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mardi, mai 10, 2022

Qui a gagné la guerre de 14 ? (Jean-Michel Steg)

Jean-Michel Steg est un financier (il dit lui-même qu'il n'a aucun mérite : n'importe qui entré dans la finance dans les années 90 finissait par faire fortune) devenu historien.

Il a commencé par l'histoire quantitative. J'ai apprécié son livre sur le 22 août 1914, la journée la plus meurtrière de l'histoire de l'armée français (27 000 morts : la guerre d'Algérie en une journée).

A travers 6 11 novembre (11 novembre 1941, 1918, 1919, 1938, 1945, 2018), l'auteur multiplie les perspectives.

Comme tous ceux qui s'intéressent à l'histoire, il est scandalisé de la bêtise de nos contemporains qui consiste à présenter la guerre comme une sorte de catastrophe naturelle, un tremblement de terre ou une épidémie, ce qui est parfaitement idiot (mais nous vivons l'époque des crétins).

Les Poilus étaient parfaitement conscients de l'aspect politique de la guerre. Certaines lettres ouvertes par le contrôle postal sont étonnantes de ce point de vue. On n'imagine pas un tonnelier de village faire des réflexions sur la solidité de l'alliance entre l'Allemagne et l'Autriche et pourtant ...  Il faut dire que les Français de 1918 étaient autrement charpentés intellectuellement que les produits de la fabrique du crétin de 2022.

Si vous êtes féru d'histoire et de politique, ce livre ne vous apprendra pas grand'chose. Mais il peut constituer une introduction originale.

Au fait, qui a gagné la guerre de 14 ? Les Français (l'armée française de 1918 est une machine de guerre remarquable dans tous les domaines, qui vaut bien la Grande Armée de 1805). Qui a gagné la paix, malgré ce qu'ils en ont dit ? Les Allemands, avec l'aide des Ricains et des Rosbifs.

mercredi, mars 10, 2021

Les écoutes de la victoire

 C'est un complément du livre Les vainqueurs, de Michel Goya (lire l'article Les Poilus et l'anti-fragilité).

Il montre à quel point la victoire de 1918 ne doit rien à la chance.

C'est toute l'ingéniosité de la nation qui est mobilisée, et mieux que chez les Allemands.

Un exemple parmi mille : les téléphones sont monofils, le retour se faisant par la prise de terre.

Le sergent Delavie (très vite promu officier), professeur d'électricité dans un lycée technique, se rend compte que ses conversations téléphoniques sont brouillées par les conversations ennemies de la tranchée d'en face et décide d'en tirer partie. Il fait venir en première ligne des casques de TSF par l'intendant de son établissement scolaire et écoute les conversations allemandes, le général Mangin est prévenu du bon résultat et donne les moyens qu'il faut. La pratique se diffuse dans toute l'armée française en quelques semaines.

La tour Eiffel est bien entendu mise à contribution pour les écoutes radios.

L'histoire des écoutes françaises se termine par une scène extraordinaire : en 1968, Painvin, le génie du déchiffrage français, très vieux monsieur, rencontre son adversaire allemand, celui qui a élaboré la plupart des codes allemands, lui aussi très vieux.

Au bout d'un quart d'heure, l'Allemand se tait, écrasé. La conversation tourne au monologue qui dure plusieurs heures : il découvre que le Français a cassé tous ses codes.

Jamais le commandement français n'a été dans le noir sur les intentions ennemies à partir de la fin 1914. Quelquefois, l'information est arrivée trop tard pour être exploitée, ou elle a été mal évaluée, le problème récurrent étant le manque d'interprètes germanophones compétents techniquement. Mais, dans l'ensemble, le commandement français était beaucoup mieux informé que son adversaire.


mercredi, octobre 24, 2018

Commémorons le 11 novembre 1918 avec un peu d’avance, à notre manière

Sur l'excellente suggestion d'un lecteur.

Ca a une autre gueule que l'adolescent attardé de la vioque. J'ai honte d'un tel parallèle.

Allons :




Je ne suis pas pétainiste et je n'aime pas les nostalgiques du pétainisme. Mais dans mon argumentation, j'essaie d'utiliser des idées de l'époque, de manière à ne pas tomber dans le péché d'anachronisme.

Ceux qui exècrent Pétain aujourd'hui me dégoûtent, ce sont de minables salopards.

Conformistes et serviles comme ils sont, ils ne donnent aucune raison de douter qu'ils auraient été les premiers à lécher le cul du Maréchal. On connaît cette race des sycophantes, toujours au service du pouvoir. Les Joffrin (de son vrai nom Mouchard !) et compagnie auraient couru à Vichy.

Alors, que ces connards se taisent !

Il n'y a rien à changer à ce que dit De Gaulle de Pétain. Pendant la première guerre mondiale, Philippe Pétain a bien mérité de la patrie :

mardi, octobre 23, 2018

Commémorations du 11 novembre 2018 : le traitre Macron s'approprie l'histoire de France

Macron refuse d’honorer les maréchaux de la Grande guerre et veut partager l’arme nucléaire avec l’Allemagne.

Le Salon Beige nous fait son couplet pétainiste habituel (c'est un utile rappel que la connerie est éternelle) mais, à part ça, vous savez ce que je pense : Emmanuel Macron est un traitre au plein sens du terme, qui, dans un monde bien fait, conduit après procès au peloton d'exécution au fort de Montrouge.

Bien sûr, cette traitrise est, comme d'habitude dans les hautes sphères, parée des plus nobles justifications, on connaît le numéro. Mais les citoyens doivent regarder les choses en face, au-delà des boniments médiatiques.

Macron rajoute l'ignominie à la traitrise, en traitant par une communication abjecte, les Poilus comme des victimes, des petits lapinous sans défense. Juste pour remettre les choses à leur place : dans sa section en 1914, Maurice Genevoix avait un Français de Californie ayant dépassé les 50 ans, revenu exprès, alors qu'aucune crainte ne l'y obligeait (les pandores ne seraient pas allés le chercher à Los Angeles) pour faire son devoir. Ce n'était un petit lapinou sans défense. Macron est bien Hollande en pire.




Il y a toujours les fayots de service comme Dary ou Merchet, mais dans l'ensemble, les réactions sont saines :



Une des manières de rendre hommage aux soldats de 14-18 est de réfléchir à ce qu'ils ont fait. Puisque je vous parle de Michel Goya :


Les Poilus et l'anti-fragilité

Je me permets de citer Michel Goya intégralement avec quelques commentaires :

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A quelques semaines de la fin des célébrations de la Grande guerre, à la sempiternelle question « comment ont-ils tenu ? » je préfère m’interroger sur la manière dont ils ont vaincu. L’armée française ne s’est pas contentée de résister, faisant effectivement preuve d’une solidité extraordinaire, elle s’est également totalement transformée en l’espace de quatre années  seulement pour devenir la plus puissante du monde. Elle illustre ainsi parfaitement le concept développée par Nassim Nicholas Taleb d’organisation anti-fragile [excellent bouquin], c’est-à-dire de structure qui ne se dégrade pas avec les épreuves mais au contraire se renforce et se développe.

