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samedi, juillet 06, 2024

Sidney Cotton: The last plane out of Berlin (Jeffrey Watson)

Sidney Cotton illustre parfaitement l'idée (de bon sens, mais que si peu comprennent) qu'il est vain d'attendre des hommes extraordinaires qu'ils agissent comme des gens ordinaires.

Beaucoup de crétins se sont moqué, pendant le délire covidiste, des excentricités de Raoult. Mais, sans ses excentricités, il n'aurait été qu'un petit prof de médecine de merde, qui aurait pensé toute sa vie comme tout le monde et n'aurait jamais rien découvert.

D'Astier de la Vigerie disait avec coquetterie des premiers Résistants : « Nous étions des ratés ».

Australien né en 1894, Sidney Cotton est l'inventeur de la reconnaissance stratégique moderne, homme à femmes, cycliquement riche et sur la paille, il a inspiré en partie Ian Fleming pour James Bond.

Il est aviateur naval pendant la première guerre mondiale, mais c'est ensuite que sa vie prend un tour intéressant.

En 1938, il se fait payer, en tant que civil, un Lockheed Electra (alors la pointe de la technique) conjointement par le Deuxième Bureau et par le MI6.

L'authentique Electra de Cotton 

Il se balade au dessus de l'Allemagne comme homme d'affaires, avec des caméras dernier cri qu'il a installées lui-même, prenant en photos toutes les installations d'intérêt militaire. Son assistante, Pat Martin, est une superbe jeune femme (affectée d'un pied bot, mais parait-il que cela nuisait peu à sa beauté) de 27 ans sa cadette. Inutile de faire le calcul : elle avait 17 ans. Il la libérera ensuite en lui disant d'aller faire sa vie avec un homme de son âge. Elle en gardait un souvenir ému (ça se comprend : faire l'espionne à 17 ans en compagnie d'un homme riche, séduisant et sympathique, une vie de rêve).


Bien sûr, il a fait les premiers voyages à vide, pour laisser aux Allemands le loisir d'inspecter son appareil sous toutes les coutures. Les Allemands ne sont peut-être pas totalement dupes, mais comme ils ont un intérêt politique à faire peur aux Britanniques, ça passe.

Il s'acoquine avec l'entourage de Goering. Comme il ne manque pas de toupet, Cotton emmène des nazis voler en même temps qu'il prend des photos (les appareils sont vraiment bien dissimulés, c'est du travail d'artiste).

En août 1939, Cotton a l'idée saugrenue, qui donne des sueurs froides à ses commanditaires (toute sa vie, il sera un électron libre) de sauver la paix lui-même par l'intermédiaire de Goering. Bien sûr, cela échoue. Mais il a le douteux privilège d'être le dernier pilote étranger à quitter Berlin juste avant le début de la guerre, il a eu chaud aux fesses.

La reconnaissance stratégique

Incorporé dans la Royal Air Force pour des raisons administratives, il est toujours aussi peu militaire.

Il installe son équipe de pirates dans un coin isolé d'un aérodrome civil (Heston).

Il réclame deux Spitfires, à l'époque où ils valent leur poids en or massif. On les lui refuse. Pas grave, il s'arrange avec Supermarine pour aller les chercher à l'usine. Gros bordel administratif et susceptibilités froissées.

Ils les dépouillent de tout leur équipement militaire (blindage, mitrailleuses etc) et les truffent de caméras et de réservoirs. Le RAE (Royal Aircraft Establishment) de Farnborough (la sépulture de Napoléon III est à Farnborough), l'équivalent de notre STAé, lui dit que ça ne marchera jamais, à cause des problèmes de centrage.

Les Spits de Cotton volent plus haut, plus vite et beaucoup plus loin (distance franchissable multipliée par 3) que les Spits ordinaires. Nouvelles susceptibilités froissées.

Il recrute des pilotes un peu particuliers. Le dicton est « Un pilote de grande reconnaissance, c'est un pilote de chasse avec un cerveau », en fait il préfère les pilotes de bombardier, plus posés, plus réfléchis.

Il professionnalise toute la chaine jusqu'à l'interprétation. Il remplace les bonnes vieilles loupes par de l'optique dernier cri.

Il va lui-même présenter ses albums de photos à Churchill, à l'époque premier Lord de l'Amirauté (la Navy aide Cotton pour des questions de rivalités avec la RAF, c'est comme ça que Ian Fleming, officier de marine, a fait sa connaissance). Nouvelles susceptibilités froissées, rengaine connue.

Ah oui, et Cotton se balade dans Londres en respectant très approximativement le code de la route, dans une Hotchkiss rouge, un peu l'équivalent d'une Ferrari. Le truc discret.

Beaucoup de susceptibilités froissées, certes. Mais il est soutenu par quelques pontes, tout simplement à cause de son efficacité. Avec 10 fois moins d'avions que les unités de reconnaissance classiques, il rapporte plus de photos, et meilleures.

Ses Spitfires ont vu la colonne blindée allemande qui traversait les Ardennes.

Un des problèmes de ces reconnaissance à haute altitude est que les vols sont détectables par les trainées de condensation (hello, les crétins qui croient aux chemtrails).

La bureaucratie fait la peau de Cotton

Comment vient à Cotton l'idée, objectivement idiote, d'aller repêcher contre rémunération Marcel Boussac en pleine débâcle de 40 ? Finalement, cela ne s'est pas fait, mais cette histoire a entachée la réputation de Cotton comme si cela s'était fait.

Bien entendu, ses ennemis s'en donnent à cœur joie, mais bon, il a un peu cherché. On lui reproche aussi d'avoir généreusement distribué l'argent de la RAF à des amis. C'est vrai, mais ils avaient des compétences que la RAF n'avait pas. Qu'est-ce qui coûte le plus ? De l'argent jeté par les fenêtres pour un truc qui marche ou entretenir, en comptant chaque shilling conformément aux procédures, une escadrille totalement inefficace ? La réponse des bureaucrates, ces sous-hommes, vous la devinez.

Mais il est vrai qu'il y avait des accusations plus sérieuses : le mélange militaire/civil missions/affaires laisse un goût désagréable, on n'est jamais loin de la concussion. Et puis, il vend des armes américaines pour son propre compte aux Français.

Les Français le détestent. Son côté mythomane nuit à sa crédibilité. Et sa manière de se balader avec une escorte de jolies femmes fait bien peu militaire, et les militaires français sont assez coincés (même si une rumeur, infondée, bien sûr infondée, dit qu'il est allé au bordel avec Vuillemin, le chef d'état-major de l'armée de l'air).

Bref, le proverbial vase et la non moins proverbiale goutte d'eau ...

Il est privé de son unité et restera conseiller technique. Mais les bureaucrates de la RAF ont quand même été assez avisés pour se débarrasser de lui quand son unité était sur les rails. La Bataille d'Angleterre n'est même pas commencée que la carrière de Cotton comme aviateur est finie.

Puis il est emmerdé pour avoir travaillé avec une puissance étrangère ... les Etats-Unis. La bêtise bureaucratique à front de taureau. A l'époque, la politique britannique était de tout faire pour attirer les Américains dans la guerre (on est à quatre mois de Pearl Harbour).

Probablement une dénonciation de la RAF : pour des raisons que j'ai expliquées dans un autre billet, la hiérarchie de la RAF des années 40 était, à quelques brillantes exceptions près qui ont sauvé les meubles, un ramassis de sales cons. La RAF, eu égard aux moyens énormes qui lui étaient alloués, fut plutôt un échec. Les villes allemandes ont été rasées, et alors ? Pour quel impact militaire, économique et politique ? Plus d'officiers aviateurs britanniques sont morts pendant la deuxième guerre mondiale que d'officiers d'infanterie pendant la première guerre mondiale.

On ne sait pas bien ce que Cotton a fait entre 1940 et 1945. Probablement pas grand'chose.

Trafiquant d'armes

Après la deuxième guerre mondiale, il y a : des guerres de décolonisation, des armes et des avions bradés, des pilotes au chômage.

Cotton n'est pas le seul à avoir l'idée d'additionner tout cela. Il gagne des fortunes, qu'il dépense aussitôt en prostituées et en drogue.

Les prostituées, c'est affaire de goût. Mais la drogue à 50 ans, ça fait vraiment minable (à tous les âges, d'ailleurs).

Dans les années 50, alors qu'il aurait pu profiter des quelques millions qu'il lui restait, il s'embarque dans une histoire d'achat de concession de pétrole. Il se fait rouler dans la farine par les Saoudiens (il est bien trop brouillon et impulsif pour l'emporter face à des arabes patients et retors) et sort ruiné de cette aventure.

Une triste fin

Il se remarie en 1951 avec sa secrétaire de trente ans sa cadette (une de ses ex-épouses a fait remarquer qu'il n'aurait pas supporté le choc d'une femme qu'il n'aurait pas dominée). Ils ont deux enfants. La misère après l'affaire saoudienne (qui n'arrête pas les folles dépenses de Sidney) détruit le mariage.

Son épouse, aigrie avec quelque raison, dira toute sa vie qu'un seul mois du temps de leur splendeur leur aurait permis de finir leur vie tranquilles au lieu de quoi Sidney Cotton a fini sa vie en tapant les uns et les autres et n'a laissé que des dettes.

Il meurt en 1969.

Une reconnaissance (!) tardive

Aujourd'hui, Sidney Cotton est considéré comme le père de la reconnaissance stratégique : avions spécialement adaptés, matériel photographique de pointe, notamment la prise de photos déroulante, équipe d'interprétation professionnelle.

Ces éléments existaient plus ou moins dans d'autres forces aériennes, mais jamais systématisés ainsi (Saint-Exupéry était un pilote de « grande reconnaissance », mais c'était le moyen-âge par rapport à ce que faisait Cotton).

C'est avec Cotton qu'ont lieu les reconnaissances systématiques en profondeur, en territoire ennemi.

mardi, juin 25, 2024

Rome, Naples et Florence (Stendhal)

Je n'aime pas Stendhal.

Je suis une brute : pour moi, égotisme rime trop facilement avec nombrilisme et cela m'ennuie terriblement, à m'en décrocher la mâchoire à force de bâillements. J'apprécie les natures plus vigoureuses. J'ai bien du mal à comprendre comment un homme aussi énergique que Jean Prévost a pu s'éprendre de ce mollasson de Stendhal.

J'ai pourtant lu sans déplaisir la Chartreuse, mais je ne suis pas allé au bout (Stendhal non plus, d'ailleurs).

Cependant (banalité) quel styliste !

« Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. »

J'ai attaqué Rome, Naples et Florence en me disant que nous avions au moins l'Italie en commun. Raté ! L'ouvrage m'est tombé des mains.

Bref, Stendhal, c'était mon dernier essai.

jeudi, septembre 15, 2022

L'internationale nazie (A Bilheran)

 Cet opuscule complète The psychology of totaliarianism, de Mattias Desmet, dont le principal défaut est de ne faire aucune place à la perversité des dirigeants et à la fabrique du consentement. Ariane Bilheran reprend l’intuition de Jacques Ellul en août 1945. 

Hitler a perdu la guerre militaire mais a gagné la guerre politique, il a imposé subrepticement sa vision de l’homme comme moyen et non comme fin.

On sait bien que les anciens nazis ont peuplé les organismes internationaux : CEE, OTAN, ONU … Et que des descendants d'anciens nazis les peuplent toujours.

La question est : quelle part de l’idéologie nazie ont-ils apporté dans ces organismes ?

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont combattu le nazisme (1) au nom de leur libéralisme. Le feraient-ils encore aujourd'hui ? J’ai un gros doute.

Depuis 2012, la Russie dépose tous les ans à l'ONU une motion condamnant la glorification du nazisme. Les USA et l'Ukraine, les autres pays occidentaux s'abstiennent.

