[Cette article présente le même type d'analyse que Le siècle de M. Pétain]
Le grand retour de Charles Maurras
par Charles Gave
Charles Maurras ? Qui se souvient de Charles Maurras ?
A dire vrai je me souvenais vaguement d'en avoir entendu parler lors d'un cours sur les idées politiques, il y a bien longtemps, à Toulouse, au début des années 60. Apparemment, il avait eu une grande influence sur la droite « nationaliste » de la fin du 19ème siècle jusqu'à 1945 avec son journal « l'Action Française », avait mal tourné pendant la guerre, avait été frappé d'indignité nationale à la libération et chassé de l'Académie Française, qui avait cependant refusé de lui élire un successeur..
Bref, une solide connaissance de salon ou de dîner mondain.
Et puis, cet été, j'ai été invité pendant une période très, très pluvieuse dans une de ces vieilles maisons de la province française où le temps est resté immobile ...
Et dans cette maison, oh bonheur, une merveilleuse bibliothèque, où le denier livre acheté datait de 1950... et dans cette bibliothèque, la collection complète et reliée de l'Action Française, dans laquelle je me plongeais avec une curiosité décuplée par le manque de soleil.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction ! D'un seul coup, tout s'éclairait ! En fait, nul ne devrait chercher à expliquer la France d'aujourd'hui sans faire référence à Charles Maurras !
La pensée de Charles Maurras est en effet totalement dominante à tous les échelons du corps politique, diplomatique et médiatique en France, ce qui constitue enfin une explication rationnelle à nos malheurs actuels.
Cette pensée s'articulait autour de quelques postulats très forts, que je vais rappeler en quelques lignes pour ceux qui comme moi, ne connaissaient pas Maurras.
Le cœur du système, c'est bien entendu la haine.
Haine du capitalisme, haine de l'individualisme, haine de la démocratie représentative, tels sont les points d'ancrage de cette pensée. Toute haine a besoin de boucs émissaires pour s'y fixer. Dans le cas de Maurras, ils étaient tout trouvés : le monde anglo-saxon (Angleterre - Etats-Unis) et les marchés financiers tombés (d'après lui) sous le contrôle des Juifs, qui bien entendu représentaient la deuxième grande menace.
De ces haines coulent un certain nombre de principes d'action.
* Dans une discussion avec un adversaire intellectuel ou politique, le but n'est pas d'apprendre de la discussion par un débat « socratique », mais de détruire l'adversaire dont on sait dès le départ que c'est un salaud et un mauvais français.
* Une distinction est faite entre la « légalité », notion parfaitement compréhensible et opérationnelle et la « légitimité », idée purement subjective, non démocratique et non vérifiable (la légitimité est d'ordinaire de droit Divin, ou l'apanage exclusif de l'homme providentiel)
* De ce fait le recours à la violence est parfaitement compréhensible (les troupes de choc de l'Action Française, les camelots du Roi, se déplaçaient avec des cannes plombées, pour taper sur ceux qui n'étaient pas d'accord avec eux).
Mais revenons au temps présent, car le but de ce petit article n'est pas d'expliquer la pensée de Maurras mais de montrer à quel point elle explique la France d'aujourd'hui.
* Commençons par le plus évident : la haine du monde Anglo-Saxon. La dessus J.F Revel à tout dit et fort bien et il n'est pas nécessaire de rajouter quoi que ce soit.
* Continuons par l'anti-sémitisme, cette maladie de l'esprit. Dans l'imaginaire collectif, les « Juifs », responsables (chez Maurras) de tous les malheurs de la France et éternels apatrides, ont été remplacés par les « Israéliens », responsables de tous les malheurs du moyen-orient (et donc potentiellement de la France) et à qui on en veut curieusement aujourd'hui de ne plus être apatrides. Le feu vert pour cette résurgence fut donné par un fidèle lecteur de Maurras, de Gaulle lors d'une conférence de presse ou il caractérisa les Israéliens comme... « petit peuple sûr et lui et dominateur ». Cette remarque fut le signal qu'il était permis de redevenir antisémite, comme l'avait très bien compris Raymond Aron à l'époque. Je ne compte plus les dîners en ville ou de grands esprits (de gauche ou de droite) m'ont expliqué que je ne comprenais rien, qu'Israël ne tenait que grâce au soutien des USA, eux-mêmes tenus par le « lobby juif » aux Etats-Unis et que l'administration actuelle aux USA ne mène la politique actuelle que pour plaire à la minorité Juive fort influente dans la presse et à Wall-Street. Les deux arguments, contrôle de la démocratie par une minorité (Juive) et influence des marchés sur la politique (dictature des marches financiers), sont purement Maurassiens. (Tous les deux idiots, puisque 80 % des Juifs aux USA votent démocrate, et que le système financier outre atlantique est totalement décentralisé et réside de moins en moins à New York). Cependant, tous ceux qui étaient à la fois anti-américains (Israël, porte avions des USA au Moyen-Orient), contre la démocratie (Israël, seule démocratie au Moyen-Orient) et contre l'économie de marché (Israël à elle toute seule exporte plus que tous les pays arabes réunis, hors pétrole) purent réunir dans un seul bouc émissaire leur antisémitisme, leur anti-capitalisme et leur haine de la démocratie, et comme c'étaient souvent les mêmes, le résultat fut celui que l'on voit tous les jours...c'est-à-dire un retour en masse de l'antisémitisme sous de nouveaux oripeaux...Fort naturellement, à la suite de trente ans de propagande ininterrompue, pour 70 % des français, le pays le plus dangereux pour la paix mondiale est ...Israël (comme la Tchécoslovaquie en 1938 ?).
* Dans le système politique, nous avons assistée à une délégitimation totale de la représentativité des élus, au profit d'abord du Monarque- élu et intouchable (constitution de la Vème), ensuite des légistes (la technocratie) et plus récemment des organisations remplies de non élus mais censées être «légitimes » (altermondialistes, écologistes, représentants de religions liberticides etc). Comme chacun le sait, l'élection (comme le marché d'ailleurs), n'assurent pas une bonne représentation de l'intérêt général. Comme chacun le sait encore, le Roi, entouré de ses bonnes corporations et de ses légistes a toujours été la meilleure solution aux problèmes de la France. Encore une fois, voila une évolution qui aurait ravi Maurras ...
* En économie, rien ne nous a été épargné. Pour commencer, nous avons eu droit à une avancée en masse du protectionnisme. L'exception culturelle française, le refus de la « globalisation », la politique industrielle du champion national, le« patriotisme économique» ne sont que des mots pour protéger des médiocres en se servant de la puissance de l'Etat. Ensuite, nous avons eu une montée en masse des corporatismes (un exemple : la politique agricole commune) et de monopoles publics inefficaces dissimulant leurs recherches éperdues de rentes protégées sous le nom de « services publics ». Enfin, nous avons eu la reconnaissance tant recherchée par Maurras des corporations, sous le nom oh combien révélateur de « syndicats représentatifs » représentatifs sans aucun doute comme certaines démocraties étaient populaires il y a peu... (il n'y a même pas 10 % de salaries qui soient syndiqués) ....
* Dans le monde des idées, la débâcle est là aussi totale, entérinée par les succès du Monde Diplomatique, de Courrier International ou d'Alternatives Economiques. Quand on voit que Bernard Marris et Viviane Forrester ont remplace Raymond Aron, Sauvy et Fourastié comme phares de la pensée, on mesure l'étendue du déclin. De ce fait le Maurrassisme triomphe partout : primauté à l'intuition, montée de la pensée magique, appel aux communautarismes, refus de la science, retour à la nature, écologie (le terre ne ment pas, disait Maurras), refus du progrès technique, de l'industrie, utilisation de la violence (légitime, bien entendu !) dans les conflits sociaux ou dans les disputes telles celles perpétrées par José Bové aidés par des élus détruisant des cultures transgéniques, principe dit de précaution, digne de l'inquisition, introduit dans la constitution et stérilisateur de toute recherche nouvelle (nul doute que Pasteur ou Marie Curie auraient du être interdit d'expérimentation...) etc...
Mais restons en là, le lecteur aura compris, du moins nous l'espérons...
Un dernier détail reste cependant à préciser.
Le fait que la plupart de ceux qui revendiquent ces idées se disent « de gauche » aujourd'hui ne changent strictement rien à notre démonstration. Ils sont de gauche comme Castro est de gauche.
Il existe cependant une différence essentielle entre eux et Maurras.
Maurras écrivait dans un français merveilleux, et il avait une énorme culture classique.
Quand il ferraillait avec ses adversaires, on avait vraiment l'impression de contempler un escrimeur, et même si on détestait les idées, on ne pouvait s'empêcher de sourire.
Eux, ils n'écrivent pas avec une épée, mais avec des tromblons.
Et de culture, ils n'en ont point, sauf la pauvre vulgate marxiste qui en tient lieu à notre époque.
La conclusion s'impose hélas, d'elle-même : en France, la loi de Gresham marche fort bien, les mauvaises idées chassent les bonnes, et même dans l'expression des idées idiotes, nous sommes en plein déclin...
Charles Gave
Janvier 2006
lundi, janvier 16, 2006
La communauté des haines
Favilla (Les Echos)
En politique, a dit Tocqueville, c'est la communauté des haines qui fait le fond des amitiés. Si c'est le cas aussi en politique internationale, le cercle vient de s'élargir. Dans une déclaration trop peu relevée, le président du Venezuela, Hugo Chavez, vient d'adhérer bruyamment à celui de l'antisémitisme. Selon lui, « il se trouve qu'une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, s'est emparée des richesses du monde ». Sans revenir sur la théologie, l'affirmation économique est inexacte. Les richesses pétrolières du monde sont pour l'essentiel aux mains d'ennemis des juifs (dont maintenant le Venezuela). Bien que, de cette rente octroyée par la providence, tous ces pays n'aient pas tiré grand-chose pour leurs peuples. En revanche, Israël a su construire, sur une terre exiguë et ingrate, une économie et une démocratie de dimensions respectables. Si une richesse peut leur être reprochée, c'est celle de leur valeur ajoutée. La précision prend plus de sens encore à la veille de la visite à Caracas de cet autre imprécateur et pétrolier Ahmadinejad - de dimensions plus considérables à ces deux titres -, qui parle de « rayer Israël de la carte » et assure que la Shoah est un mythe fabriqué. Ainsi se précisent les critères d'adhésion au club élargi : en premier lieu, naturellement, haïr les juifs ; détester et combattre, fondamentalement, les Américains ; posséder des richesses pétrolières et, subséquemment, ne pas savoir en faire un bon usage ; exciter la haine des pauvres de leurs pays contre un ennemi extérieur, même lointain et mal défini, pour leur faire oublier qu'ils les maintiennent dans leur pauvreté.
A y regarder de près, ce front « pétrole contre valeur ajoutée » a quelques raisons de se métastaser jusqu'à l'Amérique latine. Longtemps opprimés, des Amérindiens prennent ici et là le pouvoir et règlent leur compte avec les Yankees, en réutilisant la confusion avec les juifs avides si employée naguère par les nazis (dont beaucoup se réfugièrent chez eux). La gestion d'effectifs importants de va-nu-pieds (comme en Iran) appelle des messages simples, dont le racisme et la superstition sont les plus commodes [pour avoir voyagé en Iran, je peux vous dire que toutes les catastrophes y sont dues aux juifs, même le mauvais temps et les tremblements de terre.]. On ne peut pas exclure non plus que la disparition de l'Union soviétique ait laissé les leaders antiaméricains orphelins d'une idéologie de substitution - voir Castro... Il reste stupéfiant et, pour tout dire, glaçant, que même dans ce continent éloigné de nos turpitudes euro-moyen-orientales, on ne trouve à nouveau qu'un antisémitisme recuit pour suppléer à l'insuffisance de la pensée [l'anti-américanisme est le socialisme des imbéciles, et l'antisémistisme ?]. Cela vient de loin. Telle prisonnière d'un camp de travail en Pologne ne disait-elle pas avoir dissimulé ses lunettes pour qu'on ne la soupçonne pas d'être juive ? Et tel humoriste juif, que les autres croyants du Livre ne leur pardonnaient pas de leur avoir pris leur religion ? Ainsi s'entretient la communauté des haines.
