Manif pour tous : l’urgence d’une stratégie
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Une manifestation n’a jamais constitué une action en soi : elle est une démonstration de force en vue de l’action. Et une manif qui s’achève sur l’annonce d’une ribambelle de dates, où tout le monde est censé revenir pour être (mal) compté, c’est un aveu d’échec.
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Voici le commentaire que j'ai laissé à madame Ingrid :
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Je fais le même constat que vous d’un grave manque de stratégie.
Mais il faut aussi regarder les choses en face : au moment de voter aux européennes, les bourgeois cathos, qui constituent les bataillons de la MPT, ont massivement voté Macron.
Au moment de glisser un bulletin dans l’urne, entre leurs valeurs morales et leurs valeurs mobilières, leur choix fut celui du portefeuille.
LES « CATHOS » QUI ONT VOTE EN MASSE POUR MACRON ONT UNE RESPONSABILITE DANS LA MORT DE VINCENT LAMBERT
C’est peut-être pour cela qu’il manque une stratégie : parce que cet engagement est entaché d’hypocrisie sociale. Sinon, on aurait retrouvé la MPT aux cotés des Gilets Jaunes.
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Puisque je parle des Gilets Jaunes ... ils ont le même problème : le mouvement de contestation le plus massif depuis cinquante ans a eu des effets politiques dérisoires.
Eric Zemmour est révélateur : voilà un type populaire, courageux et talentueux. Effet politique ? Proche de zéro. Il n'est même pas conseiller municipal.
Certes, il répond à cette critique en évoquant la guerre culturelle, la conquête gramscienne. C'est bien gentil, mais ça ne trompe que les gogos.
A un moment, la conquête culturelle, il faut la transformer en bon pouvoir sonnant et trébuchant. La gauche libérale-libertaire ne s'est pas contenté de faire joujou dans l'arène médiatique : elle a la majorité à l'assemblée nationale et dirige les grandes métropoles.
Les succès d'estime ont plus d'estime que de succès. En politique, il n'y a pas de deuxième place. On a le pouvoir ou on ne l'a pas.
Pour l'instant, en France, les restaurateurs (!!!!) sont aussi éloignés du pouvoir que jamais.
Complément « les grands esprits se rencontrent » :
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jeudi, octobre 10, 2019
jeudi, octobre 03, 2019
Texte intégral du discours d’Eric Zemmour à la Convention de la Droite
En lisant ce discours de haute tenue, encore plus qu'en l'entendant, je comprends pourquoi les maitres censeurs veulent faire taire Eric Zemmour : le talent de cet homme est dangereux.
Le reproche que je lui fais, moi qui l'apprécie, est l'exhaustivité de son désespoir : le désespoir n'est pas français. Jeanne d'Arc n'a pas désespéré, De Gaulle n'a pas désespéré. Certes, leur situation était moins grave qu'aujourd'hui : le peuple français n'était pas menacé de disparition, seulement de servitude.
L'espoir français, c'est le christianisme. La France est chrétienne jusqu'au fond des tripes, elle ne redeviendra elle-même qu'en redécouvrant le Christ. Bien sûr, ce n'est pas avec l'Eglise du pape franc-maçon Bergoglio et des bourgeois cathos du XVIème qui votent Macron que cette conversion arrivera, c'est un autre motif de désespoir. Mais l'espérance est une flamme qui ne s'éteint pas.
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« Bonjour. Ah oui, vous êtes nombreux quand même ! Je… je ne m’y attendais pas, on m’avait prévenu mais je n’y croyais pas. Tous ces gens qui viennent quand on leur parle de convention des droites, d’union des droites, de rassemblement de toutes les droites, de rassemblement populaire et même – qui sait ? – populiste, d’alliance entre le Rassemblement National et les Républicains et même de rassemblement des populistes avec des dissidents de France Insoumise, donc tous ces mots interdits, impossibles. On m’avait dit que les gens aimaient les chimères, mais je ne croyais pas que ce fût à ce point.
Non, vous vous croyez où franchement ? Aux États-Unis ? En Hongrie ? En Pologne ? En Italie ? En Autriche ? Non mais vous croyez vraiment que vous allez échapper au second tour Marine-Macron et à la réélection de Macron ?
Vous n’êtes pas sérieux, pas raisonnables, vous n’y croyez pas quand même ? Je sais que Joseph de Mestre disait que le peuple français était le plus facile à tromper, le plus difficile à détromper, le plus puissant à tromper les autres, mais enfin quand même ! C’est réglé, c’est plié, vous êtes venus pour rien. Circulez, il n’y a rien à voir ! Vous savez que vous êtes en France quand même et qu’en France on a la droite la plus bête du monde. Vous savez quand même que c’est breveté dans le monde entier. On est le pays des droits de l’homme et la droite la plus bête du monde. Ça va ensemble.
Non, vraiment, vous n’êtes pas raisonnables. Et puis, j’ai bien lu le thème de la Convention : « Comment trouver une alternative au progressisme ? » Comment et pourquoi chercher une alternative au progressisme ? N’entendez-vous pas dans ce terme doux le nom de progrès ? Songez-vous au sort de nos ancêtres paysans qui souffraient de la famine et à Louis XIV martyrisé par les médecins de Molière ?
Non, vous n’êtes pas sérieux, pas raisonnables. Le progrès, c’est la grande affaire de notre temps, la grande religion de notre temps. Autre chose que Jésus Christ ou Moïse. Et depuis deux siècles, vous vous rendez compte ? Comment refuser le progrès qui nous tend les bras ? Comment ne pas louer cette magnifique révolution industrielle qui a permis la boucherie de Verdun ? Comment ne pas louer cette science qui nous a donné la bombe atomique ? Comment ne pas s’extasier devant la sublime Révolution française qui a donné la Terreur et ces lendemains qui chantent communistes qui ont donné le goulag ? Oui, franchement, comment ne pas être progressiste ?
Ah, il faut dire qu’on a longtemps hésité. Il y avait de quoi. À côté de ces massacres, si progressistes, il y avait aussi les antibiotiques, la pénicilline, la sécurité sociale et la cortisone pour la voix.
Mais depuis quelques décennies, la moindre hésitation n’est plus possible. Le progressisme n’est plus discutable. Le règne de l’individu libre a abattu les vieilles barrières entre les humains et les anciens préjugés. Le patriarcat est mort et les femmes sont libérées de millénaires d’oppression. Les esclaves ont été sortis de leurs fers, Caroline de Haas et Rokhaya Diallo sont reines du monde. C’est quand même autre chose que Bonaparte et Victor Hugo.
La mondialisation heureuse a fait sortir des centaines de millions de Chinois ou d’Africains de la misère. Et tant pis si elle a fait plonger des dizaines de millions d’Occidentaux dans la pauvreté et le chômage. Chacun son tour. Après tout, les ouvriers blancs ont bien profité de la colonisation et de l’échange inégal. Il n’est que justice qu’ils paient.
Les beautés du progrès le plus récent me laissent chaque jour plus ébahi.
Comment ne pas être séduits par ce vent de liberté qui règne sur la France et sur l’Occident ? Comment ne pas approuver toutes ces lois qui sanctionnent la pensée et la parole car on est bien plus libre en pensant bien et en taisant des pensées mauvaises ?
Comment ne pas être heureux de voir ces hommes au système pileux abondant qui peuvent enfin avouer leur vraie nature de femme, de voir ces femmes qui n’ont plus besoin du contact dégoûtant des hommes pour faire des bébés, de voir ces mères qui n’ont plus besoin d’accoucher pour être mère ? Comme dit la magnifique Agnès Buzyn, « une femme peut être un père ».
Comment ne pas être emporté par le niveau brillant des copies de ces innombrables bacheliers qui s’amoncellent chaque année ?
Comment repousser le charme entêtant de ce langage inclusif avec tous ces petits points qui ressemble au petit train de notre enfance ?
Comment ne pas goûter l’inventivité verbale de nos maîtres : « féminicide », « préjugé genré », « lutte intersectionnelle », « femme racisée » ? Ce sabir magnifique que seuls des ringards refusent d’adopter.
Comment ne pas être ébloui par l’élégance des tenues de notre ministre préférée, Sibeth N’Diaye, sommet de la distinction française ?
Comment ne pas se pâmer devant un art contemporain dont la beauté renvoie aux poubelles de l’histoire tous nos grands peintres du passé ?
Et comment ne pas s’extasier devant la plume si élégante d’une Christine Angot qui fait passer Voltaire et Stendhal pour d’obscurs tâcherons ?
Oui, sans oublier le génie de nos architectes d’aujourd’hui à côté de qui Gabriel ou Lebrun sont des besogneux académiques.
Non, vraiment, vous n’êtes pas raisonnables. Mais, parce que je me suis déplacé et que vous êtes nombreux, je peux quand même essayer de vous aider.
Pour trouver une alternative au progressisme, il faudrait d’abord le définir. Enfin, c’est ainsi qu’on nous apprenait jadis à travailler. Je vous propose une définition :
Progressisme : la religion du progrès, un millénarisme qui fait de l’individu un dieu et de ses volontés jusqu’aux caprices un droit sacré et divin.
Le progressisme est un matérialisme divinisé qui croit que les hommes sont des êtres indifférenciés, interchangeables, sans sexes ni racines, des êtres entièrement construits comme des Lego et qui peuvent être donc déconstruits par des démiurges.
Le progressisme est un messianisme sécularisé, comme le furent le jacobinisme, le communisme, le fascisme, le nazisme, le néolibéralisme ou le droit-de-l’hommisme.
Le progressisme est une révolution. D’ailleurs, souvenez-vous, le livre de campagne de notre cher Président s’appelait Révolution. Une révolution ne supporte aucun obstacle, aucun retard, aucun état d’âme. Robespierre nous a appris qu’il fallait tuer les méchants. Lénine et Staline ont rajouté qu’il fallait aussi tuer les gentils.
La société progressiste au nom de la liberté est une société liberticide. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Le cri de Saint-Just est toujours à son programme. Depuis les Lumières, depuis la Révolution française, depuis la révolution de 17, jusqu’à même la IIIe République avec ses radicaux franc-macs, jusqu’à aujourd’hui, c’est toujours le même progressisme : la liberté, c’est pour eux, pas pour les autres. La liberté, eux seuls peuvent l’apprécier et en user. La liberté, eux seuls en sont dignes.
Nous croyons être sortis de cet engrenage funeste, alors que nous y sommes rentrés. C’est que notre dictature a pris des couleurs inusitées et que nos maîtres ont eu l’habileté de conserver les formes de la démocratie pour mieux les vider de l’intérieur.
Pour servir ce pouvoir tyrannique et nous imposer cette idéologie diversitaire, comme l’appelle joliment mon ami Bock-Côté, on a mis en place un appareil de propagande qui réunit la télévision, la radio, le cinéma, la publicité, sans oublier les chiens de garde d’Internet. Son efficacité fait passer Goebbels pour un modeste artisan et Joseph Staline pour un débutant timoré.
