dans le mesure où j'imagine que, par des calculs tordus, ceux qui le pratiquent espèrent en retirer un avantage personnel.
Mais ceux qui préfèrent sincèrement leur lointain, voire leur ennemi, à leur prochain ? Ceux qui, comme écrit Rousseau, aiment les Tatares pour ne pas aimer leur voisin ? Les bonnes dames du Secours Catholique qui font tant pour les immigrés qui les persécuteraient s'ils étaient suffisamment nombreux ?
Nous sommes proches de la maladie mentale : toute personne droite dans sa tête peut aimer son lointain mais à condition d'avoir commencé par son prochain, et, de toute façon, pas en sacrifiant sa Foi.
Saint François d'Assise va voir le sultan d'Egypte pour le convertir, pas pour l'inviter à s'installer en Italie.
Je crois que le clé nous est donnée par l'Antechrist du Vatican. C'est un relativiste à tout crin (1), il nous l'a dit et répété, bref, c'est un homme à l'âme creuse.
Comme on disait de Jacques Chirac : « Il ne croit en rien ? Ah si, il croit en "l'Europe" ».
La croyance au mondialisme, à l'européisme, à l'Autre idéalisé et désincarné, est la croyance des âmes vides. Ces gens vides se remplissent de l'Autre déshumanisé.
Quelques lignes plus haut, j'ai écrit « toute personne droite dans sa tête peut aimer son lointain mais à condition d'avoir commencé par son prochain, et, de toute façon, pas en sacrifiant sa Foi ». Oui, mais si la personne n'a plus de Foi et qu'elle cherche à compenser ce manque au centre de sa vie en se noyant dans l'Autre ?
Et voilà comment on peut préférer un potentiel terroriste musulman au clochard blanc en bas de l'immeuble.
Dans cette situation de nihilisme, je préfère Ponce Pilate au pape François : lui, au moins, a l'excuse de ne pas avoir connu l'enseignement du Christ.
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(1) : je ne vous rappelle pas l'horreur qu'est un relativiste pour un chrétien, il suffit de relire Jean-18:37-38.
************* Contrairement à ce que l'on entend beaucoup, ce désordre universaliste n'est pas chrétien. Au contraire. Certes, l'Église catholique enseigne avec raison que les exigences de la charité dépassent celles de la justice, mais elle précise aussitôt que la charité ne doit pas s'exercer contre la justice. La charité doit être ordonnée au bien commun, du plus proche au plus éloigné, si bien que l'on ne saurait, sans commettre d'injustice, aider son voisin aux dépens de ses enfants, ou des étrangers aux dépens de ses concitoyens, fut-ce au nom de la fraternité. En un mot: «charité bien ordonnée commence par soi-même».
[…]
Il est vrai que dans la Lettre aux Galates, Saint Paul a proclamé qu'« il n'y a plus ni juif ni grec, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme », mais il ne parlait pas de l'humanité dans son ensemble, mais exclusivement des personnes ayant reçu le baptême et qui ne font alors « plus qu'un dans le Christ Jésus ». Il parlait de l'Église, et peut-être aussi de la fin des temps.
Or, on a le sentiment que la République voudrait faire mieux que l'Église et établir dès maintenant une fraternité universelle sans autre baptême que le fait d'être humain. Catholique veut dire universel en Grec, mais l'universalisme relève d'une tout autre religion: celle de l'Humanité. Le salut qu'elle attend est immanent et consiste en l'unification pacifique de l'humanité. Peut-être voit-elle dans ce sacrifice de l'identité nationale à l'accueil de l'étranger un geste héroïque par lequel la société pourrait renaître, purifiée et transfigurée, élevée à l'universalité. Cette idée de renaissance à travers le sacrifice est profondément chrétienne, mais il faut croire en l'Humanité plus qu'en soi-même pour estimer que ce sacrifice en vaille la peine, pour donner l'exemple d'une nation qui se dissout dans la globalisation.
[…] Cette fraternité universelle est bien une vertu chrétienne devenue folle. Ce sont d'ailleurs les nations dont le catholicisme est resté le plus orthodoxe qui, en Europe, résistent le plus à cette dissolution: Slovaquie, Pologne, Hongrie et maintenant Italie. Celles-là mêmes qui ferment leurs frontières sont aussi celles qui encouragent la natalité, qui veulent encore croire en leur avenir en tant que peuple et culture. Ce sont aussi celles qui ont refusé de signer le Pacte de Marrakech.
