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dimanche, janvier 28, 2018

Brexit : la bataille fait rage

Brexit : la situation s’éclaircit de jour en jour.

Salve d’articles pour dire que les « arch-remainers » ont pris le contrôle du gouvernement à cause de la faiblesse de May.

Les Brexiters arriveront-ils à la renverser ? Suite au prochain épisode.

Si Jacob Rees-Mogg, l’étoile montante des Brexiters (Anglais de caricature : fils de baron, etonien, banquier, propriétaire de voiture ancienne mais catholique et six enfants) parvient à être nommé Premier Ministre, ça sera un authentique exploit de la démocratie britannique, comme de nommer Churchill le 10 mai 1940.

Et, considérant les dysfonctionnements de la démocratie française qui se fait refiler sans broncher le candidat du Système, je m’inclinerai bien bas.

Mais ce n’est pas encore fait.

samedi, septembre 09, 2017

Liberté chérie (vive l'Angleterre)

Dalrymple raconte que deux chauffeurs de taxi africains qui, pour lui, « sont les canaris dans la mine de nos sociétés » retournaient dans leurs pays natals, parce qu'ils y étaient plus libres qu'en France (moins de libertés politiques, mais plus de toutes les autres).

J'ai déjà entendu la même réflexion de gens vivant en Chine.

Rule reversal

Pour compléter, plus précisément :

Anne-Marie Le Pourhiet : « Nous vivons dans une société bâillonnée où s’exerce la tyrannie des minorités »

C'est terrifiant. Mais, hélas, il suffit de regarder notre vie quotidienne pour savoir que c'est vrai.

Et puis, il y a ça : TVR fait enfin son retour avec la Griffith.

Les Anglo-Saxons sont les derniers à avoir un petit grain de folie, libre :



J'aime beaucoup cette phrase, très anglaise : « Freedom is freedom, and not another thing ».

La liberté, c'est la liberté, et pas quelque chose d'autre. Pas la richesse, pas les aides sociales, pas la licence, pas le festivisme, pas le « débat » encadré et surveillé, pas l'écologie ...

dimanche, juin 25, 2017

SOS famille politique en vrac : pourquoi la droite française aurait beaucoup à gagner à redécouvrir Benjamin Disraeli pour se reconstruire

SOS famille politique en vrac : pourquoi la droite française aurait beaucoup à gagner à redécouvrir Benjamin Disraeli pour se reconstruire



Edouard Husson

En 1845, un député britannique de 40 ans, Benjamin Disraeli publie un roman intitulé "Sybil ou les deux nations". L'auteur a déjà publié plusieurs oeuvres de fictions et il écrira des romans jusqu'à la fin de son existence, même après avoir occupé le poste de Premier ministre. "Sybil" est pourtant le roman le plus connu de Disraeli, et sans doute celui qui continue à être lu aujourd'hui. Depuis la fin des années 1830, les rapports, parlementaires ou gouvernementaux, consacrés au sort de la classe ouvrière dans l'Angleterre industrielle s'étaient multipliés.

C'est de ces rapports que Marx et Engels font le point de départ de leur oeuvre. Mais qui se souvient qu'un homme politique conservateur britannique tira des conclusions opposées à partir du même constat? Oui, le sort des ouvriers britanniques était terrible ; et bien, face à l'indifférence du parti libéral (whig), le parti conservateur (tory) devait prendre à son compte les revendications ouvrières, lutter pour l'élargissement du suffrage, faire aboutir une protection sociale, en un mot, faire cesser la coexistence de "deux nations", dont l'hostilité réciproque croissante détruirait le pays, si rien n'était fait.

Quelle leçon! Là où Marx et Engels appelaient de leurs voeux l'accroissement de la fracture et de la lutte entre les "deux nations" dont parlent Disraeli, ce dernier, fidèle à vingt-cinq siècles de philosophie politique occidentale pariait sur la capacité de l'action politique à surmonter les cassures sociales et préserver la paix civile. L'oeuvre politique de Disraeli est contenue tout entière dans l'intuition des années 1840. Toute sa carrière, il lutta pour préserver le pragmatisme de la politique commerciale (contre le libre-échangisme idéologique des whigs, auquel s'étaient rallié une partie des conservateurs): Disraeli n'est pas idéologiquement protectionniste car il sait combien les taxes sur le blé importé peut renchérir le prix de l'alimentation pour les ouvriers mais il ne veut pas pour autant sacrifier les intérêts des producteurs britanniques. Après un bref premier séjour à Downing Street, en 1868; Disraeli n'exerça en fait qu'un seul long mandat de Premier ministre (entre 1874 et 1880); le bilan législatif de cette période n'en est que plus impressionnant: élargissement de la scolarisation; règlementation sur la vente d'alimentation; loi sur la santé; mise en place d'un système de crédit permettant aux ouvriers d'accéder à la popriété etc....Un contemporain résume la situation en ces termes: "Le parti conservateur a plus fait pour le monde ouvrier en cinq ans que les libéraux en cinquante ans".

Disraeli est entré dans l'histoire comme le fondateur d'un parti conservateur moderne. Et l'on peut dire sans crainte de se tromper que son influence sur ce parti a perduré jusqu'aux années Thatcher. On peut même se demander, à voir les Tories assumer depuis un an le Brexit, si les années 1979-2016, marquées par le ralliement du parti conservateur à des idées ultralibérales, n'auront pas été une parenthèse. En tout cas, si elle veut conserver le pouvoir, Theresa May, confrontée à un parti travailliste puissant, devra aller au bout de la sortie du thatcherisme en redécouvrant cette "autre nation", celle des perdants de la mondialisation. Benjamin Disraeli lui montre la voie à suivre.

A vrai dire, la leçon de l'expérience Disraeli peut être étendue à l'ensemble du monde occidental qui, actuellement, est à la fois dominé par le néo-libéralisme mais cherche par tous les moyens à en sortir. Identifions quelques axes forts de la philosophie et de l'action politique de Benjamin Disraeli et demandons-nous quelles leçons pourrait en tirer la droite française, à la recherche d'une potion magique pour vaincre Macron.

1. Remettre la question de la souveraineté au premier plan: alors que bien des écrivains libéraux de son temps ne pensaient qu'en termes d'équilibre des pouvoirs ou d'ouverture des frontières, Disraeli insiste sur le côté corrosif pour la souveraineté britannique de la coexistence de "deux nations". Dans le cadre monarchique, Disraeli développe la notion d'une souveraineté renforcée au service du peuple. Mais son raisonnement est tout à fait transposable à un Etat républicain: tous méritent d'être intégrés dans une seule nation réconciliée; pour cela il faut néanmoins un Etat fort, non pas pléthorique, mais dont les représentants sont sûrs des prérogatives qu'ils peuvent exercer.

2. Disraeli ne prend pas prétexte des "deux nations" pour refuser la révolution industrielle. Au contraire, il en encourage la poursuite; il fait partie de ces conservateurs lucides qui, dans toute l'Europe, à côté de chrétiens-démocrates ou de socialistes réformistes, ont permis, depuis cent-cinquante ans, la poursuite de l'industrialisation du monde dans des cadres plus équilibrés. Il est très important d'avoir en tête ce "oui au progrès et à l'innovation!" de Disraeli car trop souvent ceux qui, en France, se réclament d'un projet conservateur, se méfient de la nouvelle révolution industrielle en cours, celle qui s'appuie plus particulièrement sur la révolution numérique. Or, il n'y a pas de doute, sortir notre pays de la crise consistera en un immense effort d'investissement dans l'éducation aux compétences de l'ère digitale et dans la troisième révolution industielle.

3. Pour Disraeli, la fonction première du pouvoir politique est la protection. Le devoir premier des classes dirigeantes consiste à protéger l'ensemble de la société. D'où l'immense oeuvre législative du Premier ministre, dans les années 1870. D'où aussi sa lutte sans concessions, dans les années 1850 et 1860, contre tous ceux, au sein de son propre parti, adhéraient sans recul critique au "laissez-faire" et au libre-échangisme systématique des libéraux. Le combat pour la refondation de la droite, aujourd'hui, passe par la mise en question du dogmatisme concernant l'Europe et la mondialisation. Non pas qu'uil faille tout jeter par dessus bord - Disraeli n'a jamais été partisan d'un protectionnisme sans nuances - mais il s'agit de revenir au principe de réalité.

