mercredi, octobre 29, 2014

Finis Russiae ?


Oil slump leaves Russia even weaker than decaying Soviet Union

Article très intéressant que je résume pour les non-anglophones.

En 1985, l'Arabie Saoudite a fait chuter les prix du pétrole, de connivence avec les Américains, pour tarir la principale source de devises de l'URSS. On connaît la suite.

Aujourd'hui, la même opération recommence, les Saoudiens augmentent leur production pour faire chuter les prix (1). La politique économique poutinienne à courte vue (je ne suis pas un grand admirateur de Poutine, même si je partage certaines de ses options) a quasiment tué toute industrie non-pétrolière en Russie. Ce pays est donc particulièrement vulnérable à l'offensive saoudienne.

De plus, l'Arabie Saoudite éliminera par laê occasion ses concurrents américains dans le gaz de schiste, au seuil de rentabilité très élevé (autour de 90 $/baril).

Seule limitation de cette guerre d'attrition : les Saoudiens ont créent depuis les années 80 tout un système d'assistanat qui les empêchent de trop faire chuter les prix.

Mon commentaire : il est clair que la politique économique poutinienne est un désastre qui rend la Russie très vulnérable au moindre choc. Soyons modestes : ne peut-on dire exactement la même chose de la politique que la France suit depuis quarante ans ? C'est un désastre qui nous laisse très vulnérables au moindre choc ?

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(1) : petite précision théorique : je ne crois pas du tout au "peak oil" et à toutes les conneries malthusiennes. Aucune ressource n'est naturelle, toutes sont soumises à des mécanismes économiques très humains. Si le pétrole venait à se raréfier réellement, les mécanismes économiques créeraient des substituts bien avant la pénurie. L'âge de pierre n'a pas fini par manque de silex, l'âge du pétrole ne finira pas par manque de pétrole.

Mort de Rémi Fraisse : quand on va à une manif avec des casseurs, on risque de se faire casser

Les écolos ont l'art de transformer leurs irresponsables en martyrs.

On nous parle de manifestation, c'est un terme banal, mais, en lisant les compte-rendus, on s'aperçoit que cela n'a rien à voir avec le congrès annuel des dentellières du bas-Poitou, qui est aussi une manifestation.

En bon français (c'est-à-dire en langage non-journalistique), la manifestation dans laquelle était Rémi Fraisse s'appelle une émeute et, dans une émeute, on prend des coups, qui peuvent être mortels. C'est bien dommage pour lui, cependant, pour ne pas risquer ce genre d'accident, il suffit de ne pas participer à une émeute, personne ne l'a forcé à y aller et surtout pas les gendarmes. Une émeute paisible et sans risques, ça n'existe pas.

Quant à la thèse du "gentil garçon", on connaît le sketch : n'importe quelle mère de violeur multi-récidiviste ou de djihadiste vient raconter à la télé que son fils chéri est un gentil garçon.

Il est regrettable que Rémi Fraisse soit mort, mais le premier responsable, c'est lui.  La culture de l'excuse et de l'infantilisation, ras le bol : à vingt-un ans, on est majeur.

mardi, octobre 28, 2014

Christian Vanneste zemmourise

La France en pleine zemmouritude…

Vous savez que je partage les critiques de Christian Vanneste.

J'aime bien Eric Zemmour, mais, sur deux points essentiels à ses yeux mêmes, il soutient des opinions absurdes qui confinent à la bêtise pure et simple :

1) Le culte napoléonien. L'épopée a son charme mais le bilan est tout de même une catastrophe démographique et géo-stratégique pour la France, notamment l'unification des Allemagnes.

2) Le culte de l'Etat. Alors que l'Etat est la source ou l'instrument premier de tous les maux ce que dénonce Eric Zemmour. Il prend le poison pour le remède, ce qui est tout de même une faute gravissime contre l'intelligence.

Cela ne disqualifie pas entièrement les opinions d'Eric Zemmour sur certains points secondaires mais, ratant l'essentiel et réussissant l'accessoire, il passe à mes yeux pour un gentil charlot.

Plutôt que le Suicide, le Réveil Français !





Nous sommes dirigés par des fous ...

