dimanche, août 02, 2015

Et Paris devint allemand (A. Couprie)

Récit, un peu terne à mon avis (on trouve chez Buisson des témoignages bien plus corsés) des événements parisiens du dimanche 9 juin 1940 au vendredi 14 juin à minuit, jour de l'entrée des Allemands.

Période extraordinaire où vous auriez pu vous balader à pied au milieu des Champs-Elysées sans rencontrer personne.

On comprend que ceux qui ont vécu cet effondrement du pays  en soient restés traumatisés à vie.

Les pulsions les plus basses, mais, aussi, quelquefois, les plus hautes, sortent. La civilisation n'est, pour l'immense majorité, qu'un vernis (c'est pourquoi il est criminel de, suivant l'expression favorite des bobos à la Inrocks/Télérama, «casser les codes». C'est un caprice d'enfants gâtés, d'adolescents attardés, que de casser ce que notre civilisation nous a donné).

Pour De Gaulle, le 10 juin,  date du départ du gouvernement pour Tours, fut une «journée d'agonie». On comprend que le pays exténué, en crise de nerfs, se soit jeté dans les bras d'un vieillard retors, ambitieux et revanchard mais rassurant. Et aussi l'obsession gaullienne à la Libération de rétablir l'ordre.

Au fond, l'exode est mystérieux : était-il rationnel pour un Parisien, ni juif ni militant, de fuir Paris ? Il me semble que non : prendre la route était plus risqué que de s'enfermer chez soi avec quelques boites de conserve. Mais, dans ces circonstances où l'incertitude est à son comble, le vieil instinct grégaire venu de l'âge des cavernes est presque irrésistible, tout intelligent qu'on s'efforce d'être. Le sentiment, et non l'idée, que si tant d'hommes le font, ils ne peuvent pas tous se tromper, ils doivent avoir raison et il faut le faire aussi submerge toute réflexion.

Le préfet de police signale quand même quelques Parisiens qui pêchent à la ligne dans la Seine !

Enfin, il y a de quoi rassurer les Parisiens de 2015 : des embouteillages comme le 11 juin 1940, ils n'en ont jamais connu, même au pire moment des départs en vacances. Certains ont mesuré porte d'Orléans une vitesse de 100 m/h pendant plusieurs heures. Les estimations sont délicates, mais c'est assurément plusieurs millions de Parisiens qui ont pris la poudre d'escampette en trois jours (10-11-12 juin).

Comment peut-on être étatiste après cela ? L'Etat s'est effondré comme le reste, après avoir failli à sa raison d'être, la défense du pays. Si l'on parle tant de Jean Moulin préfet à Chartres, c'est que les quatre vingt dix neuf et quelques autres préfets n'ont pas trop brillé des masses. On notera cependant une bonne tenue de la préfecture de police.


Invasion migratoire et bordelification des régions

Un billet de Maxime Tandonnet et un entretien à propos de la bordelification hollandiste des régions. Deux sujets déconnectés et qui témoignent pourtant d'un pays en crise du fait de sa caste dirigeante.

En rouge gras, mes soulignements. Entre crochets mes commentaires. Et quelques corrections orthographiques.

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"L'histoire nous enseigne que les migrations améliorent le sort de ceux qui s'exilent mais aussi font avancer l'humanité toute entière". Cette phrase de Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU prononcée en 2004 devant le parlement européen, exprime l'idéologie dominante, issue notamment de la mauvaise conscience coloniale de l'Europe, qui imprègne en profondeur la pensée de ses classes dirigeantes, ses élites médiatiques, politiques, intellectuelles .

Or, un sondage vient de révéler que l'immigration était aujourd'hui, pour la première fois, la première préoccupation des peuples Européens. Ce n'est pas la venue régulière en Europe de personnes du monde entier, désireuses d'y travailler en respectant ses lois et d'y élever leurs enfants, disposant d'un logement et d'un emploi, qui suscite cette réaction. Non, ce que rejettent les Européens, c'est le chaos migratoire, le sentiment largement partagé de l'impuissance tragique des autorités politiques - nationales comme européennes - face à des arrivées non maîtrisées de migrants qui forcent le passage par tous les moyens dans une Europe qui compte 20 millions de chômeurs et confrontée à des difficultés gigantesques, sociales, financières, politique.

L'Europe "d'en haut", politique comme intellectuelle, est dans l'impossibilité absolue de penser, de concevoir, d'essayer de comprendre ce malaise populaire. Pour elle, il est le fruit d'un obscurantisme que reflète l'usage du mot méprisant "populiste". Elle réagit exactement comme un apparatchik du Soviet suprême, dans les années 1950, auquel on aurait voulu expliquer que le "socialisme scientifique" n'est pas forcément l'avenir radieux de l'humanité.

Que peut-il sortir de ce gouffre entre l'Europe d'en haut et l'Europe des peuples?

- Scénario 1 - le pourrissement : tout continue comme si de rien n'était, sur la ligne actuelle, en essayant d'enfouir les problème et de détourner l'attention des peuples et de traiter leurs inquiétudes par le mépris. Peu à peu, à la faveur d'un chaos qui se répand, aux frontières comme dans les zones urbaines, nous assistons à un retour des nationalismes en Europe, une montée des tensions entre les Etats (France/Italie, France/Royaume-Uni) ; la défiance envers les politiques se généralise, s'exacerbe, les partis nationalistes, venus parfois de l'antisémitisme et du racisme, poursuivent leur vertigineuse ascension partout. Sur une vingtaine d'années, peut-être moins, on peut envisager l'arrivée de régimes autoritaires sur le continent, sinon de dictatures, un rejet viscéral de toute forme de solidarité européenne, des phénomènes de repli autarcique et une résurgence des haines nationalistes de la pire espèce.

- Scénario 2 - la prise de conscience : les autorités politiques nationales et européennes réalisent enfin le danger auquel elles exposent le continent européen. Elles s'affranchissent des dogmes, des idéologies, de l'ordre moral qui conditionnent leur comportement sur ces sujets depuis plusieurs décennies. Un principe simple doit dès lors effectivement prévaloir: l'Europe est certes un continent ouvert et hospitalier, en fonction de ses capacités d'accueil, mais personne ne peut entretenir le moindre espoir d'y entrer ou d'y rester illégalement, c'est-à-dire en dehors du respect de son droit et de ses lois (communautaires et nationales). En contrepartie de cette clarification, l'Europe entreprend un gigantesque effort d'aide au développement des pays sources de l'immigration.

Hélas, l'aveuglement obtus qui prévaut aujourd'hui, la terreur du qu'en dira-t-on aussi, qui paralyse les élites politiques et intellectuelles, dans un climat de lâcheté et de narcissisme généralisé,  me font plutôt pencher vers la première alternative mais comme souvent, je peux me tromper et je l'espère sincèrement...

Maxime TANDONNET






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Atlantico : Ce vendredi 31 juillet, le Premier ministre annonçait le choix des capitales régionales, dans le cadre de la réforme territoriale. Que pensez-vous des choix réalisés? Cette décision va-t-elle mettre fin au débat entre les différentes villes concurrentes ?

Jean-Luc Boeuf : La notion de capitale régionale est sensible. Elle emporte avec elle de nombreuses conséquences. C'est le lieu d'exercice du pouvoir, aussi bien de l'Etat que de la collectivité locale. C'est surtout le lieu où se concentrent l'enseignement supérieur, la recherche, certaines grandes entreprises. C'est donc considéré comme un déclassement que de perdre sa capitale régionale. Lorsque la réforme territoriale avait été lancée, les mots d'ordre étaient : simplifier, économiser l'argent public, rationaliser les structures. Aujourd'hui, aucun de ces objectifs n'est rempli.

Roland Hureaux : Le résultat de ce nouveau découpage : il n'y a pas de capitale régionale entre la Loire, l'Atlantique, la Garonne, le Rhône, soit près d'un tiers de la France. Ce résultat est en cohérence avec le délaissement dramatique du monde rural français depuis 25 ans où les socialistes, auteurs de la réforme de la Politique agricole commune de 1992 ont plus que leur part. La crise actuelle de l'élevage, qui est dramatique, en est une des conséquences. Le mépris de la France profonde, monde rural, petites villes, régions isolées comme le Limousin,  par les socialistes est hallucinant. C'est l'esprit bobo dans toute sa splendeur pour qui comptent  seulement les grandes capitales cosmopolites, largement ouvertes à l'international. Le reste, pour eux,  ne compte pas. S'y intéresser c'est du pétainisme, disent-ils (ce dont on ne s'était pas avisé pendant le trente années qui sont suivi la guerre et où avait été lancée la magnifique politique d'aménagement du territoire, aujourd'hui à l'abandon).