[…]
Aujourd'hui, nous sommes dans la situation paradoxale où les autorités publiques tendent à tolérer l'aide illégale portée aux « migrants irréguliers » et à sanctionner durement l'opposition de certains « identitaires » à l'entrée irrégulière sur le territoire, alors même que leurs méthodes ne violent pas la loi.
[…]
La résistance et les ‘préjugés' des peuples qui veulent défendre leur bien commun, notamment culturel, apparaissent alors comme autant d'obstacles à la réalisation du rêve d'unification de l'humanité par les migrations.
*************
La thèse d'Harouel est simple : il corrige la très célèbre formule de Chesterton sur les « vertus chrétiennes devenues folles ».
Pour Harouel, la gauche n'est pas faite de vertus chrétiennes devenues folles mais d'idées hérétiques (donc d'idées chrétiennes devenues folles, voir Belloc) digérées : la gnose (1) pour le gauchisme sociétal, le millénarisme (2) pour le communisme.
Le parallèle entre gauchisme sociétal et gnose est impressionnant : haine des différences homme-femme ; haine du mariage et de la procréation ; éloge de l'homosexualité ; préférence pour le déviant, pour le criminel, pour l'ennemi, pour l'Autre absolutisé ; existence d'une avant-garde éclairée, d'initiés séparés des hommes ordinaires ; individualisme exacerbé s'affranchissant de toute morale ordinaire ; mélange de débauche et de puritanisme ; et last but not least anti-judaïsme obsessionnel ...
Le parallèle, que je vous épargne, entre communisme et millénarisme est tout aussi édifiant.
Harouel fait remonter la fusion entre millénarisme et gnose à Joachim de Flore.
L'intérêt de ce livre est que Harouel tient ces similitudes non pour une désastreuse (pour l'humanité) coïncidence, mais pour le fruit d'un cheminement historique qu'il essaie de retracer.
Par exemple, même s'il l'a rejeté ensuite, Karl Marx a été très influencé par un gnostique illuminé, Weitling.
La gnose fait un détour par la mode des spiritualités orientales. Au XIXème siècle, occultisme, spiritisme et socialisme sont très liés. Victor Hugo faisant tourner les tables pour découvrir, ô surprise, que les esprits partagent ses convictions socialistes est hilarant (Fantine la prostituée et Valjean le bagnard sont des héros gnostiques : toujours cette préférence pour les déviants).
Plus d'un socialiste se justifie par sa croyance en la métempsycose et c'est assez logique. En effet, si toutes les saloperies, goulag, holodomor, exterminations diverses et variées, sont justifiées par le but de faire advenir le paradis socialiste sur terre, au moins on se console en se disant que les malheureux qu'on a violés, torturés et massacrés pour la bonne cause vont se réincarner dans un monde meilleur.
En tout cas, vous ne serez plus étonnés des affinités entre New Age et socialisme.
Cela aboutit, par un chemin tortueux et désespérant pour l'humanité, à la mortifère religion de l'humanité que traduit la religion des doits de l'homme.
Au fond, pour être droits-de-l'hommiste, il ne faut pas être très intelligent. Quand on a l'intelligence des saints, on n'est pas droits-de-l'hommiste. D'ailleurs, le droit-de-l'hommisme n'a jamais donné aucun saint.
La franc-maçonnerie (très imprégnée du mépris gnostique du peuple - qu'on veut d'ailleurs remplacer) est l'église cachée du droit-de-l'hommisme, tandis que l'Etat est son bras armé. Cette confusion du spirituel et du temporel au service d'une cause fausse (le sens de l'histoire n'existe pas) est mortelle, au sens le plus littéral, pour la France.
Un des fruits empoisonnés de la gnose, c'est le mépris de la raison, qui est très présent de nos jours. Il y a aujourd'hui neuf occidentaux sur dix pour estimer que l'émotion est supérieure à la raison, qu'il vaut mieux ressentir les choses que les penser.
En face, il y a, ou il devrait y avoir, le catholicisme et la droite.
Même si l'Eglise romaine a dérivé vers le droit-de-l'hommisme et le socialisme, elle a, étant donné que « mon royaume n'est pas de ce monde », vocation à combattre les utopies.
