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mardi, octobre 23, 2018

Commémorations du 11 novembre 2018 : le traitre Macron s'approprie l'histoire de France

Macron refuse d’honorer les maréchaux de la Grande guerre et veut partager l’arme nucléaire avec l’Allemagne.

Le Salon Beige nous fait son couplet pétainiste habituel (c'est un utile rappel que la connerie est éternelle) mais, à part ça, vous savez ce que je pense : Emmanuel Macron est un traitre au plein sens du terme, qui, dans un monde bien fait, conduit après procès au peloton d'exécution au fort de Montrouge.

Bien sûr, cette traitrise est, comme d'habitude dans les hautes sphères, parée des plus nobles justifications, on connaît le numéro. Mais les citoyens doivent regarder les choses en face, au-delà des boniments médiatiques.

Macron rajoute l'ignominie à la traitrise, en traitant par une communication abjecte, les Poilus comme des victimes, des petits lapinous sans défense. Juste pour remettre les choses à leur place : dans sa section en 1914, Maurice Genevoix avait un Français de Californie ayant dépassé les 50 ans, revenu exprès, alors qu'aucune crainte ne l'y obligeait (les pandores ne seraient pas allés le chercher à Los Angeles) pour faire son devoir. Ce n'était un petit lapinou sans défense. Macron est bien Hollande en pire.




Il y a toujours les fayots de service comme Dary ou Merchet, mais dans l'ensemble, les réactions sont saines :



Une des manières de rendre hommage aux soldats de 14-18 est de réfléchir à ce qu'ils ont fait. Puisque je vous parle de Michel Goya :


Les Poilus et l'anti-fragilité

Je me permets de citer Michel Goya intégralement avec quelques commentaires :

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A quelques semaines de la fin des célébrations de la Grande guerre, à la sempiternelle question « comment ont-ils tenu ? » je préfère m’interroger sur la manière dont ils ont vaincu. L’armée française ne s’est pas contentée de résister, faisant effectivement preuve d’une solidité extraordinaire, elle s’est également totalement transformée en l’espace de quatre années  seulement pour devenir la plus puissante du monde. Elle illustre ainsi parfaitement le concept développée par Nassim Nicholas Taleb d’organisation anti-fragile [excellent bouquin], c’est-à-dire de structure qui ne se dégrade pas avec les épreuves mais au contraire se renforce et se développe.

L’enracinement dans les ressources de la nation

Il faut d’abord rappeler que parmi les grandes nations belligérantes, c’est la France qui avait le moindre potentiel économique et démographique, potentiel encore amoindri par l’occupation allemande de régions industrielles. Au moment de l’armistice, c’est pourtant l’armée de cette même France qui, malgré les pertes immenses, domine. Elle surclasse une armée allemande en cours de désagrégation rapide et dépasse de loin la jeune armée américaine (équipée en grande partie par la France et dont un tiers des équipages de chars ou des servants d’artillerie sont français). L’armée britannique connait une progression de puissance très rapide mais elle ne représente encore que 60 % de la puissance française à la fin de la guerre.

Cette révolution repose d’abord sur une mobilisation sans égale de la nation. Cette nation vieillie et au régime politique instable a pourtant réussi, non sans douleurs et tensions, à mobiliser ses ressources humaines et économiques comme aucune autre dans le monde. Elle a été capable aussi d’orienter cet effort intelligemment grâce à de nombreux liens entre les mondes civil et militaire. S’il comprend quelques inconvénients le régime parlementaire oblige aussi les représentants de la nation à s’intéresser à la chose militaire. Il suffit de consulter les débats parlementaires d’avant-guerre ou simplement de lire L’armée nouvelle de Jean Jaurès pour appréhender le niveau de compétence technique des députés et sénateurs de l’époque. Beaucoup d’entre eux rejoignent d’ailleurs le front d’où ils continuent à assurer le lien avec le Parlement [par exemple, Driant tué au bois des Caures le premier jour de la bataille de Verdun].

L’armée qui se mobilise en 1914 est aussi en grande majorité composée de civils prenant l’uniforme. Ces civils viennent avec leur capital de compétences particulières dont beaucoup seront très utiles lorsque la guerre se transformera à la fin de 1914. Au printemps 1915, le lieutenant de réserve Cailloux récupère deux tracteurs à chenilles qu’il possédait dans son exploitation agricole de Tunisie et les offre à son régiment pour tracter des pièces d’artillerie lourde dans les Vosges. C’est probablement le premier emploi militaire en France d’engins à chenilles. D’un autre côté, la grande majorité des officiers possède également une culture scientifique, technique chez les Polytechniciens qui servent alors en nombre dans l’artillerie et le génie mais aussi chez les officiers des armes de mêlée qui se passionnent souvent pour les sciences humaines. Le colonel Estienne, artilleur et scientifique, pionnier à la fois de l’aviation et des chars, est l’exemple parfait de ces « connecteurs ». Malgré les apparences conservatrices, l’armée française est alors une armée ouverte.

La circulation des idées

L’information circule vite et beaucoup dans l’armée française. On ne fait en réalité qu’adapter au contexte de guerre des habitudes prises dans le temps de paix, lorsqu’après la guerre de 1870 on a créé 400 bibliothèques de garnison, plusieurs revues militaires et surtout incité les militaires, en fait les officiers, à écrire. Contrairement à la période précédente où le maréchal Mac Mahon « rayait de l’avancement tout officier qui a son nom sur un livre », il est désormais de bon ton d’avoir écrit. Les officiers brevetés de l’Ecole supérieure de guerre se présentent en donnant le nom de leur éditeur. De fait, jamais les militaires français n’ont autant écrit et débattu qu’entre 1871 et 1914. Cela ne va sans problèmes, entre effets de groupthink de la part d’hommes issus du même milieu et de la même formation ou au contraire débats violents. C’est avec un collage de doctrines peu compatibles que l’armée française entre en guerre en août 1914 mais beaucoup d’officiers ont pris l’habitude d’analyser systématiquement les choses et d’exprimer leurs idées, et cette habitude perdure pendant la guerre.

Chaque opération, chaque combat fait l’objet d’un compte-rendu, on parlerait aujourd’hui de retour d’expérience (retex), et quand on examine ces documents on est frappé par leur honnêteté voire parfois leur impertinence. Cela permet, avec le système des officiers de liaison, au Grand quartier général, d’avoir une vision assez juste des évènements. Dès les 16 et 22 août 1914, le GQG peut édicter des notes destinées à corriger les premières déficiences constatées. Ces rapports circulent aussi très vite entre divisions voisines ou par le biais de lettre et de télégrammes entre les différents réseaux de camarades des différentes promotions.

Lorsque la guerre de tranchées apparaît, les débats persistent et ne sont pas considérés comme des trahisons ou des « atteintes au moral » pour reprendre une expression récente du chef d’état-major des armées. Lorsque domine le paradigme de « l’attaque brusquée » en 1915 (la percée du front allemand par une seule grand offensive), Foch et plusieurs autres polytechniciens proposent plutôt la « conduite scientifique de la bataille » (une série de préparations-assaut pour chaque position successive jusqu’à la percée) tandis que Pétain ébauche l’idée de la « bataille latérale » (des attaques limitées sur plusieurs points séparés du front pour l’ébranler et non le percer). Lorsqu’en septembre 1915 l’offensive de Champagne marque l’impasse de l’ »attaque brusquée », on fait appel à l’ « opposition » de Foch pour conduire la grande bataille suivante sur la Somme. Après son échec relatif, c’est le modèle de Nivelle (le retour de l’attaque brusquée avec des moyens modernes) qui s’impose puis celui de Pétain.

