L'Eurogroupe enfonce l'épée dans le bide de Tsipras jusqu'à la garde. Maintenant qu'il a commencé à céder, ils lui disent que le compte n'y est pas, qu'il faut céder encore plus.
Tiens, encore un article pour expliquer que l'européisme est une idéologie mortifère :
Jean-Pierre Le Goff : « L'Europe est devenue une utopie de substitution »
Je partage le désarroi de Charles Wyplosz (qui est d'une espèce rare et paradoxale : un partisan de l'Euro doté d'un bon sens économique) :
Grèce : on va crier victoire mais tout le monde a perdu
***************
[…]
Le Grexit est-il évité ? Finalement, Alexis Tsipras a présenté un programme. Une
partie de ce petit miracle vient de l'aide de la France. Ce programme est étrange,
puisqu'il ressemble à celui qu'il avait soumis au référendum, contre lequel il a fait
campagne, et contre lequel il a un puissant mandat démocratique. On verra dans
les heures qui viennent si les Européens l'acceptent. Mais la vraie question
concerne les intentions de la BCE. En refusant pour des raisons obscures (pression
sur l'électorat grec? [Je rappelle le cas de Schacht, en 1930, banquier central qui a fait tomber volontairement un gouvernement - allemand, il est vrai] Peur de l'opinion publique de l'Europe du Nord ? Dissensions
internes ?) de continuer à fournir des liquidités aux banques grecques en pleine
hémorragie de retraits des dépôts, il a contraint le gouvernement à les fermer. Il
faut maintenant les faire repartir. Pour cela la BCE doit rouvrir le robinet. Mais
c'est trop tard. Les banques grecques sont sans doute en faillite (on ne le sait pas,
la BCE, désormais autorité de surveillance européenne, garde un silence total).
Pour cela, l'État a besoin de beaucoup d'argent frais, qu'il n'a bien sûr pas. Sans
une injection rapide d'euros, les banques ne pourront pas redémarrer et la seule
solution sera d'injecter des drachmes, et donc de quitter la zone euro.
Rien
Le nouveau plan va-t-il enfin réussir ? C'est très improbable. On parle d'un
nouveau prêt de quelque 50 milliards d'euros. D'après le FMI, qui a avancé ce
chiffre la semaine dernière, la quasi-totalité de ce montant est destiné à honorer
les dettes passées. Rien n'est prévu pour recapitaliser les banques. La logique
d'austérité continue. Quand aux réformes promises, elles ne produiront leurs
effets que très progressivement. En attendant? La mer bleue et les olives, sans
doute. Curieusement, le plan grec ne parle pas de remise de dette, pourtant
essentielle. S'agit-il d'une carotte soigneusement cachée, que l'on ressortira plus
tard si les Grecs sont de bons garçons et de bonnes filles ?
Tout ça pour ça? S'il y a accord, on évitera le Grexit, pour l'instant. Les politiques
de tous bords pourront faire ce qu'ils adorent: déclarer victoire et essayer
d'oublier le problème. Mais le problème demeure, il reviendra, et la Grèce sera
encore plus affaiblie. Franchement, c'est à n'y rien comprendre.
***************
Oui, c'est à n'y rien comprendre.
Enfin si, je comprends une chose : que j'ai bien fait de vous citer Shakespeare il y a deux jours.
La vie n’est qu’une ombre errante ; un pauvre acteur
Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène
Et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.
Bien sûr, il y a l'hypothèse des machiavélismes conjoints, Tsipras préparant en secret la sortie de la Grèce de l'Euro et les Allemands aussi. Mais la plupart du temps, l'hypothèse du machiavélisme est une auto-suggestion pour nous rassurer, pour continuer à croire que nos dirigeants, bien qu'ils nous paraissent fous et incompétents, savent ce qu'ils font.
Je comprends le désarroi des Français lucides au lendemain des accords de Munich : était-ce un lâche abandon ou une ruse pour préparer le réarmement ?
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samedi, juillet 11, 2015
Grexit: pourquoi la France a lâché Tsipras
Il est rare que je cite in extenso le billet d'un autre blog, mais celui-ci me paraît à la fois important et juste.
On remarquera que dans cette affaire François Hollande reste fidèle à lui-même, l'enculé mielleux et fourbe que ses connaissances décrivent. Moscou-Vichy aussi est mielleux et fourbe.
Grexit: pourquoi la France a lâché Tsipras
TOPICS:Tsipras

POSTED BY: ÉRIC VERHAEGHE 11 JUILLET 2015
Les cinq mois de pouvoir exercé par Tsipras, émaillés d’un jeu complexe de stop and go dont il apparaît aujourd’hui qu’il aura plus coûté aux Grecs qu’il ne leur aura rapporté, n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Parmi eux, le rôle exact joué par la France de François Hollande ne manquera d’attiser d’innombrables commentaires enflammés et contradictoires.
Tsipras, le syndrome Hollande?
Lorsque François Hollande s’était fait l’apôtre, lors du discours du Bourget, de la lutte contre la finance, il avait englobé dans son combat électoral cette Europe de l’austérité qu’Alexis Tsipras a dénoncée à son tour, et dont il avait promis la fin en arrivant au pouvoir. En réalité, ce qu’on appelle l’austérité n’est guère que le retour plus ou moins strict aux critères de Maastricht. Mais une mode s’est emparée de la gauche européenne qui avait appelé à voter oui au referendum de 1993: celle de nier aujourd’hui les conséquences pourtant simples d’un choix opéré en toute connaissance de cause il y a vingt ans.
Toujours est-il que, souvenons-nous en, en 2012, à peine élu, François Hollande a entrepris de combattre le mini-traité préparé avant son arrivée, qui durcissait le respect (très théorique, au demeurant) des 3% de déficit public. Dans la foulée, il avait revendiqué un plan de relance de 1.000 milliards d’euros, plusieurs fois remis au goût du jour au gré des arrivées électorales: avec Matteo Renzi, en Italie, puis avec Jean-Claude Juncker à la Commission.
Ces revendications françaises se sont toutes échouées comme un vieille baleine sur une plage de la mer Baltique: Angela Merkel n’a jamais voulu en entendre parler et François Hollande est chaque fois retourné dans sa niche sans obtenir la moindre concession des Prussiens.
