructeurs Sartre, Derrida, Foucault. Il est donc le père, ou plutôt, le grand-père, de la French theory qui règne aujourd'hui sur les universités occidentales.
L'oeuvre de la French theory a bien été de détruire toute universalité, toute objectivité, pour la remplacer par une subjectivité totale obsédée par le moi. Heidegger est l'inventeur du terme déconstruction. Il a donné une base philosophique au relativisme, dont je viens d'expliquer le potentiel de violence.
Au moins, sur un point, Heidegger ne cache pas sa pensée : un de ses buts est d'abattre Jésus-Christ (c'est bien sûr un pur hasard que ça soit un point commun avec Hitler). Comme dit Edouard Husson, ce qui définit le nazisme, c'est sa volonté d'abolir le commandement « Tu ne commettras pas de meurtre ». Aujourd'hui, on veut abattre les statues de Jésus-Christ sous prétexte qu'il est Blanc. Et il est permis de tuer des blancs parce qu'ils sont blancs (regardez le deux poids deux mesures médiatique suivant que la victime est noire ou blanche). Il n'y a pas de hasard, c'est cohérent.
Herlin cite Allan Bloom qui, très finement, comme à son habitude, a compris vers quelle abime d'inhumanité nous emmenait la French theory, le relativisme et la mode de la déconstruction (aujourd'hui, les partisans de l'euthanasie reprennent le vocabulaire du décret d'Hitler sur le meurtre des handicapés mentaux en parlant de vie qui ne vaut pas la peine d'être vécue ! « Dans "euthanasie", il y a "nazie" » n'est pas seulement un jeu de mots, c'est une vérité profonde).
Digression pas si éloignée : l'une des grandes trouvailles du film L'œuvre sans auteur est d'avoir fait du médecin nazi le personnage le plus intelligent. Avec le nazisme et avec le COVID, beaucoup de médecins se sont éclatés : rendez vous compte, ils étaient des dieux avec droit de vie et de mort.
Je me souviens de mon professeur d'histoire de seconde dans les années 80, gauchiste à veste en peau de mouton retournée et sandales, nous expliquant (le sujet était déjà d'actualité) que l'adhésion d'Heidegger au NSDAP n'avait aucun impact sur sa philosophie et que tout cela était monté en épingle par les méchants réactionnaires. On sait maintenant ce qu'il en est.
Des conséquences concrètes
Ai-je besoin d'insister sur ce point ? Nous voyons tous les jours le fléau de cette philosophie, portée par les mammouths capitalistes mondialisés, par les universitaires, par les intellectuels médiatiques et par les groupes de pression minoritaires. Cette barbarie à la mode dans les universités a fait le désespoir d'Allan Bloom, l'un des esprits les plus fins et les plus cultivés de notre temps. Un honnête homme et un érudit à l'ancienne.
Samuel Huntington donne cinq signes qui manifestent le déclin moral de l'occident :
1) le développement des comportements anti-sociaux (drogue, violence, etc.).
2) le déclin de la famille (filles-mères, « familles » mono-parentales, divorces etc. Hé oui, le refus de s'engager pour la vie et de se marier est d'une profonde lâcheté morale). L'exaltation de l'homosexualité en fait partie.
3) le déclin de la vie sociale (tous collés devant la télé).
4) la faiblesse de l'éthique et la préférence pour la complaisance.
5) la désaffection pour le savoir et l'activité intellectuelle. L'effondrement du niveau scolaire.
Alors, bien sûr, l'exaltation du Noir contre le Blanc n'était pas prévue par Heidgger philosophe du nazisme. Mais ce sont des catégories mentales et même des comportements identiques.
Ionesco, qui a vécu l'avénement de la Garde de Fer nazie en Roumanie, disait qu'il ne voyait pas de différence entre les casseurs nazis de 1940 et les casseurs gauchistes de 1968. Le même type humain, le même profil psychologique, la même conception de la politique.
Deux ennemis : l'islamisme et l'écologisme
Inutile de s'attarder sur les affinités philosophiques et historiques entre l'islamisme et le nazisme, elles ont été maintes fois décrites. A titre d'anecdote : l'Iran et l'Egypte furent parmi les tout premiers pays à traduire Heidegger. Je rappelle que Mein Kampf se vend très bien de nos jours dans les pays musulmans.