Pétain, généralissime, organise lui-même les débats, parfois sous la direction d’un de ses adjoints pour les questions importantes (« faut-il imiter les Allemands en créant des troupes d’assaut ? » dirigé par le général Debeney) ou par le biais de la section études du GQG pour les questions plus techniques (« comment organiser le groupe de combat d’infanterie » à l’été 1917). Encore une fois, on se trompe, on se dispute mais ça bouillonne d’idées.

L’exploitation des idées

Cette manière de faire permet d’exploiter les idées et d’abord toutes celles qui ont été accumulées avant la guerre. Il faut bien comprendre que l’armée française n’a pu vaincre que parce que avant-guerre elle a consacré des ressources à des projets alternatifs. Dans un contexte de ressources rares relativement à l’Allemagne, l’armée française a accepté de « gâcher » du temps, de l’argent, quelques munitions, etc. en laissant des originaux tester des méthodes non réglementaires ou créer des prototypes. Elle a ensuite vécu toute la guerre sur cette « réserve » d’idées. Cela a d’abord été sensible pendant les premières semaines de la guerre lorsqu’après les désastres de la bataille des frontières, il a fallu innover à grande vitesse. Toutes ces idées plus ou moins cachées apparaissent au grand jour, sont testées en grandeur nature et lorsqu’elles réussissent, elles se diffuent très vite. C’est un des secrets du "miracle de la Marne" qui permet à l’armée française de compenser son infériorité en moyens disponibles pour l’entraînement des forces (les effectifs sont les mêmes pour un budget inférieur presque de moitié à celui de l’Allemagne).  

L’armée française qui se bat début septembre n’est plus la même que celle qui se battait deux semaines plus tôt. L’aviation qui n’était censée faire que l’observation apprend, avec l’aérostation retirée des places-fortes, à faire du réglage d’artillerie. Elle commence à frapper les ennemis au sol et même à engager le combat contre les autres avions. Très loin de son règlement de manœuvre, l’artillerie de campagne prépare les attaques, pratique le tir indirect, de nuit, les barrages fixes et même roulants. Ses capitaines guident les tirs à distance (quitte à écumer la France et la Suisse pour trouver du câble téléphonique). L’infanterie a appris à coordonner son action avec les artilleurs, à s’accrocher au sol et même le creuser, à diluer ses dispositifs d’attaque. La cavalerie improvise les premières automitrailleuses, se dote (parfois en les volant) d’outils afin de tenir le terrain et dope sa puissance de feu en récupérant des mitrailleuses dans les dépôts.  

A cette première phase, qui concerne surtout les innovations de méthodes, succède la nécessaire adaptation à la guerre de tranchées, qui peu ont anticipé. Cette adaptation se fait à récupérant sur « étagère » tous les prototypes techniques utiles en les perfectionnant éventuellement. L’artillerie française fonctionne ainsi avec des pièces qui ont toutes été inventées avant-guerre. L’armement de l’infanterie de tranchées est également tout entier développé à partir de prototypes déjà existants (fusil-mitrailleur Chauchat, mortiers, canon de 37 mm et même fusils semi-automatiques) ou utilisées à petite échelle dans d’autres armes (les grenades du génie).

Les équipements vraiment nouveaux viennent de l’industrie des communications et surtout de l’automobile, domaines dans lesquels la France est en pointe. La France va terminer la guerre avec 80 000 camions, 2 000 chars et 400 automitrailleuses (plus que tous les autres belligérants réunis dans les trois cas) et plus de 3 500 avions en ligne (plus que les Allemands). L’armée française est la seule à disposer de 37 régiments automobiles d’artillerie de campagne. C’est cette mobilité opérative qui va permettre de concentrer les forces d’un point à l’autre du front plus vite que toute autre armée, stopper les offensives allemandes du printemps 1918 puis de prendre et conserver l’initiative des opérations offensives.

Le soutien aux entrepreneurs

Derrière des innovations, il y a toujours des innovateurs ou plus exactement des entrepreneurs capables de porter des projets face aux difficultés de toutes sortes.

Ces entrepreneurs peuvent être des tacticiens qui, on l’a vu, proposent des modes d’action différents. Or l’armée française, plutôt rigide dans son avancement dans le temps de paix (il suffit généralement de réussir le concours de Saint-Cyr ou de Polytechnique et de ne pas se faire remarquer en mal pour y faire une brillante carrière) devient une vraie  méritocratie en temps de guerre. Plus de 40 % des généraux d’août 1914 sont limogés avant la fin de l’année et parmi les grands chefs qui conduiront l’armée vers la victoire, beaucoup ne sont que colonels (Pétain, Fayolle, Debeney ou même Nivelle) au début du conflit.

Ce sont aussi des techniciens. Le GQG est assailli de nombreuses propositions. Certaines sont peu sérieuses, comme le projet du soldat Raffray du 103e RI sur un appareillage assez fantaisiste destiné à remplacer les hommes de liaison ou celui du sous-lieutenant Malassenet proposant un nouvel alphabet télégraphique pour remplacer le morse. Ces projets sont rejetés mais ils ont été, étudiés avec soin. D’autres dossiers sont beaucoup plus importants et sérieux. En novembre 1914, le commandant du génie Duchêne propose un mortier de tranchée qui aboutit en janvier 1915 au canon de tranchée de 58 mm. Par ses multiples propositions le capitaine Sacconey réorganise à peu près complètement l’aérostation française. Les entrepreneurs les plus célèbres restent cependant les grands organisateurs des transmissions (colonel Férrié et commandant Fracque) de l’aéronautique (commandant Barès, colonel Duval), du service automobile (commandant Doumenc) et des chars (colonel Estienne), parrainés directement par le général en chef et dont ils deviennent les conseillers directs. On notera au passage le grade modeste de ces hommes à qui cette armée de plus de 330 généraux fait confiance.

Les ressources nouvelles dont disposent les armées permettent à ces hommes de créer des laboratoires tactiques où ils expérimentent leurs idées. Ces laboratoires où l’on pratique l’écoute et la stimulation mutuelle peuvent être spontanés, comme en 1915 l’escadrille MS3 des Roland Garros, Guynemer et Brocard qui expérimente le combat aérien, ou aidés par le GQG lorsque l’investissement est trop important, comme le groupement de chasse du commandant de Rose à Verdun en février 1916 ou l’Artillerie spéciale du colonel Estienne en septembre 1916 (il lui aura fallu dix mois pour créer la première unité de chars en partant de rien).

Lorsque ces laboratoires, souvent après avoir surmonté quelques déboires initiaux, obtiennent des succès, leurs procédés sont généralisés. Le groupement de Rose donne naissance aux groupes de chasse affectés à chaque armée ou à la division aérienne de 1918. La voie sacrée de Doumenc est reproduite sur la Somme puis à plusieurs exemplaires simultanés lors des offensives de 1918. La première génération de chars de 1917, très imparfaite, fait place aux 21 bataillons du remarquable char léger FT-17 de 1918 qui redonne de la puissance offensive à l’infanterie française. On est alors très près de créer des divisions blindées françaises.