Ariane Bilheran, inspirée par un passage d'Hannah Arendt (je suis toujours méfiant vis-à-vis d'Hannah Arendt : je n'oublie jamais qu'elle a été l'élève, la maitresse et la passeuse d'idées d'un nazi pur sucre), écrit que les nazis ont délibérément sacrifié l'Allemagne pour pouvoir se disperser dans le monde entier.

C'est leur attribuer des capacités de sang-froid et d'anticipation surhumaines, c'est du roman. Cela lui fait écrire de grosses bêtises (Martin Bormann a survécu, le sigle de l'OTAN est inspiré par un sigle SS, ...).

La vérité est plus prosaïque (rasoir d'Ockham) : dans la panique générale de 1945, les nazis ont pu improviser et sauver de petits bouts parce qu'ils avaient à leur service l'organisation de l'Etat allemand.

Ariane Bilheran passe donc complètement à côté du sujet à mon avis, qui est celui des accointances des idées nazies avec la modernité, qui leur ont permis de survivre aisément à travers quelques personnes bien placées, nazis très mollement repentis ou leurs descendants, justement sans avoir besoin de complot machiavélique.

Elle aurait pu développer sur Henry Ford et Charles Lindbergh, à la fois parangons de modernité et authentiques nazis. Ou IBM. Ou encore sur les affinités entre la pulsion anti-humaine des écolos et le nazisme. Ou sur la persistance de la haine du catholicisme.

Elle parle de Bill Gates, dont le père était copain comme cochon avec Margaret Sanger, fondatrice du Planning Familial, eugéniste folle, qui a eu des rapports très ambigus avec le nazisme. Elle parle de George Soros, jeune juif qui a participé à l'extermination d'autres juifs. Mais c'est insuffisant.

Bref, c'est la première fois que je trouve qu'Ariane Bilheran manque de finesse. Elle est influencée par sa vie en Amérique du Sud, où on croit à ses théories, dommage.

Ceci étant dit, oui, le nazisme est plus vivant que jamais : le soutien fanatique des gouvernements occidentaux aux Ukrainiens quelque peu nazis en témoigne tous les jours. Sans compter l'implémentation toujours plus avancée des idées nazies dans notre quotidien (eugénisme, euthanasie, transhumanisme, biologisme, société de contrôle, technocratie, haine du catholicisme, judéophobie, islamophilie, etc.).


********************* 
(1) : Une légende m’agace : les Anglo-Saxons auraient attendu la victoire de Stalingrad pour s’engager franchement contre le nazisme et aux côtés de l’URSS. C’est tout simplement faux.

Je rappelle quelques faits :

1) Les Britanniques décident de continuer la guerre sans les Français (ou plutôt, de ne pas rechercher la paix avec Hitler) la dernière semaine de mai 1940 (Five days in London, de John Lukacs).

2) Juillet 1940, après Mers-El Kébir, avant sa réélection en septembre, Roosevelt reprend sa correspondance secrète avec Churchill.

3) Mars 1941 : la loi prêt-bail bénéficie aux Britanniques.

4) 22 juin 1941, le discours de Churchill de soutien à l’URSS est sans ambiguïtés . Le premier convoi de matériel arrive à Mourmansk en juillet 1941.

Je n’ignore pas que :

1) Les USA sont entrés en guerre au bout de deux ans et demi et ont asséché l’or de la Grande-Bretagne. 

2) Le débarquement en France a été retardé (à juste raison, à mon avis) et que cela a laissé le temps aux Soviétiques de saigner les Allemands.

3) Plus anecdotique mais révélateur pour aujourd’hui. La Banque des Règlements Internationaux (la BRI) a maintenu en Suisse le contact entre Américains et Allemands, au point que le sénat américain a demandé sa dissolution en 1945. Les défenseurs de la BRI ont répondu « D’accord, mais il y a plus urgent, plus prioritaire » et la BRI existe toujours en 2022.

Bref, l’Amérique et la Grande-Bretagne ont bien lutté sincèrement contre le nazisme (même s’il y a eu d’autres courants dans les cercles de pouvoir, ils n’ont pas prévalu).

lundi, août 29, 2022

The power of habit (Charles Duhigg)

 Le motif de cette lecture est une discussion sur les régimes amaigrissants.

J'avais prétendu que la clé était dans la tête (jusque là, peu de contestation) et que n'importe qui pouvait s'auto-persuader de n'importe quoi et donc adopter n'importe quel régime (et là, on m'avait pris pour un con - je ne dirais pas qui était « on »).

Hé bien, c'est à peu près ce que raconte ce livre. Mais pas à n'importe quelles conditions. Et pas vraiment n'importe qui.

Lisa Allen est obèse, fumeuse, surendettée, au chômage et en instance de divorce. Trois ans plus tard, elle a arrêté de fumer, perdu 30 kg, repris ses études, elle court des marathons et elle est en couple. Son cas passionne les spécialistes des habitudes et des addictions (qui ne sont que des super-habitudes).

Allez, une photo :

Les habitudes sont une façon pour notre cerveau d'économiser des ressources. Elles sont ancrés dans les parties les plus profondes du cerveau (la glande basale) alors que la pensée complexe est dans les couches superficielles.

Les habitudes peuvent être positives ou négatives.

Les habitudes ont toujours trois phases :

1) L'indice, ou déclencheur. Ca peut être n'importe quoi : le réveil qui sonne, le soleil qui se lève, un mot, une odeur, une image, un sentiment etc.

2) L'exécution de l'habitude.

3) La récompense : savourer son petit-déjeuner, arriver sain et sauf au travail, etc.

La première utilisation consciente de ce tryptique par les publicitaires, c'est Pepsodent :

1) L'indice déclencheur : le film désagréable qu'on a sur les dents si on ne se les lave pas. La publicité incitait à se passer la langue sur les dents.

2) L'exécution : se brosser les dents avec Pepsodent.

3) La récompense : un sourire de star (et non pas des dents sans carie ou autre argument).

Créer une habitude étant le jackpot des publicitaires, ils essaient beaucoup de nous influencer avec ce tryptique. Regardez les publicités et essayez de détecter l'indice déclencheur et la récompense (l'exécution est évidente, c'est l'utilisation de leur produit). La récompense est en général assez facile à trouver, l'indice pas toujours.

C'est pour cela que Mac Donald's fait de gros efforts pour que ses restaurants soient identiques partout dans le monde. Pour que l'indice-déclencheur (passer devant le Mac Do) soit identique partout, au maximum de son efficacité. Même le langage de ses serveurs est standardisé à dessein.

Pour Mac Donald's, ses clients sont des chiens de Pavlov à peine plus perfectionnés. Et ça fonctionne du tonnerre : d'après les enquêtes, les clients de Mac Do déclarent deux fois moins d'envie que de nombre de fois où ils y vont. Autrement dit, la moitié du temps, ils y vont par habitude plus que par envie.

C'est à cause de ce mécanisme ternaire des habitudes (indice-exécution-récompense) que les méthodes progressives pour changer d'habitude (arrêter de fumer, par exemple) ne fonctionnent pas : l'indice et la récompense sont entretenus, même si c'est à un niveau plus bas, prêts à être réactivés plus fort à la moindre occasion. Tous ceux que je connais qui ont arrêté de fumer l'ont fait d'un coup.

Comme je dis toujours, si vous croyez que les milliards dépensés pour nous manipuler sont perdus, vous n'avez pas bien compris le monde dans lequel vous vivez. Autre manière de le dire : « Moi, je fais gaffe, la manipulation, ça ne marche pas sur moi » est juste une déclaration publique de stupidité. Chacun est vulnérable à la manipulation à un certain degré.

La quatrième phase de l'habitude

Il y a une quatrième phase à l'habitude : la sensation de satisfaction.

On a donc : indice déclencheur-exécution-récompense-sensation de satisfaction.

La sensation de satisfaction est ce qui boucle l'habitude, la rend répétitive. Vous n'êtes plus passif face à l'indice déclencheur, vous le recherchez. C'est le fumeur qui s'invente des prétextes pour faire une pause cigarette.

Et cela explique le succès de Pepsodent : en plus du tryptique initial indice-exécution-récompense, une petite sensation de piquant (pas particulièrement agréable) a été ajoutée. Elle n'a aucun effet sur la propreté des dents, mais elle ponctue le brossage des dents, elle est le point final, le « c'est fini, tu peux te laisser aller à la sensation de satisfaction ». 

Mieux (ou pire ?) : quand une habitude est établie, le cerveau anticipe la sensation de satisfaction. Indice-anticipation de satisfaction-exécution-récompense.

Que se passe-t-il quand, après l'indice et l'anticipation de satisfaction, l'exécution de l'habitude n'a pas lieu, pour une raison ou pour pour une autre ? Une frustration focalise le cerveau sur l'accomplissement de l'habitude, reléguant au second plan toute autre considération.

C'est typiquement le « bip » (indice déclencheur) de la messagerie : si vous êtes en réunion, vous êtes mal à l'aise tant que vous n'avez pas lu le message (qui, dans 99, 9 % des cas pouvait attendre la fin de la réunion et vous le saviez), alors vous le lisez en douce sous la table. Le « bip » a activé une habitude et vous êtes en suspens tant que vous n'avez pas acquittée cette tache (comme on dit en automatisme). D'où l'importance d'éteindre son téléphone en réunion : pas de « bip » attendu, pas de frustration, pas de déconcentration. Et pas d'impolitesse.

Procter & Gamble a des milliers d'heures d'enregistrement de gens en train de faire le ménage,  analysés par des psys, des ergonomes etc. Ils savent mieux que vous (vous, parce que moi, le ménage ...) pourquoi vous procédez comme vous procédez.

Par exemple, ils ont compris que la petite tape pour remettre les oreillers en place à la fin du ménage était le signal pour le cerveau « Le ménage est fini ». Ils sont alors réussi à vendre un de leurs produits comme cette ponctuation de la fin du ménage, le truc qu'on passe à la fin du ménage et qui signale « C'est fini » et que, si on ne le fait pas, il manque quelque chose, frustration (alors que le produit ne sert en réalité pas à grand'chose, c'est ça qui est génial).

Vous créer une nouvelle habitude

Ca, c'est super facile. Vous vous inventez un indice déclencheur et une récompense et vous vous y tenez le temps que l'habitude s'installe.

Vous voulez faire du jogging tous les matins ? Vous sautez dans vos chaussures quand le réveil sonne et vous ne déjeunez (récompense) qu'après.

Changer une habitude

Là, c'est plus difficile.

Le jeu, c'est de garder l'indice et la récompense mais de changer l'exécution entre les deux.

Exemple : à la pause cigarette, boire un café plutôt que de fumer.

Les Alcooliques Anonymes ont longtemps été critiqués par les médecins-qui-savent-tout (je ne vous fais pas un dessin, l'espèce prolifère comme le chiendent) et, ô surprise, depuis quelques années, on s'aperçoit que leur méthodologie élaborée à l'intuition est cohérente avec les dernières découvertes.

Le truc des AA est de substituer à l'alcool une spiritualité de pacotille. Dans le parcours, on fait recenser aux alcooliques les indices et les récompenses (pas sous ce nom, mais c'est bien ce qui se passe) et on substitue les rituels sociaux de cette spiritualité avec des récompenses proches de celles de l'alcool (consolation, abstraction des soucis, etc.).

La méthodologie de changement d'habitude : recenser consciemment les indices déclencheurs (ce n'est pas toujours évident : qu'est-ce qui déclenche votre envie d'aller dans le frigo prendre un chocolat ?), substituer une action (se gratter au lieu de se ronger les ongles) et travailler sur les récompenses.

Une étude sur les obèses qui ont perdu 30 kg ou plus montre qu'ils sont particulièrement efficaces pour se projeter dans la récompense qu'ils s'imaginent à la fin du régime, au point d'en faire une obsession.

