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jeudi, mai 13, 2021

Au temps du prince esclave, écrits clandestins (G. Fessard)

Livre passionnant (c'est le bonheur d'internet de trouver facilement et à bon marché ce genre d'ouvrages).

Recueil des écrits clandestins d'un théologien de grande réputation, le Père Gaston Fessard (non, toute l'Eglise française n'était pas pétainiste).

La ligne est gaulliste : un gouvernement sous la domination de l'ennemi n'est pas légitime et mieux vaudrait qu'il n'y en ait aucun. Tous les arguments justifiant le gouvernement de Vichy ne font pas le poids face aux arguments opposés.

Fessard ne se laisse absolument pas prendre à la fable christique du  « don » de la personne de Pétain à la France « pour atténuer son malheur ». Il connaît trop bien Pétain, son aigreur et son ambition personnelle (qu'oublient les défenseurs actuels de Pétain).

Fessard est bien plus dévastateur pour Pétain et pour les pétainistes que ne l'est de Gaulle. Parce qu'on ne peut pas lancer contre lui l'accusation spécieuse d'être un intrigant, un arriviste, un ambitieux manipulateur et diviseur, comme le font contre de Gaulle les pétainistes. Fessard ne peut pas être accusé de grand-chose par ceux qui veulent éviter d'entendre ses arguments.

L'intérêt de ces textes est que, même si certains sont destinés à une diffusion clandestine grand public, ils sont d'une haute tenue intellectuelle. Comme dirait un collègue, « ça envoie du steak » (on notera - toujours ma marotte du rapport complexe entre courage intellectuel et courage physique- que Fessard a combattu tout jeune entre 1915 et 1918 et de nouveau, plus vieux, en 1940).

Raymond Aron disait de de Fessard : « Si l'on se souvient de ses prises de positions successives, il est difficile de ne pas admirer sa clairvoyance et son courage ».

Evidemment, quelques passages ont des échos très actuels, nous sommes depuis longtemps, depuis Pompidou, gouvernés par des princes-esclaves, Emmanuel Macron n'étant que le plus esclave de tous.

Depuis le début, je classe le phénomène Macron sous la rubrique du « néo-pétainisme ». Je considère le vote Macron (premier, second tour, législatives, municipales, c'est tout un à mes yeux) comme une forme de trahison pétainiste.

J'aime bien le petit dialogue de Serge Federbusch :

_ Que représentent au fond que les Gilets Jaunes ?

_ Le patriotisme.

_ Et Emmanuel Macron ?

_ Le contraire.

Revenons au livre dont je vous parle.

Revenons même un peu avant.

Munich 1938 (je tire cela d'un autre livre de Fessard : Autorité et bien commun).

En 1938, Fessard est anti-munichois avec la bonne analyse, sauf qu'il ne va pas jusqu'à prôner fermement l'alliance russe (donc communiste). Certes, elle est sous-entendue dans le choix de s'opposer aux desseins hitlériens (le renvoi dos à dos par Fessard du nazisme et du communisme, qui lui vaudra quelques ennuis après guerre, est limpide. Mais il n'aurait pas dû l'empêcher d'en tirer des conclusions circonstancielles).

Il écrit également (toujours aussi clairvoyant) que, si la France perd la guerre qui vient, il ne faudra pas qu'elle se compromette même si l'ennemi doit nous dominer pendant mille ans. Un peuple qui se compromet meurt, car il perd son âme, alors qu'un qui ne se compromet pas peut renaître plusieurs générations plus tard (la Pologne, l'Irlande, Israël).

C'est exactement l'argument de Churchill au printemps 1940 ! Comme quoi le gaullisme de Fessard (comme celui de de Gaulle !) n'est pas un coup de tête, il est mûrement réfléchi.

Vichy 1940 (là, c'est le temps du prince-esclave, pour ceux qui suivent mon billet alambiqué).

Dans les années de guerre, sa position est claire : l'outil du prince, qui justifie qu'on lui obéisse, est la souveraineté, grâce à laquelle il peut poursuivre le bien commun, à savoir protéger et faire prospérer la nation dont il a la charge.

Autrement dit, légitimité et souveraineté sont indissolublement liées. Les abandons de souveraineté sont nécessairement des abandons de légitimité.

La souveraineté est binaire : soit on est souverain, on peut oeuvrer pour le bien commun, soit on ne l'est pas.

Un prince qui n'est plus souverain, comme Pétain jadis, comme Macron aujourd'hui, n'est pas en droit d'exiger l'obéissance.

D'ailleurs, c'est bien ce qu'on voit avec Macron : pour se faire obéir, il n'a plus que la matraque, le procès, la prison et le fisc. Ou l'orgie de terreur épidémique avec la complicité des medias criminels. Il a perdu toute autorité parce qu'il n'a pas de légitimité.

En politique comme en justice, on ne peut arguer de sa propre bêtise. L'excuse « on pouvait pas savoir » est une lâcheté et une imbécilité, car  vous aviez le même accès aux informations que d'autres qui ont mieux choisi que vous. Les cathos qui ont voté Macron (que j'ai le plus grand mal à pardonner) sont responsables de toutes les saloperies macronesques, ils n'ont aucune excuse (1).

Je l'écris d'autant plus aisément que, si j'ai jugé dès le départ correctement Hollande et Macron, je me suis fait des illusions sur Sarkozy. Jamais je n'ai dit « je pouvais pas savoir », j'ai dit « j'ai été con, on ne m'y reprendra plus ».

Addendum de novembre 2025 : cela me semblait tellement évident que je ne l'ai pas précisé quand j'ai écrit ce billet, mais je m'aperçois qu'en 2025, certains refusent toujours de comprendre.

Alors je le précise : Pétain n'a sauvé aucun meuble, n'a été le bouclier de personne, même pas vraiment des juifs français. Il a entièrement joué dans la main de Hitler, il a été sa dupe de bout en bout et l'armistice n'a jamais été un bon tour joué aux Allemands.

Pétain n'était qu'un vieillard aigri, ambitieux et traitre.

De plus, il est aujourd'hui bien établi que, comme le pensaient certains, dont De Gaulle, à l'époque, une possibilité réelle de continuer la guerre outremer existait.

Sa sentence, la peine de mort, était juste.

Voilà pour le cas Pétain. Je ne peux pas être plus clair.


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(1) : un « catho » qui vote Macron n'est pas catholique. Il pourra bien aller à la messe tous les dimanches et participer à des oeuvres, il ne sera pas catholique. C'est comme voter nazi ou voter communiste. C'est plus qu'un choix politique, c'est une conception de l'homme : Macron croit en l'homme infiniment plastique, qui peut s'auto-engendrer.

Si un électeur de Macron se croit catholique, c'est qu'il est égaré spirituellement. On n'imagine pas Bloy ou Bernanos votant Macron.


mercredi, avril 28, 2021

La liberté guidait nos pas (J. Baumel)

 Jacques Baumel était un baron du gaullisme, maire de Rueil-Malmaison pendant 30 ans.

Mais, avant cela, jeune interne en médecine (il est né en 1918), il a été le secrétaire général des MUR (Mouvements Unis de Résistance) chargé de la sécurité.

Comme son ami Bingen, il décrit le grand bonheur d'être Résistant.

Il raconte cette scène digne d'un film, où Bingen (délégué pour la zone nord, il avalera sa pilule de cyanure dans les locaux de la Gestapo de Chamallières), Serreulles (successeur de Jean Moulin) et lui se rendent à un meeting de la Milice au Vel d'Hiv par curiosité, pour entendre ce qui s'y dit. Le torrent d'insultes déversé sur les gaullistes les met en joie.

Baumel est persuadé que, s'il avait été responsable de la sécurité de la réunion de Caluire, Moulin n'aurait pas été arrêté si facilement (et moi, je suis persuadé que certains ont été bien contents de se débarrasser de cette personnalité trop forte). Il peste contre la négligence de beaucoup de Résistants, l'absence trop fréquente de précautions élémentaires.

C'est Baumel qui eut à gérer les conséquences de la trahison de Multon (celui-ci a sans doute joué un rôle dans l'arrestation de Moulin, mais, comme le traitre a été fusillé à la va-vite, la question ne lui a pas été posée).

Il est sans pitié pour les fonctionnaires français qui ont participé à la Rafle du Vel d'Hiv (on ne peut pas l'accuser de juger de son fauteuil), il est particulièrement choqué par la rafle des enfants. Ces fonctionnaires auraient au moins pu s'abstenir. Quant au régime de Vichy et à ses hauts fonctionnaires qui ont légitimé la lâcheté de ces petits fonctionnaires, il n'a pas de mots assez durs. René Bousquet, le grand ami de Mitterrand, est traité pour ce qu'il est, un ignoble salaud.

Par contre, Baumel explique que les Résistants ont compris assez tard que les juifs n'étaient pas seulement maltraités en Allemagne mais exterminés.

La querelle Moulin-Brossolette

Jean Moulin et Pierre Brossolette ont beaucoup en commun : quadragénaires, socialistes, fortes personnalités, le coup de foudre pour de Gaulle.

Pourtant, leur querelle inexpiable trace le destin de la France jusqu'en 1958.

Jacques Baumel a eu la chance de recueillir les versions des deux acteurs.

De Gaulle a ordonné à Moulin de réveiller les vieux partis pour assoir sa légitimité face à cet abruti de Giraud, la marionnette des Américains. Brossolette veut se débarrasser des vieux partis, dans une optique qui annonce la Vème République.

Brossolette, aidé par Passy (le chef des services secrets de la France Libre) qui, bien qu'étant en théorie son chef, se montre faible, savonne la planche de Moulin auprès des mouvements de la zone nord.

