Affichage des articles dont le libellé est hureaux. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est hureaux. Afficher tous les articles

lundi, juillet 16, 2018

Macron est-il si clairvoyant ?

C'est un plaisir un peu vain que je me fais. Ci-dessous un article (gratuit) de Roland Hureaux dans Causeur, dont je souligne les passages les plus importants.

Mes fidèles lecteurs qui savent dans quel mépris je tiens le guignol qui nous sert de président ne serons pas surpris.

Macron est-il si clairvoyant ?

Il est à côté de la plaque et il ne s'en rend pas compte

par Roland Hureaux- 16 juillet 2018

Vanté pour son intelligence politique, le président Macron est-il conscient de la situation de la France ? De nombreux signes laissent penser, au contraire, qu’il ne s’en rend pas compte.

Depuis qu’il a été élu président de la France, il virevolte avec ce qui semble du brio. Ses discours, comme celui qu’il a récemment prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, ont du style.

Beaucoup de Français pensent que notre pays est mieux représenté par lui.

Il a, à un degré caricatural, l’assurance bien connue des hauts fonctionnaires français – qui, sur la scène internationale, ne plait pas à tout le monde et ne signifie pas non plus qu’il ait des idées. 

L’OPA magistrale qu’il a réalisée sur la France au printemps 2017 était assurément le signe d’une certaine intelligence. En ce temps de confusion de toutes les valeurs, avoir contourné les règles républicaines fondamentales qui tiennent chez nous les juges éloignés des processus électoraux passe non pour une faute mais pour un exploit : bravo l’artiste, dit-on ! La subversion du clivage gauche-droite qu’il a opérée n’est pas nouvelle mais jamais elle n’avait été poussée aussi loin.

Un président psychorigide ?

Macron fait preuve d’une incontestable habileté politicienne. Il est vrai que la bêtise d’une certaine droite, contaminée par les logiques techniciennes, lui facilite la tâche : en lançant des réformes qui plaisent à celle-ci comme celle du code du travail ou de la SNCF ou encore la sélection à l’entrée des universités, il conduit une partie de l’opposition républicaine à l’approuver et, dès lors, les Français à se demander à quoi elle sert.

Il reste que l’intelligence, la vraie intelligence politique, ce n’est pas de savoir vibrionner au jour le jour ou de gérer sa « com », c’est la capacité à s’adapter au monde tel qu’il est.

Ses nombreux faux-pas diplomatiques, tant à l’égard des Etats-Unis que de l’Italie ou des pays du groupe de Višegrad, tout comme le conformisme de ses réformes, amènent à douter que le nouveau président soit vraiment aussi clairvoyant qu’on le dit et qu’il le croit.

Or sur ce plan, Macron donne, il faut bien le dire, des signes inquiétants de psychorigidité. D’abord, sur l’Europe. Discours après discours, il présente un plan de relance de l’Europe supranationale, d’un idéalisme exalté, sans paraître voir que cela n’intéresse plus personne : ni aucun de nos partenaires, ni personne en France. Le président en est resté sinon à Jean Monnet, du moins aux années 2000, au temps des grands débats sur la Constitution européenne et il n’a sûrement jamais compris pourquoi le non l’avait emporté en 2005. Depuis, il y a eu le Brexit qu’il n’a pas avalé non plus ; et il y a l’opposition forcenée du groupe de Višegrad à tout approfondissement : loin de tendre la main à ces vieux pays, amis historiques de la France, il les insulte et se les met à dos. La classe politique allemande, paralysée, s’arc-boute pour empêcher la montée de l’AFD, parti eurocritique. Les Italiens viennent de montrer qu’ils ne veulent pas de l’Europe de Bruxelles : Macron les rappelle à l’ordre avec arrogance, ignorant visiblement combien les Italiens détestent les leçons de morale venues de France – surtout après avoir été contraints d’accueillir seuls près de 800 000 réfugiés. Irrité de voir que les choses ne vont pas comme il le souhaiterait, il ressort la vieille rengaine que l’Europe n’aurait pas dû être élargie, et va même jusqu’à qualifier de « lèpre » le « populisme » de ceux qui résistent au projet européen. Demain des « vipères lubriques » ? On le dit ouvert mais il refuse le pluralisme, moderne, mais il refuse l’histoire.

Macron, le dernier des européistes

L’évolution de l’opinion publique n’est pas le seul signe de l’usure du projet européen : pour maintenir l’euro à flot, la Banque centrale européenne (BCE) poursuit sa fuite en avant inflationniste (c’est le sens du quantitative easing) : jusqu’où ? Le vaisseau Europe fait eau de toute part ; Macron seul ne semble pas s’en apercevoir : est-ce le fait d’un homme éclairé ? Dans la défunte Union soviétique nul doute que Macron aurait été plutôt du côté de Brejnev (ou de Souslov !) que de Gorbatchev.

Le projet européen de Macron pourrait intéresser l’Allemagne sous un seul angle : la récupération de notre industrie de défense. Après le démantèlement d’Alstom dont il porte largement la responsabilité et au motif de faire l’Europe de la défense, le GIAT (le char Leclerc), la DCN (le Charles de Gaulle) sont en train de passer subrepticement sous pavillon allemand. Aveuglement ou volonté délibérée de laminer la singularité française ? Beaucoup se le demandent. Même oubli de l’intérêt national au bénéfice de l’idéologie dans les rapports avec la Russie : si le front ukrainien semble un peu calmé – grâce à Trump plus qu’à Macron -, les sanctions à l’encontre de la Russie que Fillon voulait lever ne sont pas près de l’être et lèsent toujours autant les intérêts de la France. Si les Russes avaient apprécié l’invitation surprise du nouveau président à célébrer la visite du tsar Pierre le Grand à Versailles, par-delà les ronds de jambe, rien n’a changé quant au fond dans la relation franco-russe : les Russes s’en sont certainement aperçus.

Macron le continuateur

Les changements à la tête d’un Etat ont toujours servi à corriger la ligne politique d’un pays quand elle était mal engagée, sans que le nouveau président ait à se désavouer. Or elle l’avait été rarement aussi mal qu’en Syrie sous Sarkozy et Hollande : la rupture totale des relations diplomatiques, le soutien constant aux milices djihadistes, les mêmes qui se félicitaient bruyamment des attentats en France (quand elles ne les avaient pas organisés), la diabolisation hystérique et – infantile quand on sait comment se manipule aujourd’hui l’opinion internationale – du gouvernement syrien, tout en constituant une trahison des chrétiens d’Orient, nous ont aliéné inutilement un pays, ancien mandat français, qui avait été au cours des deux dernières décennies un partenaire précieux. Or Bachar a aujourd’hui pratiquement gagné la guerre, les augures du Quai d’Orsay (la « secte » néoconservatrice) qui prédisaient en 2011 sa chute en huit jours en sont pour leurs frais. Visiblement, Macron reste sur la même ligne que ses prédécesseurs ; au lieu de s’adapter à la nouvelle donne, il laisse son ministre des Affaires étrangères, le médiocre Le Drian, accuser Assad de massacrer son peuple. Des forces spéciales françaises, armées d’hélicoptères, sont présentes dans le nord de la Syrie, on se demande pour y faire quoi : même Sarkozy et Hollande n’étaient pas allés jusque-là. Alors que Trump retire ses forces du pays, Macron y augmente les siennes ; prétendant de manière ridicule avoir convaincu Trump de rester, il s’attire un démenti cinglant. Tout aurait pu changer sur ce front et rien ne change. Loin de déplacer les lignes, comme Trump a su le faire à sa manière avec la Corée du Nord, Macron reste sur le même rail.

Dans les affaires intérieures, beaucoup louent le dynamisme du nouveau président, ses multiples efforts pour faire « bouger la France ». Il donne le vertige par la multiplication des projets de réforme. Mais quelles réformes ? La vérité est que loin d’être originaux, les projets de Macron étaient tous dans les cartons des ministères et ne sont que le prolongement des réformes effectuées au cours des quinze ou vingt dernières années, lesquelles ont si bien réussi à la France comme on sait !