Dieu et le groupe

Mais il y a besoin d'un étage supplémentaire pour changer d'habitude : y croire et être soutenu.

Les scientifiques se sont aperçus que le truc qu'ils décriaient si fort, la spiritualité de pacotille, était en réalité indispensable à la réussite de l'entreprise. Cela décharge l'alcoolique de sa responsabilité, le déculpabilise (« Si Dieu a voulu que je sois alcoolique, il peut aussi m'aider à ne plus l'être »). Bref, les AA ont redécouvert le proverbe « Aide toi et le Ciel t'aidera ».

Jung, excellent thérapeute, disait qu'il y a au cœur des alcooliques un vide existentiel.

Ensuite, le soutien d'un groupe (famille, amis anciens fumeurs, etc). Ca fonctionne en miroir : se préoccuper des autres plutôt que de soi fait sortir du nombrilisme de l'addiction.

Digression : les fidèles lecteurs d'Ariane Bilheran sont en terrain familier, puisqu'elle explique que le délire totalitaire covidiste est rendu possible par l'existence d'une population sans transcendance et désocialisée. A cette aune, pas étonnant que les « cathos » soient les plus covidisés : ce sont les plus paumés dans leurs croyances. (ils ont perdu la Foi mais, contrairement au reste de la population, ils en ressentent un malaise), ça fait peine à voir. Comme par hasard, les « tradis » résistent beaucoup mieux au délire covidiste.

En résumé, on ne tue pas une habitude, on lui substitue une autre habitude, en travaillant à deux niveaux :

1) En manipulant le tryptique : indice-action-récompense.

2) En y croyant, en jouant sur la transcendance et sur l'appui social.

Changer les habitudes des organisations

Quand Paul O’Neill est nommé PDG d’Alcoa (Aluminum company of America) en 1987, la société va très mal. Il met la sécurité en priorité obsessionnelle, au point d’indiquer les issues de secours aux journalistes lors de sa première conférence de presse. Les investisseurs fuient en courant et les salariés sont sceptiques.

L’idée est géniale.

Les salariés commencent à le prendre au sérieux quand ce PDG de 130 000 personnes passe trois jours de son temps pour mener lui-même l’enquête d’un accident mortel.

Dans les années 90, Alcoa est une des toutes premières entreprises où chaque employé est équipé d’une messagerie électronique, d’abord pour communiquer les incidents de sécurité, mais ensuite elle sert à plein d’autres choses.

Comme la procédure exige que tout incident grave partout dans le monde soit communiqué au PDG en moins de 24 h, la chaîne hiérarchique est réformée.

Et ainsi de suite. Alcoa devient très prospère.

Pourquoi ça fonctionne ? Parce que le problème est réel, important et consensuel.

Si vous devenez obsédé de la sécurité dans un travail de bureau où ce n’est pas un vrai problème, vous paralysez la société par excès de précaution.

Si O’Neill avait parlé de Return On Investment et autres fadaises de financiers, il serait retombé dans les situations conflictuelles habituelles et rien n’aurait avancé.

C’est à chaque chef de trouver le levier réel, important et consensuel pour réformer son organisation (non, ce n’est pas « faire plus de profits »). La plupart en sont complètement incapables.

Big Data

Au fait, à quoi servent les cartes de fidélité ? Pas à vous fidéliser mais à vous identifier à chaque achat pour que la grande machine puisse tracer vos habitudes et les exploiter à son profit. Exemple basique : si vous achetez souvent des céréales sans jamais acheter de lait, c’est que vous en achetez ailleurs et l’ordinateur vous enverra des promotions sur le lait pour que vous achetiez chez eux.

Big Data des supermarchés sait détecter les femmes enceintes, deviner approximativement leur date d’accouchement et leur faire des offres ciblées (et aussi des offres sur les tondeuses pour ne pas leur donner l’impression d’avoir été espionnées).

Si vous divorcez, votre supermarché le devinera. Et ainsi du reste. Votre vie n’a guère de secrets pour lui.

(Tout cela est probabiliste, mais ça marche dans 90 % des cas : un père se plaint que sa fille reçoive des publicités pour femme enceinte. Elle était enceinte et lui ne le savait pas, mais l'ordinateur du supermarché le savait.)

La volonté et les habitudes

La réussite de Starbucks est de doter ses employés d’une volonté de fer.

En effet, pour vendre à un prix indécent un café de merde, il faut que les employés ne perdent jamais leur sang-froid face aux clients capricieux.

La volonté est un muscle : quelquefois elle se fatigue, ce jour-là vous ne faites pas votre jogging, mais aussi elle s’exerce.

Ainsi, ceux qui se disciplinent dans un domaine deviennent plus disciplinés dans les autres domaines. C’est une  technique pour arrêter de fumer : apprendre à se discipliner ailleurs (faire du sport, des économies, de la broderie etc.).

Il y a des athlètes de haut niveau de la volonté pour qui elle est une habitude.

C’est ce que Starbucks inculque à ses employés par des techniques proches de celles de la formation des pilotes : simulation et répétition.

Le rôle d’un manager Starbucks est de travailler « les cas de panne » : un client arrive en hurlant, que fait-on ? Un client se brûle ? La cafetière explose ? Une erreur de caisse ?

Comme pour les pilotes, la maîtrise et le sang-froid deviennent des habitudes.

C'est pourquoi il faut faire faire du piano ou du cheval aux enfants. Pas pour qu'ils deviennent bons pianistes ou bons cavaliers, mais qu'ils acquièrent l'habitude de la discipline personnelle. Le contraire des jeux videos.

Un mien commentaire : l’éducation permissive actuelle est aux antipodes de cette formation au sang-froid, c’est un billet pour l’hystérie et pour l’échec, c’est une forme de maltraitance.

La force des liens faibles

Les gens que vous ne connaissez pas ne vous apportent aucune information.

Les gens que vous connaissez trop bien ont les mêmes informations que vous, les mêmes cercles.

Ceux qui vous apportent des informations sont ceux avec qui vous avez des liens faibles : votre concierge, une connaissance du club de danse, un parent d'élève de la classe de votre fils ... parce qu'ils ont d'autres cercles, d'autres informations.

Cela été été prouvé dans les recherches d'emploi.

Mais en d'autres circonstances aussi.

Pourquoi l'arrestation de Rosa Parks a-t-elle déclenché un boycott des bus ségrégationnistes ? Parce que c'était une couturière à domicile investie dans la vie associative : elle avait beaucoup de liens faibles, professionnels et non-professionnels.

Mais comment créer des habitudes à partir de liens faibles ? Par le conformisme, par la pression des pairs. 

Les gauchistes excellent à ce jeu car la haine viscérale de la pensée autonome est leur psyché profonde.

Je n'hésite pas à dire ce que je pense des lubies covidistes ou des foutaises réchauffistes à mes amis ou à des inconnus, je le tais à ma boulangère ou à ma concierge.

Parce qu'avec mes amis, je peux discuter ; avec les inconnus, je me fous de ce qu'ils pensent de moi. Avec ma boulangère, je suis entre les deux : je ne peux pas discuter vraiment et je ne me fous pas complètement de ce qu'elle pense de moi, donc la position par défaut, c'est de faire comme tout le monde.

Dans le cas de Rosa Parks, c'est un journal suprémaciste blanc qui a créé le conformisme des noirs ! En effet, en voulant semer la panique chez les blancs, il a affirmé que tous les noirs suivaient  le boycott .. donc tous les noirs ont suivi le boycott, personne ne voulant être  vis-à-vis de son voisin le mouton .. noir.

Le libre arbitre

C’est plus ou moins difficile de changer ses habitudes mais le libre arbitre existe. Nul ne peut se dire complètement victime de ses habitudes.

Un alcoolique, un fumeur ou un obèse peuvent changer leurs habitudes.

Mon commentaire

Ce livre me gêne, parce que tout cela est bel et bon, mais ça n'explique pas les gens que je connais qui ont arrêté de fumer du jour au lendemain, ni même Lisa Allen.

Duhigg évoque Lisa Allen en introduction et, pfui, elle disparait. Ce n'est pas un hasard : Duhigg passe sous silence le mystère du déclic. Pourquoi certains ont le déclic et d'autres pas ?

Ca aurait été la partie la plus intéressante du livre. Elle manque.

 


vendredi, juillet 29, 2022

Tintin & l'histoire (Bob Garcia)

Lecture de vacances.

Cet ouvrage recense toutes les allusions historiques dans les albums de Tintin. On voit qu'Hergé se documentait minutieusement.

Un peu déçu : par exemple, l'auteur ne signale pas que Laszlo Carreidas ressemble comme deux gouttes d'eau à Marcel Dassault.

Je ne pensais pas qu'Hergé avait été si marqué par la guerre (deux ans d'indignité nationale).

mercredi, mai 12, 2021

Bruckberger, l'enfant terrible (B. et B. Chovelon)

 Léopold (Raymond, en religion) Bruckberger est né en 1907.

Après une enfance difficile en Auvergne (père autrichien en fuite, mère très dure), il est ordonné prêtre dominicain en 1936.

Sergent mitrailleur dans le corps franc de Joseph Darnand en 1940 (les religieux, comme le frère Guérin à l'aile gauche française à Bouvines, ne faisaient pas semblant de partir à la guerre), il lui dit en novembre, après une soirée de discussion houleuse : « Vous prenez une voie (la collaboration) qui vous mènera au peloton d'exécution. Et je serai assez con pour venir vous défendre ».

En 1941, il appelle à la Résistance, la sanction de l'évêque de Nice le scandalise. Il écrit : « Les évêques n'ont pas tous les jours une Jeanne d'Arc à bruler. Monseigneur l'évêque de Nice fait ce qu'il peut  ».

Résistant, il finit par être emprisonné cinq mois (il n'apprendra que des années après la mort de Darnand que c'est grâce à lui qu'il a été libéré au lieu d'être fusillé). Evidemment, dès sa libération, il prend le maquis (dans le Vivarais).

Bruck rejoint Paris à l'été 44. Avec les services publics en grève, les morts ne sont plus enterrés. Notre bouillant dominicain va voir Parodi, le délégué de de Gaulle qui lui répond :  « Faites comme vous voulez. Je couvre toutes vos décisions. Les morts doivent être enterrés ». On est à des lieues de ce connard robotisé d'Edouard Philippe qui interdit les funérailles à cause d'un gros rhume (vivement que notre civilisation inhumaine meurt. Même les hommes des cavernes enterraient leurs morts).

Il accueille de Gaulle à Notre Dame, le 26 août 1944, pendant que ça tiraille encore sur les toits, après avoir expliqué au cardinal Suhard que ses fraîches complaisances pétainistes devaient le pousser à la discrétion (« Le Magnificat s'élève. En fut-il de plus ardent ? » Mémoires de Guerre)

Après guerre, il harcèle de Gaulle de demandes en grâce pour des collabos. Il assiste plusieurs condamnés à mort, dont Darnand. C'est très mal pris par certains extrémistes de l'épuration et l'ordre domincain se désolidarise lâchement de Bruckberger, au comportement pourtant très chrétien. Evidemment, il le prend mal. L'incompréhension s'installe, qui ne fera qu'empirer.

Il est connu de tout Saint-Germain des Près.

Il participe à l'adaptation de plusieurs films.

Il est mis en marge de son ordre (mais non exclu) parce qu'il vit avec sa maitresse. 

Pour lui donner l'occasion de se calmer, son ordre nomme « Bruck » aumônier de la Légion au fin fond du Sahara.

Au retour, après un passage de quelques années par les Etats-Unis, à l'écart du tumulte, il s'installe en France et, parce qu'il faut bien gagner sa croute, il fait le journaliste. Profession qui manque de discrétion.

