Les grands esprits se rencontrent !
J'ai écrit ce billet :
En lisant Shirer, début juin 40
sans avoir lu cet entretien, qui soutient la même idée, à savoir une faillite de notre classe dirigeante, notamment de Paul Reynaud :
1940 : L’étrange victoire allemande – Entretien avec Jacques Sapir
**************
Royaliste : Fallait-il signer l’armistice ?
Jacques Sapir : Cet armistice fut une erreur tragique de la part des gouvernants français. A l’inverse, il apparaît pour Hitler comme une divine surprise [je pense au contraire qu'Hitler a machiavéliquement bien calculé son coup]. Quel que soit le mépris qu’il avait pour la France et les Français, Hitler n’en espérait pas tant ! C’est la raison pour laquelle il empêche Mussolini de présenter des exigences importantes car il craint que le gouvernement français renonce à signer l’armistice.
Cet armistice est pour le Führer une occasion inespérée parce que le commandement de la Wehrmacht l’a prévenu que l’offensive allemande était sur le point de s’arrêter. Du 20 au 25 juin, les unités allemandes sont arrivées au bout de leurs capacités logistiques : le système ferroviaire français est détruit et l’armée allemande a moins de camions que l’armée française et elle ne peut fournir immédiatement aux troupes le carburant et les munitions nécessaires. Si l’armistice n’avait pas été signé, l’opération allemande se serait arrêtée pendant quinze jours ou trois semaines.
Tels sont les éléments qui contredisent une partie de l’historiographie française, qui présente l’armistice comme la meilleure solution. Tel n’est pas le cas sur le plan militaire. Mais il y a eu un retournement du gouvernement français au sein duquel les partisans de l’arrêt des combats, minoritaires en mai, l’ont emporté. En juin, la population française continuait d’accepter la guerre. Quand Paul Reynaud est reconnu par une foule de réfugiés sur la route de l’exode, il est acclamé ! Malgré les défaites militaires et la fuite sur les routes, la population française continuait de faire corps avec le gouvernement. Paul Reynaud a manqué de courage. Quand il démissionne pour céder la place à Pétain, il le fait sans raisons valables.
Propos recueillis par Bertrand Renouvin
**************
Affichage des articles dont le libellé est Sapir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sapir. Afficher tous les articles
mardi, mai 05, 2020
samedi, janvier 12, 2019
L'impasse Macron vue par Jacques Sapir (et par moi)
Emmanuel Macron et le risque du Chaos
************
Le problème aujourd’hui posé au gouvernement est donc de faire retomber la violence et de canaliser la colère. Il n’en prend pas le chemin avec ses provocations. Mais, que peut-il faire? La première des actions serait de reconnaître la légitimité des revendications des Gilets Jaunes. On voit bien ici poindre les problèmes politiques.
Pour les revendications politiques, comme l’établissement du scrutin à la proportionnelle et le référendum d’initiative citoyenne, ces innovations menacent de désarticuler le cadre qui assure à une petite minorité de pouvoir gouverner même face à des oppositions populaires majoritaires. On comprend alors pourquoi Emmanuel Macron voudrait vider ces innovations de leur contenu réellement démocratique en les cantonnant dans des domaines qui leur enlèveraient tout sens.
Quant aux revendications de justice fiscale, elles ne peuvent être satisfaites tant que la liberté des capitaux sera élevée au rang de principe. Car, c’est cette liberté de capitaux qui permet aux grandes fortunes et aux entreprises largement bénéficiaires de pouvoir jouer avec la loi. Or, les atteintes à la liberté des capitaux sont prohibées par l’Union européenne.
Sur le pouvoir d’achat, les mesures ici se heurtent à la trop fameuse « compétitivité internationale » de la France qui joue ici le rôle d’une règle de fer dans un pays qui ne peut plus déprécier sa monnaie. Car, il faut s’en souvenir, ce qui contraint toute politique de partage des richesses créées par le travail, c’est en réalité la monnaie unique, c’est l’Euro.
************
Cette analyse est juste sur l'impossibilité du gouvernement Macron de satisfaire les Gilets sans un changement révolutionnaire (très peu probable) de politique. J'ajoute : Alerte Rouge : après la Chine, Donald Trump entend s’attaquer à l’Europe et voilàpourquoi la France serait bien inspirée de réagir au plus vite.
En revanche, Jacques Sapir se trompe radicalement, par incohérence, quand il écrit que « le problème aujourd’hui posé au gouvernement est donc de faire retomber la violence et de canaliser la colère ». Il est très naïf.
Non. E. Macron est plus conséquent. Il ne veut pas faire retomber la violence car il sait que le seul moyen d'y parvenir est de renier sa politique, de se renier lui-même (comme l'explique Sapir), ce qu'il ne veut pas.
Il est clair (à mes yeux, en tout cas) qu'il cherche au contraire à exacerber la violence pour y trouver un prétexte à réprimer les Gilets jaunes sans changer de politique. On appelle cela la politique du pire. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire qu'elle est pratiquée et il arrive qu'elle fonctionne (au moins pour un temps), au profit du tyran et pour le plus grand malheur du peuple. Du point de vue d'Emmanuel Macron, c'est le bon choix, tout simplement parce que c'est le seul possible, tous les autres impliquant un mea culpa gigantesque.
Les déclarations que beaucoup prennent pour des maladresses sont en réalité des provocations délibérées.
N'ayons pas peur des mots, puisqu'il y a déjà eu des morts : cette politique est un crime de haute trahison et j'espère qu'Emmanuel Macron sera un jour puni comme il le mérite. Le crime étant politique, le procès devra être politique.
************
Le problème aujourd’hui posé au gouvernement est donc de faire retomber la violence et de canaliser la colère. Il n’en prend pas le chemin avec ses provocations. Mais, que peut-il faire? La première des actions serait de reconnaître la légitimité des revendications des Gilets Jaunes. On voit bien ici poindre les problèmes politiques.
Pour les revendications politiques, comme l’établissement du scrutin à la proportionnelle et le référendum d’initiative citoyenne, ces innovations menacent de désarticuler le cadre qui assure à une petite minorité de pouvoir gouverner même face à des oppositions populaires majoritaires. On comprend alors pourquoi Emmanuel Macron voudrait vider ces innovations de leur contenu réellement démocratique en les cantonnant dans des domaines qui leur enlèveraient tout sens.
