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jeudi, mai 13, 2021

Au temps du prince esclave, écrits clandestins (G. Fessard)

Livre passionnant (c'est le bonheur d'internet de trouver facilement et à bon marché ce genre d'ouvrages).

Recueil des écrits clandestins d'un théologien de grande réputation, le Père Gaston Fessard (non, toute l'Eglise française n'était pas pétainiste).

La ligne est gaulliste : un gouvernement sous la domination de l'ennemi n'est pas légitime et mieux vaudrait qu'il n'y en ait aucun. Tous les arguments justifiant le gouvernement de Vichy ne font pas le poids face aux arguments opposés.

Fessard ne se laisse absolument pas prendre à la fable christique du  « don » de la personne de Pétain à la France « pour atténuer son malheur ». Il connaît trop bien Pétain, son aigreur et son ambition personnelle (qu'oublient les défenseurs actuels de Pétain).

Fessard est bien plus dévastateur pour Pétain et pour les pétainistes que ne l'est de Gaulle. Parce qu'on ne peut pas lancer contre lui l'accusation spécieuse d'être un intrigant, un arriviste, un ambitieux manipulateur et diviseur, comme le font contre de Gaulle les pétainistes. Fessard ne peut pas être accusé de grand-chose par ceux qui veulent éviter d'entendre ses arguments.

L'intérêt de ces textes est que, même si certains sont destinés à une diffusion clandestine grand public, ils sont d'une haute tenue intellectuelle. Comme dirait un collègue, « ça envoie du steak » (on notera - toujours ma marotte du rapport complexe entre courage intellectuel et courage physique- que Fessard a combattu tout jeune entre 1915 et 1918 et de nouveau, plus vieux, en 1940).

Raymond Aron disait de de Fessard : « Si l'on se souvient de ses prises de positions successives, il est difficile de ne pas admirer sa clairvoyance et son courage ».

Evidemment, quelques passages ont des échos très actuels, nous sommes depuis longtemps, depuis Pompidou, gouvernés par des princes-esclaves, Emmanuel Macron n'étant que le plus esclave de tous.

Depuis le début, je classe le phénomène Macron sous la rubrique du « néo-pétainisme ». Je considère le vote Macron (premier, second tour, législatives, municipales, c'est tout un à mes yeux) comme une forme de trahison pétainiste.

J'aime bien le petit dialogue de Serge Federbusch :

_ Que représentent au fond que les Gilets Jaunes ?

_ Le patriotisme.

_ Et Emmanuel Macron ?

_ Le contraire.

Revenons au livre dont je vous parle.

Revenons même un peu avant.

Munich 1938 (je tire cela d'un autre livre de Fessard : Autorité et bien commun).

En 1938, Fessard est anti-munichois avec la bonne analyse, sauf qu'il ne va pas jusqu'à prôner fermement l'alliance russe (donc communiste). Certes, elle est sous-entendue dans le choix de s'opposer aux desseins hitlériens (le renvoi dos à dos par Fessard du nazisme et du communisme, qui lui vaudra quelques ennuis après guerre, est limpide. Mais il n'aurait pas dû l'empêcher d'en tirer des conclusions circonstancielles).

Il écrit également (toujours aussi clairvoyant) que, si la France perd la guerre qui vient, il ne faudra pas qu'elle se compromette même si l'ennemi doit nous dominer pendant mille ans. Un peuple qui se compromet meurt, car il perd son âme, alors qu'un qui ne se compromet pas peut renaître plusieurs générations plus tard (la Pologne, l'Irlande, Israël).

C'est exactement l'argument de Churchill au printemps 1940 ! Comme quoi le gaullisme de Fessard (comme celui de de Gaulle !) n'est pas un coup de tête, il est mûrement réfléchi.

Vichy 1940 (là, c'est le temps du prince-esclave, pour ceux qui suivent mon billet alambiqué).

Dans les années de guerre, sa position est claire : l'outil du prince, qui justifie qu'on lui obéisse, est la souveraineté, grâce à laquelle il peut poursuivre le bien commun, à savoir protéger et faire prospérer la nation dont il a la charge.

Autrement dit, légitimité et souveraineté sont indissolublement liées. Les abandons de souveraineté sont nécessairement des abandons de légitimité.

La souveraineté est binaire : soit on est souverain, on peut oeuvrer pour le bien commun, soit on ne l'est pas.

Un prince qui n'est plus souverain, comme Pétain jadis, comme Macron aujourd'hui, n'est pas en droit d'exiger l'obéissance.

D'ailleurs, c'est bien ce qu'on voit avec Macron : pour se faire obéir, il n'a plus que la matraque, le procès, la prison et le fisc. Ou l'orgie de terreur épidémique avec la complicité des medias criminels. Il a perdu toute autorité parce qu'il n'a pas de légitimité.

En politique comme en justice, on ne peut arguer de sa propre bêtise. L'excuse « on pouvait pas savoir » est une lâcheté et une imbécilité, car  vous aviez le même accès aux informations que d'autres qui ont mieux choisi que vous. Les cathos qui ont voté Macron (que j'ai le plus grand mal à pardonner) sont responsables de toutes les saloperies macronesques, ils n'ont aucune excuse (1).

Je l'écris d'autant plus aisément que, si j'ai jugé dès le départ correctement Hollande et Macron, je me suis fait des illusions sur Sarkozy. Jamais je n'ai dit « je pouvais pas savoir », j'ai dit « j'ai été con, on ne m'y reprendra plus ».

Addendum de novembre 2025 : cela me semblait tellement évident que je ne l'ai pas précisé quand j'ai écrit ce billet, mais je m'aperçois qu'en 2025, certains refusent toujours de comprendre.