Il ne suffit pas d’innover, il faut aussi faire en sorte que les nouveautés efficaces remplacent les habitudes dépassées. Dans ce processus de destruction créatrice, la régulation est assurée par un réseau d’inspections d’armes et d’écoles qui se met en place pendant la guerre avec une systématisation avec l’arrivée de Pétain à la tête de l’armée.  Chaque spécialité a ainsi son école où on recueille et synthétise les retours d’expérience et les idées avant de les transformer en règlements, bulletins et surtout en cours dispensés à tous. Les inspecteurs d’armes, qui dirigent aussi souvent ces établissements sont les conseillers directs du général en chef.

Au bilan, malgré les pertes terribles, les échecs, les tensions internes, l’armée française résiste et apprend. Même les mutineries de 1917 peuvent apparaître comme la colère de soldats professionnels qui font grève pour protester contre la manière dont ils sont utilisés. A partir du printemps 1916, les Français font jeu égal avec les Allemands et à partir de 1917, ils développent un modèle propre qui en fait l’armée la plus moderne du monde. 

La victoire est le résultat de la volonté mais aussi et surtout de l’intelligence. Ce sont aussi la liberté d’expression, les débats, le bouillonnement d’idées, la culture scientifique du corps des officiers, la culture militaire des élites civiles, l’acceptation du « gaspillage » de ressources pour les projets alternatifs qui ont rendu la victoire possible. C’était il y a cent ans.

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dimanche, octobre 09, 2016

Rompre le front ? Novembre 1914-mars 1918 (R. Porte)

Livre tout à fait remarquable qui bouscule bien des idées reçues.

D'abord un peu d'auto-satisfaction. Est pleinement confirmée mon intuition de ce billet (c'est un des billets dont je suis le plus fier) :

Les généraux français de la première guerre mondiale étaient-ils des idiots sanguinaires ?

Que dit Rémy Porte ?

♘ Le désir d'offensive était partagé du bas en haut de l'échelle hiérarchique (étude des correspondances de soldats) et à l'avant comme à l'arrière. Car chacun comprenait, mieux que nous ne le faisons aujourd'hui, que l'offensive était le seul moyen de la victoire et donc de la paix.

Autant pour la légende noire, très « lutte des classes », des généraux sanguinaires envoyant à l'abattoir des poilus contraints et résignés.

♘ On note l'échec complet des stratégies de débordement, qu'elles soient militaires (Dardanelles) ou diplomatiques (entrée en guerre de de la Grèce, de la Roumanie).

♘ Il y avait dans l'armée française un bouillonnement intellectuel, qui allait jusqu'à créer du désordre, du bas en haut de l'échelle. Les leçons de chaque offensive étaient tirées rapidement, quelquefois trop.

♘ Le problème était l'échelle de temps : on a espéré la victoire en quelques semaines, puis en quelques mois. Il a fallu attendre 1917 pour que l'Etat-Major français fasse une planification à deux ans.

♘ Il est faux de dire que les sanglantes offensives alliées de 1915 à 1917 ont été inutiles. L'armée allemande s'y est épuisée et les alliés s'y sont perfectionnés. Certes, les alliés s'y sont aussi épuisés, ce qui explique les refus d'obéissance de 1917, mais le bilan n'est pas aussi négatif qu'on l'écrit aujourd'hui.

♘ L'armée française arrive à maturation matérielle et humaine, tactique et stratégique, en 1918, face à une armée allemande au bord de la rupture. Le moral du soldat de 1918 n'a plus rien à voir avec celui des mutineries de 1917. Il est mieux formé et mieux équipé, des vagues d'avions et de chars l'accompagnent (par exemple : l'industrie française a produit plus d'avions en 1918 que de 1914 à 1917), les communications par radio font qu'il n'est plus isolé, l'artillerie motorisée le suit au plus près.

L'offensive de la victoire n'a pas été la balade de santé parfois décrite, il n'en reste pas moins, que la stratégie (une succession d'offensives coordonnées sur des parties différentes du front) et la tactique furent remarquables.

Une réflexion personnelle : dans la mémoire nationale, l'année 1918 est totalement occultée, à part le 11 novembre. Combien de Français savent qu'il y a une offensive allemande au printemps et une contre-offensive alliée à l'été ? Cette occultation mérite une étude. Survalorisation du statut de victime ? Refus d'endosser le statut de vainqueur ? Je ne sais pas.


lundi, mai 30, 2016

L'envers de Verdun

La France de 2016 est un pays désespérant.



Robert Redeker : « Nous n'étions plus à Douaumont mais à la Verdun pride »

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Jamais au cours de cet anniversaire n'a été rappelé avec la précision nécessaire qui étaient vraiment ces soldats de Verdun. La plupart étaient des paysans. Beaucoup ne parlaient qu'une de ces langues, si belles, qui poussent très loin leurs racines dans l'histoire de notre pays et qu'un fanatisme criminel veut éradiquer, le breton ou l'occitan. Le paysan sait qu'il appartient à la terre. Ces soldats héroïques savaient ce que c'est que défendre la terre, que défendre le sol. Ils ne concevaient pas la patrie comme un réceptacle de valeurs, mais comme la terre nourricière, la vraie mère d'où ils sont nés. Ils ne sont pas morts pour des idées, contrairement au cliché partout répété, non, ils sont morts pour la France, pour défendre le sol de la patrie, pour protéger ses frontières, ils sont morts avec l'amour de la France au cœur et à l'âme. Le même mot, cœur, dit amour et courage. Ils sont morts dans l'amour et dans le courage.

[…]

Ces cérémonies ont occulté la notion de victoire. Est-il tabou d'en parler ? Or, les héros de Verdun, les terreux et les autres, issus d'autres classes sociales que la paysannerie, désiraient ardemment la victoire, versaient leur sang pour elle, qu'ils obtinrent. Sauver la terre de France de la rapacité allemande passait par la victoire à Verdun et sur les autres champs de bataille. Nous vivons dans un pays qui a honte de ses victoires militaires, qui ne veut pas fêter Austerlitz, qui veut commémorer Verdun sans dire qu'il vaincu l'Allemagne ! En ces temps de déchirement du tissu national, le souvenir de la victoire aurait dû servir à réveiller la fierté d'être français, à sortir la fierté française du sommeil dans lequel la maladie de la repentance l'a plongé.

[…]

Les discours officiels remplacèrent ce qu'il importait de réduire au silence - le soldat et sa vérité, la terre, la paysannerie, les frontières, la victoire - par des généralités moralisatrices sur la guerre et ses horreurs, sans oublier l'amitié entre les peuples. Ces facilités de rhétorique mentent. Ces clichés de dissertation de Sciences Po et d'écoles de journalisme trichent.

[…]

Il eût fallu organiser, dans un silence de cathédrale, dans un recueillement collectif, des lectures poétiques autour du sacrifice, de la mort généreuse, de la nation et de la patrie. La lecture publique de Péguy y eût été tout indiquée. On préféra autre chose. On opta pour une voie plus conviviale. On osa faire fête de cette commémoration. Une chorégraphie chatoyante zigzagua presque joyeusement entre les tombes. Des ballons furent lâchés. François Hollande s'aventura en un étrange propos : « Verdun est pour la première fois honoré non pour son passé de souffrance mais pour son message d'espérance» . Pour galvaniser ce message d'espérance, on transforma la commémoration en un spectacle bariolé, on y insuffla de la gaité ! A quoi sert-elle, cette fête ? A organiser l'oubli. L'oubli du soldat. L'oubli du pourquoi de son sacrifice.