Quant aux revendications de justice fiscale, elles ne peuvent être satisfaites tant que la liberté des capitaux sera élevée au rang de principe. Car, c’est cette liberté de capitaux qui permet aux grandes fortunes et aux entreprises largement bénéficiaires de pouvoir jouer avec la loi. Or, les atteintes à la liberté des capitaux sont prohibées par l’Union européenne.
Sur le pouvoir d’achat, les mesures ici se heurtent à la trop fameuse « compétitivité internationale » de la France qui joue ici le rôle d’une règle de fer dans un pays qui ne peut plus déprécier sa monnaie. Car, il faut s’en souvenir, ce qui contraint toute politique de partage des richesses créées par le travail, c’est en réalité la monnaie unique, c’est l’Euro.
************
Cette analyse est juste sur l'impossibilité du gouvernement Macron de satisfaire les Gilets sans un changement révolutionnaire (très peu probable) de politique. J'ajoute : Alerte Rouge : après la Chine, Donald Trump entend s’attaquer à l’Europe et voilàpourquoi la France serait bien inspirée de réagir au plus vite.
En revanche, Jacques Sapir se trompe radicalement, par incohérence, quand il écrit que « le problème aujourd’hui posé au gouvernement est donc de faire retomber la violence et de canaliser la colère ». Il est très naïf.
Non. E. Macron est plus conséquent. Il ne veut pas faire retomber la violence car il sait que le seul moyen d'y parvenir est de renier sa politique, de se renier lui-même (comme l'explique Sapir), ce qu'il ne veut pas.
Il est clair (à mes yeux, en tout cas) qu'il cherche au contraire à exacerber la violence pour y trouver un prétexte à réprimer les Gilets jaunes sans changer de politique. On appelle cela la politique du pire. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire qu'elle est pratiquée et il arrive qu'elle fonctionne (au moins pour un temps), au profit du tyran et pour le plus grand malheur du peuple. Du point de vue d'Emmanuel Macron, c'est le bon choix, tout simplement parce que c'est le seul possible, tous les autres impliquant un mea culpa gigantesque.
Les déclarations que beaucoup prennent pour des maladresses sont en réalité des provocations délibérées.
N'ayons pas peur des mots, puisqu'il y a déjà eu des morts : cette politique est un crime de haute trahison et j'espère qu'Emmanuel Macron sera un jour puni comme il le mérite. Le crime étant politique, le procès devra être politique.
Libellés :
Gilets jaunes,
l'impasse Macron,
Macron Trahison !,
Sapir,
tyrannie rampante
vendredi, août 03, 2018
Macron antique en toc
L’afaire Benalla et l’histoire romaine
Sans être un spécialiste, j’aime bien l’histoire romaine.
Je trouve le parallèle de Jacques Sapir instructif.
Je n’oublie évidemment pas que l’empereur Auguste, génie politique comme son père adoptif était un génie militaire, a concentré le pouvoir dans ses mains en conservant toutes les formes des institutions républicaines mais en les vidant subtilement de leur contenu (par exemple en s’attribuant deux fonctions conçues pour s’équilibrer).
Je dédis ce message à tous les cocus qui ont voté Macron au premier ou au second tour (je ne vois aucune raison autre que superficielle de faire une différence entre les votes des deux tours). Cocus car vous croyez avoir des intérêts communs avec le Système mondialiste qui vous a vendu Macron, sous prétexte que vos enfants travaillent à l’étranger ou que vous achetez des T-shirts chinois à 1€, alors que vous en êtes autant que moi la chair à canon.
Ceux qui profitent vraiment de ce système sont milliardaires et, à moins que vous dissimuliez bien votre jeu, ce n’est ni vous ni moi.
Mais bon, il y a des gens que ça ne dérange pas trop d’être cocu. Il faut de tout pour faire un monde.
Libellés :
Histoire,
l'imposture Macron,
Sapir
vendredi, août 25, 2017
Brève apologie pour un moment catholique (JL Marion)
L'article de Jacques Sapir ci-dessous introduit fort bien le livre de Jean-Luc Marion. Etonnant ! Le moins que l'on puisse dire Sapir n'est pas un écrivain catholique.
Charlie, la caricature et « l’islamophobie »
**************
La laïcité n’est pas un supplément d’âme à la République. Elle en est en réalité le ciment. Il n’est pas anodin que l’un des grands penseurs de la souveraineté, Jean Bodin, qui vécut au XVIème siècle dans l’horreur des guerres de religion, ait écrit à la fois un traité sur la souveraineté et un traité sur la laïcité.
Il convient de bien comprendre ce lien étroit qui unit la notion de souveraineté à celle de laïcité. La souveraineté implique la définition d’un souverain. Une fois établie que la « chose publique » ou la Res Publica est le fondement réel de ce souverain, comme nous y invite Jean Bodin, il nous faut définir le « peuple » qui exercera, soit directement soit par l’entremise de formes de délégation, cette souveraineté. C’est bien pourquoi la question de la souveraineté est aussi centrale, car elle implique la définition de la communauté politique qui l’exerce.
Nous savons ce qu’est une crise économique, et nous mesurons tous les jours ce que peut être une crise sociale. Ces crises engendrent un profond sentiment d’insécurité[9]. Mais il y a dans la situation actuelle quelque chose de plus, tant quantitativement que qualitativement. Nous découvrons désormais ce que peut être une crise de la Nation, ce moment particulier où l’on sent le sol qui se dérobe sous nos pieds, où ce que l’on pensait être garanti est brutalement remis en cause. De ce sentiment découle celui de l’insécurité culturelle qui, se combinant à l’insécurité sociale, produit ce qu’un auteur appelle le « malaise identitaire ». Derrière le symptôme, il y a bien une réalité, et c’est cette réalité qu’il nous faut tenter de comprendre.
La crise de la Nation, est aussi une crise de l’Etat. Elle laisse les citoyens démunis et sans pouvoir pour peser sur la situation. Il en est ainsi car ils sont privés du pouvoir de faire et de modifier les lois et par là même ils sont privés du pouvoir d’organiser collectivement leur propre futur. « Il n’y a d’irrémédiable que la perte de l’Etat » a dit un roi de France[12] en des temps anciens, mais qui semblent aujourd’hui étrangement, et tragiquement, proches.
Quand Henri IV fit cette déclaration devant les juges de Rouen, car un Parlement à l’époque était une assemblée de juges, il voulait faire comprendre qu’un intérêt supérieur s’imposait aux intérêts particuliers et que la poursuite par les individus de leurs buts légitimes ne devait pas se faire au détriment du but commun de la vie en société. En redonnant le sens de la Nation, il mit fin à la guerre civile.