C'est un violent adversaire de l'esprit moderniste dans l'Eglise (avec soixante ans de recul, on sait qu'il avait raison : les églises sont vides, et la moitié des rares qui continuent à aller régulièrement à la messe ont une foi bricolée tout à fait hérétique (1)).

Il dénonce les communistes mais aussi (ce qui est assez bien vu, avec le recul) les chrétiens dits sociaux (de sociaux, ils sont devenus socialistes, puis plus chrétiens du tout. L'état pitoyable, grotesque, de Témoignage Chrétien et des prétendus chrétiens de gauche est à pleurer. Les Mignard, la Croix et compagnie sont des naufrages intellectuels et spirituels).

Toujours la même histoire. Il vaut mieux un religieux aux moeurs douteuses et à la doctrine droite que l'inverse. Peu importe que Jorge Bergoglio soit chaste et économe, c'est un hérétique. On oubliera les moeurs de Bergoglio ; en revanche, le mal qu'il aura fait au dogme fera sentir longtemps ses conséquences néfastes.

Bien sûr, Bruck n'a jamais remis en cause le célibat des prêtres. Ceux qui prétendent que les problèmes de l'Eglise seraient résolus par le mariage des prêtres et l'ordination des femmes sont soit des imbéciles qui répètent un discours à la mode sans en comprendre les fondements anti-catholiques, soit (c'est plus grave s'ils sont dans l'institution) visent consciemment à détruire l'Eglise. D'ailleurs, les pasteurs protestants peuvent se marier et être des femmes, je ne sache pas que leurs temples soient plus pleins que nos églises.

Puis, Bruck déménage en Suisse avec sa nouvelle maitresse, il n'a pas dit la messe depuis des années mais il n'a pas perdu la foi, il est très tourmenté. A bout de ressources (ses livres anti-concile se vendent mal, il n'est pas à la mode), il est sauvé par une coalition de bienveillance des habitants du coin, qui s'organisent pour qu'il ne les quitte pas.

Il finit par se séparer de sa maitresse et par rejoindre une maison de retraite de l'ordre où il décédera à 91 ans.

On chercherait en vain des personnalités aussi truculentes et aussi profondément croyantes chez les tristes petits fonctionnaires du culte qui constituent la majorité (mais pas la totalité) du clergé de 2021. Il faut dire que la majorité a complètement perdu la foi au sens qu'on pouvait encore donner à ce mot en 1950 (le covidisme est un terrible révélateur de ces défaillances spirituelles mais aussi de quelques heureuses exceptions).

L'Eglise sera sauvée par les Bruckberger.

*****************

(1) : je me base sur les sondages à propos de la croyance en la présence réelle, en la résurrection du Christ, en la résurrection de la chair et en la vie éternelle. C'est un désastre.

mercredi, avril 28, 2021

La liberté guidait nos pas (J. Baumel)

 Jacques Baumel était un baron du gaullisme, maire de Rueil-Malmaison pendant 30 ans.

Mais, avant cela, jeune interne en médecine (il est né en 1918), il a été le secrétaire général des MUR (Mouvements Unis de Résistance) chargé de la sécurité.

Comme son ami Bingen, il décrit le grand bonheur d'être Résistant.

Il raconte cette scène digne d'un film, où Bingen (délégué pour la zone nord, il avalera sa pilule de cyanure dans les locaux de la Gestapo de Chamallières), Serreulles (successeur de Jean Moulin) et lui se rendent à un meeting de la Milice au Vel d'Hiv par curiosité, pour entendre ce qui s'y dit. Le torrent d'insultes déversé sur les gaullistes les met en joie.

Baumel est persuadé que, s'il avait été responsable de la sécurité de la réunion de Caluire, Moulin n'aurait pas été arrêté si facilement (et moi, je suis persuadé que certains ont été bien contents de se débarrasser de cette personnalité trop forte). Il peste contre la négligence de beaucoup de Résistants, l'absence trop fréquente de précautions élémentaires.

C'est Baumel qui eut à gérer les conséquences de la trahison de Multon (celui-ci a sans doute joué un rôle dans l'arrestation de Moulin, mais, comme le traitre a été fusillé à la va-vite, la question ne lui a pas été posée).

Il est sans pitié pour les fonctionnaires français qui ont participé à la Rafle du Vel d'Hiv (on ne peut pas l'accuser de juger de son fauteuil), il est particulièrement choqué par la rafle des enfants. Ces fonctionnaires auraient au moins pu s'abstenir. Quant au régime de Vichy et à ses hauts fonctionnaires qui ont légitimé la lâcheté de ces petits fonctionnaires, il n'a pas de mots assez durs. René Bousquet, le grand ami de Mitterrand, est traité pour ce qu'il est, un ignoble salaud.

Par contre, Baumel explique que les Résistants ont compris assez tard que les juifs n'étaient pas seulement maltraités en Allemagne mais exterminés.

La querelle Moulin-Brossolette

Jean Moulin et Pierre Brossolette ont beaucoup en commun : quadragénaires, socialistes, fortes personnalités, le coup de foudre pour de Gaulle.

Pourtant, leur querelle inexpiable trace le destin de la France jusqu'en 1958.

Jacques Baumel a eu la chance de recueillir les versions des deux acteurs.

De Gaulle a ordonné à Moulin de réveiller les vieux partis pour assoir sa légitimité face à cet abruti de Giraud, la marionnette des Américains. Brossolette veut se débarrasser des vieux partis, dans une optique qui annonce la Vème République.

Brossolette, aidé par Passy (le chef des services secrets de la France Libre) qui, bien qu'étant en théorie son chef, se montre faible, savonne la planche de Moulin auprès des mouvements de la zone nord.

Leur rencontre, d'une violence inouïe, est entrée dans l'histoire de France. Dans un immeuble plein d'officiers allemands, les deux hommes, qui vont mourir en martyrs à quelques mois d'intervalle (la Gestapo laisse Brossolette agoniser des heures sans soins. Expliquez moi qu'il faut être copains avec les Allemands), se hurlent dessus, s'invectivent. Moulin explique à Brossolette, en termes cassants, pour ne pas dire insultants, que son devoir est d'obéir,  pas de faire son petit caprice politique dans son coin. Il engueule Passy, lui donnant au une leçon de commandement : « Vous étiez son chef, vous deviez le faire obéir ».

Moulin, tout de même secoué, confie en sortant à Daniel Cordier : « Vous êtes un idéaliste, vous ne connaissez pas la politique : ces gens là ne respectent que la force ».

Bien sûr, c'est Moulin qui gagne. Il a légitimité d'un ordre direct de de Gaulle, il a l'argent et il a la meilleure analyse : la suite des événements prouve que les Français ne sont pas mûrs pour un changement de régime et que les mouvements de Résistance n'ont aucune consistance politique.

Portraits

Baumel dessine le portrait des Résistants qu'il a pu connaître en tant que secrétaire général des MUR : d'Astier, Frenay, Serreulles, Bertie Albrecht, Lucie Aubrac, Rémy, Bénouville, Renouvin, Delestraint ...

Au dessus de tous, par la lumineuse personnalité : Jacques Bingen. Beau-frère d'André Citroën, riche, centralien, mondain, il pouvait passer une Occupation paisible. Il est allé à Londres, où son talent lui vaut une place importante.

Pourquoi a-t-il demandé à être parachuté en France ? Le courage, le patriotisme, le besoin de payer de sa personne (Saint-Exupéry : « Je ne crois que les témoins qui se font égorger »). Ceux qui l'ont rencontré à cette époque le décrivent comme rayonnant. Dans une lettre à sa mère, il explique que filet se resserre autour de lui, qu'il y a peu de chances qu'il survive mais qu'il n'a jamais été aussi heureux.

Manquant son évasion de peu (Baumel pense que la Française qui l'a dénoncé dans sa fuite le prenait pour un voleur), il avale sa pilule de cyanure. Serreulles, décédé en 2000, ne s'est jamais totalement remis de la perte de son ami.

Bien sûr, il y a aussi la personnalité exceptionnelle de Jean Moulin, sa supériorité est manifeste : il suffit de comparer avec Emile Bollaert, lui aussi préfet, qui fut incapable, avec toute sa bonne volonté, de combiner les exigences de la politique, de l'administration et de la clandestinité. Ou Serreulles, grand bourgeois complexé par les communistes, qui se montre beaucoup trop complaisant avec leur noyautage. Ou Bidault (« un pion qui se comporte comme un pion »), qui se croyait l'égal de de Gaulle (!!!) et ne cessait d'essayer de le contrecarrer en douce.

Moulin, lui, en deux heures de conversation en tête-à-tête avec de Gaulle a tout compris.

En revanche, portrait aigre-doux d'Albert Camus, certes Résistant, mais beaucoup plus préoccupé par ses conquêtes féminines.

Pareil pour Malraux : timide Résistant, mais mythomane audacieux, il a beaucoup gonflé ses états de services. En revanche, il n'a pas volé sa médaille de Compagnon de la Libération : à la tête de la brigade Alsace-Lorraine à partir de septembre 1944, il a montré dans les Vosges en Alsace un courage qui est reconnu par les témoins.

Il parle aussi de Cavailles, le mathématicien, deux fois évadé, fusillé en avril 44, à la stature intellectuelle impressionnante (ses oeuvres ont inspiré les titres abscons des livres que lit Lino Ventura dans L'armée des ombres, comme Transfini et continu) et Michelet, le saint de Dachau, peut-être le seul ministre honnête du XXème siècle.

Le drame de Caluire

Le 21 juin 1943, Jean Moulin est arrêté dans la banlieue de Lyon, à Caluire, dans la maison du docteur Dugoujon.

Le mauvais destin s'en est mêlé : Moulin est en retard, la Gestapo aussi. Si Moulin avait été à l'heure, la réunion aurait été terminée à l'arrivée de la Gestapo. Si la Gestapo était arrivée à l'heure, Moulin aurait vu les Tractions en arrivant en retard.

Pour Baumel, il n'y a pas de mystère sur l'essentiel.

Si certains ont pu considérer qu'il y en avait un, c'est que René Hardy a eu après la guerre de bons avocats et l'appui du parti communiste, lors de ces deux procès ,et que les documents sont partiels.

Bénouville, adjoint de Frenay, est un intrigant (comme par hasard, un ami de Mitterrand) et déteste Moulin. Pour appuyer Aubry, le représentant de Combat à cette réunion fatale, il invite René Hardy sans prévenir Moulin, ce qui est contraire à toutes les règles de sécurité.

Or, il sait que Hardy a été arrêté deux semaines auparavant et que son évasion est plus que suspecte.

En effet, Hardy (responsable du plan de sabotage des voies verrées qui dépasse de beaucoup ses capacités) s'est pris d'un amour de collégien pour Lydie Bastien, qu'il emmène à tous ses rendez-vous (là encore, à faire se dresser les cheveux sur la tête d'un responsable de la sécurité). Celle-ci n'inspire aucune confiance (après guerre, elle avouera avoir fréquenté ce nigaud d'Hardy pour complaire à son amant allemand - quand je vous dis qu'il n'y a guère de mystère).

Le minimum pour Bénouville aurait été de lui ordonner de se mettre au vert, certainement pas de lui faire tenir le rôle d'invité surprise dans une réunion avec le grand chef.

Bénouville (qui fera une belle carrière comme homme d'influence de Dassault) et Aubry ont été d'une négligence coupable, voire bien pire. Moulin n'a pas été victime seulement de l'habileté de la police allemande mais des divisions et des haines de la Résistance.

Cela fait la puissance symbolique, presque psychanalytique, de cette arrestation. Rex était le pseudonyme de Moulin (pas un hasard je suppose). Comme si Louis XVI avait été guillotinée une deuxième fois.

Après-guerre

Baumel est tellement déçu par l’après-guerre qu’il se demande si de Gaulle n’aurait pas dû écouter Brossolette et liquider les vieux partis.

