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dimanche, septembre 19, 2021

Nazisme et révolution, histoire théologique du national-socialisme 1789-1989 (F.Bouthillon)

Fabrice Bouthillon est l'auteur de l'excellent Et le bunker était vide ... .

Il conclut ses remerciements : aux  « syndicalistes étudiants minables » qui, par leurs blocages d'université, « m'ont presque tout appris du totalitarisme » (y compris la lâcheté des autorités et l'apathie de la foule). Pour vous dire combien l'homme est sympathique.

Il commence très fort : « Le nazisme est la réponse que l"histoire allemande a donné à la question que lui a posée la révolution française ».

Le centrisme extrémiste

Sa thèse, qu'il répète et affine de livre en livre, est que le nazisme est un centrisme, non par refus des extrêmes, mais par alliance des extrêmes (quiconque connaît l'histoire sait qu'il est idiot, ou malhonnête, de classer le nazisme exclusivement à l'extrême-droite).

Dans la même veine, il écrit sur l'illégitimité fondamentale de la république française et sur Napoléon en précurseur d'Hitler (Napoléon n'étant pas, de très loin, mon personnage historique préféré, ça ne me traumatise pas que Bouthillon en écrive du mal).

Pour Bouthillon, La fracture entre la gauche et la droite est irréconciliable : la création (impossible) d'un nouveau contrat social ou le retour (impossible) à l'ancien régime.

Depuis 1789, la politique oscille entre deux centrismes. Le centrisme par exclusion des extrêmes (orléanisme, IIIème république), le centrisme par conciliation des extrêmes (Napoléon, Hitler).

L' « hommage » aux AG étudiantes n'est pas gratuit, puisque Bouthillon considère que le nazisme est une AG à l'échelle d'un pays :

>  constitution d'un faux corps politique par intimidation des opposants.

> fausse démocratie par le vote à main levée (là encore, intimidation des opposants).

A la suite de quoi, on obtient un faux unanimisme, puisqu'on a exclu les opposants, réconciliant les extrêmes sur le dos de boucs-émissaires communs (la gauche est au moins aussi judéophobe que la droite).

Toute ressemblance avec le covidisme n'est pas fortuite. Je vous laisse faire la transposition.

Les juifs : boucs-émissaires depuis 1789.

Les juifs ne veulent pas le voir parce qu’ils croient (à tort) que leur émancipation commence avec notre révolution mais c’est 1789 qui a ouvert la possibilité de leur génocide.

Avant, leur persécution était limitée par la présence surplombante du bouc-émissaire ultime, le juif Jésus. A telle enseigne que le roi, lieutenant de Dieu, était souvent celui qui ordonnait les persécutions mais aussi qui les arrêtait.

Après 1789, cette barrière saute. La persécution peut être absolue et industrielle.

L'Union Sacré

La rupture du contrat social scinde l'homme, qui est à la fois chair (local) et esprit (universel), entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).

La création ex nihilo d'un nouveau contrat social est impossible, comme de créer ex nihilo une nouvelle langue ou une nouvelle culture. Et la France pose ce problème à toute l'Europe.

Un nouveau contrat social n'est pas rationnel, il ne peut venir que d'une fusion et du sublime (anciennement, de Dieu). C'est ce qui se passe dans tous les pays européens en 1914, très bien rendu par l'excellente expression Union Sacrée.

Seulement voilà, la France gagne la guerre, légitimant le nouveau contrat social et le régime, pour la première fois depuis 1789. Mais l'Allemagne perd la guerre, rendant le contrat social encore plus impossible.

Bouthillon est très clair : si l'Allemagne avait gagné la guerre, c'est elle qui serait devenue une démocratie libérale et la France un régime fasciste.

Monsieur Tout Le Monde

Hitler est le type même du chef charismatique : il n'hérite pas du pouvoir comme le roi, il ne le doit pas à ses exploits comme Napoléon ou de Gaulle. Le pouvoir lui vient de nulle part, d'etre Monsieur Tout Le Monde.

Hitler est Monsieur Tout Le Monde : à la fois un homme comme les autres, pris au hasard dans la foule et un monsieur, très au-dessus des autres. Le chef charismatique a du mal à garder cet équilibre mystérieux, soit il est trop banal, trop comme tout le monde, soit il est trop détaché, trop hautain.

Pour le plus grand malheur du monde, à commencer par l'Allemagne, Hitler sut garder cet équilibre jusqu'au bout, se voyant, sans le dire explicitement aux foules, comme le fondateur d'une nouvelle religion, l'anti-Christ.


Les schèmes qu'on abat, à propos du gaullisme (F. Bouthillon)

Ce petit fascicule est le premier livre de Fabrice Bouthillon (1995) mais on y retrouve le thème qui lui est cher : notre révolution a créé une coupure irréparable.

Analyse proche de Burke.

Le contrat social n'est pas abstrait, il est le dépôt des siècles. A partir du moment où l'assemblée des Etats généraux s'institue en assemblée nationale, elle brise l'ancien contrat social et la France se retrouve dans un entre-deux irréconciliable : impossible de revenir à ancien contrat brisé, impossible d'en fabriquer un nouveau abstraitement.

Depuis deux siècles et demi, la France est sans contrat social, sauf en des moments d'effusion passagers (Union Sacrée en 1914).

Ceci explique la réussite et l'échec de de Gaulle.

Comme la monarchie française, le gaullisme est d'une logique profondément chrétienne : le roi (1) et de Gaulle sont l'incarnation de la France comme Jésus est l'incarnation de Dieu.

Bouthillon s'est amusé à recenser les allusions aux épitres de Saint Paul dans les discours gaulliens.

Au fond, je pense que la séparation entre anti-gaullistes et gaullistes est simple : les  uns reprochent à de Gaulle de se prendre moitié pour Jeanne d'Arc moitié pour le roi, les autres l'en félicitent.

Comme de Gaulle, grâce à son comportement en 1940, était plus légitime qu'aucun dirigeant depuis Napoléon (Louis-Philippe, par exemple, doutait de sa légitimité), il a pu faire illusion pendant vingt ans, mais il a juste subi le fait fondamental de l'histoire de France depuis 250 ans : il n'y a plus de contrat social.


