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mercredi, juillet 01, 2020

Le drame de 1940 (A. Beaufre)

André Beaufre (1902-1973) est un général intellectuel, un penseur militaire. Il est l'auteur d'un traité de stratégie. Mais il lui manque le petit plus de caractère qui fait les grands chefs, le grain de folie qui fait les visionnaires, le non-conformisme qui fait les créateurs : giraudiste plutôt que gaulliste (mais Résistant quand même), avec De Lattre plutôt qu'avec Leclerc, IVème république plutôt que Vème.

En 1961, il est écarté du poste de chef d'état-major, pour lequel il était pressenti, par De Gaulle qui le trouve trop atlantiste. Bref, ce n'est pas Leclerc. Le préfacier peint d'ailleurs un portrait au vitriol de l'auteur, ce qui est assez inhabituel.

Ces préliminaires étant posés, son témoignage est passionnant. Il était capitaine en 1940, adjoint de Doumenc, le major-général de l'armée française. Un général très dynamique, inventif, un organisateur né, au fait des techniques. La Voie Sacrée en 1916, c'est une idée et une organisation de Doumenc. La victoire de 1918 doit beaucoup à la logistique de Doumenc (chaque offensive française était alimentée par 5 ou 6 « voies sacrées », permettant, enfin, aux mouvements des armées de s'affranchir des voies ferrées).

Doumenc est aussi le premier à avoir proposé le concept de division blindée, avec une composition très proche de ce que sera la réalité.

Beaufre est donc bien placé pour témoigner.

Les deux mamelles du désastre

Beaufre examine plusieurs causes au désastre de 1940, mais il les résume en deux principales :

♘ La très grande cohérence allemande entre la tactique, la stratégie et la politique. Beaufre a lu Mein Kampf. Il comprend mieux le génie maléfique d'Hitler que beaucoup d'historiens de 2020.

Les Français étaient loin de la cohérence germanique. Comme dit Audiard dans Un taxi pour Tobrouk : « Si vous n'aimez pas la guerre, pourquoi signez vous des alliances avec des pays qui sont en guerre tous les vingt ans ? ». Foch et Clemenceau avaient élaboré un réseau d'alliances et de garanties, qui formait un tout, qu'Hitler a patiemment détricoté sans opposition française.

Nous nous sommes donc retrouvés seuls (la contribution terrestre anglaise était quasi négligeable) avec une armée qui était incapable d'affronter seule l'Allemagne. Au contraire des Allemands, nous étions incohérents.

♘ La médiocrité du haut commandement français. Gamelin et Weygand étaient les seconds de Joffre et de Foch et on les a nommés au poste suprême dans la croyance magique qu'ils apporteraient avec eux le secret de la victoire de leurs anciens chefs. Mais ils n'étaient que des seconds et ils se sont comporté comme des seconds.

Beaufre est encore plus sévère avec Pétain, dont l'influence écrasante a formé l'armée de la déroute : « Un esprit étroit incapable de sortir de l'hexagone ».

En attendant l'orage

Muté à Paris en 1925, Beaufre découvre un état-major entièrement défensif, non seulement vis-à-vis des Allemands, mais aussi vis-à-vis du ministère des finances, du parlement, du ministre, de l'administration etc. L'obsession générale est le papier bien rédigé, la note de synthèse impeccable, qui dissimule le but véritable : décider le moins possible.

Il trouve Pétain à la fois borné et hypocrite. Il explique que cette connaissance personnelle du grand homme ne sera pas pour rien dans son passage sans état d'âme à la Résistance.

Cette armée apathique est celle d'un pays divisé contre lui-même. Les institutions empêchent la stabilité. La mauvaise qualité des hommes politiques ne laisse aucune chance à l'émergence d'un sauveur.

Beaufre, en tant qu'adjoint de Doumenc, fait partie de la délégation de négociation d'un accord franco-anglo-soviétique à l'été 1939. Cette négociation vitale (c'était vraiment une question de vie ou de mort de mettre l'URSS de notre côté) est plombée par l'illusion (savamment entretenue par Hitler) de certains anti-communistes, notamment anglais, que l'on pourra jeter l'une contre l'autre l'Allemagne et l'URSS et que la France et l'Angleterre tireront les marrons du feu, ni vu ni connu j't'embrouille. Ce machiavélisme à la petite semaine sous-estime gravement Hitler et Staline.

Vous connaissez la suite : le pacte germano-soviétique. La France  se retrouve quasiment seule face à l'Allemagne hitlérienne aux mains libres. Comme trop souvent depuis 1918, L'Angleterre a joué un rôle très funeste dans le destin de la France (sans les excuser, il ne faut pas oublier ce point pour comprendre l'anglophobie des Pétain, Weygand, Darlan et consorts. C'est une preuve de l'intelligence de De Gaulle d'avoir mis son mouchoir par là dessus).

On discute souvent de la question « En juin 1940, fallait-il demander l'armistice ou continuer la guerre en Afrique du Nord ? ». Mais, dans un monde idéal, c'est dès 1939, suite à l'échec des discussions avec les Soviétiques, qu'il aurait fallu étudier les plans de ce grand déménagement. Bien sûr, cette réflexion est anachronique de ma part, mais c'est le propre des très grands chefs que d'avoir ce genre d'intuitions. Nous n'en avions pas, ni grands chefs, ni intuitions.

L'autre « solution » pour ne pas faire exactement ce qu'Hitler voulait aurait été de ne pas déclarer la guerre à l'Allemagne à propos de la Pologne. C'est ce que soutient Peter Hitchens. C'était aussi l'argument du procès de Riom. Crétin. Ca témoigne d'une incompréhension totale de la stratégie hitlérienne : si certains naïfs, comme William Shirer, ont pu croire qu'Hitler a été surpris par notre déclaration de guerre, cela prouve juste le talent de comédien de tonton Adolf.

Hitler la voulait, cette guerre, et à ce moment là. Adam Tooze explique très bien pourquoi. Il se serait démerdé pour nous la déclarer d'une manière ou d'une autre.

Beaufre ne tombe pas dans cette erreur. Il comprend que la guerre est impossible à éviter dès lors que le pacte germano-soviétique est rendu public.

La drôle de guerre

A notre stratégie défensive (étrangler l'Allemagne par le blocus), correspond concrètement une inaction déprimante : puisque le temps joue pour nous, il ne faut rien faire qui provoquerait l'ennemi à passer à l'action. Le seul résultat, c'est que le moral de nos troupes, déjà pas bien haut, s'effondre.

Encore une fois, Beaufre décrit un Gamelin mettant toute son intelligence à ne pas décider (Gamelin caresse ses mains l'une sur l'autre comme Mitterrand). Le malaise à Vincennes est profond. Au point que deux aides de camp audacieux ont glissé au général en chef une note sur le thème « Ne pas décider engage autant l'avenir que décider ».

Les politiciens sont bien conscients du problème Gamelin, mais Gamelin est l'homme de Daladier et les radicaux sont indispensables pour constituer une majorité, donc, eux aussi décident de ne pas décider.