Cette obstination dans l’échec donnait un avant-goût des mésaventures que Tsipras vient de subir. Hollande a eu l’intelligence de comprendre rapidement qu’il valait mieux embrasser la main qui donnait à manger, plutôt que de chercher à la mordre.
Tsipras victime d’une trahison de Hollande?
C’est que Tsipras n’a pas forcément vu clair dans le jeu tordu de François Hollande. A peine élu, Tsipras a imaginé que la France pourrait l’aider et qu’elle prendrait le flambeau d’une croisade européenne contre l’Allemagne austéritaire. François Hollande, fidèle à ses pratiques acquises au parti socialiste et à l’ENA, ne l’a surtout pas détrompé.
Très vite, Tsipras a envoyé des émissaires en France (Varoufakis en l’espèce) pour proposer une alliance hostile à l’Allemagne. Le double jeu de la France a alors astucieusement commencé. D’un côté, la France (Moscovici compris) n’a eu de cesse d’expliquer qu’un accord était possible, voire très proche, et qu’au fond les Grecs n’avaient pas à s’en faire: tout finirait par s’arranger, sans modifier les lignes rouges énoncées très tôt.
En particulier, la France a toujours laissé croire à Tsipras que l’Allemagne, sous l’influence de Hollande, se rallierait à un nouveau plan d’aide n’incluant pas une réforme des retraites ni une augmentation de la TVA.
Dans le même temps, Tsipras n’a pas vu que la France négociait pour son propre compte dans son dos, sous une forte pression allemande. L’absence de réforme structurelle en France pose en effet un vrai problème de déficit public, très supérieur à 3% et sans issue réaliste. Par ce point faible, l’Allemagne et la Commission ont habilement neutralisé la position française: en échange d’une absence de sanction infligée à la France pour ses propres débordements budgétaires, l’Allemagne a obtenu que la France ne s’oppose pas à une ligne dure sur la question grecque.
On imagine la désillusion de Tsipras lors du referendum lorsqu’il a compris que la France le lâchait pour sauver ses propres abattis.
L’absence française en Europe
Pour la France, le levier dont l’Allemagne dispose à cause de nos déficits publics excessifs (que François Hollande maintient pour préserver la paix sociale) s’avère politiquement désastreux.
Certes, il permet à Hollande d’espérer une réélection en 2017, parce qu’il épargne les fonctionnaires et évite des suppressions trop massives de dépenses publiques. En termes de présence internationale, toutefois, et singulièrement européenne, la France paie le prix fort pour son incurie.
Aux yeux de nos partenaires, la France est, avec la Grèce, l’homme malade de l’Europe, avec un secteur public boursouflé et incontrôlable. L’absence de véritable réforme de l’Etat, la prime donnée, comme en Grèce, à une fonction publique politisée, dépensière et technophobe, sont autant d’indices qui ruinent nos positions dans le jeu multilatéral.
A long terme, les trahisons auxquelles cette position défavorable nous oblige nous coûteront très cher. Les Grecs ne sont probablement pas prêts d’oublier la bonhomie avec laquelle François Hollande a lâché Tsipras en lui expliquant que son salut viendrait d’un accord donné aux créanciers sur l’austérité. Les fonctionnaires français qui ont prêté la main à ce renoncement resteront longtemps dans les annales comme des exécuteurs pires que les technocrates de la Troïka.
Jusqu’où la France pourra-t-elle ruiner son patrimoine diplomatique pour préserver le calme dans ses frontières? C’est probablement la seule question qui se posera en France dans les années à venir.
jeudi, juillet 09, 2015
Saint Alexis aux résultats
Il y avait Saint Pierre aux liens, aujourd'hui il y a Saint Alexis aux résultats.
Quand tout est dit, une fois que la poussière des débats est retombée, la politique se juge aux résultats. C'est, par exemple, ce qui condamne sans rémission le communisme, quelles que soient les intentions des communistes.
Cela ne clôt pas la discussion politique : quand a-t-on le recul suffisant pour juger du résultat ? Qu'est-ce que le long terme ? Le court terme ? Qu'est-ce qu'un bon résultat ? Difficile à juger, puisqu'il y a comparaison avec ce qui aurait pu être et qui n'a pas été.
Mais c'est sûr, Alexis Tsipras sera jugé aux résultats, quelle que soit la définition qu'on en donne.
Je suis très curieux de ce qu'on dira de lui dans dix ans.
Il est rare de voir l'Histoire avec un H, qu'on lit en général dans les livres, se faire sous nos yeux. Le 11 septembre 2001 ne m'a pas fait la même impression, trop brusque et presque lointain.
Il faut que je remonte à la chute du mur de Berlin, à Reagan, Thatcher et Gorbatchev pour avoir la même impression. J'étais jeune mais je m'en souviens bien.
Il y a, en gros, trois analyses qui courent aujourd'hui sur Alexis Tsipras et sur sa politique :
Mais on peut se souvenir de Macbeth :
Life's but a walking shadow ; a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more : it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing
La vie n’est qu’une ombre errante ; un pauvre acteur
Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène
Et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.
Ou, plus de circonstance, d'Oedipe :
C’est le temps seul qui révèle l’homme juste ; un seul jour dévoile le perfide.
***************
(1) : François Huguenin s'est fait un petit plaisir avec Emmanuel Macron.
Quand tout est dit, une fois que la poussière des débats est retombée, la politique se juge aux résultats. C'est, par exemple, ce qui condamne sans rémission le communisme, quelles que soient les intentions des communistes.
Cela ne clôt pas la discussion politique : quand a-t-on le recul suffisant pour juger du résultat ? Qu'est-ce que le long terme ? Le court terme ? Qu'est-ce qu'un bon résultat ? Difficile à juger, puisqu'il y a comparaison avec ce qui aurait pu être et qui n'a pas été.
Mais c'est sûr, Alexis Tsipras sera jugé aux résultats, quelle que soit la définition qu'on en donne.
Je suis très curieux de ce qu'on dira de lui dans dix ans.
Il est rare de voir l'Histoire avec un H, qu'on lit en général dans les livres, se faire sous nos yeux. Le 11 septembre 2001 ne m'a pas fait la même impression, trop brusque et presque lointain.
Il faut que je remonte à la chute du mur de Berlin, à Reagan, Thatcher et Gorbatchev pour avoir la même impression. J'étais jeune mais je m'en souviens bien.