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(1) : Louis XV, 3 mars 1766, Parlement de Paris, séance dite de la flagellation :

«  C'est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l'esprit de conseil, de justice et de raison (...) c'est à moi seul qu'appartient le pouvoir législatif sans dépendance et sans partage (...) l'ordre public tout entier émane de moi et les droits et les intérêts de la nation dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens et ne reposent qu'en mes mains. »

jeudi, mai 14, 2020

France : problème simple, solution compliquée.

Le problème de la France est simple : les élites décadentes au pouvoir depuis Giscard haïssent la France et font tout ce qu'elles peuvent pour la détruire.

Giscard lui-même nous l'a bien expliqué : la France est désormais une « puissance moyenne ». Propos facile à interpréter : Giscard et ses semblables se considérant rien moins que moyens, notre beau pays ne les mérite pas.

Cette haine de la France est devenue explicite avec le Giscard-bis qu'est Macron.

Notre problème est donc simple à poser : nous ne devons pas nous débarrasser de quelques politiciens mais de tout une classe dirigeante.

Ce n'est pas seulement un problème de classe mais aussi de génération. L'exemple de De Gaulle est parlant : ceux qui l'ont rallié appartenaient à la génération suivant la génération faillie. Par exemple, un Kérillis, dont on pouvait s'attendre, vu ses idées, qu'il rejoigne De Gaulle, tombe du coté de sa génération et développe une véritable haine de De Gaulle (alors que son fils a trouvé la mort du coté gaulliste).

Voilà le problème de la France posé. Mais comment le résoudre ?


vendredi, février 28, 2020

Futur politique : pas réjouissant.

On me dit :  « Si 2ème tour Macron Le Pen en 2022. C’est encore Macron qui gagne ». Bien sûr !

Mon analyse sur ce point n’a pas varié (elle a varié sur d’autres points), depuis le Chirac-Le Pen de 2002 : les Français ne seront jamais assez audacieux et patriotes (car ça revient à ça) pour voter Le Pen juste pour virer le candidat du Système qui nous tue.

Les castoristes disent « Entre Le Pen et une chèvre, je vote pour la chèvre ». Je fais le raisonnement inverse « Entre le candidat du Système et une chèvre, je vote pour la chèvre ». Et je peux ajouter « Ca tombe bien, parce que Marine Le Pen est assez proche de la chèvre » .

Macron, Baroin, Pécresse, Larcher, Mélenchon, tous les connards « brillants » qui envoient le pays dans le mur depuis 40 ans, paf, je vote Le Pen.

La limite de mon raisonnement, c’est que, contrairement aux castoristes qui jouent à se faire peur, je ne pense pas que la Marine soit vraiment dangereuse pour le Système. Elle n’a pas assez de qualités intellectuelles pour cela. Elle n’est ni Trump ni Johnson. Le mieux que je puisse espérer, c’est que son incompétence contribue à détruire un Système de plus en plus fragile.

Mais comme elle ne sera jamais élue, cette discussion est oiseuse.

Les Français ne se résolvant pas à se débarrasser par n'importe quel moyen, même si ce moyen s'appelle Le Pen, d’une politique qui les tue, le choc, salvateur ou destructeur (les probabilités sont fortes pour « destructeur »), viendra de l’extérieur (Cortes et les Aztèques, Hitler au Trocadéro).

dimanche, février 09, 2020

Et si le naufrage financier du RN était le cygne noir du Système ?

Le naufrage financier du RN, une excellente nouvelle pour la vraie droite ? Le cygne noir du Système ?

Marine Le Pen est la meilleure garantie du Système. Il présenterait une chèvre contre elle, la chèvre gagnerait.

Mais si elle ne peut pas concourir ? Tout change.

Si les macrono-mondialistes font le même raisonnement, elle trouvera ses millions.

jeudi, janvier 30, 2020

L'énigme de l'anti-gaullisme de guerre.

L'anti-gaullisme de guerre est une énigme intéressante.

Il y a continuité du gaullisme de 1940 à 1969, mais je comprends que les drames de la guerre d'Algérie puissent susciter une haine anti-gaulliste.

Plus difficile à comprendre, si on se restreint à l'anti-gaullisme des années 1940-1946.

Pour les pétainistes d'époque, c'est assez facile : il ont choisi une mauvaise politique quand De Gaulle choisissait la bonne. Il est leur ennemi. Tout le monde n'a pas l'intelligence de reconnaître ses erreurs (à défaut de commencer par ne pas tomber dedans. J'aime bien Pierre Gaxotte : « Vous suivez le Maréchal aveuglement ? Aveuglement, bien sûr ! Comment pourriez vous faire autrement ? »).

S'agissant des pétainistes contemporains, ceux qui croient toujours 80 ans après que Pétain avait raison, c'est finalement assez facile aussi : ce sont des cons incapables de voir les vérités les plus élémentaires. Sans De Gaulle, nous aurions été inféodés aux Américains et nous serions tombés dans la dépression collective suicidaire dès 1945 au lieu des années 70. 35 ans gagnés et un exemple à méditer, ça n'est pas rien.

Il faut dire que la situation était assez complexe, puisque même un Zemmour n'y comprend rien (ma critique ne date pas d'aujourd'hui : lire ce billet de 2010 avec les commentaires).

Finalement, les plus intéressants, ce sont les anti-gaullistes non-pétainistes : les Monnet, Saint-Exupéry, Léger, Aron, Kérilis ... dont beaucoup partiront pour New-York.

C'est d'autant plus étrange que des gens comme Léon Blum, Pierre Cot et bien sûr Jean Moulin, qu'on ne peut en aucun cas soupçonner d'être hypnotisés par un général politicien, se rallient à De Gaulle.

Evidemment, on peut trouver des explications individuelles : Monnet n'était qu'un valet des Américains et s'il imaginait la France délivrée des Allemands, c'était pour mieux la donner à ses maitres, Saint-Exupéry était un niais en politique etc.

Mais je pense qu'il y a plus une explication plus générale :

1) le caractère : Jean-Louis Crémieux-Brilhac fait subtilement remarquer que les premiers Français Libres sont de sociologie plus élevée que la moyenne mais qu'ils ont tous un coté rebelle, vis-à-vis de leur famille, de leur milieu ou de leur hiérarchie. Or, pour un conformiste, il est très difficile de supporter la cohabitation avec un rebelle, même quand leurs analyses sont proches.

