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lundi, août 19, 2019

La bourgeoisie française de l'entre-deux-guerres vue par un journaliste américain.

Il paraît que je suis trop sévère avec la bourgeoisie française. Je vous soumets donc (comme argument d'autorité !) le point de vue d'un Américain.

L'extrait est un peu plus étendu, il permet de se remémorer une partie de la lourde responsabilité des Américains et des Anglais dans la seconde guerre mondiale.

Pour vous permettre de rentrer dans l'extrait : le bas de la page 131 et le haut de la page 132 explique que, pour une nation, chercher la protection dans la subordination est une fausse bonne idée, que les nations sont naturellement égoïstes et ne peuvent compter que sur elles-mêmes quand l'essentiel est en jeu (d'où la note de bas de page 132 sur de Gaulle).

Extrait de The collpase of the third republic

Nota : Shirer n'aime vraiment pas Pétain, car, contrairement à nos pétainistes contemporains, qui ne sont que des anti-gaullistes obsessionnels déguisés (voir ici, par exemple), il n'ignore pas que Pétain, par les différents postes qu'il a occupés et par son magistère moral et intellectuel tout au long des années 20 et 30, est le principal responsable militaire de la défaite de 1940.

Alors, le voir prendre le pouvoir à l'issue d'une défaite dans laquelle il a joué un rôle majeur, ça gratte un peu.

Il faudrait une bonne psychanalyse de l'anti-gaullisme contemporain. Venant de pieds-noirs, c'est idiot mais compréhensible. Mais de catholiques traditionalistes fervents ? C'est au moins le signe d'une légère déficience de la comprenette politique (ils devraient relire Richelieu, catholique sans doute aucun).

Je rappelle que le catholique pratiquant, dans la paire Pétain-De Gaulle, c'était le général, pas le maréchal.

Les histoires pétainistes de « don de sa personne à la France » ne sont que du bourrage de mou pour gogos disposés à se laisser gruger (au moment où il fait cette déclaration, le 17 juin 1940, il parie sur la victoire de l'Allemagne, qui ne paraît pas à ce moment irréaliste. Son don ne lui coûte donc rien. C'est comme nos modernes politiciens qui répètent « j'assume » : concrètement, ça veut dire qu'ils restent en poste continuent à se goberger).

Je parle de psychanalyse car, en raison, il n'y a plus de débat depuis longtemps : Pétain a parié sur la victoire de l'Allemagne, De Gaulle sur sa défaite, on sait sans ambiguïté qui a eu tort, qui a eu raison. François Delpla a montré comment Pétain avait été mené par le bout du nez par Hitler.

En revanche, en psychologie, c'est une autre histoire. Et les réactions face à Trump me paraissent éclairantes : on condamne non pas celui-ci qui divise le groupe, mais celui qui constate une division existante que tous s'efforçaient, avec de plus en plus de difficultés, de nier.

La souffrance et la peur du conflit se transforment en haine pour celui qui le met en lumière : on déteste à mort le messager parce qu'on ne supporte pas le message. Sans De Gaulle, il y aurait eu des Résistants, mais on en veut à mort celui qui a posé un choix clair, qui a tué l'espoir de concilier l'inconciliable, qui a dit qu'on était soit couché soit debout mais qu'on ne pouvait être les deux en même temps.

J'ai tout de même du mal à comprendre qu'il reste aujourd'hui des pétainistes. Péguy disait qu'il faut avoir le courage de voir ce que l'on voit. A l'évidence, certains manquent de ce courage.

samedi, mars 09, 2019

Hitler et Pétain (F. Delpla)

Sur l’essentiel, ce livre ne nous apprend rien puisque De Gaulle nous avait déjà tout dit à l’été 1940 : le choix de l’armistice est nécessairement celui de la trahison et du déshonneur. On ne joue pas au plus fin avec un ennemi comme Hitler, on le combat à mort.