4. En politique étrangère, la Chambre des Communes, a souvent retenti, dans les années 1860 à 1880, de l'affrontement entre Disraeli et Gladstone, figure la plus imposante du parti libéral, et le seul à pouvoir disputer à Disraeli le 10 Downing Street. Gladstone était l'ancêtre du droit d'ingérence et du renversement des pouvoirs en place au nom des principes libéraux. Il se serait reconnu dans le soutien de Tony Blair à la guerre d'Irak de 2003 ou dans celui de David Cameron au renversement de la dictature libyenne en 2011. Disraeli, lui, aurait profondément rejeté de tels comportements. Il n'était pas moins profondément attaché aux libertés que son adversaire politique Gladstone; mais il pensait qu'il y avait plus à perdre à la destruction des cadres existants. Ainsi, en 1878, au Congrès de Berlin, obligea-t-il la Russie à modérer son envie de dépecer l'Empire ottoman. Pour Disraeli, on ne mène pas de bonne politique étrangère avec des bons sentiments. Le filon "réaliste" auquel il se rattache est à redécouvrir dans un monde où la Russie, l'Iran,la Chine et l'Inde sont désormais en mesure de réorganiser l'Asie Centrale et donc de modifier les grands équilibres du monde.

5. Tout au long de sa carrière politique, Benjamin Disraeli a insisté sur l'importance de la transmission d'une génération à l'autre, d'un héritage et d'un socle de valeurs. Alors que l'historiographie dominante de son époque exaltait les révolutions anglaises du XVIIè siècle, Disraeli afffirmait que les continuités l'emportaient sur les ruptures dans l'histoire britannique. Pour lui, le passé commun partagé était un ingrédient essentiel de la réconciliation des "deux nations".

6. Homme du couronnement de la reine Victoria comme "impératrice des Indes"; du rachat de parts dans la société du Canal de Suez, Disraeli a beaucoup fait pour l'émergence d'un Commonwealth élargi et d'un empire britannique à) l'échelle du globe. La France n'a-t-elle pas, dans le monde actuel, un atout considérable: une francophonie en pleine exansion?

Voilà donc quelques points de repère pris à l'oeuvre et à l'action de Benjamin Disraeli: retour à l'affirmation d'une souveraineté logée d'abord dans l'Etat national, investissements massifs dans la troisième révolution industrielle (y compris dans l'éducation appropriée aux métiers de l'ère numérique), pragmatisme commercial, refus de l'ingérence dans les affaires intérieures d'autres Etats et poursuite d'un équilibre mondial, préservation et transmission d'un héritage national, politique active de la francophonie: tels sont certaines des leçons que la droite française pourrait tirer de l'expérience Disraeli.

L'enjeu est énorme; comme en Grande-Bretagne dans les années 1840/1860, le pays est profondément clivé socialement; on parle d'une "France d'en haut" et d'une "France périphérique". S'inspirer de Disraeli c'est prendre les moyens de mettre fin à la coupure de la France en "deux nations". Cela ne passe pas seulement par la réaffirmation de soi et d'une identité. mais aussi par un esprit offensif pour affirmer la place du pays dans tous les secteurs d'activité, un pays capable de surmonter ses clivages sociaux ou culturels, mais en faisant face aux grands enjeux de modernisation.












samedi, mai 20, 2017

Les réflexions de Laetitia Strauch et de Patrick Buisson

Laetitia Strauch-Bonart: « Au lieu d'assumer son conservatisme, la droite se pare des habits du progressisme »

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LE FIGARO. - La droite semble désemparée devant les débuts du président Macron. Elle affirme son identité par le fait d'augmenter le pouvoir d'achat et de baisser les impôts. Est-ce un corpus doctrinal suffisant ?

Laetitia STRAUCH-BONART. - La réponse est dans la question ! Avoir pour seul programme affiché la volonté d'augmenter le pouvoir d'achat en baissant les impôts est d'une pauvreté sans nom. LR se recroqueville sur son plus petit dénominateur commun : le post-chiraquisme et le flou idéologique vaguement libéral. Quoi qu'on pense d'Emmanuel Macron, il a mené une véritable réflexion sur la fiscalité française, et souhaite augmenter la CSG pour financer la Sécurité sociale d'une catégorie de population qui d'ordinaire vote à droite, les indépendants.

[…]

« Je n'ai qu'un ennemi, le conservatisme », avait lancé Luc Chatel en meeting. N'est-ce pas la même perspective qu'En marche!?

Comme bien d'autres responsables politiques de droite, Chatel emploie le terme « conservatisme » dans son sens littéral : l'absence de changement quand celui-ci est nécessaire. Cela n'a rien à voir avec la pensée conservatrice, une tradition politique et philosophique vieille de deux siècles, née an Grande-Bretagne ! Mais cette remarque trahit tout le paradoxe de la droite française: au lieu d'assumer son conservatisme - l'attachement à la conservation de ce qui nous est cher, la prudence face au changement, la préservation des attachements humains, la reconnaissance que la vie est faite de limites -, elle se pare des habits du progressisme.

[…]

On entend souvent la formule « droite des valeurs ». Vous semble-t-elle pertinente ?

Non ! Elle sous-entend que la droite pourrait s'unir, des LR jusqu'au FN, en s'entendant sur des valeurs - traditionnelles, identitaires, ou que sais-je encore. C'est la tentation du moment, et la vision que dessine Marion Maréchal-Le Pen en appelant à un « conservatisme » partagé. Pour la droite LR, ce serait une grande erreur, et ce serait tomber dans le piège tendu par notre nouveau président ! [Sur ce point, je suis en train d'évoluer. Je trouvais l'union des droites souhaitable et possible. Je me demande maintenant si elle est possible. J'en viens aussi à me demander si elle est souhaitable. Une alliance suffirait, c'est la logique du mode scrutin, un gros et un petit dans chaque camp : PS-PC, RPR-UDF] Les conservateurs de la « droite des valeurs », parce qu'ils sont antilibéraux, sont en train de rejouer la pièce de 1789 : devant le raz-de-marée libéral, s'exiler et lutter depuis l'extérieur. Tout comme les réactionnaires, après 1789, ont refusé tout compromis avec la République, et se sont discrédités par leur intransigeance, ces conservateurs sont tentés de se regrouper pour défendre leurs « valeurs ». Ce faisant, vous ne faites pas avancer vos valeurs, car celles-ci se durcissent et perdent toute crédibilité. L'erreur est surtout idéologique Elle dénature profondément le conservatisme, qui non seulement est l'ami du libéralisme et de la modération, mais a peu à voir avec cette vision « identitaire ». Le conservatisme, c'est Edmund Burke, ce n'est pas Charles Maurras [Moi aussi, j'admire Burke, mais je me méfie. Le problème avec ce raisonnement, c'est qu'on en vient vite à regretter, comme Voltaire, Constant, Pompidou et tant d'autres, que les Français ne soient pas des Anglais, ce qui est, évidemment, une impasse].

[…]

Le libéralisme économique ne mène-t-il pas forcément, comme le dit Jean-Claude Michéa, au libéralisme sociétal ?

Si c'était le cas, la société victorienne aurait sombré dans la licence la plus débridée. Que dire aussi des puritains américains ou des protestants de Max Weber ? L'histoire nous montre au contraire que les hommes sont libres et que l'interprétation marxiste - car c'en est une - qui maintient que le libéralisme économique mène au libéralisme sociétal est fausse. Certes, les sociétés que je prends pour exemples avaient en commun d'être fondées sur une pratique profonde de la religion, mais il faudrait prouver, alors, que c'est le libéralisme économique qui a sapé les bases de la foi. J'admets cependant que le libéralisme a changé de nature : comme l'ont montré des auteurs comme Daniel Bell ou Zygmunt Bauman, il n'est plus le capitalisme de la norme et du conformisme, mais celui de la fluidité. Ainsi, si vous êtes libertaire, vous pouvez tout à fait vous accommoder du libéralisme de la fluidité.
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Nota : pourquoi ai-je amputé le nom à rallonge de l'auteur ? Parce que les noms à rallonge m'insupportent, ça fait maniéré. Bon, c'est un peu brutal et cavalier de ma part, je l'admets. Plus généralement, j'aime les hommes de peu de mots. Avec un nom à rallonge, ça commence mal.






mercredi, novembre 02, 2016

L'ordre juste passe par l'autorité

Les policiers servent-ils encore à quelque chose ?

