mardi, décembre 20, 2005

ARCHIVES

Vous trouverez, sur mon ancien blog, les archives :

http://fboizard.blog.lemonde.fr

vendredi, février 04, 2005

Je ne suis pas Dieu

Je précise : je suis faillible et je doute.

En effet, un blog par ses jugements courts et son essence narcissique, favorise le jugement définitif et la pensée vague, qui sont des attributs divins, non humains.

jeudi, février 03, 2005

Procès Papon : le témoignage de Jean-Luc Einaudi

Ce témoignage décrivant de la manifestation du 17 octobre 1961 est terrible :

_ des policiers français tirant sur une foule pacifique

_ des policiers français jetant à la Seine des Algériens, leur écrasant les doigts à coups de crosse pour les empêcher de sortir de l'eau

_ les policiers français frappant et torturant à mort des détenus dans les stades : stade de Coubertin, Palais des sports, ...

_ des exécutions et des strangulations d'Algériens, une cinquantaine, dans la cour de la Préfecture de Police, sous les fenêtres de Maurice Papon, présent ce soir-là

_ des syndicalistes policiers et des fonctionnaires qui ont protesté sont ignorés, par leur hiérarchie dont Papon, voire sont mis de coté. Ces derniers n'ont plus comme recours que d'aller témoigner au journal France-Observateur

Témoignage on ne peut plus accablant car l'excuse des circonstances ne tient absolument pas : Maurice Papon a organisé consciemment une mortelle chasse à l'homme au faciès.

Procès Papon : le témoignage de Pierre Mesmer

Sur la chaîne Histoire, passe le film du procès Papon.

Le témoignage de Pierre Mesmer est cinglant :

_ le gouvernement de Vichy était dès le départ illégitime puisque agissant sous le contrôle et sous la pression de l'ennemi

_ il ne représentait donc pas la France (la repentance chiraquienne est donc malvenue et illégitime)

_ par conséquent, les fonctionnaires n'étaient plus couverts par l'autorité légitime et agissaient en leur nom propre, leur responsabilité était donc pleinement engagée et le minimum aurait été de démissionner

_ par contre, suivant le même raisonnement, il absout Maurice Papon de la répression du 17 octobre 1961 car obéissant à un gouvernement élu

Je suis globalement d'accord avec ce raisonnement, mêm si j'ai un doute sur le 17 octobre 1961 : il semble que Papon ait essayé d'envenimer les choses au lieu de les apaiser. Il a organisé sciemment une chasse à l'homme. Ce qui le rend coupable.

La liberté, une idée neuve ?

On nous inquiète, on nous bassine avec la Chine.

Mais ce qui fait la particularité de l'Europe, de la France, et, je crois, sa chance pour demain est la liberté : liberté religieuse, liberté de moeurs, liberté civile, liberté d'entreprendre.

La liberté est riche d'espoirs exaltants.

Vive la liberté !

Nota : c'est pourquoi voir les Français s'en remettre en tout à l'Etat et non à eux-mêmes me navre (l'épisode de la canicule : comme si l'Etat était responsable de la température ! Comme si ce n'était pas à chacun de s'occuper de ses vieux, parents ou voisins !)

Salaires privé/public : c'est l'INSEE qui le dit

D'après l'INSEE (publication juillet 2004), les salaires moyens du public dans la catégorie "ouvriers et employés" étaient en 2002 de 18 067 € contre 15 500 € dans le privé, soit une différence de 16.5 %. De plus, l'augmentation entre 1998 et 2002 était de 10.4 % dans un cas et 3.8 % dans l'autre.

Quand on pense que les fonctionnaires sont à l'abri de la concurrence, qu'ils ont la sécurité de l'emploi et de meilleures retraites, où est la justice ?

Du moins, puis-je offrir une consolation aux fonctionnaires : si, comme je le crois, le montant des dépenses publiques est la cause fondamentale du chômage, leur serrage de ceinture contribuera à réduire (à ne pas augmenter) le chômage.