En politique, a dit Tocqueville, c'est la communauté des haines qui fait le fond des amitiés. Si c'est le cas aussi en politique internationale, le cercle vient de s'élargir. Dans une déclaration trop peu relevée, le président du Venezuela, Hugo Chavez, vient d'adhérer bruyamment à celui de l'antisémitisme. Selon lui, « il se trouve qu'une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, s'est emparée des richesses du monde ». Sans revenir sur la théologie, l'affirmation économique est inexacte. Les richesses pétrolières du monde sont pour l'essentiel aux mains d'ennemis des juifs (dont maintenant le Venezuela). Bien que, de cette rente octroyée par la providence, tous ces pays n'aient pas tiré grand-chose pour leurs peuples. En revanche, Israël a su construire, sur une terre exiguë et ingrate, une économie et une démocratie de dimensions respectables. Si une richesse peut leur être reprochée, c'est celle de leur valeur ajoutée. La précision prend plus de sens encore à la veille de la visite à Caracas de cet autre imprécateur et pétrolier Ahmadinejad - de dimensions plus considérables à ces deux titres -, qui parle de « rayer Israël de la carte » et assure que la Shoah est un mythe fabriqué. Ainsi se précisent les critères d'adhésion au club élargi : en premier lieu, naturellement, haïr les juifs ; détester et combattre, fondamentalement, les Américains ; posséder des richesses pétrolières et, subséquemment, ne pas savoir en faire un bon usage ; exciter la haine des pauvres de leurs pays contre un ennemi extérieur, même lointain et mal défini, pour leur faire oublier qu'ils les maintiennent dans leur pauvreté.
A y regarder de près, ce front « pétrole contre valeur ajoutée » a quelques raisons de se métastaser jusqu'à l'Amérique latine. Longtemps opprimés, des Amérindiens prennent ici et là le pouvoir et règlent leur compte avec les Yankees, en réutilisant la confusion avec les juifs avides si employée naguère par les nazis (dont beaucoup se réfugièrent chez eux). La gestion d'effectifs importants de va-nu-pieds (comme en Iran) appelle des messages simples, dont le racisme et la superstition sont les plus commodes [pour avoir voyagé en Iran, je peux vous dire que toutes les catastrophes y sont dues aux juifs, même le mauvais temps et les tremblements de terre.]. On ne peut pas exclure non plus que la disparition de l'Union soviétique ait laissé les leaders antiaméricains orphelins d'une idéologie de substitution - voir Castro... Il reste stupéfiant et, pour tout dire, glaçant, que même dans ce continent éloigné de nos turpitudes euro-moyen-orientales, on ne trouve à nouveau qu'un antisémitisme recuit pour suppléer à l'insuffisance de la pensée [l'anti-américanisme est le socialisme des imbéciles, et l'antisémistisme ?]. Cela vient de loin. Telle prisonnière d'un camp de travail en Pologne ne disait-elle pas avoir dissimulé ses lunettes pour qu'on ne la soupçonne pas d'être juive ? Et tel humoriste juif, que les autres croyants du Livre ne leur pardonnaient pas de leur avoir pris leur religion ? Ainsi s'entretient la communauté des haines.
La France va-t-elle bombarder l'Iran ?
Voici un tableau de la situation :
> les informations ne sont pas très précises évidemment, mais on pense que dans quelques mois à l'Iran aura de l'uranium de qualité militaire. Après il faut encore quelques années pour fabriquer des bombes nucléaires et des fusées ballistiques, mais il n'y aura plus besoin de très grosses installations industrielles, donc le développement nucléaire iranien sera impossible à surveiller.
> Quarante ans de dissuasion nucléaire entre USA et URSS ont montré que les protagonistes devaient se maintenir aussi éloignés que possible de toute confrontation ou de toute tension directes. Le gouffre nucléaire est si profond que c'est folie de s'en approcher. C'est une des principales leçons de la crise de Cuba. Or, la complexité et la tension au Moyen-Orient rendent les occasions de dérapage fort nombreuses. Autrement dit, si Israel et l'Iran avaient la bombinette et si, de plus, d'autres pays (Arabie Saoudite, Turquie, Egypte) s'en équipaient, la probabilité d'un conflit nucléaire serait trop élevée pour être acceptable. Un dérapage est si vite arrivé (l'assassinat d'un archi-cheik par exemple). La prolifération nucléaire au Moyen-Orient doit subir un coup d'arrêt sans équivoque en 2006, après, il sera trop tard. Comme diaient les Anglais Now is the time.
> On peut espérer un changement du pouvoir en Iran, on peut espérer que les éventuelles sanctions diplomatiques auront un effet. Mais si ça ne marche pas, que faire ? Il ne restera plus qu'une intervention militaire, un bombardement des sites nucléaires connus. Ca serait une tâche difficile, les Iraniens ne sont pas idiots, mais il faut ce qu'il faut.
> les USA et la Grande-Bretagne sont paralysés par l'Irak (voir message précédent). Une intervention israelienne envenimerait excessivement la situation. Il faudrait trouver un pays qui ne puisse pas être soupçonné de pro-sionisme, qui ait les moyens d'intervenir, qui ait à coeur la paix dans le monde et le souci de sa stature internationale et qui ne puisse être accusé de recourir à la force hors de propos. Mais oui ! Bon sang, mais c'est bien sûr ! Ce pays, vous le connaissez, c'est la France.
Est-ce que j'y crois ? Absolument pas. Il faudrait pour cela que nous ayions un président qui soit un chef capable d'une vision à long terme et qui soit un homme d'Etat, nous savons que Jacques Chirac n'est ni l'un ni l'autre. Le seul bombardement de Jacques Chirac ordonnera en 2006 sera celui, particulièrement intense, de Nicolas Sarkozy. On a les dirigeants qu'on mérite, nous votons pour eux.
La probabilité est que les Israéliens, si ils ont assez de renseignements, s'en chargent sans même en avertir les Américains. Malheureusement, si cela se produit, l'impact et la signification en seront autres que si la France l'avait fait.
> les informations ne sont pas très précises évidemment, mais on pense que dans quelques mois à l'Iran aura de l'uranium de qualité militaire. Après il faut encore quelques années pour fabriquer des bombes nucléaires et des fusées ballistiques, mais il n'y aura plus besoin de très grosses installations industrielles, donc le développement nucléaire iranien sera impossible à surveiller.
> Quarante ans de dissuasion nucléaire entre USA et URSS ont montré que les protagonistes devaient se maintenir aussi éloignés que possible de toute confrontation ou de toute tension directes. Le gouffre nucléaire est si profond que c'est folie de s'en approcher. C'est une des principales leçons de la crise de Cuba. Or, la complexité et la tension au Moyen-Orient rendent les occasions de dérapage fort nombreuses. Autrement dit, si Israel et l'Iran avaient la bombinette et si, de plus, d'autres pays (Arabie Saoudite, Turquie, Egypte) s'en équipaient, la probabilité d'un conflit nucléaire serait trop élevée pour être acceptable. Un dérapage est si vite arrivé (l'assassinat d'un archi-cheik par exemple). La prolifération nucléaire au Moyen-Orient doit subir un coup d'arrêt sans équivoque en 2006, après, il sera trop tard. Comme diaient les Anglais Now is the time.
> On peut espérer un changement du pouvoir en Iran, on peut espérer que les éventuelles sanctions diplomatiques auront un effet. Mais si ça ne marche pas, que faire ? Il ne restera plus qu'une intervention militaire, un bombardement des sites nucléaires connus. Ca serait une tâche difficile, les Iraniens ne sont pas idiots, mais il faut ce qu'il faut.
> les USA et la Grande-Bretagne sont paralysés par l'Irak (voir message précédent). Une intervention israelienne envenimerait excessivement la situation. Il faudrait trouver un pays qui ne puisse pas être soupçonné de pro-sionisme, qui ait les moyens d'intervenir, qui ait à coeur la paix dans le monde et le souci de sa stature internationale et qui ne puisse être accusé de recourir à la force hors de propos. Mais oui ! Bon sang, mais c'est bien sûr ! Ce pays, vous le connaissez, c'est la France.
Est-ce que j'y crois ? Absolument pas. Il faudrait pour cela que nous ayions un président qui soit un chef capable d'une vision à long terme et qui soit un homme d'Etat, nous savons que Jacques Chirac n'est ni l'un ni l'autre. Le seul bombardement de Jacques Chirac ordonnera en 2006 sera celui, particulièrement intense, de Nicolas Sarkozy. On a les dirigeants qu'on mérite, nous votons pour eux.
La probabilité est que les Israéliens, si ils ont assez de renseignements, s'en chargent sans même en avertir les Américains. Malheureusement, si cela se produit, l'impact et la signification en seront autres que si la France l'avait fait.
Changement de stratégie américaine en Irak
Les sunnites, qui représentent 20 % de la population irakienne, font l'essentiel de la guerilla. En effet, cette partie de la population avait l'habitude d'exercer le pouvoir sur les 80 % restant (kurdes et chiites).
Les Américains poussent pour que les sunnites aient plus de pouvoir que les 20 % qu'ils sont, de manière à ce qu'ils aient intérêt à entrer dans le jeu démocratique et se détachent de la guerilla. Mais pour cela, ils ont besoin d'une certaine passivité iranienne, afin de ne pas exciter les chiites à revendiquer trop fort contre ce petit tour de passe-passe électorale ; ce qui explique la modération américaine sur le nucléaire iranien.
Il reste une longue route avant que l'Irak soit un pays prospère et démocratique, rien n'est encore gagné, mais que les Américains prennent en compte la complexité de la situation est déjà une bonne nouvelle.
Cette stratégie commence à porter ces fruits, des signes de dissensions entre les Irakiens nationalistes et les étrangers islamistes apparaissent au sein de la guerilla.
Je ne regarde pas les informations télévisées, écoute peu la radio et ne lis pas toute la presse, loin de là ; cependant, a-priori peut-être injuste de ma part, je soupçonne que c'est le genre d'informations qui ne sont pas faciles à trouver dans nos journaux. On ne peut pas avoir soutenu de manière forcenée le chiraquo-villepinisme onusien et se dédire au point d'envisager que l'Irak évolue positivement.
Les Américains poussent pour que les sunnites aient plus de pouvoir que les 20 % qu'ils sont, de manière à ce qu'ils aient intérêt à entrer dans le jeu démocratique et se détachent de la guerilla. Mais pour cela, ils ont besoin d'une certaine passivité iranienne, afin de ne pas exciter les chiites à revendiquer trop fort contre ce petit tour de passe-passe électorale ; ce qui explique la modération américaine sur le nucléaire iranien.
Il reste une longue route avant que l'Irak soit un pays prospère et démocratique, rien n'est encore gagné, mais que les Américains prennent en compte la complexité de la situation est déjà une bonne nouvelle.
Cette stratégie commence à porter ces fruits, des signes de dissensions entre les Irakiens nationalistes et les étrangers islamistes apparaissent au sein de la guerilla.
Je ne regarde pas les informations télévisées, écoute peu la radio et ne lis pas toute la presse, loin de là ; cependant, a-priori peut-être injuste de ma part, je soupçonne que c'est le genre d'informations qui ne sont pas faciles à trouver dans nos journaux. On ne peut pas avoir soutenu de manière forcenée le chiraquo-villepinisme onusien et se dédire au point d'envisager que l'Irak évolue positivement.
dimanche, janvier 15, 2006
Le conformisme et l'imbécillité sont de tous les temps : la preuve par Simon Leys
Simon Leys critique dès la première heure la Révolution culturelle en Chine populaire. Il n'est connu au départ que de cercles restreints, mais fut découvert du grand public au cours d'un numéro de l'émission Apostrophes en 1983 consacré à la Chine où Bernard Pivot avait également invité Maria-Antonietta Macciocchi, auteur du livre De la Chine.
Après avoir laissé cette dernière parler avec lyrisme de l'homme nouveau qui apparaissait en Chine, Simon Leys - qui avait vécu en Chine précisément pendant la période en question - répondit en fournissant plusieurs données factuelles suggérant qu'elle n'avait pas vérifié ses sources avant d'écrire son livre.
« Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais moi qui ai vu chaque jour depuis ma fenêtre le Fleuve jaune charrier des cadavres, je ne peux accepter cette présentation idyllique par madame de la Révolution culturelle. »
D'après une interview de Bernard Pivot, ce fut le seul cas où à la suite d'un passage à Apostrophes les prévisions de vente d'un livre furent révisées à la baisse.
Un autre sinologue apportait depuis ses débuts un soutien discret à Simon Leys : René Étiemble.
Dans les années 70, la publication de ses pamphlets sur la Chine lui ont attiré la haine des milieux maoïstes français de l'époque, représentés notamment par la revue Tel Quel.
Serai je moi aussi capable de découvrir ses impostures à la mode ? Ces mensonges qui se propagent parce qu'ils font plaisir ?
Bien sûr, il m'est facile de dénoncer l'anti-bushisme primaire ou l'étatisme forcené, leur bêtise crève les yeux (du moins les miens) (1), mais ne suis je pas victime d'autres mensonges ? En tout cas, je doute, c'est peut-être le début de la sagesse ?