Il y a, en gros, trois analyses qui courent aujourd'hui sur Alexis Tsipras et sur sa politique :
- la thèse de Charles Gave : l'escroc machiavélique. Plus la crise grecque dure sans que la BCE ne coupe les vivres, plus les Grecs peuvent se gaver d'euros aux dépens des autres Européens. Euros dont la valeur fera un bond avec le retour à la drachme.
- la thèse des européistes : le brouillon incompétent et démagogue.
- la thèse des gauchistes : le héros gaullien.
L'intérêt de la politique, si différente de la morale (1), est qu'elle peut être contradictoire. Mes trois hypothèses ne sont pas tout à fait incompatibles. Tsipras pourrait être considéré par les Grecs comme un héros pour avoir escroqué les autres Européens.
Mais on peut se souvenir de Macbeth :
Life's but a walking shadow ; a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more : it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing
La vie n’est qu’une ombre errante ; un pauvre acteur
Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène
Et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.
Ou, plus de circonstance, d'Oedipe :
C’est le temps seul qui révèle l’homme juste ; un seul jour dévoile le perfide.
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(1) : François Huguenin s'est fait un petit plaisir avec Emmanuel Macron.
mardi, juillet 07, 2015
L'Euro à la grecque : il faut beaucoup de sauce, comme pour les champignons
Jacques Sapir : le vote grec ou la revanche du non au référendum de 2005
Je préfère l’article de Feertchak mais je vous ai mis l’article de Sapir, plus polémique, à cause de l’allusion à Schacht.
Sapir ne le dit pas, mais Schacht fut le ministre des finances d’Hitler jusqu’en 1939, il inventa notamment les bons de travail pour payer les travaux publics sans augmenter la masse monétaire. Hitler lui doit la réussite du redressement économique de 1933 à 1939 qui lui permit de financer la suite que vous savez. Résistant tardif, il ne fut pas pas trop inquiété par la dénazification, alors que, comme Albert Speer, il fait partie de ces technocrates se prétendant plus ou moins neutres politiquement sans qui le nazisme aurait échoué beaucoup plus tôt. Méfiez vous des technocrates, ce sont des dangers publics : ils ont la phénoménale puissance de l’Etat entre leurs mains et n’en font pas toujours bon usage, d’autant qu’ils utilisent souvent la grisaille de l’univers des ronds-de-cuir pour se ménager une irresponsabilité qui les rend cyniques. Pendre de temps à autre au gibet de Montfaucon, sans abuser, un de ces technocrates, comme cela se pratiquait sous l’ancien régime, relève de la saine gestion publique.
Feertchak : L'οχι grec ou le retour du peuple en Europe
***************
[…]
Le 3 août 1968, à Bratislava, lors d'une réunion du Pacte de Varsovie, le premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique introduisait par les mots qui suivent la «doctrine Brejnev» de la souveraineté limitée : «Chaque parti communiste est libre d'appliquer les principes du marxisme-léninisme et du socialisme dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un parti communiste. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système socialiste mondial affecte directement tous les pays socialistes, et ils ne sauraient y rester indifférents».
Il fallut attendre 1988 pour que Mikhaïl Gorbatchev déclare que «la liberté de choix est un principe universel».
Certes, les chars n'ont pas été envoyés à Athènes pour faire respecter la règle d'or budgétaire comme à Varsovie en 1968. Mais ces quelques lignes de Brejnev, si l'on se place, non à l'échelle du contenu idéologique, mais à celle de la structure de l'organisation décrite, sont du Jean-Claude Juncker dans le texte, lequel pourrait très bien déclarer: «Chaque Etat membre est libre d'appliquer les principes du droit de l'Union européenne dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un Etat membre. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système européen affecte directement tous les pays européens, et ils ne sauraient y rester indifférents». On voit bien les dérives possibles d'un tel discours dès lors que les principes européens s'appliquent erga omnes sans que les peuples souverains ne puissent rien y redire.
Par leur vote, les Grecs ont révélé au grand jour l'aberration d'une telle conception de l'Europe, non soluble dans la démocratie et nécessairement autoritaire à l'égard des parties qui la composent, les Etats membres.
[…]
Bien des commentateurs ont voulu faire de la Grèce une simple affaire de gros sous entre des créanciers spoliés et des paresseux inaptes à rembourser leurs dettes ; combien se sont moqués d'Alexis Tsipras en prédisant qu'il se plierait dès les premiers jours aux injonctions européennes, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Dans De l'esprit des lois, Montesquieu écrivait que «les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses». N'est-ce pas finalement la grande vertu du référendum du 5 juillet et de l' «οχι» grec que de signer en Europe le retour des peuples et des passions démocratiques ? A bien y regarder, le «bordel foutu par la Grèce», pour reprendre l'espoir de Georges Moustaki, pourrait être une occasion inespérée pour l'Europe.
Malheureusement, si Alexis Tsipras a su mener jusqu'au bout son élan gaullien, il faudrait que la France fût capable d'un geste analogue pour rééquilibrer le couple franco-allemand. L'espoir est ténu.
***************
Puis, Charles Gave, plus philosophe :
Nous sommes des nains sur les épaules de géants
Enfin, un article de Christian Vanneste qui, bien que souverainiste, est à contre-courant de ce que j'écris depuis quelques jours ... sauf si vous lisez bien mes précautions oratoires très hollandistes et un rien faux-jeton.
Victoire se dit « Nikè » en grec…
Le point de vue de Vanneste ? Le referendum grec n'est pas un sommet de démocratie mais de démagogie car la question posée aux Grecs était contradictoire.