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Comment enfin expliquer tout simplement que tout cela n'est pas normal, qu'il convient de retrouver la mesure des choses et de rétablir à la fois une hiérarchie des valeurs et une chaîne pénale efficace, lorsque nombre d'associations bénéficiant de subventions publiques, et notamment des syndicats comme la CGT, font de la police un bouc émissaire et l'objet de campagne de dénigrement et de diffamation sans que cela n'appelle de sanction ?

Alors, même si la question peut paraître provocatrice - et elle l'est - on peut se demander à quoi sert encore la police. Tant que nous n'aurons pas décidé de prendre les choses à bras-le-corps, de mener une véritable politique d'autorité, de refonder la magistrature, de changer nos lois, de transformer l'école, de faire respecter l'État et ses serviteurs, loin d'embaucher, ne faut-il pas dire à tous ces policiers de rentrer chez eux et de ne plus en bouger? À quoi nous sert donc d'aligner ces hommes et ces femmes, que leurs uniformes désignent aujourd'hui comme les victimes imperturbables d'une délinquance auquel nul n'ose contester ses droits ?

La faute des policiers c'est de continuer à incarner l'ordre dans un monde qui le nie.
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J'ai une dilection pour Burke. C'est mon coté anglophile.

Eric Zemmour : « L'homme qui n'aimait pas notre Révolution »

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Burke comprend tout de suite les potentialités tyranniques du nouveau quadrilatère sacré des concepts à majuscule: «Philosophie, Lumières, Liberté, Droits de l'Homme»; et les violences de la Terreur qui s'annoncent, «conséquences nécessaires de ces triomphes des Droits de l'Homme, où se perd tout sentiment naturel du bien et du mal». Burke tire le portrait, deux siècles avant, de nos élites bien-pensantes contemporaines qui n'ont que le mot «République» à la bouche, pour mieux effacer la France: « Chez eux, le patriotisme commence et finit avec le système politique qui s'accorde avec leur opinion du moment » ; et de ces laïcards qui réservent toute leur fureur iconoclaste au catholicisme, quel qu'en soit le prix à payer: « Le service de l'État n'était qu'un prétexte pour détruire l'Église. Et si, pour arriver à détruire l'Église, il fallait passer par la destruction du pays, on n'allait pas s'en faire un scrupule. Aussi l'a-t-on bel et bien détruit.»


Burke est le père spirituel de tous les penseurs antitotalitaires du XXe siècle, en ayant pressenti que les hommes abstraits des «droits de l'homme» désaffiliés, déracinés, arrachés à leur foi et à leur terre, hommes sans qualités chers à Musil, seraient une proie facile des machines totalitaires du XXe siècle.
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Vous savez que je suis obsédé par l'autorité sous toutes ses formes, ou plutôt, sa destruction.

Mais cette autorité n'est qu'un moyen au service de la préservation de l'ordre à nous légué par le temps et dont je suis fier. Je suis plus burkéen que Zemmour.











mardi, octobre 18, 2016

Honneur aux Anglais

Il y a, dans tout Français qui se respecte, un mélange d'anglophobie et d'anglophilie, fruit de notre histoire tourmentée où nous fûmes tour à tour amis et ennemis.

Mais il y a aussi, quelquefois, une admiration pure et simple. Dans ces moments, on a envie d'écrire, avec Bernanos, que l'histoire de l'Angleterre est un conte pour enfants qui commence par : « Il était une fois, dans une petite île, un grand peuple, seul contre tous …»



Brexit : "Theresa May, c'est Margaret Thatcher... par rtl-fr

lundi, septembre 19, 2016

Islamisme, sociologie d'en haut et d'en bas, conservatisme à l'anglaise

Je trouve que ces trois articles s'enchaînent assez logiquement :

Quelques arguments pour une lecture moins optimiste du rapport de l'Institut Montaigne sur les musulmans de France

Plus de la moitié des musulmans en France sont des islamistes Ceux qui ont une vision juste de l’islam et, donc, des musulmans en France, ne seront pas surpris.

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La population "générale" compte 11,7% d’inactifs. La population musulmane en compte 29,5%, soit un tiers du groupe considéré. Ce seul chiffre constitue un choc collectif.

D’abord, on peut se demander dans quelle mesure il est acceptable que les "inactifs" revendiquent des changements de règles dans un jeu auxquels ils participent de façon marginale. Surtout, ce chiffre corrobore bien des rumeurs ou des récriminations fréquemment exprimées au sein de la "majorité", qui comprend mal pourquoi on en fait tant pour certaines "minorités" dont Montaigne montre qu’elles participent beaucoup moins qu’elles ne le prétendent à l’effort collectif.

[…]

L’Institut Montaigne a beau jeu d’expliquer que le respect du halal n’est pas religieux, l’évidence raisonnable soutient le contraire. Avec 3/4 des musulmans de France qui réclament du halal à l’école, on est en tout cas très, très loin, d’un islam de France respectueux de la laïcité et des règles républicaines. Quoi qu’aimeraient en dire les gens de l’effondrement narcissique, qui considèrent que se dire français et républicain, c’est déjà être islamophobe et d’extrême-droite.
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Christophe Guilluy : "Le paradoxe, c'est qu'aujourd'hui ce sont les pauvres qui vont demander la fin de l'État-Providence"

Je trouve Christophe Guilluy un peu trop optimiste mais je suis d'accord avec sa thèse que le multiculturalisme est le produit naturel du mondialisme.

Marine Le Pen devrait faire très attention aux propos de Guilluy.

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Attention, je ne dis pas qu'il y a eu acceptation [du multiculturalisme], parce que personne n'a voulu une société multiculturelle, et certainement pas les milieux populaires (quelles que soient leurs origines). Ce modèle n'a pas été voulu en tant que tel, ce n'est que la conséquence de l'ouverture. La société française est devenue une société américaine comme les autres. Il suffit de regarder les méthodes de gestion des minorités : quelle différence entre le Royaume-Uni et la France ? Un jeune Pakistanais à Londres a à peu près le même ressenti qu'un jeune maghrébin en France, un jeune Noir de Bristol par rapport à un jeune Noir de Villiers-le-Bel.

Le problème ici, c'est la différence entre le multiculturalisme à 10 000 euros et le multiculturalisme à 1 000 euros. À 1 000 euros, les choix résidentiels et scolaires sont de 0. Ce qui veut dire cohabitation totale. Si vous habitez dans un pavillon bas de gamme au fin fond de l'Oise et que la cohabitation est difficile avec les familles tchétchènes installées à côté de chez vous, vous ne pouvez pas déménager. En revanche, le bobo de l’Est parisien qui s'achète un loft s’assure grâce au marché de son voisinage et, au pire, peut toujours déménager ou déscolariser ses enfants si cela se passe mal. C'est la seule différence. Parce que pour toutes ces questions, et contrairement à ce que laisse entendre la doxa médiatique, nous sommes tous pareils. En haut, en bas, toutes les catégories sociales, quelles que soient les origines... Ce qui change, c'est le discours d'habillage. Le "je suis pour la société ouverte" ne se traduit pas dans la réalité. La norme, c’est l’érection de frontières invisibles dans les espaces multiculturels ou le séparatisme car personne ne veut être minoritaire.

La société multiculturelle est une société avec des tensions réelles et une paranoïa identitaire pour tout le monde. Les blancs pensent que les musulmans vont prendre le terrain, les maghrébins pensent que les Français sont racistes, les Noirs considèrent que les Arabes leur en veulent, les Juifs sont dans une relation conflictuelle avec les musulmans.