Le progressisme, c’est l’omniprésence de la parole soi-disant libre, servie par une technologie d’une puissance de diffusion jamais vue dans l’histoire mais en même temps, comme ils aiment dire, un appareil répressif de plus en plus sophistiqué pour la canaliser et la censurer.
D’un côté, les libéraux et le marché ont ouvert nos pays aux grands vents du libre-échange mondialisé, abattant frontières et petits commerces, transformant les anciens citoyens en consommateurs individualistes et quasi hystériques, soumis aux injonctions des publicitaires et des grandes entreprises.
De l’autre, l’extrême-gauche a troqué son marxisme et son bréviaire de la lutte des classes pour la sainte cause des minorités, qu’elles soient sexuelles ou ethniques, et a remplacé la rue et les barricades par les prétoires.
Les juges, conditionnés par la propagande de gauche dès l’école de la magistrature, sont devenus les relais et souvent les complices des associations diverses à qui ils servent de bras armés pour racketter les dissidents et terroriser la majorité autrefois silencieuse et aujourd’hui tétanisée.
Tous ceux qui se sentaient à l’étroit dans l’ancienne société régie par le catholicisme et le Code civil, tous ceux à qui on avait fait miroiter une libération et qui y avaient légitimement cru, les femmes, les jeunes, les homosexuels, les basanés, les juifs, les protestants, les athées, tous ceux qui se sentaient une minorité mal vue au sein de la majorité des mâles blancs hétérosexuels catholiques et qui ont joyeusement déboulonné la statue au rythme saccadé des déhanchements de Mick Jagger, tous ceux-là ont été les idiots utiles d’une guerre d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel.
Non pas un mouvement de libération des femmes. Non pas un combat pour l’égalité entre hommes et femmes. Non pas même un abaissement de tous les mâles au nom d’une revanche universelle contre le patriarcat. Rien de tout cela.
Le seul ennemi à abattre, c’était l’homme blanc hétérosexuel catholique.
Le seul à qui on fait porter le poids du péché mortel de la colonisation, de l’esclavage, de la pédophilie, du capitalisme, du saccage de la planète, le seul à qui on interdit les comportements les plus naturels de la virilité depuis la nuit des temps au nom de la nécessaire lutte contre les préjugés de genre, le seul à qui on arrache son rôle de père, le seul qu’on transforme au mieux en seconde mère ou au pire en gamète, le seul qu’on accuse de violences conjugales, le seul qu’on balance comme un porc.
On voue aux gémonies un Bernard Pivot parce qu’il évoque sa jeunesse éprise de jolies Suédoises et on pardonne tout au rappeur qui insulte et appelle au viol, voire au meurtre des femmes blanches.
Je vous invite à lire la prose des indigénistes, des féministes racisées, des luttes intersectionnelles qui gangrènent nos facs après avoir pourri les plus grandes universités américaines. Que disent-elles ? Qu’elles sont d’abord noires ou arabes ou musulmanes. Qu’elles appartiennent à leur race – oui, oui, elles, elles ont le droit d’employer le mot -, à leur religion – l’islam -, à leur pays – en tout cas celui de leurs parents. Qu’elles n’ont que faire d’une solidarité avec des femmes qui sont d’abord pour elles des femmes françaises, des bourgeoises et surtout des Blanches. Que leurs hommes sont ce qu’ils sont, avec leurs défauts, leurs énormes préjugés de genre, et même leurs violences. Mais qu’ils sont ainsi non parce qu’ils sont des hommes, mais parce qu’ils ont été dominés et asservis par l’homme blanc. Que leur seul ennemi est l’homme blanc. Et qu’elles ont besoin de leurs hommes pour l’abattre.
Celles-là ont compris l’évolution du rapport de force. L’homme blanc hétérosexuel catholique n’est pas attaqué parce qu’il est trop fort, mais parce qu’il est trop faible, non parce qu’il est assez tolérant, mais parce qu’il l’est trop. C’est le faible et humaniste Louis XVI qu’on guillotine, pas l’inflexible et puissant Louis XIV.
Il faut donc sonner l’hallali, achever la bête blessée. Cioran nous avait prévenus : « Tant qu’une nation a conscience de sa supériorité, elle est farouche et respectée. Dès qu’elle ne l’a plus, elle s’humanise et ne compte plus. »
Tant que les féministes blanches continuent de les rejoindre dans ce seul combat contre l’homme blanc hétérosexuel, elles sont les bienvenues. De même pour les mouvements homosexuels, LGBTQ et autres XYZ. Dès que tous ceux-là ne veulent plus se cantonner à cette seule lutte à mort entre les races et les religions, ils redeviennent, tels le carrosse de Cendrillon redevenant citrouille, que des sales Blanches bourgeoises.
Formidable, exceptionnelle réussite ! Nos progressistes, si brillants, si arrogants, si férus d’avenir et se souciant du passé comme de leur dernier iPhone, qui croyaient avoir dépassé le stade archaïque de la guerre des nations et de la guerre des classes, nous ont ramenés à la guerre des races et à la guerre des religions. Ils ont ramené l’avenir à Charles Martel et au siège de Vienne de 1683, ils ont ramené l’avenir à la guerre du feu.
Nous sommes ainsi pris entre l’enclume et le marteau de deux universalismes qui écrasent nos nations, nos peuples, nos territoires, nos traditions, nos modes de vie, nos cultures : d’un côté, l’universalisme marchand qui, au nom des droits de l’homme, asservit nos cerveaux pour les transformer en zombies déracinés ; de l’autre, l’universalisme islamique qui tire profit très habilement de notre religion des droits de l’homme pour protéger son opération d’occupation et de colonisation de portions du territoire français qu’il transforme peu à peu, grâce au poids du nombre et de la loi religieuse, en enclaves étrangères, en ce que l’écrivain algérien Boualem Sansal, qui a vu les islamistes en Algérie opérer ainsi dans les années 80, appelle des « Républiques islamiques en herbe ».
L’universalisme droits-de-l’hommiste nous empêche de nous défendre au nom d’un individualisme borné qui ne voit pas que ce ne sont pas des individus qui sont en cause mais des grandes masses, que ce sont des civilisations qui s’affrontent sur notre sol dans un combat millénaire et non pas des individus qui se côtoient dans le court laps de leur vie sur terre. Ces soi-disant libéraux ont oublié la leçon d’un de leurs maîtres les plus réputés, Benjamin Constant, qui disait : « Tout est moral chez les individus, tout est physique dans les masses. Un individu est libre parce qu’il n’a en face de lui que d’autres individus de même force. Dès qu’il entre dans une masse, il n’est plus libre. »
Ces deux universalismes sont à la fois rivaux et complices. Le marché s’adapte à tout tant qu’il peut faire du profit. Il a placé ses hommes à la tête de l’État pour utiliser son monopole de la contrainte légitime comme bras armé. Ainsi l’État français, qui fut le génie bienveillant des populations françaises, qui le protégeait des féodaux et des prédateurs étrangers, qui fit de ce peuple rassemblé sur le territoire entre la Méditerranée et l’Atlantique la grande nation crainte dans toute l’Europe et le monde entier, est devenu, par un retournement incroyable, l’arme de destruction de la nation et l’asservissement de son peuple, du remplacement de son peuple par un autre peuple, une autre civilisation.
Ces deux universalismes, ces deux mondialismes, sont deux totalitarismes.
Puisque nos grandes consciences progressistes, puisque nos médias et jusqu’à notre président de la République lui-même aime tant les années 30, on va leur en donner. On va faire une comparaison avec cette époque.
Nous vivons sous le règne d’un nouveau pacte germano-soviétique. Nos deux totalitarismes s’allient pour nous détruire avant de s’entre-déchirer ensuite. C’est leur objectif commun, leur Graal. Aux libéralistes droits-de-l’hommistes, les métropoles. À l’islam, les banlieues.
Les uns servent pour l’instant de domestiques aux autres : livreurs de pizza, taxis, nounous, cuisines de restaurant et drogues. Les autres protègent leurs domestiques de leurs pouvoirs médiatique et judiciaire contre la détestation sourde de ce peuple français qu’ils vomissent, les uns et les autres, les uns parce qu’ils sont français et pas américains, les autres parce qu’ils sont de culture catholique et pas musulmane.
De nombreux bons esprits ont comparé ces dernières années l’Union européenne à la défunte Union soviétique et l’arme monétaire de la BCE aux chars du Pacte de Varsovie lancés au service de la doctrine Brejnev de la souveraineté limitée. On voit actuellement en Italie, en Angleterre comment les parlements et les juges combattent avec une rare efficacité la volonté des peuples. Le droit et les procédures soi-disant constitutionnels contre la liberté des peuples. On est revenu en plein dans les régimes qui se prétendaient eux aussi démocraties populaires.
Quant à l’islam, nous avons l’embarras du choix. Dans les années 30, les auteurs les plus lucides qui dénonçaient le danger allemand comparaient le nazisme à l’islam. Oui, l’islam, ils disaient l’islam et personne ne leur reprochait de stigmatiser l’islam. À la limite, beaucoup trouvaient qu’ils exagéraient un petit peu. Bien sûr, disaient-ils, le nazisme est parfois un peu raide et intolérant, mais de là à le comparer à l’islam…
Quelques années plus tard, après-guerre, un autre totalitarisme, le communisme, menaçait. Et la même comparaison revint au goût du jour. Maxime Rodinson, un des plus grands spécialistes de l’islam, disait : « C’est un communisme avec Dieu. » Toujours cette même comparaison, cette même obsession, diront certains.
Alors, je sais, on va m’accuser d’islamophobie, j’ai l’habitude. On sait tous que ce concept fumeux d’islamophobie a été inventé pour rendre impossible la critique de l’islam, pour rétablir la notion de blasphème au profit de la seule religion musulmane. Une notion de blasphème abolie, je le rappelle, en 1789. Mais les progressistes qui sacralisent la Révolution ne sont pas à une contradiction près et sont prêts à bazarder un de ses acquis pour protéger leur cher islam.
Ce que nos progressistes ne parviennent pas à comprendre, c’est que l’avenir n’est pas régi par des courbes économiques, mais par des courbes démographiques. Celles-ci sont implacables.
L’Afrique, qui était une terre vide de 100 millions d’habitants en 1900, sera une terre pleine à ras bord de 2 milliards et plus en 2050. L’Europe, qui était alors une terre pleine de 400 millions d’habitants – quatre fois plus – n’est montée qu’à 500 millions – un pour quatre. Le rapport s’est exactement inversé.
À l’époque, le dynamisme démographique de notre continent a permis aux Blancs de coloniser le monde. Ils ont exterminé les Indiens et les Aborigènes, asservi les Africains. Aujourd’hui, nous vivons une inversion démographique qui entraîne une inversion des courants migratoires qui entraîne une inversion de la colonisation. Je vous laisse deviner qui seront leurs Indiens et leurs esclaves. C’est vous.
À chaque vague démographique correspond son drapeau idéologique. La France du XVIIIe siècle – on l’appelle à l’époque la Chine de l’Europe – conquiert le continent avec les droits de l’homme. L’Angleterre du XIXe siècle victorien et ses neuf enfants par famille légitime son impérialisme par la supériorité raciale du Wasp (White Anglo-Saxon Protestant). Les Allemands de la fin du XIXe siècle inventent le pangermanisme – déjà racialiste – puis le nazisme pour légitimer leur poussée vitale vers l’Est.