De ces contrariants par nature, le plus bel exemple est Rémy : gaulliste pendant la guerre, pétainiste après ! Les arrivistes, comme Mitterrand, faisaient le contraire.




De Gaulle qui n'hésitait pas à être familier avec ses compagnons de la première heure dit un jour : « Alors, Clostermann, vous vous êtes encore pris les doigts dans la porte ? ».

Aux anti-gaullistes non-pétainistes, ils manque le  grain de folie : ils auraient trouvé que Jeanne d'Arc n'était pas raisonnable.

2) la conception de la politique : le reproche fait à De Gaulle (comme à Sarkozy !) de « diviser les Français » est pusillanime La politique divise par essence. On peut reprocher à un politicien de faire une mauvaise politique, pas de diviser.

Je finis donc sur une banalité : il est faux de croire que les opinions politiques sont entièrement rationnelles. Mais le nombre de gens qui vous soutiennent le contraire est amusant.








samedi, décembre 07, 2019

« Les élections ne sont pas pleinement libres en France ! » L’analyse de Jean-Yves Le Gallou.

« Les élections ne sont pas pleinement libres en France ! » L’analyse de Jean-Yves Le Gallou.

Une synthèse de Jean-Yves Le Gallou, qui ne surprendra pas, hélas, ceux qui s'intéressent à la politique. Il oublie cependant le verrou principal : le mode de scrutin.

En France, plus qu'ailleurs, le jugement de Maurras est pleinement vérifié : « La démocratie est ce régime où les démocrates décident qui a le droit d'être élu ».

Le surgissement d'un candidat anti-système comme Trump et Salvini est impossible (le surgissement du candidat fabriqué par le Système a nécessité des moyens gigantesques. On  notera, au-delà de l'aspect quantitatif et de la vitrification médiatique, l'aspect qualitatif : contrairement aux usages, quasiment aucun article négatif).

Quant à un référendum comme le Brexit, nous avons tous en tête le référendum de 2005 ou l'actuel chemin de croix du référendum sur ADP.

Le reproche relativiste « il n'y a pas de démocratie parfaite et l'invoquer à tout propos est une impasse, il y a pire que la France, il faut se réjouir de ce que nous avons plutôt que de déplorer un idéal inaccessible » n'est pas pertinente, tout simplement parce que ce n'est pas absolutiste ou chimérique de prendre comme référence notre propre histoire : de 1945 à 1981, pour choisir des dates faciles, nous étions plus en démocratie qu'aujourd'hui (même si le gouvernement des juges, des corps non élus, des grands-prêtres médiatiques, des machins supra et anti nationaux s'insinuait déjà depuis le départ de De Gaulle).

Prenons un exemple simple : Eric Zemmour est plus populaire (et plus intelligent) que tous nos hommes politiques. Mais, s'il se déclarait candidat, tous les mécanismes qui ont joué pour Macron joueraient contre lui et ce n'est même pas sûr qu'il parviendrait jusqu'à l'élection (bien entendu, en toute démocratie et dans le respect de « l'Etat de droit », ce fétiche scélérat pour conjurer le pouvoir du peuple). Ce n'est pas François Fillon qui me contredira.

jeudi, octobre 10, 2019

En quête de stratégie

Manif pour tous : l’urgence d’une stratégie

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Une manifestation n’a jamais constitué une action en soi : elle est une démonstration de force en vue de l’action. Et une manif qui s’achève sur l’annonce d’une ribambelle de dates, où tout le monde est censé revenir pour être (mal) compté, c’est un aveu d’échec.
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Voici le commentaire que j'ai laissé à madame Ingrid :

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Je fais le même constat que vous d’un grave manque de stratégie.

Mais il faut aussi regarder les choses en face : au moment de voter aux européennes, les bourgeois cathos, qui constituent les bataillons de la MPT, ont massivement voté Macron.

Au moment de glisser un bulletin dans l’urne, entre leurs valeurs morales et leurs valeurs mobilières, leur choix fut celui du portefeuille.

LES « CATHOS » QUI ONT VOTE EN MASSE POUR MACRON ONT UNE RESPONSABILITE DANS LA MORT DE VINCENT LAMBERT

C’est peut-être pour cela qu’il manque une stratégie : parce que cet engagement est entaché d’hypocrisie sociale. Sinon, on aurait retrouvé la MPT aux cotés des Gilets Jaunes.
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Puisque je parle des Gilets Jaunes ... ils ont le même problème : le mouvement de contestation le plus massif depuis cinquante ans a eu des effets politiques dérisoires.

Eric Zemmour est révélateur : voilà un type populaire, courageux et talentueux. Effet politique ? Proche de zéro. Il n'est même pas conseiller municipal.

Certes, il répond à cette critique en évoquant la guerre culturelle, la conquête gramscienne. C'est bien gentil, mais ça ne trompe que les gogos.

A un moment, la conquête culturelle, il faut la transformer en bon pouvoir sonnant et trébuchant. La gauche libérale-libertaire ne s'est pas contenté de faire joujou dans l'arène médiatique : elle a la majorité à l'assemblée nationale et dirige les grandes métropoles.

Les succès d'estime ont plus d'estime que de succès. En politique, il n'y a pas de deuxième place. On a le pouvoir ou on ne l'a pas.

Pour l'instant, en France, les restaurateurs (!!!!) sont aussi éloignés du pouvoir que jamais.

Complément « les grands esprits se rencontrent » :


samedi, octobre 05, 2019

Ils ne sont plus crédibles. Et alors ?

Hier, l'attaque au couteau à la préfecture de police de Paris. Tous ceux qui parlent dans le poste, journalopes et politocards remarquablement unis, nous causaient de déception sentimentale ou de conflit professionnel. La piste de l'attentat musulman était peu ou pas évoquée, avec un dégoût évident. Sous-entendu, elle relève des ignobles fantasmes zemmouriens.

Evidemment, l'attaque au couteau suggérait à toute personne honnête et saine d'esprit que l'attentat musulman était la première piste à considérer. Mais pas pour ceux qui causent dans le poste.

Et aujourd'hui, on apprend, ô surprise, qu'en fait, la piste terroriste musulmane est privilégiée par les enquêteurs.

Ces gens là ne sont plus crédibles. Mais il faut comprendre que ça n'a aucune importance.

