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samedi, mai 16, 2020

En lisant Shirer : conclusion.

C'est y est, j'ai fini The collapse of the third republic, du journaliste américain (francophile) William Shirer. Vous avez pu suivre ma lecture au fil des billets.

C'est tout du long un crève-coeur pour un Français. Quelques remarques en guise de conclusion :

1) Shirer ne comprend pas l'habileté d'Hitler (qu'il a rencontré plusieurs fois).

2) Les politiques de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis dans les années 20 et 30, isolationnistes et accommodantes avec l'Allemagne, ont été des fautes  majeures qui n'ont pas peu contribué aux succès hitlériens. Churchill l'a d'ailleurs reconnu.

3) La France faisait peine à voir. Une classe politique débile, une bourgeoisie égoïste, une classe ouvrière pas franchement mieux, un grand pays devenu veule.

4) Parmi nos politiciens, Paul Reynaud fut le plus défaillant alors qu'on avait placé en lui beaucoup d'espoirs. Il ne sut s'élever à aucun moment à la hauteur des tragiques événements.

C'est celui dont mon opinion a le plus souffert avec ce livre. Pourtant, je ne le tenais déjà pas en haute estime. Shirer insiste trop sur l'influence maléfique de Mme de Portes (la arch-défaitiste maitresse de Reynaud dont De Gaulle dira « Comme toutes les femmes en politique, c'était une dinde »), mais il montre aussi que Reynaud n'a pas su ou voulu saisir les perches que Churchill lui tendait et que son ultime message à Roosevelt était juste pour couvrir ses intentions défaitistes.

L'entourage choisi par Reynaud était, à part De Gaulle, pourri de défaitistes, c'est (au moins) une erreur de jugement funeste de sa part et sans doute plus que cela : un indice de ses pensées profondes.



5) Pétain et Weygand sont des traitres et des imbéciles. Ils font partie des très rares Français pour lesquels Shirer n'a aucune indulgence. Il est plus précis : ils sont traitres parce qu'imbéciles. Ils manquent d'imagination : l'un se croit au lendemain d'Iéna, l'autre est obsédé par une révolution communiste improbable. Ils ont en commun d'être incapables d'imaginer un conflit mondial (1). Deux crétins, on comprend qu'Hitler ait fait mumuse avec facilement.

Shirer est particulièrement choqué par la scène hystérique (évidemment pour réclamer un armistice immédiat) que Weygand fait au conseil des ministres du 13 juin. Shirer juge très sévèrement Reynaud (voir mon point précédent) de ne pas l'avoir remis à sa place.

Ces généraux qui rivalisent d'ingéniosité et d'énergie pour rendre les armes le plus rapidement et le plus totalement possible seraient comiques s'il ne s'agissait pas d'une trahison.

6) Le personnel politique ne sort pas grandi de l'épreuve : les minables Chautemps, Baudouin, Bouthilllier, Laval et compagnie s'entendent comme larrons en foire pour manoeuvrer, biaiser, filouter. Tout ça, c'est franc comme un âne qui recule.

Je n'ai pas eu le coeur de vous raconter juillet 1940, quand Laval achète les députés en leur promettant qu'ils continueront à toucher leur retraite et garderont leur franchise postale.

Moralement, ce n'est pas très reluisant. Mais intellectuellement, c'est guère mieux : ces gens ont fréquenté Churchill pendant un mois. Aucun (à part Reynaud) ne semble s'être posé la question « Que se passera-t-il pour la France si Churchill s'accroche au pouvoir et que la Grande-Bretagne n'a pas "le cou tordu comme un poulet dans trois semaines" ? (comme ce crétin de Weygand prédisait) ». Question que nous savons très pertinente puisque c'est ce qui se passera en réalité.

La classe dirigeante française, militaires et politiques confondus, a été en-dessous de tout. Un tel naufrage, si radical, si total, interroge.

On remarquera que les coloniaux qui, par leur position, avaient moins le nez sur l'événement et une vue plus étendue, ont manifesté plus de velléités résistantes mais ont très peu basculé dans la dissidence.

7) Darlan est une énorme déception, comme Churchill l'explique dans ses mémoires : si, plutôt que De Gaulle, Darlan avait appelé à la résistance depuis la Grande-Bretagne, après l'avoir rejointe avec toute la flotte, ça aurait eu une sacrée gueule. Au lieu de cela, la moitié de cette magnifique flotte qui n'a pas combattu a été coulée par les Anglais à Oran et l'autre moitié s'est sabordée à Toulon. Une ratée, comme Darlan.

Conclusion de la conclusion

Pourtant, malgré la bassesse de notre classe dirigeante, un autre destin était possible.

Le 16 juin, juste avant de démissionner pour laisser la place à Pétain et à la politique que l'on sait, Paul Reynaud jouait avec l'idée de démettre Weygand de son commandement (2). Il n'a pas trouvé le courage de le faire.

Il n'a pas non plus trouvé le courage de soumettre au vote du conseil des ministres l'option résistante (refus de l'armistice, passage en Afrique du Nord) alors que des témoins avertis pensent, pointage fait, qu'elle était encore majoritaire parmi les ministres. Les raisons que Reynaud donne à cette absence de vote sont vaseuses.

Cette période décisive est jalonnée des lâchetés, petites et grandes, de Reynaud. Pourquoi ? Je pense que Reynaud était au fond aussi défaitiste que Pétain et Weygand mais que lui avait compris (contrairement aux deux vieilles badernes) que la Grande-Bretagne ne déposerait pas les armes rapidement et que la situation de la France si la guerre continuait serait très délicate.

Reynaud était le mauvais homme, au mauvais moment, au mauvais endroit. Mais y en avait-il d'autres ?






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(1) : la clairvoyance de l'appel du 18 juin fait un violent contraste. Elle repose sur des analyses concrètes : De Gaulle avait compris que Churchill et la Grande-Bretagne ne se rendraient pas, ou pas facilement. Reynaud avait cette idée aussi mais n'a pas eu le courage d'en tirer toutes les conséquences. Pendant ce temps, Weygand répétait que l'Angleterre allait avoir le cou tordu comme un poulet. Un génie.

(2) : ce qu'il aurait du faire depuis deux semaines, dès qu'il ait apparu que Weygand poursuivait un but qui n'était pas le succès des armes de la France. D'ailleurs, Reynaud n'aurait pas du le nommer. Un Doumenc aurait probablement été beaucoup mieux, Reynaud n'a pas eu cette audace.







mardi, mai 05, 2020

En lisant Shirer, début juin 40

Bon, le duo d’ordures Pétain-Weygand est occupé, avec la sournoiserie qui convient, à rendre la défaite de la France la plus inéluctable possible (1). Il est bien secondé par des ordures de moindre importance comme Paul Baudouin (qui fut condamné à la Libération).

Mais le plus frappant, c’est la faiblesse de Paul Reynaud, dont j’ai déjà dit la ressemblance avec Nicolas Sarkozy. Énergique en apparence, il se révèle incapable de renverser le mauvais destin quand vient l’épreuve, dont on pouvait croire qu’il l’avait préparée toute sa vie.

C’est tout le contraire d’un Churchill ou d’un De Gaulle.

Alors, certes, Hitler est un embrouilleur de première. Mais quand même.

Paul Reynaud gémit d’être tellement fatigué, assailli de partout, qu’il n’a plus les idées claires. On n’imagine pas un Clemenceau se laissant aller à une telle plainte. Les parlementaires notent en juillet 1940 que Reynaud paraît ragaillardi d'être déchargé des responsabilités du pouvoir.