**************
On mesure l'intelligence de Sapir au fait que, pour lui, la France n'a pas commencé en 1789, ce qui, dans son milieu, est une sorte d'exploit.
Que dit Sapir ?
Que la séparation du public et du privé est essentielle à l'existence d'une nation (par opposition à une tribu). Sans cette séparation, il n'y a pas de nation.
C'est cette séparation que l'islam remet en cause (Sapir, en bon gauchiste cette fois, ne le dit pas).
Que dit Marion ?
Que la séparation, du public du privé, du temporel et du spirituel, n'appartient qu'au catholicisme. Il en est l'inventeur et le promoteur, la source.
Nous sommes en décadence et non en crise. La crise est le moment du changement, où disparaît ce qui était et où ce qui sera n'est pas encore apparu. Nous souffrons justement de ne pas être en crise : rien ne change, les problèmes perdurent depuis cinquante ans en s'aggravant toujours sans aucun espoir de changement.
Or, il y a une institution en crise perpétuelle, parce qu'elle passe son temps à changer : l'Eglise. Elle va, éternelle, de crise en crise. Pour Marion, il y aura un moment catholique en France tout simplement parce que l'Eglise finira par être la seule institution encore debout, la seule à rester vivante, avec toutes les vicissitudes de la vie.
**************
Il se pourrait que, contre toute attente et toutes les prédictions des sages, des experts et des élites supposées, nous allions au-devant d'un extraordinaire moment catholique de la société française. Ou plutôt, il se pourrait qu'un tel moment, décidément hors de portée du pouvoir et de la rationalité positiviste de la politique contemporaine, constitue la seule option raisonnable qui nous reste.
**************
Les propos de Sapir et de Marion s'emboitent très bien. Et sont un motif d'espoir.
Charlie, la caricature et « l’islamophobie »
**************
La laïcité n’est pas un supplément d’âme à la République. Elle en est en réalité le ciment. Il n’est pas anodin que l’un des grands penseurs de la souveraineté, Jean Bodin, qui vécut au XVIème siècle dans l’horreur des guerres de religion, ait écrit à la fois un traité sur la souveraineté et un traité sur la laïcité.
Il convient de bien comprendre ce lien étroit qui unit la notion de souveraineté à celle de laïcité. La souveraineté implique la définition d’un souverain. Une fois établie que la « chose publique » ou la Res Publica est le fondement réel de ce souverain, comme nous y invite Jean Bodin, il nous faut définir le « peuple » qui exercera, soit directement soit par l’entremise de formes de délégation, cette souveraineté. C’est bien pourquoi la question de la souveraineté est aussi centrale, car elle implique la définition de la communauté politique qui l’exerce.
Nous savons ce qu’est une crise économique, et nous mesurons tous les jours ce que peut être une crise sociale. Ces crises engendrent un profond sentiment d’insécurité[9]. Mais il y a dans la situation actuelle quelque chose de plus, tant quantitativement que qualitativement. Nous découvrons désormais ce que peut être une crise de la Nation, ce moment particulier où l’on sent le sol qui se dérobe sous nos pieds, où ce que l’on pensait être garanti est brutalement remis en cause. De ce sentiment découle celui de l’insécurité culturelle qui, se combinant à l’insécurité sociale, produit ce qu’un auteur appelle le « malaise identitaire ». Derrière le symptôme, il y a bien une réalité, et c’est cette réalité qu’il nous faut tenter de comprendre.
La crise de la Nation, est aussi une crise de l’Etat. Elle laisse les citoyens démunis et sans pouvoir pour peser sur la situation. Il en est ainsi car ils sont privés du pouvoir de faire et de modifier les lois et par là même ils sont privés du pouvoir d’organiser collectivement leur propre futur. « Il n’y a d’irrémédiable que la perte de l’Etat » a dit un roi de France[12] en des temps anciens, mais qui semblent aujourd’hui étrangement, et tragiquement, proches.
Quand Henri IV fit cette déclaration devant les juges de Rouen, car un Parlement à l’époque était une assemblée de juges, il voulait faire comprendre qu’un intérêt supérieur s’imposait aux intérêts particuliers et que la poursuite par les individus de leurs buts légitimes ne devait pas se faire au détriment du but commun de la vie en société. En redonnant le sens de la Nation, il mit fin à la guerre civile.
**************
On mesure l'intelligence de Sapir au fait que, pour lui, la France n'a pas commencé en 1789, ce qui, dans son milieu, est une sorte d'exploit.
Que dit Sapir ?
Que la séparation du public et du privé est essentielle à l'existence d'une nation (par opposition à une tribu). Sans cette séparation, il n'y a pas de nation.
C'est cette séparation que l'islam remet en cause (Sapir, en bon gauchiste cette fois, ne le dit pas).
Que dit Marion ?
Que la séparation, du public du privé, du temporel et du spirituel, n'appartient qu'au catholicisme. Il en est l'inventeur et le promoteur, la source.
Nous sommes en décadence et non en crise. La crise est le moment du changement, où disparaît ce qui était et où ce qui sera n'est pas encore apparu. Nous souffrons justement de ne pas être en crise : rien ne change, les problèmes perdurent depuis cinquante ans en s'aggravant toujours sans aucun espoir de changement.
Or, il y a une institution en crise perpétuelle, parce qu'elle passe son temps à changer : l'Eglise. Elle va, éternelle, de crise en crise. Pour Marion, il y aura un moment catholique en France tout simplement parce que l'Eglise finira par être la seule institution encore debout, la seule à rester vivante, avec toutes les vicissitudes de la vie.
**************
Il se pourrait que, contre toute attente et toutes les prédictions des sages, des experts et des élites supposées, nous allions au-devant d'un extraordinaire moment catholique de la société française. Ou plutôt, il se pourrait qu'un tel moment, décidément hors de portée du pouvoir et de la rationalité positiviste de la politique contemporaine, constitue la seule option raisonnable qui nous reste.
**************
Les propos de Sapir et de Marion s'emboitent très bien. Et sont un motif d'espoir.
Libellés :
Armagnacs et Bourguignons,
Catholicisme,
France,
Sapir
dimanche, juin 26, 2016
François Hollande et le Brexit
Je ne suis pas souvent 100 % d'accord avec Jacques Sapir mais là, si.
