Affichage des articles dont le libellé est Joffre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Joffre. Afficher tous les articles

jeudi, août 21, 2014

Joffre, l'âne qui commandait des lions (R. Fraenkel)

C'est un des meilleurs pamphlets que j'ai lu depuis longtemps. Le style est incisif, cruel, et le fond me paraît juste.

C'est bien ce qui me gêne : un pamphlet contre un type mort il y a quatre-vingts ans, c'est de mauvais goût. Même si je pense que l'auteur a l'excuse d'être dans le vrai et d'essayer de faire pièce à une propagande maligne.

Fraenkel accuse Joseph Joffre d'être responsable de l'horrible hécatombe d'août 14 (environ 300 000 morts en 3 semaines !) et d'avoir falsifié les documents pour le cacher (les magouilles de Joffre antidatant des documents pour s'attribuer la paternité de la bataille de la Marne sont mieux connues).

Pire, et c'est une tache ineffaçable sur l'honneur de Joffre, il a osé écrire, pour se dédouaner, que les troupes françaises n'avaient pas montré les qualités offensives qu'on attendait d'elles.

Quand on sait les actes de bravoure insensés qu'on a vus cet été là, c'est à hurler : ce messager blessé, qui préfère porter son pli plutôt que de se faire soigner et qui meurt d'hémorragie une fois sa mission accomplie, n'est-ce pas un trait digne de Philippidès à Marathon ? Cet officier blessé trois fois dans la même journée et qui chaque fois retourne au feu. La quatrième fois est la bonne : la blessure est mortelle. Ce régiment qui se fait hacher menu à Morhange, sur les 1000 partants, 50 survivants, cela vaut bien les Thermopyles ?

Quelle est la thèse de Fraenkel ? Joffre a toujours prétendu qu'il n'avait pas vraiment de plan d'opérations. Pour Fraenkel, c'est faux, il en avait un, mais tellement mauvais qu'il a préféré passer pour un imbécile imprévoyant que pour un fou criminel.

La plan de Joffre d'après Fraenkel : laisser les Allemands s'avancer à travers la Belgique et le nord de la France, puis couper les têtes de l'hydre par une attaque du sud vers le nord sur les arrières des colonnes ennemies, du coté des Ardennes. Le tout avec la seule armée d'active, les réserves étant tenues pour négligeables.

Cette conception est folle : elle ne tient aucun compte de la géographie, de la logistique et des possibilités de manoeuvre. Elle a d'ailleurs échoué avant même d'avoir commencé. C'est d'autant plus fou que début 1914 un exercice sur table simulant l'entrée des Allemands par la Belgique (Gallieni avait pris le commandement des armées allemandes !) a permis d'étudier plusieurs possibilités et d'aboutir à la conclusion dont nous avons des raisons de penser, avec notre savoir rétrospectif, qu'elle était la meilleure : stopper les Allemands au plus tôt en engageant les réserves avant qu'ils n'aient le temps de développer leur offensive.

En 1914, l'armée française fut sauvée par Lanrezac qui recula après le désastre de Charleroi, contre les ordres reçus de Joffre (il en fut limogé) et par Gallieni, qui prépara deux semaines à l'avance ce qui allait devenir la victoire de la Marne.

Nul en stratégie, Joffre a eu des méthodes de commandement dégueulasses, n'hésitant pas à mentir sciemment à ses subordonnés sur les effectifs de l'ennemi du genre «Allez-y à fond, il n'y a quasi personne devant», ce qui explique en partie les charges folles.

Bref, en plus d'être nul à la guerre, Joffre est enfoiré et mesquin.

Tout cela est connu des gens qui ont nommé Joffre.

Sa seule expérience du feu est une escarmouche du coté de Tombouctou. Il n'a jamais commandé d'armée ni travaillé en état-major. Il a toujours été assez médiocre. Ceux qui signent sa nomination ne peuvent guère se faire d'illusions.

Malheureusement, sa nullité paraît à certains politiciens un gage de docilité (ce en quoi ils se trompent).

Joffre aurait du être fusillé dans les fossés de Vincennes, et non pas élevé au maréchalat. Mais ceux qui l'avaient nommé auraient eu de sérieux comptes à rendre.

Voilà le grand crime (malheureusement peu développé par Fraenkel) : nommer au poste suprême, en connaissance de cause, un incompétent. Et pourquoi ? Parce qu'il ne sortait pas de la «jésuitière», parce que c'était un «bon républicain». C'est avec des arguments comme cela qu'on gagne les guerres !

