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jeudi, juillet 30, 2020
vendredi, décembre 27, 2019
La Wehrmacht, la fin d'un mythe (sous la direction de J. Lopez)
Ouvrage tout à fait remarquable, que je vous conseille. Recueil d'une cinquantaine de monographies qui forment un tout cohérent, avec cartes et photographies, accompagnées d'encadrés thématiques.
Pour bien comprendre l'histoire et la légende de l'armée allemande au XXème siècle, il faut avoir en tête, deux idées maîtresses :
1) L'Allemagne a déclenché les deux guerres mondiales en espérant les emporter par la force. L'armée allemande a perdu ces deux guerres mondiales dans des catastrophes gigantesques. Il y a donc fort peu de raisons objectives d'ériger cette armée doublement vaincue en modèle et en objet d'admiration.
Comme a dit un Italien courroucé contre Merkel, « il y a des peuples qui se battent jusqu'à la victoire. Les Allemands, eux, se battent jusqu'à la défaite ».
2) Après ces deux guerres mondiales, ce sont les vaincus qui ont écrit l'histoire. Après 1918, grâce à l'habileté de la propagande du « coup de poignard dans le dos » ; après 1945, à cause de l'anti-soviétisme des Américains, qui ont recyclé les généraux teutons vaincus et les ont laissés beaucoup écrire et parler.
L'efficacité de cette propagande a un effet comique : la recension de cet ouvrage par le Figaro a été abreuvée d'injures d'incompétence par les commentateurs, qui ne sont probablement pas tous des nazis nostalgiques. Seuls quelques courageux ont essayé de remettre un peu de faits dans les mythes, sans grand succès (1).
Non, l'armée allemande n'a pas été vaincue seulement par la supériorité démographique et matérielle de ses ennemis, mais par ses propres déficiences.
Non, les victoires n'ont pas été perdues (« Victoires perdues », titre des mémoires de Von Manstein) par la faute de l'incompétence d'Hitler (ayant le bon goût d'être mort, il ne pouvait plus se défendre).
Non, la Wehrmacht n'a pas été propre, elle a participé à de nombreux actes de barbarie.
Une doctrine inadaptée
Quel est le problème de fond de l'armée allemande (Lopez se concentre sur le deuxième guerre mondiale, mais beaucoup de ses analyses valent pour la première) ?
Avoir une doctrine du XVIIIème siècle pour les guerres du XXème.
Comme au temps du grand Frédéric, l'armée allemande cherche la bataille décisive, qui n'existe pas dans les guerres industrielles du XXème siècle, pour éviter la guerre longue à laquelle elle refuse de se préparer. L'Allemagne elle-même prouve qu'il n'y a pas de bataille décisive contre une nation moderne : elle enchaine les défaites catastrophiques à partir de 1943 et pourtant, aucune de ces batailles n'a été décisive comme a pu l'être Iena.
Les Russes et les Américains ont beaucoup mieux compris que la guerre industrielle ne se jouait pas sur une bataille décisive. La défaite française en 1940 est une anomalie, pas un modèle. D'ailleurs, on sait aujourd'hui que la France aurait pu poursuivre la guerre et l'Allemagne se serait retrouvée avec, sur les bras, la guerre longue qu'elle voulait éviter à tout prix (encore plus qu'avec la seule résistance de l'Angleterre).
Cette doctrine inadaptée a des effets ravageurs. Les Allemands sont excellents en tactique mais cons comme des buses en stratégie (voir la guerre sous-marine à outrance en 1917). Ils négligent le renseignement, la logistique et la gestion des arrières, ont une politique de matériel folle (un V2 porte 2 fois moins d'explosifs qu'un Lancaster pour 3 fois plus cher. Il a fallu 10 ans pour mettre au point le turboréacteur pour une guerre qui en a duré 6. L'Allemagne avait 252 modèles d'avions, 4 fois plus que les Américains).
Pour mesurer à quel point l'armée allemande est déficiente, il faut savoir que Ludendorff a écrit dans ses mémoires (donc au repos, avec le recul) que « la tactique doit prévaloir sur la stratégie pure » !
Prenons l'exemple de Barbarossa, l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941.
Barbarossa
Comme lors des « offensives de la paix » au printemps 1918, à aucun moment, l'état-major allemand ne se donne un critère de réussite : « Pour que l'URSS soit vaincue, il faudra arriver à tel résultat ».
C'est pourquoi la guerre à venir n'est envisagée que comme une succession de batailles d'encerclement sans priorité claire. Halder, qui prépare les plans et qui sera recyclé par les Américains, est si optimiste qu'il veut déclencher l'offensive en septembre ! C'est Hitler (vous savez, celui qui fait perdre les victoires, d'après les généraux survivants) qui insiste pour l'avancer au printemps.
La Wehrmacht, qui n'a pas froid aux yeux, attaque un pays 14 fois plus grand que la France et 6 fois plus peuplé avec, en gros, la même armée et sans aucune priorité.
Elle attaque au nord (en direction de Leningrad), au centre (en direction de Moscou) et au sud (en direction de Stalingrad). Elle fait 3,8 millions de prisonniers, chiffre extraordinaire, mais pour quel résultat stratégique ? Pas grand'chose, comme le prouvera le suite.
Les matériels et les hommes s'usent énormément sans profit, alors qu'une offensive moins folle, plus structurée, auraient été plus efficace à long terme (mais justement, les généraux allemands refusaient par principe le long terme). Ca me rappelle un article passionnant du Fana de l'Aviation expliquant que les déplacements incessants avaient usé la Luftwaffe, indépendamment de toute opposition russe.
Et comme la logistique a été négligée (la logistique allemande marche au pas des chevaux jusqu'en 1945. Elle avait nettement moins de camions en 1940 que l'armée française. Les panzers ne doivent pas faire illusion), la Wehrmacht se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue.
Aussi bizarre que cela puisse nous paraître aujourd’hui, l’industrie automobile allemande était très insuffisante, d’où les exigences incessantes de camions auprès de Berliet et de Renault.
Les experts en logistique avaient bien averti les généraux, mais, comme ils considéraient cela comme une fonction subalterne, ils n'en ont pas tenu compte. On comparera avec Eisenhower : « Les amateurs parlent stratégie. Les professionnels parlent logistique ».
Une autre stratégie était-elle possible ? Oui, en partant de l'idée qu'on ne vainc pas une grande nation industrielle avec de la profondeur stratégique en un été et en établissant un plan sur deux ou trois ans avec des priorités claires.
Par exemple, saisir Leningrad pour avoir un port permanent afin de gérer la logistique permettant de s'enfoncer au-delà de l'Oural. Ou, autre priorité possible (mais, évidemment, exclusive des autres, quand tout est prioritaire, rien ne l'est), saisir les ressources minières et industrielles dans le sud pour alimenter l'effort de guerre. Mais Moscou n'était pas un objectif stratégique, comme Napoléon l'a prouvé à ses dépens.
Autre manquement de la pensée stratégique allemande : l'incapacité à rallier les populations conquises, comme en Ukraine. C'était inutile dans l'optique d'une guerre courte, mais, la guerre se prolongeant, cet aspect devient décisif.
De nombreuses occasions ont été ratées en 1941 et la Wehrmacht recommence en 1942 dans la même logique foireuse. Pas étonnant que ça se termine par le raclée de Stalingrad.
Et Hitler, cet imbécile (d'après les généraux vaincus) ? Hé bien, au printemps 1941, il est beaucoup plus inquiet que ses généraux et, dès novembre, il considère que la guerre ne peut plus être gagnée à l'est.
En face, les Russes accumulent les erreurs locales, mais ils ont la bonne approche : penser sur plusieurs années, travailler la logistique, avoir un objectif clair (l'invasion totale de l'Allemagne).
Enfin, on notera que, si, au nom de l'anti-communisme, les Américains ont fait la promotion des généraux allemands vaincus, ils se sont très peu laissés influencer par eux, ce qui témoigne d'un certain bon sens.
****************
(1) : l’historien militaire Bernd Wegner pouvait écrire en 1995 : « L’historiographie (ouest-)allemande sur la Seconde Guerre mondiale, et tout particulièrement sur la guerre germano-soviétique, pourrait avoir été pendant plus de deux décennies et même en partie jusqu’à nos jours, dans une bien plus forte mesure que nous n’en sommes généralement conscients, une historiographie des vaincus ».
Pour bien comprendre l'histoire et la légende de l'armée allemande au XXème siècle, il faut avoir en tête, deux idées maîtresses :
1) L'Allemagne a déclenché les deux guerres mondiales en espérant les emporter par la force. L'armée allemande a perdu ces deux guerres mondiales dans des catastrophes gigantesques. Il y a donc fort peu de raisons objectives d'ériger cette armée doublement vaincue en modèle et en objet d'admiration.
Comme a dit un Italien courroucé contre Merkel, « il y a des peuples qui se battent jusqu'à la victoire. Les Allemands, eux, se battent jusqu'à la défaite ».
2) Après ces deux guerres mondiales, ce sont les vaincus qui ont écrit l'histoire. Après 1918, grâce à l'habileté de la propagande du « coup de poignard dans le dos » ; après 1945, à cause de l'anti-soviétisme des Américains, qui ont recyclé les généraux teutons vaincus et les ont laissés beaucoup écrire et parler.
L'efficacité de cette propagande a un effet comique : la recension de cet ouvrage par le Figaro a été abreuvée d'injures d'incompétence par les commentateurs, qui ne sont probablement pas tous des nazis nostalgiques. Seuls quelques courageux ont essayé de remettre un peu de faits dans les mythes, sans grand succès (1).
Non, l'armée allemande n'a pas été vaincue seulement par la supériorité démographique et matérielle de ses ennemis, mais par ses propres déficiences.
Non, les victoires n'ont pas été perdues (« Victoires perdues », titre des mémoires de Von Manstein) par la faute de l'incompétence d'Hitler (ayant le bon goût d'être mort, il ne pouvait plus se défendre).
Non, la Wehrmacht n'a pas été propre, elle a participé à de nombreux actes de barbarie.
Une doctrine inadaptée
Quel est le problème de fond de l'armée allemande (Lopez se concentre sur le deuxième guerre mondiale, mais beaucoup de ses analyses valent pour la première) ?
Avoir une doctrine du XVIIIème siècle pour les guerres du XXème.
Comme au temps du grand Frédéric, l'armée allemande cherche la bataille décisive, qui n'existe pas dans les guerres industrielles du XXème siècle, pour éviter la guerre longue à laquelle elle refuse de se préparer. L'Allemagne elle-même prouve qu'il n'y a pas de bataille décisive contre une nation moderne : elle enchaine les défaites catastrophiques à partir de 1943 et pourtant, aucune de ces batailles n'a été décisive comme a pu l'être Iena.
Les Russes et les Américains ont beaucoup mieux compris que la guerre industrielle ne se jouait pas sur une bataille décisive. La défaite française en 1940 est une anomalie, pas un modèle. D'ailleurs, on sait aujourd'hui que la France aurait pu poursuivre la guerre et l'Allemagne se serait retrouvée avec, sur les bras, la guerre longue qu'elle voulait éviter à tout prix (encore plus qu'avec la seule résistance de l'Angleterre).
Cette doctrine inadaptée a des effets ravageurs. Les Allemands sont excellents en tactique mais cons comme des buses en stratégie (voir la guerre sous-marine à outrance en 1917). Ils négligent le renseignement, la logistique et la gestion des arrières, ont une politique de matériel folle (un V2 porte 2 fois moins d'explosifs qu'un Lancaster pour 3 fois plus cher. Il a fallu 10 ans pour mettre au point le turboréacteur pour une guerre qui en a duré 6. L'Allemagne avait 252 modèles d'avions, 4 fois plus que les Américains).
Pour mesurer à quel point l'armée allemande est déficiente, il faut savoir que Ludendorff a écrit dans ses mémoires (donc au repos, avec le recul) que « la tactique doit prévaloir sur la stratégie pure » !
Prenons l'exemple de Barbarossa, l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941.
Barbarossa
Comme lors des « offensives de la paix » au printemps 1918, à aucun moment, l'état-major allemand ne se donne un critère de réussite : « Pour que l'URSS soit vaincue, il faudra arriver à tel résultat ».