(1)= : je précise tout de même, pour les rétifs à la nuance : je ne trouve pas que Bush a toujours tort ni que l'Etat français est toujours indispensable et juste, il ne faut pas en conclure que je pense que Bush a toujours raison et que l'Etat français est toujours injuste et inutile (il l'est cependant suffisamment pour que ça pose problème).
Après avoir laissé cette dernière parler avec lyrisme de l'homme nouveau qui apparaissait en Chine, Simon Leys - qui avait vécu en Chine précisément pendant la période en question - répondit en fournissant plusieurs données factuelles suggérant qu'elle n'avait pas vérifié ses sources avant d'écrire son livre.
« Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais moi qui ai vu chaque jour depuis ma fenêtre le Fleuve jaune charrier des cadavres, je ne peux accepter cette présentation idyllique par madame de la Révolution culturelle. »
D'après une interview de Bernard Pivot, ce fut le seul cas où à la suite d'un passage à Apostrophes les prévisions de vente d'un livre furent révisées à la baisse.
Un autre sinologue apportait depuis ses débuts un soutien discret à Simon Leys : René Étiemble.
Dans les années 70, la publication de ses pamphlets sur la Chine lui ont attiré la haine des milieux maoïstes français de l'époque, représentés notamment par la revue Tel Quel.
Serai je moi aussi capable de découvrir ses impostures à la mode ? Ces mensonges qui se propagent parce qu'ils font plaisir ?
Bien sûr, il m'est facile de dénoncer l'anti-bushisme primaire ou l'étatisme forcené, leur bêtise crève les yeux (du moins les miens) (1), mais ne suis je pas victime d'autres mensonges ? En tout cas, je doute, c'est peut-être le début de la sagesse ?
(1)= : je précise tout de même, pour les rétifs à la nuance : je ne trouve pas que Bush a toujours tort ni que l'Etat français est toujours indispensable et juste, il ne faut pas en conclure que je pense que Bush a toujours raison et que l'Etat français est toujours injuste et inutile (il l'est cependant suffisamment pour que ça pose problème).
samedi, janvier 14, 2006
L'ensauvagement (T. Delpech)

FFFF
Livre brillant et pourtant facile à lire. D'une manière qui m'a surpris, elle fait la synthèse de mes deux précédentes lectures (Le siècle de M. Pétain, Chroniques d'une résistance) :
> Le danger islamiste est gravement sous-estimée en Europe. Ce n'est pas une méconnaissance, mais un déni de réalité.
> Le refus des conflits est notre principale faiblesse.
Et elle joint ces deux idées : l'Europe est rétive à l'idée de "guerre contre le terrorisme" car elle est plus menacée que les USA par la désintégration provoquée par l'immigration massive (meutre de Théo Van Gogh, émeutes françaises) et, hantée par ce danger de guerre, elle préfère le nier, nier le monde et ses risques et s'isoler, quitte à abandonner ses responsabilités.
L'histoire du XXème siècle montre assez que l'histoire n'est pas un long fleuve tranquille. Le XXème siècle est fini en Europe depuis 1989 mais pas en Asie, où les tensions héritées des deux guerres mondiales et des révolutions russe et chinoise (1) subsistent. Or, il est tout à fait illusoire de croire que l'Europe échapperait aux conséquences d'une guerre asiatique ; d'ailleurs, l'Europe ne le croit pas, alors elle fait semblant de croire ou, pire, croit vraiment, que les guerres appartiennent au passé et que les craintes des Américains sont dues à la paranoïa.
Comme Slama (les deux livres sont sortis à la même date), elle emploie pour qualifier l'attitude de l'Europe le mot schizophrénie (2), pour les mêmes raisons : confusion du maternel (négociations, protection) et du masculin (force, menace) qui fait disparaître le masculin. Il n'est peut-être pas très judicieux d'attribuer un trait psychologique à une collectivité, mais, même si ça ne reste qu'une image, je la trouve parlante.
C'est pourquoi l'envie de J.Chirac de recommencer les exportations d'armes vers la Chine et les déclarations de G. Schröder comme quoi la Chine peut faire ce qu'elle veut de Taïwan lui paraissent appartenir au plus haut degré d'irresponsabilité et d'inconscience (avis que je partage).
Elle présente la méconnaissance de l'Européen moyen sur les questions stratégiques asiatiques comme un symptôme fin mais révélateur du retrait de l'Europe des affaires du monde.
Elle rappelle que l'enchainement conduisant à la première guerre mondiale fut une mécanique, fort bien décrite par John Keegan, chaque décision apparemment raisonnable entraînant une autre décision apparemment raisonnable, pour aboutir au cataclysme. C'est folie de faire le moindre pas, aussi minime soit-il, vers un mécanisme de ce genre.
Puisque je m'intéresse à l'éducation, petit exemple d'ensauvagement : après la première alerte de la crise de 1905, les instituteurs français prirent conscience des dangers de guerre et poussèrent pour des manuels scolaires moins revanchards. Ces demandes, qui, après coup, nous semblent raisonnables, furent balayées par l'esprit du temps. La mécanique infernale était déjà en place dans les esprits. Aujourd'hui, on peut se féliciter du combat de certains instituteurs pour la laïcité et la libre-pensée face à l'obcurantisme communautaire, principalement islamiste.
Contrairement à ce qu'on croit, certains avaient anticipé la catastrophe de la première guerre mondiale (3), mais ils n'avaient pas été écouté. Aujourd'hui, écoutons nous davantage ceux qui nous disent que la conjonction de notre inconscience, de la pauvreté et de l'islamisme est grosse d'un désastre ?
Quelques citations des deux grands hommes du XXème siècle . Hitler : "Mes armes sont la confusion mentale, les sentiments contradictoires, l'indécision et la panique." Staline : "La mort résout tous les problèmes. Pas d'hommes, pas de problèmes."
Ce qui donne une grande puissance aux dangers est la technique.
L'auteur fait trois paris pour 2025 :
> le terrorisme islamique sera plus que jamais d'actualité, d'autant plus que, en matière d'organisation et de technique, il progresse plus vite que les polices qui lui sont opposées. Néanmoins, la principale faiblesse de l'occident est dans le domaine des idées : il n'y a même pas de lutte. Les barbus font de la propagande à tout-va sans contradiction : En France, aucune autre réponse [au problème de l'immigration] n'est apportée que la "politique de la ville et de l'intégration", que l'on aurait de la peine à décrire plus en détail. On se pose d'ailleurs jamais la question de savoir dans quoi l'intégration doit se faire, ni si une intégration réussie peut avoir lieu dans des sociétés qui n'ont pas de cohésion interne. Nous ne croyons pas suffisamment à nos valeurs pour les enseigner [toujours le pb de l'école] et moins encore pour les défendre, telle est la racine de problème, que les terroristes n'ignorent pas. C'est même l'une des raisons principales pour lesquelles ils sont convaincus qu'ils finiront par l'emporter [en effet, c'est exactement ce que disent les textes islamistes : les infidèles sont faibles parce qu'ils ne croient en rien].
> les armes de destruction massive vont proliférer. L'auteur va jusqu'à envisager une réunification des deux Corée au profit de la Corée du nord à la suite d'un chantage nucléaire.
> le troisième pari tient à la Chine : guerre avec Taïwan, démocratisation ou chaos ? Aujourd'hui, le nationalisme est la seule "colle" qui tient la Chine. En tout cas, les Européens n'ont pas du tout mesuré le problème. Dans vingt ans, l'armée chinoise sera moderne et nombreuse. C'est maintenant qu'il faut s'y préparer et avoir une idée d'où on veut aller. En 2025, il sera trop tard. Pour l'instant, seuls les Américains, qui sont des imbéciles c'est bien connu, s'en préoccupent. La Chine se prépare à être une puissance mondiale contrôlant le Pacifique, cela ne pourra se faire sans une nouvelle guerre, peut-être pas froide, avec les USA. L'Europe ne s'en soucie pas : Et, comme rappelle Clausewitz, "On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s'assoir dessus." C'est un jugement que l'impressionnante modernisation de l'armée chinoise évoque chaque année davantage.
Je rappelle à mes sympathiques lecteurs que la Chine n'est pas seulement le pays des gentils lutins jaunes qui fabriquent des fringues pour moins que rien, c'est aussi le pays qui estime que Taïwan doit être récupéré à tout prix et qui, en conséquence, pointent 600 missiles sur cette île et a déjà fait des provocations fort dangereuses (tir de missile ballistique dans les eaux de l'île : en cas d'incident de tir ou de perte de sang-froid d'un militaire taïwanais, c'était la guerre)
L'auteur parie pour la guerre.
Questions ouvertes pour 2025 :
> la maîtrise des technologies. L'astrophysicien Martin Rees a parié 1000 dollars que d'ici 2020, une bio-erreur ou une bio-terreur feraient plus d'un million de morts. On rappelle qu'en 2003, des chercheurs australiens ont, sans le vouloir, tué toutes les souris de leur laboratoire en travaillant sur la variole.
> la pluralité des acteurs, avérés ou potentiels, nucléaires au Moyen-Orient (au moins Israel, Iran, Egypte, Arabie Saoudite, Turquie)
> Israel-Palestine, ça traine depuis 1948, sera-ce réglé en 2025 ?
> Europe-Turquie. Scénario catastrophe : refus d'adhésion par votes populaires ou parlementaires après vingt ans de négociations et de préparation. Il faudrait avoir le courage de dire non aujourd'hui.
> éclatement du Pakistan. Conflit nucléaire avec l'Inde.
> guerre Chine-Taiwan. La probabilité de ce conflit est très élevée. L'auteur est pratiquement persuadé que cette guerre aura lieu, reste à en mesurer les répercussions. La Chine essaiera de faire en sorte que ça soit une guerre-éclair, de manière à mettre le monde devant le fait accompli ; ce qui veut dire, compte-tenu des performances du matériel militaire, que les décisions cruciales seront prises dans les toutes premières heures. Que feront les USA et les pays européens ? On ne peut exclure en 2025 de se trouver en présence d'une région très fortement nucléarisée, avec le Japon , les deux Corée (ou une Corée réunifiée), l'Indonésie ou la Malaisie, tous détenteurs d'armes nucléaires. Un conflit dans cette partie du monde prendrait vite un tour excessivement dangereux, où les Européens devraient à tout le moins contribuer à prévenir une victoire chinoise et un embrasement régional. Pour ce faire, des scénarios devraient être établis dès à présent avec les Etats-Unis, le Japon, voire l'Inde. La région a montré en 2005 son caractère potentiellement explosif. Si un conflit éclate, il ne sera pas question d'improviser.
Nota : les militaires chinois s'intéressent beaucoup plus que les Européens à la "révolution dans les affaires militaires" commencée par les USA. Ils ont écrit des livres sur le sujet qui ont eu un succès public.
> Le XXième siècle, siècle de la peur ? Epidémies, catastrophes, guerres, attentats.
L'auteur est très pessimiste sur la Russie qui est dans une phase d'autodestruction (les courbes de natalité et d'espérance de vie ont pris une allure plongeante terrifiante), elle trouve Poutine médiocre. Elle attribue les problèmes de la Russie au fait qu'il n'y a pas eu de bilan national du communisme (équivalent de Nuremberg + dénazification) qui aurait permis de tourner la page dans les têtes. C'est pourquoi on en reste toujours aux méthodes violentes et autocratiques et que les Russes n'ont toujours pas compris la valeur individuelle et collective de la liberté.
Dans ce paysage d'ensemble, la soudaineté et l'ampleur des changements en Europe orientale, au Moyen-Orient, en Asie Centrale et en Extrême-Orient, font un contraste saisissant avec la léthargie de l'Europe dont la "pause" s'apparente dangereusement à de l'immobilisme. Tout se passe comme si les bouleversements qui se produisent dans le monde ne la concernaient pas. L'Europe aurait-elle abandonnée cette curiosité séculaire pour les autres régions de la planète qui atant contribué à sa grandeur ? Aurait-elle perdu le sens de l'appel de la liberté et des valeurs de la démocratie qui ont pris naisance chez elle ? [...] Les résultats de cette myopie ne sont pas attendre. Plus personne ne se réclame de l'Europe.
J'ai apprécié ce livre car il me donne enfin une explication à la bulle d'irréalité dans laquelle je vois vivre l'Europe et spécialement la France. De plus, il correspond assez bien à mon idée "américaine" suivant laquelle les hommes peuvent avoir prise sur les évènements.
