lundi, août 20, 2018

Non, pape François, je ne jeûnerai pas.

Le pape François demande aux catholiques de jeûner en pénitence des affaires de pédophilie aux Etats-Unis.

L’Eglise est une, certes, mais je ne suis absolument pas engagé par les errements d’un clergé que je désapprouve depuis longtemps. C’est un amalgame : vouloir englober tous les catholiques dans une responsabilité qui n’est pas la leur.

Il faut dire la vérité : ces histoires de pédophilie ne sont que la conséquence de la trop grande tolérance vis-à-vis de l’homosexualité dans les séminaires et les sacristies (car tous les pys le savent –mais, chut, il ne faut pas le dire- l’homosexualité incline bien souvent à la pédophilie). Le Figaro dit que « les catholiques sont sous le choc ». Je ne sais pas pour les autres, mais moi, je ne suis pas surpris, il n'y a hélas aucun choc.

Je ne suis responsable que d’une chose : ne pas avoir gueulé assez fort.

Je peux aussi, éventuellement, être responsable d’une deuxième chose : trouver que le niveau intellectuel et moral du clergé n’est pas terrible terrible et préférer être marié que prêtre.

Mais bon, rien qui justifie à mes yeux de jeûner et je n’ai pas assez de respect pour le pape François pour le suivre aveuglément. Qu’il fasse le ménage (bien que je pense qu’il n’est absolument pas l’homme pour ça) et on en reparlera. A ce moment-là, je voudrai bien jeûner pour sa réussite.


Plus blanche que blanche (telle est prise qui croyait prendre) : je me maaaaarre

Asia Argento, elle aussi. Figure de proue du mouvement #Metoo, elle vient d'être à son tour balancée.


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Le New York Times a révélé hier, dimanche 19 août, un nouveau « scandale sexuel » touchant, comme l’affaire Weinstein, la sphère du cinéma mondialisé. Paradoxe : cette affaire n’est cependant pas du tout une énième résurrection de la dénonciation de la bestialité masculine. De façon particulièrement embarrassante, c’est cette fois-ci une des figures du mouvement #metoo, l’actrice et réalisatrice Asia Argento, qui se retrouve accusée d’affreux forfaits sexuels sur la personne d’un jeune acteur « traumatisé », Jimmy Bennett, de vingt ans de moins qu’elle, et mineur (17 ans) au moment des faits supposés.

[…]

Soyons sérieux : si tout cela se révèle exact, il est probable que le jeune Jimmy Bennett ait simplement voulu se faire de l’argent sur le dos de sa maîtresse d’un ou plusieurs jours. Le moment où il a menacé de porter plainte correspond exactement à celui de la surexposition médiatique d’Asia Argento, en pleine affaire Weinstein ; celle-ci, mise par là même en position de faiblesse, a vraisemblablement cédé à sa demande pour éviter que naisse le procès d’ « arroseur arrosé » qu’on lui fait aujourd’hui.

Car c’est bien, finalement, ce qui ressort de cette affaire : les blanches colombes maudissant la domination masculine peuvent aussi se retrouver sur le banc des accusés. Et si notre société a des coupables fétiches, nul n’est absolument à l’abri de la culture de la dénonciation.


Non sans ironie, les médias ont exhumé les grandes déclarations d’Asia Argento de ces derniers mois : Le Monde nous rappelle ainsi qu’au festival de Cannes de cette année, elle avait lancé : « Les choses ont changé. On ne va plus vous permettre de vous en tirer sans être inquiétés ». Phénomène classique : le monde nouveau, malheureusement pour la pauvre Asia Argento, élimine souvent ses premiers annonciateurs.
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Je marre, mais tout ce néo-puritanisme est tout de même à gerber. Nous savons ce que c'est, nous avons déjà vécu cela 100 fois dans l'histoire du monde (dont 99 fois chez les Anglo-Saxons et les Nordiques : que ces culs gelés se gardent leur vérole).

dimanche, août 19, 2018

Varoufakis : l'Etat Profond existe-il ?

On the Deep State – an audio essay in seven parts

L'Etat Profond est une notion popularisée par l'extrême-gauche et reprise par l'extrême-doite.

Il existerait une collusion internationale de hauts fonctionnaires, ceux qui ont beaucoup de pouvoir et qui restent quand les politiciens passent, de connivence avec leurs homologues technocrates du privé, pour mener une politique conforme aux intérêts de l'oligarchie technocrate, au mépris de la démocratie, ou carrément en opposition avec elle. C'est pourquoi le vote ne serait plus qu'un simulacre, les vrais décisions étant prises ailleurs, dans le secret des cabinets (de là à dire que ce sont des décisions de merde ...).

L'Etat Profond existe-il ?

Varoufakis, lancien ministre grec des finances, répond positivement et explique pourquoi : l'abolition des frontières (entre public et privé, entre nations)  a créé une classe de technocrates qui ont tous les mêmes intérêts et communient dans la même idéologie saint-simonienne (remplacer le gouvernement des hommes par l'administration des choses). C'est la partie haut-fonctionnaire de ce que l'extrême-droite appelle « l'hyper-classe mondiale ».

C'est un complot sans complotistes, c'est d'ailleurs ce qui fait sa force. Les opposants qui s'obnubilent de Bildelberg et de Trilatérale ne se rendent pas compte que ce sont des leurres : la convergence est suffisamment forte pour que cette collusion existe même sans ces complots.

Varoufakis décrit les 4 armes de l'Etat Profond, que je vous laisse en anglais :


1) Manufacturing prices (i.e. subverting the very market mechanism that capitalism is supposed to rely on)

2) Manufacturing desires

3) Manufacturing money (e.g. the black magic by which central and private banks conjure up the supply of money)

4) Manufacturing consent


J'ai mi les points 1 et 3 à l'étude : je suis en train de lire Crashed, d'Adam Tooze, sur la crise de 2008 et ses conséquences (je rame, c'est un pavé écrit en style universitaire : aussi agréable à lire que d'avaler de l'huile de foie de morue. Et c'est un bidon de 5 litres). C'est exactement ce qu'il décrit : une perversion des marchés et de la monnaie, mais qui s'est faite par des mesures très techniques, décidées dans des cénacles sans aucune consultation démocratique, les dirigeants élus étant la plupart du temps tenus à l'écart (par exemple, l'élargissement des collatéraux acceptés par les banques centrales a de  grandes conséquences pratiques mais reste très techniques). Pour une vulgarisation de ces notions, voir Charles Gave.

Quant aux points 2 et 4, c'est presque une obsession chez moi de considérer que le perfectionnement depuis un siècle des techniques de manipulation des foules est un danger mortel pour la démocratie en ce sens qu'on ne peut plus dire que le vote est libre et éclairé.

Je connais des gens qui ont voté Macron au second tour, qui n'ont toujours pas compris qu'ils s'étaient faits manipuler (pour ne pas écrire un autre mot, commençant par « b »), qu'il n'y a jamais eu de danger Le Pen en France, qu'il n'y a jamais aucune nécessité qu'ils votent Macron.

Après Varoufakis part dans une déconnade de gauchiste. Il baptise Trump, Salvini et compagnie « néo-fascistes », explique qu'ils dénoncent l'Etat Profond pour mieux en prendre le contrôle, comme Mussolini et que, en conséquence, les démocrates authentiques, coincés entre l'Etat Profond et les « néo-fascistes », n'ont pour seule solution de ne rien changer et de continuer comme depuis trente ans.

Bien entendu, la peur du « néo-fascisme » est pur fantasme : Trump et Salvini dérivent vers le fascisme comme moi je m'apprête à être champion du monde du 110 m haies parce que j'ai enjambé la clôture du jardin ce matin. Ils n'ont pas de théorie fasciste ni de pratique (ou alors, j'ai raté la marche sur Rome ?).

Bref, Varoufakis prouve une fois de plus que les gauchistes sont les meilleurs gardiens du Système. Et c'est bien normal, puisque le Système reprend leurs idées sous une autre forme (avant-garde éclairée, science plutôt que politique).