Sous la présidence de François Hollande, le soldat inconnu venait de mourir une seconde fois. Nous n'étions plus à Douaumont, nous étions dans la Verdun Pride !
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Que François Hollande soit un traitre qui piétine allègrement tout ce que nous tenons pour sacré, que sa place soit au bagne ou dans les fossés de Vincennes, on ne peut pas dire que c'est une révélation. Mais cet olibrius est président de la république, ça fait mal.

Pourtant, prenons garde d'oublier l'essentiel : peu importent les grotesques cérémonies du tyran, le vrai tombeau des héros est le coeur des vivants.

Pour ma part, je me souviendrai de mon arrière-grand-père, mort pour la France en octobre 14. Ca aurait de la gueule si, en France, nous faisions comme les Russes un régiment immortel.

Evidemment les Valls, les Sarkozy, les Belkacem seraient un peu gênés, mais ça ne me dérangerait pas beaucoup.



dimanche, avril 03, 2016

La fête du bruit

Non, je ne parle pas de la manifestation stupide créée par Jack Lang pour traumatiser des générations de mélomanes, qui n'avaient rien fait pour mériter une telle horreur (à part être d'affreux « bourgeois » ?).

Je parle de la première guerre mondiale.

En effet, les combattants les plus sensibles, je pense à Apollinaire et à d'autres poètes et musiciens, ont très bien décrit le fait que la guerre n'est pas seulement atroce et ennuyeuse. Elle est aussi exaltante et belle.

Aucun feu d'artifice du 14 juillet ne vaudra jamais une attaque de nuit en 1918. C'est une symphonie fantastique comme la paix ne pourra jamais en offrir. D'autant plus que le stress accroit les capacités sensorielles des acteurs.

Je trouve que nos commémorations victimaires et misérabilistes empêchent de comprendre la guerre, c'est pourquoi je me permets de rétablir des éléments qui peuvent servir à s'imaginer la vie des combattants.

Je n'ai pas trouvé de film de la première guerre mondiale à vous montrer. En revanche, ce film sur les attaques kamikaze en 1945 rend assez bien ce que j'essaie de vous faire passer :


dimanche, mars 13, 2016

Verdun : pourquoi l'armée française a-t-elle vaincu ?

Livre dans le même esprit que Soutou. Je reproduis donc la présentation que j'ai faite de l'ouvrage  de Soutou :

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Livre passionnant, qui commence par une introduction fracassante qu'on peut résumer ainsi : la guerre vue d'en bas, qui est tellement à la mode, c'est bien gentil, mais c'est étroit, mesquin et, finalement, sans grand intérêt.

Les états d'âme du poilu Tartempion tels que rendus par ses carnets, la monographie sur la tranchée 22 du secteur 425 ou l'étude sociologique sur la petite cuillère comme arme de tranchée, ça va cinq minutes. C'est voyeur et, par définition, ça ne vole pas haut.

Pour comprendre la guerre, rien ne vaut d'aller voir là où tout se décide, dans les ministères et dans les chancelleries. Soutou assume crânement son parti-pris d'historien à l'ancienne.
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On peut se demander si notre attirance contemporaine pour la guerre au ras de la tranchée n'est pas l'expression inconsciente de notre défiance vis-à-vis des institutions. Si les choses vraiment importantes se passent dans les ministères, les chancelleries et les états-majors, nous sommes très très mal barrés.

Claude Franc, lui, s'intéresse aux états-majors français et allemands pendant la bataille de Verdun.

Et sa réponse est limpide : l'armée française était mieux organisée que l'armée allemande, la hiérarchie et les responsabilités de chaque niveau mieux définies.

Joffre, Pétain et Nivelle sont conjointement vainqueurs de Verdun. L'auteur est plutôt joffriste.

Malheureusement, les leçons tirées de Verdun sont fausses et Nivelle croit à tort que la percée décisive est de nouveau possible.

En réalité, la percée décisive, d'un coté comme de l'autre, est rendue impossible par la différence de vitesse entre l'attaquant à pied et le défenseur qui déplace ses réserves en chemin de fer. Il faudra en 1918 que l'armée allemande n'ait plus de réserves à déplacer et que l'infanterie alliée se déplace en camions, appuyée par des chars et des avions, pour que la percée ait lieu.

On classe souvent Verdun comme la dernière victoire française (alors que l'offensive des cent jours de 1918 le mérite plus).

L'auteur conclut par le martyrologe de l'infanterie française, déviant de son dessein initial. Les actes d'héroïsme furent innombrables. Claude Franc en cite un parmi tant d'autres : le colonel Delaperche à la tête de son régiment contre-attaquant dans l'urgence à la côte de Talou « Sac à terre. Baïonnette au canon. Pour la France » (les discours lyriques, c'est Hollywood). Il est tué par un lieutenant allemand qui faisait mine de se rendre alors que l'objectif est atteint.







vendredi, mars 04, 2016

L’invention de la guerre moderne (1871-1918. Du pantalon rouge au char d’assaut) (M. Goya)

Livre intéressant et qui nuance pas mal d’idées reçues.

Des difficultés de l’armée française en 1914, l’auteur dresse la liste des causes habituelles mais les lient à un problème fondamental rarement évoqué : pour s’opposer à l’Allemagne, la France a fait le choix d’une armée nombreuse, donc très couteuse, d’où les déficiences de l’entrainement et de l’expérimentation. Mais, finalement, ce choix s’est révélé pas si mauvais.

Il pointe aussi, plus connu, la défiance des officiers, aristocrates et bourgeois, vis-à-vis des capacités de la troupe. Il faudra les trois premières années de guerre pour surmonter ce préjugé erroné.

Au cours des quatre années de guerre, l’armée française a subi autant de transformations majeures.

L’aboutissement est l’armée française de 1918, qui est bien la meilleure du monde. Elle a inventé le combat inter-armes moderne. Goya écrit qu’il y a plus de similitudes entre un chef de section d’aujourd’hui et un chef de section de 1918 qu’avec leur homologue de 1914.

Un exemple d’aout 1918 : un avion d’observation biplace repère une compagnie allemande à découvert. Il la mitraille. Elle se réfugie dans un bois. L’avion tire des balles traçantes vers le bois pour le désigner à l’infanterie française en progression par demi-sections. Par TSF (en 1918, l’armée française a presque dix fois plus de postes que l’armée allemande), il alerte l’artillerie, qui a suivi puisqu’elle est motorisée pour plus de la moitié. L’artillerie effectue son tir sur le bois pendant que l’infanterie continue son approche. Les Allemands évacuent le bois. L’affaire a duré trente minutes, c’est-à-dire moins qu’il n’en faut bien souvent aujourd’hui à un avion occidental pour obtenir une autorisation de tir en Syrie ou en Libye (mais il est vrai que nous ne sommes pas véritablement en guerre).

Puis, à partir de septembre, utilisation massive des chars légers, les géniaux (ils ont tous les attributs d'un char moderne) FT17.