Leur rencontre, d'une violence inouïe, est entrée dans l'histoire de France. Dans un immeuble plein d'officiers allemands, les deux hommes, qui vont mourir en martyrs à quelques mois d'intervalle (la Gestapo laisse Brossolette agoniser des heures sans soins. Expliquez moi qu'il faut être copains avec les Allemands), se hurlent dessus, s'invectivent. Moulin explique à Brossolette, en termes cassants, pour ne pas dire insultants, que son devoir est d'obéir,  pas de faire son petit caprice politique dans son coin. Il engueule Passy, lui donnant au une leçon de commandement : « Vous étiez son chef, vous deviez le faire obéir ».

Moulin, tout de même secoué, confie en sortant à Daniel Cordier : « Vous êtes un idéaliste, vous ne connaissez pas la politique : ces gens là ne respectent que la force ».

Bien sûr, c'est Moulin qui gagne. Il a légitimité d'un ordre direct de de Gaulle, il a l'argent et il a la meilleure analyse : la suite des événements prouve que les Français ne sont pas mûrs pour un changement de régime et que les mouvements de Résistance n'ont aucune consistance politique.

Portraits

Baumel dessine le portrait des Résistants qu'il a pu connaître en tant que secrétaire général des MUR : d'Astier, Frenay, Serreulles, Bertie Albrecht, Lucie Aubrac, Rémy, Bénouville, Renouvin, Delestraint ...

Au dessus de tous, par la lumineuse personnalité : Jacques Bingen. Beau-frère d'André Citroën, riche, centralien, mondain, il pouvait passer une Occupation paisible. Il est allé à Londres, où son talent lui vaut une place importante.

Pourquoi a-t-il demandé à être parachuté en France ? Le courage, le patriotisme, le besoin de payer de sa personne (Saint-Exupéry : « Je ne crois que les témoins qui se font égorger »). Ceux qui l'ont rencontré à cette époque le décrivent comme rayonnant. Dans une lettre à sa mère, il explique que filet se resserre autour de lui, qu'il y a peu de chances qu'il survive mais qu'il n'a jamais été aussi heureux.

Manquant son évasion de peu (Baumel pense que la Française qui l'a dénoncé dans sa fuite le prenait pour un voleur), il avale sa pilule de cyanure. Serreulles, décédé en 2000, ne s'est jamais totalement remis de la perte de son ami.

Bien sûr, il y a aussi la personnalité exceptionnelle de Jean Moulin, sa supériorité est manifeste : il suffit de comparer avec Emile Bollaert, lui aussi préfet, qui fut incapable, avec toute sa bonne volonté, de combiner les exigences de la politique, de l'administration et de la clandestinité. Ou Serreulles, grand bourgeois complexé par les communistes, qui se montre beaucoup trop complaisant avec leur noyautage. Ou Bidault (« un pion qui se comporte comme un pion »), qui se croyait l'égal de de Gaulle (!!!) et ne cessait d'essayer de le contrecarrer en douce.

Moulin, lui, en deux heures de conversation en tête-à-tête avec de Gaulle a tout compris.

En revanche, portrait aigre-doux d'Albert Camus, certes Résistant, mais beaucoup plus préoccupé par ses conquêtes féminines.

Pareil pour Malraux : timide Résistant, mais mythomane audacieux, il a beaucoup gonflé ses états de services. En revanche, il n'a pas volé sa médaille de Compagnon de la Libération : à la tête de la brigade Alsace-Lorraine à partir de septembre 1944, il a montré dans les Vosges en Alsace un courage qui est reconnu par les témoins.

Il parle aussi de Cavailles, le mathématicien, deux fois évadé, fusillé en avril 44, à la stature intellectuelle impressionnante (ses oeuvres ont inspiré les titres abscons des livres que lit Lino Ventura dans L'armée des ombres, comme Transfini et continu) et Michelet, le saint de Dachau, peut-être le seul ministre honnête du XXème siècle.

Le drame de Caluire

Le 21 juin 1943, Jean Moulin est arrêté dans la banlieue de Lyon, à Caluire, dans la maison du docteur Dugoujon.

Le mauvais destin s'en est mêlé : Moulin est en retard, la Gestapo aussi. Si Moulin avait été à l'heure, la réunion aurait été terminée à l'arrivée de la Gestapo. Si la Gestapo était arrivée à l'heure, Moulin aurait vu les Tractions en arrivant en retard.

Pour Baumel, il n'y a pas de mystère sur l'essentiel.

Si certains ont pu considérer qu'il y en avait un, c'est que René Hardy a eu après la guerre de bons avocats et l'appui du parti communiste, lors de ces deux procès ,et que les documents sont partiels.

Bénouville, adjoint de Frenay, est un intrigant (comme par hasard, un ami de Mitterrand) et déteste Moulin. Pour appuyer Aubry, le représentant de Combat à cette réunion fatale, il invite René Hardy sans prévenir Moulin, ce qui est contraire à toutes les règles de sécurité.

Or, il sait que Hardy a été arrêté deux semaines auparavant et que son évasion est plus que suspecte.

En effet, Hardy (responsable du plan de sabotage des voies verrées qui dépasse de beaucoup ses capacités) s'est pris d'un amour de collégien pour Lydie Bastien, qu'il emmène à tous ses rendez-vous (là encore, à faire se dresser les cheveux sur la tête d'un responsable de la sécurité). Celle-ci n'inspire aucune confiance (après guerre, elle avouera avoir fréquenté ce nigaud d'Hardy pour complaire à son amant allemand - quand je vous dis qu'il n'y a guère de mystère).

Le minimum pour Bénouville aurait été de lui ordonner de se mettre au vert, certainement pas de lui faire tenir le rôle d'invité surprise dans une réunion avec le grand chef.

Bénouville (qui fera une belle carrière comme homme d'influence de Dassault) et Aubry ont été d'une négligence coupable, voire bien pire. Moulin n'a pas été victime seulement de l'habileté de la police allemande mais des divisions et des haines de la Résistance.

Cela fait la puissance symbolique, presque psychanalytique, de cette arrestation. Rex était le pseudonyme de Moulin (pas un hasard je suppose). Comme si Louis XVI avait été guillotinée une deuxième fois.

Après-guerre

Baumel est tellement déçu par l’après-guerre qu’il se demande si de Gaulle n’aurait pas dû écouter Brossolette et liquider les vieux partis.

Cette réflexion est à mettre en parallèle avec la plainte récurrente de de Gaulle qu’il lui a manqué dix ans. Si les réformes de 1958 avaient été faites en 1945, la France d’aujourd’hui serait bien différente.

Je pense que cette hypothèse est illusoire : les Français étaient trop épuisés pour supporter un bouleversement politique qui aurait retardé la remise en route et les douze ans perdus de traversée du désert ont maturé les esprits.

mercredi, mars 24, 2021

L'étrange colonel Rémy (P. Kerrand)

D'abord, un mot sur le titre de ce livre : « L'étrange M. Machin » est d'une banalité à faire pleurer les pierres. Il y a déjà par exemple Cet étrange M. Monnet.

De plus, l'auteur, politiquement correct en diable, donne souvent l'impression de ne pas comprendre son sujet et de s'en dédouaner lâchement sur le mode « Comment peut-on être monarchiste et maurrassien ? En tout cas, moi, je ne le suis pas ».

Il se permet des réflexions politiquement correctes ridicules.

Ce veule refus d'assumer est très désagréable. Je n’aime pas cette manière de tenir son sujet à bout de gaffe.

Enfin, le style n'a rien de plaisant, il est d'une platitude hollandaise (le président ou le pays, c'est pareil).

Ceci dit, cet ouvrage contient des informations intéressantes.

La vie de Gilbert Renault, dit colonel Rémy, est marquée par deux événements :

1) il fut un Résistant de la première heure, un chef de réseau de renseignement remarquable.

2) En 1950, il publie un article fracassant de pétainisme, réhabilitant la thèse absurde du double jeu, du glaive et du bouclier.

Soyons clairs : cette thèse, entretenue par des pétainistes plus ou moins déclarés comme Robert Aron, est idiote. D'ailleurs, elle fut rejetée par des collaborationnistes sérieux comme Doriot et Brasillach et, au fond, elle insulte Pétain. Le double jeu est toujours une affaire de minables.

Il n'y eut pas de double jeu pétainiste. Il y eut des traitres purs et simples, comme Weygand ou Mitterrand, qui, sentant le vent tourner, tentèrent, avec plus ou moins d'habileté, de retourner leur veste. C'est tout.

Comme Saint-Exupéry, Rémy est un crétin politique. Jean-François Revel, qui l'a connu à la fin de sa vie, dit de lui : « Autant j'estimais l'homme, autant je n'avais pas la moindre estime pour son jugement politique ».

En politique comme ailleurs, peut-être plus qu'ailleurs, il y a le principe de non-contradiction : les victimes et les bourreaux ne peuvent avoir raison en même temps. On est gaulliste ou pétainiste, pas les deux.

Pourquoi ce fourvoiement de Rémy ?

Parce que, comme disait avec un brin de coquetterie d'Astier, les Résistants sont des ratés : Rémy a le don de faire et de dire ce qu'il ne faut pas.

Louis de La Bardonnie (châtelain et viticulteur  près de Montaigne), premier contact de Rémy et gaulliste de stricte observance, écrit à De Gaulle, dans une lettre très sévère : « Je connais sa vanité et son ambition ».

Rémy veut d'abord faire parler de lui, ne pas permettre qu'on l'oublie.