Le choix de sacrifier certaine villes a été fait en réalité quand on a voté la loi sur les régions, avec  une droite étonnamment passive.  Il fallait s'attendre à ce que certaines  villes soient  sacrifiées : les choix de Rouen, Bordeaux et Lyon sont assez logiques. Le sacrifice de Montpellier suscite une réaction vive du nouveau maire, Philippe Saurel, dissident de la gauche et   disciple de Frèche et qui  n'a pas sa langue dans la poche. Il est probable qu'il ne se résignera pas facilement. De même que les  Lorrains qui sont non seulement rayés de  la carte mais passent sous la tutelle  de Strasbourg et de la région alsacienne très excentrée.

Je pense qu'il sera difficile de panser les plaies et qu'un nouveau gouvernement de droite sera sans doute obligé de revenir sinon au statu quo (personne ne songera à diviser à nouveau la Normandie en deux) mais à revoir cette politique de regroupement aberrante. 

Cette réforme territoriale a été conçue dans un objectif de simplification et de réalisation d'économies. Mais est-ce vraiment le cas? Qu'est-ce que cela coûte réellement et est-ce un investissement pour l'avenir? Arrivera-t-on vraiment à plus de simplification?

Roland Hureaux : Simplification, non. Beaucoup d'affaires qui étaient traitées dans la proximité le  seront plus loin  du citoyen. D'autant que l'évolution récente a tendu à recentraliser  beaucoup d'affaires du   niveau départemental   du  niveau régional. Pour trouver un instituteur remplaçant à Lagny (Aube), il fallait aller à Châlons-en-Champagne, il faudra aller à Strasbourg. Les gens modestes seront un peu plus paumés.

Economies, absolument pas. Cette réforme  sera au contraire la source de dépenses supplémentaires. Il faut une incomparable incompétence pour  imaginer que 13 régions coûteront moins que 20. Déjà on  recrute du personnel pour  assurer la coordination des  nouvelles entités (sans licencier personne évidemment). Mais les auteurs de la réforme ignorent la  loi fondamentale de l'économie publique: plus  les  ensembles administratifs territoriaux ou non-territoriaux   sont gros, plus ils génèrent des frais généraux. On l'a vu avec l'intercommunalité : pour la mettre en place, il a fallu recruter  200 000  fonctionnaires, qui sont venus s'ajouter aux fonctionnaires communaux. Cette loi des coûts croissants, des déséconomies  d'échelle en matière administrative  ne souffre aucune exception. Comment peut-on être aujourd'hui ministre et l'ignorer ? 

Qu'est-ce qui explique cet échec de la simplification, de la rationalisation des structures et des coûts ?

Jean-Luc Boeuf : On ne simplifie pas car on crée des sous-capitales régionales ou des sur-préfectures de départements. L'Etat va annoncer des mesures de compensation. Par exemple, transformer en communauté urbaine une ancienne capitale régionale, ce qui sera coûteux. Pour payer ces dotations, l'Etat va se servir sur d'autres dotations. Certains vont trinquer pour remplir cet objectif de compensation.

Ce qui me vient à l'esprit, c'est l'incohérence. On n'arrive pas à choisir entre un aménagement équilibré du territoire avec des villes moyennes, et les fameuses grandes métropoles à taille européenne qui permettraient à la France de rivaliser avec Milan, Barcelone ou Düsseldorf. Les fameuses "métropoles d'équilibre" ont été définies dans les années 60 par Olivier Guichard. Mais elles ne sont pas 13, elles sont 7. Donc on est au milieu du gué comme toujours, ce n'est pas cohérent. D'un côté on souhaite favoriser ces grandes métropoles, mais on ne va pas jusqu'au bout, et de l'autre, en créant des métropoles à taille bizarre, on risque d'assécher les politiques publiques dans les territoires. Dans un territoire où il y a deux métropoles, l'Etat va répartir ses crédits publics sur les deux, à charge pour elles de partager avec les autres parties du territoire. La diminution de l'argent public se traduit par une diminution encore plus importante pour les villes moyennes, alors que l'on n'arrête pas de répéter que ce sont les villes moyennes qui font l'équilibre du territoire. Ici on ne favorise que les grandes ; vers elles se dirigent tous les crédits publics. On l'a vu de façon flagrante dans la négociation des contrats de plan 2014-2020. Là où la tendance des années précédentes était à la répartition de crédit sur les pôles moyens, aujourd'hui la tendance est à la concentration extrême sur les métropoles.

C'est aussi une réforme qui est coûteuse, car on veut tout faire à la fois. Créer des métropoles mais compenser, dire aux agents publics qu'ils dépendront d'une nouvelle préfecture de région tout en les maintenant sur place car les déplacer est coûteux. Dans les années 90, au moment des délocalisations, l'Etat s'était donné les moyens financiers de faire déménager quelques milliers d'agents publics, par exemple pour rejoindre Guéret ou Poitiers. Il y avait des mesures de compensation ; l'aide au conjoint, l'aide au logement. Aujourd'hui l'état des finances publiques ne permet pas de le faire à grande échelle. On va maintenir les agents sur place et, ce faisant, on va multiplier les réunions, les kilomètres, les déplacements. A ce titre, deux exemples sont caricaturaux : le triptyque Bordeaux-Limoges-Poitiers, et Strasbourg-Metz-Châlons-en-Champagne. De Pau à Poitiers, ce sera la même capitale régionale, Bordeaux. Ce qui va réunir des personnes de toute la région Aquitaine, de la région Limousin, de la région Poitou-Charentes. 600 km de long : c'est la région "Autoroute A10".

Le seul moyen de réussir la réforme, ce serait donc d'y consacrer des moyens financiers plus importants? Comment réformer hors période de croissance ?

Jean-Luc Boeuf : Un constat : on n'a pas retrouvé en 2015 le niveau de PIB par habitant de 2008. On n'a donc pas les moyens financiers. Quand on réforme, il faut accepter de consacrer de l'argent public à ceux qui vont perdre quelque chose dans l'opération. En s'attaquant à la question des moyens financiers, l'Etat a déjà donné un énorme signal à la diminution de la dépense publique. En 2014 et 2015, les budgets des collectivités ont diminué par rapport aux années précédentes. Selon moi, il faut du temps pour digérer cette baisse de la dépense publique. On ne peut pas tout mener de front en même temps.

Comment expliquer cette obsession française pour la régionalisation, et notamment pour les Landers allemands ?

Jean-Luc Boeuf : C'est à la fois une fascination et une obsession. Quoi que l'Etat en dise, l'Etat central a toujours eu peur des régions. Une phrase des révolutionnaires dit : « 80 petits roquets plutôt que 15 gros chiens-loups ». On trouve l'illustration de cette phrase sous Napoléon, sous la monarchie de juillet, sous la République. La conséquence, c'est qu'on ne leur confie pas de véritable pouvoir politique. En 1986, lors de la première élection au suffrage direct des conseillers régionaux, tous les poids lourds y vont, à gauche comme à droite. Alors qu'en 2010, il n'y en avait qu'une seule, c'était Ségolène Royal. Où sont les Juppé et les Bayrou à droite, où sont les Ayrault et les Valls à gauche? La région en France est en régression budgétaire, le poids relatif des régions diminue et ce sont les métropoles qui montent en puissance. Cette peur du pouvoir central vis-à-vis des régions reste éminemment présent.  

La fascination pour le modèle allemand est fabuleux parce que nous ne sommes pas un Etat fédéral, mais un Etat centralisé, avec un Etat qui donne le la. N'étant pas un Etat fédéral, il y a d'énormes parties des dépenses publiques qui relèvent non pas de la collectivité régionale, mais soit de l'Etat soit des autres collectivités. C'est la Catalogne qui s'occupe de l'enseignement, c'est la Lombardie qui s'occupe de son système de santé. Cette fascination du modèle allemand ou fédéral est paradoxale car les Länder n'ont pas de fiscalité, ils n'ont qu'une fiscalité d'attribution. Donc on est fasciné par un modèle dont l'argent ne relève pas de sa propre maîtrise fiscale, mais d'une affectation par l'Etat.
En Allemagne, le pouvoir syndical est très fort. En France, ce sont les maires qui sont les véritables remparts face à la crise. Rien de surprenant à ce que le modèle du maire persiste. Le maire est celui vers qui l'on se tourne naturellement.