Au titre de la réforme de la fonction publique, il annonce la rémunération au mérite des fonctionnaires ; sait-il qu’elle a été instaurée dès 2001 par une loi bien connue appelée « Lolf », mise en œuvre par Sarkozy et dont on connait déjà les effets pervers ? Faute de critères de rendement fiables, la porte a été ouverte à l’arbitraire, parfois à la promotion canapé, l’ambiance s’en est trouvée détériorée et le zèle découragé. Les deux piliers de l’Etat que sont le ministère des Finances et la représentation locale de l’Etat ont été gravement désorganisées. Macron veut aller encore plus loin…

Les Ordonnances travail, auxquelles certains trouvent cependant quelques aspects positifs, sont-elles autre chose qu’une mise aux normes européenne ? Comme l’est l’adhésion au Ceta, laquelle intervient au moment où un Jacques de la Rosière, ancien patron du FMI, remet en cause une partie des dogmes libre-échangistes.

Le spectacle permanent

La réforme de la SNCF est la transposition mécanique d’un règlement de Bruxelles. Déjà affaiblie par la séparation, économiquement absurde mais imposée par le dogmatisme de la commission, des réseaux et de l’exploitation, la SNCF le sera plus encore.

En décembre dernier, le gouvernement s’est réuni au grand complet à Cahors pour marquer son intérêt pour la « France périphérique ». Il n’en est pas sorti une seule idée. Est annoncée, au contraire, la fermeture de milliers d’écoles rurales pour renforcer les ZEP et sans doute celle de nombreuses petites lignes de chemin de fer. L’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km à l’heure, va d’abord toucher ces zones.

La réforme annoncée du bac est dans les cartons du ministère depuis des années. Elle s’inscrit dans la progressive déconstruction du système éducatif : course à la facilité, dilution de la notion de discipline scientifique, notes de gueule. Il est vrai que, par exception, l’enseignement primaire semble géré par le ministre Blanquer plus intelligemment que par ses prédécesseurs : il faudrait voir dans ce retour au bon sens l’influence de Brigitte Macron. Dommage qu’on ne la voie pas ailleurs !

De cette réformite sans imagination, deux lectures. Celle de l’oligarchie économique, médiatique, technocratique, des think tanks libéraux qui tous font chorus : la France a besoin d’être réformée ; tout le monde sait quelles réformes il faut faire. Si on ne les a pas encore faites, c’est que les gouvernements successifs ont manqué de « courage ».

L’autre lecture se réfère à Guy Debord : la société du spectacle (disons de communication) dans laquelle nous sommes entrés a besoin de s’étourdir de réformes, lesquelles, au point où nous en sommes, ne sauraient faire aller les choses que de mal en pis : « La société du spectacle dans sa phase avancée (…) n’est plus pour l’essentiel réformable. Mais le changement est sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière ». Dans cette optique, la réforme est d’abord un produit de communication (de « spectacle »).

Macron ne comprend pas la France

Les réformes de type technocratique ne font que suivre les logiques de celles qui les ont précédées et qui sont précisément les causes des problèmes. Avec Macron, nous les voyons à l’œuvre de manière caricaturale. Comment espérer trouver les remèdes aux maux de l’Education nationale dans les cartons d’un ministère qui est le responsable de ces maux ? La technocratie française élabore des projets de réforme qui, chacune dans son domaine, suit un schéma simple, voire simpliste, ignorant la complexité des choses, en général le même depuis quarante ans : regrouper les communes, fusionner les services, étendre le mode de gestion privé, flexibiliser l’emploi, mettre aux normes européennes ou internationales (celles de l’OCDE pour le bac).

Face aux résistances, jamais, au grand jamais, leurs initiateurs se demanderont si dans ces résistances, il n’y aurait pas quelque chose de légitime. On se contente d’y voir l’effet de l’archaïsme, de la routine, d’un conservatisme « bien français ». Nul n’imagine que ce pourrait être à la technocratie de s’adapter. Penser qu’il pourrait y avoir de bonnes et de mauvaises réformes comme il y a de bons et de mauvais remèdes, est une question hors du champ épistémologique de ceux qui nous dirigent, comme dirait Foucault. Réformer est devenu intransitif comme communiquer ou changer. Face à ces blocages, « enfin Macron vint », selon une expression dont on peut penser qu’elle était ironique. Cette fois, ça passe où ça casse.

Macron, c’est jusqu’à la caricature l’incapacité à critiquer à partir d’une connaissance du terrain (qu’il n’a pas) ou d’idées neuves (qu’il n’a pas non plus) les projets des administrations que la plupart du temps, le gouvernement avalise. Loin d’apporter la touche du vrai chef (« l’œil du maitre ») comme le faisait par exemple un Pompidou, homme supérieurement intelligent, lui, et critique lucide des logiques technocratiques, Macron ne doute pas que les services aient, sur tous les sujets, raison. Comme en politique étrangère, il est sur les rails et il y reste.

Erreur sur la personne ?

Tragique malentendu : les Français étaient las d’une classe politique usée, et en réalité d’une technocratie dont les projets étaient avalisés passivement par les politiques. Voulant du nouveau, ils élisent quelqu’un qui ne propose rien d’autre que de donner un coup d’accélérateur aux réformes qu’inspire ladite technocratie.

Or la France d’aujourd’hui rencontre des problèmes graves qui, comme jamais jusqu’ici, conditionnent son avenir. Ces problèmes : démographie, désindustrialisation, dépenses publiques excessives, justice et insécurité, déliquescence de l’Education nationale. Il y a là de quoi être inquiet : Macron, prisonnier des logiques du passé, ne semble armé intellectuellement pour se saisir sérieusement d’aucun de ces problèmes. Bien au contraire, la plupart de ses projets font craindre leur aggravation.

Comment s’étonner qu’au bout d’un an, s’installe le doute sur la capacité de Macron à vraiment réformer la France. Les Français ne vont pas tarder à comprendre, avant lui sans doute, qu’il se situe aux antipodes de ce qu’ils attendent. Il y a, disaient les Romains, pour chacun, un sommet, une acmé, un moment de la vie où il atteint sa pleine réussite. Pour le jeune Macron, ce fut ses années Sciences po-ENA-Inspection des finances, sous l’égide d’un Richard Descoings à l’heure de sa gloire. La plupart des thèmes évoqués plus haut, de l’Europe supranationale à la privatisation des services publics et à la philosophie libérale-libertaire, connaissaient alors leur plus grande faveur, ils étaient si évidents que bien peu osaient les remettre en cause surtout s’ils voulaient sortir dans les premiers de l’ENA, temple du politiquement correct. Typique de cette école, la rhétorique balancée du « en même temps ». Le mépris ostensible de la francophonie qui pousse Macron à faire ses discours en anglais avait déjà entrainé la multiplication des cours en anglais à la rue Saint-Guillaume, sans que la cote de l’école y ait d’ailleurs gagné. Dans le milieu fermé qu’il fréquentait alors, la criminalisation de la France coloniale, familière aux universités américaines, ce n’était pas une provocation, c’était une évidence.

Macron est comme un animal parfaitement adapté à un certain milieu mais inadaptable ailleurs. Dans ce milieu, il peut certes faire preuve de brio. Mais il détonne dès que l’environnement change un tant soit peu. Le nouveau président est aussi déphasé aujourd’hui que l’était Mitterrand en 1981 avec son lourd programme de nationalisations. Mais Mitterrand, vieil animal politique, avait su s’adapter. On ne voit pas à ce jour, le moindre indice que Macron en soit capable. Comprendra-t-il que ce qu’il a appris à l’Institut d’études politiques de Paris il y a vingt ans est complètement à côté de la plaque dans une planète dominée par Poutine, Trump, Xi et qui voit partout la révolte des peuples contre les logiques technocratiques et le retour des stratégies nationales ? On peut craindre que non.

vendredi, mars 16, 2018

La Russie, l'européisme et la France vassale : les bellicistes en action ?