Les nostalgiques du pétainisme alignent les arguments qui ne valent pas un pet de lapin, puisqu’ils s’accrochent sur des détails pour tenter de faire oublier cet essentiel.

Ce que François Delpla démontre, c’est que même sur ces détails, ils ont tort. Pétain prétendait sauver les meubles, il n’a rien sauvé du tout. De bout en bout, le gouvernement Pétain a été la marionnette de Hitler, qui en a fait exactement ce qu’il voulait. Cette situation de subordination absolue était contenue dans le choix initial de la compromission.

Par exemple, Arno Klarsfeld, en publiant un statut des juifs annoté dans un sens aggravant par le maréchal Pétain lui-même, croit abonder dans le sens paxtonien d'un Etat français menant une politique anti-juive indépendante des Allemands.

Delpla montre que, dès le mois d'aout 1940, les Allemands font passer des messages suggérant que des mesures anti-juives seraient bien vues de l'envahisseur. Et les suggestions de gens qui occupent la moitié du territoire et détiennent 2 millions de prisonniers ne sont-elles pas en quelque sorte des ordres ?

C'est tout le problème du pétainisme : le statut des juifs est annoté par Pétain, pas par Hitler, mais cela prouve-t-il que Pétain était indépendant ou que Hitler était plus habile que lui et le menait là où il voulait ? Vous vous doutez de ma réponse, qui est celle de Delpla, qui est celle de l'histoire regardée en face.

Le gros argument des pétainistes est que l'armistice aurait été un piège mortel pour Hitler, en l'empêchant de conquérir l'Afrique et de couper les Anglais des Indes.

C'est de la pure foutaise. Pour trois raisons :

1) Rien, absolument rien, n'indique que les défaitistes autour de Pétain aient eu l'idée de piéger Hitler. C'est une justification qu'ils s'inventent a posteriori, comme toutes les conneries qu'ils racontent (l'histoire leur a donné tort de manière éclatante, aveuglante même, ils sont bien obligés de nous servir, de se servir, d'énormes mensonges pour persister à s'aveugler). Ils crevaient d'envie de s'avilir, c'est tout.

2) Le canal de Suez a été fermé pendant toute la guerre. Le conquérir n'aurait pas changé grand'chose. Churchill aurait été en difficulté comme après la chute de Singapour, mais il s'en serait probablement sorti.

3) François Delpla démontre que Hitler n'a jamais eu la moindre intention d'axer son effort vers le sud, que sa visite à Franco était un leurre,  qu'il a obtenu exactement l'armistice qu'il voulait. Donner à l'ennemi exactement ce qu'il veut, on a connu actes de résistance plus farouches.

D'ailleurs, faisons un sort à tous ces pseudo-résistants vichystes. Résister quand on a commencé par déposer les armes est stupide et inefficace. Le précédent d'Iéna ne vaut pas face à Hitler.

Weygand se présente comme le premier d'entre eux. C'est absurde, c'est un traitre et probablement le plus évident.

Rappelons ce qu'est Weygand en mai-juin 1940 : un général en chef qui, au lieu de se battre jusqu'au bout et d'ouvrir des options à son gouvernement, s'efforce (avec succès, hélas), pour des raisons mesquines et personnelles (peur d'une révolution communiste), de rendre la défaite la plus totale possible et d'acculer son gouvernement à l'armistice. Si ce n'est pas de la pure trahison, qu'est-ce que c'est ? Les vieux Romains auraient exécuté séance tenante un tel général sans discuter et ils auraient eu bien raison.

Son activité ultérieure prouve qu'il ne regrettait rien et n'avait rien compris. Il y a un gouffre entre un vrai Résistant comme De Gaulle et un pseudo-résistant comme Weygand. Ce n'est pas en 1941 qu'il fallait résister mais en 1940.