Cette fois-ci, le vitalisme démographique africain a un drapeau tout trouvé : l’islam. L’islam qui avait déjà été le drapeau de l’Orient contre la Grèce de l’Antiquité, le christianisme, reprend du service. Ah, il n’a pas changé depuis le Moyen Âge, il est prêt à l’emploi pour nous vaincre avec nos droits de l’homme et nous dominer avec sa charia, comme disait le prédicateur al-Qaradawi.
« Nous sommes arrivés aujourd’hui au temps des conséquences et de l’irréparable », disait Drieu la Rochelle dans les années 30. En France, comme dans toute l’Europe, tous nos problèmes sont aggravés – je ne dis pas « créés » mais « aggravés » – par l’immigration : école, logement, chômage, déficits sociaux, dette publique, ordre public, prisons, qualifications professionnelles, urgences aux hôpitaux, drogues ; et tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam. C’est la double peine.
Tous les économistes nous expliquent doctement que l’économie est d’abord une affaire de confiance. Or le grand sociologue américain Robert Putnam a démontré que la confiance entre les gens diminuait au fur et à mesure que la société était moins homogène ethniquement et culturellement. Mais on continue à nous seriner que l’immigration est une richesse. Cherchez l’erreur.
La question qui se pose donc à nous est la suivante : les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? Si oui, ils méritent leur colonisation. Si non, ils devront se battre pour leur libération. Mais comment se battre ? Où se battre ? Sur quoi se battre ?
Se battre comme certains l’ont fait depuis des années, courageusement, avec les vieux mots de la République – la laïcité, l’intégration, l’ordre républicain ? Malheureusement, ces mots n’ont plus de sens. Immigration, intégration, délinquance, incivilité, vivre-ensemble, et même assimilation, République, valeurs républicaines, État de droit, tout cela ne veut plus rien dire. Tout a été retourné, dévoyé, vidé de son sens. Les vieux socialistes comme Jaurès ou Blum n’appelleraient plus République ce que nous appelons aujourd’hui République. Tous ceux qui s’accrochent encore à ce vieux langage républicain sont aussi désuets que le fut Charles X lorsqu’il voulut à l’aube de son règne rétablir le sacre d’antan à la manière de ses ancêtres rois absolus. Il fut ridicule car entre-temps la Révolution et l’Empire avait tout balayé.
Les débats idéologiques contemporains sont comme les chansons d’aujourd’hui : des reprises des tubes des années 80. Laïcité ou liberté, intégration ou assimilation, droit d’asile, ouverture ou fermeture, ils ne correspondent plus à notre époque. Ces questions, ces débats sont dépassés, désuets, obsolètes. Des questions mortes qui errent encore comme les âmes mortes de Gogol.
L’immigration, c’était naguère venir d’un pays étranger pour donner à ses enfants un destin français. Aujourd’hui, les immigrés viennent en France pour continuer à vivre comme au pays. Ils gardent leur histoire, leurs héros, leurs mœurs, leurs prénoms, leurs femmes qu’ils font venir de là-bas, leurs lois qu’ils imposent de gré ou de force aux Français de souche qui doivent se soumettre ou se démettre, c’est-à-dire vivre sous la domination des mœurs islamiques et du halal ou fuir.
Ainsi se comportent-ils comme en terre conquise, comme se sont comportés les Pieds-noirs en Algérie ou les Anglais en Inde : ils se comportent en colonisateurs. Les caïds et leurs bandes s’allient à l’imam pour faire régner l’ordre dans la rue et dans les consciences selon la vieille alliance du sabre et du goupillon, en l’occurrence la kalach et la djellaba. Il y a une continuité entre les viols, vols, trafics jusqu’aux attentats de 2015 en passant par les innombrables attaques au couteau dans les rues de France. Ce sont les mêmes qui les commettent, qui passent sans difficulté de l’un à l’autre pour punir les kouffars, les infidèles. C’est le djihad partout et le djihad pour tous et par tous.
Tous les ministres de l’Intérieur depuis trente ans jouent les matamores pour combattre les trafics de drogue dans les banlieues et prétendent restaurer l’ordre républicain. Ils ne comprennent pas que pour restaurer l’ordre républicain dans les quartiers, il faut d’abord ramener la France dans ces enclaves étrangères.
Dans la rue, les femmes voilées et les hommes en djellaba sont une propagande par le fait, une islamisation de la rue, comme les uniformes d’une armée d’occupation rappellent aux vaincus leur soumission.
Au triptyque d’antan « immigration, intégration, assimilation » s’est substitué « invasion, colonisation, occupation ».
J’aime la formule de Renaud Camus : « Entre vivre et vivre ensemble il faut choisir ». La question est donc aujourd’hui celle du peuple. Le peuple pour refaire une nation. Le peuple français contre les universalismes qu’ils soient marchands ou islamiques. Le peuple français contre les cosmopolites citoyens du monde qui se sentent plus proches des habitants de New York ou de Londres que de leurs compatriotes de Montélimar ou de Béziers et le peuple français contre l’universalisme islamique qui transforme Bobigny, Roubaix, Marseille en autant de Républiques islamiques et qui brandit les drapeaux algériens ou palestiniens lorsque son équipe de football gagne, enfin son équipe de cœur, l’équipe du pays de leurs parents, pas l’équipe de leur carte d’identité ou de leur carte vitale.
Nous devons tout remettre sur pied.
Nous devons nous affranchir de la religion des droits de l’homme puisqu’elle a oublié qu’elle s’adressait aussi aux citoyens. Lamartine écrivait dans l’Histoire des Girondins : « Quand il y a contradiction entre des principes et la survie de la société, c’est que ces principes sont faux car la société est la vérité suprême. »
Nous devons nous affranchir des pouvoirs de nos maîtres : médias, universités, juges.
Nous devons restaurer la démocratie qui est le pouvoir du peuple contre la démocratie libérale qui est devenue le moyen au nom de l’État de droit d’entraver la volonté populaire.
Nous devons abolir les lois liberticides qui au nom de la non-discrimination nous rendent étrangers dans nos propres pays.
Nous devons au contraire partout remettre à l’honneur le principe de la préférence nationale qui n’est rien d’autre que le fondement d’une nation qui n’a de raison d’être que si elle privilégie les siens au détriment des autres.
Nous devons assumer notre conception de l’écologie, celle qui défend d’abord la beauté de nos paysages, de nos sites, de notre art de vivre, de notre culture, de notre civilisation.
Bien sûr, nous devons être conservateurs, et conservateurs de notre identité, mais que pouvons-nous conserver puisque tout a été détruit ? Notre tâche est plus immense, presque désespérée : nous devons restaurer.
Je ne dis pas que la question de l’identité est la seule question qui nous soit posée, je ne dis pas que l’économie n’existe pas, que la désindustrialisation n’existe pas, que les fins de mois difficiles n’existent pas, que les petites retraites n’existent pas, que le Code du travail n’existe pas, que les délocalisations n’existent pas, que les contraintes et défauts de l’euro n’existent pas.
Je prétends seulement que la question identitaire du peuple français les précède toutes, qu’elle préexiste à toutes, même à celle de la souveraineté. C’est une question de vie ou de mort. Une République islamique française pourrait être souveraine, en quoi serait-elle française ?
Cette question de l’identité est aussi la plus rassembleuse, car elle réunit les classes populaires et les classes moyennes, et même une partie de la bourgeoisie qui est restée attachée à son pays. Oui, elle réunit toutes les droites, jusqu’à une gauche restée près du peuple français, sauf la gauche internationaliste et la droite mondialiste, qui est déjà passée chez les progressistes macronistes et pour qui la France n’existe plus et pour qui importent seulement les villes dans le monde où sont localisées les banques qui gèrent son argent.
Nous devons savoir que la question du peuple français est existentielle quand les autres relèvent des moyens d’existence. Les jeunes Français seront-ils majoritaires sur la terre de leurs ancêtres ?
Je répète cette question car jamais elle n’avait été posée avec une telle acuité. Dans le passé, la France a été menacée de dislocation, de polonisation comme on disait en référence au partage de la Pologne, elle a été occupée, rançonnée, asservie, mais jamais son peuple n’a été menacé de remplacement sur son propre sol.
Ne croyez pas ceux qui vous mentent depuis 50 ans. Ne croyez pas ceux qui, comme Macron aujourd’hui, reprennent les mêmes mots que Hollande, Sarkozy, Chirac et Giscard. Quand vous entendez que notre politique d’immigration doit être ferme et humaine à la fois, vous pouvez être sûrs qu’elle ne sera pas ferme et qu’elle sera humaine pour les immigrés mais pas pour les Français.
Ne croyez pas les démographes et leurs porteurs médiatiques de bonnes nouvelles. Souvenez-vous de la phrase de Churchill qui disait : « Je ne crois qu’aux statistiques que j’ai trafiquées moi-même. »
Ne croyez pas les optimistes qui vous disent que vous avez tort d’avoir peur. Vous avez raison d’avoir peur : c’est votre vie en tant que peuple qui est en jeu.
Ne croyez pas ces optimistes qui sont comme les pacifistes de toutes les époques. Ils s’aveuglent volontairement, ils sont comme Aristide Briand, ce grand pacifiste d’après la Première Guerre mondiale qui criait « Guerre à la guerre » et écrivait au chancelier allemand Streisemann : « Je jette au panier tous les jours des rapports de mon état-major qui me montrent des preuves du réarmement de l’Allemagne. »
De même nos Briand d’aujourd’hui mettent au panier toutes les collections de Coran qu’on leur apporte remplies de sourates qui donnent l’ordre d’égorger tous les mécréants, les infidèles, les juifs et les chrétiens.
Ne croyez pas les optimistes. Récitez-vous la célèbre phrase de Bernanos que beaucoup connaissent déjà : « L’optimisme est la fausse espérance des lâches et des imbéciles, la vraie espérance est le désespoir surmonté ».
Mais je sais que si vous êtes ici aujourd’hui, c’est que vous surmontez.
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mardi, octobre 02, 2018
A l’exemple de Manuel Valls et de l’ONU : où l’on commence par un petit personnage et on finit par la grande stratégie
« Manuel Valls met en lumière l'absence cruelle de la figure de l'homme d'État »
******************
La politique n'est plus qu'un « job » parmi d'autres. Et, en vertu de la flexibilité alliée au boniment du développement personnel, on serait en droit de changer de « nation » comme on change d'entreprise quand on n'y trouve plus son compte [quand je vois le nombre de Français de souche qui fuient à l’étranger, ça me fait mal]. La traversée du désert ? Rester fidèle à son engagement d'élu national malgré les aléas de la basse-cour politicienne ? Très peu pour Manuel Valls. Qu'à cela ne tienne, puisque la France est mauvaise mère d'adoption, il retourne dans les jupons de sa mère biologique, la Catalogne. Rappelons quand même que Manuel Valls n'a fait que naître à Barcelone, volonté de ses parents qui étaient déjà installés en France où il a donc grandi et vécut toute sa vie. Puisque l'horizon semble désormais bouché en France, allons voir si l'herbe est plus verte chez le voisin. Ce qui compte n'est-ce pas d'abord l'épanouissement personnel du petit Manuel, et non, en homme d'État, le dévouement à la patrie ?