Qu'en tirer ? Une grande inquiétude devant l'inconscience de l'Europe et une maxime : la liberté première partout. Seule la rencontre de plusieurs libertés peut éviter les confrontations brutales. Le mépris de la liberté, surtout celle des autres et pour les meilleures raisons du monde, est le premier pas vers la barbarie. Or, le moins qu'on puisse dire, c'est que les Européens ne mettent pas beaucoup d'ardeur à défendre la liberté (voir la Corée du nord, l'Ukraine, la Chine, la Tchetchenie, l'Irak etc.) Il semble que, pour une part, la faiblesse militaire de l'Europe, pour raisons économiques et pacifistes, conditionne sa politique, ce qui rappelle de sinistres souvenirs des années 30.
Le pire n'est jamais sûr mais il faut aider les probabilités : travaillons à ce que le pire n'advienne pas.
En aparté : je crois que l'auteur n'a pu dissimulé complètement un mépris certain des irresponsables appelant au meurtre, ou justifiant celui-ci, à partir du Café de Flore. Thérèse Delpech écrit "Il y a [les écrivains] qui dégoûtent les lecteurs de toute réflexion sur la [lecture de l'avenir]." Après quoi, elle cite donc une lettre savoureuse du 28 aout 1940 de Simone de Beauvoir expliquant que Sartre ne croyait du tout à la guerre prochaine "Sartre n'y croit pas [...] il est paisible comme tout.". Décidément, celui-là, la clairvoyance a toujours été sa grande spécialité ! On a les gourous qu'on mérite. Surtout que, par comparaison, Tocqueville, ce libéral (donc un salaud et un imbécile), a fait des prévisions qui, avec 150 ans de recul, font encore pâlir de jalousie plus d'un spécialiste de politique internationale ; prévisions qui sont d'autant plus remarquables qu'elles se basent sur un raisonnement et non sur une intuition. Elle ajoute cette superbe citation de Sartre en tête du chapitre La corruption des principes : "Abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups : supprimer un oppresseur et un opprimé. Restent un homme mort et un homme libre." On est confondu devant tant de "paisible" barbarie. Bêtise, avez-vous dit ?
(1) : pour illustrer 'l'ensauvagement" du aux révolutions rouges (c'est le cas de le dire), elle évoque les nombreux cas de cannibalisme lors de la grande famine organisée par Staline en Ukraine et, pour faire bonne mesure de notre aveuglement, elle cite un poème de ce salopard d'Aragon à la gloire du lyssenkisme, théorie absurde qui servit d'instrument à cette extermination. Elle rapporte aussi des cas extrêmes de cannibalisme d'étudiants sur des professeurs vivants (!!!) lors la révolution culturelle chinoise, et le refus de Jean Daniel de condamner. Elle pense que de telles atrocités qui, contrairement au nazisme, n'ont pas fait l'objet d'un travail national, viendront hanter l'avenir de la Russie et de la Chine. On pense que les différentes répressions de Mao ont fait autour 70 millions de morts et celles de Staline autour de 60 millions, chiffres à donner le vertige. A noter : la Corée du Nord, oui celle de 2006, est tout à fait digne de Mao et de Staline.
Autre anecdote terrible d'ensauvagement : un camp du goulag livrait du bois à la Grande-Bretagne. Les zeks, à bout, se sont coupés les mains pour ne plus travailler et ont mis les mains coupées dans les colis. Il n'y a pas eu de réaction anglaise à la livraison ! (voir Récits de la Kolyma)
Vous comprendrez que, pour avoir lu de telles histoires (voir aussi Une journée d'Ivan Denissovitch, Manuel du goulag et L'archipel du goulag) j'ai la dent dure pour ceux qui se réclament du communisme (Laguiller, Besancenot, Buffet) ou qui en sont fiers (Jospin, Mitterrand). Le PCF pourrait, au moins, c'est le minimum minimorum, avoir la décence de changer de nom.
(2) Schizophrénie (Petit Robert) : psychose caractérisée par une désagrégation psychique (ambivalence des pensées, des sentiments, conduite paradoxale), la perte du contact avec la réalité.
(3) Ivan Bloch, La guerre future aux points de vue technique, économique et politique publié à Paris en 1898. De nombreuses erreurs ponctuelles mais une vision d'ensemble étonnament juste : interminable conflit de masse, extrêmement meurtrier, immobile, et impliquant les sociétés toutes entières. Il a juste fait l'erreur de croire que, l'humanité n'étant pas suicidaire, elle renoncerait à une guerre aussi terrible.
Extrait :
[A props du refus par les Européens de l’expression « Guerre contre le terrorisme »]: « Plus grande que la honte de la guerre est celle des hommes qui ne veulent plus rien en savoir. » [Note de bas de page : C'est aussi une des leçons d'Hermann Broch dans son roman Les Irresponsables.] D'où vient donc ce romantisme niais qui veut que l'histoire prenne soudain un cours paisible? Comment ne pas penser qu'une résistance aussi forte vient de la conviction que les temps à venir seront durs, surtout peut-être en Europe, qui doit faire face à des problèmes internes d'intégration beaucoup plus sérieux que les Etats-Unis [Note de bas de page : Voir Emmanuel Bramer, Les Territoires perdus de la République, Mille et Une Nuits, 2002.], à un moment où la poursuite de l'immigration est devenue une nécessité économique? La crainte de la désagrégation interne des sociétés européennes joue un rôle majeur dans le déni de la réalité terroriste.
De fait, des événements troublants se produisent sur leur sol. L'assassinat de Théo van Gogh à Amsterdam le 2 novembre 2004 montre qu'elles auront de sérieuses difficultés à maintenir - ou plutôt à instaurer - un pacte social avec les immigrés qui sont sur leur sol et entendent y rester. Il a été poignardé dans une des villes les plus calmes d'Europe, puis achevé à coups de revolver et égorgé d'une oreille à l'autre. Pour faire bonne mesure, un message de menaces a ensuite été planté bien en évidence sur son cadavre avec un couteau. Après l'attentat du 11 mars 2004 à Madrid, l'idéal de non-violence des sociétés européennes s'est trouvé à nouveau brutalement remis en cause au sein d'une des nations où il était le plus manifeste. Le meurtrier, un jeune Marocain de 26 ans, avait été accueilli à la mosquée Al-Tawhid, un foyer fondamentaliste comme il y en a tant en Europe. Plus de 300 000 immigrés marocains vivent aux Pays-Bas [Les Pays-Bas comptent 900 000 musulmans, dont 300 000 Marocains ] et les représailles anti-islamiques qui ont eu lieu au début du mois de novembre 2004 - attentat à la bombe contre une école islamique, profanation d'une mosquée, tentatives d'incendie... - montrent assez que l'événement marque une rupture, Au même moment, le Conseil de l'immigration marocaine, qui travaille à l'intégration des Marocains aux Pays-Bas, a fait l'objet de menaces de la part des fondamentalistes musulmans. Le traumatisme du pays et sa difficulté à comprendre ce qui s'est produit ont été exprimés de façon pathétique par l'argumentation persistante sur l'esprit de tolérance néerlandais, comme si cette caractéristique n'était pas précisément une des causes du crime.
Quelques mois après l'assassinat du réalisateur hollandais, c'est en France qu'un appel a été lancé en mars 2005 contre le «racisme anti-Blancs» par des personnalités de tous bords politiques, mais majoritairement de gauche, après des manifestations lycéennes où des « ratonnades anti-Français » avaient eu lieu. Dans une jeunesse immigrée dont la violence est d'autant plus grande que le pouvoir d'expression est plus limité, la francophobie et la judéophobie se sont trouvées confondues en une même pelote de haine. Des événements comparables ont eu lieu en Amérique dans les années 1970. Mais l'Europe n'a pas la même expérience historique. Du coup, la crainte de sociétés fragmentées, en voie de tribalisatkm, a commencé à se répandre en dehors des cercles des politiques et des sociologues, qui connaissent cette dérive depuis des années. Comment intégrer des jeunes qui n'aiment pas la France dans une France qui ne s'aime pas ?[ Note de bas depage : C'est une formulation d'Alain Finkielkraut dans un article paru dans Libération, le 26 mars 2005.] C'est bien ainsi que la question doit être posée.
Dans toute l'Europe, à l'exception de pays où il n'y a pas d'immigration comme en Finlande, on retrouve la même interrogation angoissée, et les politiques publiques qui sont censées y répondre se font toujours attendre. Les quatre attentats suicides de juillet 2005 à Londres, perpétrés par de jeunes Britanniques d'origine pakistanaise, lui ont donné une intensité toute particulière. Le modèle communautariste est en crise ouverte. Mais n'est-ce pas aussi le cas du modèle républicain?
Qu'il s'agisse des menaces externes ou internes, souvent difficiles à distinguer, il faudrait cesser de sacrifier le principe de réalité. Pour léguer à nos successeurs un monde possible, où les décisions politiques ne seront pas vides de
sens parce que le désordre aura atteint un seuil tel que plus rien ne pourra arrêter les événements, comme ce rut le cas en 1914 ou en 1937, le principe de plaisir doit être perçu pour ce qu'il est vraiment : il cherche à substituer un état agréable à un état pénible, et son objectif ultime, guidé par l'entropie, est la stabilité complète. Ce qui conduit Freud à conclure qu'il est au service des instincts de mort. La crainte maladive de l'innovation politique ou sociale comme le refus du changement stratégique doivent être vus à cette lumière. Les pays des droits acquis, qui ne se battent que pour défendre des positions conservatrices, finiront par être balayés. La réalité historique contemporaine, plus instable qu'elle ne l'a été depuis des décennies, et porteuse de grands changements, est si profondément décalée par rapport à la volonté de repos des sociétés développées, que la prise de celles-ci sur les événements deviendra de plus en plus précaire. A force de vouloir être leurrés, on finit en effet par l'être et le goût pour le virtuel, qui a des ressemblances inquiétantes avec la scliizophrénie, risque de provoquer à terme une altération profonde du sens de la réalité qui interdira toute compréhension des forces en présence dans le monde.
Retrouver le sens de la réalité ne peut se faire sans un effort de mémoire, ne serait-ce que pour éviter de commettre, sans s'en apercevoir, de fatales erreurs déjà commises : attendre que les crises aient atteint un degré de détérioration majeure avant d'intervenir, ne pas prêter une attention suffisante aux signes avant-coureurs, vouer l'ONU à l'impuissance - comme la SDN avant elle - par crainte de prendre les mesures collectives qui s'imposent, observer sans broncher le retour à Moscou d'un régime qui réhabilite Staline. Certes, la mémoire ne suffit pas à prendre les décisions qui s'imposent : comme le prétend un proverbe chinois, l'expérience est une lanterne que l'on porte dans le dos. Mais elle impose l'épreuve de la réalité et permet de lutter contre les fictions qui peuplent l'imaginaire politique et stratégique. Elle rappelle notamment que la paix et la liberté sont des acquis fragiles, dont on ne peut jamais garantir la permanence. Il est sans doute absurde de chercher à conjurer le retour des mêmes événements, car au sens strict l'histoire ne se répète pas, mais tenter d'éviter le retour de tempêtes de même ampleur est un objectif raisonnable. Un des penseurs les plus lucides du siècle passé a lancé un avertissement à ce sujet : « Si la leçon globale du XXe siècle ne sert pas de vaccin, l'immense ouragan pourrait bien se renouveler dans sa totalité [Note de bas de page : . A ceux qui accuseraient Alexandre Soljénitsyne de faire ici preuve d'un pessimisme excessif, il pourrait répondre que les pessimistes ont fait davantage pour la paix du monde que les promoteurs de l'avenir radieux.]. » Le mépris du passé condamne à la répétition et porte en lui les germes de l'intolérance et du despotisme.