Alors je le précise : Pétain n'a sauvé aucun meuble, n'a été le bouclier de personne, même pas vraiment des juifs français. Il a entièrement joué dans la main de Hitler, il a été sa dupe de bout en bout et l'armistice n'a jamais été un bon tour joué aux Allemands.

Pétain n'était qu'un vieillard aigri, ambitieux et traitre.

De plus, il est aujourd'hui bien établi que, comme le pensaient certains, dont De Gaulle, à l'époque, une possibilité réelle de continuer la guerre outremer existait.

Sa sentence, la peine de mort, était juste.

Voilà pour le cas Pétain. Je ne peux pas être plus clair.


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(1) : un « catho » qui vote Macron n'est pas catholique. Il pourra bien aller à la messe tous les dimanches et participer à des oeuvres, il ne sera pas catholique. C'est comme voter nazi ou voter communiste. C'est plus qu'un choix politique, c'est une conception de l'homme : Macron croit en l'homme infiniment plastique, qui peut s'auto-engendrer.

Si un électeur de Macron se croit catholique, c'est qu'il est égaré spirituellement. On n'imagine pas Bloy ou Bernanos votant Macron.


vendredi, juillet 10, 2020

Pourquoi le pétainisme a-t-il vaincu le gaullisme ?

Régulièrement, dans les commentaires de ce blog ou sur Twitter, je me prends la tête avec des pétainistes. Je m'énerve facilement car, pour moi, ce sont des menteurs, des gens avec qui on ne peut pas discuter de bonne foi. Ils nient l'histoire, ils vivent dans une histoire parallèle où Pétain aurait été un grand homme et non un funeste ambitieux sur le tard.

Aujourd'hui, en 2020, il y a deux pétainismes, intimement liés.

1) Le pétainisme historiographique. Il consiste à penser que l'armistice de 1940 était la meilleure, ou la moins pire, ou la seule, solution. En conséquence, le gouvernement de Vichy était légitime et ses actes engageaient la France comme si ce gouvernement avait été libre et souverain.

C'est la thèse paxtonienne, du nom de l'historien américain Robert Paxton. C'est la thèse d'Eric d'Eric Zemmour et de ses opposants (voir ce billet).

C'est une négation totale du gaullisme (ce que ses tenants se gardent bien de dire franchement). Pour faire bonne mesure, les plus audacieux reprochent à De Gaulle d'avoir ouvert la porte aux communistes, ce qui ne serait pas arrivé si nous avions été soumis aux Américains (l'argument est fallacieux : les communistes auraient vécu leur vie quasiment de la même manière. Le rapport de forces était ce qu'il était).

Comme constatait avec une logique implacable Philippe Seguin : « Si Vichy c'était la France, les Résistants sont des traitres, les Justes des rebelles, le général De Gaulle un félon. Il faut débaptiser immédiatement l’aéroport de Roissy et le rebaptiser Aéroport Philippe Pétain et de même avec la place de l’Etoile et un bon paquet de rues et d’avenues de France ».

En face, il y a les défenseurs du gaullisme historique comme François DelplaJacques Sapir et Bertrand Renouvin. Ils sont fort peu nombreux.

2) Le pétainisme politique, qui considère que la France ne mérite pas sa souveraineté, qu'elle doit se chercher activement un protecteur, allemand ou américain, ou les deux, et qu'aucune compromission ou bassesse contraire l'honneur ne doit faire obstacle à ce but, qui est la sagesse même.

C'est la politique suivie depuis Giscard, dont Macron est l'apothéose.

Des incohérents, comme Eric Zemmour, soutienne le pétainisme historiographique sans soutenir le pétainisme politique. C'est une impasse de leur part.

Il est aisé de voir ce qui lie les deux pétainismes, que nous appellerons pétainisme au sens large.

Comme dit Marcel Gauchet, « Le pétainisme, c'est la pente des politiciens médiocres de répondre au voeu majoritaire des Français de mourir dans leur lit ». On peut remplacer « mourir dans leur lit » par « ne pas faire d'effort ou de sacrifice pour la patrie » et le sens n'en est pas fondamentalement changé.

Pourquoi un tel succès du pétainisme ?

C'est très simple :

1) Les médiocres sont beaucoup plus nombreux que les héros. S'il n'y a pas à la tête du pays un héros qui suscite l'héroïsme des meilleurs, les médiocres prennent le dessus.

De plus, nous vivons une époque dont les valeurs et les principes sont une incitation permanente à la médiocrité. Tout ce qui suscite l'héroïsme (le sens de l'honneur, le patriotisme, la virilité, l'indépendance d'esprit) est mal vu. 

Il y a des gens qui ne veulent, tout simplement, pas être bousculés au nom de l'intérêt supérieur de la patrie.

2) Les descendants de pétainistes tiennent beaucoup de leviers du pouvoir. Les gaullistes historiques furent toujours une infime minorité, alors que les pétainistes furent largement méjoritaires. Il est instructif de compter les descendants de pétainistes dans l'administration, dans la magistrature, dans l'industrie. Les chiens ne font pas des chats.

Mais il y a une troisième composante que j'ai plus de mal à comprendre, moins simple. Une sorte d'allergie au don-quichottisme gaullien. Des gens qui auraient certes résisté aux Anglais mais qui auraient trouvé que Jeanne d'Arc en faisait un peu trop. Comme je suis un peu foufou, j'ai beaucoup de mal à comprendre cette réticence, pour moi, cette exubérance est un argument de séduction.

Je pense que Raoult a tapé juste en faisant de notre gestion de l'épidémie de COVID une nouvelle défaite de 40.

Cette affiche du début du confinement me semble toujours d'actualité :