J'ai repris ma lecture de The collapse of the third republic, de William Shirer.
Après l'invasion de la Tchécoslovaquie en mars 1939, en violation des accords de Munich, il ne peut plus y avoir aucun doute : Herr Hitler n'est pas un gentleman.
Cette situation soulève le problème du courage moral et intellectuel.
Le courage moral consiste à ne pas chercher d'excuses au mal, même quand il est en position de force. A part notre ministre des affaires étrangères, Georges Bonnet, qui est un lâche au dernier degré, tous les dirigeants français et anglais de 1939 l'ont à peu près.
En revanche, le courage intellectuel, voir ce que l'on voit, reconnaître ses torts et ses erreurs et en tirer une leçon, c'est une autre histoire.
Halifax (ministre des affaires étrangères britannique dans la période cruciale entre 19138 et 1940), donne l'impression, même après 1945, de ne pas avoir compris qu'il s'était fait couillonnner par Hitler et comment.
Il est de ces intelligences étroites, qui peuvent exceller sur des points techniques mais sont incapables de prendre de la hauteur. Significativement, il prend les envolées lyriques de Churchill (dont l'intelligence est à l'opposé de la sienne : beaucoup de vision et égarement sur les détails) pour du théâtre grotesque et malséant.
Certes, elles le sont. Mais Halifax est incapable de comprendre qu'elles ne sont pas que cela.
Anecdote révélatrice de l'opposition d'intelligences Halifax-Churchill. En 1946, quand Churchill prononce à Fulton son célèbre discours sur le rideau de fer abattu sur l'Europe, Halifax, qui est encore ambassadeur aux Etats-Unis (c'est en l'expédiant à ce poste que Churchill s'en est débarrassé en 1940), lui fait la remarque qu'il s'est laissé emporter. Churchill répond que non et que, de toute façon, le communisme disparaîtra de Russie vers les années 80 !
Un type comme Halifax est un jouet dans les mains d'Hitler.
Pour Chamberlain, le jugement est moins sévère : son absence de franc soutien à Halifax et son petit soutien réticent à Churchill en mai 1940 laissent penser que, très tardivement, il a eu quelques lumières sur le machiavélisme hitlérien.
Coté dirigeants français, ce n'est pas très glorieux non plus.
Il ne s'agit pas d'idiots à proprement parler, en ce sens que ces gens sont capables, sur des sujets moins brulants, de se montrer moins épais. Mais là, leur esprit se ferme parce qu'ils n'ont pas les tripes de regarder les choses en face, et il en résulte de la bonne bêtise bien pure, sans filtre.
Nota : au cours d'une conférence fort intéressante sur Les vainqueurs, Michel Goya, interrogé sur les causes militaires de la défaite de 1940 cite l'incompétence. Il donne un exemple : lors des heures difficiles du printemps 1918, la France a toujours eu deux armées en réserve. En 1940, au bout de six jours d'offensive allemande, Gamelin n'a plus de réserves (la fameuse « plus grande surprise de ma vie » de Churchill).
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dimanche, octobre 06, 2019
samedi, mars 02, 2019
L'armée des sans-couilles sera l'armée du désastre
Je vous ai parlé de l'armée des sans-couilles. Michel Goya abonde dans mon sens :
La censure des militaires comme prélude aux désastres
**********
Sous le Second Empire, on rayait de l’avancement tout officier dont le nom se trouvait sur la couverture d’un livre. En 1935, après la publication de Vers l’armée de métier par le lieutenant-colonel de Gaulle, il était imposé un imprimatur officiel à toute publication d’article ou de livre par un militaire. Le général Weygand parlera plus tard d’un vent glacial vidant d’un seul coup un espace intellectuel jusque-là bien occupé. Dans les années qui ont suivi ces deux exemples, la France a subi un désastre militaire qui, à chaque fois, a été qualifié de défaite intellectuelle.
Inversement, les forces armées françaises n’ont vraiment été fortes que lorsqu’elles ont non seulement pensé, cela toutes les organisations le font, mais débattues. Les innovations militaires de la Révolution et de l’Empire n’auraient jamais eu lieu sans les « Lumières militaires », la victoire de 1918 n’aurait pas été possible sans le bouillonnement intellectuel qui a précédé et accompagné. Il y a eu des centaines de livres et d’articles écrits par des militaires avant 1914. On y réfléchissait sur son propre métier, de la même façon qu’il y avait des débats dans les autres disciplines, comme la médecine, ou dans les sciences. Rétrospectivement, on y trouve beaucoup de bêtises, mais pas plus que dans les doctrines officielles, mais aussi tout le stock d’idées alternatives qui a permis au bouillonnement intellectuel de perdurer pendant la guerre, d’innover à grande vitesse et justement de faire évoluer les doctrines, jusqu’à la victoire finale. Après le désastre de 1940, l’armée de la France libérée a connu à son tour une effervescence de réflexions professionnelles sur tous les domaines, depuis l’emploi des blindés jusqu’aux nouvelles formes de guerre et l’appréhension du phénomène nucléaire.
[…]
En 2005, le général Petraeus demandait au général britannique Aylwin-Foster de faire dans la Military Review une critique de l’action militaire américaine en Irak. Le constat n’était pas flatteur, mais il était pourtant à l’intérieur une revue institutionnelle américaine. Il a suscité par la suite un débat, qui a contribué, avec de multiples autres contributions dans d’autres revues comme la Marines Corps Gazette ou Parameters, à faire évoluer la pratique militaire américaine en Irak. Aucune intrusion dans le champ politique, aucun secret dévoilé évidemment, mais un débat entre professionnels sur la manière de l’emporter sur le terrain. Inversement, le politique ne se mêle pas de ces choses techniques.
[…]
Quitte à imiter les Américains autant imiter ce qu’ils font de bien, et leur liberté de réflexion professionnelle, préservée de toute intrusion politique, est un modèle. On doit pouvoir faire au moins aussi bien dans ce domaine. Cela sera bien plus utile pour la France qu’une censure politique qui au regard de l’histoire s’apparente toujours finalement à une forme de traîtrise.
**********
Evidemment, vous ne tombez pas de l'armoire, vous savez déjà que je considère nos dirigeants comme des traitres de plein exercice.
Bon, la première étape du redressement, c'est un parti politique patriote avec un chef qui tient la route. Un parti dans lequel les Gilets jaunes originels pourraient se reconnaître.
Commençons par ce qui n'est pas trop difficile : dégageons le paysage politique. Objectif : aux Européennes, LREM à 15 % et LR à 5 %. Votez pour n'importe quel parti (pas de blanc, pas de nul, pas d'abstention) sauf un de ces deux là.
La censure des militaires comme prélude aux désastres
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Sous le Second Empire, on rayait de l’avancement tout officier dont le nom se trouvait sur la couverture d’un livre. En 1935, après la publication de Vers l’armée de métier par le lieutenant-colonel de Gaulle, il était imposé un imprimatur officiel à toute publication d’article ou de livre par un militaire. Le général Weygand parlera plus tard d’un vent glacial vidant d’un seul coup un espace intellectuel jusque-là bien occupé. Dans les années qui ont suivi ces deux exemples, la France a subi un désastre militaire qui, à chaque fois, a été qualifié de défaite intellectuelle.
Inversement, les forces armées françaises n’ont vraiment été fortes que lorsqu’elles ont non seulement pensé, cela toutes les organisations le font, mais débattues. Les innovations militaires de la Révolution et de l’Empire n’auraient jamais eu lieu sans les « Lumières militaires », la victoire de 1918 n’aurait pas été possible sans le bouillonnement intellectuel qui a précédé et accompagné. Il y a eu des centaines de livres et d’articles écrits par des militaires avant 1914. On y réfléchissait sur son propre métier, de la même façon qu’il y avait des débats dans les autres disciplines, comme la médecine, ou dans les sciences. Rétrospectivement, on y trouve beaucoup de bêtises, mais pas plus que dans les doctrines officielles, mais aussi tout le stock d’idées alternatives qui a permis au bouillonnement intellectuel de perdurer pendant la guerre, d’innover à grande vitesse et justement de faire évoluer les doctrines, jusqu’à la victoire finale. Après le désastre de 1940, l’armée de la France libérée a connu à son tour une effervescence de réflexions professionnelles sur tous les domaines, depuis l’emploi des blindés jusqu’aux nouvelles formes de guerre et l’appréhension du phénomène nucléaire.
[…]
En 2005, le général Petraeus demandait au général britannique Aylwin-Foster de faire dans la Military Review une critique de l’action militaire américaine en Irak. Le constat n’était pas flatteur, mais il était pourtant à l’intérieur une revue institutionnelle américaine. Il a suscité par la suite un débat, qui a contribué, avec de multiples autres contributions dans d’autres revues comme la Marines Corps Gazette ou Parameters, à faire évoluer la pratique militaire américaine en Irak. Aucune intrusion dans le champ politique, aucun secret dévoilé évidemment, mais un débat entre professionnels sur la manière de l’emporter sur le terrain. Inversement, le politique ne se mêle pas de ces choses techniques.
