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mardi, octobre 05, 2021

La France n'a pas dit son dernier mot (E. Zemmour)

 

Livre auto-édité, qui n'a pas plus (et pas moins) de fautes d'orthographe que chez les éditeurs « sérieux » (les fautes de français deviennent une plaie chez tous les éditeurs).

C'est du Zemmour : agréablement écrit et cultivé.

Il est possible qu'il soit sincère quand il dit qu'il n'a pas pris sa décision (j'en doute franchement) mais c'est déjà le livre d'un candidat à la présidentielle.

Sa cruauté vis-à-vis de Bertrand et de Le Pen en réjouira plus d'un, il les exécute avec une anecdote et une conversation.

Tous ses portraits sont cinglants : il se libère. Il a changé de dimension. Il traite les politiques en égaux, il n'hésite plus à dévoiler des indiscrétions significatives pour montrer à quel point ils sont duplices.

Mais l'assassinat le plus cruel est anonyme (cependant les victimes se reconnaitront) :

[A propos de son procès de 2011] « Le président du tribunal est une femme ; le procureur également. La plupart des avocats de mes accusateurs aussi.

Sous leur robe noire en guise d'uniforme prestigieux d'une autre époque, elles portent des vêtements de médiocre qualité à l'étoffe fatiguée, sont coiffées à la hâte, maquillées sans soin ; tout dans leur silhouette, dans leurs attitudes, leur absence d'élégance, dégage un je-ne-sais-quoi de négligé, de laisser-aller, de manque de goût. On voit au premier coup d'œil que ces métiers -effet ou cause de la féminisation- ont dégringolé les barreaux de l'échelle sociale. Il flotte une complicité entre elles, proximité de sexe et de classe.

Je découvrirai tout au long des deux jours de procès avec une surprise mâtinée d'agacement que le procureur et les avocates des parties civiles sont à tu et à toi ; entre chaque interruption de séance, elles n'hésiteront pas à échanger confidences et plaisanteries, comme si elles prenaient entre copines un chocolat chez Angelina. »

On retrouve ses thèmes habituels, inutile de détailler.

Mes désaccords n'ont pas changé depuis des années :

1) Sortie de l'UE et de l'Euro. Zemmour pense que les Français n'ont pas assez confiance en eux pour l'assumer. Je pense que c'est une nécessité absolue.

2) L'assimilation. En 2021, c'est une chimère. La seule solution pour sauver la France est le rapatriement dans leur pays d'origine (je sais, pléonasme) des vrais étrangers et des faux Français.

3) Sujet plus récent, le délire covidiste. Zemmour a bien compris que c'est la mise en place d'une société de surveillance à la chinoise mais il ne veut pas en parler parce qu'il prétend que cette discussion est un leurre. Pour moi, c'est comme débattre de l'Allemagne en 1939 sans prononcer le mot « juif».

On peut lui faire l'aumône de l'hypothèse que, sur ces trois sujets, il montre une habileté tactique et que ses convictions réelles sont plus radicales. Il se pourrait qu'il garde l'offensive sur le COVID en réserve, en attente du moment où l'opinion aura maturée (je n'y crois guère, mais, s'il est aussi bien conseillé qu'on le dit, il est sûr qu'une discussion sur ce sujet a eu lieu avec son équipe et que sa prudence est très calculée).

4) L'étatisme. Je reconnais que, ces derniers temps, il a mis beaucoup d'eau dans son vin.

Sur le nucléaire et le gouvernement des juges, je suis évidemment d'accord.

mardi, septembre 21, 2021

L'illégitimité de la République (F. Bouthillon)

C'est le premier livre d'une série de trois, que j'ai malencontreusement commencée par la fin (Nazisme et révolution, histoire théologique du national-socialisme 1789-1989).

La thèse de Bouthillon est simple et puisante :

1) L'homme est à la fois chair (le local) et esprit (l'universel).

2) La légitimité (improprement baptisée contrat social) est ce qui fait que le pouvoir va de soi, que personne ne songe à contester son droit à décider. On conteste éventuellement ses décisions mais pas que c'est lui qui doit les prendre.

3) Le contrat social a été rompu en 1789, quand l'assemblée nationale s'est proclamée constituante, divisant la politique entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).

Cela créa une rupture définitive : il est impossible de revenir à l'ancien contrat brisé (désir de la droite) et impossible d'en créer un nouveau ex nihilo (désir de la gauche).

4) Pendant tout le XIXème siècle, les tentatives s'accumulent pour recréer la légitimité perdue en réconciliant droite et gauche, soit par un centrisme excluant les extrêmes, soit par un centrisme fusionnant les extrêmes. Gambetta, Ferry, Boulanger ...

Et chaque tentative échoue parce qu'il n'est pas plus possible de recréer la légitimité perdue que de refaire une porcelaine cassée.

Bouthillon a des mots très durs pour Zola et Clemenceau, qui, en politisant l'affaire Dreyfus au profit de la gauche, ont empêché que l'innocence du capitaine soit pleinement reconnue.

L'Union Sacrée de 1914 a permis de redonner un contrat social par une exaltation patriotique unanime et sublime. La victoire a scellé ce nouveau contrat social, mais cela le rendait aussi fragile que la victoire. Selon Bouthillon, cette victoire seule explique l'absence de pouvoir fasciste en France.

Bouthillon ne le dit pas (mais c'est sous-entendu dans sa conclusion), la montée des fascismes étrangers et la défaite de 1940 ont brisé, une fois encore, le contrat social.


mercredi, octobre 21, 2020

Tout se déroule suivant le plan. Situation nominale.

Les Rosbeefs sont plus covidéments que nous, mais, symétriquement, l'opposition à la covidémence y est plus affirmée dans l'espace public :

Chevallier – France, ce mot interdit

 

Chevallier – France, ce mot interdit


CHRONIQUE. Après l'assassinat de Samuel Paty, les responsables politiques ont évoqué une attaque contre la République et ses valeurs. Quitte à oublier la France… Par Arthur Chevallier*

Modifié le 20/10/2020 à 19:54 - Publié le 20/10/2020 à 19:50 | Le Point.fr

La République n'est pas un argument d'autorité. Il ne suffit pas de la citer pour résumer une civilisation. Lors de leurs prises de parole après l'attentat de Conflans, le président de la République et le Premier ministre ont déclaré qu'il s'agissait d'une attaque contre la République sans citer le mot « France ». Cette disparition sémantique n'est pas de leur fait. Déjà, Manuel Valls répétait le mot « République » comme s'il en avait été l'inventeur. Même si des règles littéralement énoncées par la norme suprême – la Constitution – de notre régime – la République – sont enfreintes, supprimer la France de notre vocabulaire revient à circonscrire les effets du terrorisme à un légalisme. Or, ce ne sont pas des républicains que l'on tue, mais des Français ; ce ne sont pas des codes civils que l'on brûle, mais des têtes que l'on arrache ; ce n'est pas au nom de la citoyenneté ni même de la laïcité que l'on s'indigne, mais de l'humanité. Et nul n'a attendu l'avènement de la République, tant s'en faut, pour penser l'unité d'un peuple, d'un territoire et d'une histoire.

« Dès qu'elle prit conscience d'elle-même, la France voulut justifier son présent par son passé. » Cette phrase intelligente et belle a été écrite par Colette Beaune dans un des plus brillants livres d'histoire des trente dernières années, Naissance de la nation France. Avant la France, il y avait des peuples, et avant le XIIe siècle, il y avait plusieurs France : la Francia orientalis, la Francia media et la Francia occidentalis, soit celle des Capétiens. C'est au XIIe siècle que le terme « France » fut utilisé pour désigner l'ensemble du domaine royal, lequel n'avait évidemment pas les mêmes frontières que notre République. À partir du XIIe siècle, on écrit des histoires qu'on pourrait qualifier de « nationales », même si le terme est un anachronisme. Un siècle plus tard, le moine Primat de Saint-Denis, sur les ordres de Saint Louis, compile les Grandes Chroniques, où est racontée l'histoire (prétendue) de la France, des origines au règne en cours.

Le soin apporté par les rois au récit de leur royaume, et a fortiori de celui de la France, fut dès lors une constante. Louis XIV ne fera pas autre chose en nommant Racine historiographe. Autrement dit, ce qu'on appelle le récit national, cette fresque républicaine imaginée par la Troisième République, n'était pas une idée neuve ; et conditionner le présent au passé n'était pas neutre. Cela ne revenait pas seulement à soigner la mémoire, ni même à constituer un grenier où les exploits des princes seraient entreposés, c'était aussi assurer une continuité entre une époque et une autre, maintenir des références communes entre des générations dont les valeurs, croyances et convictions, changeraient. Patrie, pays, nation, peu importe le terme, la France est, comme n'importe quel pays et par nature, une fiction, historique d'abord, juridique ensuite. Sa solidité dépend de sa substance ; sa pérennité, de l'assentiment d'un peuple à son endroit. Voilà pourquoi nul n'a le pouvoir de se l'approprier, pas même un roi, pas même une République. Un raisonnement mathématique le prouve. Supprimer la République de la France, que reste-t-il ? La France. Supprimer la France de la République, que reste-t-il ? Un gouvernement avec des principes, mais sans peuple, sans histoire, sans territoire.