Prisonnier de sa stratégie d'usure « nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », il est incapable d'en imaginer une autre, faute de l'avoir méditée, quand l'ennemi la réduit à néant par son offensive éclair. Il lui manque le ressort du grand chef.

Quel sens cela a-t-il  de nommer De Gaulle au gouvernement en conservant le colonel de Villelume, un archi-défaitiste (2) comme conseiller ?

On devine, bien que ça ne soit jamais clairement dit, l'idée de fond de Paul Reynaud. Il comprend la moitié de la situation (c'est déjà mieux que les défaitistes à la Pétain-Weygand-Baudouin). Il sait que, si la France est occupée par l'Allemagne alors que la Grande-Bretagne continue la guerre, la position française sera catastrophique, cumulant les inconvénients de la défaite et ceux de la continuation de la guerre.

Mais il ne lui vient pas à l'idée d'utiliser l'alliance anglaise pour continuer le combat. Il veut juste arrêter la guerre dans un rapport de forces pas trop défavorable.

C'est pourquoi il ne rompt pas l'alliance britannique : il espère entrainer la Grande-Bretagne  dans une négociation de paix conjointe avec l'Allemagne, en bénéficiant, pourquoi pas ?, de la médiation de l'Italie ou des Etats-Unis.

L'obstination de Churchill le gêne, le Premier Ministre multiplie très habilement les signes de non-rupture de l'alliance, comme l'envoi d'escadrilles en France (que ses militaires, pas plus futés que les militaires français, ne comprennent pas). Ces signes sont à usage interne et externe.

Même Mandel renonce à résister (parce qu'il est juif et qu'il a peur qu'on lui reproche de fuir).



Les dirigeants français sont en-dessous de tout, mauvais comme des cochons, trimballés par Hitler. J'en veux à ces hommes morts depuis longtemps car je pense qu'ils ont une lourde responsabilité dans le malaise français actuel.

Tout le monde occidental est touché par le masochisme collectif, mais la France plus que les autres.





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(1) : les Belges ont tranché en 1950 une question assez similaire en refusant de remettre sur le trône le roi qui avait capitulé en espérant que les Allemands lui en seraient reconnaissants.

(2) : l'armée française de 1940 est la plus étrange du monde : jamais dans l'histoire, je pense, un pays n'a eu un tel réservoir de défaitistes chez ses officiers supérieurs. Etre défaitiste pour un militaire, c'est comme être athée pour un curé (assurément, on peut s'attendre à tout avec les curés modernes). Je constate la haine de certains anti-gaullistes, mais je ne comprends pas que cette haine les amène à défendre ces officiers de merde, qui étaient plus d'onctueux chanoines que de terribles guerriers.  Les haines d'après-guerre ont dénaturé tous les jugements, mais les Gamelin, Weygand, Georges, Blanchard et compagnie ont été lamentables.

La campagne de France de 1940 enseigne le mépris des officiers supérieurs.

jeudi, avril 23, 2020

Shirer : portrait de Weygand au vitriol.

On a souvent débattu sur ce blog de Maxime Weygand (ici par exemple), dont mes fidèles lecteurs savent que je ne le porte pas dans mon coeur.

William Shirer, journaliste américain francophile était en mai 1940 correspondant de guerre dans l'armée de Von Kleist, après avoir travaillé à Paris jusqu'en 1938. Il a quitté la France écoeuré par notre effondrement moral et intellectuel. Il publie The collapse of the third republic en 1965.

Il dresse un portrait au vitriol de Weygand. C'est à signaler, car, même s'il porte des jugements sévères sur les dirigeants français, il leur trouve souvent des excuses. Seul Georges Bonnet est traité aussi rudement.

Or, il se trouve que les reproches de Shirer sont les miens (sinon, je vous en parlerais pas !). De quoi s'agit-il ?

1) Lorsqu'il prend son poste de généralissime en plein désastre, le 19 mai 1940,  Weygand prend une attitude désinvolte vis-à-vis de son prédécesseur Gamelin et ne semble pas intéressé par ce que celui-ci lui raconte. Gamelin lui explique pourtant que c'est une question d'heures, qu'il faut agir vite (il a enfin compris que le tempo allemand était une innovation majeure de l'art de la guerre).

Weygand n'en tient aucun compte et perd trois jours en vaines consultations. Shirer est très mordant pour l'habitude des politiciens français de nommer des vieilles badernes, dont la date de péremption est largement dépassée (Weygand a 73 ans) et qui sont débordées par leur ennemis de vingt ans plus jeunes.

2) Plus grave encore, Shirer estime que, dès le 21 mai, Weygand est défaitiste et s'efforce de rendre la défaite la plus totale et la plus irrémédiable possible afin d'abattre la république qu'il déteste. C'est une pure trahison dans tous les sens que peut prendre ce mot et qui méritait le châtiment correspondant.

C'est pourquoi ceux qui arguent de son travail ultérieur pour l'armée d'Afrique se trompent (en plus d'exagérer sa contribution) : essayer de réparer les conséquences d'une défaite qu'il a sciemment précipitée ne relève en rien un général de sa trahison.

En conséquence, je pense que le refus de De Gaulle de l'honorer par des obsèques aux Invalides était parfaitement justifié, que son jugement était plus juste (et pour cause : il était fort bien placé au moment des faits pour savoir ce qu'il en était) que celui de ses opposants, qui le taxaient de mesquinerie.

dimanche, avril 19, 2020

Deux jours en mai

48h. Deux jours.

C'est le retard que le commandement français eut en mai 1940 sur les manoeuvres allemandes. Notamment lors de l'offensive allemande sur la Meuse, par les Ardennes, du 10 au 16 mai.

Interrogé par la commission d'enquête parlementaire après la guerre sur le temps qu'il fallait entre l'émission d'un ordre de son QG de Vincennes (« Dans sa thébaïde de Vincennes, le général Gamelin me fit l'effet d'un savant combinant en laboratoire les réactions de sa stratégie » C. De Gaulle) et son exécution, le général Gamelin répondit benoitement : « 48 heures ».

Délai ahurissant pour la guerre moderne, qu'on peut expliquer par la technique de communication : le commandement se méfie de la radio (il n'y en a guère plus de postes qu'en 1918 !), le téléphone ne marche pas très bien. Il reste donc les estafettes motocyclistes organisées en un constant ballet ! Plusieurs meurent d'ailleurs dans des accidents de la route.




Vous imaginez comme c'est pratique. D'autant plus que le haut commandement, pour ne froisser personne, est dispersé sur trois sites, à 1h30 de route les uns des autres (si ça vous rappelle la pétaudière du gouvernement Macron et les abrutis méprisants des Autorités Régionales de Santé, ce n'est pas un hasard : c'est le produit d'une certaine mentalité française, pas celle dont nous avons le plus à nous glorifier. Elle consiste à confondre la complexité qui évite de trancher et de responsabiliser avec l'intelligence).

Mais il y a mieux, c'est-à-dire pire : les généraux sur la Meuse sont totalement défaillants (1).

Le général Flavigny organise une contre-attaque pas bête le 14 mai mais renonce à la faire exécuter pour ménager les hommes et le matériel (on rêve !).

Le 14 à 3h du matin, le dynamique général Doumenc (2), major général de l'armée française, rend visite au général Georges, commandant tout le front juste sous Gamelin, à son QG de la Ferté-sous-Jouarre. Il le trouve en train de sangloter à son bureau, brisé par quatre jours d'offensive ennemie (3). Doumenc, après avoir essayé vainement de lui remonter le moral, repart avec une impression effroyable.