Un autre gaulliste strict (Jaques Baumel ? Pierre Lefranc ?) a ajouté : « S'il a des états d'âme, pourquoi ne s'en est-il pas confessé à son curé, puisqu'il est catholique, plutôt que d'en faire étalage publiquement ? ».

De Gaulle refusa toujours d'aborder le sujet avec Rémy, afin de pouvoir lui conserver son amitié. Il confia à Claude Guy que cette affaire le confirmait dans son désabusement vis-à-vis des hommes : un fidèle compagnon, un Résistant de juin 1940 (ils ne sont pas si nombreux), avait pu se méprendre pendant dix ans sur l'opposition politique irréconciliable entre gaullisme et pétainisme.

En réalité, ce n'est pas si clair : jusqu'en 1947, année où il commence à virer de bord, Rémy est un gaulliste orthodoxe, il ne cache pas son mépris de Pétain et des pétainistes et assume tout à fait que ces deux options politiques sont fondamentalement opposées.

Le revirement spectaculaire de Rémy a été mis sur le compte de son entourage catholique rance (pour une fois, ce vocabulaire politiquement correct est approprié) mais il a toujours conservé une part de mystère pour sa famille.

Reprenons au commencement.

Les débuts

Gilbert Renault nait en 1904 à Vannes dans une famille catholique et monarchiste.

Peu motivé par les études, il commence sa vie comme employé de banque.

Il prend sa future épouse d'assaut (si je puis m'exprimer ainsi pour des catholiques traditionalistes). Ses beaux-parents sont si étonnés de la demande en mariage qu'ils n'ont pas le réflexe de refuser.

Il vivote de boulot foireux en boulot foireux. Producteur de cinéma, il fait fortune avec Sacha Guitry et se ruine avec Abel Gance.

Proche d'être jeté à la rue, il achète des cigarettes, la buraliste lui rend la monnaie en tickets de loterie, il touche le gros lot et paye ses dettes. Comment pourrait-il ne pas se croire protégé par la Providence ? D'autant plus que ce n'est pas la seule occasion : comme cet avion qu'il refuse de prendre après une mauvaise nuit et qui s'écrase. Ou ce rendez-vous où la Gestapo l'attend et Rémy, à la mémoire d'éléphant, se trompe d'étage.

En 1939, la seule chose qu'il ait fait d'un peu solide dans la vie, ce sont des enfants (au total, huit).

La guerre

Exempté pour cause de famille nombreuse, Rémy essaie dès le 17 juin 1940 de s'embarquer pour l'Angleterre. Après quelques péripéties, il y arrive le 22.

Son coup de génie est de comprendre que le plus efficace est le renseignement et de structurer un réseau (qui s'appellera Confrérie Notre Dame, puis Castille) dès 1940. Il demande à être renvoyé en France. Il raconte ses débuts avec beaucoup d'humour.

Il commence par glandouiller quatre mois à Madrid, de septembre à novembre. Il l'avoue lui-même : il hésite à se se lancer. Puis il passe en France.

Il tisse une toile en reliant des micro-réseaux existants, qu'il trouve de fil en aiguille, de contact en contact.

Son efficacité est indéniable : pas un mouvement important de navires dans un port français n'est ignoré des Anglais.

La CND est le deuxième réseau de renseignement en France, en importance, après Alliance. Ce dernier réseau est dirigé par une femme, Marie-Madeleine Fourcade, mais, comme elle n'avait pas le bonheur d'être communiste, elle est beaucoup moins connue que Lucie Aubrac, qui fut anecdotique.

Rémy est d'une imprudence folle. Tout Vannes sait que M. Renault (qui vivra en France jusqu'à l'été 1941 sous son vrai nom) est « chez De Gaulle ». Mais cette imprudence lui permet de bâtir rapidement son réseau, plusieurs fois détruit, plusieurs fois reconstruit et qui n'a jamais cessé de fonctionner, mais à un coût humain terrible : un tiers des membres de son réseau sont arrêtés, déportés ou tués. Lui-même échappe plusieurs fois de justesse à l'arrestation.

Il mène un train de vie princier. Il reçoit une enveloppe de 20 millions de francs quand le salaire mensuel d'un employé est dans les 1 000 francs. Il se fait même voler 100 000 francs par des agents doubles de Vichy qui l'ont berné, mais qui ne le prennent pas très au sérieux (leurs rapports sont encore dans les archives). Pendant ce temps, Jean Moulin vit de bouts de ficelles. Probablement que les Anglais étaient plus intéressés par les renseignements de Rémy que par les démêlées politiques de Moulin.

Après-guerre

Il devient un cadre important du parti gaulliste, le RPF.

Rémy, à partir de 1950 défend Pétain, le milicien Touvier et même les SS français. Il est donc logiquement exclu du RPF (il a un grand talent pour saboter toutes les occasions d'ascension sociale qui se présentent à lui. S'il s'était tenu tranquille, il aurait fini secrétaire d'Etat, préfet, ambassadeur ou quelque chose dans ce goût là. Son ambition débordante n'a d'égale que sa capacité sans limite à la faire échouer).

L'expression « se tirer une balle dans le pied » n'a pas été inventée pour lui, car lui, ce sont des bordées entières de 380 de marine qu'il se tire dans les deux pieds.

Il donne l'impression très pénible, non pas de se renier, mais de ne pas comprendre le choix qu'il a fait pendant la guerre. Je le dis au début de ce billet : comme Saint-Exupéry, Rémy est un con politique. C'est une lâcheté morale de renvoyer dos à dos victimes et bourreaux.

Non, il n'est pas équivalent d'être Pétain ou De Gaulle, Laval ou Moulin, Touvier ou Bingen, engagé dans la division Charlemagne ou engagé dans la 2ème DB.

Bien sûr, ses amis de la Résistance s'éloignent.

Ils considèrent que cette dérive idiote est le résultat d'un entourage douteux, d'une pulsion non maîtrisée de faire parler de lui et aussi d'une incapacité à vivre dans la majorité, il faut absolument, pour son malheur, qu'il se foute à la marge, dans des histoires abracadabrantes.

La thèse du mauvais entourage n'est pas idiote : aussi bizarre que cela puisse paraître chez un maître-espion, Rémy fait aisément confiance et il est très influençable. Nul doute que des militants pétainistes ont repéré la proie à haute valeur symbolique qu'il était possible de retourner.

Les sentiments de ses anciens amis oscillent entre la colère et la pitié méprisante, « Au fond, c'est un pauvre type », qui est loin d'être infondée.

Toujours à court d'argent, il écrit une centaine de livres, plus ou moins rigoureux, avec pas mal d'affabulations. Il est comme le journaliste de Qui a tué Liberty Valance ? : si vous avez le choix entre imprimer la légende et imprimer la vérité, imprimez la légende.

Tout cela n'enlève rien à ce qu'il a fait pendant la guerre : dans une situation extraordinaire, ce marginal s'est retrouvé dans son élément. Il n'a pas gagné son titre de Compagnon de la Libération dans un salon (d'ailleurs, contrairement à la Légion d'Honneur, c'est une médaille qui ne se gagnait pas dans les salons).

Bien que Breton, Rémy a un côté pied-noir de caricature très irritant. On a envie de lui foutre deux claques et de lui dire d’arrêter d’affabuler.

Mais il est aussi attachant : De Gaulle, qui n’est pas un grand sentimental, a tiré la leçon politique du comportement de Rémy en ne l’employant plus jamais mais il a fait attention à ne pas se brouiller avec lui, délicatesse qu’il n’a pas montré pour d’autres.

Avant de tirer des conclusions sans indulgence, prenez un instant pour vous poser cette question : « En nos temps de tyrannie sanitaire, où personne ne risque ni la déportation ni la torture, combien résistent vraiment ? ».

vendredi, février 12, 2021

A l'aube de la Résistance (François-Marin Fleutot)

En nos temps d'universelle lâcheté, où les jeunes ne sont ni les moins soumis ni les moins bêtes, ce livre fait du bien.

En ce temps là, c'est dans les pensions de famille accueillant les étudiants de Montpellier ou de Lyon que s'organisait la toute première Résistance, celle de l'automne 1940.

Au centre, un homme, comme, probablement, on n'en fait plus. Avocat maurrassien (mais rejetant Maurras sans aucune hésitation, sitôt son pétainisme connu), royaliste, il s'est fait un nom en giflant le ministre Pierre-Etienne Flandin en représailles des accords de Munich, c'est un colosse de 1 m 92 : Jacques Renouvin.

La première Résistance est un désordre de courages (1), cela tombe bien : à 35 ans, Renouvin est un organisateur hors pair.

Il prend l'engagement de ne pas tuer de Français, et le plus étonnant est qu'il y parvient.

Il organise les « kermesses » qui font sa réputation : simultanément, ou avec un échelonnement d'une heure (tous les goûts sont dans la nature), les boutiques de collaborateurs ou les officines de la collaboration sautent, un peu partout en zone libre.

On notera sa technique d'évaluation de ses subordonnés. Il organise une première opération dont il est le chef. Il évalue les comportements des uns et des autres. Ensuite, il participe à une deuxième opération comme simple complice, en laissant agir celui qu'il a désigné comme chef.

Il devient vite un des hommes les plus recherchés de France (il y avait foule pour le titre d'ennemi public numéro un à l'époque. Gilbert Renault, futur colonel Rémy, catholique maurrassien, trouve asile dans un bordel avec son épouse et leurs quatre enfants).

Entretemps, Renouvin se marie (ce qui n'est pas sans poser quelques petites difficultés pratiques : comment publie-t-on les bans d'un fugitif ? Finalement, ça sera un mariage religieux seulement. Il sera régularisé civilement, une fois que les deux époux seront en prison).