Aujourd'hui, c'est la tension avec l'islam qui monopolise le débat, en raison de la présence d'une importante communauté en France, (et en extension) mais également en raison du réveil de l'islam dans le monde musulman. Nous sommes sur une logique démographique avec un islam qui prend de plus en plus de place. Dans une telle configuration, si une partie de la communauté se radicalise, elle devient de fait beaucoup plus visible. En réalité, sur ces questions il n’y a pas "les bons" et "les méchants" : nous sommes face à des comportements universels. Il est possible de faire comprendre à l'autre que ce qui se passe aujourd'hui avec le FN est d'une banalité extrême. En expliquant que ce qui se passe, c'est que le vote FN est un vote de "blédard", d’attachement à son "village", d’une volonté banale de ne pas devenir minoritaire, surtout pour les catégories populaires, quelles que soient leurs origines, qui n’ont pas les moyens d’ériger des frontières invisibles. C’est vrai en France, mais aussi en Algérie, au Sénégal ou en Chine : ces ressorts sont universels. Tout le monde peut le comprendre.

Nous sommes dans cette complexité du monde multiculturel, que nous n'avons pas choisi. Quand je dis "nous", les falsificateurs laissent entendre qu’il s’agit d’un comportement de "petit blanc". C’est faux, cette perception est commune à tous les individus quelles que soient leurs origines. Les musulmans ne sont pas plus partisans de la société multiculturelle que les Juifs, les Chinois, les Français blancs ou les Noirs. Ils la pratiquent mais sans l’avoir choisie. Cette société idéalisée par la classe dominante, elle est ce qu'elle est, avec sa dose de séparatisme. Ce qui pose la question du séparatisme, qui n'est pas une hypothèse mais une réalité. Et cette société-là, c'est la société américaine. La France est aujourd'hui le pays d'Europe qui la plus grande communauté maghrébine, la plus grande communauté juive, et la plus grande communauté noire. Le multiculturalisme, nous y sommes, malgré la fanfare républicaine qui joue encore. Aujourd'hui, c'est la question de l'islam qui est posée, mais demain, compte tenu des flux migratoires qui ont lieu aujourd'hui et de la croissance démographique en Afrique, c'est la question de l'identité noire qui se posera.

[…]

Robert Putnam se posait la question de savoir pourquoi les politiques sociales étaient plus faibles dans les grandes villes. Et effectivement, le résultat était que les gens ne veulent pas payer pour les pauvres d'une autre communauté. C'est toute l'ambiguïté du rapport actuel à l'État-Providence qui se traduit dans la parole politique. Il existe un discours radical actuellement sur cette question, qui consiste à dire que l'on donne trop d'argent aux chômeurs, aux assistés, etc. Et ce, sans poser la question culturelle qui se cache pourtant derrière. C'est exactement ce qui se passe en France.

Ce qui est amusant, c'est que les libéraux pensent que les Français sont gagnés par le libéralisme et qu'ils sont contre l'État-Providence. C’est faux. Mais la situation paradoxale est qu’aujourd’hui ce sont les pauvres qui vont demander la fin de l'État-Providence [pour ne pas que l'argent de la collectivité aille à une autre communauté].
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Roger Scruton :« Notre héritage est aussi la propriété de ceux qui ne sont pas encore nés »

J'aime beaucoup Roger Scruton, comme un Finkielkraut qui ne serait pas embrouillé.

Je me fais beaucoup de souci pour les jeunes, moins de vingt ans (les vieux sont irrécupérables) : la plupart de ceux que je connais sont abrutis, à un degré ou un autre, par les écrans (télé, portable, jeux videos). Il aurait été étonnant qu'il en fut autrement, dans la société de l'abrutissement qui est la nôtre.

Bien entendu, ceux qui viennent de familles stables, avec des principes rigoureux et avec des parents bien dans leur peau, s'en sortent mieux que les autres. Etonnant, non ?


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Réseaux sociaux

Dans les conditions autrefois normales du contact humain, les hommes se liaient d'amitié parce qu'ils étaient en présence l'un de l'autre, qu'ils comprenaient les nombreux signaux subtils, du langage ou du corps, par lesquels autrui témoignait de son caractère, de ses émotions et de ses intentions, et qu'ils forgeaient affection et confiance. L'attention se fixait sur le visage, les mots et les gestes d'autrui. Et lui ou elle, comme personne incarnée, était le point de mire des sentiments amicaux qu'il ou elle inspirait. Ceux qui construisent l'amitié de cette façon sont pleinement conscients qu'ils apparaissent à l'autre de la même façon que l'autre leur apparaît. Le visage de l'autre est un miroir où ils se voient eux-mêmes. Précisément parce que l'attention se fixe sur l'autre, une opportunité de connaissance et de découverte de soi se présente, une opportunité de liberté accrue grâce à l'autre - l'une des joies de la vie humaine. L'objet du sentiment d'amitié vous regarde en retour et répond librement à votre libre activité, amplifiant à la fois votre conscience et la sienne.

En bref, l'amitié, telle qu'elle est traditionnellement envisagée, est un chemin vers la connaissance de soi. Lorsque l'attention se fixe sur un écran, cependant, un changement d'accent marqué se produit. Mon doigt est sur le bouton. À tout moment, je peux faire disparaître l'image, ou passer à une nouvelle rencontre. L'autre est libre dans son propre espace, mais pas véritablement dans le mien, puisqu'il est entièrement dépendant de ma décision de le laisser là où il est. Je retiens l'ultime contrôle et ne prends pas de risque dans l'amitié - comme ce serait le cas si je rencontrais l'autre face à face (…). Émerge entre nous une rencontre à risque réduit, où chacun est conscient que l'autre est fondamentalement retenu, souverain à l'intérieur de son imprenable cyber-château.

Appartenance

Nous sommes des créatures nécessiteuses, et notre plus grand besoin est celui du foyer - le lieu où nous trouvons la protection et l'amour. Nous trouvons ce foyer grâce aux représentations que nous nous faisons de notre propre appartenance. Nous le trouvons non pas seul mais avec les autres. Et toutes nos tentatives pour donner une apparence adéquate à notre environnement - par l'ornement, l'organisation et la création - sont des tentatives pour souhaiter encore mieux la bienvenue à nous-même et à ceux que nous aimons. De ce fait, le besoin humain de beauté n'est pas simplement une addition redondante à la liste des aspirations humaines. Ce n'est pas quelque chose dont nous pourrions nous passer en nous sentant épanouis comme être humains.

Beauté et transmission

La conservation est affaire de beauté ; mais elle est aussi, pour cette raison même, affaire d'histoire et de sens de l'histoire. Certains ont une conception statique de l'histoire, la considérant comme les restes d'un temps passé, que l'on conserve tel un livre où consulter les choses qui ont disparu (…). C'est le concept d'histoire que l'on trouve dans les sentiers «de patrimoine» et les monuments historiques américains: des objets éphémères méticuleusement préservés, posés sur le béton entre des tours de verre hostiles. Mon père y préférait une conception dynamique, selon laquelle l'histoire est un aspect du présent, une chose vivante, qui influence nos projets et se modifie aussi sous leur influence. Le passé, pour lui, n'était pas un livre à consulter, mais un livre dans lequel écrire (…).

Nous ne faisons pas qu'étudier le passé: nous en héritons, et l'héritage apporte avec lui non seulement les droits de propriété, mais les devoirs de la fiducie. Les choses pour lesquelles certains se sont battus ou sont morts ne devraient pas être inconsciemment dilapidées. Car elles sont la propriété de ceux qui ne sont pas encore nés. On devrait voir le conservatisme ainsi, comme partie d'une relation dynamique à travers les générations. Les gens déplorent la destruction de ce qui leur est cher parce qu'elle endommage le tissu de la confiance, les coupant de ceux qui les ont précédés et obscurcissant notre obligation à l'égard de ceux qui nous succéderont. Les terrains vagues des banlieues - comme ceux qui s'étendent depuis Detroit, sur 50 miles, dans chaque direction - sont des lieux où les générations passées et futures sont déconsidérées, des lieux où les voix de ceux qui sont morts et à naître ne sont plus entendues. Ce sont des lieux d'impermanence bruyante, où les générations présentes vivent sans appartenir - où il n'y a pas d'appartenance, puisque l'appartenance est une relation dans l'histoire, une relation qui lie les générations autant présentes que futures, et qui dépend de la perception d'un lieu comme son foyer.