Nous avons si peu décidé que même le temps, censé jouer pour nous, a favorisé l'Allemagne. Comme nous avons fait des plans mirifiques d'armement, nous éprouvons beaucoup de mal à mettre en route les mammouths industriels qui en résultent et les usines allemandes produisent plus d'armes que nous.

Avant même que le combat s'engage, nous avons déjà quasiment perdu.

Dans l'épreuve

A propos des événements de Norvège (Narvik et compagnie), Beaufre a un commentaire qui me frappe par son évidence mais que je n'avais jamais lu : la nullité des forces franco-anglaises a rassuré Hitler juste avant qu'il lance son offensive de printemps.

Citons : « On constate déjà les faiblesses qui nous serons fatales : manque de matériel moderne [il pense aux radios, par exemple], de DCA, influence morale décisive des bombardements aériens [Marc Bloch, qui n'est pas soupçonnable de lâcheté, écrit qu'on se sentait personnellement visé par les Stukas], passivité de la troupe, cependant d'élite, commandement sans résolution. A la première épreuve, notre système militaire apparaît terriblement démodé ». 

Une fois l'offensive allemande lancée, Beaufre écrit ce que nous a déjà raconté Marc Bloch : après 9 mois d'inertie, les généraux dépassés par la rapidité de l'offensive allemande se réfugient dans la procédure, le « beau papier », puis tombent dans l'apathie et dans la dépression. Et dans le défaitisme.

C'est Beaufre qui nous livre la scène reprise par tous les historiens : dans la nuit du 13 mai (après le passage de la Meuse à Sedan par les Allemands), l'énergique Doumenc débarque chez Georges, commandant le front nord-est, et trouve celui-ci en train de sangloter dans un fauteuil du QG aux allures de sépulcre. Il le secoue, il lui remonte le moral et ils imaginent ensemble une contre-attaque ... que Georges n'exécutera pas.

Re-belote le 15 mai au soir, Gamelin suggère (c'est bien dans ses manières de « suggérer ». On imagine Bonaparte « suggérant ») un plan de contre-attaque mais ne donne pas suite.

Citons encore une fois Beaufre : « Le 13 mai au soir, l'armée française est pratiquement intacte. Mais, déjà, le commandement a vu son moral brisé. Il ne le retrouvera plus jusqu'à la fin ». Trois jours ont suffi à briser le moral du commandement de l'armée française : quel commandement est-ce là ?

Dès le 16 mai, il est évident que la bataille est perdue en métropole. Prépare-t-on la suite de la guerre ? Non, on pense à rendre les armes.

Weygand

Beaufre est un admirateur de Weygand, beaucoup plus énergique que Gamelin,  mais pour quel résultat ?

Bizarrement, Beaufre pense que Weygand avait raison de masser toutes ses forces sur la Somme en un rideau défensif (on a de sérieuses raisons de penser que c'était une manière de rendre la défaite irréversible).

J'écris « bizarrement » car Beaufre ne peut ignorer quand il écrit en 1961 que les expériences ultérieures ont montré que ce qui fonctionne contre les chars, c'est plutôt la défense en profondeur (bon d'accord, Koursk était un terrain très préparé).

En revanche, je laisse le bénéfice du doute à Beaufre sur un point : on sait aujourd'hui que la situation logistique des armées allemandes était très tendue à la mi-juin. Comme en 1914, la rapidité foudroyante de leur avance met les Allemands dans une situation vulnérable (ils auront le même problème dans les plaines russes : les Américains sont bien meilleurs dans ce domaine, même si Patton est tombé en panne sèche fin 1944).

Le défaitisme comme seule issue d'une impasse intellectuelle et morale

Beaufre décrit son propre désarroi face à des événements qu'il a pourtant mieux anticipés que d'autres. L'avalanche quotidienne de mauvaises nouvelles a un effet d'assommoir (qui use Paul Reynaud par exemple). On sent encore mieux l'intelligence de Charles De Gaulle, qui se dit qu'il faut prendre de la distance physique  pour retrouver les idées claires.

Le commandement est absolument incapable de reprendre la main, il subit les événements. Weygand, déjà résigné à la défaite quand il prend son poste, n'est pas meilleur que Gamelin.

Les Français ont fait des sacrifices réels, dignes de leurs ainés (60 000 morts militaires en 6 semaines), mais sans stratégie, sans coordination, sans ligne directrice. De résistance acharnée en résistance acharnée, tel bataillon a retenu les Allemands quelques heures, telle division une journée. Pour quoi ? Pour presque rien, puisque ce n'était pas au service d'une vision d'ensemble non-défaitiste.

Bien sûr, l'idée non-défaitiste évidente, c'était le repli en Afrique du Nord, mais Pétain et Weygand ont décrété que ce n'était ni faisable ni souhaitable et aucun politicien n'a eu les couilles de contredire ces deux vielles badernes.

La défaite de 1940 est une défaite du manque d'intelligence et du manque de courage, c'est pourquoi elle fait encore si mal. Nous avons été moins intelligents que les Allemands et nous avons rendu les armes avant d'avoir tout essayé.

Beaufre pense que, pour nous remettre de ce traumatisme, il aurait fallu que nous aplatissions les Allemands aussi violemment qu'ils nous avaient aplatis, ce qui n'a pas été possible puisque le boulot a été fait par les Russes et par les Américains.

Conclusion

En bon giraudiste, Beaufre ne comprend rien au gaullisme.

Il pense que la défaite était impossible à éviter en 1939-1940 (sauf si nous avions eu un général qui profitant en septembre 1939 que les Allemands étaient occupés en Pologne). Il ne comprend pas les forceurs de destin comme Jeanne d'Arc, Napoléon ou De Gaulle.

Il ne s'étend pas sur la question de l'armistice, pourtant intéressante : pourquoi la France est-elle le seul pays vaincu à avoir conclu un armistice avec les Allemands ?

On en revient aux réserves du préfacier.


Mais je suis d'accord avec lui que la guerre a été véritablement perdue en mars 1936, quand la France a laissé remilitariser le Rhénanie sans réagir. A partir de là, Hitler avait le feu vert pour détricoter notre système d'alliances, ce qu'il a su faire avec son talent maléfique.

Beaufre conclut que c'est la qualité de sa classe dirigeante qui sauve un pays. Je ne m'étendrai pas trop sur les noires réflexions pour la France de 2020 que cette pensée m'inspire.

En politique, c'est l'ennemi qui nous définit. Si on nous dit : « Tu es mon ennemi et je vais te tuer (ou te réduire en esclavage) », ce ne sert à rien de répondre « No war, please. I am a pacifist ». Et un pays est toujours menacé. S'il ne l'est pas, au moindre signe de faiblesse, il le sera.

Vu les flèches qui nous dirigent, on n'a pas fini de rire. Mais avec beaucoup d'humour noir.

lundi, juin 22, 2020

L'appel du 17 juin 1940

Ce tract, diffusé dans Brive-la-Gaillarde, est d'Edmond Michelet, futur déporté et futur ministre. Daniel Cordier, un des quatre derniers compagnons de la Libération vivants, le secrétaire de Jean Moulin, a aussi rédigé un tract ce jour-là.


mercredi, juin 17, 2020

Juin 1940 (G. Ragache)



Encore un auteur pétainiste ou, disons, anti-gaulliste (malgré la couverture du livre). Quand je vous dis que l'historiographie pétainiste a gagné la guerre de la mémoire ...