[…]
Quitte à imiter les Américains autant imiter ce qu’ils font de bien, et leur liberté de réflexion professionnelle, préservée de toute intrusion politique, est un modèle. On doit pouvoir faire au moins aussi bien dans ce domaine. Cela sera bien plus utile pour la France qu’une censure politique qui au regard de l’histoire s’apparente toujours finalement à une forme de traîtrise.
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Evidemment, vous ne tombez pas de l'armoire, vous savez déjà que je considère nos dirigeants comme des traitres de plein exercice.
Bon, la première étape du redressement, c'est un parti politique patriote avec un chef qui tient la route. Un parti dans lequel les Gilets jaunes originels pourraient se reconnaître.
Commençons par ce qui n'est pas trop difficile : dégageons le paysage politique. Objectif : aux Européennes, LREM à 15 % et LR à 5 %. Votez pour n'importe quel parti (pas de blanc, pas de nul, pas d'abstention) sauf un de ces deux là.
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trahison de la classe dirigeante
mardi, octobre 23, 2018
Commémorations du 11 novembre 2018 : le traitre Macron s'approprie l'histoire de France
Macron refuse d’honorer les maréchaux de la Grande guerre et veut partager l’arme nucléaire avec l’Allemagne.
Le Salon Beige nous fait son couplet pétainiste habituel (c'est un utile rappel que la connerie est éternelle) mais, à part ça, vous savez ce que je pense : Emmanuel Macron est un traitre au plein sens du terme, qui, dans un monde bien fait, conduit après procès au peloton d'exécution au fort de Montrouge.
Bien sûr, cette traitrise est, comme d'habitude dans les hautes sphères, parée des plus nobles justifications, on connaît le numéro. Mais les citoyens doivent regarder les choses en face, au-delà des boniments médiatiques.
Macron rajoute l'ignominie à la traitrise, en traitant par une communication abjecte, les Poilus comme des victimes, des petits lapinous sans défense. Juste pour remettre les choses à leur place : dans sa section en 1914, Maurice Genevoix avait un Français de Californie ayant dépassé les 50 ans, revenu exprès, alors qu'aucune crainte ne l'y obligeait (les pandores ne seraient pas allés le chercher à Los Angeles) pour faire son devoir. Ce n'était un petit lapinou sans défense. Macron est bien Hollande en pire.
Il y a toujours les fayots de service comme Dary ou Merchet, mais dans l'ensemble, les réactions sont saines :
Une des manières de rendre hommage aux soldats de 14-18 est de réfléchir à ce qu'ils ont fait. Puisque je vous parle de Michel Goya :
Les Poilus et l'anti-fragilité
Je me permets de citer Michel Goya intégralement avec quelques commentaires :
*********
A quelques semaines de la fin des célébrations de la Grande guerre, à la sempiternelle question « comment ont-ils tenu ? » je préfère m’interroger sur la manière dont ils ont vaincu. L’armée française ne s’est pas contentée de résister, faisant effectivement preuve d’une solidité extraordinaire, elle s’est également totalement transformée en l’espace de quatre années seulement pour devenir la plus puissante du monde. Elle illustre ainsi parfaitement le concept développée par Nassim Nicholas Taleb d’organisation anti-fragile [excellent bouquin], c’est-à-dire de structure qui ne se dégrade pas avec les épreuves mais au contraire se renforce et se développe.
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Le Salon Beige nous fait son couplet pétainiste habituel (c'est un utile rappel que la connerie est éternelle) mais, à part ça, vous savez ce que je pense : Emmanuel Macron est un traitre au plein sens du terme, qui, dans un monde bien fait, conduit après procès au peloton d'exécution au fort de Montrouge.
Bien sûr, cette traitrise est, comme d'habitude dans les hautes sphères, parée des plus nobles justifications, on connaît le numéro. Mais les citoyens doivent regarder les choses en face, au-delà des boniments médiatiques.
Macron rajoute l'ignominie à la traitrise, en traitant par une communication abjecte, les Poilus comme des victimes, des petits lapinous sans défense. Juste pour remettre les choses à leur place : dans sa section en 1914, Maurice Genevoix avait un Français de Californie ayant dépassé les 50 ans, revenu exprès, alors qu'aucune crainte ne l'y obligeait (les pandores ne seraient pas allés le chercher à Los Angeles) pour faire son devoir. Ce n'était un petit lapinou sans défense. Macron est bien Hollande en pire.
Il y a toujours les fayots de service comme Dary ou Merchet, mais dans l'ensemble, les réactions sont saines :
Une des manières de rendre hommage aux soldats de 14-18 est de réfléchir à ce qu'ils ont fait. Puisque je vous parle de Michel Goya :
Les Poilus et l'anti-fragilité
Je me permets de citer Michel Goya intégralement avec quelques commentaires :
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A quelques semaines de la fin des célébrations de la Grande guerre, à la sempiternelle question « comment ont-ils tenu ? » je préfère m’interroger sur la manière dont ils ont vaincu. L’armée française ne s’est pas contentée de résister, faisant effectivement preuve d’une solidité extraordinaire, elle s’est également totalement transformée en l’espace de quatre années seulement pour devenir la plus puissante du monde. Elle illustre ainsi parfaitement le concept développée par Nassim Nicholas Taleb d’organisation anti-fragile [excellent bouquin], c’est-à-dire de structure qui ne se dégrade pas avec les épreuves mais au contraire se renforce et se développe.
L’enracinement dans les ressources de la nation
Il faut d’abord rappeler que parmi les grandes nations belligérantes, c’est la France qui avait le moindre potentiel économique et démographique, potentiel encore amoindri par l’occupation allemande de régions industrielles. Au moment de l’armistice, c’est pourtant l’armée de cette même France qui, malgré les pertes immenses, domine. Elle surclasse une armée allemande en cours de désagrégation rapide et dépasse de loin la jeune armée américaine (équipée en grande partie par la France et dont un tiers des équipages de chars ou des servants d’artillerie sont français). L’armée britannique connait une progression de puissance très rapide mais elle ne représente encore que 60 % de la puissance française à la fin de la guerre.
Cette révolution repose d’abord sur une mobilisation sans égale de la nation. Cette nation vieillie et au régime politique instable a pourtant réussi, non sans douleurs et tensions, à mobiliser ses ressources humaines et économiques comme aucune autre dans le monde. Elle a été capable aussi d’orienter cet effort intelligemment grâce à de nombreux liens entre les mondes civil et militaire. S’il comprend quelques inconvénients le régime parlementaire oblige aussi les représentants de la nation à s’intéresser à la chose militaire. Il suffit de consulter les débats parlementaires d’avant-guerre ou simplement de lire L’armée nouvelle de Jean Jaurès pour appréhender le niveau de compétence technique des députés et sénateurs de l’époque. Beaucoup d’entre eux rejoignent d’ailleurs le front d’où ils continuent à assurer le lien avec le Parlement [par exemple, Driant tué au bois des Caures le premier jour de la bataille de Verdun].
L’armée qui se mobilise en 1914 est aussi en grande majorité composée de civils prenant l’uniforme. Ces civils viennent avec leur capital de compétences particulières dont beaucoup seront très utiles lorsque la guerre se transformera à la fin de 1914. Au printemps 1915, le lieutenant de réserve Cailloux récupère deux tracteurs à chenilles qu’il possédait dans son exploitation agricole de Tunisie et les offre à son régiment pour tracter des pièces d’artillerie lourde dans les Vosges. C’est probablement le premier emploi militaire en France d’engins à chenilles. D’un autre côté, la grande majorité des officiers possède également une culture scientifique, technique chez les Polytechniciens qui servent alors en nombre dans l’artillerie et le génie mais aussi chez les officiers des armes de mêlée qui se passionnent souvent pour les sciences humaines. Le colonel Estienne, artilleur et scientifique, pionnier à la fois de l’aviation et des chars, est l’exemple parfait de ces « connecteurs ». Malgré les apparences conservatrices, l’armée française est alors une armée ouverte.
La circulation des idées
L’information circule vite et beaucoup dans l’armée française. On ne fait en réalité qu’adapter au contexte de guerre des habitudes prises dans le temps de paix, lorsqu’après la guerre de 1870 on a créé 400 bibliothèques de garnison, plusieurs revues militaires et surtout incité les militaires, en fait les officiers, à écrire. Contrairement à la période précédente où le maréchal Mac Mahon « rayait de l’avancement tout officier qui a son nom sur un livre », il est désormais de bon ton d’avoir écrit. Les officiers brevetés de l’Ecole supérieure de guerre se présentent en donnant le nom de leur éditeur. De fait, jamais les militaires français n’ont autant écrit et débattu qu’entre 1871 et 1914. Cela ne va sans problèmes, entre effets de groupthink de la part d’hommes issus du même milieu et de la même formation ou au contraire débats violents. C’est avec un collage de doctrines peu compatibles que l’armée française entre en guerre en août 1914 mais beaucoup d’officiers ont pris l’habitude d’analyser systématiquement les choses et d’exprimer leurs idées, et cette habitude perdure pendant la guerre.