Espérance

Pour les conservateurs, ce n'est pas la fin de l'histoire. La civilisation occidentale nous a offert une autre ressource, par laquelle nos pertes peuvent être comprises et acceptées. Cette ressource est la beauté. Les caractères de la civilisation occidentale qui ont fait de la perte un thème central de notre expérience ont aussi placé la tragédie au centre de notre littérature. Nos œuvres d'art les meilleures sont des méditations sur la perte, toute sorte de pertes (…). Ces œuvres d'art ne nous enseignent pas simplement comment faire face à la perte: elles véhiculent dans une forme imaginaire le concept que des gens plus chanceux étaient capables d'acquérir par les formes élémentaires de la vie religieuse, le concept du sacré (…). Nous devrions vivre dans l'esprit de nos Remembrance Sundays (journées nationales commémoratives en l'honneur des soldats de la Grande-Bretagne et des pays du Commonwealth tombés lors des deux guerres mondiales, NDLR), en voyant dans nos pertes des sacrifices qui ont acheté le sursis dont nous continuons de profiter. Et nous devrions résister à ceux qui voudraient entièrement tourner le dos à la perte, balayer les ombres, les recoins et les vieilles portes, et remplacer la ville par un grand écran de verre au-dessus de l'abîme, où notre regard sera englouti, encore davantage, pour toujours.
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dimanche, août 14, 2016

Un article que vous ne lirez pas dans la presse française

A duke's wealth is the natural result of a free society - and should be celebrated

Rien que le titre est délicieux. En France, il serait considéré comme une abominable provocation. Et pourtant, dans le cas anglais, il est juste, même si on peut lui apporter quelques nuances.

Je pense que le mode de vie français est (était) plus plaisant que le mode de vie anglais, pourtant je me languis quelquefois d'un pays qui serait une terre de libertés et non pas une terre de bureaucratie.





dimanche, août 16, 2015

Did Jesus really say «blessed are the queue-jumping knifemen?»

Peter Hitchens peut être très saignant :

Did Jesus really say «blessed are the queue-jumping knifemen?»

Vous savez à quel point m'irrite l'attitude gnagnan, mollassonne et bisounours et, pire que tout, suicidaire de certains chrétiens jusqu'au plus haut sommet de la hiérarchie. Visiblement, je ne suis pas le seul.

On a le droit de ne pas être chrétien, mais, quand on est chrétien, si on pouvait éviter d'être con comme un balai ....

C'est, bien sûr, moi qui souligne :

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Christians ought to be thinking about such things [l'immigration et les immigrés, notamment à Calais].

But thinking is what these prelates and preachers are not doing. Is it as simple as they claim ? I am far from sure. The founder of the Christian church was not actually a guerrilla fighter or a Russell Brand-type demagogue. He had nothing against people obeying laws or fulfilling their obligations. I’d say, rather the opposite.

He was himself a genuine refugee, hiding in Egypt from the real, murderous wrath of Herod. But when the danger was past, his family didn’t settle in Egypt but returned home. Nowhere in the Beatitudes did Jesus say ‘Blessed are the queue-jumpers’, trying to gain an advantage at the expense of others. This is what the people at Calais are. They are not prepared to apply for asylum or seek visas and work permits in the normal way. Their actions make people in this country less willing to grant any asylum, or to welcome any migration. They force their way into lorries and trains, or break down a lawfully constructed fence, sometimes clutching drawn knives as they do so. Many destroy their passports so that the truth about their origins and claims can never be proved. Why precisely is it Christian to endorse this behaviour ?

As the Left-wing media have rightly been pointing out, only quite a small share of the migrants arriving in Europe from Africa and elsewhere actually end up at Calais. They are already out of danger (if they were ever in it) and have chosen to be there.

As for the parable of the Good Samaritan, the hero of the story didn’t tell other people to be compassionate and generous. He did it himself. I am full of admiration for any individual who offers to take such migrants into his own home indefinitely, and to bear the charges (as the Good Samaritan did) of their housing, food and medical treatment.

But I have none at all for the pulpit Samaritan who tells others in our overcrowded country that they must suffer for the sake of his own peace of mind.
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dimanche, décembre 28, 2014

How to be a conservative (R. Scruton)

On décrit à tort Roger Scruton comme le Finkielkraut anglais, alors qu'il est limpide, léger et précis, là où notre Finkie est abscons, brouillon et obscur.

Son livre est une sorte d'anti-Zemmour libéral-conservateur.

Ce n'est pas Scruton qui se laisserait aller à des nostalgies napoléoniennes qu'il faut bien qualifier de ridicules.

Il reprend l'idée de Burke de démocratie totale, impliquant non seulement les vivants mais aussi les morts et les hommes pas encore nés.

Idée que Chesterton a rendue, concernant les morts, avec la force qu'on lui connaît : «[La tradition] est la démocratie des morts. La tradition refuse de se soumettre à l'oligarchie étroite et arrogante de ceux qui ne font rien de plus que se trouver en vie. [...] La tradition proteste contre le fait que les gens soient disqualifiés par un accident, leur mort. La démocratie nous demande de ne pas négliger l'opinion de quelqu'un de bien même si c'est notre valet ; la tradition nous demande de ne pas négliger l'opinion de quelqu'un de bien, même si c'est notre père. En tout cas, je n'arrive pas à séparer les deux idées de démocratie et de tradition : il me semble évident qu'il s'agit d'une seule et même idée.»

La nation est le seul espace où cette démocratie totale est possible, car elle crée un lien territorial permettant de dire «nous», alors que les autres liens humains envisageables, ethniques ou religieux, ne permettent pas cette démocratie totale.

C'est pourquoi le projet européiste de dissolution des nations dans un Moloch technocratique bruxellois est fondamentalement anti-démocratique et porteur de chaos.

Scruton articule de manière élégante la nécessité pour les conservateurs d'être aussi, dans certaines limites, libéraux. Et justifie aussi de ne pas transformer le libéralisme en libertarisme.

Il classe les associations suivant deux axes : droits/devoirs et volontaires/involontaires.

Adhérer à une association de rolleristes en tutus roses est un acte volontaire qui crée plus de droits que de devoirs. Inversement, recevoir une nationalité, c'est adhérer de manière involontaire (le bébé ne choisit pas sa nationalité) à une association (la nation), qui crée plus de devoirs que de droits (dans une vraie nation, pas dans les supermarchés de prestations sociales et de clientélismes que sont devenues les nations contemporaines).

Scruton reproche aux libertariens et aux libéraux non-conservateurs de négliger toutes les associations qui ne sont pas du premier type, volontaires et créatrices de droits. Or, l'homme n'est pas un être déraciné flottant dans l'espace et vivant dans l'instant. Son être est aussi constitué par des associations involontaires créatrices de devoirs (nation, famille, etc.)

La vision des libertariens d'un homme totalement soumis à sa propre volonté entraine la marchandisation de tout. En effet, si je suis maître de moi à 100 % sans devoirs extérieurs, je peux vendre tout ce qui est à moi : mes biens, mon travail, mon corps, mes organes, mes sentiments.

Or, suivant l'excellent mot de Wilde, «le cynique est celui qui connaît le prix de tout et la valeur de rien». L'essentiel pour les hommes est ce qui a une valeur mais pas de prix : l'amour, l'amitié, la connaissance ... Autrement dit, l'homme n'est pas réductible, contrairement aux visions socialiste ou libertarienne, à l'homo oeconomicus.

Pour Scruton, les choses sont claires : il y a l'espace où les choses ont un prix, elles sont soumises au marché  et, dans ce domaine, il faut être libéral sans retenue puisque on est dans le domaine de l'homme déraciné et instantané. Et il y a l'espace où les choses ont une valeur qu'il est hors de question de soumettre à des transactions, le guide est la tradition, l'usage.