***************
L’irresponsabilité et l’orientation du microcosme médiatique apparaissent clairement dans l’accueil réservé à la victoire du non. Qu’aurait-on dit si le Premier Ministre grec avait été un souverainiste de droite plutôt qu’un démagogue d’extrême gauche dont on salue la jeunesse, le sourire et le coup de poker en apparence gagnant ? Tsipras plaît davantage qu’Orban, comme Obama séduit plus que Poutine. Le maquillage est moins douloureux que la médication. Pourtant, la politique doit s’inspirer de la seconde et fuir le premier qui est la démagogie. Platon le disait déjà aux Athéniens il y a vingt-cinq siècles. Il est évidemment contradictoire et absurde de dire qu’il faut respecter le vote du peuple grec si celui-ci impose aux autres peuples de l’Euro-groupe des conséquences qu’ils ne veulent pas. Le peuple grec a le droit de partir non d’imposer sa politique aux autres, notamment à ceux qui ont consenti les potions amères de la « troïka ». Mais depuis longtemps, l’Europe a tellement défiguré la démocratie que ses institutions ont aujourd’hui le mauvais rôle. L’image de la légitimité apparaît davantage dans la joie du peuple grec que dans la suite de réunions, de mesures, de menaces et de sanctions qui ont l’air de tomber de l’Olympe. La seule réponse au défi grec serait de convier les électeurs des autres pays de la zone euro à trancher : voulez-vous que la Grèce garde l’Euro en acceptant d’effacer sa dette et d’en payer le prix ?
***************
Un collègue me disait avoir éteint l'instrument d'abrutissement de masse télévisuel en constatant que le Front de Gauche y monopolisait quasiment la parole alors que le Front National, qui fait des scores électoraux cinq fois plus importants, était presque ignoré.
Notre mal est très profond et très grave, un referendum mal gaulé ne suffira pas à le guérir.
Je préfère l’article de Feertchak mais je vous ai mis l’article de Sapir, plus polémique, à cause de l’allusion à Schacht.
Sapir ne le dit pas, mais Schacht fut le ministre des finances d’Hitler jusqu’en 1939, il inventa notamment les bons de travail pour payer les travaux publics sans augmenter la masse monétaire. Hitler lui doit la réussite du redressement économique de 1933 à 1939 qui lui permit de financer la suite que vous savez. Résistant tardif, il ne fut pas pas trop inquiété par la dénazification, alors que, comme Albert Speer, il fait partie de ces technocrates se prétendant plus ou moins neutres politiquement sans qui le nazisme aurait échoué beaucoup plus tôt. Méfiez vous des technocrates, ce sont des dangers publics : ils ont la phénoménale puissance de l’Etat entre leurs mains et n’en font pas toujours bon usage, d’autant qu’ils utilisent souvent la grisaille de l’univers des ronds-de-cuir pour se ménager une irresponsabilité qui les rend cyniques. Pendre de temps à autre au gibet de Montfaucon, sans abuser, un de ces technocrates, comme cela se pratiquait sous l’ancien régime, relève de la saine gestion publique.
Feertchak : L'οχι grec ou le retour du peuple en Europe
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[…]
Le 3 août 1968, à Bratislava, lors d'une réunion du Pacte de Varsovie, le premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique introduisait par les mots qui suivent la «doctrine Brejnev» de la souveraineté limitée : «Chaque parti communiste est libre d'appliquer les principes du marxisme-léninisme et du socialisme dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un parti communiste. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système socialiste mondial affecte directement tous les pays socialistes, et ils ne sauraient y rester indifférents».
Il fallut attendre 1988 pour que Mikhaïl Gorbatchev déclare que «la liberté de choix est un principe universel».
Certes, les chars n'ont pas été envoyés à Athènes pour faire respecter la règle d'or budgétaire comme à Varsovie en 1968. Mais ces quelques lignes de Brejnev, si l'on se place, non à l'échelle du contenu idéologique, mais à celle de la structure de l'organisation décrite, sont du Jean-Claude Juncker dans le texte, lequel pourrait très bien déclarer: «Chaque Etat membre est libre d'appliquer les principes du droit de l'Union européenne dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un Etat membre. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système européen affecte directement tous les pays européens, et ils ne sauraient y rester indifférents». On voit bien les dérives possibles d'un tel discours dès lors que les principes européens s'appliquent erga omnes sans que les peuples souverains ne puissent rien y redire.
Par leur vote, les Grecs ont révélé au grand jour l'aberration d'une telle conception de l'Europe, non soluble dans la démocratie et nécessairement autoritaire à l'égard des parties qui la composent, les Etats membres.
[…]
Bien des commentateurs ont voulu faire de la Grèce une simple affaire de gros sous entre des créanciers spoliés et des paresseux inaptes à rembourser leurs dettes ; combien se sont moqués d'Alexis Tsipras en prédisant qu'il se plierait dès les premiers jours aux injonctions européennes, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Dans De l'esprit des lois, Montesquieu écrivait que «les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses». N'est-ce pas finalement la grande vertu du référendum du 5 juillet et de l' «οχι» grec que de signer en Europe le retour des peuples et des passions démocratiques ? A bien y regarder, le «bordel foutu par la Grèce», pour reprendre l'espoir de Georges Moustaki, pourrait être une occasion inespérée pour l'Europe.
Malheureusement, si Alexis Tsipras a su mener jusqu'au bout son élan gaullien, il faudrait que la France fût capable d'un geste analogue pour rééquilibrer le couple franco-allemand. L'espoir est ténu.
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Puis, Charles Gave, plus philosophe :
Nous sommes des nains sur les épaules de géants
Enfin, un article de Christian Vanneste qui, bien que souverainiste, est à contre-courant de ce que j'écris depuis quelques jours ... sauf si vous lisez bien mes précautions oratoires très hollandistes et un rien faux-jeton.
Victoire se dit « Nikè » en grec…
Le point de vue de Vanneste ? Le referendum grec n'est pas un sommet de démocratie mais de démagogie car la question posée aux Grecs était contradictoire.
***************
L’irresponsabilité et l’orientation du microcosme médiatique apparaissent clairement dans l’accueil réservé à la victoire du non. Qu’aurait-on dit si le Premier Ministre grec avait été un souverainiste de droite plutôt qu’un démagogue d’extrême gauche dont on salue la jeunesse, le sourire et le coup de poker en apparence gagnant ? Tsipras plaît davantage qu’Orban, comme Obama séduit plus que Poutine. Le maquillage est moins douloureux que la médication. Pourtant, la politique doit s’inspirer de la seconde et fuir le premier qui est la démagogie. Platon le disait déjà aux Athéniens il y a vingt-cinq siècles. Il est évidemment contradictoire et absurde de dire qu’il faut respecter le vote du peuple grec si celui-ci impose aux autres peuples de l’Euro-groupe des conséquences qu’ils ne veulent pas. Le peuple grec a le droit de partir non d’imposer sa politique aux autres, notamment à ceux qui ont consenti les potions amères de la « troïka ». Mais depuis longtemps, l’Europe a tellement défiguré la démocratie que ses institutions ont aujourd’hui le mauvais rôle. L’image de la légitimité apparaît davantage dans la joie du peuple grec que dans la suite de réunions, de mesures, de menaces et de sanctions qui ont l’air de tomber de l’Olympe. La seule réponse au défi grec serait de convier les électeurs des autres pays de la zone euro à trancher : voulez-vous que la Grèce garde l’Euro en acceptant d’effacer sa dette et d’en payer le prix ?