Quand les Allemands prennent en main en 1942 la police en zone sud, l'activité des Résistants devient encore plus difficile. Jacques Renouvin est arrêté en gare de Brive, suite à une trahison, en gare de Brive le 29 janvier 1943.

Son fils Bertrand a l'étrange honneur de voir le jour à la prison de la Santé, où sa mère, également Résistante (c'est comme cela qu'ils se sont rencontrés), est incarcérée. Comme, dans la famille, on est opiniâtre, Mireille Renouvin obtient le droit de le présenter à son père au moment où son convoi part pour l'Allemagne.

Il y a des familles de traitres congénitaux comme les Giscard d'Estaing ou les Mitterrand. Il y a aussi des familles d'acier, comme les Renouvin (Pierre Renouvin, le frère, a perdu un bras et les doigts de la main restante au Chemin des Dames. Il fut un historien des relations internationales réputé).

Jacques Renouvin, torturé pendant des mois, meurt en déportation de ses blessures. Comme dit une vieille expression que notre époque oublie, il a bien mérité de la patrie.

Alors que nous sommes gouvernés par authentiques pervers, des technocrates sans coeur et sans âme, incapables d'autre chose que de détruire, un homme d'action désintéressé, ça fait du bien.

Edmond Michelet, qui fut son ami, s'est battu pour conserver sa mémoire.

Nota : on peut regretter le titre trompeur. Il s'agit en réalité d'une biographie de Jacques Renouvin. Par exemple, l'auteur ne parle pas de la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris.

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(1) : comme disait André Malraux, qui fut un Résistant très très tardif.

jeudi, janvier 21, 2021

Le chagrin et le venin (Occupation, Résistance, idées reçues) P. Laborie

L'image des années noires partagée par tous les Français désormais, la vulgate historique, est celle d'un peuple veule et attentiste, qui se foutait du sort des persécutés, sans courage, à part une poignée de héros, qui est passé instantanément en août 1944 de 40 millions de pétainistes à 40 millions de gaullistes.

Et de citer comme poncif, la visite de Pétain à Paris le 26 avril 44 et le triomphe romain au même endroit de De Gaulle quatre mois plus tard jour pour jour.

Pierre Laborie démontre que cette vision est une construction des pétainistes dans l'immédiat après-guerre pour se disculper : si tous les Français ont été veules, les vichystes sont moins coupables d'avoir trahi.

Vision reprise par les enculés paxtoniens post-soixante-huitards pour trainer la France et les Français dans la boue. Le fait que cette vision faussée soit devenue la vulgate prouve la victoire du pétainisme posthume, comme je le dis depuis longtemps.

Cette ignoble victoire du pétainisme, scellée par quatre présidents de la république, plus traitres les uns que les autres (Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron) n'est possible qu'à cause d'une grande ignorance historique (merci, le système éducatif) où les mythes télévisuels et cinématographiques ont remplacé la connaissance.

Rappelons quelques faits :

1) De Gaulle avait raison : l'armistice n'était ni obligatoire ni rusé. Il ne sauvait aucun meuble, contrairement à l'argument ressassé (là dessus, Zemmour se plante  complètement. Il n'a pas assez travaillé). C'était une politique de merde et les pétainistes des traitres. La place de la France à la table des vainqueurs et de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU suffit à prouver la pertinence de la politique gaulliste.

2) A l'été 1940, on peut dire, si on veut, qu'il y avait 40 millions de pétainistes, traumatisés par la défaite, à part quelques rebelles. Cette vision est déjà excessive : les millions de Français dispersés sur les routes n'avaient pas le loisir de réfléchir à la politique.

3) Dès l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), un fort courant d'hostilité se manifeste et l'attentisme est beaucoup moins bienveillant. La manifestation des étudiants du 11 novembre 1940 n'a pas eu lieu en 1944, que je sache. De même, le discours du vent mauvais date du 12 août 1941, pas de 1944 (ça vaut la peine de relire les première phrases : « Français, J'ai des choses graves à vous dire. De plusieurs régions de France, je sens se lever depuis quelques semaines, un vent mauvais. L'inquiétude gagne les esprits, le doute s'empare des âmes. L'autorité de mon gouvernement est discutée, les ordres sont souvent mal exécutés. »).

4) L'hostilité de la population aux mesures anti-juives est hors de doute. Il n'y a qu'à lire les rapports des préfets (qui n'avaient pourtant pas intérêt à noircir le tableau).

5) Les témoignages de Résistants et de persécutés abondent et sont sans appel : oui, il y a eu des traitres et des délateurs, mais aussi et beaucoup plus, un halo de protection et de sympathie. Le poète René Char, chef de maquis des Basses-Alpes, traqué (« C'est contre nous chasse perpétuelle »), n'aurait pas pu survivre sans les villageois complices. Cela ne l'a pas empêché d'exécuter un traitre.

6) Les conditions matérielles de la Résistance étaient difficiles. Le témoignage de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, Résistant à plein temps, payé par les valises de billets de Londres, est édifiant : il se débat dans des difficultés inextricables, le vol d'un vélo est un drame national, trouver du papier un défi quotidien, un logement un miracle, le ravitaillement prend des heures et des heures.

Penser aujourd'hui, dans notre confort inédit dans l'histoire, « i'zavaient qu'à  résister. Moi, j'aurais résisté » est indécent, surtout venant de nous qui pétons de trouille et suicidons notre pays pour un virus qui tue 1% des vieux de 85 ans.

Nous sommes vraiment très mal placés pour juger. Mais, comme nous, Français de 2020 (surtout les intellectuels), sommes des étrons moraux, des sous-hommes, nous jugeons d'autant plus sévèrement. Sans décence, sans pudeur, sans intelligence.

Au fait, et la visite de Pétain à Paris, le 26 avril 1944 ? C'est, tout simplement, que, à tort ou à raison (plutôt à tort, à mon avis, mais on peut en débattre), les Français dissociaient largement la personne du Maréchal de la politique de Vichy.

Alors, non, les Français des années noires n'ont pas été les veules qu'on décrit aujourd'hui. Si la masse a été prise par les soucis de la survie au quotidien, elle n'en a pas moins fait ce qu'elle pouvait dans une situation dramatique. Les héros qu'on célèbre n'étaient pas isolés.

Bien sûr, tous les grands dégueulasses, l'anti-France active, les salauds professionnels (le ton est donné par Françoise Giroud, à la sortie du documentaire fallacieux Le chagrin et la pitié. Notons que Simone Veil s'y est opposée) se ruent sur la thèse pourrie.

Il reste à psychanalyser notre pulsion contemporaine à noircir notre histoire et nos ancêtres.



lundi, juin 22, 2020

L'appel du 17 juin 1940

Ce tract, diffusé dans Brive-la-Gaillarde, est d'Edmond Michelet, futur déporté et futur ministre. Daniel Cordier, un des quatre derniers compagnons de la Libération vivants, le secrétaire de Jean Moulin, a aussi rédigé un tract ce jour-là.


samedi, février 29, 2020

Les maquisards (F. Grenard)

C'est écrit dans un style très plat. C'est un peu la suite du livre sur les premiers Résistants.

Les réfractaires du STO, sans expérience militaire du fait de la disparition du service militaire, montent au maquis à partir de l'été 1942 et mènent une vie assez dure et très ennuyeuse de boy-scouts mal nourris, mal logés et mal équipés.

Les officiels de la Résistance sont embarrassés par un phénomène qu'ils jugent, à raison, sans valeur militaire.

Les choses sérieuses commencent en janvier 44.

Les Allemands sont égaux à eux-mêmes, tout en finesse germanique : appuyés par les traitres français de la Milice, ils se lancent dans une vague de répression en commettant nombre d'atrocités contre les civils, dans l'espoir de les détacher des maquis. C'est, bien entendu, l'inverse qui se produit.

Au printemps, les rapports des préfets de Vichy sont sans équivoque. Les maquis qui ont su soigner leurs relations avec le voisinage (c'est un peu plus difficile pour les autres) sont considérés comme la légitimité en devenir.

En quelques jours, après le débarquement allié en Normandie, entre 50 000 et 100 000 hommes prennent le maquis, c'est pas mal quand on tient compte du fait que 2 millions de hommes en âge de se battre sont prisonniers en Allemagne.

Avec cette arrivée, la physionomie du maquis change : il y a des bourgeois et des anciens combattants. Le maquis résout enfin son problème d'encadrement.

De plus, les alliés parachutent des équipes Jedburghs, composées de militaires, un Français, un Anglais, un Américain, chargés des liaisons et de l'armement.

Il ne faut pas s'exagérer l'efficacité du maquis. Ce n'est que de l'infanterie inexpérimentée et très légère. Des piqures de moustiques à un éléphant. Dix Sten contre une MG42, c'est la mitrailleuse allemande qui gagne.



C'est le drame des maquis et des villages martyrs. Trop voyants pour passer inaperçus, trop faibles pour résister à une armée professionnelle d’une cruauté toute nazie (la Wehrmacht propre, c’est une légende de la guerre froide). Il y avait une brigade nord-africaine particulièrement féroce dans les rangs de la Milice.

Le drame de Tulle illustre tout le manque de jugement de certains chefs maquisards. S'emparant avec difficulté de la ville (franchement, quel était l'intérêt de prendre une ville ? C'est totalement con) les 7 et 8 juin, les maquisards FTP la perdent en quelques minutes dans un vent de panique lorsque la division blindée Das Reich, venue de Montauban, à 200 km (personne n'y avait pensé ?), fait son apparition. 99 hommes sont pendus aux balcons, 200 déportés dont 101 ne reviendront pas. Ces malheureux événements ont suscité après-guerre des rancoeurs bien compréhensibles.