Il y a donc, contrairement à ce que prétend Zemmour (1) une barrière possible entre libéralisme économique et foutoir sociétal, l'un n'entraîne pas mécaniquement l'autre.

Scruton entonne le couplet habituel sur la religion et la famille, bases d'une société cohérente et harmonieuse.

Il prend acte du fait que les lois étatiques modelant la famille (l'Etat est sorti de son rôle), spécialement celles facilitant le divorce, ont détruit la famille.

Son point de vue est intéressant : il déconseille aux conservateurs de continuer à demander à l'Etat de modeler la famille suivant leurs souhaits, à l'ancienne. Car ces revendications valident le fait que l'Etat doit se mêler de modeler la famille, dans un  sens ou un autre, ce qui est, à son avis, le coeur du problème.

Les conservateurs doivent vivre une vie de famille à l'ancienne, sans divorcer, et quand leur exemple fera tache d'huile, l'Etat rétablira naturellement les lois anciennes. Je soupçonne qu'il y a, derrière ce raisonnement au premier abord irénique, bien qu'il ne le dise pas, l'idée que les familles post-modernes sont quasi-stériles tandis que les familles traditionnelles sont plus prolifiques et, que, une fois épuisés les charmes de la post-modernité, le temps travaillera pour la famille traditionnelle.

L'Etat, de son point de vue, doit se contenter de prendre acte de la tradition.

Scruton, qui ne rejette pas la technique moderne, parle longuement d'internet. Il craint la virtualisation des relations humaines avec la déresponsabilisation qui l'accompagne.

Pour lui comme pour moi, une vraie conversation ne peut avoir lieu qu'en chair et en os, ni par téléphone, ni par «tchat», ni par SMS.

Quand je vois des jeunes qui n'arrêtent pas de pianoter sur leur portable, je suis terrifié et ils me font pitié : ils sont pris en tenaille, d'une part, ils ne savent pas débrancher, d'autre part, ils n'ont pas une vraie conversation. Autrement dit, ils sont accros à des ersatz de relations humaines. Ils sont accros à de la camelote.

Et qu'on ne me dise pas que je suis un vieux crouton qui n'a rien compris à la modernité, que les jeunes sont merveilleux, qu'ils s'adaptent et inventent des modes de communication dignes d'extase, ce sont des histoires que des adultes qui ont failli à leur mission d'éducation se racontent pour se rassurer et se justifier : ce que les jeunes ne savent pas parce qu'on ne le leur a pas appris, ça leur manque, point barre. Je suis sûr qu'au fond de sa caverne, M. Cro Magnon organisait un diner aux chandelles avec steak de mammouth et vins fins pour conquérir sa dulcinée, il ne lui envoyait pas des signaux de fumée.

Scruton invite les conservateurs à ne pas hésiter à entrer dans les détails techniques de ces sujets tant ils lui semblent importants.

En bon Anglais, Scruton consacre du temps au rire et à l'humour. Ce n'est pas un socialiste (sauf Alfred Sauvy) qui ferait ça (2). Il fait un parallèle intéressant entre l'humour et l'art, qui permet au passage de juger l'«art» contemporain.

L'art et l'humour remplissent deux fonctions sociales importantes, sont le propre de l'homme.

En art comme en humour, il peut y avoir un jugement, qui, s'il ne se met pas en équations, n'est pas pour autant totalement subjectif. On peut argumenter de façon objective sur les qualités et les défauts d'un tableau et d'une blague.

En art comme en humour, il y a le bon goût et le mauvais goût, et, au sein d'une communauté, les critères de bon goût et de mauvais goût sont assez clairs, même s'il y a des cas litigieux.

Vous avez compris : Scruton assassine la fumisterie de l'«art» contemporain qui consiste à prétendre à la subjectivité complète. Il suffirait que le premier connard étale de la merde sur une toile en criant  «c'est de l'art» pour que personne, au nom de la subjectivité et de «tout se vaut», ne puisse le contester. Hé bien non !

De l'«art» contemporain, qui n'est qu'une affaire de gros sous entre ploutocrates incultes, Scruton passe à l'économisme. Il insiste sur le fait que l'économie est devenue une idéologie, l'économisme, le jour où les économistes ont oublié leur place et cessé de penser que l'économie n'était, suivant l'étymologie, que le soin des choses de la maison. Quand les gens ont été déracinés par la modernité, ils ont perdu leur maison symbolique, l'économie a été déracinée elle aussi et est devenue l'économisme. Des penseurs mauvais, bientôt relayés par les politiciens, les ont encouragé à penser que le plus important dans la vie étaient les choses qui avaient un prix alors que l'être humain étant spirituel, son besoin fondamental, une fois qu'il est nourri et logé, ce sont les choses qui ont une valeur et pas de prix.

Les politiciens ont été complètement conquis par l'économisme. Ils ne savent parler de rien d'autre que de courbes du chômage et taux de croissance. L'immigrationisme vient aussi de l'économisme : l'homo oeconomicus vit tout entier dans le présent, sans racines, sans culture, sans histoire, sans rien de toutes ces choses qui, justement, posent problème dans l'immigration de masse.

Comment en est-on arrivé là ? Pour les gauchistes, c'est clair : on milite dans une ONG, puis on devient fonctionnaire et on finit politicien véreux et incompétent en ayant passer sa vie à distribuer l'argent des autres. On fait toute une carrière sans avoir jamais accompli ce que les gens ordinaires appellent un jour de travail. Dans ces conditions, nul mystère a ce qu'on n'ait aucune épaisseur ni aucune valeur et qu'on ne croit qu'à l'économie. Je vous décris là tous nos gauchos: de Hollande à Vallaud-Belmachin.

Mais pour les droitiers ? Problème qui n'existe pas en France, puisqu'il n'y a plus de droitiers depuis longtemps, le dernier ayant été, malgré tout, Pompidou. Scruton rappelle que Margaret Thatcher a été virée par la jeune garde du parti tory pour avoir refusé l'économisme. C'est assez clair dans ses discours qu'elle avait des valeurs et qu'elle les défendait. La poll tax qui a servi de prétexte pour la renverser n'obéissait pas qu'à une logique économique.

Les droitiers viennent beaucoup du milieu des consultants, qui n'ont ni âme ni scrupules (j'en connais : s'ils ont une âme, elle est vachement bien planquée). Or, le conservatisme est justement fondé sur la préservation des choses qui ont une âme.

La soumission aux journalistes, de gauche (pléonasme), fait le reste.

Pour inverser ce mouvement destructeur, la bonne stratégie de conquête conservatrice est de s'attacher à toutes les choses qui ont une valeur et pas de prix, autrement dit, de prendre en charge toutes les dimensions de l'homo sapiens que n'a pas l'homo oeconomicus et qui sont négligées par nos salopards de politiciens modernes (Juppé et Hollande en sont des exemples si caricaturaux qu'on les croirait inventés pour justifier le conservatisme politique). C'est un boulevard politique pour qui aura l'originalité de le prendre.

Par exemple, la beauté. On peut imaginer une écologie conservatrice au nom de la beauté des paysages, un urbanisme conservateur au nom de la beauté des villes. Il est très facile de faire les mêmes raisonnements pour la connaissance, la reconnaissance, la nation, la culture, la tradition, la gastronomie, etc.

Cela n'a rien d'abstrait : mes fidèles lecteurs connaissent cette superbe lettre de George Pompidou sur la préservation des arbres au bord des routes. Au nom de l'amitié et de la vie de famille, la question du travail du dimanche est vite tranchée.

Pour conclure, Scruton pense que la déchristianisation est une catastrophe, mais cela ne sert à rien de le regretter, il faut en prendre son parti. Le christianisme nous a appris que les pertes et les douleurs sont, à l'image de la Passion de Jésus-Christ, des sacrifices fertiles, contrairement aux philosophies orientales, où la douleur est une motivation pour se retirer du monde.

C'est pourquoi, en se déchristianisant, les occidentaux fuient les douleurs de la vie (le deuil, l'amour, ...). Ils risquent (c'est déjà en cours), par sécheresse d'âme, de créer une société très dure, où on nie ses propres douleurs, mais, surtout celles des autres. D'où la popularité de l'euthanasie : il n'y a vraiment pas loin, en pratique, de la mort pour soi à la mort des autres, qui nous dérangent par leur agonie, fort couteuse qui plus est.