Oui, un grand mot que la patrie. Elle mérite ici, dans toute sa noblesse, d'être interpellée car Manuel Valls n'a pas manqué au cours de plus de trente ans de vie politique de faire de grandes déclarations d'amour à la France. Tout cela sonne aujourd'hui comme un mensonge à celle qu'il disait aimer follement, une tromperie des plus ordinaires. La France qu'il prétendait aimer ne lui donne pas ce qu'il veut, il va voir ailleurs. La France se sent trahie, il ne peut venir lui en faire le reproche puisqu'il lui avait conté fleurette pour s'en détourner à la moindre déconvenue. Osera-t-il une fois perdue l'élection à la mairie de Barcelone lui demander de «passer l'éponge» pour le reprendre au sein du chaleureux foyer ?
[…]
Les Français attendent d'un homme d'État qu'il serve les intérêts de la nation avant ceux de l'Europe ou d'une virtuelle « communauté internationale », et qu'il ne serve pas d'abord ses intérêts personnels. Un homme d'État lucide, dont la vision serait fondée sur une analyse de la situation ne cédant pas aux appréciations moralistes du moment et/ou aux injonctions de technocrates, de lobbies, qui n'ont comme boussole que la loi du Marché. Un homme d'État peut avoir une ambition démesurée, mais à condition que celle-ci serve la France et non son narcissisme. L'homme d'État a de la patience dans l'adversité, il accueille les traversées du désert comme des occasions de reprendre contact avec une réalité qu'il a perdue de vue, avec des composantes de la nation qu'il a négligées, il n'est pas cet homme pressé qui continue à s'agiter dans le landerneau politico-médiatique pour exister. Le désamour des Français pour leur classe politique n'est pas prêt de cesser, à observer « les profils » aujourd'hui sous nos yeux.
Depuis la naissance de l'État moderne théorisé par le français Jean Bodin (XVIè) puis l'anglais Thomas Hobbes (XVIIè), les qualités attendues d'un homme d'État ont pu connaître quelques inflexions suivant l'évolution du système politique démocratique. Néanmoins, la mission ultime de l'homme d'État demeure la défense des intérêts de sa nation, la loyauté à l'égard de sa patrie, dans le dépassement de sa vanité individuelle et ses petites ambitions personnelles. En cela donc on peut dire que Manuel Valls n'était pas un homme d'État français. Mais catalan, qui sait : chaque patrie a les grands hommes qu'elle mérite …
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Certains, ici, s’insurgent quand je dis qu’il y a trop de métèques en politique française, trop de politiciens aux origines douteuses et au patriotisme de même, aux doubles, voire aux triples, allégeances. Mais c’est tout de même bien un problème de fond : comment obéir à quelqu’un qu’on peut légitimement soupçonner d’être un traitre ou, du moins, un homme au patriotisme douteux ?
On me citera Mazarin et Gambetta. Mais cela renforce mon propos : le patriotisme d’un métèque doit être insoupçonnable, plus que celui d’un Français de France, pour que le soupçon ne puisse accrocher. Quand un métèque fait une politique qui ne paraît pas au service du pays mais d’autre chose, il faut se débarrasser du métèque.
Les organisations internationales sont-elles une forteresseprogressiste imprenable dans la lutte entre libéraux etconservateurs ?
******************
Aujourd’hui - Trump le premier - se heurtent aux plus grosses oppositions [dans les organisations internationales].
Les organisations internationales sont les forteresses dans lesquelles le progressisme, battant en retraite sur une partie de la planète, va se réfugier pour tâcher de résister - et d’où il pourrait bien, si nous sommes naïfs, nous empêcher de prendre le pouvoir. Nous autres conservateurs sommes sans doute trop optimistes lorsque nous faisons confiance aux forces de l’histoire pour substituer une ère conservatrice à l’ère du libéralisme dominant en train de s’achever. Il faut plutôt nous préparer à un combat sans merci. Et les progressistes disposent, dans la bataille, de positions très solides qui peuvent leur permettre de rester au pouvoir de bien des manières. Avez-vous jamais réfléchi à ce paradoxe : Emmanuel Macron élu, dans votre pays, alors qu’il est le plus fervent des européistes et que la cause de l’Europe fédérale est devenue minoritaire en France au plus tard lors du référendum de 2005 ? Mais le jeu politique est bloqué par l’appartenance de votre pays à cette fédération qu’est l’Union Européenne: les candidats pro-Union partent avec un avantage compétitif quasi-insurmontable pour leurs adversaires; ils peuvent s’appuyer sur un appareil médiatique, des réseaux de grandes entreprises et une « sainte alliance » des gouvernants quasi-unanimement acquis à la cause européiste. Avec l’élection présidentielle française de 2002 au plus tard, il est devenu clair que le jeu normal des forces politiques ne pouvait plus s’exprimer - quelle que soit l’expression du vote populaire, à la fin c’est l’européisme qui gagne. C’est au nom de l’Union Européenne que vos gouvernements successifs font passer la plupart des réformes qu’ils entreprennent. C’est au nom de l’Europe que toute position économique ou politique réaliste est systématiquement écartée. Je m’attarde sur l’Union Européenne mais je pourrais prendre d’autres exemples. Prenons la question du réchauffement climatique.
Personne d’honnête intellectuellement n’en connaît les causes ni n’est capable d’en dire avec certitude l’ampleur. C’est une question qui devrait être laissée aux scientifiques, sans récupération. Mais vous trouverez toujours suffisamment d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires internationaux prêts - contre leur discours affiché de souci pour l’environnement - à brûler des millions de litres de kérosène pour se rencontrer à différents points de la planète, décréter que c’est l’activité humaine qui explique le réchauffement et décider ensemble de contre-mesures dont ils vous diront, aussitôt prises, qu’elles sont tout à fait insuffisantes. il faudra à nouveau brûler beaucoup de kérosène pour la réunion suivante.
[…]
Une fois que l’on a cela en tête, on comprend mieux ce qui se joue à l’échelle mondiale. Dans l’euphorie progressiste de l’après-Seconde Guerre mondiale, les organisations internationales se sont multipliées, sur à peu près tous les sujets de la vie collective. Des bureaucraties internationales se sont établies; elles sont devenues pléthoriques, au service d’intérêts puissants - de l’intérêt des puissants, devrait-on dire: les logiques transnationales sont des logiques oligarchiques, où la voix des dominants est prépondérante. Aujourd’hui, ces organisations et ces intérêts sont d’autant plus solides qu’au progressisme socialiste de l’après-guerre a succédé le progressisme libéral à la fin du XXè siècle. De Roosevelt à Obama, il existe une profonde continuité « multilatéraliste ». La puissance des réseaux ainsi mise en place est telle qu’elle conduit à verrouiller de plus en plus les politiques nationales, qui adoptent des objectifs « collectifs » dont il est quasiment impossible de sortir puisqu’ils ont été adoptés dans des traités signés par les gouvernements et ratifiés par les parlements. Assez naturellement, les classes aisées de la société produisent, à chaque génération, toujours plus de défenseurs des systèmes trans- ou supranationaux mis en place. Et lorsque se lève un politique prêt à défendre d’autres intérêts, il le fait, le plus souvent, au nom du peuple, c’est-à-dire des couches précarisées par l’ordre international.
C’est moins souvent, au départ, l’outrance du propos qui fait traiter de populisme ce qui est dit, que l’opposition exprimée aux objectifs partagés par les élites nationales et internationales. Ou, pour le dire autrement, le système progressiste ne laisse souvent pas d’autre choix aux opposants que celui de l’outrance pour se faire entendre.
Les organisations supranationales de toute sorte sont des machines à générer des populismes: et ceux-ci, au fond, les arrangent bien car ils ne mettent pas fondamentalement en cause le système. En 2002, la gauche s’est bouché le nez mais elle a voté Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen. En 2005, les « populistes » ont réussi, en s’additionnant, à faire voter non, majoritairement, au traité constitutionnel européen; mais Nicolas Sarkozy a repris les choses en main, depuis la droite, en mettant ce qu’il fallait de populisme dans son discours pour être élu puis en faisant adopter le traité de Lisbonne, à peine élu. Sarkozy avait le potentiel d’un Donald Trump mais il n’était pas fait de la même trempe: il ne voulait pas lutter pendant cinq ou dix ans contre l’establishment libéral. Nous en sommes arrivés au moment où les populismes se sont tellement multipliés partout dans le monde qu’ils semblent en mesure de l’emporter. Certains prédisent par exemple une victoire des populistes aux prochaines élections européennes. Mais cela produirait-il quelque chose? Le problème des populismes, c’est qu’ils n’ont pas encore pu effectuer leur mue conservatrice. Ils restent fort démunis face à la puissance de ces forteresses progressistes que sont les organisations inter-, trans- ou supranationales. L’establishment libéral dispose encore d’une puissance de feu considérable. Regardez comme le parti démocrate a passé deux ans à tenter de renverser Trump, par une série de coups d’Etat institutionnels avortés ; regardez la multiplication des lois sur les fake news , expression de la connivence entre élites politiques, médias, et GAFA au service de la préservation de l’ordre progressiste. Regardez comment, malgré la méfiance profonde des populations, un véritable eugénisme progressiste s’est mis en place depuis quelques décennies, les travaux de l’ONU ou les votes du Parlement européen servant à préparer le vote des parlements nationaux.
Bien entendu, il s’agit de faire en sorte que les conservateurs s’emparent des bastions du progressisme.
Remarquez que je dis bien : les conservateurs ! Le populisme doit effectuer sa mue conservatrice. C’est-à-dire qu’il doit s’assurer le soutien d’une partie des élites. Personnellement je ne crois pas au populisme de gauche. Il fabrique des faire-valoirs du système progressiste, tels Tsipras ou Mélenchon. Au contraire, on voit bien, dans le cas britannique, comme UKIP est susceptible de perdre ses électeurs au profit des grands partis, à commencer par le parti conservateur, à partir du moment où les partis de gouvernement respectent les intérêts populaires. C’est ce qui s’est passé dans les mois qui ont suivi le référendum sur le Brexit. Remarquez aussi comme UKIP remonte dans les sondages, mécaniquement, dès que le parti conservateur faiblit dans sa volonté d’appliquer le Brexit. Theresa May n’est pas une conservatrice complète car elle cherche un compromis avec les principes l’Union Européenne au lieu d’établir un rapport de force qui débouche sur un accord politique.