La France n'est pas une idée

Les ruptures provoquent certes des bouleversements, mais elles accomplissent aussi des ambitions qui les ont précédées. Prenons l'exemple de 1789. Les débats relatifs aux vertus de la Révolution française sont, au regard des siècles, stériles. Elle fut merveilleuse et sanglante, idéale et pragmatique, féconde et stérile, en fonction des jours et des années. Comme l'a montré Emmanuel de Waresquiel dans son formidable dernier livre, Sept jours, les députés du tiers état ne sont pas entrés, pour la première fois, dans la salle des Menus-Plaisirs, où se tinrent les états généraux avec l'ambition de faire une révolution, ni même de renverser le roi. Vertueux ou non, leur désir n'était pas la disparition d'un pays auquel ils se savaient appartenir. Le même raisonnement s'applique à Napoléon. Les travaux de Thierry Lentz ont prouvé que, sous le Consulat puis l'Empire, le pouvoir exécutif était effectivement supérieur, et de loin, aux assemblées. S'il avait un tempérament autoritaire, Napoléon n'en parachevait pas moins un dessein de la Révolution, à savoir un renforcement de l'exécutif à l'œuvre depuis l'avènement de la République en 1792 : comité des assemblées, directeurs du Directoire (cinq magistrats civils), consul du Consulat (trois magistrats civils), empire (un magistrat civil).

Remplacer la France par la République revient à circonscrire des valeurs à un régime. Est-il nécessaire d'être républicain pour s'indigner de la décapitation d'un enseignant ? D'ailleurs, lorsque la nouvelle de l'attentat a été sue, qui a pensé à la République ? C'est en tant qu'individu civilisé d'abord, Français d'histoire et de tradition ensuite, humaniste de raison enfin, que femmes et hommes ont considéré qu'un seuil inacceptable avait été franchi. La République est, comme tous les régimes politiques, une idée avant d'être un ordre. Comme toutes les idées, elle peut être contestée au nom d'autres idées, y compris par des Français. Au contraire, la France n'est pas une idée, mais est une chape composée de princes, d'empereurs, de ministres, de présidents, de révoltes, de conquêtes, de triomphes, de défaites, d'insolence, de liberté, à laquelle aucun Français ne peut, ni ne veut, échapper. Parce qu'elle les rassure, parce qu'elle les augmente, parce que, en principe, elle les défend.

Référence œuvre

Colette Beaune, Naissance de la nation France, Paris, Gallimard, 1985.

Emmanuel de Waresquiel, Sept jours, 17-23 juin 1789, la France entre en Révolution, Paris, Tallandier, 2020.

Thierry Lentz, Le Grand Consulat, Paris, Fayard, 1999.

*Arthur Chevallier est éditeur chez Passés composés. Son dernier essai, Napoléon sans Bonaparte (Éditions du Cerf), est paru en janvier 2019.

samedi, juillet 25, 2020

Richelieu. L'aigle et la colombe (A. Teyssier).

Ca fait du bien à lire après le cloaque nazi des déconstructeurs. Ca change des sinistres clowns qui  nous dirigent en 2020. Les romantiques nous laissé l'image fausse de l'homme rouge des Trois Mousquetaires. Pourtant, Victor Hugo ne peut s'empêcher de lui rendre hommage.

Richelieu (1585-1642) est un fervent catholique au point d'en être superstitieux, c'en est même amusant. Il est aussi un théologien tout à fait honnête. Le nihilisme n'est vraiment pas son truc.

Richelieu, malgré des journées de travail harassantes, de quatorze, quinze, heures, entend ou célèbre la messe tous les jours.

On remarquera que deux hommes qui ont joué un grand rôle dans la construction ou le rétablissement de l'Etat français étaient catholiques, non seulement de foi intime, mais aussi dans leur manière de penser la politique : Richelieu et De Gaulle.

Mais ils ne mélangent pas les ordres : au confesseur du roi qui lui donne son avis politique, Richelieu répond vertement qu'il n'y entend rien, qu'il se mêle de ses affaires, c'est-à-dire de la religion et de rien d'autre.

Le cardinal est un homme d'Etat exceptionnel, qui a une règle : l'homme d'Etat pèche par omission, en ne faisant pas ce qu'il doit faire. Beaucoup plus que par action, car l'homme d'Etat a le droit de se tromper.

Il forme avec Louis XIII un couple très efficace.

Les dépêches de Richelieu sont élégantes, nettes, concises, sans mots pédants. Sa volonté est claire. C'est l'anti-énarque.

La théologie du pouvoir

Un Prince chrétien est à nul autre pareil : comme le Christ s'est sacrifié sur la croix, il doit se sacrifier pour le bien du royaume. Le pouvoir est un sacrifice quotidien. Nous sommes très loin des jouisseurs du pouvoir macrono-umpistes.

Comme l'Eglise est la tunique sans couture du Christ, l'unité du royaume est première. Non pas dans l'immédiat, mais dans l'avenir. Le Prince doit toujours avoir un coup d'avance. Richelieu émerveille les observateurs par sa capacité à anticiper les objections, à prévoir les coups fourrés.

Un but, des moyens

La politique de Richelieu est très clairement affiché dès ses premiers mémoires à Louis XIII en 1624 et ne variera pas de ses 18 ans de ministère. Sa franchise et sa fermeté font beaucoup pour la confiance que lui accorde ce roi aux multiples qualités mais si peu sûr de lui.

Le but : l'ordre au-dedans, la puissance au-dehors (on aimerait que nos politiciens aient ces objectifs là et aussi clairs dans leur tête).

Les moyens : rétablir le prestige de la couronne en réduisant les grands féodaux et l'Etat dans l'Etat huguenot, s'allier aux protestant anglais et allemands contre les Habsbourg d'Espagne et d'Autriche.

Rétablir les finances et la puissance militaire de la France.

L'action : le grignotage

La France étant très affaiblie, à l'intérieur et à l'extérieur, Richelieu ne peut attaquer bille en tête. Il adopte une stratégie périphérique de patience : il grignote, il circonvient. Sa persévérance sans faille, face à des adversaires moins résolus, le sert.

Subtilement (de sa part, c'est presque normal), il met Rome de son côté, en faisant comprendre au pape, par divers émissaires, que, certes, la France s'allie avec des princes protestants allemands tandis que l'Espagne se réclame d'un catholicisme intransigeant, mais que, dans l'équilibre concret des pouvoirs en Europe, le pape a moins à craindre de la France que de l'empire des Habsbourg.

Il réussit à définir une politique religieuse qui n'est ni gallicane ni ultra-montaine.

Ce faisant, il désamorce une partie du contenu religieux de la querelle entre dévots et huguenots.

A l'intérieur, il ne dit rien, mais il agit. Il laisse dépérir des prébendes et des commissions. Il « oublie » de faire nommer des successeurs quand des postes deviennent vacants.

Peu à peu, l'ordre et les finances se rétablissent.

Quand les ennemis (intérieurs et extérieurs) de la France prennent conscience du danger, il est déjà trop tard pour eux.

Pourtant, il n'arrivera jamais à se mettre dans une position telle qu'il puisse supprimer la vénalité des offices, alors qu'il a bien conscience que c'est indispensable à long terme.

L'action : la mise au pas

Richelieu est patient mais il tout de même pressé par le temps. Sa santé est fragile et le désordre n'a que trop duré.

En 1626, le roi convoque une assemblée des notables, qui refuse de prendre ses responsabilités. Richelieu est déçu, il passe outre, il va de l'avant sans le support de cette auguste assemblée. On le traitera de tyran, mais si les classes dirigeantes ne lui avaient pas abandonné le pouvoir pour mieux défendre leurs intérêts au mépris du bien commun, on n'en serait pas là (air connu). Toujours est-il que la prochaine assemblée de notables se tiendra en 1788 avec les suites que l'on sait.

Dès qu'il a un peu de marge de manoeuvre financière, après trois ans de pouvoir, il passe à l'action.

En 1627, commence le siège de La Rochelle. Il va durer onze mois et être terrible pour les habitants. Mais rien ne peut détourner le roi de son exigence d'ordre et de justice : pas d'Etat dans l'Etat.

La scène, digne d'une image d'Epinal, du roi prêtant main forte aux terrassiers de la digue voulue par Richelieu, afin d'empêcher le ravitaillement anglais, n'est pas seulement de la propagande. Ou, plutôt, elle est de la propagande significative, véridique. Le roi ne cédera pas : il connaît la leçon de son père Henri IV (que les Français de 2020 sont en train d'apprendre à nouveau à leurs dépens),  « il n'y a pire perte que la perte de l'Etat ». 



Mais Richelieu étant ce qu'il est, c'est ensuite lui qui se démène, après la reddition, pour que La Rochelle retrouve sa prospérité.

Le mauvais exemple

Nous avons un témoignage très sûr, puisque Michel de Marillac, garde des sceaux, et opposant au cardinal, est d'accord sur ce point avec Richelieu : la noblesse, d'épée et de robe (1), donne un très mauvais exemple d'égoïsme, de vanité, de corporatisme, de mépris du bien commun et, bien trop souvent, de trahison pure et simple (contrairement à ce qu'on entend parfois, la conscience nationale était déjà formée et la trahison était bien vécue comme telle).

Richelieu s'efforce de rappeler aux nobles que leurs grands privilèges sont la contrepartie de bien lourds devoirs. C'est pourquoi il n'hésite à faire tomber des têtes (Chalais, Montmorency-Boutteville, Saint-Mars. Dans deux cas, la famille du condamné fait enlever le bourreau, espérant sursoir à l'exécution. Elle la transforme juste en horrible boucherie par un maladroit désigné volontaire. Bourreau, c'est un métier).

Les réseaux

Il faut bien comprendre que Richelieu ne dispose pas d'une administration moderne. Il doit se constituer des réseaux d'informateurs et de relais. Ayant compris l'importance de l'opinion publique naissante, il a aussi une armée de libellistes à son service.