Roland Hureaux : L'obsession de certains en tous les cas. La régionalisation,  c'est une chose : elle était  nécessaire, elle avait été faite en 1972 sur une base équilibrée avec   vingt régions métropolitaines.  La volonté   absurde de fusionner ces  vingt régions  en six ou sept ,   treize, ce n'est que un compromis  avec le réel,  qui taraude une certaine  gauche depuis des années, c'en est une autre. Elle a plusieurs raisons.

D'abord une idée fausse de l'Allemagne.  Ceux qui disent qu'en Allemagne tout est très bien et que il faut tout  faire pareil (les mêmes qui traitent les autres de "pétainistes" !!) sont en  réalité d'une ignorance crasse sur ce qui se passe réellement en Allemagne où ils ne sont  jamais allés.

Par exemple,  on veut supprimer les départements en France pour faire comme les Allemands  en ignorant  que les départements (kreise)  existent en Allemagne.

Nos vingt régions pesaient en moyennes 3 millions d'habitants chacune. Sur 15 Länder, 10 sont au-dessous de cette moyenne. L'exemple allemand ne tient donc pas.

La moyenne régionale allemande qui est plus élevée que la notre est gonflée par l'existence de super-länder, en fait trois, la Rhénanie Nord Westphalie (17 millions),  la Bavière (12 millions) ,  le Bade Wurtemberg (10 millions) , mais les autres Länder sont plus petits que les nôtres: la  Sarre est beaucoup plus petite que la Lorraine.  Dans la grande taille, nous avons l'Ile-de-France  (12 millions), mais c'est tout.

Ces grandes régions allemandes n'ont pas été découpées pour faire à tout prix du kolossal, ou par souci d'efficacité mais par respect de l'héritage historique.  Or cet héritage historique,  que les Allemands ont pris en compte  et qui fait que certaines de leurs régions sont grandes et les autres petites, était aussi pris en compte   dans l'ancien découpage. On le  piétine allègrement dans le nouveau. La nouvelle région Alsace-Lorraine -Champagne va être la seule en Europe qui chevauche  une frontière  linguistique ! Je doute fort  que ce système   dure  longtemps.    
J'ajoute qu'en 1990, l'Allemagne a découpé l'ancienne Allemagne de l'Est  en cinq Länder qui sont bien plus petits que nos régions  (2,5 millions d'habitants en moyenne).
On est en pleine folie : on veut à tout prix imiter l'Allemagne en copiant ce qui n'existe pas en Allemagne !

Cette situation incarne assez bien les complexes  absurdes que les Français ont aujourd'hui envers les Allemands, symbole d'un assujettissement volontaire profondément choquant.   

J'ajoute que dans ce que vous appelez une obsession, il y a le rôle de deux ou trois  idéologues socialistes, esprits médiocres qui depuis trente ans répètent à l'envie  que le salut de la France est de faire des Länder à l'allemande.  Je certains de ces   idéologues ; ils sont  complètement déjantés. Mais dans notre pays, à force de dire toujours les mêmes  âneries, elles finissent par passer pour   des vérités.  

La réforme territoriale et les nouvelles capitales régionales auront-elles un impact sur les élections régionales ?

Jean-Luc Boeuf : Je ne pense pas. Cela peut générer un certain mécontentement de nature à favoriser les extrêmes peut-être, Front de gauche et Front national. Ceux qui vont garder leur capitale régionale ne vont rien dire, ceux  qui vont la perdre vont manifester ou se manifester, et dans l'urne cela pourra tendre vers un vote contestataire. Donc c'est peut-être de nature à favoriser les extrêmes, à la marge.

Roland Hureaux : Il est probable que dans certaines régions comme la Lorraine ou Languedoc Roussillon, le gouvernement sera sévèrement sanctionné. Le maire de Montpellier   a brandi la bannière de la résistance en Languedoc Roussillon pourrait tailler de croupières au parti socialiste qui espérait garder la  nouvelle région du Midi. Il en taillera aussi à l'UMP dont le candidat est contesté.
Mais comme tout le monde s'attend à un désastre électoral de la gauche, un peu plus un peu moins, qu'importe, doivent se dire Hollande et Valls.  

Quelles sont les conséquences à craindre pour les mois et les années à venir ?

Jean-Luc Boeuf : Le maître-mot que je donnerais, c'est le temps. On va perdre encore plus de temps. A force de s'épuiser dans des réunions stériles et dans des déplacements permanents, on est en train de créer en France ce que l'on reproche à l'Europe, le fameux triptyque Bruxelles-Luxembourg-Strasbourg : les gens qui se déplacent en permanence entre les trois. La perte de temps et ce que j'appelle le "syndrome de Bruxelles".

Roland Hureaux : Les problèmes vont être en effet multiples.

Il faudra transférer plusieurs milliers  de fonctionnaires de Montpellier à Toulouse, de  Poitiers à  Bordeaux  et, si on ne le fait pas, tout sera dédoublé. 

Les locaux des villes de concentration seront insuffisants ; il faudra agrandir les hôtels de région à Bordeaux, Lyon, Rouen. Pendant ce temps, le nouvel hôtel de région inauguré en juin 2014 à Clermont-Ferrand  et qui a coûté 80 millions d'euros ne servira à rien. 

Entre Languedoc -Roussillon et Midi-Pyrénées, le niveau des impôts n'est pas égal. Il faudra les  harmoniser. Devinez dans quel sens ? Celui du niveau le plus élevé évidemment.

Il y a dans ce projet de création  de grandes régions une autre idée, à plus long terme mais peut-être plus perverse : celle d'affaiblir l'Etat français au sein d'une "Europe des régions" ce qui suppose des  régions suffisamment grandes. Je ne crois pas qu'on y arrivera vraiment mais sait on jamais ?

Là aussi on s'inspire du modèle allemand sans le connaitre. Un Etat fédéral relativement léger, des Länder forts c'est la tradition allemande, mais ce n'est pas la tradition française.Mais on oublie aussi que les compétences des Länder ont été réduites  au cours des dernières années en raison de la centralisation de  nombreuses compétences économiques non point à Berlin mais à Bruxelles.

Il reste que  dans un mode en perte de repères où il faudrait un minimum de stabilité,  on va dans ce domaine où personne ne se plaignait de l'existant comme les structures territoriales, mettre un peu plus de pagaille et de confusion. 


Propos recueillis par Catherine Laurent

samedi, août 01, 2015

Dans l'armée, c'est le même bordel que partout en France

Miramas : « accablant » !

N'importe quel Français peut rattacher, en changeant quelques sigles et noms, ce passage à une expérience personnelle :

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La faute à qui ? A personne puisque tout le monde est un peu responsable d’un petit bout de la chaîne. On avait déjà vu une telle chaîne d’irresponsabilités à l’oeuvre avec le système Louvois, un fiasco total qui a gravement perturbé le paiement des soldes militaires depuis 2011. A Miramas, l’armée de terre, principale utilisatrice de ce dépôt, ne se sent pas directement concernée, parce que les munitions dépendent, depuis 2011, du SIMu, le Service Interarmées des Munitions, un organisme rattaché à l’état-major des armées. Quant à la protection des sites, elle relève d’une nouvelle Direction de la protection des installations, moyens et activités de la Défense (DPID), qui relève directement du ministère. Attention à ne pas confondre cette DPID avec la DPSD (direction de la protection et de la sécurité de la défense), l’ancienne sécurité militaire, dont c’est aussi un peu le métier ! Dans les étatsmajors parisiens, on parle « organisation matricielle » et « benchmark », et on découvre que le responsable du site ne dispose pas, en propre, de moyens humains pour assurer sa protection ou d’argent pour faire réparer un grillage. « Tout cela illustre la désorganisation du soutien au sein des armées, avec par exemple la création des bases de défense », mise en place par l’ancien ministre de la Défense Hervé Morin, explique un officier général. Si Miramas est un cas « accablant », l’enquête de commandement constate que « des fragilités extrêmement concrètes existent sur d’autres sites », reconnaît-on à la Défense.

