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vendredi, janvier 15, 2021

Le triple naufrage américain

 La victoire électorale par fraude du duo Biden/Harris (qui est en réalité une victoire du pouvoir chinois) est un triple naufrage :

1) Naufrage de la classe intellectuelle américaine.

La liste des qualificatifs péjoratifs qu'elle mérite est interminable : bête, méchante, cruelle, sectaire, raciste (pro-noir), violente, intolérante, inculte, menteuse, tricheuse, méprisante, hautaine, caricaturante, malhonnête ...

Les pires craintes d'Alan Bloom sont devenues réalité.

2) Naufrage du parti républicain.

Les trois-quarts des élus ont préféré trahir le peuple et la nation et rallier leur classe sociale, mondialiste et pro-chinoise. Ne pas faire de vagues dans leur milieu plutôt que de faire leur devoir.

Les fraiches élues Marjorie Taylor Greene et Lauren Boebert sont folkloriques mais elles sauvent l'honneur.

On dit souvent que les Américains n'ont pas à craindre la tyrannie parce qu'ils sont armés. C'est faux : des hommes armés sans organisation sont des individus isolés, ils n'ont aucun poids politique, c'est comme s'ils étaient désarmés.


3) Naufrage du fédéralisme

Que le pays le plus puissant du monde (plus pour très longtemps) soit incapable d'organiser un scrutin sincère et de rectifier les choses en cas de fraude est une honte abominable pour l'Amérique, dont rien ne pourra la relever avant de longues années.

Un naufrage de cette magnitude, c'est l'échec collectif de tout un peuple.

jeudi, août 20, 2020

L'ami américain (E. branca)

Les relations entre les Américains et De Gaulle.

On constate une fois de plus que les Etats n'ont pas d'amis mais des rapports de forces et que les discours sur l'amitié transatlantique ou le « couple » franco-allemand (comme d'ailleurs certains discours sur une certaine religion) ne sont que l'habillage du renoncement et de la soumission.

Roosevelt est obsessionnellement anti-gaulliste. Au point, ce qui est un exploit, d'en indisposer les Anglais ! Et même anti-Français, puisqu'il prévoyait le démantèlement de la France du nord.

Si les Américains avaient pu vaincre Hitler sans libérer la France, ils n'auraient pas hésité.

L'obsession de Rossevelt était bien secondée par quelques Français bien en cour à Washington, Léger, vraiment très léger, Monnet et Chambrun (lui, au moins, avait des excuses familiales), qui auraient plus mérité que des pauvres types perdus à la LVF d'être fusillés à la libération.

Johnson est presque aussi anti-gaulliste que Roosevelt. Les Américains aident bien l'OAS, dont elle n'ignore pas les projets d'assassinats de De Gaulle.

Le seul président américain a avoir une attitude amicale fut Nixon.

Mais l'Amérique est diverse, et il est aussi arrivé à De Gaulle d'avoir des soutiens en Amérique, généralement pas dans les plus hautes sphères.

Non, le plus stupéfiant de ce livre, c'est le nombre de Français prêts à trahir leur pays pour plaire à l'étranger, surtout quand l'étranger habite à Washington. Je ne pensais pas déjà pas grand bien de la bourgeoisie française (1), ce livre ne la fait pas remonter dans mon estime.

Emmanuel Macron est son digne représentant.




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(1) :


La petite-bourgeoisie étriquée et anti-patriote (le Figaro antigaulliste)


Les bourgeois, la violence et le diner en ville

La bourgeoisie pétainiste

Giscard à l'OAS ?



mercredi, août 12, 2020

Une bonne nouvelle

Ma copine Marjorie Greene Taylor a gagné la primaire républicaine en Georgie, ce qui lui donne une bonne chance d'être élue au Congrès.

Bon, rappel pour ceux auraient oublié Marjorie (vivement qu'elle fasse campagne en France) :
   

 C'est simple, net, de bon goût et on comprend bien le message.

vendredi, juin 19, 2020

Les Anglais sont aussi fous que nous (sinon plus) et les Américains, c'est pas mal non plus.








Il va être de plus en difficile de contester ce que racontaient les Bernanos, Péguy, Gomez Davila et compagnie : la vie moderne rend fou et fabrique un type d'hommes inférieur.

mardi, juin 02, 2020

Ca, c'est de la campagne électorale comme je l'aime !




Evidemment, ça, ça ne l'amuse pas :


samedi, février 22, 2020

Quelque chose ne tourne pas rond en Amérique.

Quelque chose ne tourne pas rond en Amérique.


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Jeff Bezos, le patron d’Amazon, vient d’acheter une maison à Los Angeles pour vivre avec sa nouvelle petite amie. Coût : 165 millions de dollars. Ca ne colle pas. L’argent, il ne l’a pas volé, il l’a mérité, le problème n’est pas là.

Le type, commercialement, est le plus grand génie du 21e siècle. Mais personne n’a besoin de vivre dans une maison à 165 millions ! Ca ne colle pas. Un jet privé ; d’accord, des villas un peu partout dans le monde pour le week-end, d’accord. Des yachts dans les ports, OK. Des voitures, des motos, des salles de Home Cinéma chez lui, pas de problème. Pas 165 millions pour une maison.

Amazon paye moins que ça en impôts chaque année. Certains de ses employés vivent dans leur voiture parce qu’ils ne peuvent pas payer un loyer. Ca non plus ça ne colle pas.

Bezos est un homme de gauche, ça ne colle vraiment pas. Il veut que l’Etat prenne les citoyens en charge, les assume, les assure, paye leur retraite, leur éducation, et que sais-je encore. Ca ne colle pas. Imaginez tous ceux qu’il aurait pu aider avec 165 millions de dollars. Il est de gauche avec mon argent. C’est mon argent qu’il veut redistribuer, pas le sien. Le sien, c’est pour acheter une maison à 165 millions. Presque autant que le nombre d’Américains qui votent.

Mike Bloomberg a fait un débat désastreux – pour une fois, les médias sont unanimes. Ca ne le dérange pas : il ne compte pas sur le peuple pour se faire élire, mais sur l’argent. Il l’a gagné honnêtement son argent. Il l’a mérité, le problème n’est pas là. Le type a inventé un programme de bourse qui est devenu indispensable à Wall Street, et monté un groupe de presse puissant. A partir de rien.

Mais.

Sur les 2 milliards que Bloomberg veut dépenser pour se faire élire, il a déjà dépensé 500 millions. 500 millions pour se faire scalper par une fausse Indienne ! Juste après sa performance calamiteuse,


  • il a reçu le soutien de trois membres du Congrès
  • et sa cote n’a baissé que de 3 points.
Ca ne colle pas.