C'est pourquoi la guerre à venir n'est envisagée que comme une succession de batailles d'encerclement sans priorité claire. Halder, qui prépare les plans et qui sera recyclé par les Américains, est si optimiste qu'il veut déclencher l'offensive en septembre ! C'est Hitler (vous savez, celui qui fait perdre les victoires, d'après les généraux survivants) qui insiste pour l'avancer au printemps.
La Wehrmacht, qui n'a pas froid aux yeux, attaque un pays 14 fois plus grand que la France et 6 fois plus peuplé avec, en gros, la même armée et sans aucune priorité.
Elle attaque au nord (en direction de Leningrad), au centre (en direction de Moscou) et au sud (en direction de Stalingrad). Elle fait 3,8 millions de prisonniers, chiffre extraordinaire, mais pour quel résultat stratégique ? Pas grand'chose, comme le prouvera le suite.
Les matériels et les hommes s'usent énormément sans profit, alors qu'une offensive moins folle, plus structurée, auraient été plus efficace à long terme (mais justement, les généraux allemands refusaient par principe le long terme). Ca me rappelle un article passionnant du Fana de l'Aviation expliquant que les déplacements incessants avaient usé la Luftwaffe, indépendamment de toute opposition russe.
Et comme la logistique a été négligée (la logistique allemande marche au pas des chevaux jusqu'en 1945. Elle avait nettement moins de camions en 1940 que l'armée française. Les panzers ne doivent pas faire illusion), la Wehrmacht se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue.
Aussi bizarre que cela puisse nous paraître aujourd’hui, l’industrie automobile allemande était très insuffisante, d’où les exigences incessantes de camions auprès de Berliet et de Renault.
Les experts en logistique avaient bien averti les généraux, mais, comme ils considéraient cela comme une fonction subalterne, ils n'en ont pas tenu compte. On comparera avec Eisenhower : « Les amateurs parlent stratégie. Les professionnels parlent logistique ».
Une autre stratégie était-elle possible ? Oui, en partant de l'idée qu'on ne vainc pas une grande nation industrielle avec de la profondeur stratégique en un été et en établissant un plan sur deux ou trois ans avec des priorités claires.
Par exemple, saisir Leningrad pour avoir un port permanent afin de gérer la logistique permettant de s'enfoncer au-delà de l'Oural. Ou, autre priorité possible (mais, évidemment, exclusive des autres, quand tout est prioritaire, rien ne l'est), saisir les ressources minières et industrielles dans le sud pour alimenter l'effort de guerre. Mais Moscou n'était pas un objectif stratégique, comme Napoléon l'a prouvé à ses dépens.
Autre manquement de la pensée stratégique allemande : l'incapacité à rallier les populations conquises, comme en Ukraine. C'était inutile dans l'optique d'une guerre courte, mais, la guerre se prolongeant, cet aspect devient décisif.
De nombreuses occasions ont été ratées en 1941 et la Wehrmacht recommence en 1942 dans la même logique foireuse. Pas étonnant que ça se termine par le raclée de Stalingrad.
Et Hitler, cet imbécile (d'après les généraux vaincus) ? Hé bien, au printemps 1941, il est beaucoup plus inquiet que ses généraux et, dès novembre, il considère que la guerre ne peut plus être gagnée à l'est.
En face, les Russes accumulent les erreurs locales, mais ils ont la bonne approche : penser sur plusieurs années, travailler la logistique, avoir un objectif clair (l'invasion totale de l'Allemagne).
Enfin, on notera que, si, au nom de l'anti-communisme, les Américains ont fait la promotion des généraux allemands vaincus, ils se sont très peu laissés influencer par eux, ce qui témoigne d'un certain bon sens.
****************
(1) : l’historien militaire Bernd Wegner pouvait écrire en 1995 : « L’historiographie (ouest-)allemande sur la Seconde Guerre mondiale, et tout particulièrement sur la guerre germano-soviétique, pourrait avoir été pendant plus de deux décennies et même en partie jusqu’à nos jours, dans une bien plus forte mesure que nous n’en sommes généralement conscients, une historiographie des vaincus ».
mardi, juin 04, 2019
Poutine pas invité le 6 juin. Par contre, la grosse vache teutonne ... Quelle classe, la France de 2019 !
20 millions de morts, ça ne suffit peut-être pas pour être invité à batifoler sur les plages normandes avec Trump.
Rappelons que l'offensive Bagration est la plus grosse opération de l'été 1944. Les Allemands vont y perdre plus de troupes qu'à l'ouest.
C'est toujours la même histoire : Macron, c'est l'anti-fidélité, l'anti-héritage, l'ingratitude, la trahison du bien commun. Bref, en un mot comme en cent, l'anti-France.
J'ai honte.
Rappelons que l'offensive Bagration est la plus grosse opération de l'été 1944. Les Allemands vont y perdre plus de troupes qu'à l'ouest.
C'est toujours la même histoire : Macron, c'est l'anti-fidélité, l'anti-héritage, l'ingratitude, la trahison du bien commun. Bref, en un mot comme en cent, l'anti-France.
J'ai honte.
dimanche, août 12, 2018
La « russophobie » et « la sino.. », ha bin non, y a pas de « la sinophobie »
C'est un commentaire que j'ai fait sous ce billet :
fboizard Modo yoananda • il y a 2 jours
Visiblement, Peter Hitchens a les mêmes préoccupations :
L'obsession russe me semble une construction très orientée. Ceux qui l'ont se croient très malins, ils voient tout ce que les imbéciles comme moi ne voient pas.
Sauf que ça ne correspond absolument pas aux données stratégiques (population, richesse, etc.) les plus élémentaires. Les abrutis s'obsèdent de détails sans voir le tableau d'ensemble.
Mais évidemment, s'attaquer à un vrai puissant comme la Chine, ça demande des couilles.
Bref, l'obsession russe est un épisode oriental de fort avec les faibles, faible avec les forts. Bravo, les gars !
Assez d'accord. Mais vous mesurez qu'il y a loin entre cette analyse raisonnable [de la menace russe] et la paranoïa russophobe d'un Robert Marchenoir par exemple (puisque vous le citez).
Il y a un point qui ne trompe pas pour confondre l'irrationalité des exaltés anti-russes : ils ne parlent pas ou peu de la Chine, qui est autrement plus puissante et plus ambitieuse que la Russie.
Que la Russie soit une menace, OK. Qu'elle soit la seule, ou même la principale, c'est risible. Qu'elle doive être une obsession, c'est clownesque.
Visiblement, Peter Hitchens a les mêmes préoccupations :
Watch out for the true menace
Amid our exaggerated fear and loathing of Russia, we are strangely uninterested in the dangerous despotism of China, which does not just flatten free speech on its own territory, but seeks to do so here.
A notable critic of Peking’s behaviour in Hong Kong, Benedict Rogers, has been the victim of an extraordinary personal attack which must, in my view, have come directly from the Chinese state.
His Surrey neighbours (the entire street) have been sent anonymous letters telling lies about him and denouncing him, trying to soften the impact with fake humour. They include a photograph of him and the words ‘Watch him’. The nameless correspondent has even sent a letter to Mr Rogers’s mother, in rural Dorset (how did they find her?) saying: ‘We, as a Chinese race… care not to be lectured, watched or bullied by your son.’
One man, bullying a superpower? I have also heard of Chinese attempts to put pressure on British student societies which have dared to host critics of their regime. It is not enough to silence dissent at home. They want to do it here, too. Watch them.
L'obsession russe me semble une construction très orientée. Ceux qui l'ont se croient très malins, ils voient tout ce que les imbéciles comme moi ne voient pas.
Sauf que ça ne correspond absolument pas aux données stratégiques (population, richesse, etc.) les plus élémentaires. Les abrutis s'obsèdent de détails sans voir le tableau d'ensemble.
Mais évidemment, s'attaquer à un vrai puissant comme la Chine, ça demande des couilles.
Bref, l'obsession russe est un épisode oriental de fort avec les faibles, faible avec les forts. Bravo, les gars !
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jeudi, août 09, 2018
L'ogre russe
Au cours de mes discussions, j’ai été surpris de constater la crainte russe (je n’aime pas le terme « russophobie », qui, comme toutes les « phobies « psychiatrisent le débat politique) de certains. Voilà un article qui remet les pendules l’heure. Ce que j’ai souligné en rouge dans l’article est la raison fondamentale de ma sérénité face à la Russie (je pense aussi que l’intérêt de la France est dans une alliance avec la Russie). Que les Américains aient intérêt à empêcher un rapprochement des Européens de l’ouest avec la Russie, je le comprends tout à fait, mais, une fois encore, la France n’a pas les mêmes intérêts que l’Amérique, sauf à considérer (c’est le coeur du problème) que notre moins mauvais choix est de nous comporter en colonie atlantiste docile.
Un point fondamental et qui explique en partie qu'il soit si difficile de combattre le complotisme : les dirigeants occidentaux, à force de leçons de morale à géométrie variable (pourquoi faire la la leçon humanitaire à la Russie sur l'Ukraine et pas à l'Arabie Saoudite sur le Yemen ? Pourquoi avoir menti sur les armes de destruction massives en Irak ? Etc.) ont perdu toute crédibilité, non seulement vis-à-vis de l'extérieur, mais vis-à-vis de leurs propres peuples.
Un point fondamental et qui explique en partie qu'il soit si difficile de combattre le complotisme : les dirigeants occidentaux, à force de leçons de morale à géométrie variable (pourquoi faire la la leçon humanitaire à la Russie sur l'Ukraine et pas à l'Arabie Saoudite sur le Yemen ? Pourquoi avoir menti sur les armes de destruction massives en Irak ? Etc.) ont perdu toute crédibilité, non seulement vis-à-vis de l'extérieur, mais vis-à-vis de leurs propres peuples.
«Bots russes» dans l'affaire Benalla : en finir avec la russophobie pavlovienne
FIGAROVOX/TRIBUNE - Joachim Imad revient sur les accusations d'ingérences à l'encontre de la Russie dans l'affaire Benalla. Il y voit le symptôme de l'irrationalité des élites occidentales à l'égard de la Russie et le signe d'une crise de la politique, de plus en plus réduite à une lutte manichéenne dans les sociétés néolibérales.
Joachim Imad est président de l'association souverainiste «Critique de la raison européenne». Il poursuit des études de relations internationales à Sciences Po et de littérature comparée à l'Université Sorbonne-Nouvelle.
Dans «The Manchurian Candidate», chef-d'œuvre du réalisateur américain John Frankenheimer sorti en 1962, des experts soviétiques élaborent une machination sournoise pour déstabiliser les États-Unis et y faire triompher l'idéologie communiste. Ceux-ci prennent en otage Raymond Shaw, un soldat américain combattant en Corée, et recourent à l'hypnose et aux drogues afin de le conditionner et de l'inciter à assassiner le président américain. Ce film est profondément révélateur de la paranoïa anti-russe qui sévit alors dans une Amérique tout juste sortie de l'épisode de la chasse aux sorcières sous le sénateur McCarthy.
Malgré le tournant historique de la fin de la guerre froide, les angoisses liées à la Russie persistent et l'époque tend à se prendre pour une autre. Dans le discours dominant, la Russie est ainsi très souvent présentée comme une puissance tentaculaire, toujours encline à conspirer contre des démocraties occidentales fragiles et fatiguées. La question des prétendues ingérences de Moscou se pose continuellement et les accusations sont légion: soutien à Donald Trump, contribution à la victoire du Brexit et à la montée des velléités indépendantistes en Catalogne, interférence dans la campagne présidentielle française en défaveur d'Emmanuel Macron, etc. À la suite de la publication d'une étude par l'ONG EU DisinfoLab, l'emballement autour de l'affaire Benalla a même été cette semaine imputé à l'activisme numérique de la Russie et d'une «sphère russophile» désireuse de gonfler artificiellement la polémique. Toutes les turpitudes qui frappent les élites occidentales et l'ordre néolibéral seraient ainsi la conséquence de manœuvres russes particulièrement sournoises.
D'autres pays vont bien plus loin que la Russie dans l'ingérence à l'étranger et ne reculent devant rien, pas même devant le droit international.
Il ne s'agit pas évidemment d'être naïf et de nier l'existence de réseaux d'influences russes en Europe ou aux États-Unis. Cela serait d'autant plus absurde que toutes les grandes puissances s'appuient sur leur soft power pour défendre leurs intérêts vitaux à l'étranger et recourent pour cela à des procédés divers. Le problème n'est pas là.