Général Doumenc


Quant à Huntziger (4), entre Georges et Flavigny dans la hiérarchie, il ment comme un arracheur de dents avec des compte-rendus exagérément optimistes. Il est archi-nul comme général mais sait se défausser sur son voisin Corap. Bref, un type tout à fait recommandable.

Toujours est-il que c'est seulement le 14 mai que Vincennes comprend l'étendue du désastre, bien tard pour monter une contre-attaque, même si elle reste possible. On comptera pour rien le fait que, dès le 8 mai, un bombardier revenant de lancer des tracts !!!! sur l'Allemagne avait signalé les colonnes de Panzers se dirigeant vers les Ardennes.

La suite est malheureusement connue. Le 15, Reynaud téléphone à Churchill : « We have been defeated, we have lost the battle » (en anglais dans le texte). Churchill, incrédule, débarque à Paris le 16.

 L'atmosphère est sinistre. Le Quai d'Orsay brûle ses archives, tout Paris voit la fumée. Churchill perd confiance dans les Français après l'exposé résigné de Gamelin. Il pose des questions de bon sens : la France a un parc d'artillerie légère, les fameux 75, phénoménal et ce sont d'excellents canons antichars. Pourquoi ne pas tenter de les utiliser ? Une improvisation style taxis de la Marne ? Coté français, encéphalogramme plat, les yeux de la vache qui regarde passer les trains.

La propagande vichyste accusera les Anglais de nous avoir abandonnés. La vérité est que nous nous sommes très bien abandonnés nous-mêmes.

Le titre de ce billet est une allusion au téléfilm Trois jours en juin.

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(1) : a contrario, dès l'engagement en Belgique le 10 mai, un général français a fait cette remarque : « Où est passée la redoutable aviation allemande ?  Elle a disparu. Ils nous attireraient dans un piège qu'ils ne s'y prendraient pas autrement ». Il y avait donc des généraux français qui avaient oublié d'être cons.

(2) : c'est lui qui, simple capitaine, a organisé à Verdun la Voie Sacrée en 1916. En 1918, chaque offensive française est alimentée par 6 ou 7 Voies Sacrées, cassant les reins de l'armée allemande sous le poids de notre logistique.

(3) : Georges a été blessé en 1934 dans l'attentat contre le roi de Yougoslavie qui a couté la vie à Barthou (ministre tué par une bavure de la police française !). On dit qu'il ne s'est jamais remis complètement de ses blessures. Alors pourquoi lui avoir donné une si lourde responsabilité ?

Un commentaire du biographe de Georges :

« Cela peut surprendre dans la bouche d’un officier comme moi, mais je pense que Georges a été trop discipliné. C’est Lyautey qui disait que « l’obéissance d’un général n’est pas la même que celle d’un caporal ». Le salut du pays étant en cause, il aurait dû ruer dans les brancards pour alerter, démissionner avec fracas. Ce n’était malheureusement pas dans son tempérament, et il avait peur qu’un tel geste nuise au moral de l’armée, déjà pas fameux.

Un dernier point me vient à l’esprit après avoir étudié le parcours, non seulement de Georges mais de bien d’autres généraux de 1940, sélectionner les premiers de la classe, c’est très bien, mais en les passant au tamis de la volonté, de l’énergie et du courage. »

(4) : Huntziger sera, comme Darlan et tant d'autres, ministre de Vichy. Ces généraux avaient des profils de cardinaux plus que de guerriers. Pourquoi les a-ton promus ?

jeudi, avril 16, 2020

Mai 1940

Eric Zemmour dit partout que le COVID-19 est notre « Juin 40 » du XXIème siècle.

Je ne peux, hélas, que lui donner raison : même situation où une classe dirigeante faillie, imprévoyante et paralysée ruine notre pays face à des événements tout à fait prévisibles. Et, comme souvent, les Français se sacrifient pour compenser l'imprévoyance gouvernementale.

L'habitude d'Emmanuel Macron de commenter (à la Holllande) en spectateur désolé et impuissant des événements dont il devrait être le moteur rappelle tout à fait Maurice Gamelin, tout comme son incapacité à faire sortir l'administration de ses routines pour la mettre au tempo des événements.



Juin 40, mois politique, a commencé en mai, par la défaite militaire.

Suivant le précepte de Sun-Tsu, « La défaite dépend de toi, la victoire dépend de l'ennemi » (George Orwell en a fait une variante : « le moyen le plus rapide de mettre fin à une guerre, c'est de la perdre »), les causes de notre défaite sont toutes françaises :

1) l'absence de réserves. Quand, le 16 mai, Gamelin en personne informe Churchill qu'il n'a pas de réserves, Churchill éprouve « la plus grande surprise de ma vie ». C'est une pure question de compétence militaire (en l'occurrence, d'incompétence). Pendant le dramatique printemps 1918, la France a eu en permanence une armée en réserve, ça change tout. Le général Georges a soulevé plusieurs fois ce problème, mais, comme Gamelin ne pouvait pas le blairer, on a l'impression qu'il a pris un malin plaisir à le contrarier (« Gamelin et Georges sont plus occupés à se faire la guerre qu'à la faire aux Allemands », disaient les Anglais). A cause de ces mesquineries d'état-major, la France subit une catastrophe.

2) l'incapacité à s'élever au tempo de l'ennemi. Si le 14 mai au soir, Gamelin avait poussé la contre-attaque en pince qu'il envisageait, on aurait pu se retrouver, mutatis mutandis, dans la situation des Ardennes en 1944, avec une offensive allemande trop aventureuse qui tourne au désastre. Un Panzer en panne d'essence, c'est un pot de fleurs un peu lourd. Mais Gamelin, comme à son habitude, a laissé passer l'occasion.

3) l'incapacité à adapter les plans figés en novembre. Les premiers rapports d'aviateurs faisant état d'une colonne blindée dans les Ardennes datent du 8 mai, quatre jours avant le débouché allemand sur la Meuse. Quatre jours, dans une guerre moderne, ça laisse le temps de faire des choses. Rien. C'est d'autant plus navrant que ce scénario avait été envisagé plusieurs fois et qu'il n'aurait donc du surprendre personne (ce n'est pas compliqué : pour envahir la France, les Allemands n'ont que deux solutions, passer par les plaines de Belgique, plan Schlieffen, passer par les Ardennes).

Mais, comme avec les masques et la chloroquine, on s'était convaincu que, puisqu'on n'avait rien prévu, c'est que ce n'était pas la peine de prévoir, qu'il n'arriverait rien de fâcheux de ce coté là.


Et, ultimement, une cause politique : l'incapacité des gouvernements à bousculer l'armée dont les déficiences étaient de plus en plus criantes. Le 8 mai, le président du conseil Paul Reynaud met en accusation Gamelin devant les ministres pour s'en débarrasser. Le général en chef est défendu par le ministre de la défense, Daladier, le taureau aux cornes d'escargot, dont c'est la créature. Reynaud démissionne, Gamelin aussi.

A la veille de l'offensive ennemie, la France n'a plus ni gouvernement, ni général en chef !

Ces démissions ont été reprises, hélas, tandis que, coté anglais, le même processus portait in extremis Churchill au pouvoir.



On a reproché aux Anglais de reprendre très vite leur autonomie et de se replier sur la Manche, séparation stratégique que les Allemands ont vainement cherché à provoquer en 1918. Mais ils avaient évalué les Français de 1940 et on ne peut dire que la confiance régnait pas très fort, contrairement à 1918.

Contrairement au titre du livre de Marc Bloch (ce n’est pas lui qui l’a choisi), cette défaite n’a rien d’étrange. On l’a bien cherchée.

mercredi, avril 15, 2020

Mars-Avril 1940

J'ai repris la lecture de The collapse of the third Republic, de William Shirer, que j'avais interrompue tant c'est un crève-cœur.