A contrario, Costa de Beauregard, avec les restes du maquis du Vercors, fait une guerre d'embuscades, qui certes ne bouleverse pas la donne stratégique, mais a le mérite de ne provoquer ni pertes ni représailles.

Néanmoins, le maquis a deux effets positifs :

🐗 : la fierté d'un peuple de s'être battu. Parce que des maquisards sont bien morts les armes à la main.

🐗 : après le départ des Allemands, il n'y a pas eu trop de vide légal, les maquis ont maintenu l'ordre, même si certains maquis, notamment communistes, en ont pris un peu à leur aise.











vendredi, février 21, 2020

Les anonymes de la Résistance en France : 1940-1942 Motivations et engagements de la première heure (L. Yagil)

L'édition de ce livre est lamentable, il pullule de fautes grossières qui témoignent d'une absence de relecture. C'est dommage car le contenu vaut le détour.

Les premiers engagés dans la Résistance, les Rémy, Fourcaud, Loustanau-Lacau (dont le nom a  été refusé à une promotion de Saint-Cyr ! Ô bêtise ! Triste époque que la nôtre), m'ont toujours intéressé.

Car ils sont fils de la petite fille Espérance de Péguy. A part quelques extra-lucides, comme De Gaulle (et encore), peu font un calcul rationnel.

La réaction tient du « Ah ! C'est trop bête ! Perdre comme ça ... La partie ne peut pas s'arrêter là. Ca doit continuer » de De Gaulle.

L'auteur essaie de répertorier les actes de résistance individuels, ceux qui ne demandent aucune organisation, couper les poteaux téléphoniques (1), détourner les panneaux routiers, semer des clous sur la route, imprimer et distribuer des tracts. Actes qui peuvent tout de même coûter la peine de mort.

Une Résistance précoce

Un des premiers actes répertoriés date du 20 juin 1940 : Etienne Achavanne, 48 ans, coupe les câbles téléphoniques entre la kommandantur de Rouen et la base aérienne de Boos, facilitant ainsi un bombardement anglais. Il est arrêté et fusillé.

Le directeur de l'usine Schneider du Creusot organise lui-même les sabotages (évidemment, on n'est jamais mieux servi que par soi-même !). Les ouvriers de Montbéliard passent leur matériel en Suisse, pour être incapables de travailler.

Les premiers chapitres tracent le portrait d'une France du « non-consentement », cette France en-dessous du radar de la Résistance armée.

On est loin des « 40 millions de pétainistes » d'Henri Amouroux, qui, comme a dit une méchante langue, voulait se sentir moins seul (si son engagement dans la Résistance est pour le moins douteux, son comportement, dans la poche de Royan, par la suite fut courageux). Et loin également des élucubration paxtoniennes, qui ont un prisme officiel et prennent pour argent comptant ce que les vichystes disent d'eux-mêmes.

Je ne suis pas étonné de ce portrait d'une France qui refuse l'Occupation dès 1940.

En effet, si une petite minorité seulement passe à l'action, tous savent assez rapidement que l'hypothèse fondamentale du gouvernement Pétain « l'Angleterre aura le cou tordu comme un poulet » a du plomb dans l'aile.

Le premier acte de résistance qui entre dans la grande histoire est la manifestation étudiante du 11 novembre 1940.

Des militaires cons comme des balais

Les vichysso-résistants furent également précoces, même si leur position politique est stupide.

Mais la Résistance dans l'armée était dérisoire par principe : ce n'est pas quand on a chié dans son froc qu'il faut serrer les fesses, ce n'est pas quand on perdu la guerre qu'il faut commencer à avoir de l'imagination et de la combativité.

Le haut commandement français, Gamelin, Weygand, Georges, Huntziger, est peuplé d'imbéciles : on peut véritablement dire qu'ils sont bêtes à manger du foin, ils sont mauvais comme des cochons (2). Weygand s'aperçoit en septembre 1940 que la guerre va continuer, mais, mon coco, c'était en juin qu'il fallait t'en apercevoir. C'est toute la différence d'intelligence avec De Gaulle (plus je connais Weygand, plus je comprends le mépris dans lequel le tenait De Gaulle).

Jean Monnet, qui conseillait le général Giraud, se désespérait de la bêtise de son protégé.

Et Darlan, le pire de tous ? Comme dit Churchill, il passait avec sa flotte du coté anglais en juin, il devenait le sauveur de la France et de l'Europe, De Gaulle en plus grand. Au lieu de ce destin grandiose, il fait encore plus carpette devant les Boches que Laval. Quand on est minable ...

Avec des branques pareils, c'est compréhensible que nous ayons perdu la guerre en 40.

Le truc le plus intelligent que pouvait faire un militaire de l'époque, c'était de rejoindre la France Libre et ils ne se sont pas bousculés au portillon.

Filons les filières

Plus longue est la mise en place de réseaux d'évasion d'aviateurs abattus : c'est la mission la plus complexe dans la clandestinité (3). Il faut nourrir, habiller, loger, transporter des gens qui ne parlent pas français. C'est le film La grande vadrouille mais en plus difficile et en vrai, avec la peine de mort et la déportation au bout du chemin.

Le réseau Comète comprenait 3 000 membres et a fait évader 800 personnes. On estime qu'un quart des aviateurs alliés abattus arrivés vivants au sol ont pu regagner l'Angleterre (le plus célèbre d'entre eux est Chuck Yaeger, le premier homme à passer le mur du son, qui a gardé des liens avec les familles françaises qui l'ont recueilli), c'est une performance loin d'être négligeable, qui suppose de nombreuses complicités actives et passives, un halo protecteur. Ca rend absurde la thèse des Français tous salauds (la photo, c'est Marie-Madeleine Fourcade).

Mon a curé a du réseau

Autant les évêques sont plutôt maréchalistes (il paraît que l'Enfer est pavé de crânes d'évêques), autant le bas clergé et les congrégations sont Résistants. La Trappe des Dombes cache 280 tonnes de matériel : armes, essence, camions et même un char ! On a aussi des curés et des révérends pères chefs de maquis ou de groupes de combat (ce n'est pas les couilles molles Bisounours de Vatican 2).

Je suis surpris de cette omniprésence des religieux au niveau de base de la Résistance, je ne l'avais pas mesurée. On note également pas mal de châtelains : il faut de la place pour héberger les fugitifs.

On glisse souvent du caritatif à la lutte armée : on commence par recueillir des évadés, puis on cache des armes et on finit par faire le coup de feu.

La mémoire ne s'en est pas totalement perdue : dans Papy fait de la Résistance, le curé joué par Michel Blanc réceptionne des parachutages !

Les maquis

Mais n'oublions pas (ce n'est pas le sujet du livre) non plus la grande flambée patriotique de l'été 44.

On a beaucoup moqué les RMS, les Résistants du Mois de Septembre, mais ceux qui sont morts en juin, juillet août, ne se sont pas relevés. Les dizaines de milliers d'hommes (on chiffre autour de 50 000) qui sont partis au maquis exprimaient le cri de libération d'un peuple sevré d'humiliations et de privations.

Quel est l'effet militaire de la Résistance ?

S'agissant de la résistance armée, il est quasiment nul : dix mitraillettes Sten en face d'une mitrailleuse MG42, c'est la mitrailleuse qui gagne.  Et les troupes employées à mater les maquis étant de second ordre, elles n'ont pas manqué sur le front de Normandie. Eisenhower a eu la gentillesse de dire qu'il représentait 15 divisions, c'est de la blague pour faire plaisir à un pays allié.

Et puis, il y a le fait que beaucoup d'officiers de carrière se retrouvent à commander des maquis et veulent venger la défaite de 1940 par de jolies batailles rangées pas du tout adaptées à ce genre de troupes. Gilbert Joseph a écrit un livre décapant sur le maquis du Vercors.

En revanche, toute la partie renseignements a eu un poids très fort en donnant aux Alliés de l'assurance dans leurs choix.

La partie sabotage du transport, qu'il est difficile d'isoler de la campagne de bombardement alliée, a eu probablement une certaine efficacité.

Nous sommes passés du mythe résistantialiste, « tous Résistants », au mythe collaborationniste « tous collabos », encore plus faux, et beaucoup plus nocif.

Mitterrand, qui savait de quoi il parlait, disait que ceux qui propagent ce mythe collaborationniste n'aiment pas la France.

Et il n'y a pas que de douteux métèques, ces nouveaux arrivants qui passent leur temps à nous donner des leçons de France, à propager ce mythe destructeur, il y a de purs Français de souche, dont certains présidents de la république.

En fait, comme je l'expliquais dans la recension du livre de PF Paoli, il s'agit pour les vrais coupables de collaboration, notamment les intellectuels et les artistes, de faire un amalgame de manière à ce que, la faute retombant sur tout le peuple français, elle ne retombe plus sur personne en particulier. Quand tout le monde est coupable, plus personne ne l'est.

Alors, rétablissons la vérité : il y eut des Résistants précoces, plus qu'on ne le dit, et des Résistants tardifs, mais authentiques (l'espérance de vie d'un Résistant fin 1943 était de 6 mois), très nombreux.

D'ailleurs, il faut bien mal connaître les Français pour soutenir les thèses repentantes. Hélas, c'est le cas : nos élites urbaines connaissent fort mal les Français (l'entourage de Sarkozy comprenait quelques descendants de collabos issus de la bourgeoisie parisienne). Quiconque a de la famille a la campagne a des connaissances qui ont aidé des évadés ou des maquisards.

Je connais quelqu'un dont le père, qui organisait les comités de réception de parachutages, a enterré quelques caisses de grenades et de Stens en Sologne en se disant que ça pouvait toujours servir. Malheureusement, la mémoire de l'emplacement a été perdue. C'est dommage, ça peut effectivement toujours servir.