Il réside tout d'abord dans le fait que les accusations pavloviennes envers la Russie sont souvent malhonnêtes. La capacité d'influence de la Russie, et plus largement sa puissance, sont en permanence surévaluées par les élites occidentales. Celles-ci font fi de toutes les limites de la Russie : budget militaire près de dix fois inférieur à celui de l'OTAN, déclin démographique, économie insuffisamment diversifiée et trop dépendante des hydrocarbures, etc. La Russie n'a ni les ambitions impérialistes qu'on lui prête trop souvent, ni les moyens de ces ambitions. Elle pratique plutôt une politique de défense de ses intérêts dans son voisinage et se veut une puissance d'équilibre dans l'ordre international actuel. D'autres pays vont par ailleurs bien plus loin qu'elle dans l'ingérence à l'étranger, dès lors qu'ils jugent que la direction prise par tel ou tel gouvernement est contraire à leurs intérêts, et ne reculent devant rien, pas même devant le droit international. Les exemples de l'invasion de l'Irak et du renversement de Kadhafi en Libye l'ont bien montré. Mais la force du deux poids deux mesures est telle que les élites occidentales sont plus enclines à fermer les yeux sur certains pays que sur la Russie.
Si l'on s'arrête par exemple sur la dernière campagne présidentielle américaine, il est raisonnable de penser que la Russie avait intérêt à ce que Donald Trump l'emporte. Son projet d'approfondir et de pacifier les relations russo-américaines contrastait drastiquement avec l'hostilité manifestée par Hillary Clinton à l'encontre de Moscou. Certains réseaux russes ont certes œuvré en faveur de la victoire du candidat républicain mais cela n'a eu qu'une incidence infime sur le résultat final. Rien qui justifiait en tout cas le poids politico-médiatique que l'affaire a pris. Comme le note le chercheur François-Bernard Huyghe, la seule conséquence de la diffusion de supposées «fake news» anti-Clinton a été de conforter dans leur intention de vote des électeurs qui étaient de toute manière déjà en rupture avec l'establishment américain et la candidate démocrate.
La stratégie d'accuser le Kremlin de tous les maux vise à absoudre les élites de leurs torts et à éviter que l'on s'interroge sur les conséquences des choix politiques faits par celles-ci.
Dans le cas de l'affaire Benalla, les réactions de certains hommes politiques accusant la Russie, à l'image du groupe de centre droit «Agir», ont été tellement virulentes que EU DisinfoLab, l'ONG belge à l'origine de l'affaire, a tenu dans une étude définitive à nuancer ses conclusions initiales et à expliquer qu'il n'y avait pas de preuve d'une ingérence organisée.
Dans des situations si confuses, la stratégie d'accuser le Kremlin de tous les maux qui minent les «démocraties libérales» est extrêmement dangereuse. Cette propension vise souvent, par le recours à une grille d'analyse du réel bien commode, à absoudre les élites de leurs torts et à éviter que l'on s'interroge sur les conséquences des choix politiques faits par celles-ci au cours des dernières années. Le Brexit découle par exemple de problèmes très profonds et inhérents à la société britannique et à la structure de l'Union européenne: paupérisation de la classe moyenne et mécontentement face aux inégalités, insécurité culturelle et désarroi face à l'immigration, volonté de retrouver une indépendance politique dans une nation construite autour de la souveraineté du Parlement, etc. L'expliquer à travers le prisme des manœuvres russes, c'est faire preuve d'une malhonnêteté confondante.
Cette russophobie primaire pose enfin un dernier problème majeur dès lors qu'elle justifie que l'on s'attaque à nouveau à une liberté d'expression déjà fortement fragilisée en France depuis quarante ans. La proposition de loi sur les fausses nouvelles prévoit par exemple, dans son troisième article, de permettre au Conseil supérieur de l'audiovisuel de sanctionner, notamment à coups de retraits de licences, les médias étrangers qui pratiquent la «désinformation». Il est évident que cette mesure n'a pas pour cible al-Jazeera mais bien RT et Radio Sputnik, c'est-à-dire des médias subventionnés par le Kremlin avec qui Emmanuel Macron a un contentieux personnel. Le président français les accuse en effet d'avoir comploté afin d'enrayer son ascension au pouvoir. Ainsi, à cause d'une paranoïa anti-russe et au nom d'un concept de «fake news» aux contours extrêmement flous, c'est à l'édifice permettant le débat démocratique et l'exercice des libertés fondamentales que l'on s'attaque. Alors même que le réel ne se laisse jamais saisir à travers un angle unique, des désaccords sur des faits et sur leur interprétation servent de prétexte au pouvoir en place pour incriminer une vision du monde ou pour disqualifier un adversaire idéologique. La politique est ainsi réduite à une lutte entre le camp du vrai, le fameux «cercle de la raison» d'Alain Minc, et des foules manipulées, par Moscou et plus largement par les populistes, et coupables de mal voter.
La russophobie presque systématique qui se manifeste aujourd'hui en Occident nous raconte ce qu'est devenue la politique : un affrontement manichéen entre l'humanité et ses ennemis.
Ce dernier point est fondamental car la russophobie presque systématique qui se manifeste aujourd'hui en Occident nous raconte ce qu'est devenue la politique : un affrontement manichéen entre l'humanité et ses ennemis. Parer la Russie des attributs du mal dans sa forme chimiquement pure revient à nier à la fois l'essence de la politique et le fait que la tension entre le bien et le mal se manifeste de façon universelle. C'est peut-être d'ailleurs le penseur russe, Alexandre Soljenitsyne, qui retranscrit le mieux les dangers de cette dérive dans son œuvre L'archipel du Goulag: «Peu à peu, j'ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les États ni les classes ni les partis, mais qu'elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l'humanité.»
Ceux qui nient la complexité du monde, par inquiétude sincère sur l'avenir du libéralisme dans leurs sociétés ou par incapacité à supporter le fait que la Russie se soit relevée de la dislocation de l'URSS, ne servent donc pas le débat démocratique qu'ils prétendent aimer. Ils l'empêchent et contribuent par conséquent à rendre le réel plus obscur.
En 1991, le conseiller diplomatique de Gorbatchev, Gueorgui Arbatov avait mis en garde les Occidentaux avec la prédiction suivante: « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi! ». Arbatov s'est trompé. L'ennemi russe est encore là. Le complotisme l'est aussi, et pas toujours là où on l’attend.
Libellés :
Amérique,
Russie,
trahison de la classe dirigeante
mardi, avril 24, 2018
La désaméricanisation de l’économie mondiale
C’est une stratégie de long terme : la Chine et la Russie s’entendent pour désaméricaniser l’économie mondiale.
Les Russes ont créé un système de paiement substitut à SWIFT (le système mondial sous contrôle des Américains, votre compte en banque a un numéro SWIFT), après avoir été ennuyés par les sanctions américaines.
La Russie et la Chine achètent à tour de bras de l’or. Il se dit (et eux-mêmes s’en cachent à peine) qu’ils veulent recréer un étalon-or et ainsi faire concurrence au roi-dollar.
La Chine « yuanise » petit à petit ses transactions dans sa sphère de co-prospérité asiatique et tente d’imposer le « pétro-yuan ».
Je n’y crois pas trop. Je suis dubitatif, j’attends de voir.
En effet, le fondement réel d’une monnaie n’est pas l’or mais la puissance de l’économie émettrice. Je ne suis pas sûr que l’économie chinoise soit à la veille de dépasser l’économie américaine (les statistiques quantitatives sont trompeuses, il y a aussi la qualité). Les GAFA sont toujours américains et leurs équivalents chinois ne sont que des copies.
Nous vivons des temps intéressants.
Quant à la France, elle est supplétive, soumise au maître américain. J’ai honte.
Les Russes ont créé un système de paiement substitut à SWIFT (le système mondial sous contrôle des Américains, votre compte en banque a un numéro SWIFT), après avoir été ennuyés par les sanctions américaines.
La Russie et la Chine achètent à tour de bras de l’or. Il se dit (et eux-mêmes s’en cachent à peine) qu’ils veulent recréer un étalon-or et ainsi faire concurrence au roi-dollar.
La Chine « yuanise » petit à petit ses transactions dans sa sphère de co-prospérité asiatique et tente d’imposer le « pétro-yuan ».
Je n’y crois pas trop. Je suis dubitatif, j’attends de voir.
En effet, le fondement réel d’une monnaie n’est pas l’or mais la puissance de l’économie émettrice. Je ne suis pas sûr que l’économie chinoise soit à la veille de dépasser l’économie américaine (les statistiques quantitatives sont trompeuses, il y a aussi la qualité). Les GAFA sont toujours américains et leurs équivalents chinois ne sont que des copies.
Nous vivons des temps intéressants.
Quant à la France, elle est supplétive, soumise au maître américain. J’ai honte.
lundi, avril 09, 2018
Syrie : l'incendie du Reichstag, c'est tous les jours.
Le bombardement médiatique anti-russe, notamment des medias anglo-saxons, me rappelle furieusement la montée vers la guerre du Golfe de 2003.
Mêmes accusations d'atrocités avec des « preuves » qui n'en sont pas. Mêmes comportements supposés stupides des dictateurs dignes des méchants de dessins animés hollywoodiens (pourquoi Assad irait-il user de gaz alors qu'il a gagné ?). Même hystérie des commentateurs « il faut faire quelque chose tout de suite, sans attendre, sans réfléchir, sinon on est des Munichois ».
Les journalistes sont trop cons, ils n'apprennent jamais rien, mais nous ?
Visiblement, je ne suis pas le seul à avoir de très sérieux doutes sur l"histoire qu'on nous raconte : The Guns of April:Are we in a pre-War era, right now?
Le premier geste, salvateur, c'est de débrancher la télé et la radio, de vous mettre dans votre fauteuil et de réfléchir calmement, avec l'oeil de l'observateur de Sirius, comme si ces événements ne vous concernaient pas.
Quels sont les intérêts des acteurs d'une guerre avec la Russie ?
> les Etats-Unis, c'est clair : affaiblir la Chine en affaiblissant un de ses alliés. Maintenir son imperium par la peur du désordre en cas de changement.
> l'Allemagne, c'est clair aussi : la Russie l'empêche de dominer l'est sans partage.
> la Grande-Bretagne : c'est déjà beaucoup moins clair. Certes, la stratégie britannique a toujours été : pas de puissance dominante sur le continent. Mais la Grande-Bretagne doit-elle craindre la domination continentale de l'Allemagne ou celle de la Russie ?
> la France. Là, je ne vois pas. Au contraire, la France a tout intérêt à s'appuyer sur la Russie pour se délivrer du joug allemand.
Bien sûr, nous discutons dans le vide : si les Etats profonds américain, britannique et français (l'Allemagne poussera le feu mais restera lâchement sur la touche) ont décidé que la guerre aurait lieu, rien ne l'empêchera, même pas Trump.
Et Macron n'aura pas le courage iconoclaste de Chirac.
Au fond, mon analyse de la situation est simple et terrifiante. Une guerre avec la Russie serait un excellent dérivatif pour l'hyper-classe mondialiste de toutes les remises en cause qui lui sont tombées dessus, qui continuent à lui tomber dessus et de celles aussi qui se profilent à l'horizon. La Russie, qui fait de plus en plus figure de contre-modèle malgré ses énormes défauts, est l'objectif idéal.
Si j'étais Kim, en Corée du Nord, j'en tirerais une conclusion : les Etats-Unis sont trop belliqueux pour pouvoir leur faire confiance, rien ne vaut, comme protection, la dissuasion atomique.
Enfin, un rayon d'espoir : Trump n'arrivera pas à empêcher cette guerre si elle est décidée. Mais il pourra en rendre le cours moins catastrophique, en faisant beaucoup de bruit et peu de mal.
Et un deuxième : ce genre de cinéma, ça prend quand même un peu moins qu'en 2003 : la défiance des peuples vis-à-vis de la parole « officielle » des fauteurs de guerre relayée par les médias est palpable. Mais nous ne sommes plus en démocratie, alors cela ne compte pas beaucoup.
Quand tout est dit, je suis pessimiste : les mangeurs de peuples sont aux commandes. C'est cela, le vrai problème.