Chaque opération, chaque combat fait l’objet d’un compte-rendu, on parlerait aujourd’hui de retour d’expérience (retex), et quand on examine ces documents on est frappé par leur honnêteté voire parfois leur impertinence. Cela permet, avec le système des officiers de liaison, au Grand quartier général, d’avoir une vision assez juste des évènements. Dès les 16 et 22 août 1914, le GQG peut édicter des notes destinées à corriger les premières déficiences constatées. Ces rapports circulent aussi très vite entre divisions voisines ou par le biais de lettre et de télégrammes entre les différents réseaux de camarades des différentes promotions.
Lorsque la guerre de tranchées apparaît, les débats persistent et ne sont pas considérés comme des trahisons ou des « atteintes au moral » pour reprendre une expression récente du chef d’état-major des armées. Lorsque domine le paradigme de « l’attaque brusquée » en 1915 (la percée du front allemand par une seule grand offensive), Foch et plusieurs autres polytechniciens proposent plutôt la « conduite scientifique de la bataille » (une série de préparations-assaut pour chaque position successive jusqu’à la percée) tandis que Pétain ébauche l’idée de la « bataille latérale » (des attaques limitées sur plusieurs points séparés du front pour l’ébranler et non le percer). Lorsqu’en septembre 1915 l’offensive de Champagne marque l’impasse de l’ »attaque brusquée », on fait appel à l’ « opposition » de Foch pour conduire la grande bataille suivante sur la Somme. Après son échec relatif, c’est le modèle de Nivelle (le retour de l’attaque brusquée avec des moyens modernes) qui s’impose puis celui de Pétain.
Pétain, généralissime, organise lui-même les débats, parfois sous la direction d’un de ses adjoints pour les questions importantes (« faut-il imiter les Allemands en créant des troupes d’assaut ? » dirigé par le général Debeney) ou par le biais de la section études du GQG pour les questions plus techniques (« comment organiser le groupe de combat d’infanterie » à l’été 1917). Encore une fois, on se trompe, on se dispute mais ça bouillonne d’idées.
L’exploitation des idées
Cette manière de faire permet d’exploiter les idées et d’abord toutes celles qui ont été accumulées avant la guerre. Il faut bien comprendre que l’armée française n’a pu vaincre que parce que avant-guerre elle a consacré des ressources à des projets alternatifs. Dans un contexte de ressources rares relativement à l’Allemagne, l’armée française a accepté de « gâcher » du temps, de l’argent, quelques munitions, etc. en laissant des originaux tester des méthodes non réglementaires ou créer des prototypes. Elle a ensuite vécu toute la guerre sur cette « réserve » d’idées. Cela a d’abord été sensible pendant les premières semaines de la guerre lorsqu’après les désastres de la bataille des frontières, il a fallu innover à grande vitesse. Toutes ces idées plus ou moins cachées apparaissent au grand jour, sont testées en grandeur nature et lorsqu’elles réussissent, elles se diffuent très vite. C’est un des secrets du "miracle de la Marne" qui permet à l’armée française de compenser son infériorité en moyens disponibles pour l’entraînement des forces (les effectifs sont les mêmes pour un budget inférieur presque de moitié à celui de l’Allemagne).
L’armée française qui se bat début septembre n’est plus la même que celle qui se battait deux semaines plus tôt. L’aviation qui n’était censée faire que l’observation apprend, avec l’aérostation retirée des places-fortes, à faire du réglage d’artillerie. Elle commence à frapper les ennemis au sol et même à engager le combat contre les autres avions. Très loin de son règlement de manœuvre, l’artillerie de campagne prépare les attaques, pratique le tir indirect, de nuit, les barrages fixes et même roulants. Ses capitaines guident les tirs à distance (quitte à écumer la France et la Suisse pour trouver du câble téléphonique). L’infanterie a appris à coordonner son action avec les artilleurs, à s’accrocher au sol et même le creuser, à diluer ses dispositifs d’attaque. La cavalerie improvise les premières automitrailleuses, se dote (parfois en les volant) d’outils afin de tenir le terrain et dope sa puissance de feu en récupérant des mitrailleuses dans les dépôts.
A cette première phase, qui concerne surtout les innovations de méthodes, succède la nécessaire adaptation à la guerre de tranchées, qui peu ont anticipé. Cette adaptation se fait à récupérant sur « étagère » tous les prototypes techniques utiles en les perfectionnant éventuellement. L’artillerie française fonctionne ainsi avec des pièces qui ont toutes été inventées avant-guerre. L’armement de l’infanterie de tranchées est également tout entier développé à partir de prototypes déjà existants (fusil-mitrailleur Chauchat, mortiers, canon de 37 mm et même fusils semi-automatiques) ou utilisées à petite échelle dans d’autres armes (les grenades du génie).
Les équipements vraiment nouveaux viennent de l’industrie des communications et surtout de l’automobile, domaines dans lesquels la France est en pointe. La France va terminer la guerre avec 80 000 camions, 2 000 chars et 400 automitrailleuses (plus que tous les autres belligérants réunis dans les trois cas) et plus de 3 500 avions en ligne (plus que les Allemands). L’armée française est la seule à disposer de 37 régiments automobiles d’artillerie de campagne. C’est cette mobilité opérative qui va permettre de concentrer les forces d’un point à l’autre du front plus vite que toute autre armée, stopper les offensives allemandes du printemps 1918 puis de prendre et conserver l’initiative des opérations offensives.
Le soutien aux entrepreneurs
Derrière des innovations, il y a toujours des innovateurs ou plus exactement des entrepreneurs capables de porter des projets face aux difficultés de toutes sortes.
Ces entrepreneurs peuvent être des tacticiens qui, on l’a vu, proposent des modes d’action différents. Or l’armée française, plutôt rigide dans son avancement dans le temps de paix (il suffit généralement de réussir le concours de Saint-Cyr ou de Polytechnique et de ne pas se faire remarquer en mal pour y faire une brillante carrière) devient une vraie méritocratie en temps de guerre. Plus de 40 % des généraux d’août 1914 sont limogés avant la fin de l’année et parmi les grands chefs qui conduiront l’armée vers la victoire, beaucoup ne sont que colonels (Pétain, Fayolle, Debeney ou même Nivelle) au début du conflit.
Ce sont aussi des techniciens. Le GQG est assailli de nombreuses propositions. Certaines sont peu sérieuses, comme le projet du soldat Raffray du 103e RI sur un appareillage assez fantaisiste destiné à remplacer les hommes de liaison ou celui du sous-lieutenant Malassenet proposant un nouvel alphabet télégraphique pour remplacer le morse. Ces projets sont rejetés mais ils ont été, étudiés avec soin. D’autres dossiers sont beaucoup plus importants et sérieux. En novembre 1914, le commandant du génie Duchêne propose un mortier de tranchée qui aboutit en janvier 1915 au canon de tranchée de 58 mm. Par ses multiples propositions le capitaine Sacconey réorganise à peu près complètement l’aérostation française. Les entrepreneurs les plus célèbres restent cependant les grands organisateurs des transmissions (colonel Férrié et commandant Fracque) de l’aéronautique (commandant Barès, colonel Duval), du service automobile (commandant Doumenc) et des chars (colonel Estienne), parrainés directement par le général en chef et dont ils deviennent les conseillers directs. On notera au passage le grade modeste de ces hommes à qui cette armée de plus de 330 généraux fait confiance.
Les ressources nouvelles dont disposent les armées permettent à ces hommes de créer des laboratoires tactiques où ils expérimentent leurs idées. Ces laboratoires où l’on pratique l’écoute et la stimulation mutuelle peuvent être spontanés, comme en 1915 l’escadrille MS3 des Roland Garros, Guynemer et Brocard qui expérimente le combat aérien, ou aidés par le GQG lorsque l’investissement est trop important, comme le groupement de chasse du commandant de Rose à Verdun en février 1916 ou l’Artillerie spéciale du colonel Estienne en septembre 1916 (il lui aura fallu dix mois pour créer la première unité de chars en partant de rien).
Lorsque ces laboratoires, souvent après avoir surmonté quelques déboires initiaux, obtiennent des succès, leurs procédés sont généralisés. Le groupement de Rose donne naissance aux groupes de chasse affectés à chaque armée ou à la division aérienne de 1918. La voie sacrée de Doumenc est reproduite sur la Somme puis à plusieurs exemplaires simultanés lors des offensives de 1918. La première génération de chars de 1917, très imparfaite, fait place aux 21 bataillons du remarquable char léger FT-17 de 1918 qui redonne de la puissance offensive à l’infanterie française. On est alors très près de créer des divisions blindées françaises.
Il ne suffit pas d’innover, il faut aussi faire en sorte que les nouveautés efficaces remplacent les habitudes dépassées. Dans ce processus de destruction créatrice, la régulation est assurée par un réseau d’inspections d’armes et d’écoles qui se met en place pendant la guerre avec une systématisation avec l’arrivée de Pétain à la tête de l’armée. Chaque spécialité a ainsi son école où on recueille et synthétise les retours d’expérience et les idées avant de les transformer en règlements, bulletins et surtout en cours dispensés à tous. Les inspecteurs d’armes, qui dirigent aussi souvent ces établissements sont les conseillers directs du général en chef.