En effet, ce qui compte en politique, c'est la parole publique, ce que tout le monde sait que tout le monde sait et, donc que tout le monde peut dire et débattre. Tout ce qui n'est pas dans le débat public n'existe pas politiquement, même si les sujets exclus sont les préoccupations de la majorité de la population. C'est ainsi qu'en pleine déliquescence de notre société, le parlement débat de manipulations génétiques et anthropologiques pour complaire à une infime minorité de cinglés.

Peu importe que 80 % des gens pensent que la parole publique est débile, tant que les dominants en gardent le monopole, ou le quasi-monopole.

D'où l'importance de réduire les dissidents comme Zemmour au silence ou, au moins, de les mettre en position d'infériorité, d'illégitimité, permanente.

Nous sommes dans les fers, quoique nous en pensions, quelles que soient notre rancoeur et notre colère.

A moins qu'un dissident arrive à s'imposer dans le débat public malgré tous les obstacles, comme Trump avec Twitter.

mardi, août 20, 2019

Politique : comment savoir qui a raison ? Comment faire passer la bonne politique ?

Je suis en train de lire The collapse of the third republic, de William Shirer, dont je vous ai déjà parlé.

C'est rageant : des hommes voient les dangers, les vrais, tels que la suite de l'histoire les révèlera et proposent des solutions pas idiotes mais ne sont pas écoutés, ou peu, dans le brouhaha des analyses et des propositions contradictoires.

Ils arrivent que certains soient à la fois dans l'erreur grave et dans la bonne analyse. C'est le cas de Winston Churchill : il a reconnu lui-même que son refus de dévaluer et son retour à l'étalon-or, en tant que Chancelier de l'Echiquier, étaient une faute gravissime et comptent parmi les causes majeures de la seconde guerre mondiale. En même temps, il a eu parfaitement raison, presque tout seul, à propos de l'Allemagne et de Hitler.

Or, le retour à l'étalon-or de Churchill est pour moi du même acabit qu'aujourd'hui le rafistolage permanent de l'Euro : une faute lourde à cause du refus de solder les comptes d'une politique qui a échoué. Les psycho-rigides veulent maintenir l'illusion. Ils refusent de renoncer à l'idée qui a fait leur carrière et leur fortune. Ils ne veulent pas se résoudre à prendre nos pertes : oui, si la Grande-Bretagne avait été forte, elle aurait pu retourner à l'étalon-or. Oui, si la fédération européenne était une bonne idée, il faudrait garder l'Euro. Mais la Grande-Bretagne n'était plus forte et la fédération européenne se révèle une mauvaise idée.

L'idée européiste de monnaie unique, on pouvait éventuellement y croire (après tout, j'ai voté pour, une erreur de jeunesse, avant que de m'en repentir). En tout cas, on essayé. Maintenant, il faut démonter l'édifice mal branlé et passer à autre chose.

Ma politique est simple : transformer l'Euro en monnaie commune en réintroduisant les monnaies nationales, faire banqueroute sur les dettes, arrêter l'immigration et remettre de l'autorité et de la transmission dans la vie (école, famille, justice). Les suites immédiates seraient terribles, mais ce n'est pas ma politique qui en serait la cause, ce serait les longues années de politique folle qu'il s'agit de solder.

Avant que d'en arriver là, se pose une question incontournable : comment faire passer cette politique de salut public qui fait peur (et je comprends bien pourquoi) ?

Arrivé à ce point, la lecture de Shirer pousse au désespoir. La bonne volonté et l'intelligence ne suffisent pas. Le caractère non plus. Il faut que tout cela soit réuni dans le même homme et qu'en plus il soit au bon endroit, au bon moment, avec les bons appuis.

Tardieu manque d'habileté, Daladier de caractère, Reynaud de conviction. Il y a bien un homme possédant toutes ces qualités. Mais Charles De Gaulle végète dans un poste subalterne.

Bref, pas riant, l'avenir.

Certes, tout n'est pas perdu :


lundi, août 19, 2019

La bourgeoisie française de l'entre-deux-guerres vue par un journaliste américain.

Il paraît que je suis trop sévère avec la bourgeoisie française. Je vous soumets donc (comme argument d'autorité !) le point de vue d'un Américain.

L'extrait est un peu plus étendu, il permet de se remémorer une partie de la lourde responsabilité des Américains et des Anglais dans la seconde guerre mondiale.

Pour vous permettre de rentrer dans l'extrait : le bas de la page 131 et le haut de la page 132 explique que, pour une nation, chercher la protection dans la subordination est une fausse bonne idée, que les nations sont naturellement égoïstes et ne peuvent compter que sur elles-mêmes quand l'essentiel est en jeu (d'où la note de bas de page 132 sur de Gaulle).

Extrait de The collpase of the third republic

Nota : Shirer n'aime vraiment pas Pétain, car, contrairement à nos pétainistes contemporains, qui ne sont que des anti-gaullistes obsessionnels déguisés (voir ici, par exemple), il n'ignore pas que Pétain, par les différents postes qu'il a occupés et par son magistère moral et intellectuel tout au long des années 20 et 30, est le principal responsable militaire de la défaite de 1940.

Alors, le voir prendre le pouvoir à l'issue d'une défaite dans laquelle il a joué un rôle majeur, ça gratte un peu.

Il faudrait une bonne psychanalyse de l'anti-gaullisme contemporain. Venant de pieds-noirs, c'est idiot mais compréhensible. Mais de catholiques traditionalistes fervents ? C'est au moins le signe d'une légère déficience de la comprenette politique (ils devraient relire Richelieu, catholique sans doute aucun).

Je rappelle que le catholique pratiquant, dans la paire Pétain-De Gaulle, c'était le général, pas le maréchal.

Les histoires pétainistes de « don de sa personne à la France » ne sont que du bourrage de mou pour gogos disposés à se laisser gruger (au moment où il fait cette déclaration, le 17 juin 1940, il parie sur la victoire de l'Allemagne, qui ne paraît pas à ce moment irréaliste. Son don ne lui coûte donc rien. C'est comme nos modernes politiciens qui répètent « j'assume » : concrètement, ça veut dire qu'ils restent en poste continuent à se goberger).

Je parle de psychanalyse car, en raison, il n'y a plus de débat depuis longtemps : Pétain a parié sur la victoire de l'Allemagne, De Gaulle sur sa défaite, on sait sans ambiguïté qui a eu tort, qui a eu raison. François Delpla a montré comment Pétain avait été mené par le bout du nez par Hitler.