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(1) : ça m'a fait penser aux Gilets Jaunes avec les radars !

(2) : les Anglais (surtout) et les Américains ont eu le même problème de mauvaise qualité des généraux. Une des hantises d'Hitler était de faire la guerre avant que les Allemands basculent dans ce qu'on n'appelait pas encore la société de consommation et se désintéressent de l'armée. Probablement que ce processus était plus entamé dans d'autres pays.

(3) : la Belge Andrée de Jongh monte à seulement 25 ans le réseau d'évasion Comète (elle sera la seule femme chef de réseau avec Marie-Madeleine Fourcade). Elle est infirmière au Congo dans les années 60, la RAF apprend que sa mère est malade en Belgique, elle met aussitôt un avion à sa disposition pour qu'elle puisse aller la visiter. Les Anglais ne sont pas toujours ingrats.

jeudi, mai 02, 2019

Maquis noirs et faux maquis. 1943-1947 (F. Grenard)

Une monographie lue à la volée. Plus intéressante que je ne pensais (comme quoi il faut butiner dans les librairies).

Je ne savais pas que les Allemands avaient monté des faux maquis pour discréditer les vrais. Des truands malins ont aussi créé des maquis pour exploiter le filon. De plus, l’accusation de faux maquis a servi d’accusation pour éliminer des ennemis politiques après guerre (voir l’affaire Guingouin).

Preuve de la difficulté à juger l’époque rétrospectivement : dans l’Indre-et Loire, le maquis Lecoz, créé par un truand et connu pour des exactions et des crimes, a aussi accompli d’authentiques actions de Résistance. L’affaire a été réglée par un procès à la Libération : le chef-truand a été condamné à mort et exécuté, le maquis n’a pas été reconnu comme Résistant dans son ensemble, mais chaque membre de bonne foi a été reconnu à titre individuel.

Autant les réseaux de renseignement ont été moissonnés par la répression de 1943 au début 1944 (l’espérance de vie du Résistant actif ne dépasse pas six mois début 1944), autant les maquis flambent en juin après le débarquement et les exactions allemandes se situent là.

Il est de ton bon de se moquer des RMS, les Résistants du Mois de Septembre, mais au printemps il y a une véritable levée en masse de toute une jeunesse dont la frustration éclate. Les trois mois, juin juillet, août sont étranges : la France n’est pas encore libérée, mais elle n’est plus complètement sous le joug. C’est l’anarchie et la lutte finale. Les massacres, Tulle, Oradour, Vassieux, Maillé, ont lieu à cette période.

C’est un moment de flottement unique dans l’histoire de France moderne (à part la grande peur d’août 1789). L’ancienne autorité a disparu, les ordres de Vichy ne s’appliquent plus sur des pans entiers du territoire mais la nouvelle autorité est encore en balance. Cet affabulateur de Malraux se donne le titre fantaisiste de « commandant inter-régional » (et son action est nulle, son titre de maquisard est usurpé –pas ses faits d’armes à la tête de la brigade Alsace-Lorraine). On peut avoir à un bout de la ville ou du canton des Allemands qui exécutent des otages et à l’autre bout des Résistants qui s’installent à la mairie et la Milice qui traine encore (la série télévisée Un village français rend bien ce moment bizarre, ce sont ses meilleurs épisodes).

Evidemment, ça se passe bien dans les endroits où les maquis sont disciplinés et les maquisards des gens du pays (et non des citadins fuyant le STO). C’est très variable, très local.

Il y a des polémiques sur la contribution des maquis, et de la Résistance en général. Pour ma part, d'après ce que j'ai lu, elle est très importante. Notamment les trois premières semaines de juin, cruciales sur le plan stratégique.

On dit souvent que la course à la mer en 1914 a été perdu à un jour près. Après le débarquement de Normandie, la victoire et la défaite se jouaient aussi en jours. A partir de fin juin, il devenait presque impossible que les Alliés soient repoussés au point d'être obligés de rembarquer.

samedi, avril 20, 2019

Quand le pouvoir détruit sa légitimité ...

L'ultima ratio du pouvoir est d'assumer, de protéger et de perpétuer l'institution dont il a la charge. S'il manque à cette mission, peu importe le reste, il sape sa légitimité et finira par ne plus être obéi, à juste raison.

La légitimité donne à un pouvoir l'autorité : il est obéi à cause de ce qu'il est, il n'a pas besoin d'user de sa force. S'il perd la légitimité, il perd l'autorité et il ne lui reste plus que la coercition pour se faire obéïr.

Par exemple, un président et un premier ministre qui pérorent sur l'incendie de Notre Dame en évitant le mot « catholiques » (anecdote, entre mille du même genre) ne méritent pas d'être obéis (1), car ils trahissent l'histoire du pays dont ils ont la charge : ils sapent leur légitimité et n'ont plus aucune autorité. Ils n'ont alors que la répression. (Au moins, on sait où on en est).

Et cela ouvre la voie à la guerre de tous contre tous. C'est pourquoi, comme disait Henri IV qui en connaissait un rayon sur le sujet, il n'y a rien de pire.

Mais, rions encore un peu, pendant qu'il est temps.

Au début de 1944, le gouvernement de Vichy, ayant trahi la France en long, en large et en travers, a perdu toute légitimité et ne contrôle plus des pans entiers du territoire national. Ce qui donne lieu, au milieu des drames, à des histoires savoureuses.

La Résistance attaque les mairies pour voler des cartes d'alimentation (le ravitaillement des maquis a toujours été un problème). Sauf que, bien souvent, l'attaque est organisée par le secrétaire de mairie lui-même !


Une brigade de gendarmerie est attaquée par la Résistance pour s'emparer de ses armes. Le commandant de gendarmerie peut écrire  dans son rapport que ses hommes se sont défendus « jusqu'à épuisement de leurs munitions ». Et pour cause : dûment prévenus de l'attaque, les gendarmes ont tiré toutes leurs munitions en l'air. Après quoi, une bonne moitié a rejoint la Résistance comme « prisonniers », cette aimable fiction ayant pour but de protéger leurs familles.




Maintenant qu'on a rigolé, il faut tout de même dire qu'il y eut bien des actes de pur banditisme pendant cet été terrible.

En général, quand de vrais maquisards rencontraient des faux maquisards, la conclusion de l'explication de gravure était expéditive et plombée.

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(1) : s'agissant de l'incendie de Notre Dame, le gouvernement devrait faire profil bas. De même qu'ils n'ont pas compris que la taxe sur l'essence et les 80 km/h mettaient le feu aux poudres, ils ne comprennent pas que leur manière de s'approprier, de tirer à eux en toute impudence, ce drame national risque de rendre les Français encore plus grognons.

Ceux qui parlent dans le poste nous les décrivent comme très intelligents mais ils n'ont décidément aucune jugeote.




samedi, février 16, 2019

Le mystère des Résistants de juin

On connait bien les « Résistants de septembre », les arrivistes qui se sont déclarés Résistants en septembre 1944.

Plus intéressant : les Résistants de juin. 1940, évidemment.

Dans L'appel du 18 juin 1940, François Delpla dresse une liste désespérante de tous ces Français de Londres qui rejoignent New-York en juin 1940.

Il y a des traitres patentés, comme Jean Monnet (« un petit financier au service des Américains », disait De Gaulle, jugement sévère confirmé par les archives). Ceux-là sont finalement les plus faciles à comprendre. Il y a toujours eu des Iago, des tordus, des vicieux. Des sociopathes, comme on dit de nos jours. On peut citer un Alexis Léger (Saint-John Perse en poésie, l'homme qui a produit de faux documents pour son édition dans la Pléiade).

Il y a aussi les imbéciles, style Saint  Exupéry. J'ai beaucoup de respect pour l'homme et pour l'écrivain, mais ses analyses politiques ne sont pas éblouissantes (litote). Un homme qui avait beaucoup de courage physique mais pas un tempérament de guerrier. C'était un doux, et donc un inapte politique.

Bon, les traitres et les imbéciles, c'est facile.

Mais que dire des Geneviève Tabouis, Henri Guéraud, Henri de Kérillis (1) ? Ni vicieux, ni bêtes, anti-nazis précoces, il se sont carapatés à New-York.

Bien sûr, il y a l'explication sociologique : ce sont des établis, des importants, ils ont quelque chose à perdre : réputation, position sociale et patrimoine.

Mais je crois que l'essentiel est une question de caractère : ils n'avaient pas le tempérament aventurier, don-quichottesque (raison pas contradictoire avec l'explication sociologique). Peut-être aussi se prenaient-ils trop au sérieux ? Quand je lis les Mémoires d'un agent secret de la France libre de Rémy, je suis frappé par l'humour qui court tout du long.

Et ils n'avaient peut-être pas non plus l'esprit de sacrifice.

Peut-être aussi ont-ils manqué de jugeote sur De Gaulle : beaucoup l'ont pris pour un apprenti dictateur, avec, comme Albert Lebrun, un attachement excessif, ridicule en de telles circonstances, au respect des formes (ce qui est, bien sûr, de la pusillanimité sophistiquée, autrement dit, une incapacité à s'élever à la hauteur des circonstances).

Je ne sais.

Pour suivre De Gaulle, il fallait les trois courages : physique, intellectuel, moral. Il y eut peu d'élus.

Bien sûr, il est plus facile pour les jeunes, les Messmer, les Lefranc, les Poype, de partir à l'aventure. Mais, en 1940, Rémy avait 36 ans et 4 enfants, Marc Bloch 54 ans.