Ragache dit beaucoup de mal de Churchill, sans se donner la peine de comprendre sa position délicate. Et il présente De Gaulle comme un rêveur (1).

Sur Pétain, il est discret, point de louanges. Je vais être plus précis : plus qu'un pétainiste pur et dur, Ragache est surtout un anti-gaulliste (un peu comme Saint-Exupéry).

Il a une page sur les avantages qu'Hitler retire de l'armistice, qui met à bas la thèse pétainiste que l'armistice aurait été un piège pour le dictateur nazi. Si la France n'avait pas capitulé, Hitler se serait retrouvé dans une impasse politique pire que celle provoquée par la résistance churchillienne, qui a fini par entrainer sa perte.

Le souci des populations sur les routes a beaucoup pesé sur les politiques. Mais, tout de même, il ressort de cette histoire que la classe gouvernante française, politique et militaire, a été d'une grande faiblesse. Plusieurs politiciens ont témoigné qu'ils pensaient vivre une crise ministérielle classique et Paul Reynaud n'a pas agi autrement. Et ce crétin de Weygand, obsédé par un coup d'Etat communiste et ne cessant de répéter que l'Angleterre aurait le cou tordu comme un poulet ...

La partie la plus intéressante du livre : les combats entre le 17 juin et 25 juin, auxquels le père de l'auteur a participé (ce qui explique sans doute qu'il ne soit pas un grand laudateur du Maréchal).

Assurément, ces combats n'ont plus aucune importance politique, puisqu'ils ne préparent pas un déménagement des autorités en Afrique du Nord (mais ce récit renforce l'idée que c'était faisable).

Malgré le discours démobilisateur de Pétain le 17 juin, les Français continuent de se battre, sur la Loire, sur le Cher, sur l'Indre, et même sur la Dordogne, sur la ligne Maginot, dans les Alpes. Notre artillerie remporte plusieurs succès notables. La retraite a joué le rôle de tamis : ne combattent encore que les plus motivés et les plus débrouillards. En conséquence, les derniers combats sont très durs.

Jehan Alain, 29 ans, organiste, compositeur pour orgue de génie (d'après les spécialistes, dont je ne suis pas), père de trois enfants. Comme Marc Bloch, la tête de l'intello binoclard. Le 20 juin, patrouillant à moto, il tombe sur un groupe d'assaut allemand, il en abat plusieurs (on dit 16), avant d'être lui-même abattu. Les Allemands lui rendent les honneurs. Pas tout à fait le genre à mettre un  genou à terre devant des racailles.

Ah, si cette belle énergie avait été mieux employée ...

Les gaullistes ont ignoré cette histoire puisque, pour eux, rien d'intéressant ne s'est passé en France entre le 17 juin 1940 et le 26 août 1944. Quant aux pétainistes, cette résistance met à mal leur veule discours sur l'impossibilité de continuer la guerre. Et les communistes étaient alliés avec Hitler.

Mais, si vous regardez les immeubles près des ponts de la Loire, à Orléans et à Gien par exemple, vous remarquerez qu'ils datent des années 50. Vous savez pourquoi, maintenant.




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(1) : la difficulté pour les historiens actuels à comprendre à quel point la position de De Gaulle en juin 40 était rationnelle en dit beaucoup sur leur manque de profondeur intellectuelle. De Gaulle a parié que les Anglais suivraient leur politique traditionnelle, contre Louis XIV, contre Louis XV, contre Napoléon, ... et contre Hitler,  « pas de puissance dominante sur le continent ». Ce n'est pas par hasard si le Brexit a lieu quand l'Allemagne est redevenue hégémonique.

Pierre Gaxotte, historien à l'ancienne, maurrassien, de la trempe de Bainville, a immédiatement refusé la Collaboration. Ses raisons sont nettes : il fait la même analyse que De Gaulle (qui n'est pas très loin de celle d'Hitler !). Dès 1940, il pense que la guerre va se prolonger et que l'Allemagne va finir par la perdre (Hitler était très embêté de ne pas pouvoir faire de paix avec l'Angleterre et plusieurs indices montrent qu'il était très tendu à la veille de l'attaque de l'URSS. Le caporal autrichien avait conscience, probablement plus que ses généraux, que le morceau était très gros, peut-être trop).


samedi, juin 06, 2020

Le Figaro Histoire ... pétainiste.

Le journal de la bourgeoisie d'argent reste égal à lui-même.

Son numéro du Figaro Histoire est anti-gaulliste.

Il fait la part belle à Henri-Christian Giraud, petit-fils de son grand-père et adepte des thèses de celui-ci, c'est tout dire.

D'une certaine manière, c'est rassurant qu'il y ait des invariants, même si ce sont des invariants dans la trahison. Je trouve du plus haut comique l'allergie à De Gaulle de gens qui, par ailleurs, nous expliquent qu'ils vénèrent Jeanne d'Arc, alors que les deux personnages partagent au moins l'espérance envers et contre tout.

Ce sont de nouveau les pétainistes qui tiennent le haut du pavé, que ce soit dans l'interprétation historique ou dans la politique actuelle. Ce n'est pas une raison pour baisser les bras, c'est une raison de plus pour se battre et leur péter la gueule.



mardi, mai 05, 2020

1940 : L’étrange victoire allemande – Entretien avec Jacques Sapir

Les grands esprits se rencontrent !

J'ai écrit ce billet :

En lisant Shirer, début juin 40

sans avoir lu cet entretien, qui soutient la même idée, à savoir une faillite de notre classe dirigeante, notamment de Paul Reynaud :

1940 : L’étrange victoire allemande – Entretien avec Jacques Sapir

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Royaliste : Fallait-il signer l’armistice ?

Jacques Sapir : Cet armistice fut une erreur tragique de la part des gouvernants français. A l’inverse, il apparaît pour Hitler comme une divine surprise [je pense au contraire qu'Hitler a machiavéliquement bien calculé son coup]. Quel que soit le mépris qu’il avait pour la France et les Français, Hitler n’en espérait pas tant ! C’est la raison pour laquelle il empêche Mussolini de présenter des exigences importantes car il craint que le gouvernement français renonce à signer l’armistice.

Cet armistice est pour le Führer une occasion inespérée parce que le commandement de la Wehrmacht l’a prévenu que l’offensive allemande était sur le point de s’arrêter. Du 20 au 25 juin, les unités allemandes sont arrivées au bout de leurs capacités logistiques : le système ferroviaire français est détruit et l’armée allemande a moins de camions que l’armée française et elle ne peut fournir immédiatement aux troupes le carburant et les munitions nécessaires. Si l’armistice n’avait pas été signé, l’opération allemande se serait arrêtée pendant quinze jours ou trois semaines.