En revanche, en psychologie, c'est une autre histoire. Et les réactions face à Trump me paraissent éclairantes : on condamne non pas celui-ci qui divise le groupe, mais celui qui constate une division existante que tous s'efforçaient, avec de plus en plus de difficultés, de nier.

La souffrance et la peur du conflit se transforment en haine pour celui qui le met en lumière : on déteste à mort le messager parce qu'on ne supporte pas le message. Sans De Gaulle, il y aurait eu des Résistants, mais on en veut à mort celui qui a posé un choix clair, qui a tué l'espoir de concilier l'inconciliable, qui a dit qu'on était soit couché soit debout mais qu'on ne pouvait être les deux en même temps.

J'ai tout de même du mal à comprendre qu'il reste aujourd'hui des pétainistes. Péguy disait qu'il faut avoir le courage de voir ce que l'on voit. A l'évidence, certains manquent de ce courage.

mardi, août 13, 2019

L’Allemagne, un cancer au centre de l’Europe

A review of Paul Lever's 'Berlin Rules' and Fritz Fischer's 'Germany's Aims in the First World War'

Je suis content de voir que Peter Hitchens ne tombe pas dans le panneau du mensonge historique martelé.

Pas plus que la France n’est responsable de la rafle du Vel d’Hiv, la première guerre mondiale n’est pas le fruit d’une mécanique infernale diffuse et fatale. Ces mensonges, causes de la première guerre mondiale et rafle du Vel d’Hiv, sont deux gestes de canine soumission des européistes vis-à-vis du maître allemand.

Non, les responsabilités des guerres mondiales ne sont pas vagues et embrumées. L’Allemagne est responsable.

La vérité est que l’Allemagne a voulu la guerre de 14 plus que les autres et a fait ce qu’elle pouvait pour la déclencher. Si vous avez encore un doute, souvenez vous des incidents de Tanger et d’Agadir, qui étaient sans ambiguïté des provocations à la guerre vis-à-vis de la France.

L’Allemagne a été au XXème siècle un cancer au centre de l’Europe. Elle l’est toujours. Deux raisons :

• la première, physique. Selon le mot de Kissinger, l’Allemagne est trop grande pour l’Europe et trop petite pour le monde. Ça reste vrai. La politique constante des rois de France a été d’empêcher l’unification des Allemagnes, grande sagesse. Nous avons renoncé en 1918 à exiger le démembrement de l’Allemagne, erreur funeste, avant-dernière occasion, ratée, de rééquilibrer la carte de l’Europe.

Après 1945, l’Allemagne a été divisée et le monde ne s’en est que mieux porté. Hélas, Mitterrand a favorisé une réunification hâtive.

• la seconde, plus importante, spirituelle. J’hésitais à écrire «  culturelle » ou « morale », mais c’est bien « spirituelle » qui convient. Il y a au fond de l’âme germanique quelque chose qui fait que le génocide et les philosophies psycho-rigides sont les spécialités allemandes comme d’autres ont pour spécialités la liberté et la cuisine immangeable. Le proverbe de nos amis anglais dit beaucoup « l’humour allemand, c’est comme l’humour juif ... l’humour en moins ». Il n’y a que des gens qui se prennent très au sérieux pour croire que leurs idées justifient de génocider des populations entières. Les idées des Allemands ont changé, pas la rigidité qui les rend politiquement inhumains.

D’autant plus que les Allemands ont une nette tendance à perdre les guerres mondiales qu’ils déclenchent. Leur sens stratégique est inversement proportionnel à leur sens tactique. Il y a des peuples qui se battent jusqu’à la victoire, les Allemands se battent jusqu’à la défaite.

Que doit faire la France ?

D’abord, cesser la politique folle, qui ressort, par bien des aspects, plus de la haute trahison que de l’erreur, poursuivie par tous nos présidents depuis Giscard, de soumission à l’Allemagne. Il n’y a pas de modèle allemand, on ne prend pas pour modèle un pays en voie de disparition. C’est un suicide français.

Ça ne nous empêche pas de garder de bonnes relations avec les Länder de l’ouest.

Ensuite, nous rapprocher de la Grande-Bretagne qui porte la culture de la liberté politique. A cause de l’extrême médiocrité de notre classe dirigeante, nous sommes en train de rater la chance offerte par le Brexit.

Enfin, la France n’a pas besoin de tuteur (idée absurde de beaucoup de nos dirigeants depuis le XVIIIème siècle) mais elle peut se faire le champion des petits pays. Non seulement la France n’a pas à choisir entre l’Allemagne, les Etats-Unis, la Russie et la Chine, mais elle doit venir au secours de ceux qui sont menacés par ces mastodontes.

Par exemple, la France n’aurait pas été mal aux côtés de la Grèce lors de la crise  (mais il fallait sauver les banques françaises. Cette considération particulière a prévalu sur l’intérêt national).

Vaste programme ! Mais qui est à la portée de la France pour peu qu’un homme d’Etat sache le lui expliquer. Mais d’hommes d’Etat, nous n’en avons pas plus que d’intelligence dans le gouvernement Macron.

lundi, août 12, 2019

Buisson con

Pour des raisons dont je comprends qu’elles tiennent beaucoup à des rancœurs personnelles, Patrick Buisson passe de la stratégie dite d’union des droites à la stratégie d’union populaire droite-gauche.

C’est tout simplement stupide. Même en Italie, cette stratégie est en train d’échouer.

Je ne comprends pas cette attraction suicidaire de certains droitiers pour la gauche (PY Rougeyron, par exemple). A mes yeux, cela prouve un manque de profondeur qui n’est pas seulement politique. Quels principes faut-il avoir pour ne pas être dégoûté par les héritiers de la Terreur et de Staline ? Et ce n’est pas seulement une question d’héritage. Leur doctrine est fausse.

On cite souvent De Gaulle. Mais où voit-on qu’il a passé une alliance électorale avec les communistes ?

Bien sûr, le but est de réunir politiquement ce qui reste du peuple français et la part (petite) la moins pourrie de la bourgeoisie (1). Mais cela n’implique nullement de mélenchoniser : la stratégie Philippot, même rebaptisée Buisson,  se terminera dans une cabine téléphonique.