Et l'écologisme (j'ajoute le veganisme et l'anti-spécisme, tout ça, c'est la même tambouille anti-humaniste) ?
On irrite les végétariens quand on leur dit qu'Hitler était végétarien (et aussi le premier à avoir promulgué des lois de défense des animaux). Gandhi était végétarien et n'était pas un nazi. Pourtant, il y a bien un rapport.
S'il n'y a pas de Vérité, d'absolu, de nature humaine, mais seulement une condition humaine (La condition de l'homme moderne, titre d'Hannah Arendt), tout est relatif. Comme dit Leo Strauss, le cannibalisme n'est plus qu'une affaire de goût.
Le seul juge est alors l'histoire : je suis là parce que je viens d'où je viens et que j'ai l'histoire que j'ai. Mais alors, pourquoi mes idées et ma vie seraient plus pertinentes que celles d'il y a cent ans, mille ans, deux mille ans ? Parce que je vis une histoire exceptionnelle (construire le Reich de mille ans), que j'ai un projet exceptionnel (changer l'homme : communisme, végétarisme, veganisme, transhumanisme) ou parce que je vis une catastrophe exceptionnelle (écologisme, réchauffisme).
J'entends souvent Ivan Rioufol et Eric Zemmour s'étonner que l'écologie conservatrice de droite n'arrive pas à percer. C'est qu'ils prennent l'écologie au sérieux, ce que ne font pas les « vrais » écolos. Pour eux, l'écologie n'est qu'un prétexte à assouvir leur haine anti-humaniste, ce que ne permet pas l'écologie conservatrice.
L'exemple de l'arrêt de la centrale de Fessenheim est flagrant : d'un point de vue écologique de premier degré, celui du discours des écolos, c'est une décision absurde. En revanche, du point du sous-texte anti-humaniste, bien plus puissant que le premier degré, c'est une évidence : y a-t-il plus représentatif du génie prométhéen de l'homme que l'industrie nucléaire ?
Le fond de l'écologisme, de l'anti-spécisme, du véganisme est violemment anti-humaniste (j'insiste sur « violemment »). Les anti-spécistes les plus radicaux parlent de permettre « l'avortement post-natal », autrement dit, l'infanticide, jusqu'à l'âge de 3 ans !
Les connards (et les connasses, il y a beaucoup de petites merdeuses) de petits bourgeois qui sont végans pour suivre le mode, faire les hautes consciences en carton et se distinguer du populo, savent-ils à quelles horreurs ils ouvrent la voie ? Et s'en préoccupent-ils ?
Je dois tirer mon chapeau aux tordus qui ont réussi à mettre l'anti-spécisme et le veganisme à la mode. Certes, la cible était molle : les bourgeois, formés à l'ignorance par l'école et protégés des difficultés de la vie par leur famille (parents qui ont égoïstement refusé de transmettre l'essentiel, combien de fois ai-je entendu « Je ne lui parle pas de religion, il décidera quand il sera grand » ?), sont des cons faciles à endoctriner. Mais tout de même, c'est une belle performance.
Quel remède ? Le droit naturel.
Cette expression « droit naturel » est source de confusion. On imagine Cro-Magnon tapant sa Cro-Magnonne (ou l'inverse : il devait déjà y avoir des rouleaux à pâtisserie dans les cavernes), au fond de sa grotte enfumée. Il y a de ça, mais pas seulement ! Le droit naturel est celui qui découle de la nature humaine, il est invariable dans le temps, il n'a pas pour juge l'histoire.
La philosophie du droit naturel, le jusnaturalisme, est la philosophie classique depuis Platon. Elle a été abandonnée par les conservateurs sous le coup de la panique et sous l'impulsion de Burke (que j'aime pourtant beaucoup) pendant notre révolution, qui a bouleversé tant de choses.
Les progressistes et les conservateurs ont en commun de prendre l'histoire pour juge : les progressistes vers le futur, les conservateurs vers le passé. Et comme les progressistes sont dans le sens du courant, ce sont toujours eux qui gagnent à la fin.
Comme dit Chesterton, les progressistes font des erreurs et les conservateurs empêchent qu'elles soient corrigées. Ou, pour le dire encore autrement, les conservateurs sont des progressistes avec vingt ans de retard.