Cette réflexion est à mettre en parallèle avec la plainte récurrente de de Gaulle qu’il lui a manqué dix ans. Si les réformes de 1958 avaient été faites en 1945, la France d’aujourd’hui serait bien différente.

Je pense que cette hypothèse est illusoire : les Français étaient trop épuisés pour supporter un bouleversement politique qui aurait retardé la remise en route et les douze ans perdus de traversée du désert ont maturé les esprits.

vendredi, avril 23, 2021

La liberté souffre violence (E. de Miribel)

 Elisabeth de Miribel est de ces caractères en acier trempé qui manquent tant à la jeunesse française d'aujourd'hui (je peux aussi citer, au hasard, Brigitte Friang ou Jeanne Bohec).

Elle est connue pour avoir dactylographié l'Appel du 18 juin, mais elle vaut mieux que ça.

Issue d'une famille de militaires, descendante directe de Mac Mahon, à 22 ans (née en 1915), elle part en Suisse s'occuper d'enfants handicapés mentaux après que sa famille lui eut expliqué qu'une jeune fille de bonne famille ne fait pas ces choses là (les Résistants de 1940 sont souvent des rebelles dans l'âme).

Elle randonne et varappe en Autriche et découvre les joies du nazisme.

Comme elle demande à faire oeuvre utile en 1939, on l'envoie à la mission française de Londres et c'est naturellement, alors que tous les autres commencent à se débiner, qu'elle se retrouve à taper l'Appel.

A 27 ans, elle  est nommée représentante de la France Libre au Québec, très pétainiste. Elle reçoit une lettre de reproches de sa mère (une jeune fille de bonne famille, etc). Elle fait quelques tournées de propagande aux Etats-Unis.

C'est trop calme, elle demande à être envoyée comme correspondante de guerre en Italie. Puis à suivre Leclerc. Qui lui répond qu'il ne veut pas s'encombrer de journalistes et encore moins de femmes, mais que, si elle arrive à le rejoindre, il la gardera. Qu'à cela ne tienne, elle saute dans le bureau de de Gaulle et en ressort avec une lettre de recommandation, puis c'est la course poursuite dans la France en guerre qui lui permet d'arriver juste à temps pour la libération de Paris. Elle assiste à la bataille de la Croix de Berny, de Fresnes et d'Antony.

Dans Paris en folie, elle a un accident de voiture avec un convoi de la garde républicaine. Ce qui lui vaudra par la suite de toujours connaître au moins un garde républicain lors des réceptions officielles !

Elle est ami avec Malraux, à qui elle en bouche un coin. De Gaulle la tenait en haute estime, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

En 1949, elle entre au Carmel. Elle en ressort en 1954, officiellement pour raisons de santé. En réalité, elle s'est trouvée sous la coupe d'une prieure manquant singulièrement de finesse, qui l'a épuisée, au physique et au moral.

Elle reprend son poste au ministère des affaires étrangères.

L'administration du Quai d'Orsay mettra 17 ans à reconnaître ses services pendant la guerre (les bureaucrates attentistes et pétainistes se vengent des gaullistes). C'est bien entendu le retour au pouvoir de de Gaulle qui débloquera la situation : les bureaucrates sont mesquins et méchants, mais pas très courageux.

Elle finit sa vie en écrivant quelques livres.

samedi, avril 03, 2021

Le Petit théâtre des opérations - tome 01: Faits d'armes impensables mais bien réels... (Monsieur Le Chien, L'Odieux Connard)

 Je suis perplexe.

Je vous esqueplique. Cette bande dessinée m'a été conseillée par un djeun's (rien que les pseudonymes des auteurs signent le crime générationnel).

Il s'agit de raconter des exploits guerriers (Dixmude et compagnie) sur un ton humoristique, avec des blagues anachroniques. C'est bien fait et ça évite les fautes de goût (c'était loin d'être gagné d'avance).

Mais je n'accroche pas, ce n'est pas ma génération, c'est là que je sens que je vieillis.

Faut-il le lire ? Oui, Plutôt.

Je ne connaissais pas Mad Jack Churchill, qui est allé à la guerre (la seconde mondiale) l'épée à la main (comme il sied à tout noble écossais), et aussi avec son long bow, pour descendre les sentinelles allemandes.  On le voit archer dans le film Ivanhoe, parce qu'il était copain avec la vedette, Robert Taylor. A 50 ans, il se mit au surf (!!!) et accomplit plusieurs premières en Grande-Bretagne (où, c'est bien connu, il fait presque aussi chaud qu'en Californie).




mercredi, mars 24, 2021

L'étrange colonel Rémy (P. Kerrand)

D'abord, un mot sur le titre de ce livre : « L'étrange M. Machin » est d'une banalité à faire pleurer les pierres. Il y a déjà par exemple Cet étrange M. Monnet.

De plus, l'auteur, politiquement correct en diable, donne souvent l'impression de ne pas comprendre son sujet et de s'en dédouaner lâchement sur le mode « Comment peut-on être monarchiste et maurrassien ? En tout cas, moi, je ne le suis pas ».

Il se permet des réflexions politiquement correctes ridicules.

Ce veule refus d'assumer est très désagréable. Je n’aime pas cette manière de tenir son sujet à bout de gaffe.

Enfin, le style n'a rien de plaisant, il est d'une platitude hollandaise (le président ou le pays, c'est pareil).

Ceci dit, cet ouvrage contient des informations intéressantes.

La vie de Gilbert Renault, dit colonel Rémy, est marquée par deux événements :

1) il fut un Résistant de la première heure, un chef de réseau de renseignement remarquable.

2) En 1950, il publie un article fracassant de pétainisme, réhabilitant la thèse absurde du double jeu, du glaive et du bouclier.

Soyons clairs : cette thèse, entretenue par des pétainistes plus ou moins déclarés comme Robert Aron, est idiote. D'ailleurs, elle fut rejetée par des collaborationnistes sérieux comme Doriot et Brasillach et, au fond, elle insulte Pétain. Le double jeu est toujours une affaire de minables.

Il n'y eut pas de double jeu pétainiste. Il y eut des traitres purs et simples, comme Weygand ou Mitterrand, qui, sentant le vent tourner, tentèrent, avec plus ou moins d'habileté, de retourner leur veste. C'est tout.

Comme Saint-Exupéry, Rémy est un crétin politique. Jean-François Revel, qui l'a connu à la fin de sa vie, dit de lui : « Autant j'estimais l'homme, autant je n'avais pas la moindre estime pour son jugement politique ».

En politique comme ailleurs, peut-être plus qu'ailleurs, il y a le principe de non-contradiction : les victimes et les bourreaux ne peuvent avoir raison en même temps. On est gaulliste ou pétainiste, pas les deux.

Pourquoi ce fourvoiement de Rémy ?

Parce que, comme disait avec un brin de coquetterie d'Astier, les Résistants sont des ratés : Rémy a le don de faire et de dire ce qu'il ne faut pas.

Louis de La Bardonnie (châtelain et viticulteur  près de Montaigne), premier contact de Rémy et gaulliste de stricte observance, écrit à De Gaulle, dans une lettre très sévère : « Je connais sa vanité et son ambition ».

Rémy veut d'abord faire parler de lui, ne pas permettre qu'on l'oublie.

Un autre gaulliste strict (Jaques Baumel ? Pierre Lefranc ?) a ajouté : « S'il a des états d'âme, pourquoi ne s'en est-il pas confessé à son curé, puisqu'il est catholique, plutôt que d'en faire étalage publiquement ? ».

De Gaulle refusa toujours d'aborder le sujet avec Rémy, afin de pouvoir lui conserver son amitié. Il confia à Claude Guy que cette affaire le confirmait dans son désabusement vis-à-vis des hommes : un fidèle compagnon, un Résistant de juin 1940 (ils ne sont pas si nombreux), avait pu se méprendre pendant dix ans sur l'opposition politique irréconciliable entre gaullisme et pétainisme.

En réalité, ce n'est pas si clair : jusqu'en 1947, année où il commence à virer de bord, Rémy est un gaulliste orthodoxe, il ne cache pas son mépris de Pétain et des pétainistes et assume tout à fait que ces deux options politiques sont fondamentalement opposées.

Le revirement spectaculaire de Rémy a été mis sur le compte de son entourage catholique rance (pour une fois, ce vocabulaire politiquement correct est approprié) mais il a toujours conservé une part de mystère pour sa famille.

Reprenons au commencement.

Les débuts

Gilbert Renault nait en 1904 à Vannes dans une famille catholique et monarchiste.

Peu motivé par les études, il commence sa vie comme employé de banque.

Il prend sa future épouse d'assaut (si je puis m'exprimer ainsi pour des catholiques traditionalistes). Ses beaux-parents sont si étonnés de la demande en mariage qu'ils n'ont pas le réflexe de refuser.

Il vivote de boulot foireux en boulot foireux. Producteur de cinéma, il fait fortune avec Sacha Guitry et se ruine avec Abel Gance.

Proche d'être jeté à la rue, il achète des cigarettes, la buraliste lui rend la monnaie en tickets de loterie, il touche le gros lot et paye ses dettes. Comment pourrait-il ne pas se croire protégé par la Providence ? D'autant plus que ce n'est pas la seule occasion : comme cet avion qu'il refuse de prendre après une mauvaise nuit et qui s'écrase. Ou ce rendez-vous où la Gestapo l'attend et Rémy, à la mémoire d'éléphant, se trompe d'étage.

En 1939, la seule chose qu'il ait fait d'un peu solide dans la vie, ce sont des enfants (au total, huit).

La guerre

Exempté pour cause de famille nombreuse, Rémy essaie dès le 17 juin 1940 de s'embarquer pour l'Angleterre. Après quelques péripéties, il y arrive le 22.

Son coup de génie est de comprendre que le plus efficace est le renseignement et de structurer un réseau (qui s'appellera Confrérie Notre Dame, puis Castille) dès 1940. Il demande à être renvoyé en France. Il raconte ses débuts avec beaucoup d'humour.

Il commence par glandouiller quatre mois à Madrid, de septembre à novembre. Il l'avoue lui-même : il hésite à se se lancer. Puis il passe en France.

Il tisse une toile en reliant des micro-réseaux existants, qu'il trouve de fil en aiguille, de contact en contact.

Son efficacité est indéniable : pas un mouvement important de navires dans un port français n'est ignoré des Anglais.

La CND est le deuxième réseau de renseignement en France, en importance, après Alliance. Ce dernier réseau est dirigé par une femme, Marie-Madeleine Fourcade, mais, comme elle n'avait pas le bonheur d'être communiste, elle est beaucoup moins connue que Lucie Aubrac, qui fut anecdotique.

Rémy est d'une imprudence folle. Tout Vannes sait que M. Renault (qui vivra en France jusqu'à l'été 1941 sous son vrai nom) est « chez De Gaulle ». Mais cette imprudence lui permet de bâtir rapidement son réseau, plusieurs fois détruit, plusieurs fois reconstruit et qui n'a jamais cessé de fonctionner, mais à un coût humain terrible : un tiers des membres de son réseau sont arrêtés, déportés ou tués. Lui-même échappe plusieurs fois de justesse à l'arrestation.

Il mène un train de vie princier. Il reçoit une enveloppe de 20 millions de francs quand le salaire mensuel d'un employé est dans les 1 000 francs. Il se fait même voler 100 000 francs par des agents doubles de Vichy qui l'ont berné, mais qui ne le prennent pas très au sérieux (leurs rapports sont encore dans les archives). Pendant ce temps, Jean Moulin vit de bouts de ficelles. Probablement que les Anglais étaient plus intéressés par les renseignements de Rémy que par les démêlées politiques de Moulin.