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Un collègue me disait avoir éteint l'instrument d'abrutissement de masse télévisuel en constatant que le Front de Gauche y monopolisait quasiment la parole alors que le Front National, qui fait des scores électoraux cinq fois plus importants, était presque ignoré.
Notre mal est très profond et très grave, un referendum mal gaulé ne suffira pas à le guérir.
lundi, juillet 06, 2015
Le referendum grec, une victoire (à la Pyrrhus) allemande ?
Depuis le début du psychodrame grec, je ne peux m'empêcher de penser que le gouvernement allemand cherche à sortir la Grèce de l'Euro sans en porter le chapeau et que le referendum lui donne un excellent prétexte.
Je ne suis pas sûr, mais si le but allemand était celui-ci que je décris, Merkel et Schaüble ne se comporteraient pas autrement que ce qu'ils font depuis des mois.
C'est une victoire à la Pyrrhus, de celles qui qui préparent les désastres les plus plus retentissants.
Il faut être un con comme un Teuton (c'est la rime) pour imaginer que la crise grecque ne dégénérera pas en crise politico-économique dans les autres pays étranglés.
Et comment ne pas voir que, drame du mercantilisme (théorie discréditée depuis Colbert), les victimes en seront les banques allemandes qui, gavées d'euros par les exportations, ont acheté en masse des dettes plus ou moins pourries de leurs clients européens ?
On me dira bien sûr que le commerce allemand se tourne de plus en plus vers la Chine. Certes. Mais cela n'empêchera pas les banques allemandes d'exploser si les Etats du sud de l'Europe font une crise de dettes, l'éléphant sur la table étant la France (aujourd'hui, je suis moins sûr que Hollande va être réélu en 2017, il se pourrait que l'échéancier financier le rattrape avant les élections).
Les Allemands restent fidèles à eux-mêmes : bons en industrie, nuls en finances.
Nous vivons une époque passionnante.
Je ne suis pas sûr, mais si le but allemand était celui-ci que je décris, Merkel et Schaüble ne se comporteraient pas autrement que ce qu'ils font depuis des mois.
C'est une victoire à la Pyrrhus, de celles qui qui préparent les désastres les plus plus retentissants.
Il faut être un con comme un Teuton (c'est la rime) pour imaginer que la crise grecque ne dégénérera pas en crise politico-économique dans les autres pays étranglés.
Et comment ne pas voir que, drame du mercantilisme (théorie discréditée depuis Colbert), les victimes en seront les banques allemandes qui, gavées d'euros par les exportations, ont acheté en masse des dettes plus ou moins pourries de leurs clients européens ?
On me dira bien sûr que le commerce allemand se tourne de plus en plus vers la Chine. Certes. Mais cela n'empêchera pas les banques allemandes d'exploser si les Etats du sud de l'Europe font une crise de dettes, l'éléphant sur la table étant la France (aujourd'hui, je suis moins sûr que Hollande va être réélu en 2017, il se pourrait que l'échéancier financier le rattrape avant les élections).
Les Allemands restent fidèles à eux-mêmes : bons en industrie, nuls en finances.
Nous vivons une époque passionnante.
Libellés :
Euro à la grecque,
Europe allemande
dimanche, juillet 05, 2015
Grèce : on se calme
Dans la droite ligne du billet précédent :
Si la Grèce sort de l'euro, il ne se passera rien
J'espère de tout coeur que le psychodrame grec aboutira un jour à l'éclatement de cette folie qu'est l'Euro, mais je suis très loin d'en être sûr.
Si la Grèce sort de l'euro, il ne se passera rien
J'espère de tout coeur que le psychodrame grec aboutira un jour à l'éclatement de cette folie qu'est l'Euro, mais je suis très loin d'en être sûr.
Libellés :
classe jacassante,
éclatement de l'Euro,
Euro à la grecque
samedi, juillet 04, 2015
Non, la Grèce ne joue pas sa survie
J'en ai un peu marre de lire d'énormes conneries, dans un sens ou dans l'autre, sur la Grèce.
Jean-Marc Sylvestre, qui n'en rate pas une, nous dit dans Atlantico que La Grèce joue sa survie mais l'Europe aussi.
Jean-Marc Sylvestre, qui n'en rate pas une, nous dit dans Atlantico que La Grèce joue sa survie mais l'Europe aussi.
- au sens littéral, c'est absurde : il faut plus qu'une crise économique pour faire disparaître une nation. La Grèce ne joue pas sa survie.
- même si on prend en considération que c'est une hyperbole, ce titre est crétin. Rien ne permet d'affirmer que la sortie de la Grèce de l'Euro serait une catastrophe de moyen terme. Quant au court terme, l'expérience prouve que les peuples s'adaptent toujours et que l'on a plus peur avant l'épreuve qu'une fois qu'on est bien dedans.
En revanche que «l'Europe», c'est-à-dire l'utopie technocratique Union Européenne, joue sa survie est une possibilité. Son assise charnelle, sentimentale, celle qui permet de passer les tempêtes, est très faible. Même cela, la fin de l'UE, je n'y crois pas.
Quel que soit le résultat du referendum, le soleil se lèvera sur l'Acropole mardi matin. Et les Grecs souffriront, surtout ceux qui ne sont pas fonctionnaires.
vendredi, juillet 03, 2015
Grèce : la phrase la plus importante de la semaine
Les Echos :
«Jeudi, Angela Merkel a rappelé une nouvelle fois qu’elle était contre une union de transfert devant le Bundestag.»
Comme «l'union de transfert» est la seule solution viable à long terme (voir mes nombreux billets sur le sujet), il n'y a plus que deux avenirs possibles :
«Jeudi, Angela Merkel a rappelé une nouvelle fois qu’elle était contre une union de transfert devant le Bundestag.»