Mêmes accusations d'atrocités avec des « preuves » qui n'en sont pas. Mêmes comportements supposés stupides des dictateurs dignes des méchants de dessins animés hollywoodiens (pourquoi Assad irait-il user de gaz alors qu'il a gagné ?). Même hystérie des commentateurs « il faut faire quelque chose tout de suite, sans attendre, sans réfléchir, sinon on est des Munichois ».
Les journalistes sont trop cons, ils n'apprennent jamais rien, mais nous ?
Visiblement, je ne suis pas le seul à avoir de très sérieux doutes sur l"histoire qu'on nous raconte : The Guns of April:Are we in a pre-War era, right now?
Le premier geste, salvateur, c'est de débrancher la télé et la radio, de vous mettre dans votre fauteuil et de réfléchir calmement, avec l'oeil de l'observateur de Sirius, comme si ces événements ne vous concernaient pas.
Quels sont les intérêts des acteurs d'une guerre avec la Russie ?
> les Etats-Unis, c'est clair : affaiblir la Chine en affaiblissant un de ses alliés. Maintenir son imperium par la peur du désordre en cas de changement.
> l'Allemagne, c'est clair aussi : la Russie l'empêche de dominer l'est sans partage.
> la Grande-Bretagne : c'est déjà beaucoup moins clair. Certes, la stratégie britannique a toujours été : pas de puissance dominante sur le continent. Mais la Grande-Bretagne doit-elle craindre la domination continentale de l'Allemagne ou celle de la Russie ?
> la France. Là, je ne vois pas. Au contraire, la France a tout intérêt à s'appuyer sur la Russie pour se délivrer du joug allemand.
Bien sûr, nous discutons dans le vide : si les Etats profonds américain, britannique et français (l'Allemagne poussera le feu mais restera lâchement sur la touche) ont décidé que la guerre aurait lieu, rien ne l'empêchera, même pas Trump.
Et Macron n'aura pas le courage iconoclaste de Chirac.
Au fond, mon analyse de la situation est simple et terrifiante. Une guerre avec la Russie serait un excellent dérivatif pour l'hyper-classe mondialiste de toutes les remises en cause qui lui sont tombées dessus, qui continuent à lui tomber dessus et de celles aussi qui se profilent à l'horizon. La Russie, qui fait de plus en plus figure de contre-modèle malgré ses énormes défauts, est l'objectif idéal.
Si j'étais Kim, en Corée du Nord, j'en tirerais une conclusion : les Etats-Unis sont trop belliqueux pour pouvoir leur faire confiance, rien ne vaut, comme protection, la dissuasion atomique.
Enfin, un rayon d'espoir : Trump n'arrivera pas à empêcher cette guerre si elle est décidée. Mais il pourra en rendre le cours moins catastrophique, en faisant beaucoup de bruit et peu de mal.
Et un deuxième : ce genre de cinéma, ça prend quand même un peu moins qu'en 2003 : la défiance des peuples vis-à-vis de la parole « officielle » des fauteurs de guerre relayée par les médias est palpable. Mais nous ne sommes plus en démocratie, alors cela ne compte pas beaucoup.
Quand tout est dit, je suis pessimiste : les mangeurs de peuples sont aux commandes. C'est cela, le vrai problème.
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Russie
lundi, mars 19, 2018
Affaire Skripal : dansons sur le volcan
Je ne comprends rien à cette affaire Skripal. Soit les Russes ont fait n’importe quoi (pourquoi tuer, avec signature, un agent grillé et échangé depuis dix ans ?), soit May, Macron et Merkel font n’importe quoi.
Je connais 5 hypothèses et je n'ai aucun élément pour décider entre elles. :
1) V. Poutine a ordonné cet empoisonnement.
2) Un clan ou une mafia russes ont voulu mouiller Poutine.
3) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise en suivant les voies hiérarchiques.
4) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise sans suivre les voies hiérarchiques. La haine anti-russe est si forte dans l'Etat profond anglais ou américain que cette hypothèse est aussi vraisemblable que les autres.
5) Un accident.
Mon mépris d’airain pour les dirigeants occidentaux m’incline à pencher vers les hypothèses 3 et 4 mais c’est seulement une intuition : quand May, Macron et Merkel sont en cause, c’est souvent une option raisonnable de prendre l’hypothèse la plus idéologique, la plus conne et la plus vicieuse, mais je n’ai aucune preuve. J'ai toujours cette sale impression de voir des gamins abrutis jouer avec des allumettes au-dessus d'un baril de poudre. Ca peut aussi être l'hypothèse 5 maquillé en assassinat poutinien.
Bref, je ne sais pas.
Le brouillard ne m'empêche pas de me poser des questions :
1) Pourquoi n’entend-t-on plus parler de Skripal et de sa fille ? Sont-ils morts ? Vivants ? Dans quel état ? Si l’agent chimique est si virulent qu’on nous le dit, pourquoi ne sont-ils pas encore morts ?
2) Pourquoi avoir utilisé un agent chimique qui signe la provenance russe (si ce qu’on nous dit est vrai) alors qu’il y a des méthodes d’assassinat plus efficaces et plus discrètes ? Si on veut faire passer un message, lequel, de qui et pour qui ?
3) Salisbury est proche (20 minutes en voiture d’après Google Maps) du centre de guerre nucléaire, chimique et bactériologique anglais de Porton Down (Wikipedia). Il y a donc une source de produits nucléaires, bactériologiques et chimiques beaucoup plus près de Salisbury que la poutinienne Russie. Simple coïncidence ? En tout cas, les journalistes, d'une pudeur de rosières, sont muets comme des carpes sur ce curieux hasard.
Quelles que soient les interrogations, plus nombreuses que les réponses, on peut tenir une chose pour certaine : nos dirigeants ne jouent pas cette actualité avec la retenue de bon aloi qui siérait.
Sherlock, reviens, tes compatriotes ne savent plus mener une enquête !
La tactique habituelle, surjouer la tension extérieure pour détourner l’attention des problèmes intérieurs (Brexit et compagnie), ne peut être exclue. Ce n’est pas glorieux, c’est petit magouilleur genre Hollande, c’est risqué, mais on doit avoir l’honnêteté de reconnaître que ça peut marcher, en tout cas pour un temps.
Peter Hitchens croit même voir dans cette affaire une montée à la guerre comme au temps de Bush Jr (vous savez, la fiole de produit chimique très très dangereux agitée sous le nez de l'ONU) :
Espérons qu'Hitchens se trompe. Mais êtes vous prêts à le parier ?
En tout cas, je suis, comme Hitchens, très inquiet de cette atmosphère de chasse aux sorcières des opinions dissidentes.
Addendum :
Je trouve cet article intéressant bien que trop pro-russe (dans une affaire de ce genre, personne ne dit la vérité, personne n'est objectif, c'est à vous de vous faire une idée à l'aide de données incertaines et biaisées) :
Affaire Skripal, analyse d’un potentiel bobard de guerre
Je connais 5 hypothèses et je n'ai aucun élément pour décider entre elles. :
1) V. Poutine a ordonné cet empoisonnement.
2) Un clan ou une mafia russes ont voulu mouiller Poutine.
3) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise en suivant les voies hiérarchiques.
4) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise sans suivre les voies hiérarchiques. La haine anti-russe est si forte dans l'Etat profond anglais ou américain que cette hypothèse est aussi vraisemblable que les autres.
5) Un accident.
Mon mépris d’airain pour les dirigeants occidentaux m’incline à pencher vers les hypothèses 3 et 4 mais c’est seulement une intuition : quand May, Macron et Merkel sont en cause, c’est souvent une option raisonnable de prendre l’hypothèse la plus idéologique, la plus conne et la plus vicieuse, mais je n’ai aucune preuve. J'ai toujours cette sale impression de voir des gamins abrutis jouer avec des allumettes au-dessus d'un baril de poudre. Ca peut aussi être l'hypothèse 5 maquillé en assassinat poutinien.
Bref, je ne sais pas.
Le brouillard ne m'empêche pas de me poser des questions :
1) Pourquoi n’entend-t-on plus parler de Skripal et de sa fille ? Sont-ils morts ? Vivants ? Dans quel état ? Si l’agent chimique est si virulent qu’on nous le dit, pourquoi ne sont-ils pas encore morts ?
2) Pourquoi avoir utilisé un agent chimique qui signe la provenance russe (si ce qu’on nous dit est vrai) alors qu’il y a des méthodes d’assassinat plus efficaces et plus discrètes ? Si on veut faire passer un message, lequel, de qui et pour qui ?
3) Salisbury est proche (20 minutes en voiture d’après Google Maps) du centre de guerre nucléaire, chimique et bactériologique anglais de Porton Down (Wikipedia). Il y a donc une source de produits nucléaires, bactériologiques et chimiques beaucoup plus près de Salisbury que la poutinienne Russie. Simple coïncidence ? En tout cas, les journalistes, d'une pudeur de rosières, sont muets comme des carpes sur ce curieux hasard.
Quelles que soient les interrogations, plus nombreuses que les réponses, on peut tenir une chose pour certaine : nos dirigeants ne jouent pas cette actualité avec la retenue de bon aloi qui siérait.
Sherlock, reviens, tes compatriotes ne savent plus mener une enquête !
La tactique habituelle, surjouer la tension extérieure pour détourner l’attention des problèmes intérieurs (Brexit et compagnie), ne peut être exclue. Ce n’est pas glorieux, c’est petit magouilleur genre Hollande, c’est risqué, mais on doit avoir l’honnêteté de reconnaître que ça peut marcher, en tout cas pour un temps.
Peter Hitchens croit même voir dans cette affaire une montée à la guerre comme au temps de Bush Jr (vous savez, la fiole de produit chimique très très dangereux agitée sous le nez de l'ONU) :
Espérons qu'Hitchens se trompe. Mais êtes vous prêts à le parier ?
En tout cas, je suis, comme Hitchens, très inquiet de cette atmosphère de chasse aux sorcières des opinions dissidentes.
Addendum :
Je trouve cet article intéressant bien que trop pro-russe (dans une affaire de ce genre, personne ne dit la vérité, personne n'est objectif, c'est à vous de vous faire une idée à l'aide de données incertaines et biaisées) :
Affaire Skripal, analyse d’un potentiel bobard de guerre
dimanche, mars 18, 2018
La Russie, nouvel ogre ? (2)
Pour prolonger la réflexion de ce billet, voici des extraits du Drone n° 10 (texte intégral):
************
A quoi ressemblerait un monde sans Poutine?
Commençons par la Russie. Le départ de l’homme du KGB signifierait sans faute l’arrivée d’un homme de la CIA, tenu par une laisse plus ou moins visible, plus ou moins longue. La Russie retomberait dans le chaos et le pillage des années Perestroïka, où des directeurs de théâtre s’improvisaient exportateurs de cuivre ou de nickel en gros. Selon le cinéaste Stanislav Govoroukhine, qui avait réalisé une enquête sidérante (et confisquée) sur la Grande Révolution criminelle des années 1990, le bradage frénétique des ressources russes en ces temps-là avait contribué au redressement des économies occidentales après le krach de 1988. Les médias et le système éducatif seraient immédiatement reprogrammés. Le patriotisme et la relative liberté d’expression feraient place à une dérussisation sans failles.
Nul Navalny, nul Kasparov — mais de l’autre bord — ne serait plus autorisé à défier le nouveau pouvoir démocratique dans la rue. (Lorsque la Douma nationaliste s’opposa à Eltsine en 1993, Eltsine la fit démolir au canon, tuant mille insurgés, députés et autres civils de passage dans le silence approbateur des médias d’Occident.) Le défilé du Régiment
Le défilé du Régiment immortel du 9 mai, avec ses petites pancartes ringardes à l’effigie des ancêtres morts pour la patrie, serait remplacé par une tonitruante gay pride où des femen équipées de godemichés géants sodomiseraient en cadence le patriarche Cyrille — ou du moins son effigie. Les crimes du nazisme eux-mêmes — du moins sur le front de l’Est — seraient minimisés en regard des horreurs du poutinat. Une reprogrammation qui s’arrête aux confins du vraisemblable et du raisonnable n’est pas une reprogrammation. La «sixième colonne» russe — cette élite loyale au pouvoir quel qu’il soit — se chargerait de présenter aux reprogrammeurs des gages de parfaite réceptivité au sein de la masse populaire.