La journée des dupes

La 10 novembre 1630, la reine-mère Marie de Médicis (représentante de la féodalité, qui ne raisonne qu'en termes de relations personnelles et non d'intérêt national, que son époux Henri IV surnommait élégamment « la grosse banquière ») croit obtenir du roi Louis XIII (qui a 30 ans) le renvoi de Richelieu. La rumeur court Paris tout le 11 novembre. Richelieu songe à se retirer de lui-même, ses amis l'encouragent à rester « qui quitte la table perd la partie ».

Louis XIII est un roi très peu sûr de lui, maintenu dans l'ignorance et dans l'abandon toute son enfance, mais il a une haute idée de ses devoirs. Malgré le poids du génie de Richelieu, il décide de le garder. Le 11 novembre au soir, il l'invite à son pavillon de chasse de Versailles. Les anti-Richelieu ont été joués. Leur haine pour le cardinal n'aura plus de limites.

La haute politique

La question qui oppose Richelieu au parti dévot, au-delà des ambitions personnelles qui ne comptent pas pour rien, est la suivante : quelle est la priorité ? Mettre au pas les huguenots français, y compris en s'appuyant sur l'Espagne, ou lutter contre les Habsbourg bien que la France ne soit pas totalement en état de marche ?

Pour Richelieu, une fois le siège de La Rochelle victorieux, il est plus que temps de se retourner contre l'empire des Habsbourg qui encercle la France (Pays-Bas, Autriche, Italie, Espagne) mais qui a d'énormes difficultés de communication (essayez donc de faire passer des troupes d'Italie aux Pays-Bas).

J'ai tendance à penser que Richelieu avait raison.


Louis-Dieudonné

Le 5 septembre 1638, nait, après 23 ans de mariage, Louis-Dieudonné, futur Louis XIV. Cet héritier est une délivrance, et pourtant, le pire reste à venir.

L'affaire Cinq-Mars

A partir de 1639, le roi s'éprend d'un jeune favori, le marquis de Cinq-Mars (l'inclination homosexuelle est claire, même si elle ne fut pas consommée). Loin d'être le héros qu'en a fait Alfred de Vigny, Effiat est vaniteux, fourbe, méchant et ambitieux. Il méprise le roi comme on méprise un amant qui se laisse trop humilier.

Il s'acoquine avec Monsieur, frère du roi, Gaston d'Orléans, dans un complot qui vise ni plus ni moins à assassiner Richelieu, à mettre Louis XIII sous tutelle et à conclure avec l'Espagne une paix défavorable à la France. L'Etat est en danger.

Heureusement, comme souvent, les comploteurs sont peu discrets et le cardinal bien renseigné. Cinq Mars a eu l'imprudence de se moquer du roi devant témoins, propos qui sont rapportés à Louis XIII. Le complot est dévoilé et la foudre royale tombe. Les têtes des conspirateurs aussi.

Mais cette affaire a créé une faille entre le roi et son principal ministre : Louis XIII a fait des confidences à Cinq Mars disant que le joug du cardinal lui pèse. Pour les quelques mois qui restent à vivre à Richelieu, Louis XIII lui en voudra de l'avoir remis dans son devoir. Et Richelieu s'attriste de la faiblesse de caractère du monarque. 

Une agonie sereine

Le cardinal est perclus de maladies (dont des hémorroïdes qui le font surnommer « cul pourri » par ses ennemis). Son agonie est longue. Sa sérénité effraie même ses amis. 

Voilà un homme qui  a ordonné des exécutions, déclaré des guerres et qui ne semble pas effrayé de rencontrer son Créateur.

Il s'en est expliqué lui-même à la fois comme théologien et comme homme d'Etat : l'homme d'Etat a des devoirs qui ne sont pas ceux de l'homme ordinaire. Les vertus privées ne sont pas les vertus publiques. Or, d'après l'étalon qu'il nous donne, Richelieu n'a pas failli à ses devoirs publics.


Une philosophie politique

Nous sommes trop habitués à l'Eglise catholique des eunuques, des couilles molles et des pédés, telle qu'elle est depuis un demi-siècle, à cette Eglise suicidaire (car, oui, encourager, ou même simplement tolérer, l'immigration musulmane massive en Europe - comme le font trop de mitrés- est un suicide pour l'Eglise romaine. La seule position admissible, c'est le combat contre cette immigration, comme nous avons combattu aux croisades).

Par lâcheté, par pusillanimité, par manque de foi (je le dis et l'assume), l'Eglise s'est réfugiée dans le culte de l'individu, négligeant totalement les collectivités (en cela, elle a cédé à la mode beaucoup plus qu'elle ne croit). En particulier, elle se complait dans la pitié pour certains individus, se voilant la face sur la dangerosité de cette pitié pour une civilisation entière.

Ce détour par l'Eglise contemporaine est pour vous faire comprendre Richelieu par contraste.

Richelieu n'était pas de cette Eglise là, il était d'une Eglise qui croyait à la nécessité de la Foi agissante. Ce n'est évidemment pas un hasard si les écrits politiques du cardinal alternent avec les écrits théologiques. Les deux sont indissociables dans son esprit. Il ne pensait pas pécher en étant un ministre dur et exigeant, ses critères étaient la justice et le bien commun.

Un ministre de cette trempe nous manque.





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(1) : sous la monarchie, les parlements sont des cours de justice. Les parlementaires sont donc des magistrats. Un de leur rôle est d'enregistrer les lois. Ils peuvent s'opposer au roi en usant de leur droit de remontrance. Le roi peut briser cette opposition, en forçant l'enregistrement, ce qu'on appelle un lit de justice. S'ils continuent à résister, le roi peut les exiler.

Ils touchent les « épices ». C'est, tout simplement, de la corruption institutionnalisé, pour rendre des jugements en faveur de telle partie (la plus riche, évidemment). Louis XV et Louis XVI essaieront de réformer ce sytème mauvais.
Un peu comme les bobos d'aujourd'hui, la noblesse de robe, les robins (dont faisait partie Montesquieu), souvent ridiculisés par Molière, est entièrement absorbée par les soucis égoïstes et corporatistes et néglige totalement le bien commun.

Ils ont été un obstacle constant pour les rois depuis Henri IV (sauf pour Louis XIV, qui a su les mettre au pas). Leur bêtise, leur égoïsme, ont fini par avoir la peau de la monarchie. Voltaire les appelait « les boeufs-tigres, bêtes comme des boeufs, méchants comme des tigres ».

Dans La disgrâce de Turgot, Edgar Faure a bien analysé comment les parlementaires tenaient lieu d'opinion publique à une époque où celle-ci n'avait pas de voix et comment ils ont été liquidés quand les événements révolutionnaires lui en ont donné une.

François Mitterrand, qui connaissait l'histoire de France, a dit un jour : « les juges ont eu la peau de l'ancien régime, prenez garde qu'ils n'aient pas la peau de celui-ci ». En France, par tradition, les magistrats sont des irresponsables malfaisants. Et rien dans l'actualité ne contredit ce jugement historique.

Le seul traitement qui convient aux magistrats français est celui de Louis XIV, se présentant au parlement de Paris le fouet à la main, ou celui de son grand-père Henri IV, s'adressant au parlement de Toulouse avec les grosses dents « je sais ce que vous avez dans le ventre et, croyez moi, je saurai vous faire entendre raison, pour le bien de mes Etats, dont je suis seul garant ».


vendredi, juillet 24, 2020

Désertion, incendies, profanations : l'Eglise de France mérite ce qui lui arrive.

Je le dis souvent : vous voulez faire quelque chose pour la France ? Allez à la messe tous les dimanches. 

J'oublie d'ajouter que ça demande du courage : vous risquez d'entendre et de voir des choses qui vont provoquer chez vous une bonne grosse honte.  Mais (au moins si vous habitez dans une grande ville) il y a des solutions : on trouve toujours une paroisse avec un curé pas trop atteint.

Identité française: un sursaut est-il encore possible ? Il y a coïncidence entre l’écroulement de notre culture et celui de l’Église.


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On ne peut pas comprendre la médiocrité – quand ce n’est pas carrément l’absence – des réactions de notre personnel politique face aux permanents actes anti-chrétiens si l’on oublie que la République s’est construite contre l’Eglise. Pour parler comme les libéraux, c’est son « logiciel », dans son « ADN ». Un an avant la loi de 1905, l’affaire des fiches révélait, au sein de l’armée, un vaste système de fichage – commandé par le ministère – visant à brider l’avancement des officiers catholiques.

Cependant que les anticléricaux, athées, libre-penseurs en tout genre menaient virilement le combat culturel dans les gazettes et les écoles, l’Etat expulsait les congrégations, soutenait les loges et, donc, abattait enfin « l’infâme ».

On le sait, durant une génération, l’Eglise tenta de résister, cherchant un modus vivendi avec la République qui la haïssait. Mais, après le catholicisme social d’un Lamennais qui était un aberrant compromis avec l’air du temps, l’affreux sulpicianisme dans lequel elle sombrait à la veille de la guerre disait combien elle manquait déjà de chair. Elle se soumit et commença à produire un nouveau genre de catholiques, honteux, plus obsédés par les œuvres que par leur salut. Victorieuse, la République s’amusait des querelles qui animaient son ancienne ennemie héréditaire.

Cela dit, il y avait les fidèles, qui continuaient de se rendre à la messe. En 2018, dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, l’historien Guillaume Cuchet démontrait comment, jusqu’au début des années 1960, les églises étaient encore pleines ; c’est à ce moment-là, en quelques années seulement, qu’elles se vidèrent. Les enfants du baby-boom furent donc les premiers à refuser le rituel. Parce que leurs parents furent également les premiers à ne plus les y contraindre.

Vatican II, qui est l’introduction de l’esprit du protestantisme dans l’Eglise, justifia ce reniement en promouvant la liberté de conscience. En réduisant pour ainsi dire la foi à une affaire personnelle, ce concile péteux, cornaqué par des personnes extérieures à l’Eglise, fut un prodigieux accélérateur du déclin de celle-ci.

Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes ; c’est en suivant ce principe que, durant deux millénaires, l’Eglise put traverser cent hérésies et révolutions ; en s’arrimant au monde par peur de se l’aliéner, elle perdit sa force, sa grandeur et son charme. De nos jours, il n’y a plus que dans certains monastères et dans le mouvement dit traditionnaliste que l’on trouve encore des clercs érudits, souriants, combattifs, plus préoccupés par les âmes du peuple de Dieu que par le sort des migrants et avec qui l’on peut prier sans être perturbé par d’immondes dessins d’enfants ou des chants qu’on dirait écrits par une chaisière fan de Calogero.

Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction. Face à l’effondrement de la pratique religieuse, elle continue de servir la soupe insipide qui fait fuir tant de jeunes gens qui, à un âge où l’on est souvent saisi par un magnifique sursaut d’absolu, préfèrent logiquement se tourner vers d’autres religions, à commencer bien sûr par l’islam. La crise des vocations, elle, découle directement du célibat des prêtres devenu insupportable non pas du fait de tentations plus nombreuses mais de l’acceptation de ces dernières, d’une miséricorde mal comprise et encore plus mal professée. Comme l’Eglise réformée dont elle suit le pathétique chemin, l’Eglise catholique se transforme en une sorte d’association où, le dimanche, par habitude plus que par conviction, des CSP+ hagards viennent prendre leur dose hebdomadaire d’« humanisme » en écoutant beugler de girondes Africaines évadées de Sister Act.

[…]

L’« émotion » parfaitement artificielle que cet incendie [de Notre Dame de Paris] a produite dans les médias – un peu à la manière du saccage de l’Arc de Triomphe durant le mouvement des Gilets jaunes – disait moins, en tout cas chez les politiques, le chagrin de voir fondre la mère des cathédrales du pays que celui de perdre une fraction de ces dizaines de millions de touristes sans lesquels la France ne serait plus le bronze-cul de l’Europe et le musée du monde.

D’ailleurs, l’attentif aura remarqué que, dans la langue politico-journalistique, Notre-Dame était appelée « monument » ; sa qualité d’église était secondaire et même accessoire ; à travers ce spectaculaire brasier, c’étaient pour les revenus tirés du patrimoine qu’éditocrates, économistes et parlementaires pleuraient. Certes, il y eut bien quelques brefs « sujets » sur des catholiques à serre-tête qui, à l’instar des impuissants « Veilleurs » de la Manif pour Tous, faisaient leur chapelet à Saint-Michel. Mais ils ne firent rien d’autre, animés par un fatalisme que leur envient les bouddhistes auxquels ces vétérans des JMJ et de Taizé ressemblent tant sans le savoir.

[Incendie de la cathédrale de Nantes]

Par la voix du nouveau Premier ministre, ce pauvre Jean Castex qui nous ramène aux heures les plus sombres de la IVe République, l’Etat s’est engagé à réparer les dégâts comme l’avait fait, avec son emphase coutumière, Macron pour Notre-Dame. Je n’ai pas vérifié, je le confesse, mais je parie que, face à cet énième sacrilège, l’Eglise s’est contentée de pondre une déploration sans âme, « équilibrée », qui n’accuse personne et ne réclame rien, et qui doit même remercier, en plus des vaillants pompiers, les autorités venues pour une fois soutenir les catholiques en tant que minorité.

A l’heure où une jeune aide-soignante lyonnaise, Axelle, vient de mourir sous les coups de la « diversité », il convient de noter qu’il y a coïncidence entre l’écroulement de notre culture et celui de l’Eglise. C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France.

L’immigration africaine de masse, l’internationalisme socialo-communiste, la construction européenne, la sous-culture américaine, la colère des petits-bourgeois libertaires s’allient alors pour nous faire basculer dans une autre temporalité, un autre paradigme. On assiste à une grande inversion des valeurs. Comme une digue, l’Eglise contenait ce mouvement ; en tombant, elle entraîne le pays dans sa chute. Car comme l’écrit Malraux, une « civilisation est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ».

C’est le catholicisme qui a fait la France, modelé ses mœurs et forgé ses coutumes. Le principe libéral selon lequel une société tient par le contrat est un échec total, hormis pour de rares privilégiés qui, dans leur Aventin de Montreuil, profitent égoïstement des fruits de leurs idéaux cependant que le peuple, lui, vit dans une constante insécurité culturelle et une insécurité tout court.

La nature ayant, bien entendu, horreur du vide, l’islam, par le truchement du regroupement familial et d’une natalité exubérante d’abord, vient remplacer le catholicisme. Et ce ne sont pas les risibles « valeurs de la République » qui vont l’en empêcher ; au contraire, elles se mettent à son service.

Durant cinq décennies, les libéraux ont cru que les musulmans finiraient par apostasier, par se convertir eux aussi à la poursuite du bonheur, c’est-à-dire au néant. Désormais, en plus de ces libéraux qui continuent d’y croire contre toute évidence, contre les faits – mais il est vrai que le réel ne les intéresse pas, que pour eux le faux est un moment du vrai – nombre d’entre eux s’accommodent de l’islamisation du pays et la subséquente violence qu’elle engendre. Ces derniers sont comme le personnage principal du Soumission de Houellebecq : ils font avec, convaincus en leur for intérieur, comme tout bon libéral qui se respecte, que tout change, évolue, qu’il faut s’adapter, et que l’on n’y peut rien.

Seule la tradition est révolutionnaire. Il ne saurait y avoir de reconquête sans réveil de l’Eglise – n’en déplaise à l’excellent Michel Onfray. Ceux qui, dans notre camp, prétendent que nous pourrons nous en sortir sans sueur et sans larmes sont soit d’une naïveté criminelle, soit des imbéciles, soit des pleutres.

Français, combien d’entre vous devront mourir avant que vous le compreniez ? 
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dimanche, mai 31, 2020

Madame de Pompadour, l'amour et la politique (Jacques Levron)


Pierre Gaxotte a beau avoir réhabilité Louis XV, ce n'est pas, de loin, notre plus grand roi.

Mais le choix de ses maitresses, la marquise de Pompadour et la duchesse du Barry, était excellent : contrairement aux calomnies (Michelet s'y est déshonoré), elles étaient des reines de beauté, mais aussi des femmes intelligentes et d'une grande bonté. C'est une des nombreuses taches sur la révolution que d'avoir guillotiné la du Barry (« Encore un instant, monsieur le bourreau »).

Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, a été maitresse du roi 6 ans et son amie 13 ans, avant de mourir à Versailles (c'est unique pour une maitresse) à 43 ans de la tuberculose. La période amicale est la plus originale, et la plus lourde de conséquences.

Louis XV, Dominique Strauss-Kahn versaillais, a des besoins sexuels de plus en plus impérieux et bestiaux à mesure qu'il vieillit. La Pompadour garde son estime non pas en organisant ces débauches sordides, comme le prétendaient ses calomniateurs, mais en s'en tenant plutôt à l'écart.

Elle a beaucoup de goût, le style Louis XV est en réalité le style Pompadour, elle est humainement recommandable et attachante, mais son influence politique a été mitigée.

Le troisième guerre de cent ans

Le règne de  Louis XV est tout entier pris par la troisième guerre de cents ans contre les Anglais, celle pour la suprématie mondiale, qui se termine à Waterloo.

La France a beaucoup d'atouts extérieurs, en particulier ses nombreuses colonies qui, bien utilisées, devraient lui assurer la maitrise des mers, mais son énergie est sapée de l'intérieur par le parti encyclopédiste que soutient dans une certaines mesure la marquise et par les insubordinations récurrentes des bobos de l'époque, les parlementaires.

Cet enculé de Voltaire, un homme cupide, méchant et vicieux, payé  par les Anglais et par les Prussiens, se moque, hélas avec son immense talent pour la méchanceté, de nos colonies, dont nos ennemis ont compris (ils ne sont pas cons) qu'elles étaient un avantage à discréditer à tout prix.

La situation n'est pas très différente d'aujourd'hui à cet égard : nos possessions d'outremer sont un immense avantage stratégique (la France est l'un des trois pays au monde à avoir légitimité sur tous les continents et notre plus longue frontière terrestre est en Amérique du Sud. L'Allemagne restera toujours un nain enfermé en Europe), mais nos ennemis européistes nous poussent à nous en débarrasser et, gouvernés par des traitres, nous cédons peu à peu.

Aujourd'hui comme hier, ses divisions internes, attisées par ses ennemis, qui ne sont pas tous étrangers, empêche la France de déployer une stratégie mondiale.

Les misères de la guerre de sept ans

La marquise écrit des lettres étonnantes de clairvoyance, plus que bien des diplomates et des soldats de profession. Malraux parle du bon sens de Jeanne d'Arc, on peut transposer.

Mme de Maintenon était du parti de l'abandon mais la ténacité de Louis XIV a fini par lasser ses ennemis. Ici, c'est l'inverse : la marquise, tuberculeuse, accablée de maux, vieille à 37 ans, ne cesse de pousser et de tirer un Louis XV capable de courage mais pas de persévérance.

Elle a bien conscience des faiblesses de la France puisqu'elle paye sur sa cassette 18 navires corsaires.

La marquise met son énergie à l'alliance autrichienne, à raison. Mais ce n'est au fond qu'un pis-aller pour la maitrise des mers perdue. Aucune bataille terrestre n'est décisive en Europe. Tous les printemps, c'est le même cinéma : trois armées désunies se présentent face à Frédéric II, qui les bat successivement, à la manière de Napoléon, et Voltaire, qui apprécie beaucoup l'or et les flatteries du roi de Prusse, lui tresse des louanges.