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La politique n'est plus qu'un « job » parmi d'autres. Et, en vertu de la flexibilité alliée au boniment du développement personnel, on serait en droit de changer de « nation » comme on change d'entreprise quand on n'y trouve plus son compte [quand je vois le nombre de Français de souche qui fuient à l’étranger, ça me fait mal]. La traversée du désert ? Rester fidèle à son engagement d'élu national malgré les aléas de la basse-cour politicienne ? Très peu pour Manuel Valls. Qu'à cela ne tienne, puisque la France est mauvaise mère d'adoption, il retourne dans les jupons de sa mère biologique, la Catalogne. Rappelons quand même que Manuel Valls n'a fait que naître à Barcelone, volonté de ses parents qui étaient déjà installés en France où il a donc grandi et vécut toute sa vie. Puisque l'horizon semble désormais bouché en France, allons voir si l'herbe est plus verte chez le voisin. Ce qui compte n'est-ce pas d'abord l'épanouissement personnel du petit Manuel, et non, en homme d'État, le dévouement à la patrie ?
Oui, un grand mot que la patrie. Elle mérite ici, dans toute sa noblesse, d'être interpellée car Manuel Valls n'a pas manqué au cours de plus de trente ans de vie politique de faire de grandes déclarations d'amour à la France. Tout cela sonne aujourd'hui comme un mensonge à celle qu'il disait aimer follement, une tromperie des plus ordinaires. La France qu'il prétendait aimer ne lui donne pas ce qu'il veut, il va voir ailleurs. La France se sent trahie, il ne peut venir lui en faire le reproche puisqu'il lui avait conté fleurette pour s'en détourner à la moindre déconvenue. Osera-t-il une fois perdue l'élection à la mairie de Barcelone lui demander de «passer l'éponge» pour le reprendre au sein du chaleureux foyer ?
[…]
Les Français attendent d'un homme d'État qu'il serve les intérêts de la nation avant ceux de l'Europe ou d'une virtuelle « communauté internationale », et qu'il ne serve pas d'abord ses intérêts personnels. Un homme d'État lucide, dont la vision serait fondée sur une analyse de la situation ne cédant pas aux appréciations moralistes du moment et/ou aux injonctions de technocrates, de lobbies, qui n'ont comme boussole que la loi du Marché. Un homme d'État peut avoir une ambition démesurée, mais à condition que celle-ci serve la France et non son narcissisme. L'homme d'État a de la patience dans l'adversité, il accueille les traversées du désert comme des occasions de reprendre contact avec une réalité qu'il a perdue de vue, avec des composantes de la nation qu'il a négligées, il n'est pas cet homme pressé qui continue à s'agiter dans le landerneau politico-médiatique pour exister. Le désamour des Français pour leur classe politique n'est pas prêt de cesser, à observer « les profils » aujourd'hui sous nos yeux.
Depuis la naissance de l'État moderne théorisé par le français Jean Bodin (XVIè) puis l'anglais Thomas Hobbes (XVIIè), les qualités attendues d'un homme d'État ont pu connaître quelques inflexions suivant l'évolution du système politique démocratique. Néanmoins, la mission ultime de l'homme d'État demeure la défense des intérêts de sa nation, la loyauté à l'égard de sa patrie, dans le dépassement de sa vanité individuelle et ses petites ambitions personnelles. En cela donc on peut dire que Manuel Valls n'était pas un homme d'État français. Mais catalan, qui sait : chaque patrie a les grands hommes qu'elle mérite …
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Certains, ici, s’insurgent quand je dis qu’il y a trop de métèques en politique française, trop de politiciens aux origines douteuses et au patriotisme de même, aux doubles, voire aux triples, allégeances. Mais c’est tout de même bien un problème de fond : comment obéir à quelqu’un qu’on peut légitimement soupçonner d’être un traitre ou, du moins, un homme au patriotisme douteux ?
On me citera Mazarin et Gambetta. Mais cela renforce mon propos : le patriotisme d’un métèque doit être insoupçonnable, plus que celui d’un Français de France, pour que le soupçon ne puisse accrocher. Quand un métèque fait une politique qui ne paraît pas au service du pays mais d’autre chose, il faut se débarrasser du métèque.
Les organisations internationales sont-elles une forteresseprogressiste imprenable dans la lutte entre libéraux etconservateurs ?
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Aujourd’hui - Trump le premier - se heurtent aux plus grosses oppositions [dans les organisations internationales].
Les organisations internationales sont les forteresses dans lesquelles le progressisme, battant en retraite sur une partie de la planète, va se réfugier pour tâcher de résister - et d’où il pourrait bien, si nous sommes naïfs, nous empêcher de prendre le pouvoir. Nous autres conservateurs sommes sans doute trop optimistes lorsque nous faisons confiance aux forces de l’histoire pour substituer une ère conservatrice à l’ère du libéralisme dominant en train de s’achever. Il faut plutôt nous préparer à un combat sans merci. Et les progressistes disposent, dans la bataille, de positions très solides qui peuvent leur permettre de rester au pouvoir de bien des manières. Avez-vous jamais réfléchi à ce paradoxe : Emmanuel Macron élu, dans votre pays, alors qu’il est le plus fervent des européistes et que la cause de l’Europe fédérale est devenue minoritaire en France au plus tard lors du référendum de 2005 ? Mais le jeu politique est bloqué par l’appartenance de votre pays à cette fédération qu’est l’Union Européenne: les candidats pro-Union partent avec un avantage compétitif quasi-insurmontable pour leurs adversaires; ils peuvent s’appuyer sur un appareil médiatique, des réseaux de grandes entreprises et une « sainte alliance » des gouvernants quasi-unanimement acquis à la cause européiste. Avec l’élection présidentielle française de 2002 au plus tard, il est devenu clair que le jeu normal des forces politiques ne pouvait plus s’exprimer - quelle que soit l’expression du vote populaire, à la fin c’est l’européisme qui gagne. C’est au nom de l’Union Européenne que vos gouvernements successifs font passer la plupart des réformes qu’ils entreprennent. C’est au nom de l’Europe que toute position économique ou politique réaliste est systématiquement écartée. Je m’attarde sur l’Union Européenne mais je pourrais prendre d’autres exemples. Prenons la question du réchauffement climatique.
Personne d’honnête intellectuellement n’en connaît les causes ni n’est capable d’en dire avec certitude l’ampleur. C’est une question qui devrait être laissée aux scientifiques, sans récupération. Mais vous trouverez toujours suffisamment d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires internationaux prêts - contre leur discours affiché de souci pour l’environnement - à brûler des millions de litres de kérosène pour se rencontrer à différents points de la planète, décréter que c’est l’activité humaine qui explique le réchauffement et décider ensemble de contre-mesures dont ils vous diront, aussitôt prises, qu’elles sont tout à fait insuffisantes. il faudra à nouveau brûler beaucoup de kérosène pour la réunion suivante.
[…]
Une fois que l’on a cela en tête, on comprend mieux ce qui se joue à l’échelle mondiale. Dans l’euphorie progressiste de l’après-Seconde Guerre mondiale, les organisations internationales se sont multipliées, sur à peu près tous les sujets de la vie collective. Des bureaucraties internationales se sont établies; elles sont devenues pléthoriques, au service d’intérêts puissants - de l’intérêt des puissants, devrait-on dire: les logiques transnationales sont des logiques oligarchiques, où la voix des dominants est prépondérante. Aujourd’hui, ces organisations et ces intérêts sont d’autant plus solides qu’au progressisme socialiste de l’après-guerre a succédé le progressisme libéral à la fin du XXè siècle. De Roosevelt à Obama, il existe une profonde continuité « multilatéraliste ». La puissance des réseaux ainsi mise en place est telle qu’elle conduit à verrouiller de plus en plus les politiques nationales, qui adoptent des objectifs « collectifs » dont il est quasiment impossible de sortir puisqu’ils ont été adoptés dans des traités signés par les gouvernements et ratifiés par les parlements. Assez naturellement, les classes aisées de la société produisent, à chaque génération, toujours plus de défenseurs des systèmes trans- ou supranationaux mis en place. Et lorsque se lève un politique prêt à défendre d’autres intérêts, il le fait, le plus souvent, au nom du peuple, c’est-à-dire des couches précarisées par l’ordre international.
C’est moins souvent, au départ, l’outrance du propos qui fait traiter de populisme ce qui est dit, que l’opposition exprimée aux objectifs partagés par les élites nationales et internationales. Ou, pour le dire autrement, le système progressiste ne laisse souvent pas d’autre choix aux opposants que celui de l’outrance pour se faire entendre.
Les organisations supranationales de toute sorte sont des machines à générer des populismes: et ceux-ci, au fond, les arrangent bien car ils ne mettent pas fondamentalement en cause le système. En 2002, la gauche s’est bouché le nez mais elle a voté Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen. En 2005, les « populistes » ont réussi, en s’additionnant, à faire voter non, majoritairement, au traité constitutionnel européen; mais Nicolas Sarkozy a repris les choses en main, depuis la droite, en mettant ce qu’il fallait de populisme dans son discours pour être élu puis en faisant adopter le traité de Lisbonne, à peine élu. Sarkozy avait le potentiel d’un Donald Trump mais il n’était pas fait de la même trempe: il ne voulait pas lutter pendant cinq ou dix ans contre l’establishment libéral. Nous en sommes arrivés au moment où les populismes se sont tellement multipliés partout dans le monde qu’ils semblent en mesure de l’emporter. Certains prédisent par exemple une victoire des populistes aux prochaines élections européennes. Mais cela produirait-il quelque chose? Le problème des populismes, c’est qu’ils n’ont pas encore pu effectuer leur mue conservatrice. Ils restent fort démunis face à la puissance de ces forteresses progressistes que sont les organisations inter-, trans- ou supranationales. L’establishment libéral dispose encore d’une puissance de feu considérable. Regardez comme le parti démocrate a passé deux ans à tenter de renverser Trump, par une série de coups d’Etat institutionnels avortés ; regardez la multiplication des lois sur les fake news , expression de la connivence entre élites politiques, médias, et GAFA au service de la préservation de l’ordre progressiste. Regardez comment, malgré la méfiance profonde des populations, un véritable eugénisme progressiste s’est mis en place depuis quelques décennies, les travaux de l’ONU ou les votes du Parlement européen servant à préparer le vote des parlements nationaux.
Bien entendu, il s’agit de faire en sorte que les conservateurs s’emparent des bastions du progressisme.
Remarquez que je dis bien : les conservateurs ! Le populisme doit effectuer sa mue conservatrice. C’est-à-dire qu’il doit s’assurer le soutien d’une partie des élites. Personnellement je ne crois pas au populisme de gauche. Il fabrique des faire-valoirs du système progressiste, tels Tsipras ou Mélenchon. Au contraire, on voit bien, dans le cas britannique, comme UKIP est susceptible de perdre ses électeurs au profit des grands partis, à commencer par le parti conservateur, à partir du moment où les partis de gouvernement respectent les intérêts populaires. C’est ce qui s’est passé dans les mois qui ont suivi le référendum sur le Brexit. Remarquez aussi comme UKIP remonte dans les sondages, mécaniquement, dès que le parti conservateur faiblit dans sa volonté d’appliquer le Brexit. Theresa May n’est pas une conservatrice complète car elle cherche un compromis avec les principes l’Union Européenne au lieu d’établir un rapport de force qui débouche sur un accord politique.