Pour conclure,  Scruton invite les conservateurs à ne pas oublier qu'en occident la beauté est liée à la grandeur du sacrifice salvateur. Je vous laisse méditer ces belles paroles.

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(1) : j'en veux à Zemmour de son manque de finesse parce qu'il est intelligent. Les autres journalistes prétendus de droite, c'est différent. Finalement, parmi les journalistes, il n'y a qu'Ivan Rioufol qui ait une vision globale qui m'agrée.

(2) : Jean Raspail : «Les vrais amateurs de traditions sont ceux qui ne les prennent pas au sérieux et se marrent en marchant au casse-pipe, parce qu’ils savent qu’ils vont mourir pour quelque chose d’impalpable jailli de leurs fantasmes, à mi-chemin entre l’humour et le radotage. Peut-être est-ce un peu plus subtil : le fantasme cache une pudeur d’homme bien né qui ne veut pas se donner le ridicule de se battre pour une idée, alors il l’habille de sonneries déchirantes, de mots creux, de dorures inutiles, et se permet la joie suprême d’un sacrifice pour carnaval. C’est ce que la gauche n’a jamais compris et c’est pourquoi elle n’est que dérision haineuse. Quand elle crache sur le drapeau, urine sur la flamme du souvenir, ricane au passage des vieux schnoques à béret et crie « Woman’s lib ! » à la sortie des mariages en blanc, pour ne citer que des actions élémentaires, elle le fait d’une façon épouvantablement sérieuse, « conne » dirait-elle si elle pouvait se juger. La vraie droite n’est pas sérieuse. C’est pourquoi la gauche la hait, un peu comme un bourreau haïrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir. La gauche est un incendie qui dévore et consume sombrement. En dépit des apparences, ses fêtes sont aussi sinistres qu’un défilé de pantins à Nuremberg ou Pékin. La droite est une flamme instable qui danse gaiement, feu follet dans la ténébreuse forêt calcinée.»

samedi, décembre 20, 2014

La conversation d'antan

Michael Oakeschott et Roger Scruton citent la conversation comme exemple d'ordre spontané.

La conversation était un art éminemment français (voir L'âge de la conversation) qui s'est beaucoup perdu, de pair avec la civilité et la civilisation. On peut relire l'immortel De l'art de conférer, de Montaigne, que Blaise Pascal, pourtant très critique de l'auteur des Essais, admirait sans réserve.

On disait qu'il fallait être plus que les grâces et moins que les muses, c'est-à-dire entre trois et neuf personnes.

Mon jugement est différent : mes plus intelligentes conversations furent en tête-à-tête avec des personnes du sexe opposé, mais c'est un type de conversation qui mérite un billet particulier.

Toujours est-il que cet art se perd à une vitesse stupéfiante.

On y trouve des phénomènes bien connus de certains ordres spontanés :

  • l'organisation d'une conversation n'est pas linéaire. Il y a une taille limite à partir de laquelle l'ordre spontané laisse place au chaos et un meneur déclaré et obéi devient indispensable.
  • la présence d'éléments perturbateurs est très handicapante. J'ai deux collègues (pas de noms, s'il vous plaît) amoureux du son de leur propre voix et adorant s'écouter parler. Ils tuent toute conversation dans un rayon de plusieurs mètres autour d'eux  en quelques secondes. C'est un supplice dont l'évitement donne lieu à de savantes manoeuvres pas toujours couronnées de succès.
Une bonne conversation est un plaisir sans guère d'équivalent. Mais cet art se perd pour nombre de raisons qui décrivent bien les maux de notre époque. Pour une conversation réussie, il faut :

  •  de bonnes manières.
  • un minimum de culture, disposer d'un éventail de cas et d'exemples pour nourrir le propos.
  • savoir se taire et écouter, laisser la conversation respirer. Paraît-il que l'écoute est aussi le secret de la séduction.
  • avoir l'esprit, ouvert, léger, ne pas s'appesantir.
  • avoir aussi l'esprit chevaleresque. Ne pas faire résonner ses triomphes, ne pas insister sur les erreurs de son interlocuteur, préférer abandonner un bon mot plutôt que de blesser.
Nous sommes à mille lieues de notre époque inculte, narcissique et bavarde.



dimanche, mai 18, 2014

«La Grande-Bretagne a gagné la guerre parce qu'il y avait pénurie de papier»

En cherchant autre chose, je tombe sur ce vieux billet à propos d'une personnalité intéressante :

Negative gravity, the life of Beatrice Shilling


On notera cette phrase, dont l'inspiration est toujours d'actualité : «La Grande-Bretagne a gagné la guerre parce qu'il y avait pénurie de papier».

J'ai beaucoup de raisons de critiquer les Anglais mais je suis admiratif de leur capacité à garder des artisanats mécaniques, et cela a quelque chose à voir avec la phrase citée ci-dessus.

Des gens qui peuvent faire ça :




ou ça :




Ou ça :






ne peuvent être entièrement mauvais.

mardi, février 04, 2014

Eloge du préjugé

Si j'avais le temps et si cela n'avait pas été fait avant moi par Burke, j'écrirais un éloge du préjugé.

On nous dit que les stéréotypes sont obligatoirement mauvais (c'est bien ce que sous-entendent les expressions comme «lutter contre les stéréotypes»). Ce biais contre les préjugés est ... un préjugé d'intellectuels méprisant la sagesse populaire.

Il n'y a aucune raison que les préjugés soient systématiquement faux et il y a de bonne chance que le préjugé des intellectuels contre les préjugés (des autres) soit une erreur. Les préjugés peuvent être ou faux ou vrais, il se trouve juste que ce sont des jugements collectifs légués par l'habitude. Mais les jugements personnels peuvent tout aussi bien être erronés.

En réalité, il y a plus de chances que les préjugés soient vrais : on peut espérer que l'épreuve du temps agit comme un filtre et permet de d'invalider certains jugements erronés et de conserver les justes. C'est une approche probabiliste et traditionaliste. Faire confiance à la tradition qui, elle au moins, est arrivée jusqu'à nous, est une démarche simple et très puissante.

En tout cas, une certitude : les préjugés sont utiles à ceux qui les transmettent et propagent, sinon ils disparaîtraient pour cause d'inutilité.

J'ajoute que tout le monde a des préjugés, car aucun homme ne peut juger de tout par lui-même. Alors changez vos habitudes : plutôt que d'être indulgents avec vos préjugés et sévères avec ceux des autres, essayez donc l'inverse.

L'ironie de la chose est que les préjugés les plus susceptibles d'être faux sont ceux des intellectuels, qui sont si courroucés par les préjugés (des autres).

En effet, les intellectuels sont mis à l'épreuve non des faits mais des autres intellectuels.

Le paysan, l'ingénieur ou le médecin sont mis à l'épreuve du réel : si leurs préjugés sont mauvais, le blé ne pousse pas, les malades meurent et les avions tombent. L'accident de la navette Challenger est en grande partie du à un préjugé des ingénieurs de la NASA sur la météo en Floride.

Pas de ça pour les intellectuels : peu importe que leurs préjugés soient idiots pourvu qu'ils soient partagés par les autres intellectuels, qui les jugent, font leurs réputations et leurs carrières. C'est le sens du célèbre «Mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron».

Il est donc probable que le préjugé des intellectuels contre les préjugés (des autres) est une erreur et un snobisme.

Bien sûr, on peut faire une longue liste de préjugés idiots. Mais on peut également faire une longue liste de préjugés valides et utiles.

