mercredi, mars 20, 2019

Petite check-list macronienne

Check-list dictature :



Monopole du pouvoir

OK
Lois liberticides

OK
Pseudo-oppositions organisées ou achetées par le pouvoir

OK
Présidence à vie

On y travaille
Police et justice à la botte

OK
Médias serviles

OK
Intellectuels organiques

OK
Coupure avec le peuple

OK
Censure

OK
Interdit professionnel

OK
Fiscalité confiscatoire et fisc inquisiteur

OK
Intrusion dans les vies privées

OK
Propagande scolaire

OK
Violences policières

OK
L’armée est utilisée pour le maintien de l’ordre
OK
Mutilations d’opposants

OK
Mise sur écoute des opposants

OK
Arrestations préventives

OK
Interdictions de manifester

OK
Confiscation des biens des opposants

On y travaille
Culpabilité collective

On y travaille
Bannissement / Déportation

Non
Assassinats sporadiques d’opposants

Non
Assassinats de masse d’opposants


Non


Macron a encore quelques efforts à faire. Mais il réalise déjà un score pas ridicule du tout sur l'échelle Maduro-Castro. Avec de la persévérance, ça devrait être bon.


Le confort du choix binaire

Nous sommes dans une période politique difficile et ça ne va pas s’arranger. Mais, comme souvent, quand la situation est grave, les choix moraux deviennent plus faciles.

Les enjeux se clarifient. Il y a ceux qui veulent trancher dans le vif et ceux qui veulent laisser la situation pourrir.

Le choix primaire d’aujourd’hui est simple : pour ou contre les Gilets jaunes ?

Après, on peut discuter, comment ? Pourquoi ? Dans quel but ? Avec qui ? Etc … Mais c’est secondaire.

Il y a d’abord l’instinct.

Comme Flaubert qui vomissait les bourgeois mais soutient, mort de trouille, le parti bourgeois et fulmine qu’il faut tuer le plus possible de Communards, la crise des Gilets jaunes révèle la vérité des êtres et, à cette lumière, beaucoup d’altiers et de fiérots paraissent bien minables.

J’ai eu, certes, plus de mauvaises surprises que de bonnes. Mais je me console en ayant été agréablement étonné par certains. Et beaucoup ont été égaux à eux-mêmes, ce qui n’est pas souvent un compliment.

Pourquoi, comme la Commune, la crise des Gilets jaunes est-elle révélatrice ? Parce qu’elle est profonde et mobilise des valeurs fondamentales sans qu’il soit aisé de jouer la comédie. Suis-je altruiste ou égoïste ? Suis-je empathique ou insensible ? Suis-je idéaliste ou matérialiste ? Long terme ou court terme ? Patriote ou individualiste ?

Il est difficile de jouer la comédie parce que le choix n’est pas pur (les Gilets jaunes ne sont pas des saints) mais qu’il faut quand même trancher, puisque refuser de trancher, c’est faire le jeu du pouvoir et donc prendre position malgré tout.

Et l'image que de nos contemporains que cette épreuve dessine est loin de me réjouir.


mardi, mars 19, 2019

Couillu, le mec : il se lance dans un concours de connerie liberticide avec Castaner. Il connaît pas Raoul ...




Ça fait un concours d’atteinte aux libertés politiques avec le gouvernement et ça se prétend dans l’opposition ?

Et après, les mêmes s’interrogeront la bouche en cœur, en s’inquiétant de « la crise de la démocratie » ?

On se fout vraiment de notre gueule. (enfin … paraît qu’il y en a qui aiment ça).

Rappel : la démocratie, c’est changer régulièrement de gouvernement et de politique (ou en avoir la réelle possibilité). Le reste, les votes, les modes de scrutin, cela vient en second.

A partir du moment où la pseudo-opposition dit la même chose que le gouvernement, voire pire, il n’y a plus de démocratie. LFI et RN qui, vu le mode de scrutin, n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir, sont aussi des pseudo-oppositions.

Organiser ou laisser vivre des pseudo-oppositions, c’est un classique des dictatures (contre Bouteflika, il y a 10 candidats).