Qu'est-ce qui obsède les politiciens et les militaires français en mars-avril 1940 ?

Attaquer l'URSS ! Le prétexte est de venir en aide à la Finlande, puis, quand la Finlande a déposé les armes, de priver les Allemands du pétrole du Caucase. L'enthousiasme politicien pour ces plans sur la comète est grand.

Le vrai moteur est évidemment l'anti-communisme et l'absence d'hostilité véritable de certains parlementaires au régime hitlérien.

A 80 ans de distance, les bras nous en tombent de tant de stupidité stratégique, aveuglée par l'idéologie bêtasse. On n'est pas capable d'attaquer l'ennemi allemand de l'autre coté de la frontières mais on envisage allègrement de faire le tour de la planète pour attaquer l'URSS qui n'est pas notre ennemie.

Cette folie a tout de même fait tomber le gouvernement Daladier, soupçonné de ne pas être assez offensif, remplacé par Reynaud.

Il a fallu que l'allié anglais intervienne pour remettre les pieds sur terre à nos politiciens.



La séance parlementaire du 22 mars qui amène Reynaud au pouvoir est atroce. Les interventions sont mesquines, partisanes, aucun orateur à la hauteur des événements, à part Léon Blum. Elle laisse un souvenir très pénible à tous les témoins.

Reynaud (comme Sarkozy avec l'ouverture à gauche, à qui il ressemble beaucoup physiquement, intellectuellement et politiquement) constitue un gouvernement et un cabinet absurdes, où il y a autant de défaitistes et d'ennemis larvés que de partisans. Je pense que, comme Sarkozy, il y a derrière ces petites habiletés tactiques, criminelles à terme, une grande lâcheté, un refus d'assumer ses positions. Grande gueule, petit courage. Comme Sarkozy, Reynaud n'est pas un  guerrier politique, un Churchill, un De Gaulle, un Trump, qui s'épanouissent dans le conflit. Derrière l'allure énergique, il y a un minable qui cherche toujours à concilier l'inconciliable et à ne pas couper les ponts, qui cherche à plaire quand il est l'heure de déplaire.

Dans ce drame national, il y a deux personnages qui sont encore de nos jours surévalués : Weygand, un traitre qui, comme Bazaine, aurait du être fusillé ; Reynaud, qui a trafiqué ses mémoires pour se présenter faussement comme le premier Résistant, alors qu'il a été dépassé les événements et n'a pas compris la logique gaullienne.

Ca relativise la médiocrité macronienne !




jeudi, janvier 02, 2020

Shirer : la déclaration de guerre de septembre 1939.

Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne.



En vertu de leurs accords d'assistance, la Grande-Bretagne et la France doivent venir à son secours. Déclarer la guerre : oui ? Non ? Quand ?

Même pour les partisans de la déclaration de guerre se pose un problème technique (assez anecdotique) : les Anglais veulent aller vite pour que la Royal Navy puisse saisir les navires allemands, les Français veulent prendre leur temps pour que l'armée puisse mobiliser.

Les pacifistes (les invertébrés style de Monzie, Chautemps) présentent un argument plus sérieux (qui sera repris au procès de Riom) : « Nous ne sommes pas prêts. Déclarer la guerre maintenant est téméraire. Attendons, le temps joue pour nous ».

Sauf qu'ils sont hypocrites, ils ne veulent absolument pas faire la guerre à l'Allemagne, ni maintenant ni plus tard. Si nous n'avions pas déclaré la guerre en 1939, ils auraient trouvé plus tard d'autres prétextes pour ne toujours pas la déclarer.

Oui, la France n'est pas prête. Mais le temps ne joue pas pour elle. L'Allemagne se renforce à chaque conquête.

Surtout, tonton Adolf est bien décidé à l'avoir, sa guerre.

Donc, oui, dans la situation merdique de la France de 1939, la déclaration de guerre n'est que la moins mauvaise décision possible, les décisions vraiment catastrophiques sont antérieures.

Et puis, tout simplement, c'est une décision honorable. L'honneur, ça compte.

Mais, nom de Dieu, qu'elle est difficile à prendre, cette décision conforme à l'honneur. Ca grenouille, ça merdouille. Un pays craintif, sans vitalité. L'apathie de Gamelin, qui éteint systématiquement les velléités des politiques, joue son rôle (mais, au final : c'est bien le gouvernement qui est coupable : pourquoi maintient-on à son poste un homme dont l'inaptitude est connue de tous depuis les accords de Munich - sa réaction ayant surpris par sa pusillanimité ?).

Aux premières escarmouches frontalières, les Allemands analysent avec raison le fait que l'aviation ne soit pas engagée comme une preuve que les Français ne sont pas sérieux dans leur volonté offensive, censée venir au secours de la Pologne.

Il ne faut pas négliger la baisse de qualité des généraux, dont parle Michel Goya, et qui affectera les Alliés pendant toute la guerre. En 1939, contrairement à 1914, l'état-major n'est plus l'élite de la nation : Gamelin, Georges, Billotte, ça ne vaut pas Gallieni, Castelnau, Lanrezac, vraiment pas. Aucun n'a eu le réflexe salvateur de Lanrezac qui sauve l'armée française de l'encerclement à Charleroi.


dimanche, décembre 29, 2019

Shirer : avril 1939, la dernière occasion manquée avant la guerre.

J'ai repris la lecture de The collapse of the third republic. C'est un vrai crèvecœur, c'est pourquoi j'y vais par petits bouts.

Depuis les accords de Munich, en septembre 1938, dont l'URSS a été exclue à la demande d'Hitler et sans protestations ni de la France ni de la Grande-Bretagne, Staline se méfie des occidentaux (cette méfiance est encore une grande réussite hitlérienne).

Tout le monde sait lire une carte et se doute qu'il vaudrait mieux avoir la Russie dans son camp pour la guerre que chacun pressent.

Au printemps 1939, Staline n'a pas encore tranché. La France et la Grande-Bretagne le courtisent très mollement. La France traine des pieds et le gouvernement Chamberlain est carrément froid (encore une fois, le rôle catastrophique des Britanniques dans la montée vers la deuxième guerre mondiale ne peut pas être surestimé).

Les Allemands ont bien compris ce qui se passait et, avec le cynisme et l'esprit de décision qui caractérisent le nazisme, sautent sur l'occasion, en répondant positivement aux signaux russes.

Début mai, l'attaché de l'air français à Berlin, Paul Stehlin (1), fort bien informé (au point qu'on peut se demander s'il n'est pas un canal de manipulation), alarmé par la gravité de la situation, fait un saut au Quai d'Orsay. Mais le ministre, Georges Bonnet, un lâche parmi les lâches (qui l'a nommé ? Daladier) refuse de le recevoir et le fait même réprimander, un militaire n'a pas à s'occuper de diplomatie.

Et puis, il y a les Polonais, qui ne veulent absolument pas entendre parler d'un accord avec les Russes, et Gamelin pas plus que Daladier n'ont exercé la moindre pression sur eux. Le gouvernement français est une pétaudière et chacun y est secrètement soulagé que nos obligations vis-à-vis des Polonais restent dans un flou pas très artistique.

Le plus étonnant (avec notre savoir rétrospectif), c'est que les militaires britanniques ne cessent d'encourager le gouvernement Chamberlain à la froideur en arguant que l'Armée Rouge n'est bonne à rien et son aide d'aucun secours. Comme souvent, Churchill, que les militaires méprisent en le traitant d'amateur, est plus clairvoyant.