Il faut parler de la nation, avec les implications sociales qui découlent de la solidarité entre compatriotes. Pas faire des concessions aux idioties marxistes. Autrement dit, il faut une droite de combat chrétienne (rien avec le dégueulasse centrisme démocrate-chrétien).

Je mesure à quel point la raideur de Péguy isole.

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(1) : je continue à lire Shirer à propos de la chute de la IIIème république. Ce qu’il dit de la bourgeoisie française des années 20-30 est encore plus péjoratif que ce que j’ai écrit sur ce blog.

mercredi, août 07, 2019

Le prix de l'instabilité gouvernementale

Beaucoup d'imbéciles mettent nos maux politiques actuels sur le dos du caractère personnel de la Vème république et souhaitent un régime d'assemblée, sans vouloir reconnaître, d'une part, que la constitution gaullienne a été patiemment dénaturée alors qu'elle représentait justement cet équilibre aujourd'hui perdu et appelé de leurs voeux par les amnésiques, et, d'autre part, que le régime d'assemblée a déjà été tenté en France, avec le succès que l'on sait, ou que l'on devrait savoir.

Je suis en train de lire The collapse of the third republic, de William Shirer (qui écrit par ailleurs quelques solides conneries). La tristesse et la stupeur d'un Américain  francophile devant notre instabilité gouvernementale nous rappellent à quel point ce régime était dommageable.

On dit souvent que la stabilité ministérielle (les gouvernements tombaient mais se reformaient, dans un jeu de chaises musicales, avec presque les mêmes ministres. Aristide Briand a été ministre 25 fois !) compensait l'instabilité gouvernementale. C'est vrai, mais très insuffisant. Rien ne remplace des gouvernements durables.

Comme ce régime parlementaire est une lubie de gauche, elle permet au moins de détecter les faux droitiers.

Pourtant, n'enlevons pas tout à la troisième république : si elle a commencé la guerre en 1914 dans des conditions désastreuses, elle a fini par la gagner ... au prix d'un million quatre cent mille morts.





lundi, juin 10, 2019

« Une telle puissance de capitulation ... »

Apprenant l'assassinat de Jaurès, qu'il avait admiré, et peu avant sa propre mort, héroïque celle-là, Péguy a confié : « Je suis bien obligé de dire que c'est une chose horrible. Et pourtant ... Il y a en lui une telle puissance de capitulation. Que ferait-il en cas de défaite ? ».

Une telle puissance de capitulation. L'expression me frappe, car elle me semble exactement correspondre à notre classe politique de 2019.

Bien sûr, l'envergure intellectuelle d'un Jaurès est perdue. Ce ne sont plus que des petits hommes gris sans intérêt. Mais, ramassés tous ensemble, mis en tas, assemblés en gerbes, quelle puissance de capitulation !

On pense aussitôt à Macron, aux macronistes, aux électeurs macronistes, de premier tour, de deuxième tour, de troisième tour, de cent-vingt-septième tour. Ils se font une politique revendiquée, et s'en glorifient, de toujours capituler, le plus servilement et le plus rapidement possible. Et cette capitulation est puissante : les capitulards n'hésitent pas à faire éborgner des Français pour pouvoir se coucher devant l'Allemagne. Cependant, ils ne sont pas seuls.

Regardez les autres : LR, FI, RN. C'est bien simple : pour anticiper leurs actions, il suffit de deviner ce qui est le plus lâche, le plus facile, le plus immédiatement rentable, c'est à coup sûr ce qu'ils vont faire.

Pourquoi le gaullisme a-t-il disparu de notre paysage politique ? Parce c'est l'anti-capitulation. Ce n'est pas pour rien que De Gaulle fut marqué par Péguy.

Quelle est cette société, la nôtre, qui peut produire une telle puissance de capitulation chez ses politiciens ? Quelles sont ses valeurs ? Son avenir ? Quelles sont mes responsabilités dans ce naufrage intellectuel et moral ?


vendredi, juin 07, 2019

Erreurs sur le Mal français ou le trompe-l'oeil de M. Peyrefitte (J. Dumont)

Grâce à internet, on trouve des pépites pour une bouchée de pain en livres d'occasion.

Jean Dumont est un historien spécialiste de l'Espagne et du catholicisme. C'est un contre-révolutionnaire ardent (je vous ferai plus tard une recension de La révolution française ou les prodiges du sacrilège). Il porte la contradiction à Alain Peyrefitte, ministre à répétition et auteur prolifique.

Le Mal français est publié en 1976, la réplique de Dumont en 1979.

Alain Peyrefitte est un styliste.

Quand on compare le style des deux normaliens Peyrefitte et Pompidou, un vrai délice à lire, à celui de deux autres normaliens de 2019 Juppé et Wauquiez (et « style » est pour ces olibrius un bien grand mot : mélange, qui arrache les yeux et fait vomir, de circulaire administrative et de prospectus pour exposition d'art contemporain) la décadence n'est pas une idée farfelue mais une réalité.

L'oeuvre de Peyrefitte abonde en formules : « En 1940, ce n'est pas l'insuffisance du matériel qui a perdu, c'est le blindage des mentalités »,  « C'est Lacan, encore inconnu, mais déjà obscur ».

Attaquons le vif du sujet : quelle est la thèse de Peyrefitte dans Le Mal français ?

Un croisement de Weber et de Tocqueville.

Weber : le catholicisme, notamment la Contre-Réforme, est un frein au développement économique, contrairement au protestantisme qui le favorise.

Tocqueville : le centralisme français est un continuum entre l'Ancien Régime et la Révolution. Le jacobinisme est consubstantiel à la France. Et Peyrefitte ajoute que ce centralisme est un héritage de l'Eglise romaine.

Bref, Peyrefitte reproche à la France son catholicisme romain. Thèse qui est devenue une vulgate pour imbéciles façon Sciences-Po ou ENA. Malheureusement, elle fut adoptée par des gens un peu moins bêtes qu'un énarque, Pompidou par exemple.

Je suis toujours gêné par ces Français qui reprochent à la France ce qu'elle est (c'est différent de pointer des problèmes ponctuels susceptibles de solutions). Non seulement, cela m'apparaît comme une trahison, mais cette opinion engendre le découragement, c'est un problème sans solution (changer la France ? Je ne veux pas !).