Si la question des motivations des premiers Résistants m'intéresse, c'est qu'il est à nouveau dangereux d'avoir des idées patriotiques de résistance à l'Europe allemande et de défense de la liberté nationale (Amazon met à la porte des salariés pro-Gilets jaunes).



ALAIN JUPPÉ AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL : UNE GRANDE EXPÉRIENCE DU DROIT PÉNAL …

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Conclusion

L’arrivée d’un politicien incompétent et au lourd passé judiciaire au Conseil Constitutionnel est un scandale de plus pour ce pouvoir. Qui témoigne répétons-le d’une totale absence de principe et d’une volonté d’instrumentaliser notre cour suprême. Et cette mesure est soutenue voire applaudie, par tous ceux qui avaient fait des gorges chaudes contre la nomination à la cour suprême des États-Unis par Donald Trump d’un magistrat respecté, à qui on reprochait sans preuve des paroles soi-disant inconvenantes prononcées 50 ans plus tôt, à l’âge de 17 ans dans une surprise-partie.

Ces gens-là sont prêts à tout.
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Bien sûr, je me suis assez moqué des Résistants-avec-70-ans-de-retard pour ne pas jouer le même sketch (d'ailleurs, où sont-ils passés, quand il y a des coups à prendre ?), mais nous dérivons tout de même vers une authentique tyrannie. Certes « le silence des algorithmes a remplacé le bruit des bottes », mais cela ne change rien au fond de l'affaire.

Il est instructif de méditer les précédents. Le Résistant est isolé, car la Résistance n'est pas un sport de masse (jusqu'à ce que la victoire se dessine), mais rarement seul : la solidarité des rares qui s'embarquent dans l'aventure n'est pas un vain mot.

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(1) : Kérillis est un cas intéressant. Ancien combattant, intelligent, ayant compris très tôt qu'Hitler n'était pas un imbécile. Gaulliste au début puis s'éloignant assez vite, il tourne anti-gaulliste farouche en 1943 (il est évidemment giraudiste) quand il s'aperçoit que le projet de De Gaulle est politique et pas seulement militaire. Il finit par mettre la mort de son fils, tué par la milice, sur le dos de De Gaulle, personnellement, ce qui montre à quel point il a quitté le domaine du rationnel.

dimanche, décembre 23, 2018

Mon oncle de l'ombre (S. Trouillard)

C'est le livre d'une Bretonne. Il faut l'entêtement breton pour écrire un tel livre.

Le grand-oncle de Stéphanie Trouillard, André Gondet, est assassiné le 12 juillet 1944, à 23 ans, à Kérihuel, par des traitres français au service des Allemands, en même temps que le capitaine Marienne, une légende des parachutistes.

La famille de l'auteur est muette sur ce drame, ce sont des choses dont on ne parle pas devant les enfants, et dont on ne parle pas, en général.

A la mort de son grand-père, frère du héros martyr, elle se pose toutes les questions qu'elle regrette de ne pas lui avoir posées. Et décide d'y répondre.

A partir d'un état-civil et d'une photo, après des milliers de lettres et d'emails, des centaines d'heures de visites d'archives et d'entretiens, elle parvient à reconstituer le parcours de ce Résistant à la fois ordinaire et singulier.

C'est un livre très émouvant, comme lorsqu'une des dernières survivantes de la rafle lui dit qu'elle a le même visage rond que son grand-oncle.

Elle est souvent accompagnée de ses parents, qui n'en savent pas plus qu'elle.

Elle reconstitue à peu près tout le parcours : le départ en Allemagne pour le STO (ce que toute la génération suivante ignorait), puis l'engagement dans le maquis à la faveur d'une permission, puis les combats finaux du maquis de Saint-Marcel.

A l'issue de ce travail de Romain, Stéphanie Trouillard comprend bien des silences et des non-dits.

Question en suspens : il est admis que le drame de Kérihuel résulte d'une dénonciation ou d'un aveu sous la torture. Stéphanie Trouillard n'en est pas si sûre : depuis plus d'un mois, parachutistes et FFI se battent sans discontinuer, dans un environnement étrange, à la fois amical et dangereux, la vigilance baisse, des négligences apparaissent, ceci suffit peut-être à expliquer cela.

Mention anecdotique : nous célébrons les héroïnes de la Résistance, mais, à l'époque, certains les voyaient comme des « filles à soldats », pas un compliment.

Par réaction au « résistantialisme » de nos pères (ah, ce que le meurtre du père aura fait faire de conneries ...) et par le fait de grands dégueulasses style BHL ou Chirac, on nous  présente désormais la France comme une nation de pétainistes.

Des Français comme André Gondet, ou comme Marie-Julienne Gautier,  ou comme Jeanne Bohec, remettent les choses à l'endroit.

mardi, août 07, 2018

Bruck



En ces temps où le pape François  Zéro « abolit » la peine de mort, rappelons la mémoire du révérend père Bruckberger, qui a écrit Oui à la peine de mort. Ce qui ne l'empêcha pas de réclamer à De Gaulle la grâce des condamnés à mort politiques.

Sergent des corps-francs de Darnand (il lui aurait dit en 1940 : « Vous prenez une voie qui vous mènera au peloton d'exécution et je serai assez bête pour vous défendre »), Résistant, il exécrait les bourgeois cathos centristes mous du MRP (les mêmes traitres à fusiller qui ont récemment eu les yeux de Chimène pour Hollande, Bayrou, Juppé, Macron), pensait que Vatican II était une erreur (avec des arguments dont le temps passé a confirmé la validité), avait une maitresse et fréquentait le tout Saint-Germain-des-prés.

Il me fait penser au frère Tuck de Robin des bois. On manque de religieux truculents de nos jours, ils paraissent trop souvent tristes et sérieux comme un jour sans pain, et, en plus (mais assez logiquement), ils ne sont pas bons directeurs de conscience, trop sensibles à l’air du temps d’une part et trop escouillés d’autre part (ils retournent toujours la violence du christianisme contre soi, contre les leurs, dans un masochisme ennuyeux comme une conférence d'Attali. Ils ignorent sa dimension conflictuelle et conquérante. Moi, j’aurai confiance un curé qui me dira qu’il faut convertir les musulmans).

Je résume l'argument de Bruckberger : ne pas condamner à mort celui qui le mérite par ses méfaits dérange l'ordre cosmique et c'est plus grave qu'une mise à mort individuelle (en n'oubliant pas que, de toute façon, chaque homme finit par mourir). Notre époque accorde trop d'importance à l'individu et pas assez à l'ordre juste. Ce que Romain Gary synthétisait en : la société qui n'a pas le courage de mettre à mort les criminels ne mérite pas de vivre.

Saint Louis et Sainte Jeanne d’Arc étaient parfaitement clairs sur ces questions, tout praticiens qu’ils étaient.

Au fond, sur la peine de mort comme sur de nombreuses questions de société contemporaines, je n’ai aucun doute que nos choix collectifs sont suicidaires et que la société qui fait de tels choix, la nôtre, disparaitra et ses mauvais choix avec (l'effondrement de la natalité suffit à me justifier).

Mon problème est que ce naufrage entrainera avec lui des choses que j’aime et que ce qui remplacera et remettra de l’ordre dans ce foutoir ne sera pas nécessairement à mon goût (Houellebecq et beaucoup d’autres pensent que ce remplaçant sera l’islam. C’est pourquoi Al Jazeera a une chaine particulière, AJ+, qui pousse tous les désordres sociétaux, Gay Pride et compagnie).

Et puis, il faut regarder les choses en face : ces histoires d'abolition de la peine de mort sont des branlotages d'enfants gâtés et sur-protégés. Quand la vie est dure, on ne se pose pas tant de questions : on tue l'ennemi et l'assassin.

Nota : la traduction du commandement « Tu ne tueras point » est aujourd’hui considérée comme fautive et remplacée par « Tu ne commettras point de meurtre ». Toute la différence est évidemment la question qui nous occupe, celle de la mise à mort légale.

mardi, février 06, 2018

Décès de Margot Duhalde, seule femme pilote des FAFL

Décès de Margot Duhalde, seule femme pilote des FAFL

Margot Duhalde, seule femme pilote au sein des Forces Aériennes Françaises Libres, est décédée le 5 février 2018 à Santiago du Chili. Chilienne d’origine française née en 1920, elle est brevetée pilote en 1938.

Suivant l’appel du Général de Gaulle, elle s’engage en mars 1941 dans les FAFL. On refuse de l’envoyer au combat mais elle rejoint l’Air Transport Auxiliary, convoyant des avions neufs ou réparés vers les unités. Elle effectuera plus de 1300 convoyages de 1942 à 1945, sur plus de 100 types d’appareils différents.



jeudi, novembre 30, 2017

Nancy Wake

Juste pour vous rappeler que toutes les femmes ne sont pas les victimes hystériques et geignardes, le sexe faible, qu’on nous montre exclusivement depuis quelques temps.

Nancy Wake est une Australienne née en 1912. Jeune femme plutôt bien faite (elle saura en jouer), mariée, journaliste. Normale, quoi.

Sa particularité ? Elle est la femme la plus décorée de la seconde guerre mondiale.

Courrier d’un réseau d’évasion, elle réussit à délivrer son chef pris par la Gestapo. Capturée, torturée, elle est libérée faute de présomptions suffisantes (sa fausse identité a tenu, elle n’a pas été identifiée). Son mari meurt sous la torture.

Elle rentre en Angleterre en passant par l’Espagne. Parachutée en Auvergne, elle coordonne les livraisons d’armes aux maquis. Participant de nombreux sabotages et actions, elle tue une sentinelle du tranchant de la main, comme dans les films, lors de l’assaut du local de la Gestapo de Montluçon.