Ce genre de vieille ganache qui a échoué dans sa mission et n'en continue pas moins à pontifier comme s'il était un général vainqueur est insupportable. Et puis, qu'il ait consenti après guerre à être le point de ralliement des pétainistes le rend particulièrement odieux. Un général en chef vaincu, ça se tait et ça se fait oublier.

De plus, crime difficilement pardonnable à mes yeux, il fut de ces catholiques institutionnels qui affadissent le message révolutionnaire du Christ. J'imagine que Léon Bloy l'aurait  taillé en pièces, transformé en chair à saucisse.

De Gaulle lui a refusé les obsèques nationales en 1965. Il a bien fait.

Je ne saurais dire pourquoi, il y a des personnages historiques qui, comme Weygand, provoquent chez moi une aversion instinctive (plus que Pétain, par exemple). C'est irrationnel : le pauvre homme est mort et enterré depuis longtemps, il ne peut plus se défendre. Les événements qui le concernent sombrent de plus en plus dans un lointain passé.

Revenons à Delpla. Il montre à quel point les pétainistes furent les dupes d'Hitler, de bout en bout, comment il leur a passé un anneau dans les naseaux et les a menés où il voulait.

Ce livre devrait donc mettre un point final à toutes les apologies plus ou moins déguisées du pétainisme qu'on entend en ce moment. Nous savons qu'il n'en sera rien, puisque la querelle historique dissmule en fait une querelle politique contemporaine : vaut-il mieux se coucher ou se tenir debout ? Se coucher est plus confortable.


Addendum :

Une leçon toujours actuelle.

Des signes montrent que, dès l'échec devant Moscou, en décembre 1941, Hitler considère qu'il ne peut plus gagner la guerre, mais seulement ne pas la perdre, en divisant les Alliés, sur la base de l'anti-communisme des anglo-saxons.

Or, les pétainistes semblent beaucoup plus aveugles, plus crédules et engagés par leur choix initial de la soumission au vainqueur. Pucheu, par exemple, s'imagine être là « pour 15 ans ».

Ce qui me fait dire que, lorsqu'on a abdiqué sa souveraineté, on perd toute lucidité stratégique.

Inutile que je m'étende sur ce que je considère comme toujours actuel dans ce constat.




lundi, novembre 26, 2018

Zemmour et Pétain

Ca commence à me gonfler. Eric Zemmour défend le pétainisme avec habileté et ses contradicteurs, pétris de caricatures, de savoir rétrospectif et de jugement contemporain, sont à chier.

Paul Thibaud décevant et Finkielkraut égal à lui-même, c'est-à-dire bien brave mais pas très intelligent :



Et Guillaume Durand en-dessous de tout, et hargneux :



Quand on regarde ces débats, Zemmour a raison :

1) la collaboration entendait bien sauver les meubles face à l'occupant allemand.

2) le statut des juifs est un produit direct de la défaite et de l'occupation allemande. Il s'agissait d'amadouer les Allemands en les devançant sur les juifs pour essayer d'obtenir des concessions sur autre chose.

3) oui, les juifs français ont moins souffert que les autres juifs d'Europe à cause de la mauvaise volonté de l'administration française, encouragée par Vichy, à aider les Allemands (des historiens contestent ce point, mais c'est qu'ils ne veulent pas perdre leur place à l'université).

Alors, où est le problème ?

C'est simple : les contradicteurs de Zemmour sont des pétainistes incohérents alors que Zemmour est un pétainiste cohérent. Il est donc bien normal que Zemmour l'emporte dans les débats.

Expliquons nous.

Le pétainisme considère que l'armistice était la moins mauvaise solution dans une situation dramatique (8 millions de Français sur les routes, 2 millions de prisonniers).

Mais de cette prémisse, découlent mécaniquement la collaboration, le statut des juifs et la rafle du Vel d'Hiv. En effet, à partir du moment où on met en face de l'occupant allemand, non plus une simple administration mais un gouvernement, quelle que soit sa légitimité, celui-ci ne peut qu'enchainer les concessions et les finasseries, quand on tient compte des 2 millions de prisonniers et de l'occupation de la moitié du territoire métropolitain.