Halifax (toujours aussi visionnaire, l'homme qui a déclaré « Hitler me rappelle Gandhi ») refuse donc de se rendre à Moscou (le point d'achoppement, c'est que les Soviétiques exigent, avec cynisme mais aussi bon sens -vu le comportement des Polonais, que les petits pays ne soient pas consultés sur les accords de défense les concernant). Message reçu 5 sur 5 par Staline, qui fait alliance avec Hitler.

Les propositions soviétiques étaient pourtant sérieuses, de la realpolitik. Mais quand on est con, on est con.

A cette époque, on ne peut plus accuser seulement la bêtise, la suite crève les yeux, mais Hitler est tellement avancé dans son projet, nous avons déjà laissé passer trop d'occasions. Pour renverser le cours du mauvais destin, il faudrait un caractère exceptionnel qu'il n'y a pas dans les ternes politiciens des gouvernements français et anglais (2) de 1939.

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(1) : plus tard, il sera CEMAA et laquais les Américains. Comme quoi on peut être militaire et traitre.

(2) : j'ai une trouille bleue des politiciens réputés raisonnables. Les fossoyeurs sont raisonnables. Pétain était raisonnable (du moins, en apparence). Personne n'a jamais dit que Richelieu et Clemenceau étaient raisonnables.

dimanche, octobre 06, 2019

Mars-Septembre 1939.

J'ai repris ma lecture de The collapse of the third republic, de William Shirer.

Après l'invasion de la Tchécoslovaquie en mars 1939, en violation des accords de Munich, il ne peut plus y avoir aucun doute : Herr Hitler n'est pas un gentleman.

Cette situation soulève le problème du courage moral et intellectuel.

Le courage moral consiste à ne pas chercher d'excuses au mal, même quand il est en position de force. A part notre ministre des affaires étrangères, Georges Bonnet, qui est un lâche au dernier degré, tous les dirigeants français et anglais de 1939 l'ont à peu près.

En revanche, le courage intellectuel, voir ce que l'on voit, reconnaître ses torts et ses erreurs et en tirer une leçon, c'est une autre histoire.

Halifax (ministre des affaires étrangères britannique dans la période cruciale entre 19138 et 1940), donne l'impression, même après 1945, de ne pas avoir compris qu'il s'était fait couillonnner par Hitler et comment.

Il est de ces intelligences étroites, qui peuvent exceller sur des points techniques mais sont incapables de prendre de la hauteur. Significativement, il prend les envolées lyriques de Churchill (dont l'intelligence est à l'opposé de la sienne : beaucoup de vision et égarement sur les détails) pour du théâtre grotesque et malséant.

Certes, elles le sont. Mais Halifax est incapable de comprendre qu'elles ne sont pas que cela.

Anecdote révélatrice de l'opposition d'intelligences Halifax-Churchill. En 1946, quand Churchill prononce à Fulton son célèbre discours sur le rideau de fer abattu sur l'Europe, Halifax, qui est encore ambassadeur aux Etats-Unis (c'est en l'expédiant à ce poste que Churchill s'en est débarrassé en 1940), lui fait la remarque qu'il s'est laissé emporter. Churchill répond que non et que, de toute façon, le communisme disparaîtra de Russie vers les années 80 !

Un type comme Halifax est un jouet dans les mains d'Hitler.

Pour Chamberlain, le jugement est moins sévère : son absence de franc soutien à Halifax et son petit soutien réticent à Churchill en mai 1940 laissent penser que, très tardivement, il a eu quelques lumières sur le machiavélisme hitlérien.

Coté dirigeants français, ce n'est pas très glorieux non plus.

Il ne s'agit pas d'idiots à proprement parler, en ce sens que ces gens sont capables, sur des sujets moins brulants, de se montrer moins épais. Mais là, leur esprit se ferme parce qu'ils n'ont pas les tripes de regarder les choses en face, et il en résulte de la bonne bêtise bien pure, sans filtre.

Nota : au cours d'une conférence fort intéressante sur Les vainqueurs, Michel Goya, interrogé sur les causes militaires de la défaite de 1940 cite l'incompétence. Il donne un exemple : lors des heures difficiles du printemps 1918, la France a toujours eu deux armées en réserve. En 1940, au bout de six jours d'offensive allemande, Gamelin n'a plus de réserves (la fameuse « plus grande surprise de ma vie » de Churchill).





lundi, septembre 16, 2019

29-30 septembre 1938 : la conférence de Munich vue par Shirer.



Hitler a fait monter la tension autour de la question des Sudètes (les populations d'origine autrichienne -et non allemande- peuplant les frontières de la Tchécoslovaquie) et le 28 septembre 1938, le « mercredi noir », la guerre semble inévitable, en vertu des accords d'assistance de la Tchécoslovaquie par la France, par la Grande-Bretagne et par la Russie.

La France a décrété la mobilisation partielle et le président du conseil Daladier s'apprête à faire dans la soirée une allocution radiophonique expliquant que la guerre est inévitable.

Soudain (là, Shirer me semble bien naïf de tomber dans le panneau de la comédie hitlérienne), Hitler est pris d'un remords avant de déclencher la guerre et accepte une conférence à quatre : Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie. Déjà, le fait d'exclure la Russie (co-garante des accords d'assistance) et la Tchécoslovaquie (tout de même la première concernée) est une grande victoire pour Hitler (1).

L'Allemagne et l'Italie se sont concertées alors que Chamberlain, bien décidé à tout lâcher sans aucune retenue, n'a pas parlé avec Daladier.

La proposition « italienne » est en réalité une proposition de Berlin reprise par Rome. Les alliés cèdent tout, ils sont foireux comme des pets. Ils se déculottent autant qu'ils peuvent. Après la tension savamment orchestrée par Hitler, le « lâche soulagement », évoqué par Léon Blum, ouvre les vannes de l'abandon. C'est une honte sans circonstances atténuantes.

La lecture de Shirer fait entrer dans les détails de cette conférence et, loin d'atténuer cette impression générale, augmente le sentiment de bassesse et de couardise. Par exemple, lorsque les Français et les Anglais délivrent aux envoyés tchécoslovaques la sentence de mort de leur pays, Chamberlain (2) baille ostensiblement (même des diplomates anglais en sont choqués). Et il signe un bout de papier avec Hitler (celui qu’il agite à l’aéroport) dans le dos de ses alliés français. Le type franc comme un âne qui recule.

J'ai longtemps eu une autre analyse. A savoir que les accords de Munich étaient un mal nécessaire, que la France et la Grande-Bretagne n'étaient pas prêtes pour la guerre et qu'elles devaient gagner du temps. Que le seul tournant raté était la remilitarisation de la Rhénanie.

Je me trompais. Le 7 mars 1936 est  bien l'occasion la plus importante d'arrêter le programme hitlérien mais pas la seule. En septembre 1938, l'Allemagne non plus n'était pas prête pour la guerre. Des politiciens avec des couilles auraient pu résister et dévoiler le bluff hitlérien.

Aujourd'hui, dans la vulgate, c'est plutôt mon interprétation erronée qui l'emporte (chez Zemmour, par exemple), tout simplement parce qu'elle correspond mieux à notre époque, où les vannes de l'abandon sont grandes ouvertes en  permanence (Zemmour est plus prisonnier de l'esprit de notre époque qu'il ne le croit).

Churchill a, comme souvent, trouvé une formule lapidaire et géniale : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre. » (3)

La photo de la honte, Chamberlain à Croydon brandissant un chiffon de papier (Hitler devait bien se marrer) :


L'équivalent français au Bourget :


Au moins, Daladier a le bon goût, voyant les imbéciles venus l'acclamer au lieu de le lyncher, de s'exclamer : « Ah, les cons ! ».