Bloomberg veut confisquer les armes des Américains. Il est entouré de gardes du corps, et oui, ils sont armés. Vous allez défendre ça ? Il est plus important que les autres ? Ca ne colle pas non plus. Pourtant, 17% des Américains sont prêts à voter pour quelqu’un qui leur dit que sa vie compte plus que la leur.
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mardi, décembre 31, 2019

Reconnaître l'ennemi

vendredi, décembre 27, 2019

La Wehrmacht, la fin d'un mythe (sous la direction de J. Lopez)

Ouvrage tout à fait remarquable, que je vous conseille. Recueil d'une cinquantaine de monographies qui forment un tout cohérent, avec cartes et photographies, accompagnées d'encadrés thématiques.

Pour bien comprendre l'histoire et la légende de l'armée allemande au XXème siècle, il faut avoir en tête, deux idées maîtresses :

1) L'Allemagne a déclenché les deux guerres mondiales en espérant les emporter par la force. L'armée allemande a perdu ces deux guerres mondiales dans des catastrophes gigantesques. Il y a donc fort peu de raisons objectives d'ériger cette armée doublement vaincue en modèle et en objet d'admiration.

Comme a dit un Italien courroucé contre Merkel, « il y a des peuples qui se battent jusqu'à la victoire. Les Allemands, eux, se battent jusqu'à la défaite ».

2) Après ces deux guerres mondiales, ce sont les vaincus qui ont écrit l'histoire. Après 1918, grâce à l'habileté de la propagande du « coup de poignard dans le dos » ; après 1945, à cause de l'anti-soviétisme des Américains, qui ont recyclé les généraux teutons vaincus et les ont laissés beaucoup écrire et parler.

L'efficacité de cette propagande a un effet comique : la recension de cet ouvrage par le Figaro a été abreuvée d'injures d'incompétence par les commentateurs, qui ne sont probablement pas tous des nazis nostalgiques. Seuls quelques courageux ont essayé de remettre un peu de faits dans les mythes, sans grand succès (1).

Non, l'armée allemande n'a pas été vaincue seulement par la supériorité démographique et matérielle de ses ennemis, mais par ses propres déficiences.

Non, les victoires n'ont pas été perdues (« Victoires perdues », titre des mémoires de Von Manstein) par la faute de l'incompétence d'Hitler (ayant le bon goût d'être mort, il ne pouvait plus se défendre).

Non, la Wehrmacht n'a pas été propre, elle a participé à de nombreux actes de barbarie.

Une doctrine inadaptée

Quel est le problème de fond de l'armée allemande (Lopez se concentre sur le deuxième guerre mondiale, mais beaucoup de ses analyses valent pour la première) ?

Avoir une doctrine du XVIIIème siècle pour les guerres du XXème.

Comme au temps du grand Frédéric, l'armée allemande cherche la bataille décisive, qui n'existe pas dans les guerres industrielles du XXème siècle, pour éviter la guerre longue à laquelle elle refuse de se préparer. L'Allemagne elle-même prouve qu'il n'y a pas de bataille décisive contre une nation moderne : elle enchaine les défaites catastrophiques à partir de 1943 et pourtant, aucune de ces batailles n'a été décisive comme a pu l'être Iena.

Les Russes et les Américains ont beaucoup mieux compris que la guerre industrielle ne se jouait pas sur une bataille décisive. La défaite française en 1940 est une anomalie, pas un modèle. D'ailleurs, on sait aujourd'hui que la France aurait pu poursuivre la guerre et l'Allemagne se serait retrouvée avec, sur les bras, la guerre longue qu'elle voulait éviter à tout prix (encore plus qu'avec la seule résistance de l'Angleterre).

Cette doctrine inadaptée a des effets ravageurs. Les Allemands sont excellents en tactique mais cons comme des buses en stratégie (voir la guerre sous-marine à outrance en 1917). Ils négligent le renseignement, la logistique et la gestion des arrières, ont une politique de matériel folle (un V2 porte 2 fois moins d'explosifs qu'un Lancaster pour 3 fois plus cher. Il a fallu 10 ans pour mettre au point le turboréacteur pour une guerre qui en a duré 6. L'Allemagne avait 252 modèles d'avions, 4 fois plus que les Américains).

Pour mesurer à quel point l'armée allemande est déficiente, il faut savoir que Ludendorff a écrit dans ses mémoires (donc au repos, avec le recul) que « la tactique doit prévaloir sur la stratégie pure » !

Prenons l'exemple de Barbarossa, l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941.

Barbarossa

Comme lors des « offensives de la paix » au printemps 1918, à aucun moment, l'état-major allemand ne se donne un critère de réussite : « Pour que l'URSS soit vaincue, il faudra arriver à tel résultat ».

C'est pourquoi la guerre à venir n'est envisagée que comme une succession de batailles d'encerclement sans priorité claire. Halder, qui prépare les plans et qui sera recyclé par les Américains, est si optimiste qu'il veut déclencher l'offensive en septembre ! C'est Hitler (vous savez, celui qui fait perdre les victoires, d'après les généraux survivants) qui insiste pour l'avancer au printemps.

La Wehrmacht, qui n'a pas froid aux yeux, attaque un pays 14 fois plus grand que la France et 6 fois plus peuplé avec, en gros, la même armée et sans aucune priorité.

Elle attaque au nord (en direction de Leningrad), au centre (en direction de Moscou) et au sud (en direction de Stalingrad). Elle fait 3,8 millions de prisonniers, chiffre extraordinaire, mais pour quel résultat stratégique ? Pas grand'chose, comme le prouvera le suite.



Les matériels et les hommes s'usent énormément sans profit, alors qu'une offensive moins folle, plus structurée, auraient été plus efficace à long terme (mais justement, les généraux allemands refusaient par principe le long terme). Ca me rappelle un article passionnant du Fana de l'Aviation expliquant que les déplacements incessants avaient usé la Luftwaffe, indépendamment  de toute opposition russe.

Et comme la logistique a été négligée (la logistique allemande marche au pas des chevaux jusqu'en 1945. Elle avait nettement moins de camions en 1940 que l'armée française. Les panzers ne doivent pas faire illusion), la Wehrmacht se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue.

Aussi bizarre que cela puisse nous paraître aujourd’hui, l’industrie automobile allemande était très insuffisante, d’où les exigences incessantes de camions auprès de Berliet et de Renault.

Les experts en logistique avaient bien averti les généraux, mais, comme ils considéraient cela comme une fonction subalterne, ils n'en ont pas tenu compte. On comparera avec Eisenhower :   « Les amateurs parlent stratégie. Les professionnels parlent logistique ».

Une autre stratégie était-elle possible ? Oui, en partant de l'idée qu'on ne vainc pas une grande nation industrielle avec de la profondeur stratégique en un été et en établissant un plan sur deux ou trois ans avec des priorités claires.

Par exemple, saisir Leningrad pour avoir un port permanent afin de gérer la logistique permettant de s'enfoncer au-delà de l'Oural. Ou, autre priorité possible (mais, évidemment, exclusive des autres, quand tout est prioritaire, rien ne l'est), saisir les ressources minières et industrielles dans le sud pour alimenter l'effort de guerre. Mais Moscou n'était pas un objectif stratégique, comme Napoléon l'a prouvé à ses dépens.