Pour Weber, cela fait longtemps que j'en suis revenu. La banque moderne a trouvé naissance en Italie, on ne peut pas dire que la péninsule soit un refuge du protestantisme. Carl Schmitt et sa distinction des puissances maritimes intrinsèquement pirates et mercantilistes (je caricature à peine) et des puissances maritimes plus traditionnelles et moins entreprenantes me paraissent plus féconds.

Tocqueville, j'en reviens aussi, mais plus récemment. Je suis piégé par son style (encore !) et son érudition.

Dumont commence par dresser un catalogues des erreurs historiques de Peyrefitte, qui ont pour résultats d'attribuer trop d'échecs au catholicisme et trop de réussites au protestantisme. Je passe (sauf sur le nazisme, puisque c'est une obsession de notre époque : non, du fait que la Bavière était catholique, on ne peut déduire que le nazisme est un produit du catholicisme. J'apprécie que Dumont prenne en compte la duplicité d'Hitler, c'est assez rare).

Puis Dumont attaque le vif du sujet.

Il démontre à quel point l'étatisme français est d'origine protestante et non catholique.

Fondamentalement, ce n'est pas surprenant : le libre examen protestant favorise une atomisation des individus sous un Etat tutélaire (la crainte de Tocqueville) alors que, dans les pays catholiques, se multiplient les corps intermédiaires dans un joyeux foutoir.

Quant à la mecque du libéralisme, l'Angleterre, il faut bien mettre les causes dans l'ordre : son protestantisme découle de son libéralisme et non l'inverse.

De vigoureuses graines de l'étatisme français moderne sont semées sous Henri IV, entouré de conseillers protestants. Pas une grosse découverte pour moi : c'est une période que je maitrise assez.

Dumont dresse la liste des acteurs de l'étatisation de l'enseignement dans les années 1880, les Ferry, Buisson et compagnie. Ce sont tous des protestants ! Et pas par hasard. L'un d'eux avoue benoitement : « Nous faisons par l'enseignement au XIXème siècle la réforme que nous n'avons pu faire par la religion au XVIème siècle ».


Dumont insiste lourdement pour conclure, et avec raison me semble-t-il, sur le fait que les fameuses « sociétés de confiance » protestantes de Peyrefitte sont les sociétés du racisme, de l’exclusion et du génocide. Il faut rappeler que les catholiques ne jouissent de leurs pleins droits dans la Suède protestante que depuis le XXème siècle (1787 en France pour les protestants). Les Français d’Amérique s’entendaient plutôt bien avec les Indiens, que les protestants ont exterminés.

Au fait, à quoi attribue-t-il le décollage économique précoce des pays protestants ? A la spoliation des richesses de l'Eglise et à l'oppression des pauvres.

Conclusion

Le protestantisme est erroné, pour les raisons expliquées maintes fois par le magistère romain. Pas étonnant qu'il donne à la France, quand son influence néfaste se fait sentir, des institutions erronées.

Mais Dumont est trop systématique (il faut dire que c'est sujet de son livre). Bien des spécificités nationales françaises s'expliquent non par l'opposition protestantisme/catholicisme, même inversée pour condamner l'influence protestante, mais par les circonstances historiques et la géographie.

De plus, il fait des prévisions que l'on sait fausses. En 1979, il pense que la natalité des pays catholiques baissera moins que celle des pays protestants. On sait ce qu'il en est.




vendredi, mai 31, 2019

L'avenir de la « droite » française, c'est simple : elle n'en a plus.

La bourgeoisie d'argent anti-française est partie chez Macron (vive Versailles !).

La bourgeoisie patriote (très ténue) est partie dans les confettis (NDA, Asselineau, etc).

Le peuple français est parti au RN ou s'abstient.

Le peuple immigré est parti chez FI ou s'abstient.

Qu'est-ce qui reste à la « droite » et à la gauche ? Rien, parce qu'elles ont trahi.

vendredi, mai 24, 2019

Merkel, Macron, May : le gouvernement des abrutis (pour un monde d'abrutis)

Merkel, May et Macron s'accrochent au pouvoir, à rebours de tout esprit de service du bien commun, à rebours de tout esprit démocratique, avec des conséquences politiques désastreuses pour leurs pays, spécialement les deux derniers.

Ils s'appuient sur un légalisme pointilleux, dont le fond est clairement exprimé par le Français avec son « Qu'ils viennent me chercher », tout en sachant que c'est légalement impossible.

Par exemple, pour bien mesurer la trahison par Theresa May de la tradition britannique : quand Neville Chamberlain démissionne en mai 1940, dans des circonstances pas moins dramatiques que le Brexit, il est encore majoritaire, mais il considère que la diminution de cette majorité est un désaveu qui l'oblige. Theresa May, elle, a été mise en minorité trois fois de suite sans démissionner.

Mais il n'y a pas qu'à la tête des gouvernements qu'on trouve ce genre d'abrutis :

Emmaüs Gironde exclu du mouvement à cause de «l'opacité» de son fonctionnement

Une bonne partie des 320 salariés en veut au président Lafargue qui «s'accroche à son poste au lieu de sauver Emmaüs Gironde en démissionnant».



Pourquoi ? Il s'agit de personnes sans talent (à part celui de finasseur qui leur a permis d'arriver au pouvoir), sans grandeur, sans noblesse. Des Narcisse fragiles et opiniâtres.

Nous sommes tous coupables : c'est ce genre d'olibrius que nous portons au pouvoir, sous la ferme direction du Système. Un politicien avec une vraie personnalité, dévoué au bien public, n'a aucune chance : regardez le destin de Philippe Seguin, trop rugueux par rapport au « sympa » Chirac ou au lisse Juppé.

C'est à se demander si la démocratie peut encore fonctionner aujourd'hui.

dimanche, mai 05, 2019

Le pourrissement

La situation politique française est très claire mais, hélas, sans solution à court terme.

La fausse alternance

Pendant 40 ans, nous avons vécu sous l'imposture démocratique de la fausse alternance droite-gauche. Voter Mitterrand, Chirac, Jospin, Sarkozy, Royal, Hollande, c'était toujours voter pour la même politique : plus d'européisme, plus de mondialisme, plus de multiculturalisme, plus d'immigrationnisme, plus de technocratie et plus de financiarisation.

Macron, en unissant les bourgeoisies de droite et de gauche, a dévoilé le mensonge de cette sinistre comédie, à bout de souffle, de la fausse alternance.