Comment s'en sortir ?
En étant orthogonal à ce piège historiciste, en refusant l'histoire comme juge. Pour cela, il faut affirmer des principes absolus, intemporels, combattre le relativisme.
Le simulacre de mariage pour les homosexuels, la location du ventre des femmes, c'est abject hier, aujourd'hui, demain, toujours, parce que c'est une atteinte à la dignité humaine.
Cela confirme mon intuition : on ne peut être vraiment conservateur qu'en étant chrétien, sinon on va droit à l'échec, on est piégé par les progressistes. Car le grand porteur du droit naturel sous nos latitudes, c'est l'Eglise (catholique ou orthodoxe, sur ce sujet, ça ne change pas grand'chose).
Une question annexe mais dont la réponse est éclairante : pourquoi y a-t-il tant de juifs (Arendt, Derrida et tant d'autres) parmi les déconstructeurs ? George Steiner, récemment décédé, répond : « Par révolte inconsciente contre la Loi ».
Il n'y a pas moins relativiste que le juif traditionnel : il peut passer des heures à discuter du Bien et du Mal. Hitler est passé par là et a traumatisé les juifs avec son judéocide industriel. La Loi aurait-elle menti ? Le Mal serait-il vainqueur ? D'où le relativisme des juifs après guerre (on peut contester : Freud n'est pas né après 1945). Cette explication renforce l'idée que, décidément, Hitler n'a pas tout perdu.
Le problème de la transcendance
Il ne peut y avoir de véritable droit naturel que s'il y a une transcendance qui donne une référence absolue, sinon c'est la porte ouverte au relativisme déchainé. Socrate le disait déjà (comme quoi ces problèmes ne sont nouveaux) : « Si l'homme est le mesure de toute chose, qu'est-ce qui mesure l'homme ? »
Ce n'est pas un hasard si les deux déclarations qui se rapprochent le plus du droit naturel (même si elles sont contestables), la déclaration d'indépendance américaine et le première déclaration des droits de l'homme française, font référence à Dieu et à l'Etre Suprême.
Ensuite, on a eu de cesse de supprimer cette transcendance et d'étendre ces droits à l'infini. Voir la déclaration des droits de l'homme de l'ONU.
Athènes et Jerusalem
Depuis Saint Paul prêchant en Grèce et et comparaissant devant l'aréopage d'Athènes (1), nous savons (de Marseille) que l'occident se définit intellectuellement comme la tension permanente entre la révélation et la raison, sans que jamais l'une ne l'emporte définitivement sur l'autre.
Nous ne serions pas la plus extraordinaire civilisation que la terre ait portée (seule la civilisation chinoise peut se comparer à la nôtre en durée, richesse et diversité et peut-être celle de l'Egypte ancienne. La civilisation de tel ou tel royaume africain ou océanien est bien intéressante à étudier, mais non, désolé, nous ne jouons pas dans la même cour) sans cette tension permanente qui la nourrit.
Le 26 février 1941 (avant l'entrée en guerre de l'URSS et des Etats-Unis), Leo Strauss (encore lui) donne une conférence à New-York sur le nihilisme allemand. Il n'a aucun doute : le nazisme finira par être vaincu (incidente sur un de mes dadas : vous voyez que le pétainisme ne tenait pas la route). Mais le nihilisme allemand renaitra, le nazisme n'en est que l'expression la plus cruelle (ça justifie mon rejet instinctif de l'Allemagne : je préférais de beaucoup quand il y en avait deux).
Ce n'est pas très flatteur pour les Allemands mais c'est fort bien vu.
NN Taleb
Que vient faire Nassim Nicholas Taleb dans cette histoire ? Un attrait de ce petit livre est qu'il cite des auteurs pour qui j'ai une grande estime.
Vous avez que je considère Taleb comme l'un des plus grands intellectuels vivants. Je tiens sa manière de faire enrager les intellectuels tamponnés, comme les universitaires couverts de diplômes, pour un des plaisirs de la lecture.
Sa vision des effets d'échelle rétablit le droit naturel : puisqu'il est difficile pour un décideur de prévoir toutes les conséquences de ses décisions, la morale (pas la moraline) doit servir de guide.