Tous ceux qui nous racontent que le gouvernement de Vichy n'aurait pas du collaborer sont des imbéciles ou des salauds, des irresponsables. C'est totalement irréaliste.

Or, les contradicteurs de Zemmour sont des paxtoniens (du nom de Robert Paxton, historien américain qui traite le gouvernement de Vichy comme si les Allemands n'avaient pas existé). Ils sont totalement intoxiqués par le discours de trahison chiraquien « Vichy, c'était la France ».

Comme disait Philippe Seguin « Si Vichy c'était la France, les Résistants sont des traitres, les Justes des rebelles, le général De Gaulle un félon. Il faut débaptiser immédiatement l’aéroport de Roissy et le rebaptiser Aéroport Philippe Pétain et de même avec la place de l’Etoile et un bon paquet de rues et d’avenues de France ».

Les contradicteurs de Zemmour partant des mêmes présupposés pétainistes que lui mais étant moins rigoureux ne peuvent qu'avoir le dessous. D'ailleurs les pétainistes contemporains, qui considèrent que l'armistice était inéluctable, sont souvent aussi des néo-pétainistes, qui considèrent que la France ne doit pas défendre son indépendance et doit se coucher devant l'Allemagne, au nom de l'Europe (typiquement, Macron).

Alors, que répondre à Zemmour ?

C'est simple : l'ennemi du pétainisme existe, ça s'appelle le gaullisme. Il ne fallait pas signer l'armistice et toutes les conséquences, bonnes ou mauvaises, qui en découlent auraient été évitées.

Tout est déjà dit dans le discours du 18 juin 1940 et dans celui du 22 juin 1940.

Comme Zemmour n'est pas idiot, il sait (contrairement à ses contradicteurs !) que la position purement pétainiste est intenable, c'est pourquoi il soutient la thèse du glaive et du bouclier, De Gaulle et Pétain complémentaires. C'est un jeu intellectuel assez vain, ça rassure, mais cette analyse ne tient ni dans la psychologie ni dans la politique.

Que dit De Gaulle ? Qu'il ne faut rien négocier, ne pas se compromettre avec l'occupant et continuer le combat à partir de l'Algérie, ou de Londres par défaut. Faire ce qu'ont fait les gouvernements belges et hollandais.

Des gens ont étudié la question : c'était possible, incertain mais possible.

C'est le point qui sépare De Gaulle et Pétain : armistice ou pas armistice, le reste en découle. Le choix est binaire, c'est pourquoi la théorie du glaive et du bouclier est un sophisme. On remarquera pourtant que De Gaulle et Pétain font en 1940 la même erreur : il voit des ennemis allemands, ils ne voient pas les particularités du nazisme (ils ont d'ailleurs en partie raison : je suis navré de le rappeler, mais le nazisme ne sort pas de nulle part, il est très allemand). De Gaulle se rattrape par la suite. Pétain a été roulé dans la farine par Hitler, pas De Gaulle.

Mais là où ça devient comique, c'est que si le gaullisme l'avait emporté en 1940, c'est-à-dire si le gouvernement Reynaud avait déménagé en Algérie en laissant l'administration se démerder avec l'occupant, les juifs français auraient probablement beaucoup plus souffert, comme en Hollande.

Bref, la victoire de la politique gaulliste en 1940 aurait été meilleure pour la France et moins bonne pour les juifs. Avec Pétain, c'est l'inverse.

Mais, évidemment, quand on est inculte et endoctriné par une vision anachronique comme les contradicteurs de Zemmour, on ne peut faire une analyse correcte.

Pétain eut une occasion de revenir sur son erreur initiale en novembre 1942, lors de l'invasion de la zone sud : certains de ses conseillers l'encourageaient à prendre l'avion pour Alger. Il a refusé. C'est ce qui le condamne vraiment, bien plus que le statut des juifs (l'obsession contemporaine du judéocide fait oublier qu'il y avait une guerre en cours), un peu comme les Cents Jours condamnent plus Napoléon que tout ce qui a précédé.