Alain Besançon fait remarquer que les condamnations théologiques du socialisme étaient plus précises, plus profondes et plus exactes au XIXème siècle. Que la connaissance des horreurs du socialisme concret est allée de pair avec des condamnations plus circonstancielles, plus superficielles.
Le chrétien (qu'on prendra dans la suite de ce billet pour équivalent de l'homme de droite) ne croit pas que la Mal puisse être extirpé de l'homme, il essaie de tirer la meilleure part d'une situation dont il sait quelle restera insatisfaisante jusqu'au Jugement Dernier.
Il ne croit pas aux utopies, il ne croit donc pas aux crimes qu'on doit commettre en leur nom. Là où l'utopiste prend, le chrétien donne ; c'est toute la différence entre la « solidarité » socialiste et la charité chrétienne.
Le chrétien s'efforce aussi de mettre en ordre une société qu'il sait perfectionnable à l'infini. Il croit donc en la sécurité et en la justice, il n'a pas cette préférence pour les assassins et pour les violeurs de MM. Hugo et Badinter. Harouel en profite pour nous glisser un passage décapant sur le Mur des Cons, révélateur à la fois du mépris du peuple, de la morale commune et des victimes et d'une conviction d'une supériorité morale des juges.
La priorité politique du chrétien est la sécurité des citoyens, sans laquelle la liberté et la la responsabilité sont des mensonges. Il ne rechigne pas à punir les criminels puisqu'il sait que le Mal ne vient pas de l'extérieur (comme le croit le gnostique, d'où la théorie à la mode que tout le mal vient non des individus mais de la société) mais que le Mal est en l'homme dès la Chute originelle.
Contrairement au gnostique, qui est par nature marcioniste (hérésie consistant à rejeter l'Ancien Testament), le chrétien est héritier de peuple juif et donc reconnaît sans réticence la nécessité des nations (pape François, entends-tu ?), à l'exemple de la nation juive. Il en découle que la défense des nations est parfaitement chrétienne.
Ce qui différencie le libéralisme, de droite, d'origine chrétienne, du libéralisme de gauche, c'est le réalisme, le refus d'en faire un absolu, applicable partout. De manière intéressante, Harouel considère que Smith et List (théoricien du protectionnisme allemand) étaient tous deux libéraux mais s'adressaient à des sociétés différentes : la Grande-Bretagne dominatrice de Smith avait intérêt à un libre-échangisme maximal tandis que l'Allemagne naissante de List avait intérêt à des barrières douanières.
Le libéralisme de droite, c'est très simple : libéral à l'intérieur, raisonnablement protectionniste à l'extérieur, parce que les nations existent et que le libéralisme n'est pas un absolu, mais juste un moyen d'exprimer la responsabilité de l'homme sous le regard de Dieu.
La conclusion est la partie la plus faible, peut-être parce qu'il ne peut faire autrement.
Les religions font les civilisations, et non le contraire. Il peut arriver que les civilisations se suicident par de mauvais choix religieux. C'est précisément le cas de l'Europe déchristianisée.
Mais le droite survivra parce quelle est indispensable (on peut ne pas y croire).
Mon opinion est différente : la droite survivra seulement si la France se rechristianise. Ce n'est pas impossible : la spécialité de l'Eglise est tout de même la résurrection. En attendant, prions, ne faisons pas que cela, mais faisons le aussi.
Bien sûr, les petites magouilles des petits arrivistes de LR sont très à la surface des choses. Je vous parle du temps long.
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(1) : la gnose affirme l'existence d'un dieu supérieur, connu des seuls initiés, qui ont vocation à devenir de purs esprits. Tout ce qui tend vers ce but est bon, y compris, bien entendu, s'affranchir de la morale commune.
(2) : le millénarisme suppose qu'en faisant une certaine action, en général exterminer tous les riches, les dignitaires et les juges, on fera advenir le paradis sur terre pour mille ans.
Patrick Buisson, lui, pense (voir sa video) que le libéralisme sociétal et le libéralisme économique viennent de se réconcilier dans la personne d’Emmanuel Macron et que le conservatisme doit se construire dans l’anti-libéralisme.
Mais le rejet du libéralisme comme condition du conservatisme me gratte, tout simplement parce que le libéralisme, au sens large, fait partie de nos traditions, et c’est sans doute la plus forte, la plus spécifique. Mais j’ai la réponse près de moi : quelle philosophie libère l’homme tout en méprisant l’argent, rendant possible un libéralisme limité, raisonnable ? Bien sûr, le christianisme, notamment dans sa forme vraie, catholique.