Les Français se foutent de cette guerre lointaine et ne sont préoccupés que des affaires intérieures, on est très loin des mobilisations générales de la république.

Montcalm battu au Canada, Lally-Tolendal aux Indes, la guerre est perdue. On peut rêver à ce qui serait arrivé si les priorités entre la terre et la mer avaient été inversées.

La perte du Canada est une petite habileté stratégique : Choiseul a prévu que la perte de leur ennemi commun provoquerait l'éloignement des Américains et des Anglais puis une guerre ouverte entre eux. Certes, il a eu raison, mais quel bénéfice pour la France ?

 



La France souffre terriblement de la médiocrité de son commandement.

Problème fondamental qui nous mine encore, ô combien, aujourd'hui. La France ne sait pas sélectionner et renouveler ses élites. Le seul véritable renouvellement des élites que nous ayons vécu dans notre histoire est la révolution : un seul général de Napoléon vaut tous les maréchaux de Louis XV.

La France souffre également d'un parti traitre, celui des encyclopédistes, Voltaire en tête, qui en pincent pour la Prusse et se réjouissent ouvertement des défaites françaises. Comme d'habitude, la désunion interne et la défaite extérieure s'alimentent l'une l'autre.

Vers la fin

La marquise meurt à 43 ans, le dimanche des Rameaux 1763, avec la dignité qui sied à une grande dame.

Le roi regarde passer son cortège funèbre de son balcon en écrasant une larme. Peut-être la seule fidélité, à part à ses enfants, qu'il ait eu de sa vie.

Elle eut été la maitresse d'un grand roi, elle brillerait au firmament de notre histoire, mais elle ne fut que la maitresse de Louis XV. Il ne reste d'elle qu'une rose et un style, même pas baptisé de son nom mais de celui du roi.

Laissons lui la parole. Ardemment catholique et patriote, elle fut l'ami de Voltaire et des encyclopédistes, et pourtant, dans une de ses dernières lettres au duc d'Aiguillon : 

« Je suis dans le désespoir, parce qu'il n'est rien qui en cause que l'excès d'humiliation. Est-il possible d'en éprouver de plus forte ? Etre battu n'est qu'un malheur. Ne pas se battre est un opprobre. Qu'est devenue notre nation ? Les Parlements, les encyclopédistes, etc. l'ont changée absolument. Quand on manque assez de principes pour ne reconnaitre ni divinité ni maître, on devient le rebut de la nature, et c'est ce qui nous arrive. Je suis mille fois plus effrayée de notre avilissement que je ne l'aurais été de la perte de toute l'escadre ».






jeudi, mai 28, 2020

Une histoire de France (Edouard Husson, Michel Pinton)

Une recension un peu longue, je vous en présente mes excuses par avance.

Ce livre de 1999, à deux mains entre Edouard Husson et Michel Pinton, fait partie des petits bonheurs des occasions sur internet.

Les auteurs sont des hommes intelligents, ils balayent d'un revers de main les palinodies chiraco-progressistes disant que les racines de la France ne sont pas chrétiennes : l'histoire de France est un dialogue, souvent une lutte, quelquefois une guerre, entre le pouvoir spirituel du christianisme et le pouvoir politique.

Difficile de résumer un livre aussi dense. Quelques idées fortes seulement :

La nation de Clovis

Dieu ne se manifeste pas à des hommes mais à des nations. D'abord, à Israël, puis à toutes les nations. Le Nouveau Testament ne dit pas « Allez parmi les hommes » mais « Allez parmi les nations » (L'Eglise droit-de-lhommiste que dirige le pape François Zéro est anti-nationale et, par là même, hérétique).

A la nation s'oppose l'empire (et la tribu, mais ils n'en parlent pas). L'empire, c'est la violence, le mensonge et l'oppression. Ce sont les outils indispensables pour faire tenir ensemble des peuples qui n'ont aucune raison de vivre ensemble (si ça vous rappelle des choses ...). L'empire romain en est mort : à l'heure du péril existentiel, il ne s'est pas trouvé grand'monde pour le défendre. La nation, c'est la liberté et la vérité.

Michel Pinton pense que la fascination de l'empire romain a été très néfaste à la France.

C'est à son christianisme que la France doit ses figures de jeunes femmes qu'on ne retrouve dans aucune autre histoire : Sainte Blandine, Sainte Geneviève, Sainte Jeanne.

Plus qu’héritiers d’Athènes et de Rome, les peuples européens, au premier rang la France, sont héritiers de la notion juive de peuple élu.

Chaque nation européenne est constituée par son sentiment profond d’être l’Elue de la Providence. Avec, comme corollaire qu’on ne retrouve pas dans les autres cultures, le droit pour le prophète de se lever et d’engueuler le prince et le peuple qui trahissent cette vocation.

Ce droit de chacun à être prophète et à en remontrer à la nation entière est ce qui fonde la liberté européenne, bien plus que l’imitation des esclavagistes Athènes et Rome. Socrate a accepté la loi qui le mettait à mort, il n’a pas invoqué sa liberté de conscience.

Le chrétien, selon la formule du baptême que j’aime beaucoup, est « prêtre, prophète et roi ». On comprend que les candidats à la tyrannie n’ont rien de plus pressé que de déchristianiser.

Clovis, en se faisant baptiser catholique alors que la mode était à l'arianisme, a inauguré le principe de la neutralité religieuse de l'Etat français. Principe malheureusement rompu par les interventions directes et brutales de Louis XIV dans la querelle du jansénisme. Il a quand même eu l'ignominie de faire labourer les tombes de Port-Royal ! Les historiens sont aujourd'hui d'accord pour dire que la violence de la polémique janséniste a décridibilisé l'Eglise en France et préparé le terrain pour notre sanglante et sacrilège révolution (un peu de la même façon que les querelles théologiques en Afrique du Nord ont préparé l'installation de l'islam). Les très surfaites Lumières sont les héritières du jansénisme (notamment, de son mépris du peuple).



La mer toujours recommencée

Les auteurs insistent lourdement (vous savez que rien ne peut me faire plus plaisir) sur la vocation ultramarine de notre pays, commencée avec Saint Louis. Chaque fois que la France s'est (comme aujourd'hui) laissée enfermer sur le continent européen, elle y a perdu (la France n'est pas le nain allemand). Ils accusent Louis XIV, que décidément ils n'aiment pas, d'avoir trop négligé les conquêtes coloniales et en font même une des causes de notre sanglante révolution : si notre énergie avait été tournée vers l'extérieur par des princes avisés, elle ne nous aurait pas dévorés de l'intérieur.

On en revient à la remarque géniale de Chateaubriand (dont il ne faut pas oublier qu'il fut un bon ministre des affaires étrangères de la Restauration) : si Louis XIV s'était plus investi outremer et moins sur le continent, la France aurait pu conquérir sans effrayer ses voisins cette frontière sur le Rhin qui manque tant à sa sécurité. François-René ne connaissait pas nos désastres de 1870, 1914 et 1940 mais il en avait la prémonition.

Et puis, ça nous aurait évité ce non-pays ridicule qu'est la Belgique et ce pays de mangeurs de harengs ladres que sont les Pays-Bas.

Bien sûr, le traitre Voltaire se réjouit de la perte du Canada en 1763. On peut prendre cette date comme repère de la haine de la classe dirigeante pour notre pays.




La trahison des élites françaises

Michel Pinton et Edouard Husson tombent d'accord (et moi aussi !) que les élites françaises ont une propension exceptionnelle à la trahison : les Bourguignons, la Ligue, la Fronde, les Lumières, les Emigrés, les Versaillais, les Pétainistes ... Aujourd'hui, ce sont les macronistes : le vote Macron (de premier ou de deuxième tour, peu importe) est un vote de trahison (très proche du pétainisme).

Cette continuité n'est pas artificielle : j'ai lu dans les années 2 000 une critique de Jeanne d'Arc, venue des Bourguignons, reprise par Voltaire, reprise au XIXème siècle, disant qu'elle a empêché une grande confédération franco-anglaise qui aurait régné sur le monde.

Dans aucun autre pays d'Europe (c'est différent en Amérique du Sud, par exemple), on ne retrouve une telle inclination des élites à la trahison.

Pourquoi ?

Une explication qui en vaut une autre : coincée très tôt entre le pouvoir royal et le peuple, l'aristocratie a été déresponsabilisée de la nation, elle s'est construite dans l'opposition et dans la trahison. La bourgeoisie a pris le relais par mimétisme.

C'est une évidence que nous sommes dans une de ces périodes basses du patriotisme de la classe dirigeante. A cette trahison, somme toute classique, s'ajoute un élément original : l'effondrement intellectuel de la classe dirigeante. On n'imagine pas le maréchal Pétain prenant Sibeth Ndayie comme porte-parole, et pas seulement à cause de sa couleur.

Les trois conditions de la grande politique française

1) Un dirigeant à la main ferme avec une bonne politique (si possible, maritime à l'extérieur et anti-groupes de pression à l'intérieur).

2) Un peuple uni.

3) L'élite qui fait courroie de transmission à cette politique nationale.

Sous Louis XIV, le 2 a manqué à cause des séquelles des guerres de religion (révocation de l'édit de Nantes et querelle du jansénisme).

La IIIème république a presque constamment manqué du 1 et souvent du 3.

De Gaulle a manqué du 3.

Nous manquons de 1, 2 et 3. Tout va bien.

La France ne supporte pas l'imposture

La France ne supporte pas l'imposture, car les ferments de division sont trop puissants. Comme imposteur, ils citent Voltaire. Nous nous rejoignons dans nos détestations !