Tels sont les éléments qui contredisent une partie de l’historiographie française, qui présente l’armistice comme la meilleure solution. Tel n’est pas le cas sur le plan militaire. Mais il y a eu un retournement du gouvernement français au sein duquel les partisans de l’arrêt des combats, minoritaires en mai, l’ont emporté. En juin, la population française continuait d’accepter la guerre. Quand Paul Reynaud est reconnu par une foule de réfugiés sur la route de l’exode, il est acclamé ! Malgré les défaites militaires et la fuite sur les routes, la population française continuait de faire corps avec le gouvernement. Paul Reynaud a manqué de courage. Quand il démissionne pour céder la place à Pétain, il le fait sans raisons valables.

Propos recueillis par Bertrand Renouvin
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dimanche, avril 19, 2020

Deux jours en mai

48h. Deux jours.

C'est le retard que le commandement français eut en mai 1940 sur les manoeuvres allemandes. Notamment lors de l'offensive allemande sur la Meuse, par les Ardennes, du 10 au 16 mai.

Interrogé par la commission d'enquête parlementaire après la guerre sur le temps qu'il fallait entre l'émission d'un ordre de son QG de Vincennes (« Dans sa thébaïde de Vincennes, le général Gamelin me fit l'effet d'un savant combinant en laboratoire les réactions de sa stratégie » C. De Gaulle) et son exécution, le général Gamelin répondit benoitement : « 48 heures ».

Délai ahurissant pour la guerre moderne, qu'on peut expliquer par la technique de communication : le commandement se méfie de la radio (il n'y en a guère plus de postes qu'en 1918 !), le téléphone ne marche pas très bien. Il reste donc les estafettes motocyclistes organisées en un constant ballet ! Plusieurs meurent d'ailleurs dans des accidents de la route.




Vous imaginez comme c'est pratique. D'autant plus que le haut commandement, pour ne froisser personne, est dispersé sur trois sites, à 1h30 de route les uns des autres (si ça vous rappelle la pétaudière du gouvernement Macron et les abrutis méprisants des Autorités Régionales de Santé, ce n'est pas un hasard : c'est le produit d'une certaine mentalité française, pas celle dont nous avons le plus à nous glorifier. Elle consiste à confondre la complexité qui évite de trancher et de responsabiliser avec l'intelligence).

Mais il y a mieux, c'est-à-dire pire : les généraux sur la Meuse sont totalement défaillants (1).

Le général Flavigny organise une contre-attaque pas bête le 14 mai mais renonce à la faire exécuter pour ménager les hommes et le matériel (on rêve !).

Le 14 à 3h du matin, le dynamique général Doumenc (2), major général de l'armée française, rend visite au général Georges, commandant tout le front juste sous Gamelin, à son QG de la Ferté-sous-Jouarre. Il le trouve en train de sangloter à son bureau, brisé par quatre jours d'offensive ennemie (3). Doumenc, après avoir essayé vainement de lui remonter le moral, repart avec une impression effroyable.

Général Doumenc


Quant à Huntziger (4), entre Georges et Flavigny dans la hiérarchie, il ment comme un arracheur de dents avec des compte-rendus exagérément optimistes. Il est archi-nul comme général mais sait se défausser sur son voisin Corap. Bref, un type tout à fait recommandable.

Toujours est-il que c'est seulement le 14 mai que Vincennes comprend l'étendue du désastre, bien tard pour monter une contre-attaque, même si elle reste possible. On comptera pour rien le fait que, dès le 8 mai, un bombardier revenant de lancer des tracts !!!! sur l'Allemagne avait signalé les colonnes de Panzers se dirigeant vers les Ardennes.

La suite est malheureusement connue. Le 15, Reynaud téléphone à Churchill : « We have been defeated, we have lost the battle » (en anglais dans le texte). Churchill, incrédule, débarque à Paris le 16.

 L'atmosphère est sinistre. Le Quai d'Orsay brûle ses archives, tout Paris voit la fumée. Churchill perd confiance dans les Français après l'exposé résigné de Gamelin. Il pose des questions de bon sens : la France a un parc d'artillerie légère, les fameux 75, phénoménal et ce sont d'excellents canons antichars. Pourquoi ne pas tenter de les utiliser ? Une improvisation style taxis de la Marne ? Coté français, encéphalogramme plat, les yeux de la vache qui regarde passer les trains.

La propagande vichyste accusera les Anglais de nous avoir abandonnés. La vérité est que nous nous sommes très bien abandonnés nous-mêmes.

Le titre de ce billet est une allusion au téléfilm Trois jours en juin.

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(1) : a contrario, dès l'engagement en Belgique le 10 mai, un général français a fait cette remarque : « Où est passée la redoutable aviation allemande ?  Elle a disparu. Ils nous attireraient dans un piège qu'ils ne s'y prendraient pas autrement ». Il y avait donc des généraux français qui avaient oublié d'être cons.

(2) : c'est lui qui, simple capitaine, a organisé à Verdun la Voie Sacrée en 1916. En 1918, chaque offensive française est alimentée par 6 ou 7 Voies Sacrées, cassant les reins de l'armée allemande sous le poids de notre logistique.

(3) : Georges a été blessé en 1934 dans l'attentat contre le roi de Yougoslavie qui a couté la vie à Barthou (ministre tué par une bavure de la police française !). On dit qu'il ne s'est jamais remis complètement de ses blessures. Alors pourquoi lui avoir donné une si lourde responsabilité ?

Un commentaire du biographe de Georges :

« Cela peut surprendre dans la bouche d’un officier comme moi, mais je pense que Georges a été trop discipliné. C’est Lyautey qui disait que « l’obéissance d’un général n’est pas la même que celle d’un caporal ». Le salut du pays étant en cause, il aurait dû ruer dans les brancards pour alerter, démissionner avec fracas. Ce n’était malheureusement pas dans son tempérament, et il avait peur qu’un tel geste nuise au moral de l’armée, déjà pas fameux.

Un dernier point me vient à l’esprit après avoir étudié le parcours, non seulement de Georges mais de bien d’autres généraux de 1940, sélectionner les premiers de la classe, c’est très bien, mais en les passant au tamis de la volonté, de l’énergie et du courage. »

(4) : Huntziger sera, comme Darlan et tant d'autres, ministre de Vichy. Ces généraux avaient des profils de cardinaux plus que de guerriers. Pourquoi les a-ton promus ?

jeudi, avril 16, 2020

Mai 1940

Eric Zemmour dit partout que le COVID-19 est notre « Juin 40 » du XXIème siècle.

Je ne peux, hélas, que lui donner raison : même situation où une classe dirigeante faillie, imprévoyante et paralysée ruine notre pays face à des événements tout à fait prévisibles. Et, comme souvent, les Français se sacrifient pour compenser l'imprévoyance gouvernementale.

L'habitude d'Emmanuel Macron de commenter (à la Holllande) en spectateur désolé et impuissant des événements dont il devrait être le moteur rappelle tout à fait Maurice Gamelin, tout comme son incapacité à faire sortir l'administration de ses routines pour la mettre au tempo des événements.



Juin 40, mois politique, a commencé en mai, par la défaite militaire.