Je ne suis pas souvent d'accord avec Emmanuel Todd, mais à part son petit moment d'égarement sur Macron « populiste », je ne trouve rien à redire :

Emmanuel Todd : « Le protectionnisme oppose des populistes lucides à un establishment aveugle »

**********
Après l'élection de Trump, vous aviez forgé le concept de « Globalization fatigue »… De quoi s'agit-il ?

On nous a présenté l'électorat de Trump comme une bande de gros lourds incultes, des ouvriers qui n'ont plus de métier, et nous avons une vision déformée de la situation. La victoire de Trump a été possible grâce au vote des ouvriers, mais pas seulement. Le libreéchange produit une monté des inégalités dans les sociétés avancées, continue, féroce. Il avantage les détenteurs du capital et les personnes âgées. Pendant un moment, il a avantagé les diplômés. L'apothéose libre-échangiste a eu lieu quand les 20% diplômés du supérieur étaient effectivement avantagés. Mais depuis le début des années 2000, après que le revenu médian a lourdement chuté aux Etats-Unis pour les gens ordinaires, le revenu des diplômés américains stagne à son tour. Les jeunes diplômés ne sont plus protégés de la déchéance sociale. C'est pourquoi j'ai parlé de fatigue de la globalisation. Les Américains sont fatigués. Et dans certains cas, cela peut même se traduire par la mort.

Justement, que va faire l'Europe ?


Quand j'imagine un dirigeant français autour d'une table de négociation, je pense de plus en plus au film génial de Francis Veber « Le dîner de cons ». Ces mêmes technos qui ont si bien dompté l'Allemagne (82 millions d'habitants) nous proposent maintenant de mettre à genoux les Etats-Unis (325 millions). Mais ils ne savent même pas, lorsqu'ils parlent de guerre commerciale, que s'il y a une zone dans le monde où l'intensité de cette guerre est maximale, c'est précisément la zone euro! La contraction austéritaire de la demande couplée à l'impossibilité de jouer sur les taux de change y rend cette guerre plus intense encore qu'ailleurs ; la France est d'ailleurs en train de la perdre. Nous perdons peu à peu notre industrie, notre capacité à construire des TGV, et tant d'autres choses… alors entendre dire que ce sont les Etats-Unis qui nous précipitent dans une guerre commerciale, cela n'a aucun sens!

Est-ce que les élections italiennes participent aussi de cette réaction protectionniste ?

J'analyse surtout cela comme un atterrissage dans la réalité !  La tragicomédie des establishments occidentaux, c'est cet étonnement désormais incessant devant tout ce qui se passe. Comme si le monde ne cessait de nous surprendre et d'être inexplicable. C'est là le signe d'un profond aveuglement idéologique, la fausse-conscience du marxisme ! Si on accepte de regarder notre monde comme il est, avec ses taux de chômage, sa stagnation des salaires, le ralentissement des mobilités sociales et en fin de compte la fragmentation des sociétés, alors on ne peut que comprendre ces basculements électoraux un peu partout en Europe et dans le monde. Les systèmes de représentation sont en train d'exploser. L'emploi par un commentateur du mot « populiste » signifie le plus souvent: je n'ai rien compris mais je m'accroche à mon micro.

[...]

En tout cas, son élection [de Macron] ne signifie pas que la France n'est pas traversée par le même phénomène! Et ça ne fait que commencer. L'économie est atone, la société se fragmente et l'électorat est déstructuré, ce qui rend toute opposition difficile. C'est dans ce genre de situation qu'on voit l'Etat prendre son envol et devenir régime autoritaire ! Alors, quand le gouvernement veut légiférer sur l'information et retirer au parlement le droit d'amendement… on a de quoi s'inquiéter ! [J'ai la même inquiétude].

La critique que vous faites du libre-échange est essentiellement économique : n'y at- il pas aussi une révolte contre une excessive liberté de circulation des personnes ?

Si, absolument. Au départ la démocratie n'est pas universaliste, je l'ai expliqué dans mon dernier livre. La démocratie, au départ, c'est un peuple particulier qui s'organise sur un territoire pour débattre dans une langue que tout le monde comprend. Dans l'idée de démocratie, il y a l'idée d'appartenance territoriale et il y a toujours un élément de xénophobie fondatrice. Pourquoi refuser de voir l'histoire, Athènes, l'Amérique raciale, le nationalisme révolutionnaire français.

Il est donc tout à fait logique que le regain démocratique que l'on observe actuellement contienne une part de xénophobie. Je vais tenter un aphorisme, en espérant un peu d'humour à sa réception. « Si beaucoup de xénophobie détruit la démocratie, un peu de xénophobie peut y ramener ». La conscience de soi d'un peuple est un « mal nécessaire » [C'est un bien] pour établir un minimum de cohésion sociale et une capacité d'action collective.

[...]

J'affirme de plus que nier la légitimité de ce contrôle contient un élément antidémocratique implicite. Les gens qui sont favorables à l'ouverture absolue de toutes les frontières se pensent de gauche mais ils sont selon moi des antidémocrates radicaux. Aucun système de représentation démocratique n'est possible sans stabilité territoriale. J'ai d'ailleurs senti bizarrement monter ces dernières années une exaspération de cette posture dans certains milieux culturels et sociaux minoritaires, au moment même où les populations occidentales manifestaient le désir légitime de préserver un minimum d'entre-soi. Cette radicalisation n'est aucunement le signe d'un progrès, d'une plus grande ouverture à l'Autre ; j'y perçois en fait une dimension nihiliste [pile-poil, Manu].

Pour finir, vous aviez prédit la chute de l'URSS: est-ce qu'aujourd'hui, vous prophétisez la chute de l'Union européenne ?

Je n'ose plus guère faire de prophéties sur l'Europe : la survie de l'euro m'a rendu modeste. J'avais tout de suite prédit qu'il ne marcherait jamais et de ce point de vue, je ne me suis pas trompé! Mais le niveau de violence avec lequel les classes dirigeantes ont maintenu cette monnaie sacrificielle, en revanche, je ne l'avais pas anticipé. J'ai fini par comprendre que le continent européen n'était pas démocratique et libéral de tradition et que ses dirigeants, de tradition autoritaire, étaient tout à fait capables de maintenir une monnaie unique qui détruirait les sociétés.

[...]

Dans la colonne stabilité, il y a l'impossibilité pour nos « élites » d'admettre leur échec et leur nullité [entièrement d'accord : je suis navré du peu de vision et de profondeur, du conformisme, de nos dirigeants, Macron le tout premier]. il y a aussi et surtout le fait que le continent est très vieux. Or les personnes âgées, dont je suis, sont devenues otages de l'Euro car les dirigeants nous menacent d'une liquéfaction de nos pensions et de nos économies en cas de rupture du système monétaire.

Dans la colonne rupture de l'Union européenne il y a des tas d'éléments: l'Euro ne fonctionne pas, les frontières ne sont plus contrôlées, l'insécurité économique et culturelle monte, les peuples sont furieux…

Le Brexit est peut-être la clé. L'Union européenne semble se mettre dans une posture de conflit avec le Royaume-Uni en tentant un Brexit punitif. Mais nous n'avons pas d'exemple historique d'une puissance continentale qui ait réussi à vaincre le Royaume- Uni. Si Bruxelles continue de menacer l'intégrité territoriale du Royaume-Uni en jouant avec la frontière irlandaise, je suis prêt à parier que, quelle que soit leur russophobie et leur aversion actuelles pour le régime de Poutine, les Britanniques opéreront un renversement d'alliance [je n'y crois pas du tout, mais on peut quelquefois être surpris par l'intelligence stratégique des Anglais]. Et l'Union européenne s'effondrera avec un grand bruit mou …
**********


La France servile du président Macron. Le président sacrifie l'indépendance de la France sur l'autel de son Europe intégrée.

**********
La géopolitique de Macron, telle qu’elle se dessine depuis le début du quinquennat oppose d’un côté le bloc continental de l’Union européenne sous commandement allemand et de l’autre côté les EtatsUnis (version Trump), la Russie et le RoyaumeUni.

Jusqu’où va le bloc continental ainsi dessiné ? Nous serions tentés de dire « jusqu’à Stalingrad » mais nous ne sommes pas en 1943 ! Il reste que la silhouette sur la carte est la même. Il est clair qu’en maintenant les sanctions visàvis de la Russie et en jouant le jeu du renforcement de l’OTAN dans les pays baltes, Macron s’inscrit à plein parmi ceux qui considèrent que l’Ukraine a vocation à faire partie de l’Union européenne, sous une étroite surveillance allemande évidemment, et à tourner le dos à la Russie.