Après-guerre

Il devient un cadre important du parti gaulliste, le RPF.

Rémy, à partir de 1950 défend Pétain, le milicien Touvier et même les SS français. Il est donc logiquement exclu du RPF (il a un grand talent pour saboter toutes les occasions d'ascension sociale qui se présentent à lui. S'il s'était tenu tranquille, il aurait fini secrétaire d'Etat, préfet, ambassadeur ou quelque chose dans ce goût là. Son ambition débordante n'a d'égale que sa capacité sans limite à la faire échouer).

L'expression « se tirer une balle dans le pied » n'a pas été inventée pour lui, car lui, ce sont des bordées entières de 380 de marine qu'il se tire dans les deux pieds.

Il donne l'impression très pénible, non pas de se renier, mais de ne pas comprendre le choix qu'il a fait pendant la guerre. Je le dis au début de ce billet : comme Saint-Exupéry, Rémy est un con politique. C'est une lâcheté morale de renvoyer dos à dos victimes et bourreaux.

Non, il n'est pas équivalent d'être Pétain ou De Gaulle, Laval ou Moulin, Touvier ou Bingen, engagé dans la division Charlemagne ou engagé dans la 2ème DB.

Bien sûr, ses amis de la Résistance s'éloignent.

Ils considèrent que cette dérive idiote est le résultat d'un entourage douteux, d'une pulsion non maîtrisée de faire parler de lui et aussi d'une incapacité à vivre dans la majorité, il faut absolument, pour son malheur, qu'il se foute à la marge, dans des histoires abracadabrantes.

La thèse du mauvais entourage n'est pas idiote : aussi bizarre que cela puisse paraître chez un maître-espion, Rémy fait aisément confiance et il est très influençable. Nul doute que des militants pétainistes ont repéré la proie à haute valeur symbolique qu'il était possible de retourner.

Les sentiments de ses anciens amis oscillent entre la colère et la pitié méprisante, « Au fond, c'est un pauvre type », qui est loin d'être infondée.

Toujours à court d'argent, il écrit une centaine de livres, plus ou moins rigoureux, avec pas mal d'affabulations. Il est comme le journaliste de Qui a tué Liberty Valance ? : si vous avez le choix entre imprimer la légende et imprimer la vérité, imprimez la légende.

Tout cela n'enlève rien à ce qu'il a fait pendant la guerre : dans une situation extraordinaire, ce marginal s'est retrouvé dans son élément. Il n'a pas gagné son titre de Compagnon de la Libération dans un salon (d'ailleurs, contrairement à la Légion d'Honneur, c'est une médaille qui ne se gagnait pas dans les salons).

Bien que Breton, Rémy a un côté pied-noir de caricature très irritant. On a envie de lui foutre deux claques et de lui dire d’arrêter d’affabuler.

Mais il est aussi attachant : De Gaulle, qui n’est pas un grand sentimental, a tiré la leçon politique du comportement de Rémy en ne l’employant plus jamais mais il a fait attention à ne pas se brouiller avec lui, délicatesse qu’il n’a pas montré pour d’autres.

Avant de tirer des conclusions sans indulgence, prenez un instant pour vous poser cette question : « En nos temps de tyrannie sanitaire, où personne ne risque ni la déportation ni la torture, combien résistent vraiment ? ».

mercredi, mars 10, 2021

Les écoutes de la victoire

 C'est un complément du livre Les vainqueurs, de Michel Goya (lire l'article Les Poilus et l'anti-fragilité).

Il montre à quel point la victoire de 1918 ne doit rien à la chance.

C'est toute l'ingéniosité de la nation qui est mobilisée, et mieux que chez les Allemands.

Un exemple parmi mille : les téléphones sont monofils, le retour se faisant par la prise de terre.

Le sergent Delavie (très vite promu officier), professeur d'électricité dans un lycée technique, se rend compte que ses conversations téléphoniques sont brouillées par les conversations ennemies de la tranchée d'en face et décide d'en tirer partie. Il fait venir en première ligne des casques de TSF par l'intendant de son établissement scolaire et écoute les conversations allemandes, le général Mangin est prévenu du bon résultat et donne les moyens qu'il faut. La pratique se diffuse dans toute l'armée française en quelques semaines.

La tour Eiffel est bien entendu mise à contribution pour les écoutes radios.

L'histoire des écoutes françaises se termine par une scène extraordinaire : en 1968, Painvin, le génie du déchiffrage français, très vieux monsieur, rencontre son adversaire allemand, celui qui a élaboré la plupart des codes allemands, lui aussi très vieux.

Au bout d'un quart d'heure, l'Allemand se tait, écrasé. La conversation tourne au monologue qui dure plusieurs heures : il découvre que le Français a cassé tous ses codes.

Jamais le commandement français n'a été dans le noir sur les intentions ennemies à partir de la fin 1914. Quelquefois, l'information est arrivée trop tard pour être exploitée, ou elle a été mal évaluée, le problème récurrent étant le manque d'interprètes germanophones compétents techniquement. Mais, dans l'ensemble, le commandement français était beaucoup mieux informé que son adversaire.


vendredi, février 12, 2021

A l'aube de la Résistance (François-Marin Fleutot)

En nos temps d'universelle lâcheté, où les jeunes ne sont ni les moins soumis ni les moins bêtes, ce livre fait du bien.

En ce temps là, c'est dans les pensions de famille accueillant les étudiants de Montpellier ou de Lyon que s'organisait la toute première Résistance, celle de l'automne 1940.

Au centre, un homme, comme, probablement, on n'en fait plus. Avocat maurrassien (mais rejetant Maurras sans aucune hésitation, sitôt son pétainisme connu), royaliste, il s'est fait un nom en giflant le ministre Pierre-Etienne Flandin en représailles des accords de Munich, c'est un colosse de 1 m 92 : Jacques Renouvin.

La première Résistance est un désordre de courages (1), cela tombe bien : à 35 ans, Renouvin est un organisateur hors pair.

Il prend l'engagement de ne pas tuer de Français, et le plus étonnant est qu'il y parvient.

Il organise les « kermesses » qui font sa réputation : simultanément, ou avec un échelonnement d'une heure (tous les goûts sont dans la nature), les boutiques de collaborateurs ou les officines de la collaboration sautent, un peu partout en zone libre.

On notera sa technique d'évaluation de ses subordonnés. Il organise une première opération dont il est le chef. Il évalue les comportements des uns et des autres. Ensuite, il participe à une deuxième opération comme simple complice, en laissant agir celui qu'il a désigné comme chef.

Il devient vite un des hommes les plus recherchés de France (il y avait foule pour le titre d'ennemi public numéro un à l'époque. Gilbert Renault, futur colonel Rémy, catholique maurrassien, trouve asile dans un bordel avec son épouse et leurs quatre enfants).

Entretemps, Renouvin se marie (ce qui n'est pas sans poser quelques petites difficultés pratiques : comment publie-t-on les bans d'un fugitif ? Finalement, ça sera un mariage religieux seulement. Il sera régularisé civilement, une fois que les deux époux seront en prison).

Quand les Allemands prennent en main en 1942 la police en zone sud, l'activité des Résistants devient encore plus difficile. Jacques Renouvin est arrêté en gare de Brive, suite à une trahison, en gare de Brive le 29 janvier 1943.

Son fils Bertrand a l'étrange honneur de voir le jour à la prison de la Santé, où sa mère, également Résistante (c'est comme cela qu'ils se sont rencontrés), est incarcérée. Comme, dans la famille, on est opiniâtre, Mireille Renouvin obtient le droit de le présenter à son père au moment où son convoi part pour l'Allemagne.

Il y a des familles de traitres congénitaux comme les Giscard d'Estaing ou les Mitterrand. Il y a aussi des familles d'acier, comme les Renouvin (Pierre Renouvin, le frère, a perdu un bras et les doigts de la main restante au Chemin des Dames. Il fut un historien des relations internationales réputé).

Jacques Renouvin, torturé pendant des mois, meurt en déportation de ses blessures. Comme dit une vieille expression que notre époque oublie, il a bien mérité de la patrie.

Alors que nous sommes gouvernés par authentiques pervers, des technocrates sans coeur et sans âme, incapables d'autre chose que de détruire, un homme d'action désintéressé, ça fait du bien.

Edmond Michelet, qui fut son ami, s'est battu pour conserver sa mémoire.

Nota : on peut regretter le titre trompeur. Il s'agit en réalité d'une biographie de Jacques Renouvin. Par exemple, l'auteur ne parle pas de la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris.

**************

(1) : comme disait André Malraux, qui fut un Résistant très très tardif.

samedi, janvier 09, 2021

Le Beaujolais nouveau est arrivé (R. Fallet)

René Fallet de 1975. Fallet, toujours un bonheur de finesse, de tendresse et d'humour.

Quatre preux chevaliers de la chopine :

> Captain Beaujol. Ancien sergent-chef de la coloniale, à l'intendance. Il n'a jamais vu l'ombre d'un « niakoué » ni d'un « bique ». Sa terreur secrète est l'irruption d'un ancien de son régiment qui dévoilerait la potée de roses à ses compagnons d'hydratation, qui vibrent au récit, tout en pudeur, de ses exploits guerriers. Connu pour son goût des nectars de la côte mâconnaise.

> Adrien Camadule. Retraité, pêcheur et brocanteur à ses heures. Philosophe de comptoir.

> Poulouc. Jeune très prometteur. A vingt ans, il a déjà compris que le travail est une sale maladie qu'il faut éviter comme la peste. Officiant comme promeneur de chiens, il drogue la pâtée de ses ouailles afin de passer la journée au bistro.

Sa mère est la maitresse sado-maso de quelques notables du quartier, dont le curé. Ce hobby original et rémunérateur fournit matière à moults propos hautement éthylo-métaphysiques.

> Paul Debedeux. Cadre moyen dans une entreprise moyenne (Bang Bang Aéronautique), de plus en plus fatigué par son épouse moyenne et par sa maîtresse moyenne, il se réfugie au bistro avec ses copains.

La crise existentielle de Debedeux a été déclenchée lorsque son patron lui a demandé poliment des nouvelles de son épouse et qu'il a lâché, par trop-plein, « Elle m'emmerde » (le néo-féminisme et le combat intersectionnel, ce n'est pas trop le truc de Fallet).

Le lieu de rendez-vous de cette fière chevalerie vineuse, le temple de la boisson revigorante, le fort Vauban du jus de la treille, c'est Le Café du Pauvre (humour bien de Fallet).

Je ne vais pas tout vous raconter. René Fallet, ça se lit. On le trouverait en livre de poche pour trois francs six sous si on ne comptait pas dans les inflationnistes euros.

Je vous retranscris les ultimes phrases du livre, qui ne dévoilent pas les aventures de nos quatre héros et montrent qu'une fois de plus, Fallet est visionnaire :

A l'emplacement du scandaleux Café du Pauvre, la municipalité aménagea un espace vert.

De grands écriteaux signalaient aux habitants des nouvelles résidences qu'il était interdit de marcher sur les pelouses et, plus encore, de piétiner les plates-bandes.


lundi, décembre 14, 2020

Ils détestaient De Gaulle (F. Broche)

 L'auteur, un gaulliste, dresse la longue, très longue, liste des anti-gaullistes.

Je saisis mieux ce qui me sépare d'eux :

1) le style : je suis un admirateur de Jeanne d'Arc. Ce que le gaullisme a de fou et d'excessif, et même de grandiloquent, ne me gêne pas. Les raisonnables et les raisonneurs m'emmerdent.

De plus, le gaullisme est éminemment populaire. Comme Jeanne d'Arc ! Au moment où la cour l'abandonnait, les Français priaient pour elle. Au moment où la  bourgeoisie du Figaro et le bourgeoisie du Monde communiaient dans la haine de De Gaulle, le peuple votait pour lui.