J'ai exactement la même analyse que lui : les européistes continuent à forer droit au mode autiste à fond. Ils disent « Je vous ai compris » parce qu'il faut bien dire quelque chose mais, en réalité, ils n'ont rien compris du tout, d'ailleurs ils n'ont pas écouté, imbus de leur supériorité qu'ils sont. Ils méprisent. Comme d'habitude. Et continuent à aller droit dans le mur en klaxonnant.
A la prochaine porte dans la gueule, ils prendront ce même air effaré, comme si c'était la première fois, puisqu'ils n'ont entendu aucun avertissement.
Conclusion : les européistes, il ne faut pas discuter avec, ça ne sert à rien. Il faut s'en débarrasser.
J'ai exactement la même analyse que lui : les européistes continuent à forer droit au mode autiste à fond. Ils disent « Je vous ai compris » parce qu'il faut bien dire quelque chose mais, en réalité, ils n'ont rien compris du tout, d'ailleurs ils n'ont pas écouté, imbus de leur supériorité qu'ils sont. Ils méprisent. Comme d'habitude. Et continuent à aller droit dans le mur en klaxonnant.
A la prochaine porte dans la gueule, ils prendront ce même air effaré, comme si c'était la première fois, puisqu'ils n'ont entendu aucun avertissement.
Conclusion : les européistes, il ne faut pas discuter avec, ça ne sert à rien. Il faut s'en débarrasser.
François Hollande et le Brexit
PAR JACQUES SAPIR ·
François Hollande a fait le vendredi 24 une déclaration consécutive au vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne[1], ce que l’on appelle le Brexit. Cette déclaration est importante car elle révèle, par ce qu’elle dit mais surtout ce qu’elle ne dit pas, l’imaginaire de la construction européenne de notre Président et, au delà, de l’élite politique.
Quand l’émotion remplace la politique
François Hollande commence par dramatiser l’événement, et le présente comme une cause de souffrance avérée ou potentielle. Il se situe donc sur le terrain de l’émotion. On le constate dès la seconde phrase : « C’est un choix douloureux et je le regrette profondément pour le Royaume-Uni et pour l’Europe ». De même place-t-il la question des relations entre la France et la Grande-Bretagne sur le terrain de l’amitié : « La France pour elle-même et pour la Grande-Bretagne continuera à travailler avec ce grand pays ami, auquel l’Histoire et la géographie nous unissent par tant de liens, sur le plan économique, humain, culturel… ». D’emblée la question de ce référendum est ici dépolitisée. On est dans le monde des affects et pas dans celui de l’analyse, dans celui des sentiments et non celui des intérêts politiques. Ceci est révélateur de l’approche que François Hollande à d’un tel événement. Ceci lui permet d’esquiver la question du « pourquoi » de ce dit événement, et donc, par conséquence, les remises en causes qu’il implique. Ou, plus exactement, après avoir situé le débat sur le plan émotionnel, de dénaturer le nécessaire bilan de l’Union européenne.
A cet égard, une phrase est marquante : « … la décision britannique exige aussi de prendre lucidement conscience des insuffisances du fonctionnement de l’Europe et de la perte de confiance des peuples dans le projet qu’elle porte ». Le début de cette phrase donne le sentiment, voire l’illusion, que l’heure du bilan est arrivée. La seconde proposition de cette même phrase enterre cela. En effet on parle des «insuffisances du fonctionnement », ce qui implique que le problème posé est uniquement de mise en pratique (le « fonctionnement »), mais surtout on parle de « la perte de confiance des peuples dans le projet qu’elle porte », ce qui revient à dire que l’on est sur un problème depédagogie et non un problème d’options politiques. Or, un projet peut être bien expliqué, bien mis en pratique, et par ailleurs critiquable. Dans l’imaginaire profondément européiste de François Hollande il ne peut s’agir d’une remise en cause du projet. C’est pourtant de cela même dont il est question avec le Brexit. Les britanniques ne se sont pas prononcés « contre » l’Europe, et les déclarations de Boris Johnson sur ce point l’attestent[2]. C’est bien une remise en cause du projet fédéral qui est mené, en catimini, par l’Union européenne à travers l’Union Economique et Monétaire (vulgo : la zone Euro) qui est mis en cause. Mais cela, admettre que c’est cette partie du projet qui a motivé une remise en cause de l’Union européenne par les britanniques[3], c’est visiblement trop pour l’estomac, à vrai dire bien délicat, de notre Président.
Un profond déni des réalités
Evidemment, cela se traduit dans la réaction de François Hollande, dans ce qu’il entend proposer à l’UE pour répondre au Brexit. L’ordre des priorités est, lui aussi, révélateur : « La France sera donc à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel : la sécurité et la défense de notre continent pour protéger nos frontières et pour préserver la paix face aux menaces ; l’investissement pour la croissance et pour l’emploi pour mettre en œuvre des politiques industrielles dans le domaine des nouvelles technologies et de la transition énergétique ; l’harmonisation fiscale et sociale pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties ; enfin le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique ». Notons que, quand il est question de sécurité, François Hollande ne parle que de l’Europe alors que, concrètement, ce sont les Etats qui ont en charge cette sécurité. Il affecte de croire qu’il existe une politique de sécurité européenne alors qu’il n’y a, au mieux, qu’une coordination entre les Etats. La formule adéquate aurait du être que l’Union européenne devait se recentrer sur la coordination des politiques de sécurité et de défense des Etats. Le glissement auquel il se livre n’est pas seulement faux ; il traduit la constitution d’un monde imaginaire, dominé par l’idée fédérale, dans l’esprit de François Hollande.
Mais, surtout, ces priorités ne correspondent pas à celles qui ont été exprimées dans le débat sur le Brexit et que l’on retrouve dans divers sondages au sujet de l’UE. Le problème central aujourd’hui est celui de la démocratie en Europe. D’ailleurs, l’argument le plus fort des partisans du Brexit a bien été celui du rétablissement de la démocratie. Or, ce point arrive en dernier (la « gouvernance démocratique » ), venant juste après la zone Euro. Cet ordre de présentation est important. Pour François Hollande il n’est pas question de toucher à l’Euro. Au mieux faut-il le « renforcer », alors que les conséquences politiques de la mise en œuvre de la monnaie unique ont été premières dans les réactions des britanniques qui se sont sentis floués par le « fédéralisme furtif » mis en œuvre par l’UE.