Au bilan, malgré les pertes terribles, les échecs, les tensions internes, l’armée française résiste et apprend. Même les mutineries de 1917 peuvent apparaître comme la colère de soldats professionnels qui font grève pour protester contre la manière dont ils sont utilisés. A partir du printemps 1916, les Français font jeu égal avec les Allemands et à partir de 1917, ils développent un modèle propre qui en fait l’armée la plus moderne du monde.
La victoire est le résultat de la volonté mais aussi et surtout de l’intelligence. Ce sont aussi la liberté d’expression, les débats, le bouillonnement d’idées, la culture scientifique du corps des officiers, la culture militaire des élites civiles, l’acceptation du « gaspillage » de ressources pour les projets alternatifs qui ont rendu la victoire possible. C’était il y a cent ans.
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jeudi, juillet 05, 2018
Un autre point de vue sur l'attentat du Bataclan ... qui est en fait le même
Bataclan
Si Michel Goya diffère sur certaines analyses de détail de Georges Fenech, (voir ce billet), il conclut :
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Le vrai scandale des attaques du 13 novembre est qu’au niveau le plus élevé, on n’y était pas préparé malgré les évidences et tous ceux qui disent qu’il était impossible de prévoir une telle combinaison d’attaques sont des menteurs et des lâches devant leurs responsabilités.
[…]
Quelle misère du côté de l’Intérieur de voir un ministre freiner toute enquête et toute critique, comme si les critiques étaient des traîtres à la patrie (alors qu’en général, ils cherchent plutôt à mieux éliminer ces derniers).
[…]
Il aurait peut-être fallu considérer aussi nos ennemis pour ceux qu’ils sont, c’est-à-dire justement des ennemis et non des criminels, des politiques rationnels dans un cadre idéologique particulier et non de simples psychopathes. Cela aurait peut-être aidé à privilégier l’action en profondeur et sur la durée (ce que l’on appelle une stratégie) à la réaction gesticulatoire. Beaucoup de progrès ont été accomplis mais à quel prix.
***********
Pour ma part, je concluais :
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Bref, nous sommes loin du tableau présenté par la propagande médiatique « On a fait ce qu’on a pu, et plutôt bien, dans une situation difficile ». Non, il y a eu des défaillances lourdes de conséquences et qu’on ne peut imputer à la fatalité et à la malchance, des fautes graves d’organisation, de préparation et surtout de commandement.
Le fin mot de l’histoire est éminemment politique : l’attentat de Charlie Hebdo a été traité comme un événement exceptionnel qui ne se reproduirait pas et aucune leçon concrète n’en a été tirée. Ceci fait que dix mois plus tard se sont produites des fautes très évitables. Je ne peux m’empêcher de voir là l’effet de la réticence des politiciens français à considérer l’islamisme comme un véritable ennemi intérieur (ils préfèrent la psychiatrisation).
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Conclusions très proches, comme vous le voyez.
J'ai écrit à chaud que la démission de Cazeneuve était le minimum et celle de Valls souhaitable. Il n'y a eu ni l'une ni l'autre. Mais les analyses à froid ont venues renforcer la pertinence de mon exigence.
De nos jours, un ministre français ne démissionne pas, à plus forte raison s'il s'est montré défaillant, nous en avons encore eu un superbe exemple ces derniers jours.
De nos jours, un ministre coupable glapit « J'assume ! J'assume ! », antiphrase qui signifie « Je m'accroche à mon poste comme un morpion en attendant que l'orage passe et je vous emmerde, bande de cons ! ».
Je rappelle aux jeunes qui n'ont pas connu cette époque lointaine qu'au temps où les ministres se foutaient un peu moins de la gueule du monde « J'assume » signifiait, précisément, démissionner. D'ailleurs, on disait, plutôt que ce langage pseudo-psycho, « Je tire les conséquences de ... ».
Après, l'autre lapin-crétin du mondialisme peut bien nous parler de la « lèpre » populiste et nationaliste. La vraie lèpre, c'est quand les dirigeants se payent à répétition la fiole de leurs mandants.
Le « populisme » ne croît pas de Le Pen ou de Mélenchon. Mais de Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, Cazeneuve, Valls, etc.
Si Michel Goya diffère sur certaines analyses de détail de Georges Fenech, (voir ce billet), il conclut :
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Le vrai scandale des attaques du 13 novembre est qu’au niveau le plus élevé, on n’y était pas préparé malgré les évidences et tous ceux qui disent qu’il était impossible de prévoir une telle combinaison d’attaques sont des menteurs et des lâches devant leurs responsabilités.
[…]
Quelle misère du côté de l’Intérieur de voir un ministre freiner toute enquête et toute critique, comme si les critiques étaient des traîtres à la patrie (alors qu’en général, ils cherchent plutôt à mieux éliminer ces derniers).
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Il aurait peut-être fallu considérer aussi nos ennemis pour ceux qu’ils sont, c’est-à-dire justement des ennemis et non des criminels, des politiques rationnels dans un cadre idéologique particulier et non de simples psychopathes. Cela aurait peut-être aidé à privilégier l’action en profondeur et sur la durée (ce que l’on appelle une stratégie) à la réaction gesticulatoire. Beaucoup de progrès ont été accomplis mais à quel prix.
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Pour ma part, je concluais :
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Bref, nous sommes loin du tableau présenté par la propagande médiatique « On a fait ce qu’on a pu, et plutôt bien, dans une situation difficile ». Non, il y a eu des défaillances lourdes de conséquences et qu’on ne peut imputer à la fatalité et à la malchance, des fautes graves d’organisation, de préparation et surtout de commandement.
Le fin mot de l’histoire est éminemment politique : l’attentat de Charlie Hebdo a été traité comme un événement exceptionnel qui ne se reproduirait pas et aucune leçon concrète n’en a été tirée. Ceci fait que dix mois plus tard se sont produites des fautes très évitables. Je ne peux m’empêcher de voir là l’effet de la réticence des politiciens français à considérer l’islamisme comme un véritable ennemi intérieur (ils préfèrent la psychiatrisation).
***********
Conclusions très proches, comme vous le voyez.
J'ai écrit à chaud que la démission de Cazeneuve était le minimum et celle de Valls souhaitable. Il n'y a eu ni l'une ni l'autre. Mais les analyses à froid ont venues renforcer la pertinence de mon exigence.
De nos jours, un ministre français ne démissionne pas, à plus forte raison s'il s'est montré défaillant, nous en avons encore eu un superbe exemple ces derniers jours.
De nos jours, un ministre coupable glapit « J'assume ! J'assume ! », antiphrase qui signifie « Je m'accroche à mon poste comme un morpion en attendant que l'orage passe et je vous emmerde, bande de cons ! ».
Je rappelle aux jeunes qui n'ont pas connu cette époque lointaine qu'au temps où les ministres se foutaient un peu moins de la gueule du monde « J'assume » signifiait, précisément, démissionner. D'ailleurs, on disait, plutôt que ce langage pseudo-psycho, « Je tire les conséquences de ... ».
Après, l'autre lapin-crétin du mondialisme peut bien nous parler de la « lèpre » populiste et nationaliste. La vraie lèpre, c'est quand les dirigeants se payent à répétition la fiole de leurs mandants.
Le « populisme » ne croît pas de Le Pen ou de Mélenchon. Mais de Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, Cazeneuve, Valls, etc.
vendredi, avril 21, 2017
Les Français sont abandonnés à eux-mêmes
Attentats : après le syndrome de Stockholm, le syndrome de Paris
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Le syndrome de Stockholm … un grand classique de la psychologie collective : des otages partageant la vie de leurs geôliers développent une forme de sympathie pour leurs discours.
Avec la récurrence des attentats en France, nous avons droit à une sorte de version décalée de cet étrange phénomène qui pointe dans la presse de gauche. On n’est pas encore dans l’empathie mais on se croit malin en déjouant les arrière-pensées prêtées aux criminels. Il ne faut pas sur-réagir et combattre avec trop de force leurs auteurs et leurs instigateurs car ce serait tomber dans leur piège. Tel est le discours. Macron le ressasse ad nauseam.
L’angle mort logique et moral de cette pétition de principe est évident : si les assassins récidivent et récidivent encore, quand pourrons-nous faire autrement que de répliquer avec la férocité nécessaire ?
Puisqu’il s’agit de morale chrétienne mal interprétée, posons le problème autrement.
Si l’on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche, certes. Il ne s’agit en effet que d’atteinte à ton amour-propre. Mais si l’on te tue ou si l’on abat tes proches, alors la loi du talion retrouve son sens. Elle est la seule à pouvoir interrompre le cycle de la violence car la haine mortelle est incarnée dans celui qui a tué et qui recommencera s’il le peut. Jésus rappelait le talion pour ajouter « et » moi je te dis s’agissant des atteintes à l’orgueil. Il n’ajoutait pas « mais » moi je te dis quand il s’agit de mettre le criminel hors d’état de recommencer à tuer.
Le message de ces attentats est clair : une lutte à mort est engagée. Nous ne parviendrons à en éradiquer les causes qu’en relevant le gant. Nos ennemis sont prêts à perdre la vie. Ils sont animés d’une pulsion auto destructrice dont on ne peut les délivrer qu’en les supprimant. Cette conclusion simple n’est pas sommaire, elle est la traduction lucide d’un combat qui ne connaît que deux issues : la défaite ou la victoire.