Donc, la France n’est plus une démocratie (en gros, depuis que le RPR Pasqua qui s’opposait à l’européisme, à l'immigration et au multiculturalisme, a été supplanté par le RPR Chirac/Juppé, qui était d’accord sur tout avec l’UDF et le PS. Le bouquet de cette anti-démocratie, c’est le re-vote en 2007 par le gouvernement Sarkozy du « non » des Français en 2005. Vous voyez, je ne mets pas tout sur le dos de Macron, qui n’est que le bout d’un long et navrant processus).

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?


lundi, mars 18, 2019

Z comme Zéro (2)

Xavier Raufer est plus factuel, plus technique et, au fond, plus saignant que moi (ne tenez pas contre du titre lénifiant des sans-couilles d'Atlantico) :

Raufer dans Atlantico sur le maintien de l'ordre et les GJs

Soyons clairs : il ne faut pas de grosses lunettes pour lire entre les lignes que Raufer dit que Macron laisse délibérément pourrir les manifestations de Gilets jaunes, comme tous les bons dictateurs.

Macron et Castaner sont prodigieux : ils arguent des troubles, qu'ils ont eux-mêmes laissés faire, pour limoger les responsables policiers qui leur déplaisent.

dimanche, mars 17, 2019

Z comme Zéro

Je suis tombé sur ça :


Slogan qui signe le Gilet jaune des ronds-points comme l'addiction au pâté de porc Hénaff signe le musulman pratiquant.

N'importe qui doté d'un minimum d'intelligence et de culture politique (mais ça devient de plus en plus rare) a bien compris d'où vient la prétendue « violence des Gilets jaunes ».

C'est un mélange de provocations policières (il y a quelques videos de policiers cassant, rien de nouveau : ça se faisait dans les manifestations des années 70), de violences des gauchistes blacks blocks, qui, sociologiquement et politiquement, n'ont rien à voir avec les Gilets jaunes, et qu'on laisse sciemment dégénérer (quelques témoignages de CRS qui ont l'ordre de ne pas intervenir) et d'authentiques Gilets jaunes qui se joignent à la castagne parce qu'ils sont cons et que c'est rigolo de casser.

Dans une démocratie, le pouvoir est responsable de toutes les violences, car il a charge de protéger tout le monde lors d'une manifestation, y compris les opposants, y compris les passants. Et les moyens existent. On en revient au départ : s'ils ne sont pas mis en oeuvre, c'est par volonté délibérée de provocation.

Pourrir les manifestations d'opposants est un classique des dictatures.

La provocation du pouvoir est d'ailleurs le sujet du film Z, sorti en 1969, 8 ans avant la naissance d'Emmanuel Macron (comme quoi, ici comme ailleurs, cet abruti n'a vraiment rien inventé). Un petit extrait du l'article Wikipedia, juste pour vous rassurer, puisqu'il n'a aucune résonance macronienne :

Le sujet du film est le passage de la démocratie à un régime autoritaire de type dictatorial, au travers notamment des rapports entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif.

Notons (pour finir de vous rassurer) que le pouvoir des colonels s'est servi du bordel qu'il avait lui-même créé comme prétexte à établir la dictature en Grèce de 1967 à 1974 (mais, comme beaucoup de dictatures de droite, et contrairement aux dictatures de gauche - ce qu'est la dictature Macron, il a abandonné le pouvoir sans trop s'accrocher).

Il faut être très con ou de mauvaise foi (quand on est les deux à la fois, on est journaliste) pour ne pas le comprendre.

Bien sûr, je vais encore avoir des gens, parce qu'au fond c'est leur intérêt et que c'est leur seul moteur, qui vont me dire que j'exagère, que je me fais des films ... Laissons les cons où ils sont, ils retiennent l'histoire d'avancer mais c'est rare qu'ils la fassent (1830 ? 1848 ? 1871 ? Ce n'est même pas sûr qu'ils aient fait autre chose que ralentir de quelques mois ou années des mouvements inéluctables).

Les dictatures trouvent toujours des gens « raisonnables » pour soutenir que ce n'est pas une dictature et que, d'ailleurs, les mesures violentes sont nécessaires (sans même voir la contradiction entre les deux propositions). Sinon, il n'y aurait jamais de dictature.

Ces gens sont des zéros, qui riment avec salauds.

Au fond, tous les Français sont renvoyés à leur conscience avec une question : est-il admissible que des manifestations d'opposition politique fassent dans notre pays 214 blessures à la tête, 22 éborgnés, 5 mains arrachées et plus de 4 000 arrestations ?