Autre manquement de la pensée stratégique allemande : l'incapacité à rallier les populations conquises, comme en Ukraine. C'était inutile dans l'optique d'une guerre courte, mais, la guerre se prolongeant, cet aspect devient décisif.

De nombreuses occasions ont été ratées en 1941 et la Wehrmacht recommence en 1942 dans la même logique foireuse. Pas étonnant que ça se termine par le raclée de Stalingrad.

Et Hitler, cet imbécile (d'après les généraux vaincus) ? Hé bien, au printemps 1941, il est beaucoup plus inquiet que ses généraux et, dès novembre, il considère que la guerre ne peut plus être gagnée à l'est.

En face, les Russes accumulent les erreurs locales, mais ils ont la bonne approche : penser sur plusieurs années, travailler la logistique, avoir un objectif clair (l'invasion totale de l'Allemagne).



Enfin, on notera que, si, au nom de l'anti-communisme, les Américains ont fait la promotion des généraux allemands vaincus, ils se sont très peu laissés influencer par eux, ce qui témoigne d'un certain bon sens.


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(1) : l’historien militaire Bernd Wegner pouvait écrire en 1995 : « L’historiographie (ouest-)allemande sur la Seconde Guerre mondiale, et tout particulièrement sur la guerre germano-soviétique, pourrait avoir été pendant plus de deux décennies et même en partie jusqu’à nos jours, dans une bien plus forte mesure que nous n’en sommes généralement conscients, une historiographie des vaincus ».

jeudi, juin 06, 2019

Mon Amérique à moi

Iran, Otan : faudra-t-il un jour rompre l’alliance américaine – Jean-Philippe Immarigeon

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Non, ce n’est pas l’accord nucléaire qui est en jeu, ce n’est pas l’Iran que les Américains veulent mettre à genoux, c’est l’Europe. D’aucuns diront qu’il s’agit de la doctrine Bush, de son avertissement aux Européens au surlendemain du 11 septembre 2001 : si vous n’êtes pas derrière nous, c’est que vous êtes contre nous. Les historiens répondront que l’Amérique n’a jamais eu qu’une seule obsession, l’Europe et la France en particulier, que ces inscriptions sur les chars Abrams envahissant l’Irak résumaient parfaitement : Today Baghdad, tomorrow Paris. Et ce n’était pas une boutade : il n’y a pas de second degré dans le discours américain, il faut le prendre brut de décoffrage.

Aussi, lorsque Le Maire s’indigne du délai de soixante jours que nous donne l’Iran pour tenir nos promesses, claironnant que l’Europe ne céderait pas à un ultimatum, réalise-t-il qu’il se trompe de cible ? Car sa collègue des armées a dû répondre ces jours-ci à un autre ultimatum, un vrai celui-là, et pas de Téhéran. Le 1er mai dernier, deux responsables du Pentagone ont dénoncé le Fonds européen de la Défense qui doit financer l’innovation technologique et les projets de coopération dans le domaine militaire, mais qui exclue toute filiale d’une entité installée hors de l’UE. Pour le Pentagone, ces dispositions « ne nuiraient pas seulement aux relations constructives entre l’OTAN et l’UE que nous avons nouées au cours des dernières années, mais pourraient aussi ramener aux discussions parfois conflictuelles sur la défense européenne d’il y a quinze ans ». A cette lettre était jointe une seconde, signée de Gordan Sondland, ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE, exigeant une réponse avant le lundi 10 juin (soit au lendemain de la visite de Trump sur les plages normandes du DDay) sous peine d’actions réciproques – mots diplomatiques pour sanctions.

Que vont faire nos moutons face au loup ? Rien.

[…]

Il ne s’agira pas simplement de sortir de telle ou telle structure intégrée, comme de claquer la porte de l’OTAN, mais de se dégager de son emprise, de retrouver notre souveraineté dans les normes technologiques et la règle de droit, dans les industries au prix sans doute de quelques nationalisations, et surtout – le plus difficile – de retrouver un mode de pensée libre qui ne soit ni celui du management ni celui de l’économie libérale. En un mot revenir peut-être au temps du grand basculement, lorsqu’il y a deux cent cinquante ans un roi de France fit cadeau aux colons anglo-américains des Treize colonies d’une indépendance qu’ils étaient bien incapables d’obtenir seuls sans nos canons et nos vaisseaux. L’heure est venue de réparer cette erreur [il propose que la Grande-Bretagne et la France re-colonise l'Amérique ?].

Jean-Philippe IMMARIGEON

Co-responsable Défense de « République souveraine »
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L'Amérique est notre ennemie parce qu'elle a une stratégie mondiale. Sur cette scène, elle n'a que deux rivales possibles : la Chine aidée de la Russie et l'Europe menée par la France. Il est normal quelle essaie d'abaisser l'Europe (ce qui est insupportable, c'est que cela s'accompagne de leçons de morale).

Je pense que toute idée d'opposition française un peu sérieuse est illusoire mais il est sain d'avoir en tête la bonne perspective.

A l'heure où Macron, cette anti-France en chair et en os, brade les Iles Eparses à Madagascar, je répète l'importance primordiale que j'attache au fait de conserver toutes nos possessions d'outremer.

C'est faisable, ce n'est pas aussi violent qu'une confrontation directe avec les Etas-Unis, et ça préserve la vocation mondiale de la France pour le jour où il se trouvera un homme capable de la relever (c'est aussi en prévision de ce jour que tous les Macron de la terre se dépêchent de nous en débarrasser).

jeudi, février 07, 2019

Le piège américain : la guerre économique en action


L’usage que les Américains font de l’extraterritorialité juridique leur permet de prendre le contrôle des entreprises européennes en leur imposant leurs normes de compliance et en les espionnant. La guerre économique fait usage de la guerre du droit pour imposer sa victoire : gagner des marchés, racheter des entreprises. L’ancien directeur d’une branche d’Alstom, Frédéric Pierucci, a raconté son aventure dans un livre qui vient de paraître Le piège américain, qui est un témoignage de première main sur cette guerre économique qui échappe encore à trop d’acteurs. Il est arrêté en avril 2013 à New York, au moment où il descend de l’avion qui arrive de Singapour, la ville où il réside et où il travaille. Il ne le sait pas encore, mais il passera plus d’un an en prison, à Wyatt, un pénitencier hautement sécurisé. Il découvre que des faits de corruption lui sont reprochés, qui remontent au début des années 2000, lors de la signature d’un contrat d’Alstom en Indonésie. Il découvre surtout que son arrestation est une prise d’otage qui sert à faire pression sur Patrick Kron, alors PDG d’Alstom, pour accélérer la vente de l’entreprise à General Électrique. Resté plusieurs jours sans information, il apprend les événements au compte-goutte et découvre sur le tas le fonctionnement du système judiciaire américain, très différent du nôtre. Alors que le système judiciaire français est l’héritier de l’Inquisition, qui repose sur l’enquête (inquisitio), la recherche de preuves, la confrontation de l’accusé et de l’accusateur et la présomption d’innocence, le système américain est accusatoire. Il faut donc se reconnaître coupable pour pouvoir ensuite négocier sa peine.