L'anti-gaullisme relève d'un snobisme petit-bourgeois ou d'un dandysme grand-bourgeois, aucun des deux n'est populaire. C'est rigolo cinq minutes, parce que certains anti-gaullistes ont du talent, mais c'est au fond puant.

2) la politique : refuser le gaullisme, d'accord, mais pour quelle politique alternative ? C'est très simple : la soumission, soit à Washington, soit à Moscou. Les plus honnêtes l'assument. L'anti-gaullisme rassemble ceux qui pensent que la France ne mérite pas l'indépendance. La Suisse, le Bénin, le Mali, oui ; la France, non.

L'objection à cet argument qui revient souvent : « De Gaulle a fait entrer les loups communistes dans la bergerie de la fonction publique, spécialement de l'éducation et nous sommes américanisés comme jamais. L'action de De Gaulle a donc été au mieux vaine, plus probablement néfaste. L'indépendance gaulliste est une illusion, pour ne pas dire une escroquerie ».

Cet argument est fallacieux (sauf peut-être sur l'éducation nationale, parce que le problème est plus tardif et qu'il aurait sans doute pu faire autrement) :

1) Même en admettant que De Gaulle aurait échoué, l'objectif de l'indépendance nationale est louable. Cela renvoie dans leurs buts ceux qui ne songeaient qu'à se trouver un maître.

2) Le jeu de bascule entre les Américains et les Soviétiques était le seul possible pour garantir cette indépendance nationale.

3) De Gaulle est responsable de beaucoup de choses mais tout de même pas des décisions de ses successeurs.

Dans sa galerie de portraits, François Broche égratigne particulièrement un anti-gaulliste tiède : Raymond  Aron.

D'ambiguïté en ambiguïté, de finasserie en finasserie, à force de se vouloir raisonnable et pondéré, d'excès de subtilité en excès de subtilité, de réserve en réserve, Aron rate ce que les événements imposent de radicalité dans les choix et passe pour un imbécile.

Je trouve ce portrait au vitriol très mérité : depuis longtemps, Aron me paraît une fausse valeur. Le centrisme est toujours un naufrage intellectuel et une trahison nationale.

Je me sens plus à l'aise avec un anti-gaulliste farouche : au moins, lui croit en quelque chose.

Cependant, le recul du temps est cruel pour les anti-gaullistes. Il faut bien considérer le monceau hallucinant des conneries empilées par les anti-gaullistes : Franco, Hitler, fasciste ... Ils n'ont pas dit que De Gaulle mangeait des enfants au petit déjeuner mais c'est juste un oubli.

Et puis, on retombe toujours sur le même problème : l'anti-gaullisme, c'est la soumission nationale. Les anti-gaullistes répondent à cela que l'indépendance nationale gaulliste est une illusion et que de toute façon, les nations, c'est dépassé.

Quand je vois comment les vieilles nations reviennent (Russie, Chine, Inde, Corée, etc), 50 ans après la mort de De Gaulle, je me dis que le discours des anti-gaullistes vieillit mal.

Le principal défaut de De Gaulle était de ne pas être un séducteur, à la Jules César ou à la Bonaparte. il était ingrat et cassant (« Je ne respecte que ceux qui me résistent. Malheureusement, je les supporte pas. » Il faut faire la part à l'humour de cette citation). On a glosé sur le fait qu'aucun de ses officiers de la 4ème DCR ne l'a rejoint à Londres.

Mais De Gaulle avait pour lui la profondeur historique. Cela rendait ses ennemis éphémères, futiles, mesquins et c'est bien ainsi qu'ils apparaissent aujourd'hui et ils tombent dans l'oubli, même Mitterrand malgré ses deux mandats présidentiels. L'anti-gaullisme est toujours, au fond, une trahison de la nation française au nom d'intérêts particuliers.

Même le ressentiment des pieds-noirs, bien compréhensible, ne vole pas haut. Tout simplement parce que les pieds-noirs qui volaient haut ont compris tôt que l'indépendance de l'Algérie était inéluctable et ont fait leurs bagages avant les autres, discrètement, dans de bonnes conditions.

Les plus grotesques anti-gaullistes sont ceux de deuxième ou de troisième génération, que je rencontre quelquefois sur internet. Eux n'ont vraiment rien compris. La haine de De Gaulle est la haine d'une politique qui élève. On retombe toujours sur le fondamental du pétainisme : « Céder au voeu des Français de se coucher ».

Mais De Gaulle aussi tombe dans l'oubli, parce que la France acculturée oublie tout et n'a plus envie de rien (sauf qu'on la laisse mourir tranquille) comme les compagnons d'Ulysse mangeant les lotos.

Addendum : une petite crise d'antigiscardisme primaire, ça ne peut pas faire de mal (oui, le centrisme est le vichysme de temps de paix) :

jeudi, novembre 12, 2020

La panne d'intelligence stratégique (B. Jarrossson)

 Livre acerbe sur la panne d'intelligence stratégique des Européens entre 1888 et 1957 (1957 car l'auteur croit qu'en 1958 l'Union Européenne a sauvé la paix).

Et il conclut (pensée ô combien originale) que les hommes de 2020 sont des imbéciles, aveugles à la catastrophe climatique qui vient.

J'ai bien rigolé devant tant de poncifs (1). Je me suis dit que l'auteur aurait été moins ridicule s'il avait été plus mesuré dans ses critiques (souvent justes) des hommes du passé : quand on tombe soi-même dans les illusions du présent, on se retient un peu quand on critique les hommes qui sont tombés dans illusions du passé.

Une fois que plus, je constate que bien peu d'hommes savent faire bande à part, même quand ils le proclament. C'est sans doute une question de caractère plus que d'intelligence.

Nul homme n'est complètement exempt de rechercher sa validation par d'autres hommes, mais, suivant son caractère, cette validation prend plus ou moins de place et choisit avec plus ou moins de discernement les valideurs.

Pour ma part, je peux compter sur les doigts d'une main les hommes dont la désapprobation me chagrinerait. C'est une grande sérénité.

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(1) : je rappelle qu'il n'y a aucune preuve que le réchauffement climatique soit d'origine humaine. Un mensonge répété un million de fois ne fait pas une vérité.

De plus, l'idée même que le réchauffement climatique soit universellement néfaste ne repose sur rien d'autre que des élucubrations apocalyptiques.


mardi, novembre 03, 2020

La science est un sport de combat (D. Raoult)

Décollage

J'ai toujours les deux mêmes problèmes avec les livres de Raoult :

1) je trouve son expression brouillonne, son style peu agréable. Ce manque de clarté se retrouve dans ses videos. De ce point de vue, j'ai peut-être des références trop élevées : j'ai eu des professeurs qui étaient un don du ciel : clairs et rigoureux.

2) c'est un anti-catholique, ce qui lui fait dire pas mal de bêtises. Là encore, sous prétexte d'empirisme, il se montre brouillon. Je partage très peu son admiration de Nietzsche et des sectateurs de la French Theory. Je pense que ce sont des destructeurs, des maitres de mort.

Vous pouvez me trouver sévère, mais je lis en parallèle Claude Tresmontant, qui est tout le contraire : catholique, carré, limpide.

A l'évidence, Tresmontant me convient mieux que Raoult.

Ceci étant dit, je vous conseille de lire Raoult. C'est instructif. C'est un type avec qui on a plaisir à s'engueuler.

Comme il a un tour d'esprit rationnel, ce qu'il dit est contestable, nous ne sommes pas le religieux scientiste, il n'est pas du genre « la science a dit ». Une fois qu'il a quitté ses considérations philosophiques que je trouve vaseuses et entre dans son domaine, il est passionnant.

Faux bon sens

Il commence par mettre en garde contre le faux bon sens. L'homme déteste ne pas comprendre, alors dans son esprit simpliste, il s'invente des explications aux choses qu'il ne comprend pas et il appelle cela le bon sens.

Il y a ce qui est prouvé et ce qui ne l'est pas. Tout le reste est rationalisation de l'inconnu pour se rassurer. Le COVID a été la foire au faux bon sens, spécialement (hélas) de la part des gouvernants :

> Masque, confinement, gestes "barrières", interdiction de rassemblement : pensée magique, aucune preuve d'efficacité.

> Détecter-isoler-soigner, lavage des mains : efficacité prouvée.

Qu'est-ce que j'ai entendu d'élucubrations sur les gouttelettes (pour justifier les masques) ou le R0 (pour justifier le confinement) qui se réclamaient du bon sens !

Je n'ai rien contre le vrai bon sens, bien au contraire. Mais il faut aussi savoir dire « je ne sais pas ».

Le vrai bon sens doit inspirer une question : pourquoi le premier mouvement des gouvernants occidentaux à l'apparition du COVID a été de jeter à la poubelle les plans sanitaires et d'improviser le grand n'importe quoi, irrationnel, sans preuves, moyenâgeux, alors que le COVID tombait précisément dans les hypothèses de ces plans ?

La question est d'autant plus pertinente en France que s'y rajoute une autre encore plus terrible : pourquoi l'administration a-t-elle bloqué toute initiative (pas de chloroquine, pas de médecine de ville, pas d'hôpitaux privés), provoquant des milliers de morts évitables, alors que, face à l'inconnu, il faut au contraire libérer les initiatives pour multiplier les chances de réussite ?

Parmi les exemples de faux bon sens admis sans discuter, il y a les protections chirurgicales individuelles. En fait, on s'est aperçu que ces protections (à part les gants si le chirurgien touche l'opéré) ne servent à rien. Nos grands anciens qui opéraient en costume et noeud papillon ne faisaient pas prendre de risque aux malades.

En parlant de faux bon sens : Raoult nous fait son délire habituel, l'afflux massif d'étudiants étrangers, c'est fantastique. Il nous fait plusieurs fois une ode au métissage. Comme Einstein, Raoult a les idées politiques d'un enfant de dix ans. Passons.

Les trois tueurs

Les trois tueurs du passé : la peste, le choléra, le typhus. Les trois tueurs d'aujourd'hui : le paludisme, le SIDA, la tuberculose. (Bizarrement, il n'y a pas le COVID ! Bien sûr, je plaisante : le COVID ne se verra même pas dans les statistiques annuelles).

Le SIDA est maîtrisé.

Raoult n'hésite pas à dire que, s'il était forcé de faire un choix, il préférerait avoir le SIDA que du diabète. En revanche, le paludisme l'inquiète.

A sauts et à gambades

Les microbes et, plus largement, les espèces vivantes n'évoluent pas graduellement, mais par sauts, de catastrophes en catastrophes.

La science aussi.

Il est d'ailleurs curieux que Raoult soit très à l'aise dans cette vision chaotique dans son domaine, mais qu'il lui échappe totalement qu'en politique (j'y reviens un peu), c'est la même chose, il y a des points de non-retour, des effets non-linéaires, des catastrophes. Pour lui, le terrorisme n'est pas grave parce qu'il fait moins de morts que les accidents de la route. L'immigration, pareil. On reste un peu confondu. Raoult a la lucidité de dire que la politique n'est pas son domaine.

Parlant de politique, je lui en veux de ne pas être plus saignant sur la politique sanitaire macroniste. Quand il dit qu'il n'a pas d'opinion, il ment, ne serait-ce que parce qu'il est très au courant de ce qui se fait ailleurs et qu'il ne peut ignorer qu'ailleurs, on fait beaucoup mieux, sans masque et sans confinement. Bref, il est lâche pour préserver son IHU (regardez ce qui arrive à Perronne).

La part de l'inconnu

Il y a énormément de choses que nous ignorons. Par exemple, on a trouvé des gènes de résistance aux antibiotiques dans des bactéries de mammouth congelé.