L’enracinement dans les ressources de la nation

Il faut d’abord rappeler que parmi les grandes nations belligérantes, c’est la France qui avait le moindre potentiel économique et démographique, potentiel encore amoindri par l’occupation allemande de régions industrielles. Au moment de l’armistice, c’est pourtant l’armée de cette même France qui, malgré les pertes immenses, domine. Elle surclasse une armée allemande en cours de désagrégation rapide et dépasse de loin la jeune armée américaine (équipée en grande partie par la France et dont un tiers des équipages de chars ou des servants d’artillerie sont français). L’armée britannique connait une progression de puissance très rapide mais elle ne représente encore que 60 % de la puissance française à la fin de la guerre.

Cette révolution repose d’abord sur une mobilisation sans égale de la nation. Cette nation vieillie et au régime politique instable a pourtant réussi, non sans douleurs et tensions, à mobiliser ses ressources humaines et économiques comme aucune autre dans le monde. Elle a été capable aussi d’orienter cet effort intelligemment grâce à de nombreux liens entre les mondes civil et militaire. S’il comprend quelques inconvénients le régime parlementaire oblige aussi les représentants de la nation à s’intéresser à la chose militaire. Il suffit de consulter les débats parlementaires d’avant-guerre ou simplement de lire L’armée nouvelle de Jean Jaurès pour appréhender le niveau de compétence technique des députés et sénateurs de l’époque. Beaucoup d’entre eux rejoignent d’ailleurs le front d’où ils continuent à assurer le lien avec le Parlement [par exemple, Driant tué au bois des Caures le premier jour de la bataille de Verdun].

L’armée qui se mobilise en 1914 est aussi en grande majorité composée de civils prenant l’uniforme. Ces civils viennent avec leur capital de compétences particulières dont beaucoup seront très utiles lorsque la guerre se transformera à la fin de 1914. Au printemps 1915, le lieutenant de réserve Cailloux récupère deux tracteurs à chenilles qu’il possédait dans son exploitation agricole de Tunisie et les offre à son régiment pour tracter des pièces d’artillerie lourde dans les Vosges. C’est probablement le premier emploi militaire en France d’engins à chenilles. D’un autre côté, la grande majorité des officiers possède également une culture scientifique, technique chez les Polytechniciens qui servent alors en nombre dans l’artillerie et le génie mais aussi chez les officiers des armes de mêlée qui se passionnent souvent pour les sciences humaines. Le colonel Estienne, artilleur et scientifique, pionnier à la fois de l’aviation et des chars, est l’exemple parfait de ces « connecteurs ». Malgré les apparences conservatrices, l’armée française est alors une armée ouverte.

La circulation des idées

L’information circule vite et beaucoup dans l’armée française. On ne fait en réalité qu’adapter au contexte de guerre des habitudes prises dans le temps de paix, lorsqu’après la guerre de 1870 on a créé 400 bibliothèques de garnison, plusieurs revues militaires et surtout incité les militaires, en fait les officiers, à écrire. Contrairement à la période précédente où le maréchal Mac Mahon « rayait de l’avancement tout officier qui a son nom sur un livre », il est désormais de bon ton d’avoir écrit. Les officiers brevetés de l’Ecole supérieure de guerre se présentent en donnant le nom de leur éditeur. De fait, jamais les militaires français n’ont autant écrit et débattu qu’entre 1871 et 1914. Cela ne va sans problèmes, entre effets de groupthink de la part d’hommes issus du même milieu et de la même formation ou au contraire débats violents. C’est avec un collage de doctrines peu compatibles que l’armée française entre en guerre en août 1914 mais beaucoup d’officiers ont pris l’habitude d’analyser systématiquement les choses et d’exprimer leurs idées, et cette habitude perdure pendant la guerre.

Chaque opération, chaque combat fait l’objet d’un compte-rendu, on parlerait aujourd’hui de retour d’expérience (retex), et quand on examine ces documents on est frappé par leur honnêteté voire parfois leur impertinence. Cela permet, avec le système des officiers de liaison, au Grand quartier général, d’avoir une vision assez juste des évènements. Dès les 16 et 22 août 1914, le GQG peut édicter des notes destinées à corriger les premières déficiences constatées. Ces rapports circulent aussi très vite entre divisions voisines ou par le biais de lettre et de télégrammes entre les différents réseaux de camarades des différentes promotions.

Lorsque la guerre de tranchées apparaît, les débats persistent et ne sont pas considérés comme des trahisons ou des « atteintes au moral » pour reprendre une expression récente du chef d’état-major des armées. Lorsque domine le paradigme de « l’attaque brusquée » en 1915 (la percée du front allemand par une seule grand offensive), Foch et plusieurs autres polytechniciens proposent plutôt la « conduite scientifique de la bataille » (une série de préparations-assaut pour chaque position successive jusqu’à la percée) tandis que Pétain ébauche l’idée de la « bataille latérale » (des attaques limitées sur plusieurs points séparés du front pour l’ébranler et non le percer). Lorsqu’en septembre 1915 l’offensive de Champagne marque l’impasse de l’ »attaque brusquée », on fait appel à l’ « opposition » de Foch pour conduire la grande bataille suivante sur la Somme. Après son échec relatif, c’est le modèle de Nivelle (le retour de l’attaque brusquée avec des moyens modernes) qui s’impose puis celui de Pétain.

Pétain, généralissime, organise lui-même les débats, parfois sous la direction d’un de ses adjoints pour les questions importantes (« faut-il imiter les Allemands en créant des troupes d’assaut ? » dirigé par le général Debeney) ou par le biais de la section études du GQG pour les questions plus techniques (« comment organiser le groupe de combat d’infanterie » à l’été 1917). Encore une fois, on se trompe, on se dispute mais ça bouillonne d’idées.

L’exploitation des idées

Cette manière de faire permet d’exploiter les idées et d’abord toutes celles qui ont été accumulées avant la guerre. Il faut bien comprendre que l’armée française n’a pu vaincre que parce que avant-guerre elle a consacré des ressources à des projets alternatifs. Dans un contexte de ressources rares relativement à l’Allemagne, l’armée française a accepté de « gâcher » du temps, de l’argent, quelques munitions, etc. en laissant des originaux tester des méthodes non réglementaires ou créer des prototypes. Elle a ensuite vécu toute la guerre sur cette « réserve » d’idées. Cela a d’abord été sensible pendant les premières semaines de la guerre lorsqu’après les désastres de la bataille des frontières, il a fallu innover à grande vitesse. Toutes ces idées plus ou moins cachées apparaissent au grand jour, sont testées en grandeur nature et lorsqu’elles réussissent, elles se diffuent très vite. C’est un des secrets du "miracle de la Marne" qui permet à l’armée française de compenser son infériorité en moyens disponibles pour l’entraînement des forces (les effectifs sont les mêmes pour un budget inférieur presque de moitié à celui de l’Allemagne).  