Après la guerre, elle se remarie et fait de la politique.

Je doute que sa réaction vis-à-vis d’un Harvey Weinstein aurait été le tweet hystérique dix ans après.

dimanche, juillet 16, 2017

A la rafle du Vel d'Hiv, il était la France

Le 16 juillet 1942 de petit Louis

Lazare Pytkowicz, quatorze ans, est pris avec sa famille dans la rafle du Vel d'Hiv. Il s'évade, avec l'autorisation de ses parents (à l'époque, on respectait l'autorité parentale !).

Recueilli par des Français, il demande et obtient de participer à la Résistance. Courrier, plusieurs fois arrêté, plusieurs fois évadé, il fait ce qu'en d'autres temps on appelait « une belle guerre ».

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Sain et sauf à la Libération, en 1945 il attendra les siens en vain à l’hôtel Lutétia. Aucun ne reviendra. Pris en charge par ceux qui l’avaient caché en 1942, il est renvoyé au lycée pour y reprendre ses études. C’est là qu’un jour de novembre 1945, il voit le pion rentrer dans la classe, pour lui dire qu’il est convoqué chez le proviseur. Dans le bureau duquel, interrogatif il se rend pour tomber sur un général en uniforme, qui lui débite la formule sacramentelle et lui accroche sur la poitrine la Croix de la Libération, il a 17 ans.

Écoutons le raconter simplement, comment retournant dans sa classe, il met la médaille dans sa poche pour éviter que les copains ne se foutent de lui. On a alors la gorge nouée et l’envie d’embrasser ce frère. Parce que son histoire nous dit que le 16 juillet 1942, la France ce n’était pas Pétain, Laval, Bousquet ou Brasillach.

La France c’était Lazare Pytkowicz.
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Addendum (après les propos de ce salaud de Macron - salaud car ses propos, comme ceux de Chirac et de Hollande avant lui, sont une insulte à nos morts les plus misérables, ceux qui ont connu la solitude, la torture, la prison, les camps) :

Commentaire pris chez de Castlenau :






Oui, Lazare c’était la France, comme l’étaient Charles de Gaulle, le visage de Jean Moulin décrit par André Malraux, le Conseil National de la résistance et tant d’autres, anonymes ou non, étrangers même comme le groupe Manouchian. Faire du discours de Jacques Chirac une vérité historique qui vient servir celui, flou, de l’actuel président est une argutie pénible à constater. Doit-on oublier le manifeste de Brazzaville, le travail de René Cassin ou l’ordonnance du 9 août 1944 ?

Plus iconoclaste, Eric Verhaeghe :

Vel’ d’Hiv et Sécurité Sociale, les deux mamelles de l’État Français

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Lorsque l’Assemblée Nationale de l’époque transfère, le 10 juillet 1940, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain (en dehors de toute procédure constitutionnelle, rappelons-le), commence l’ère sombre du régime de Vichy. Il n’est pas de mots assez cruels aujourd’hui pour en dénoncer les forfaits… mais avec une amnésie stupéfiante sur certains sujets. L’héritage technocratique de Vichy dans la France contemporaine continue en effet d’être jalousement préservé par ceux qui se montrent les plus critiques vis-à-vis de ce régime. Et cette mansuétude discrète soulève quand même quelques questions.

[…]

Il est donc de bon ton aujourd’hui d’expliquer que « la France » a fait le Vel d’Hiv, sans jamais citer (comme le Président Macron est parvenu à le faire) le rôle de l’Allemagne dans l’obsession antisémite de Vichy. Tout se passe d’ailleurs comme si la France était la cause unique de la Shoah et comme si c’étaient des soldats français qui avaient liquidé en masse des Juifs sur le front de l’Est.


Si autant de Français ont accepté l’ordre de Vichy, il y avait bien une raison. Celle-ci tient d’abord à la politique sociale du régime qui a visé à « protéger » le pays. Je vous protège, en échange, vous me laissez liquider les Juifs, les Francs-Maçons, les homosexuels [non, légende], et autres groupes jugés indésirables par les technocrates au pouvoir.

En étatisant la protection sociale, Pétain n’agissait donc pas par hasard. Il mettait en place un système qui a fait des émules par la suite, et donc la logique n’a pas changé. Elle permettait de susciter une adhésion massive au régime, quel qu’il soit. C’était au fond une vision et une version heureuse de la servitude par la mise en oeuvre du Big Mother appelé la sécurité sociale.
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Un mois avant la rafle du Vel d'Hiv, des Français se couvraient de gloire à Bir Hakeim. Ceux-là ont plus de titres à se réclamer de la France qu'un gouvernement de traitres.

Et une sucrerie pour la route :



dimanche, mars 06, 2016

Pour vous remonter le moral

Echec de la tentative de censure et d’intimidation physique sur Bernard Lugan à Clermont-Ferrand

Lugan a un petit coté Tartarin, finalement pas déplaisant. La moindre castagne d'avant-meeting ou d'après-boire devient le combat apocalyptique entre l'Armée du Démon et l'Armée des Anges.

Mais bon, si les mecs de droite mettaient un peu plus souvent leur poing dans la gueule aux crasseux de gauche, il y a bien des choses qui iraient mieux en France.

samedi, janvier 31, 2015

Violette Szabo

Il y a des gens dont la vie rend humble.

Violette Szabo est née Bushell, de père anglais est de mère française. Elle a un petit air d'Ingrid Bergman.

Elle se marie à dix-neuf ans avec un lieutenant des FFL. Ils ont une fille, Tania. Quand elle apprend que son mari a été tué à Bir-Hakeim, elle s'engage dans le SOE comme agent et elle est parachutée en France. Capturée au cours de sa deuxième mission, elle est exécutée à Ravensbrück en 1945. Elle a vingt-trois ans.



J'aurais pu citer la famille Pijeaud : le père, compagnon de la Libération des FAFL, décède des blessures de son combat aérien tandis que son épouse, résistante, meurt en déportation, à Ravensbrück elle aussi. Ils laissent deux orphelins.

Ces histoires mettent en perspective certaines jérémiades contemporaines ou actuelles.

dimanche, novembre 04, 2012

Quelles leçons de la Résistance pour aujourd'hui ?

Depuis Jacques Chirac, notre classe jacassante est officiellement pétainiste, puisqu'elle fait sienne, à travers la repentance, l'interprétation pétainiste de l'histoire : le gouvernement de Vichy représentait et engageait la France, toute entière et légitimement. Donc la France est responsable de la déportation des juifs et de la rafle du Vel d'Hiv.

Cette ligne politique a été poursuivie par Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Cela faisait longtemps que ça la démangeait, notre classe jacassante.

Les gaullistes et leur fierté hautaine, il fallait les supporter, parce qu'ils avaient eu la bonne idée d'être du coté des vainqueurs.

Mais, enfin, avec leurs croquenots boueux sur les tapis épais des institutions, ça faisait tache. Ils n'avaient pas faits les Grandes Ecoles et les Grands Corps. Ils méprisaient ostensiblement les petits jeux parlementaires si délicieux et les mondanités parisiennes si agréables. Ils ne s'étaient pas compromis comme tout le monde. Quelle faute de goût, cette pureté ! Et puis, toute cette exaltation, tout ce patriotisme, comme c'est bruyant ! Cette exigence perpétuelle, comme c'est pénible ! Et quel ennui ! Qu'ils nous laissent un peu nous affaisser dans la soie et le mohair des beaux quartiers, c'est si doux ...

Heureusement, le dernier politicien gaulliste, Philippe Seguin, est mort et bien mort. On se retrouve enfin entre nous. François hollande est, par ses idées, par son parcours et par son caractère, le président de coeur de ces pétainistes, des amis du désastre, des docteurs "sans nous, ça serait pire" du naufrage, de ceux qui tirent toujours profit des choses qui adviennent, qui n'essaient jamais d'en retourner le cours, au prix du malheur de la France. François Hollande n'aurait pas fait tache à Vichy.

La France moisie que dénonçait Philippe Sollers, ce n'est pas tant au Front National qu'il faut la chercher que chez les Joffrin, les Demorand, les Pigasse. Bien sûr, les mots ont changé, ils sont même parfois à l'opposé, pour donner le change (ils s'y connaissent, ces gens-là, en change, en argent). Mais le fond ? Le caractère ? C'est toujours le même : il ne faut pas que le fatigant devoir de se tenir droit et de viser haut perturbe les douillets arrangements entre amis, surtout quand ces amis amis sont financiers, l'argent, c'est sacré, il ne faut pas le laisser à des amateurs.

Et nous, qui ne nous résolvons pas au pétainisme de coeur, que nous reste-il ?

Il nous reste l'exemple de la première Résistance, celle de 1940. Celle qu'il est impossible de soupçonner du moindre calcul d'intérêt.

 La composition en était très diverse, mais c'était plutôt des jeunes, voire des très jeunes, et des hommes. De la classe moyenne à moyenne supérieure éduquée. Pas du tout de notables ou de classe dirigeante. Souvent des individus en porte-à-faux social. Ils avaient souvent manifesté un intérêt précoce pour la politique. En revanche difficile de les classer sur l'axe droite-gauche, il y a de tout, à cet égard.

Qu'est-ce que cela nous enseigne pour aujourd'hui ?

Suivant le précepte évident mais qu'il est si facile de perdre de vue qu'il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre, inutile d'attendre les notables et les bien installés.

Restent les jeunes (je crois dans le changement politique permis par le changement de génération) et les vieux irascibles. Ce n'est déjà pas si mal. Les grandes choses n'ont jamais été faites par les foules.

Macte animo, generose puer.