C'est pourquoi il ne faut pas rester figé dans des conceptions a-priori qui ont toutes les chances d'être fausses (façon gros bourrins abrutis de technocrates français Macron Delfraissy Philippe Castex), mais essayer, tenter, recommencer. Tout le contraire de ce que nous avons fait avec le COVID.

L'eugénisme

Raoult en parle avec sa franchise habituelle : le débat autour de l'eugénisme en France est vain, creux, car nous sommes déjà, en pratique, eugénistes. Le diagnostic pré-natal et l'élimination des foetus mal formés sont de l'eugénisme pur et dur et, en proportion, nous sommes plus eugénistes que les nazis, même si nous n'osons pas nous l'avouer.

Comme Raoult n'est pas darwinien, ça le gratte mais il n'y peut rien.

COVID-19

Pour Raoult, la plus grosse faillite de l'Etat concernant la crise du COVID-19 est son incapacité à combattre (et même, l'absence de tentative de combattre) la loupe médiatique.

L'Etat a toutes les statistiques au niveau national pour mettre les choses en perspective et empêcher la psychose de grossir, il n'a même pas essayé.

Au contraire, le croque-mort Salomon, égrenant tous les soirs ses chiffres sans relativiser, a alimenté la psychose.

L'avenir inconnaissable

L'avenir est inconnaissable.

Mais, comme la plupart des hommes sont incapables d'assumer cette incertitude, ils s'inventent de fausses capacités de prévisions.

Les modèles mathématiques, épidémiologiques ou climatiques, sont révérés comme des dieux mais sont encore plus ridicules que la lecture des entrailles de pigeon.

Le cauchemar sécuritaire

Notre société arrête de vivre par peur de la mort.

10 mois après le début de la psychose suicidaire du COVID, inutile que j'insiste : ceux qui pouvaient comprendre ont compris depuis longtemps, ceux qui n'ont pas compris ne comprendront jamais.

Plus original, Raoult, au rebours des discours dominants, trouve qu'on en fait trop contre la douleur, ça masque des symptômes. On a moins mal mais on risque plus de mourir. Il parle de méningites et de de péritonites mal diagnostiquées et mal soignées du fait de douleurs masquées par des antalgiques.

Il ne croit pas à la guerre  virologique/bactériologique : la virulence des virus ou des bactéries créés par l'homme décline très vite, le génome n'est pas aussi stable qu'un génome sélectionné par la nature (le Pr Montagnier a dit la même chose sur le COVID, on l'a pris pour un con).

Dans nos délires, il y a le féminisme : plus la science progresse, plus nous avons la preuve que beaucoup de différences hommes-femmes sont d'origine biologique (étonnant, non ?) et pas culturelle. Mais, comme nous sommes de plus en plus irrationnels, ça n'est pas bien grave.

Conclusion

Raoult revient sur la philosophie qui fait mon désaccord (voir le début du billet).

Comme d'habitude, Raoult est intéressant à lire. Ceux qui le traitent de charlatan et d'escroc sont à des années-lumières en dessous. Même si (vous l'avez bien compris) je ne suis suis pas toujours d'accord avec lui, j'apprécie qu'il sache dire quand il ne sait pas (ce qui revient assez souvent) et témoigner son admiration à des collègues vivants.

Ca prouve une disposition d'esprit de plus en plus rare.

jeudi, août 20, 2020

L'ami américain (E. branca)

Les relations entre les Américains et De Gaulle.

On constate une fois de plus que les Etats n'ont pas d'amis mais des rapports de forces et que les discours sur l'amitié transatlantique ou le « couple » franco-allemand (comme d'ailleurs certains discours sur une certaine religion) ne sont que l'habillage du renoncement et de la soumission.

Roosevelt est obsessionnellement anti-gaulliste. Au point, ce qui est un exploit, d'en indisposer les Anglais ! Et même anti-Français, puisqu'il prévoyait le démantèlement de la France du nord.

Si les Américains avaient pu vaincre Hitler sans libérer la France, ils n'auraient pas hésité.

L'obsession de Rossevelt était bien secondée par quelques Français bien en cour à Washington, Léger, vraiment très léger, Monnet et Chambrun (lui, au moins, avait des excuses familiales), qui auraient plus mérité que des pauvres types perdus à la LVF d'être fusillés à la libération.

Johnson est presque aussi anti-gaulliste que Roosevelt. Les Américains aident bien l'OAS, dont elle n'ignore pas les projets d'assassinats de De Gaulle.

Le seul président américain a avoir une attitude amicale fut Nixon.

Mais l'Amérique est diverse, et il est aussi arrivé à De Gaulle d'avoir des soutiens en Amérique, généralement pas dans les plus hautes sphères.

Non, le plus stupéfiant de ce livre, c'est le nombre de Français prêts à trahir leur pays pour plaire à l'étranger, surtout quand l'étranger habite à Washington. Je ne pensais pas déjà pas grand bien de la bourgeoisie française (1), ce livre ne la fait pas remonter dans mon estime.

Emmanuel Macron est son digne représentant.




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(1) :


La petite-bourgeoisie étriquée et anti-patriote (le Figaro antigaulliste)


Les bourgeois, la violence et le diner en ville

La bourgeoisie pétainiste

Giscard à l'OAS ?



vendredi, avril 10, 2020

Je bois donc je suis (R. Scruton)

J'aimais beaucoup Roger Scruton, décédé en janvier. Son dernier article, quelques jours avant sa mort (My 2019), sur la nécessité d'exprimer sa reconnaissance, est d'une élégance typique.

J'ai coutume de dire, pour faire comprendre aux Français, que c'est un Finfkielkraut intelligent et compréhensible.

En 68, il était, contrairement à Finkielkraut, du bon coté des barricades : étudiant anglais en France, il a été immédiatement révulsé par cette révolte d'enfants gâtés, il a compris, comme Pasolini, que des enfants de bourgeois jetaient des pavés sur des prolétaires.

Comme écrivain conservateur, il défendait la beauté (par exemple, contre les éoliennes). C'était aussi un défenseur de la chasse à courre, qu'il pratiquait assidument.

Ce n'était pas un rebelle de pacotille, il s'est rendu plusieurs fois clandestinement de l'autre coté du rideau de fer pour aider des dissidents tchèques.

Venons en au livre de ce jour : deux parties, « Je bois », sur le vin,  « Je suis », plus philosophique et, franchement, sans intérêt, le livre m'est tombé des mains.

En revanche, la première partie, « Je bois », justifie l'achat de cet opuscule.

Scruton connaît remarquablement les vins français. Il aime plus la France que notre actuel gouvernement.

Dans l'éternel débat qui oppose les « terroiristes » (ceux qui croient que le caractère d'un vin est fait par le terroir) et les « viticultistes » (ceux qui croient que le caractère d'un vin est fait par le viticulteur, le cépage et la technique), il est résolument terroiriste, au point qu'il a toujours refusé de mettre les pieds en Bourgogne, pour ne pas confronter l'image qu'il s'en était fait à travers ses vins avec la réalité.

J'étais plutôt viticultiste : le débat parlementaire d'il y a un siècle sur les appellations d'origine entre partisans du terroir (les vignerons) et partisans du cépage (les négociants) a été tranché par des arguments électoraux. Les vignerons étaient plus nombreux que les négociants.

Mais Scruton a des arguments convaincants, d'ordre spirituel : le vin, c'est la terre et le soleil, donc le terroir, et si certains s'égarent à les négliger, c'est circonstanciel, pas fondamental.

Il a une philosophie vineuse qui me plaît : il préfère les seconds. Il trouve que les vins les plus réputés sont devenus l'objet d'intolérables spéculations. Pour lui, Les seconds sont presque aussi bons et beaucoup moins chers, il traque les parcelles voisines des grandes appellations.

Le Chateau Yquem est un vin de snobs sans intérêt. Le seul terroir français dont il ne parle pas est la Champagne.

Ses conseils tombent quelquefois à coté de la plaque : un domaine racheté par Bernard Arnault à 360 € la bouteille, mais il donne pas mal d'idées entre 15 et 30 € la bouteille, ce qui est tout à fait raisonnable.

Très anglais, Scruton associe le roquefort au Sauternes. L'association du roquefort et du cognac est classique : ce sont deux goûts boisés qui se marient bien. Pour le Sauternes-roquefort, j'avais un doute, j'ai essayé. Ca passe bien, c'est comme mettre de la confiture avec le fromage, qui est justement une pratique anglaise.

Il me manque déjà , le père Roger.



samedi, février 29, 2020

Clive Cussler est mort.

Clive Cussler, bestselling novelist, maritime wreck explorer and creator of Dirk Pitt, undersea investigator – obituary



Les maquisards (F. Grenard)

C'est écrit dans un style très plat. C'est un peu la suite du livre sur les premiers Résistants.

Les réfractaires du STO, sans expérience militaire du fait de la disparition du service militaire, montent au maquis à partir de l'été 1942 et mènent une vie assez dure et très ennuyeuse de boy-scouts mal nourris, mal logés et mal équipés.

Les officiels de la Résistance sont embarrassés par un phénomène qu'ils jugent, à raison, sans valeur militaire.

Les choses sérieuses commencent en janvier 44.

Les Allemands sont égaux à eux-mêmes, tout en finesse germanique : appuyés par les traitres français de la Milice, ils se lancent dans une vague de répression en commettant nombre d'atrocités contre les civils, dans l'espoir de les détacher des maquis. C'est, bien entendu, l'inverse qui se produit.

Au printemps, les rapports des préfets de Vichy sont sans équivoque. Les maquis qui ont su soigner leurs relations avec le voisinage (c'est un peu plus difficile pour les autres) sont considérés comme la légitimité en devenir.

En quelques jours, après le débarquement allié en Normandie, entre 50 000 et 100 000 hommes prennent le maquis, c'est pas mal quand on tient compte du fait que 2 millions de hommes en âge de se battre sont prisonniers en Allemagne.

Avec cette arrivée, la physionomie du maquis change : il y a des bourgeois et des anciens combattants. Le maquis résout enfin son problème d'encadrement.

De plus, les alliés parachutent des équipes Jedburghs, composées de militaires, un Français, un Anglais, un Américain, chargés des liaisons et de l'armement.

Il ne faut pas s'exagérer l'efficacité du maquis. Ce n'est que de l'infanterie inexpérimentée et très légère. Des piqures de moustiques à un éléphant. Dix Sten contre une MG42, c'est la mitrailleuse allemande qui gagne.



C'est le drame des maquis et des villages martyrs. Trop voyants pour passer inaperçus, trop faibles pour résister à une armée professionnelle d’une cruauté toute nazie (la Wehrmacht propre, c’est une légende de la guerre froide). Il y avait une brigade nord-africaine particulièrement féroce dans les rangs de la Milice.

Le drame de Tulle illustre tout le manque de jugement de certains chefs maquisards. S'emparant avec difficulté de la ville (franchement, quel était l'intérêt de prendre une ville ? C'est totalement con) les 7 et 8 juin, les maquisards FTP la perdent en quelques minutes dans un vent de panique lorsque la division blindée Das Reich, venue de Montauban, à 200 km (personne n'y avait pensé ?), fait son apparition. 99 hommes sont pendus aux balcons, 200 déportés dont 101 ne reviendront pas. Ces malheureux événements ont suscité après-guerre des rancoeurs bien compréhensibles.



A contrario, Costa de Beauregard, avec les restes du maquis du Vercors, fait une guerre d'embuscades, qui certes ne bouleverse pas la donne stratégique, mais a le mérite de ne provoquer ni pertes ni représailles.

Néanmoins, le maquis a deux effets positifs :

🐗 : la fierté d'un peuple de s'être battu. Parce que des maquisards sont bien morts les armes à la main.

🐗 : après le départ des Allemands, il n'y a pas eu trop de vide légal, les maquis ont maintenu l'ordre, même si certains maquis, notamment communistes, en ont pris un peu à leur aise.