[…]
Sur le Vieux Continent, les quelques États d’Europe centrale tacitement adossés à la Russie pour défendre leur souveraineté et refuser le saupoudrage migratoire seraient mis au pas et gratifiés de quotas punitifs de réfugiés pour mieux savourer la «chance» dont ils s’étaient privés jusqu’alors. Pris en tenailles entre le flux humain et les grognements croissants de leur population, les satrapes de l’UE s’empresseraient, en échange d’un relâchement de la pression, de signer avec les USA les contrats de libre-échange léonins qui officialiseraient la transformation de l’Europe en marché de dumping américain. Dès lors, tout en achetant massivement appartements et placements outre-Atlantique, ils renforceraient les programmes d’éducation- à-l’acceptation-de-l’Autre à l’égard des indigènes. Les Botho Strauss et autres Renaud Camus auraient enfin de bonnes raisons de ne plus reconnaître leur propre pays en sortant de chez eux. Ils auraient d’encore meilleures raisons de ne plus s’en plaindre, puisqu’à la suite des lois sur les « fake news » françaises et allemandes et de la transformation de la paranoïa Russiagate en programme de censure officiel, l’Euroland adopterait des dispositifs assimilant toute résistance à la tiers-mondisation du continent à du nationalisme d’inspiration poutinienne.
[…]
Implacable, non ? Or je ne veux pas croire à ce scénario. Il ne me convainc pas et je n’ai pas envie d’y penser. Ceci pour deux raisons. La première est générale, la seconde personnelle. La raison générale, c’est que ce pronostic est tendancieux. A chaque embranchement, il fait le choix du pire. Il ne convainc que ceux qui ont envie de malheur. D’autre part, on n’est plus en 1993 [Ne surtout pas oublier que Slobodan Despot est serbe : ceci explique une imperméabilité certaine, pour dire le moins, à la propagande euratlantique]. L’Empire atlantique n’est plus seul maître du monde. Bien au contraire, il est dressé sur ses pattes arrière, les babines retroussées, face à deux challengers qui se tiennent les coudes.
[…]
Par conséquent, il n’y a pas que la CIA qui pourrait convoiter le trône du Kremlin. Les camarades beaucoup plus discrets du Guoanbu pourraient être déjà assis dessus avant que le premier agent U. S. n’entre dans la salle.
De plus, les Yankees et leurs moucherons se sont intoxiqués avec leurs propres affabulations. Attribuer la responsabilité de ces renversements historiques à l’action d’un seul homme, et croire que son élimination permettrait de ramener le monde vingt ans en arrière, est une tournure rhétorique qui certes permet de simplifier efficacement la story à l’adresse du grand public, mais qui fait oublier qu’on a affaire non à des chefs de bandes, mais à des systèmes évolués.
La Russie, une fois rentrée dans son assiette historique et administrative, est un système stable, centralisé, qui peut compter sur une obéissance sans faille de ses sujets, sur une abnégation d’un autre temps et sur un patriotisme élevé au rang de religion. C’est ce consentement à la destinée commune que les Occidentaux appellent une dictature, eux-mêmes préférant gouverner leurs masses par la diversion et le simulacre.
[…]
Ceci m’amène à ma raison personnelle. Je n’ai plus envie de combattre les moulins à vent de la propagande officielle. Je l’ai fait voici bientôt trente ans, excédé par la bêtise ignare et raciste qui tenait lieu d’information au sujet du conflit qui dévasta mon pays natal, la Yougoslavie. Cela m’a détourné de mes études, coupé de mes intérêts réels, et m’a poussé vers un univers dont je n’eusse jamais songé à me rapprocher: la politique.
Les rapports sociaux sont régis par la loi de l’osmose. Qui se ressemble s’assemble, certes — mais l’inverse est aussi valable: qui s’assemble se ressemble. A force de ferrailler contre la simplification, on se simplifie. A force de pourfendre les a priori politiques, on se politise. A force de s’opposer à un parti, on crée le sien. Quiconque s’immisce dans le débat public s’expose à fédérer des «partisans» dont les motivations n’ont pas grand-chose à voir avec les siennes propres. On vous attire — ou l’on vous pousse — dans des cénacles «amis» avec qui vous n’avez souvent en commun que des rejets. Dans le même temps, certains milieux où vous attireraient vos affinités se referment. Bref, vous êtes «marqué», comme un bovin d’élevage. On vous identifiera désormais par votre étiquette.
C’est ainsi. Je ne suis pas l’éditeur de dizaines d’auteurs originaux, ni l’auteur de romans primés publiés par Gallimard. Je suis en premier lieu le souverainiste prorusse, proserbe et antiatlantiste de service. A ce titre, je suis sûr de ne prêcher que les convaincus, alors qu’en tant qu’éditeur ou romancier je touche un public aussi inclassable qu’inattendu.
Le plus élémentaire bon sens, hormis l’intérêt de carrière, me commande de ne plus me laisser enfermer dans ce rôle. Mais ce n’est pas qu’une affaire de stratégie de communication. Cela touche aussi à la qualité et à la substance de ce que je peux comprendre et exprimer.
[…]
Je ne suis pas du côté des selliers et des cordonniers parce que je suis réac et souverainiste. Je suis réac et souverainiste parce que je suis du côté des selliers et des cordonniers. Entre la boutique vermoulue de la rue pavée et le flagship store de l’artère commerciale, c’est une bataille titanesque qui se livre, bien plus féroce que toutes les guerres du pétrole. Elle oppose les mammifères vivant de et sur la terre, ou ce qu’il en reste, à des androïdes vivant dans les branchages de la réalité virtuelle, sans contact avec le sol, telle une population de perruches dans les forêts d’Amazon.
M. Poutine aimerait peut-être bien, lui aussi, jucher son vaste pays dans ces frondaisons chatoyantes. Le hic est qu’on ne le lui permet pas — ou seulement sans drapeau, à l’échelle des particuliers, comme aux derniers JO d’hiver. Il reste donc — lui, son sosie ou son successeur préparé par les Services — un semblant de recours des mammifères enracinés face à la volière psychédélique qu’est en train de devenir le monde régi par le capitalisme du désastre.
Je me joins donc au chœur de ceux qui voudraient dépoutiniser le monde. Mais peut-être pas pour la même raison. J’aimerais qu’on cesse de réduire des peuples à des Poutine, des Trump, des Macron® et des Xi, et qu’on commence à éprouver et méditer les réalités humaines qui se cachent derrière ces ombres chinoises.
PS — D’aucuns m’ont suggéré de commenter l’épisode de l’empoisonnement britannique. Je n’ai rien à dire là-dessus. L’affaire est trop claire. Il va de soi que M. Poutine n’a rien de plus pressé que de liquider un espion au rebut, sur le sol du pays qui jappe le plus contre lui, avec un produit qui le «signe», et ce à la veille de ses élections et de son Mondial de foot. Il aurait tout aussi bien pu laisser sa carte d’identité sur les lieux du crime. C’est à la mode, parmi les débiles mentaux.
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Sur cette affaire d'empoisonnemnt, je connais 4 hypothèses et je n'ai aucun élément pour décider entre elles. :
1) V. Poutine a ordonné cet empoisonnement.
2) Un clan ou une mafia russes ont voulu mouiller Poutine.
3) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise en suivant les voies hiérarchiques.
4) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise sans suivre les voies hiérarchiques. La haine anti-russe est si forte dans l'Etat profond anglais ou américain que cette hypothèse est aussi vraisemblable que les autres.
Les hypothèses 2, 3 et 4 peuvent se combiner en des clairs-obscurs plus obscurs que clairs.
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A quoi ressemblerait un monde sans Poutine?
Commençons par la Russie. Le départ de l’homme du KGB signifierait sans faute l’arrivée d’un homme de la CIA, tenu par une laisse plus ou moins visible, plus ou moins longue. La Russie retomberait dans le chaos et le pillage des années Perestroïka, où des directeurs de théâtre s’improvisaient exportateurs de cuivre ou de nickel en gros. Selon le cinéaste Stanislav Govoroukhine, qui avait réalisé une enquête sidérante (et confisquée) sur la Grande Révolution criminelle des années 1990, le bradage frénétique des ressources russes en ces temps-là avait contribué au redressement des économies occidentales après le krach de 1988. Les médias et le système éducatif seraient immédiatement reprogrammés. Le patriotisme et la relative liberté d’expression feraient place à une dérussisation sans failles.
Nul Navalny, nul Kasparov — mais de l’autre bord — ne serait plus autorisé à défier le nouveau pouvoir démocratique dans la rue. (Lorsque la Douma nationaliste s’opposa à Eltsine en 1993, Eltsine la fit démolir au canon, tuant mille insurgés, députés et autres civils de passage dans le silence approbateur des médias d’Occident.) Le défilé du Régiment
Le défilé du Régiment immortel du 9 mai, avec ses petites pancartes ringardes à l’effigie des ancêtres morts pour la patrie, serait remplacé par une tonitruante gay pride où des femen équipées de godemichés géants sodomiseraient en cadence le patriarche Cyrille — ou du moins son effigie. Les crimes du nazisme eux-mêmes — du moins sur le front de l’Est — seraient minimisés en regard des horreurs du poutinat. Une reprogrammation qui s’arrête aux confins du vraisemblable et du raisonnable n’est pas une reprogrammation. La «sixième colonne» russe — cette élite loyale au pouvoir quel qu’il soit — se chargerait de présenter aux reprogrammeurs des gages de parfaite réceptivité au sein de la masse populaire.
[…]
Sur le Vieux Continent, les quelques États d’Europe centrale tacitement adossés à la Russie pour défendre leur souveraineté et refuser le saupoudrage migratoire seraient mis au pas et gratifiés de quotas punitifs de réfugiés pour mieux savourer la «chance» dont ils s’étaient privés jusqu’alors. Pris en tenailles entre le flux humain et les grognements croissants de leur population, les satrapes de l’UE s’empresseraient, en échange d’un relâchement de la pression, de signer avec les USA les contrats de libre-échange léonins qui officialiseraient la transformation de l’Europe en marché de dumping américain. Dès lors, tout en achetant massivement appartements et placements outre-Atlantique, ils renforceraient les programmes d’éducation- à-l’acceptation-de-l’Autre à l’égard des indigènes. Les Botho Strauss et autres Renaud Camus auraient enfin de bonnes raisons de ne plus reconnaître leur propre pays en sortant de chez eux. Ils auraient d’encore meilleures raisons de ne plus s’en plaindre, puisqu’à la suite des lois sur les « fake news » françaises et allemandes et de la transformation de la paranoïa Russiagate en programme de censure officiel, l’Euroland adopterait des dispositifs assimilant toute résistance à la tiers-mondisation du continent à du nationalisme d’inspiration poutinienne.
[…]
Implacable, non ? Or je ne veux pas croire à ce scénario. Il ne me convainc pas et je n’ai pas envie d’y penser. Ceci pour deux raisons. La première est générale, la seconde personnelle. La raison générale, c’est que ce pronostic est tendancieux. A chaque embranchement, il fait le choix du pire. Il ne convainc que ceux qui ont envie de malheur. D’autre part, on n’est plus en 1993 [Ne surtout pas oublier que Slobodan Despot est serbe : ceci explique une imperméabilité certaine, pour dire le moins, à la propagande euratlantique]. L’Empire atlantique n’est plus seul maître du monde. Bien au contraire, il est dressé sur ses pattes arrière, les babines retroussées, face à deux challengers qui se tiennent les coudes.
[…]
Par conséquent, il n’y a pas que la CIA qui pourrait convoiter le trône du Kremlin. Les camarades beaucoup plus discrets du Guoanbu pourraient être déjà assis dessus avant que le premier agent U. S. n’entre dans la salle.
De plus, les Yankees et leurs moucherons se sont intoxiqués avec leurs propres affabulations. Attribuer la responsabilité de ces renversements historiques à l’action d’un seul homme, et croire que son élimination permettrait de ramener le monde vingt ans en arrière, est une tournure rhétorique qui certes permet de simplifier efficacement la story à l’adresse du grand public, mais qui fait oublier qu’on a affaire non à des chefs de bandes, mais à des systèmes évolués.
