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mardi, juin 23, 2015

Pêle-mêle : Zemmour, Bainville, Besançon et compagnie

Qu'il est triste d'avoir raison

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«Nietzsche disait que la liberté est une idée d'esclaves. Tout se passe comme si le respect de la ploutocratie était une conception des socialistes. Le résultat, c'est qu'on charge maintenant les banquiers de décider du sort des peuples par-dessus la tête de leurs gouvernements. C'est ce qu'on appelle la démocratie. Et l'on est un réactionnaire quand on se permet de douter que ce soit un progrès.»

On lit ces phrases plusieurs fois. On sourit, incrédule, en regardant la date de publication: 1924.
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Le Sisyphe grec va-t-il continuer à rouler l’Euro ?

Pourquoi le boycott d'Israël est inacceptable

Thibault de Montbrial : «Une fraction de la jeunesse française combat son propre pays»

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Dans votre livre, vous comparez la situation à celle de 1914 «lorsque les dirigeants et les peuples marchaient vers la guerre sans prendre la pleine mesure de ce qui se préparait». Faisons-nous preuve de naïveté ?

Notre continent a bénéficié d'une situation tout à fait exceptionnelle sur le plan historique : 70 ans de paix.

Nos élites (politiques, administratives, économiques, médiatiques…) sont aujourd'hui constituées par la troisième génération de citoyens qui n'ont pas connu de guerre.

Petit à petit, la nécessité de se défendre, le rapport à la violence et à la mort, l'idée même que l'on puisse s'en prendre à un système politique dont nous nous sommes persuadés que sa suprématie morale nous protégerait, nous ont conduit à perdre de vue l'idée que nous pouvions être attaqués. En ce sens, oui, notre société a fait preuve d'une naïveté considérable.

[Ajout personnel ,extrait de l'article Julien Freund de Wikipedia :

Pierre-André Taguieff dans son ouvrage sur Julien Freund rapporte un dialogue entre Jean Hyppolite et Julien Freund lors de la soutenance de thèse en 1965 de ce dernier. Hyppolite dit :

« Sur la question de la catégorie de l'ami-ennemi, si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu'à aller cultiver mon jardin. »

Freund répliqua :

« Écoutez, Monsieur Hyppolite, vous avez dit […] que vous aviez commis une erreur à propos de Kelsen. Je crois que vous êtes en train de commettre une autre erreur, car vous pensez que c'est vous qui désignez l'ennemi, comme tous les pacifistes. Du moment que nous ne voulons pas d'ennemis, nous n'en aurons pas, raisonnez-vous. Or c'est l'ennemi qui vous désigne. Et s'il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d'amitiés. Du moment qu'il veut que vous soyez son ennemi, vous l'êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. »

Hyppolite répondit :

« Dans ce cas, il ne me reste plus qu'à me suicider. »

P.-A. Taguieff cite ensuite le commentaire critique fait par Raymond Aron à propos de Jean Hyppolite et rapporté par Julien Freund :

« Votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous préférez vous anéantir plutôt que de reconnaître que la politique réelle obéit à des règles qui ne correspondent pas à vos normes idéales. » ]

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Mon grand-père ce héros : François Hollande au Mont Valérien


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Mais voilà que la dame [Julie Gayet] aide un vieillard chenu tout sourire, à sortir d’une voiture pour l’installer sur une chaise roulante qu’elle va se mettre à pousser. Le commentateur nous dit qu’il s’agit de son grand-père, ancien résistant de 93 ans. La presse du lendemain, un peu goguenarde, qualifiera la séquence d’alibi pour justifier la présence de Madame Gayet à la cérémonie.

Le problème c’est qu’il a une sacrée gueule l’alibi. Alain Gayet, encore écolier, a rejoint Londres pour s’engager dans la France Libre le 1er juillet 1940, il avait 17 ans. Il fera absolument toutes les campagnes de la France Libre de Dakar à Berchtesgaden.

Compagnon de la Libération par décret du 17 novembre 1945. Ils étaient 1038 Compagnons comme lui. Il en reste 9 aujourd’hui, le dernier d’entre eux à quitter ce monde reposera dans la crypte du Mont-Valérien. Alain Gayet est de cet ultime carré.

[...]

Alors ravalant ricanements et quolibets, on rectifie la position et on salue. Normal.

Laissons quand même le dernier mot à cet ami jamais en retard d’une méchanceté : « Bien sûr, la présence de Julie Gayet était légitime, mais François Hollande qu’est-ce qu’il foutait là ? »
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«Catholiques et musulmans, la même humanité, pas la même religion»

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Faut-il donner au culte musulman les églises désaffectées ?

