Macron peut faire toutes les gesticulations diplomatiques qu'il veut, organiser tous les pièges pour enfants de cinq ans qui lui viennent à l'idée sous les couinements d'extase des fayots de service, il ne peut qu'échouer et se ridiculiser, pour une raison fondamentale, qui ne tient pas qu'à lui.
Souveraineté et politique étrangère sont indissociables. La politique étrangère d'un pays n'est efficace que si tout le monde sait qu'il dispose souverainement de ses moyens, pacifiques et moins pacifiques.
Les domaines dans lesquels la France a renoncé, explicitement ou implicitement, à sa souveraineté, c'est-à-dire à peu près tous, ont réduit sa politique étrangère à un pantomime de crétins sentencieux.
La première chose à faire pour une politique étrangère efficace, qui soit autre chose que du bruit avec la bouche, serait de reprendre notre souveraineté partout où nous l'avons abandonnée. Mais, justement, Macron ne croit pas à la souveraineté française, il l'a dit et répété.
Il pourrait au moins avoir l'intelligence d'en tirer les conséquences et de se taire. Mais c'est plus fort que lui, il faut qu'il pérore et qu'il parade. Et se rende ridicule (quoi qu'en disent les cireurs de pompes de Paris).
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mercredi, août 28, 2019
lundi, janvier 28, 2019
Venezuela
J’appartiens à une tendance qui me semble parfois bien bête.
Des gens, avec qui je suis d’accord sur d’autres sujets, défendent Maduro sous prétexte que Guaido est soutenu par les Etats-Unis.
Je trouve cela stupide.
Oui, probablement que Guaido est plus que soutenu, téléguidé, par les Etats-Unis. Ce n’est pas très plaisant, certes. Mais, entre deux maux, il faut choisir le moindre. Il est clair que Maduro est une catastrophe pour le Venezuela.
Et puis, si l’on se place d’un point de vue cynique, le Venezuela est dans la sphère d’influence des Etats-Unis, alors, franchement, pourquoi user le soleil ?
Il faut choisir ses combats. Défendre Maduro est ridicule. Le père Trump doit bien se marrer.
Des gens, avec qui je suis d’accord sur d’autres sujets, défendent Maduro sous prétexte que Guaido est soutenu par les Etats-Unis.
Je trouve cela stupide.
Oui, probablement que Guaido est plus que soutenu, téléguidé, par les Etats-Unis. Ce n’est pas très plaisant, certes. Mais, entre deux maux, il faut choisir le moindre. Il est clair que Maduro est une catastrophe pour le Venezuela.
Et puis, si l’on se place d’un point de vue cynique, le Venezuela est dans la sphère d’influence des Etats-Unis, alors, franchement, pourquoi user le soleil ?
Il faut choisir ses combats. Défendre Maduro est ridicule. Le père Trump doit bien se marrer.
mardi, octobre 30, 2018
Les rappels de l’affaire Kashoggi
Le Canard Enchainé s’est amusé à titrer « Affaire Kashoggi : une enquête en dents de scie ».
Trêve de plaisanteries, l’affaire Kashoggi rappelle deux choses (si, pour vous, ce ne sont pas des rappels mais des informations, c’est dommage) :
1) L’Arabie Saoudite est un DAECH qui a du pétrole et un siège à l’ONU. Ce sont des animaux sadiques. C’est une honte et un danger pour n’importe quel pays occidental d’avoir une relation quelconque avec ce pays autre que l’hostilité ouverte.
2) Conséquence directe du premier point, les pays occidentaux n’ont absolument plus aucun crédit moral (comparez par exemple les traitements des affaires Skripal et Kashoggi). C'est un point essentiel
Trêve de plaisanteries, l’affaire Kashoggi rappelle deux choses (si, pour vous, ce ne sont pas des rappels mais des informations, c’est dommage) :
1) L’Arabie Saoudite est un DAECH qui a du pétrole et un siège à l’ONU. Ce sont des animaux sadiques. C’est une honte et un danger pour n’importe quel pays occidental d’avoir une relation quelconque avec ce pays autre que l’hostilité ouverte.
2) Conséquence directe du premier point, les pays occidentaux n’ont absolument plus aucun crédit moral (comparez par exemple les traitements des affaires Skripal et Kashoggi). C'est un point essentiel
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jeudi, décembre 15, 2016
Je n'ai pas peur de Poutine mais de notre faiblesse
Je l'ai déjà dit, je suis partisan de moins d'atlantisme et de plus de rapprochement avec la Russie.
Mais à la condition que ce soit en position ferme et en parfaite adéquation avec les intérêts de la France. Par exemple, je ne rechignerai pas à baser quelques Rafales nucléaires en Pologne.
Malheureusement, j'ai peur que, si rapprochement russe il y a, il s'agisse de la recherche d'un nouveau protecteur par ces Français qui sont incapables de croire que la France peut se débrouiller seule.
Mais à la condition que ce soit en position ferme et en parfaite adéquation avec les intérêts de la France. Par exemple, je ne rechignerai pas à baser quelques Rafales nucléaires en Pologne.
Malheureusement, j'ai peur que, si rapprochement russe il y a, il s'agisse de la recherche d'un nouveau protecteur par ces Français qui sont incapables de croire que la France peut se débrouiller seule.
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mardi, octobre 11, 2016
Le naufrage de la politique étrangère française
On ne peut pas dire que la dame noie nos politiciens sous les compliments :
Caroline Galactéros : « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »
Ce juste constat est si accablant qu'il est difficile à commenter. Inutile d'en rajouter.
Je peux seulement dire mon sentiment : la honte. J'ai honte de notre gouvernement, de notre diplomatie.
Caroline Galactéros : « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »
Ce juste constat est si accablant qu'il est difficile à commenter. Inutile d'en rajouter.
Je peux seulement dire mon sentiment : la honte. J'ai honte de notre gouvernement, de notre diplomatie.
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samedi, août 13, 2016
Politique étrangère : que de fautes par suivisme américain !
Général Desportes : Obama n'a pas créé Daech, mais les Etats-Unis sont responsables
***********
C'est bien en effet de parler des Etats-Unis, mais ce serait encore mieux aujourd'hui de parler de la France car la première cible occidentale de Daech n'est pas Washington. C'est la France et la France ne fait rien. Elle se place dans le sillage des Etats-Unis qui se refusent à assumer leurs responsabilités et à s'engager de manière sérieuse contre l'Etat islamique. Nous sommes engagés, nous avons vu récemment les bombardements tragiques dans la ville de Manbij au Nord de la Syrie. Mais nous sommes engagés qu'à moitié. Les Etats-Unis aussi d'ailleurs. Nous nous refusons à mener une politique étrangère autonome alors que l'Europe pourrait le faire. L'Allemagne est aussi victime de Daech et d'autres pays européens le seront à l'avenir. Nous demeurons dans le suivisme européen vis-à-vis des Américains, qui n'apportent pourtant rien de bon. Nous avons suivi les Américains en Afghanistan et ce fut une faute majeure. Nous les suivons aujourd'hui dans leur semi-intervention et nous voyons bien que ce n'est pas une solution pertinente.