L’extraterritorialité, une arme de guerre

La guerre du droit que mènent aujourd’hui les États-Unis découle de la loi Foreign corrupt practices act (FCPA), édictée en 1977 à la suite du Watergate. Cette histoire est certes celle du cambriolage de l’immeuble de campagne des démocrates, mais aussi le financement occulte et la corruption d’agents publics étrangers. De nombreuses entreprises américaines ont versé des pots-de-vin à des intermédiaires et à des responsables étrangers pour obtenir des contrats. Le nouveau président élu, Jimmy Carter, décide donc d’agir et de faire voter une loi pour interdire cela. Les compagnies américaines se voient interdites de payer des commissions à des agents publics étrangers. Deux agences sont chargées de faire respecter cette loi : le DOJ (Department of justice) et la SEC (Security exchange commission), qui attaque les entreprises soupçonnées d’avoir falsifié leurs comptes pour masquer les dépenses liées aux pots-de-vin. La SEC n’intervient que si l’entreprise est cotée sur un marché américain. Le projet est tout à fait louable : il s’agit de lutter contre la corruption, de rendre les affaires davantage éthiques et morales, de mettre un terme à l’usage de « consultants », c’est-à-dire d’agents corrompus et corrupteurs chargés de payer des responsables publics pour obtenir des contrats. Le problème, c’est que la loi ne vaut que si tout le monde la respecte. Les entreprises américaines ne peuvent pas être les seules à refuser la corruption si des entreprises d’autres pays la pratiquent.

Les majors américaines critiquent donc cette loi, considérant qu’elle les handicape sur le marché mondial, les autres pays n’étant pas soumis aux mêmes règles de lutte contre la corruption. En France, il était possible de déclarer les pots-de-vin à un service du ministère des Finances afin de pouvoir les déduire de l’impôt sur les sociétés, ce qu’a fait Alstom jusqu’au milieu des années 2000. De fait, très peu d’entreprises américaines sont sanctionnées par le FCPA : vingt et une entre 1977 et 2001.

En 1998, le Congrès modifie la loi afin de la rendre extraterritoriale. Les États-Unis peuvent désormais poursuivre toute entreprise qui a commercé en dollar, qui a fait usage de mail via des serveurs basés aux États-Unis (type Gmail et Hotmail), ou stocké des données sur des serveurs US (le cloud). Avec cet amendement, cette loi qui pouvait fragiliser l’économie américaine devient un outil d’ingérence et de guerre économique. Au cours des années 2000, le DOJ et la SEC testent l’extraterritorialité et attaquent de plus en plus d’entreprises, en commençant par celles du secteur pharmaceutique.

Le Patriot Act de 2003 donne de nouvelles compétences aux agences américaines. La NSA, la CIA et le FBI ont désormais le droit d’enquêter et d’espionner les salariés des entreprises étrangères, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Les grandes entreprises du numérique partagent leurs informations avec les agences de renseignement américaines (affaire PRISM, 2013).

Les États-Unis militent aussi auprès de l’OCDE pour que les États membres se dotent d’une législation anticorruption. Mais les pays d’Europe n’ont pas les moyens de promulguer des lois extraterritoriales. Ils sont donc piégés. En ayant adhéré à la convention anticorruption de l’OCDE, ils ont autorisé de facto les États-Unis à poursuivre leurs propres entreprises, sans s’être dotés de moyens juridiques pour attaquer en représailles les industries américaines. La Chine et la Russie, n’étant pas membres de l’OCDE, ne sont pas tenues par ces mesures. Les lois anticorruptions deviennent des moyens de contrôle de l’Europe par les États-Unis.

C’est aussi un moyen de financement du Trésor américain. Sur 26 amendes supérieures à 100 millions de dollars, 21 concernent des sociétés non américaines. En réalité, le DOJ n’est pas indépendant, il est tenu par les intérêts des entreprises américaines et par ceux du gouvernement.

Sortir de la naïveté

Les Européens ont fait preuve d’une grande naïveté et ont longtemps nié l’existence de la guerre économique. Ils l’ont découverte à leurs dépens. La BNP a reçu une amende de près de 9 milliards de dollars, Total et Peugeot ont été contraints de quitter l’Iran, laissant leur place à leurs concurrents chinois. Mais c’est aussi l’ensemble des cadres qu’il faut responsabiliser. Dans trop d’entreprises, les données confidentielles sont mises sur le cloud, sans s’interroger sur le lieu réel des serveurs. Les salariés font usage des clefs USB et des téléphones portables sans aucune précaution, et se servent de la messagerie Gmail pour leurs envois professionnels. Les choses changent un peu, mais pas assez vite. Pour ma part, j’utilise désormais la messagerie Protonmail qui, basée en Suisse, stocke les messages dans des serveurs situés dans les anciens abris nucléaires suisses. De quoi limiter l’espionnage de la NSA et du FBI. Dans l’ouvrage, Frédéric Pierucci raconte comment les juges disposent des courriels qu’il a envoyés via Gmail, certains remontant à une dizaine d’années. L’arme du droit est utilisée par les entreprises américaines comme d’autres font usage de l’arme du terrorisme pour mener à bien leur guerre et pour la gagner.

Alstom et la corruption

Alstom a pratiqué la corruption a grande échelle, ce qui a accéléré sa perte. Si l’on suit les propos rapportés par Frédéric Pierucci, les Américains ont exploité les failles éthiques et financières d’Alstom pour s’en emparer. Patrick Kron a cru être plus malin que le DOJ en faisant semblant de coopérer avec lui pour mieux tenter de le berner. La manœuvre a raté. En arrêtant un cadre secondaire du groupe, le DOJ voulait remonter la chaîne de décision et surtout faire pression sur Patrick Kron, qui a compris que c’est lui qui risquait de finir en prison. Dès l’été 2013, il a ouvert des négociations secrètes avec GE pour planifier la vente d’Alstom à l’Américain. Celle-ci n’a été rendue publique qu’à la fin de l’année 2014. Vendre Alstom était une façon d’éponger les dettes et de mettre un terme aux poursuites. C’est là que l’on peut douter de l’indépendance de la justice américaine. Il est fort probable que le DOJ et GE aient travaillé de concert pour affaiblir Alstom et ainsi le racheter.

Le témoignage de Frédéric Pierucci montre les pressions psychologiques subies, la façon dont fonctionne la justice américaine et la corruption interne de certaines entreprises mondiales. Il apporte aussi une réflexion sur le système carcéral, qui détruit et dissout les personnes plus qu’il n’assure leur rachat et ne garantisse le succès de leur sortie. Puisse-il faire prendre conscience de la réalité de la guerre économique et conduire les cadres et les entreprises à s’armer face à la guerre du droit.

vendredi, novembre 23, 2018

Thanksgiving vu par Chesterton

Why Chesterton Despised Thanksgiving Day

En nos temps stupides qui allient puritanisme et morosité, Chesterton est une joie de l'esprit et de l'intelligence.