J'ai lu une phrase extraordinaire de Mgr Dubost, évêque d'Évry. Il a dit: «Dans le principe, je préférerais que des églises désaffectées soient transformées en mosquée plutôt qu'en restaurants.» Cet évêque catholique considère donc qu'il n'est pas bon que les gens puissent se réjouir en se retrouvant ensemble au restaurant. Il trouve plus beau, plus sublime et plus digne que des personnes rendent un culte à une religion qu'en principe, comme évêque catholique, il considère comme fausse. Cette phrase gomme l'incompatibilité entre islam et catholicisme. Elle témoigne d'une sorte de malveillance à l'encontre d'une population qui choisirait de transformer son ancien lieu de culte pour se réjouir innocemment au restaurant plutôt que de le confier aux musulmans. Cette phrase est prodigieuse.

Les catholiques sont naïfs sur l'islam ?

Il est normal que les catholiques aient le plus grand respect pour les musulmans comme ils doivent en avoir pour tout un chacun. Vis-àvis de l'islam comme religion, il y a des formulations un peu étranges. «Nous respectons la religion musulmane», entend-on souvent. Qu'on respecte les hommes oui, c'est normal, mais autre chose est de respecter une religion qui nie le christianisme et qui le fait très franchement et qui a le droit de le faire. C'est le droit des musulmans de penser que l'Église nous trompe et se trompe mais que l'Église loue et respecte l'islam pour cela c'est un peu déroutant. Cela ne date pas d'hier. Durant le concile Vatican II la déclaration Nostra Aetate semble déjà donner une préférence à l'islam par rapport aux autres religions non chrétiennes et aux agnostiques de notre monde. Cela est paradoxal parce que les autres religions non chrétiennes ont une chance de devenir chrétiennes un jour. C'est ce qu'on appelle la praeparatio evangelica.

La religion gréco-romaine est devenue chrétienne. Les religions germaniques et certaines religions asiatiques sont dans ce cas. Mais l'islam n'est pas une praeparatio evangelica. Au contraire, l'expérience de quinze siècles montre que les conversions de l'islam vers le christianisme n'ont pas été faciles. On a vu d'innombrables conversions du christianisme vers l'islam, mais l'inverse est très rare. Ce qu'on a surtout vu c'étaient des affrontements très violents où les musulmans chassaient de chez eux les chrétiens et où les chrétiens expulsaient les musulmans. On a expulsé les musulmans d'Espagne, de Malte, des Balkans, et de leur côté les musulmans ont converti l'Afrique du Nord et aujourd'hui ils expulsent les chrétiens des régions qui sont les plus vieilles de la chrétienté.
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dimanche, juin 07, 2015

Problèmes religieux contemporains (A. Besançon)

J'aime beaucoup Alain Besançon. Très bref communiste, repenti à la vitesse de l'éclair, catholique depuis, il analysa en son temps le communisme comme un gnose millénariste, ce qui en est sans doute l'analyse la plus pénétrante.

Ce livre est une compilation. Les deux premiers sujets m'ont particulièrement intéressé :

1) Le déclin intellectuel de l'Eglise. Elle est désormais peuplée de demi-intellectuels, qui savent manier les concepts et les mots mais ne comprennent pas les choses. Il serait vain d'y chercher un Bossuet ou un Lacordaire.

Je ne m'étends pas parce que la chose me paraît évidente.

Besançon écrit que la suite des papes de Jean XXIII à Benoit XVI est plutôt heureuse du point de vue intellectuel, que c'est assez exceptionnel dans l'histoire de l'Eglise et sous-entend assez fort qu'il ne faut pas trop espérer que cette bonne série dure éternellement. Pense-t-il au pape François ? Il ne le dit pas.

2) Le point de vue catholique officiel profondément erroné sur l'islam, ce qui n'est pas sans rapport avec le point précédent.

Pour Besançon, l'Eglise a été intellectuellement lâche sur le nazisme et (au moins en partie) sur le communisme, évitant de critiquer ces idéologies au fond, de pousser la critique dans ses derniers retranchements (il l'explique très bien : pour lui, le nazisme et le communisme sont des mensonges, pas seulement des erreurs de bonne foi. La nuance est plus qu'importante).

Or, l'Eglise est en train de recommencer le même comportement à propos de l'islam. Elle exalte jusqu'au ridicule des rapprochements artificiels et ferme les yeux sur l'opposition fondamentale.