La carte de l’Europe n’est donc pas sans rappeler celle de l’Europe occupée de la dernière guerre mondiale.

Si l’on omet toute comparaison idéologique entre les deux époques, l’euro a un effet mécanique sur l’économie française analogue à celui de l’Occupation : le transfert progressif, pour des raisons de compétitivité, d’une part croissante du potentiel industriel français chez nos concurrents d’outreRhin.

La coopération militaire accrue souhaitée par le président Macron, au nom d’une Europe de la défense à laquelle nos partenaires ne croient pas mais dont ils tirent parti à nos dépens, conduit déjà au transfert progressif vers l’Allemagne des fleurons de ce qui constituait un des grands atouts de la France : une industrie militaire puissante. Déjà Nexter (l’ancien GIAT), qui a fabriqué le char Leclerc, est à 50% allemand. Un sort analogue semble promis à Naval Group issu de la DCN qui a fait le porteavions Charles de Gaulle, convoité par les Italiens. Bien que formé au départ de 70% d’apports techniques français, Airbus est perçu aujourd’hui dans le monde comme une entreprise allemande.

Rappelons que, forte de ses excédents, l’Allemagne envisage de remonter ses crédits militaires jusqu’au niveau requis par l’OTAN : 2% de PIB, ce qui la placera très en avant du niveau français, érodé année après année par les contraintes budgétaires liées à l’euro, et encore par Macron récemment. Le même Macron qui, dans son discours de Versailles, exhortait l’Allemagne à se réarmer !

Ce qu’il faut bien appeler une inféodation n’a rien à voir, quoi qu’on prétende, avec l’héritage du gaullisme. C’est à tort que certains voient dans cette orientation l’inspiration du général lequel aurait, lui aussi, fait le choix de l’Allemagne contre les AngloSaxons.

Qui peut imaginer qu’il aurait jamais signé le traité de l’Elysée si la France avait été en position de faiblesse comme elle l’est, de son propre fait, aujourd’hui ?

Cette diplomatie à la fois servile et idéologique ne se contente pas de nous aliéner Washington et Moscou ; elle nous fait perdre aussi un des bénéfices que nous aurions pu tirer de l’élection de Donald Trump. En prenant à partie Angela Merkel, ce dernier ne faisait que suivre la politique traditionnelle du monde anglosaxon : l’équilibre sur le continent. Devant une Allemagne devenue hégémonique, il est clair que le président américain était prêt à nous aider à rééquilibrer le rapport de forces. Ce n’est pas l’actuel président qui saisira cette perche. Encore une occasion de perdue.
**********

La conclusion de tout cela ? Face aux nuages qui s'amoncellent sur leurs têtes, les européistes et les mondialistes (ce sont les mêmes) peuvent se dire qu'une bonne petite guerre viendrait résoudre pas mal de leurs problèmes, dont le premier : conserver le pouvoir malgré les peuples. Ca n'aurait vraiment rien d'une nouveauté.

La russophobie, annonciatrice de la prochaine guerre européenne ?

**********
D’abord, les médias mainstream, propriété de l’oligarchie transnationale, ne font en la matière qu’appliquer la stratégie fixée par les Etats Unis depuis la chute de l’URSS : empêcher par tous les moyens la constitution d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural », pour reprendre la célèbre formule du Général De Gaulle, c’est-à-dire une alliance stratégique entre l’Europe et la Russie, susceptible d’équilibrer et finalement de contrebalancer la surpuissance américaine.

La Super Classe Mondiale qui a pris le pouvoir en Occident après la chute de l’URSS s’efforce en effet de maintenir par tous les moyens le leadership américain, car elle a besoin de lui pour faire avancer son projet de gouvernement mondial. Et pour semer le chaos partout, afin d’affaiblir les Etats-Nations qu’elle veut supplanter.

En diabolisant la Russie, les médias et les gouvernements européens n’expriment donc, une fois encore, que la voix de leurs vrais maîtres : la Super Classe Mondiale.

La russophobie occidentale n’est donc pas seulement ridicule. Elle n’est pas seulement une forme de racisme d’Etat, qui fait du peuple russe un coupable ou un danger par essence.

Elle est surtout dangereuse car elle prépare les esprits européens à un affrontement avec la Russie : elle véhicule des bobards de guerre, un « bourrage de crâne » comme on disait pendant la Grande Guerre, qui toujours annoncent la vraie guerre !

En effet, la Super Classe Mondiale n’a nullement renoncé à la guerre pour parvenir à ses fins. Car le monde est en passe de lui échapper. La puissance des anglo-saxons – qui constituait le cœur nucléaire de l’oligarchie occidentale – ne cesse de décliner à l’échelle du monde, dans tous les domaines et pas seulement économiques. Et les oligarques le savent bien.

Les médias mainstream s’efforcent de nous cacher ce grand secret : le monde échappe aux mondialistes parce qu’il devient de plus en plus multipolaire. Parce que de grandes civilisations – notamment en Eurasie – se réinventent et veulent se libérer de la tutelle occidentale. Et qu’elles acquièrent de plus en plus les moyens de le faire.

On ne peut donc exclure que certains oligarques anglo-saxons ne soient tentés, une nouvelle fois, de miser sur un conflit mondial pour maintenir leur leadership, c’est-à-dire leur domination et leur projet liberticide de gouverner le monde à leur seul profit.
**********



Macron ne laisse pas de m'inquiéter. Il a un sérieux pète au casque (un type qui épouse sa mère ne peut pas être équilibré) et le pouvoir absolu (puisque sans opposition). Il pourrait bien être celui par qui arrive à la France le rappel que l'histoire est vraiment tragique.











dimanche, août 07, 2016

Clint et Donald

Toutes les raisons que donne cet article de redouter l'élection de Donal Trump sont, pour moi, des raisons de l'espérer :

President Trump is a monster waiting behind a locked door. What happens if America opens it?

Les conservateurs, comme Thomas Sowell, qui font la fine bouche devant Trump, ne comprennent tout simplement pas à quel point la situation est désespérée.

Le Système est tellement verrouillé que certaines vérités ne peuvent être dites que par des gens qui ne sont pas dans le moule, qui font tache (Trump aux Etats-Unis, Grillo en Italie, Farage en Grande-Bretagne, etc).

Que préférez-vous ? Des politiciens qui sont dans le moule, propres sur eux, mais dont nous avons une certitude : ils accentueront notre décadence. Ou des politiciens qui font tache, qui ont tous les défauts de la terre, mais qui offrent une petite chance de bousculer le Système qui nous tue ?

Il faut choisir, nous sommes, hélas, dans une situation où nous ne pouvons plus avoir les deux.

Il y a tout de même un motif d'espoir.

La génération des salopards soixante-huitards et de leurs descendants directs n'a jamais été si forte. Après tout, depuis dix ans, ils ont grandement accéléré leurs destructions. Mais, là où grandit le péril, grandit le remède : une partie des jeunes est constituée d'abrutis lobotomisés, mais une autre ressent douloureusement,ce qui lui manque.

Génération mauviettes ? Quand Clint Eastwood se trompe lourdement en pensant que ce sont les "jeunes" qui se noient dans le politiquement correct






jeudi, juin 09, 2016

Le problème de la (fausse) droite soumise

La jouer “plus libéral que moi tu meurs” ne peut suffire

************
Pour exiger des gens des sacrifices courageux, il faut soi-même donné le sentiment de faire preuve de courage. Quoiqu’ ils n’en soient pas toujours conscients, les Français sentent bien que les réformes libérales, même si certaines sont nécessaires, visent à satisfaire des donneurs d’ordres étrangers (Bruxelles, Berlin ou d’autres), que ces ordres sont répercutés par des « princes esclaves » selon l’expression de Gaston Fessard. Piètre posture pour exiger « du sang et des larmes ».

[…]

La convergence des propositions des candidats Les Républicains ne tient pas seulement au conformisme technocratique : ne remettant évidement pas en cause l’euro, ils n’envisagent pas non plus des solutions alternatives comme un vigoureux transfert des charges sociales sur la TVA dite « TVA sociale » (assortie d’une hausse des salaires à due proportion, sinon la mesure apparaîtra elle aussi pénitentielle). A l’intérieur des contraintes dans lesquelles ils inscrivent leur projet, la seule solution qu’ils voient pour relancer la croissance est la politique dite de l’offre : faciliter l’initiative des chefs d’entreprise en améliorant leur situation financière et réglementaire vis-à-vis du reste de la population.