En fait, la solution ce sont bien les « populistes », car, en tentant de refermer les frontières, ils attaquent le pouvoir de l'oligarchie mondialiste et de l'Etat profond à son fondement. Si vous en voulez une preuve, il suffit de regarder les réactions des mondialistes eux-mêmes. Je me moquais d'un Iranien qui me disait que la mauvaise météo était provoquée par les juifs, mais les démocrates sont au même niveau de délire sur Trump.

samedi, août 18, 2018

Sécession des élites : un bon résumé

D'un commentateur (vous remarquerez que Todd pointe également le rôle catastrophique de la télévision) :

L'alphabétisation, partie d'Allemagne gagne la totalité des hommes et encourage la démocratie.

L'enseignement secondaire massif a démarré aux USA en 1900. Il est aussi largement universel et encourage la démocratie.

La troisième révolution éducative est l'éducation du supérieur. La massification de l'enseignement supérieur a démarré au USA dans les années 1940... mais à la différence de l'éducation primaire et secondaire, l'éducation supérieure cela n'a pas gagné toute la population. Dès 1965 aux usa, et malgré des efforts de démocratisation de l'enseignement supérieur, le nombre et la qualité des diplômés du supérieur américains a commencé a régresser dans les classes d'âge jeune. Malgré cette baisse qualitative de la jeunesse, la qualification des adultes américains ont continué à progressé par vieillissement entre 1965 et 2005 : des jeunes éduqués remplaçant des vieux moins éduqués.

Depuis 2005, le remplacement des générations non éduquées du supérieur est achevé, et le niveau intellectuel moyen des actifs américains régresse. E. Todd accuse la télévision qui prend de la place à la lecture. La lecture précoce avait permis de modifier le cerveau et la personnalité des humains (plus introverti, plus intellectuel...). La télévision, largement présente aux USA depuis les 50's, a produit des effets négatif s dans les jeunes adultes américains à partir de 1965. Ce mouvement semble universel. Le niveau des jeunes français régresse depuis 1995. Pas un pays n'a encore dépassé les américains... (peut être la Corée du sud -me souviens plus- mais au prix de gravissimes dysfonctionnement démographiques).

Ce constat a mis à mal la valeur d'égalité des américains. Tous les homo sapiens ne seront pas diplômés du supérieur. 1/3 des gens arrivent au niveau supérieur et 2/3 n'y arrivent pas même s'ils ont l'occasion. 1/3 est cependant une minorité importante suffisante pour vivre entre soi.

Academia est persuadé collectivement d'avoir raison. Ils pensent mériter leur place, ils estiment que les autres ont eu leur chance. Les autres sont stupides et méritent leurs sorts. Academia domine dans l'enseignement, la presse, les partis politiques. C'est la façon de voir des "élites" française et américaines. Elles dénient la démocratie, le nombre, le référendum, tout cela ne comptent plus. Le peuple peut se tromper, pas eux.

Avant, dans les 60's 80's, les éduqués du supérieurs étaient moins nombreux. Ils ne faisaient pas peuple entre eux et ils côtoyaient leurs compatriotes moins éduqués. Ils pensaient que le peuple pouvait s'élever par l'éducation. Ils avaient à coeur d'élever le peuple. Ou au moins, il pensaient qu'il y avait des gens intelligents n'ayant pas eu la chance de faire des étude s dans le peuple. Et de fait, l'éducation des masses progressait (progressions des études secondaires puis supérieures).

Mais les peuples d'occident stagnent puis reculent intellectuellement, malgré des moyens mis dans l'éducation. Aux USA d'abord à partir de la deuxième moitié des 60's, puis en Europe (France à la fin de la deuxième moitié des 90's). La stagnation éducative américaine au départ a renforcé les valeurs d'inégalité. Elle a permis le grand retour de l'inégalité qui a porté l'idéologie de la globalisation et du moins d'Etat.

Academia est une machine a fabriquer de l'inégalité politique et du mépris social.

Il y a dix ans, embuscade d'Uzbin, un grand classique

L'embuscade Uzbin (18 août 2008) Un col trop loin

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La foudre était finalement tombée. Elle a servi de révélateur de faiblesses structurelles ou circonstancielles de notre armée. Elle a permis aussi de révéler le courage, la force et la compétence admirables de beaucoup de nos soldats. Retenons les deux.
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On passe sur les défaillances individuelles (cette histoire de colonels en pleurs ...), elle font partie du tableau d'ensemble.

On retrouve en fait un grand classique :

> un commandement occupé à une tâche subalterne : faire de la politique politicienne pour sauver ses places et ses budgets.

> un excès de confiance et même un laisser-aller dus à de mauvaises habitudes issues de situations particulières. On a beaucoup dit que les guerres coloniales avaient préparé la défaite de 1870.

> il y a toujours parmi les militaires, notamment les officiers, une proportion plus grande de technocrates en uniforme et de carriéristes que de vrais guerriers (qui dérangent toujours en temps de paix). C'est d'autant plus vrai à notre époque qui n'est pas vraiment à l'exaltation des valeurs guerrières (le nombre de ministres de la défense européens qui sont des femmes est tout simplement terrifiant. Qu'une femme soit ministre de la défense par exception, pourquoi pas ? Que cela devienne la norme est révélateur de notre baisse de culotte devant l'adversité. Quelle manière plus explicite de confirmer ce que ceux qui nous méprisent pensent de nous, « L'Europe est femelle » et ce n'est pas un compliment, que de confier notre défense à des femmes ?).

Dix ans après, le même drame (une mauvaise surprise mortelle, avec les trois causes décrites ci-dessus) est-elle possible ? Evidemment ! L'opération Sentinelle et le macronisme anti-national (je soupçonne Macron de brader notre armée et notre industrie d'armement pour complaire à l'adversaire allemand) ne sont pas la meilleure préparation à la guerre.




vendredi, août 17, 2018

Air France : nous avons les conséquences

L'historien et chroniqueur Jacques Bainville avait l'habitude d'écrire, quand il voyait une politique stupide, « Vous aurez les conséquences ».

Hé bien voilà, pour Air France, nous avons les conséquences.

Les syndicats ont raison, la nomination de Benjamin Smith comme Directeur général est doublement scandaleuse :

1) J'espère que pour diriger une compagnie nationale française, il y a en France toutes les compétences. Nous ne sommes pas un pays du Golfe qui était encore au cul des chameaux il y a cinquante ans.

2) C'est un sous-marin de Delta Airlines.

Mais quoi ? A force de grèves à répétition et de savonnage de planche pour tous les candidats français, les syndicats ont fini par mériter ce qui arrive.

Les directions successives d'Air France et les syndicats ont un point commun : être cons à tuer. Car, ils communiaient, par delà leurs différends, dans une hypothèse stupide : quelles que soient leurs folies, l'Etat, c'est-à-dire vous et moi, remettrait toujours des sous au pot.

Le jeu était donc bien huilé : les directions, nommées sur des critères politiques, menaient des stratégies particulièrement stupides, dont le point commun était de ne jamais mettre les pieds dans le plat. Et les syndicats de pilotes équilibraient la stupidité patronale en mettant en oeuvre une stupidité syndicale de compétition.

Maintenant, nous sommes au bout du rouleau. L'Etat a signifié, en laissant nommer un étranger, qu'il se désintéressait d'Air France. Game Over.



jeudi, août 16, 2018

Dans la tête des négociateurs de l’UE, la Grande-Bretagne en 2019, ce n’est pas différent de la Grèce en 2015

Edouard Husson m'énerve à se faire passer pour Disraeli, je trouve cette coquetterie grotesque. Mais je suis d'accord avec son analyse.

J'entends un tas de propos anti-britanniques : « Ils veulent les avantages de l'UE sans les inconvénients », « Ils ont agi sur un coup de tête, ils ne savent pas ce qu'ils font, ils vont le regretter » etc.

Pourtant, l'argument de fond des Brexiters était clair et ne souffrait aucune ambiguïté : cesser d'être soumis aux technocrates de Bruxelles et à la CJUE, retrouver la pleine et entière souveraineté. Bien sûr, un européiste, convaincu ou non, juste simplet suffit, ne peut pas entendre cela, qui le classe immédiatement chez les dominés.

Je serais très heureux que la classe dirigeante française tienne le même raisonnement que les Brexiters.