L'ultime conséquence de l'expérience moderne, l'anéantissement de dizaines de millions d'êtres humains du fait des guerres et des révolutions, a déjà eu lieu. La découverte des moyens de l'annihilation morale et physique de la race humaine a déjà été faite. Les armes qui ont été découvertes, comme la barbarie morale qui a été explorée, n'ont pu être enfouies dans quelque désert où elles échapperaient désormais au savoir-faire et à la conscience des nouvelles générations. Au contraire, ces expériences ont été mondialisées, souvent de notre fait [Note de bas de page :il ne s'agit pas seulement ici de l'origine européenne des deux guerres mondiales, ou de celle des doctrines - marxisme, nationalisme... - qui ont justifié tant de massacres, n y a aussi la formation intellectuelle fournie en Europe aux grandes figures des Khmers rouges et à celles de la révolution iranienne de 1979] , et les armes prolifèrent avec la diffusion des connaissances et des technologies. La monarchie française du xvuf siècle a contribué à distribuer les instruments de pouvoir qui allaient permettre sa perte, et les sociétés occidentales ne cessent de répandre dans le monde des capacités technologiques qu'elles étaient seules à détenir il y a encore quelques décennies. Quant à la barbarie morale que l'histoire européenne a dévoilée, elle joue un rôle majeur dans le refus des sociétés qui ne connaissent ni la paix, ni la prospérité, ni surtout la liberté de prendre l'Europe pour modèle. Si notre raison et nos discours refusent ce constat, notre cœur ne le nie pas. Il ne peut ignorer que des changements profonds sont en cours et que l'Europe pourrait en faire les frais. D suffit d'observer l'humeur de nos contemporains, qui ont le sentiment que quelque chose n'est pas achevé, et qu'il est menaçant. Le terrorisme concentre ces peurs, et contribue à expliquer la réaction de déni que l'on trouve à son endroit en Europe, plus qu'en Amérique, où le poids des souvenirs est moins lourd
Il y a une autre façon de justifier un effort de mémoire, celle dont parle le photographe chinois [qui photographies les condamnés à mort] : préserver l'histoire des morts qui ont été « bafoués ». La mémoire est une protection contre les risques de l'abstraction et de l'expérimentation politique, Elle est aussi ce qui permet aux générations successives de partager la condition humaine dans ses dimensions les phis dures. Le beau-père du photographe était un médecin réputé. Pendant la révolution culturelle, il fut dénoncé comme « autorité universitaire réactionnaire» et en mourut : « Une nuit, les rebelles le plantèrent devant un fourneau à charbon jusqu'à ce qu'il dégouline de sueur, puis ils le forcèrent à se mettre en sous-vêtements et l'envoyèrent dehors dans la neige jusqu'à ce qu'il soit presque gelé. Le lendemain, il se pendit » Son histoire a été préservée pour être conservée dans le souvenir. Pendant les pires années de la terreur stalinienne, quand les femmes faisaient la queue devant les prisons pendant des heures pour prendre des nouvelles de leur fils ou de leur mari, l'une d'elles a demandé un jour à Anna Akhmatova si elle serait capable de décrire ce qu'elles enduraient. Et la poétesse russe, comprenant aussitôt ce qui était en jeu, a décidé d'en entreprendre la tâche. Pour ceux qui ont disparu dans les cellules ou dans les camps, une des pires tortures a souvent été le sentiment que leur existence était déjà anéantie, qu'ils étaient déjà morts, et que leurs souffrances demeureraient à jamais inutiles et inconnues.
vendredi, janvier 13, 2006
La pensée restreinte française à fond la caisse au Moyen-Orient
Une réponse d'Eli Barnavi que beaucoup, notamment sur la rive gauche parisienne auraient intérêt à méditer :
Ambassadeur d'Israël à Paris au plus fort de la deuxième intifada, je tentais bien d'expliquer à mes interlocuteurs – et notamment aux médias – qu'il ne servait à rien de diaboliser Sharon. Le revirement assez spectaculaire, en effet, qu'on observe dans les commentaires, est plus éloquent sur le sérieux d'un certain journalisme que sur l'évolution objective de l'ancien premier ministre ! Comprenez-moi bien, il ne s'agit pas de s'interdire le jugement de valeur ; après tout, c'est aussi le devoir de la presse d'opinion. Mais il s'agit de ne pas permettre au jugement de valeur d'obscurcir la perception du réel. Comme il est difficile d'aborder la complexité de l'action et de la trajectoire d'un homme politique tel qu'Ariel Sharon, il est tentant de passer de la diabolisation aux dithyrambes.
Le conflit israélo-palestinien a beau être une tragédie où rien n'est simple, il n'a jamais cessé, en France, d'être jugé et interprété à l'aune d'un pur manichéisme. On a toujours voulu voir dans le choc des légitimités israélienne et palestinienne une lutte au corps à corps entre le Bien et le Mal. Cette grille de lecture est vraiment absurde. Reste que c'est sa force même de séduction qui explique que, sur les rives de la Seine, Ariel Sharon n'ait jamais cessé d'être perçu à travers le prisme d'une radicalité conceptuelle foncièrement erronée, ou du moins simplificatrice. On a eu longtemps la brute assoiffée de sang arabe, voici désormais le de Gaulle israélien.
Un homme est toujours le produit d'une somme d'expériences et on oublie parfois qu'il est tributaire de forces politiques, sociales et culturelles qui le dépassent. Le politicien en restera à jamais prisonnier ; l'homme d'Etat saura en faire un levier d'action.
En conséquence, notre bien-pensance pourrait aussi, à la lumière de son revirement sur Sharon, réfléchir à sa position sur Bush à l'aide du texte suivant. Mais voilà, la bien-pensance est-elle capable de tirer leçon de ses erreurs ? J'en doute. Il suffit de se rappeler la trajectoire de Sartre, faite de reniements d'un totalitarisme pour mieux tomber dans la vénération d'un autre totalitarisme.
Les anti-Bush répètent qu'une démocratie ne s'impose pas par la force (en dépit des exemples fournis, après la Deuxième Guerre mondiale, par l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, le Japon). Il est pourtant aisé de constater que la démocratie n'a cessé, depuis 2003, de progresser en Irak : le pays a la presse la plus libre du monde arabe ; en janvier 2005, trois consultations ont eu lieu, qui ont connu des taux de participation croissant malgré les interdictions intégristes.
Contrairement aux prédictions, la Constitution a été adoptée par référendum en novembre. Les sunnites se sont ralliés, le 15 décembre, aux élections à l'Assemblée nationale. Ni le choc des civilisations, ni le soulèvement de la rue arabe, ni le détournement du pétrole, ni la guerre civile, ni la libanisation du pays n'ont eu lieu, à ce jour. Les anti-Bush ne peuvent se raccrocher qu'à la persistance du terrorisme, mené par des islamo-fascistes et des nostalgiques de Saddam Hussein, de plus en plus coupés du peuple.
Thierry Wolton, dans son livre 4eguerre mondiale (Grasset) : «Avec les élections en Afghanistan et en Irak, avec le retrait syrien du Liban et le retrait israélien de la bande de Gaza, avec le scrutin municipal en Arabie saoudite, avec au Koweït le droit de vote accordé aux femmes, les choses ont commencé à bouger dans le monde musulman depuis que les Américains y sont intervenus.» Les augures soutiennent désormais que les processus démocratiques profiteront à l'islamisme radical. Les arabo-musulmans seraient-ils donc voués à l'obscurantisme ? Evidemment, non.
Si vous voulez vraiment savoir ce qui se passe en Irak, faites une petite recherche sur les blogs d'Irakiens.
Ambassadeur d'Israël à Paris au plus fort de la deuxième intifada, je tentais bien d'expliquer à mes interlocuteurs – et notamment aux médias – qu'il ne servait à rien de diaboliser Sharon. Le revirement assez spectaculaire, en effet, qu'on observe dans les commentaires, est plus éloquent sur le sérieux d'un certain journalisme que sur l'évolution objective de l'ancien premier ministre ! Comprenez-moi bien, il ne s'agit pas de s'interdire le jugement de valeur ; après tout, c'est aussi le devoir de la presse d'opinion. Mais il s'agit de ne pas permettre au jugement de valeur d'obscurcir la perception du réel. Comme il est difficile d'aborder la complexité de l'action et de la trajectoire d'un homme politique tel qu'Ariel Sharon, il est tentant de passer de la diabolisation aux dithyrambes.
Le conflit israélo-palestinien a beau être une tragédie où rien n'est simple, il n'a jamais cessé, en France, d'être jugé et interprété à l'aune d'un pur manichéisme. On a toujours voulu voir dans le choc des légitimités israélienne et palestinienne une lutte au corps à corps entre le Bien et le Mal. Cette grille de lecture est vraiment absurde. Reste que c'est sa force même de séduction qui explique que, sur les rives de la Seine, Ariel Sharon n'ait jamais cessé d'être perçu à travers le prisme d'une radicalité conceptuelle foncièrement erronée, ou du moins simplificatrice. On a eu longtemps la brute assoiffée de sang arabe, voici désormais le de Gaulle israélien.
Un homme est toujours le produit d'une somme d'expériences et on oublie parfois qu'il est tributaire de forces politiques, sociales et culturelles qui le dépassent. Le politicien en restera à jamais prisonnier ; l'homme d'Etat saura en faire un levier d'action.
En conséquence, notre bien-pensance pourrait aussi, à la lumière de son revirement sur Sharon, réfléchir à sa position sur Bush à l'aide du texte suivant. Mais voilà, la bien-pensance est-elle capable de tirer leçon de ses erreurs ? J'en doute. Il suffit de se rappeler la trajectoire de Sartre, faite de reniements d'un totalitarisme pour mieux tomber dans la vénération d'un autre totalitarisme.
Les anti-Bush répètent qu'une démocratie ne s'impose pas par la force (en dépit des exemples fournis, après la Deuxième Guerre mondiale, par l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, le Japon). Il est pourtant aisé de constater que la démocratie n'a cessé, depuis 2003, de progresser en Irak : le pays a la presse la plus libre du monde arabe ; en janvier 2005, trois consultations ont eu lieu, qui ont connu des taux de participation croissant malgré les interdictions intégristes.
Contrairement aux prédictions, la Constitution a été adoptée par référendum en novembre. Les sunnites se sont ralliés, le 15 décembre, aux élections à l'Assemblée nationale. Ni le choc des civilisations, ni le soulèvement de la rue arabe, ni le détournement du pétrole, ni la guerre civile, ni la libanisation du pays n'ont eu lieu, à ce jour. Les anti-Bush ne peuvent se raccrocher qu'à la persistance du terrorisme, mené par des islamo-fascistes et des nostalgiques de Saddam Hussein, de plus en plus coupés du peuple.
Thierry Wolton, dans son livre 4eguerre mondiale (Grasset) : «Avec les élections en Afghanistan et en Irak, avec le retrait syrien du Liban et le retrait israélien de la bande de Gaza, avec le scrutin municipal en Arabie saoudite, avec au Koweït le droit de vote accordé aux femmes, les choses ont commencé à bouger dans le monde musulman depuis que les Américains y sont intervenus.» Les augures soutiennent désormais que les processus démocratiques profiteront à l'islamisme radical. Les arabo-musulmans seraient-ils donc voués à l'obscurantisme ? Evidemment, non.
Si vous voulez vraiment savoir ce qui se passe en Irak, faites une petite recherche sur les blogs d'Irakiens.
jeudi, janvier 12, 2006
Une citation à méditer pour Nicolas, Dominique, Laurent, Marie-George, Ségolène, François ...
"Un bon dirigeant est celui qui fait bien ce qu'il fait. Un excellent dirigeant est celui qui fait la chose à faire." (Peter Drucker)
Chine : quelques raisons d'espérer
Les dernières statistiques font apparaître qu'un tiers des exportations chinoises sont des produits "high-tech", excellente nouvelle dont je tire deux leçons :
1) aucun pays n'est condamné au bas de gamme et au déclin. Leçon aussi valable pour la France.
2) Ca veut dire qu'il y a une foule de techniciens et d'ingénieurs chinois aux revenus non négligeables à qui nous pouvons essayer de venre nos produits.
1) aucun pays n'est condamné au bas de gamme et au déclin. Leçon aussi valable pour la France.
2) Ca veut dire qu'il y a une foule de techniciens et d'ingénieurs chinois aux revenus non négligeables à qui nous pouvons essayer de venre nos produits.
Société transparente : entendu à la radio
"Je suis effrayé par l'exigence de transparence de notre société car une société transparente est une société violente. La résolution des conflits entre les hommes exige qu'on taise certains griefs, qu'on renonce secrètement à des envies, que des concessions restent dans l'ombre, que des petits arrangements soient tus, qu'on ait un minimum de pudeur et de retenue dans l'expression de son ego."
J'approuve, c'est pourquoi je crois à l'efficacité de la démocratie représentative dont une des fonctions est d'adoucir les revendications brutes grâce à l'écran de la représentation. Mais, ce discours non-conforme à la doxa actuelle du vénéré peuple souverain, direct, omniscient et omnipotent, est-il encore audible ?
J'approuve, c'est pourquoi je crois à l'efficacité de la démocratie représentative dont une des fonctions est d'adoucir les revendications brutes grâce à l'écran de la représentation. Mais, ce discours non-conforme à la doxa actuelle du vénéré peuple souverain, direct, omniscient et omnipotent, est-il encore audible ?
mardi, janvier 10, 2006
Nous sommes sauvés ! Vive Breton !
La France traverse une période de morosité économique. Heureusement, notre ministre propose une mesure à la hauteur du problème : prolonger les soldes.
Elle est quand même forte, celle-là ! C'est à se demander si on n'est pas le 1er avril. Il nous prend vraiment pour des cons.
Au fait, je rappelle à ceux qui débarqueraient de la planète Mars que la principale solution des problèmes français est parfaitement connue de tous : baisser la dépense publique en profitant du départ à la retraite de la moitié des fonctionnaires dans les dix ans qui viennent. Ca ne suffira pas à tout régler, mais c'est une condition nécessaire.