... nous nous en doutions.

L'administration française et européiste qui fait dans le grand n'importe quoi :

La plupart des hélicoptères menacés d'être interdits de vol par Bruxelles

Le plus inquiétant dans cette affaire est que l'administration va continuer tel un bulldozer en dépit de tout bon sens. La différence entre un train et l'administration française, c'est que le train, quand il déraille, il s'arrête.

Les troublantes circonstances financières du suicide de l'associé de DSK

Voilà un ex-ministre de l'économie, un ex-directeur du FMI, un ex-futur président de la république qui se comporte avec autant de jugeote que le premier crétin venu.

Tout cela est très rassurant.

dimanche, octobre 26, 2014

Magic in the moonlight

Je dis souvent que Woody Allen a le talent alternatif comme il y a le courent alternatif : un coup sur deux il fait un film de merde, verbeux, touche-pipi, intello chiant et le coup d'après, il nous fait une merveille.

Magic in the moonlight entre dans la seconde catégorie.

Allen prétend que c'est son meilleur film depuis La rose pourpre du Caire. C'est sans doute un peu exagéré mais, comme d'habitude, les années 20 l'inspirent pour le meilleur.

Un magicien hyper-rationaliste tente de démasquer une pseudo-medium. Bien entendu, il finit par en tomber amoureux. Mais ce n'est qu'une partie de l'histoire, où l'on rencontre des questions du genre «Dieu existe-il ?», «l'amour existe-il ?», «que faire d'une tête de delco d'Alfa Romeo sous l'orage ?» etc.



samedi, octobre 25, 2014

La catastrophe de l'Europe allemande

L'Europe de Merkel, ou la revanche du Saint‐Empire romain germanique

Et dire qu'on a fait une batteuse aux SS français qui se battaient en 1945 pour une Europe allemande. Aujourd'hui, ils seraient des héros à Bruxelles ! (J'admets le caractère provocateur de cette déclaration) 

Pourquoi la vision économique allemande est désastreuse pour l'Europe

Le patron de Total victime de l'incohérence des réglementations aéronautiques ?

Le patron de Total victime de l'incohérence des réglementations aéronautiques ?

Rien d'étonnant, vraiment rien, pour qui connaît ces «machins» européens, d'autant plus que l'administration française, fidèle à son tropisme paperassier, joue les «bons», c'est-à-dire les très mauvais, élèves.

dimanche, octobre 19, 2014

Le mariage de Figaro

A la sortie du film de Molinaro Beaumarchais l'insolent, un couillon de journaliste a osé dire à un Luchini interloqué que Beaumarchais était en quelque sorte le Bernard Tapie de son temps.

Luchini a répondu avec simplicité qu'il ne savait pas que Bernard Tapie avait écrit deux pièces immortelles.

Autant je n'aime pas les pièces de Marivaux,  autant il m'est difficile de comprendre comment on peut ne pas aimer Beaumarchais.

Figaro est attachant en diable. Et il a dans ces pièces une gaieté à laquelle il est difficile de résister. Mais ce n'est plus la gaieté lourde de la comédie italienne, c'est plus fin.

Le monologue de Figaro n'est pas le passage le plus gai, mais le plus connu :




vendredi, octobre 17, 2014

Pourquoi j'achèterai le bouquin de Zemmour d'occasion

Je pense que le bouquin de Zemmour ne vaut pas qu'on l'achète neuf. J'attends une bonne occasion.

Je pense qu'il s'agit de la merde étatiste qu'il nous sort habituellement, la loi de 73, l'ardente obligation du Plan, Bonaparte au pont d'Arcole et De Gaulle à Baden-Baden ...

Dès qu'il aborde les sujets économiques, Zemmour est tout ridicule, grotesque, il raconte des énormités qui passent comme des lettres à la poste parce que ses prétendus opposants sont, sur ce sujet, aussi ignares et socialistes que lui.

Nous ne sommes pas près d'avoir dans les medias un vrai libéral-conservateur.

Sur Zemmour, je ne peux que recopier ce que j'écrivais déjà en 2010 :

Zemmour fait partie du système (sinon, il ne passerait pas chez Ruquier), il en est la borne, le «nec plus ultra» : ce que le système tolère à peine mais tolère tout de même.