[…]

Le plus probable à ce jour est que le prochain président soit issu des rangs des Républicains. La règle à suivre par ceux qui conseillent les candidats à la primaire de ce parti ne devrait pas être seulement « plus libéral que moi tu meurs », mais : « Comment éviter que la nouvelle majorité ne soit carbonisée en trois mois ? » Autrement dit, comment ne pas réitérer les mésaventures de 1986 et 1995 : toute la population dans la rue aux premières réformes ? Mais qui s’en souvient ? C’est alors en effet qu’aurait lieu l’explosion que tout le monde attend depuis des mois, voire des années. Les réformes en seraient définitivement discréditées et la gauche, malgré son épuisement idéologique, se trouverait une fois de plus, remise en selle.
************

Je trouve que Roland Hureaux n'est pas si clair que d'habitude. La solution au problème qu'il expose  est simple et connue puisqu'elle est donnée par le discours économique de De Gaulle en 1958 :

1) des réformes amples, qui font des mécontents partout mais la colère étant également répartie, pas de sentiment d'injustice.

2) Un but clair. Des perspectives. Ne pas rester sur le traumatisme du moment. Se projeter dans l'avenir.

3) Faire dans l'intérêt de notre pays. Pas dans l'intérêt de « l'Europe », de l'Amérique, de l'Allemagne, du Balouchistan,  du Volapuk (intégré ou non) de la gauche ou de la droite, mais dans l'intérêt de la France, et elle seule.

Seulement voilà : contrairement à notre fausse droite, qui a peur de tout et est une chienne soumise à tous les maîtres, la gauche, l'islam, l'UE, l'Amérique, ... (tous, sauf le seul maître qu'elle devrait accepter, la France), De Gaulle n'avait pas honte d'être un patriote français et de parler comme tel.

S'il se trouvait au pouvoir un authentique patriote, nous pourrions de nouveau entendre :

« J’ai décidé de remettre nos affaires en ordre réellement et profondément. [...] Notre pays va se trouver à l’épreuve [mais] le rétablissement visé est tel qu’il peut nous payer de tout [...] Sans cet effort et ces sacrifices, nous resterions un pays à la traîne, oscillant perpétuellement entre le drame et la médiocrité. »








samedi, mai 21, 2016

La Turquie est devenue de facto membre de l'Union européenne, au nez et à la barbe des peuples qui n'en voulaient pas

Libre entrée des Turcs en Europe : où est la contrepartie ?

*********
Avec la libre entrée de ses ressortissants, la Turquie, qui bénéficie déjà de la libre entrée de ses marchandises et d'aides considérables, est devenue de facto membre de l'Union européenne, au nez et à la barbe des peuples qui n'en voulaient pas. Merci Madame Merkel, merci l'Europe.
*********

jeudi, mars 10, 2016

Et le Brexit fera avorter les vaches, noircir la laine des moutons, une pluie de météorites tombera du ciel ...

La campagne de terreur continue :

Le Brexit serait un « désastre » pour la science

Cette campagne est tellement excessive qu'elle en prend un coté comique. Le ridicule est plus marrant quand on le pousse à fond sans aucun scrupule ni retenue. Est-ce l'humour anglais ?

Bien que partisan du Brexit, je n'y crois pas, pour les raisons que je vous ai exposées. Cependant, j'éprouve une satisfaction, toute intellectuelle et sans conséquences pratiques, hélas, à voir les partisans de l'UE sombrer dans le grotesque.

Redevenons sérieux et, si possible, intelligents :

L’Union européenne tombera d’un coup. Comme un château de cartes.

Tout ce texte de Roland Hureaux est à lire. Cependant, un extrait :

***********
Même si l’Union européenne n’a, bien entendu, jamais généré à ce jour les horreurs du système communiste, elle n’en est pas moins, elle aussi, un système idéologique, d’une sorte différente. On pourrait dire un système utopique ou encore, selon l’expression de Hayek, constructiviste. De Gaulle disait une « chimère ».

Des effets contraires aux buts poursuivis

Pour le décrire, nous pourrions commencer par ses effets : toujours le contraire de ceux qui sont recherchés. Lénine avait promis « le pain, la paix, la liberté », l’URSS eut la famine, une économie de guerre et l’esclavage. Les promesses des pères fondateurs de la construction européenne : la prospérité, une influence mondiale, la fraternité, la paix sont les unes après les autres démenties. La récession, la désindustrialisation, la crise agricole, la vassalisation au sein de l’OTAN, l’ignorance de plus en plus grande des cultures et des langues des partenaires (au bénéfice du basic english) disqualifient chaque jour ces promesses. Il n’est jusqu’à la guerre en Yougoslavie et en Ukraine, où la Commission de Bruxelles, comme l’a dit Helmut Schmidt, a eu sa part de responsabilités, qui ne démente l’idée que la construction européenne pourrait être une entreprise de paix. On ajoutera : pensée pour contrôler l’Allemagne, elle lui a assuré la suprématie.

Il en résulte un sentiment d’absurdité suscité non seulement par ces contre-performances mais aussi par l’accumulation de règles qui paraissent arbitraires […], un sentiment qui n’est pas sans rappeler celui qui prévalait au sein du système soviétique. Les anciens dissidents de ce dernier (Soljenitsyne, Zinoviev, Boukovski) furent d’ailleurs unanimes à souligner les ressemblances. Chez les nouveaux adhérents de l’Est, les mêmes qui soutenaient le communisme sont devenus les meilleurs partisans de l’intégration européenne et ceux qui résistaient résistent toujours.

On pourra trouver notre tableau noir. Ceux qui ont étudié le processus idéologique ont abouti à un constat sans appel : il n’en sort jamais rien de bon. Ce qui semble prospérer et qu’on met de manière fallacieuse sur le compte de l’Europe de Bruxelles s’est en réalité développé en dehors, sous la forme d’une coopération naturelle sans caractère idéologique : Airbus, Ariane [Le scandale européen passé inaperçu : comment la Commission étouffe Airbus et Ariane], l’OCCAR. A l’inverse, Galileo, pur produit de l’Europe de Bruxelles ne sort pas des limbes.

Un principe unique

Le processus idéologique a été défini par Hannah Arendt ou Jean Baechler : il consiste à gouverner à partir d’une idée simple, trop simple, et par là fausse, réductrice du réel, dont toutes les conséquences y compris les plus folles sont tirées (puisque aucune idée concurrente ne vient se mettre en travers). Le communisme disait : les hommes sont aliénés par la propriété, supprimons la propriété et ils seront heureux. Les partisans de l’Europe supranationale disent : la guerre a ravagé l’Europe, c’est la faute des Etats-nations, supprimons les Etats-nations pour ne faire qu’un seul Etat continental, ce sera la paix perpétuelle et, par la grâce de la concurrence et de la monnaie unique, la prospérité. Tout le reste en découle. On ne se demande pas si la guerre ne proviendrait pas plutôt des idéologies que des nations.

Ceux qui fondent leur politique sur une seule idée pensent qu’elle est géniale et qu’elle apportera le salut. Si elle s’oppose à certaines tendances naturelles de l’homme (le sens de la propriété, le sens national), il faut passer en force, au besoin contre le peuple : le jeu en vaut la chandelle. On le voit : chez les idéologues de l’Europe supranationale, la confiance ne règne pas ; ils se sentent assiégés par le chauvinisme, le protectionnisme, le nationalisme, le populisme assimilés depuis peu au racisme. D’où le déficit démocratique (Junker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »), l’intolérance à toute opposition, la pensée unique, la bureaucratie et il faut bien le dire le centralisme (l’Europe qui s’est construite, en particulier depuis l’Acte unique de 1987, est tout sauf fédérale).