Le reste, quel que soit l'ampleur du bruit et du vent faits (1), c'est papillonage autour du pot.
(1) : à propos de la "TVA sociale", il y a deux articles dans les Echos : l'un pour expliquer que faire joujou avec la répartition des charges ne change rien au chomage, c'est le montant des charges qu'il faut diminuer ; quant à l'autre article, c'est l'étatiste de service qui trouve la "TVA sociale" formidâââble.
Elle est quand même forte, celle-là ! C'est à se demander si on n'est pas le 1er avril. Il nous prend vraiment pour des cons.
Au fait, je rappelle à ceux qui débarqueraient de la planète Mars que la principale solution des problèmes français est parfaitement connue de tous : baisser la dépense publique en profitant du départ à la retraite de la moitié des fonctionnaires dans les dix ans qui viennent. Ca ne suffira pas à tout régler, mais c'est une condition nécessaire.
Le reste, quel que soit l'ampleur du bruit et du vent faits (1), c'est papillonage autour du pot.
(1) : à propos de la "TVA sociale", il y a deux articles dans les Echos : l'un pour expliquer que faire joujou avec la répartition des charges ne change rien au chomage, c'est le montant des charges qu'il faut diminuer ; quant à l'autre article, c'est l'étatiste de service qui trouve la "TVA sociale" formidâââble.
lundi, janvier 09, 2006
Du nouveau pour 2006
Du nouveau dans ma réflexion, veux-je dire.
Début 2005, je pensais encore qu'il fallait changer les institutions, supprimer le premier ministre (le poste, pas le détenteur actuel !), les départements et interdire le cumul des mandats.
Aujourd'hui, je crois toujours qu'il faudrait se passer des départements et refuser le cumul des mandats, mais je ne crois plus qu'il faille pour cela changer les institutions, je me rallie à Montaigne (De ne changer aisément une loi reçue) : les lois valent par les hommes qui les pratiquent.
J'ai changé de priorité. L'urgence me paraît maintenant de trouver des hommes qui portent les bonnes idées. Sarkozy en est presque un (je ne suis pas d'accord sur tout et j'ai des doutes). Kouchner peut en être un deuxième. Mais qu'ils sont rares !
Je soupçonne qu'on ne trouvera pas ces hommes parmi les énarques, qui ont été sélectionnés sur leur conformisme, ont été formés au conformisme et ont fait carrière par leur conformisme et leurs bonnes manières. Quelquefois, un homme politique ayant de très mauvaises manières n'est pas déplacé (Sharon, par exemple ou Clémenceau).
Début 2005, je pensais encore qu'il fallait changer les institutions, supprimer le premier ministre (le poste, pas le détenteur actuel !), les départements et interdire le cumul des mandats.
Aujourd'hui, je crois toujours qu'il faudrait se passer des départements et refuser le cumul des mandats, mais je ne crois plus qu'il faille pour cela changer les institutions, je me rallie à Montaigne (De ne changer aisément une loi reçue) : les lois valent par les hommes qui les pratiquent.
J'ai changé de priorité. L'urgence me paraît maintenant de trouver des hommes qui portent les bonnes idées. Sarkozy en est presque un (je ne suis pas d'accord sur tout et j'ai des doutes). Kouchner peut en être un deuxième. Mais qu'ils sont rares !
Je soupçonne qu'on ne trouvera pas ces hommes parmi les énarques, qui ont été sélectionnés sur leur conformisme, ont été formés au conformisme et ont fait carrière par leur conformisme et leurs bonnes manières. Quelquefois, un homme politique ayant de très mauvaises manières n'est pas déplacé (Sharon, par exemple ou Clémenceau).
Chroniques d'une résistance 2003-2004 (I. Roufiol)

FF
C'est une compilation de chroniques du Figaro. L'auteur est assez obsédé par le danger islamiste en France, le fascisme vert. Il reconnaît que ses funestes prédictions sont peut-être erronées mais, jusqu'à maintenant, ses contradicteurs de la République des Gentils (ce que j'appelle la GT, la Guimauve Totalitaire) ont toujours été démentis par les faits. Ce ne sont pas les dernières émeutes de banlieues qui ont du le faire changer d'avis !
A ce propos une remarque : la vérité a bien du mal à se faire entendre en France. Le premier ministre euphémise cette rébellion des banlieues en "troubles sociaux", niant leur caractère ethnique, tout en proposant des solutions ethniques (lutte contre la discrimination, "discrimination positive", etc.) Il y a là une contradiction qui illustre bien le malaise devant les faits. Le caractère ethnique de ces émeutes ne fait aucun doute, il suffit de constater que des populations dans des conditions sociales aussi désastreuses mais d'ethnies différentes n'ont pas bougé. On remarque qu'il y a une analogie avec le terrorisme : ceux qui expliquent le terrorisme par la pauvreté seraient bien en peine d'étayer cette explication par des faits. Les terroristes ne sont pas tous parmi les plus pauvres et, inversement, tous les plus pauvres ne sont pas terroristes. Problème d'ailleurs réglé par un édistorialiste de la chaîne Al-Arbiya : "Tous les musulmans ne sont pas des terroristes, par contre, hélas, presque tous les terroristes sont des islamistes."
Roufiol trouve que le "milieu enseignant est volontiers immature et conformiste dans ses raisonnements". Les diatribes fantasmatiques des "profs" contre le libéralisme et la "marchandisation de l'école" sont si caricaturales qu'elles prêtent à sourire. J'ai d'ailleurs écrit à sauv.net que je ne trouvais pas pertinent de mélanger leur combat pour l'enseignement avec l'anti-libéralisme; mais, visiblement, c'est un dialogue de sourds. Je rappelle en passant que l'échange, y compris l'échange marchand, est à la base de notre société et il est étrange d'en voir condamné le principe (les modalités, elles, sont toujours discutables) par des gens dont la profession intellectuelle devrait, idéalement, garantir un minimum de recul. Mais on sait bien que, en réalité, les intellectuels n'ont jamais hésité devant le ridicule de l'excès et que, parfois, ils s'y jettent avec délice.
Incidemment, j'ai appris que la femme de José Bové avait été exclue de de la Confédération Paysanne qu'elle a traité de "syndicat de machistes". Les progressistes ne sont pas ceux qu'on croit, mais on le savait déjà : il suffit de compter le nombre de femmes et de basanés dans la direction du PS. Un journaliste du Herald Tribune écrit que, si le PS est tellement arc-bouté contre les quotas et la "discrimination positive", c'est que sa direction essentiellement blanche redoute inconsciemment de voir remise en cause la suprématie des gens bien comme il faut (c'est-à-dire blancs et énarques). C'est sans doute excessif, mais, hélas, significatif qu'on puisse le penser.
Petit commentaire de Roufiol sur mes amis bovésistes, protestant contre la mort d'un loup et pour l'arrachage des OGM : Ce qui signifie que dans l'univers mental des ayathollas verts, une plante transgénique est plus dangereuse qu'une bête sauvage. Et il faudrait les prendre au sérieux ...
Roufiol m'a aussi fait découvrir une stupéfiante citation de J. Chirac en 2003 disant que la France est autant le produit de la culture musulmane que de la culture chrétienne. A ce stade d'ânerie, le commenatire est superflu.
Un extrait :
A propos de Bertrand Cantat
Un mot encore sur cette République des Gentils, sa quête de l'amour, son antiracisme, son doux despotisme. Pour y être admis, il suffit d'étaler sa bien-pensance. Elle veut que les minorités aient toujours raison, que l'immigration soit une chance, le délinquant une victime, José Bové un visionnaire, le libéralisme un désastre, le Medef une tyrannie, le pacifisme un but en soi, George W. Bush un fasciste, les Israéliens des fauteurs de guerre, les bombes humaines palestiniennes des martyrs ; et j'en passe.
Parce que Bertrand Cantat, le chanteur de Noir Désir, représentait parfaitement cette génération conformiste - il avait manifesté contre Le Pen, pour les sans-papiers, le sous-commandant Marcos, les paysans-travailleurs, les altermondialistes -, sa violence contre Marie Trintignant, sa compagne, décédée après avoir reçu des coups sur la figure et être sans doute tombée à terre, a souvent été excusée par de gentils commentateurs refusant de voir en lui le beauf qui bat sa femme. « Bertrand Cantat reste des nôtres », auront notamment écrit trois de ses soutiens dans Le Monde. [je me souviens avoir été scandalisé par cet arrticle]
Ce qui revient à dresser ce constat : ceux qui auront alimenté l'accusation contre un gouvernement déclaré évidemment responsable de la canicule auront en revanche montré beaucoup de réserve pour désigner Cantat comme le machiste qu'il s'est pourtant révélé être. Se vérifie que nos gardiens du politiquement correct ont de l'éthique et de l'équité une vision pervertie.
Le totalitarisme des altermondialistes
Soit dit en passant : le machisme semble être une pratique ancrée chez nombre d'altermondialistes. Il est vrai que ceux-là sont de vrais conservateurs, puisant dans le passé révolutionnaire et paysan leurs références, viriles et autres. Les femmes se font discrètes dans leurs instances dirigeantes. Et l'on se souvient de la manière dont José Bové avait « licencié » son épouse, octobre 2000. Elle avait alors dénoncé la Confédération Paysanne comme « un syndicat de machos ». Mais bon, oublions.
Aujourd'hui, l'altermondialisme et le «bovisme», tels qu'il sont exprimés sur le plateau du Larzac cet été devant 200 000 sonnes, sont vus par la gauche et ses médias comme la révélation politique de la rentrée. Les socialistes pensent y avoir trouvé la « gauche mouvementiste » capable de répondre aux attentes des enseignants et des intermittents du spectacle. Des commentateurs jubilent déjà devant la « rentrée brûlante » promise par Bové. Même François Bayrou y voit « un mouvement important, qui est en train de naître. » Bigre !C'est à se demander s'ils ont bien écouté Jacques Nikonoff, membre du Parti communiste, président autodésigné d'ATTAC France, mouvement altermodialiste « d'éducation populaire ». Son « autre monde» tel qu’il le décrit, serait celui où l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) serait « démantelée », l'idéologie libérale « éradiquée », le chômage « supprimé », l'État « démocratisé ». Son combat anticapitaliste donc antiaméricain, anti-OGM, mais aussi décentralisation, antiréformes, etc. le rapproche de l'idéologie stalinienne [je m'étonne toujours que nous ne soyions pas plus nombreux à faire ce rapprochement, pourtant d'évidence]. En fait, c'est un grand bond en arrière que proposent les altermondailistes . La gauche applaudit à ce totalitarisme en marche...
dimanche, janvier 08, 2006
Les aleas de la critique de cinéma
Je viens de voir en DVD Monsieur N., d'Antoine de Caunes et, par curiosité, j'ai jeté un oeil sur les critiques du Monde et de Libé.
Et là, surprise ! Ce n'est certes pas le film du siècle, la mise en scène est empesée, mais ce film honnête ne mérite pas de telles descentes en flammes.
Les critiques sont tellement violentes qu'on en vient à se demander quelles obscures rancoeurs ou quels conflits d'intérêt poussent les auteurs, surtout qu'ils sont du genre à ne pas ménager leurs compliments à des films soporifiques. Mystère !
Et là, surprise ! Ce n'est certes pas le film du siècle, la mise en scène est empesée, mais ce film honnête ne mérite pas de telles descentes en flammes.
Les critiques sont tellement violentes qu'on en vient à se demander quelles obscures rancoeurs ou quels conflits d'intérêt poussent les auteurs, surtout qu'ils sont du genre à ne pas ménager leurs compliments à des films soporifiques. Mystère !
samedi, janvier 07, 2006
Le siècle de monsieur Pétain (AG Slama)

FFFF
Le titre est trompeur, ce n'est pas un énième ouvrage de repentance et de moralisation anachronique et simpliste. L'auteur part de l'idée que le duo "déchaînements de violence / évitements des conflits", par opposition au démocratique "expression des conflits / résolution des conflits", est typiquement français et a trouvé son apothéose dans le pétainisme où l'évitement des conflits entre "bons" Français et le déchainement de violence contre les "mauvais" Français étaient à leur maximum.
De cette peur du conflit, découle le communautarisme, où chacun serait rattaché à un groupe dans lequel il serait chez lui.
L'auteur fait un parallèle entre l'évitement du conflit avec Hitler et l'évitement du conflit avec les islamistes.
Le livre prend prétexte de "Monsieur Pétain", c'est-à-dire de l'homme politique des années 30 considéré comme un bon républicain.