A la décharge de Zemmour, je pense qu'il s'amuse bien face à des ignares pareils (quoique ça doit fatiguer à la longue).

Quand cet abruti de Durand rappelle à Zemmour que les députés communistes n'ont pas voté les pleins pouvoirs à Pétain. Et pour cause ! Ils étaient en prison du fait du pacte germano-soviétique.

Ou quand le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, cite Maurras sur la distinction entre le pays réel et le pays légal en croyant citer Marc Bloch, il y a de quoi se pisser dessus de rire, car cette distinction n'est pas anecdotique, c'est un des fondements du maurrasisme. C'est comme citer Marx en croyant citer Tocqueville.

Zemmmour se fait plaisir en signalant que le De Gaulle d'après 1958 applique le programme diplomatique de Maurras dans Kiel et Tanger, en sachant que tous les imbéciles qui prennent Maurras pour le diable,  comme Nathalie Kosciusko-Morizet qui avait traité Patrick Buisson de maurassien, n'ont pas la moindre idée de la pensée de Maurras, un des plus grands penseurs français du XXème siècle (à part que Maurras, c'est mal, ce qui est tout de même un peu sommaire).

Pompidou a dit que Kiel et Tanger était un fondement de la diplomatie française, mais bon, comparer Pompidou à des phares de l'intelligence comme Castaner, Griveaux ou Macron, il y a comme un effet comique.

Bref, j'aimerais bien débattre avec Zemmour, il bosserait plus qu'avec les crétins qu'on lui oppose habituellement.






mercredi, octobre 24, 2018

Commémorons le 11 novembre 1918 avec un peu d’avance, à notre manière

Sur l'excellente suggestion d'un lecteur.

Ca a une autre gueule que l'adolescent attardé de la vioque. J'ai honte d'un tel parallèle.

Allons :




Je ne suis pas pétainiste et je n'aime pas les nostalgiques du pétainisme. Mais dans mon argumentation, j'essaie d'utiliser des idées de l'époque, de manière à ne pas tomber dans le péché d'anachronisme.

Ceux qui exècrent Pétain aujourd'hui me dégoûtent, ce sont de minables salopards.

Conformistes et serviles comme ils sont, ils ne donnent aucune raison de douter qu'ils auraient été les premiers à lécher le cul du Maréchal. On connaît cette race des sycophantes, toujours au service du pouvoir. Les Joffrin (de son vrai nom Mouchard !) et compagnie auraient couru à Vichy.

Alors, que ces connards se taisent !

Il n'y a rien à changer à ce que dit De Gaulle de Pétain. Pendant la première guerre mondiale, Philippe Pétain a bien mérité de la patrie :

vendredi, avril 01, 2016

La bourgeoisie pétainiste

Pris dans un entretien de Philippe de Villiers :

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Je vais vous dire ce que j’ai vécu : depuis 30 ans j’ai dit des choses, j’ai prévenu, et on s’est moqué de moi. Des braves gens, des bons chrétiens qui m’ont dit « oui mais, quand même, on a Giscard », « oui mais, quand même, Chirac », « oui mais, quand même, Sarkozy », et maintenant ils disent « Fillon ». Ils ne savent pas qui sont ces gens-là. Ils ont cru à Maastricht, ils ont cru au mondialisme, ils ont cru à l’européisme, bon. Et là ils croient encore, ils vont croire à Juppé. 
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Philippe de Villiers aurait pu remonter plus haut et évoquer Pétain. Mais il est plus charitable que moi.

J'en viens à ne plus supporter cette bourgeoisie pétainiste (je me suis déjà expliqué sur cette désignation ici). J'en connais pas mal de membres, qui sont par ailleurs assez sympathiques -à condition de ne pas parler de politique.