Chesterton serait épouvanté (mais probablement pas surpris outre mesure) par le néo-puritanisme qui détruit les université occidentales.

Avec son alacrité habituelle, Chesterton propose que la Grande-Bretagne fête Thanksgiving. Comme le jour béni où elle a réussi à se débarrasser de ses pénibles puritains.






jeudi, septembre 27, 2018

Accusations contre Brett Kavanaugh : les gauchistes, piliers du Système, sont de grands dégueulasses

Stéphane Montabert rappelle (bien que cela soit difficile à oublier) à quel point les gauchistes, piliers du Système, sont de grands dégueulasses :

Brett Kavanaugh, prédateur sexuel : plus c'est gros plus ça passe

L'enjeu est simple : Kavanaugh est le candidat de Donald Trump à la Cour Suprême américaine. S'il est validé, les progressistes perdront pour longtemps (les juges sont nommés à vie) la majorité dans ce tribunal dont l'importance peut difficilement être surestimée. Sans la validation de la Cour Suprême, pas de dérive sociétale.

Imaginer que l'irruption, pile-poil au moment névralgique des auditions, de témoignages d'universitaires ouvertement démocrates dénonçant des comportements plus ou moins sexuels de Kavanaugh (38 ans auparavant !) soit le fait du hasard et d'un goût aigu de la vérité relève de la naïveté la plus attendrissante.

Bien sûr, c'est un coup soigneusement monté.

Les faits allégués sont anodins et il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Qui n'a pas pas fait de conneries lors de soirées étudiantes trop arrosées lui jette la première pierre. Et puis même ..

Dans un monde bien fait, ces comportements, s'ils étaient vrais, ne devraient pas empêcher Kavanaugh d'accéder à la Cour Suprême.

Mais, hélas, nous ne sommes pas dans un monde bien fait. Nous sommes dans le monde satanique de l'hystérie médiatique, de la mauvaise foi massive, de l'obsession puritaine et, il faut bien le dire, de l'effondrement de l'intelligence des électeurs (au fait, quelqu'un a entendu parler récemment de l'affaire Fillon ?) et des dirigeants.

Les gauchistes sont d'autant plus à vomir qu'ils ont idolâtré deux authentiques prédateurs sexuels : John Kennedy et Bill Clinton (et DSK en France).

La conclusion de Montabert fait froid dans le dos :

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Nommé en 1991, le juge Clarence Thomas fut le premier à être accusé d'agression sexuelle juste au moment de sa nomination. Encore un Républicain, encore une accusatrice démocrate, encore un timing parfait. Sa réponse reste dans les mémoires. Les Démocrates comprirent alors l'intérêt d'amener plusieurs accusatrices.

Nous ne savons pas encore si Brett Kavanaugh sera élu juge de la Cour Suprême ou non, mais cette affaire laissera des traces. Dans la famille du candidat à la Cour Suprême, pour commencer. Dire que Brett Kavanaugh a été traîné dans la boue serait bien en-deçà de la réalité. L'affaire remet aussi en question la présomption d'innocence et l'exercice du droit: il n'y a plus de procès, plus de confrontation contradictoire, plus d'éléments à charge ou à décharge. Il suffit d'une volée d'accusations portant sur des faits invérifiables remontant à plus de trente ans et un individu parfaitement qualifié peut être jeté au rebut sans autre forme de procès.

Les Démocrates se sont lancés dans un pari extrêmement risqué. Quoi qu'affirment les sondages, il n'est pas certain que le citoyen américain se reconnaisse beaucoup dans les élucubrations de Mme Blasey Ford. La manœuvre pourrait ne pas réussir non plus: le vote se déroule au Congrès, entre des politiciens expérimentés, qui ne sont normalement pas aussi influençables que le quidam moyen. La volonté des Démocrates de jouer la montre est par trop évidente.

Que les Démocrates réussissent ou non, la carrière de Brett Kavanaugh sera définitivement entachée, et à travers lui la réputation de la Cour Suprême et la confiance du peuple américain dans ses institutions. Gageons que toutes les prochaines nominations républicaines verront surgir leur lot de "scandales de la onzième heure".

Et si Brett Kavanaugh l'emporte et rejoint finalement la Cour Suprême, espérons pour les Démocrates qu'il soit aussi bon juge qu'il doive l'être, parce qu'il est peu probable qu'il oublie la façon dont il aura été traité lors de sa nomination.
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Pour vous rasséréner, la conclusion cinglante du juge Thomas, qui est maintenant à la Cour Suprême depuis 27 ans :



Et une conclusion bien française, trouvée dans un commentaire :

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Les Américains sont pusillanimes et paradoxaux : ils n'hésitent pas à balancer deux bombes atomiques sur le Japon, et à tuer plus de 100 000 civils innocents sans états d’âme, mais une simple main aux fesses datant de près d'un demi-siècle les choque, les pauvres choux. Allez comprendre ! 
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Et, pour ces raisons, je regrette que nous nous américanisions à la vitesse grand V :




Compléments :

Peter Hitchens partage mon dégoût de la saloperie gauchiste, se draper dans la vertu tout en faisant un deux-poids-deux mesures de compétition :

It's one rule for Clinton, and another for Trump's Judge

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But here is the inconsistency. Why is Judge Kavanaugh being barbecued by the US Senate, while Bill Clinton goes unscathed? Well, yes, they did try and fail to impeach Mr Clinton, but it was the very people who voted against his impeachment who are now trying to unhorse Judge Kavanaugh. It is plainly about politics, not personal morals.

But nobody wants to revisit this because, really, this issue is about politics, not about principle. The outrage, as so often, is selective and so not real. I am, above all, sorriest for the families of those accused, and of their accusers. And I wish it wasn’t futile to suggest that a return to the stricter sexual morals of the pre-Pill years would make relations between men and women a lot kinder and more civilised than they seem to be now.

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jeudi, août 09, 2018

L'ogre russe

Au cours de mes discussions, j’ai été surpris de constater la crainte russe (je n’aime pas le terme «  russophobie », qui, comme toutes les «  phobies «  psychiatrisent le débat politique) de certains. Voilà un article qui remet les pendules l’heure. Ce que j’ai souligné en rouge dans l’article est la raison fondamentale de ma sérénité face à la Russie (je pense aussi que l’intérêt de la France est dans une alliance avec la Russie). Que les Américains aient intérêt à empêcher un rapprochement des Européens de l’ouest avec la Russie, je le comprends tout à fait, mais, une fois encore, la France n’a pas les mêmes intérêts que l’Amérique, sauf à considérer (c’est le coeur du problème) que notre moins mauvais choix est de nous comporter en colonie atlantiste docile.

Un point fondamental et qui explique en partie qu'il soit si difficile de combattre le complotisme : les dirigeants occidentaux, à force de leçons de morale à géométrie variable (pourquoi faire la la leçon humanitaire à la Russie sur l'Ukraine et pas à l'Arabie Saoudite sur le Yemen ? Pourquoi avoir menti sur les armes de destruction massives en Irak ? Etc.) ont perdu toute crédibilité, non seulement vis-à-vis de l'extérieur, mais vis-à-vis de leurs propres peuples.