Cet ouvrage fait l'apologie de l'acceptation de la confrontation, ce en quoi je l'approuve entièrement. Il considère que l'évitement du conflit génère la violence. Par exemple, quand je dis que les fonctionnaires et les salariés du privé ont des intérêts divergents, j'accepte un conflit que je ne fais que constater. Une fois cela posé, des discussions franches et viriles peuvent commencer. Mais si on fait toujours, à la chiraquienne, comme si les conflits n'existaient pas, si on verse dans la bluette comme quoi chacun aurait à coeur la "défense du service public" et qu'il n'y aurait que de légères divergences d'opinions sur le moyen d'y parvenir, on ne se donne aucune chance de résoudre les conflits et ils s'achèvent par des violences.
On a souvent remarqué que De Gaulle et Churchill étaient des lutteurs qui, non seulement, n'évitaient pas le conflit, mais s'y épanouissaient. Les lignes si célèbres du Fil de l'épée sur le caractère du chef tracent un anti-portrait de J. Chirac, et aussi, par bien des cotés, de N. Sarkozy (1).
L'identité, sur laquelle repose le communautarisme, n'est pas un état, contrairement à ce qu'on croit, mais un choix de rattachement (une identification), le plus souvent fait par d'autres, qui limite ma liberté : j'ai choisi, ou on a choisi pour moi, de considérer que ma qualité de Français était plus significative, plus constitutive de mon identité, que ma qualité de brun aux yeux verts, que le fait que je suis un homme est plus important que le fait que je suis droitier, etc. L'identité est le contraire de l'émancipation. L'identitarisme est par essence totalitaire. C'est pourquoi la création de statistiques ethnico-religieuses doit être regardée avec la plus grande prudence. Pour moi, il y a là un cas de conscience : d'un coté, ma tendance ingénieur a envie de savoir et de rassembler les données ; de l'autre, ma tendance courtoise rejette la considération de l'origine des individus.
"Etre soi-même" consiste à parcourir, sans en privilégier un seul que momentanément, ses différents rattachements, tellement nombreux qu'il se neutralisent. L'auteur cite abondamment Montaigne.
Bien sûr, cet individualisme récuse toute responsabilité collective, à plus forte toute culpabilité collective, c'est pourquoi la phrase de J. Chirac à propos de la rafle du Vel d'Hiv "Ce jour-là, la France accomplissait l'irréparable" est inadmissible : ce n'est pas "la France", qui a commis l'irréparable, ce sont les représentants de la police de Vichy, chacun, individuellement.
Pour synthétiser cette première partie : le communautarisme, en renvoyant les individus à une unique identité, à leur "nature", est caractéristique d'une peur des conflits, en cela, il s'oppose à l'idéal républicain français de l'individu libéré interagissant avec d'autres individus libres. On peut par exemple se demander ce que peuvent penser des juifs, qui ne se sentent pas plus juifs qu'autre chose, de s'entendre renvoyés sans cesse à la "communauté juive". De ce communautarisme découlent plusieurs conséquences :
> l'identité des invidus intervient dans la shère publique : la frontière fondamentale entre privé et public s'efface. Cela constitue une atteinte grave à la liberté. Un des symptomes les plus irritants, même si il n'est pas le plus lourd, est l'usage intensif des "cellules psychologiques" à la moindre catastrophe. Un deuil, la guérison d'un traumatisme, est du domaine le plus intime, de quel droit l'Etat intervient-il pour me pousser à voir un psychologue ? Comme d'habitude, cette atteinte à la liberté se fait sous couvert des meilleurs sentiments du monde. Big Brother a bon fond, c'est la GT (2) en pleine action.
> l'exaltation de la démocratie parfaite. Puisqu'on évite le conflit, puisque l'idéal est la fusion communautaire, on exalte une démocratie parfaite, qui, comme tout absolu, ne peut conduire qu'au totalitarisme, d'où surestimation de la démocratie directe, de la proximité, du "mouvement social", de la transparence. On nie la part de médiation, de représentation, d'opacité, qui, dans une vraie démocratie nécessairement imparfaite, participe à la résolution de conflits. On met au panier la phrase si profonde de Churchill : "La démocratie est le pire de tous les régimes, à l'exception de tous les autres." Il n'est pas sans signification que beaucoup de gens de gauche, aujourhui encore grands chantres de la "vraie" démocratie par opposition à la démocratie "formelle", se soient ralliés à la Révolution Nationale pétainiste.
Comme libéral, je regrette souvent la faiblesse des corps intermédiaires, cependant il ne s'agit pas de communautés organiques, mais d'instances représentatives librement choisies, comme les syndicats.
> la sacralisation de la nature. Nous sommes toujours dans la même veine fusionelle, anti-rationaliste, anti-libérale. Là encore, les écologistes devraient se méfier du pétainisme : "La terre, elle, ne ment pas." Protéger la nature, oui ; mais pas pour elle-même, juste en tant qu'elle est utile aux hommes et s'il faut abattre des arbres pour construire des logements, qu'il en soit ainsi. Il est amusant de remarquer que la parenté idéologique entre l'exaltation de la démocratie directe et l'écologisme fait que les écolos n'arrivent jamais à se mettre d'accord sur un représentant (3).
> tout ce communautarisme anti-rationaliste, fusionel et anti-libéral a abouti à cette horreur juridique qu'est l'inscription dans la Constitution du principe de précaution. Comme pour la sainte Inquisition, la charge de la preuve est renversée : ce n'est pas à l'accusation de prouver, c'est à l'accusé, le scientifique, l'industriel, l'expérimentateur, de montrer qu'il est innocent ; démonstration très difficile et couteuse, dans le meilleur des cas, sinon impossible.
On remarque que J. Chirac a fortement contribué à ces dégradations du modèle républicain, mais les idées de Nicolas Sarkozy, en matière d'immigration et de communautarisme, ne sont pas moins nocives.
Tout cela est à l'opposé des pratiques de la IIIème République, qui se méfiait, par souvenir de la Terreur et de l'Eglise, de la Fraternité. De plus, elle faisait peu de lois, mais essentielles, tout le contraire de l'inflation législative brouillonne actuelle.
On en vient à Péguy, qui tout républicain et dreyfusard qu'il était, finit tout de même, par nostalgie de la fusion nationaliste, par suggérer qu'on passe Jaurès à la machine à raccourcir. Les idées de 1900 sur le rapport organique entre l'individu et la société vont aboutir à la Révolution Nationale de 1940.
Notamment tous communient dans la haine de l'argent, du bourgeois, de la politique. L'argent n'a pas d'odeur, pas de coeur, pas de patrie, certes, mais c'est ce qui fait sa grande qualité : l'argent n'est pas raciste, ne discrimine pas, 1 € dans la poche d'un noir permet d'acheter autant de bonbons qu' 1 € dans la poche d'un blanc.
La communauté et la liberté s'opposent, il n'y a pas de synthèse possible. Chercher une synthèse, c'est déjà donner raison au projet fusionnel du communautarisme. On peut, on doit, vivre en acceptant que certaines oppositions ne sont pas réconciliables. La dérive communautaire a trois étapes : le compromis, l'identification et l'inféodation totalitaire du moi à une appartenance. Par exemple, les fondamentalistes islamiques en sont à ce troisième stade, c'est pourquoi, pour eux, tout est islamique : la boucherie, la banque, l'école, et, si ils étaient plombiers, ils seraient "plombiers islamiques".
Un des problèmes actuels est le lien étroit entre communautarisme, ordre moral et communication de masse. On sait par expérience que la communication de masse favorise le conformisme, l'opinion simpliste, le manichéisme, l'appartenance à des "tribus". Le débordement de la communication est un engrais fertile pour le communautarisme. C'est peut-être, physiquement, la plus grande différence avec la IIIème république naissante.
Or, Pétain a incarné cette vision communatariste, communicante, anti-libérale et anti-individualiste. Puisque je parle souvent d'éducation, que reprochait Pétain à l'éducation des années 30 : "de se donner comme but unique l'individu considéré comme une fin en soi." ? Reproche pétainiste étonnament actuel qu'on pourrait retrouver dans la bouche de tous ceux qui veulent ouvrir l'école sur le monde proche pour mieux maintenir les élèves dans leur milieu d'origine. Pendant qu'on y est, signalons que la promotion de l'égalité des chances a été inventée par Gaston Bergery pour le discours de Pétain du 11 octobre 1940. Troublant, non ? Un républicain s'intéresse, pour les libéraux, à l'égalité des droits ou, pour la gauche, de l'égalité de fait, toutes deux rationalisables, discutables, sujets de politique, pas à celle des chances, subjective, non mesurable, soumise à l'émotion. Pour continuer dans cette veine des analogies entre le pétainisme et 2006, on peut aussi constater que Pétain était en 1917 pour une censure "douce" dont la définition qu'il donnait pourrait fort bien convenir à l'auto-censure et au contrôle social qu'est notre "politiquement correct". Allons encore plus loin : Pétain, n'ayant pas la passion révolutionnaire de la Justice mais lui attribuant seulement une fonction sociale, pensait qu'elle devait se faire accepter par la société. N'est-ce pas ce que fait notre justice en cédant aux délires anti-pédophiles, aux excès de la justice émotionelle et médiatique ?
Enfin, Pétain est à l'origine de l'image du "monarque républicain", au-dessus des partis, paternaliste, dans laquelle se sont si bien coulés ses successeurs.
L'individualisme est couteux, la liberté difficile ; la communauté est rassurante. Mais voilà, la communauté est aussi une violence : on ne s'en détache pas et, au besoin, elle vous garde en son sein par la force.
Les communautarismes se constituent autour de noyaux durs qui s'imposent à la majorité molle. On voit ce phénomène quotidiennement en France.
Dans la recherche des valeurs (fraternité, justice, égalité, etc.), la liberté est la grande oubliée, encore aujourd'hui. Or, si l'histoire du XXème siècle devait servir à quelque chose, ça serait bien à rappeler que la liberté est la première condition de l'existence de toutes les autres valeurs.
Pour Slama, le pétainisme, sous de nouveaux vêtements, pourrait se révéler la grande tentation du XXIème siècle. Je lui laisse l'avant-dernier mot :
Toute la question est aujourd'hui de savoir quel pôle doit l'emporter dans les institutions de la Vème République, du pôle monarchique ou du pôle républicain. Le monarque se perçoit comme fédérateur d'un ensemble de communautés, et c'est bien la pente qui n'a cessé de s'accélérer jusqu'à la réforme constitutionnelle du quinquennat, qui a encore aggravé les choses sous la présidence de Jacques Chirac. La loi sur la représentaion paritaire des hommes et des femmes [à laquelle était opposé un couple aussi peu machiste que le couple Badinter], la création du Conseil français du culte musulman, les lois ouvrant aux associations la possibilité de se porter parties civiles non pas en tant que victimes mais au nom des victimes, l'introduction des intérêts ethniques, religieux et sexistes dans le Code pénal, les interrogations sur la révision de la loi de séparation de 1905, les hésitations dans le débat sur les discriminations positives, les révisions de la langue "politquement correctes" sous la pression de groupes identitaires [la grande cuistrerie de la féminisation des noms de fonction], le déchaînement croissant de l'ordre moral contre l'argent sont autant de compromis qui, si l'on en juge par l'expérience historique, donnent la cause de la laïcité, de l'égalité devant la loi et de la séparation de l'espace public et de la sphère privée, bref la cause de l'individu, perdue d'avance. La loi portant interdiction des signes religieux dans les écoles a été défendue essentiellement au nom des droits des femmes, ce qui allait de soi, alors qu'elle aurait dû l'être au nom du devoir de l'Etat de garantir la neutralité de l'espace public ; si opportune qu'elle ait été, elle ne suffit pas à elle seule, à freiner la pétainisation des esprits.
Le pôle républicain fait pourtant l'objet d'une attente. La peur de la guerre menée par le terrorisme contre les démocraties et leurs alliés incite les peuples à exiger des pouvoirs qu'ils cessent de capituler sur le front des libertés devant un adversaire totalitaire [...] L'acceptation de l'autorité de la loi irait croissant, si l'exécutif, à commencer par son chef, assumait en retour ses responsabilités en posant au pays la question de confiance sur les sujets essentiels et en se retirant en cas de désaveu du corps électoral. Il est indispensable de repolitiser les conflits pour arrêter la dérive monarchique qui fait reposer la survie du système sur les arbitrages du pouvoir judiciaire et sur les marchandages entre les élus et les communautés identitaires qui ont pris la rélève des anciennes et mortelles combinaisons de partis. Pour opérer ce redressement avant que la société se délite, c'est maintenant ou jamais.
Je vous présente mes excuses d'avoir été fort long, mais la lecture de ce livre m'a permis de passer en revue certains des thèmes qui me sont le plus cher : préférence aux corps intermédiaires représentatifs plutôt qu'aux communautés, nette séparation public-privé, importance de ne pas fuir le conflit, opposition à l'écologisme, méfiance vis-à-vis la démocratie directe, amour de la liberté (Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs).