Si vous répondez positivement, vous devriez vous interroger très sérieusement sur vos valeurs.



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Maintenant, les Gilets jaunes sont coincés : s'ils arrêtent de manifester pour ne pas donner prétexte à violences, ça arrange le pouvoir. S'ils manifestent, ils donnent l'occasion au pouvoir d'organiser les provocations et de rallier les abrutis du parti de l'ordre.

Le choix du pourrissement est un choix éminemment politique d'Emmanuel Macron. Avait-il d'ailleurs  vraiment le choix ? La seule vraie mesure susceptible de désamorcer cette crise est sa démission (revendication tout à fait légitime, vu les conditions de son élection). Le sacrifice par patriotisme, c'est pas trop le genre de la maison.

Les Gilets jaunes ont très bien commencé : les gilets et les ronds-points, c'était génial. Ils doivent de nouveau faire preuve d'autant d'imagination. pas facile. Mais bon, être moins con qu'un énarque, ce n'est pas insurmontable.





samedi, mars 16, 2019

Le déshonneur de la police (et du gouvernement)

Video d'un policier frappant un infirmier :





Le Fouquet's saccagé et incendié :




Comme la plupart de nos concitoyens n'ont plus aucune culture politique (ni autre, hélas), ils ignorent que pourrir les manifestations d'opposants est le B-A BA de la dictature.

Pour éviter ça, dans une démocratie, l'Etat est responsable de maîtriser toutes les violences, d'où qu'elles viennent. (c'est d'autant plus flagrant dans le cas du Fouquet's que, sur les videos disponibles, la police n'a pas l'air de faire de gros efforts de protéger cette brasserie). Donc l'Etat est responsable de cet incendie (et, comme d'habitude, les gauchistes sont les meilleurs remparts du pouvoir).

Mais, pour le comprendre, il faut autre chose que des neuneus.

Bref, les Gilets jaunes ont perdu la bataille médiatique, à court terme.



La science est-elle raciste ? Ou est-ce vraiment de la science ?



Critiquez cette video.



Police française : toujours la grande classe que le monde entier nous envie.


C'est dit par une policière qu'on peut supposer jalouse. La grande classe !

On notera quand même le vouvoiement, qui semble devenir rare.

Violences policières et Gilets jaunes : petit exemple de manipulation de l'opinion. La minoration, la symétrisation et le différé.

Il faut bien comprendre que, conformément aux préceptes d'Edward Bernays et de Walter Lippman, la manipulation des foules par les medias fait peu appel aux mensonges purs et durs. Bien sûr, il y en a, mais pas tant que ça.

Les techniques sont plus subtiles.

Le traitement des violences policières, la plupart du temps illégales et dignes d'une dictature,  lors des manifestations de Gilets jaunes, est un bon exemple.

Les journalistes ont eu trois types de réactions :

1) la minimisation. « C'est normal, c'est habituel : on ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs, on ne fait pas de manifestation sans casser de manifestant ».

2) quand la minimisation devient difficile, on sort la symétrisation, le une minute pour Hitler, une minute pour les juifs. « Bon, d'accord, les policiers sont violents, mais il faut voir la violence des casseurs ».

Ces deux techniques sont foncièrement malhonnêtes car elles dissimulent sciemment un élément fondamental du problème : en tant que dépositaires de l'usage de la violence légale, les policiers et les gendarmes ont des devoirs particuliers dans l'usage de cette violence. Devoirs qu'ils n'ont absolument pas respectés, et ce de manière massive et à cause de choix politiques du pouvoir (réprimer violemment plutôt que répondre politiquement).

Sous-jacente à ces deux premières techniques, il y a une technique qui est permanente chez les journaliste de manipulation :  « Je choisis de quoi je parle (et de quoi je ne parle pas) de manière honteusement orientée ».

Et la troisième technique, la plus hypocrite :

3) le différé. On encense David Dufresne, l'infatigable compilateur de violences policières, mais quand il est trop tard, quand le sujet n'est plus brulant et n'intéresse plus, quand sa nocivité pour le pouvoir est désamorcée.

Cela permet aux connards de journalistes, qui sont en fait de purs laquais du pouvoir,  de se refaire une virginité : « Mais si, nous en avons parlé ». Oui, juste avec trois mois de retard et quand tout le monde s'en fout.