Oui, mais je tourne en rond. On sait bien que c'est l'abandon des vertus chrétiennes qui pose problème. En résumé, pour réconcilier libéralisme et conservatisme, il faut un troisième truc au-dessus qui les transcende et, pour l'instant, à part le catholicisme, je n'ai pas trouvé quoi.
J'aime bien Raymond Ibrahim, il est clair et net en même temps que fort bien informé.
Je résume son article :
L'islam est faible, le terrorisme est l'arme des faibles. Il était fort du temps de Poitiers, de Manzikert, de Mohacs, il ne l'est plus.
L'islam n'est fort que de nos faiblesses.
Les traitres islamophiles, les Obama, Hollande, Merkel et compagnie, qui sont élus, et quelquefois ré-rélus, ne sont que des symptômes d'un mal plus profond qui loge dans nos têtes.
Ce mal a trois composantes :
♘ le multiculturalisme, la croyance absurde qu'en mélangeant des populations de cultures, de races et religions différentes, on obtient l'harmonie. Non, on obtient la guerre civile.
♘ le relativisme, l'idée folle que toutes les religions, toutes les cultures, toutes les coutumes se valent. Et nous sort toujours l'argument éculé de l'Inquisition. Hé bien, parlons en, de l'Inquisition, comparons là avec le djihad en durée, en étendue et en intensité, et surtout, surtout, en compatibilité avec la religion dont elle se réclame.
♘ le masochisme. Tout le mal viendrait de l'occident, alors que c'est exactement le contraire : la science, la médecine, une bonne partie de la philosophie sont occidentales. L'Espagne publie à elle seule plus de livres que tout le monde musulman. Contrairement à certaines légendes, nous ne devons pas grand'chose de bien, pour ne pas dire rien, au monde musulman, dont l'obscurantisme et l'arriération sont les traits dominants.
Ibrahim conclue d'une façon limpide : célébrer le multiculturalisme et battre le djihad sont incompatibles.
Si une révolution avait lieu chez nous, le djihad serait renvoyé instantanément aux poubelles de l'histoire.
Cette vérité demeure : le djihad terrorise le monde non pas parce qu'il en les moyens mais parce l'occident laisse faire.
Je le reconnais, je fais une fixette sur Alain Juppé.
Je sais bien qu'il se pourrait qu'il devienne président de la république. Je choisis mes ennemis haut. Tant qu'à faire.
***************** Ceux qui récusent la notion d'identité se rabattent sur ce que vous appelez
l'argumentaire moral. Roland Hureaux : Des réfugiés qui viennent en masse à nos frontières ne sont que
des individus à accueillir, selon le principes évangéliques, dit Alain Juppé. Mais
l'accueil d'un individu par un autre est une chose : l'accueil d'un groupe par un autre
groupe qui craint de s'en trouver déstabilisé en est une autre. Ce sont deux registres
différents. La morale est une affaire individuelle qui nécessite des adaptations dès que
l'on passe au plan politique. Or dès qu'il s'agit de groupes, on entre dans la politique.
Quand on invoque la morale en politique, il faut toujours se méfier. Revenons aux
origines de cet afflux de réfugiés : c'est principalement la guerre civile en Syrie. Mais
pourquoi cette guerre civile a-t-elle eu lieu ? Parce que l'Occident l'a encouragée au
nom du moralisme : il fallait abattre le régime Assad, le pire qui soit, disait-on, fut-ce en
aidant les djihadistes, ce que la France fait en Syrie depuis quatre ans. Si on ne l'avait
pas fait, Assad aurait rétabli l'ordre, de manière un peu rude, certes, mais la paix aurait
été préservée. 250 000 morts en raison du moralisme occidental ! Même chose dans
l'ex-Yougoslavie qui nous envoie encore des milliers de clandestins. Même chose en
Libye où la morale a conduit à une intervention de l'OTAN qui aurait fait 120 000 morts.
Il se peut que les Français soient en effet plus lucides que leurs
gouvernants. Cela arrive souvent aujourd'hui. Vous parlez de cohésion nationale : c'est
ainsi qu'il faut poser la question. Et non pas en termes de capacité d'accueil, d'amour du
prochain, de phobie ou de philie etc.