Or, que dit la morale ? C'est fort bien exposé dans Jouer sa peau. La première règle morale est que le décideur doit subir les conséquences de ses décisions.
Taleb le dit et nous en avons l'expérience tous les jours : la bureaucratie est un mécanisme pour isoler le décideur des conséquences de ses décisions. Pas étonnant que le nazisme fut très bureaucratique, c'est dans sa nature.
De même pour les gauchistes sociétaux. C'est aussi inutile d'exposer à un immigrationniste les méfaits de l'immigration que de discuter avec un SS du malheur des juifs.
Vous connaissez la réaction des féministes aux crimes contre les femmes commis par des musulmans : elles les ignorent ou défendent les criminels. Parce que, pour elles, le but ultime n'est pas de défendre les femmes, mais, comme les écolos, de détruire l'occident. Le féminisme n'est qu'un moyen de cette destruction et l'immigration et l'islam sont encore plus efficaces donc ils ont priorité sur le féminisme.
Non, le nazisme n'est pas mort le 30 avril 1945, il a muté.
Contrairement à ce que je raconte souvent, le nazisme n'est pas mort le 30 avril 1945. Il a juste muté (comme l'avait d'ailleurs pressenti Hitler !).
Non, l'héritier du nazisme n'est pas la famille Le Pen. C'est l'islamo-gauchisme.
Retracer cette filiation intellectuelle est le grand mérite de cet ouvrage. La tache est assez facile, puisque Heidegger a voulu post-mortem que l'on n'ignore pas son nazisme philosophique, que les déconstructeurs n'ont jamais caché s'inspirer de sa philosophie et que nombre d'entre eux, dont Michel Foucault, ont exprimé leur admiration pour la révolution islamique iranienne. La généalogie qui lie l'islamo-gauchisme au nazisme est donc explicite.
Mais cette logique n'est pas dans le débat public, elle reste dans l'ombre car les hommes des medias ont les yeux de Chimène pour les déconstructeurs.
Rester droit et se battre
Le droit naturel, le jusnaturalisme, c'est un peu compliqué en politique. Le plus simple, c'est de se dire de droite.
Mais pas la droite conservateurs contre progressistes, combat qui finit toujours pas être gagné par les progressistes, comme nous l'avons vu.
Il faut être de la droite qui a des principes (et non des valeurs) intemporels.
Le premier combat est la natalité. Heidegger, toujours lui, dit que le sommet de la politique est d'amener l'ennemi à s'auto-exterminer. C'est exactement ce que font les occidentaux sous le prétexte de « sauver le planète ».
Le deuxième combat est la langue, il ne faut pas se laisser imposer la langue de l'ennemi, il ne faut pas laisser dénaturer notre propre langue. Parler un bon français est un plaisir et une nnécessité.
L'éternel combat
Au fond, c'est l'éternel combat : le Mal contre le Bien, la gnose contre le Christ, Bourdieu contre Bossuet.
Les gauchistes se veulent des libérateurs. Comme Lucifer. Ils veulent nous libérer de notre humanité.
A nous de savoir leur répondre.
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(1) :
Les Actes des Apôtres
Référence :
Actes 17:16-34
Comme Paul les attendait à Athènes, il sentait au dedans de lui son esprit s'irriter, à la vue de cette ville pleine d'idoles.
17
Il s'entretenait donc dans la synagogue avec les Juifs et les hommes craignant Dieu, et sur la place publique chaque jour avec ceux qu'il rencontrait.
18
Quelques philosophes épicuriens et stoïciens se mirent à parler avec lui. Et les uns disaient : Que veut dire ce discoureur ? D'autres, l'entendant annoncer Jésus et la résurrection, disaient : Il semble qu'il annonce des divinités étrangères.
19
Alors ils le prirent, et le menèrent à l'Aréopage, en disant : Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu enseignes ?
20
Car tu nous fais entendre des choses étranges. Nous voudrions donc savoir ce que cela peut être.
21
Or, tous les Athéniens et les étrangers demeurant à Athènes ne passaient leur temps qu'à dire ou à écouter des nouvelles.
22
Paul, debout au milieu de l'Aréopage, dit : Hommes Athéniens, je vous trouve à tous égards extrêmement religieux.