Et ses méfaits vont loin, au-delà de la tombe : en 1940, nous avons hérité de son adjoint, Maurice Gamelin, nommé sur des critères identiques, avec le succès que l'on sait.



samedi, décembre 08, 2012

Les carnets de Gallieni

Ces carnets de Gallieni ont été publiés par son fils en 1931 dans le contexte de la polémique entre "gallienistes" et "joffristes" pour la paternité de la victoire de la Marne.

A la condition qu'ils n'aient pas été dénaturés, ils sont sans appel.


En tant que Gouverneur Militaire de Paris, Gallieni a exigé du gouvernement d'avoir des troupes pour défendre Paris en avant, en prévision des mouvements de l'ennemi. Contrairement à Joffre, qui n'a jamais rien anticipé, Gallieni a remarquablement prévu les manoeuvres allemandes.


L'ordre de garnir Paris, sur l'insistance de Gallieni, a été le seul donné par le gouvernement au généralissime Joffre pendant toute cette période. Ce simple fait suffit à attribuer à Gallieni la paternité de la première victoire de la Marne (il y en a eu une seconde, hélas oubliée, en juillet 1918).


Ses carnets montrent  que Gallieni a très tôt pensé que c'est au moment où les Allemands arriveraient á hauteur de Paris que leur élan commencerait à s'épuiser et qu'ils deviendraient vulnérables.


Il ne faut pas oublier que les Allemands de 1914 ont parcouru à pied quarante kilomètres par jour pendant dix jours, c'est-á-dire qu'ils allaient plus vite que les panzers en 1940 !


Gallieni se préparait donc á la bataille décisive en toute conscience de la situation. Cette clarté de l'analyse lui a permis d'exiger les troupes nécessaires et de saisir l'occasion d'une attaque de flanc dès qu'elle s'est présentée.


Joffre, lui, préparait un rétablissement et une contre-offensive frontale à partir du plateau de Langres une semaine plus tard. Sans doute trop tard, avec des troupes désorganisées et épuisées. De plus, l'idée même d'offensive frontale était erronée : la leçon du premier mois de la guerre était que les Allemands, avec leurs mitrailleuses et leur artillerie, étaient imbattables de face. Leçon confirmée par quatre ans de guerre des tranchées. Joffre était trop épais pour l'avoir déjà compris.


Pour clore la polémique, rappelons que l'ordre fameux "plus un pas en arrière" à été antidaté après coup par Joffre afin de précéder fictivement celui de Gallieni déclenchant la contre-offensive á partir de Paris.


Les histoires de taxis ne sont qu'une anecdote à laquelle les partisans de Joffre ont tenté de réduire Gallieni.


De plus, Gallieni avait bien anticipé la "course à la mer" qui a suivi. Les "gallienistes" ont considéré que Joffre, moins intelligent et donc moins anticipateur, a perdu une journée décisive qui lui aurait permis de tourner les Allemands.


Quelques éléments de contexte.


Joffre était un troisième choix. Gallieni n'avait pas été nommé généralissime en 1911 à cause de son âge. Décision que le ministre Messimy a regretté amèrement pendant les trois ans qu'il a passé dans les tranchées (oui, à l'époque, un ex-ministre ou un parlementaire au front, ça se faisait).


Joffre, comme vingt ans plus tard son chef d'Etat-Major Gamelin, avait été choisi sur son absence de potentiel politique. Toujours ces fameux républicains, qui nous tympanisent de leurs valeurs éculées, mais font passer leur tranquillité partisane avant le salut de la patrie.


Joffre savait tout cela. De plus, Gallieni avait été son supérieur à Madagascar.


Bref, Joffre était atteint du syndrome du second devenant  incompétent propulsé à la première place : manque total de vision et d'anticipation, attachement excessif aux marques extérieures du respect, goût du secret, dispersion maniaque dans les détails.


Du fait de l'impéritie du gouvernement, son incompétence sévira pendant presque trois ans, avec les conséquences meurtrières que l'on connait.


Les carnets de Gallieni, devenu ministre de la guerre quelques mois avant sa mort en 1916, sont aussi un violent constat de carence des politiciens de la IIIème république. Souvent revient "Que de palabres !". Évidemment, la république des discoureurs de comices agricoles était peu faite pour mener une guerre.


Comme aujourd'hui, ils croyaient qu' un bon mot ou un joli discours étaient d'honorables substituts à la décision.