***********
Le suivisme américain des politiciens dits français ne laisse pas de m'inquiéter car il en résulte une politique étrangère qui oscille entre le mauvais et le catastrophique. Les intérêts des Etats-Unis et ceux de la France divergent. Ce ne serait pas un problème si la France menait une politique française, malheureusement elle mène une politique américaine.
Les causes sont bien connues :
1) Le noyautage américain de la politique française, les Young Leaders et compagnie.
2) Le manque de foi en la France de nos dirigeants, de droite et de gauche, qui entretiennent la conviction que la France ne peut pas avoir une politique étrangère autonome, qu'elle est doit se mettre impérativement à la remorque de quelqu'un, Etats-Unis, Allemagne ou même Russie.
3) La réduction drastique des moyens de nos armées. Aujourd'hui, aucune opération d'envergure ne peut être menée par la France sans appui américain (avions espions, drones, ravitailleurs, etc.).
Matériellement, la situation n'est pas si difficile à rétablir à condition de faire les bons choix.
Mais comment des politiciens qui ont une vision du monde erronée pourraient-ils faire les bons choix ?
***********
C'est bien en effet de parler des Etats-Unis, mais ce serait encore mieux aujourd'hui de parler de la France car la première cible occidentale de Daech n'est pas Washington. C'est la France et la France ne fait rien. Elle se place dans le sillage des Etats-Unis qui se refusent à assumer leurs responsabilités et à s'engager de manière sérieuse contre l'Etat islamique. Nous sommes engagés, nous avons vu récemment les bombardements tragiques dans la ville de Manbij au Nord de la Syrie. Mais nous sommes engagés qu'à moitié. Les Etats-Unis aussi d'ailleurs. Nous nous refusons à mener une politique étrangère autonome alors que l'Europe pourrait le faire. L'Allemagne est aussi victime de Daech et d'autres pays européens le seront à l'avenir. Nous demeurons dans le suivisme européen vis-à-vis des Américains, qui n'apportent pourtant rien de bon. Nous avons suivi les Américains en Afghanistan et ce fut une faute majeure. Nous les suivons aujourd'hui dans leur semi-intervention et nous voyons bien que ce n'est pas une solution pertinente.
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Le suivisme américain des politiciens dits français ne laisse pas de m'inquiéter car il en résulte une politique étrangère qui oscille entre le mauvais et le catastrophique. Les intérêts des Etats-Unis et ceux de la France divergent. Ce ne serait pas un problème si la France menait une politique française, malheureusement elle mène une politique américaine.
Les causes sont bien connues :
1) Le noyautage américain de la politique française, les Young Leaders et compagnie.
2) Le manque de foi en la France de nos dirigeants, de droite et de gauche, qui entretiennent la conviction que la France ne peut pas avoir une politique étrangère autonome, qu'elle est doit se mettre impérativement à la remorque de quelqu'un, Etats-Unis, Allemagne ou même Russie.
3) La réduction drastique des moyens de nos armées. Aujourd'hui, aucune opération d'envergure ne peut être menée par la France sans appui américain (avions espions, drones, ravitailleurs, etc.).
Matériellement, la situation n'est pas si difficile à rétablir à condition de faire les bons choix.
Mais comment des politiciens qui ont une vision du monde erronée pourraient-ils faire les bons choix ?
jeudi, janvier 07, 2016
France, Moyen-Orient : le prix des mauvais choix
La France au piège saoudien
06 janvier 2016 à 18h37
(Editorial paru dans l’Opinion du 6 janvier)
Il a fallu trente heures au Quai d’Orsay pour réagir à l’exécution de l’opposant chiite saoudien, le cheikh al-Nimr. Trente longues heures durant lesquelles les diplomates français ont pu mesurer combien l’alliance avec l’Arabie saoudite était tout sauf un chemin pavé de roses. Au final, la France n’a pas condamné, mais simplement « déploré profondément » cette mise à mort qui jette de l’huile sur les nombreux incendies du Moyen-Orient.
L’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grandes puissances régionales, sont au bord de la rupture, alors que leur coopération est indispensable à la résolution des crises - la transition politique en Syrie et la lutte contre Daech au premier chef. L’espoir d’un début de solution émergeait fin 2015. Aujourd’hui, tout semble à terre.
Dans ce contexte à nouveau dégradé, la France se retrouve prise au piège de son alliance avec l’Arabie saoudite. Ce choix stratégique de première importance, jamais vraiment débattu, s’est renforcé depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée. Cette entente serait, dit-on, le prix à payer pour de mirifiques contrats. Pourquoi pas ? Sauf que ces promesses sont bien souvent comme mirages dans le désert. Les exportations françaises vers l’Arabie saoudite restent dix fois moins importantes que celles vers... la Belgique !
Que l’Élysée, au nom du réalisme (socialiste ?), passe les droits de l’homme par pertes et profits est une chose. Mais son tropisme anti-iranien et pro-sunnite conduit lentement notre pays à l’impuissance diplomatique. Dans le conflit entre Téhéran et Riyad, la France est perçue comme l’adversaire de l’un et l’obligé de l’autre. Autant dire, hors-jeu.
06 janvier 2016 à 18h37
(Editorial paru dans l’Opinion du 6 janvier)
Il a fallu trente heures au Quai d’Orsay pour réagir à l’exécution de l’opposant chiite saoudien, le cheikh al-Nimr. Trente longues heures durant lesquelles les diplomates français ont pu mesurer combien l’alliance avec l’Arabie saoudite était tout sauf un chemin pavé de roses. Au final, la France n’a pas condamné, mais simplement « déploré profondément » cette mise à mort qui jette de l’huile sur les nombreux incendies du Moyen-Orient.
L’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grandes puissances régionales, sont au bord de la rupture, alors que leur coopération est indispensable à la résolution des crises - la transition politique en Syrie et la lutte contre Daech au premier chef. L’espoir d’un début de solution émergeait fin 2015. Aujourd’hui, tout semble à terre.