Dans notre actualité, je pense que c'est la raison du succès populaire de Raoult : dans un espace public rempli d'imposteurs, il n'en est pas un. Il dévoile les impostures. En effet, il joue un personnage, mais tout le monde sent bien que ce personnage, c'est lui-même.

C'est le contraire de Macron : il joue tous les personnages sauf un, lui-même (dont on finit par se dire qu'il n'existe pas).





samedi, mai 16, 2020

En lisant Shirer : conclusion.

C'est y est, j'ai fini The collapse of the third republic, du journaliste américain (francophile) William Shirer. Vous avez pu suivre ma lecture au fil des billets.

C'est tout du long un crève-coeur pour un Français. Quelques remarques en guise de conclusion :

1) Shirer ne comprend pas l'habileté d'Hitler (qu'il a rencontré plusieurs fois).

2) Les politiques de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis dans les années 20 et 30, isolationnistes et accommodantes avec l'Allemagne, ont été des fautes  majeures qui n'ont pas peu contribué aux succès hitlériens. Churchill l'a d'ailleurs reconnu.

3) La France faisait peine à voir. Une classe politique débile, une bourgeoisie égoïste, une classe ouvrière pas franchement mieux, un grand pays devenu veule.

4) Parmi nos politiciens, Paul Reynaud fut le plus défaillant alors qu'on avait placé en lui beaucoup d'espoirs. Il ne sut s'élever à aucun moment à la hauteur des tragiques événements.

C'est celui dont mon opinion a le plus souffert avec ce livre. Pourtant, je ne le tenais déjà pas en haute estime. Shirer insiste trop sur l'influence maléfique de Mme de Portes (la arch-défaitiste maitresse de Reynaud dont De Gaulle dira « Comme toutes les femmes en politique, c'était une dinde »), mais il montre aussi que Reynaud n'a pas su ou voulu saisir les perches que Churchill lui tendait et que son ultime message à Roosevelt était juste pour couvrir ses intentions défaitistes.

L'entourage choisi par Reynaud était, à part De Gaulle, pourri de défaitistes, c'est (au moins) une erreur de jugement funeste de sa part et sans doute plus que cela : un indice de ses pensées profondes.



5) Pétain et Weygand sont des traitres et des imbéciles. Ils font partie des très rares Français pour lesquels Shirer n'a aucune indulgence. Il est plus précis : ils sont traitres parce qu'imbéciles. Ils manquent d'imagination : l'un se croit au lendemain d'Iéna, l'autre est obsédé par une révolution communiste improbable. Ils ont en commun d'être incapables d'imaginer un conflit mondial (1). Deux crétins, on comprend qu'Hitler ait fait mumuse avec facilement.

Shirer est particulièrement choqué par la scène hystérique (évidemment pour réclamer un armistice immédiat) que Weygand fait au conseil des ministres du 13 juin. Shirer juge très sévèrement Reynaud (voir mon point précédent) de ne pas l'avoir remis à sa place.

Ces généraux qui rivalisent d'ingéniosité et d'énergie pour rendre les armes le plus rapidement et le plus totalement possible seraient comiques s'il ne s'agissait pas d'une trahison.

6) Le personnel politique ne sort pas grandi de l'épreuve : les minables Chautemps, Baudouin, Bouthilllier, Laval et compagnie s'entendent comme larrons en foire pour manoeuvrer, biaiser, filouter. Tout ça, c'est franc comme un âne qui recule.

Je n'ai pas eu le coeur de vous raconter juillet 1940, quand Laval achète les députés en leur promettant qu'ils continueront à toucher leur retraite et garderont leur franchise postale.

Moralement, ce n'est pas très reluisant. Mais intellectuellement, c'est guère mieux : ces gens ont fréquenté Churchill pendant un mois. Aucun (à part Reynaud) ne semble s'être posé la question « Que se passera-t-il pour la France si Churchill s'accroche au pouvoir et que la Grande-Bretagne n'a pas "le cou tordu comme un poulet dans trois semaines" ? (comme ce crétin de Weygand prédisait) ». Question que nous savons très pertinente puisque c'est ce qui se passera en réalité.

La classe dirigeante française, militaires et politiques confondus, a été en-dessous de tout. Un tel naufrage, si radical, si total, interroge.

On remarquera que les coloniaux qui, par leur position, avaient moins le nez sur l'événement et une vue plus étendue, ont manifesté plus de velléités résistantes mais ont très peu basculé dans la dissidence.

7) Darlan est une énorme déception, comme Churchill l'explique dans ses mémoires : si, plutôt que De Gaulle, Darlan avait appelé à la résistance depuis la Grande-Bretagne, après l'avoir rejointe avec toute la flotte, ça aurait eu une sacrée gueule. Au lieu de cela, la moitié de cette magnifique flotte qui n'a pas combattu a été coulée par les Anglais à Oran et l'autre moitié s'est sabordée à Toulon. Une ratée, comme Darlan.

Conclusion de la conclusion

Pourtant, malgré la bassesse de notre classe dirigeante, un autre destin était possible.

Le 16 juin, juste avant de démissionner pour laisser la place à Pétain et à la politique que l'on sait, Paul Reynaud jouait avec l'idée de démettre Weygand de son commandement (2). Il n'a pas trouvé le courage de le faire.

Il n'a pas non plus trouvé le courage de soumettre au vote du conseil des ministres l'option résistante (refus de l'armistice, passage en Afrique du Nord) alors que des témoins avertis pensent, pointage fait, qu'elle était encore majoritaire parmi les ministres. Les raisons que Reynaud donne à cette absence de vote sont vaseuses.

Cette période décisive est jalonnée des lâchetés, petites et grandes, de Reynaud. Pourquoi ? Je pense que Reynaud était au fond aussi défaitiste que Pétain et Weygand mais que lui avait compris (contrairement aux deux vieilles badernes) que la Grande-Bretagne ne déposerait pas les armes rapidement et que la situation de la France si la guerre continuait serait très délicate.

Reynaud était le mauvais homme, au mauvais moment, au mauvais endroit. Mais y en avait-il d'autres ?






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(1) : la clairvoyance de l'appel du 18 juin fait un violent contraste. Elle repose sur des analyses concrètes : De Gaulle avait compris que Churchill et la Grande-Bretagne ne se rendraient pas, ou pas facilement. Reynaud avait cette idée aussi mais n'a pas eu le courage d'en tirer toutes les conséquences. Pendant ce temps, Weygand répétait que l'Angleterre allait avoir le cou tordu comme un poulet. Un génie.

(2) : ce qu'il aurait du faire depuis deux semaines, dès qu'il ait apparu que Weygand poursuivait un but qui n'était pas le succès des armes de la France. D'ailleurs, Reynaud n'aurait pas du le nommer. Un Doumenc aurait probablement été beaucoup mieux, Reynaud n'a pas eu cette audace.







jeudi, mai 14, 2020

France : problème simple, solution compliquée.

Le problème de la France est simple : les élites décadentes au pouvoir depuis Giscard haïssent la France et font tout ce qu'elles peuvent pour la détruire.

Giscard lui-même nous l'a bien expliqué : la France est désormais une « puissance moyenne ». Propos facile à interpréter : Giscard et ses semblables se considérant rien moins que moyens, notre beau pays ne les mérite pas.

Cette haine de la France est devenue explicite avec le Giscard-bis qu'est Macron.

Notre problème est donc simple à poser : nous ne devons pas nous débarrasser de quelques politiciens mais de tout une classe dirigeante.

Ce n'est pas seulement un problème de classe mais aussi de génération. L'exemple de De Gaulle est parlant : ceux qui l'ont rallié appartenaient à la génération suivant la génération faillie. Par exemple, un Kérillis, dont on pouvait s'attendre, vu ses idées, qu'il rejoigne De Gaulle, tombe du coté de sa génération et développe une véritable haine de De Gaulle (alors que son fils a trouvé la mort du coté gaulliste).

Voilà le problème de la France posé. Mais comment le résoudre ?


dimanche, décembre 29, 2019

Les perspectives simples de la décennie qui vient





Les années 2010 ou la révolte des peuples occidentaux contre leurs élites. Certains ont réussi, d’autres moins...

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La capacité ou non à répondre à la révolte des peuples conditionne la réussite nationale pour deux générations.

L’existence ou non d’élites conservatrices capables de canaliser la révolte populaire est un enjeu essentiel pour les pays occidentaux car elle conditionne leur réussite pour une ou deux générations. La Grande-Bretagne de Boris Johnson s’apprête à redevenir la première puissance économique du continent. Que Trump soit réélu ou non, il a ouvert une telle brèche dans le consensus de Washington que les Etats-Unis, apparemment en déclin sous Obama, maintiendront leur domination mondiale, dans les années qui viennent, la Chine se condamnant elle-même, au contraire, par le basculement néo-totalitaire de Xi Jiping.

La France et l’Allemagne vont décliner, au contraire, à la mesure de leur incapacité commune, à sécréter une nouvelle élite conservatrice.

La décennie 2010 aura offert à toutes les sociétés occidentales l’occasion de changer de politique, de redevenir au paradigme national après trente ans d’illusions mondialistes. Toutes ne l’auront pas saisi.

Malheureusement la France d’Emmanuel Macron fait partie des pays qui manquent le train de l’histoire [comme elle l'avait déjà manqué en 1981 avec Mitterrand].
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Je suis écoeuré de constater que la France, qui a eu de si grands politiques, est naufragée par des minables.

Soyons pessimistes sans perdre la foi.


jeudi, décembre 19, 2019

Quand la France est au pied du mur. De Clovis aux taxis de la Marne. (C. Tardieu)

J'ai acheté ce livre parce que j'avais apprécié un précédent. Dommage que Tardieu ne prolonge pas son analyse des miracles français jusqu'à De Gaulle.