La Russie, une fois rentrée dans son assiette historique et administrative, est un système stable, centralisé, qui peut compter sur une obéissance sans faille de ses sujets, sur une abnégation d’un autre temps et sur un patriotisme élevé au rang de religion. C’est ce consentement à la destinée commune que les Occidentaux appellent une dictature, eux-mêmes préférant gouverner leurs masses par la diversion et le simulacre.
[…]
Ceci m’amène à ma raison personnelle. Je n’ai plus envie de combattre les moulins à vent de la propagande officielle. Je l’ai fait voici bientôt trente ans, excédé par la bêtise ignare et raciste qui tenait lieu d’information au sujet du conflit qui dévasta mon pays natal, la Yougoslavie. Cela m’a détourné de mes études, coupé de mes intérêts réels, et m’a poussé vers un univers dont je n’eusse jamais songé à me rapprocher: la politique.
Les rapports sociaux sont régis par la loi de l’osmose. Qui se ressemble s’assemble, certes — mais l’inverse est aussi valable: qui s’assemble se ressemble. A force de ferrailler contre la simplification, on se simplifie. A force de pourfendre les a priori politiques, on se politise. A force de s’opposer à un parti, on crée le sien. Quiconque s’immisce dans le débat public s’expose à fédérer des «partisans» dont les motivations n’ont pas grand-chose à voir avec les siennes propres. On vous attire — ou l’on vous pousse — dans des cénacles «amis» avec qui vous n’avez souvent en commun que des rejets. Dans le même temps, certains milieux où vous attireraient vos affinités se referment. Bref, vous êtes «marqué», comme un bovin d’élevage. On vous identifiera désormais par votre étiquette.
C’est ainsi. Je ne suis pas l’éditeur de dizaines d’auteurs originaux, ni l’auteur de romans primés publiés par Gallimard. Je suis en premier lieu le souverainiste prorusse, proserbe et antiatlantiste de service. A ce titre, je suis sûr de ne prêcher que les convaincus, alors qu’en tant qu’éditeur ou romancier je touche un public aussi inclassable qu’inattendu.
Le plus élémentaire bon sens, hormis l’intérêt de carrière, me commande de ne plus me laisser enfermer dans ce rôle. Mais ce n’est pas qu’une affaire de stratégie de communication. Cela touche aussi à la qualité et à la substance de ce que je peux comprendre et exprimer.
[…]
Je ne suis pas du côté des selliers et des cordonniers parce que je suis réac et souverainiste. Je suis réac et souverainiste parce que je suis du côté des selliers et des cordonniers. Entre la boutique vermoulue de la rue pavée et le flagship store de l’artère commerciale, c’est une bataille titanesque qui se livre, bien plus féroce que toutes les guerres du pétrole. Elle oppose les mammifères vivant de et sur la terre, ou ce qu’il en reste, à des androïdes vivant dans les branchages de la réalité virtuelle, sans contact avec le sol, telle une population de perruches dans les forêts d’Amazon.
M. Poutine aimerait peut-être bien, lui aussi, jucher son vaste pays dans ces frondaisons chatoyantes. Le hic est qu’on ne le lui permet pas — ou seulement sans drapeau, à l’échelle des particuliers, comme aux derniers JO d’hiver. Il reste donc — lui, son sosie ou son successeur préparé par les Services — un semblant de recours des mammifères enracinés face à la volière psychédélique qu’est en train de devenir le monde régi par le capitalisme du désastre.
Je me joins donc au chœur de ceux qui voudraient dépoutiniser le monde. Mais peut-être pas pour la même raison. J’aimerais qu’on cesse de réduire des peuples à des Poutine, des Trump, des Macron® et des Xi, et qu’on commence à éprouver et méditer les réalités humaines qui se cachent derrière ces ombres chinoises.
PS — D’aucuns m’ont suggéré de commenter l’épisode de l’empoisonnement britannique. Je n’ai rien à dire là-dessus. L’affaire est trop claire. Il va de soi que M. Poutine n’a rien de plus pressé que de liquider un espion au rebut, sur le sol du pays qui jappe le plus contre lui, avec un produit qui le «signe», et ce à la veille de ses élections et de son Mondial de foot. Il aurait tout aussi bien pu laisser sa carte d’identité sur les lieux du crime. C’est à la mode, parmi les débiles mentaux.
************
Sur cette affaire d'empoisonnemnt, je connais 4 hypothèses et je n'ai aucun élément pour décider entre elles. :
1) V. Poutine a ordonné cet empoisonnement.
2) Un clan ou une mafia russes ont voulu mouiller Poutine.
3) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise en suivant les voies hiérarchiques.
4) Les services secrets anglais ou américains ont voulu accuser Poutine, décision prise sans suivre les voies hiérarchiques. La haine anti-russe est si forte dans l'Etat profond anglais ou américain que cette hypothèse est aussi vraisemblable que les autres.
Les hypothèses 2, 3 et 4 peuvent se combiner en des clairs-obscurs plus obscurs que clairs.
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La Russie, nouvel ogre ?
Dire que je n'aime pas beaucoup l'hostilité, de plus en plus hystérique et irrationnelle, de l'Europe de l'ouest à l'égard de la Russie est un euphémisme.
Je pense que notre intérêt stratégique est une Europe unie (rien à voir avec l'UERSS) de l'Atlantique à l'Oural et que cette désunion joue dans la main de l'Amérique, qui la suscite et l'entretient à travers ses valets.
Cette hostilité européenne répond-elle à une hostilité russe ? Oui, sans aucun doute, mais cette hostilité russe a elle-même été provoquée par l'extension de l'OTAN à ses frontières.
Il faut arrêter ce jeu de la poule et de l'oeuf. Il faut repartir d'un constat simple : la Russie est pour l'instant hostile mais n'a pas vocation à le rester indéfiniment. De plus, elle n'a pas les moyens de cette hostilité : la Russie peut nous emmerder gravement mais pas gagner une guerre.
Nous Français (mais pas les Américains, là est le noeud du problème) avons tout intérêt à ce que les pays d'Europe de l'ouest se rapprochent de la Russie.
Le moyen sain d'y parvenir est d'être forts et francs. Or, aujourd'hui, nous sommes à la fois faibles et aboyants. Nous sommes sur la pente savonneuse de l'hostilité croissante à petits pas de roquets à la Macron, sans aucun homme d'Etat pour remettre les choses en perspective.
Je n'aurais vraiment aucune hésitation à stationner des Rafale nucléaires dans les pays baltes et, simultanément, à demander la levée de toutes les sanctions économiques vis-à-vis de la Russie.
Pour envoyer un message clair : « Nous craignons votre éventuelle expansion, mais nous n'avons pas d'hostilité de fond, nous ne voulons pas vous ronger, vous grignoter ».
Je pense que notre intérêt stratégique est une Europe unie (rien à voir avec l'UERSS) de l'Atlantique à l'Oural et que cette désunion joue dans la main de l'Amérique, qui la suscite et l'entretient à travers ses valets.
Cette hostilité européenne répond-elle à une hostilité russe ? Oui, sans aucun doute, mais cette hostilité russe a elle-même été provoquée par l'extension de l'OTAN à ses frontières.
Il faut arrêter ce jeu de la poule et de l'oeuf. Il faut repartir d'un constat simple : la Russie est pour l'instant hostile mais n'a pas vocation à le rester indéfiniment. De plus, elle n'a pas les moyens de cette hostilité : la Russie peut nous emmerder gravement mais pas gagner une guerre.
Nous Français (mais pas les Américains, là est le noeud du problème) avons tout intérêt à ce que les pays d'Europe de l'ouest se rapprochent de la Russie.
Le moyen sain d'y parvenir est d'être forts et francs. Or, aujourd'hui, nous sommes à la fois faibles et aboyants. Nous sommes sur la pente savonneuse de l'hostilité croissante à petits pas de roquets à la Macron, sans aucun homme d'Etat pour remettre les choses en perspective.
Je n'aurais vraiment aucune hésitation à stationner des Rafale nucléaires dans les pays baltes et, simultanément, à demander la levée de toutes les sanctions économiques vis-à-vis de la Russie.
Pour envoyer un message clair : « Nous craignons votre éventuelle expansion, mais nous n'avons pas d'hostilité de fond, nous ne voulons pas vous ronger, vous grignoter ».
vendredi, mars 16, 2018
La Russie, l'européisme et la France vassale : les bellicistes en action ?
Je ne suis pas souvent d'accord avec Emmanuel Todd, mais à part son petit moment d'égarement sur Macron « populiste », je ne trouve rien à redire :
Emmanuel Todd : « Le protectionnisme oppose des populistes lucides à un establishment aveugle »
**********
Après l'élection de Trump, vous aviez forgé le concept de « Globalization fatigue »… De quoi s'agit-il ?
On nous a présenté l'électorat de Trump comme une bande de gros lourds incultes, des ouvriers qui n'ont plus de métier, et nous avons une vision déformée de la situation. La victoire de Trump a été possible grâce au vote des ouvriers, mais pas seulement. Le libreéchange produit une monté des inégalités dans les sociétés avancées, continue, féroce. Il avantage les détenteurs du capital et les personnes âgées. Pendant un moment, il a avantagé les diplômés. L'apothéose libre-échangiste a eu lieu quand les 20% diplômés du supérieur étaient effectivement avantagés. Mais depuis le début des années 2000, après que le revenu médian a lourdement chuté aux Etats-Unis pour les gens ordinaires, le revenu des diplômés américains stagne à son tour. Les jeunes diplômés ne sont plus protégés de la déchéance sociale. C'est pourquoi j'ai parlé de fatigue de la globalisation. Les Américains sont fatigués. Et dans certains cas, cela peut même se traduire par la mort.
Justement, que va faire l'Europe ?
Quand j'imagine un dirigeant français autour d'une table de négociation, je pense de plus en plus au film génial de Francis Veber « Le dîner de cons ». Ces mêmes technos qui ont si bien dompté l'Allemagne (82 millions d'habitants) nous proposent maintenant de mettre à genoux les Etats-Unis (325 millions). Mais ils ne savent même pas, lorsqu'ils parlent de guerre commerciale, que s'il y a une zone dans le monde où l'intensité de cette guerre est maximale, c'est précisément la zone euro! La contraction austéritaire de la demande couplée à l'impossibilité de jouer sur les taux de change y rend cette guerre plus intense encore qu'ailleurs ; la France est d'ailleurs en train de la perdre. Nous perdons peu à peu notre industrie, notre capacité à construire des TGV, et tant d'autres choses… alors entendre dire que ce sont les Etats-Unis qui nous précipitent dans une guerre commerciale, cela n'a aucun sens!
Est-ce que les élections italiennes participent aussi de cette réaction protectionniste ?
J'analyse surtout cela comme un atterrissage dans la réalité ! La tragicomédie des establishments occidentaux, c'est cet étonnement désormais incessant devant tout ce qui se passe. Comme si le monde ne cessait de nous surprendre et d'être inexplicable. C'est là le signe d'un profond aveuglement idéologique, la fausse-conscience du marxisme ! Si on accepte de regarder notre monde comme il est, avec ses taux de chômage, sa stagnation des salaires, le ralentissement des mobilités sociales et en fin de compte la fragmentation des sociétés, alors on ne peut que comprendre ces basculements électoraux un peu partout en Europe et dans le monde. Les systèmes de représentation sont en train d'exploser. L'emploi par un commentateur du mot « populiste » signifie le plus souvent: je n'ai rien compris mais je m'accroche à mon micro.
[...]
En tout cas, son élection [de Macron] ne signifie pas que la France n'est pas traversée par le même phénomène! Et ça ne fait que commencer. L'économie est atone, la société se fragmente et l'électorat est déstructuré, ce qui rend toute opposition difficile. C'est dans ce genre de situation qu'on voit l'Etat prendre son envol et devenir régime autoritaire ! Alors, quand le gouvernement veut légiférer sur l'information et retirer au parlement le droit d'amendement… on a de quoi s'inquiéter ! [J'ai la même inquiétude].
La critique que vous faites du libre-échange est essentiellement économique : n'y at- il pas aussi une révolte contre une excessive liberté de circulation des personnes ?
Si, absolument. Au départ la démocratie n'est pas universaliste, je l'ai expliqué dans mon dernier livre. La démocratie, au départ, c'est un peuple particulier qui s'organise sur un territoire pour débattre dans une langue que tout le monde comprend. Dans l'idée de démocratie, il y a l'idée d'appartenance territoriale et il y a toujours un élément de xénophobie fondatrice. Pourquoi refuser de voir l'histoire, Athènes, l'Amérique raciale, le nationalisme révolutionnaire français.