Dans ce contexte à nouveau dégradé, la France se retrouve prise au piège de son alliance avec l’Arabie saoudite. Ce choix stratégique de première importance, jamais vraiment débattu, s’est renforcé depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée. Cette entente serait, dit-on, le prix à payer pour de mirifiques contrats. Pourquoi pas ? Sauf que ces promesses sont bien souvent comme mirages dans le désert. Les exportations françaises vers l’Arabie saoudite restent dix fois moins importantes que celles vers... la Belgique !
Que l’Élysée, au nom du réalisme (socialiste ?), passe les droits de l’homme par pertes et profits est une chose. Mais son tropisme anti-iranien et pro-sunnite conduit lentement notre pays à l’impuissance diplomatique. Dans le conflit entre Téhéran et Riyad, la France est perçue comme l’adversaire de l’un et l’obligé de l’autre. Autant dire, hors-jeu.
jeudi, août 06, 2015
Cours du pétrole : les Bédouins bientôt au cul des chameaux ?
Saudi Arabia may go broke before the US oil industry buckles
Le scénario est évident, je ne sais pas s'il se réalisera, mais il est simple : les pays pétro-foutraques, c'est-à-dire les pays qui n'en branlent pas une à part exploiter le pétrole, moyen-orientaux, sont directement menacés dans leur puissance et leur mode de vie par les évolutions techniques des méthodes d'extraction et leurs conséquences économiques. Cette tendance risque d'être progressivement renforcée par la bagnole électrique.
C'est une mauvaise nouvelle à l'horizon d'une décennie car ce genre de bouleversement amène toujours du foutoir, des guerres, du terrorisme et autres joyeusetés. Nos politiciens corrompus par les pétromonarchies, c'est-à-dire à peu près tous, vont se sentir bien seuls.
Si l'on regarde plus loin, c'est une excellente nouvelle. Les pays pétro-foutraques sont en général les fouteurs de merde de la planète et leurs problèmes sont un motif de réjouissance.
Il n'y a pas tant d'authentiques bonnes nouvelles, la baisse des cours du pétrole en est une.
Seule inquiétude : saurons nous être forts dans la tempête ? Par exemple, saurons faire rester les Algériens, chassés par la crise pétrolière, en Algérie ? C'est pas gagné !
Le scénario est évident, je ne sais pas s'il se réalisera, mais il est simple : les pays pétro-foutraques, c'est-à-dire les pays qui n'en branlent pas une à part exploiter le pétrole, moyen-orientaux, sont directement menacés dans leur puissance et leur mode de vie par les évolutions techniques des méthodes d'extraction et leurs conséquences économiques. Cette tendance risque d'être progressivement renforcée par la bagnole électrique.
C'est une mauvaise nouvelle à l'horizon d'une décennie car ce genre de bouleversement amène toujours du foutoir, des guerres, du terrorisme et autres joyeusetés. Nos politiciens corrompus par les pétromonarchies, c'est-à-dire à peu près tous, vont se sentir bien seuls.
Si l'on regarde plus loin, c'est une excellente nouvelle. Les pays pétro-foutraques sont en général les fouteurs de merde de la planète et leurs problèmes sont un motif de réjouissance.
Il n'y a pas tant d'authentiques bonnes nouvelles, la baisse des cours du pétrole en est une.
Seule inquiétude : saurons nous être forts dans la tempête ? Par exemple, saurons faire rester les Algériens, chassés par la crise pétrolière, en Algérie ? C'est pas gagné !
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jeudi, mai 14, 2015
1914-1920 La grande illusion, quand la France perdait la paix (GH Soutou)
Livre passionnant, qui commence par une introduction fracassante qu'on peut résumer ainsi : la guerre vue d'en bas, qui est tellement à la mode, c'est bien gentil, mais c'est étroit, mesquin et, finalement, sans grand intérêt.
Les états d'âme du poilu Tartempion tels que rendus par ses carnets, la monographie sur la tranchée 22 du secteur 425 ou l'étude sociologique sur la petite cuillère comme arme de tranchée, ça va cinq minutes. C'est voyeur et, par définition, ça ne vole pas haut.
Pour comprendre la guerre, rien ne vaut d'aller voir là où tout se décide, dans les ministères et dans les chancelleries. Soutou assume crânement son parti-pris d'historien à l'ancienne.
Suivons-le.
Premier point, qui ne surprendra que les imbéciles, la France avait des buts de guerre. Il y a même eu une commission d'une trentaine de sommités politiques, universitaires et militaires qui fut chargée d'y réfléchir. Enfouis dans la poussière du Quai d'Orsay, ses rapports sont très intéressants et, sur certains sujets comme l'Ukraine ou les rapports des peuples slaves et de la Russie, étonnants d'actualité.
Deuxième point, ces buts de guerre ont varié avec le déroulement des événements. C'est bête à écrire : à cause de notre savoir rétrospectif, nous oublions trop souvent que l'issue d'une guerre est toujours incertaine et que, pendant celle-ci, tout est subordonnée à l'atteinte de la victoire. En fonction des velléités de détacher l'Autriche de l'Allemagne ou de la peur que la Russie ne conclut une paix séparée, les positions françaises sur les découpages territoriaux à l'est ont fluctué. On a du mal à se projeter à un siècle quand on n'est pas sûr que demain ne sera pas le jour de la défaite.
Troisième point, conséquence direct du point précédent, les buts de guerre ne furent jamais fixés de manière définitive jusqu'à ce qu'ils soient gravés dans le marbre par les traités de «banlieue parisienne» (Versailles, Trianon, Sèvres, Saint Germain en Laye).
Une occasion pour une paix négociée s'ouvre fin 1916-début 1917. Les contacts furent beaucoup plus sérieux qu'on ne l'a dit par la suite (évidemment : comme cela s'est mal terminé, personne n'avait intérêt à se vanter de ces contacts). Mais l'effondrement russe restaure l'Allemagne dans l'espoir d'une victoire rapide et referme la fenêtre d'opportunité. Par cette occasion manquée, les Européens ouvrent la voie à l'hégémonie américaine.
Soutou analyse sous l'angle politico-militaire la désastreuse offensive Nivelle du printemps 17. Soutou ne cite pas Churchill mais il aurait pu : «Au sommet, politique et stratégie militaire sont une seule et même chose» (1).
Il voit trois tendances politiques dans les décideurs français : les défaitistes, les jusqu'au-boutistes et les modérés.
Les premiers veulent une paix blanche au plus vite avant que les Allemands ne gagnent la guerre. Ils sont très minoritaires.
Les seconds veulent un règlement de paix punitif pour l'Allemagne. Il faut éviter que les Américains ne s'en mêlent trop, donc il faut donc une victoire rapide avant l'intervention américaine et, surtout, il faut devancer l'offensive allemande de printemps. Ils poussent à l'offensive Nivelle, à l'assaut frontal.