Et en 2012 :

Nota : des fans d'Eric Zemmour le voient comme le nec plus ultra de l'opposition au socialisme. Pourtant, il approuve le soviétisme montebourgeois. Comme je l'ai écrit plusieurs fois, Zemmour est le gardien du système social-clientéliste. Il le rend tolérable en le critiquant juste ce qu'il faut pour faire croire aux gogos à un semblant de démocratie mais ne le remet pas véritablement en cause.

Les chantres du mythe de l'«économie dirigée» des Trente Glorieuses oublient juste le contexte de rattrapage d'après-guerre, qui fait que n'importe quelle politique ou presque aurait fonctionné (plus ou moins). Ils oublient aussi que cette économie, toute «dirigée» qu'elle fut, était moins étatisée qu'aujourd'hui (ratio dépenses publiques / PIB).



Juppé, le Pétain de 2017

Je regrette de ne pas avoir fait moi-même cette analogie, de Serge Federbusch :

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J’y ajouterai une observation qui va peut-être choquer. L’étrange et inopinée réapparition d’Alain Juppé sur le devant de la scène, dans une France menacée des foudres germaniques, a quelque chose du recours paniqué à un vieux bouclier. Son succès doit le surprendre lui même. Il n’a désormais qu’à se laisser porter : les journalistes ont choisi leur champion pour 2017, leur rejet de Sarkozy aidant. Il ne faut pas douter que les sondages vont désormais installer le maire de Bordeaux comme futur et incontournable président de la République.

Le glaive et le bouclier

Juppé nous fera passer sous les Fourches Caudines allemandes (un non-sens géographique et historique qu’excuseront les puristes) avec un minimum de douleur : tel est le fol espoir qui s’empare en ce moment même des consciences françaises, notamment celles de ses prétendues élites. C’est la synarchie de 1940 dans l’énarchie de 2017, le triomphe paradoxal des inspecteurs des finances pro-européens, ceux là même qui nous ont mis dans la mouise actuelle. Ironie du sort, c’est à Bordeaux, comme en 1940, que va se jouer une scène de cette tragi-comédie. Naturellement, ignorer en 2014 que la liberté nécessite certes des sacrifices et du courage mais aussi de tenir tête à ceux qui veulent nous dicter leur loi est aussi illusoire qu’en 1939. Les intérêts de l’Allemagne ne sont pas les nôtres, ce qu’une monnaie commune ne masque plus guère. La France s’en tirera en faisant le ménage chez elle mais pas en le faisant pour les autres.
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Cette analogie est d'autant plus frappante qu'en 1940 les socialistes, la bourgeoisie et le système avaient couru se réfugier dans les bras de Pétain exactement comme ils le font aujourd'hui avec Juppé.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'«art» contemporain


Laurence Rossignol remise à sa place (de minable pique-assiette)

Allocations familiales : plus on cotise, moins on a de droits !

mardi, octobre 14, 2014

Charles Gave : puissiez vous vivre des temps intéressants

Charles Gave est toujours aussi intéressant. Le jésuite raconte n'importe quoi (c'est un gauchiste genre Olivier Berruyer).





Pourquoi y a-t-il du chômage en France ?

Il n'y a pas besoin d'être prix Nobel pour comprendre les causes du chômage en France.

Comme disait Jean-François Revel, il faut être très intelligent et très diplômé pour NE PAS comprendre les causes du chômage en France. Comme je ne suis ni l'un ni l'autre, je vais vous expliquer pourquoi le chômage est très élevé en France et, entre parenthèses, pourquoi on ne fera rien contre :

1) la formation initiale est nulle. Le système est perdu dans ses lubies idéologiques et les profs, ces demi-intellectuels, méprisent le travail manuel et l'apprentissage (on ne fera rien, à gauche, par clientélisme, à droite, par lâcheté).

2) la formation continue est nulle car son principal objet est de financer les syndicats et autres officines louches (qui osera s'attaquer à la manne des syndicats ?).