Comment éviter de se faire manipuler ainsi ?

1) être rigoureux, discipliné, refuser de se laisser emporter par la frénésie médiatique (échantillonner toujours au même rythme : j'ai une liste de sites que je consulte, une fois le matin, une fois le soir, et qui évolue très peu - j'ajoute ou je retire 2 ou 3 par an sur 20). Cette constance crée une familiarité : vous savez comment tel site va traiter telle information, et si vous êtes surpris, c'est peut-être l'indice de quelque chose d'intéressant.

2) être conscient que tout le monde cherche à manipuler tout le monde mais les medias « officiels », style BFM, Le Figaro et compagnie, sont malhonnêtes, orientés et, surtout, particulièrement vicieux (normal, ce sont des professionnels du mensonge/manipulation). Les manipulation et mensonges amateurs d'internet sont plus « premier degré ».

3) ne pas tomber dans le relativisme absolu. Oui, la Vérité existe, mais ce n'est pas une fille facile. Et elle ne jaillit que de la confrontation des points de vue. Si tout le monde dit la même chose, c'est qu'il y a une grosse entourloupe.

Robert Hersant, qui en a tout de même connus quelques uns, méprisait les journalistes. Les prostituées, elles, au moins, apportent des satisfactions au client.

Bon, enfin, des vrais mensonges, il y en a quand même :






vendredi, mars 15, 2019

La décadence de notre pays : une video fort intéressante.

Je dois commencer par un hommage à Juan Branco : il a fait le choix de ruiner sa carrière technocratique par goût de la droiture (bien qu’il soit de gauche 😀).

Sur le fond, il ne nous apprend rien : nous nous doutions que le Système fonctionnait ainsi. En revanche, connaissant le Système de l’intérieur, il met des circonstances, des noms et des dates sur nos soupçons.



Dommage qu'il se laisse aller aux tics tels que d'invoquer le fascisme.

Je n'ai guère de doutes sur une honnêteté intellectuelle. En revanche, je suis perplexe sur son intelligence. N'est-il pas un abonné aux vielles lunes gauchistes (qui, par exemple, ne voient pas l'immigration musulmane de masse comme un problème mortel pour notre pays) ?

Sa fréquentation de Mélenchon soulève quelques interrogations.

Mais, au fond, le  problème n'est pas là. Des penseurs qui pensent, nous n'en manquons pas.

Ce qui nous manque, ce sont les hommes d'action intelligents, capables d'agir en chefs de peuple.

A moins qu'on estime, comme Michel Drac, qu'il n'y a pas de solution que dans l'effondrement et le retrait par petites communautés, il est clair qu'il nous manque un chef d'envergure nationale, ayant les talents politiques d'un De Gaulle, d'un Trump, d'un Salvini.

Je ne me lasse pas d'espérer.





jeudi, mars 14, 2019

La « pédophilie » dans l'Eglise : la fausse piste du « cléricalisme »

C'est une technique qu'ils connaissent par coeur : les pervers gauchistes qui sont dans l'Eglise, à commencer par le pape, détournent une accusation portée contre eux vers une fausse cause, de manière à exploiter une de leurs faiblesses pour encore plus promouvoir leur programme. La perversité, vous dis-je.

La mode est à prétendre qu'il y aurait un problème de « pédophilie » dans l'Eglise qui serait causé par un excès de « cléricalisme », c'est-à-dire d'ascendant, ou de pouvoir, du prêtre.

Quelle aubaine que cette accusation tronquée  et cette analyse faussée ! Depuis le temps que les gauchistes veulent détruire l'Eglise en tant qu'institution et en tant que hiérarchie ... Mettre en accusation le magistère du prêtre ... Bravo ! Youpi ! Alleluhia (j'ose) !

Foutaises !

Non, il n'y a pas de problème de « pédophilie », mais un problème de pédérastie, d'homosexualité.

Et la cause n'en est pas le « cléricalisme » mais le défaut de croyance dans le péché originel et dans les fins dernières.

On s'encule à qui mieux mieux dans certains séminaires et dans certaines sacristies parce qu'on ne croit plus au Malin, ni au Jugement dernier, ni à l'Enfer, et même, ni à Dieu, ni au Diable. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Et ça n'a rien à voir avec le « cléricalisme ».