[…]

Il faut donc s’attendre à ce que les pressions les plus fantastiques soient exercées sur le peuple britannique d’ici juin. A moins que les promoteurs de l’utopie aient cessé d’y croire, comme le pouvoir soviétique au temps de Gorbatchev. Tout était alors allé très vite. Il faut espérer dès lors que l’Europe qui est déjà tombée bien bas n’ait pas à subir encore dix ou quinze ans d’ère Eltsine, avec tous les désordres que cela suppose, avant de repartir de l’avant, les égarements surmontés, sur des bases assainies, c’est à dire libérées de toute idéologie.
***********




mercredi, février 10, 2016

Etat d'urgence : la route de la servitude

La situation est simple à définir.

Le gouvernement utilise le prétexte de la sécurité comme moyen de réduire la liberté.

Il le fait de telle façon qu'un débat clair ne puisse pas être posé sur ces questions et l'opposition est trop complice pour contrecarrer cette manoeuvre (preuve supplémentaire que l'UMPS est une réalité).

L'arsenal juridique est déjà bien pourvu, il suffit de l'appliquer sans faiblir.

L'état d'urgence n'est pas nécessaire, la modification de la constitution est absurde et contre-productive.

En revanche, on nous aurait dit quelque chose comme : « On constate que les liens entre délinquance et terrorisme sont de plus en plus étroits, les passages de l'un à l'autre sont courants. Nous allons donc construire 40 000 places de prison pour lutter contre la délinquance, et, indirectement, contre le terrorisme », tout le monde aurait compris et approuvé.

Sur tous les sujets touchant au terrorisme, intégration, immigration, relations avec les pétromonarchies, écoles, police etc. un tel discours de vérité était possible et n'a pas été tenu.

On nous a amusés avec une question subalterne (déchéance de nationalité) et le résultat est là : notre sécurité n'a pas progressé d'un pouce puisqu'aucun des sujets de fond n'a fait l'objet de décisions appropriées, en revanche notre liberté a sacrement diminué (par exemple, l'état d'urgence a servi à interdire une manifestation écologiste dont on chercherait en vain le lien avec le terrorisme islamique).

Il faut dire la cruelle vérité telle qu'elle est. Nos politiciens et les terroristes islamistes sont d'accord sur un point : réduire la liberté des Français. Oui, ils sont des alliés objectifs. Chaque attentat est l'occasion de renforcer les pouvoirs des politiciens et chaque privation de liberté est un dopant pour le recrutement des islamistes.

Nos gouvernants ne vont probablement pas jusqu'à espérer un attentat mais je suis certain qu'ils sont persuadés que, s'il s'en produit un, ils sauront l'utiliser à leur profit et qu'ils s'y sont préparés.

Deux articles :

Le gouvernement par la peur : comment Manuel Valls est devenu expert en manipulation de lʼopinion par lʼagitation de menaces terroristes

***********
De l'avis des spécialistes, ces nouvelles armes juridiques ne sont pas vraiment utiles pour lutter contre le terrorisme. Personne n'a même dit que les attentats étaient imputables à des lacunes de notre législation. Ce que demandent les policiers concernés est d'abord un meilleur contrôle aux frontières. Certes, à l'occasion de la COP 21, avec l'autorisation de Bruxelles, des contrôles ont été instaurés aux frontières - qui perdurent aujourd'hui. Mais les moyens manquent pour les faire sérieusement. Pour être vraiment efficace, il faudrait sans doute envisager une suspension du traité de Schengen, suspension que Valls n'a pas mise à l'ordre du jour.

Surtout, comment ne pas voir que ces nouveaux moyens répressifs sont utilisés ici et là pour contrôler des prétendues menaces d'extrême droite ou encore pour combattre les ultra-écologistes qui risquaient de manifester durant la COP 21. Il y a là un vrai détournement de procédure qui ne saurait que nous inquiéter pour l'avenir de nos libertés. Qui ne se sent aujourd'hui pas mal à l'aise pour parler au téléphone ou envoyer des courriels ? Comment faire confiance à quelqu'un comme Valls pour ne pas abuser de ces lois d'exception quand on se souvient de la manière odieuse dont le même Valls rafla et ficha des centaines de manifestants de la Manif' pour tous parfaitement pacifiques.

La France est-elle encore pour longtemps une société libre ?
***********

Déchéance de nationalité : la grande comédie indigne

***********
A travers cette opération, le pouvoir politique, au sens large, porte atteinte à deux principes sacrés. D'une part, la Constitution, qui est la loi suprême, la règle du jeu supérieure de la communauté nationale, garante de son unité, de sa cohésion, de la démocratie. En la modifiant sans la moindre utilité, les autorités politiques du pays, majorité comme opposition en font un simple enjeu politicien et contribuent à la banaliser et à la fragiliser. D'autre part, il joue avec la sécurité des Français.

Les manoeuvres en cours sont censées être la réponse essentielle au massacre du 13 novembre 2015. Or, elles se présentent comme un écran de fumée sans la moindre perspective d'effet concret dans la luttre contre le terrorisme. Pendant ce temps, où en est le contrôle des frontières et des visas ? Le suivi des 8000 djihadistes français ? La protection des sites menacés?  La surveillance des banlieues sensibles ? La lutte contre Daesh au Moyen-Orient et en Libye ? La maîtrise du flux migratoire sur l'Europe? La révision en cours n'a plus qu'une seule dimension: politicienne. Pour le chef de l'État et le Premier Ministre, l'objectif est de ne pas perdre la face, quitte à neutraliser le projet initial.


[…]

Le chiffon rouge que le pouvoir socialiste agite en ce moment n'est pas anodin: celui de la déchéance de la nationalité, de la nationalité, au coeur du pacte national. En en faisant ainsi un simple objet de manoeuvres intéressées, la classe politique dans sa majorité se rallie les yeux fermées, autant gauche que droite, à des méthodes qu'elle qualifie volontiers d'extrémiste ou de «populiste». Dans un climat de déchéance démocratique, la débâcle politique se poursuit, tous les repères volent en éclats. Que peut-t-il sortir de ce champ de ruine ?
***********






samedi, janvier 23, 2016

Hureaux et les enfants d'Europe

Quand le forum de Davos se penche sur l’immigration, il oublie la question fondamentale : pourquoi l’Europe ne fait plus d’enfants


*************
On élude la question de la dénatalité en Europe : n'a-t-elle aucun remède ? Evoquer ce sujet est tabou parce qu'on finirait par parler de la politique familiale qui est la bête noire des lobbies féministes maîtres du politiquement correct international [c'est mes yeux ou cela correspond exactement à ce que j'écrivais hier ? Laisser l'autorité toute entière aux femmes, c'est une calamité]. La dénatalité européenne est considéré comme une donnée intangible. Pourtant la Russie de Poutine montre que quand un gouvernement veut remonter la natalité, il y arrive.

En disant cela, on évite surtout de poser le problème culturel. Une nation ce ne sont pas seulement des chiffres de population, des tranches d'âge etc., c'est aussi une certaine homogénéité culturelle. Sinon, on va vers une société d'apartheid probablement autoritaire ; il faudra une autorité forte pour éviter la guerre civile : on le voit en France avec la réforme constitutionnelle et l'état d'urgence qui préfigurent ce que sera l'Europe de demain.

En disant cela, surtout, on ignore délibérément la question identitaire. On tient pour rien l'angoisse qui traverse aujourd'hui l'Europe sur l'avenir de sa civilisation. Or le sentiment d'un peuple, même si on ne le juge pas légitime (je crois pour ma part qu'il l'est) doit être pris en compte. La capacité d'accueil, pas financière mais politique, de nos pays est limitée. Un petit nombre d'immigrés

[…]

Enfin, que révèle cette volonté de considérer l'ensemble des problèmes par leur prisme économique en premier lieu ? Quelle traduction de notre société faut-il y lire ?