3) les barrières au licenciement (CDI, code du travail, prud'hommes) créent des barrières à l'embauche, phénomène bien connu (se mettre à dos les salariés abrités n'enthousiasme aucun politicien).

4) le coût du travail, salaire super-brut, est trop élevé car l'appareil social français est très inefficace (vous imaginez un programme proposant une privatisation des assurances sociales ?).

5) les entreprises ne font pas assez de marges pour investir et embaucher (allons, quel politicien fonctionnaire-énarque s'attaquera à la gabegie publique qui plombe l'économie française et l'écrase sous les impôts ?).

6) il y a de nombreuses situations où il est plus avantageux de rester au chômage que de chercher un travail (s'opposer à la vulgate médiatico-gauchiste qui prétend que contrôler les chômeurs est anti-sociale ? Vous n'y pensez pas. On achète la paix sociale au prix d'un chômage de masse et de la dégradation par l'assistanat).

lundi, octobre 13, 2014

Romeo and Juliet



Même si c'est une des pièces les plus célèbres de Shakespeare, ce n'est pas la meilleure, de très loin.

L'intrigue est tirée par les cheveux et le caractère de Juliette a quelques incohérences. Ses cris hystériques à la mort de son cousin Tybalt, brute sanguinaire, contrastent avec la force d'âme qu'elle montre par ailleurs.

Mais, il y a quelques passages extraordinaires : le jour où je serai capable de quémander un baiser comme Romeo, il ne me restera plus qu'à mourir.

La version de Zeffirelli est une merveille de grâce (il suffit de comparer avec le Romeo+Juliet avec Dicaprio).

A noter que cette adaptation est un des rares cas où Romeo et Juliette est joué avec des acteurs proches du rôle en âge (Juliette est censée avoir 14 ans à peine, Olivia Hussey en avait 16).

"What is a youth ?" entrelacé avec le "dit du pélerin" n'est pas dans Shakespeare :

What is a youth? Impetuous fire.
What is a maid? Ice and desire.
The world wags on.

A rose will bloom
It then will fade
So does a youth.
So do-o-o-oes the fairest maid.

Comes a time when one sweet smile
Has its season for a while...Then love's in love with me.
Some they think only to marry, Others will tease and tarry,
Mine is the very best parry. Cupid he rules us all.
Caper the cape, but sing me the song,
Death will come soon to hush us along.
Sweeter than honey and bitter as gall.
Love is a task and it never will pall.
Sweeter than honey...and bitter as gall
Cupid he rules us all

Le dit du pélerin :

ROMEO
[To JULIET] If I profane with my unworthiest hand
This holy shrine, the gentle sin is this:
My lips, two blushing pilgrims, ready stand
To smooth that rough touch with a tender kiss.

JULIET
Good pilgrim, you do wrong your hand too much,
Which mannerly devotion shows in this;
For saints have hands that pilgrims' hands do touch,
And palm to palm is holy palmers' kiss.

ROMEO
Have not saints lips, and holy palmers too?

JULIET
Ay, pilgrim, lips that they must use in prayer.

ROMEO
O, then, dear saint, let lips do what hands do;
They pray, grant thou, lest faith turn to despair.

JULIET
Saints do not move, though grant for prayers' sake.

ROMEO
Then move not, while my prayer's effect I take.
Thus from my lips, by yours, my sin is purged.

JULIET
Then have my lips the sin that they have took.

ROMEO
Sin from thy lips? O trespass sweetly urged!
Give me my sin again.

JULIET
You kiss by the book.

Much ado about nothing

J'aime bien cette comédie, malgré ses imperfections.

Elle est joyeuse et légère. Le méchant destin se venge bien légèrement, pas de drame. Benedick et Beatrice ne sont pas mièvres, Claudio est un imbécile, mais Hero vaut mieux.

Dans sa version, Kenneth Branagh a tenu à ce que le prince soit noir (alors qu'un Othello noir ne l'est pas), ce qui est ridicule, mais Denzel Washington a de la prestance.


samedi, octobre 11, 2014

Zemmour contre Attali




Ca a une autre classe que Léa Salamé, mais c'est encore pire de mauvaise foi.

vendredi, octobre 10, 2014

Zemmour contre Duhamel


Éric Zemmour et Alain Duhamel ont confronté... par rtl-fr

Il ne vous aura pas échappé que Duhamel raconte d'énormes conneries sur l'immigration.