Je vous laisse avec Burke (merci Aristide) :

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Vous voyez, Monsieur, que dans ce siècle de lumières, je ne crains pas d’avouer que chez la plupart d’entre nous les sentiments sont restés à l’état de nature ; qu’au lieu de secouer tous les vieux préjugés, nous y tenons au contraire tendrement ; et j’ajouterais même, pour notre plus grande honte, que nous les chérissons parce que ce sont des préjugés - et que plus longtemps ces préjugés ont régné, plus ils se sont répandus, plus nous les aimons. C’est que nous craignons d’exposer l’homme à vivre et à commercer avec ses semblables en ne disposant que de son propre fonds de raison, et cela parce que nous soupçonnons qu’en chacun ce fonds est petit, et que les hommes feraient mieux d’avoir recours, pour les guider à la banque générale et au capital constitué des nations et des siècles. Beaucoup de nos penseurs, au lieu de mettre au rebut les préjugés communs, emploient toute leur sagacité à découvrir la sagesse cachée qu’ils renferment. S’ils parviennent à leur but, et rarement ils le manquent, ils estiment qu’il vaut mieux garder le préjugé avec ce qu’il contient de raison que de se défaire de l’enveloppe pour ne garder que la raison toute nue ; et cela parce qu’un préjugé donne à la raison qu’il contient le motif qui fait sa force agissante et l’attrait qui assure sa permanence. En cas d’urgence le préjugé est toujours prêt à servir ; il a déjà déterminé l’esprit à ne s’écarter jamais de la voie de la sagesse et de la vertu, si bien qu’au moment de la décision, l’homme n’est pas abandonné à l’hésitation, travaillé par le doute et la perplexité. Le préjugé fait de la vertu une habitude et non une suite d’actions isolées. Par le préjugé fondé en raison, le devoir entre dans la nature de l’homme.

Sur ces questions, vos hommes de lettres et vos politiques sont d’un avis tout à fait différent, de même que chez nous tout le clan des esprits éclairés. Ils n’ont aucun respect pour la sagesse des autres ; mais en compensation ils font à la leur une confiance sans bornes. Il leur suffit toujours d’un seul motif pour détruire un ordre de choses ancien, c’est son ancienneté même. Quant à ce qui est nouveau, ils n’éprouvent aucune inquiétude au sujet de la durée d’un bâtiment construit à la hâte ; parce que la durée n’est d’aucune conséquence pour ceux qui estiment que rien ou presque rien ne s’est fait avant leur temps, et qui placent toutes leurs espérances dans l’innovation. Comme ils pensent très systématiquement que tout ce qui peut assurer quelque perpétuité est nuisible, ils ont déclaré une guerre inexpiable à toutes les institutions. Ils croient que les types de gouvernement peuvent varier comme la mode, sans que cela tire plus à conséquence ; et qu’il n’est nul besoin pour attacher les hommes à la constitution de leur pays, d’un autre principe que la commodité du moment. Ils semblent persuadé que le pacte entre le peuple et ses magistrats a ceci de singulier qu’il n’engage que le magistrat, sans condition de réciprocité : aussi la majesté du peuple est-elle en droit de dissoudre ledit pacte sans autre motif que sa volonté. Même leur attachement à leur pays n’existe qu’autant qu’il se rencontre avec tels de leurs projets flottants ; chez eux le patriotisme commence et finit avec le système politique qui s’accorde avec leur opinion du moment.

(Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution française)
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jeudi, octobre 10, 2013

Edmund Burke, politician, philosopher, prophet (J. Norman)

L'auteur est un parlementaire britannique. C'est toujours intéressant quand un praticien de la politique prend du recul et écrit un livre d'histoire. Il y met une expérience que n'aura jamais un historien professionnel. Je vous conseille les excellents La banqueroute de Law et La disgrâce de Turgot, d'Edgar Faure.

Burke est considéré comme le père du conservatisme.

Son ouvrage le plus célèbre est Reflections on the French Revolution, dans lequel, dès novembre 1790, il prédit la Terreur et Bonaparte. S'il peut faire ces étonnantes prédictions, c'est que les bases philosophiques qui fondent cette analyse circonstancielle sont extrêmement solides.

Burke n'a pas écrit de traité philosophique du conservatisme, mais Norman montre, à travers ses discours et ses écrits, que Burke est étonnamment cohérent et constant tout au long de ses quarante ans de carrière politique.

La pensée de Burke peut se résumer ainsi (résumé certes imparfait) :

• l'homme est un animal social. Non seulement l'homme abstrait objet de droits,  les Droits de l'Homme, n'existe pas (ce dont presque tout le monde est prêt à convenir), mais modifier la société au nom des Droits de l'Homme est une mutilation de l'homme concret, par déchirement du tissu social dont il fait partie (Burke anticipe cette citation de Lévi-Strauss : «On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu'elle est faite d'habitudes, d'usages, et qu'en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l'état d'atomes interchangeables et anonymes»).

• l'individu, pour être pleinement homme, doit être un noeud de liens. Liens sociaux, liens familiaux, liens historiques. L'homme ne vit pas que dans le présent, il est lié au passé et à l'avenir. L'individu atomisé, sans passé ni futur, tout entier dans le présent, égoïste, est un demi-homme, il lui manque la dimension spirituelle.

• la société est un dépôt du temps, qu'on a le devoir de léguer. La tradition a une valeur en soi, par le simple fait qu'elle a subi l'épreuve du temps. Ce n'est pas parce que nous ne comprenons pas avec notre raison raisonnante que c'est forcément idiot, il faut être modeste. Norman, pour illustrer Burke, prend l'exemple des religions : diverses études montrent qu'une pratique religieuse modérée a un effet social positif, alors que les religions ne passent pas les barrières de la rationalité positiviste.

• le changement est possible à condition qu'il soit prudent et se réfère à des principes qui ont fait leurs preuves. Ainsi, Burke soutenait une position conciliatrice vis-à-vis des Insurgents américains car leur principal argument, pas de taxation sans représentation, était un vieux principe anglais.

• tout changement utopique, abstrait, hors-sol, à la Taubira-Peillon-Vallaud Belkacem (bref, à la Hollande) est à proscrire absolument. Pour Burke, c'est un  crime contre l'humanité (bien sûr, je n'entends pas cette expression au sens juridique moderne, même si il y a des relations évidentes).

• la mission du politicien est de préserver la société, de façon à permettre l'épanouissement des hommes et la transmission de cette société (les deux choses étant liées). Il doit effectuer les changements que l'évolution des circonstances impose avec modestie et prudence. Un politicien n'est pas un prophète. On remarquera que les dirigeants anglais face à notre sanglante révolution ont assez bien répondu à cette lettre de mission.

Norman insiste, à juste titre, sur le fait que la recherche moderne valide à bien des égards l'hypothèse de l'homme comme indissociable de la société.

Vous ne serez pas étonnés qu'il y ait là beaucoup d'échos à Montaigne et à Taleb.

De nos jours où l'on fait une batteuse du Front National, je pense à l'UMP : ces couillons d'UMPistes, s'ils n'étaient pas cons comme des balais, trouveraient en Burke une doctrine fort intéressante leur permettant de ne pas être éternellement en réaction face à la gauche et au FN.

Mais, bon, songer que des types de droite, en France, puissent réfléchir, autant croire au père Noël.



samedi, juillet 27, 2013

Economie : la leçon anglaise

Economie : la leçon anglaise

Vous connaissez mon vieux fantasme : que la France devienne un paradis fiscal, aussi prospère que la Suisse ou Singapour.

C'est économiquement possible. Les obstacles sont dans les têtes et dans les palais de république.

mardi, juillet 23, 2013

A l'occasion du «Royal Baby»


On peut penser ce qu'on veut de la famille royale anglaise. Mais tous les hommes et certaines femmes, dont la reine, y ont fait leur service militaire, quelquefois en zone de guerre.

Combien de politiciens français ou de leurs rejetons peuvent en dire autant ?

«Servir» est devenu «se servir». N'est-ce pas, Fabius junior ? Hollande junior ? Etc.

lundi, juin 04, 2012

Rien de tel qu'un Anglais

Rien de tel qu'un Anglais pour être réellement conservateur.

Le Français, endoctriné dès le plus jeune âge par le progressisme, aura toujours un peu honte, ne sera jamais conservateur à fond (je sens chez certains d'entre vous un fâcheux déviationnisme progressiste que je compte rééduquer derechef).

Loss and Gain, Past and Present, and who talked of a Golden Age?