Au premier abord, on y verra une sorte d'esprit technocratique, d'économisme un peu sec, d'ignorance des réalités sociales et culturelles. C'est peut-être le signe d'une inculture croissante de notre classe politique. Je ne crois pas par exemple que Angela Merkel soit très cultivée. Mais par-derrière on peut y voir aussi le signe d'un malaise profond, d'une indifférence des dirigeants de l'Europe à l'avenir de la civilisation européenne. Ce qui, selon Spinoza, est la volonté fondamentale de tout ce qui compose l'univers , vouloir persévérer dans l'être, est perdu de vue, voire diabolisé comme une forme d'égoïsme, de fascisme. Signe d'une étrange maladie psychologique qui s'apparente à une forme de décadence. Il ne faut pas imaginer que cette fausse générosité abstraite nous rend populaires dans le monde. "Il faut aimer son prochain comme soi-même". Ceux qui ne s'aiment plus sont incapables d'aimer vraiment les autres. Au lieu de leur dire merci, on les méprise et on les hait. D'où peut-être les incidents de Cologne. Heureusement tous les Européens ne sont pas atteints par cette maladie dégénérative, du moins j'espère.
*************











lundi, janvier 18, 2016

Vivent la Pologne et la Slovénie ... libres !

En bleu, c'est moi qui souligne

Enfin une bonne nouvelle : contre-coup d’État en Pologne ?

***********
Je dois dire que j’ai une grande sympathie pour les Polonais. Cette Nation admirable, regroupée autour de son Église a sauvé plus d’une fois l’Europe, par exemple avec leur Roi Jean Sobiewski en 1683 dont les 80.000 Polonais mirent une raclée aux 130.000 Janissaires Turcs sous les murs de Vienne. Les puissances Européennes de l’époque (Prusse, Autriche, Russie, sous le regard bienveillant de la France) surent remercier la Pologne comme il convenait en procédant à son démembrement quelques temps après.

[…]

Ce qui n’a pas empêché bien entendu la procédure disciplinaire [contre la Pologne qui vivre les gauchos des medias publics] d’être lancée et on va en suivre son cours avec beaucoup d’intérêts.

Et cerise sur le gâteau, la grande agence de notations Américaine Standard and Poor’s a décidé de dégrader le note de la dette Polonaise à deux étapes de « pourri » avec connotation négative en raison des atteintes à la démocratie qui auraient lieu dans ce pays alors que la dette de l’État est à peine à 50 % du PIB.

Quant on sait que la France en est à plus de 100% et bénéficie d’une notation avantageuse, on ne peut que s’incliner une fois de plus devant la compétence et la totale indépendance de pensée de ces agences. On voit qui roule pour la Commission et pour qui la Commission roule … Je trouve cette histoire fascinante pour plusieurs raisons :

♘ Je suis sidéré de cette prise de pouvoir certes légale mais totalement illégitime de gens que personne n’a jamais élu et qui prétendent défendre la démocratie. Les Polonais peuvent se féliciter de ne pas être dans l’euro. Ca leur évitera d’être traités comme les Grecs par la BCE.

♘ Je suis abasourdi par la collusion évidente partout en Europe entre une certaine presse qui depuis longtemps n’a pour ambition que de servir ceux qui cherchent à détruire les Nations européennes et le pouvoir Européen. J’ai entendu parler de cette histoire par la BBC et certainement pas par la presse française, si ce n’est par quelques articles fielleux prenant le parti de la Commission, comme on pouvait s’y attendre. Ces gens là savent qui les payent.

♘ Je comprends pourquoi le regrettable fraudeur fiscal Juncker que personne ne regrette au Luxembourg a pu dire « il n’y a pas de sortie démocratique des Institutions Européennes », puisque c’est lui et lui seul qui a le droit de dire ce qu’est une démocratie. Dans le fonds la Commission n’a fait que toiletter légèrement la théorie de la «Souveraineté limitée» de ce cher Brejnev, introduite après les incidents de Prague en 1968 et les mêmes causes produiront les mêmes effets.

♘ Et enfin, je redis ce que je dis depuis que cette marche vers l’abime a commencé à la fin des années 90 : ces gens odieux et sectaires vont réussir à détruire l’Europe que j’aimais, tant ils sont haïssables et ont recrée une nouvelle URSS « molle » à leur image. Et cette EURSS, les peuples vont la rejeter avec de plus en plus de violence. Moi, si j’étais eux, je demanderai conseil aux Turcs. S’attaquer aux Polonais a rarement été une bonne idée.

Conclusion : je me demande, et je n’en suis pas du tout sûr, si le contre coup d’Etat que j’appelle de tous mes voeux depuis plus de 10 ans n’a pas commencé en Pologne, comme le précédent qui nous a débarrassé de l’Union Soviétique, celui la nous débarrassant du monstre Bruxellois.
***********

Mariage homosexuel : la Slovénie à contre-courant

***********
On se doute que les partisans du mariage homosexuel, aujourd'hui dominants dans le monde occidental, tiendront la positon de la Slovénie pour un signe d'arriération propre aux petits pays d'Europe centrale et orientale, catholiques de surcroit, comme on en voit en d'autres domaines : ainsi le jugement de la Cour européenne des droits de l'homme du 5 juin 2015 ratifiant la décision du Conseil d'Etat français de mettre fin à la vie de Vincent Lambert avait donné lieu aux «opinions dissidentes», fort bien argumentées d'ailleurs, de cinq juges (sur dix-sept) dont quatre venaient de l'Europe de l'Est: Géorgie, Slovénie, Slovaquie , Moldavie. Par contraste, tous les juges d'Europe occidentale (sauf Malte ) se sont prononcés pour ce qu'on peut tenir pour une forme d'euthanasie, comme si celle-ci ne devait plus être l'objet de discussions dans le bloc dominant de l'Union européenne. Quoi que l'on pense du fond, une telle unanimité fait froid dans le dos.

[…]


L'expérience du communisme


Mais il ne faut pas se méprendre, ce n'est pas l'arriération qui est le trait commun de ces pays en résistance, c'est d'avoir fait l'expérience du régime communiste, c'est à dire d'un régime idéologique. 

Ils ont payé pour savoir ce qu'est l'idéologie et n'ont pas manqué d'en reconnaître le visage glacé dans le mondialisme libéral-libertaire, idéologie différente du communisme certes mais tout aussi contraire aux logiques naturelles, et sous-tendue par la même haine de soi. Presque tous les anciens dissidents soviétiques sont d'accord pour comparer la construction européenne qui en est le vecteur au système soviétique, notamment par la manière terroriste qu'elle a de s'imposer et par son caractère oligarchique. Bien que la Russie ne soit pas partie prenante aux contentieux évoqués, le malentendu avec elle est du même ordre.

[…]

Ces pays sont d'autant plus attachés à leurs identités qu'ils ont tous dû l'arracher au prix de longs combats contre des empires plus ou moins oppressifs : Russie et Allemagne pour la Pologne, Autriche et Turquie pour les autres, sans oublier leurs luttes plus récentes contre le nazisme et le communisme. Comment leur faire comprendre que le temps des identités est révolu alors qu'après des siècles d'oppression ils ne peuvent en jouir que depuis 25 ans !

Tout aussi étonnant : ce qui se passe aujourd'hui entre l'Union Européenne et la Pologne. La droite y a gagné les élections d'octobre dernier après plusieurs années de gouvernement socialiste. Les médias publics étaient entièrement sous la coupe de la gauche (nous connaissons cela). Le nouveau gouvernement essaie de rééquilibrer les choses par quelques changements de têtes. Or, sous l'impulsion de Jean-Claude Juncker, président le la commission, de Martin Schulz, président du Parlement européen, d'Angela Merkel chancelière d'Allemagne et de Werner Farman chancelier d'Autriche, une procédure européenne vient d'être intentée à l'encontre de la Pologne pour menace sur la démocratie. Entendons bien: si tous les médias ne sont pas entre les mains de la gauche, le démocratie, telle qu'on la voit à Bruxelles, est menacée ! La Commission est également inquiète d'une loi qui prescrit à la Cour Constitutionnelle polonaise de statuer en formation plénière! Ce quatuor germanique ou assimilé ne manque pas d'air pour faire des leçons de démocratie à un pays où l'Allemagne a massacré plus d'un million de civils, en plus des Polonais juifs, encore plus nombreux. L'oubli de l'histoire qui est dans le logiciel de l'Europe actuelle fait perdre, on le voit, toute pudeur.

L'incompréhension poussée à ce point ne pourrait que se traduire par un divorce si ces pays n'avaient, pour des raisons compréhensibles, toujours peur de la Russie et ne se sentaient tout de même liés à une Europe qui leur a ouvert les portes de l'OTAN.