De leur coté, les Allemands ont nettement séparé les troupes de choc, que les Français appelaient péjorativement « les gladiateurs », de l’infanterie tout-venant. Pétain a refusé de faire de même, préférant élever le niveau moyen. Décision juste, puisque, une fois les troupes de choc laminées par les offensives du printemps, l’armée allemande s’écroule.

Alors, pourquoi l'effondrement de 1940, alors que les Français avaient toutes les bonnes idées en 1918 ?

On peut commencer par dire : « C'est  compliqué». Mais il y a une raison très forte, rarement mentionnée : les pépètes, le flouze, l'avoine. Le combat inter-armes, aujourd'hui comme hier, coûte une fortune ; aussi bien en matériel qu'en formation et entraînement. En 1939, l'économie allemande était mise à genoux par le réarmement et c'est la raison du déclenchement de la guerre à cette date (1).

Puis, il y eut cette catastrophe industrielle, due (déjà) à l'idéologie : la loi de confiscation des profits de guerre, qui priva l'industrie française des moyens d'entretenir son avance.

La ligne Maginot a couté très cher mais probablement moins qu'une armée vraiment moderne.

La solution était peut-être dans l'armée de métier prônée par De Gaulle. Mais des raisons idéologiques (là encore) empêchèrent d'examiner la question sereinement. La peur du coup d'Etat fit beaucoup, mais dois-je rappeler qu'il n'y a jamais de coup d'Etat dans un pays bien géré ? Au lieu de chercher à éviter un coup d'Etat, preuve de leur incompétence, les dirigeants feraient de se concentrer sur le bon gouvernement.



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(1) : l'idée que Hitler aurait été surpris par la déclaration de guerre britannique est absurde et prouve seulment le génie hitlérien de la manipulation. Au contraire, le timing de l'Adolf était remarquable : en 1939, économie de guerre allemande à son maximum, réarmement ennemi (c'est-à-dire nous) en cours avec des effets prévus en 1941.

dimanche, février 21, 2016

Transformation 1916-Le processus d'innovation de l'armée française de l'hiver 1915 à la bataille de la Somme

Transformation 1916-Le processus d'innovation de l'armée française de l'hiver 1915 à la bataille de la Somme

Je vous renvoie vers cet article où l'on voit que l'armée française a tenté de tirer les leçons de ses échecs. Car le mythe des Poilus pauvres victimes de généraux sanguinaires et incompétents m'insupporte. Ce mythe est une mensonge pour justifier notre lâcheté vis-à-vis de la guerre et de nos aïeux guerriers.

J'ai écrit un billet sur la question il y a six ans que je relis sans regret ni remords :

Les généraux français de la première guerre mondiale étaient-ils des idiots sanguinaires ?

Maintenant, dès que j'entends « les généraux français étaient des salauds », je me bats suivant les lignes de ce billet en commençant par « D'accord, c'était des salauds. Et toi, qu'est-ce que tu aurais fait à leur place ? ».

Il ne faut pas longtemps pour constater que mon interlocuteur a parlé sans y avoir réfléchi.


Pourquoi les Poilus de Verdun nous parlent encore

Pourquoi les Poilus de Verdun nous parlent encore

Il y a cent ans, commençait la bataille de Verdun.

Vous savez que je suis très irrité par notre propension à considérer les Poilus comme des victimes. C'est une forme d'irrespect navrante.

Oh, il ne faut pas en chercher l'explication bien loin : si nous les considérions pour ce qu'ils furent, acteurs, adultes, patriotes, tenaces et héroïques, nous verrions tout ce que nous ne sommes pas et nous refusons ce miroir accusateur. Alors ce sont des victimes, nous pouvons nous reconnaître dans ce miroir là. Le seul problème, c'est qu'il est faux.

Le bois des Caures

Le jour baisse et il commence à neiger. Pas plus d’un quart des chasseurs a survécu au bombardement, mais ils s’accrochent au terrain. Les Allemands réussissent malgré tout à se rendre maîtres de quelques positions en première ligne. Les chasseurs de lieutenant ROBIN contre-attaquent pendant la nuit pour reprendre un poste perdu. Quelques autres tirent jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de munitions.

[…]

Le colonel marche calmement, le dernier, sa canne à la main. Il vient de faire un pansement provisoire à un chasseur blessé, dans un trou d’obus, et continue seul sa progression lorsqu’une balle l’atteint à la tempe. Les chasseurs ont perdu 90 pour 100 de leurs effectifs, mais leur résistance a retardé de façon décisive la progression allemande. 

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Les lettres de Poilus expriment des sentiments complexes, contradictoires qui varient au fil du temps et des phases de la guerre. Reste le fait : des hommes se sont maintenus dans des conditions effroyables sur la ligne de feu, d'autres non, qui se sont dérobés ou ont jeté leurs armes prématurément. Les premiers ont été infiniment plus nombreux que les autres, et c'est pour cela que Verdun n'a pas été pris, et c'est aussi pour cela que la bataille de 300 jours fut si longue et si meurtrière.

On a parfois l'impression que les Poilus de la guerre de 14 étaient faits d'une autre humanité que la nôtre …

Beaucoup des combattants étaient des paysans, ce qui accrédite le lieu commun que la résistance des Poilus à des conditions de vie extrêmement pénibles tenait à leur rusticité. En réalité, si les ouvriers qualifiés avaient tôt été retirés du front pour servir dans les usines qui produisaient le matériel nécessaire à la guerre, de nombreux combattants étaient instituteurs, domestiques, fonctionnaires, artisans, commerçants, et, dans la tranchée, les lieutenants et les capitaines étaient exposés de façon comparable à leurs hommes, les responsabilités et le devoir d'exemplarité en plus. Les contemporains ont eux-mêmes été surpris par la résistance d'une génération de Français éduqués et déjà bénéficiaires de conditions de vie meilleures, présumés amollis. On a aussi pensé que ces hommes étaient moins sensibles à la peur, à la vue du sang, à la blessure et à la perspective de la mort. C'est faux et injuste. La volonté des familles et des camarades de conserver aux tués leur identité de personne et de citoyen jusque dans la mort, même en masse, révèle une sensibilité identique à la nôtre. Il y a sans doute, à cette époque, une pudeur plus grande dans l'expression du sentiment, une réserve virile valorisée contre la sentimentalité supposée féminine, mais l'étendue des traumatismes psychologiques de la guerre et leurs longues résonances témoignent d'une guerre qui atteint les âmes, jusque dans les petites fermes des endroits les plus reculés du pays, autant que les corps. C'est vrai aussi, évidemment, des combattants venus des colonies. Le nombre des stèles individuelles qui portent le nom et le prénom de soldats venus d'Afrique en atteste.
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samedi, février 21, 2015

Les députés au front

Est-ce populiste de se demander ce que feraient nos actuels députés ?

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Frédéric Chevillon, député des Bouches-du-Rhône, tué à l'ennemi aux Eparges le 21 février 1915, s’était engagé le 1er août 1914 au 44e régiment d’infanterie territoriale, en même temps que son collègue de la Meuse, André Maginot. Ils retrouvent tous les deux leur ami Léon Abrami, député du Pas-de-Calais. À leur demande, ils sont aux avant-postes et bientôt en première ligne. Tous les trois prennent part à de nombreuses reconnaissances chargées de renseigner le commandement sur les positions ennemies. André Maginot est rapidement convaincu que la constitution d’un groupe de reconnaissance permanent, avec des éléments soigneusement choisis et un effectif suffisant pour qu’à tout moment une patrouille soit disponible, est une solution à mettre à l’épreuve. La « patrouille Maginot » est rapidement formée.