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Moins que les effectifs, c’est l’organisation militaire à la mode shadok qu’il faut revoir, pour éviter que l’armée, engagée dans la protection des Français depuis les attentats de janvier, ne se fasse voler ses propres armes.
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Depuis longtemps, je soutiens que l'Etat obèse et bureaucratique est le principal facteur de risques pour la France alors que c'est sa raison d'être que d'assurer la défense, sous toutes ses formes, du pays.

Bien sûr, on pense immédiatement à la dette : serions nous aussi serviles vis-à-vis des pétromonarchies, de l'Allemagne et des Etats-Unis si nous n'étions en train de nous noyer dans un océan de dette étatique ? Serions nous obligés de rogner sans cesse la défense ?

Il y a pire : Darwin a démontré que ceux qui survivent au changement ne sont ni les plus forts ni les plus intelligents mais ceux qui s'adaptent le plus vite.

Si deux adversaires, toutes choses égales par ailleurs, ont 95 % de chances de prendre la bonne décision pour le premier et 50 % pour le second, mais que ce dernier est deux fois plus rapide à prendre une décision, c'est lui qui l'emportera dans 51 % des cas contre 23 % pour le premier.

Plus encore que l'aspect purement pécuniaire, dette et impôts, je pense que la complexification que l'Etat obèse introduit dans la vie française est mortifère.

Puisque les fonctionnaires sont bien trop nombreux pour être tous occupés à des choses bonnes et utiles, beaucoup sont occupés à des choses mauvaises et nuisibles (avec les meilleures -à leurs yeux- raisons du monde, bien entendu). Comme disait Georges Pompidou, vous prenez un fonctionnaire, vous l'asseyez sur une chaise, une heure plus tard, il a trouvé un papier et un crayon, et une heure après, il a pondu une norme, un décret, une circulaire. Quand il y a trop de fonctionnaires, il y a trop de normes, de décrets, de circulaires.

C'est ainsi que la France est devenue le pays des 11 000 lois, 130 000 décrets, 400 000 normes.

Le seul moyen pérenne de lutter contre cette tendance funeste, c'est de diminuer le nombre de ceux qui font les lois et le nombre de ceux qui font des décrets, des circulaires, des normes et des règlements.

Rien qu'à l'énoncé du remède, vous comprenez que le malade n'est pas près de retrouver la pleine santé.



Un 14 juillet très en retard

J'avais mis ces textes de coté puis je les ai oubliés. Pourtant, le sujet est important et même primordiale : sans défense, pas d'existence et donc rien n'est possible sauf la mort. C'est ce que les pacifistes oublient.

Et je rappelle Julien Freund, dont j'ai l'impression qu'il revient à la mode, ce qui est bon signe : vous pouvez être pacifiste de tout votre soûl, ça ne sert à rien, c'est l'ennemi qui vous choisit. Quand un matin, quelqu'un vous dit : «On va jouer à un jeu marrant. Ca s'appelle la guerre. Tu es mon ennemi et je vais te tuer», vos options sont limitées soit vous soumettre ou mourir, souvent les deux, soit vous battre.

Je sais bien que beaucoup préfèrent se soumettre par peur de la mort, mais la soumission n'empêche pas l'exécution (ça rime), bien au contraire. Souvent, presque toujours, se battre est la solution raisonnable à long terme.

Comme d'habitude, c'est moi qui souligne. De même, les commentaires entre crochets.

Général Desportes : l'armée française n'a pas les moyens des missions qu'on lui confie

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La réintégration [du commandement intégré de l'OTAN] avait été justifiée par la nécessité de faire avancer l'Europe de la défense [toujours ce fétiche européiste : on pose comme principe que l'Europe de la défense serait bonne, qu'elle serait une nécessité, sans jamais le démontrer]. Hélas, c'est un échec profond  [encore un échec de Sarkozy] : celle-ci n'en a pas du tout tiré parti. Il est aujourd'hui indispensable de se lancer dans la construction de l'Europe de la défense, en étant réaliste: tout ce qui s'est fait jusqu'à présent n'a produit que des résultats extrêmement limités. L'OTAN est un frein à la construction de l'Europe de la défense. Les Etats-Unis doivent progressivement laisser les Européens traiter eux-mêmes leurs propres problèmes sécuritaires.

[…]

Un des problèmes de l'armée française est qu'elle manque de profondeur stratégique. Les armées françaises ne sont jamais capables d'engager pour suffisamment longtemps des effectifs qui dépassent le cap de la bataille pour gagner la guerre elle-même. [Et quand ça sera la guerre avec les quartiers islamistes, il y aura des désertions de CPF en pagaille, le problème d'effectifs sera multiplié par ouh là là, mais chut ! Il ne faut pas parler des recrutements à la petite semaine de nos armées, enfin si Michel Goya en parle].

Elles sont donc amenées de façon récurrente à s'engager, combattre, revenir car l'action n'est jamais menée complètement, jusqu'à son terme.
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Le grand paradoxe militaire français

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Il n'y a pas un homme politique français qui nie l'augmentation de la dangerosité du monde depuis une vingtaine d'années. Or, qu'ils soient de gauche ou de droite, les gouvernements n'ont cessé de réduire la taille de nos armées De gauche ou de droite [ils font la même politique de gauche, c'est pourquoi il est inutile et même nocif de voter ], les gouvernements n'ont cessé de réduire la taille des armées. Refusant, par démagogie ou par croyance sincère aux bienfaits de l'assistanat, toute baisse dans les dépenses sociales, ils se sont attaqués à l'armée pour faire des économies. C'est toujours plus facile de s'en prendre à un corps non syndiqué! Depuis la fin du cabinet Raymond Barre (1976-1981), le dernier homme politique français à avoir bien géré l'État, nos gouvernements ont tous fait preuve de lâcheté budgétaire.

Jacques Chirac, qui fut le fléau de notre pays [le voici enfin jugé à sa juste valeur, l'homme du regroupement familial], ne s'est pas contenté d'être laxiste sur les dépenses publiques. En prenant la funeste décision de suspendre le service militaire obligatoire, il a cassé le dernier moule où se forgeait, qu'on le veuille ou non, la solidité de la nation française. Votée au mois d'août 1913, la «loi des trois ans», qui instaurait un service militaire de cette longueur, «strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense», avait été un formidable intégrateur social. Sans elle, jamais l'armée du général Joffre n'aurait tenu face à l'agression allemande d'août 1914.

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En politique, il faut savoir faire des choix simples. Le monde est-il plus dangereux qu'hier? Oui. Il faut donc réarmer.
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Bien sûr, il n'y a aucune chance que la France réarme. Nos politiciens ont bâti leurs carrières sur l'universalisme délirant, sous ses formes républicaniste et européiste, et sur le social-clientélisme. Si ces clochards de la pensée, cyniques et désabusés, croient en une seule chose, c'est que la France et les Français sont indignes d'eux. Le réarmement les obligerait à renoncer à ce qu'ils sont, c'est impensable pour ces êtres égocentriques et narcissiques.


Le soldat, gardien de l'espace et du passé, sentinelle de la longue durée

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Pourquoi a-t-on voulu cacher le soldat ? La réponse est claire: parce qu'il incarne une réalité que certaines élites aimeraient bien détruire, qu'il importe de toute façon à leurs yeux d'enfermer dans le grenier poussiéreux des choses à jamais réduites à la caducité, le fait national. La présence du soldat dans la vie quotidienne risquerait de rappeler aux Français qu'ils sont une nation, de légitimer la question, décrétée taboue, de l'identité nationale. L'escamotage du soldat s'inscrit dans cette haine de soi que les tenants de l'idéologie dominante veulent contaminer au peuple dans son entier. Plus : on a voulu cacher le soldat parce qu'on a voulu cacher l'histoire comme histoire nationale. L'opinion articule la figure du soldat à l'idée d'espace, de frontières, de territoires. Mais il est tout aussi exact de l'articuler à l'idée de temps. Il n'est pas seulement le gardien de l'espace, il est aussi, l'un des gardiens du passé, la sentinelle de la longue durée.

[…]

Tout comme le professeur et le prêtre, le soldat est un héritier et un passeur d'héritage. Tous les trois sont les derniers héritiers au coeur d'une société d'inhéritiers, la nôtre, qui a transformé en catéchisme la triste vulgate issue de Bourdieu, selon laquelle l'appellation «héritier culturel» est une insulte. C'est toute, l'histoire de France qui vit dans chaque soldat. C'est elle qui bat dans son coeur. Ce sont 15 siècles, 40 rois et 5 Républiques, qui habitent ses gestes. Autrement dit un soldat ne représente pas seulement la France dans son état actuel, ni non plus uniquement la politique française d'aujourd'hui (par exemple au Mali).