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Ca Trump énormément,
conservateur à la française,
Manuel Valls,
stratégie
lundi, novembre 13, 2017
Où il est encore question de libéralisme et de conservatisme …
Je suis de plus en plus convaincu (vous me direz que je fais de l’auto-persuasion !) que le bon cocktail politique pour la France est libéralisme à l’intérieur et protectionnisme à l’extérieur. C'est tout à fait possible si on n'est pas idéologue, si on ne fait pas du libéralisme un absolu.
Car, à l’intérieur, la France étouffe du mammouth étatique, à la fois, dispendieux, maternant et inefficace (tout Français a cette expérience quotidienne) et, vis-à-vis de l’extérieur, de se sentir ouverte à tout vent. Or, ce programme politique, personne, absolument personne, ne le propose. On sait pourquoi : il bouscule trop d’habitudes de pensée et d’action de nos politiciens, il bouscule à la fois « l’Europe, l’Europe, l’Europe » des uns et « l’Etat, l’Etat, l’Etat » des autres et il y y a des fous (Juppé, Macron, etc.) qui font les deux.
De même que je n’ai aucun doute qu’immigrationnisme et étatisme sont liés (ils se justifient l’un l’autre), je suis persuadé que mondialisme et étatisme sont liés. Le mondialisme ravage les pays occidentaux au profit de l’hyper-classe mondiale et les Etats appauvris font la voiture-balai et envahissent nos vies pour éviter que les éclopés ne se révoltent.
Les Français ont besoin d’être rassurés ? Certes, mais ce n’est pas en faisant ce qu’on fait depuis quarante ans (qui est justement ce qui les a mis dans cet état d’inquiétude), l’extension indéfinie de l’Etat, toujours plus de ce qui ne marche pas, qu’on les rassurera. C’est en faisant exactement le contraire de ce qu’on fait depuis quarante ans : en fermant les frontières, en mettant les délinquants en prison et les libérant de cet Etat-mamma qui les étouffe.
La droite est-elle encore capable de penser l’État ?
************
Hormis le « conservatisme », Laurent Wauquiez n’a guère de désaccord de fond avec Alain Juppé. Autrement dit, les deux compères devraient se retrouver sur la question de l’État et de son rôle dans la société française. La droite sociale appelle ouvertement à la force de l’État, contre-balancée, paraît-il, par la justice sociale.
Tout le monde sait avec quoi riment ces mots : pression fiscale, services publics en goguette et usines à gaz incessantes pour étatiser ce que le marché peut faire.
[…]
Le libéralisme orphelin de la droite
Ce qu’on appelle la recomposition macronienne s’apparente donc ici, surtout, à une reprise en main du discours politique par une idéologie étatiste. On se souvient du choc prôné par Fillon, avec de fortes baisses de dépenses publiques.
Décidément, ce spectre s’éloigne, et on voit mal qui, à droite, pourrait le faire revenir.
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Car, à l’intérieur, la France étouffe du mammouth étatique, à la fois, dispendieux, maternant et inefficace (tout Français a cette expérience quotidienne) et, vis-à-vis de l’extérieur, de se sentir ouverte à tout vent. Or, ce programme politique, personne, absolument personne, ne le propose. On sait pourquoi : il bouscule trop d’habitudes de pensée et d’action de nos politiciens, il bouscule à la fois « l’Europe, l’Europe, l’Europe » des uns et « l’Etat, l’Etat, l’Etat » des autres et il y y a des fous (Juppé, Macron, etc.) qui font les deux.
De même que je n’ai aucun doute qu’immigrationnisme et étatisme sont liés (ils se justifient l’un l’autre), je suis persuadé que mondialisme et étatisme sont liés. Le mondialisme ravage les pays occidentaux au profit de l’hyper-classe mondiale et les Etats appauvris font la voiture-balai et envahissent nos vies pour éviter que les éclopés ne se révoltent.
Les Français ont besoin d’être rassurés ? Certes, mais ce n’est pas en faisant ce qu’on fait depuis quarante ans (qui est justement ce qui les a mis dans cet état d’inquiétude), l’extension indéfinie de l’Etat, toujours plus de ce qui ne marche pas, qu’on les rassurera. C’est en faisant exactement le contraire de ce qu’on fait depuis quarante ans : en fermant les frontières, en mettant les délinquants en prison et les libérant de cet Etat-mamma qui les étouffe.
La droite est-elle encore capable de penser l’État ?
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Hormis le « conservatisme », Laurent Wauquiez n’a guère de désaccord de fond avec Alain Juppé. Autrement dit, les deux compères devraient se retrouver sur la question de l’État et de son rôle dans la société française. La droite sociale appelle ouvertement à la force de l’État, contre-balancée, paraît-il, par la justice sociale.
Tout le monde sait avec quoi riment ces mots : pression fiscale, services publics en goguette et usines à gaz incessantes pour étatiser ce que le marché peut faire.
[…]
Le libéralisme orphelin de la droite
Ce qu’on appelle la recomposition macronienne s’apparente donc ici, surtout, à une reprise en main du discours politique par une idéologie étatiste. On se souvient du choc prôné par Fillon, avec de fortes baisses de dépenses publiques.
Décidément, ce spectre s’éloigne, et on voit mal qui, à droite, pourrait le faire revenir.
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conservateur à la française,
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verhaeghe
jeudi, octobre 26, 2017
Wauquiez : déjà déchu avant d'être élu
Vivement qu'elle crève, cette droite pourrie ! Si je savais comment lui donner des coups de pieds pour abréger l'agonie, je n'hésiterais pas.
Libellés :
conservateur à la française,
fausse droite,
zemmour
mardi, septembre 05, 2017
Dextrothon : soyez généreux, faites un don
La droite brule-t-elle ?
Frédéric Saint Clair : les défis d'une droite morcelée
Tant que la droite restera sans idées, elle ne prendra jamais d’initiatives surprenantes et la surprise est le meilleur moyen de gagner, les militaires le savent. Tant qu’on reste sur le terrain choisi par l’ennemi, on n’a guère de chances de gagner. Il ne s’agit pas de surprendre pour surprendre, mais, dans le combat intellectuel, accepter les présupposés de l’adversaire, c’est déjà avoir perdu plus qu’aux trois-quarts. Aujourd’hui, la droite accepte, que dis-je, se couche et avale la ligne, l’hameçon et le flotteur du matérialisme gauchiste. Tout est économie et il faut passer des semaines à couper les cheveux en 122 000 sur le taux idéal de CSG. Elle est foutue d’avance.
La vie intellectuelle de la droite donne une assez bonne approximation du vide intersidéral et fait passer Nabilla pour une descendante d’Einstein. Et ce n’est pas un arriviste sans colonne vertébrale et sans scrupules comme Wauquiez qui va y changer quelque chose.
Je lance donc un concours de don d’idées, un « dextrothon » : donnez des idées à la droite.
Je commence (cette idée n’est pas de moi, mais je l’aime bien) : mettre l’accent sur notre patrimoine maritime (pour les abrutis, je précise qu’il ne s’agit pas d’ouvrir un musée, mais d’avoir une politique internationale grandiose tirant profit de notre présence dans toutes les mers).
Frédéric Saint Clair : les défis d'une droite morcelée
Tant que la droite restera sans idées, elle ne prendra jamais d’initiatives surprenantes et la surprise est le meilleur moyen de gagner, les militaires le savent. Tant qu’on reste sur le terrain choisi par l’ennemi, on n’a guère de chances de gagner. Il ne s’agit pas de surprendre pour surprendre, mais, dans le combat intellectuel, accepter les présupposés de l’adversaire, c’est déjà avoir perdu plus qu’aux trois-quarts. Aujourd’hui, la droite accepte, que dis-je, se couche et avale la ligne, l’hameçon et le flotteur du matérialisme gauchiste. Tout est économie et il faut passer des semaines à couper les cheveux en 122 000 sur le taux idéal de CSG. Elle est foutue d’avance.
La vie intellectuelle de la droite donne une assez bonne approximation du vide intersidéral et fait passer Nabilla pour une descendante d’Einstein. Et ce n’est pas un arriviste sans colonne vertébrale et sans scrupules comme Wauquiez qui va y changer quelque chose.
Je lance donc un concours de don d’idées, un « dextrothon » : donnez des idées à la droite.
Je commence (cette idée n’est pas de moi, mais je l’aime bien) : mettre l’accent sur notre patrimoine maritime (pour les abrutis, je précise qu’il ne s’agit pas d’ouvrir un musée, mais d’avoir une politique internationale grandiose tirant profit de notre présence dans toutes les mers).
dimanche, juin 25, 2017
SOS famille politique en vrac : pourquoi la droite française aurait beaucoup à gagner à redécouvrir Benjamin Disraeli pour se reconstruire
SOS famille politique en vrac : pourquoi la droite française aurait beaucoup à gagner à redécouvrir Benjamin Disraeli pour se reconstruire
Edouard Husson
En 1845, un député britannique de 40 ans, Benjamin Disraeli publie un roman intitulé "Sybil ou les deux nations". L'auteur a déjà publié plusieurs oeuvres de fictions et il écrira des romans jusqu'à la fin de son existence, même après avoir occupé le poste de Premier ministre. "Sybil" est pourtant le roman le plus connu de Disraeli, et sans doute celui qui continue à être lu aujourd'hui. Depuis la fin des années 1830, les rapports, parlementaires ou gouvernementaux, consacrés au sort de la classe ouvrière dans l'Angleterre industrielle s'étaient multipliés.
C'est de ces rapports que Marx et Engels font le point de départ de leur oeuvre. Mais qui se souvient qu'un homme politique conservateur britannique tira des conclusions opposées à partir du même constat? Oui, le sort des ouvriers britanniques était terrible ; et bien, face à l'indifférence du parti libéral (whig), le parti conservateur (tory) devait prendre à son compte les revendications ouvrières, lutter pour l'élargissement du suffrage, faire aboutir une protection sociale, en un mot, faire cesser la coexistence de "deux nations", dont l'hostilité réciproque croissante détruirait le pays, si rien n'était fait.
Quelle leçon! Là où Marx et Engels appelaient de leurs voeux l'accroissement de la fracture et de la lutte entre les "deux nations" dont parlent Disraeli, ce dernier, fidèle à vingt-cinq siècles de philosophie politique occidentale pariait sur la capacité de l'action politique à surmonter les cassures sociales et préserver la paix civile. L'oeuvre politique de Disraeli est contenue tout entière dans l'intuition des années 1840. Toute sa carrière, il lutta pour préserver le pragmatisme de la politique commerciale (contre le libre-échangisme idéologique des whigs, auquel s'étaient rallié une partie des conservateurs): Disraeli n'est pas idéologiquement protectionniste car il sait combien les taxes sur le blé importé peut renchérir le prix de l'alimentation pour les ouvriers mais il ne veut pas pour autant sacrifier les intérêts des producteurs britanniques. Après un bref premier séjour à Downing Street, en 1868; Disraeli n'exerça en fait qu'un seul long mandat de Premier ministre (entre 1874 et 1880); le bilan législatif de cette période n'en est que plus impressionnant: élargissement de la scolarisation; règlementation sur la vente d'alimentation; loi sur la santé; mise en place d'un système de crédit permettant aux ouvriers d'accéder à la popriété etc....Un contemporain résume la situation en ces termes: "Le parti conservateur a plus fait pour le monde ouvrier en cinq ans que les libéraux en cinquante ans".