Elle comprend 20 soldats, sous les ordres de Maginot. Bien vite, les trois compères sont promus caporaux. Chevillon qui est nommé sous-officier puis sous-lieutenant est affecté au 132e régiment d’infanterie. À partir du 25 octobre, le 132e tient le secteur des Éparges, en Argonne, théâtre d’une des luttes les plus meurtrières et les plus pénibles de toute la guerre. L’ennemi s’acharne pour la possession de la crête, les attaques et les contre-attaques, les combats corps à corps et à la grenade, sous un bombardement d’obus de tous calibres et sous l’écrasement des torpilles, se renouvellent, sans arrêt, pendant une période de cinq mois dans les conditions les plus pénibles. Au cours des journées du 17 au 21 février, le 132e RI perd plus de 200 hommes. Même le chef de corps de ce régiment, le lieutenant-colonel Louis Bacquet, trouve une mort glorieuse au combat. Licencié en droit, administrateur civil, Frédéric Chevillon avait été chef de cabinet du ministre de la Marine, Théophile Delcassé, entre 1911 et 1912. Il était aussi le fils du député-maire d’Allauch, Joseph Chevillon (1849-1910). Il siégeait sur les bancs de la Gauche radicale qui, à l’inverse de ce que son nom peut indiquer, était un groupe centriste.
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mardi, novembre 11, 2014

Si je mourais là-bas ...

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur


Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier


Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants


Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté


Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie


Ô mon unique amour et ma grande folie

Guillaume Apollinaire

vendredi, septembre 05, 2014

Le 5 septembre 1914, Péguy

Le 5 septembre 1914, Charles Péguy est tué à l'ennemi, dans un champ de betteraves de Villeroy. La grande tombe et le monument existent toujours. Il est facile de s'y rendre en venant de Paris.

Cette mort a été tellement célébrée et récupérée, pas toujours dans des conditions d'honnêteté et de respect parfaites, qu'il est inutile d'insister.

Il est juste et conforme à nos temps de grande  misère intellectuelle et morale que la commémoration officielle du 7 septembre ne comporte que des personnalités politiques mineures (mais un évêque viendra). Quand on voit qui et comment elle commémore, on peut juger notre époque, au moins du coté de la classe dirigeante. Car les humbles ont rendu à Péguy l'hommage qu'il mérite :



Une messe était célébrée ce soir à Ste Clotilde.

Il est de bon ton d'écrire que Péguy reste très actuel. Certes. Ce sont des mots qui ne coutent rien : nos contemporains seraient horrifiés s'ils lisaient vraiment Péguy, non parce qu'il écrit le mot «race», qui n'effraie que les imbéciles nominalistes, mais parce que ses écrits sont subversifs. Ils condamnent notre époque avec des bruits de tonnerre et des éclairs d'épouvante.

Comme Chesterton, il insiste sur la maladie spirituelle de nos temps de malheurs, malheurs non pas physiques, malheurs de l'âme.

Péguy n'est pas une grenouille de bénitier, un écrivain de bondieuseries. Comme non-marié à l'église, il est exclu des sacrements. Mais il a écrit l'extraordinaire Mystère de la charité de Jeanne d'Arc.

Quelques citations de Péguy (empruntées à Maxime Tandonnet) :

- Dans le monde moderne, c’est l’ingratitude qui est rituelle; c’est elle qui est devenue comme un devoir, une obligation, presque une fidélité.

- Une capitulation est essentiellement une opération par laquelle on se met à expliquer au lieu d’agir. Et les lâches sont des gens qui regorgent d’explication.

- Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte.

- On n’a pas le droit de trahir les traîtres mêmes. On n’a jamais le droit de trahir. Les traîtres, il faut les combattre, pas les trahir.

- On ne remplace personne. On ne remplace rien. Tout est irréversible.

-Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique.

jeudi, août 21, 2014

Joffre, l'âne qui commandait des lions (R. Fraenkel)

C'est un des meilleurs pamphlets que j'ai lu depuis longtemps. Le style est incisif, cruel, et le fond me paraît juste.

C'est bien ce qui me gêne : un pamphlet contre un type mort il y a quatre-vingts ans, c'est de mauvais goût. Même si je pense que l'auteur a l'excuse d'être dans le vrai et d'essayer de faire pièce à une propagande maligne.

Fraenkel accuse Joseph Joffre d'être responsable de l'horrible hécatombe d'août 14 (environ 300 000 morts en 3 semaines !) et d'avoir falsifié les documents pour le cacher (les magouilles de Joffre antidatant des documents pour s'attribuer la paternité de la bataille de la Marne sont mieux connues).

Pire, et c'est une tache ineffaçable sur l'honneur de Joffre, il a osé écrire, pour se dédouaner, que les troupes françaises n'avaient pas montré les qualités offensives qu'on attendait d'elles.

Quand on sait les actes de bravoure insensés qu'on a vus cet été là, c'est à hurler : ce messager blessé, qui préfère porter son pli plutôt que de se faire soigner et qui meurt d'hémorragie une fois sa mission accomplie, n'est-ce pas un trait digne de Philippidès à Marathon ? Cet officier blessé trois fois dans la même journée et qui chaque fois retourne au feu. La quatrième fois est la bonne : la blessure est mortelle. Ce régiment qui se fait hacher menu à Morhange, sur les 1000 partants, 50 survivants, cela vaut bien les Thermopyles ?

Quelle est la thèse de Fraenkel ? Joffre a toujours prétendu qu'il n'avait pas vraiment de plan d'opérations. Pour Fraenkel, c'est faux, il en avait un, mais tellement mauvais qu'il a préféré passer pour un imbécile imprévoyant que pour un fou criminel.

La plan de Joffre d'après Fraenkel : laisser les Allemands s'avancer à travers la Belgique et le nord de la France, puis couper les têtes de l'hydre par une attaque du sud vers le nord sur les arrières des colonnes ennemies, du coté des Ardennes. Le tout avec la seule armée d'active, les réserves étant tenues pour négligeables.

Cette conception est folle : elle ne tient aucun compte de la géographie, de la logistique et des possibilités de manoeuvre. Elle a d'ailleurs échoué avant même d'avoir commencé. C'est d'autant plus fou que début 1914 un exercice sur table simulant l'entrée des Allemands par la Belgique (Gallieni avait pris le commandement des armées allemandes !) a permis d'étudier plusieurs possibilités et d'aboutir à la conclusion dont nous avons des raisons de penser, avec notre savoir rétrospectif, qu'elle était la meilleure : stopper les Allemands au plus tôt en engageant les réserves avant qu'ils n'aient le temps de développer leur offensive.

En 1914, l'armée française fut sauvée par Lanrezac qui recula après le désastre de Charleroi, contre les ordres reçus de Joffre (il en fut limogé) et par Gallieni, qui prépara deux semaines à l'avance ce qui allait devenir la victoire de la Marne.