Il représente tout le passé de la France. Tous les soldats de toutes les batailles depuis Hugues Capet, et même avant, celles de l'Ancien Régime, celles de l'Empire et celles de la République, revivent à leur façon sous l'uniforme du soldat français tel qu'il défile le 14 Juillet. Acceptant le risque d'être tué à l'ennemi, le soldat est pourtant aussi résurrectionnel: même à l'heure du don suprême, celle de sa propre vie, de sa jeunesse, tous les soldats de France trouvent leur résurrection en lui.

[…]

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vendredi, juillet 31, 2015

Un voeu pour ce blog

Un mien commentaire chez Philippe Bilger :

Pourquoi parler des politiciens ?
Ces gens-là ont un narcissisme pathologique. Peut-être le mieux est-il de les attaquer par là : faire comme s'ils n'existaient pas. Crever les baudruches.
Bien sûr, nous continuerons à subir leurs lois et leurs rapines. Mais il est en notre pouvoir d'effacer leurs noms de notre mémoire, de ne plus penser à eux, de ne plus jamais les citer, d'éteindre la radio quand on entend leurs noms, de ne pas lire les articles où ils apparaissent.
Nos politiciens sont de la racaille en costume. Pourquoi consacrer tant de pensée à cette racaille ? Le mépris suffit.
En tout cas, j'ai décidé de ne plus citer sur mon blog que des politiciens morts ou étrangers.

Quand l'immigration détruit la vie en société

C'est une affaire de rien, mais elle traduit mieux que de savantes études les conséquences ravageuses de l'immigration africaine en France.

On notera avec amusement à quel point notre police politique, d'habitude si obsédée de traquer le sous-entendu, le non-dit et les révélateurs de l'inconscient, est dans cette affaire d'une candeur qui ressemble fort à du foutage de gueule.

Règlement de comptes à Pouff’s Corral

De quoi la bagarre de Reims est-elle le nom?


Publié le 31 juillet 2015 à 9:00 dans Société
bagarre jeunes filles Reims
Tout bel été se doit d’engendrer au moins un tube, pour que les amoureux puissent se remémorer la date de leurs premiers émois quand Alzheimer rôdera, et une polémique d’ampleur nationale pour réveiller des rédactions alanguies en période de canicule. Depuis quelques années, la polémique était fournie par l’une ou l’autre des prestations (les snobs disent « propositions ») théâtrales présentées au festival d’Avignon, une défécation collective d’acteurs dénudés devant le Palais des papes, par exemple. La nullité auto-satisfaite du nouveau directeur du festival, Olivier Py, spécialiste du rapt d’œuvres classiques pour fourguer en douce ses obsessions idéologiques, rend toute polémique culturelle sans objet : on ne se dispute pas à propos du néant.
Alors, sous réserve qu’une grosse bonne querelle médiatisée n’éclate pas d’ici la fin août, il faudra se contenter, pour le millésime 2015, de la bagarre de Reims, fait divers champenois qui a produit pas mal de bulles médiatiques et d’agitation sur les réseaux sociaux. Les faits, d’abord, tels qu’ils furent rapportés par le quotidien régional L’Union. Mercredi 22 juillet, une partie de la jeunesse rémoise, écrasée de chaleur, était venue prendre le frais au parc Léo Lagrange (merci le Front populaire !), agréable espace vert situé non loin du centre-ville. Trois copines dans la fleur de l’âge, belles et délurées, se font dorer au soleil seulement vêtues d’un mini-short en jean et d’un soutien-gorge de maillot de bain. Vint à passer un groupe formé de cinq jeunes filles, âgées de 15 à 24 ans. A la vue des bronzeuses, l’une d’entre elles dit à ses compagnes, suffisamment fort pour que l’on puisse l’entendre alentour, que jamais, elle, ne se laisserait aller une telle exposition de son corps dans un lieu public. Puis elle se retourne vers les « dénudées » et leur lance : « Allez-vous rhabiller, c’est pas l’été ! » Il n’a pas échappé à l’interpellée que cette injonction est proférée par une jeune fille visiblement en surpoids, et la réponse fuse :« Faut dire que toi, avec ton physique de camionneur… »  On reconnaîtra là le schéma classique du duel agonistique entre pouffes, qui s’arrête généralement lorsque la provision d’insultes est épuisée. Or, il apparaît que l’infériorité langagière du groupe des cinq est telle que l’insulte envers la grosse ne peut être réparée que par l’usage de la force physique. L’affaire tourne donc au crêpage de chignon force 6, car l’agressée ne se laisse pas faire, ce qui produit une mêlée générale où les gnons pleuvent comme au marché de Brive-la-Gaillarde visité par Georges Brassens. Les combattantes sont séparées par les policiers qui emmènent tout ce beau monde à l’hôpital pour les deux plus amochées, et au poste pour les autres. Résultat des courses : trois jours d’incapacité de travail pour l’agressée, quatre jours pour l’agresseuse (agresseure ?), mises en examen pour les cogneuses, à l’exception de l’une d’entre elles, mineure, placée sous le statut de témoin assisté. Comment ce fait divers, dont la banalité est flagrante, a-t-il pu prendre une dimension nationale, alors que des bastons autrement ravageuses restent confinées dans les colonnes de nos éminents confrères de la PQR ? Il aura suffi d’une petite phrase du journaliste de l’Union chargé de l’histoire pour que toutes les « sphères » (Twitto- réaco- gaucho-) se mettent à carburer plein pot. La jeune fille en short jeans et soutif aurait été « effarée par un tel discours aux relents de police religieuse », et se serait rebiffée en taclant verbalement son interpellatrice. En utilisant la prosopopée1 pour éclairer son propos, et proposer un début d’interprétation de l’affaire, le journaliste s’est mis dans un mauvais cas, car rien, dans l’état des informations fournies par la police et la justice, ne permet de conférer une dimension religieuse à cette querelle de jeunes filles. En fait, cette formulation relevait du sous-texte que l’air du temps impose au discours public, donc aux rédacteurs de quotidiens locaux traitant d’affaires mettant en cause des acteurs issus de la diversité. Lorsqu’il ne s’agit pas de crimes graves, l’origine des perpétrateurs de délits mineurs ou d’incivilités répétées n’est pas indiquée dans les comptes rendus de presse, par un louable souci de ne pas stigmatiser des communautés entières à cause des agissements de quelques-uns. Sauf que cela ne trompe personne. Gommer la dimension culturelle (et pas forcément religieuse) du conflit qui a opposé les  deux groupes de demoiselles contribue à accroître le malaise général. Tout le monde sait de quoi il retourne quand des « jeunes » font brûler des bagnoles le 14 juillet dans des quartiers bien connus pour les incivilités à répétitions qui s’y produisent.
On voudrait donc nous faire passer la chicore de Léo-Lagrange pour une version moderne, donc féminisée, de  l’affrontement des Longeverne et des Velrans immortalisée dans le roman de Louis Pergaud, La guerre des boutons. Décrire un épisode houellebecquien avec les mots d’un roman picaresque rural du début du siècle dernier expose à des désagréments, et le journaliste de l’Union, comme l’âne de la fable de La Fontaine, s’est vu accuser de tous les maux pour avoir suggéré l’aspect ethnico-religieux de la querelle en assimilant les cogneuses à la police religieuse sévissant en Iran ou dans les territoires conquis par Daech. L’excellente chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard, commise par sa rédaction à la curée contre  l’emballement médiatique et politique déclenché par cette affaire – les réactions offusquées ont surgi comme l’éclair de l’ensemble de la sphère politique, du FN à SOS racisme – divulgue, enfin, les noms des principales protagonistes : Inès Nouri, Zohra Karim, Hadoune Tadjouri (les cogneuses) et Angélique Slosse (la cognée qui s’est défendue). Les juges de Reims ont alors beau clamer que « ni les auteures, ni la victime des coups n’ont fait état, lors de leurs auditions d’un mobile religieux ou d’un mobile moral qui aurait déclenché l’altercation », il est impossible de réduire ce fait divers à une simple explosion de violence pubertaire… Deux mondes se sont bel et bien affrontés dans un parc public : le trop plein de frustration d’une arabe trop grosse, donc doublement dominée dans l’espace symbolique bourdivin, a déclenché notre polémique de l’été.
*Photo : MICHEL GANGNE/AFP
  1. Figure rhétorique consistant, pour le rédacteur, à se mettre dans l’état d’esprit d’un acteur, de son récit, et d’en reproduire les pensées supposées. 