Enfin, les derniers veulent prendre des gages à l'Allemagne et obtenir des garanties mais dans une mesure acceptable pour les Américains. Ils se rallient à la stratégie prudente de Pétain : « J'attends les chars et les Américains ». Ils étaient également partisans de la stratégie périphérique.
Un pseudo-cabinet de guerre (Poincaré, jusqu'au-boutiste, est absent) prend le 3 avril 1917, le jour de l'entrée en guerre des Etats-Unis, une décision modérée et Nivelle accepte des objectifs très limités. Mais l'état-major, jusqu'au-boutiste lui aussi, parvient, avec l'aide de Poincaré, à renverser cette décision (2). Et c'est l'offensive Nivelle que nous connaissons.
Contrairement à ce qui s'est passé en 1914, quand l'état-major français n'avait pas du tout anticipé l'emploi des réservistes allemands dès le premier jour de la guerre, et malgré la surprise de l'effondrement de l'automne 1918, les Alliés ont une assez bonne évaluation de leurs ennemis en 1917.
Cependant, la rapidité de l'écroulement allemand surprend tout le monde. Les militaires teutons se débrouillent remarquablement bien pour faire porter aux civils la responsabilité de l'armistice et du traité de Versailles, donnant naissance au mythe du coup de poignard dans le dos, qui aura le succès que l'on sait. En réalité, les militaires allemands géraient le pays depuis 1916 et portent pleinement la responsabilité de la défaite, mais la politique se nourrit parfois plus de mythes que de faits.
Les Allemands ne s'adressent qu'aux Américains et parviennent à diviser les Alliés. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France arrivent à la table des négociations en n'étant d'accord deux à deux ni sur l'Allemagne ni sur la Russie. Peut-être est-ce de la vanité de ma part, mais il me semble que la position de la France, la plus méfiante, était la plus exacte.
On sombre dans les compromis bancals. De plus, en juin 1919, au moment de la négociation finale, les Alliés avaient commencé à démobiliser alors que l'armée allemande, réorganisée, était plus forte qu'en novembre 1918, ce qui empêchait les Français de montrer les dents.
Tout ceci fera dire à Jacques Bainville que le traité de Versailles est trop mou pour ce qu'il a de dur et trop dur pour qu'il a de mou. Pour Bainville, il fallait choisir : ou se réconcilier avec l'Allemagne, ou la démembrer. On a pris une voie intermédiaire qui cumule les inconvénients : une Allemagne hostile qui reste malgré tout puissante.
Remarquons que le démembrement de l'Allemagne est la voie qui fut suivie, par la force des choses entre 1945 et 1989, et que l'Europe de l'ouest ne s'en est pas plus mal portée. J'aime tellement l'Allemagne que je préfère quand il y en a deux.
En conclusion, lecture très intéressante, d'autant plus que certaines questions du début du siècle dernier redeviennent frappantes d'actualité.
On a beaucoup dit, dans les années1990-2000, que la guerre froide avait gelé en Europe les problèmes de nationalités, de minorités et de frontières et qu'ils revenaient du fond des glaces tels Hibernatus. On l'a dit, mais je ne suis pas sûr qu'on en ait pris toute la mesure.
La chute du mur de Berlin et la réunification allemande rendent obsolète et anachronique l'idée même d'Union Européenne. J'ai cru un temps, comme beaucoup, qu'il s'agissait juste d'un problème de modalités et de fonctionnement, mais non. La puissance allemande au centre de l'Europe rend impossible une union équilibrée de nations souveraines, l'idée d'union européenne est devenue invivable. On peut juste avoir une union de vassaux, un zollverein (3), bien connu des Allemands, puisque l'unification bismarckienne a commencé par un zollverein.
Cette analyse travaille certains Anglais et constitue le fond de leur euro-scepticisme. J'attends avec impatience que les dirigeants français prennent conscience de cette nouvelle donne qui était en germe depuis vingt ans et qui est en train d'éclore.
Vous me direz que certains politiciens français ont déjà franchi cette étape et ont déjà choisi. Malheureusement pour la France, ils ont choisi la vassalisation allemande.
***********
(1) : digression : ceux qui croient Hitler idiot feraient mieux de prendre au sérieux cette citation de son plus farouche ennemi, ils comprendraient que la plupart de ses décisions militaires aventureuses ont des motivations politiques réfléchies (par exemple, prouver aux occidentaux que l'Allemagne nazie est le meilleur rempart contre l'ours bolchévique).
(2) : ce renversement de décision se fait d'une manière qui n'étonnera pas les habitués des grosses organisations. La décision modérée du 3 avril, qu'on connaît par les témoignages, les correspondances et les carnets intimes, n'a pas été traduite immédiatement par un compte-rendu écrit et diffusé. Les jusqu'au boutistes continuent sur leur lancée, aucun des modérés ne prend le leadership pour rappeler la décision du 3 avril, qui tombe dans l'oubli.
(3) : union douanière
Les états d'âme du poilu Tartempion tels que rendus par ses carnets, la monographie sur la tranchée 22 du secteur 425 ou l'étude sociologique sur la petite cuillère comme arme de tranchée, ça va cinq minutes. C'est voyeur et, par définition, ça ne vole pas haut.
Pour comprendre la guerre, rien ne vaut d'aller voir là où tout se décide, dans les ministères et dans les chancelleries. Soutou assume crânement son parti-pris d'historien à l'ancienne.
Suivons-le.
Premier point, qui ne surprendra que les imbéciles, la France avait des buts de guerre. Il y a même eu une commission d'une trentaine de sommités politiques, universitaires et militaires qui fut chargée d'y réfléchir. Enfouis dans la poussière du Quai d'Orsay, ses rapports sont très intéressants et, sur certains sujets comme l'Ukraine ou les rapports des peuples slaves et de la Russie, étonnants d'actualité.
Deuxième point, ces buts de guerre ont varié avec le déroulement des événements. C'est bête à écrire : à cause de notre savoir rétrospectif, nous oublions trop souvent que l'issue d'une guerre est toujours incertaine et que, pendant celle-ci, tout est subordonnée à l'atteinte de la victoire. En fonction des velléités de détacher l'Autriche de l'Allemagne ou de la peur que la Russie ne conclut une paix séparée, les positions françaises sur les découpages territoriaux à l'est ont fluctué. On a du mal à se projeter à un siècle quand on n'est pas sûr que demain ne sera pas le jour de la défaite.
Troisième point, conséquence direct du point précédent, les buts de guerre ne furent jamais fixés de manière définitive jusqu'à ce qu'ils soient gravés dans le marbre par les traités de «banlieue parisienne» (Versailles, Trianon, Sèvres, Saint Germain en Laye).