Rappel pour ceux qui vivraient sur la planète Mars, la classe dirigeante française tient le raisonnement suivant : « La France est trop petite pour survivre indépendante, elle doit s'accrocher à un ensemble plus vaste, c'est-à-dire à l'Europe et l'Europe, c'est l'Allemagne. Autrement dit, la politique la plus intelligente pour la France, c'est de se soumettre à l'Allemagne sans réticence, bien servile, bien obséquieux, en espérant ramasser le maximum de miettes ». C'est le pétainisme, c'est totalement idiot (Pierre Gaxotte, à quelqu'un qui lui disait suivre le maréchal aveuglément, répondit : « Aveuglément, bien sûr ! Comment pourriez vous faire sinon ? »), même si c'est fait par des gens qui se croient très intelligents.





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Arezzo15 août 2018

Mon cher ami,

Je n’ai pas le coeur à vous entretenir des trésors que me fait découvrir ma visite de l’Etrurie.  L’Italie est en deuil, depuis l’effondrement d’un viaduc à Gênes. La grandeur de la civilisation occidentale est de ne pas se précipiter dans la chasse aux boucs émissaires mais de rechercher les causes objectives d’une catastrophe. D’après ce que je lis, il semble que le problème n’ait pas été des coupes bugétaires dans la maintenance mais d’avoir préféré bricoler des réparations - toujours plus dispendieuses - plutôt que de reconstruire un pont à la place de celui-ci, qui datait de 1967. Malgré tout, je ne serais pas étonné que l’on découvre que l’Italie, essorée par l’appartenance à la zone euro, n’a pas suffisamment investi, ces dernières années, dans l’entretien de ses infrastructures [bien sûr : tous les indicateurs économiques des pays de la zone Euro, dont l'investissement public, subissent une inflexion vers le bas, sauf ceux de l'Allemagne et de ses copains, dès la mise en oeuvre des politiques de préparation au passage à l'Euro dans les années 90. C'est limpide]. A suivre.

L’UE ne négocie pas avec les pays déviationnistes : rappelez-vous Syriza.

Le sujet que je veux aborder ce soir ne me mettra pas d’humeur meilleure. Mais je tenais à vous faire part de l’impression de plus en plus forte qui s’impose à moi quand je réfléchis à ce qui attend mon pays dans les six prochains mois. A vrai dire, je voudrais recueillir votre sentiment sur une idée, à première vue trop simple mais que je crois profondément vraie. Il n’y a rien à attendre des négociateurs européens concernant le Brexit. Et la meilleure façon de s’en rendre compte est de se rappeler comment se sont déroulées les négociations avec la Grèce, après l’installation d’un gouvernement de bonne volonté et authentiquement européen en janvier 2015.

 Nous disposons de l’extraordinaire récit de ce qui s’est passé entre Bruxelles, Berlin et Athènes au printemps 2015, que nous en a livré Yanis Varoufakis. Vous vous rappelez, nous en avions parlé; Varoufakis est pour moi, le plus souvent, un homme de gauche un peu fumeux. Mais son livre Conversations entre adultes est une catégorie au-dessus de ce qu’il a publié par ailleurs. Et l’ouvrage vaut par ce qu’il raconte, le plus souvent sans aucun écran idéologique, sans autre lunette grossissante que le sens psychologique aigu de l’auteur. Précisément, ce que rapporte  l’ancien ministre des Finances grec c’est que durant six mois il ne s’est rien passé en termes de négociations ! 

Le ministre et ses collaborateurs arrivaient, systématiquement, avec des documents travaillés, des propositions concrètes de restructuration de la dette, des échéanciers redessinés, des contre-propositions aux documents européens datant des négociations menées avec les gouvernements précédents. Eh bien, il y avait un total refus de négocier, d’ouvrir les documents, d’évoluer, de la part des négociateurs de l’Eurogroup. Il n’y avait qu’une solution possible : que le premier gouvernement Tsipras cesse de parler de restructuration de la dette, accepte de signer le Mémorandum européen déjà signé par ses prédécesseurs et s’engage, plus généralement, à signer des documents sans croire un seul instant à leur contenu - les membres de l’Eurogroup savaient pertinemment que la Grèce ne pourrait pas tenir ce à quoi elle s’engageait. Mais ce n’était pas le sujet.

Il s’agissait de faire comprendre à un gouvernement qu’on pouvait bien raconter ce qu’on voulait aux électeurs ; une fois élu, on ne pouvait suivre qu’une seule politique, celle de l’UE. Surtout, la société grecque devait être punie, indéfiniment, pour l’exemple. Il n’était pas pensable de ne pas respecter la discipline budgétaire européenne ; d’amorcer un mouvement de restructuration des dettes à l’échelle de l’UE. Sinon, où le mouvement s’arrêterait-il  ?

Theresa May, nouveau Tsipras ?   


Dans le cas de la Grande-Bretagne, l’enjeu est un peu différent. Mais il s’agit aussi d’exemplarité et de punition. Il n’est pas pensable qu’un pays ose sortir de l’Union Européenne. La Grande-Bretagne a osé, eh bien elle doit être punie ! Regardez bien comment Theresa May a beau changer de tactique de négociation, cela ne fait pas bouger d’un iota Michel Barnier. La Commission Européenne ne veut pas de négociation. Elle veut une capitulation. Barnier négocie avec la Grande-Bretagne comme Dijsselbloem, président de l’Eurogroup, naguère, avec la Grèce. C’est-à-dire qu’il ne négocie pas, il attend que son interlocuteur soit définitivement désemparé. Et Theresa May perd progressivement ses moyens, exactement comme Alexis Tsipras entra sur le chemin de la capitulation, au printemps 2015, malgré le sens tactique de son ministre des Finances.   

Il n’est jusqu’au dénouement de l’affaire grecque, qui résume, de façon essentielle, ce que l’Union Européenne a en tête. Nous nous rappelons tous l’extraordinaire référendum organisé par Tsipras, début juillet, qui fut un triomphe politique pour lui : plus de 60% des votants soutenant la fermeté face à Bruxelles et Berlin. Eh bien, ce fut le prélude à la capitulation définitive : l’Eurogroup ne bougeant pas d’un iota devant ce vote massif, le résultat fut réduit à néant dans l’esprit de Tsipras aussi, qui poussa Varoufakis à la démission et signa une soumission financière encore plus léonine que celle acceptée par ses prédécesseurs. De même, pour la Commission européenne et la plupart des membres du Conseil, le vote des Britanniques n’a aucune valeur. Et si l’on réussit à faire convoquer un deuxième référendum, ce sera dans le but que le vote Remain l’emporte, cette fois. Mais si ce n’était pas le cas, cela n’aurait aucune importance par rapport à l’objectif final : empêcher la Grande-Bretagne de sortir, l’humilier et lui faire payer très cher  dans tous les cas, si on ne peut l’empêcher de sortir. Peut-être Theresa May cherchera-t-elle, comme Tsipras, le salut dans un vote populaire qui la dédouane (j’ai conscience de faire involontairement un très mauvais jeu de mots) ou la requinque mais elle n’en tirera pas le bénéfice escompté.   

L’Etoile de la Mort  

Certes, la Grande-Bretagne, c’est un peu plus gros que la Grèce et plus difficile à abattre. Il est même certain que l’application de la même tactique à deux pays aussi différents, par leur potentiel de représailles, que la Grèce et la Grande-Bretagne, témoigne de la complète perte du sens des réalités à Bruxelles, Berlin ou Paris. Cependant, la Grèce aurait pu gagner le bras de fer si, à la ruse de Varoufakis, Tsipras avait ajouté le courage d’un combattant des Thermopyles. Et, à l’inverse, je me méfie beaucoup de la perte de courage qui traverse les rangs d’une partie de notre Parlement. Et, surtout, il règne à Bruxelles, une mentalité digne de l’Etoile de la Mort dans notre série de science-fiction favorite. Le Léviathan bruxellois est terrifié par les forces de désagrégation qu’il sent en lui-même et il est prêt à l’anéantissement de ses adversaires.   

J’ai rendez-vous avec Theresa dans deux semaines exactement. Je ne crois pas que je vais comparer notre pays à la Grèce, elle ne me prendrait pas au sérieux. Ni que je lui proposerai de se prendre pour la princesse Léia. En revanche, je vais lui décrire la quintessence du comportement européen et tâcher de lui faire comprendre que ses interlocuteurs bruxellois ne bougeront pas d’un pouce jusqu’à ce qu’elle ait capitulé.   