Comme «l'union de transfert» est la seule solution viable à long terme (voir mes nombreux billets sur le sujet), il n'y a plus que deux avenirs possibles :
- l'éclatement de l'Euro. Je ne sais pas quand, mais un jour. Après tout, c'est le destin de la majorité des unions monétaires de l'histoire.
- les Allemands changent d'avis, démocratiquement ou non.
Libellés :
Angettila,
éclatement de l'Euro,
Euro à la grecque
mercredi, juillet 01, 2015
La Grèce est comme la France : aidons la à sortir de l'Euro
Explosion de la dette : après la Grèce, la France ?
Aidons la Grèce…à sortir de la zone euro
Je ne suis pas d'accord avec la conclusion de cet article puisque je pense que l'Euro est un Frankenstein financier qu'il faut achever à coups de pelle sur la tête, donc je m'en fous complètement de renforcer sa crédibilité.
Par contre, aider la Grèce à sortir de l'Euro me semble une excellente idée. Puis le Portugal, l'Italie et la France. Et les Allemands pourront continuer à faire touche-pipi dans leur coin avec leur monnaie forte et les bataves.
Aidons la Grèce…à sortir de la zone euro
Je ne suis pas d'accord avec la conclusion de cet article puisque je pense que l'Euro est un Frankenstein financier qu'il faut achever à coups de pelle sur la tête, donc je m'en fous complètement de renforcer sa crédibilité.
Par contre, aider la Grèce à sortir de l'Euro me semble une excellente idée. Puis le Portugal, l'Italie et la France. Et les Allemands pourront continuer à faire touche-pipi dans leur coin avec leur monnaie forte et les bataves.
mardi, juin 30, 2015
Grèce : le profond chaos aux entrailles fécondes
Mes bien-aimés commentateurs oscillent entre «Tsipras est un salaud démagogue, la Grèce doit tenir ses engagements» et «les engagements de la Grèce sont intenables, les créanciers sont coupables et n'ont pas à forcer la main des Grecs, c'est tyrannique».
Je partage les deux thèses : le vice fondamental de l'Euro, c'est que l'abandon de souveraineté qu'il suppose est anti-démocratique.
Tsipras est démagogue mais il devrait avoir la liberté de l'être. Après tout, si les Grecs veulent élire un démagogue, cela devrait rester leur problème. C'est parce que nous sommes liés par l'Euro que les autres pays sont intervenus comme ils sont intervenus et se mêlent de manière tyrannique des affaires grecs.
La suite idéale ?
1) La Grèce sort de l'Euro (ce dimanche ou un autre jour).
2) La Grèce fait banqueroute.
3) La Grèce réforme.
Les deux premiers points donnent un «shoot» passager de compétitivité qui permet de rendre les réformes nécessaires moins douloureuses. Vous remarquerez que c'est le même scénario idéal pour la France.
Malheureusement, ce n'est pas ce qui arrivera. La Grèce sortira bien de l'Euro, elle fera bien défaut sur sa dette, mais, au lieu d'utiliser ce choc positif passager pour réformer, elle l'utilisera pour repousser les réformes. Comme la France a fait avec la baisse des taux.
Elle se ré-endettera et, dans cinq ans, sera de nouveau dans la merde. Comme la France.
Cependant, le pire n'est jamais sûr : il se pourrait que les Grecs fassent vraiment les réformes.
Et puis, de toute façon, que la Grèce retrouve sa souveraineté et sa liberté, quel que soit l'usage qu'elle en fera, est en soi une bonne nouvelle. La liberté est en soi une valeur, on semble trop souvent l'oublier de nos jours.
Grèce : Enfin des bonnes nouvelles !
On notera cette phrase stupéfiante de Charles Gave :
Comme me l’avait dit le patron de l’une des grandes sociétés d’assurance Allemandes avec beaucoup de finesse (!), « Nous torturons les Grecs pour que les Italiens entendent leurs cris», ce qui m’avait passablement surpris venant d’un Allemand.
Grèce: que dit vraiment le plan des Européens ?
Je partage les deux thèses : le vice fondamental de l'Euro, c'est que l'abandon de souveraineté qu'il suppose est anti-démocratique.
Tsipras est démagogue mais il devrait avoir la liberté de l'être. Après tout, si les Grecs veulent élire un démagogue, cela devrait rester leur problème. C'est parce que nous sommes liés par l'Euro que les autres pays sont intervenus comme ils sont intervenus et se mêlent de manière tyrannique des affaires grecs.
La suite idéale ?
1) La Grèce sort de l'Euro (ce dimanche ou un autre jour).
2) La Grèce fait banqueroute.
3) La Grèce réforme.
Les deux premiers points donnent un «shoot» passager de compétitivité qui permet de rendre les réformes nécessaires moins douloureuses. Vous remarquerez que c'est le même scénario idéal pour la France.
Malheureusement, ce n'est pas ce qui arrivera. La Grèce sortira bien de l'Euro, elle fera bien défaut sur sa dette, mais, au lieu d'utiliser ce choc positif passager pour réformer, elle l'utilisera pour repousser les réformes. Comme la France a fait avec la baisse des taux.
Elle se ré-endettera et, dans cinq ans, sera de nouveau dans la merde. Comme la France.
Cependant, le pire n'est jamais sûr : il se pourrait que les Grecs fassent vraiment les réformes.
Et puis, de toute façon, que la Grèce retrouve sa souveraineté et sa liberté, quel que soit l'usage qu'elle en fera, est en soi une bonne nouvelle. La liberté est en soi une valeur, on semble trop souvent l'oublier de nos jours.
Grèce : Enfin des bonnes nouvelles !
On notera cette phrase stupéfiante de Charles Gave :
Comme me l’avait dit le patron de l’une des grandes sociétés d’assurance Allemandes avec beaucoup de finesse (!), « Nous torturons les Grecs pour que les Italiens entendent leurs cris», ce qui m’avait passablement surpris venant d’un Allemand.
Grèce: que dit vraiment le plan des Européens ?
lundi, juin 29, 2015
Jacques Sapir : l’Euro ou la démocratie
J’ai de nombreux désaccords avec Jacques Sapir (en gros, je pense que c’est un communiste, ce qui ne provoque pas en moi un amour immodéré et débordant) et, à mes yeux, Alexis Tsipras est un démagogue qui a vendu aux Grecs qu’ils pourraient rester dans l’Euro sans faire d’efforts supplémentaires, ce qui, en l’état actuel, est irréaliste.