Ce n’est pas Daech qui nous frappe. C’est l’islam intégriste, le fascisme coranique, le vrai néo-nazisme, instillés au plus profond de notre société et auxquels adhèrent en conscience des dizaines de milliers d’individus, fichés ou non fichés. Dans le meilleur des cas pour eux, ils doivent être expulsés au plus vite, peu importe le passeport qui les déclare d’une nationalité qu’ils méprisent.
Daech n’est qu’un précipité, un condensé de ce qui nous attend si nous ne réagissons pas et acceptons de finir d’ici quelques décennies comme les minorités religieuses d’Orient. Les Français ont oublié ce qu’était un ennemi mortel. L’actualité va se charger de le leur rappeler jusqu’à ce qu’ils comprennent.
Ces mots sont difficiles à écrire. Mais il faut bien que quelqu’un fasse le sale boulot intellectuel.
**************
Plus forts
**************
Cette résistance inattendue [de la population londonienne au Blitz] à une campagne massive de terreur a été étudiée, sur le moment même, par le Canadien John Mc Curdy qui a montré que cette expérience traumatisante avait en réalité des effets contradictoires. Elle détruisait des vies, en ravageait beaucoup d’autres parmi ceux qui avaient été touchés par la mort d’un proche ou par le spectacle de l’horreur. Mais elle avait aussi tendance à renforcer les autres, ceux qu’il appelait les « épargnés », qui développaient plutôt un sentiment d’invulnérabilité au fur et à mesure que la mort les évitait. L’étude de Mc Curdy est pleine de témoignages de peurs, d’abattements mais encore plus de solidarités, d’envies de vivre et même de joies. L’expérience a été très dure et tout le monde à a applaudi à la fin de la guerre, mais beaucoup, au moins parmi les « épargnés », ont rejoint les sentiments de soldats avec cette nostalgie de la force qu’ils avaient découvert en eux, de celle des rapports humains en situation difficile et du sentiment d’œuvrer ensemble pour un grand objectif. On ne sort pas forcément traumatisé d’une expérience collective traumatisante.
Mais si la population britannique a résisté dans son ensemble, c’est aussi parce qu’elle trouvait une réponse à ses attentes de la part de ses dirigeants. Elle voyait, physiquement avec les avions dans le ciel et les canons, que l’on ne se contentait pas de subir (la plus stressante des situations) mais que l’on combattait aussi fortement un ennemi qui subissait aussi de lourdes pertes, que l’on organisait la défense civile à laquelle elle participait souvent, que l'objectif était clair (la capitulation de l'Allemagne et la fin du régime nazi) et que l'on n'hésitait pas à exiger d'elle (« du sang, de la sueur et des larmes ») pour l'atteindre.
[…]
La mobilisation des esprits, si elle n’est que posture ou gesticulation et ne se concrétise pas visiblement aura tendance à créer du stress inutile. Rappelons-le, le stress modéré est un préalable très utile à l’action mais encore faut-il qu’il y ait de l’action. Si on ne veut pas agir vraiment, il est préférable de ne rien dire.
**************
Soyons clairs : les Français sont abandonnés par leurs dirigeants face au terrorisme islamique. Ils savent (au moins si l'on en croit les sondages) que les mesures fondamentales, disons stratégiques par opposition à tactiques, sont l'arrêt de la l'immigration musulmane et la reconquête des territoires perdus.
Or, pas un des candidats n'a placé ces thèmes au coeur de sa campagne, et c'est un euphémisme. Ni Marine Le Pen, ni François Fillon qui étaient les porteurs naturels de ce discours de combat.
D'où ce sentiment pesant de désespoir qu'on sent dans la société française : c'est comme si Churchill avait expliqué aux Anglais qu'il ne faisait pas donner la DCA pour ne pas provoquer encore plus la Luftwaffe.
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Le syndrome de Stockholm … un grand classique de la psychologie collective : des otages partageant la vie de leurs geôliers développent une forme de sympathie pour leurs discours.
Avec la récurrence des attentats en France, nous avons droit à une sorte de version décalée de cet étrange phénomène qui pointe dans la presse de gauche. On n’est pas encore dans l’empathie mais on se croit malin en déjouant les arrière-pensées prêtées aux criminels. Il ne faut pas sur-réagir et combattre avec trop de force leurs auteurs et leurs instigateurs car ce serait tomber dans leur piège. Tel est le discours. Macron le ressasse ad nauseam.
L’angle mort logique et moral de cette pétition de principe est évident : si les assassins récidivent et récidivent encore, quand pourrons-nous faire autrement que de répliquer avec la férocité nécessaire ?
Puisqu’il s’agit de morale chrétienne mal interprétée, posons le problème autrement.
Si l’on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche, certes. Il ne s’agit en effet que d’atteinte à ton amour-propre. Mais si l’on te tue ou si l’on abat tes proches, alors la loi du talion retrouve son sens. Elle est la seule à pouvoir interrompre le cycle de la violence car la haine mortelle est incarnée dans celui qui a tué et qui recommencera s’il le peut. Jésus rappelait le talion pour ajouter « et » moi je te dis s’agissant des atteintes à l’orgueil. Il n’ajoutait pas « mais » moi je te dis quand il s’agit de mettre le criminel hors d’état de recommencer à tuer.
Le message de ces attentats est clair : une lutte à mort est engagée. Nous ne parviendrons à en éradiquer les causes qu’en relevant le gant. Nos ennemis sont prêts à perdre la vie. Ils sont animés d’une pulsion auto destructrice dont on ne peut les délivrer qu’en les supprimant. Cette conclusion simple n’est pas sommaire, elle est la traduction lucide d’un combat qui ne connaît que deux issues : la défaite ou la victoire.
Ce n’est pas Daech qui nous frappe. C’est l’islam intégriste, le fascisme coranique, le vrai néo-nazisme, instillés au plus profond de notre société et auxquels adhèrent en conscience des dizaines de milliers d’individus, fichés ou non fichés. Dans le meilleur des cas pour eux, ils doivent être expulsés au plus vite, peu importe le passeport qui les déclare d’une nationalité qu’ils méprisent.
Daech n’est qu’un précipité, un condensé de ce qui nous attend si nous ne réagissons pas et acceptons de finir d’ici quelques décennies comme les minorités religieuses d’Orient. Les Français ont oublié ce qu’était un ennemi mortel. L’actualité va se charger de le leur rappeler jusqu’à ce qu’ils comprennent.
Ces mots sont difficiles à écrire. Mais il faut bien que quelqu’un fasse le sale boulot intellectuel.
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Plus forts
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Cette résistance inattendue [de la population londonienne au Blitz] à une campagne massive de terreur a été étudiée, sur le moment même, par le Canadien John Mc Curdy qui a montré que cette expérience traumatisante avait en réalité des effets contradictoires. Elle détruisait des vies, en ravageait beaucoup d’autres parmi ceux qui avaient été touchés par la mort d’un proche ou par le spectacle de l’horreur. Mais elle avait aussi tendance à renforcer les autres, ceux qu’il appelait les « épargnés », qui développaient plutôt un sentiment d’invulnérabilité au fur et à mesure que la mort les évitait. L’étude de Mc Curdy est pleine de témoignages de peurs, d’abattements mais encore plus de solidarités, d’envies de vivre et même de joies. L’expérience a été très dure et tout le monde à a applaudi à la fin de la guerre, mais beaucoup, au moins parmi les « épargnés », ont rejoint les sentiments de soldats avec cette nostalgie de la force qu’ils avaient découvert en eux, de celle des rapports humains en situation difficile et du sentiment d’œuvrer ensemble pour un grand objectif. On ne sort pas forcément traumatisé d’une expérience collective traumatisante.
Mais si la population britannique a résisté dans son ensemble, c’est aussi parce qu’elle trouvait une réponse à ses attentes de la part de ses dirigeants. Elle voyait, physiquement avec les avions dans le ciel et les canons, que l’on ne se contentait pas de subir (la plus stressante des situations) mais que l’on combattait aussi fortement un ennemi qui subissait aussi de lourdes pertes, que l’on organisait la défense civile à laquelle elle participait souvent, que l'objectif était clair (la capitulation de l'Allemagne et la fin du régime nazi) et que l'on n'hésitait pas à exiger d'elle (« du sang, de la sueur et des larmes ») pour l'atteindre.
[…]
La mobilisation des esprits, si elle n’est que posture ou gesticulation et ne se concrétise pas visiblement aura tendance à créer du stress inutile. Rappelons-le, le stress modéré est un préalable très utile à l’action mais encore faut-il qu’il y ait de l’action. Si on ne veut pas agir vraiment, il est préférable de ne rien dire.
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Soyons clairs : les Français sont abandonnés par leurs dirigeants face au terrorisme islamique. Ils savent (au moins si l'on en croit les sondages) que les mesures fondamentales, disons stratégiques par opposition à tactiques, sont l'arrêt de la l'immigration musulmane et la reconquête des territoires perdus.