Le serrage de ceinture est une mesure très étriquée par rapport à l'effort d'organisation, concerté avec les fonctionnaires, qu'il faudrait faire. Mais on a le gouvernement qu'on mérite. En attendant mieux, le serrage de ceinture est préférable à la la fuite en avant.

Vive Pierre Magnan

Je ne saurai trop remercier les correcteurs du Monde d'avoir transmis les coordonnées de ce site.

Vous trouverez à la "Rubrique de l'enragé permanent" le propos suivant dont vous imaginez tout le plaisir qu'il pu me faire :

Décembre 2004 :

Je viens de lire dans un numéro du "Monde" déjà ancien, six pages consacrées à la mort de Pierre Bourdieu sans y comprendre goutte. "Fidèle héritier de Dürkheim et de Mauss, Pierre Bourdieu a construit des catégories conceptuelles pour analyser les champs littéraire, artistique et philosophique". Je ne sais pas qui est Mauss. Et vous?

La tendance mandarinesque de toute l'étude sur ce penseur est attestée par la suite des articles : "l'exercice de réflexivité critique auquel il se soumet désigne, avec acuité, la difficulté de tout projet qui entend repérer les conditions de possibilités historiques des discours qui se donnent comme un savoir vrai sur le monde social". Tout est de cette mouture, laquelle, outre sa cascade de génitifs, nous éloigne de la pensée limpide de Boileau : "ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement".

Seul, peut-être, l'article de Bernard Charlot nous ramène à la clarté lorsqu'il exprime : "les sciences de l'éducation posent la question du sujet. Tout individu est 100% social, 100% singulier, mais le total n'est pas égal à 200%, il est égal à 100% : deux enfants de la même famille n'ont pas automatiquement la même histoire scolaire". Pour illustrer ceci pourquoi moi, fils d'ouvrier électricien et petit-fils de paysan, alors que de ma vie je n'avais écouté que "les cloches de Corneville", Tino Rossi et Vincent Scotto, suis-je resté cloué sur place à 15 ans en entendant la cantate 140 de Jean-Sébastien Bach? L'individu est beaucoup plus complexe que ce que vos langages de mandarins en prétendant le rendre clair ne font qu'en attiser le mystère.

Tel jour j'étais chez Poivre d'Arvor (ex-libris je crois), tout petit entre trois géants (deux prix Goncourt et un Renaudot je crois) : la conversation respirait à une telle hauteur que je ne pouvais plus suivre. C'est alors que je me suis entendu dire avec effroi car on m'avait poliment laissé la parole, ces mots qui me peignent tout entier : "Moi je suis un écrivain de moyenne intelligence, écrivant pour les intelligences moyennes".

Cette profession de foi fit souffler un petit vent de panique sur l'assemblée. Il n'y avait pas de quoi. Jean Delay, biographe d'André Gide écrit : "Gide n'aimait pas les philosophes car il n'avait pas compris que la philosophie n'est que la projection du caractère d'un philosophe qui propose d'appliquer à l'humanité tout entière, les solutions qui lui ont paru convenir à son problème particulier".

Vous qui, comme moi, ne parvenez pas à monter plus haut, relisez Montaigne de toute urgence : il ne quitte jamais le chemin de la clarté.


Lien :Pierre Magnan, auteur, ecrivain francais

mercredi, février 02, 2005

Albert Londres à la lumière d'Edwy Plenel (ou l'inverse)

Avant-hier soir passait sur France 3 un téléfilm, avec Antoine de Caunes en Albert Londres, inspiré de la série de reportages de ce dernier sur le bagne "Dante n'avait rien vu".

Je me demandais pourquoi j'ai tant d'estime pour Londres, alors qu'Edwy Plenel, qui le cite assez souvent et s'en réclame plus ou moins ouvertement, m'insupporte.

La comparaison est instructive :

Londres ne se cachait pas de vouloir influencer le gouvernement par l'intermédiaire de l'opinion. Plenel est plus chattemite, une patte en avant et une toujours sur le recul, toujours à faire la leçon au monde entier mais prêt à se replier derrière son "humble" condition de journaliste.