Les dirigeants britanniques et français n'ont pas su comprendre et contrebattre les vicieuses manoeuvres d'Hitler. C'est rageant.

Début octobre 1938, Shirer fuit Paris (ce sont ses mots), écoeuré par la veulerie d'un pays qu'il aime. Maintenant que l'adjectif munichois est passé dans le vocabulaire courant, on a oublié quel choc de honte ce fut pour une minorité.

Quand j'entends à propos de ceci ou cela que tout le monde est anti-munichois, je me méfie : une des leçons des accords de Munich est que les anti-munichois sont très minoritaires.

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(1) : après la conférence, les Russes font remarquer avec clairvoyance aux Français que leur imbécilité conjointe avec les Britanniques de s'être laissés berner par Hitler ouvre la voie à la quatrième partition de la Pologne. Le pacte germano-soviétique est déjà dans les têtes.

(2) : c'est un mystère (hélas, pas si mystérieux quand on connaît les hommes) que ce politicien minable, mais présentant « raisonnable » (paraître raisonnable -pas nécessairement l'être- compte beaucoup pour les imbéciles), soit resté populaire dans son parti jusqu'à sa mort en novembre 1940 (si il n'avait fallu compter que sur le parti conservateur, Churchill ne serait pas devenu Premier Ministre).

(3) : cette phrase est intéressante car on la trouve dans une lettre du 13 août 1938, autrement dit, avant la conférence de Munich. Signe que Churchill avait bien saisi ce qui se passait. Dans son discours au parlement, sous les huées de son propre parti, Churchill parle de « total and unmitigated defeat ».

dimanche, septembre 08, 2019

Le 29 avril 1938

Le 29 avril 1938 n’est pas une grande date de l’histoire. Juste un assemblage de petits faits révélateurs.

A Londres (significatif que ça soit le Français qui fasse le déplacement), Edouard Daladier, président du conseil, rencontre pour la première fois Neville Chamberlain, premier ministre.

Avec perplexité, il s’entend dire que la Tchécoslovaquie est perdue mais qu’il ne faut pas trop s’en faire, Hitler n’a peut-être pas des intentions si agressives.

Aussitôt le Français parti, lord Halifax, ministre des affaires étrangères, convoque l’ambassadeur allemand pour lui dire que la paix doit être garantie à trois, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Sous-entendu, c’est la France le fauteur de guerre. Comme on l’imagine, son excellence retourne à son ambassade absolument ravie.

Lord Halifax a fait ce qu’on appelle une belle guerre. Preuve, une fois de plus, que le courage intellectuel et moral est plus rare que le courage physique.

vendredi, septembre 06, 2019

12 mars 1938 : annexion de l’Autriche par l’Allemagne

Je vous ai déjà parlé de la remilitarisation de la Rhénanie. Ce coup ci, le billet va être beaucoup plus court puisqu’il s’agit de la suite attendue de l’inaction française en 1936.

Le 12 mars 1938, Hitler annexe l’Autriche. La France perd mécaniquement son allié tchécoslovaque, désormais exposé à une attaque sur trois côtés (perte concrétisée quelques mois plus tard par les accords de Munich).

Le coup est si peu inattendu que le gouvernement Chautemps (Chatemps, l’enculé mondain qui, deux ans plus tard, fera le premier pas sur la route infamante de l’armistice) a démissionné pour ne pas avoir à y faire face.

Quand Hitler passe à l’action, la France n’a pas de gouvernement !

Que fait la France ?

1) elle attend le soutien de la Grande-Bretagne, qui ne viendra jamais (on ne saurait trop insister sur l’énorme responsabilité des Anglais et des Américains dans la liberté d’action d’Hitler).

2) elle suspend les permissions du week-end !

Sans excuser les trahisons de 1940, les événements des années précédentes aident à comprendre la défiance des Français vis-à-vis de leur régime et de leur pays. On peut prendre les choses dans n’importe quel sens : la chronique de la période 1919-1940 est l’histoire d’un échec collectif.


samedi, août 24, 2019

Shirer : ces cons de Polonais.

Je continue à lire The collapse of the third republic.

Shirer écrit que les Polonais sont des gens attachants mais parfaitement idiots en politique (1) !

Tout le monde connaît (ou devrait connaître) la responsabilité écrasante des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale : en soutenant, tout au long des années 20 et même 30, l'Allemagne contre, de fait, la France, ils ont rendu possible le redressement du bellicisme allemand et préparé le désastre de 1940 (c'est une des raisons pour lesquelles j'ai vraiment beaucoup de mal quand Hollywood, et d'autres, nous présentent les Américains comme des sauveurs).

Moins connue, la collaboration des Polonais à leur propre anéantissement.

Le ministre des affaires étrangères, Jozef Beck, était violemment anti-français, espérait que les turbulences orientales permettraient à la Pologne de s'agrandir et que l'Allemagne protégerait son pays de la Russie. Il refusa par conséquent toute conférence ayant pour but de diminuer les tensions dans la région.

On ne saurait se tromper plus radicalement.

Le 26 janvier 1934, il signe un pacte de non-agression de dix ans avec l'Allemagne hitlérienne.

Dès 1922, c'est-à-dire bien avant Hitler, le général von Seeckt, chef de l'armée allemande, écrivait dans un memorandum secret : « L'existence de la Pologne est intolérable, incompatible avec les conditions essentielles de la vie de l'Allemagne.  L'anéantissement de la Pologne doit être un des buts fondamentaux de la politique allemande ».

Portrait d'un imbécile :


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(1) : Jean-Paul II est donc une exception.

mercredi, août 21, 2019

L'émeute du 6 février 1934 vue par William Shirer

Je continue ma lecture de The collapse of the third republic.

Comme correspondant du Herald Tribune, William Shirer a vécu l’émeute de 6 février 1934 en direct, d’abord au balcon du Crillon, où il a vu la victime d’une balle perdue tuée à côté de lui, puis dans les rues.

Rappelons que cette émeute oppose les ligues d'extrême-droite, massées place de la Concorde, échauffées par l'affaire Stavisky, à la police qui barre le pont de la Concorde pour les empêcher de prendre d'assaut le Palais Bourbon.

Les reproches faits par les ligueurs au régime sont loin d'être tous excessifs, puisque certains étaient très largement partagés dans tout le spectre politique. Ce qui n'empêchait pas le dit régime de repousser toute réforme.

Shirer fait plusieurs remarques intéressantes :