Disraeli est entré dans l'histoire comme le fondateur d'un parti conservateur moderne. Et l'on peut dire sans crainte de se tromper que son influence sur ce parti a perduré jusqu'aux années Thatcher. On peut même se demander, à voir les Tories assumer depuis un an le Brexit, si les années 1979-2016, marquées par le ralliement du parti conservateur à des idées ultralibérales, n'auront pas été une parenthèse. En tout cas, si elle veut conserver le pouvoir, Theresa May, confrontée à un parti travailliste puissant, devra aller au bout de la sortie du thatcherisme en redécouvrant cette "autre nation", celle des perdants de la mondialisation. Benjamin Disraeli lui montre la voie à suivre.
A vrai dire, la leçon de l'expérience Disraeli peut être étendue à l'ensemble du monde occidental qui, actuellement, est à la fois dominé par le néo-libéralisme mais cherche par tous les moyens à en sortir. Identifions quelques axes forts de la philosophie et de l'action politique de Benjamin Disraeli et demandons-nous quelles leçons pourrait en tirer la droite française, à la recherche d'une potion magique pour vaincre Macron.
1. Remettre la question de la souveraineté au premier plan: alors que bien des écrivains libéraux de son temps ne pensaient qu'en termes d'équilibre des pouvoirs ou d'ouverture des frontières, Disraeli insiste sur le côté corrosif pour la souveraineté britannique de la coexistence de "deux nations". Dans le cadre monarchique, Disraeli développe la notion d'une souveraineté renforcée au service du peuple. Mais son raisonnement est tout à fait transposable à un Etat républicain: tous méritent d'être intégrés dans une seule nation réconciliée; pour cela il faut néanmoins un Etat fort, non pas pléthorique, mais dont les représentants sont sûrs des prérogatives qu'ils peuvent exercer.
2. Disraeli ne prend pas prétexte des "deux nations" pour refuser la révolution industrielle. Au contraire, il en encourage la poursuite; il fait partie de ces conservateurs lucides qui, dans toute l'Europe, à côté de chrétiens-démocrates ou de socialistes réformistes, ont permis, depuis cent-cinquante ans, la poursuite de l'industrialisation du monde dans des cadres plus équilibrés. Il est très important d'avoir en tête ce "oui au progrès et à l'innovation!" de Disraeli car trop souvent ceux qui, en France, se réclament d'un projet conservateur, se méfient de la nouvelle révolution industrielle en cours, celle qui s'appuie plus particulièrement sur la révolution numérique. Or, il n'y a pas de doute, sortir notre pays de la crise consistera en un immense effort d'investissement dans l'éducation aux compétences de l'ère digitale et dans la troisième révolution industielle.
3. Pour Disraeli, la fonction première du pouvoir politique est la protection. Le devoir premier des classes dirigeantes consiste à protéger l'ensemble de la société. D'où l'immense oeuvre législative du Premier ministre, dans les années 1870. D'où aussi sa lutte sans concessions, dans les années 1850 et 1860, contre tous ceux, au sein de son propre parti, adhéraient sans recul critique au "laissez-faire" et au libre-échangisme systématique des libéraux. Le combat pour la refondation de la droite, aujourd'hui, passe par la mise en question du dogmatisme concernant l'Europe et la mondialisation. Non pas qu'uil faille tout jeter par dessus bord - Disraeli n'a jamais été partisan d'un protectionnisme sans nuances - mais il s'agit de revenir au principe de réalité.
4. En politique étrangère, la Chambre des Communes, a souvent retenti, dans les années 1860 à 1880, de l'affrontement entre Disraeli et Gladstone, figure la plus imposante du parti libéral, et le seul à pouvoir disputer à Disraeli le 10 Downing Street. Gladstone était l'ancêtre du droit d'ingérence et du renversement des pouvoirs en place au nom des principes libéraux. Il se serait reconnu dans le soutien de Tony Blair à la guerre d'Irak de 2003 ou dans celui de David Cameron au renversement de la dictature libyenne en 2011. Disraeli, lui, aurait profondément rejeté de tels comportements. Il n'était pas moins profondément attaché aux libertés que son adversaire politique Gladstone; mais il pensait qu'il y avait plus à perdre à la destruction des cadres existants. Ainsi, en 1878, au Congrès de Berlin, obligea-t-il la Russie à modérer son envie de dépecer l'Empire ottoman. Pour Disraeli, on ne mène pas de bonne politique étrangère avec des bons sentiments. Le filon "réaliste" auquel il se rattache est à redécouvrir dans un monde où la Russie, l'Iran,la Chine et l'Inde sont désormais en mesure de réorganiser l'Asie Centrale et donc de modifier les grands équilibres du monde.
5. Tout au long de sa carrière politique, Benjamin Disraeli a insisté sur l'importance de la transmission d'une génération à l'autre, d'un héritage et d'un socle de valeurs. Alors que l'historiographie dominante de son époque exaltait les révolutions anglaises du XVIIè siècle, Disraeli afffirmait que les continuités l'emportaient sur les ruptures dans l'histoire britannique. Pour lui, le passé commun partagé était un ingrédient essentiel de la réconciliation des "deux nations".
6. Homme du couronnement de la reine Victoria comme "impératrice des Indes"; du rachat de parts dans la société du Canal de Suez, Disraeli a beaucoup fait pour l'émergence d'un Commonwealth élargi et d'un empire britannique à) l'échelle du globe. La France n'a-t-elle pas, dans le monde actuel, un atout considérable: une francophonie en pleine exansion?
Voilà donc quelques points de repère pris à l'oeuvre et à l'action de Benjamin Disraeli: retour à l'affirmation d'une souveraineté logée d'abord dans l'Etat national, investissements massifs dans la troisième révolution industrielle (y compris dans l'éducation appropriée aux métiers de l'ère numérique), pragmatisme commercial, refus de l'ingérence dans les affaires intérieures d'autres Etats et poursuite d'un équilibre mondial, préservation et transmission d'un héritage national, politique active de la francophonie: tels sont certaines des leçons que la droite française pourrait tirer de l'expérience Disraeli.
L'enjeu est énorme; comme en Grande-Bretagne dans les années 1840/1860, le pays est profondément clivé socialement; on parle d'une "France d'en haut" et d'une "France périphérique". S'inspirer de Disraeli c'est prendre les moyens de mettre fin à la coupure de la France en "deux nations". Cela ne passe pas seulement par la réaffirmation de soi et d'une identité. mais aussi par un esprit offensif pour affirmer la place du pays dans tous les secteurs d'activité, un pays capable de surmonter ses clivages sociaux ou culturels, mais en faisant face aux grands enjeux de modernisation.
Edouard Husson
En 1845, un député britannique de 40 ans, Benjamin Disraeli publie un roman intitulé "Sybil ou les deux nations". L'auteur a déjà publié plusieurs oeuvres de fictions et il écrira des romans jusqu'à la fin de son existence, même après avoir occupé le poste de Premier ministre. "Sybil" est pourtant le roman le plus connu de Disraeli, et sans doute celui qui continue à être lu aujourd'hui. Depuis la fin des années 1830, les rapports, parlementaires ou gouvernementaux, consacrés au sort de la classe ouvrière dans l'Angleterre industrielle s'étaient multipliés.
C'est de ces rapports que Marx et Engels font le point de départ de leur oeuvre. Mais qui se souvient qu'un homme politique conservateur britannique tira des conclusions opposées à partir du même constat? Oui, le sort des ouvriers britanniques était terrible ; et bien, face à l'indifférence du parti libéral (whig), le parti conservateur (tory) devait prendre à son compte les revendications ouvrières, lutter pour l'élargissement du suffrage, faire aboutir une protection sociale, en un mot, faire cesser la coexistence de "deux nations", dont l'hostilité réciproque croissante détruirait le pays, si rien n'était fait.
Quelle leçon! Là où Marx et Engels appelaient de leurs voeux l'accroissement de la fracture et de la lutte entre les "deux nations" dont parlent Disraeli, ce dernier, fidèle à vingt-cinq siècles de philosophie politique occidentale pariait sur la capacité de l'action politique à surmonter les cassures sociales et préserver la paix civile. L'oeuvre politique de Disraeli est contenue tout entière dans l'intuition des années 1840. Toute sa carrière, il lutta pour préserver le pragmatisme de la politique commerciale (contre le libre-échangisme idéologique des whigs, auquel s'étaient rallié une partie des conservateurs): Disraeli n'est pas idéologiquement protectionniste car il sait combien les taxes sur le blé importé peut renchérir le prix de l'alimentation pour les ouvriers mais il ne veut pas pour autant sacrifier les intérêts des producteurs britanniques. Après un bref premier séjour à Downing Street, en 1868; Disraeli n'exerça en fait qu'un seul long mandat de Premier ministre (entre 1874 et 1880); le bilan législatif de cette période n'en est que plus impressionnant: élargissement de la scolarisation; règlementation sur la vente d'alimentation; loi sur la santé; mise en place d'un système de crédit permettant aux ouvriers d'accéder à la popriété etc....Un contemporain résume la situation en ces termes: "Le parti conservateur a plus fait pour le monde ouvrier en cinq ans que les libéraux en cinquante ans".
Disraeli est entré dans l'histoire comme le fondateur d'un parti conservateur moderne. Et l'on peut dire sans crainte de se tromper que son influence sur ce parti a perduré jusqu'aux années Thatcher. On peut même se demander, à voir les Tories assumer depuis un an le Brexit, si les années 1979-2016, marquées par le ralliement du parti conservateur à des idées ultralibérales, n'auront pas été une parenthèse. En tout cas, si elle veut conserver le pouvoir, Theresa May, confrontée à un parti travailliste puissant, devra aller au bout de la sortie du thatcherisme en redécouvrant cette "autre nation", celle des perdants de la mondialisation. Benjamin Disraeli lui montre la voie à suivre.
A vrai dire, la leçon de l'expérience Disraeli peut être étendue à l'ensemble du monde occidental qui, actuellement, est à la fois dominé par le néo-libéralisme mais cherche par tous les moyens à en sortir. Identifions quelques axes forts de la philosophie et de l'action politique de Benjamin Disraeli et demandons-nous quelles leçons pourrait en tirer la droite française, à la recherche d'une potion magique pour vaincre Macron.
1. Remettre la question de la souveraineté au premier plan: alors que bien des écrivains libéraux de son temps ne pensaient qu'en termes d'équilibre des pouvoirs ou d'ouverture des frontières, Disraeli insiste sur le côté corrosif pour la souveraineté britannique de la coexistence de "deux nations". Dans le cadre monarchique, Disraeli développe la notion d'une souveraineté renforcée au service du peuple. Mais son raisonnement est tout à fait transposable à un Etat républicain: tous méritent d'être intégrés dans une seule nation réconciliée; pour cela il faut néanmoins un Etat fort, non pas pléthorique, mais dont les représentants sont sûrs des prérogatives qu'ils peuvent exercer.