Et, surtout, il y a l'humour, la dérision, l'ironie de Londres : c'est ce qui permet la mise à distance et en même temps d'humaniser, de ne pas apparaître comme un justicier, comme un froid moraliste et simultanément de se situer à hauteur d'homme. Cet humour est peut-être ce qui manque le plus au journalisme de presse français actuel.

Je vois déjà la moue dubitative des professionnels : encore une idée d'amateur.

Mais, cela me navre de rappeler cette vérité, les idées des professionnels ne semblent pas à ce point efficaces ces derniers temps qu'il soit possible de mépriser les avis, même d'amateur.

La télévision est un adversaire redoutable pour la presse écrite : non seulement elle apporte l'information sous une forme pré-digérée, genre bouillie pour bébé : l'image, mais en plus elle établit une (fausse) relation de proximité avec le présenateur.

Je crois que la presse écrite ne doit pas essayer de rivaliser avec la télé en matière de "déjà pensé, prêt à absorber", au contraire, c'est son terrain que de donner à réfléchir. Par contre, l'humour, un ton vif, alerte et modeste (1) serait le bienvenu.

Un collègue me disait souvent que le sérieux est la qualité des incompétents, voulant signifier qu'on est sérieux par défaut, quand on n'a pas d'autre qualité à faire valoir.

Le ton compassé des journaux "sérieux", cette manière rigoriste d'écrire "le petit chat est mort", est assez pénible.

L'humour, il y a des encadrés pour ça, avec un gros titre "Humour" ou "La chronique d'Achille Zavata" pour qu'on ne se trompe pas. C'est dommage.

(1) : puisque l'humour consiste avant tout à se moquer de soi même

mardi, février 01, 2005

Musée Jacquemart-André

Mademoiselle Jacquemart, artiste, rencontre M. André, banquier, et ça donne un extraordinaire hotel particulier (architecte : le perdant du concours de l'Opéra face à Garnier) avec une collection tout aussi extraordianaire (deuxième collection de peintres italiens en France).

Selon le voeu de Mlle Jacquemart, l'aménagement a été laissée intact.

Un musée parisien assez peu connu mais qui vaut le déplacement.

Lien :Musée Jacquemart-André - Paris

lundi, janvier 31, 2005

Clémenceau, Montaigne, les politiciens et moi

A me lire, vous pouvez me trouver extrêmement sévère, voire injuste, pour nos hommes politiques.

Au fil de mes messages, vous trouvez les qualificatifs suivants : lâches, pusillanimes, incompétents, paresseux, parasites, velléitaires.

Mais c'est qu'ils ne sont pas soumis à la norme commune, puisqu'ils veulent être plus haut dans la société, il est normal qu'ils soient jugés autrement que le commun.

Une fois de plus, je laisse parler Montaigne :

A ceux qui nous regissent et commandent, qui tiennent le monde en leur main, ce n'est pas assez d'avoir un entendement commun : de pouvoir ce que nous pouvons. Ils sont bien loing au dessoubs de nous, s'ils ne sont bien loing au dessus. Comme ils promettent plus, ils doivent aussi plus.

La seule limite à cette sévérité : nous savons que nous sommes tous des hommes, donc imparfaits et impurs. L'illusion de la perfection et de la pureté conduit au fascisme et à la dictature.

L'impureté est démocratique, tout est une question de seuil. Clémenceau le formulait ainsi :

La politique, c'est comme l'andouillette : ça doit sentir la merde, mais pas trop.

J'ai l'odorat sensible.

Cinéma : Aviator

FFF

Pas mal. Bien filmé. Di Caprio a des allures de Welles dans Citizen Kane. Quelques longueurs (sur 2 h 45, il ya bien un quart d'heure en trop).

Subtil jeu sur les couleurs : terne, presque noir et blanc au début, contrasté avec les progrès du technicolor.

Ce n'est pas un film de génie mais les bons moments se succèdent.