«Bots russes» dans l'affaire Benalla : en finir avec la russophobie pavlovienne








FIGAROVOX/TRIBUNE - Joachim Imad revient sur les accusations d'ingérences à l'encontre de la Russie dans l'affaire Benalla. Il y voit le symptôme de l'irrationalité des élites occidentales à l'égard de la Russie et le signe d'une crise de la politique, de plus en plus réduite à une lutte manichéenne dans les sociétés néolibérales.







Joachim Imad est président de l'association souverainiste «Critique de la raison européenne». Il poursuit des études de relations internationales à Sciences Po et de littérature comparée à l'Université Sorbonne-Nouvelle.







Dans «The Manchurian Candidate», chef-d'œuvre du réalisateur américain John Frankenheimer sorti en 1962, des experts soviétiques élaborent une machination sournoise pour déstabiliser les États-Unis et y faire triompher l'idéologie communiste. Ceux-ci prennent en otage Raymond Shaw, un soldat américain combattant en Corée, et recourent à l'hypnose et aux drogues afin de le conditionner et de l'inciter à assassiner le président américain. Ce film est profondément révélateur de la paranoïa anti-russe qui sévit alors dans une Amérique tout juste sortie de l'épisode de la chasse aux sorcières sous le sénateur McCarthy.
Malgré le tournant historique de la fin de la guerre froide, les angoisses liées à la Russie persistent et l'époque tend à se prendre pour une autre. Dans le discours dominant, la Russie est ainsi très souvent présentée comme une puissance tentaculaire, toujours encline à conspirer contre des démocraties occidentales fragiles et fatiguées. La question des prétendues ingérences de Moscou se pose continuellement et les accusations sont légion: soutien à Donald Trump, contribution à la victoire du Brexit et à la montée des velléités indépendantistes en Catalogne, interférence dans la campagne présidentielle française en défaveur d'Emmanuel Macron, etc. À la suite de la publication d'une étude par l'ONG EU DisinfoLab, l'emballement autour de l'affaire Benalla a même été cette semaine imputé à l'activisme numérique de la Russie et d'une «sphère russophile» désireuse de gonfler artificiellement la polémique. Toutes les turpitudes qui frappent les élites occidentales et l'ordre néolibéral seraient ainsi la conséquence de manœuvres russes particulièrement sournoises.





D'autres pays vont bien plus loin que la Russie dans l'ingérence à l'étranger et ne reculent devant rien, pas même devant le droit international.






Il ne s'agit pas évidemment d'être naïf et de nier l'existence de réseaux d'influences russes en Europe ou aux États-Unis. Cela serait d'autant plus absurde que toutes les grandes puissances s'appuient sur leur soft power pour défendre leurs intérêts vitaux à l'étranger et recourent pour cela à des procédés divers. Le problème n'est pas là.
Il réside tout d'abord dans le fait que les accusations pavloviennes envers la Russie sont souvent malhonnêtes. La capacité d'influence de la Russie, et plus largement sa puissance, sont en permanence surévaluées par les élites occidentales. Celles-ci font fi de toutes les limites de la Russie : budget militaire près de dix fois inférieur à celui de l'OTAN, déclin démographique, économie insuffisamment diversifiée et trop dépendante des hydrocarbures, etc. La Russie n'a ni les ambitions impérialistes qu'on lui prête trop souvent, ni les moyens de ces ambitions. Elle pratique plutôt une politique de défense de ses intérêts dans son voisinage et se veut une puissance d'équilibre dans l'ordre international actuel. D'autres pays vont par ailleurs bien plus loin qu'elle dans l'ingérence à l'étranger, dès lors qu'ils jugent que la direction prise par tel ou tel gouvernement est contraire à leurs intérêts, et ne reculent devant rien, pas même devant le droit international. Les exemples de l'invasion de l'Irak et du renversement de Kadhafi en Libye l'ont bien montré. Mais la force du deux poids deux mesures est telle que les élites occidentales sont plus enclines à fermer les yeux sur certains pays que sur la Russie.
Si l'on s'arrête par exemple sur la dernière campagne présidentielle américaine, il est raisonnable de penser que la Russie avait intérêt à ce que Donald Trump l'emporte. Son projet d'approfondir et de pacifier les relations russo-américaines contrastait drastiquement avec l'hostilité manifestée par Hillary Clinton à l'encontre de Moscou. Certains réseaux russes ont certes œuvré en faveur de la victoire du candidat républicain mais cela n'a eu qu'une incidence infime sur le résultat final. Rien qui justifiait en tout cas le poids politico-médiatique que l'affaire a pris. Comme le note le chercheur François-Bernard Huyghe, la seule conséquence de la diffusion de supposées «fake news» anti-Clinton a été de conforter dans leur intention de vote des électeurs qui étaient de toute manière déjà en rupture avec l'establishment américain et la candidate démocrate.





La stratégie d'accuser le Kremlin de tous les maux vise à absoudre les élites de leurs torts et à éviter que l'on s'interroge sur les conséquences des choix politiques faits par celles-ci.






Dans le cas de l'affaire Benalla, les réactions de certains hommes politiques accusant la Russie, à l'image du groupe de centre droit «Agir», ont été tellement virulentes que EU DisinfoLab, l'ONG belge à l'origine de l'affaire, a tenu dans une étude définitive à nuancer ses conclusions initiales et à expliquer qu'il n'y avait pas de preuve d'une ingérence organisée.
Dans des situations si confuses, la stratégie d'accuser le Kremlin de tous les maux qui minent les «démocraties libérales» est extrêmement dangereuse. Cette propension vise souvent, par le recours à une grille d'analyse du réel bien commode, à absoudre les élites de leurs torts et à éviter que l'on s'interroge sur les conséquences des choix politiques faits par celles-ci au cours des dernières années. Le Brexit découle par exemple de problèmes très profonds et inhérents à la société britannique et à la structure de l'Union européenne: paupérisation de la classe moyenne et mécontentement face aux inégalités, insécurité culturelle et désarroi face à l'immigration, volonté de retrouver une indépendance politique dans une nation construite autour de la souveraineté du Parlement, etc. L'expliquer à travers le prisme des manœuvres russes, c'est faire preuve d'une malhonnêteté confondante.
Cette russophobie primaire pose enfin un dernier problème majeur dès lors qu'elle justifie que l'on s'attaque à nouveau à une liberté d'expression déjà fortement fragilisée en France depuis quarante ans. La proposition de loi sur les fausses nouvelles prévoit par exemple, dans son troisième article, de permettre au Conseil supérieur de l'audiovisuel de sanctionner, notamment à coups de retraits de licences, les médias étrangers qui pratiquent la «désinformation». Il est évident que cette mesure n'a pas pour cible al-Jazeera mais bien RT et Radio Sputnik, c'est-à-dire des médias subventionnés par le Kremlin avec qui Emmanuel Macron a un contentieux personnel. Le président français les accuse en effet d'avoir comploté afin d'enrayer son ascension au pouvoir. Ainsi, à cause d'une paranoïa anti-russe et au nom d'un concept de «fake news» aux contours extrêmement flous, c'est à l'édifice permettant le débat démocratique et l'exercice des libertés fondamentales que l'on s'attaque. Alors même que le réel ne se laisse jamais saisir à travers un angle unique, des désaccords sur des faits et sur leur interprétation servent de prétexte au pouvoir en place pour incriminer une vision du monde ou pour disqualifier un adversaire idéologique. La politique est ainsi réduite à une lutte entre le camp du vrai, le fameux «cercle de la raison» d'Alain Minc, et des foules manipulées, par Moscou et plus largement par les populistes, et coupables de mal voter.