Nul en stratégie, Joffre a eu des méthodes de commandement dégueulasses, n'hésitant pas à mentir sciemment à ses subordonnés sur les effectifs de l'ennemi du genre «Allez-y à fond, il n'y a quasi personne devant», ce qui explique en partie les charges folles.

Bref, en plus d'être nul à la guerre, Joffre est enfoiré et mesquin.

Tout cela est connu des gens qui ont nommé Joffre.

Sa seule expérience du feu est une escarmouche du coté de Tombouctou. Il n'a jamais commandé d'armée ni travaillé en état-major. Il a toujours été assez médiocre. Ceux qui signent sa nomination ne peuvent guère se faire d'illusions.

Malheureusement, sa nullité paraît à certains politiciens un gage de docilité (ce en quoi ils se trompent).

Joffre aurait du être fusillé dans les fossés de Vincennes, et non pas élevé au maréchalat. Mais ceux qui l'avaient nommé auraient eu de sérieux comptes à rendre.

Voilà le grand crime (malheureusement peu développé par Fraenkel) : nommer au poste suprême, en connaissance de cause, un incompétent. Et pourquoi ? Parce qu'il ne sortait pas de la «jésuitière», parce que c'était un «bon républicain». C'est avec des arguments comme cela qu'on gagne les guerres !

Et ses méfaits vont loin, au-delà de la tombe : en 1940, nous avons hérité de son adjoint, Maurice Gamelin, nommé sur des critères identiques, avec le succès que l'on sait.



jeudi, août 07, 2014

Le bonheur de l'officier de troupe

Je viens de finir La mort du lieutenant Péguy, de Jean-Pierre Rioux.

Entre le 2 aout 1914 et le 5 septembre, jour de sa mort, on retrouve chez Péguy des mots similaires à ceux d'un autre normalien, lui aussi officier de troupe, de dix-sept ans son cadet, Maurice Genevoix.

Ces deux intellectuels décrivent la joie de commander au feu une section de citoyens français en armes, d'en partager les joies et les peines, de porter le poids de la responsabilité.

Le contraste est frappant avec les grands bourgeois qui nous gouvernent : on n'imagine pas,  mutatis mutandis, un François Hollande, une Marisol Touraine, une Christiane Taubira, un Manuel Valls, une Ségolène Royal, un Laurent Fabius éprouver de la joie à partager les joies et les peines de Français d'aujourd'hui.

Ils vivent dans leur monde et nous dans le nôtre, et ils n'ont rien en commun, à part les votes qu'ils nous quémandent et l'argent qu'ils nous extorquent.

Et c'est toute la classe dirigeante qui est ainsi. Quel universitaire irait aujourd'hui se porter volontaire pour commander une section d'infanterie au Mali ?


mercredi, juillet 23, 2014

L'énigme de la première guerre mondiale

Je comprends la seconde guerre mondiale, je n'en maitrise pas tout, loin de là. Mais ses causes et son déroulement me semblent obéir à une certaine rationalité, autant qu'il est possible dans la folie qu'est la guerre.

Au contraire, je ne comprends rien à la première mondiale, ni dans ses causes ni dans son déroulement.

Par exemple, la France a gagné mais a subi bien plus de pertes, sur son front, que le vaincu, parfois dans un rapport de un à deux. C'est illogique. A la guerre, c'est le vaincu qui morfle, c'est comme cela que les choses se sont passées à Rivoli et à Austerlitz, sans parler de Patay, cinq morts français pour deux mille anglais (mais à Patay, Dieu était avec Jeanne).

Certes, la question fut similaire sur le front de l'est à la guerre suivante, mais on peut arguer que le régime stalinien était buveur de sang et ne faisait rien pour épargner sa population.

Mais comment la classe dirigeante d'un pays démocratique comme la France a-t-elle pu s'enferrer dans une stratégie, des tactiques et des méthodes si meurtrières ?

Ce n'est même pas un cas de «personne n'a rien compris». Des voix, parfois très haut placées (même de ministres de la guerre : Gallieni, Painlevé !) se sont élevées pour demander plus de circonspection dans les offensives. Il a fallu attendre les mutineries de 17 qui, comme Pétain l'a compris, étaient avant tout militaires, des soldats expérimentés jugeant l'incompétence de leurs chefs, pour qu'un peu de bon sens prévalût.

Cela et bien d'autres choses restent pour moi un mystère.

mardi, avril 08, 2014

Commémorations de 1914 : Mère, voici vos fils qui se sont tant battus ...

Puisque je cite Péguy, voici ses vers les plus célèbres. A juste titre me semble-t-il, parce qu'ils étaient, écrits en décembre 1913, à ce point prémonitoires (1) qu'ils semblent inspirés.


°°°°°°°°°°°°°°
Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu,
Parmi tout l'appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles.
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

 [...]

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.
Vous les voyez couchés parmi les nations.
Que Dieu ménage un peu ces êtres débattus,
Ces coeurs pleins de tristesse et d'hésitations.

Et voici le gibier traqué dans les battues,
Les aigles abattus et les lièvres levés.
Que Dieu ménage un peu ces cœurs tant éprouvés,
Ces torses déviés, ces nuques rebattues.

Que Dieu ménage un peu ces êtres combattus,
Qu'il rappelle sa grâce et sa miséricorde.
Qu'il considère un peu ce sac et cette corde
Et ces poignets liés et ces reins courbatus.

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.
Qu'ils ne soient pas pesés comme Dieu pèse un ange.
Que Dieu mette avec eux un peu de cette fange
Qu'ils étaient en principe et sont redevenus.

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.
Qu'ils ne soient pas pesés comme on pèse un démon.
Que Dieu mette avec eux un peu de ce limon
Qu'ils étaient en principe et sont redevenus.

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.
Qu'ils ne soient pas pesés comme on pèse un esprit.
Qu'ils soient plutôt jugés comme on juge un proscrit
Qui rentre en se cachant par des chemins perdus.

Mère voici vos fils et leur immense armée.
Qu'ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.
Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre
Qui les a tant perdus et qu'ils ont tant aimée.
°°°°°°°°°°°°°°



Les commémorations officielles de la guerre de 14 m'inspirent les plus grandes craintes.

On va nous présenter ceux de 14 comme des victimes, victimes des industriels cupides, des politiciens idiots et des officiers sadiques. C'est une trahison. Qu'on se souvienne alors de Péguy :

Mère voici vos fils et leur immense armée.
Qu'ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.

Qu'on ne verse pas dans le sentimentalisme de bas étage, qu'ils ne soient pas jugés sur leur seule misère, qu'on respecte ces soldats qui furent des hommes.

Péguy, Genevoix, étaient Normaliens. Combien de Normaliens et d'Enarques seraient aujourd'hui capables de commander une section d'infanterie au feu ? Cela devrait inciter à la modestie ceux qui les traitent avec commisération.

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(1) : le lieutenant Charles Péguy (officier de troupe, comme Maurice Genevoix, comme Alain-Fournier, comme Louis Pergaud), 41 ans, est mort à Villeroy, pendant la bataille de l'Ourcq, le 5 septembre 1914, d'une balle en plein front, parmi les blés.

jeudi, mars 27, 2014

1914 : notre perspective faussée

La guerre de 14 fut une folie.

D'où il découle inconsciemment que nos aïeux furent des fous.