François Hollande, en réalité, n’entend pas remettre en cause la stratégie de « fédéralisme furtif » menée par l’UE depuis maintenant près de 20 ans. Or, c’est très précisément cet aspect là du projet politique de l’UE qui est mis en cause, et sous des formes très diverses, par le vote des britanniques mais aussi par les différents soulèvements contre l’austérité et contre cette idée de retirer aux parlements nationaux le droit final de contrôle sur la politique économique et budgétaire. En fait, François Hollande fait mine de prendre conscience que quelque chose ne va pas dans l’UE, mais c’est pour – en réalité – proposer la poursuite et l’approfondissement, du même projet politique qui a été rejeté par les électeurs britanniques.
Ce déni des réalités et cette radicalisation dans la posture fédérale trahit une incapacité profonde à tirer la leçon des différents événements et un refus radical, on pourrait même dire congénital, à procéder à la moindre remise en cause. C’est un phénomène qui s’apparente à une clôture psychologique qui caractérise les grandes psychoses. Elle annonce un approfondissement de la rupture entre les peuples et les élites européistes, une rupture qui pourrait avoir des conséquences tragiques dans un proche futur.
[2] http://www.spiegel.de/international/europe/spiegel-interview-with-london-mayor-boris-johnson-a-1047789.html
[3] Voir, Boris Jonhson sur l’Euro :http://www.theguardian.com/politics/video/2012/dec/04/boris-johnson-euro-video
Libellés :
brexit,
Les conneries de Hollande,
Sapir
mardi, juillet 07, 2015
L'Euro à la grecque : il faut beaucoup de sauce, comme pour les champignons
Jacques Sapir : le vote grec ou la revanche du non au référendum de 2005
Je préfère l’article de Feertchak mais je vous ai mis l’article de Sapir, plus polémique, à cause de l’allusion à Schacht.
Sapir ne le dit pas, mais Schacht fut le ministre des finances d’Hitler jusqu’en 1939, il inventa notamment les bons de travail pour payer les travaux publics sans augmenter la masse monétaire. Hitler lui doit la réussite du redressement économique de 1933 à 1939 qui lui permit de financer la suite que vous savez. Résistant tardif, il ne fut pas pas trop inquiété par la dénazification, alors que, comme Albert Speer, il fait partie de ces technocrates se prétendant plus ou moins neutres politiquement sans qui le nazisme aurait échoué beaucoup plus tôt. Méfiez vous des technocrates, ce sont des dangers publics : ils ont la phénoménale puissance de l’Etat entre leurs mains et n’en font pas toujours bon usage, d’autant qu’ils utilisent souvent la grisaille de l’univers des ronds-de-cuir pour se ménager une irresponsabilité qui les rend cyniques. Pendre de temps à autre au gibet de Montfaucon, sans abuser, un de ces technocrates, comme cela se pratiquait sous l’ancien régime, relève de la saine gestion publique.
Feertchak : L'οχι grec ou le retour du peuple en Europe
***************
[…]
Le 3 août 1968, à Bratislava, lors d'une réunion du Pacte de Varsovie, le premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique introduisait par les mots qui suivent la «doctrine Brejnev» de la souveraineté limitée : «Chaque parti communiste est libre d'appliquer les principes du marxisme-léninisme et du socialisme dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un parti communiste. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système socialiste mondial affecte directement tous les pays socialistes, et ils ne sauraient y rester indifférents».
Il fallut attendre 1988 pour que Mikhaïl Gorbatchev déclare que «la liberté de choix est un principe universel».
Certes, les chars n'ont pas été envoyés à Athènes pour faire respecter la règle d'or budgétaire comme à Varsovie en 1968. Mais ces quelques lignes de Brejnev, si l'on se place, non à l'échelle du contenu idéologique, mais à celle de la structure de l'organisation décrite, sont du Jean-Claude Juncker dans le texte, lequel pourrait très bien déclarer: «Chaque Etat membre est libre d'appliquer les principes du droit de l'Union européenne dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un Etat membre. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système européen affecte directement tous les pays européens, et ils ne sauraient y rester indifférents». On voit bien les dérives possibles d'un tel discours dès lors que les principes européens s'appliquent erga omnes sans que les peuples souverains ne puissent rien y redire.
Par leur vote, les Grecs ont révélé au grand jour l'aberration d'une telle conception de l'Europe, non soluble dans la démocratie et nécessairement autoritaire à l'égard des parties qui la composent, les Etats membres.
[…]
Bien des commentateurs ont voulu faire de la Grèce une simple affaire de gros sous entre des créanciers spoliés et des paresseux inaptes à rembourser leurs dettes ; combien se sont moqués d'Alexis Tsipras en prédisant qu'il se plierait dès les premiers jours aux injonctions européennes, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Dans De l'esprit des lois, Montesquieu écrivait que «les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses». N'est-ce pas finalement la grande vertu du référendum du 5 juillet et de l' «οχι» grec que de signer en Europe le retour des peuples et des passions démocratiques ? A bien y regarder, le «bordel foutu par la Grèce», pour reprendre l'espoir de Georges Moustaki, pourrait être une occasion inespérée pour l'Europe.
Malheureusement, si Alexis Tsipras a su mener jusqu'au bout son élan gaullien, il faudrait que la France fût capable d'un geste analogue pour rééquilibrer le couple franco-allemand. L'espoir est ténu.
***************
Puis, Charles Gave, plus philosophe :
Nous sommes des nains sur les épaules de géants
Enfin, un article de Christian Vanneste qui, bien que souverainiste, est à contre-courant de ce que j'écris depuis quelques jours ... sauf si vous lisez bien mes précautions oratoires très hollandistes et un rien faux-jeton.
Victoire se dit « Nikè » en grec…
Le point de vue de Vanneste ? Le referendum grec n'est pas un sommet de démocratie mais de démagogie car la question posée aux Grecs était contradictoire.
***************
L’irresponsabilité et l’orientation du microcosme médiatique apparaissent clairement dans l’accueil réservé à la victoire du non. Qu’aurait-on dit si le Premier Ministre grec avait été un souverainiste de droite plutôt qu’un démagogue d’extrême gauche dont on salue la jeunesse, le sourire et le coup de poker en apparence gagnant ? Tsipras plaît davantage qu’Orban, comme Obama séduit plus que Poutine. Le maquillage est moins douloureux que la médication. Pourtant, la politique doit s’inspirer de la seconde et fuir le premier qui est la démagogie. Platon le disait déjà aux Athéniens il y a vingt-cinq siècles. Il est évidemment contradictoire et absurde de dire qu’il faut respecter le vote du peuple grec si celui-ci impose aux autres peuples de l’Euro-groupe des conséquences qu’ils ne veulent pas. Le peuple grec a le droit de partir non d’imposer sa politique aux autres, notamment à ceux qui ont consenti les potions amères de la « troïka ». Mais depuis longtemps, l’Europe a tellement défiguré la démocratie que ses institutions ont aujourd’hui le mauvais rôle. L’image de la légitimité apparaît davantage dans la joie du peuple grec que dans la suite de réunions, de mesures, de menaces et de sanctions qui ont l’air de tomber de l’Olympe. La seule réponse au défi grec serait de convier les électeurs des autres pays de la zone euro à trancher : voulez-vous que la Grèce garde l’Euro en acceptant d’effacer sa dette et d’en payer le prix ?