Une occasion pour une paix négociée s'ouvre fin 1916-début 1917. Les contacts furent beaucoup plus sérieux qu'on ne l'a dit par la suite (évidemment : comme cela s'est mal terminé, personne n'avait intérêt à se vanter de ces contacts). Mais l'effondrement russe restaure l'Allemagne dans l'espoir d'une victoire rapide et referme la fenêtre d'opportunité. Par cette occasion manquée, les Européens ouvrent la voie à l'hégémonie américaine.
Soutou analyse sous l'angle politico-militaire la désastreuse offensive Nivelle du printemps 17. Soutou ne cite pas Churchill mais il aurait pu : «Au sommet, politique et stratégie militaire sont une seule et même chose» (1).
Il voit trois tendances politiques dans les décideurs français : les défaitistes, les jusqu'au-boutistes et les modérés.
Les premiers veulent une paix blanche au plus vite avant que les Allemands ne gagnent la guerre. Ils sont très minoritaires.
Les seconds veulent un règlement de paix punitif pour l'Allemagne. Il faut éviter que les Américains ne s'en mêlent trop, donc il faut donc une victoire rapide avant l'intervention américaine et, surtout, il faut devancer l'offensive allemande de printemps. Ils poussent à l'offensive Nivelle, à l'assaut frontal.
Enfin, les derniers veulent prendre des gages à l'Allemagne et obtenir des garanties mais dans une mesure acceptable pour les Américains. Ils se rallient à la stratégie prudente de Pétain : « J'attends les chars et les Américains ». Ils étaient également partisans de la stratégie périphérique.
Un pseudo-cabinet de guerre (Poincaré, jusqu'au-boutiste, est absent) prend le 3 avril 1917, le jour de l'entrée en guerre des Etats-Unis, une décision modérée et Nivelle accepte des objectifs très limités. Mais l'état-major, jusqu'au-boutiste lui aussi, parvient, avec l'aide de Poincaré, à renverser cette décision (2). Et c'est l'offensive Nivelle que nous connaissons.
Contrairement à ce qui s'est passé en 1914, quand l'état-major français n'avait pas du tout anticipé l'emploi des réservistes allemands dès le premier jour de la guerre, et malgré la surprise de l'effondrement de l'automne 1918, les Alliés ont une assez bonne évaluation de leurs ennemis en 1917.
Cependant, la rapidité de l'écroulement allemand surprend tout le monde. Les militaires teutons se débrouillent remarquablement bien pour faire porter aux civils la responsabilité de l'armistice et du traité de Versailles, donnant naissance au mythe du coup de poignard dans le dos, qui aura le succès que l'on sait. En réalité, les militaires allemands géraient le pays depuis 1916 et portent pleinement la responsabilité de la défaite, mais la politique se nourrit parfois plus de mythes que de faits.
Les Allemands ne s'adressent qu'aux Américains et parviennent à diviser les Alliés. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France arrivent à la table des négociations en n'étant d'accord deux à deux ni sur l'Allemagne ni sur la Russie. Peut-être est-ce de la vanité de ma part, mais il me semble que la position de la France, la plus méfiante, était la plus exacte.
On sombre dans les compromis bancals. De plus, en juin 1919, au moment de la négociation finale, les Alliés avaient commencé à démobiliser alors que l'armée allemande, réorganisée, était plus forte qu'en novembre 1918, ce qui empêchait les Français de montrer les dents.
Tout ceci fera dire à Jacques Bainville que le traité de Versailles est trop mou pour ce qu'il a de dur et trop dur pour qu'il a de mou. Pour Bainville, il fallait choisir : ou se réconcilier avec l'Allemagne, ou la démembrer. On a pris une voie intermédiaire qui cumule les inconvénients : une Allemagne hostile qui reste malgré tout puissante.
Remarquons que le démembrement de l'Allemagne est la voie qui fut suivie, par la force des choses entre 1945 et 1989, et que l'Europe de l'ouest ne s'en est pas plus mal portée. J'aime tellement l'Allemagne que je préfère quand il y en a deux.
En conclusion, lecture très intéressante, d'autant plus que certaines questions du début du siècle dernier redeviennent frappantes d'actualité.
On a beaucoup dit, dans les années1990-2000, que la guerre froide avait gelé en Europe les problèmes de nationalités, de minorités et de frontières et qu'ils revenaient du fond des glaces tels Hibernatus. On l'a dit, mais je ne suis pas sûr qu'on en ait pris toute la mesure.
La chute du mur de Berlin et la réunification allemande rendent obsolète et anachronique l'idée même d'Union Européenne. J'ai cru un temps, comme beaucoup, qu'il s'agissait juste d'un problème de modalités et de fonctionnement, mais non. La puissance allemande au centre de l'Europe rend impossible une union équilibrée de nations souveraines, l'idée d'union européenne est devenue invivable. On peut juste avoir une union de vassaux, un zollverein (3), bien connu des Allemands, puisque l'unification bismarckienne a commencé par un zollverein.
Cette analyse travaille certains Anglais et constitue le fond de leur euro-scepticisme. J'attends avec impatience que les dirigeants français prennent conscience de cette nouvelle donne qui était en germe depuis vingt ans et qui est en train d'éclore.
Vous me direz que certains politiciens français ont déjà franchi cette étape et ont déjà choisi. Malheureusement pour la France, ils ont choisi la vassalisation allemande.
***********
(1) : digression : ceux qui croient Hitler idiot feraient mieux de prendre au sérieux cette citation de son plus farouche ennemi, ils comprendraient que la plupart de ses décisions militaires aventureuses ont des motivations politiques réfléchies (par exemple, prouver aux occidentaux que l'Allemagne nazie est le meilleur rempart contre l'ours bolchévique).
(2) : ce renversement de décision se fait d'une manière qui n'étonnera pas les habitués des grosses organisations. La décision modérée du 3 avril, qu'on connaît par les témoignages, les correspondances et les carnets intimes, n'a pas été traduite immédiatement par un compte-rendu écrit et diffusé. Les jusqu'au boutistes continuent sur leur lancée, aucun des modérés ne prend le leadership pour rappeler la décision du 3 avril, qui tombe dans l'oubli.
(3) : union douanière
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samedi, avril 25, 2015
Russie, signe de la soumission chieninne de la diplomatie française
Poutine, Hollande et les Mistral perdants
Je ne partage pas l'enthousiasme poutinien de certains Français parce que je ne suis pas sûr que Vladimir Poutine fasse plus de bien que de mal à son pays, ce qui est tout de même le premier critère sur lequel on devrait juger un chef d'Etat.