Suivant le précepte de Sun-Tsu, « La défaite dépend de toi, la victoire dépend de l'ennemi » (George Orwell en a fait une variante : « le moyen le plus rapide de mettre fin à une guerre, c'est de la perdre »), les causes de notre défaite sont toutes françaises :

1) l'absence de réserves. Quand, le 16 mai, Gamelin en personne informe Churchill qu'il n'a pas de réserves, Churchill éprouve « la plus grande surprise de ma vie ». C'est une pure question de compétence militaire (en l'occurrence, d'incompétence). Pendant le dramatique printemps 1918, la France a eu en permanence une armée en réserve, ça change tout. Le général Georges a soulevé plusieurs fois ce problème, mais, comme Gamelin ne pouvait pas le blairer, on a l'impression qu'il a pris un malin plaisir à le contrarier (« Gamelin et Georges sont plus occupés à se faire la guerre qu'à la faire aux Allemands », disaient les Anglais). A cause de ces mesquineries d'état-major, la France subit une catastrophe.

2) l'incapacité à s'élever au tempo de l'ennemi. Si le 14 mai au soir, Gamelin avait poussé la contre-attaque en pince qu'il envisageait, on aurait pu se retrouver, mutatis mutandis, dans la situation des Ardennes en 1944, avec une offensive allemande trop aventureuse qui tourne au désastre. Un Panzer en panne d'essence, c'est un pot de fleurs un peu lourd. Mais Gamelin, comme à son habitude, a laissé passer l'occasion.

3) l'incapacité à adapter les plans figés en novembre. Les premiers rapports d'aviateurs faisant état d'une colonne blindée dans les Ardennes datent du 8 mai, quatre jours avant le débouché allemand sur la Meuse. Quatre jours, dans une guerre moderne, ça laisse le temps de faire des choses. Rien. C'est d'autant plus navrant que ce scénario avait été envisagé plusieurs fois et qu'il n'aurait donc du surprendre personne (ce n'est pas compliqué : pour envahir la France, les Allemands n'ont que deux solutions, passer par les plaines de Belgique, plan Schlieffen, passer par les Ardennes).

Mais, comme avec les masques et la chloroquine, on s'était convaincu que, puisqu'on n'avait rien prévu, c'est que ce n'était pas la peine de prévoir, qu'il n'arriverait rien de fâcheux de ce coté là.


Et, ultimement, une cause politique : l'incapacité des gouvernements à bousculer l'armée dont les déficiences étaient de plus en plus criantes. Le 8 mai, le président du conseil Paul Reynaud met en accusation Gamelin devant les ministres pour s'en débarrasser. Le général en chef est défendu par le ministre de la défense, Daladier, le taureau aux cornes d'escargot, dont c'est la créature. Reynaud démissionne, Gamelin aussi.

A la veille de l'offensive ennemie, la France n'a plus ni gouvernement, ni général en chef !

Ces démissions ont été reprises, hélas, tandis que, coté anglais, le même processus portait in extremis Churchill au pouvoir.



On a reproché aux Anglais de reprendre très vite leur autonomie et de se replier sur la Manche, séparation stratégique que les Allemands ont vainement cherché à provoquer en 1918. Mais ils avaient évalué les Français de 1940 et on ne peut dire que la confiance régnait pas très fort, contrairement à 1918.

Contrairement au titre du livre de Marc Bloch (ce n’est pas lui qui l’a choisi), cette défaite n’a rien d’étrange. On l’a bien cherchée.

lundi, juin 10, 2019

Une journée d'agonie

Une journée d'agonie. C'est ainsi que Charles De Gaulle qualifie le 10 juin 1940.

Le gouvernement quitte Paris pour Tours, puis Bordeaux.

Sur le plan politique, le choix de Bordeaux plutôt que de Brest ou, mieux, d'Alger, sous-entend déjà la capitulation.



Et je rappelle, parce que j'y tiens beaucoup, que la France aurait pu continuer la guerre :


Le plan hitlérien était une mécanique de haute précision et supportait assez mal l'imprévu.

Le grain de sable qui commença à le faire dérailler fut l'opiniâtreté et l'intelligence churchilliennes.

Nous aurons le regret éternel que ce ne fût pas l'opiniâtreté et l'intelligence françaises.

mardi, juillet 17, 2018

La défaite française, un désastre évitable (J. Belle)

Il s’agit d’une relecture, mais il ne me semble pas en avoir déjà fait un compte-rendu.

Jacques Belle se pose deux questions, qui font chacune l’objet d’un tome.

1) Les alliés devaient-ils sortir de Belgique le 16 mai 1940 ?

2) La poursuite du combat outremer était-elle possible le 16 juin 1940 ?

Ce sont deux uchronies fouillées. Ce qui est plus important, basées sur des hypothèses qui ont été évoquées à l’époque, donc pas anachroniques.

Je ne m’attarderais pas sur la deuxième car il me semble que cette question est réglée après les travaux de Jacques Sapir et de son équipe, qui ont donné lieu à des livres et à des bandes dessinées : oui, l’opinion de De Gaulle était juste (en tant que sous-secrétaire d’Etat à la guerre et à la défense nationale, il était bien placé pour avoir un avis motivé), la France aurait pu poursuivre la guerre outremer.

Si cela vous intéresse, vous avez les hypothèses et les chiffres dans ce deuxième tome. Donc, la demande d’armistice était bien une décision politique (même si le haut commandement français a été tarte comme pas possible) motivée par une hypothèse dramatiquement erronée : l’Angleterre allait avoir le cou tordu comme un poulet.

La première question est plus originale. Classiquement, on pose, comme Bruno Chaix, la question de savoir s’il fallait entrer en Belgique le 10 mai 1940. Une fois avancées en Belgique, les armées françaises et anglaises ont été piégées par le « coup de faux » allemand à travers les Ardennes. Jacques Belle pose le problème de la décision quelques jours plus tard. Il considère qu’il n’y avait pas assez d’informations pour ne pas entrer en Belgique. En revanche, le 15 mai au soir, lors d’une conversation téléphonique avec le général Georges, Gamelin « suggère » une attaque des armées en Belgique du nord vers le sud de manière à couper la tête de pont allemande sortant des Ardennes, avec l’aide de la bordure sud de la brèche, style marteau et enclume.

Que se serait-il passé si cette « suggestion » vite oubliée avait été un ordre direct et exécuté ?




C’est ce qu’examine Jacques Belle.

Il finit par conclure que la possibilité existait, que ce n’était pas une idée irréaliste. Certes, très risquée, mais pas plus que de laisser les divisions blindées de Guderian et cie atteindre la mer. Il aurait fallu résister aux Allemands qui poussaient en Belgique, tout en attaquant la base de la percée ennemie. Mais, en cas de réussite, la situation était complètement retournée : la fantastique percée allemande devenait l’échec retentissant (car les Panzers seraient rapidement tombés en panne d’essence) d’une stratégie téméraire. Un second « miracle de la Marne », sur la Meuse cette fois.

Pourquoi cela n’a-t-il pas été tenté ? Manque de vista, d’énergie, le fatalisme ambiant, la résignation … Là encore, De Gaulle a raison : la défaite militaire, c’est avant tout des fautes de commandement. Bien sûr, ce commandement a une excuse : la surprise, qui a tétanisé les généraux « au point de les amener là où ils en sont ». Mais cette surprise n’aurait pas dû en être une : la campagne de Pologne a été analysée. Les pilotes le savent bien : sous pression et dans l’urgence, on ne fait bien que ce qu’on a mûri auparavant dans le calme. C’est le coup du pilote de Mirage qui perd un bidon au décollage, l’avion bascule sur le dos et qui, tout en finesse, sauve son zinc et sa peau en maniant le manche avec délicatesse. Quand on lui demande comment il a fait ce miracle, il répond « J’y avais pensé avant. Je n'ai jamais eu confiance dans ces saloperies de bidons ». Les généraux français ont singulièrement manqué d’imagination dans leur préparation.