Une réplique d'anthologie quand Hugues lance à Katherine Hepburn avec un mépris absolu : "N'oublie pas que tu n'es qu'une star de cinéma."

Hugues à la famille Hepburn (gauchiste, filmée de manière cinglante) : "Si vous méprisez tant l'argent, c'est que vous en avez déjà." (ça irait assez bien à nos socialistes parisiens)

L'accident d'avion, le record de vitesse, Hollywood des années 30, les obsessions de Hugues.

Et une vision de politique américaine qui fait les passages les plus intéressants du film.

Un film foisonnant et une bonne détente.

27 heures ?

Résumé :

Le commissaire Maigret a dû tirer quelques furieuses bouffées à la lecture de l'enquête publiée par « Le Figaro » sur la durée effective du travail dans la police. Loin des 35 heures légales, celle-ci serait de 27 heures. « Damned » ! Comment est-ce possible ?

Un scénario exactement identique s'était produit en janvier 1999 lorsqu'un honorable conseiller à la Cour des comptes, M. Roché, avait publié un rapport très documenté sur la durée réelle du travail des divers corps de fonctionnaires et duquel il ressortait notamment que les policiers travaillaient 32 h 40 min par semaine. Les mêmes cris offensés avaient recouvert les chiffres d'alors et le funeste rapport avait rejoint la poussière sur une étagère.

Le plus consternant dans cette affaire n'est pas le psychodrame ridicule auquel elle a donné lieu ; c'est qu'elle a révélé que personne n'était capable de fournir le moindre chiffre fiable. Elle a en quelque sorte confirmé les déclarations fracassantes de Claude Allègre, alors ministre de l'Education nationale, avouant avec une fausse ingénuité qu'il ignorait, à plusieurs milliers d'unités près, le nombre de fonctionnaires de son ministère. Quelle grande entreprise privée confrontée à une concurrence acharnée pourrait être gérée de la sorte ? Aucune ! Entre 35 et 27 heures, il y a un écart de 29 %. Dans l'univers concurrentiel, de nombreux marchés se jouent sur des marges de 2 % à 3 %. L'Etat se permet des incertitudes dix fois supérieures. C'est cela aussi, et peut-être d'abord, la crise de l'Etat.

27 heures ?

La trouille des profs et des bidasses

Une des raisons pour lesquelles le gouvernement ne tient pas son objectif de taux de remplacement de départ à la retraite est qu'il n'ose pas toucher à l'Education Nationale et à l'armée, les deux plus gros employeurs publics.

Pour l'armée, la question est vite réglée : l'armée britannique, comparable à la nôtre, a moins d'effectifs et plus d'équipements. On devrait pouvoir s'en inspirer.

Pour l'Education Nationale, je comprends trop bien le problème : la trouille des grèves de profs et des manifs d'associations de parents d'élèves (dont les dirigeants sont à 95 % des profs : juge et partie, comme c'est confortable).

Diminuer les effectifs de profs ne devraient pas être trop difficile. En effet, les effectifs d'élèves diminuent dans l'enseignement primaire et bientôt dans le secondaire.

On va nous ressortir la fameuse réduction des effectifs par classe, mais il m'a semblé comprendre au fil de mes lectures plusieurs points sur cette question controversée :

_ il existe un effet de seuil, tant qu'on atteint pas ce seuil (10-15 élèves par classe), la diminution des effectifs baisse le stress des profs mais améliore peu ou pas les résultats scolaires

_ les effectifs par classe ne sont pas la variable la plus significative pour expliquer les résultats scolaires

De là à croire que l'argument de la réduction des effectifs n'est que le masque du corporatisme enseignant, il y a un pas que je franchis sans remords.

Dans les discours, les profs sont toujours très ouverts à la nouveauté, car ils se croient progressistes. Mais dès qu'on leur en propose une, de nouveauté, ce n'est jamais la bonne car ils ont conservateurs (1).

Mais je ne leur donne pas entièrement tort : pour arrêter d'être conservateur, pour accepter de quitter sa place présente, il faut avoir une idée, au moins vague, de ce que le futur réserve.