Theresa doit faire son devoir de Premier ministre et tirer les conséquences de l’inertie mortifère  de la partie adverse. Il est encore temps, pour elle, de sauver l’honneur de notre drapeau, les intérêts de notre peuple et son mandat de Premier ministre. Elle aura fait montre de suffisamment de patience pour qu’on l’encourage, désormais, à changer de registre et de stratégie de négociation.   

Bien fidèlement  

Benjamin Disraëli
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Un peuple qui a vaincu Napoléon (un siècle pour apurer les dettes des guerres napoléoniennes) et Hitler, mis à genoux par Michel Barnier ? Difficile à croire.

Les eurotyrans devraient se méfier : la Grande-Bretagne n'est pas la Grèce. J'ai peu d'estime pour les Grecs, un peuple de petits magouilleurs ; les Anglais, c'est autre chose. Ce qui me permet un certain optimisme, c'est que des remainers commencent à trouver que le père Barnier pousse un peu la mère Theresa dans les orties.

Et puis, il y a l'Italie, elle a des liens historiques avec les Britanniques et verse aussi dans l'anti-européisme. Et l'Europe de l'est.

Je regrette que mon pays bien-aimé ne participe pas à cette fête qui s'annonce de l'anti-européisme et de la libération des peuples. Voir ce cher et vieux pays, si longtemps un phare de la liberté, se vautrer dans la servitude teutonne ... c'est plus que je ne peux écrire.


Chronique des cinglés : le téléphone tue

German lifeguards warn children are drowning as parents increasingly distracted by their mobile phones

Et on ne parle pas du téléphone au volant qui enrichit les pompes funèbres.

Et de la télévision qui augmente la violence.

Mais, bien sûr, ce que je reproche au téléphone (j'inclus, évidemment, les « rézosocios ») et à la télévision, ce n'est pas de tuer, car on me sortira toujours l'argument bateau qu'il y a des circonstances où ils sauvant des vies (quoique, pour la télé, c'est pas gagné), ce que je leur reproche, c'est d'être des abrutissoirs de masse très puissants.

Cet aspect abrutissoir de masse est désormais bien documenté, en notre époque où le bon sens ne suffit pas, où il faut vingt ans d'études pour prouver un truc que n'importe quelle personne de bon sens vous dit en vingt secondes.

Cela finit par avoir des conséquences politiques : si notre société peut se diriger tranquillement, sans émeutes ni révoltes, vers une hiérarchie type Meilleur des mondes, où il y a en bas les abrutis de sexe et de distractions et en haut les dirigeants initiés, c'est en grande partie à cause de la télévision.

Je suis frappé par l'incapacité, style addiction à la drogue, ce certains à se détacher de la télévision (et maintenant, du téléphone). Et j'ai bien peur que cela soit corrélé au niveau social (votre avis ?).

mercredi, août 15, 2018

Les technocrates, c'est notre calamité des sauterelles à nous

« Les villages du Tarn menacés par une nouvelle autoroute, résumé du mal français »

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Pour résoudre le problème d'un bassin d'emploi, la vitesse, la pollution et la destruction de l'environnement sont les premiers, voire les seuls remèdes envisagés. La ringardise tient lieu d'imagination à des élus, des chefs d'entreprise, des promoteurs immobiliers qui n'ont pas compris qu'à l'avenir les territoires comme ce petit morceau de Tarn seront des richesses convoitées pour leur rareté, pour leur silence, pour leur terre. La situation devient cocasse si l'on se souvient que dans le même temps les routes nationales sont soumises à une vitesse, ou plutôt à une lenteur de 80 km à l'heure qui pénalise les ruraux.
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Les technocrates, combinent deux caractéristiques qui donnent envie de les breumer instantanément et sans pitié :

1) Le mépris : la condescendance est affichée d'entrée. Le message est clair : « J'ai un beau diplôme d'intelligence, j'ai du pouvoir, j'ai le poids de la bureaucratie froide et impitoyable derrière moi, c'est déjà gentil de ma part de bien vouloir m'apercevoir de ton existence, vermisseau ».

2) Le conformisme : une absence d'imagination à toute épreuve, une lâcheté d'acier (« Fort avec les faibles, faible avec les forts », c'est leur devise), une méconnaissance sans remède des réalités. Notre ami de Campagnol fait ses chroniques de leur profonde bêtise.

Les deux séparément seraient presque supportables, mais des abrutis qui prouvent depuis 40 ans leur incompétence et qui vous prennent de haut, ça fait beaucoup.

Comme Edouard Philippe est un prototype de techno de merde :



Le monde merveilleux des RH actuels




En fait, c'est tout notre société qui est déshumanisée.

Un nouveau nouveau monde : synthèse de la crise financière de 2008 à nos jours par Adam Tooze

Je suis Adam Tooze avec grand intérêt :

Beyond the crash: "Politics don’t matter; market forces shape our world." So ran the dominant ethos before 2008. Adam Tooze, the author of a landmark book, says it was always an illusion.

mardi, août 14, 2018

Pourquoi le Labour a-t-il un chef judéophobe ?

Pourquoi Corbyn ? Pourquoi Mélenchon ? ... Pourquoi tous ces politiciens qui sont extrémistes d'une manière ou d'une autre et qui font des gros scores de popularité ?

C'est simple : depuis 30 ans, l'oligarchie mondialiste nie la souveraineté populaire, en enfermant les peuples dans le choix entre blanc bonnet et bonnet blanc (on serait bien en peine de trouver une différence politique entre Tony Blair et David Cameron). C'est le cercle de la raison cher à Alain Minc, qui est en réalité une ronde des fous.

Car, voyez ce que font les peuples niés dans leur souveraineté : ils s'énervent, ils s'excitent et, naturellement, rationnellement, ils montent aux extrêmes. Je ne peux vraiment pas leur donner tort, même si je n'aime ni Mélenchon, ni Corbyn.

En résumé, l'oligarchie mondialiste a semé la tempête et elle n'est pas loin de la récolter. Et ce sont eux qui se croient intelligents et nous prennent, nous, pour des cons ?

Les cent jours de la victoire

Alors que les Britanniques célèbrent la bataille d'Amiens avec la dignité qui est la leur (en 2016, pendant qu'ils faisaient une cérémonie de haute tenue à Thiepval, nous faisions courir des enfants entre les tombes à Verdun et nous avons évité de peu le concert d'un rappeur. Le contraste était à pleurer de rage), notre président, toujours aussi pitoyable sous ses grands airs, sèche la cérémonie.

Rappelons donc ce qu'est la bataille d'Amiens : c'est une des batailles des cent jours de la victoire. Celle qui fit dire à Ludendorff que le 8 aout 1918 était un jour de deuil pour l'armée allemande.

Après les offensives allemandes du printemps, les alliés contre-attaquent avec une coordination infanterie-aviaion-chars très moderne et une logistique puissante. Foch enchaine les offensives comme un boxer qui frappe des deux mains. Les états-majors atteignent un niveau d'efficacité impressionnant, le temps de préparation d'une offensive est divisé par 10 par rapport à 1916 !



La doctrine a été re-pensée à la lumière de l'expérience, les matériels, Bréguet 14, char FT17, armes d'infanterie, sont ce qui se fait de mieux, l'artillerie atteint un niveau d'efficacité stupéfiant, les soldats sont aguerris et entrainés, les officiers formés aux nouvelles techniques : l'armée française est vraiment la meilleure armée du monde en 1918, comme le sera l'armée américaine en 1944, et peut-être encore mieux.













Pray for Tommy

Quelques nouvelles de Tommy Robinson (le titre de ce billet est évidemment une moquerie dirigée contre les eunuques Charlies bêlants. Mais bon, Tommy a probablement besoin qu'on prie vraiment pour lui).

Son histoire est terrifiante.

Trump est fort comme un Turc (seuls les idiots prennent Trump pour un idiot)

Un collègue (à la retraite, donc il peut dire ce qu'il pense) : « Ce qui me fait plaisir avec Trump, c'est la manière qu'il a de rentrer dans le lard de la bien-pensance et de rendre les bien-pensants hystériques. C'est un plaisir sans mélange et sans fin ».