Je pense que ces gens qui refusent toujours les solutions radicales même quand elles sont nécessaires sont les vrais meurtriers de la France, parce qu'ils la paralysent, l'oppressent, l'étouffent, l'empêchent de renverser la table (ce qui est différent de faire table rase).

De Gaulle a eu ce mérite en 1940 de comprendre que la sagesse à courte vue est parfois une folie, et que, inversement, être déraisonnable et excessif est quelquefois la voie du salut.

J'en profite pour ajouter ce passage du mêle entretien sur Jeanne d'Arc :

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Je pense que les grandeurs d’établissement ont toujours eu un problème avec Jeanne d’Arc. Je pense qu’il y a ceux qui l’ont livrée, ceux qui l’ont condamnée, ceux qui l’ont brûlée, ceux qui ont tenté de la faire oublier. Et donc aujourd’hui encore Jeanne d’Arc pose un problème. Tout simplement parce qu’elle sort du cadre de ceux qui ne croient qu’au spirituel et du cadre de ceux qui ne croient qu’au temporel ; puisqu’elle est dans l’histoire de France le plus beau et sans doute le seul trait d’union entre le ciel et la terre ; puisqu’elle est guidée par ses voix.
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Dédié à CL qui se reconnaîtra.

mercredi, octobre 07, 2015

Maurice Garçon 1940 : une sagesse précoce était possible

Les carnets 1939-1945 de Maurice Garçon, célèbre avocat, viennent d'être publiés.

Ils sont intéressants : n'ayant pas été retouchés, ils témoignent bruts de fonderie de leur époque vue par un misanthrope bien informé et très introduit dans les milieux dirigeants.

Garçon est décapant.

Ses pages sur les magistrats sont au vitriol : un magistrat condamnerait sa mère (son meilleur ami, n'en parlons même pas) si cela pouvait faire avancer sa carrière. Il écrit cela en 1939, il n'a donc pas encore vu les magistrats en action à double détente : collabos jusqu'en 1944, ultra résistants après.

Pendant la drôle de guerre, il raconte pas mal de conneries, en proie à l'incertitude et aux rumeurs. Il le reconnaît par la suite.

Il y va de son humour féroce. Par exemple, il fait mine de réfléchir pour savoir s'il tomberait sous le coup de la loi condamnant la propagation de fausses nouvelles au cas où il descendrait crier dans la rue «Daladier est un con !».

En 1939, il est pétainiste.

Le début juillet 1940 est un déclic.

Les événements de Mers-El-Kebir lui ouvrent les yeux. Il comprend que Pétain ne cherche pas à finasser avec les Allemands mais qu'il veut vraiment collaborer, sans quoi il se serait débrouillé pour que la flotte française rejoigne les Anglais «contre ses ordres», pour flouer les Teutons.

Il fait alors une analyse gaullienne de la situation bien qu'il n'ait que vaguement entendu parler de De Gaulle et n'écoute, à ce moment, que les radios françaises et allemandes.

On voit là son esprit original : chez l'homme ordinaire, Mer-El-Kébir a provoqué des sentiments anglophobes et un durcissement du pétainisme.

Même si son interprétation de Mers-El-Kebir me paraît tirée par les cheveux, ses conclusions sont justes. Le point marquant est qu'il arrive à ces idées au fin fond de la province où il est réfugié et sans être, dans cette période, mieux informé que la moyenne.

Ce que Garçon a pu faire, d'autres l'ont fait. Mais si peu nombreux ...


vendredi, juin 05, 2015

Hypermnésie : heureusement que le ridicule ne tue pas

Une lettre affranchie avec des timbres à l'effigie de Pétain interceptée

Par LeFigaro.fr avec AFP - Mis à jour le 05/06/2015 à 20h13 | Publié le 05/06/2015 à 20h09
Une lettre affranchie avec des timbres à l'effigie du maréchal Pétain, interdits depuis la Libération, a été interceptée mercredi par une factrice qui l'a découverte parmi les documents qu'elle avait à distribuer, a-t-on appris aujourd'hui auprès de La Poste.