  • Les communistes ont manifesté aux cotés des fascistes pour renverser la république « bourgeoise ». Ils n’ont tiré aucune leçon du destin de la république de Weimar l’année d’avant en Allemagne. Ce n’est qu’au matin du 7 février qu’ils se sont dits qu’ils avaient peut-être fait une connerie et ont commencé la réflexion qui aboutit au Front Populaire.
  • Les politiciens ont été en-dessous de tout. Albert Lebrun sanglotait dans son bureau de l’Elysée, comme d’habitude (il avait la larme facile et recommencera en 1940). Certains parlementaires se sont déguisés pour ne pas se faire écharper. Ils ont été incapables, devant le péril, de surmonter leurs petites querelles. Même les conseillers de Daladier, chauds-bouillants, prêts à découdre, ont débandé dès qu’il a fallu passer à l’action. Tous les témoins de ces scènes, y compris d’éminents républicains, ont été écœurés.
  • Les policiers étaient fort mal commandés, sauf exception. Ils ont tiré dans le tas, 20 morts (dont des spectateurs) parmi les civils et 1 parmi les policiers. Shirer remarque l’orientation de la presse : elle en a fait des tonnes sur les morts de droite, beaucoup moins sur les morts d’une manifestation ouvrière quelques jours plus tard. L’orientation de la presse a bien changé, mais elle reste toujours très partisane.
  • L’échec de l’émeute ne vient pas de la force des défenseurs du régime mais de la faiblesse des chefs émeutiers. Les ligueurs ont manqué de coordination et d'impulsion venue d'en haut. Les Croix-de-Feu, les plus organisés et les plus habiles des manifestants (ils ont eu l’intelligence de ne pas passer par le pont de la Concorde où s’affrontaient la police et les émeutiers) sont arrivés à quelques centaines de mètres du Quai d’Orsay et du palais Bourbon, quasiment pas défendus, et ont alors reçu l’ordre de leur chef, le colonel La Rocque, de ne pas aller plus loin. Quant aux autres chefs, ils étaient aux abonnés absents. Maurras n’a appris les événements que le lendemain midi, il était occupé la nuit précédente à faire des vers (comme dirait Mangeclous). Bref, ces chefs nationalistes étaient braillards mais pas très sérieux dans leur volonté de renverser le régime : quand l’occasion s’est présentée, ils l’ont esquivée (comparez avec Hitler de l’autre côté du Rhin).




Mitterrand, qui est arrivé à Paris juste après cette émeute, a un jour engueulé Gaston Deferre, ministre de l’intérieur, parce que des manifestants étudiants avaient traversé le pont Alexandre III : : « Chacun sait depuis le 6 février 1934 que l'on ne doit jamais laisser les manifestants pénétrer dans le périmètre Palais Bourbon, Élysée, place Beauvau ».

J’ai mauvais esprit, mais je vois dans ces quelques constats de Shirer des rapprochements évidents avec notre crise des Gilets Jaunes.

Pour Shirer, les deux conséquences les plus néfastes à long terme de cette journée dramatique sont, d’une part, que Pétain, nommé dans le gouvernement Doumergue suite à l'émeute, s’est imaginé un destin politique (1) et, d’autre part, que Laval et lui, contre toute attente (le pacifiste exempté de guerre de 14 et le vainqueur de Verdun) se sont rapprochés.

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(1) : non, le Pétain de 1940 n’est pas un sauveur sans ambition qui se sacrifie pour le pays. C’est un vieillard qui ressasse depuis des années sa frustration de pouvoir.

mardi, août 20, 2019

Politique : comment savoir qui a raison ? Comment faire passer la bonne politique ?

Je suis en train de lire The collapse of the third republic, de William Shirer, dont je vous ai déjà parlé.

C'est rageant : des hommes voient les dangers, les vrais, tels que la suite de l'histoire les révèlera et proposent des solutions pas idiotes mais ne sont pas écoutés, ou peu, dans le brouhaha des analyses et des propositions contradictoires.

Ils arrivent que certains soient à la fois dans l'erreur grave et dans la bonne analyse. C'est le cas de Winston Churchill : il a reconnu lui-même que son refus de dévaluer et son retour à l'étalon-or, en tant que Chancelier de l'Echiquier, étaient une faute gravissime et comptent parmi les causes majeures de la seconde guerre mondiale. En même temps, il a eu parfaitement raison, presque tout seul, à propos de l'Allemagne et de Hitler.

Or, le retour à l'étalon-or de Churchill est pour moi du même acabit qu'aujourd'hui le rafistolage permanent de l'Euro : une faute lourde à cause du refus de solder les comptes d'une politique qui a échoué. Les psycho-rigides veulent maintenir l'illusion. Ils refusent de renoncer à l'idée qui a fait leur carrière et leur fortune. Ils ne veulent pas se résoudre à prendre nos pertes : oui, si la Grande-Bretagne avait été forte, elle aurait pu retourner à l'étalon-or. Oui, si la fédération européenne était une bonne idée, il faudrait garder l'Euro. Mais la Grande-Bretagne n'était plus forte et la fédération européenne se révèle une mauvaise idée.

L'idée européiste de monnaie unique, on pouvait éventuellement y croire (après tout, j'ai voté pour, une erreur de jeunesse, avant que de m'en repentir). En tout cas, on essayé. Maintenant, il faut démonter l'édifice mal branlé et passer à autre chose.

Ma politique est simple : transformer l'Euro en monnaie commune en réintroduisant les monnaies nationales, faire banqueroute sur les dettes, arrêter l'immigration et remettre de l'autorité et de la transmission dans la vie (école, famille, justice). Les suites immédiates seraient terribles, mais ce n'est pas ma politique qui en serait la cause, ce serait les longues années de politique folle qu'il s'agit de solder.

Avant que d'en arriver là, se pose une question incontournable : comment faire passer cette politique de salut public qui fait peur (et je comprends bien pourquoi) ?

Arrivé à ce point, la lecture de Shirer pousse au désespoir. La bonne volonté et l'intelligence ne suffisent pas. Le caractère non plus. Il faut que tout cela soit réuni dans le même homme et qu'en plus il soit au bon endroit, au bon moment, avec les bons appuis.

Tardieu manque d'habileté, Daladier de caractère, Reynaud de conviction. Il y a bien un homme possédant toutes ces qualités. Mais Charles De Gaulle végète dans un poste subalterne.

Bref, pas riant, l'avenir.

Certes, tout n'est pas perdu :


lundi, août 19, 2019

La bourgeoisie française de l'entre-deux-guerres vue par un journaliste américain.

Il paraît que je suis trop sévère avec la bourgeoisie française. Je vous soumets donc (comme argument d'autorité !) le point de vue d'un Américain.

L'extrait est un peu plus étendu, il permet de se remémorer une partie de la lourde responsabilité des Américains et des Anglais dans la seconde guerre mondiale.

Pour vous permettre de rentrer dans l'extrait : le bas de la page 131 et le haut de la page 132 explique que, pour une nation, chercher la protection dans la subordination est une fausse bonne idée, que les nations sont naturellement égoïstes et ne peuvent compter que sur elles-mêmes quand l'essentiel est en jeu (d'où la note de bas de page 132 sur de Gaulle).

Extrait de The collpase of the third republic

Nota : Shirer n'aime vraiment pas Pétain, car, contrairement à nos pétainistes contemporains, qui ne sont que des anti-gaullistes obsessionnels déguisés (voir ici, par exemple), il n'ignore pas que Pétain, par les différents postes qu'il a occupés et par son magistère moral et intellectuel tout au long des années 20 et 30, est le principal responsable militaire de la défaite de 1940.

Alors, le voir prendre le pouvoir à l'issue d'une défaite dans laquelle il a joué un rôle majeur, ça gratte un peu.

Il faudrait une bonne psychanalyse de l'anti-gaullisme contemporain. Venant de pieds-noirs, c'est idiot mais compréhensible. Mais de catholiques traditionalistes fervents ? C'est au moins le signe d'une légère déficience de la comprenette politique (ils devraient relire Richelieu, catholique sans doute aucun).

Je rappelle que le catholique pratiquant, dans la paire Pétain-De Gaulle, c'était le général, pas le maréchal.

Les histoires pétainistes de « don de sa personne à la France » ne sont que du bourrage de mou pour gogos disposés à se laisser gruger (au moment où il fait cette déclaration, le 17 juin 1940, il parie sur la victoire de l'Allemagne, qui ne paraît pas à ce moment irréaliste. Son don ne lui coûte donc rien. C'est comme nos modernes politiciens qui répètent « j'assume » : concrètement, ça veut dire qu'ils restent en poste continuent à se goberger).