Très déçu. N'achetez pas.

Je passe sur des erreurs factuelles et sur des fautes de syntaxe évidentes qui révèlent un ouvrage bâclé.

Si l'auteur écrit ce livre, c'est parce qu'il sent bien que la France est en danger, pourtant il sacrifie beaucoup trop au politiquement correct. Il nous dit par exemple que nous sommes dans l'obligation d'intégrer les immigrés, ce qui est ridicule, puisque tout notre problème est justement que c'est impossible.

Mais le clou du spectacle, c'est quand il essaie de rationaliser Jeanne d'Arc. Bref, toutes les bonnes idées, c'est Yolande d'Aragon et on apprend que Jeanne est idolâtre puisque Dieu ne prend pas partie dans les guerres (ah bon ? Et les guerres d'Israël ?). Je révèle un petit truc pour l'auteur : Dieu est du coté de l'ordre et la justice et Jeanne ne dit pas autre chose.

A éviter.


dimanche, décembre 08, 2019

Bonne Sainte Barbe à tous les pompiers et à tous les artificiers



On sent une démangeaison féroce de tous les Français de se retirer sur l'Aventin et de laisser en tête à tête les petits marquis d'en haut qui ne sont plus vraiment français et leurs larbins d'en bas qui sont franchement étrangers.

Malheureusement, la vie moderne ne le permet pas.

jeudi, décembre 05, 2019

Les Français veulent-ils vraiment remettre de l'ordre en France ?

En théorie, il se dégage une forte majorité de Français pour estimer que la France a besoin d'une remise en ordre : des enseignants qui enseignent (sans faire de fautes d'orthographe), des juges qui mettent les voleurs en prison pour longtemps, des étrangers considérés comme des étrangers, des politiciens dévoués au bien commun de la France et non à se remplir les poches à la poursuite de chimères mondialistes etc.

Mais dans la pratique ?

Elisabeth Lévy fait cette remarque à Djordje Kuzmanovic qu'il ne faut pas idéaliser le peuple français, parce que l'état actuel de la France, il l'a en grande partie voulu, que la liberté que lui donnait le libertarisme, les T-shirts et les écrans plats chinois, il n'a pas craché dessus.

Si on ne fait pas l'effort de cette traduction d'idées générales en pratique, on retombe vite sur Bossuet (Dieu rit des prières qu'on lui fait pour écarter des maux etc.).

Prenons un exemple concret qui va au coeur du problème de l'ordre : l'autorité.

Les Français sont-ils prêts à donner systématiquement raison aux professeurs devant leurs enfants en cas de désaccord ? (Qu'ils règlent leurs problèmes entre adultes hors de la présence et à l'insu des enfants, c'est une autre histoire).

La  raison en est très simple : les parents délèguent de facto leur autorité aux enseignants le temps de l'école. Contredire le professeur devant l'enfant, c'est saper sa propre autorité : « Si ce prof est mauvais, pourquoi me confies-tu à lui ? ».

Respecter l'autorité légitime (celle des parents sur les enfants) et sa délégation, c'est un principe évident d'ordre.

Cette manière de raisonner était instinctive à des parents normaux, avant cette inversion qui consiste à faire de l'enfant le centre de la famille. C'est le traditionnel : « Si j'étais puni par le prof, mes parents en rajoutaient une couche ».

Or, de ce que je vois, dans ce monde peuplé de « papas » et de « mamans », surtout de « mamans » d'ailleurs (moi, à mon âge, je n'ai pas un papa et une maman, j'ai un père et une mère. Et les élèves aussi, quand j'étais à l'école), tout en démagogie et en séduction de l'enfant plutôt qu'en éducation, c'est loin d'être gagné.

L'ordre, c'est aussi de plus se marier et de moins divorcer.

J'aurais pu prendre un autre exemple, le traitement des étrangers ...

Bref, la question « Les Français sont-ils prêts à assumer en pratique l'ordre qu'ils réclament en théorie ? » ou, dit autrement, « Les Français sont-ils prêts à assumer pour eux-mêmes l'ordre qu'ils réclament pour les autres ? », suscite chez moi comme un doute.

lundi, août 19, 2019

La bourgeoisie française de l'entre-deux-guerres vue par un journaliste américain.

Il paraît que je suis trop sévère avec la bourgeoisie française. Je vous soumets donc (comme argument d'autorité !) le point de vue d'un Américain.

L'extrait est un peu plus étendu, il permet de se remémorer une partie de la lourde responsabilité des Américains et des Anglais dans la seconde guerre mondiale.

Pour vous permettre de rentrer dans l'extrait : le bas de la page 131 et le haut de la page 132 explique que, pour une nation, chercher la protection dans la subordination est une fausse bonne idée, que les nations sont naturellement égoïstes et ne peuvent compter que sur elles-mêmes quand l'essentiel est en jeu (d'où la note de bas de page 132 sur de Gaulle).

Extrait de The collpase of the third republic

Nota : Shirer n'aime vraiment pas Pétain, car, contrairement à nos pétainistes contemporains, qui ne sont que des anti-gaullistes obsessionnels déguisés (voir ici, par exemple), il n'ignore pas que Pétain, par les différents postes qu'il a occupés et par son magistère moral et intellectuel tout au long des années 20 et 30, est le principal responsable militaire de la défaite de 1940.

Alors, le voir prendre le pouvoir à l'issue d'une défaite dans laquelle il a joué un rôle majeur, ça gratte un peu.

Il faudrait une bonne psychanalyse de l'anti-gaullisme contemporain. Venant de pieds-noirs, c'est idiot mais compréhensible. Mais de catholiques traditionalistes fervents ? C'est au moins le signe d'une légère déficience de la comprenette politique (ils devraient relire Richelieu, catholique sans doute aucun).

Je rappelle que le catholique pratiquant, dans la paire Pétain-De Gaulle, c'était le général, pas le maréchal.

Les histoires pétainistes de « don de sa personne à la France » ne sont que du bourrage de mou pour gogos disposés à se laisser gruger (au moment où il fait cette déclaration, le 17 juin 1940, il parie sur la victoire de l'Allemagne, qui ne paraît pas à ce moment irréaliste. Son don ne lui coûte donc rien. C'est comme nos modernes politiciens qui répètent « j'assume » : concrètement, ça veut dire qu'ils restent en poste continuent à se goberger).

Je parle de psychanalyse car, en raison, il n'y a plus de débat depuis longtemps : Pétain a parié sur la victoire de l'Allemagne, De Gaulle sur sa défaite, on sait sans ambiguïté qui a eu tort, qui a eu raison. François Delpla a montré comment Pétain avait été mené par le bout du nez par Hitler.

En revanche, en psychologie, c'est une autre histoire. Et les réactions face à Trump me paraissent éclairantes : on condamne non pas celui-ci qui divise le groupe, mais celui qui constate une division existante que tous s'efforçaient, avec de plus en plus de difficultés, de nier.

La souffrance et la peur du conflit se transforment en haine pour celui qui le met en lumière : on déteste à mort le messager parce qu'on ne supporte pas le message. Sans De Gaulle, il y aurait eu des Résistants, mais on en veut à mort celui qui a posé un choix clair, qui a tué l'espoir de concilier l'inconciliable, qui a dit qu'on était soit couché soit debout mais qu'on ne pouvait être les deux en même temps.

J'ai tout de même du mal à comprendre qu'il reste aujourd'hui des pétainistes. Péguy disait qu'il faut avoir le courage de voir ce que l'on voit. A l'évidence, certains manquent de ce courage.

dimanche, mai 12, 2019

Les deux France

La France du sacrifice… et l’autre ! (Christain Venneste)

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L’opération de libération des otages enlevés à la frontière du Bénin et du Burkina Faso a pris une dimension évidemment symbolique. Elle a opposé deux France. Il y a celle de la tradition puissante de notre pays, un pays guerrier, où l’honneur et la bravoure guidaient les comportements, où l’accomplissement du devoir s’accompagnait de panache ! C’était la France depuis Bouvines jusqu’à la bataille de la Marne, celle de Leclerc et de de Lattre de Tassigny, celle du Commandant Hélie de Saint-Marc, résistant, déporté, combattant d’Indochine et d’Algérie, puis rebelle par fidélité à la parole donnée aux harkis, celle du 18 Juin qui n’accepte pas la défaite. Et puis, il y a l’autre France, celle des petits comptes et des menus plaisirs, celle où l’on s’offre une vie facile à partir d’une profession paisible et monotone, traversée de voyages qui donnent l’illusion de l’aventure, sans penser le moins du monde à la nation et à son avenir, celle de « l’homo festivus » décrit par Muray. Que la première ait toujours vécu à côté de la seconde en la protégeant, non sans parfois en recevoir mépris et sourires narquois, n’est pas une nouveauté. Simplement, c’est le tableau qui impressionne : deux membres de la première France sont morts pour permettre à deux représentants de la seconde de reprendre leur petite vie. Ils n’ont pas tiré les premiers pour préserver les otages.

Et lorsque nos soldats regagnent la France, ils voient celle-ci telle qu’elle devient : une France qui se décompose en communautés, d’une part grâce à une immigration accueillie les bras ouverts et les yeux fermés, d’autre part, par un repli sur soi narcissique, où disparaît le patriotisme indispensable à la survie d’un pays. Ce patriotisme est la flamme qui animait Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, et qui animera toujours leurs compagnons d’armes. ***********




samedi, mai 11, 2019

De Gaulle 1969. L'autre révolution (A. Teyssier)

Livre passionnant.

Arnaud Teyssier retourne le récit devenu classique des dernières années du gaullisme : De Gaulle, vieilli, fatigué, dépassé, est surpris par Mai 1968 et se suicide politiquement en s'entêtant quasi-sénilement sur la participation et sur la régionalisation.