23
Car, en parcourant votre ville et en considérant les objets de votre dévotion, j'ai même découvert un autel avec cette inscription : A un dieu inconnu ! Ce que vous révérez sans le connaître, c'est ce que je vous annonce.
24
Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans des temples faits de main d'homme ;
25
il n'est point servi par des mains humaines, comme s'il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses.
26
Il a fait que tous les hommes, sortis d'un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure ;
27
il a voulu qu'ils cherchassent le Seigneur, et qu'ils s'efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu'il ne soit pas loin de chacun de nous,
28
car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l'être. C'est ce qu'ont dit aussi quelques-uns de vos poètes : De lui nous sommes la race...
29
Ainsi donc, étant la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l'or, à de l'argent, ou à de la pierre, sculptés par l'art et l'industrie de l'homme.
30
Dieu, sans tenir compte des temps d'ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu'ils aient à se repentir,
31
parce qu'il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'il a désigné, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts...
32
Lorsqu'ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquèrent, et les autres dirent : Nous t'entendrons là-dessus une autre fois.
33
Ainsi Paul se retira du milieu d'eux.
34
Quelques-uns néanmoins s'attachèrent à lui et crurent, Denys l'aréopagite, une femme nommée Damaris, et d'autres avec eux.
Cette vidéo fait écho à mes préoccupations. Je sens que le combat conservateurs contre progressistes ne peut que tourner à l'avantage des progressistes, que le terrain est mal choisi, que, si nous voulons vraiment vaincre (pour certains, j'en doute), il faut se décaler, changer de terrain.
La réflexion de Raoult sur l'hostilité des medias à la réalité me parait fondamentale pour comprendre cette folie collective.
J'en ai parlé dans de récents commentaires sans en faire de billet : cette épidémie et la polémique chloroquine sont une lutte à mort entre ceux qui subissent la réalité (en gros les Gilets Jaunes) et ceux qui tiennent leur pouvoir de leur capacité à maquiller et à nier la réalité, et de ce fait à en profiter sans que cela se voie (en gros les mondialistes, les macronistes).
La réalité se faisant de plus en plus pressante, ces derniers sont obligés de réprimer son expression de plus en plus brutalement.
L'argument est simple : Fabrice Bouthillon prend au sérieux le testament d'Hitler (le vrai, celui du 29 avril 1945, pas le recueil de propos qui porte ce titre trompeur) négligé par les historiens. Ce livre a été publié au moment de la sortie du film La chute pour en contester l'image d'un Hitler perdu dans ses rêves.
Que dit-il ? Qu'Hitler meurt volontairement, puisqu'il se suicide, mais qu'il transmet le flambeau du nazisme en nommant des successeurs. Il est toujours dans la stratégie de division des Alliés, qu'il mène depuis -au moins- 1942 (et que la plupart des historiens ne comprennent toujours pas). Hitler admet que sa personne fait obstacle, qu'il unit les Alliés contre lui, et fait place nette en se suicidant. C'est pourquoi il nomme Dönitz pour négocier avec l'ouest et Himmler avec l'est (les raisons du « suicide » d'Himmler par les Anglais restent mystérieuses, mais elles sont sans doute liées à cette politique). L'intuition de De Gaulle était juste : Hitler a bien jusqu'au bout gardé le contrôle de lui-même et s'est comporté en stratège machiavélique.
La réalité de ce mouvement de bascule hitlérien entre l'ouest et l'est est incontestable. Les soviétiques n'ont cessé d'être en contact avec les nazis par l'intermédiaire de Stockholm, notamment en 1943. Même De Gaulle (il le raconte dans ses mémoires) a été contacté par Himmler. Il doit probablement à cela la survie de sa nièce, Geneviève Anthonioz, déportée à Ravensbrück. Peut-être le plus machiavélique est l'idée, qui sent à plein la patte hitlérienne, de promettre, par l'intermédiaire du Vatican, que les juifs de Hongrie seraient épargnés si les Américains livraient des camions dont les nazis promettaient qu'ils ne seraient utilisés que contre les Soviétiques.
Bouthillon fait une remarque fort intéressante pour aujourd'hui, et qui explique selon lui l'aisance des nazis dans ce jeu de bascule : le nazisme est un centrisme puisqu'il rassemble le national (droite) et le socialisme (gauche).