En relisant Montesquieu

Le camarade commentateur commissaire politique de ce blog, Curmudgeon, m'incite à relire Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Incitation qui n'a pas à se faire très violente : j'aime ce français classique, dont le secret est l'économie d'adjectifs et d'adverbes. Je prends même plaisir à lire ce faquin de Voltaire, c'est dire.

Et puis, il y a Buffon. Connaît-on aujourd'hui un homme de science, un seul, qui écrive avec son élégance ?

Je vous laisse avec Montesquieu. Je ne souligne rien, tout serait à souligner :

Comme on voit un fleuve miner lentement et sans bruit les digues qu’on lui oppose, et, enfin, les renverser dans un moment et couvrir les campagnes qu’elles conservaient, ainsi la puissance souveraine sous Auguste agit insensiblement et renversa sous Tibère avec violence.

II y avait une loi de majesté contre ceux qui commettaient quelque attentat contre le peuple romain. Tibère se saisit de cette loi et l’appliqua, non pas aux cas pour lesquels elle avait été faite, mais à tout ce qui put servir sa haine ou ses défiances. Ce n’étaient pas seulement les actions qui tombaient dans le cas de cette loi, mais des paroles, des signes et des pensées même : car ce qui se dit dans ces épanchements de coeur que la conversation produit entre deux amis ne peut être regardé que comme des pensées. II n’y eut donc plus de liberté dans les festins, de confiance dans les parentés, de fidélité dans les esclaves ; la dissimulation et la tristesse du prince se communiquant partout, l’amitié fut regardée comme un écueil, l’ingénuité comme une imprudence, la vertu comme une affectation qui pouvait rappeler dans l’esprit des peuples le bonheur des temps précédents.

Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice, lorsqu’on va, pour ainsi dire, noyer des malheureux sur la planche même sur laquelle ils s’étaient sauvés.

Et, comme il n’est jamais arrivé qu’un tyran ait manqué d’instruments de sa tyrannie, Tibère trouva toujours des juges prêts à condamner autant de gens qu’il en put soupçonner. Du temps de la République, le Sénat, qui ne jugeait point en corps les affaires des particuliers, connaissait, par une délégation du peuple, des crimes qu’on imputait aux alliés. Tibère lui renvoya de même le jugement de tout ce qu’il appelait crime de lèse-majesté contre lui. Ce corps tomba dans un état de bassesse qui ne peut s’exprimer : les sénateurs allaient au-devant de la servitude ; sous la faveur de Séjan, les plus illustres d’entre eux faisaient le métier de délateurs.

Il me semble que je vois plusieurs causes de cet esprit de servitude qui régnait pour lors dans le Sénat. Après que César eut vaincu le parti de la République, les amis et les ennemis qu’il avait dans le Sénat concoururent également à ôter toutes les bornes que les lois avaient mises à sa puissance, et à lui déférer des honneurs excessifs : les uns cherchaient à lui plaire ; les autres, à le rendre odieux. Dion nous dit que quelques-uns allèrent jusqu’à proposer qu’il lui fût permis de jouir de toutes les femmes qu’il lui plairait. Cela fit qu’il ne se défia point du Sénat, et qu’il y fut assassiné ; mais cela fit aussi que, dans les règnes suivants, il n’y eut point de flatterie qui fût sans exemple, et qui pût révolter les esprits.

Avant que Rome fût gouvernée par un seul, les richesses des principaux Romains étaient immenses, quelles que fussent les voies qu’ils employaient pour les acquérir. Elles furent presque toutes ôtées sous les empereurs : les sénateurs n’avaient plus ces grands clients qui les comblaient de biens ; on ne pouvait guère rien prendre dans les provinces que pour César, surtout lorsque ses procurateurs, qui étaient à peu près comme sont aujourd’hui nos intendants, y furent établis. Cependant, quoique la source des richesses fût coupée, les dépenses subsistaient toujours, le train de vie était pris, et on ne pouvait plus le soutenir que par la faveur de l’empereur.





Le vertige de Maxime Tandonnet

Le vertige de Maxime Tandonnet :

Le dernier rapport de l’ONU sur l’avenir de la population mondiale est ainsi passé inaperçu en France. Pourtant, sa lecture donne le vertige. En 2100, la terre sera peuplée de 11,2 milliards d’habitants contre 7 aujourd’hui. La seule population de l’Afrique va quadrupler, atteignant 4,2 milliards et faisant de ce continent le plus peuplé de la planète. L’Inde sera la première puissance démographique devant la Chine avec 1,5 milliard d’habitants. Le Nigéria dépassera les Etats-Unis et à lui seul, comptera plus d’habitants que l’Europe toute entière qui perdra d’ici là 14% de sa population. Le bouleversement en cours soulève des interrogations gigantesques: l’Afrique dans ces conditions peut-elle relever le défi incommensurable de son développement économique et social ? Et sinon, que devient-elle ? Que reste-t-il en tout cas de notre pauvre Europe et de ses peuples en 2100 ?

L’embargo russe nous revient en boomerang

Vous connaissez ma position sur la Russie : c'est l'intérêt bien compris de la France de s'entendre, autant que possible, tout en restant ferme, avec la Russie et nos intérêts sur cette question sont opposés à ceux des Américains.

Je suis très circonspect s'agissant de Poutine : contrairement aux poutinolâtres français, j'ai tendance à penser qu'il est assez mauvais pour son pays. Mais, comme dit Goldnadel, quant on a des politiciens aussi incapables de défendre leur pays et son identité que les nôtres, on se fait modeste avant de juger la manière dont les politiciens étrangers défendent leur pays.

La Russie a des visées expansionnistes, mais seulement dans son environnement proche, je n'y vois pas de messianisme idéologique. Bref, une politique de puissance classique, sensible au rapport de forces et à la raison.




L'embargo russe nous revient en boomerang


FRANÇOIS D'ORCIVAL (Figaro Magazine)
Retour de bâton ! A qui Hollande doit-il les barrages des éleveurs sur les routes qui lui ont fait si peur ? Aux distributeurs, aux abatteurs, aux transformateurs ? A l’embargo russe ! Et il le savait. Le 7 août 2014, il y a un an, en représailles contre les sanctions occidentales qui frappent son pays, Vladimir Poutine décrète un embargo sur les importations de produits alimentaires en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord. Vous me sanctionnez (à cause de l’Ukraine et de la Crimée) ? Je ferme la porte à vos produits ! Les Européens ont cru que les Russes allaient souffrir… Ils se sont resserrés autour de Poutine. Nationalisme et fierté. Et c’est nous qui souffrons.

On était pourtant prévenus car, dès le lendemain de l’embargo russe, les présidents des syndicats agricoles français sonnent l’alarme : ça va coûter cher. Le marché russe absorbe 10 % des exportations agroalimentaires européennes (11 milliards d’euros par an, dont 1 milliard pour les Français). Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine, explique (le 8 août 2014 !) que cela représente près de 1,5 milliard d’euros de pertes pour les producteurs européens. Avec les emplois à la clé. « Il y aura, dit-il, un effet domino sur les autres secteurs » : élevage et fruits. Effet direct. Mais effet indirect, aussi ! Car, si les producteurs allemands, polonais et autres, ne peuvent plus vendre en Russie, sur quels marchés vont-ils se retourner ? Ceux de leurs voisins. D’où inondation des produits et effondrement des prix. Et les producteurs français sont submergés. Paralysés par leurs dettes, leurs charges, leurs manques d’investissements faute de marges, sans compter les normes qui leur sont imposées, ils ne peuvent pas résister. C’est l’Allemagne qui fait les prix. En 2013, les abattoirs allemands ont fait venir 7 000 travailleurs détachés d’Europe orientale payés 5 euros de l’heure… D’où un rendement deux fois supérieur à celui des Français qui, eux, ne peuvent pas importer de main-d’œuvre de l’Est…

Pour sortir de la crise, le gouvernement a mis sur la table 600 millions d’euros - qu’il n’a pas. Pas plus qu’il n’a les 800 millions qu’il propose à la Russie (laquelle réclame 1,2 milliard) pour l’indemniser de la non-livraison des deux bateaux Mistral… « Un embargo, ça casse les marchés pour trois à quatre ans », prévient Christophe Charles, avocat spécialiste du secteur. Les Américains savent lever leurs embargos sur Cuba ou l’Iran quand ça leur profite ; les Européens sont incapables de le faire avec la Russie - des sanctions qui ne servent à rien, sauf à tuer nos producteurs. Heureusement, Hollande va aller en Chine !