La russophobie presque systématique qui se manifeste aujourd'hui en Occident nous raconte ce qu'est devenue la politique : un affrontement manichéen entre l'humanité et ses ennemis.






Ce dernier point est fondamental car la russophobie presque systématique qui se manifeste aujourd'hui en Occident nous raconte ce qu'est devenue la politique : un affrontement manichéen entre l'humanité et ses ennemis. Parer la Russie des attributs du mal dans sa forme chimiquement pure revient à nier à la fois l'essence de la politique et le fait que la tension entre le bien et le mal se manifeste de façon universelle. C'est peut-être d'ailleurs le penseur russe, Alexandre Soljenitsyne, qui retranscrit le mieux les dangers de cette dérive dans son œuvre L'archipel du Goulag: «Peu à peu, j'ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les États ni les classes ni les partis, mais qu'elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l'humanité.»
Ceux qui nient la complexité du monde, par inquiétude sincère sur l'avenir du libéralisme dans leurs sociétés ou par incapacité à supporter le fait que la Russie se soit relevée de la dislocation de l'URSS, ne servent donc pas le débat démocratique qu'ils prétendent aimer. Ils l'empêchent et contribuent par conséquent à rendre le réel plus obscur.
En 1991, le conseiller diplomatique de Gorbatchev, Gueorgui Arbatov avait mis en garde les Occidentaux avec la prédiction suivante: « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi! ». Arbatov s'est trompé. L'ennemi russe est encore là. Le complotisme l'est aussi, et pas toujours là où on l’attend.

vendredi, juillet 20, 2018

Hystérie russo-trumpophobe à Washington

J'ai longuement hésité sur le titre de ce billet. En effet, l'expression « hystérie russo-trumpophobe » est psychologisante et je n'aime pas mélanger politique et psychologie. Mélanger politique et psychologie, c'est un truc médiatique pour nous bourrer le mou, je préfère donc éviter.

Alors, entendons nous bien.

« Hystérie russo-trumpophobe », c'est la forme. En effet, quand on voit comment se comporte la caste washingtonienne vis-à-vis de Trump, on ne peut que se dire qu'elle est très sérieusement grillée du ciboulot, que le tableau de fusibles entier a pété et que ça sent le cramé dans leur cervelle. Mac Cain est d'ailleurs atteint d'un cancer au cerveau (oui, je sais, c'est vache de ma part).

Mais, sur le fond, c'est une banale lutte de pouvoirs comme il y en a eu des milliers depuis la jeunesse du monde.

Le complexe militaro-industriel qui règne de manière incontestée  aux Etats-Unis depuis Eisenhower (et contre lequel il avait averti dans son discours d'adieu) se sent menacé par Trump, qui veut retourner à la tradition isolationniste (et donc non-interventionniste et donc non-dépensière en armements - c'est la tendance de fond même si, ponctuellement, pour brouiller les pistes Trump augmente ces dépenses).

Il y a 600 milliards de dollars en jeu (le budget militaire US) alors, évidemment, ça prend des allures titanesques et des accents shakespeariens.

Bon, je vous laisse avec Bill citant Pat :

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The Reason the Foreign Policy Establishment has Gone Mad

Pat Buchanan :

Not since Robert Welch of the John Birch Society called Dwight Eisenhower a “conscious agent of the Communist conspiracy” have such charges been hurled at a president. But while the Birchers were a bit outside the mainstream, today it is the establishment itself bawling “Treason!”


What explains the hysteria?


[. . .]


Using Occam’s razor, the real explanation for this behavior is the simplest one: America’s elites have been driven over the edge by Trump’s successes and their failures to block him.


Trump is deregulating the economy, cutting taxes, appointing record numbers of federal judges, reshaping the Supreme Court, and using tariffs to cut trade deficits and the bully pulpit to castigate freeloading allies.


Worst of all, Trump clearly intends to carry out his campaign pledge to improve relations with Russia and get along with Vladimir Putin.


“Over our dead bodies!” the Beltway elite seems to be shouting.


Hence the rhetorical WMDs hurled at Trump: liar, dictator, authoritarian, Putin’s poodle, fascist, demagogue, traitor, Nazi.


Such language approaches incitement to violence. One wonders whether the haters are considering the impact of the words they so casually use. Some of us yet recall how Dallas was charged with complicity in the death of JFK for slurs far less toxic than this.


The post-Helsinki hysteria reveals not merely the mindset of the president’s enemies, but the depth of their determination to destroy him.


They intend to break Trump and bring him down, to see him impeached, removed, indicted, and prosecuted, and the agenda on which he ran and was nominated and elected dumped onto the ash heap of history.


Thursday, Trump indicated that he knows exactly what is afoot, and threw down the gauntlet of defiance: “The Fake News Media wants so badly to see a major confrontation with Russia, even a confrontation that could lead to war,” he tweeted. “They are pushing so recklessly hard and hate the fact that I’ll probably have a good relationship with Putin.”


Spot on. Trump is saying: I am going to call off this Cold War II before it breaks out into the hot war that nine U.S. presidents avoided, despite Soviet provocations far graver than Putin’s pilfering of DNC emails showing how Debbie Wasserman Schultz stuck it to Bernie Sanders.


Then the White House suggested Vlad may be coming to dinner this fall.


Trump is edging toward the defining battle of his presidency: a reshaping of U.S. foreign policy to avoid clashes and conflicts with Russia and the shedding of Cold War commitments no longer rooted in the national interests of this country.


Yet should he attempt to carry out his agenda—to get out of Syria, pull troops from Germany, and take a second look at NATO’s Article 5 commitment to go to war for 29 nations, some of which, like Montenegro, most Americans have never heard of—he is headed for the most brutal battle of his presidency.


This Helsinki hysteria is but a taste.


By cheering Brexit, dissing the EU, suggesting NATO is obsolete, departing Syria, trying to get on with Putin, Trump is threatening the entire U.S. foreign policy establishment with what it fears most: irrelevance.


For if there is no war on, no war imminent, and no war wanted, what does a War Party do?


Pitchfork Pat has it exactly right. He hereby earns the highest of the MavPhil accolades, the coveted Plenary Prize for Political Penetration.