***************
Un collègue me disait avoir éteint l'instrument d'abrutissement de masse télévisuel en constatant que le Front de Gauche y monopolisait quasiment la parole alors que le Front National, qui fait des scores électoraux cinq fois plus importants, était presque ignoré.
Notre mal est très profond et très grave, un referendum mal gaulé ne suffira pas à le guérir.
Je préfère l’article de Feertchak mais je vous ai mis l’article de Sapir, plus polémique, à cause de l’allusion à Schacht.
Sapir ne le dit pas, mais Schacht fut le ministre des finances d’Hitler jusqu’en 1939, il inventa notamment les bons de travail pour payer les travaux publics sans augmenter la masse monétaire. Hitler lui doit la réussite du redressement économique de 1933 à 1939 qui lui permit de financer la suite que vous savez. Résistant tardif, il ne fut pas pas trop inquiété par la dénazification, alors que, comme Albert Speer, il fait partie de ces technocrates se prétendant plus ou moins neutres politiquement sans qui le nazisme aurait échoué beaucoup plus tôt. Méfiez vous des technocrates, ce sont des dangers publics : ils ont la phénoménale puissance de l’Etat entre leurs mains et n’en font pas toujours bon usage, d’autant qu’ils utilisent souvent la grisaille de l’univers des ronds-de-cuir pour se ménager une irresponsabilité qui les rend cyniques. Pendre de temps à autre au gibet de Montfaucon, sans abuser, un de ces technocrates, comme cela se pratiquait sous l’ancien régime, relève de la saine gestion publique.
Feertchak : L'οχι grec ou le retour du peuple en Europe
***************
[…]
Le 3 août 1968, à Bratislava, lors d'une réunion du Pacte de Varsovie, le premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique introduisait par les mots qui suivent la «doctrine Brejnev» de la souveraineté limitée : «Chaque parti communiste est libre d'appliquer les principes du marxisme-léninisme et du socialisme dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un parti communiste. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système socialiste mondial affecte directement tous les pays socialistes, et ils ne sauraient y rester indifférents».
Il fallut attendre 1988 pour que Mikhaïl Gorbatchev déclare que «la liberté de choix est un principe universel».
Certes, les chars n'ont pas été envoyés à Athènes pour faire respecter la règle d'or budgétaire comme à Varsovie en 1968. Mais ces quelques lignes de Brejnev, si l'on se place, non à l'échelle du contenu idéologique, mais à celle de la structure de l'organisation décrite, sont du Jean-Claude Juncker dans le texte, lequel pourrait très bien déclarer: «Chaque Etat membre est libre d'appliquer les principes du droit de l'Union européenne dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un Etat membre. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système européen affecte directement tous les pays européens, et ils ne sauraient y rester indifférents». On voit bien les dérives possibles d'un tel discours dès lors que les principes européens s'appliquent erga omnes sans que les peuples souverains ne puissent rien y redire.
Par leur vote, les Grecs ont révélé au grand jour l'aberration d'une telle conception de l'Europe, non soluble dans la démocratie et nécessairement autoritaire à l'égard des parties qui la composent, les Etats membres.
[…]
Bien des commentateurs ont voulu faire de la Grèce une simple affaire de gros sous entre des créanciers spoliés et des paresseux inaptes à rembourser leurs dettes ; combien se sont moqués d'Alexis Tsipras en prédisant qu'il se plierait dès les premiers jours aux injonctions européennes, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Dans De l'esprit des lois, Montesquieu écrivait que «les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses». N'est-ce pas finalement la grande vertu du référendum du 5 juillet et de l' «οχι» grec que de signer en Europe le retour des peuples et des passions démocratiques ? A bien y regarder, le «bordel foutu par la Grèce», pour reprendre l'espoir de Georges Moustaki, pourrait être une occasion inespérée pour l'Europe.
Malheureusement, si Alexis Tsipras a su mener jusqu'au bout son élan gaullien, il faudrait que la France fût capable d'un geste analogue pour rééquilibrer le couple franco-allemand. L'espoir est ténu.
***************
Puis, Charles Gave, plus philosophe :
Nous sommes des nains sur les épaules de géants
Enfin, un article de Christian Vanneste qui, bien que souverainiste, est à contre-courant de ce que j'écris depuis quelques jours ... sauf si vous lisez bien mes précautions oratoires très hollandistes et un rien faux-jeton.
Victoire se dit « Nikè » en grec…
Le point de vue de Vanneste ? Le referendum grec n'est pas un sommet de démocratie mais de démagogie car la question posée aux Grecs était contradictoire.
***************
L’irresponsabilité et l’orientation du microcosme médiatique apparaissent clairement dans l’accueil réservé à la victoire du non. Qu’aurait-on dit si le Premier Ministre grec avait été un souverainiste de droite plutôt qu’un démagogue d’extrême gauche dont on salue la jeunesse, le sourire et le coup de poker en apparence gagnant ? Tsipras plaît davantage qu’Orban, comme Obama séduit plus que Poutine. Le maquillage est moins douloureux que la médication. Pourtant, la politique doit s’inspirer de la seconde et fuir le premier qui est la démagogie. Platon le disait déjà aux Athéniens il y a vingt-cinq siècles. Il est évidemment contradictoire et absurde de dire qu’il faut respecter le vote du peuple grec si celui-ci impose aux autres peuples de l’Euro-groupe des conséquences qu’ils ne veulent pas. Le peuple grec a le droit de partir non d’imposer sa politique aux autres, notamment à ceux qui ont consenti les potions amères de la « troïka ». Mais depuis longtemps, l’Europe a tellement défiguré la démocratie que ses institutions ont aujourd’hui le mauvais rôle. L’image de la légitimité apparaît davantage dans la joie du peuple grec que dans la suite de réunions, de mesures, de menaces et de sanctions qui ont l’air de tomber de l’Olympe. La seule réponse au défi grec serait de convier les électeurs des autres pays de la zone euro à trancher : voulez-vous que la Grèce garde l’Euro en acceptant d’effacer sa dette et d’en payer le prix ?