La doctrine depuis Vatican II est celle des cercles concentriques : le catholicisme, la religion vraie, au centre, puis les autres christianismes, puis le judaïsme, puis l'islam, puis toutes les autres religions.

Besançon conteste cette place privilégiée de l'islam.

Il fait presque la même analyse de l'islam que Saint Jean Damascène, Chesterton et Belloc : une hérésie chrétienne en dehors de la chrétienté (il estime tout de même, en différenciant foi et croyance, que l'islam est un paganisme particulier, qui idolâtre l'Unique). Comme toutes les hérésies, elle se concentre sur certaines parties  du dogme en oubliant toutes les autres. Pour l'islam : le dieu unique et l'église militante.

Or, ce qui fait la spécificité du judaïsme et du christianisme parmi les monothéismes (il n'existe pas que trois monothéismes dans le monde), c'est l'Alliance de Dieu avec ses fils, la relation d'amour entre Dieu et ses créatures, idée rejetée violemment par l'islam.

Il n'y a donc aucune raison de donner à l'islam une place privilégiée parmi les monothéismes.

Les points communs qu'on nous cite sont fallacieux et trompeurs (comme le communisme, l'islam est un mensonge) : «religions du Livre», «fils d'Abraham», «Jésus et Marie» et toutes ces fadaises pour mous du bulbe.

Parce que l'islam ne connaît pas l'Alliance, ce n'est pas le même livre, ce n'est pas le même Abraham, ni le même Jésus, ni la même Marie. Les prétendus rapprochements ne sont que des illusions sonores, des homonymies . Au contraire même, l'Abraham, la Marie et le Jésus des musulmans servent précisément à réfuter des points fondamentaux des doctrines juive et chrétienne : l'Alliance, l'Incarnation et la Rédemption, excusez du peu.

Les musulmans sont libres de se tromper mais que les catholiques ne se racontent pas d'histoires. L'islam a le droit d'être anti-chrétien mais il n'y a pas de raison que les chrétiens lui en soient gré.

Les musulmans sont, de ce point de vue, plus honnêtes : ils nous racontent des craques sur nos points communs, mais seuls quelques intellectuels y croient vraiment. En réalité, leur comportement montre qu'ils se savent radicalement séparés de nous, et c'est très bien ainsi, qu'ils soient honnêtes. A nous de l'être aussi et de l'assumer : un musulman en terre chrétienne a vocation à devenir chrétien ou à retourner dans son pays.

3) Un article intéressant sur la question du mariage des prêtres. J'avoue qu'il m'a presque convaincu.

Son raisonnement est de dire que le célibat des curés (on ne parle que des séculiers) était compensé par un statut social et des aises qui ont disparu. Les prêtres sont beaucoup plus isolés qu'il y a encore cinquante ans. Le mariage leur redonnerait une assise sociale et leur permettrait d'échapper au cléricalisme. Besançon note aussi que les prêtres catholiques sont mariés, ou tout comme, en Afrique (un évêque africain, c'est un prêtre qui n'a qu'une seule femme !).

En revanche, s'agissant de l'ordination des femmes, il est contre et il a bien raison.

4) Un article assez marrant sur la population (supposée) de l'enfer. Presque plein du temps des jansénistes et de la Contre-Réforme, presque vide de nos jours.


dimanche, mai 31, 2015

Pour le juif, le chrétien est un crétin

Dans son dernier livre, Alain Besançon essaie de donner un point de vue des religions les unes pour les autres. D'après lui, pour le juif, le chrétien est un crétin. Trop sentimental, trop mièvre, pas assez au courant de la dureté du monde, trop prompt à se retirer de ce monde difficile.

Or, cette accusation tombe juste : il n'y pas loin de l'amour chrétien au sentimentalisme sirupeux et à la mièvrerie bêbête, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Le danger est permanent et peut saisir n'importe quel chrétien. Quand on lit certaines déclarations du pape sur les islamistes, on se demande s'il parle de vilains garnements ou d'affreux terroristes.

Un chrétien averti en vaut deux.

Ce billet est un prétexte pour vous évoquer Alain Besançon.



jeudi, mai 21, 2015

L'homme est un animal religieux

L'homme est un animal religieux

J'aime beaucoup Alain Besançon, c'est d'ailleurs chez lui que j'ai piqué l'expression « mitres molles » pour désigner un certain type d'évêques.

Je rappelle que Besançon met dans les trois tentations de l'Eglise l'islamisme.