Or, pas un des candidats n'a placé ces thèmes au coeur de sa campagne, et c'est un euphémisme. Ni Marine Le Pen, ni François Fillon qui étaient les porteurs naturels de ce discours de combat.
D'où ce sentiment pesant de désespoir qu'on sent dans la société française : c'est comme si Churchill avait expliqué aux Anglais qu'il ne faisait pas donner la DCA pour ne pas provoquer encore plus la Luftwaffe.
samedi, juillet 23, 2016
Au bonheur des drames
Au bonheur des drames
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En avril 2015, je m'interrogeais sur la stratégie de la France vis-à-vis des organisations djihadistes. Maintenant, les choses sont plus claires : il n’y en a pas, ou plus exactement des listes d’annonces après chaque attentat en font office. On navigue au petit bonheur des drames en s'efforçant de rester en surface des choses.
[…]
Je crois pour ma part, mais j’ai conscience des faiblesses d’un raisonnement d’un seul homme, qu’il faut commencer par désigner l’islamisme radical comme définitivement incompatible avec les valeurs de la République française et combattre tout groupe ou individu qui prônerait l’imposition de la Charia en France, sous forme « quiétiste » ou non. Les démocraties n’ont pas hésité à le faire pendant la Seconde Guerre mondiale avec les groupes et partis proches de l’idéologie ennemie, faisons de même. Cela fâchera les monarchies du Golfe (et leurs petits amis dans notre classe politique) et cela stimulera la colère de l’ennemi. Qu'il en soit donc ainsi. A l’extérieur, la France doit lutter, de toutes les manières possibles, contre les organisations djihadistes qui la menacent directement et aider les Etats locaux à neutraliser le phénomène.
Cet effort de longue durée suppose une volonté ferme et partagée. Il suppose bien sûr que l'Etat reprenne à son compte son rôle premier de protection des Français. Rappelons une nouvelle fois que si on faisait le même effort qu’en 1990, on consacrerait chaque année au moins 30 milliards d’euros de plus aux ministères régaliens.
**************
Pourquoi la France est plus touchée que ses voisins par le djihadisme ?
**************
Tout laisse penser que si la France est plus durement frappée que d'autres pays par le terrorisme islamiste, c'est parce qu'il existe sur son sol une minorité très active d'individus se réclamant de l'islam et qui a développé une haine obsessionnelle de son peuple, de ses valeurs et de ses institutions.
A cet égard, il faut arrêter de se demander, après chaque attentat, si le tueur était ou non un vrai musulman religieux. Ce débat ne rime à rien. Un terroriste islamiste est un terroriste qui se réclame de l'islam, même si cette revendication trouve davantage ses fondements dans un sentiment d'appartenance à une communauté culturelle et identitaire qu'à la puissance de sa foi.
[…]
Rappelons-nous que la haine de l'autorité et de l'Etat poussent parfois des émeutiers à tirer au fusil sur des policiers du haut des tours. N'est-ce pas déjà une forme de terrorisme ?
Ce phénomène n'est pas compris ni accepté par les responsables politiques, encore moins les médias. Personne ne peut comprendre, en effet, qu'une société aussi attachée aux droits de l'homme et à l'égalité que la société française, aussi respectueuse de la liberté religieuse et d'opinion, puisse à ce point susciter autant de frustrations, de rancœurs et de haine. C'est mal comprendre les choses. Plus une société est ouverte et équitable, plus elle proscrit la discrimination, moins l'échec est toléré et accepté par ceux qui le subissent. Humilié et jaloux, celui qui ne parvient pas à réaliser ses ambitions personnelles ou à trouver des réponses à ses aspirations recherche des boucs émissaires et des alibis faciles. Pour ces terroristes vivant en France, notre pays est responsable de tous leurs malheurs. Et elle doit payer le prix fort.
[…]
C'est écrit : nous vaincrons Daech en Irak, en Syrie et en Libye. Ce n'est qu'une question de temps. Mais il est fort à craindre que la violence islamisée lui survivra. Ceux qui nous gouvernent devraient en prendre conscience afin de nous protéger.
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En avril 2015, je m'interrogeais sur la stratégie de la France vis-à-vis des organisations djihadistes. Maintenant, les choses sont plus claires : il n’y en a pas, ou plus exactement des listes d’annonces après chaque attentat en font office. On navigue au petit bonheur des drames en s'efforçant de rester en surface des choses.
[…]
Je crois pour ma part, mais j’ai conscience des faiblesses d’un raisonnement d’un seul homme, qu’il faut commencer par désigner l’islamisme radical comme définitivement incompatible avec les valeurs de la République française et combattre tout groupe ou individu qui prônerait l’imposition de la Charia en France, sous forme « quiétiste » ou non. Les démocraties n’ont pas hésité à le faire pendant la Seconde Guerre mondiale avec les groupes et partis proches de l’idéologie ennemie, faisons de même. Cela fâchera les monarchies du Golfe (et leurs petits amis dans notre classe politique) et cela stimulera la colère de l’ennemi. Qu'il en soit donc ainsi. A l’extérieur, la France doit lutter, de toutes les manières possibles, contre les organisations djihadistes qui la menacent directement et aider les Etats locaux à neutraliser le phénomène.
Cet effort de longue durée suppose une volonté ferme et partagée. Il suppose bien sûr que l'Etat reprenne à son compte son rôle premier de protection des Français. Rappelons une nouvelle fois que si on faisait le même effort qu’en 1990, on consacrerait chaque année au moins 30 milliards d’euros de plus aux ministères régaliens.
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Pourquoi la France est plus touchée que ses voisins par le djihadisme ?
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Tout laisse penser que si la France est plus durement frappée que d'autres pays par le terrorisme islamiste, c'est parce qu'il existe sur son sol une minorité très active d'individus se réclamant de l'islam et qui a développé une haine obsessionnelle de son peuple, de ses valeurs et de ses institutions.
A cet égard, il faut arrêter de se demander, après chaque attentat, si le tueur était ou non un vrai musulman religieux. Ce débat ne rime à rien. Un terroriste islamiste est un terroriste qui se réclame de l'islam, même si cette revendication trouve davantage ses fondements dans un sentiment d'appartenance à une communauté culturelle et identitaire qu'à la puissance de sa foi.
[…]
Rappelons-nous que la haine de l'autorité et de l'Etat poussent parfois des émeutiers à tirer au fusil sur des policiers du haut des tours. N'est-ce pas déjà une forme de terrorisme ?
Ce phénomène n'est pas compris ni accepté par les responsables politiques, encore moins les médias. Personne ne peut comprendre, en effet, qu'une société aussi attachée aux droits de l'homme et à l'égalité que la société française, aussi respectueuse de la liberté religieuse et d'opinion, puisse à ce point susciter autant de frustrations, de rancœurs et de haine. C'est mal comprendre les choses. Plus une société est ouverte et équitable, plus elle proscrit la discrimination, moins l'échec est toléré et accepté par ceux qui le subissent. Humilié et jaloux, celui qui ne parvient pas à réaliser ses ambitions personnelles ou à trouver des réponses à ses aspirations recherche des boucs émissaires et des alibis faciles. Pour ces terroristes vivant en France, notre pays est responsable de tous leurs malheurs. Et elle doit payer le prix fort.
[…]
C'est écrit : nous vaincrons Daech en Irak, en Syrie et en Libye. Ce n'est qu'une question de temps. Mais il est fort à craindre que la violence islamisée lui survivra. Ceux qui nous gouvernent devraient en prendre conscience afin de nous protéger.
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mardi, juin 14, 2016
lundi, mai 09, 2016
Les militaires, les livres et l'efficacité
Michel Goya, fait un constat historique pas con : quand les militaires peuvent s'exprimer et écrire, la France gagne les guerres. Quand on intime l'ordre aux militaires de la fermer, la France perd les guerres.
C'est une gigantesque latte, sans jamais les citer, contre Hollande et Juppé. Ce n'est pas la première et pas la dernière (1).
Hé oh, la guerre
**********
Les guerres se gagnent, aussi, par la critique ouverte et tolérée (tant qu’on ne révèle pas de secret opérationnel) de ce qui se fait, surtout lorsque ce qui se fait ne nous conduit pas visiblement vers la victoire. Tout ce qui bloque ce débat : l’autoritarisme « droit dans ses bottes », la prétention élitiste au monopole de la pensée, le petit calcul politique, la peur de déplaire à l’Elysée, la peur de ne pas avoir un poste prestigieux ou très bien payé à l’issue de son commandement, l’argument de la critique « dans un fauteuil », etc., tout cela est un facteur de défaite. Les cimetières des batailles perdues sont pleins de militaires à qui on a demandé de fermer leur gueule. Les histoires des désastres sont pleines de citoyens à qui on interdit de réfléchir.
Au fait, on en est où de la guerre contre l’Etat islamique et les autres organisations djihadistes. Ça va mieux ?
PS : Clemenceau disait qu'après le milligramme, plus petite unité de poids et le millimètre, plus petite unité de distance, le militaire était la plus petite unité d'intelligence....C'était plus un bon mot qu'une croyance et au moins, ça c'était drôle.