***************
Un collègue me disait avoir éteint l'instrument d'abrutissement de masse télévisuel en constatant que le Front de Gauche y monopolisait quasiment la parole alors que le Front National, qui fait des scores électoraux cinq fois plus importants, était presque ignoré.
Notre mal est très profond et très grave, un referendum mal gaulé ne suffira pas à le guérir.
lundi, juin 29, 2015
Jacques Sapir : l’Euro ou la démocratie
J’ai de nombreux désaccords avec Jacques Sapir (en gros, je pense que c’est un communiste, ce qui ne provoque pas en moi un amour immodéré et débordant) et, à mes yeux, Alexis Tsipras est un démagogue qui a vendu aux Grecs qu’ils pourraient rester dans l’Euro sans faire d’efforts supplémentaires, ce qui, en l’état actuel, est irréaliste.
Notons tout de même que Tsipras, tout en étant démagogue, pose indirectement LA question de fond : l’Union Monétaire est-elle vraiment une union ?
En effet, la solution pour que les Grecs restent dans l’Euro sans faire d’efforts supplémentaires est simplissime : que l’Allemagne donne à la Grèce de l’argent, au lieu de le lui prêter. C’est ainsi que fonctionnent toutes les unions monétaires. Paris et l’Auvergne pouvaient partager le Franc parce que leurs écarts de compétitivité étaient compensés par les transferts de Paris vers l’Auvergne (en partie seulement, c’est pourquoi Paris s’enrichit alors que l’Auvergne s’appauvrit, tout comme l’Allemagne s’enrichit alors que la Grèce s’appauvrit). L’Euro n’est donc pas une union monétaire véritable, puisqu’il n’y a pas de transferts suffisants pour compenser les écarts de compétitivité. Dans ce cas, partager une monnaie unique est une machine infernale à rendre automatiquement les forts plus forts et les faibles plus faibles, comme avaient prévenu tous les opposants à l’Euro dès le traité de Maastricht. Le long discours de Philippe Séguin à l’Assemblée Nationale reste un morceau d’anthologie, frappant de prescience.
Et pourquoi les Allemands refusent-ils de transférer de l’argent aux Grecs ? Parce que la nation européenne n’existe pas, les Allemands et les Grecs ne se sentent pas faire partie du même pays, au contraire, j’espère, des Parisiens et des Auvergnats. D’ailleurs, ils n’ont pas les mêmes règles (de retraite, par exemple).
C’était le pari fou des européistes, en réponse aux anti-Maastricht, que la survie de l’Euro forcerait les transferts et que les transferts forceraient la naissance d’un sentiment politique européen et d’une nation européenne. C’est un exemple fantastique de « mettre la charrue avant les bœufs ». Cette utopie politique, comme toutes les utopies politiques, provoque le malheur des peuples et se fracasse en ce moment sur le mur de la réalité.
On comprend que l’Euro est fondamentalement anti-démocratique puisqu’il s’agit de forcer les sentiments populaires. Il n’est donc pas surprenant que ça se passe mal.
Ce n’est pas par hasard que j’ai intitulé ma rubrique traitant de ces questions : « Euro ou démocratie ils ont choisi pour vous ».
Et l’objection « les Grecs ont choisi d’entrer dans l’Euro démocratiquement, qu’ils en assument les conséquences » ne tient pas. La démocratie, c’est aussi de pouvoir arrêter une expérience qui tourne mal. De plus, le prêt de 2010 couronnant le surdendettement grec avait pour but de sauver les banques françaises et allemandes et non d'aider les Grecs.
La solution préconisée par les européistes est l’éternelle solution de tous les utopistes : encore plus d’utopie. Le communisme ne marche pas ? C’est parce qu’on n’en a pas encore fait assez. L’européisme enchaine les catastrophes ? C’est qu’on n’en a pas encore fait assez.
Tsipras, en proposant le referendum, demande aux Grecs de trancher le nœud gordien. Il se peut tout à fait que les Grecs renoncent à leur souveraineté et donc à la démocratie. La liberté est fatigante.
Nous verrons.
La situation grecque pose bien la question essentielle de la viabilité de l’Euro et même de l’UE. Ceux qui prétendent que le problème grec n’est pas grave parce que la Grèce est un petit pays sont des imbéciles ou des menteurs (ou les deux).
Je vous laisse avec Jacques Sapir :
Jacques Sapir : référendum grec, le retour de la démocratie en Europe
Notons tout de même que Tsipras, tout en étant démagogue, pose indirectement LA question de fond : l’Union Monétaire est-elle vraiment une union ?
En effet, la solution pour que les Grecs restent dans l’Euro sans faire d’efforts supplémentaires est simplissime : que l’Allemagne donne à la Grèce de l’argent, au lieu de le lui prêter. C’est ainsi que fonctionnent toutes les unions monétaires. Paris et l’Auvergne pouvaient partager le Franc parce que leurs écarts de compétitivité étaient compensés par les transferts de Paris vers l’Auvergne (en partie seulement, c’est pourquoi Paris s’enrichit alors que l’Auvergne s’appauvrit, tout comme l’Allemagne s’enrichit alors que la Grèce s’appauvrit). L’Euro n’est donc pas une union monétaire véritable, puisqu’il n’y a pas de transferts suffisants pour compenser les écarts de compétitivité. Dans ce cas, partager une monnaie unique est une machine infernale à rendre automatiquement les forts plus forts et les faibles plus faibles, comme avaient prévenu tous les opposants à l’Euro dès le traité de Maastricht. Le long discours de Philippe Séguin à l’Assemblée Nationale reste un morceau d’anthologie, frappant de prescience.
Et pourquoi les Allemands refusent-ils de transférer de l’argent aux Grecs ? Parce que la nation européenne n’existe pas, les Allemands et les Grecs ne se sentent pas faire partie du même pays, au contraire, j’espère, des Parisiens et des Auvergnats. D’ailleurs, ils n’ont pas les mêmes règles (de retraite, par exemple).
C’était le pari fou des européistes, en réponse aux anti-Maastricht, que la survie de l’Euro forcerait les transferts et que les transferts forceraient la naissance d’un sentiment politique européen et d’une nation européenne. C’est un exemple fantastique de « mettre la charrue avant les bœufs ». Cette utopie politique, comme toutes les utopies politiques, provoque le malheur des peuples et se fracasse en ce moment sur le mur de la réalité.