Revenons à la stratégie.

La stratégie alliée, d’étranglement économique de l’Allemagne, « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », était loin d’être idiote, comme l’ont prouvé Adam Tooze et David Edgerton (je vous invite à relire ce billet).




Mais il fallait en tirer toutes les conséquences. L’une d’elles était que les Allemands ne se laisseraient pas étouffer sans réagir et qu’il fallait donc s’attendre à « une attaque brusquée », comme on disait dans le vocabulaire d’époque.

Or, notre commandement a préparé la réponse à une attaque allemande à travers les plaines belges, et puis … Et puis rien.

Quand on a dit à Pétain que les Allemands pouvaient passer par les Ardennes, il a répondu qu’ « on les repincerait à la sortie ». Certes, mais qu’a-t-on fait pour se mettre en état de les « repincer à la sortie » ? Pétain, qui était tout puissant sur la défense nationale dans les années 30, a-t-il créé ce corps blindé de réserve réclamé par De Gaulle qui aurait permis de réagir aux surprises ennemies ? 

Là comme ailleurs, il s’agit bien de fautes de commandement. Comme le fait remarquer Michel Goya, il y a un réel problème de compétences dans le commandement : quand, le 16 mai 1940, Gamelin annonce à Churchill qu'il n'a plus de réserves, celui éprouve « la plus grande surprise de [sa] vie ». Et à raison. Jamais, entre 1914 et 1918, le commandement français n'a omis, même dans les moments les plus dramatiques, de garder des réserves. Cela parait élémentaire. De là date la perte de confiance précoce des Anglais dans les Français, aux conséquences politiques dramatiques.

Ce que Jacques Belle démontre, c’est qu’il aurait été malgré tout, avec les forces bancales en place, possible de contrer les Allemands, sans certitude de succès.

Ce risque était bien présent dans la tête des militaires allemands. Le coup de génie d’Hitler a été de comprendre l’état d’esprit des alliés, qu’il avait contribué à façonner au long des années 30. Le créneau temporel était étroit : entre le 14 mai au matin et 15 mai au soir. Il n’a pas été saisi. Dès le 16 mai, les Anglais ont commencé à perdre confiance dans les Français, Hitler a gagné cette bataille, atteint son objectif : séparer les alliés (ce que Guillaume II n'était jamais parvenu à faire).

La chance du 14-15 mai 1940 était très ténue. Mais, comme il s'en est offert une seconde autour 10-16 juin, la poursuite du combat outremer, qui n'a pas été saisie non plus, il faut bien reconnaître une faillite d'ensemble de la direction française. Il ne faut pas oublier que Marc Bloch et d'autres révèlent avoir entendu des propos défaitistes de la bouche de généraux dès la mi-mai. Pendant ce temps, 80 000 Français mouraient sur le champ de bataille et sur les routes.

L’intérêt d’une telle étude pour aujourd’hui ? Démontrer que les fautes étaient d’abord militaires puis politiques, que, contrairement au discours pétainiste qui fait la morale (« l’esprit de jouissance »), et rejette la défaite sur tous les Français, les coupables étaient dans les dirigeants et qu’il n’y a pas de culpabilité collective. Pour la rafle du Vel d’Hiv et la déportation des juifs, les Français étaient responsables d’une seule chose : avoir perdu la guerre. Et même ça, ce n’était pas entièrement leur faute.

Ce traitre de Pétain a beaucoup travaillé à dédouaner des généraux qui ont prouvé par la suite qu'ils étaient plus aptes à des carrières de chanoines hypocrites, de nonces onctueux et de diplomates vicieux que de chefs inflexibles d'armées en campagne. Ce faisant, il a culpabilisé des Français qui ne le méritaient guère.

Une fois de plus, De Gaulle avait raison : « Je dis que nous sommes raisonnables. En effet, nous avons choisi la voie la plus dure, mais aussi la plus habile : la voie droite » (Albert Hall, 18 juin 1942).

On peut dire avec Montesquieu qu'une telle défaite, qu'elles qu'en fussent les circonstances, révèle qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume de France. Mais ensuite, il y a eu De Gaulle, Leclerc, Moulin, Brossolette ... Et, malgré tout, la victoire et sa récompense, qu'on a tendance à négliger de nos jours, un siège de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU.

dimanche, juillet 23, 2017

Dunkerque

C'est un film d'action américain ... et c'est tout. Beaucoup de violence, beaucoup d'effets spéciaux et rien d'autre, absolument rien. En prime, quelques invraisemblances pas piquées des vers.

Les personnages n'ont aucune épaisseur et les spectateurs n'ont aucun recul, nous sommes forcés d'être en permanence le nez dans l'action. Aucun intérêt.

De plus, un parti-pris fort étrange rend ce film bizarre. Alors qu'on parle de l'évacuation de 400 000 hommes dans une guerre impliquant des centaines d'avions et des centaines de bateaux, on ne voit qu'une poignée d'hommes, de bateaux et d'avions.

Un spectateur débarquant de Mars dirait que l'opération Dynamo consistait à évacuer trois hommes, attaqués par deux chasseurs et un bombardier, défendus par deux Spitfires, et transportés par un bateau.

On se demande si le film n'a pas été victime d'un budget trop court mais cela ne semble pas être le cas.

A éviter.

lundi, juin 19, 2017

Pour vous remonter le moral

J'écoute quelquefois ce reportage pour me remonter le moral :




On y entend le courage et l'intelligence (avec l'ouïe très fine).

On y entend le courage de ces jeunes pilotes, dont une poignée de Français (il faut se souvenir de noms comme Demozay, Mouchotte, Fayolle, Bouquillard ...), six cents au total, qui montaient  trois, quatre fois par jours se battre à un contre deux. Qui risquaient la mort ou l'atroce brulure. Tellement épuisés que certains s'endormaient dans leur avion.

Tout le monde connaît la phrase churchillienne : « Never in the field of human conflict, was so much owed by so many to so few ».

En revenant d'une visite au centre de contrôle d'Uxbridge, où il a vu toutes les réserves engagées, Churchill est longtemps silencieux dans sa voiture, puis il prononce en commençant par « Never in the field of history ... », Pug Ismay lui fait remarquer « Jésus et ses disciples ? ». D'où la phrase qu'on connaît.

Avec leur humour, les pilotes de la RAF disaient : « C'est une allusion à nos notes de bar ».

On y entendl'intelligence, tactique chez Dowding, politique et stratégique chez Churchill.

jeudi, mai 25, 2017

L’esprit de Juin 1940 (P. de Saint Robert)

Je suis déçu par ce petit livre de moins de cent pages. Je ne le trouve pas assez synthétique !