Renaud Girard : « Sur la Turquie d'Erdogan, Trump a raison ! »

A tous ceux qui nous expliquent qu'il faut ménager la Turquie par peur de ceci ou de cela, par peur tout court, Trump fait un beau doigt d'honneur.

A propos de la relance, par Donald Trump, de la « guerre des étoiles »

Grâce à Scott Adams et à (ça m'écorche la gueule de le dire) Emmanuel Todd, j'ai cru très tôt à la victoire de Trump sur Clinton, je peux donc écrire sans complexes et en me bidonnant comme une baleine : seuls les idiots prennent Trump pour un idiot. Ils sont encore très nombreux mais j'espère que je ne vous apprends rien en vous rappelant que nous sommes cernés par les cons (et par de plus en plus de connes (1)).




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(1) : à propos de féminisme :






lundi, août 13, 2018

Internet : la bataille de l'information fait rage (ze tyranny ize comigne, comme dirait l'autre)


Un billet important de Stéphane Montabert

Illustration par H16 : Bannissement d’Alex Jones : une liberté d’expression à sens unique ?





Internet: la bataille de l'information fait rage

Quel point commun entre Twitter, Facebook, Reddit ou encore Google? Ces acteurs majeurs de la communication d'aujourd'hui se présentent comme des parangons de vertu et d'équilibre, mais ce n'est qu'une façade. Profondément engagés à gauche, ils pèsent de tout leur poids contre ceux qu'ils considèrent comme le camp adverse.

Google, YouTube et al.

L'implication partisane de Google dans la bataille entre les camps républicains et démocrates en faveur des seconds a fait l'objet de nombreuses études, dont celle-ci, particulièrement détaillée. Que ce soit en termes de dons des employés pour les partis politiques, de parcours de carrière allant d'une position de dirigeant dans l'entreprise à celle d'un partenaire de campagne pour un candidat ou simplement de lobbyisme auprès des élus, l'entreprise entretient un engagement idéologique profond.
En termes pratiques, Google oriente les résultats de ses recherches. Par exemple, lorsque Hillary eut un malaise lors de la matinée des cérémonies du 11 septembre 2016, amenant ses gorilles à la balancer évanouie dans son van blindé avec autant d'élégance que si elle avait été un quartier de bœuf, la nouvelle défraya la chronique puis devint virale, malgré les tentatives de YouTube de censurer toutes les vidéos en rapport. Mais Google mit en place un filtre pour "protéger" le grand public de ces interrogations. Il suffit aujourd'hui encore de taper "Hillary Clinton Health" dans la barre de recherche de votre navigateur pour voir des suggestions sur Mme Clinton - mais aucune sur sa santé, jamais. Le terme "Health" est tabou dans Google Suggest lorsqu'il est associé à Hillary Clinton. On peut se poser la question de la pertinence de ce filtre maintenant encore alors que cette histoire est derrière nous ; il est probable que personne chez Google n'ait simplement pensé à l'enlever.
Avoir une opinion politique n'est pas un problème en soi. Elle le devient si celle-ci interfère avec la neutralité prétendument assurée par la plateforme, et quand celle-ci a un quasi-monopole dans l'accès à l'information du public. Comme on s'en doute, Google a sa propre police du discours. Pour éviter d'être directement mise en cause, l'entreprise de Mountain View décharge habilement sa politique de censure à plus de 100 ONG et agences gouvernementales pour aider YouTube à déterminer les contenus "extrémistes", allant des "discours de haine" à des vidéos de recrutement terroriste. Mais qu'est-ce qu'un "discours de haine", pour commencer? Il n'en existe pas la moindre définition légale, ce qui permet de cibler n'importe qui.
médias,mensonges,internet,censureGoogle et YouTube s'engagent à ne pas communiquer le nom de leurs partenaires dans ce programme, mais cette discrétion laisse présager le pire. Nous en avons la preuve à travers certaines ONG qui choisissent tout de même de révéler leur participation, comme l'Anti-Defamation League ou No Hate Speech, des organisations très politisées qui sont bien plus concernées par l'élimination de toute expression conservatrice sur Internet que par celle des vidéos de décapitation de l'État islamique, comme de nombreux contributeurs libéraux, conservateurs ou journalistes indépendants purent en faire l'amère expérience.
L'hypocrisie de YouTube et Google va plus loin ; lorsqu'ils ne peuvent directement interdire certaines vidéos - une hésitation qu'ils éprouvent de moins en moins souvent - ils peuvent encore les cacher, en exigeant un accès restreint à YouTube en présentant leur contenu comme "pour public averti" ou en choisissant de les démonétiser, privant effectivement les producteurs de la vidéo des revenus reliés à son visionnement. À défaut d'interdire d'antenne, ils étranglent financièrement les canaux qui les dérangent.
Le but de la manœuvre est clairement de promouvoir certains contenus au détriment d'autres.

Facebook et Reddit

Facebook est un acteur majeur de la distribution d'information aujourd'hui, et la posture pro-démocrate de Facebook n'est plus à démontrer. Elle fut révélée il y a plus de deux ans dans les colonnes de The Guardian, un journal dont les vues ne sont pas vraiment de droite.
D'anciens employés de Facebook décrivirent le processus en détail:
[Des employés] de Facebook ont ​​régulièrement supprimé les articles d’intérêt intéressant les lecteurs conservateurs de la section d’information "tendances" du réseau social. (...) Ils avaient aussi pour instruction d’injecter artificiellement des articles sélectionnés dans le module de nouvelles, même s’ils n’étaient pas assez populaires pour justifier leur inclusion, ou dans certains cas, ne buzzaient pas du tout. Les anciens employés, qui travaillaient tous en tant que sous-traitants, ont également indiqué qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas inclure de nouvelles concernant Facebook dans le module des tendances. (...)
Les histoires couvertes par les publications conservatrices (comme Breitbart, Washington Examiner et Newsmax) qui étaient assez nombreuses pour être prises en compte par l’algorithme de Facebook étaient exclues à moins que les sites classiques comme le New York Times, la BBC ou CNN ne couvrent le même sujet. (...)
Dans d'autres cas, les employés injectaient une histoire, même si elle n'était pas largement discutée sur Facebook, car elle était jugée importante pour que le réseau ressemble à un endroit où les gens parlaient de nouvelles difficiles. "Les gens ont cessé de se soucier de la Syrie", déclara un ancien employé. "[Et] si cette tendance se traduisait sur Facebook, Facebook aurait mauvaise allure." Ce même opérateur déclara que le mouvement Black Lives Matter avait également été injecté dans le module d'actualités de Facebook. "Facebook a subi beaucoup de pression à cause d'une absence de sujet tendance sur Black Lives Matter", déclara l'individu. "Ils ont réalisé que c’était un problème, et ils l’ont renforcé dans l'algorithme. Ils lui ont donné la priorité sur d'autres sujets. Lorsque nous l’avons injecté, tout le monde a commencé à dire: «Maintenant, je le vois comme numéro un»". Cet exemple d'injection est particulièrement remarquable parce que le mouvement #BlackLivesMatter est né sur Facebook, présence puissante des médias sociaux.