L’armée française qui se bat début septembre n’est plus la même que celle qui se battait deux semaines plus tôt. L’aviation qui n’était censée faire que l’observation apprend, avec l’aérostation retirée des places-fortes, à faire du réglage d’artillerie. Elle commence à frapper les ennemis au sol et même à engager le combat contre les autres avions. Très loin de son règlement de manœuvre, l’artillerie de campagne prépare les attaques, pratique le tir indirect, de nuit, les barrages fixes et même roulants. Ses capitaines guident les tirs à distance (quitte à écumer la France et la Suisse pour trouver du câble téléphonique). L’infanterie a appris à coordonner son action avec les artilleurs, à s’accrocher au sol et même le creuser, à diluer ses dispositifs d’attaque. La cavalerie improvise les premières automitrailleuses, se dote (parfois en les volant) d’outils afin de tenir le terrain et dope sa puissance de feu en récupérant des mitrailleuses dans les dépôts.  

A cette première phase, qui concerne surtout les innovations de méthodes, succède la nécessaire adaptation à la guerre de tranchées, qui peu ont anticipé. Cette adaptation se fait à récupérant sur « étagère » tous les prototypes techniques utiles en les perfectionnant éventuellement. L’artillerie française fonctionne ainsi avec des pièces qui ont toutes été inventées avant-guerre. L’armement de l’infanterie de tranchées est également tout entier développé à partir de prototypes déjà existants (fusil-mitrailleur Chauchat, mortiers, canon de 37 mm et même fusils semi-automatiques) ou utilisées à petite échelle dans d’autres armes (les grenades du génie).

Les équipements vraiment nouveaux viennent de l’industrie des communications et surtout de l’automobile, domaines dans lesquels la France est en pointe. La France va terminer la guerre avec 80 000 camions, 2 000 chars et 400 automitrailleuses (plus que tous les autres belligérants réunis dans les trois cas) et plus de 3 500 avions en ligne (plus que les Allemands). L’armée française est la seule à disposer de 37 régiments automobiles d’artillerie de campagne. C’est cette mobilité opérative qui va permettre de concentrer les forces d’un point à l’autre du front plus vite que toute autre armée, stopper les offensives allemandes du printemps 1918 puis de prendre et conserver l’initiative des opérations offensives.

Le soutien aux entrepreneurs

Derrière des innovations, il y a toujours des innovateurs ou plus exactement des entrepreneurs capables de porter des projets face aux difficultés de toutes sortes.

Ces entrepreneurs peuvent être des tacticiens qui, on l’a vu, proposent des modes d’action différents. Or l’armée française, plutôt rigide dans son avancement dans le temps de paix (il suffit généralement de réussir le concours de Saint-Cyr ou de Polytechnique et de ne pas se faire remarquer en mal pour y faire une brillante carrière) devient une vraie  méritocratie en temps de guerre. Plus de 40 % des généraux d’août 1914 sont limogés avant la fin de l’année et parmi les grands chefs qui conduiront l’armée vers la victoire, beaucoup ne sont que colonels (Pétain, Fayolle, Debeney ou même Nivelle) au début du conflit.

Ce sont aussi des techniciens. Le GQG est assailli de nombreuses propositions. Certaines sont peu sérieuses, comme le projet du soldat Raffray du 103e RI sur un appareillage assez fantaisiste destiné à remplacer les hommes de liaison ou celui du sous-lieutenant Malassenet proposant un nouvel alphabet télégraphique pour remplacer le morse. Ces projets sont rejetés mais ils ont été, étudiés avec soin. D’autres dossiers sont beaucoup plus importants et sérieux. En novembre 1914, le commandant du génie Duchêne propose un mortier de tranchée qui aboutit en janvier 1915 au canon de tranchée de 58 mm. Par ses multiples propositions le capitaine Sacconey réorganise à peu près complètement l’aérostation française. Les entrepreneurs les plus célèbres restent cependant les grands organisateurs des transmissions (colonel Férrié et commandant Fracque) de l’aéronautique (commandant Barès, colonel Duval), du service automobile (commandant Doumenc) et des chars (colonel Estienne), parrainés directement par le général en chef et dont ils deviennent les conseillers directs. On notera au passage le grade modeste de ces hommes à qui cette armée de plus de 330 généraux fait confiance.

Les ressources nouvelles dont disposent les armées permettent à ces hommes de créer des laboratoires tactiques où ils expérimentent leurs idées. Ces laboratoires où l’on pratique l’écoute et la stimulation mutuelle peuvent être spontanés, comme en 1915 l’escadrille MS3 des Roland Garros, Guynemer et Brocard qui expérimente le combat aérien, ou aidés par le GQG lorsque l’investissement est trop important, comme le groupement de chasse du commandant de Rose à Verdun en février 1916 ou l’Artillerie spéciale du colonel Estienne en septembre 1916 (il lui aura fallu dix mois pour créer la première unité de chars en partant de rien).

Lorsque ces laboratoires, souvent après avoir surmonté quelques déboires initiaux, obtiennent des succès, leurs procédés sont généralisés. Le groupement de Rose donne naissance aux groupes de chasse affectés à chaque armée ou à la division aérienne de 1918. La voie sacrée de Doumenc est reproduite sur la Somme puis à plusieurs exemplaires simultanés lors des offensives de 1918. La première génération de chars de 1917, très imparfaite, fait place aux 21 bataillons du remarquable char léger FT-17 de 1918 qui redonne de la puissance offensive à l’infanterie française. On est alors très près de créer des divisions blindées françaises.

Il ne suffit pas d’innover, il faut aussi faire en sorte que les nouveautés efficaces remplacent les habitudes dépassées. Dans ce processus de destruction créatrice, la régulation est assurée par un réseau d’inspections d’armes et d’écoles qui se met en place pendant la guerre avec une systématisation avec l’arrivée de Pétain à la tête de l’armée.  Chaque spécialité a ainsi son école où on recueille et synthétise les retours d’expérience et les idées avant de les transformer en règlements, bulletins et surtout en cours dispensés à tous. Les inspecteurs d’armes, qui dirigent aussi souvent ces établissements sont les conseillers directs du général en chef.

Au bilan, malgré les pertes terribles, les échecs, les tensions internes, l’armée française résiste et apprend. Même les mutineries de 1917 peuvent apparaître comme la colère de soldats professionnels qui font grève pour protester contre la manière dont ils sont utilisés. A partir du printemps 1916, les Français font jeu égal avec les Allemands et à partir de 1917, ils développent un modèle propre qui en fait l’armée la plus moderne du monde. 

La victoire est le résultat de la volonté mais aussi et surtout de l’intelligence. Ce sont aussi la liberté d’expression, les débats, le bouillonnement d’idées, la culture scientifique du corps des officiers, la culture militaire des élites civiles, l’acceptation du « gaspillage » de ressources pour les projets alternatifs qui ont rendu la victoire possible. C’était il y a cent ans.

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mardi, septembre 04, 2018

Les vainqueurs (M. Goya)

Un livre anniversaire, sur l’année de guerre 1918.

Les vainqueurs sont, sans ambiguïté, les Français, qui ont su remarquablement s’adapter, y compris au niveau industriel, puisque la France joue en 1918 le même rôle d’arsenal des alliés que joueront les Etats-Unis en 1943-44.