Addendum : sous un angle différent :

Dalrymple sur le Brexit

Theresa May’s Lucky Defeat. The British prime minister and her colleagues never wanted Britain to leave the EU, anyway.

Ah, que j'aime Dalrymple.

Dalrymple est le pseudonyme d’un médecin anglais (Anthony Daniels) des prisons, à la retraite, marié à une française. Il vit en France, qu’il trouve aussi décadente que la Grande-Bretagne, mais comme ce n’est pas son pays, il souffre moins. Ses opinions sont toujours intéressantes.

Que nous explique-t-il, en résumé ? Que Theresa May n'a jamais voulu quitter l'UE, que ses défaites successives l'arrangent bien, qu'elle va obtenir ce qu'elle désire, un faux Brexit, et que les Anglais ont le même problème que les Français : la classe dirigeante veut des choses diamétralement opposées à ce que veut le peuple.

Pour remettre les idées dans le bon sens :

Idée Fausse n°3 : L’avenir de l’Europe est dans le fédéralisme …

Le pompier et le péage : apologue édifiant

«  Le pompier, le péage, le député et le ministre: résumé de la paralysie française»







TRIBUNE - Le député de Seine-et-Marne (LR) Jean-Louis Thiériot raconte une histoire édifiante sur l'impotence des pouvoirs publics.
Les Français ne le savent sans doute pas. En dehors d'une intervention pour un accident sur l'autoroute elle-même, les services de secours en intervention (pompiers, police, Samu, gendarmerie) doivent payer leur péage comme n'importe quel usager. Pour diminuer les coûts, ces services publics ont donc pour instruction d'éviter d'emprunter les autoroutes - sauf urgence vitale avérée. Une consigne qui peut avoir des conséquences dramatiques si la gravité des faits qui appelle une intervention des pompiers, du Samu ou des forces de l'ordre est sous-estimée. Et ceci alors que les sept principales sociétés concessionnaires font un chiffre d'affaires supérieur à 10 milliards et des bénéfices supérieurs à 3 milliards (dont 1,75 pour le seul Vinci), à la faveur de contrats de concessions insuffisamment protecteurs de l'intérêt général!
Consciente de cette anomalie évidente, en novembre 2017, lors de l'examen de la loi de finances 2018, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité - ce qui mérite d'être souligné - un amendement prévoyant que les véhicules de secours seraient exonérés de péage. Comme il est d'usage, les conditions d'application ont été renvoyées à un décret en Conseil d'État. Or, quinze mois plus tard, rien n'a été fait. Le décret n'a pas été promulgué.
On peut déplorer que les sociétés d'autoroutes, avec leurs 3 milliards de profits, n'aient pas spontanément appliqué la loi. C'eût été une appréciable contribution à la «décence commune» chère à Orwell, ou à tout le moins une formidable opération de communication qui aurait été applaudie. Dommage quand on sait la colère qui gronde contre les sociétés autoroutières et dont les «gilets jaunes» se sont souvent fait l'écho.

L'administration refuse de publier le décret

Mais ce qui inquiète, c'est surtout l'inaction de l'État et les justifications données. Interrogé par mes soins en septembre 2018 dans une question écrite, le ministère des Transports a apporté une réponse stupéfiante publiée au Journal officiel, modèle de discours technocratique et de ratiocination juridique: «S'assurer du caractère opérationnel du déplacement est techniquement difficile […]. L'exonération de péage pour les véhicules d'intérêt général prioritaire constitue une rupture d'égalité d'usagers devant le péage […]. Il s'agit pour les sociétés concessionnaires d'une charge nouvelle qui leur est imposée […]. Les sociétés concessionnaires pourraient donc se prévaloir d'un préjudice devant le juge du contrat comme elles l'ont indiqué à l'État. Le concédant - à savoir l'État - serait alors tenu d'indemniser sur fonds publics ses cocontractants pour le manque à gagner représenté par cette mesure, dans les conditions fixées par le juge […]. Ces considérations expliquent les grandes difficultés rencontrées dans la définition des mesures réglementaires.» En clair, l'administration refuse de publier le décret.
Ces propos sont doublement stupéfiants. D'une part, un haut fonctionnaire inconnu s'autorise à ne pas tenir compte d'un texte voté par le législateur. D'autre part, il livre sur un plateau aux sociétés concessionnaires un argumentaire émanant de l'État, dont leurs avocats ne manqueraient pas de faire leur miel en cas de contentieux.
Mais les surprises ne s'arrêtent pas là! Saisie ensuite d'une question orale dans laquelle je lui demandais la date de mise en œuvre du décret, la ministre des Transports, Mme Élisabeth Borne, répondait: «Je ne partage pas la réponse [de ses services, NDLR] telle que vous l'avez mentionnée»… mais se refusait à donner la moindre date précise.
Résumons-nous: un texte de loi non appliqué depuis plus d'un an, une administration qui cède craintivement face à des groupes privés, un ministre qui ignore ce que font ses services et désapprouve leur réponse mais qui en même temps se refuse à tout acte politique fort et décisif…