Cette manipulation des tendances n'est pas propre à Facebook. Reddit (phonétiquement "Read it", "je l'ai lu") est un site web communautaire de partage de liens permettant aux utilisateurs de soumettre leurs contributions et de voter pour celles proposées par autrui. Ainsi, les liens les plus populaires se retrouvent propulsés en page d’accueil. Le site se situe en quatrième position des sites américains les plus fréquentés, car on peut parler de tout sur Reddit. Quel que soit le sujet, il y a forcément d'autres passionnés avec le même centre d'intérêt. Ceux-ci se regroupent sur des "canaux" dévolus à un thème précis - comme la politique.
reddit_censor.jpgCertaines des manipulations de Reddit sont le fait de ses utilisateurs. Par exemple, le fameux canal /r/politics, prétendument non-partisan, a été de longue date colonisé par la gauche américaine qui y détient désormais les influentes positions de modération. Rien de plus facile donc que de filtrer tout contenu gênant (une nouvelle favorable à l'Administration Trump, par exemple.) Pour éviter de donner l'apparence d'une modération partisane, la manœuvre est en deux temps. D'abord, un complice se contente de poster un lien vers un article positif pour Trump ("Sprint va rapatrier 5'000 emplois aux États-Unis, annonce Trump") en lui associant volontairement un commentaire violemment hostile et contraire à la charte du canal ("Prenez ça sales crétins gauchistes!"), ce qui permet à la modération d'effacer le tout. Ainsi, l'article disparaît instantanément. Et si un utilisateur bien intentionné tente plus tard de soumettre la même nouvelle, il recevra un message d'erreur lui disant que ce lien a déjà été proposé à la communauté.
Mais les manœuvres partisanes s'étendent jusque dans l'administration du site, comme les utilisateurs de Reddit purent s'en rendre compte lors de la campagne présidentielle américaine de 2016 opposant Hillary Clinton à Donald Trump. Chacun avait son propre canal - r/HillaryClinton pour la première et r/The_Donald pour le second. Il devint vite assez évident au vu des chiffres de fréquentation que le candidat républicain était bien plus populaire que celui de son adversaire démocrate.
Reddit modifia alors le canal standard /r/popular , une sorte de méta-catégorie listant les contenus les plus populaires, pour filtrer les contenus "présents un peu trop souvent" selon les administrateurs du site. Après quelques temps il fut possible d'établir des statistiques sur l'origine des contenus les plus souvent écartés:
médias,mensonges,internet,censure
(cliquez pour agrandir)
On notera qu'il ne s'agit pas simplement de filtrer tout contenu politique de cette rubrique: ni r/HillaryClinton ni r/politics n'apparaissent dans ce top 25. Écrivons-le clairement: Reddit installa un filtre pour écarter toute information venue de r/The_Donald, qu'il s'agisse de nouvelles positives pour Trump ou de révélation de scandales concernant l'opposition à sa présidence. Reddit modifia également son algorithme d'affichage afin de "pondérer" les votes - autrement dit, diminuer arbitrairement l'influence du canal pro-Trump.
Bien entendu, les responsables du site s'abritèrent derrière la ritournelle habituelle de la "préservation de la diversité". Cependant, toute tentative de présenter les choses sous l'angle de la neutralité vola en éclat lorsqu'en 2016 le PDG de Reddit Steve Huffman admit publiquement avoir effacé, voire modifié lui-même des contributions d'utilisateurs pro-Trump qui s'en prenaient à lui dans une discussion sur le site parce que ceux-ci "l'énervaient".
Dans un monde où les lois criminalisent de plus en plus le discours, qui réalise les conséquences provoquées par un individu capable de modifier sournoisement vos propres textes publiés en ligne, sans laisser la moindre trace?

Twitter et le Shadow banning

La neutralité apparente de Twitter est d'autant plus facile à défendre que Donald Trump est un des plus populaires utilisateurs de la plateforme ; mais comme le proverbial arbre qui cache la forêt, la frénésie de micro-messages du Président cache une campagne d'épuration idéologique de grande ampleur. Même le compte de Donald Trump n'est pas à l'abri de la censure de Twitter. Avant qu'il ne devienne président, de nombreuses discussions eurent lieu à l'interne pour déterminer s'il avait "franchi les limites" (une expression de novlangue destinée à exprimer la patience des censeurs vis-à-vis les cibles dont ils tolèrent péniblement l'existence). Ces débats continuèrent même une fois qu'il emménagea dans la Maison Blanche, et chacun se souvient avec quelle facilité Bahtiyar Duysak, un ex-employé de l'entreprise, ferma le compte du président le 2 novembre 2017 pendant une dizaine de minutes. Twitter annonça qu'il s'agissait d'une bévue, mais le public put tout de même découvrir la vulnérabilité des comptes. De nombreux employés de l'entreprise pouvaient fermer d'un simple clic le compte de n'importe quel utilisateur. Et ils ne s'en privent pas.
médias,mensonges,internet,censureSi la vitrine Trump peut continuer à sévir sur Twitter, celle-ci est soigneusement encadrée. On peut ainsi noter que l'algorithme de Twitter "pousse" systématiquement les réactions anti-Trump au sommet des réponses lors de chacun de ses tweets. Le nombre de "likes" et de "reposts" de ces questions, comparés aux statistiques similaires des rares réactions pro-Trump qu'on peut trouver dans le fil de réponse montre clairement qu'une "pondération" est à l’œuvre, pour rester poli.
D'autres contributeurs de Twitter ont moins de chance que le Président américain. C'est le cas de Scott Adams. Le créateur de Dilbert, devenu supporter de Trump à la suite d'une longue analyse de l'échiquier politique, découvrit comment Twitter archivait artificiellement ses messages afin de les rendre plus difficiles à lire, avant de subir un "shadow ban" en 2016 également. Son crime? Avoir demandé à son public de lui envoyer des vidéos d'agression de partisans de Donald Trump perpétrées par des partisans d'Hillary Clinton... Alors qu'il ne fait nul doute que si des supporters de Trump avaient été filmés en train de s'en prendre à des Démocrates, l'information aurait fait la Une de tous les médias.
Le Shadow Banning est une technique de modération plutôt ignoble mais très utilisée par Twitter, Reddit, et d'autres. L'utilisateur qui en est victime utilise toujours la plateforme comme si de rien n'était - il peut poster des contributions, commenter celles d'autrui, et voit ce qu'il publie - mais en fait il est le seul à les voir. Elles sont cachées aux autres utilisateurs, qui ne peuvent ni les lire ni les commenter. Pour des profils comme celui de Scott Adams, la mise à zéro de popularité du jour au lendemain est suffisamment notable pour que l'auteur se doute de quelque chose, mais des dizaines de milliers d'anonymes n'ont pas cette chance. Ils postent sur des réseaux sociaux qui sont pour eux aussi fermés et déserts que des chambres fortes, simplement parce qu'ils n'ont pas les "opinions convenables". Ils se retrouvent à parler dans le vide sans même le savoir - une sentence encore plus vile que de leur notifier officiellement une fermeture de leur compte.

Souriez, vous êtes censurés

"J'ai remarqué un phénomène général sur Internet. Tout forum où règne la liberté d'expression et pas ou peu de modération devient de droite. Les idées de gauche ne peuvent subsister sans censure ni modération." -- anonyme

Le Shadow Banning, le filtrage des opinions et la pondération des nouvelles suffisent un moment, mais un moment seulement. Devant la résistance de l'opinion publique face à ceux qui ont pour mission de la modeler, les majors d'Internet sont récemment passés à la vitesse supérieure. On assiste depuis quelques jours à une vague sans précédent de fermeture de comptes, de suppression de pages et de groupes Facebook, d'élimination de canaux YouTube et ainsi de suite - et la nouveauté est que la chasse aux sorcières semble désormais coordonnée, comme Alex Jones d'Infowars.com peut en témoigner. Alors qu'il maintient son site en ligne depuis près de vingt ans, vit en quelques jours ses comptes YouTube, Apple, Facebook et Twitter disparaître, une information qui fut relayée même sur des médias francophones.
Les imbéciles justifieront la mise au pilori en disant qu'Infowars.com est un site "controversé". Il est incontestable que l'approche de l'information du site fait la part belle au sensationnalisme, mais cela ne justifie en rien une censure - censure qu'aucun major ne songerait à appliquer à un site de propagande d'extrême-gauche comme Mother Jones, coutumier des mêmes dérives. Et au vu de leur track record depuis deux ans, Infowars.com est un site bien plus fiable que peuvent l'être CNN ou le New Work Times...
La vague est tellement vaste qu'elle cible tout azimut - même des individus parfaitement respectables, même des candidats républicains officiels dans le cadre de leur campagne électorale, ce qui pose de sérieuses questions sur l'information démocratique du public.
En Suisse et en Europe de l'Ouest, où les citoyens dorment paisiblement, la bataille pour la réinformation n'a même pas commencé - et au vu du degré d'apathie entretenu au sein de la population, elle ne commencera peut-être jamais. Mais aux États-Unis, elle fait rage. Il n'est d'ailleurs pas sûr que les majors la remportent ; depuis sa mise au ban, Infowars.com est en train de susciter un intérêt démesuré de la part du grand public, selon le bien connu Effet Streisand. Bien malin qui peut dire comment tout cela se terminera. Nous en aurons sans doute un aperçu lors des élections de mi-mandat aux USA, où les Démocrates font feu de tout bois pour reprendre une majorité parlementaire.
Tant que les GAFA resteront massivement engagés à gauche, la bataille restera inégale. En attendant, en matière de pluralisme des médias et de liberté d'expression, l'Occident ne se comporte pas mieux que les régimes totalitaires dont il se permet régulièrement la critique.