La grande qualité des Français, en cette dernière année de guerre, est la mobilité (1). Elle explique à la fois l’échec des offensives allemandes du printemps et la réussite des offensives alliées de l’été. L’année 1918 est très meurtrière pour tous les camps, ce qui est aujourd’hui un peu oublié, mais le moral de l’armée française, qui sent qu’elle tient la victoire, est très haut.

Malheureusement, la victoire vient trop vite. Les Allemands prennent tout le monde de court en s’adressant directement à Wilson. Celui-ci réagit d’une manière qui sera, dans ses conséquences de long terme, criminelle : l’Allemagne n’étant pas acculée à une capitulation sans conditions, elle ne perd pas la goût de la guerre (2), comme on le verra vingt ans plus tard.

De plus, les Anglo-Saxons vont favoriser l’Allemagne au nom d’une vision dépassée de l’équilibre continental.

Résultat : en 1920, à la signature des traités de paix, la France est dans une situation stratégique plus défavorable qu’en 1914. Elle a perdu l’alliance russe. L’alliance anglo-saxonne bat de l’aile. Certes, l’Allemagne est affaiblie mais pas démantelée.

Tout ce qui n’a pas été fait correctement en 1918 le sera en 1945, avec quelques dizaines de millions de morts supplémentaires.

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(1) : 50 TSF en 1914, 28 000 en 1918. 80 000 camions en 1918 contre 40 000 chez les Allemands.

(2) : les imbéciles d’aujourd’hui parlent, par anti-américanisme primaire, des bombardements massifs des villes allemandes de 1943 à 1945 comme de crimes contre l’humanité. C’est un anachronisme, une méconnaissance crasse de l’époque.

Churchill, qui savait mieux de quoi il parlait, a justifié ces bombardements par « Je veux faire passer à jamais aux Allemands le goût de la guerre ». Nul doute que les Russes raisonnaient de même en laissant faire le viol de millions d'Allemandes.

On dit souvent que les Allemands n’étaient pas coupables collectivement du nazisme, c’est faux, cette affirmation une coquetterie d’européistes. Les Allemands étaient coupables collectivement du nazisme, mais le châtiment a été appliqué pendant la guerre, pas la peine d’y revenir.

mardi, août 14, 2018

Les cent jours de la victoire

Alors que les Britanniques célèbrent la bataille d'Amiens avec la dignité qui est la leur (en 2016, pendant qu'ils faisaient une cérémonie de haute tenue à Thiepval, nous faisions courir des enfants entre les tombes à Verdun et nous avons évité de peu le concert d'un rappeur. Le contraste était à pleurer de rage), notre président, toujours aussi pitoyable sous ses grands airs, sèche la cérémonie.

Rappelons donc ce qu'est la bataille d'Amiens : c'est une des batailles des cent jours de la victoire. Celle qui fit dire à Ludendorff que le 8 aout 1918 était un jour de deuil pour l'armée allemande.

Après les offensives allemandes du printemps, les alliés contre-attaquent avec une coordination infanterie-aviaion-chars très moderne et une logistique puissante. Foch enchaine les offensives comme un boxer qui frappe des deux mains. Les états-majors atteignent un niveau d'efficacité impressionnant, le temps de préparation d'une offensive est divisé par 10 par rapport à 1916 !



La doctrine a été re-pensée à la lumière de l'expérience, les matériels, Bréguet 14, char FT17, armes d'infanterie, sont ce qui se fait de mieux, l'artillerie atteint un niveau d'efficacité stupéfiant, les soldats sont aguerris et entrainés, les officiers formés aux nouvelles techniques : l'armée française est vraiment la meilleure armée du monde en 1918, comme le sera l'armée américaine en 1944, et peut-être encore mieux.













jeudi, juillet 19, 2018

L'inévitable défaite allemande : mars-juillet 1918 (S. Ferreira)

Après l'évitable défaite française, l'inévitable défaite allemande.

J'écris souvent que les Allemands sont excellents en tactique et nullissimes en stratégie (1).

J'ai bien entendu raison (modeste, le gars) mais je ne me rendais pas compte à quel point.

Ludendorff, le commandant suprême de l'armée allemande, commence sa série d'offensives du printemps 1918 en France sans objectifs stratégiques. Ses subordonnés lui demandent plusieurs fois le critère pour juger du succès de ces offensives, pas de réponse.

Ludendorff perce suivant la logique de l'ivrogne qui cherche ses clés sous le lampadaire parce que c'est là qu'il y a de la la lumière : il perce là où c'est possible et non pas là où c'est utile.

Il y a vaguement l'idée de séparer les Anglais des Français (Hitler y parviendra en 1940), mais sans traduction concrète, sans réfléchir aux moyens d'y parvenir.

Bien sûr, les Allemands percent et remportent de grands succès tactiques, mais sans lendemain stratégique. Il y a beaucoup de morts de part et d'autre. L'armée allemande est épuisée et s'effondre. Fin de la meurtrière mascarade.

Les Allemands étaient soumis à leur obsession de la bataille décisive, alors que les Russes étaient déjà en train de poser les prémisses de l'art opératif, qui part du principe qu'entre deux belligérants modernes, il ne peut y avoir de bataille décisive, parce que les ressources modernes permettent toujours de faire une bataille de plus (2).

Il faut dire que Ludendorff n'en était pas à son coup d'essai puisqu'il est l'origine de la plus grosse faute stratégique de la guerre, l'énorme bourde teutonne, la guerre sous-marine à outrance, qui fit entrer les Etats-Unis dans le conflit (alors que Wilson était un très ferme partisan de la neutralité jusque là). Bien analysée par un officier prometteur, Charles De Gaulle, dans La discorde chez l'ennemi.

Et pour enfoncer le clou, Ludendorff a écrit dans ses mémoires, donc après coup, avec le recul, que « la tactique doit prévaloir sur la stratégie pure ». Ce qui lui a attiré les sarcasmes d'un historien allemand : « Son niveau intellectuel n'a jamais dépassé celui d'un colonel de régiment d'infanterie ».

Et puis, une remarque. Vous connaissez ma méfiance pour les premiers de la classe, que je soupçonne d'être conformistes et de rester scotchés aux vielles leçons qui leur ont valu leurs succès scolaires. Ludendorff était un de ces premiers de la classe, toujours bien classé aux concours qu'il a passés.

J'admire les Anglais pour leur capacité à cultiver l'excentricité, à lui faire une place. Cela explique sans doute qu'en stratégie, ils sont autrement plus doués que les Allemands.

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(1) : ce que le délitement de l'UE sous direction allemande prouve une fois de plus.

(2) : possibilité qui n'a pas été saisie par les Français en 1940 mais qui existait.

mercredi, juin 13, 2018

Le mythe du sauveur américain 1917-1918 (D. Lormier)

Lormier analyse la contribution matérielle des Américains à la victoire de 1918. Soyons clairs : elle est nulle (je ne m’étends pas sur le sujet, cela me semble une évidence. Mais il faut juste la rappeler : l'armement des Américains était produit ... par les Français et les effectifs opérationnels étaient négligeables).