La lettre, postée mardi à Crozon (Finisère), avait été affranchie avec cinq timbres sur lesquels le maréchal Pétain apparaît de profil.

Mais ces timbres, émis entre 1941 et 1943, sont interdits depuis la Libération, la condamnation du maréchal Pétain et la mesure d'indignité nationale prononcée contre le chef du régime de Vichy, a rapporté France Bleu Orléans. La lettre a donc été transmise au centre de La Poste de Libourne (Gironde), le seul où l'ouverture des courriers est autorisée. Elle sera confiée au Parquet qui décidera si des poursuites doivent être engagées.

Pourquoi trouvé-je cette nouvelle ridicule ?

Il faut savoir que certains se font une spécialité de dessiner leurs propres timbres. C'est un passe-temps comme un autre.

 Les sujets ne sont pas toujours de bon goût, pour dire les choses gentiment. Autrement dit, les facteurs voient passer tous les ans des milliers de timbres de très mauvais goût.

Mais le seul timbre qui arrête une factrice et dont la nouvelle parvient aux journaux, c'est l'effigie de Pétain.

Et la machine administrative à front de bœuf s'enclenche : enquête, parquet. Personne pour demander si, par hasard, on n'en ferait pas un peu trop. C'est comme cela que nous mourrons : par un processus bureaucratique dans les règles, que tout le monde ou presque trouvera con mais que personne n'arrêtera. Kafka.

Quand on examine l'échelle de nos préoccupations, en tout cas, celles des journaux, une question vient à l'esprit : «Sommes nous fous ? Sont-ils fous ?».




samedi, juillet 19, 2014

Pourquoi n'a-t-on pas fusillé Pétain, Gamelin et Weygand en juin 1940 ?

Pourquoi n'a-t-on pas fusillé Pétain, Gamelin et Weygand en juin 1940 ?

Pour la même raison qu'on n'a pas fusillé Joffre en décembre 14, Chirac, Sarkozy et Hollande aujourd'hui.

1871, 1914, 1940. Tournant de la troisième mondialisation des années 90-2000. Quatre défaites françaises majeures et, à chaque fois, quatre défaites avant tout intellectuelles.

Prenons 1914 puisque nous en commémorons l'anniversaire.

La bataille de la Marne (la première, puisqu'il y en existe une seconde qui mérite que l'on s'en souvienne) sauva les meubles par miracle, le sang compensant l'incompétence et l'inaptitude à penser juste.

Entre août et décembre 1914, mourut environ un tiers des victimes français de la guerre, notre territoire fut partiellement envahi et nous fûmes incapables d'exploiter le fait que les Allemands combattaient sur deux fronts. C'est bien une défaite majeure.

On caricature avec la doctrine de l'offensive à outrance et les pantalons garance.

Le mal est hélas plus profond.

La stratégie était inexistante : une commission parlementaire en 1920 découvrit avec stupéfaction qu'il y avait en 1914 un plan de mobilisation mais pas de plans d'opérations.

Sous les questions pressantes de parlementaires, dont certains étaient de frais anciens combattants, Joffre dut avouer que le plan d'opérations était ... dans sa tête !

Des méthodes que Napoléon pouvait se permettre, dans son génie, mais certainement pas le médiocre Joffre. D'ailleurs, les événements ont montré qu'en fait de plan d'opérations, il y avait dans la tête de Joffre quelques idées vagues.

Bien entendu, dans l'euphorie de la victoire, ce rapport parlementaire eut droit à un enterrement de première classe (d'ailleurs, c'est le destin des rapports parlementaires).

Pas de de plan d'opérations, mais pas de méthode d'opérations non plus. En 1914, l'armée française négligeait les bases du métier militaire : renseignement, reconnaissance, communications, appuis, coordination des feux, couvertures réciproques, positions de repli, ravitaillement, ambulance ...