Oui à la peine de mort (RL Bruckberger)

Commençons par la blague (l'humour est révélateur de certaines vérités) : « Abolition de la peine mort : que messieurs les assassins commencent ! ».

Je ne suis pas le seul à me poser la question :

Peine de mort: les questions interdites. Certains envisagent son grand retour de pied ferme.

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Au niveau international, les pays abolitionnistes sont fortement majoritaires en nombre, mais rassemblent un peu moins de la moitié de la population du globe. Les deux pays les plus peuplés, la Chine et l'Inde, et le plus puissant, les Etats-Unis, ont conservé cette institution. L'Union européenne, en revanche, l'interdit : Le Protocole n°13 de la CEDH (Cour européenne des droits de l'homme) stipule que « La peine de mort est abolie. Nul ne peut être condamné à une telle peine, ni exécuté. » Et ce protocole emphatise en ajoutant : « Aucune dérogation n'est autorisée. Aucune réserve n'est admise ». Pour sa part, la Commission a rappelé à diverses reprises que « l'abolition de la peine de mort est une condition et un préalable pour rejoindre l'Union européenne. »

Cet absolutisme des bons sentiments offre un contraste frappant avec ce qui se passe en cas de guerre, en matière d'avortement, pour le recours à l'euthanasie, pour la mort de nombreuses personnes faute de budget et de structures permettant de les sauver (pensons notamment aux victimes de maladie rares), et dans de nombreuses circonstances de la vie civile. Beaucoup d'êtres humains sont de facto condamnés à mort parce que la guerre propre est impossible, ou parce que les budgets qui permettraient de sauver des vies menacées sont insuffisants. Un vif contraste existe entre les sommes colossales qui sont dépensées pour faire vivre un criminel derrière les barreaux au lieu de l'envoyer « dans un monde meilleur », et la parcimonie, pour ne pas dire la ladrerie, dont nous faisons preuve pour offrir à une femme enceinte en détresse une autre solution que l'IVG ou pour développer les traitements qui offriraient un espoir à des adolescents atteints d'une maladie neurologique actuellement incurable.

La question se pose donc de savoir si l'interdiction absolue de la peine de mort décidée par un tribunal (cette formulation est lourde, mais nécessaire, puisque mettre fin à une vie peut être décidé par bien d'autres instances ou acteurs) ne serait pas une mesure déraisonnable imposée par une mentalité irrationnelle ayant oublié la sagesse que reflète une phrase de Pascal dans ses Pensées : « L'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête ».
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Pour revenir à Bruckberger, j'ai été surpris par cette lecture : je m'attendais à un pamphlet laborieux, convenu, et j'ai trouvé le style très agréable et le fond bien fait. Il y a certes quelques négligences qui sentent la précipitation mais ça passe. Je vous ai fait un scan des premières pages (c'est écrit en 1985):

Extrait 1 de Oui à la peine de mort

Extrait 2 de Oui à la peine de mort

En fait, Bruckeberger ne consacre que quelques de pages à la peine de mort. Il passe du temps à définir la justice, puis son opinion sur la peine de mort en découle tout naturellement. Il va à l'essentiel : quelle vision de l'homme et de la vie l'abolition montre-t-elle ?

Il oppose les rêveurs rousseauistes à la Badinter qui, en prenant l'homme tel qu'il n'est pas, détruisent la justice et la société et les vrais humanistes, ceux qui considèrent l'homme tel qu'il est vraiment, pour qui la peine de mort est indispensable au sommet des peines afin de maintenir la justice vivante et l'honneur des hommes, y compris des criminels.

On notera cette excellente phrase, qui fait immédiatement penser aux tantouses Charlies de Vous n'aurez pas ma haine (1) :  « Il peut y avoir des impuissants de la vengeance comme il y a des impuissants de la sexualité. Ils sont à plaindre, non pas à honorer. Et on ne saurait les confondre avec les héros du pardon ».

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(1) : qu'on a envie de breumer façon Marsault :



Puis de leur expliquer (enfin, à ce qui reste) : « Pauvre petite tafiole nombriliste. Le monde ne tourne pas autour de toi. Les terroristes n'en ont rien à foutre d'avoir ta haine, ils s'en balancent (et nous aussi). De ton exposition de vertu, ils s'en foutent, crétin (et nous aussi). Ils veulent te tuer, toi, les tiens, ton pays, pour te terroriser, pour te conquérir, pour te plier à leur mode de vie. Et nous voulons que tu fasses ton devoir. Il n'est pas de pleurnicher "Vous n'aurez pas ma haine" mais de venger tes morts et de défendre les tiens, ton pays, ta civilisation, en envoyant les terroristes rejoindre Allah à la vitesse de la lumière, en supersonique plus plus, avec des bâtons de dynamite dans le cul ou dans un bain d'acide sulfurique ou tout autre moyen efficace. Connard. Tu déguises ta lâcheté sous les bons sentiments sirupeux. Je te vomis dans la bouche. Enculé. ».



Hors-sujet : Marsault règle les embarras de circulation à Paris :



Marsault est multiculturel à donfe :



dimanche, août 12, 2018

Les priorités de Macron

Sputnik :

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La mère de Thomas Gallay condamné au Maroc pour appartenance présumée à une cellule terroriste a eu une entrevue avec le Président français. De nombreux internautes estiment qu’il y a d’autres personnes qu’Emmanuel Macron aurait dû accueillir en premier lieu.

Emmanuel Macron a accueilli samedi dans la résidence présidentielle de Brégançon Beatrice Gallay, la mère de Thomas Gallay, un Français condamné à quatre ans de prison au Maroc pour «soutien financier» à des personnes ayant voulu perpétrer des actes terroristes. Il est accusé d'avoir prêté environ 70 euros à un homme radicalisé.
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L'accusation (70 euros) ne fait pas très sérieux. Mais on n'a pas entendu dire que la mère d'Adrien Perez avait été reçue. Comme on fait son lit, on se couche, qui se ressemble s'assemble : bref, il suffit de regarder ce que fait Macron au lieu d'écouter ce qu'il dit, pour savoir qui il est et quelle est sa politique.

La rive gauche du Rhin

L'annexion de la rive gauche du Rhin (annexion de la Rhénanie, du Luxembourg et de la Belgique) est un vieux fantasme français .

Depuis longtemps, ceux qui regardent la carte (beaucoup moins nombreux de nos jours) sont travaillés par l'incomplétude de nos « frontières naturelles » au nord-est. Ces plaines du nord couloir d'invasion. Nous serions tellement mieux si le Rhin était notre frontière de la Suisse à la mer du Nord.

De Gaulle y fait une allusion dans un de ses bouquins d'avant-guerre. Et Zemmour aussi dans un livre plus récent.


Vous me direz que c'est de l'histoire ancienne. Aujourd'hui, l'invasion vient du sud, les bateaux d''ONG ont remplacé les panzers et les mamys sans-frontiéristes les collabos.

C'est vrai. Mais depuis soixante-dix ans, l'histoire européenne est figée. Il se pourrait qu'elle se remette un jour en marche (peu probable, vu notre démographie, ou alors nous ne serons plus les maitres) et nous reparlerons peut-être de frontière naturelles.

Pourquoi je vous en parle ? Parce que je suis en train de lire le livre passionnant de Soutou sur la guerre froide de la France et que cette annexion de la Rhénanie était encore étudiée par le Quai d'Orsay en 1944.

La « russophobie » et « la sino.. », ha bin non, y a pas de « la sinophobie »

C'est un commentaire que j'ai fait sous ce billet :

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Assez d'accord. Mais vous mesurez qu'il y a loin entre cette analyse raisonnable [de la menace russe] et la paranoïa russophobe d'un Robert Marchenoir par exemple (puisque vous le citez).
Il y a un point qui ne trompe pas pour confondre l'irrationalité des exaltés anti-russes : ils ne parlent pas ou peu de la Chine, qui est autrement plus puissante et plus ambitieuse que la Russie.
Que la Russie soit une menace, OK. Qu'elle soit la seule, ou même la principale, c'est risible. Qu'elle doive être une obsession, c'est clownesque.