Il y a cependant une influence politique de l’entrée en guerre américaine (que Lormier néglige) : si la guerre se poursuit en 1919, l’Allemagne aura un ennemi de plus sur les bras.

Par contre, la propagande en a fait des tonnes pour remonter le moral des Européens. Et l’image, totalement fausse, du sauveur américain est restée.




En revanche, il y a une contribution majeure qui a été complètement négligée par la propagande : celle des Italiens, qui ont vaincu l’empire austro-hongrois dans des conditions épouvantables, à travers les Alpes. Cette victoire d’octobre 1917 laisse l’Allemagne sans allié. Elle est décisive (et les chars Renault aussi) et non l'arrivée des Américains.



Je comprends que c’est un premier tome et qu’il y en aura un deuxième.

Mais si l’on s’attache à la deuxième guerre mondiale, comparez Le jour le plus long de Zanuck et Le soldat Ryan de Spielberg. Quelle est la différence ? Le second néglige complètement les contributions anglaises, canadiennes et françaises.

Et qui, bombardé par la propagande hollywoodienne, sait ou se souvient que le plus gros contributeur de la victoire à l’ouest est, de très loin, la Russie et à l’est la Chine, qui a immobilisé pendant toute la guerre les trois quarts des divisions japonaises ?

samedi, novembre 11, 2017

11 novembre 2017 : hommage à Georges Clemenceau

Ce n'est pas mon personnage historique préféré mais il fait lui reconnaître qu'en 1917 et 1918, Clemenceau fut pour la France l'homme qu'il fallait où il fallait.

Quand il arrive au pouvoir en novembre 1917, l'Allemagne, persuadée de tenir avec l'effondrement russe le déblocage stratégique qu'elle attend depuis si longtemps, a repoussé tous les sondages en vue d'une paix blanche. La montée en puissance des Américains est très lente, trop lente.

C'est l'époque où court encore chez les Poilus l'idée du printemps que la guerre n'aura pas de fin, que les femmes et les industriels de l'Arrière s'accommodent fort bien d'une guerre éternelle, où certains écourtent leur permission tellement ils se sentent mal à l'aise à l'arrière.

Clemenceau rompt le charme maléfique, il redonne une dynamique politique à défaut d'une dynamique militaire. En ces mois cruciaux où tous les gestes de désespoir et de découragement étaient possibles, il a bien mérité de la Patrie.

Tout le monde connaît l'anecdote : la seule chose que Clemenceau demande dans son cercueil, c'est un bouquet de fleurs offert par les Poilus lors d'une visite des tranchées.



mardi, août 15, 2017

Août 1917

Aout 1917 est un mois calme (à part l'incendie qui détruit un tiers de Thessalonique, rien à signaler).

Les offensives du printemps et de l'été de tous les camps ont échoué ou n'ont pas eu les résultats décisifs escomptés. Avec l'utilisation de gaz toxiques sophistiqués, on a franchi un pas de plus dans l'horreur.

Les mutineries (1) ont montré à l'Entente qu'il fallait changer de méthodes mais pas de stratégie. L'idée d'épuiser les empires centraux est juste, mais il faut qu'elle coûte moins en vies humaines alliées. Cela aboutira au « J'attends les chars et les Américains » de Pétain.

Des tentatives de négociations par l'intermédiaire du Vatican en vue d'une paix blanche ont été faites depuis le début de l'année mais, en août, c'est fini. L'effondrement russe redonne à l'Allemagne l'illusion qu'elle peut encore gagner la guerre, elle refuse ces offres (non, la responsabilité de cette guerre n'est pas également partagée entre les pays. C'est une gentillesse de laisser croire que l'Allemagne n'est pas plus coupable que les autres. Elle l'est (2)). L'heure de Clemenceau et de la guerre totale (« Ma politique ? Je fais la guerre. » ) approche (novembre 1917).

L'Allemagne croit qu'elle peut surmonter l'effet désastreux (entrée en guerre des Etats-Unis) de sa décision de guerre navale à outrance de janvier 1917 grâce à la libération pour l'ouest des troupes qui combattaient les Russes. Espoir vain comme le montrera 1918. Comme d'habitude, les Allemands sont excellents en tactique et nuls en stratégie (ils nous refont le même coup aujourd'hui avec l'Euro et l'immigration : ils engrangent des succès de court terme, mais à long terme ...).

A l'été 1917, la probabilité d'une victoire de l'Allemagne diminue ... à la condition que les Alliés tiennent le coup.






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(1) : nous ne reviendrons pas sur les interprétations vicieuses qu'en font les gauchistes à la Jospin. Rappelons juste, pour la mémoire des combattants, qu'il ne fut jamais question de déserter, de refuser de défendre, mais de refuser de monter en ligne, de refuser les offensives sanglantes et bancales.

(2) : ce n'est pas pour rien que Churchill dira, vingt-cinq ans plus tard, justifiant les bombardements des villes allemandes : « Je veux faire passer à jamais aux Allemands le goût de la guerre ».

dimanche, octobre 09, 2016

Rompre le front ? Novembre 1914-mars 1918 (R. Porte)

Livre tout à fait remarquable qui bouscule bien des idées reçues.

D'abord un peu d'auto-satisfaction. Est pleinement confirmée mon intuition de ce billet (c'est un des billets dont je suis le plus fier) :

Les généraux français de la première guerre mondiale étaient-ils des idiots sanguinaires ?

Que dit Rémy Porte ?

♘ Le désir d'offensive était partagé du bas en haut de l'échelle hiérarchique (étude des correspondances de soldats) et à l'avant comme à l'arrière. Car chacun comprenait, mieux que nous ne le faisons aujourd'hui, que l'offensive était le seul moyen de la victoire et donc de la paix.

Autant pour la légende noire, très « lutte des classes », des généraux sanguinaires envoyant à l'abattoir des poilus contraints et résignés.

♘ On note l'échec complet des stratégies de débordement, qu'elles soient militaires (Dardanelles) ou diplomatiques (entrée en guerre de de la Grèce, de la Roumanie).

♘ Il y avait dans l'armée française un bouillonnement intellectuel, qui allait jusqu'à créer du désordre, du bas en haut de l'échelle. Les leçons de chaque offensive étaient tirées rapidement, quelquefois trop.

♘ Le problème était l'échelle de temps : on a espéré la victoire en quelques semaines, puis en quelques mois. Il a fallu attendre 1917 pour que l'Etat-Major français fasse une planification à deux ans.

♘ Il est faux de dire que les sanglantes offensives alliées de 1915 à 1917 ont été inutiles. L'armée allemande s'y est épuisée et les alliés s'y sont perfectionnés. Certes, les alliés s'y sont aussi épuisés, ce qui explique les refus d'obéissance de 1917, mais le bilan n'est pas aussi négatif qu'on l'écrit aujourd'hui.

♘ L'armée française arrive à maturation matérielle et humaine, tactique et stratégique, en 1918, face à une armée allemande au bord de la rupture. Le moral du soldat de 1918 n'a plus rien à voir avec celui des mutineries de 1917. Il est mieux formé et mieux équipé, des vagues d'avions et de chars l'accompagnent (par exemple : l'industrie française a produit plus d'avions en 1918 que de 1914 à 1917), les communications par radio font qu'il n'est plus isolé, l'artillerie motorisée le suit au plus près.