Cependant, je ressens la soumission de la diplomatie française à la vision américaine, droit-de-lhommiste à géométrie variable, et anti-russe comme une catastrophe et comme le symptôme d'une catastrophe encore plus profonde.
La catastrophe, c'est que l'intérêt de la France est de travailler à une entente européenne de l'Atlantique à l'Oural tandis que les intérêts américains, de plus en plus orientés vers une confrontation avec la Chine, sont différents.
Cette politique vient de loin. Elle a toujours été complexe, les périodes d'entente avec la Russie alternant avec les périodes de tensions ou de guerre. Il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, notre intérêt est à l'entente, pour faire contrepoids à la Chine d'un coté, aux Etats-Unis de l'autre. Nous n'en prenons pas le chemin.
François Hollande est en train de faire avec la Russie le même genre d'erreur dramatique que Nicolas Sarkozy avec la Libye. Et pour les mêmes raisons : absence de culture historique, absence de de vision stratégique, manque de profondeur temporelle (une semaine, c'est long), excitation médiatique, sentimentalisme ridicule, confort du prêt-à penser atlantiste. Bref, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont un point commun en tant qu'hommes d'Etat : la nullité crasse, qui nous fait honte.
Mais le mal est encore plus profond : en perdant son indépendance militaire (1) (on préfère subventionner les bons-à-rien et les djihadistes potentiels, c'est souvent les mêmes) et sa souveraineté juridique, économique et sociale abandonnée à Bruxelles, la France a perdu sa souveraineté tout court.
Sa faiblesse l'oblige à se trouver un protecteur. Tout le reste est baratin. Et puis, c'est si confortable de ne plus penser, de ne plus décider, de ne plus agir, de ne plus tenter de se tenir droit. Juste se laisser aller à adopter la vision élaborée par d'autres, à les suivre mollement, seul effort : baratiner les journalistes et le public, pas bien difficile. La soumission a ses délices, surtout pour les hommes de peu que sont nos politiciens et nos hauts fonctionnaires.
L'alternative ? Rebâtir le puissance de la France dans tous les domaines et secouer le joug. Vous n'y pensez pas ! Trop d'efforts ! Nous sommes déjà morts alors à quoi bon essayer de ressusciter ?
*************
(1) : faute d'investissements, la France ne peut mener d'opération militaire en toute indépendance au-delà de ce qu'elle fait en ce moment au Mali, où les nombres de Rafale, de Tigre et de Caracal engagés se comptent sur une main de menuisier maladroit.
Seules les forces nucléaires conservent une véritable indépendance. Cependant, grandit la tentation d'attaquer leur budget pour gagner à court terme quelques sous faciles. Mais aucun politicien ne pense au-delà du court terme.
Je ne partage pas l'enthousiasme poutinien de certains Français parce que je ne suis pas sûr que Vladimir Poutine fasse plus de bien que de mal à son pays, ce qui est tout de même le premier critère sur lequel on devrait juger un chef d'Etat.
Cependant, je ressens la soumission de la diplomatie française à la vision américaine, droit-de-lhommiste à géométrie variable, et anti-russe comme une catastrophe et comme le symptôme d'une catastrophe encore plus profonde.
La catastrophe, c'est que l'intérêt de la France est de travailler à une entente européenne de l'Atlantique à l'Oural tandis que les intérêts américains, de plus en plus orientés vers une confrontation avec la Chine, sont différents.
Cette politique vient de loin. Elle a toujours été complexe, les périodes d'entente avec la Russie alternant avec les périodes de tensions ou de guerre. Il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, notre intérêt est à l'entente, pour faire contrepoids à la Chine d'un coté, aux Etats-Unis de l'autre. Nous n'en prenons pas le chemin.
François Hollande est en train de faire avec la Russie le même genre d'erreur dramatique que Nicolas Sarkozy avec la Libye. Et pour les mêmes raisons : absence de culture historique, absence de de vision stratégique, manque de profondeur temporelle (une semaine, c'est long), excitation médiatique, sentimentalisme ridicule, confort du prêt-à penser atlantiste. Bref, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont un point commun en tant qu'hommes d'Etat : la nullité crasse, qui nous fait honte.
Mais le mal est encore plus profond : en perdant son indépendance militaire (1) (on préfère subventionner les bons-à-rien et les djihadistes potentiels, c'est souvent les mêmes) et sa souveraineté juridique, économique et sociale abandonnée à Bruxelles, la France a perdu sa souveraineté tout court.
Sa faiblesse l'oblige à se trouver un protecteur. Tout le reste est baratin. Et puis, c'est si confortable de ne plus penser, de ne plus décider, de ne plus agir, de ne plus tenter de se tenir droit. Juste se laisser aller à adopter la vision élaborée par d'autres, à les suivre mollement, seul effort : baratiner les journalistes et le public, pas bien difficile. La soumission a ses délices, surtout pour les hommes de peu que sont nos politiciens et nos hauts fonctionnaires.
L'alternative ? Rebâtir le puissance de la France dans tous les domaines et secouer le joug. Vous n'y pensez pas ! Trop d'efforts ! Nous sommes déjà morts alors à quoi bon essayer de ressusciter ?
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(1) : faute d'investissements, la France ne peut mener d'opération militaire en toute indépendance au-delà de ce qu'elle fait en ce moment au Mali, où les nombres de Rafale, de Tigre et de Caracal engagés se comptent sur une main de menuisier maladroit.
Seules les forces nucléaires conservent une véritable indépendance. Cependant, grandit la tentation d'attaquer leur budget pour gagner à court terme quelques sous faciles. Mais aucun politicien ne pense au-delà du court terme.
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mardi, février 03, 2015
Vladimir Fédorovski : Grèce et Russie, la Sainte Alliance
J'avoue que les accents anti-poutiniens de certains commencent à me gaver. Je les trouve ridiculement hors de propos.
Naulleau décrivait à Zemmour Poutine comme un méchant pas beau et Zemmour répondait : «Et alors ? Où est l'intérêt de la France ?».
Bien sûr, on peut toujours citer De Gaulle : «Il arrive qu'une décision conforme à l'honneur soit un bon investissement à long terme». Mais je rappelle qu'il s'agissait de la Pologne de 1945, «la décision conforme à l'honneur» n'a rien empêché du tout et n'a pas été «un bon investissement à long terme».
Je crois que la realpolitik devient vite court-termiste. Mais de là à refuser la realpolitik en méprisant la géographie élémentaire ...
Vladimir Poutine a-t-il des visées expansionnistes ? Oui. Sont-elles un danger pour la France ou pour ses intérêts ? Non, la Russie est trop loin et trop faible.