Il est donc tout à fait logique que le regain démocratique que l'on observe actuellement contienne une part de xénophobie. Je vais tenter un aphorisme, en espérant un peu d'humour à sa réception. « Si beaucoup de xénophobie détruit la démocratie, un peu de xénophobie peut y ramener ». La conscience de soi d'un peuple est un « mal nécessaire » [C'est un bien] pour établir un minimum de cohésion sociale et une capacité d'action collective.
[...]
J'affirme de plus que nier la légitimité de ce contrôle contient un élément antidémocratique implicite. Les gens qui sont favorables à l'ouverture absolue de toutes les frontières se pensent de gauche mais ils sont selon moi des antidémocrates radicaux. Aucun système de représentation démocratique n'est possible sans stabilité territoriale. J'ai d'ailleurs senti bizarrement monter ces dernières années une exaspération de cette posture dans certains milieux culturels et sociaux minoritaires, au moment même où les populations occidentales manifestaient le désir légitime de préserver un minimum d'entre-soi. Cette radicalisation n'est aucunement le signe d'un progrès, d'une plus grande ouverture à l'Autre ; j'y perçois en fait une dimension nihiliste [pile-poil, Manu].
Pour finir, vous aviez prédit la chute de l'URSS: est-ce qu'aujourd'hui, vous prophétisez la chute de l'Union européenne ?
Je n'ose plus guère faire de prophéties sur l'Europe : la survie de l'euro m'a rendu modeste. J'avais tout de suite prédit qu'il ne marcherait jamais et de ce point de vue, je ne me suis pas trompé! Mais le niveau de violence avec lequel les classes dirigeantes ont maintenu cette monnaie sacrificielle, en revanche, je ne l'avais pas anticipé. J'ai fini par comprendre que le continent européen n'était pas démocratique et libéral de tradition et que ses dirigeants, de tradition autoritaire, étaient tout à fait capables de maintenir une monnaie unique qui détruirait les sociétés.
[...]
Dans la colonne stabilité, il y a l'impossibilité pour nos « élites » d'admettre leur échec et leur nullité [entièrement d'accord : je suis navré du peu de vision et de profondeur, du conformisme, de nos dirigeants, Macron le tout premier]. il y a aussi et surtout le fait que le continent est très vieux. Or les personnes âgées, dont je suis, sont devenues otages de l'Euro car les dirigeants nous menacent d'une liquéfaction de nos pensions et de nos économies en cas de rupture du système monétaire.
Dans la colonne rupture de l'Union européenne il y a des tas d'éléments: l'Euro ne fonctionne pas, les frontières ne sont plus contrôlées, l'insécurité économique et culturelle monte, les peuples sont furieux…
Le Brexit est peut-être la clé. L'Union européenne semble se mettre dans une posture de conflit avec le Royaume-Uni en tentant un Brexit punitif. Mais nous n'avons pas d'exemple historique d'une puissance continentale qui ait réussi à vaincre le Royaume- Uni. Si Bruxelles continue de menacer l'intégrité territoriale du Royaume-Uni en jouant avec la frontière irlandaise, je suis prêt à parier que, quelle que soit leur russophobie et leur aversion actuelles pour le régime de Poutine, les Britanniques opéreront un renversement d'alliance [je n'y crois pas du tout, mais on peut quelquefois être surpris par l'intelligence stratégique des Anglais]. Et l'Union européenne s'effondrera avec un grand bruit mou …
**********
La France servile du président Macron. Le président sacrifie l'indépendance de la France sur l'autel de son Europe intégrée.
**********
La géopolitique de Macron, telle qu’elle se dessine depuis le début du quinquennat oppose d’un côté le bloc continental de l’Union européenne sous commandement allemand et de l’autre côté les EtatsUnis (version Trump), la Russie et le RoyaumeUni.
Jusqu’où va le bloc continental ainsi dessiné ? Nous serions tentés de dire « jusqu’à Stalingrad » mais nous ne sommes pas en 1943 ! Il reste que la silhouette sur la carte est la même. Il est clair qu’en maintenant les sanctions visàvis de la Russie et en jouant le jeu du renforcement de l’OTAN dans les pays baltes, Macron s’inscrit à plein parmi ceux qui considèrent que l’Ukraine a vocation à faire partie de l’Union européenne, sous une étroite surveillance allemande évidemment, et à tourner le dos à la Russie.
La carte de l’Europe n’est donc pas sans rappeler celle de l’Europe occupée de la dernière guerre mondiale.
Si l’on omet toute comparaison idéologique entre les deux époques, l’euro a un effet mécanique sur l’économie française analogue à celui de l’Occupation : le transfert progressif, pour des raisons de compétitivité, d’une part croissante du potentiel industriel français chez nos concurrents d’outreRhin.
La coopération militaire accrue souhaitée par le président Macron, au nom d’une Europe de la défense à laquelle nos partenaires ne croient pas mais dont ils tirent parti à nos dépens, conduit déjà au transfert progressif vers l’Allemagne des fleurons de ce qui constituait un des grands atouts de la France : une industrie militaire puissante. Déjà Nexter (l’ancien GIAT), qui a fabriqué le char Leclerc, est à 50% allemand. Un sort analogue semble promis à Naval Group issu de la DCN qui a fait le porteavions Charles de Gaulle, convoité par les Italiens. Bien que formé au départ de 70% d’apports techniques français, Airbus est perçu aujourd’hui dans le monde comme une entreprise allemande.
Rappelons que, forte de ses excédents, l’Allemagne envisage de remonter ses crédits militaires jusqu’au niveau requis par l’OTAN : 2% de PIB, ce qui la placera très en avant du niveau français, érodé année après année par les contraintes budgétaires liées à l’euro, et encore par Macron récemment. Le même Macron qui, dans son discours de Versailles, exhortait l’Allemagne à se réarmer !
Ce qu’il faut bien appeler une inféodation n’a rien à voir, quoi qu’on prétende, avec l’héritage du gaullisme. C’est à tort que certains voient dans cette orientation l’inspiration du général lequel aurait, lui aussi, fait le choix de l’Allemagne contre les AngloSaxons.
Qui peut imaginer qu’il aurait jamais signé le traité de l’Elysée si la France avait été en position de faiblesse comme elle l’est, de son propre fait, aujourd’hui ?
Cette diplomatie à la fois servile et idéologique ne se contente pas de nous aliéner Washington et Moscou ; elle nous fait perdre aussi un des bénéfices que nous aurions pu tirer de l’élection de Donald Trump. En prenant à partie Angela Merkel, ce dernier ne faisait que suivre la politique traditionnelle du monde anglosaxon : l’équilibre sur le continent. Devant une Allemagne devenue hégémonique, il est clair que le président américain était prêt à nous aider à rééquilibrer le rapport de forces. Ce n’est pas l’actuel président qui saisira cette perche. Encore une occasion de perdue.
**********
La conclusion de tout cela ? Face aux nuages qui s'amoncellent sur leurs têtes, les européistes et les mondialistes (ce sont les mêmes) peuvent se dire qu'une bonne petite guerre viendrait résoudre pas mal de leurs problèmes, dont le premier : conserver le pouvoir malgré les peuples. Ca n'aurait vraiment rien d'une nouveauté.
La russophobie, annonciatrice de la prochaine guerre européenne ?
**********
D’abord, les médias mainstream, propriété de l’oligarchie transnationale, ne font en la matière qu’appliquer la stratégie fixée par les Etats Unis depuis la chute de l’URSS : empêcher par tous les moyens la constitution d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural », pour reprendre la célèbre formule du Général De Gaulle, c’est-à-dire une alliance stratégique entre l’Europe et la Russie, susceptible d’équilibrer et finalement de contrebalancer la surpuissance américaine.
La Super Classe Mondiale qui a pris le pouvoir en Occident après la chute de l’URSS s’efforce en effet de maintenir par tous les moyens le leadership américain, car elle a besoin de lui pour faire avancer son projet de gouvernement mondial. Et pour semer le chaos partout, afin d’affaiblir les Etats-Nations qu’elle veut supplanter.
En diabolisant la Russie, les médias et les gouvernements européens n’expriment donc, une fois encore, que la voix de leurs vrais maîtres : la Super Classe Mondiale.
La russophobie occidentale n’est donc pas seulement ridicule. Elle n’est pas seulement une forme de racisme d’Etat, qui fait du peuple russe un coupable ou un danger par essence.
Elle est surtout dangereuse car elle prépare les esprits européens à un affrontement avec la Russie : elle véhicule des bobards de guerre, un « bourrage de crâne » comme on disait pendant la Grande Guerre, qui toujours annoncent la vraie guerre !
En effet, la Super Classe Mondiale n’a nullement renoncé à la guerre pour parvenir à ses fins. Car le monde est en passe de lui échapper. La puissance des anglo-saxons – qui constituait le cœur nucléaire de l’oligarchie occidentale – ne cesse de décliner à l’échelle du monde, dans tous les domaines et pas seulement économiques. Et les oligarques le savent bien.
Les médias mainstream s’efforcent de nous cacher ce grand secret : le monde échappe aux mondialistes parce qu’il devient de plus en plus multipolaire. Parce que de grandes civilisations – notamment en Eurasie – se réinventent et veulent se libérer de la tutelle occidentale. Et qu’elles acquièrent de plus en plus les moyens de le faire.
On ne peut donc exclure que certains oligarques anglo-saxons ne soient tentés, une nouvelle fois, de miser sur un conflit mondial pour maintenir leur leadership, c’est-à-dire leur domination et leur projet liberticide de gouverner le monde à leur seul profit.
**********
Macron ne laisse pas de m'inquiéter. Il a un sérieux pète au casque (un type qui épouse sa mère ne peut pas être équilibré) et le pouvoir absolu (puisque sans opposition). Il pourrait bien être celui par qui arrive à la France le rappel que l'histoire est vraiment tragique.
Emmanuel Todd : « Le protectionnisme oppose des populistes lucides à un establishment aveugle »
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Après l'élection de Trump, vous aviez forgé le concept de « Globalization fatigue »… De quoi s'agit-il ?
On nous a présenté l'électorat de Trump comme une bande de gros lourds incultes, des ouvriers qui n'ont plus de métier, et nous avons une vision déformée de la situation. La victoire de Trump a été possible grâce au vote des ouvriers, mais pas seulement. Le libreéchange produit une monté des inégalités dans les sociétés avancées, continue, féroce. Il avantage les détenteurs du capital et les personnes âgées. Pendant un moment, il a avantagé les diplômés. L'apothéose libre-échangiste a eu lieu quand les 20% diplômés du supérieur étaient effectivement avantagés. Mais depuis le début des années 2000, après que le revenu médian a lourdement chuté aux Etats-Unis pour les gens ordinaires, le revenu des diplômés américains stagne à son tour. Les jeunes diplômés ne sont plus protégés de la déchéance sociale. C'est pourquoi j'ai parlé de fatigue de la globalisation. Les Américains sont fatigués. Et dans certains cas, cela peut même se traduire par la mort.
Justement, que va faire l'Europe ?
Quand j'imagine un dirigeant français autour d'une table de négociation, je pense de plus en plus au film génial de Francis Veber « Le dîner de cons ». Ces mêmes technos qui ont si bien dompté l'Allemagne (82 millions d'habitants) nous proposent maintenant de mettre à genoux les Etats-Unis (325 millions). Mais ils ne savent même pas, lorsqu'ils parlent de guerre commerciale, que s'il y a une zone dans le monde où l'intensité de cette guerre est maximale, c'est précisément la zone euro! La contraction austéritaire de la demande couplée à l'impossibilité de jouer sur les taux de change y rend cette guerre plus intense encore qu'ailleurs ; la France est d'ailleurs en train de la perdre. Nous perdons peu à peu notre industrie, notre capacité à construire des TGV, et tant d'autres choses… alors entendre dire que ce sont les Etats-Unis qui nous précipitent dans une guerre commerciale, cela n'a aucun sens!
Est-ce que les élections italiennes participent aussi de cette réaction protectionniste ?