Pour échapper à cette accusation inconsciente, nous préférons une autre accusation, moins infamante : nos aïeux furent des moutons, amenés à l'abattoir par des politiciens stupides et des militaires sanguinaires. Les politiciens et les militaires sont, au sens précis du terme, des boucs-émissaires : on les charge des péchés de la tribu entière. D'où les chromos à la Tardi, qui font plaisir à la génération actuelle mais sont de pures constructions idéologiques.

Pour nous débarrasser de l'accusation inconsciente envers nos aïeux d'avoir été soit des fous soit des moutons, nous devons d'abord l'exprimer : ce sont les quelques lignes qui précèdent. Maintenant, nous devons l'analyser.

Ce que nous savons ne nous raconte pas du tout la même histoire. On parle pudiquement de consentement à la guerre. Soyons plus nets : en 1914, pour autant qu'on puisse le savoir, avec toutes les nuances et les prudences d'usage, il y avait, majoritairement, une approbation de la guerre. Ils n'étaient pas des moutons, mais des citoyens en armes.

Alors, revient, consciemment cette fois, la question «Nos aïeux étaient-ils fous ?».

Non, ils n'étaient pas fous, ils étaient mal informés, ils commettaient une erreur d'analyse tragique.

La guerre de 14 fut une folie. C'est exact, mais ceci est une connaissance rétrospective. L'anachronisme, principal écueil de l'historien.

Nos aïeux n'étaient pas fous, tout simplement parce qu'ils ne savaient pas qu'ils s'engageaient dans une folie. C'est le sempiternel «les hommes font l'histoire mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils font». Ils croyaient s'engager dans une guerre de 1870 nouvelle mouture. Même si cela nous dérange, quelques centaines de milliers de morts pour défendre sa patrie, sa terre et sa liberté ne leur semblait pas un prix excessif. Personne n'avait envisagé qu'on compterait les morts par millions.

Pour les Européens de 1914, la guerre n'étaient pas une expérience personnelle, 1870 était loin dans le temps. La guerre de Sécession, la guerre des Boers et la guerre des Balkans de 1912, qui auraient pu servir d'avertisseur, étaient loin dans l'espace.

Nos aïeux n'étaient ni des fous ni des moutons, ils étaient des hommes dans l'erreur. Nous, tout fiers de notre savoir rétrospectif, pouvons nous jurer que nous ne nous ne faisons jamais d'erreur ?

Bien sûr, mon attitude humble, partant du principe qu'il n'y a aucune raison que nos ancêtres fussent plus cons que nous, n'a aucune chance d'être entendue. Elle est si contraire à la pente de notre époque. Nous adorons rien tant que faire la leçon aux hommes du passé et nous complaire dans une supériorité factice.

On pourrait reporter l'accusation de folie aux quelques hommes, Guillaume II et Clemenceau entre autres, qui, une fois connue la nature folle de cette guerre, firent des offres de paix à des conditions qu'ils savaient inacceptables pour l'ennemi. Ceci est une autre histoire. Au lieu de porter sur des millions d'hommes, elle concerne une poignée. Nous en parlerons une autre fois.

vendredi, janvier 03, 2014

12 mythes de de l'année 1914 (JC Delhez)

Je trouve l'auteur excessif : pour démythifier, il est obligé d'exagérer les mythes. Cependant, son livre est bien intéressant. La remarque qu'il fait sur le peu d'historiens français qui vont chercher dans les archives allemandes interpelle.

Je suis entièrement d'accord avec son interprétation stratégique. Sur le front occidental, trois batailles et trois batailles seulement comptent, les autres furent meurtrières mais sans conséquence stratégique :

1) La Bataille des Frontières, que la France a perdue et qui a failli se conclure par la «traditionnelle» victoire allemande en six semaines (1870, 1940).

Elle est très méconnue et pourtant elle fit beaucoup plus de victimes que Verdun. Quelques uns ont entendu parler du désastre de Charleroi, mais qui connaît Neufchateau ? Pourtant cette rencontre perdue met à mal l'idée, pas forcément idiote, de Joffre de couper la pointe de l'avance allemande. Tout son plan est par terre.

Surtout, elle eut une grande conséquence stratégique : elle donna accès aux Allemands pour toute la durée du conflit à la minette lorraine, qui vint jusqu'à représenter les deux tiers de la production allemande de minerai de fer.

On peut fantasmer sur le nombre de mois sont la guerre aurait été écourtée sans ce fait majeur.

2) La première bataille de la Marne (1914), qui interrompit la poussée victorieuse des Teutons.

3) La seconde Bataille de la Marne (1918) qui entama la marche à la victoire finale. Victoire d'autant plus digne de louanges qu'elle se fit avec deux innovations majeures qui surprirent les Allemands : l'unité de commandement des Alliés et l'emploi massif et inédit du couple char-avion (que ne nous en sommes souvenus en 1940 !)

lundi, novembre 11, 2013

Un jour, ils nous diront qu'il faut raser les monuments aux morts

Un jour, ils raseront les monuments aux morts

Un jour, ils nous diront qu'il faut raser les monuments aux morts. Pour l'instant, on se contente sous divers prétextes esthétiques (un élu contemporain, grand prêtre de la défiguration urbanistique, invoquer l'esthétique, on croit rêver !) de les reléguer le plus loin possible.

Mais un jour, on essaiera de les rasera.

Il est toujours complexe de répondre à cette lamentable farce qui veut que la France ait de tout temps été une terre d'immigration, mais il y a au moins une réponse simple : «Va voir le monument aux morts et relève les noms à consonance étrangère». On trouve par ci par là quelques noms italiens ou polonais, mais très peu.

C'est pour ce crime de lèse-bienpensance qu'on nous dira qu'il faut raser les monuments aux morts.

D'autant plus qu'ils s'alourdissent d'un autre crime : suggérer qu'on puisse trouver honorable de mourir pour la Patrie.


jeudi, octobre 03, 2013

Faut-il réhabiliter les mutins de la première guerre mondiale ?

Comme prévu, les manoeuvres pour saloper la mémoire des combattants français de la première guerre mondiale ont commencé.

A travers une réhabilitation en bloc des mutins, il s'agit tout simplement de mettre un signe d'équivalence entre les mutins et les Morts pour la France. Une belle saloperie !

Réhabiliter ? Pourquoi pas ? Mais sur une base individuelle. Et justement, les réhabilitations individuelles, cela a déjà été fait dans les années 20.

Le sujet est clos et aucune nécessité de bon aloi n'oblige à rouvrir le débat. Il n'y a que de mauvaises raisons.

C'est dans la logique d'une vie en société d'instrumentaliser d'une façon ou d'une autre les héros pour les transformer en symboles. Mais pervertir le sens de leur combat, c'est d'une bassesse insupportable, guère étonnante de la part de cette gauche française moralement corrompue.

Sur les sujets polémiques de la première guerre mondiale, je ne vois toujours pas de raison de changer une virgule de ces deux billets :

Les généraux français de la première guerre mondiale étaient-ils des idiots sanguinaires ?

Verdun, le Coq Hardi, les Eparges

Quant à Tardi, qui, comme Plantu, est de ceux qui pervertissent et instrumentalisent le combat des Poilus (combien d'albums vendus ? Combien de bénéfices ?) :

Et hop, une bonne remise à leur place des pacifistes