J'ajoute que le débat actuel occulte un autre aspect de la question : qu'est ce qui attire
ces "migrants " en Europe ?
Quand on ne s'intéresse pas aux vrais problèmes des gens, y compris ceux des
migrants, c'est qu'on ne les aime pas. Il est deux façons de ne pas les aimer : les rejeter
sans examen ou bien alors prêcher qu'ils faut les accueillir sans chercher à savoir
pourquoi ils sont là. Ces dernières semaines, poser cette dernière question, c'était déjà
immoral. L'accueil est tenu par la gauche pour une obligation d'urgence ( l'"urgence
humanitaire" chère à Kouchner, le grand ami de Paul Kagame) : surtout ne posons pas
de questions.
*****************
Pour Chesterton, le christianisme est la religion où le lion couche à coté de l'agneau sans cesser d'être un lion, sans se transformer en agneau. On a les moines et les martyrs qui se font tuer en tendant l'autre joue, mais on a aussi Saint Louis qui part en croisade. Le christianisme ne consiste pas seulement à tendre l'autre joue mais aussi à partir en croisade (contrairement à ce que beaucoup disent aujourd'hui, je ne vois aucune raison de nous repentir des croisades). Chesterton place très haut Jeanne d'Arc.
Chez nombre de catholiques pratiquants (dont le pape actuel. On se demande, effaré, s'il est catholique ou franc-maçon), la charité chrétienne s'est transformée en masochisme et en soumission à l'Autre. Ils confondent martyre et suicide.
Une conversation avec quelqu'un qui, à ma connaissance, n'est pas religieux, m'a rappelé tout cela.
Il me soutenait que la France avait toujours changé (ce qui, au sens de notre conversation, est, tout bêtement, tout simplement, faux) et que l'invasion migratoire en cours n'était qu'un changement parmi d'autres, que ce n'était pas grave que les Français s'africanisent et qu'il fallait être généreux (avec les Autres, bien entendu, pas avec les Français).
J'ai commencé à m'énerver, puis, comme Dalrymple, je me suis résigné : que dire à une machine, qui ne sent rien de ce qui ne se met pas en chiffres et et en procédures ? A quelqu'un pour qui ici vaut là-bas, qui ne sent pas que l'esthétique, l'harmonie, l'équilibre d'ici sont différents de là-bas ? Pour qui la poésie de l'existence est une terre inconnue ?
Alors, j'ai pensé qu'il n'avait pas d'âme. Oh, bien sûr, pas au sens théologique, je ne vise pas si haut, mais au sens sens social, humain, quotidien.
Combien y a t-il de zombies de ce genre autour de nous ?
Addendum :
Je pense que le mouvement de la modernité depuis la Renaissance a été d'épuiser l'énergie spirituelle et intellectuelle accumulée au Moyen-Age.
Nous arrivons au bout du rouleau : nous avons maintenant des hommes tellement pleins d'eux-mêmes qu'ils sont vides de tout autre chose. Vides d'énergie, vides de sens, vides d'être. Prêts à tout et bons à rien. Pas étonnant que ces gens trouvent que tous les hommes sont interchangeables, ils les croient aussi vides qu'eux.
Combien de candidats pour une croisade ou pour une conquête ?
Soit nous sommes submergés, façon Camp des Saints, par des hommes qui, eux, ne sont pas las de vivre (c'est le scénario en cours), soit la société éclate et des ilots de résistance français se forment (ce scénario est loin d'être impossible : nous tolérons les envahisseurs parce que nous sommes encore relativement riches. Que se passera-t-il quand ils auront importé la tendance à la misère de leurs pays d'origine ? Je sais : les Romains se sont résignés à la misère de la chute du vieux monde, mais l'histoire se répète-elle toujours ?).
Dans son dernier livre, Alain Besançon essaie de donner un point de vue des religions les unes pour les autres. D'après lui, pour le juif, le chrétien est un crétin. Trop sentimental, trop mièvre, pas assez au courant de la dureté du monde, trop prompt à se retirer de ce monde difficile.
Or, cette accusation tombe juste : il n'y pas loin de l'amour chrétien au sentimentalisme sirupeux et à la mièvrerie bêbête, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.
Le danger est permanent et peut saisir n'importe quel chrétien. Quand on lit certaines déclarations du pape sur les islamistes, on se demande s'il parle de vilains garnements ou d'affreux terroristes.