Mais imaginer que leur divergence idéologique sera réduite par le temps serait oublier qu'une histoire tragique les a définitivement vaccinés contre le nihilisme idéologique. C'est eux qui sont en avance, pas nous.
***********

Cela me rappelle cette citation de Soljenitsyne que Philippe de Villiers répète souvent : « Nous, pays de l'est, avons perdu notre souveraineté, mais pas notre identité. Nous avons des bases pour nous reconstruire. Vous, occidentaux, avez perdu et votre souveraineté et votre identité. Vous allez beaucoup souffrir. »



Allez, puisque dans un billet polonais, on peut se laisser aller à des blagues anti-allemandes primaires, une que j'aime bien :

Qu'est-ce que l'humour allemand ?

C'est comme l'humour juif ... l'humour en moins.

Il y a aussi Woody Allen : chaque fois que j'écoute du Wagner, ça me donne envie d'envahir la Pologne.

N'hésitez pas à compléter.



dimanche, juillet 05, 2015

Pourquoi la Grèce les rend fous

Pourquoi la Grèce les rend fous, le mythe européiste s’effondre

J'aime bien Roland Hureaux, il est net, incisif et cohérent.

Le début de son article où il aligne les citations d'européistes toutes plus hallucinantes les unes que les autres dérange. Vient ensuite le dur.

****************
[…]

De nouveaux crédits, des abandons de créance et en contrepartie, de nouvelles “réformes” : est ce là une démarche économique rationnelle ? Jusqu’à quel point ne s’agit-il pas plutôt d’une démarche punitive, pénitentielle : on aide les pauvres soit, mais en contrepartie, il faut qu’ils souffrent !

Et où serait la vraie catastrophe pour la Grèce ? Si elle ne sort pas de la zone euro, quelque plan qu’on lui applique, quelque étalement de la dette qu’on lui accorde, la cause profonde du mal demeurera : le manque de compétitivité ; il ne ferait même que s’aggraver et la crise que nous connaissons se produira à nouveau dans deux ou trois mois.

Alors pourquoi cette fureur, pourquoi ces prophéties apocalyptiques contraires à la plus élémentaire rationalité économique ? Comment ne pas soupçonner dans cette affaire, l’effet non de la raison mais de l’idéologie ? Partout où l’idéologie règne, l’anathème se substitue au débat, la rage, la vindicte accablent les opposants ou ceux qui font obstacle à l’application du dogme. “C’est même à cela qu’on la reconnaît” aurait dit Michel Audiard !

[…]

Si la monnaie unique constituait seulement un club, destiné à l’utilité mutuelle de ses membres, une coopération que nous appellerons naturelle, le fait qu’un membre veuille se retirer ne serait pas un drame. Or il est clair que nous nous trouvons dans une autre logique : un projet prométhéen destiné à dépasser la condition humaine, jusque là dominée, au moins en Europe, par ces fléaux supposés que sont l’éclatement monétaire et les pluralités nationales. Un projet qui préfigure peut-être une monnaie mondiale. Ce projet est si sublime qu’il ne saurait être qu’irréversible ; le retrait d’un seul pays le remet donc entièrement en cause. “L’exclusion d’un pays membre peut avoir des conséquences d’une gravité que personne ne peut vraiment appréhender”, dit un éditorialiste.

[…]

Dès lors que l’euro est une construction de type idéologique, analogue au communisme d’autrefois, il est soumis au principe, largement invoqué par les partisans du oui au traité constitutionnel : le véhicule européen a une marche avant mais pas de marche arrière; comme la bicyclette, la construction européenne, si elle n’avance pas, chute. On peut aussi dire qu’elle suit le principe du château de cartes : une seule carte ôtée et l’édifice s’effondre, ce qui ne serait pas le cas d’une construction fondée non sur une chimère mais sur les réalités, comme par exemple une entreprise dont un actionnaire peut toujours se retirer sans remettre en cause son existence.

Perdre le contrôle d’un seul pays fut fatal à l’URSS ; il en est de même pour l’Union européenne et de son étage supérieur, la zone euro. C’est parce qu’ils sentent très bien tout cela que les commentateurs, presque tous partisans de l’euro, perdent leur sang-froid : ils savent que la sortie d’un seul membre qui ne représente pourtant que 2 % du PIB européen remettrait en cause l’ensemble de l’édifice.

[…]

L’éclatement de l’euro entrainerait-il dans sa chute l’ensemble de la construction européenne ? Sûrement pas s’agissant des coopérations classiques conçues en dehors de Bruxelles, comme la coopération aéronautique ou spatiale. Mais pour ce qui dépend de la machine de Bruxelles, il est clair que ceux-là même qui lui sont le plus attachés craignent le pire. Et il se pourrait, pour les raisons que nous avons dites, qu’ils aient raison.

À partir de là, nous comprenons l’absence de mesure des commentateurs : si l’euro éclate et si l’Europe de Bruxelles s’effondre, c’est toute leur crédibilité qui se trouve anéantie. D’un seul coup la classe politique actuelle se trouvera périmée. Périmée comme un billet de cinquante euros si l’euro n’a plus cours ! L’euro n’est pas un élément de politique économique parmi d’autres. Il est, depuis trente ans, le paradigme indépassable, l’horizon obligé de toutes les politiques continentales. L’ensemble de la classe politique, au moins pour ce qui est des partis de gouvernement, a vécu entièrement dans cet horizon, sans jamais chercher à imaginer que cette entreprise pourrait ne plus fonctionner. D’ailleurs tout homme politique qui aurait posé la question se serait disqualifié. Comme les animaux programmés pour vivre dans un certain milieu, nos gouvernants se trouveront complètement déphasés si ce milieu change. Ils devront sans doute laisser la place à d’autres. Et ils le savent.

Le problème pour eux serait encore simple s’il ne s’agissait que de Tsipras. Mais tout le monde sait que derrière les foucades du Premier ministre grec, se trouvent les lois inexorables de l’économie, derrière le cas grec, la force des choses.
****************

Je pense que la sortie de la Grèce de l'Euro, qui finira par arriver, sera un non-événement dans l'ordre des choses.

En revanche, dans l'ordre politique, cela signera la fin de trente ans de glaciation. Jusqu'à maintenant, tout souverainiste est un ringard, un arriéré, un abruti qui n'a rien compris à la marche inexorable du monde, un affreux passéiste, bref un franchouillard baguette béret calendos.

Si les Grecs sortent de l'Euro et que le ciel ne leur tombe pas sur la tête, les européistes vont avoir l'air con.

La glace met du temps à fondre, donc il ne se passera sans doute pas grand'chose dans l'immédiat. Mais le monde aura changé de base. Surtout que le referendum britannique arrive.

La vraie fin de l'Euro, nous nous en doutons tous, viendra quand la France le quittera, réduisant la zone Euro au statut anecdotique de nouvelle ligue hanséatique de mangeurs de harengs.

Toutefois, le drame de l'idéologie est qu'elle mange l'intelligence.

J'ai tenté une expérience. Entouré d'un public politiquement incorrect, donc a priori ouvert à ce que j'allais dire, j'ai exposé le syllogisme suivant :

1) Les utopies politiques sont mortifères

2) L'idée des Etats-Unis d'Europe est une utopie politique.

3) L'idée des Etats-Unis d'Europe est mortifère (1).

Les prémisses furent assez vite admises comme valides, la seconde étant la plus contestée. Pourtant, il me fut impossible de faire partager la conclusion. Etonnant ? Pas vraiment. C'est justement la force de l'idéologie que de forcer à penser des choses absurdes et illogiques.

Comme l'analyse finement Rémi Brague, «l'Europe», éthérée, désincarnée, réduite à l'état de carte postale, est la dernière croyance de ceux qui ne croient plus en rien.

Périsse la logique plutôt que le dernier radeau spirituel auquel je me raccroche.

Mais la force des choses a la déplaisante habitude de se rappeler à notre bon souvenir et cette farceuse est souvent tragique.

*************
(1) : discussion connexe, les Etats-Unis d'Amérique sont-ils une utopie politique qui a réussi ? Je ne pense pas, à cause de leur construction volontaire et progressive. Mais ceci étant, les Indiens et les Sudistes ont peut-être un avis différent.