De mes précédentes lectures, certes lointaines, j’ai retenu que Philippe de Saint Robert avait bien compris ce qui différenciait pétainisme et gaullisme. Or, je me suis trouvé devant un livre qui ne va pas au fond des choses assez vote, qui reste longtemps assez superficiel. Paul-Marie Couteaux est plus clair dans sa tête.

mercredi, mai 17, 2017

Juin 40, les combats pour la Loire (H. de Mollans)

Le déroulement des combats en lui-même est de peu d’importance.

Il faut savoir que ces batailles, dont certaines héroïques, se déroulèrent alors même que Pétain appelait à cesser le combat. C’est trop facile de dire que nous avons perdu la guerre parce que le peuple français n’était pas motivé. Les mauvais chefs cherchent toujours l’excuse de mauvaises troupes.


vendredi, mai 12, 2017

En attendant, je lis René Cassin (homme libre, toujours tu chériras la mer)

En attendant que la politique reprenne ses droits après le culte de la personnalité macronien, je lis René Cassin Les hommes partis de rien, sur les premiers gaullistes.

En trois pages, il décrit le lâche soulagement, à l’annonce de la cessation des combats, de la grande bourgeoisie française réunie à Bordeaux. Leur joie de la défaite française. La description est écœurante, à vomir. Les sourires radieux, les femmes qui papotent. Chez les plus hypocrites, la fausse commisération … Ce n'est pas sans me rappeler le comportement des macronistes victorieux.

Mais il décrit aussi autre chose. Quelques hommes révoltés. Après, ils réfléchissent, ils conceptualisent, mais la première réaction est viscérale, le fameux « Ah ! C’est trop bête ! » (1) de De Gaulle. Conséquence directe, leur résolution de « faire quelque chose ». Chez Cassin, comme chez De Gaulle, l’idée s’impose immédiatement, il faut commencer par s’extraire de ce cloaque (ce que n’a pas su faire Paul Reynaud).

On nous dit que la politique, c’est super-vachetement compliqué et qu’il faut laisser cela aux experts. C’est un rideau de fumée pour justifier qu’on préfère tenir le peuple à l’écart. Certes, dans son exécution, il y a des complexités mais pas dans son dessein.

Le chemin de l’honneur et du devoir est simple à discerner et peu encombré (2). Ensuite, d’autres considérations, personnelles, familiales, peuvent entrer en conflit avec la politique pour expliquer les comportement individuels, mais cela ne signifie pas que le devoir est caché.

Quelquefois, il faut savoir s’écarter physiquement, prendre le bateau, comme René Cassin. La France, parce qu’elle a le deuxième territoire maritime du monde, peut s’évader de l’étroit, et mortifère, carcan européen. Ce n’est bien entendu pas un hasard si l’UE exerce une forte pression pour que la France se débarrasse de ses confettis d’empire.

Je me souviens du discours de Mme Tabarly engueulant les politiciens présents lors de l'hommage national à son mari. Elle les accusait, au nom de celui-ci, de négliger les atouts maritimes de notre pays. Une femme de caractère.

Une conférence de PY Rougeyron sur la France et la mer :





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(1) : « Alors, au spectacle de ce peuple éperdu et de cette déroute militaire, au récit de cette insolence méprisante de l’adversaire, je me sens soulevé d’une fureur sans bornes. Ah ! C’est trop bête ! ».

(2) : il est de bon ton d’en faire des tonnes sur les cas de conscience de certains officiers de Vichy. C’est juste parce qu’ayant fait le mauvais choix au départ, ils se sont retrouvés face aux conséquences de leur mauvaise décision initiale. Les officiers qui ont refusé de servir le régime de Vichy ont eu la conscience tout à fait claire.


vendredi, mai 05, 2017

France 1940. Défendre la République (P. Nord)

J'ai été étonné par ce livre écrit par un Américain. Il est anti-paxtonien.

Robert Paxton est ce malfaisant, coqueluche de l'intelligentsia germano-pratine béhachélienne, qui fait semblant de croire que le gouvernement de Vichy était libre et qu'on peut donc imputer à la France la totalité des crimes de la Collaboration. C'est un enfoiré, version universitaire.

Or, Nord fait une analyse bien différente.

C'est vrai, la France fut le seul pays occupé où a été mis en place, sous les apparences de la spontanéité, un gouvernement de collaboration avec l'Allemagne.

Mais il rappelle que la Belgique et la Hollande ont aussi été battues de manière humiliante. Notamment, la Belgique qui, au nom d'une illusion de neutralité, a refusé tout ce qui aurait pu la sauver. Et que la Grande-Bretagne n'a évité ce destin funeste que grâce à un opportun bras de mer.

Il insiste sur la très lourde responsabilité de la Grande-Bretagne dans les causes de la seconde guerre. Elle a joué son jeu traditionnel de balancier entre la France et l'Allemagne et n'a compris que beaucoup trop tard qu'elle avait ainsi nourri l'ogre allemand aux dépens de la France.

En revanche, là où Nord ne fait aucune concession, et il a bien raison, c'est sur l'incompétence du commandement français. La défaite de printemps 40 est avant tout celle de Pétain, de Gamelin, de Weygand et de leurs sbires, pas celle de la France tout entière.

Ce point de vue francophile rafraîchissant est terni par un manque de vision politique. L'auteur ne s'attarde pas sur la politique hitlérienne et ne comprend pas que Reynaud est opposé à un armistice de la France seule mais se satisferait d'un armistice dans lequel il entrainerait l'allié britannique.

mercredi, octobre 07, 2015

Maurice Garçon 1940 : une sagesse précoce était possible

Les carnets 1939-1945 de Maurice Garçon, célèbre avocat, viennent d'être publiés.

Ils sont intéressants : n'ayant pas été retouchés, ils témoignent bruts de fonderie de leur époque vue par un misanthrope bien informé et très introduit dans les milieux dirigeants.

Garçon est décapant.

Ses pages sur les magistrats sont au vitriol : un magistrat condamnerait sa mère (son meilleur ami, n'en parlons même pas) si cela pouvait faire avancer sa carrière. Il écrit cela en 1939, il n'a donc pas encore vu les magistrats en action à double détente : collabos jusqu'en 1944, ultra résistants après.

Pendant la drôle de guerre, il raconte pas mal de conneries, en proie à l'incertitude et aux rumeurs. Il le reconnaît par la suite.

Il y va de son humour féroce. Par exemple, il fait mine de réfléchir pour savoir s'il tomberait sous le coup de la loi condamnant la propagation de fausses nouvelles au cas où il descendrait crier dans la rue «Daladier est un con !».

En 1939, il est pétainiste.

Le début juillet 1940 est un déclic.

Les événements de Mers-El-Kebir lui ouvrent les yeux. Il comprend que Pétain ne cherche pas à finasser avec les Allemands mais qu'il veut vraiment collaborer, sans quoi il se serait débrouillé pour que la flotte française rejoigne les Anglais «contre ses ordres», pour flouer les Teutons.

Il fait alors une analyse gaullienne de la situation bien qu'il n'ait que vaguement entendu parler de De Gaulle et n'écoute, à ce moment, que les radios françaises et allemandes.