Notons tout de même que Tsipras, tout en étant démagogue, pose indirectement LA question de fond : l’Union Monétaire est-elle vraiment une union ?
En effet, la solution pour que les Grecs restent dans l’Euro sans faire d’efforts supplémentaires est simplissime : que l’Allemagne donne à la Grèce de l’argent, au lieu de le lui prêter. C’est ainsi que fonctionnent toutes les unions monétaires. Paris et l’Auvergne pouvaient partager le Franc parce que leurs écarts de compétitivité étaient compensés par les transferts de Paris vers l’Auvergne (en partie seulement, c’est pourquoi Paris s’enrichit alors que l’Auvergne s’appauvrit, tout comme l’Allemagne s’enrichit alors que la Grèce s’appauvrit). L’Euro n’est donc pas une union monétaire véritable, puisqu’il n’y a pas de transferts suffisants pour compenser les écarts de compétitivité. Dans ce cas, partager une monnaie unique est une machine infernale à rendre automatiquement les forts plus forts et les faibles plus faibles, comme avaient prévenu tous les opposants à l’Euro dès le traité de Maastricht. Le long discours de Philippe Séguin à l’Assemblée Nationale reste un morceau d’anthologie, frappant de prescience.
Et pourquoi les Allemands refusent-ils de transférer de l’argent aux Grecs ? Parce que la nation européenne n’existe pas, les Allemands et les Grecs ne se sentent pas faire partie du même pays, au contraire, j’espère, des Parisiens et des Auvergnats. D’ailleurs, ils n’ont pas les mêmes règles (de retraite, par exemple).
C’était le pari fou des européistes, en réponse aux anti-Maastricht, que la survie de l’Euro forcerait les transferts et que les transferts forceraient la naissance d’un sentiment politique européen et d’une nation européenne. C’est un exemple fantastique de « mettre la charrue avant les bœufs ». Cette utopie politique, comme toutes les utopies politiques, provoque le malheur des peuples et se fracasse en ce moment sur le mur de la réalité.
On comprend que l’Euro est fondamentalement anti-démocratique puisqu’il s’agit de forcer les sentiments populaires. Il n’est donc pas surprenant que ça se passe mal.
Ce n’est pas par hasard que j’ai intitulé ma rubrique traitant de ces questions : « Euro ou démocratie ils ont choisi pour vous ».
Et l’objection « les Grecs ont choisi d’entrer dans l’Euro démocratiquement, qu’ils en assument les conséquences » ne tient pas. La démocratie, c’est aussi de pouvoir arrêter une expérience qui tourne mal. De plus, le prêt de 2010 couronnant le surdendettement grec avait pour but de sauver les banques françaises et allemandes et non d'aider les Grecs.
La solution préconisée par les européistes est l’éternelle solution de tous les utopistes : encore plus d’utopie. Le communisme ne marche pas ? C’est parce qu’on n’en a pas encore fait assez. L’européisme enchaine les catastrophes ? C’est qu’on n’en a pas encore fait assez.
Tsipras, en proposant le referendum, demande aux Grecs de trancher le nœud gordien. Il se peut tout à fait que les Grecs renoncent à leur souveraineté et donc à la démocratie. La liberté est fatigante.
Nous verrons.
La situation grecque pose bien la question essentielle de la viabilité de l’Euro et même de l’UE. Ceux qui prétendent que le problème grec n’est pas grave parce que la Grèce est un petit pays sont des imbéciles ou des menteurs (ou les deux).
Je vous laisse avec Jacques Sapir :
Jacques Sapir : référendum grec, le retour de la démocratie en Europe
Notons tout de même que Tsipras, tout en étant démagogue, pose indirectement LA question de fond : l’Union Monétaire est-elle vraiment une union ?
En effet, la solution pour que les Grecs restent dans l’Euro sans faire d’efforts supplémentaires est simplissime : que l’Allemagne donne à la Grèce de l’argent, au lieu de le lui prêter. C’est ainsi que fonctionnent toutes les unions monétaires. Paris et l’Auvergne pouvaient partager le Franc parce que leurs écarts de compétitivité étaient compensés par les transferts de Paris vers l’Auvergne (en partie seulement, c’est pourquoi Paris s’enrichit alors que l’Auvergne s’appauvrit, tout comme l’Allemagne s’enrichit alors que la Grèce s’appauvrit). L’Euro n’est donc pas une union monétaire véritable, puisqu’il n’y a pas de transferts suffisants pour compenser les écarts de compétitivité. Dans ce cas, partager une monnaie unique est une machine infernale à rendre automatiquement les forts plus forts et les faibles plus faibles, comme avaient prévenu tous les opposants à l’Euro dès le traité de Maastricht. Le long discours de Philippe Séguin à l’Assemblée Nationale reste un morceau d’anthologie, frappant de prescience.
Et pourquoi les Allemands refusent-ils de transférer de l’argent aux Grecs ? Parce que la nation européenne n’existe pas, les Allemands et les Grecs ne se sentent pas faire partie du même pays, au contraire, j’espère, des Parisiens et des Auvergnats. D’ailleurs, ils n’ont pas les mêmes règles (de retraite, par exemple).
C’était le pari fou des européistes, en réponse aux anti-Maastricht, que la survie de l’Euro forcerait les transferts et que les transferts forceraient la naissance d’un sentiment politique européen et d’une nation européenne. C’est un exemple fantastique de « mettre la charrue avant les bœufs ». Cette utopie politique, comme toutes les utopies politiques, provoque le malheur des peuples et se fracasse en ce moment sur le mur de la réalité.
On comprend que l’Euro est fondamentalement anti-démocratique puisqu’il s’agit de forcer les sentiments populaires. Il n’est donc pas surprenant que ça se passe mal.
Ce n’est pas par hasard que j’ai intitulé ma rubrique traitant de ces questions : « Euro ou démocratie ils ont choisi pour vous ».
Et l’objection « les Grecs ont choisi d’entrer dans l’Euro démocratiquement, qu’ils en assument les conséquences » ne tient pas. La démocratie, c’est aussi de pouvoir arrêter une expérience qui tourne mal. De plus, le prêt de 2010 couronnant le surdendettement grec avait pour but de sauver les banques françaises et allemandes et non d'aider les Grecs.