Or les gouvernements ont enchaîné les réformes sans afficher un principe fort (la justice serait bien -l'égalité des chances me paraît trop technocartique), sans présenter une feuille de route et sans faire sentir une volonté d'aboutir.

Claude Allègre, qui avait bien senti le problème de persévérance, n'a pas été soutenu jusqu'au bout par son premier ministre Jospin. Quant à ses idées de réforme, je ne m'en souviens plus bien.

(1) : Eventuellement, pour bloquer la discussion, ils peuvent aussi faire état de leur extrême sensiblité, les pauvres choux : un ministre leur dit un mot qui fait beaucoup de peine, genre "mammouth", et, hop, c'est la cabane sur le chien, la gorge qui se noue, la bonne volonté trahie, la colère qui monte, la honte au front, la fin des haricots, la grande scène de la cruelle déception amoureuse de l'Acte III, bref, la grève jusqu'à ce que le ministre fautif parcourt, à genoux un cierge à la main, la distance rue de Grenelle-Matignon, en clamant sa contrition, sous le regard moqueur des journalistes et dans l'indifférence des passants, seuls les chiens peut-être sont vaguement compatissants, et encore, les chiens de beaux quartiers sont des cons : essayez donc d'avoir une conversation décontractée avec un Yorkshire ou un lévrier afghan.

Gribouille gouverne

Un encadré intéressant dans Le Monde permet de comprendre comment ce gouvernement raisonne et fonctionne. C'est assez terrifiant.

L'objectif de ne remplacer qu'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux est maintenu. Jusque là, j'approuve, bien que je considère que c'est le minimum d'effort possible et non le maximum (1). C'est ensuite que ça se gâte : il ne faut plus en parler.

Il faut parler des embauches de fonctionnaires. En effet, les départs à la retraites s'accélérant, si on conserve un taux de remplacement fixe, les embauches vont mécaniquement augmenter.

Seulement voilà, cette kolossalle finesse présente trois inconvénients majeurs :

_ connaissant le fantastique courage de ce gouvernement, on peut soupçonner qu'il va oublier l'objectif en même temps qu'il va arrêter de l'afficher (d'ailleurs même en l'affichant il ne le tient pas l'objectif)

_ c'est prendre les fonctionnaires pour des cons et les mépriser.

_ surtout, c'est amoindrir la légitimité du gouvernement : soit l'objectif du taux de remplacement est légitime et il faut l'expliquer et le défendre ; soit il est illégitime et, en douce ou en public, il faut l'abandonner.

(1) : comme je le dis et le répète, ce taux de remplacement devrait être re-situé dans un débat plus vaste sur "A quoi sert le service public ?" mais le gouvernement est trop bête et/ou trop lâche pour lancer ce débat, soit il croit les Français incapables d'y faire face (L'éternel "Nous sommes un excellent gouvernement, nous n'avons pas le peuple que nous méritons") ou encore un peu des deux.

Elections, processus robuste

A condition que l'organisation soit telle que l'honnêteté du scrutin soit globalement garantie, le processus électoral est robuste, aux violences, aux attentats, aux intempéries.

En effet, nous oublions souvent, blasés que nous sommes, que le simple fait qu'on demande leur avis aux gens est extrêmemement motivant.

Hélas, en Irak, ma crainte que le vote soit très "ethnique" a été confirmée. Il est difficile de faire la part, dans l'abstention sunnite, de la résignation à un gouvernement chiite et des pressions sociales.

Néanmoins, il sera légitime de répondre au futurs protestataires et terroristes sunnites : "Hé bien quoi ? Vous n'aviez qu'à aller voter.".

dimanche, janvier 30, 2005

Les religions, obsédées sexuelles

Le Vatican polémique avec l'Espagne sur les histoires de mariage homosexuel et de préservatif ; l'Islam, même pas intégriste, montre une trouille des femmes qui me paraît ahurissante.

Quand on lit l'actualité, on a l'impression que les religions, et notamment les religions révélées monothéistes, sont obsédées par le sexe et éprouvent une véritable terreur de toute liberté, baptisée permissivité, dans ce domaine.