L'offensive de la victoire n'a pas été la balade de santé parfois décrite, il n'en reste pas moins, que la stratégie (une succession d'offensives coordonnées sur des parties différentes du front) et la tactique furent remarquables.

Une réflexion personnelle : dans la mémoire nationale, l'année 1918 est totalement occultée, à part le 11 novembre. Combien de Français savent qu'il y a une offensive allemande au printemps et une contre-offensive alliée à l'été ? Cette occultation mérite une étude. Survalorisation du statut de victime ? Refus d'endosser le statut de vainqueur ? Je ne sais pas.


dimanche, juin 12, 2016

Une nouvelle ancienne interprétation de la première guerre mondiale ?

Pendant la première guerre mondiale, les choses étaient claires : la France défendait le monde, l'Europe surtout, contre la barbarie teutonne.

Après la guerre, le discours a changé : cette guerre était vue, surtout après la seconde, comme une absurde et suicidaire lutte fratricide entre peuples européens. Les responsabilités étaient également partagées.

Christian Millau raconte s'être taillé un succès devant le jury de Sciences Po en improvisant, alors qu'il n'en avait pas ramé une, un argumentaire sur la responsabilité de la France.

Aujourd'hui, le tabou qui pesait en France sur l'anti-germanisme est levé par les agissements du couple Merkel-Schaüble (« Nous torturons les Grecs pour que les Italiens et les Français entendent leurs cris »).

Certains reviennent donc un peu à l'interprétation française originelle de cette guerre, y compris des Allemands, avec quatre arguments :

> le bellicisme prussien.

> les exactions sur les civils occupés.

> la guerre sous-marine à outrance.

> l'impitoyable traité de Brest-Litovsk, qui enlevait toute crédibilité à une autre solution que la victoire totale.

samedi, avril 09, 2016

La grande guerre d'Apollinaire (A. Becker)

Déçu. C'est livre d'universitaire : de la cervelle mais peu de coeur, pas de tripes et un style désagréable.

J'aime Apollinaire, je m'attendais à mieux.

Apollinaire a combattu un an, 1915-1916, jusqu'à sa blessure à la tête. Il est mort le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole. Ses amis ont essayé d'expliquer qu'il était mort de l'affaiblissement du à sa blessure, donc de sa blessure, c'est un  peu capillo-tracté.



Fête

Feu d’artifice en acier
Qu’il est charmant cet éclairage
Artifice d’artificier
Mêler quelque grâce au courage
Deux fusants
Rose éclatement
Comme deux seins que l’on dégrafe
Tendent leurs bouts insolemment
IL SUT AIMER
quelle épitaphe
Un poète dans la forêt
Regarde avec indifférence
Son revolver au cran d’arrêt
Des roses mourir d’espérance
Il songe aux roses de Saadi [5]
Et soudain sa tête se penche
Car une rose lui redit
La molle courbe d’une hanche
L’air est plein d’un terrible alcool
Filtré des étoiles mi-closes
Les obus caressent le mol
Parfum nocturne où tu reposes
Mortification des roses



Les incroyables trésors de l'Histoire : la Case... par LePoint

dimanche, avril 03, 2016

La fête du bruit

Non, je ne parle pas de la manifestation stupide créée par Jack Lang pour traumatiser des générations de mélomanes, qui n'avaient rien fait pour mériter une telle horreur (à part être d'affreux « bourgeois » ?).

Je parle de la première guerre mondiale.

En effet, les combattants les plus sensibles, je pense à Apollinaire et à d'autres poètes et musiciens, ont très bien décrit le fait que la guerre n'est pas seulement atroce et ennuyeuse. Elle est aussi exaltante et belle.

Aucun feu d'artifice du 14 juillet ne vaudra jamais une attaque de nuit en 1918. C'est une symphonie fantastique comme la paix ne pourra jamais en offrir. D'autant plus que le stress accroit les capacités sensorielles des acteurs.

Je trouve que nos commémorations victimaires et misérabilistes empêchent de comprendre la guerre, c'est pourquoi je me permets de rétablir des éléments qui peuvent servir à s'imaginer la vie des combattants.

Je n'ai pas trouvé de film de la première guerre mondiale à vous montrer. En revanche, ce film sur les attaques kamikaze en 1945 rend assez bien ce que j'essaie de vous faire passer :


vendredi, avril 01, 2016

Tromper l'ennemi, l'invention du camouflage moderne 1914-1918 (C. Coutin)

Excellent livre dont je ne peux pas vous dire grand'chose parce qu'il est très visuel.

On notera la très forte participation des peintres cubistes, qui trouvaient à la fois une utilité et une planque. Ils ont notamment inventé les camouflages hachés destinés à casser les silhouettes.

L'inventivité est débordante allant de faux cadavres de chevaux en plâtre pour dissimuler les postes d'observation à un faux Paris pour détourner les bombardements.

dimanche, mars 13, 2016

Verdun : pourquoi l'armée française a-t-elle vaincu ?

Livre dans le même esprit que Soutou. Je reproduis donc la présentation que j'ai faite de l'ouvrage  de Soutou :

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Livre passionnant, qui commence par une introduction fracassante qu'on peut résumer ainsi : la guerre vue d'en bas, qui est tellement à la mode, c'est bien gentil, mais c'est étroit, mesquin et, finalement, sans grand intérêt.

Les états d'âme du poilu Tartempion tels que rendus par ses carnets, la monographie sur la tranchée 22 du secteur 425 ou l'étude sociologique sur la petite cuillère comme arme de tranchée, ça va cinq minutes. C'est voyeur et, par définition, ça ne vole pas haut.

Pour comprendre la guerre, rien ne vaut d'aller voir là où tout se décide, dans les ministères et dans les chancelleries. Soutou assume crânement son parti-pris d'historien à l'ancienne.
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On peut se demander si notre attirance contemporaine pour la guerre au ras de la tranchée n'est pas l'expression inconsciente de notre défiance vis-à-vis des institutions. Si les choses vraiment importantes se passent dans les ministères, les chancelleries et les états-majors, nous sommes très très mal barrés.

Claude Franc, lui, s'intéresse aux états-majors français et allemands pendant la bataille de Verdun.

Et sa réponse est limpide : l'armée française était mieux organisée que l'armée allemande, la hiérarchie et les responsabilités de chaque niveau mieux définies.

Joffre, Pétain et Nivelle sont conjointement vainqueurs de Verdun. L'auteur est plutôt joffriste.

Malheureusement, les leçons tirées de Verdun sont fausses et Nivelle croit à tort que la percée décisive est de nouveau possible.

En réalité, la percée décisive, d'un coté comme de l'autre, est rendue impossible par la différence de vitesse entre l'attaquant à pied et le défenseur qui déplace ses réserves en chemin de fer. Il faudra en 1918 que l'armée allemande n'ait plus de réserves à déplacer et que l'infanterie alliée se déplace en camions, appuyée par des chars et des avions, pour que la percée ait lieu.