Tout cela était laissé dans un flou qui n'avait rien d'artistique pour ceux qui en mouraient. «L'intendance suivra» a bon dos.

Incapacité à élaborer une stratégie, incapacité à élaborer des méthodes adaptées aux réalités du terrain. Incapacité à cette confrontation incessante entre le concept et la réalité qui caractérise l'intelligence.

L'esprit français, par son plus mauvais côté, préfère les idées fumeuses : la fracture sociale, le changement c'est maintenant ...

Ce n'est pas toujours le cas. L'armée française de 1918 était remarquable. Le gaullisme entre 1940 et 1945 est un chef d'œuvre d'articulation entre vision planétaire et aspects pratiques (l'appel du 18 juin est formidable d'intelligence et de concision : c'est toujours un réconfort de le relire). Mais il avait auparavant fallu en passer par des catastrophes.

Au fond, nous ne fusillons plus les mauvais dirigeants parce que nous croyons que leur médiocrité est à notre image. Il faut croire qu'un mauvais dirigeant est une insupportable anomalie pour oser le fusiller comme il le mérite.

Rome exilait ou exécutait les généraux vaincus parce que les Romains croyaient en la grandeur de Rome.

Pétain, en tant que grand maître de l'armée française entre 1926 (élimination ignominieuse de Lyautey, où Pétain montre encore une fois la petitesse de son caractère) et 1940, est le premier responsable de la défaite.

Au lieu de le fusiller ou de l'exiler, nous avons fait un sauveur. Après, étonnez vous que le pays déconne.

dimanche, décembre 09, 2012

Paradoxal Rémy : le glaive et le bouclier

Le colonel Rémy, producteur raté, fut un agent secret de génie et un écrivain plaisant.

Une chose m'intrigue : il avait un sens du contretemps politique qui relève du livre Guinness des records.

Gaulliste dès juin 1940, il trouva le moyen d'être pétainiste après-guerre ! Ceci entraina, bien évidemment, sa rupture avec De Gaulle.

Il en vint à soutenir la théorie absurde du glaive et du bouclier. Certes, elle rassurait des Français déboussolés. Mais où et quand eut-elle un semblant de réalité ?

De Gaulle fut bien le glaive, fort émoussé, mais jamais Pétain n'a été le bouclier. Il est au contraire, comme l'avait prédit De Gaulle,  allé au bout de toutes les compromissions. De quoi a-t-il préservé les Français et qu'auraient subi les Belges, dont le gouvernement était parti en exil ? Rien, sauf ...

Les seuls qui pourraient remercier Pétain sont les juifs français ! En effet, l'administration de l'Etat français s'ingénia à sacrifier les juifs étrangers pour tenter de sauver les juifs français.

En tout cas, soutenir la théorie du glaive et du bouclier en 1947, voilà qui est pour le moins baroque.

jeudi, novembre 01, 2012

Les fossoyeurs T. 2 (Pertinax)

J'ai trouvé ce deuxième tome grâce à Abebooks. Je n'ai pas fini de la lire. Il s'agit hélas de l'édition publiée à New-York en 1943 et non de celle de 1946.

Après le premier tome consacré aux événements de septembre 39 au 16 juin 40 et à Gamelin, Daladier et Reynaud, ce deuxième tome se concentre sur Pétain (et Laval). L'auteur en profite pour dresser le tableau de la France de la fin du XIXème siècle à 1940.

Je suis pas sûr qu'il existe en 2012 un journaliste français capable de dresser un tableau équivalent et avec style.

Ce point de vue contemporain est intéressant : Pétain et Laval ne lui semblent pas tant coupables de l'armistice que de leur action (et de leur inaction) traitresse qui a amené la défaite. Je ne pense pas que Pertinax ait rien trouvé à redire à la condamnation à mort de Laval.