Varoufakis accusé, Sautarel perquisitionné : la doxa gouverne mal mais se défend bien

Deux plaintes déposées contre Varoufakis

Fdesouche : Perquisition chez Pierre Sautarel, smartphone et matériel informatique saisis

Ces deux nouvelles sont en apparence déconnectées, pourtant elles m'inspirent la même réflexion, paraphrasant Charles Maurras : «La doxa gouverne mal mais se défend bien».

Le plus charmant, c'est que tout cela passe par le juridisme. Il y a une citation latine (grecque ?) qui dit quelque chose comme «la pire des oppressions est l'oppression par l'abus de la loi» (si l'un de mes lecteurs pouvait me la retrouver). Je suis trop fatigué pour la chercher, mais c'est exactement ainsi que je ressens la France, le pays des 11 000 lois, 130 décrets, 400 000 normes, plus largement l'Europe, et encore plus largement, le monde post-moderne.

 J'ajoute à votre réflexion cette conférence de Serge Schweitzer sur pourquoi il n'y aura pas de révolte fiscale :



Le son est d'assez mauvaise qualité, mais ce qu'il dit est important :

1) L'impôt est un vol, puisque vous ne donneriez pas spontanément l'impôt qu'on vous prend. Un vol légal, certes, mais vol tout de même (Schweitzer distingue légalité et légitimité, distinction que les juristes ne font pas, ce qui discrédite leur profession à mes yeux). Ce n'est pas difficile, puisque celui qui décide du vol est aussi celui qui fait les lois. Comme répondit avec bon sens un célèbre braqueur au président du tribunal qui lui reprochait sa violence : «Croyez bien, M. le juge, que si je pouvais, comme le percepteur, faire voter des lois obligeant les gens à me donner leur argent, je serais moins violent».

2) La pression fiscale est passée en un siècle (1914-2014) de 5 % à 47 % sans révolte fiscale. Dans l'ancienne France (j'aime que Schweitzer dise «ancienne France» et non «ancien régime»), il en allait tout autrement : beaucoup moins d'impôts (la légende des roturiers pressurés n'est que cela, une légende), plus de révoltes fiscales.

3) C'est que, depuis un siècle, les hommes de l'Etat ont été très habiles, tellement que certains libéraux n'ont toujours pas compris ! Ils ont employé des techniques sophistiquées que Schweitzer décrit.

Par exemple, de même que les mafieux offrent un service, leur protection, en échange du racket, les hommes de l'Etat offrent des services publics, certes hors marché et probablement bien trop couteux, en échange des impôts.

Autre technique : des impôts très complexes et changeants, qui donnent naissance à l'illusion fiscale : on ne sait pas exactement combien on paye et on a l'impression que ce sont les autres qui payent plus.

Je vous laisse écouter Schweitzer pour le détail.




jeudi, juillet 30, 2015

Libye : allons-nous être contraints de soutenir Al-Qaida contre Daesh ?

Libye : allons-nous être contraints de soutenir Al-Qaida contre Daesh ?

Lugan décape, comme d'habitude.

L'affaire libyenne est une raison suffisante pour que plus jamais je ne vote Sarkozy.






mercredi, juillet 29, 2015

Eurotunnel-Etat français : polémique par nuit noire dans un tunnel

La polémique entre Eurotunnel et l'Etat français à propos des immigrés illégaux n'a aucune espèce d'intérêt.

Il n'y a pas lieu de discuter : la solution à ces problèmes est archi-connue, c'est la solution australienne. Expulser les illégaux, couler ceux qui insistent. Si la France le faisait avec rigueur, il n'y aurait plus de clandestins qui essaieraient de passer le tunnel sous la Manche.

Mais nos autorités ne veulent pas le faire. Alors pourquoi discuter de problèmes que nous avons décidé de ne pas résoudre ? Par goût du verbiage creux ? Parce que la palabre est tout ce qui reste à des politiciens qui ne savent pas agir ?

L'Etat se défausse de ses fonctions régaliennes sur Eurotunnel, cela ne nous étonne même plus.

"Un geste fiscal", qu'ils disent

Nous ne sommes pas prisonniers de l'Etat-Leviathan. Cela serait trop simple.

Nous sommes prisonniers d'un système, dont l'Etat-Léviathan est juste une composante. La particularité de ce système est de ne pas avoir de forme, d'être mou comme un édredon, ce qui rend la révolte impossible.

Contre qui se révolter ? Les fonctionnaires ? Ce n'est pas vraiment de leur faute. Les journalistes ? Non plus. Les financiers ? Ils font un bouc-émissaire facile. Les politiques ? Ils ont beau jeu de rappeler que nous votons pour eux.

Mais, tous, à divers degrés, font partie de ce système mauvais, qui appelle chevaux les vaches, liberté l'oppression, solidarité le clientélisme, démocratie la tyrannie, etc.

Quand une salle des fêtes du fin fond de la province est ornée d'un coûteux panneau "Espace festif et culturel", il a fallu des gens pour décider de ce nom digne des précieuses ridicules, d'autres pour débloquer des crédits, d'autres pour passer commande, d'autres enfin pour faire le travail. Et à aucun moment, le sentiment du ridicule n'a arrêté la machine.

Je lis dans les Echos : "Le PS appelle le gouvernement à un geste fiscal en faveur des ménages en 2016".

Un Français qui reviendrait d'un voyage spatial de plusieurs siècles, qui n'aurait pas subi notre lavage de cerveau quotidien, se demanderait s'il a bien débarqué en France.

Il tournerait cet étrange objet "geste fiscal" dans tous les sens d'un air perplexe. De quel geste peut-il s'agir, et fiscal en plus ? Un bras d'honneur du percepteur aux couillons de contribuables qu'il a bien baisés ? Le mouvement preste du syndicaliste véreux qui s'en met plein les poches de subventions ? Le pouce baissé du politicien qui condamne l'économie française à mort ?

Il faudrait lui expliquer longuement . "Geste fiscal" consiste pour des politiciens repus à s'abstenir ostensiblement de prendre un argent qui, de toute façon, ne leur appartient pas, qu'ils n'ont aucune légitimité à prendre, qu'ils prendront quand même par des voies détournées et dont ils feront, comme d'habitude, le plus mauvais usage, dans la plus parfaite inconséquence et avec un contentement de soi pathologique. Et tout cela dans l'espoir, hélas assez raisonnable, d'acheter des électeurs.

Il y a fort à parier que notre Français de l'espace remonte dans sa capsule dare-dare et nous quitte à jamais en criant aux fous.

Mais nous, dont le cerveau est lavé tous les jours par la com', ne nous étonnons plus de trouver dans un journal prétendu sérieux, cette expression amphigourique "geste fiscal" qui relève, au mieux, du mauvais comique.

Nous sommes prisonniers, disai-je. Les barreaux de notre prison, ce sont des mots méchants, vicieux, traîtres, qui disent le contraire de leur sens originel.

"Faire un geste", c'est à la fois généreux et condescendant. La condescendance, quel mot définit mieux le sentiment des politiciens pour les Français à qui, pourtant, ils doivent tout ? Les mots qui mentent disent encore une part de vérité. Mais il faut la chercher si loin que le débat en est étouffé.

Nous n'avons plus de mots pour nos maux.


lundi, juillet 27, 2015

Pendant qu'Hollande répand ses écrans de fumée, le naufrage continue

7 mois de travail pour l'Etat, mais pour quoi faire ?

Ce n'est pas la feuille de salaire des Français qui est compliquée, c'est la réalité qu'elle décrit

"Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes".

Magnifique description de Francois Hollande et d'une certaine technocratie française.

Mais, inversement, nous sommes menacés par le goût des idées générales fumeuses.

Nous avons le plus grand mal à trouver l'équilibre entre le concept et son application, nous sommes toujours trop dans le détail technique, complexifiant comme à plaisir, ou trop dans les nuées de la théorie sans racines dans la réalité. J'admire les Anglo-Saxons pour cela. Quand la Grande-Bretagne a pris le dessus sur la France, elle était deux fois moins peuplée.




samedi, juillet 25, 2015

Le long des voies romaines ...