On classe souvent Verdun comme la dernière victoire française (alors que l'offensive des cent jours de 1918 le mérite plus).

L'auteur conclut par le martyrologe de l'infanterie française, déviant de son dessein initial. Les actes d'héroïsme furent innombrables. Claude Franc en cite un parmi tant d'autres : le colonel Delaperche à la tête de son régiment contre-attaquant dans l'urgence à la côte de Talou « Sac à terre. Baïonnette au canon. Pour la France » (les discours lyriques, c'est Hollywood). Il est tué par un lieutenant allemand qui faisait mine de se rendre alors que l'objectif est atteint.







dimanche, février 21, 2016

Transformation 1916-Le processus d'innovation de l'armée française de l'hiver 1915 à la bataille de la Somme

Transformation 1916-Le processus d'innovation de l'armée française de l'hiver 1915 à la bataille de la Somme

Je vous renvoie vers cet article où l'on voit que l'armée française a tenté de tirer les leçons de ses échecs. Car le mythe des Poilus pauvres victimes de généraux sanguinaires et incompétents m'insupporte. Ce mythe est une mensonge pour justifier notre lâcheté vis-à-vis de la guerre et de nos aïeux guerriers.

J'ai écrit un billet sur la question il y a six ans que je relis sans regret ni remords :

Les généraux français de la première guerre mondiale étaient-ils des idiots sanguinaires ?

Maintenant, dès que j'entends « les généraux français étaient des salauds », je me bats suivant les lignes de ce billet en commençant par « D'accord, c'était des salauds. Et toi, qu'est-ce que tu aurais fait à leur place ? ».

Il ne faut pas longtemps pour constater que mon interlocuteur a parlé sans y avoir réfléchi.


samedi, novembre 14, 2015

Discours de Robert Ménard, maire de Béziers, lors de la cérémonie du 11 novembre

Discours de Robert Ménard, maire de Béziers, lors de la cérémonie du 11 novembre

Je sais que, même parmi les conservateurs, la première guerre mondiale fait polémique. On peut en effet l'interpréter comme le grand massacre républicain de la paysannerie française. Mais cela n'enlève rien au courage des combattants.

C'est pourquoi je trouve le discours de Robert Ménard très juste.




samedi, novembre 07, 2015

Le feu aux poudres (G. Krumeich)

Krumeich répond aux Somnambules de Christopher Clarck.

Clark partage très également les responsabilités du déclenchement de la première guerre mondiale entre tous les acteurs. Notamment, il exonère les Allemands d'une partie de leurs responsabilités en arguant que ce sont les Russes qui ont mobilisé les premiers.

Je me demande si Clark n'a pas une préoccupation idéologique contemporaine : si tout le monde est coupable, personne n'est coupable, y compris l'Allemagne, et vive l'européisme !

Car la question des responsabilités de la première guerre mondiale tourne en réalité autour du degré de culpabilité de l'Allemagne. Très peu envisagent sérieusement d'attribuer à la France ou à la Russie une responsabilité supérieure à celle des autres.

La question est donc : «L'Allemagne est-elle plus ou autant coupable que les autres puissances ?».

Krumeich répond nettement à Clark.

Certes, les responsabilités sont très partagées mais l'Allemagne est plus coupable que les autres parce qu'elle est la seule dont les plans agressifs et minutés ne laissaient aucune place à la négociation pour sauver la paix.

Pour les Russes, la mobilisation est à la fois une précaution et un moyen de pression diplomatique. Autrement dit, la mobilisation n'entraine pas automatiquement la guerre.

En revanche, les Allemands sont contraints par leurs plans d'attaque précoce de considérer la mobilisation comme une déclaration de guerre, mais, ça, les Russes ne peuvent pas le savoir (même s'ils pourraient s'en douter).

D'ailleurs, les Allemands sont gênés par les demandes de négociation des Russes. Ils n'avaient prévu qu'une seule entrée en guerre : un conflit local, probablement balkanique, dégénère, la guerre est déclarée dans la foulée, on attaque de suite. Le simple fait de ne pas avoir pensé que les autres protagonistes voudraient discuter et négocier et que la guerre ne serait pas déclenchée de manière automatique et rapide montre la position belliciste des Allemands.

Certes, les Allemands sont en partie contraints par leur position géographique centrale et la guerre sur deux fronts. Mais il y avait une autre solution que la guerre-éclair : il ne fallait pas se mettre des gens à dos à la fois à l'est et à l'ouest.

En effet, l'Allemagne a cherché jusque dans les années 1890 à se ménager des alliances anglaises et russes pour, justement, éviter cette tenaille, puis y a renoncé. Cette renonciation allemande à la diplomatie et le choix de la solution militaire sont bien les causes lointaines (et allemandes) de la première guerre mondiale.

A chaque étape de l'été 14, les militaires allemands ont pris un peu plus le pas sur les civils. Et pour quel résultat ? Malgré l'aide involontaire de cette nullité de Joffre, leurs calculs militaires et stratégiques se sont révélés faux.

Gerd Krumeich est proche des thèses de Pierre Renouvin. On peut préférer ce dernier, mieux écrit, et en français.

Décidément, j'ai du mal avec l'Allemagne. Deux guerres mondiales et aujourd'hui le joug européiste, ça commence à faire beaucoup.

Vous connaissez sans doute la vieille thèse anti-allemande : L'Allemagne, pays mal foutu, est portée, par son déséquilibre même, à tous les excès. Elle est un facteur de trouble et de désordre. Le monde se porterait mieux si l'Allemagne n'existait pas. Un peu radical, mais je me demande s'il n'y a pas un fond de vérité.

 L'Allemagne a été écrasée en 1918 et le sera encore en 1945 et c'est ce pays qu'on laisse diriger l'Europe ?

The German Century
Many of the ideas that inspired World War II live on in postmodernist thought.


jeudi, mai 14, 2015

1914-1920 La grande illusion, quand la France perdait la paix (GH Soutou)

Livre passionnant, qui commence par une introduction fracassante qu'on peut résumer ainsi : la guerre vue d'en bas, qui est tellement à la mode, c'est bien gentil, mais c'est étroit, mesquin et, finalement, sans grand intérêt.

Les états d'âme du poilu Tartempion tels que rendus par ses carnets, la monographie sur la tranchée 22 du secteur 425 ou l'étude sociologique sur la petite cuillère comme arme de tranchée, ça va cinq minutes. C'est voyeur et, par définition, ça ne vole pas haut.

Pour comprendre la guerre, rien ne vaut d'aller voir là où tout se décide, dans les ministères et dans les chancelleries. Soutou assume crânement son parti-pris d'historien à l'ancienne.

Suivons-le.

Premier point, qui ne surprendra que les imbéciles, la France avait des buts de guerre. Il y a même eu une commission d'une trentaine de sommités politiques, universitaires et militaires qui fut chargée d'y réfléchir. Enfouis dans la poussière du Quai d'Orsay, ses rapports sont très intéressants et, sur certains sujets comme l'Ukraine ou les rapports des peuples slaves et de la Russie, étonnants d'actualité.