2. Disraeli ne prend pas prétexte des "deux nations" pour refuser la révolution industrielle. Au contraire, il en encourage la poursuite; il fait partie de ces conservateurs lucides qui, dans toute l'Europe, à côté de chrétiens-démocrates ou de socialistes réformistes, ont permis, depuis cent-cinquante ans, la poursuite de l'industrialisation du monde dans des cadres plus équilibrés. Il est très important d'avoir en tête ce "oui au progrès et à l'innovation!" de Disraeli car trop souvent ceux qui, en France, se réclament d'un projet conservateur, se méfient de la nouvelle révolution industrielle en cours, celle qui s'appuie plus particulièrement sur la révolution numérique. Or, il n'y a pas de doute, sortir notre pays de la crise consistera en un immense effort d'investissement dans l'éducation aux compétences de l'ère digitale et dans la troisième révolution industielle.
3. Pour Disraeli, la fonction première du pouvoir politique est la protection. Le devoir premier des classes dirigeantes consiste à protéger l'ensemble de la société. D'où l'immense oeuvre législative du Premier ministre, dans les années 1870. D'où aussi sa lutte sans concessions, dans les années 1850 et 1860, contre tous ceux, au sein de son propre parti, adhéraient sans recul critique au "laissez-faire" et au libre-échangisme systématique des libéraux. Le combat pour la refondation de la droite, aujourd'hui, passe par la mise en question du dogmatisme concernant l'Europe et la mondialisation. Non pas qu'uil faille tout jeter par dessus bord - Disraeli n'a jamais été partisan d'un protectionnisme sans nuances - mais il s'agit de revenir au principe de réalité.
4. En politique étrangère, la Chambre des Communes, a souvent retenti, dans les années 1860 à 1880, de l'affrontement entre Disraeli et Gladstone, figure la plus imposante du parti libéral, et le seul à pouvoir disputer à Disraeli le 10 Downing Street. Gladstone était l'ancêtre du droit d'ingérence et du renversement des pouvoirs en place au nom des principes libéraux. Il se serait reconnu dans le soutien de Tony Blair à la guerre d'Irak de 2003 ou dans celui de David Cameron au renversement de la dictature libyenne en 2011. Disraeli, lui, aurait profondément rejeté de tels comportements. Il n'était pas moins profondément attaché aux libertés que son adversaire politique Gladstone; mais il pensait qu'il y avait plus à perdre à la destruction des cadres existants. Ainsi, en 1878, au Congrès de Berlin, obligea-t-il la Russie à modérer son envie de dépecer l'Empire ottoman. Pour Disraeli, on ne mène pas de bonne politique étrangère avec des bons sentiments. Le filon "réaliste" auquel il se rattache est à redécouvrir dans un monde où la Russie, l'Iran,la Chine et l'Inde sont désormais en mesure de réorganiser l'Asie Centrale et donc de modifier les grands équilibres du monde.
5. Tout au long de sa carrière politique, Benjamin Disraeli a insisté sur l'importance de la transmission d'une génération à l'autre, d'un héritage et d'un socle de valeurs. Alors que l'historiographie dominante de son époque exaltait les révolutions anglaises du XVIIè siècle, Disraeli afffirmait que les continuités l'emportaient sur les ruptures dans l'histoire britannique. Pour lui, le passé commun partagé était un ingrédient essentiel de la réconciliation des "deux nations".
6. Homme du couronnement de la reine Victoria comme "impératrice des Indes"; du rachat de parts dans la société du Canal de Suez, Disraeli a beaucoup fait pour l'émergence d'un Commonwealth élargi et d'un empire britannique à) l'échelle du globe. La France n'a-t-elle pas, dans le monde actuel, un atout considérable: une francophonie en pleine exansion?
Voilà donc quelques points de repère pris à l'oeuvre et à l'action de Benjamin Disraeli: retour à l'affirmation d'une souveraineté logée d'abord dans l'Etat national, investissements massifs dans la troisième révolution industrielle (y compris dans l'éducation appropriée aux métiers de l'ère numérique), pragmatisme commercial, refus de l'ingérence dans les affaires intérieures d'autres Etats et poursuite d'un équilibre mondial, préservation et transmission d'un héritage national, politique active de la francophonie: tels sont certaines des leçons que la droite française pourrait tirer de l'expérience Disraeli.
L'enjeu est énorme; comme en Grande-Bretagne dans les années 1840/1860, le pays est profondément clivé socialement; on parle d'une "France d'en haut" et d'une "France périphérique". S'inspirer de Disraeli c'est prendre les moyens de mettre fin à la coupure de la France en "deux nations". Cela ne passe pas seulement par la réaffirmation de soi et d'une identité. mais aussi par un esprit offensif pour affirmer la place du pays dans tous les secteurs d'activité, un pays capable de surmonter ses clivages sociaux ou culturels, mais en faisant face aux grands enjeux de modernisation.
jeudi, juin 08, 2017
Rochedy sur l'avenir de la droite française
Video sur l’avenir de la droite de Julien Rochedy, ex Front National de la Jeunesse, qui a quitté le FN en 2014 en arguant que la ligne « Ni droite ni gauche » était une illusion funeste.
La suite lui a donné mille fois raison.Vous pouvez aussi regarder la première partie de l'émission, assassine pour le marino-philippotisme.
Rochedy est très clair, plus efficace politiquement, plus réaliste, que la nostalgie à la Zemmour. Et puis, il exécute l’irritante pose marxiste de certains droitiers (encore, cette semaine, Zemmour se vante de son marxisme).
J’ai varié durant ces quelques semaines sur ces sujets (souverainisme, Euro, union du peuple de droite et du peuple de gauche, union des droites …), ce qui est ma manière de maturer ma réflexion. Je commence à cristalliser mes opinions et je suis désormais très proche des positions de Rochedy exprimées dans cette video.
La droite ne doit pas être :
♘ Seulement nostalgique. Elle ne doit pas avoir les yeux tournés vers le passé, c’est beau mais c’est électoralement perdant à tout coup et la politique n’est pas un jeu, c’est pour gagner le pouvoir et pour bien l’utiliser.
♘ Marxiste populiste. Elle ne doit pas opposer les classes mais les réconcilier dans la nation.
♘ Ne pas être « souveraino-souverainiste ». Le sujet n’intéresse pas vraiment les Français, en tout cas pas assez pour gagner les élections. On peut le regretter mais la politique est faite de réalités.
♘ Ne pas être « identitariste ». Cela ne correspond pas à l’esprit européen, encore moins français.
♘ Ne pas être économiste.
Mais aussi, être un peu de tout ça, d’une manière équilibrée et intelligente. Et surtout, avoir un projet offensif, vers l'avenir, et pas seulement défensif et nostalgique. Je reviens à mon dada de l'ouverture sur la mer et sur le monde (par opposition à « l'ouverture à l'Autre », qui consiste non pas à se projeter, mais à laisser l'Autre se projeter en nous, nous envahir).
La suite lui a donné mille fois raison.Vous pouvez aussi regarder la première partie de l'émission, assassine pour le marino-philippotisme.
Rochedy est très clair, plus efficace politiquement, plus réaliste, que la nostalgie à la Zemmour. Et puis, il exécute l’irritante pose marxiste de certains droitiers (encore, cette semaine, Zemmour se vante de son marxisme).
J’ai varié durant ces quelques semaines sur ces sujets (souverainisme, Euro, union du peuple de droite et du peuple de gauche, union des droites …), ce qui est ma manière de maturer ma réflexion. Je commence à cristalliser mes opinions et je suis désormais très proche des positions de Rochedy exprimées dans cette video.
La droite ne doit pas être :
♘ Seulement nostalgique. Elle ne doit pas avoir les yeux tournés vers le passé, c’est beau mais c’est électoralement perdant à tout coup et la politique n’est pas un jeu, c’est pour gagner le pouvoir et pour bien l’utiliser.
♘ Marxiste populiste. Elle ne doit pas opposer les classes mais les réconcilier dans la nation.
♘ Ne pas être « souveraino-souverainiste ». Le sujet n’intéresse pas vraiment les Français, en tout cas pas assez pour gagner les élections. On peut le regretter mais la politique est faite de réalités.
♘ Ne pas être « identitariste ». Cela ne correspond pas à l’esprit européen, encore moins français.
♘ Ne pas être économiste.
Mais aussi, être un peu de tout ça, d’une manière équilibrée et intelligente. Et surtout, avoir un projet offensif, vers l'avenir, et pas seulement défensif et nostalgique. Je reviens à mon dada de l'ouverture sur la mer et sur le monde (par opposition à « l'ouverture à l'Autre », qui consiste non pas à se projeter, mais à laisser l'Autre se projeter en nous, nous envahir).
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conservateur à la française,
Rochedy
jeudi, juin 01, 2017
Libéral et conservateur … et chrétien ... et alors ?
Vous connaissez mon interrogation sur la compatibilité entre libéral et conservateur.
Patrick Buisson, lui, pense (voir sa video) que le libéralisme sociétal et le libéralisme économique viennent de se réconcilier dans la personne d’Emmanuel Macron et que le conservatisme doit se construire dans l’anti-libéralisme.
Mais le rejet du libéralisme comme condition du conservatisme me gratte, tout simplement parce que le libéralisme, au sens large, fait partie de nos traditions, et c’est sans doute la plus forte, la plus spécifique. Mais j’ai la réponse près de moi : quelle philosophie libère l’homme tout en méprisant l’argent, rendant possible un libéralisme limité, raisonnable ? Bien sûr, le christianisme, notamment dans sa forme vraie, catholique.
Oui, mais je tourne en rond. On sait bien que c'est l'abandon des vertus chrétiennes qui pose problème. En résumé, pour réconcilier libéralisme et conservatisme, il faut un troisième truc au-dessus qui les transcende et, pour l'instant, à part le catholicisme, je n'ai pas trouvé quoi.
Patrick Buisson, lui, pense (voir sa video) que le libéralisme sociétal et le libéralisme économique viennent de se réconcilier dans la personne d’Emmanuel Macron et que le conservatisme doit se construire dans l’anti-libéralisme.
Mais le rejet du libéralisme comme condition du conservatisme me gratte, tout simplement parce que le libéralisme, au sens large, fait partie de nos traditions, et c’est sans doute la plus forte, la plus spécifique. Mais j’ai la réponse près de moi : quelle philosophie libère l’homme tout en méprisant l’argent, rendant possible un libéralisme limité, raisonnable ? Bien sûr, le christianisme, notamment dans sa forme vraie, catholique.
Oui, mais je tourne en rond. On sait bien que c'est l'abandon des vertus chrétiennes qui pose problème. En résumé, pour réconcilier libéralisme et conservatisme, il faut un troisième truc au-dessus qui les transcende et, pour l'instant, à part le catholicisme, je n'ai pas trouvé quoi.
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