Il y a donc deux sortes de centrismes : le centrisme qui allie les extrêmes et le centrisme qui refuse les extrêmes. On a longtemps cru (c'est moi qui commente) que le centrisme français à la Giscard-Bayrou-Macron était du second type. Mais le centrisme actuel montre un tel fanatisme nihiliste qu'il pourrait bien être, comme le nazisme, du premier type. Bien sûr, on ne le reconnaît pas comme tel parce qu'il manque la composante anti-juive, mais l'empressement avide avec lequel notre gouvernement a profité du COVID pour étendre l'avortement et pour ordonner (circulaire du 19 mars) de tuer les vieux malades aurait été applaudi par les nazis.
Autres points communs fondamentaux entre le nazisme et le macronisme : le culte du chef, le scientisme, l'anti-catholicisme, l'idée qu'il y a des êtres supérieurs (« les premiers de cordée »), l'obsession raciale (inversée par rapport à Hitler), l'hygiénisme, l'écologie, l'européisme, la primauté de l'Allemagne. Avec le confinement généralisé et la surveillance panoptique du COVID, nous avons encore franchi une étape du rapprochement avec le nazisme. Ca commence à faire beaucoup plus que de fâcheuses coïncidences (bien sûr, il y a des différences, mais je ne suis pas sûr qu'elles soient très significatives). Et c'est très simple à expliquer, pas besoin de se faire de noeuds au cerveau : tous les auteurs du XXème siècle traitant du sujet (de Chesterton à Pie XI en passant par Huxley, et puis, tout simplement, Hitler lui-même dans Mein Kampf) avaient prévu, les uns pour le souhaiter, les autres pour le déplorer, que le recul du christianisme, spécialement sous sa forme catholique, amènerait ce type de sociétés.
L'inversion de l'idéologie hitlérienne (racisme anti-blancs et anti-national) nous cache que nous vivons dans un monde qui ressemble très fort aux uchronies imaginant qu'Hitler a gagné la guerre et qu'il est mort de vieillesse dans son lit. Il y a un texte très dérangeant de Jacques Ellul, en août 1945, où il explique qu'Hitler a certes perdu militairement la guerre mais qu'il l'a gagnée politiquement puisque cette guerre qu'il a voulue et provoquée a contraint les démocraties à adopter sa vision des rapports de l'homme et de l'Etat pour la mener.
Le macronisme (qui, bien sûr, a porté un autre nom et en trouvera un autre quand Macron sera passé) est politique au sens le plus élevé, c'est une vision du monde et de l'homme. C'est une vision qui me fait horreur, déshumanisante, criminelle, pour dire le mot juste, satanique. Voter Macron, c'est voter pour un Hitler mou (et anti-blancs au lieu d'être anti-juifs). Cette mollesse n'est pas anecdotique : elle pèse son poids d'horreurs et de morts en moins, mais elle n'annule pas les convergences. L'autre vraie différence, c'est que Macron n'est qu'une marionnette alors qu'Hitler était un politicien exceptionnel.
Bien sûr, les imbéciles qui ont voté Macron au premier ou au second tour (1) sont très loin de cette analyse. Et pourtant ...
C'est pourquoi je dis souvent (je ne suis guère compris mais tant pis ... à temps et à contretemps) : « Vous n'aimez pas Hollande ? Vous n'aimez pas Macron ? Remplissez les églises le dimanche. L'Eglise est au Christ, pas au pape François ». La réponse est, en général, quand il y en a une « Je peux pas, j'ai piscine ». Bon, alors de quoi vous plaignez vous ? Continuez à voter Macron. Nous vivons à une époque d'âmes molles. Les âmes ardentes, pas en stock.
Et nous en revenons à Fabrice Bouthillon et à Hitler. Il pense que l'Adolf se vivait en Anti-Christ : le titre de son livre est un rappel du « Et le tombeau était vide » du matin de Pâques. Il faut hélas reconnaitre que, de ce point de vue aussi, Jacques Ellul a raison : Hitler a gagné.
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(1) : au premier ou second tour, peu importe. Il y a une différence de degré dans ces votes, non de nature.