**********
Si je m'intéresse tant aux militaires et à leur liberté de parole, c'est pour une raison simple. Il n'y a plus que deux institutions en France (à part l'islam) qui pensent sur le long terme, ne sont pas amnésiques et ont encore des moyens d'action.
Ce sont l'Eglise et l'armée.
L'Eglise est cependant dans le piteux état intellectuel et psychologique que l'on sait (même si je ne perds pas espoir d'une résurrection). Il ne reste donc que l'armée.
Certes, elle n'est pas séparée de la société et en subit les maux, mais elle reste un petite lueur, un amer auquel on se raccrochera peut-être le jour venu.
**********
(1) : [...] une hypocrisie qui n’est pas l’apanage des « socialistes ». Ainsi, Natacha Polony peut, à juste titre, dénoncer la réponse inadaptée, et somme toute minable qu’Alain Juppé à faite au Général Soubelet et qui lui a valu un article vengeur du Général Desportes. Car, le cas du Général Soubelet est exemplaire. Le voici mis à la retraite d’office par le gouvernement pour avoir dit, lors d’une audition parlementaire, l’état déplorable de la gendarmerie et avoir mis en cause le fonctionnement de la justice. On peut ne pas partager tous les constats du Général Soubelet. Mais, devant des parlementaires, il devait dire ce qu’il pensait, quitte à ce que ces parlementaires interrogent d‘autres responsables, et ne tiennent pas compte de ces propos. La sanction qui le frappe est inacceptable, et constitue de la part du gouvernement une faute inexcusable. Mais, que Monsieur Juppé joigne sa voix aux loups est un aveu lourd de sens. Ainsi, cet ancien Ministre des Affaires Etrangères préfère le silence complice à la vérité qui fâche. Voilà ce qu’il faut dire à tous quand il viendra, peut-être, quémander nos suffrages. [...]
C'est une gigantesque latte, sans jamais les citer, contre Hollande et Juppé. Ce n'est pas la première et pas la dernière (1).
Hé oh, la guerre
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Les guerres se gagnent, aussi, par la critique ouverte et tolérée (tant qu’on ne révèle pas de secret opérationnel) de ce qui se fait, surtout lorsque ce qui se fait ne nous conduit pas visiblement vers la victoire. Tout ce qui bloque ce débat : l’autoritarisme « droit dans ses bottes », la prétention élitiste au monopole de la pensée, le petit calcul politique, la peur de déplaire à l’Elysée, la peur de ne pas avoir un poste prestigieux ou très bien payé à l’issue de son commandement, l’argument de la critique « dans un fauteuil », etc., tout cela est un facteur de défaite. Les cimetières des batailles perdues sont pleins de militaires à qui on a demandé de fermer leur gueule. Les histoires des désastres sont pleines de citoyens à qui on interdit de réfléchir.
Au fait, on en est où de la guerre contre l’Etat islamique et les autres organisations djihadistes. Ça va mieux ?
PS : Clemenceau disait qu'après le milligramme, plus petite unité de poids et le millimètre, plus petite unité de distance, le militaire était la plus petite unité d'intelligence....C'était plus un bon mot qu'une croyance et au moins, ça c'était drôle.
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Si je m'intéresse tant aux militaires et à leur liberté de parole, c'est pour une raison simple. Il n'y a plus que deux institutions en France (à part l'islam) qui pensent sur le long terme, ne sont pas amnésiques et ont encore des moyens d'action.
Ce sont l'Eglise et l'armée.
L'Eglise est cependant dans le piteux état intellectuel et psychologique que l'on sait (même si je ne perds pas espoir d'une résurrection). Il ne reste donc que l'armée.
Certes, elle n'est pas séparée de la société et en subit les maux, mais elle reste un petite lueur, un amer auquel on se raccrochera peut-être le jour venu.
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(1) : [...] une hypocrisie qui n’est pas l’apanage des « socialistes ». Ainsi, Natacha Polony peut, à juste titre, dénoncer la réponse inadaptée, et somme toute minable qu’Alain Juppé à faite au Général Soubelet et qui lui a valu un article vengeur du Général Desportes. Car, le cas du Général Soubelet est exemplaire. Le voici mis à la retraite d’office par le gouvernement pour avoir dit, lors d’une audition parlementaire, l’état déplorable de la gendarmerie et avoir mis en cause le fonctionnement de la justice. On peut ne pas partager tous les constats du Général Soubelet. Mais, devant des parlementaires, il devait dire ce qu’il pensait, quitte à ce que ces parlementaires interrogent d‘autres responsables, et ne tiennent pas compte de ces propos. La sanction qui le frappe est inacceptable, et constitue de la part du gouvernement une faute inexcusable. Mais, que Monsieur Juppé joigne sa voix aux loups est un aveu lourd de sens. Ainsi, cet ancien Ministre des Affaires Etrangères préfère le silence complice à la vérité qui fâche. Voilà ce qu’il faut dire à tous quand il viendra, peut-être, quémander nos suffrages. [...]
vendredi, mars 04, 2016
L’invention de la guerre moderne (1871-1918. Du pantalon rouge au char d’assaut) (M. Goya)
Livre intéressant et qui nuance pas mal d’idées reçues.
Des difficultés de l’armée française en 1914, l’auteur dresse la liste des causes habituelles mais les lient à un problème fondamental rarement évoqué : pour s’opposer à l’Allemagne, la France a fait le choix d’une armée nombreuse, donc très couteuse, d’où les déficiences de l’entrainement et de l’expérimentation. Mais, finalement, ce choix s’est révélé pas si mauvais.
Il pointe aussi, plus connu, la défiance des officiers, aristocrates et bourgeois, vis-à-vis des capacités de la troupe. Il faudra les trois premières années de guerre pour surmonter ce préjugé erroné.
Au cours des quatre années de guerre, l’armée française a subi autant de transformations majeures.
L’aboutissement est l’armée française de 1918, qui est bien la meilleure du monde. Elle a inventé le combat inter-armes moderne. Goya écrit qu’il y a plus de similitudes entre un chef de section d’aujourd’hui et un chef de section de 1918 qu’avec leur homologue de 1914.
Un exemple d’aout 1918 : un avion d’observation biplace repère une compagnie allemande à découvert. Il la mitraille. Elle se réfugie dans un bois. L’avion tire des balles traçantes vers le bois pour le désigner à l’infanterie française en progression par demi-sections. Par TSF (en 1918, l’armée française a presque dix fois plus de postes que l’armée allemande), il alerte l’artillerie, qui a suivi puisqu’elle est motorisée pour plus de la moitié. L’artillerie effectue son tir sur le bois pendant que l’infanterie continue son approche. Les Allemands évacuent le bois. L’affaire a duré trente minutes, c’est-à-dire moins qu’il n’en faut bien souvent aujourd’hui à un avion occidental pour obtenir une autorisation de tir en Syrie ou en Libye (mais il est vrai que nous ne sommes pas véritablement en guerre).
Puis, à partir de septembre, utilisation massive des chars légers, les géniaux (ils ont tous les attributs d'un char moderne) FT17.
De leur coté, les Allemands ont nettement séparé les troupes de choc, que les Français appelaient péjorativement « les gladiateurs », de l’infanterie tout-venant. Pétain a refusé de faire de même, préférant élever le niveau moyen. Décision juste, puisque, une fois les troupes de choc laminées par les offensives du printemps, l’armée allemande s’écroule.
Alors, pourquoi l'effondrement de 1940, alors que les Français avaient toutes les bonnes idées en 1918 ?
On peut commencer par dire : « C'est compliqué». Mais il y a une raison très forte, rarement mentionnée : les pépètes, le flouze, l'avoine. Le combat inter-armes, aujourd'hui comme hier, coûte une fortune ; aussi bien en matériel qu'en formation et entraînement. En 1939, l'économie allemande était mise à genoux par le réarmement et c'est la raison du déclenchement de la guerre à cette date (1).
Puis, il y eut cette catastrophe industrielle, due (déjà) à l'idéologie : la loi de confiscation des profits de guerre, qui priva l'industrie française des moyens d'entretenir son avance.
La ligne Maginot a couté très cher mais probablement moins qu'une armée vraiment moderne.
La solution était peut-être dans l'armée de métier prônée par De Gaulle. Mais des raisons idéologiques (là encore) empêchèrent d'examiner la question sereinement. La peur du coup d'Etat fit beaucoup, mais dois-je rappeler qu'il n'y a jamais de coup d'Etat dans un pays bien géré ? Au lieu de chercher à éviter un coup d'Etat, preuve de leur incompétence, les dirigeants feraient de se concentrer sur le bon gouvernement.
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(1) : l'idée que Hitler aurait été surpris par la déclaration de guerre britannique est absurde et prouve seulment le génie hitlérien de la manipulation. Au contraire, le timing de l'Adolf était remarquable : en 1939, économie de guerre allemande à son maximum, réarmement ennemi (c'est-à-dire nous) en cours avec des effets prévus en 1941.
Des difficultés de l’armée française en 1914, l’auteur dresse la liste des causes habituelles mais les lient à un problème fondamental rarement évoqué : pour s’opposer à l’Allemagne, la France a fait le choix d’une armée nombreuse, donc très couteuse, d’où les déficiences de l’entrainement et de l’expérimentation. Mais, finalement, ce choix s’est révélé pas si mauvais.