On voit là son esprit original : chez l'homme ordinaire, Mer-El-Kébir a provoqué des sentiments anglophobes et un durcissement du pétainisme.

Même si son interprétation de Mers-El-Kebir me paraît tirée par les cheveux, ses conclusions sont justes. Le point marquant est qu'il arrive à ces idées au fin fond de la province où il est réfugié et sans être, dans cette période, mieux informé que la moyenne.

Ce que Garçon a pu faire, d'autres l'ont fait. Mais si peu nombreux ...


dimanche, août 02, 2015

Et Paris devint allemand (A. Couprie)

Récit, un peu terne à mon avis (on trouve chez Buisson des témoignages bien plus corsés) des événements parisiens du dimanche 9 juin 1940 au vendredi 14 juin à minuit, jour de l'entrée des Allemands.

Période extraordinaire où vous auriez pu vous balader à pied au milieu des Champs-Elysées sans rencontrer personne.

On comprend que ceux qui ont vécu cet effondrement du pays  en soient restés traumatisés à vie.

Les pulsions les plus basses, mais, aussi, quelquefois, les plus hautes, sortent. La civilisation n'est, pour l'immense majorité, qu'un vernis (c'est pourquoi il est criminel de, suivant l'expression favorite des bobos à la Inrocks/Télérama, «casser les codes». C'est un caprice d'enfants gâtés, d'adolescents attardés, que de casser ce que notre civilisation nous a donné).

Pour De Gaulle, le 10 juin,  date du départ du gouvernement pour Tours, fut une «journée d'agonie». On comprend que le pays exténué, en crise de nerfs, se soit jeté dans les bras d'un vieillard retors, ambitieux et revanchard mais rassurant. Et aussi l'obsession gaullienne à la Libération de rétablir l'ordre.

Au fond, l'exode est mystérieux : était-il rationnel pour un Parisien, ni juif ni militant, de fuir Paris ? Il me semble que non : prendre la route était plus risqué que de s'enfermer chez soi avec quelques boites de conserve. Mais, dans ces circonstances où l'incertitude est à son comble, le vieil instinct grégaire venu de l'âge des cavernes est presque irrésistible, tout intelligent qu'on s'efforce d'être. Le sentiment, et non l'idée, que si tant d'hommes le font, ils ne peuvent pas tous se tromper, ils doivent avoir raison et il faut le faire aussi submerge toute réflexion.

Le préfet de police signale quand même quelques Parisiens qui pêchent à la ligne dans la Seine !

Enfin, il y a de quoi rassurer les Parisiens de 2015 : des embouteillages comme le 11 juin 1940, ils n'en ont jamais connu, même au pire moment des départs en vacances. Certains ont mesuré porte d'Orléans une vitesse de 100 m/h pendant plusieurs heures. Les estimations sont délicates, mais c'est assurément plusieurs millions de Parisiens qui ont pris la poudre d'escampette en trois jours (10-11-12 juin).

Comment peut-on être étatiste après cela ? L'Etat s'est effondré comme le reste, après avoir failli à sa raison d'être, la défense du pays. Si l'on parle tant de Jean Moulin préfet à Chartres, c'est que les quatre vingt dix neuf et quelques autres préfets n'ont pas trop brillé des masses. On notera cependant une bonne tenue de la préfecture de police.


jeudi, novembre 28, 2013

Nouveau mai 40 : les capitalistes se barrent (avec le capital, les investissements et les emplois)

Entendu sur BFM : «Depuis un an et demi, tous mes clients-grands comptes cotés étudient sérieusement le déménagement de leur siège social hors de France».

Evidemment, je ne reviens pas sur les dizaines milliers de jeunes, diplômés ou non, qui s'enfuient.

Depuis la présidence Chirac, nous vivions une sorte de «drôle de guerre» économique. Par une accumulation de refus de décider, de tailler dans le vif, d'anticiper la catastrophe et de nous adapter, spécialement la France protégée, nous nous préparions à être totalement démunis face à la catastrophe qui vient.

Depuis le début de la présidence Hollande, nous vivons un mai 40 économique : les Allemands viennent de traverser la Meuse, nous sommes autour du 15. La défaite est quasiment inéluctable mais pas encore achevée.

samedi, septembre 28, 2013

La décadence (juin 40 et Rome) : toute ressemblance ...

Je retrouve deux billets, l'un sur juin 40 dont voici un extrait (texte de JP Girardot) :

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Ce qui s'est passé à Bordeaux est une constante du pays à travers le temps.

Chez nous, en France, il y a bien souvent refus du réel et refus de vérifier la réalité, de recouper les faits, d'aller sur le terrain pour voir si ce que l'on a cru, à un moment, si l'hypothèse que l'on a formulée est bien fondée.

Bref, il y a fréquemment rejet de l'information, et rejet de la vérification modeste de l'information.

[...]

La France est un beau pays qui depuis très longtemps se raconte de très belles histoires à elle-même, le soir avant de se coucher.

Et puis, elle se réveille en état de stupéfaction, de drame. Notre pays nie constamment le réel. Mais le réel s'entête. Chassez l'animal, il revient au galop.

Et cela donne Bordeaux 1940, le vertige devant le vide institutionnel que l'on a soi-même créé, la cessation du combat alors que l'on a tous les moyens de le poursuivre de l'autre coté de la mer, aux cotés d'un allié résolu.

Notre pays est la seule démocratie qui ait renoncé à elle-même pour chercher à plaire à Adolf Hitler, afin d'avoir de meilleures conditions de paix le lendemain.

Et le peuple, sur les routes et dans la détresse, n'y a rien compris.

[...] Civilisation réussie, parfois même éblouissante, la France est un Etat raté. [...] Dans cet Etat hypercentralisé, il n'y a aucune ligne de repli au point de vue militaire et politique [et aujourd'hui, éducatif], aucune solution de rechange. Tout est joué avec une seule carte et une seule doctrine. L'imagination est interdite. Les généraux allemands ont plus de liberté d'esprit que leurs adversaires français.
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L'autre sur sur la chute de Rome :

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La deuxième [analyse], très générale, attribue la fin de Rome à l'oubli du bien public, à la priorité des empereurs de durer au détriment de tout effort pour l'intérêt général, ainsi qu'à l'atomisation (diviser pour régner) et à l'expansion (tout contrôler) de la bureaucratie qui en découlent.

Les hommes étant toujours les mêmes, pas meilleurs sous Auguste et Marc-Aurèle, Goldsworthy trouve un point de bascule dans le fait que la période de Commode et de Pertinax, vingt ans de guerre civile, habitua les Romains à une morale politique dégradée.

Notamment, avant cette période fatidique, un préjugé aristocratique faisait que les rivaux de l'empereur ne pouvaient être que de la classe sénatoriale, c'est-à-dire d'un petit groupe assez facile à contrôler. L'empereur pouvait donc se consacrer à autre chose qu'à sa propre survie.

A la suite des guerres civiles, plusieurs militaires de l'ordre équestre parvinrent à la pourpre impériale. Le groupe des rivaux potentiels s'est donc considérablement élargi et l'empereur est totalement absorbé par la préservation de son pouvoir, et de sa vie.
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Toute ressemblance avec la situation actuelle n'est pas fortuite.