On comprend que l’Euro est fondamentalement anti-démocratique puisqu’il s’agit de forcer les sentiments populaires. Il n’est donc pas surprenant que ça se passe mal.
Ce n’est pas par hasard que j’ai intitulé ma rubrique traitant de ces questions : « Euro ou démocratie ils ont choisi pour vous ».
Et l’objection « les Grecs ont choisi d’entrer dans l’Euro démocratiquement, qu’ils en assument les conséquences » ne tient pas. La démocratie, c’est aussi de pouvoir arrêter une expérience qui tourne mal. De plus, le prêt de 2010 couronnant le surdendettement grec avait pour but de sauver les banques françaises et allemandes et non d'aider les Grecs.
La solution préconisée par les européistes est l’éternelle solution de tous les utopistes : encore plus d’utopie. Le communisme ne marche pas ? C’est parce qu’on n’en a pas encore fait assez. L’européisme enchaine les catastrophes ? C’est qu’on n’en a pas encore fait assez.
Tsipras, en proposant le referendum, demande aux Grecs de trancher le nœud gordien. Il se peut tout à fait que les Grecs renoncent à leur souveraineté et donc à la démocratie. La liberté est fatigante.
Nous verrons.
La situation grecque pose bien la question essentielle de la viabilité de l’Euro et même de l’UE. Ceux qui prétendent que le problème grec n’est pas grave parce que la Grèce est un petit pays sont des imbéciles ou des menteurs (ou les deux).
Je vous laisse avec Jacques Sapir :
Jacques Sapir : référendum grec, le retour de la démocratie en Europe
vendredi, avril 24, 2015
Pourquoi l'UERSS est anti-démocratique par essence
La démocratie selon Barroso : Les souverainistes ? De sales vichystes !
Article très intéressant de Jacques Sapir, qui rejoint ce qu’écrit Roger Scruton, et qu’on peut résumer par le syllogisme suivant :
1) La souveraineté nationale (donc l’existence d’un peuple, d’une nation et de frontières nationales) est la condition nécessaire de la démocratie, car pour voter, il faut un peuple, et, pour que le vote ait un sens, il faut que son domaine d’application soit circonscrit et défendu, qu’il y ait un «nous», les citoyens et un «eux», les non-citoyens, donc des frontières cohérentes avec le peuple en question et que ces frontières filtrent quelque chose.
2) L’UE est, par son essence idéologique, sans-frontiériste et anti-nationale. Le traitre stipendié de la CIA qui a organisé sa naissance, Jean Monnet, était convaincu que les nations étaient fauteuses de guerre et qu’il fallait les saper.
3) En conséquence, l’UE est, par essence, anti-démocratique. Démocratie et Union Européenne sont irréconciliables, non pour des raisons circonstancielles, mais pour des raisons fondamentales.
Une union européenne démocratique ne peut être qu'une confédération de nations souveraines ou une nation avec un peuple unique. Le passage de l'une à l'autre s'est fait aux Etats-Unis par une guerre civile très meurtrière.
L'UE refuse l'une et l'autre, puisqu'il est dans sa nature de refuser la souveraineté et donc la démocratie.
Il est donc absolument vain de penser que le machin européiste nous défendra contre l’invasion migratoire en cours. Au contraire, il fera tout ce qui est en son pouvoir (et celui-ci est grand, ne serait-ce que son pouvoir de paralysie) pour nous empêcher de nous défendre.
C’est pourquoi vous reconnaîtrez les éventuelles mesures efficaces contre l’invasion migratoire à un signe sûr : elles seront nationales et condamnées par Bruxelles et ses affidés.
Les Britanniques qui, malgré leurs turpitudes modernes, restent les Européens qui ont la plus grande (la seule ?) culture démocratique se posent sérieusement la question de sortir de l'UE et des organismes supra-nationaux européens. Il est réjouissant de voir que les arguments échangés tournent autour de ce que j'écris ci-dessus.
Quand ils se demandent s'il est tolérable que les décisions de la CEDH s'imposent en Grande-Bretagne sans aucun contrôle démocratique, qui leur dira que c'est une mauvaise question ?
Article très intéressant de Jacques Sapir, qui rejoint ce qu’écrit Roger Scruton, et qu’on peut résumer par le syllogisme suivant :
1) La souveraineté nationale (donc l’existence d’un peuple, d’une nation et de frontières nationales) est la condition nécessaire de la démocratie, car pour voter, il faut un peuple, et, pour que le vote ait un sens, il faut que son domaine d’application soit circonscrit et défendu, qu’il y ait un «nous», les citoyens et un «eux», les non-citoyens, donc des frontières cohérentes avec le peuple en question et que ces frontières filtrent quelque chose.
2) L’UE est, par son essence idéologique, sans-frontiériste et anti-nationale. Le traitre stipendié de la CIA qui a organisé sa naissance, Jean Monnet, était convaincu que les nations étaient fauteuses de guerre et qu’il fallait les saper.
3) En conséquence, l’UE est, par essence, anti-démocratique. Démocratie et Union Européenne sont irréconciliables, non pour des raisons circonstancielles, mais pour des raisons fondamentales.
Une union européenne démocratique ne peut être qu'une confédération de nations souveraines ou une nation avec un peuple unique. Le passage de l'une à l'autre s'est fait aux Etats-Unis par une guerre civile très meurtrière.
L'UE refuse l'une et l'autre, puisqu'il est dans sa nature de refuser la souveraineté et donc la démocratie.
Il est donc absolument vain de penser que le machin européiste nous défendra contre l’invasion migratoire en cours. Au contraire, il fera tout ce qui est en son pouvoir (et celui-ci est grand, ne serait-ce que son pouvoir de paralysie) pour nous empêcher de nous défendre.
C’est pourquoi vous reconnaîtrez les éventuelles mesures efficaces contre l’invasion migratoire à un signe sûr : elles seront nationales et condamnées par Bruxelles et ses affidés.
Les Britanniques qui, malgré leurs turpitudes modernes, restent les Européens qui ont la plus grande (la seule ?) culture démocratique se posent sérieusement la question de sortir de l'UE et des organismes supra-nationaux européens. Il est réjouissant de voir que les arguments échangés tournent autour de ce que j'écris ci-dessus.
Quand ils se demandent s'il est tolérable que les décisions de la CEDH s'imposent en Grande-Bretagne sans aucun contrôle démocratique, qui leur dira que c'est une mauvaise question ?
Inscription à :
Articles (Atom)