La solution préconisée par les européistes est l’éternelle solution de tous les utopistes : encore plus d’utopie. Le communisme ne marche pas ? C’est parce qu’on n’en a pas encore fait assez. L’européisme enchaine les catastrophes ? C’est qu’on n’en a pas encore fait assez.
Tsipras, en proposant le referendum, demande aux Grecs de trancher le nœud gordien. Il se peut tout à fait que les Grecs renoncent à leur souveraineté et donc à la démocratie. La liberté est fatigante.
Nous verrons.
La situation grecque pose bien la question essentielle de la viabilité de l’Euro et même de l’UE. Ceux qui prétendent que le problème grec n’est pas grave parce que la Grèce est un petit pays sont des imbéciles ou des menteurs (ou les deux).
Je vous laisse avec Jacques Sapir :
Jacques Sapir : référendum grec, le retour de la démocratie en Europe
dimanche, juin 28, 2015
La bonne nouvelle grecque
L'Europe, sous le joug dictatorial de l'Union Européenne, est à ce point en manque de démocratie que la nouvelle du référendum grec est une rosée de printemps.
Bien sûr, je n'ignore pas qu'un referendum peut être une sournoise manipulation des foules, qu'un referendum peut être mal posé ou mal organisé, qu'un referendum mal foutu peut servir de prétexte ultérieur aux ploutocrates de Bruxelles pour interdire tous les referendums.
Mais il n'en demeure pas moins que les élans de démocratie sont devenus si rares en Europe que chacun d'eux est le bienvenu.
La tête ahurie des européistes à l'idée qu'on consulte le peuple grec dit assez leur grand amour de la démocratie. Alors que s'ils avaient été d'authentiques démocrates, l'idée aurait pu venir d'eux : «M. Tsipras, les négociations sont bloquées. Si on demandait l'avis du peuple grec ?» Mais alors là, c'est de la science-fiction.
Bien sûr, je n'ignore pas qu'un referendum peut être une sournoise manipulation des foules, qu'un referendum peut être mal posé ou mal organisé, qu'un referendum mal foutu peut servir de prétexte ultérieur aux ploutocrates de Bruxelles pour interdire tous les referendums.
Mais il n'en demeure pas moins que les élans de démocratie sont devenus si rares en Europe que chacun d'eux est le bienvenu.
La tête ahurie des européistes à l'idée qu'on consulte le peuple grec dit assez leur grand amour de la démocratie. Alors que s'ils avaient été d'authentiques démocrates, l'idée aurait pu venir d'eux : «M. Tsipras, les négociations sont bloquées. Si on demandait l'avis du peuple grec ?» Mais alors là, c'est de la science-fiction.
samedi, juin 27, 2015
vendredi, juin 26, 2015
Grèce : "C'est la fable du paralytique guidé par l'aveugle"
Pour une fois que Zemmour fait une chronique économique qui tient la route :
Grèce : "C'est la fable du paralytique guidé... par rtl-fr
Grèce : "C'est la fable du paralytique guidé... par rtl-fr
vendredi, juin 12, 2015
Stéphane Montabert : Grèce, le blocage idéologique
Grèce: le blocage idéologique
Bon article de Stéphane Montabert (seule petite facilité : il attaque Jean Quatremer, qui est un connard européiste, arrogant et stupide, une caricature).
Bon article de Stéphane Montabert (seule petite facilité : il attaque Jean Quatremer, qui est un connard européiste, arrogant et stupide, une caricature).
mardi, juin 02, 2015
Scénarios grecs
Wyplosz et Gave sont opposés en ce sens que l'un veut sauver l'Euro tandis que l'autre veut le tuer, mais leurs analyses ne sont pas si éloignées :
La stratégie d'Alexis Tsipras décryptée
« Ne jamais croire un Grec, surtout s’il t’amène un présent »
Celle de Charles Gave est plus subtile.
La stratégie d'Alexis Tsipras décryptée
« Ne jamais croire un Grec, surtout s’il t’amène un présent »
Celle de Charles Gave est plus subtile.
vendredi, avril 24, 2015
lundi, avril 13, 2015
vendredi, avril 03, 2015
Vers une sortie de l'Euro progressive (je n'ai pas écrit « indolore ») pour la Grèce ?
Comment la Grèce pourrait larguer les amarres de l'euro
Ce scénario de Stéphane Montabert a un gros avantage, c'est de l'archi-connu.
Et il facilite une sortie définitive de la zone Euro.
Il y a dix ans, on entendait «Un Etat ne peut pas faire faillite». On ne l'entend plus.
Depuis cinq ans, on entend «Un pays ne peut pas sortir de la zone Euro». Plus pour très longtemps ?
Le plus gros danger qui guette les gestionnaires de la crise de la zone Euro, c'est la lassitude, la décision bête et fatale prise sous le coup de la fatigue.
Ce scénario de Stéphane Montabert a un gros avantage, c'est de l'archi-connu.
Et il facilite une sortie définitive de la zone Euro.
Il y a dix ans, on entendait «Un Etat ne peut pas faire faillite». On ne l'entend plus.
Depuis cinq ans, on entend «Un pays ne peut pas sortir de la zone Euro». Plus pour très longtemps ?
Le plus gros danger qui guette les gestionnaires de la crise de la zone Euro, c'est la lassitude, la décision bête et fatale prise sous le coup de la fatigue.
vendredi, mars 20, 2015
Macédoine : éclipse, Grèce, enracinement
Éclipse : l'Éducation nationale, les yeux grand fermés
La Grèce entre cigale et fourmi
Ces Français en quête d'enracinement
Simone Weil (le philosophe, pas le ministre de l'avortement) mérite d'être découverte. Je n'écris pas « re-découverte », je me doute qu'elle n'est pas au programme de nos « grandes » écoles qui fabriquent des nains nanissimes en humanités.
La Grèce entre cigale et fourmi
Ces Français en quête d'enracinement
Simone Weil (le philosophe, pas le ministre de l'avortement) mérite d'être découverte. Je n'écris pas « re-découverte », je me doute qu'elle n'est pas au programme de nos « grandes » écoles qui fabriquent des nains nanissimes en humanités.
Libellés :
crétinisme,
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Euro à la grecque
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