Ayant quelques amis grenouilles de bénitier, je connais le contre-argument : c'est notre monde moderne qui est obsédé par le sexe, l'Eglise (ou l'Islam ou le judaïsme) parle de tas d'autres choses mais on ne retient que le sexe dans ses propos et on le grossit démesurément (vantard, va).

Je ne suis pas convaincu que le problème vienne de l'obsession sexuelle de notre monde et non des religions.

Si les propos du pape ou d'un mollah quelconque dérangent tant et font tant de bruit, c'est à mon avis parce que :

_ le décalage entre les prescriptions des autorités religieuses et les aspirations ou les pratiques des individus est grand

_ toute prescription dans un domaine aussi intime est perçue comme une restriction de la liberté, une atteinte à l'individu

En fait, je crois que le problème est là : contrôler la sexualité à travers des prescriptions, culpabilisantes pour qui y croit, c'est contrôler les individus.

On est passé de "Si tu te touches, tu deviendras sourd et tu y iras en enfer" à "Si tu mets une capote, tu iras en enfer", mais le principe est le même : tant que les ouailles ne font pas librement ce qu'elles veulent de leur cul, qu'elles en réfèrent au curé ou qu'elles aient mauvaise conscience, on les tient.

C'est connu par tous les adjudants et les entraîneurs de foot : maintenir un certain niveau de frustration peut être favorable à la performance et à la discipline. Cette comparaison est peu flatteuse, mais l'attitude des églises sur la question est-elle flatteuse ? Un martien s'intéressant à ces questions trouverait-il que "ça vole haut" ?

samedi, janvier 29, 2005

Démographie et économie

En France, débattre de démographie est tabou : la gauche a peur de tomber dans le natalisme, estampillé de droite, la droite craint d'être ringarde. Et pourtant ...

Et pourtant, le vieillissement et le non-renouvellemet des générations sont un évènement majeur. Que la situation soit pire ailleurs ne devrait pas nous consoler qu'elle soit mauvaise en France.

Le simple bon sens, même si il faut s'en méfier, nous dit que le déclin économique est inscrit dans cette transformation de la France en maison de retraite géante.

Plus largement, c'est à un suicide collectif par la grève des bébés auquel nous assisons.

Mais, après tout, cet auto-châtiment n'est peut-être qu'une juste punition infligée par notre mauvaise conscience : en un siècle, nous avons suscité deux guerres mondiales et un génocide industriel, notre société vaut-elle de se perpétuer ?

Comment la CIA voit l'Europe

Dans un essai prospectif, la CIA sonde le futur.

Pour elle, les puissances d'avenir sont la Chine, l'Inde, mais nullement l'Europe (démographie déclinante, croissance à la traîne, chômage endémique...). Le rapport mentionne aussi « l'élargissement sans fin de l'Europe » comme un dissolvant de la cohésion européenne, comme un obstacle à toute ambition de puissance.

C'est un pronostic sans doute fort juste. Et piquant si l'on sait que l'Amérique plaide vivement... pour l'élargissement de l'Europe à la Turquie.

D'ailleurs, moi aussi, je plaide pour l'élargissement à la Turquie, un peu pour les mêmes raisons que la CIA : je considère que l'Europe-puissance, acteur mondial, est déjà morte et que l'élargissemnt compte donc principalement sous l'angle économique.

En tout cas, la vision de la CIA est instructive sur les défis qui nous attendent.

Quand je regarde l'avenir, je me demande si je ne devrais pas émigrer au Canada. Mais ce n'est pour l'instant qu'une pensée fugitive.

Un juge s'en va

Résumé :

Jusqu'au 17 janvier, Laurent Lèguevaque était juge d'instruction à Tours. En démissionnant, fait très rare dans la magistrature, ce franc-tireur de 38 ans entend dénoncer les raideurs du monde judiciaire.