«Ce dossier d'apparence modeste en dit plus qu'un long colloque sur la faiblesse de l'État.»





Ce dossier d'apparence modeste en dit plus qu'un long colloque sur la faiblesse de l'État. La technostructure se permet de tenir pour rien le vote de la représentation nationale. Le droit devient l'alibi de l'inaction. Et nul ne songe à engager le bras de fer avec les compagnies d'autoroute pour que les choix politiques se traduisent en acte.
Il y aurait pourtant des arguments juridiques à faire valoir et matière à un bras de fer qui serait, de toute évidence, populaire. Dans un avis de février 2015, le Conseil d'État avait rappelé la possibilité d'une «résiliation pour motif d'intérêt général». Le fait d'en brandir la menace aurait certainement suffi à ramener à la raison les compagnies autoroutières et à ouvrir la voie à la négociation d'avenants, sachant que le coût ne serait que de quelques dizaines de millions d'euros. L'État se dit «jupitérien» mais plie piteusement devant un oligopole. Les ministres se taisent, otages de la technostructure ou du juridisme le plus poltron. À la notion traditionnelle du pouvoir s'est substituée celle de gouvernance par les experts, échappant à tout contrôle démocratique. Le gouvernement est devenu en quelque sorte apolitique. Autrement dit, le pouvoir n'a plus le pouvoir.
Symbolique, cet apologue nous dit que l'urgence est à un Parlement qui légifère, à un gouvernement qui gouverne, à des fonctionnaires qui assument leurs responsabilités, obéissent au ministre et mettent en œuvre les lois. À trop laisser enfler ce sentiment d'impuissance, ce sont la désespérance et donc le populisme qui gagneront. En attendant, pompiers et policiers continuent de payer les péages.
*Ancien président du conseil départemental, avocat à la cour et essayiste. Dernier ouvrage paru: De Gaulle, le dernier réformateur  (Tallandier, 2018).
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Mon commentaire : les raisons fondamentales de cette situation sont connues de tous.

L'exercice normal du pouvoir comporte de lourds devoirs et quelques satisfactions et gratifications.

Nos politiciens se sont déchargés de leurs devoirs, c'est-à-dire de leurs responsabilités et donc de leur pouvoir, sur des organismes non-élus et hors de contrôle (BCE, UE, CJUE, CEDH, Conseil constitutionnel, conseil d'Etat, administrations diverses et avariées ...) pour ne plus garder, quand même, que les satisfactions et gratifications du pouvoir.

Ils ont donc trahi leur mission et c'est à juste raison que le peuple les déteste. Les Gilets jaunes qui gueulent « Macron démission ! » ont , hélas, parfaitement raison. Le « dégagisme » est amplement justifié.

Le drame est que nous n'avons pas (pas encore ?) de solution de rechange. Mais, au fond, n'est-ce pas un prétexte à procrastination ? Ayons d'abord le courage de virer ceux qui doivent être virés, ensuite, nous verrons bien : votez Dupont-Aignan, Le Pen, Asselineau, Mélenchon, ma tante, n'importe qui sauf Macron et Wauquiez. Il faut avoir le courage de préférer la fin de la douleur à la douleur sans fin (1), même si c'est temporairement le bordel.

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(1) : si nous continuons avec un gouvernement comme depuis 1983 en votant Macron-Wauquiez, la suite est écrite : la mondialisation a détruit la classe moyenne inférieure. Elle va maintenant détruire la classe moyenne supérieure, celle qui se croit aujourd'hui à l'abri et a massivement voté Macron au second tour.