Deuxième point, ces buts de guerre ont varié avec le déroulement des événements. C'est bête à écrire : à cause de notre savoir rétrospectif, nous oublions trop souvent que l'issue d'une guerre est toujours incertaine et que, pendant celle-ci, tout est subordonnée à l'atteinte de la victoire. En fonction des velléités de détacher l'Autriche de l'Allemagne ou de la peur que la Russie ne conclut une paix séparée, les positions françaises sur les découpages territoriaux à l'est ont fluctué. On a du mal à se projeter à un siècle quand on n'est pas sûr que demain ne sera pas le jour de la défaite.

Troisième point, conséquence direct du point précédent, les buts de guerre ne furent jamais fixés de manière définitive jusqu'à ce qu'ils soient gravés dans le marbre par les traités de «banlieue parisienne» (Versailles, Trianon, Sèvres, Saint Germain en Laye).

Une occasion pour une paix négociée s'ouvre fin 1916-début 1917. Les contacts furent beaucoup plus sérieux qu'on ne l'a dit par la suite (évidemment : comme cela s'est mal terminé, personne n'avait intérêt à se vanter de ces contacts). Mais l'effondrement russe restaure l'Allemagne dans l'espoir d'une victoire rapide et referme la fenêtre d'opportunité. Par cette occasion manquée, les Européens ouvrent la voie à l'hégémonie américaine.

Soutou analyse sous l'angle politico-militaire la désastreuse offensive Nivelle du printemps 17. Soutou ne cite pas Churchill mais il aurait pu : «Au sommet, politique et stratégie militaire sont une seule et même chose» (1).

Il voit trois tendances politiques dans les décideurs français : les défaitistes, les jusqu'au-boutistes et les modérés.

Les premiers veulent une paix blanche au plus vite avant que les Allemands ne gagnent la guerre. Ils sont très minoritaires.

Les seconds veulent un règlement de paix punitif pour l'Allemagne. Il faut éviter que les Américains ne s'en mêlent trop, donc il faut  donc une victoire rapide avant l'intervention américaine et, surtout, il faut devancer l'offensive allemande de printemps. Ils poussent à l'offensive Nivelle, à l'assaut frontal.

Enfin, les derniers veulent prendre des gages à l'Allemagne et obtenir des garanties mais dans une mesure acceptable pour les Américains. Ils se rallient à la stratégie prudente de Pétain : « J'attends les chars et les Américains ». Ils étaient également partisans de la stratégie périphérique.

Un pseudo-cabinet de guerre (Poincaré, jusqu'au-boutiste, est absent) prend le 3 avril 1917, le jour de l'entrée en guerre des Etats-Unis, une décision modérée et Nivelle accepte des objectifs très limités. Mais l'état-major, jusqu'au-boutiste lui aussi, parvient, avec l'aide de Poincaré, à renverser cette décision (2). Et c'est l'offensive Nivelle que nous connaissons.

Contrairement à ce qui s'est passé en 1914, quand l'état-major français n'avait pas du tout anticipé l'emploi des réservistes allemands dès le premier jour de la guerre, et malgré la surprise de l'effondrement de l'automne 1918, les Alliés ont une assez bonne évaluation de leurs ennemis en 1917.

Cependant, la rapidité de l'écroulement allemand surprend tout le monde. Les militaires teutons se débrouillent remarquablement bien pour faire porter aux civils la responsabilité de l'armistice et du traité de Versailles, donnant naissance au mythe du coup de poignard dans le dos, qui aura le succès que l'on sait. En réalité, les militaires allemands géraient le pays depuis 1916 et portent pleinement la responsabilité de la défaite, mais la politique se nourrit parfois plus de mythes que de faits.

Les Allemands ne s'adressent qu'aux Américains et parviennent à diviser les Alliés. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France arrivent à la table des négociations en n'étant d'accord deux à deux ni sur l'Allemagne ni sur la Russie. Peut-être est-ce de la vanité de ma part, mais il me semble que la position de la France, la plus méfiante, était la plus exacte.

On sombre dans les compromis bancals. De plus, en juin 1919, au moment de la négociation finale, les Alliés avaient commencé à démobiliser alors que l'armée allemande, réorganisée, était plus forte qu'en novembre 1918, ce qui empêchait les Français de montrer les dents.

Tout ceci fera dire à Jacques Bainville que le traité de Versailles est trop mou pour ce qu'il a de dur et trop dur pour qu'il a de mou. Pour Bainville, il fallait choisir : ou se réconcilier avec l'Allemagne, ou la démembrer. On a pris une voie intermédiaire qui cumule les inconvénients : une Allemagne hostile qui reste malgré tout puissante.

Remarquons que le démembrement de l'Allemagne est la voie qui fut suivie, par la force des choses entre 1945 et 1989, et que l'Europe de l'ouest ne s'en est pas plus mal portée. J'aime tellement l'Allemagne que je préfère quand il y en a deux.

En conclusion, lecture très intéressante, d'autant plus que certaines questions du début du siècle dernier redeviennent frappantes d'actualité.

On a beaucoup dit, dans les années1990-2000, que la guerre froide avait gelé en Europe les problèmes de nationalités, de minorités et de frontières et qu'ils revenaient du fond des glaces tels Hibernatus. On l'a dit, mais je ne suis pas sûr qu'on en ait pris toute la mesure.

La chute du mur de Berlin et la réunification allemande rendent obsolète et anachronique l'idée même d'Union Européenne. J'ai cru un temps, comme beaucoup, qu'il s'agissait juste d'un problème de modalités et de fonctionnement, mais non. La puissance allemande au centre de l'Europe rend impossible une union équilibrée de nations souveraines, l'idée d'union européenne est devenue invivable. On peut juste avoir une union de vassaux, un zollverein (3), bien connu des Allemands, puisque l'unification bismarckienne a commencé par un zollverein.

Cette analyse travaille certains Anglais et constitue le fond de leur euro-scepticisme. J'attends avec impatience que les dirigeants français prennent conscience de cette nouvelle donne qui était en germe depuis vingt ans et qui est en train d'éclore.

Vous me direz que certains politiciens français ont déjà franchi cette étape et ont déjà choisi. Malheureusement pour la France, ils ont choisi la vassalisation allemande.





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(1) : digression : ceux qui croient Hitler idiot feraient mieux de prendre au sérieux cette citation de son plus farouche ennemi, ils comprendraient que la plupart de ses décisions militaires aventureuses ont des motivations politiques réfléchies (par exemple, prouver aux occidentaux que l'Allemagne nazie est le meilleur rempart contre l'ours bolchévique).

(2) : ce renversement de décision se fait d'une manière qui n'étonnera pas les habitués des grosses organisations. La décision modérée du 3 avril, qu'on connaît par les témoignages, les correspondances et les carnets intimes, n'a pas été traduite immédiatement par un compte-rendu écrit et diffusé. Les jusqu'au boutistes continuent sur leur lancée, aucun des modérés ne prend le leadership pour rappeler la décision du 3 avril, qui tombe dans l'oubli.

(3) : union douanière