lundi, septembre 16, 2019

29-30 septembre 1938 : la conférence de Munich vue par Shirer.



Hitler a fait monter la tension autour de la question des Sudètes (les populations d'origine autrichienne -et non allemande- peuplant les frontières de la Tchécoslovaquie) et le 28 septembre 1938, le « mercredi noir », la guerre semble inévitable, en vertu des accords d'assistance de la Tchécoslovaquie par la France, par la Grande-Bretagne et par la Russie.

La France a décrété la mobilisation partielle et le président du conseil Daladier s'apprête à faire dans la soirée une allocution radiophonique expliquant que la guerre est inévitable.

Soudain (là, Shirer me semble bien naïf de tomber dans le panneau de la comédie hitlérienne), Hitler est pris d'un remords avant de déclencher la guerre et accepte une conférence à quatre : Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie. Déjà, le fait d'exclure la Russie (co-garante des accords d'assistance) et la Tchécoslovaquie (tout de même la première concernée) est une grande victoire pour Hitler (1).

L'Allemagne et l'Italie se sont concertées alors que Chamberlain, bien décidé à tout lâcher sans aucune retenue, n'a pas parlé avec Daladier.

La proposition « italienne » est en réalité une proposition de Berlin reprise par Rome. Les alliés cèdent tout, ils sont foireux comme des pets. Ils se déculottent autant qu'ils peuvent. Après la tension savamment orchestrée par Hitler, le « lâche soulagement », évoqué par Léon Blum, ouvre les vannes de l'abandon. C'est une honte sans circonstances atténuantes.

La lecture de Shirer fait entrer dans les détails de cette conférence et, loin d'atténuer cette impression générale, augmente le sentiment de bassesse et de couardise. Par exemple, lorsque les Français et les Anglais délivrent aux envoyés tchécoslovaques la sentence de mort de leur pays, Chamberlain (2) baille ostensiblement (même des diplomates anglais en sont choqués). Et il signe un bout de papier avec Hitler (celui qu’il agite à l’aéroport) dans le dos de ses alliés français. Le type franc comme un âne qui recule.

J'ai longtemps eu une autre analyse. A savoir que les accords de Munich étaient un mal nécessaire, que la France et la Grande-Bretagne n'étaient pas prêtes pour la guerre et qu'elles devaient gagner du temps. Que le seul tournant raté était la remilitarisation de la Rhénanie.

Je me trompais. Le 7 mars 1936 est  bien l'occasion la plus importante d'arrêter le programme hitlérien mais pas la seule. En septembre 1938, l'Allemagne non plus n'était pas prête pour la guerre. Des politiciens avec des couilles auraient pu résister et dévoiler le bluff hitlérien.

Aujourd'hui, dans la vulgate, c'est plutôt mon interprétation erronée qui l'emporte (chez Zemmour, par exemple), tout simplement parce qu'elle correspond mieux à notre époque, où les vannes de l'abandon sont grandes ouvertes en  permanence (Zemmour est plus prisonnier de l'esprit de notre époque qu'il ne le croit).

Churchill a, comme souvent, trouvé une formule lapidaire et géniale : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre. » (3)

La photo de la honte, Chamberlain à Croydon brandissant un chiffon de papier (Hitler devait bien se marrer) :


L'équivalent français au Bourget :


Au moins, Daladier a le bon goût, voyant les imbéciles venus l'acclamer au lieu de le lyncher, de s'exclamer : « Ah, les cons ! ».




Les dirigeants britanniques et français n'ont pas su comprendre et contrebattre les vicieuses manoeuvres d'Hitler. C'est rageant.

Début octobre 1938, Shirer fuit Paris (ce sont ses mots), écoeuré par la veulerie d'un pays qu'il aime. Maintenant que l'adjectif munichois est passé dans le vocabulaire courant, on a oublié quel choc de honte ce fut pour une minorité.

Quand j'entends à propos de ceci ou cela que tout le monde est anti-munichois, je me méfie : une des leçons des accords de Munich est que les anti-munichois sont très minoritaires.

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(1) : après la conférence, les Russes font remarquer avec clairvoyance aux Français que leur imbécilité conjointe avec les Britanniques de s'être laissés berner par Hitler ouvre la voie à la quatrième partition de la Pologne. Le pacte germano-soviétique est déjà dans les têtes.

(2) : c'est un mystère (hélas, pas si mystérieux quand on connaît les hommes) que ce politicien minable, mais présentant « raisonnable » (paraître raisonnable -pas nécessairement l'être- compte beaucoup pour les imbéciles), soit resté populaire dans son parti jusqu'à sa mort en novembre 1940 (si il n'avait fallu compter que sur le parti conservateur, Churchill ne serait pas devenu Premier Ministre).

(3) : cette phrase est intéressante car on la trouve dans une lettre du 13 août 1938, autrement dit, avant la conférence de Munich. Signe que Churchill avait bien saisi ce qui se passait. Dans son discours au parlement, sous les huées de son propre parti, Churchill parle de « total and unmitigated defeat ».

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