    Visiblement, Peter Hitchens a les mêmes préoccupations :

    Watch out for the true menace
    Amid our exaggerated fear and loathing of Russia, we are strangely uninterested in the dangerous despotism of China, which does not just flatten free speech on its own territory, but seeks to do so here.
    A notable critic of Peking’s behaviour in Hong Kong, Benedict Rogers, has been the victim of an extraordinary personal attack which must, in my view, have come directly from the Chinese state.
    His Surrey neighbours (the entire street) have been sent anonymous letters telling lies about him and denouncing him, trying to soften the impact with fake humour. They include a photograph of him and the words ‘Watch him’. The nameless correspondent has even sent a letter to Mr Rogers’s mother, in rural Dorset (how did they find her?) saying: ‘We, as a Chinese race… care not to be lectured, watched or bullied by your son.’
    One man, bullying a superpower? I have also heard of Chinese attempts to put pressure on British student societies which have dared to host critics of their regime. It is not enough to silence dissent at home. They want to do it here, too. Watch them.

    L'obsession russe me semble une construction très orientée. Ceux qui l'ont se croient très malins, ils voient tout ce que les imbéciles comme moi ne voient pas.

    Sauf que ça ne correspond absolument pas aux données stratégiques (population, richesse, etc.) les plus élémentaires. Les abrutis s'obsèdent de détails sans voir le tableau d'ensemble.

    Mais évidemment, s'attaquer à un vrai puissant comme la Chine, ça demande des couilles.

    Bref, l'obsession russe est un épisode oriental de fort avec les faibles, faible avec les forts. Bravo, les gars !



    Malheur aux peuples dirigés par des « pédagogues » et par des « communicants » !

    De Jacques Sapir :

    ***********
    Cela conduit [Cicéron] à considérer que tous ceux qui s’élèvent contre le Sénat sont des « séditieux » et qu’il faut mener contre eux une guerre à outrance. Le vocabulaire de la guerre emplit alors l’espace civique. Il utilise dans De re publica la métaphore de la tutelle, une métaphore qu’il reprendra dans De officis. Le peuple est donc considéré comme le fils mineur du Sénat, dans un parallèle avec le droit privé et dans une référence aux pouvoirs du paterfamilias romain. Mais un autre parallèle vient alors à l’esprit. Dans ce « peuple » mis en tutelle par l’élite sénatoriale on peut retrouver comme un écho lointain de la volonté de mise en tutelle du peuple actuel par « ceux qui savent », à la condition que ces derniers fassent preuve de « pédagogie ». Le parallèle est d’autant plus tentant que, peu à peu, les décisions du peuple sont contestées voire révoquées, comme ce fut le cas avec le référendum de 2005 et le traité de Lisbonne qui suivit en 2007. Mais, là où Cicéron usait d’une métaphore juridique, qui restait d’une certaine mesure dans le champs du politique, car le droit est aussi une expression du politique, aujourd’hui l’oligarchie utilise l’extension d’une légitimité scientifique (ou plus exactement pseudo-scientifique) dans un domaine où elle n’a rien à faire.

    [...]

    Le principe du peuple souverain sera maintenu, du moins dans l’ordre du discours [jusqu'au IIIème siècle]. Il faudra le basculement de l’Empire vers la chrétienté pour que cette référence disparaisse peu à peu et que se substitue à la souveraineté du peuple l’idée d’un pacte entre Dieu et l’Empereur. Mais, ceci est une autre histoire…

    Claudia Moatti en tire les conclusions dans ce passage qu’il convient de citer : « Ceux qui aujourd’hui définissent la res publica comme le gouvernement en vue du bien commun ne s’encombrent pas de ces distinctions, pas plus que les sénateurs de l’époque impériale ; or, l’idéologie est bien différente là encore selon que ce commun dépend des citoyens ou de la cité ; selon qu’il est une notion surplombante ou en mouvement. En mouvement, le bien commun peut-être défini comme le résultat visible de l’action conjuguée de tous (…), surplombant il devient un principe invariable, un universel caché au nom duquel on rejette une partie de citoyens hors de la cité ». Ce passage résonne, dans la France d’aujourd’hui, avec une force certaine.

    ***********

    Beaucoup de choses me mettent hors de moi dans la politique contemporaine, comme mes lecteurs le savent bien, parce que, sur la forme, on est en démocratie, mais la dérive tyrannique sur le fond est bien engagée et presque achevée.

    Parmi les expressions débiles des politiciens (elles le sont toutes, puisque les politiciens sont des menteurs professionnels), il y en a deux qui me font encore plus bondir que les autres : « Il faut faire de la pédagogie » et « On n'a pas assez bien communiqué ».

    « Il faut faire de la pédagogie » sous-entend que le peuple est un enfant, c'est aux enfants qu'on « fait de la pédagogie ». Et « On n'a pas assez bien communiqué » sous-entend que le peuple est un abruti et que si on ne lui parle pas comme à un débile mental à 3 de QI, si on ne descend des sphères de la haute intelligence technocratique (parce qu'on est intelligent, nous, hein, on a des diplômes qui le prouvent) pour s'abaisser à son niveau, il ne comprend rien, ce con.

    Et pour ajouter l'outrecuidance à l'insulte, tout cela est dit avec une parfaite bonne conscience par les imbéciles qui mènent la France dans le mur depuis quarante ans. Moi, je serais eux, vu les résultats, je ne ferais pas tant le fier. Evidemment, c'est ce qui fait la différence entre nous : eux n'ont honte de rien.

    Bien sûr, j'ai envie de répondre : « Ducon, je n'ai besoin ni de pédagogie ni de communication. J'ai regardé ton truc, j'y ai réfléchi et je n'ai pas besoin qu'on m'explique : je ne suis pas d'accord. Point barre. Casse toi avant que je te mette la mandale que tu mérites ».

    La question posée par Sapir est simple et très contemporaine, bien qu'elle date de Rome : la Res Publica était-elle une chose commune, au niveau de tous, issue de la confrontation des opinions politiques ou est-elle une chose sacrée, surplombante, qu'il convient de préserver à tout prix, quitte à en confier la gestion à une oligarchie supposée plus raisonnable que le peuple ?

    On voit bien que la dérive actuelle est oligrachique : on sacralise la « République » mise à toutes les sauces, l'étape d'après est évidemment de dire que c'est une chose tellement sacrée qu'il est fou de la soumettre aux aleas des élections.

    Je n'aimais pas Sarkozy, mais un des reproches qu'on lui faisait qui me mettait hors de moi, comme la « pédagogie » et la « comunication », était d'être un « diviseur ». Et alors ? La division et le conflit sont l'essence même de la politique ... sauf dans la vision oligarchique où le peuple est unanime sous la direction de bons maîtres éclairés et les opposants des brebis galeuses.

    Faire de « diviseur » une insulte politique sous-entend qu'on nie la souveraineté du peuple, qui se divise naturellement pour former ses opinions. Je ne l'avais pas compris aussi explicitement qu'aujourd'hui mais je le sentais déjà profondément.

    Aujourd'hui, la démocratie rencontre un obstacle qui ne laisse pas de me soucier : le sophistication de la fabrique du consentement, le haut degré de perfectionnement de la manipulation des foules. C'est pourquoi je pense sur ce point qu'il faut revenir à la base de la démocratie : des questions simples, qui nous concernent tous. Cela me paraît offrir le moins d'emprise à la manipulation. Et c'est, bien entendu, ce qu'évitent au maximum nos politiciens. Après le référendum de 2005, il n'y aura plus jamais de référendum en France.

    Je ne suis pas un grand démocrate, je n'idéalise ni le peuple ni la démocratie. Mais je ne suis pas un faux-jeton comme ces connards de Macron et de Philippe : je ne m'emplis pas la bouche du mot « démocratie » pour mieux mépriser le peuple, en pratique.

    Celui qui fusillera tous les technocrates fera oeuvre de salubrité publique pour la France.