J'analyse surtout cela comme un atterrissage dans la réalité ! La tragicomédie des establishments occidentaux, c'est cet étonnement désormais incessant devant tout ce qui se passe. Comme si le monde ne cessait de nous surprendre et d'être inexplicable. C'est là le signe d'un profond aveuglement idéologique, la fausse-conscience du marxisme ! Si on accepte de regarder notre monde comme il est, avec ses taux de chômage, sa stagnation des salaires, le ralentissement des mobilités sociales et en fin de compte la fragmentation des sociétés, alors on ne peut que comprendre ces basculements électoraux un peu partout en Europe et dans le monde. Les systèmes de représentation sont en train d'exploser. L'emploi par un commentateur du mot « populiste » signifie le plus souvent: je n'ai rien compris mais je m'accroche à mon micro.
[...]
En tout cas, son élection [de Macron] ne signifie pas que la France n'est pas traversée par le même phénomène! Et ça ne fait que commencer. L'économie est atone, la société se fragmente et l'électorat est déstructuré, ce qui rend toute opposition difficile. C'est dans ce genre de situation qu'on voit l'Etat prendre son envol et devenir régime autoritaire ! Alors, quand le gouvernement veut légiférer sur l'information et retirer au parlement le droit d'amendement… on a de quoi s'inquiéter ! [J'ai la même inquiétude].
La critique que vous faites du libre-échange est essentiellement économique : n'y at- il pas aussi une révolte contre une excessive liberté de circulation des personnes ?
Si, absolument. Au départ la démocratie n'est pas universaliste, je l'ai expliqué dans mon dernier livre. La démocratie, au départ, c'est un peuple particulier qui s'organise sur un territoire pour débattre dans une langue que tout le monde comprend. Dans l'idée de démocratie, il y a l'idée d'appartenance territoriale et il y a toujours un élément de xénophobie fondatrice. Pourquoi refuser de voir l'histoire, Athènes, l'Amérique raciale, le nationalisme révolutionnaire français.
Il est donc tout à fait logique que le regain démocratique que l'on observe actuellement contienne une part de xénophobie. Je vais tenter un aphorisme, en espérant un peu d'humour à sa réception. « Si beaucoup de xénophobie détruit la démocratie, un peu de xénophobie peut y ramener ». La conscience de soi d'un peuple est un « mal nécessaire » [C'est un bien] pour établir un minimum de cohésion sociale et une capacité d'action collective.
[...]
J'affirme de plus que nier la légitimité de ce contrôle contient un élément antidémocratique implicite. Les gens qui sont favorables à l'ouverture absolue de toutes les frontières se pensent de gauche mais ils sont selon moi des antidémocrates radicaux. Aucun système de représentation démocratique n'est possible sans stabilité territoriale. J'ai d'ailleurs senti bizarrement monter ces dernières années une exaspération de cette posture dans certains milieux culturels et sociaux minoritaires, au moment même où les populations occidentales manifestaient le désir légitime de préserver un minimum d'entre-soi. Cette radicalisation n'est aucunement le signe d'un progrès, d'une plus grande ouverture à l'Autre ; j'y perçois en fait une dimension nihiliste [pile-poil, Manu].
Pour finir, vous aviez prédit la chute de l'URSS: est-ce qu'aujourd'hui, vous prophétisez la chute de l'Union européenne ?
Je n'ose plus guère faire de prophéties sur l'Europe : la survie de l'euro m'a rendu modeste. J'avais tout de suite prédit qu'il ne marcherait jamais et de ce point de vue, je ne me suis pas trompé! Mais le niveau de violence avec lequel les classes dirigeantes ont maintenu cette monnaie sacrificielle, en revanche, je ne l'avais pas anticipé. J'ai fini par comprendre que le continent européen n'était pas démocratique et libéral de tradition et que ses dirigeants, de tradition autoritaire, étaient tout à fait capables de maintenir une monnaie unique qui détruirait les sociétés.
[...]
Dans la colonne stabilité, il y a l'impossibilité pour nos « élites » d'admettre leur échec et leur nullité [entièrement d'accord : je suis navré du peu de vision et de profondeur, du conformisme, de nos dirigeants, Macron le tout premier]. il y a aussi et surtout le fait que le continent est très vieux. Or les personnes âgées, dont je suis, sont devenues otages de l'Euro car les dirigeants nous menacent d'une liquéfaction de nos pensions et de nos économies en cas de rupture du système monétaire.
Dans la colonne rupture de l'Union européenne il y a des tas d'éléments: l'Euro ne fonctionne pas, les frontières ne sont plus contrôlées, l'insécurité économique et culturelle monte, les peuples sont furieux…
Le Brexit est peut-être la clé. L'Union européenne semble se mettre dans une posture de conflit avec le Royaume-Uni en tentant un Brexit punitif. Mais nous n'avons pas d'exemple historique d'une puissance continentale qui ait réussi à vaincre le Royaume- Uni. Si Bruxelles continue de menacer l'intégrité territoriale du Royaume-Uni en jouant avec la frontière irlandaise, je suis prêt à parier que, quelle que soit leur russophobie et leur aversion actuelles pour le régime de Poutine, les Britanniques opéreront un renversement d'alliance [je n'y crois pas du tout, mais on peut quelquefois être surpris par l'intelligence stratégique des Anglais]. Et l'Union européenne s'effondrera avec un grand bruit mou …
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La France servile du président Macron. Le président sacrifie l'indépendance de la France sur l'autel de son Europe intégrée.
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La géopolitique de Macron, telle qu’elle se dessine depuis le début du quinquennat oppose d’un côté le bloc continental de l’Union européenne sous commandement allemand et de l’autre côté les EtatsUnis (version Trump), la Russie et le RoyaumeUni.
Jusqu’où va le bloc continental ainsi dessiné ? Nous serions tentés de dire « jusqu’à Stalingrad » mais nous ne sommes pas en 1943 ! Il reste que la silhouette sur la carte est la même. Il est clair qu’en maintenant les sanctions visàvis de la Russie et en jouant le jeu du renforcement de l’OTAN dans les pays baltes, Macron s’inscrit à plein parmi ceux qui considèrent que l’Ukraine a vocation à faire partie de l’Union européenne, sous une étroite surveillance allemande évidemment, et à tourner le dos à la Russie.
La carte de l’Europe n’est donc pas sans rappeler celle de l’Europe occupée de la dernière guerre mondiale.
Si l’on omet toute comparaison idéologique entre les deux époques, l’euro a un effet mécanique sur l’économie française analogue à celui de l’Occupation : le transfert progressif, pour des raisons de compétitivité, d’une part croissante du potentiel industriel français chez nos concurrents d’outreRhin.
La coopération militaire accrue souhaitée par le président Macron, au nom d’une Europe de la défense à laquelle nos partenaires ne croient pas mais dont ils tirent parti à nos dépens, conduit déjà au transfert progressif vers l’Allemagne des fleurons de ce qui constituait un des grands atouts de la France : une industrie militaire puissante. Déjà Nexter (l’ancien GIAT), qui a fabriqué le char Leclerc, est à 50% allemand. Un sort analogue semble promis à Naval Group issu de la DCN qui a fait le porteavions Charles de Gaulle, convoité par les Italiens. Bien que formé au départ de 70% d’apports techniques français, Airbus est perçu aujourd’hui dans le monde comme une entreprise allemande.
Rappelons que, forte de ses excédents, l’Allemagne envisage de remonter ses crédits militaires jusqu’au niveau requis par l’OTAN : 2% de PIB, ce qui la placera très en avant du niveau français, érodé année après année par les contraintes budgétaires liées à l’euro, et encore par Macron récemment. Le même Macron qui, dans son discours de Versailles, exhortait l’Allemagne à se réarmer !
Ce qu’il faut bien appeler une inféodation n’a rien à voir, quoi qu’on prétende, avec l’héritage du gaullisme. C’est à tort que certains voient dans cette orientation l’inspiration du général lequel aurait, lui aussi, fait le choix de l’Allemagne contre les AngloSaxons.
Qui peut imaginer qu’il aurait jamais signé le traité de l’Elysée si la France avait été en position de faiblesse comme elle l’est, de son propre fait, aujourd’hui ?
Cette diplomatie à la fois servile et idéologique ne se contente pas de nous aliéner Washington et Moscou ; elle nous fait perdre aussi un des bénéfices que nous aurions pu tirer de l’élection de Donald Trump. En prenant à partie Angela Merkel, ce dernier ne faisait que suivre la politique traditionnelle du monde anglosaxon : l’équilibre sur le continent. Devant une Allemagne devenue hégémonique, il est clair que le président américain était prêt à nous aider à rééquilibrer le rapport de forces. Ce n’est pas l’actuel président qui saisira cette perche. Encore une occasion de perdue.
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La conclusion de tout cela ? Face aux nuages qui s'amoncellent sur leurs têtes, les européistes et les mondialistes (ce sont les mêmes) peuvent se dire qu'une bonne petite guerre viendrait résoudre pas mal de leurs problèmes, dont le premier : conserver le pouvoir malgré les peuples. Ca n'aurait vraiment rien d'une nouveauté.
La russophobie, annonciatrice de la prochaine guerre européenne ?
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D’abord, les médias mainstream, propriété de l’oligarchie transnationale, ne font en la matière qu’appliquer la stratégie fixée par les Etats Unis depuis la chute de l’URSS : empêcher par tous les moyens la constitution d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural », pour reprendre la célèbre formule du Général De Gaulle, c’est-à-dire une alliance stratégique entre l’Europe et la Russie, susceptible d’équilibrer et finalement de contrebalancer la surpuissance américaine.
La Super Classe Mondiale qui a pris le pouvoir en Occident après la chute de l’URSS s’efforce en effet de maintenir par tous les moyens le leadership américain, car elle a besoin de lui pour faire avancer son projet de gouvernement mondial. Et pour semer le chaos partout, afin d’affaiblir les Etats-Nations qu’elle veut supplanter.
En diabolisant la Russie, les médias et les gouvernements européens n’expriment donc, une fois encore, que la voix de leurs vrais maîtres : la Super Classe Mondiale.
La russophobie occidentale n’est donc pas seulement ridicule. Elle n’est pas seulement une forme de racisme d’Etat, qui fait du peuple russe un coupable ou un danger par essence.
Elle est surtout dangereuse car elle prépare les esprits européens à un affrontement avec la Russie : elle véhicule des bobards de guerre, un « bourrage de crâne » comme on disait pendant la Grande Guerre, qui toujours annoncent la vraie guerre !
En effet, la Super Classe Mondiale n’a nullement renoncé à la guerre pour parvenir à ses fins. Car le monde est en passe de lui échapper. La puissance des anglo-saxons – qui constituait le cœur nucléaire de l’oligarchie occidentale – ne cesse de décliner à l’échelle du monde, dans tous les domaines et pas seulement économiques. Et les oligarques le savent bien.
Les médias mainstream s’efforcent de nous cacher ce grand secret : le monde échappe aux mondialistes parce qu’il devient de plus en plus multipolaire. Parce que de grandes civilisations – notamment en Eurasie – se réinventent et veulent se libérer de la tutelle occidentale. Et qu’elles acquièrent de plus en plus les moyens de le faire.
On ne peut donc exclure que certains oligarques anglo-saxons ne soient tentés, une nouvelle fois, de miser sur un conflit mondial pour maintenir leur leadership, c’est-à-dire leur domination et leur projet liberticide de gouverner le monde à leur seul profit.
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Macron ne laisse pas de m'inquiéter. Il a un sérieux pète au casque (un type qui épouse sa mère ne peut pas être équilibré) et le pouvoir absolu (puisque sans opposition). Il pourrait bien être celui par qui arrive à la France le rappel que l'histoire est vraiment tragique.
mardi, janvier 10, 2017
L’avenir de la Russie est pas rose, l’avenir de la Russie est morose
Vladimir Poutine est le gagnant de l’année 2016.
Mais ses succès sont de court terme : ni l’économie ni la démographie ne sont en pleine forme et les perspectives ne sont folichonnes.
Quant à la diplomatie et à la politique étrangère, il va falloir transformer les coups de 2016 en succès durables et, vu le merdier qu’est l’Orient compliqué, je lui souhaite bien du courage. C'est toujours mieux que la diplomatie française, qui ne sait pas où elle est et ignore où elle va.
Aux royaume des aveugles ...
C'est pour relativiser le tapage autour de Poutine.
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