Le dégagisme

Les Gilets Jaunes des ronds-points, eux, protestent contre cette absence d'alternance politique. Le Front National avait vocation à représenter cette véritable opposition, l'alliance De Villiers-Pasqua aussi. Mais, par manque de compréhension, de capacité ou de volonté, ils ont préféré le rôle d'épouvantail officiel sans perspective d'accéder au pouvoir.

Macron et les Gilets Jaunes sont donc les deux faces d'une même situation politique : la volonté de dégager les gouvernants qui ont failli, mais sans solution de remplacement (Macron est une fausse solution de remplacement puisqu'il fait la même politique qu'avant, en pire).

Il n'y a pas de parti apte à proposer une politique véritablement contraire à celle que fait Macron (1). Les Gilets Jaunes ont donc parfaitement raison de rejeter en bloc tous les partis politiques existants.

Il y a une solution théorique : que Macron change lui-même de politique, qu'il devienne soudain souverainiste et patriote. Ce genre de conversion est très rare dans l'histoire, il faudrait qu'il soit un très grand homme, ce qu'il n'est manifestement pas. Cela n'arrivera donc pas.

Une solution plus réaliste serait qu'un homme apte à parler pour les Gilets Jaunes émerge, monte un parti et conquiert le pouvoir (Farage, Trump, Beppe Grillo, Salvini ...).

Mais Coluche est mort et les medias sont plus que jamais sous contrôle (toutes les conquêtes par des anti-Système ont impliqué de court-circuiter, d'une manière ou d'une autre, les médias officiels type BFM, LCI et compagnie. Voir l'usage génial de Twitter par Trump). Cela n'arrivera pas, à court terme du moins.

Le pourrissement

D'un coté, Macron ou son successeur ne changeront pas de politique. De l'autre coté, les Gilets Jaunes ne pourront pas s'exprimer démocratiquement, puisque sans parti les représentant (au point qu'ils se défient de toute représentation) et comme leur protestation est pour eux existentielle, ils continueront à protester.

Les Gilets jaunes protestent et le pouvoir réprime, policièrement, juridiquement et médiatiquement. Cette situation n'est stable qu'à court terme.

La politique ressemble plus à un organisme vivant qu'à l'étalon du pavillon de Sèvres. Même quand on croit qu'il ne se passe rien, il se passe quelque chose. Et ce quelque chose, en ce moment, c'est le pourrissement.

Le pourrissement du coté du pouvoir est évident : de plus en plus répressif, cynique et menteur. Le comportement des forces dites de l'ordre (qui, en fait, parce qu'elles exagèrent, créent du désordre, comme on l'a vu dans l'épisode de la fausse attaque de la Salpêtrière) est désormais digne d'une dictature de basse intensité.

Les médias, la police et l'appareil judiciaire se déshonorent mais ils ont l'habitude et ils sont payés pour ça (pas en théorie, mais en pratique).



Le pourrissement du coté des Gilets Jaunes est tout aussi évident : c'est la dérive des connards de Black Blocks, qui, par leur violence et leur absence de revendications identitaires ou souverainistes, arrangent bien le Système. Fruit de ce pourrissement, la très grande tolérance des Gilets jaunes d'origine pour cette violence.

Et maintenant ?

Le propre du pourrissement étant de pourrir, quelque chose va céder, mais quoi ?

Dès le mois de décembre, un spécialiste de l'Italie voyait dans les Gilets Jaunes le fruit d'un blocage du même type que celui de la démocratie chrétienne corrompue des années 70 et prévoyait à terme l'émergence d'un terrorisme Gilets Jaunes comme il y eut les Brigades Rouges.

En tout cas, je pense qu'il va y avoir beaucoup de casse, quoi qu'il arrive.

Plus le temps passe, plus l'argument du moindre mal est fallacieux. Mieux vaut la fin de la douleur plutôt que la douleur sans fin. Tout ce qui peut briser au plus vite le macronisme est le bienvenu.

C'est pourquoi je suis désormais partisan de solutions radicales (d'ailleurs, Macron est une solution radicale, donc, pour le combattre, il ne faut pas être mou du genou), qui renversent la table (comme de voter Le Pen en espérant qu'elle arrive vraiment au pouvoir malgré tout le mal que je pense d'elle). Ou Mélenchon ? Après tout, Churchill, anti-communiste farouche, s'est allié avec Staline contre Hitler. Mais la Méluche fait encore plus partie du Système que Le Pen.

Et bien sûr, prier pour qu'un chef charismatique des Gilets Jaunes émerge très vite.

C'est une course de vitesse entre le pourrissement et l'émergence de solutions. Pour l'instant, le pourrissement gagne haut la main. On ne dira jamais assez la trahison de la fausse droite qui, elle aussi, avait vocation à faire émerger de véritables alternatives (Wauquiez, minable).

Bref, comme disait Montaigne au « moyeu de nos guerres », « nous sommes au rouet ».



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(1) : tous les partis politiques actuels vivent du Système et aucun ne le bouscule réellement : personne ne parle, à la fois, de sortir de l'UE, de l'Euro et d'arrêter l'immigration pour des raisons culturelles et religieuses. Toutes les oppositions à sa majesté Narcisse-Jupiter 1er ont des points de convergence essentielles avec la politique au pouvoir. Les Le Pen, Asselineau, Dupont-Aignan font tourner des crèmeries familiales et ne sont pas le couteau entre les dents pour conquérir le pouvoir.

samedi, avril 06, 2019

La schizophrénie (ou la bêtise) des Français

Aucun des maux qui préoccupent les Français ne peut être soigné sans sortir de l'Euro et de l'UE (c'est une condition nécessaire mais certes pas suffisante).

Or, à chaque fois qu'on demande leur avis aux Français par sondages (qui valent ce qu'ils valent), il y a de forts pourcentages, parfois une majorité, pour rester dans l'UE et dans l'Euro.

Ce manque de pragmatisme et de réalisme confine à la maladie mentale. Nous sommes dans la croyance religieuse ou idéologique : « L'union fait la force » est un mantra absolu, impossible de s'interroger sérieusement sur sa pertinence, ses conditions, s'unir avec qui ? Comment ? Etc.

Michel Drac a la même interrogation.

Je pense que cette schizophrénie vient du manque de confiance des Français dans leur pays et en eux-mêmes. Ils ne croient pas vraiment que ils sont capables d'assumer l'indépendance et la souveraineté.