Tant pis pour les "ça ne se fait pas", même si les statistiques de la chancellerie leur donnent raison : au cours des dix dernières années, seules douze démissions de la magistrature ont été enregistrées - dont six en 1998, allez savoir pourquoi ; une seule en 2004, aucune durant les quatre années précédentes. C'est dire si Laurent Lèguevaque est un cas.

Il tire un bilan sombre jusqu'au défaitisme : "Ce métier est devenu nul. Ce n'est d'ailleurs plus un métier, juste une carrière." Ses collègues ne lui semblent préoccupés que d'avancement, de postes à pourvoir et d'appuis à solliciter, si bien que la magistrature n'est plus, à ses yeux, qu'"un corps de fonctionnaires voué au conformisme et à la soumission". Presque penaud, il admet avoir cru que les juges d'instruction étaient différents, que leur fonction d'enquêteur leur donnait une latitude plus grande, une indépendance plus authentique. "Cela a peut-être été vrai, mais cela ne l'est plus", estime-t-il, avant de résumer le tout en une formule : "On nous prend toujours pour des chevaliers blancs ; on n'est plus que des goélands mazoutés."


A l'écouter, l'ordinaire de ces magistrats qui font trembler les puissants est dénué de passion : on n'attend plus d'eux que la tenue de dossiers alimentés par d'autres - policiers, gendarmes, experts, procureurs, avocats. "La machine fait de nous des paperassiers, des petits hommes gris qu'on dissuade de mettre beaucoup d'eux-mêmes dans leur travail. A force de vouloir nous contrôler, elle nous uniformise, elle nous étouffe."

Il ne se montre ni amer ni déprimé, parsème son récit d'épisodes drolatiques qu'il relate avec moins de douleur que de dérision. "J'ai l'impression de revenir d'un long voyage dans une peuplade avec laquelle je n'aurais pas su communiquer."

Après leur entrevue, le président du tribunal lui a téléphoné pour l'avertir qu'il n'avait pas le droit d'abandonner son poste sans attendre l'arrêté du ministre, qui entérine sa démission. Lui y a vu un excès de formalisme, une manifestation de plus de cette "passion du normatif" qui noie les juges dans le détail et leur fait perdre de vue l'essentiel. Quand son supérieur a brandi la menace d'un "mandat d'arrêt", il assure avoir eu envie de lui répondre : "Chiche !"

Le conformisme vestimentaire de ses collègues l'agace. La déférence recommandée pour s'adresser à la hiérarchie l'insupporte. "La courtoisie avec les mis en examen, elle, peut vous être reprochée, remarque-t-il. Un jour, un collègue m'a dit avec horreur : "Comment fais-tu pour serrer la main d'un violeur d'enfant ?" Je lui ai répondu : "Je demande qu'on lui enlève ses menottes."" Ça ne l'a pas fait rire du tout."


Lien : Un juge s'en va

Parlement : quelques statistiques édifiantes

88 % des parlementaires sont des hommes (pas de transexuels déclarés, donc 12 % des femmes)

50 % viennent de la fonction publique (je croyais que c'était plus) (1)

75 % des députés ont plus de 50 ans et 50 % des sénateurs plus de 60 ans

82 % cumulent des mandats (dont entre 21 % des députés et 28 % des sénateurs trois mandats et plus) : situation proprement unique parmi les démocraties (2)

Aucun issu de l'immigration récente

91 % des étudiants se défient des partis politiques (il y a sûrement un rapport avec les statistiques précédentes)

Eloquent, non ?

Bien entendu, l'interdiction absolu du cumul des mandats est le préalable indispensable à tout changement. Mais, quand on vit de ses mandats, qu'on s'est installé dans le confort du parasitisme républicain, comment voter contre soi ?

(1) en Grande-Bretagne, un fonctionnaire doit démissionner une fois élu et un haut fonctionnaire en se présentant à l'élection (donc sans être sûr d'être élu) !!!

(2) : en général les cumulards sont moins de 15 %, d'ailleurs beaucoup de pays (ie Grande-Bretagne, Allemagne) n'ont même pas de législation anti-cumul, le problème étant réglé par la culture démocratique