Un chrétien averti en vaut deux.
Ce billet est un prétexte pour vous évoquer Alain Besançon.
Il y a un point où je suis en accord avec Emmanuel Todd, c’est lorsqu’il décrit François Hollande comme un «catholique zombie» (mes commentaires entre crochets) :
**************** L'homme se pense sans doute de gauche [n'en déplaise à Todd, François Hollande est sans conteste socialiste, tendance étatiste, européiste et clientéliste], et ne saurait facilement admettre que ses valeurs profondes demeurent celles de son enfance [Todd est-il totalement libéré des valeurs de son enfance ? Qu'y a-t-il de mal à garder les valeurs de son enfance ?]: hiérarchie, obéissance, matriarcat peut-être [j'ai déjà expliqué que François Hollande est une femme dans un corps d'homme ou un castrat]. Le dernier catholicisme fut en effet une religion de la mère, centrée sur le culte de la Vierge Marie, particulièrement dans l'ouest de la France. Ce simple coup d'oeil à la carte d'identité religieuse du Président nous permet de comprendre bien des choses. Placé à la tête d'une nation en difficulté, le Président s'obstine à ne rien faire, à ne pas décider, à ne pas être grand, à rester, en conformité avec l'éducation qu'il a reçue, humble. Mais c'est bien cette modestie qui, dans sa version originelle, avait permis aux catholiques de l'armée française de ne pas trop gravement désobéir à la République durant l'affaire Dreyfus, ou à l'état-major de la Royale de saborder la flotte à Toulon le 27 novembre 1942. L'incapacité à décider ne vient pas, à l'Elysée, ainsi qu'on le suggère parfois, du radical-socialisme. Elle a une origine culturelle, collective, mais ce n'est en fait que l'une des virtualités de la subculture catholique, magnifiquement transmise à François Hollande, catholique zombie archétypal. Comme tant d'autres avant lui, il est né poussière, il redeviendra poussière [sauf que le catholique authentique, à l'inverse du catholique zombie, aura entretemps fécondé la terre de sa foi].
****************
Je rappelle que Staline était un ancien séminariste, comme quoi un chrétien (orthodoxe, je l'admets) zombie peut décider.
Les bretons aussi sont des catholiques zombies.
L’analyse des catholiques zombies a été faite il y a un siècle. Todd n'invente vraiment rien. C’est facile à comprendre en joignant Chesterton (1908 : Orthodoxie) et Le Bon (1905 : Psychologie du socialisme). Les vertus chrétiennes sont devenues folles, au sens où elles se sont détaché les unes des autres (la charité sans la foi).
Les socialistes catholiques zombies, à la Hollande ou à la bretonne, ont gardé l’idée de faire la charité et l’idée de l’universalisme, mais ils ont perdu d’autres idées : la charité est individuelle et non pas collective, le paradis n’est pas de ce monde, l’amour du prochain commence par l’amour concret autour de soi plutôt que l’amour lointain et abstrait de l’Autre, l’homme est pécheur la bonne conscience ne s’achète pas même par un vote socialiste, la vie est un combat pour la Foi et le Salut etc.
Il y a la sensibilité et le sentiment, mais il y a aussi la raison et la fidélité. Dis autrement : il y a Saint François d’Assise et Sainte Thérèse de Lisieux, mais il y a aussi Saint Thomas d’Aquin, Sainte Jeanne d’Arc et Saint Louis.
L’Eglise contemporaine est tellement faible en matière de doctrine qu’il arrive que des catholiques dont on n’a pas de raison de douter de la sincérité confondent l’Eglise avec une ONG et se comportent comme des catholiques zombies. Voir Koz, par exemple, qui (par hasard ?) est breton. Ceux-ci sont très irritants, car ils trahissent l’Eglise (de bonne foi ? Expression intéressante dans ce contexte). L’ennemi intérieur est toujours plus difficile à combattre.
Ces considérations ne concernent pas que les catholiques (1), désormais quelques pourcents de la population qui vit en France (je n’ose écrire «française»).
Nous vivons dans un pays de culture catholique. Son histoire, ses paysages, sa langue, ses traditions sont modelés par le catholicisme. En comprendre les dérives et les dévoiements est indispensable.
************************
(1) : bien entendu, par «catholique», j’entends «catholique pratiquant». La notion de «catholique non pratiquant» est absurde. Plus juste est l’expression «de culture catholique».