Il pointe aussi, plus connu, la défiance des officiers, aristocrates et bourgeois, vis-à-vis des capacités de la troupe. Il faudra les trois premières années de guerre pour surmonter ce préjugé erroné.
Au cours des quatre années de guerre, l’armée française a subi autant de transformations majeures.
L’aboutissement est l’armée française de 1918, qui est bien la meilleure du monde. Elle a inventé le combat inter-armes moderne. Goya écrit qu’il y a plus de similitudes entre un chef de section d’aujourd’hui et un chef de section de 1918 qu’avec leur homologue de 1914.
Un exemple d’aout 1918 : un avion d’observation biplace repère une compagnie allemande à découvert. Il la mitraille. Elle se réfugie dans un bois. L’avion tire des balles traçantes vers le bois pour le désigner à l’infanterie française en progression par demi-sections. Par TSF (en 1918, l’armée française a presque dix fois plus de postes que l’armée allemande), il alerte l’artillerie, qui a suivi puisqu’elle est motorisée pour plus de la moitié. L’artillerie effectue son tir sur le bois pendant que l’infanterie continue son approche. Les Allemands évacuent le bois. L’affaire a duré trente minutes, c’est-à-dire moins qu’il n’en faut bien souvent aujourd’hui à un avion occidental pour obtenir une autorisation de tir en Syrie ou en Libye (mais il est vrai que nous ne sommes pas véritablement en guerre).
Puis, à partir de septembre, utilisation massive des chars légers, les géniaux (ils ont tous les attributs d'un char moderne) FT17.
De leur coté, les Allemands ont nettement séparé les troupes de choc, que les Français appelaient péjorativement « les gladiateurs », de l’infanterie tout-venant. Pétain a refusé de faire de même, préférant élever le niveau moyen. Décision juste, puisque, une fois les troupes de choc laminées par les offensives du printemps, l’armée allemande s’écroule.
Alors, pourquoi l'effondrement de 1940, alors que les Français avaient toutes les bonnes idées en 1918 ?
On peut commencer par dire : « C'est compliqué». Mais il y a une raison très forte, rarement mentionnée : les pépètes, le flouze, l'avoine. Le combat inter-armes, aujourd'hui comme hier, coûte une fortune ; aussi bien en matériel qu'en formation et entraînement. En 1939, l'économie allemande était mise à genoux par le réarmement et c'est la raison du déclenchement de la guerre à cette date (1).
Puis, il y eut cette catastrophe industrielle, due (déjà) à l'idéologie : la loi de confiscation des profits de guerre, qui priva l'industrie française des moyens d'entretenir son avance.
La ligne Maginot a couté très cher mais probablement moins qu'une armée vraiment moderne.
La solution était peut-être dans l'armée de métier prônée par De Gaulle. Mais des raisons idéologiques (là encore) empêchèrent d'examiner la question sereinement. La peur du coup d'Etat fit beaucoup, mais dois-je rappeler qu'il n'y a jamais de coup d'Etat dans un pays bien géré ? Au lieu de chercher à éviter un coup d'Etat, preuve de leur incompétence, les dirigeants feraient de se concentrer sur le bon gouvernement.
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(1) : l'idée que Hitler aurait été surpris par la déclaration de guerre britannique est absurde et prouve seulment le génie hitlérien de la manipulation. Au contraire, le timing de l'Adolf était remarquable : en 1939, économie de guerre allemande à son maximum, réarmement ennemi (c'est-à-dire nous) en cours avec des effets prévus en 1941.
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lundi, janvier 18, 2016
Attaque de Charlie Hebdo-Six combats en 16 minutes dans un rectangle de 250 x 80 m
Attaque de Charlie Hebdo-Six combats en 16 minutes dans un rectangle de 250 x 80 m
Il faut quelquefois descendre des idées générales et entrer dans les détails techniques.
A ceux qui s'étonnent que le gendarme qui a blessé Saïd Kouachi ne l'ait pas achevé quand il en avait l'occasion, rappelons que le conditionnement induit par le droit très restrictif de la légitime défense rend peu probable qu'un gendarme mette spontanément une balle dans la tête d'un terroristes blessé.
Quand Michel Goya dit qu'il faut se remettre en question, c'est tout qu'il faut remettre en question. Nous récoltons ce que nous avons semé.
Il faut quelquefois descendre des idées générales et entrer dans les détails techniques.
A ceux qui s'étonnent que le gendarme qui a blessé Saïd Kouachi ne l'ait pas achevé quand il en avait l'occasion, rappelons que le conditionnement induit par le droit très restrictif de la légitime défense rend peu probable qu'un gendarme mette spontanément une balle dans la tête d'un terroristes blessé.
Quand Michel Goya dit qu'il faut se remettre en question, c'est tout qu'il faut remettre en question. Nous récoltons ce que nous avons semé.
mercredi, décembre 16, 2015
Maintenant la question est de savoir si nous voulons vraiment faire la guerre à Daesh ou si nous voulons continuer à faire semblant
Pour une guerre de corsaires contre Daesh
Nos connaissons la réponse à la question posée par Michel Goya. Nos gouvernants, de droite comme de gauche, ne veulent pas vraiment faire la guerre à l'EIIL, pour tout un tas de mauvaises raisons bien connues : corruption de nos politiciens par les pétromonarchies, syndrome de Stockholm islamophile, peur de la cinquième colonne islamiste en France, pusillanimité etc.
Nous n'avons que du mauvais à attendre de nos politocards.
Nos connaissons la réponse à la question posée par Michel Goya. Nos gouvernants, de droite comme de gauche, ne veulent pas vraiment faire la guerre à l'EIIL, pour tout un tas de mauvaises raisons bien connues : corruption de nos politiciens par les pétromonarchies, syndrome de Stockholm islamophile, peur de la cinquième colonne islamiste en France, pusillanimité etc.
Nous n'avons que du mauvais à attendre de nos politocards.
mardi, décembre 08, 2015
Alexandre Del Valle : « Daesh veut provoquer un syndrome de Stockholm généralisé en Occident »
Alexandre Del Valle : « Daesh veut provoquer un syndrome de Stockholm généralisé en Occident »
Cet article me semble une excellente synthèse.
Comme d'habitude dans l'histoire de France, l'impéritie, la médiocrité et l'imprévoyance des dirigeants se paieront cher, au prix du sang du peuple français.
Un article connexe :
Bloody Sunday ou de l'emploi délicat de la force armée en sécurité intérieure
Et un autre :
Le FN et le care affinitaire
Cet article me semble une excellente synthèse.
Comme d'habitude dans l'histoire de France, l'impéritie, la médiocrité et l'imprévoyance des dirigeants se paieront cher, au prix du sang du peuple français.
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Bloody Sunday ou de l'emploi délicat de la force armée en sécurité intérieure
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Le FN et le care affinitaire
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mardi, juin 02, 2015
Stratégie : Africa first
Africa first
Excellent article de Michel Goya, limpide, définissant une stratégie d'intervention extérieure pour la France.
Le titre est une allusion à la stratégie «Germany first» choisie par Roosevelt en 1940.
Bien sûr, cet article ne portera aucun fruit : l'Etat français adipeux et bureaucratique (il faudrait trouver un mot encore plus fort que «bureaucratique»), au sommet duquel on trouve des politiciens qui sont tout sauf des chefs, est absolument incapable de définir une stratégie quelconque. Décider ? Trancher ? Pour emmerder Sarkozy, oui. Mais pour défendre la France ? Et à long terme ? Vous n'y pensez pas !
Alors, la politique de la France est faite par l'équilibre des lobbys : lobby antisémite et pro-arabe du quai d'Orsay, lobby atlantiste des fondations subventionnées par la CIA et ses filiales, etc. La conduite est simple : c'est toujours la pente du moindre effort.
D'ailleurs, Michal Goya ne semble guère se faire d'illusions puisqu'il conclut : «Celui qui ne se fixe pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre. Si nous voulons des résultats stratégiques, commençons par avoir une stratégie.».
Excellent article de Michel Goya, limpide, définissant une stratégie d'intervention extérieure pour la France.
Le titre est une allusion à la stratégie «Germany first» choisie par Roosevelt en 1940.
Bien sûr, cet article ne portera aucun fruit : l'Etat français adipeux et bureaucratique (il faudrait trouver un mot encore plus fort que «bureaucratique»), au sommet duquel on trouve des politiciens qui sont tout sauf des chefs, est absolument incapable de définir une stratégie quelconque. Décider ? Trancher ? Pour emmerder Sarkozy, oui. Mais pour défendre la France ? Et à long terme ? Vous n'y pensez pas !
Alors, la politique de la France est faite par l'équilibre des lobbys : lobby antisémite et pro-arabe du quai d'Orsay, lobby atlantiste des fondations subventionnées par la CIA et ses filiales, etc. La conduite est simple : c'est toujours la pente du moindre effort.
D'ailleurs, Michal Goya ne semble guère se faire d'illusions puisqu'il conclut : «Celui qui ne se fixe pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre. Si nous voulons des résultats stratégiques, commençons par avoir une stratégie.».
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