John Keegan remarque que les Panzers qui remontaient en mai 1940 des Ardennes vers Abbeville suivaient une ancienne voie romaine. D'ailleurs, De Gaulle a été battu par des Allemands retranchés sur un ancien site romain (voir ici et ).

Je me faisais cette réflexion en suivant le chemin Boisne, l'ancienne voie de Périgueux (ou de Rome, tant qu'on y est) à Saintes que les Romains étaient gens de bon sens et de persévérance, deux qualités qui nous manquent terriblement.

Les voies romaines ne sont pas des œuvres de Polytechniciens, elles ne sont pas des œuvres de "brillants" mais elles ont des tracés souvent astucieux, adaptés à toutes les saisons.

Les Romains ne faisaient pas mystère des raisons, selon eux, de leurs succès : leurs origines paysannes. Un Romain est d'abord un paysan du Latium.

Et je ne puis m'empêcher de penser, naïve nostalgie, que la France cessa d'être grande quand elle cessa d'être paysanne.






Fabrice et le portable

Vous vous doutez bien que je suis entièrement d'accord avec Luchini. Je ne le dirais pas avec ses mots mais l'idée y est.

Un mien collègue, qui se reconnaîtra en lisant ces lignes, est esclave de son téléphone portable. Éloigné de celui-ci, il présente les mêmes symptômes qu'un alcoolique en manque : fébrilité, tremblements, obsession.

Un midi, nous avions convenu que nous irions déjeuner sans portable. Arrivé au bout du couloir, il a fait demi-tour pour aller le chercher. Bien sûr, il a toujours d'excellentes raisons.
Et ce n'est pas un adolescent, ou alors très attardé.

Finalement, j'ai plus d'espoir avec une adolescente qui reconnait que les raisons qu'elle se donne d'être accro au portable ne sont pas vraiment solides. L'alcoolique qui admet qu'il est alcoolique est sur la voie de la guérison.

Et moi ? Parce que c'est bien beau de critiquer ...

Ma consommation mensuelle de téléphone n'a pas dépassé le quart d'heure depuis des années, peut-être des décennies. Certains mois, je suis en dessous des cinq minutes. Et je ne suis pas un ermite.
Bien sûr, j'utilise abondamment e-mails et SMS, avec deux règles que je m'impose. La première règle, de fer : une rédaction impeccable, avec de vraies phrases, correctes, sans abréviations. La deuxième : les messages doivent avoir un contenu. Avec ces deux règles, je suis limité, je n'abuse pas.

Et puis, il y a la politesse.

Je vous laisse avec Luchini :
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Vous êtes hostile au portable?
J'en ai un comme tout le monde. Mais c'est immense, l'influence du portable sur notre existence. Une promenade, il y a encore vingt ans, dans une rue pouvait être froide, sans intérêt, mais il y avait la passante de Brassens, ces femmes qu'on voit quelques secondes et qui disparaissent. Il pouvait y avoir des échanges de regard, une possibilité virtuelle de séduction, un retour sur soi, une réflexion profonde et persistante. Personne, à part peut-être Alain Finkielkraut, n'a pris la mesure de la barbarie du portable. Il participe jour après jour à la dépossession de l'identité. Je me mets dans le lot.
N'est-ce pas un peu exagéré?
La relation la plus élémentaire, la courtoisie, l'échange de regard, la sonorité ont été anéantis pour être remplacés par des rapports mécaniques, binaires, utilitaires, performants. Dans le train, dans la rue, nous sommes contraints d'entendre des choses que nous aurions considérées comme indignes en famille. Dans mon enfance, le téléphone était au centre d'un couloir parce qu'on ne se répandait pas.
C'est le triomphe de Warhol, du «Moi». Nous vivons un chômage de masse, il y a mille personnes qui perdent leur métier par jour et ces pauvres individus ont été transformés en petites PME vagabondes. Constamment, ils déambulent comme s'ils étaient très occupés. Mais cela se fait avec notre consentement: tout le monde est d'accord, tout le monde est sympa. Et la vie qui doit être privée est offerte bruyamment à tous. Les problèmes d'infrastructures des vacances du petit à Chamonix par rapport au grand frère qui n'est pas très content, le problème du patron qui est dégueulasse: nous saurons tout! Si au moins on entendait dans le TGV: «Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène», et que, de l'autre côté du train, un voyageur répondait bien fort: «Déjà pour satisfaire à votre juste crainte, j'ai couru les deux mers que sépare Corinthe», peut-être alors le portable serait supportable.
C'était mieux avant...
«Le réel à toutes les époques était irrespirable», écrivait Philippe Muray. J'observe simplement qu'on nous parle d'une société du «care», d'une société qui serait moins brutale, moins cruelle. Je remarque qu'une idéologie festive, bienveillante, collective, solidaire imprègne l'atmosphère. Et dans ce même monde règne l'agression contre la promenade, la gratuité, la conversation, la délicatesse. Je ne juge pas. Je fais comme eux. Je rentre dans le TGV. Je mets un gros casque immonde. J'écoute Bach, Mozart ou du grégorien. Je ne regarde personne. Je n'adresse la parole à personne et personne ne s'adresse à moi. La vérité est que je prends l'horreur de cette époque comme elle vient et me console en me disant que tout deuil sur les illusions de sociabilité est une progression dans la vie intérieure.
Vous n'aimez pas notre époque...
Elle manque de musicalité. Elle est épaisse et schizophrène aussi. Elle mêle à une idéologie compassionnelle, une vraie brutalité individualo-technologique. Une des pires nouvelles des vingt dernières années a été l'invention du mot «sociétal». Pour des gens qui aiment la musique, l'avenir sentait mauvais.
Vous résistez à cette évolution ?
C'est intéressant de savoir qu'il peut y avoir une parole de résistance, même modeste. Ce qui m'amuse, c'est de mettre un peu de poésie dans l'écrasante supériorité de l'image, à l'heure de l'écrasante puissance de la bêtise. Il faut reconnaître qu'elle a pris des proportions inouïes. Ce qui est dramatique, disait Camus, c'est que «la bêtise insiste». La poésie, la musique n'insistent pas.
C'est-à-dire?
Nous sommes comme lancés dans une entreprise sans limite d'endormissement. Une entreprise magnifiquement réglée pour qu'on soit encore plus con qu'avant. Mais je ne crache pas dans la soupe, je profite à plein de ce système. Je ne pourrais pas vivre si je restais dix heures avec Le Bateau ivre. Je ne pourrais pas vivre comme Péguy, comme Rimbaud, qui finissait par trouver sacré le désordre de son esprit. Moi, je ne suis pas un héros qui se dérègle intérieurement. Je fréquente ces grands auteurs, mais rien ne m'empêche de me vautrer dans un bon Morandini. C'est peut-être pour cela que les gens ne me vivent pas comme un ennemi de classe. Au départ, je suis coiffeur, il ne faut pas l'oublier. J'étais très mauvais, mais je l'ai été pendant dix ans.
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vendredi, juillet 24, 2015

L'apocalypse des gambettes

Vous avez remarqué que la mode féminine est à l'ultra-court, genre ras-la-moule.

Depuis le printemps, c'est une exposition quasi-ininterrompue d'horreurs. Entre les jambons de cochon OGM piqué aux hormones et les cannes d'anorexique à deux doigts du coma, on ne sait plus où détourner le regard. Quand on échappe à ces deux extrêmes, c'est pour être agressé par des jambes ayant l'élégance de poteaux téléphoniques. Sans compter les attitudes, la silhouette générale, le côté mou et avachi.

Tous les jours, nous pouvons vérifier cent fois, de visu et à notre corps défendant, que Coco Chanel avait raison : les genoux sont bien la partie la plus laide du corps féminin.

Et je ne vous parle que des jeunes. Pour les vieilles, vous pouvez ajouter la peau fripée et les varices.

Si, par là dessus, vous rajoutez les tongs, vous vous demandez pourquoi Dante a créé l'Enfer.

Et puis, soudain, passe une déesse en robe fendue, au port de reine, aux gestes de danseuse. Rien ou presque de ses jambes ne se voit, tout se devine.

Celle là a compris quelque chose que les autres ignorent.

Comme photo illustrative, je n'ai trouvé que cela, vous vous en contenterez :



A moins que vous ne préfériez :