Je parle de psychanalyse car, en raison, il n'y a plus de débat depuis longtemps : Pétain a parié sur la victoire de l'Allemagne, De Gaulle sur sa défaite, on sait sans ambiguïté qui a eu tort, qui a eu raison. François Delpla a montré comment Pétain avait été mené par le bout du nez par Hitler.

En revanche, en psychologie, c'est une autre histoire. Et les réactions face à Trump me paraissent éclairantes : on condamne non pas celui-ci qui divise le groupe, mais celui qui constate une division existante que tous s'efforçaient, avec de plus en plus de difficultés, de nier.

La souffrance et la peur du conflit se transforment en haine pour celui qui le met en lumière : on déteste à mort le messager parce qu'on ne supporte pas le message. Sans De Gaulle, il y aurait eu des Résistants, mais on en veut à mort celui qui a posé un choix clair, qui a tué l'espoir de concilier l'inconciliable, qui a dit qu'on était soit couché soit debout mais qu'on ne pouvait être les deux en même temps.

J'ai tout de même du mal à comprendre qu'il reste aujourd'hui des pétainistes. Péguy disait qu'il faut avoir le courage de voir ce que l'on voit. A l'évidence, certains manquent de ce courage.

lundi, août 12, 2019

Buisson con

Pour des raisons dont je comprends qu’elles tiennent beaucoup à des rancœurs personnelles, Patrick Buisson passe de la stratégie dite d’union des droites à la stratégie d’union populaire droite-gauche.

C’est tout simplement stupide. Même en Italie, cette stratégie est en train d’échouer.

Je ne comprends pas cette attraction suicidaire de certains droitiers pour la gauche (PY Rougeyron, par exemple). A mes yeux, cela prouve un manque de profondeur qui n’est pas seulement politique. Quels principes faut-il avoir pour ne pas être dégoûté par les héritiers de la Terreur et de Staline ? Et ce n’est pas seulement une question d’héritage. Leur doctrine est fausse.

On cite souvent De Gaulle. Mais où voit-on qu’il a passé une alliance électorale avec les communistes ?

Bien sûr, le but est de réunir politiquement ce qui reste du peuple français et la part (petite) la moins pourrie de la bourgeoisie (1). Mais cela n’implique nullement de mélenchoniser : la stratégie Philippot, même rebaptisée Buisson,  se terminera dans une cabine téléphonique.

Il faut parler de la nation, avec les implications sociales qui découlent de la solidarité entre compatriotes. Pas faire des concessions aux idioties marxistes. Autrement dit, il faut une droite de combat chrétienne (rien avec le dégueulasse centrisme démocrate-chrétien).

Je mesure à quel point la raideur de Péguy isole.

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(1) : je continue à lire Shirer à propos de la chute de la IIIème république. Ce qu’il dit de la bourgeoisie française des années 20-30 est encore plus péjoratif que ce que j’ai écrit sur ce blog.

mercredi, août 07, 2019

Le prix de l'instabilité gouvernementale

Beaucoup d'imbéciles mettent nos maux politiques actuels sur le dos du caractère personnel de la Vème république et souhaitent un régime d'assemblée, sans vouloir reconnaître, d'une part, que la constitution gaullienne a été patiemment dénaturée alors qu'elle représentait justement cet équilibre aujourd'hui perdu et appelé de leurs voeux par les amnésiques, et, d'autre part, que le régime d'assemblée a déjà été tenté en France, avec le succès que l'on sait, ou que l'on devrait savoir.

Je suis en train de lire The collapse of the third republic, de William Shirer (qui écrit par ailleurs quelques solides conneries). La tristesse et la stupeur d'un Américain  francophile devant notre instabilité gouvernementale nous rappellent à quel point ce régime était dommageable.

On dit souvent que la stabilité ministérielle (les gouvernements tombaient mais se reformaient, dans un jeu de chaises musicales, avec presque les mêmes ministres. Aristide Briand a été ministre 25 fois !) compensait l'instabilité gouvernementale. C'est vrai, mais très insuffisant. Rien ne remplace des gouvernements durables.

Comme ce régime parlementaire est une lubie de gauche, elle permet au moins de détecter les faux droitiers.

Pourtant, n'enlevons pas tout à la troisième république : si elle a commencé la guerre en 1914 dans des conditions désastreuses, elle a fini par la gagner ... au prix d'un million quatre cent mille morts.





jeudi, août 01, 2019

Y a-t-il une affaire Steve Caniço ?

Le problème juridique semble assez simple :

QUI A TUÉ STEVE CANICO ? QUI EST RESPONSABLE ET POURQUOI EST-IL MORT ?

Sauf déni de justice toujours possible (l'appareil judiciaire français sous Jupiter-Narcisse 1er n'est pas éblouissant d'impartialité), nous voilà partis pour une inculpation d'homicide involontaire.

La question est de savoir jusqu'où la responsabilité va remonter. Autrement dit, est-ce une affaire politique ?

Dans une démocratie, la question ne se poserait pas, ça serait déjà une affaire politique, à cause du contexte de répression excessive et partiale depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies (on laisse faire les racailles, on réprime les blancs, sauf les blocs noirs).

Dans une dictature, la question se poserait pas non plus : ça serait un simple fait divers.

Nous verrons bien. Je pense que nous allons tomber du coté dictature avec vernis démocratique.

Les lampistes vont payer, Castaner va peut-être démissionner mais le fond de la politique ne changera pas : répression des opposants politiques et laxisme avec les racailles gauchistes ou de banlieue.

Addendum :

Si la mort de Steve Caniço devient une affaire d'Etat (ce n'est pas gagné), ça ne sera pas à cause de ce seul accident, mais parce qu'il traduit une politique de maintien de l'ordre qui a fait le choix de la violence.

Je ne suis pas spécialiste, mais ce que je lis, c'est que la police française, qui était réputée dans ce domaine (pas de mort en mai 68), a changé de doctrine après les manifestations contre le CPE et est devenue volontairement plus violente (contre les blancs, évidemment. Pas contre les racailles de banlieues ni contre les blocs noirs).

Violence policière volontaire qui a pris un tour politique et anti-démocratique avec les Gilets Jaunes.

Ce qui recoupe, comme je vous le disais, le fait que nous sommes gouvernés par des des gros bourrins, autistes et abrutis, qui se prennent pour des intelligents (prototype : E. Philippe).

Ils ont la politique de maintien de l'ordre adaptée à leurs moyens intellectuels limités.

Addendum 2 :

On s'aperçoit, une fois de plus, qu'en France, la police et la justice sont au service, ni du pays ni de la population, ni de l'ordre ni de la loi, mais du pouvoir. Et quand ce pouvoir est illégitime et injuste ...

Si les policiers et les magistrats n'étaient pas d'accord avec cette instrumentalisation, ils ont des syndicats ... qui sont fort silencieux sur toutes les dérives, quand ils ne sont pas de francs soutiens du pouvoir macronien.

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Ordre, liberté, justice sont liés.

Je suis souvent tenté de faire mienne la déclaration de Goethe : « Mieux vaut un injustice qu’un désordre ».

J’attache une grande importance à l’ordre.

Mais lisant The collapse of the third republic, du journaliste William L. Shirer, je m’aperçois, une fois de plus, à la lueur de l’affaire Dreyfus dans les yeux d’un Américain, qu’une injustice est un désordre, qu’une injustice blesse l’ordre du monde.

Je suis plus choqué par les violences policières contre les Gilets jaunes que contre les racailles de banlieue (même en mettant de côté qu’elles sont plus grandes contre les GJ) parce que je vis l’immigration massive comme un désordre profond alors que la protestation politique de bons Français m’apparaît légitime.

Mais cela n'enlève rien au fait qu'une injustice est un désordre.