Il n'est pas de bonne politique pour la France de prendre parti dans une guerre larvée bloc contre bloc, Etats Unis-Europe-Arabie d'un coté, Chine-Russie-Iran de l'autre.
La triste vérité est que nos dirigeants n'en sont même plus à choisir une politique à l'égard de la Russie et à, éventuellement, se tromper. Ils ne choisissent plus. Ils se contentent de suivre les Etats-Unis en mode automatique.
Le dernier sursaut d'indépendance de la France fut le refus chiraquien de la guerre en Irak. Un spasme d'agonisant.
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jeudi, janvier 22, 2015
jeudi, mars 06, 2014
Mon point de vue sur l'Ukraine
J'ai laissé parler jusqu'à maintenant mes commentateurs, il est temps que je donne mon point de vue :
1) La Russie estime que l'Ukraine fait partie de sa sphère d'influence et que le projet de rapprochement avec l'UE, considérée comme valet des USA, est une agression caractérisée. Si l'on prend en compte certains propos américains plus ou moins officieux, cette analyse est exacte.
2) La Russie a réagi à ce qu'elle considère comme une agression avec des méthodes un peu balourdes, qui fleurent bon la guerre froide, mais probablement efficaces.
3) Le silence de la Chine est tout à fait remarquable et instructif : il vaut approbation des manoeuvres russes.
3) La question pour les Européens est l'éternel «qui n'est pas avec moi est contre moi». Les Européens ayant refusé de fait d'avoir une défense, et donc une diplomatie, autonomes sont dans l'obligation de se choisir un protecteur. L'identité de celui-ci est bien connu : les Etats-Unis d'Amérique.
4) Malheureusement pour les Européens, le protecteur se désintéresse de plus en plus ouvertement de ses protégés. Ils se retrouvent avec, d'un coté, un pays qui ne les voit certainement pas comme des amis et, de l'autre, un protecteur qui regarde ailleurs.
5) C'est le destin de ceux qui troquent leur liberté contre la sécurité que de perdre les deux.
6) Il ne faut pas s'exagérer le danger. Moscou est loin de Paris, moins de Varsovie et de Berlin. Contrairement à ce que prétendent quelques têtes chaudes, la Russie n'est plus l'URSS. Elle est impérialiste, elle reconstitue son empire mais elle n'est plus expansionniste, elle n'en a rien à foutre de régner à Paris. Ses intérêts sont d'ailleurs autant au sud et à l'est qu'à l'ouest.
7) Bref, la France va devoir continuer à vivre faible et désarmée avec un voisin imposant et un peu lointain, qui a aussi ses faiblesses, et un protecteur qui s'éloigne. Ce n'est pas tout à fait nouveau mais cela s'accentue.
8) La position très hostile à la Russie du gouvernement Hollande me semble manquer d'intelligence et de pragmatisme.
9 ) La position outrageusement russophile de certains relève plus de la politique intérieur ou de la position idéologiques que d'une analyse de politique étrangère raisonnable.
10) Une démarche logique serait de nous montrer moins mous, de nous prendre en mains, d'être plus forts militairement et économiquement, afin, d'un coté, de nous passer un peu plus des Américains et, de l'autre, de montrer aux Russes qui nous prennent pour des femmelettes que nous en avons encore. Mais cela n'arrivera pas.
1) La Russie estime que l'Ukraine fait partie de sa sphère d'influence et que le projet de rapprochement avec l'UE, considérée comme valet des USA, est une agression caractérisée. Si l'on prend en compte certains propos américains plus ou moins officieux, cette analyse est exacte.
2) La Russie a réagi à ce qu'elle considère comme une agression avec des méthodes un peu balourdes, qui fleurent bon la guerre froide, mais probablement efficaces.
3) Le silence de la Chine est tout à fait remarquable et instructif : il vaut approbation des manoeuvres russes.
3) La question pour les Européens est l'éternel «qui n'est pas avec moi est contre moi». Les Européens ayant refusé de fait d'avoir une défense, et donc une diplomatie, autonomes sont dans l'obligation de se choisir un protecteur. L'identité de celui-ci est bien connu : les Etats-Unis d'Amérique.
4) Malheureusement pour les Européens, le protecteur se désintéresse de plus en plus ouvertement de ses protégés. Ils se retrouvent avec, d'un coté, un pays qui ne les voit certainement pas comme des amis et, de l'autre, un protecteur qui regarde ailleurs.
5) C'est le destin de ceux qui troquent leur liberté contre la sécurité que de perdre les deux.
6) Il ne faut pas s'exagérer le danger. Moscou est loin de Paris, moins de Varsovie et de Berlin. Contrairement à ce que prétendent quelques têtes chaudes, la Russie n'est plus l'URSS. Elle est impérialiste, elle reconstitue son empire mais elle n'est plus expansionniste, elle n'en a rien à foutre de régner à Paris. Ses intérêts sont d'ailleurs autant au sud et à l'est qu'à l'ouest.
7) Bref, la France va devoir continuer à vivre faible et désarmée avec un voisin imposant et un peu lointain, qui a aussi ses faiblesses, et un protecteur qui s'éloigne. Ce n'est pas tout à fait nouveau mais cela s'accentue.
8) La position très hostile à la Russie du gouvernement Hollande me semble manquer d'intelligence et de pragmatisme.
9 ) La position outrageusement russophile de certains relève plus de la politique intérieur ou de la position idéologiques que d'une analyse de politique étrangère raisonnable.
10) Une démarche logique serait de nous montrer moins mous, de nous prendre en mains, d'être plus forts militairement et économiquement, afin, d'un coté, de nous passer un peu plus des Américains et, de l'autre, de montrer aux Russes qui nous prennent pour des femmelettes que nous en avons encore. Mais cela n'arrivera pas.
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mardi, février 25, 2014
Ukraine : allons vers la partition
Les gouvernants ont peur de la partition et du remodelage des frontières. Il me semble pourtant que c'est la solution de beaucoup de problèmes.
D'une part, je ne vois pas bien la raison de forcer à vivre ensemble des gens qui ne veulent pas ; d'autre part, vous connaissez mon idée que l'avenir est aux petits pays homogènes et agiles.
Je rappelle que la paix européenne depuis 1945 tient en partie aux transferts de populations et aux partitions effectués (très brutalement) par les vainqueurs.
Contrairement à la pétition de principe à la mode «si les peuples se connaissaient mieux, ils s'aimeraient plus», quand les peuples se connaissent, c'est en général pour se foutre sur la gueule.
Organiser une pacifique indifférence est une bonne idée.