Posted by Bill Vallicella on Friday, July 20, 2018 at 04:58 AM in Foreign Policy | Permalink ************

mercredi, juin 13, 2018

Le mythe du sauveur américain 1917-1918 (D. Lormier)

Lormier analyse la contribution matérielle des Américains à la victoire de 1918. Soyons clairs : elle est nulle (je ne m’étends pas sur le sujet, cela me semble une évidence. Mais il faut juste la rappeler : l'armement des Américains était produit ... par les Français et les effectifs opérationnels étaient négligeables).

Il y a cependant une influence politique de l’entrée en guerre américaine (que Lormier néglige) : si la guerre se poursuit en 1919, l’Allemagne aura un ennemi de plus sur les bras.

Par contre, la propagande en a fait des tonnes pour remonter le moral des Européens. Et l’image, totalement fausse, du sauveur américain est restée.




En revanche, il y a une contribution majeure qui a été complètement négligée par la propagande : celle des Italiens, qui ont vaincu l’empire austro-hongrois dans des conditions épouvantables, à travers les Alpes. Cette victoire d’octobre 1917 laisse l’Allemagne sans allié. Elle est décisive (et les chars Renault aussi) et non l'arrivée des Américains.



Je comprends que c’est un premier tome et qu’il y en aura un deuxième.

Mais si l’on s’attache à la deuxième guerre mondiale, comparez Le jour le plus long de Zanuck et Le soldat Ryan de Spielberg. Quelle est la différence ? Le second néglige complètement les contributions anglaises, canadiennes et françaises.

Et qui, bombardé par la propagande hollywoodienne, sait ou se souvient que le plus gros contributeur de la victoire à l’ouest est, de très loin, la Russie et à l’est la Chine, qui a immobilisé pendant toute la guerre les trois quarts des divisions japonaises ?

mardi, mai 22, 2018

Éric Delbecque : « Nous n'avons rien compris de la puissance américaine ! »

Éric Delbecque : « Nous n'avons rien compris de la puissance américaine ! »  (en fait, il veut dire « la classe jacassante, nos dirigeants n'ont rien compris », car je connais des Français de base qui ont parfaitement compris).

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Le danger est donc ailleurs [que dans le complexe militaro-industriel américain] ?

Oui, précisément dans ce que nous vivons actuellement. À travers l'extraterritorialité du droit américain, nous assistons au déploiement d'un dispositif de puissance redoutablement efficace qui prétend imposer ses règles au monde entier. D'un point de vue politique, il convient de l'interpréter de la seule manière possible : c'est une prétention à la domination planétaire. Pas par la violence, bien évidemment, mais par la contrainte indirecte et sous couverture morale.

Les États-Unis disent le bien (« il ne faut pas commercer avec l'Iran car ils représentent une anomalie idéologique et morale ») et les Européens doivent s'aligner sur la parole sacrée… Mais ce qui mérite ici d'être médité, ce n'est pas le mode d'action de nos « alliés » d'Outre-Atlantique, c'est l'inaction européenne depuis vingt-cinq ans. Après tout, les Américains poursuivent la mise en œuvre d'une stratégie que leur offrent leurs différents avantages comparés, ce qui est assez compréhensible. Le drame, c'est que l'Union européenne échoue régulièrement à bâtir une réponse intelligente et décisive à la politique de maîtrise de la mondialisation (industriellement, financièrement, juridiquement, technologiquement) engagée par l'Oncle Sam après la fin du condominium Ouest/Est.

Tout cela a deux conséquences majeures : la première sera de renforcer la détermination russe et chinoise d'édifier une zone d'influence propre, capable de fonctionner selon une philosophie de dissuasion tout en ménageant une mécanique de réciprocité ; la seconde est de pousser l'Europe en dehors de l'Histoire.

N'êtes-vous pas pessimiste ?

Simplement réaliste. Nos entreprises aujourd'hui en relation avec l'Iran sont priées sans ménagement de ranger leurs affaires et d'aller jouer ailleurs… Que faut-il de plus pour regarder le réel en face ? Pour réagir, encore faut-il cesser de minimiser. Nous autres, Européens, nous nous acharnons à vouloir décrypter le présent de 2018 avec les outils intellectuels de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide. Bien sûr, ça ne peut pas fonctionner. Nous croyons être les alliés des Américains de la même manière qu'en 1945 ou qu'en 2001 : c'est inexact et dangereux.

Nous devons « challenger » Washington sur le terrain politique, leur faire comprendre d'une manière ou d'une autre qu'ils se trompent dans leur approche de la puissance et du leadership. C'est ainsi que se comporte un partenaire sincère, indépendant et digne. La condition de vassal craintif qui nous caractérise ne mène à rien. Sans pour autant devenir vindicatifs ou teigneux, nous devons cesser d'être le pilier européen de l'hégémonie américaine pour devenir ce qui est réellement notre vocation depuis toujours: être un point entre les civilisations, entre l'Occident et l'Orient, entre l'Amérique et l'Asie. La France contre les Empires, l'Europe contre les empires: voilà un horizon de sens enthousiasmant, encore faut-il avoir le courage et la force de relever un tel défi.
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De bien belles paroles, mais qui se heurtent toujours au problème des Européens : changer d'élites, virer l'hyper-classe mondialiste vendue à Washington (qui n'est pas l'Amérique entière) et trouver des homes capables de défendre leur pays, et non un autre que le leur.




samedi, mai 05, 2018

Extra-territorialité du droit américain : une erreur stratégique ?

Il faut bien distinguer tactique et stratégie.

Tactiquement, l'extra-territorialité du droit américain est brillante.

Elle a permis d'achever la soumission de l'Europe à l'Amérique. General Electric a pu racheter Alstom pour une bouchée de pain et il faut voir comment les dirigeants d'Airbus et des banques européennes sont terrifiés par les juges américains. D'ailleurs, leur mentalité et leur formation font qu'ils sont tout prêts à se rendre sans combattre. C'est la blague américaine : « Quelle est la première phrase qu'on entend d'un Français ? " Ne tirez pas ! On se rend ! "». Les fameux cheese-eating surrender monkeys.

Notons, pour ne pas être entièrement négatifs, que l'alliance d'Airbus et de Bombardier fit une petite (toute petite) nique aux Ricains.

Mais une réussite tactique peut avoir une effet stratégique destructeur. Les succès de Bonaparte ont uni ses ennemis.

Charles Gave croit que l'extra-territorialité du droit américain (entre autres raisons) pousse la Chine et la Russie à remettre en cause la suprématie du roi-dollar.


Evidemment, cela serait une défaite majeure pour les Etats-Unis, bien plus importante dans ses conséquences à long terme que le petit peu plus de soumission européenne obtenue grâce à l'extra-territorialité du droit américain.

A l'inverse, les accords du Plaza de 1985 ont stérilisé la concurrence japonaise de manière durable, exemple de mouvement stratégique efficace.

Nous vivons des temps intéressants.

Petit complément :