Au contraire, d'après Teyssier, De Gaulle, visionnaire, aurait pressenti mieux que les autres les ravages de l'individualisme débridé, du capitalisme sans morale et sans frontières et de la technique enivrée de sa toute-puissance.

Mais il n'a pas été capable de traduire ce pressentiment en politique, les institutions de la Vème République étant arrivées trop tard. La France, ce pays politiquement immature, a cherché pendant 170 ans des institutions stables.

170 ans, c'est beaucoup, c'est trop. De Gaulle aurait fait 1958 en 1946, peut-être que dix années décisives auraient été gagnées.

Les arguments de Teyssier, basés sur des témoignages et discours, sont convaincants.

A coté, les adolescents en crise genre Cohn-Bendit (« un nom de machine à laver », Bernard Franck) qui font le jeu du capitalisme consumériste apparaissent pour ce qu'il sont : minables parce qu'immatures (eux aussi) essayant de péter plus haut que leur cul.

Georges Pompidou n'a pas le beau rôle : s'il reste fidèle au gaullisme en apparence, il en trahit l'esprit et on peut même se demander s'il le comprend vraiment. C'est le reproche que lui firent certains fidèles d'entre les fidèles. Il fut si habile en 1968, parce qu'il était allégé d'une vision qu'il l'aurait contraint.

Teyssier ne rechigne pas à quelques piques plus contemporaines.

Cette enflure radicale-socialiste de Chirac, qui a tant souillé le gaullisme, va bientôt crever, mon chagrin sera très modéré et ma joie difficile à cacher. Nous allons avoir droit aux imbécilités sur « Chirac sympa ». Teyssier rappelle que, à la grande indignation de Séguin, il a fait retirer, à la demande du gouvernement canadien, un timbre célébrant « Vive le Québec libre ! » : pas de couilles, pas d'embrouilles. Ce genre de petits faits, justement parce que les enjeux sont faibles et qu'ils sont traités par dessous la jambe, révèle la vérité d'une politique. A qui sait voir, la guerre d'Irak fut non pas le symbole de la politique chiraquienne mais, au contraire, l'arbre rebelle qui cache la forêt de la soumission.

Politique étrangère

En 1969, De Gaulle poursuivit sa politique étrangère, originale au point que beaucoup ne la comprennent toujours pas. Il ne se faisait aucune illusion sur la puissance de la France mais il pensait qu'une politique subtile permettait d'acquérir une place dépassant la seule puissance matérielle (c'est aussi pourquoi le slogan des européistes « l'union fait la force » lui paraissait relever d'une pensée grossière, sans finesse).

Nos gouvernants actuels prônent tous de renoncer à la France pour se fondre dans un magma européiste sur le seul critère matériel (population, PIB, etc). Ils sont tous parfaitement incapables de comprendre la politique gaullienne, qui ne s'en tenait d'ailleurs pas aux discours mais reposait sur des actes bien concrets.

Au passage, De Gaulle favorisait, éventuellement et mollement (car, depuis l'échec du traité de l'Elysée, il se méfiait comme de la peste de toute idée d'union européenne, d'où les voyages lointains, Mexique, Cambodge, Canada, ...) « l'Europe des Etats », et non, comme on dit trop souvent, « l'Europe des nations ».

Citons pour l'anecdote le recrutement d'un conseiller diplomatique : diner avec une douzaine de convives au cours duquel sa culture générale est mise à l'épreuve comme au plus redoutable des concours, puis, l'admissibilité acquise, entretien en tête-à-tête.

Economie

En 1958, De Gaulle a accepté une dévaluation massive (20 %) pour faire passer ses réformes. En 1969, il a refusé la dévaluation, avec un tour pendable : il a fait courir la rumeur d'une dévaluation et a pris tous les spéculateurs à revers. La situation ne justifiait pas la dévaluation, un effort raisonnable suffisait.

Le jeune secrétaire d'Etat au budget Chirac propose une augmentation (refusée par De Gaulle lui-même) des impôts sur les ménages. On ne se refait pas !

Parenthèse contemporaine : ceux qui ne veulent pas sortir de l'Euro et dévaluer pour réformer sont soit des imbéciles (qui croient réellement qu'on peut réformer sans sortir de l'Euro, mais, dans ce cas, ce sont des sadiques méritant une psychothérapie lourde) soit des hypocrites (qui ne veulent pas réellement réformer). En revanche, sortir de l'Euro pour éviter les réformes est une trahison, tout à fait possible.

Les institutions

Le référendum perdu de 1969 portait sur la régionalisation et le sénat. Il a été mal compris parce que, il faut l'avouer, mal présenté. L'idée était trop complexe et trop ambitieuse pour un référendum à la va-vite.

De Gaulle sentait les institutions fragiles et il avait raison puisque les minus et les salauds qui lui ont succédé les ont totalement perverties (Eric Zemmour pique une colère chaque fois qu'on lui dit que la Vème république ne fonctionne plus en répondant que, à force des réformes constitutionnelles, les institutions n'ont plus rien à voir avec ce que voulait De Gaulle et que c'est un mensonge de faire semblant de croire que n'avons pas, de fait, changé de régime depuis 1969).

La régionalisation et la suppression du sénat avait pour but ultime de rendre impossible la re-féodalisationde la France (que fera la décentralisation mitterandienne - Mitterrrand n'est pas un ennemi de De Gaulle pour rien) et d'amoindrir les partis politiques.

C'est très dommage qu'il ait échoué.

Le temps et le tragique

Teyssier se défie de Cétait De Gaulle. Il trouve le De Gaulle de Peyrefitte éloigné de celui que l'on connaît par ailleurs, trop blagueur et trop expansif. C'est à mon sens une erreur d'analyse. De Gaulle jouait pour la postérité avec Peyrefitte, dont il savait qu'il prenait de notes.

Son humour caustique nous est connu, pas besoin de Peyrefitte, et il a sans doute éprouvé la nécessité, non de fendre l'armure, attitude trop nombriliste, trop basse, mais de montrer la politique dans un contexte plus familier, dans toute la complexité de ses différents plans.

Cette digression sur la complexité parce qu'il va être question dans ce chapitre d'un fondement original du gaullisme.

De Gaulle a une conception très « fractale » du temps, à la Taleb et à la Mandelbrot. Le temps humain, le temps de l'histoire, ne s'écoule pas linéairement, il connaît des périodes d'accélération et de périodes de calme. Il y a eu plus de bouleversements entre 1789 et 1815 qu'entre 1815 et 1914. C'est ce qui fait le tragique de l'histoire.

Banalité, me direz vous. Certes, mais banalité qui n'est pas comprise par tous. Surtout, il est extrêmement rare qu'un acteur en tire les conséquences.

Or, De Gaulle excelle à changer de tempo en fonction de cet élasticité du temps. Il peut choisir une rupture fondamentale en quelques jours en 1940 ou se mettre en retrait pendant 12 ans entre 1946 et 1958.

On peut analyser sa dernière année au pouvoir comme une perte de la maitrise du temps. Il avait bien compris que la France se dirigeait vers la décadence mais il n'a pu reprendre le dessus. S'il ressuscitait, il serait sans doute surpris par bien des aspects de l'actuelle tiers-mondisation de la France mais non par l'esprit qui y conduit.

C'est, me semble-t-il, le fondement de son désaccord avec Pompidou. Tout intelligent qu'il était, Pompidou n'a pas subi dans sa vie pépère le tragique de l'histoire. Il fait une place au tragique en théorie, dans ses écrits par exemple, mais, en pratique, il gouverne comme s'il n'existait pas.

Au contraire, De Gaulle vit dans le tragique, il a toujours en tête la catastrophe possible. Il garde toujours en réserve ceci ou cela, tel ou tel, au cas où ... C'est d'ailleurs en grande partie à cause de cette catastrophe possible qu'il rechigne aux abandons de souveraineté. Qui sait si telle souveraineté, abandonnée bien légèrement dans les temps heureux, ne nous manquera pas cruellement à l'heure du péril  ?

Aujourd'hui, par exemple, ceux qui poussent la France à abandonner ses possessions d'outremer savent parfaitement ce qu'ils font, le mal que cela peut être dans le futur. Par exemple, s'il y a une guerre entre la Chine et les Etats-Unis, ne regretterons nous pas la Nouvelle-Calédonie ?

Pour conclure

Teyssier cite Yourcenar :

Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont une civilisation finit par finir. Ce n'est pas par des abus, des vices et des crimes, qui sont de tous les temps. Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir.

Mais nous avons appris à reconnaître ce gigantisme, qui n'est que la contrefaçon malsaine de la croissance, ce gaspillage qui fait croire à l'existence de richesses qu'on n'a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d'en haut, cette atmosphère d'inertie et de panique, d'autoritarisme et d'anarchie, ces réaffirmations pompeuses d'un grand passé au milieu de l'actuelle médiocrité et du présent désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages.

Il y a plus pénible que de se croire à Bamako ou à Alger quand on est à Paris.

C'est de sentir que l'Etat est devenu le pire ennemi de la France, celui qui pousse notre pays à la dissolution, et que nos dirigeants travaillent sans relâche à notre perte.

Aujourd'hui, la Foi seule permet vraiment de croire en la continuation de la France en péril. Il s'avère souvent que la France est supérieure aux Français, que ceux-ci semblent d'une médiocrité irrémédiable et que pourtant celle-ci se relève.

1969 fut une occasion manquée.

vendredi, mai 10, 2019

Morts pour la France




Si des Français sont encore prêts à mourir pour servir, c'est que la France n'est pas tout à fait morte, non ?