Je suis évidemment tout à fait d'accord avec Zemmour sur le fait que le regroupement familial (chiraquien) est une catastrophe absolue.

La France, future dominatrice de l'Europe ?

L'article en lien (en anglais) soutient la thèse suivante : le mercantilisme allemand est une réussite à court terme et une catastrophe à long terme, entretenant le sous-investissement et le suicide démographique, tandis que la France, qui ne fait pas ces erreurs, se prépare à dominer l'Europe.

Sur la première partie de la proposition, aucun doute. On sait depuis Colbert que le mercantilisme est une mauvaise idée. Les Allemands sont fidèles à eux-mêmes : excellents en tactique, nuls en stratégie ; excellents en industrie, nuls en économie.

Par contre, la deuxième partie de la proposition est idiote. Du fait que l'Allemagne a tort et que la France fait le contraire de l'Allemagne, il ne découle pas la France a raison. La situation n'est pas binaire.

Les déficits publics français ne financent pas des investissements judicieux mais des gabegies clientélistes. Et la natalité n'est pas le fait de populations indigènes très bien formées mais d'immigrés sous-développés, peu intégrés et abrutis par notre système éducatif déficient.

S'il suffisait de bonnes statistiques de natalité pour assurer la prospérité, l'Afrique serait le continent le plus prospère.

La double inconstance

J'apprécie peu Marivaux.

Après avoir écrit du mal de Dom Juan, voilà que je renâcle au marivaudage. Vous allez me reprocher des pruderies de vieille bigote. Vous n'aurez pas tout à fait tort.

Je ne supporte pas le féminisme militant tel qu'il se pratique en 2014 : c'est une occupation de pauvres connes bourgeoises, oisives et narcissiques. Certaines pourraient même me traiter de «macho» (insulte qui, au demeurant, comme «raciste», ne signifie plus rien, c'est juste une étiquette infamante parmi d'autres).

Cependant, je suis féministe à la Montaigne : bien  que considérant les femmes comme différentes et la notion d'égalité entre hommes et femmes comme idiote, elles sont des compagnes dont il n'y a aucune raison de penser qu'elles déméritent.

Quelqu'un, croyant me taquiner, m'a traité de «fleur bleue». Je l'admets assez volontiers.

J'aime la lecture de Mme de Lafayette : la précision et la légèreté de la langue (pas d'adverbes, peu d'adjectifs) vont de pair avec la finesse des sentiments.

Il me semble remarquer chez les jeunes du désarroi devant la finesse des sentiments : la culture populaire, celle des veillées, et la culture livresque, à laquelle ont renoncé depuis déjà notre système éducatif et notre bourgeoisie, sont remplacées par la culture télévisuelle, fort éloignée d'en avoir la qualité.

Natacha Polony le déplorait naguère, il est plus difficile pour les jeunes de se mouvoir à leur aise dans un monde des sentiments qui se résume pour eux à «je kiffe», «je kiffe pas». Nous sommes très loin de la carte de Tendre, pourtant bien utile. Les jeunes n'ayant rien appris, ils ne connaissent pas Hélène, Desdémone, Célimène, Chimène, Juliette, Isolde, Blanchefleur, pourquoi pas Lady Macbeth, Bérénice ... Autant de références, de points d'appui, qui leur manquent cruellement.

Mme de Lafayette est une ennemie déclarée de l'amour : cette passion menace l'idéal de calme et de sérénité qui est le sien. Pourtant, elle en écrit avec talent. Je ne partage pas son opinion. Il me semble d'ailleurs que c'est pour elle plus qu'une opinion : marié à un homme pour qui elle avait plus d'estime que d'amour, elle a aimé platoniquement La Rochefoucauld. Elle s'est tenu à distance respectable du sentiment amoureux. Je reviens à Marivaux après ce détour.

Le cynisme amoureux qui fait le fond de La double inconstance me déplaît souverainement. Je ne prétends pas qu'il est infondé. Juste que cela me fait tourner la tête ailleurs.