D'une part, je ne vois pas bien la raison de forcer à vivre ensemble des gens qui ne veulent pas ; d'autre part, vous connaissez mon idée que l'avenir est aux petits pays homogènes et agiles.
Je rappelle que la paix européenne depuis 1945 tient en partie aux transferts de populations et aux partitions effectués (très brutalement) par les vainqueurs.
Contrairement à la pétition de principe à la mode «si les peuples se connaissaient mieux, ils s'aimeraient plus», quand les peuples se connaissent, c'est en général pour se foutre sur la gueule.
Organiser une pacifique indifférence est une bonne idée.
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jeudi, juin 14, 2012
Une vision géopolitique trompeuse
Les journalistes sont des cons. Individuellement, il peut y avoir de brillantes exceptions, mais collectivement, il n'y a aucun doute. Il n'y a pas plus efficace usine à conneries qu'une rédaction, à part une salle des profs.
En matière économico-sociale, on rit. Mais en géopolitique, on pleure.
Et comme les polytocards qui nous dirigent se soumettent aux journalistes, on recommence toujours les mêmes conneries.
Rien ne correspond moins au seul schéma que connaissent les journalistes, les bons contre les méchants, que la politique étrangère. D'où la facilité avec laquelle la presse est manipulée et intoxiquée sur ces sujets. Et aucune claque ne sert jamais de leçon : les journalistes sont trop vaniteux et trop superficiels pour apprendre de leurs erreurs. Les politiciens étrangers savent profiter de cette crédulité. De faux massacre en faux massacre, ce sont toujours les mêmes grosses ficelles, et ces couillons de journalistes qui se prennent pour des baroudeurs courent.
Thomas Friedman raconte comment, dans les années 80, les milices druzes coupaient la tête des cadavres puis invitaient les journalistes à constater la barbarie de leurs adversaires qui décapitaient de pauvres innocents. C'était, paraît-il, du plus bel effet médiatique.
Rappelons quelques vérités cruelles pour prendre un peu de distance avec les foutaises médiatiques :
> une dictature peut être moralement condamnable (pas toujours : il arrive qu'elle soit le meilleur garant de la paix) mais politiquement utile.
> on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne. Une situation existante a toujours de mauvais cotés, mais est-on assuré, si on la bouscule, que la suite sera meilleure ?
> pour les gens intelligents, en politique étrangère, les arguments moraux ne sont que des prétextes pour avancer ses intérêts. Il faut toujours chercher derrière les élans du coeur les calculs de la raison. Quand une ONG fait un rapport scandalisé, ma première question est : par qui est-elle financée ? Quels sont ses intérêts ? Qui la manipule et la fait mousser ?
> c'est une des faiblesses de la démocratie qu'on tienne compte sur ces sujets de l'opinion de gens qui n'y comprennent rien.
> tout cela n'empêche pas qu'on use quelquefois de valeurs morales pour juger une politique, mais avec la plus grande circonspection. Au contraire, toute prudence oubliée, le jugement moral est utilisé en permanence en politique étrangère, on en fait des tonnes, parce que c'est tout ce que peuvent comprendront les imbéciles : les bons contre les méchants.
Récemment, il y a eu la Libye. Et, comme si on n'avait pas fait assez de conneries comme cela, voilà qu'on nous remet le couvert avec la Syrie.
Dans la grande lutte entre chiites et sunnites, je comprends bien l'intérêt de certains pays, y compris, peut-être, les Etats-Unis à dessouder Assad. Mais, l'intérêt des pays européens, en particulier la France et la Grande-Bretagne, je le vois dans le statu quo.
Finalement, j'en viens à me demander si la monarchie (la vraie, pas à l'anglaise), avec ses amateurs éclairés qui n'avaient pas besoin de se faire élire, n'était pas mieux, pour la politique étrangère, que notre système actuel.
En matière économico-sociale, on rit. Mais en géopolitique, on pleure.
Et comme les polytocards qui nous dirigent se soumettent aux journalistes, on recommence toujours les mêmes conneries.
Rien ne correspond moins au seul schéma que connaissent les journalistes, les bons contre les méchants, que la politique étrangère. D'où la facilité avec laquelle la presse est manipulée et intoxiquée sur ces sujets. Et aucune claque ne sert jamais de leçon : les journalistes sont trop vaniteux et trop superficiels pour apprendre de leurs erreurs. Les politiciens étrangers savent profiter de cette crédulité. De faux massacre en faux massacre, ce sont toujours les mêmes grosses ficelles, et ces couillons de journalistes qui se prennent pour des baroudeurs courent.
Thomas Friedman raconte comment, dans les années 80, les milices druzes coupaient la tête des cadavres puis invitaient les journalistes à constater la barbarie de leurs adversaires qui décapitaient de pauvres innocents. C'était, paraît-il, du plus bel effet médiatique.
Rappelons quelques vérités cruelles pour prendre un peu de distance avec les foutaises médiatiques :
> une dictature peut être moralement condamnable (pas toujours : il arrive qu'elle soit le meilleur garant de la paix) mais politiquement utile.
> on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne. Une situation existante a toujours de mauvais cotés, mais est-on assuré, si on la bouscule, que la suite sera meilleure ?
> pour les gens intelligents, en politique étrangère, les arguments moraux ne sont que des prétextes pour avancer ses intérêts. Il faut toujours chercher derrière les élans du coeur les calculs de la raison. Quand une ONG fait un rapport scandalisé, ma première question est : par qui est-elle financée ? Quels sont ses intérêts ? Qui la manipule et la fait mousser ?
> c'est une des faiblesses de la démocratie qu'on tienne compte sur ces sujets de l'opinion de gens qui n'y comprennent rien.
> tout cela n'empêche pas qu'on use quelquefois de valeurs morales pour juger une politique, mais avec la plus grande circonspection. Au contraire, toute prudence oubliée, le jugement moral est utilisé en permanence en politique étrangère, on en fait des tonnes, parce que c'est tout ce que peuvent comprendront les imbéciles : les bons contre les méchants.
Récemment, il y a eu la Libye. Et, comme si on n'avait pas fait assez de conneries comme cela, voilà qu'on nous remet le couvert avec la Syrie.
Dans la grande lutte entre chiites et sunnites, je comprends bien l'intérêt de certains pays, y compris, peut-être, les Etats-Unis à dessouder Assad. Mais, l'intérêt des pays européens, en particulier la France et la Grande-Bretagne, je le vois dans le statu quo.
Finalement, j'en viens à me demander si la monarchie (la vraie, pas à l'anglaise), avec ses amateurs éclairés qui n'avaient pas besoin de se faire élire, n'était pas mieux, pour la politique étrangère, que notre système actuel.
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