J'espère que, du plus profond, le Surmoi républicain ressurgira. Autant je frémis devant le sang versé par la Révolution, autant je me réjouis du printemps de la liberté que furent les premiers mois de 1789. La République "une, indivisible, démocratique, laïque et sociale" est encore la solution de nos problèmes parce qu'elle est toujours imparfaite, toujours à perfectionner, toujours en devenir.
Aujourd'hui, je ne vois aucun homme politique pour porter ce projet, mais je ne suis "jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance" pour cette "vieille France, accablée d'Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau.". La conjonction des volontés de quelques hommes libres peut bien des choses, qu'on qualifie quelquefois, dans la méconnaissance des pouvoirs de la liberté, de miracles ; après tout, n'est-ce pas comme cela que le monde avance, depuis que le monde est monde ?
Critique de Le siècle de monsieur Pétain par Pierre Assouline
(1) : concernant Sarkozy, je pense notamment à "Le silence, splendeur des forts, refuge des faibles."
(2) : GT : je rappelle pour ceux qui ne sont pas encore habitué à ce sigle : Guimauve Totalitaire : pensée unique à forte dose de bons sentiments mais tendant à imposer sans échappatoire un mode de vie (par exemple : ne pas fumer, ne pas polluer)
(3) : Je ne résiste pas, sur l'écologie à vous citer un extrait :
Aujourd'hui, comme hier, le discours écologique, version ripolinée du retour à la terre de Vichy, procède de la même rhétorique de rééquilibrage des rapports sociaux, des modes de vie, des valeurs spirituelles et matérielles, des mégapoles et du "désert" à reconquérir et à faire fructifier. Il parie sur la même illusions de canaliser les forces traditionnelles dans le sens de la modernité. Or cette recherche d'une impossible synthèse se traduit par le blocage des processus de modernisation. Comme au temps de Pétain, les mêmes ambiguités se reproduisent. Les thèses réactionnaires de José Bové dont le protectionnisme condamnerait la France à l'isolement de la "France seule" se présentent sous les couleurs de l'altermondialisme. L'archaïsme de la "non-croissance" qui conduirait le pays à la régression se présente comme un choix dynamique de la modernité. La cloture ethnicisante des racines se revendique de l'ouverture à la différence. La violence des commandos anti-OGM se réclame de la sécurité alimentaire. Dans un cas comme dans l'autre, la croyance, peut-être sincère, dans la compatibilité entre deux modèles de civilisation [tradition organisciste, progrès libéral] engendre la montée irrésistible des comportements réactionnaires, le déclin économique et les multiplications des facteurs de violence civile.
jeudi, janvier 05, 2006
A l'occasion de la mort politique d'Ariel Sharon
Comme j'en ai ma claque de la guimauve unique bien pensante (1) (Israéliens méchants capitalistes pro-Bush, Palestiniens gentils prolétaires pro-Chirac), je me permets de faire un point sur ce conflit dont je vous parle peu :
> Le mouvement de baisse de tension d'Israël avec ses voisins va se poursuivre pour une raison simple : les Israéliens se préparent au fait que l'Iran va avoir la bombinette. Bien entendu, il est hors de question qu'ils l'admettent mais certains signes le montrent. Cela signifie que les deux parties auront intérêt à ce qu'il n'y ait pas trop de prétexte à escalade nucléaire dans la région. Les Iraniens dans leur quête de l'arme nucléaire sont très réfléchis, on peut espérer qu'ils le seront aussi dans son usage.
> la société palestinienne est une société très violente en proie à de grave problèmes internes, notamment la corruption, alimentée, entre autres, par les fonds européens (probablement encore un exemple où des bons sentiments trop naïfs ont eu des résultats pratiques désastreux). Tant qu'Israël tenait lieu de bouc-émissaire, la violence était orientée vers l'extérieur. Maintenant que, par un coup magistral de Sharon, la bande de Gaza a été évacuée et que les élections palestiniennes approchent, le bouc-émissaire sioniste est un peu moins présent et la violence s'est retournée en interne : racket, attentats entre fractions, assassinats, violences diverses, n'ont jamais été aussi nombreux en Palestine. Mais, bien entendu, comme les Palestiniens sont censés être les victimes (gentilles, forcément gentilles), on évite d'en parler en France. Or, du fait de la baisse de tension expliquée au premier point, les Palestiniens risquent de plus en plus d'être confrontés à leurs problèmes économiques, sociaux et politiques internes.
Le premier abandon des Palestiniens a eu lieu après la première guerre du golfe : l'abandon financier et politique par les pétro-monarchies. Un deuxième abandon les guette aujourd'hui : l'abandon médiatique, par lassitude de ces querelles.
(1) : désormais, sur ce blog, cette guimauve unique bien-pensante sera abrégée en GT (Guimauve Totalitaire)
> Le mouvement de baisse de tension d'Israël avec ses voisins va se poursuivre pour une raison simple : les Israéliens se préparent au fait que l'Iran va avoir la bombinette. Bien entendu, il est hors de question qu'ils l'admettent mais certains signes le montrent. Cela signifie que les deux parties auront intérêt à ce qu'il n'y ait pas trop de prétexte à escalade nucléaire dans la région. Les Iraniens dans leur quête de l'arme nucléaire sont très réfléchis, on peut espérer qu'ils le seront aussi dans son usage.
> la société palestinienne est une société très violente en proie à de grave problèmes internes, notamment la corruption, alimentée, entre autres, par les fonds européens (probablement encore un exemple où des bons sentiments trop naïfs ont eu des résultats pratiques désastreux). Tant qu'Israël tenait lieu de bouc-émissaire, la violence était orientée vers l'extérieur. Maintenant que, par un coup magistral de Sharon, la bande de Gaza a été évacuée et que les élections palestiniennes approchent, le bouc-émissaire sioniste est un peu moins présent et la violence s'est retournée en interne : racket, attentats entre fractions, assassinats, violences diverses, n'ont jamais été aussi nombreux en Palestine. Mais, bien entendu, comme les Palestiniens sont censés être les victimes (gentilles, forcément gentilles), on évite d'en parler en France. Or, du fait de la baisse de tension expliquée au premier point, les Palestiniens risquent de plus en plus d'être confrontés à leurs problèmes économiques, sociaux et politiques internes.
Le premier abandon des Palestiniens a eu lieu après la première guerre du golfe : l'abandon financier et politique par les pétro-monarchies. Un deuxième abandon les guette aujourd'hui : l'abandon médiatique, par lassitude de ces querelles.
(1) : désormais, sur ce blog, cette guimauve unique bien-pensante sera abrégée en GT (Guimauve Totalitaire)
Ach ! Les transferts de teknologie, grosse malheur !
On parle beaucoup des transferts de technologie d'Airbus vers la Chine. Je pense qu'il est approprié de rappeler une anecdote d'un temps où le transfert de technologie a été plus brutal.
En 1945, la France était dans le camp des vainqueurs, en vertu d'un miracle gaullien comme il en arrive peu dans l'histoire. Les Allemands, tout nazis et vaincus qu'ils se trouvaient, étaient en avance dans de nombreux domaines : propulsion à réaction, ailes en flèches, sous-marins, engins téléguidés, fusées, etc. S'est donc déroulée, en Allemagne ce printemps là, une sorte de championnat du monde de transferts de technologie avec comme seuls participants l'URSS, les USA, la Grande-Bretagne et la France ; plateau certes restreint mais de grande qualité. Bien entendu, tous les coups étaient permis et les négociations avec les "transférés" réduites au strict minimum : "Bonjour, veuillez me suivre."; puisque, tant qu'à faire, autant prendre les bonhommes en même temps que le matériel.
Si l'URSS et les USA furent les grands vainqueurs, la France n'a pas mal tiré son épingle du jeu en "invitant" Willy Messerschmidt, quelques uns de ses ingénieurs et leurs archives.
Récit d'un ingénieur français partageant son bureau avec un Allemand :
J'étais assis en face d'un Allemand ; on arrivait le matin, on se disait bonjour. Il fallait que je me recule, à tous les coups quand il se baissait, je recevais un coup de tête dans le menton. Après m'avoir dit bonjour, il s'asseyait et ne me disait plus un mot. Il avait une rame de papier vierge. A midi, les feuilles étaient couvertes de calculs, mais je n'ai jamais compris ce qu'il faisait. J'ai regardé ses papiers et ça me paraissait bidon. Là dedans, il devait nous raconter beaucoup d'histoires. On sentait qu'il faisait durer le plaisir. [...] Plus tard, je suis directement allé voir leurs engins qu'on avait récupérés, je trouvais une drôle d'allure à leurs boulons avec des fils qui dépassaient. J'ai pris un technicien, nous avons déroulé cinquante mètres de fils, branché sur les boulons et mis du jus. Nous avons été probablement les premiers en France à faire sauter des boulons explosifs. Ensuite, nous les avons copiés.
En lisant ce témoignage, on en oublierait presque que ATAR, nom du réacteur à succès de la SNECMA, toujours en service 60 ans après sa conception, signifie ATelier Aéronautique de Rickenbach (ville située sur le lac de Constance, pas particulièrement en France), conçu par le Groupe O, O comme le professeur Oestrich (nom pas particulièrement français non plus).
En 1945, la France était dans le camp des vainqueurs, en vertu d'un miracle gaullien comme il en arrive peu dans l'histoire. Les Allemands, tout nazis et vaincus qu'ils se trouvaient, étaient en avance dans de nombreux domaines : propulsion à réaction, ailes en flèches, sous-marins, engins téléguidés, fusées, etc. S'est donc déroulée, en Allemagne ce printemps là, une sorte de championnat du monde de transferts de technologie avec comme seuls participants l'URSS, les USA, la Grande-Bretagne et la France ; plateau certes restreint mais de grande qualité. Bien entendu, tous les coups étaient permis et les négociations avec les "transférés" réduites au strict minimum : "Bonjour, veuillez me suivre."; puisque, tant qu'à faire, autant prendre les bonhommes en même temps que le matériel.
Si l'URSS et les USA furent les grands vainqueurs, la France n'a pas mal tiré son épingle du jeu en "invitant" Willy Messerschmidt, quelques uns de ses ingénieurs et leurs archives.
Récit d'un ingénieur français partageant son bureau avec un Allemand :
J'étais assis en face d'un Allemand ; on arrivait le matin, on se disait bonjour. Il fallait que je me recule, à tous les coups quand il se baissait, je recevais un coup de tête dans le menton. Après m'avoir dit bonjour, il s'asseyait et ne me disait plus un mot. Il avait une rame de papier vierge. A midi, les feuilles étaient couvertes de calculs, mais je n'ai jamais compris ce qu'il faisait. J'ai regardé ses papiers et ça me paraissait bidon. Là dedans, il devait nous raconter beaucoup d'histoires. On sentait qu'il faisait durer le plaisir. [...] Plus tard, je suis directement allé voir leurs engins qu'on avait récupérés, je trouvais une drôle d'allure à leurs boulons avec des fils qui dépassaient. J'ai pris un technicien, nous avons déroulé cinquante mètres de fils, branché sur les boulons et mis du jus. Nous avons été probablement les premiers en France à faire sauter des boulons explosifs. Ensuite, nous les avons copiés.
En lisant ce témoignage, on en oublierait presque que ATAR, nom du réacteur à succès de la SNECMA, toujours en service 60 ans après sa conception, signifie ATelier Aéronautique de Rickenbach (ville située sur le lac de Constance, pas particulièrement en France), conçu par le Groupe O, O comme le professeur Oestrich (nom pas particulièrement français non plus).
We don't need no education
L'article ci-dessous, en prouvant que ce n'est pas mieux ailleurs, renforce un argument utilisé par les anti-constructivistes disant que les comparaisons internationales en matière d'éducation n'ont guère de valeur :
> tous les pays de comparaison usuelle, à l'exception de la Corée ou de Singapour, ont cédé au constructivisme pédagogique parce qu'il correspond à l'hédonisme des baby-boomers. Les comparaisons internationales reviennent à comparer des catastrophes entre elles.
> les différences culturelles rendent ces comparaisons difficiles.
C'est pourquoi les anti-constructivistes préfèrent les comparaisons dans le temps, ce qui peut les faire taxer de passéistes. Mais, à ma connaissance, les savoirs fondamentaux, lire, écrire, compter n'ont pas évolué ces deux derniers siècles,la comparaison est donc pertinente.
Or, il y a quelques années, on avait fait faire à des élèves de 3ème une dictée de "certif" des années 30 pour laquelle on avait les copies des élèves d'origine. Inutile d'insister sur le fait qu'on s'est empressé d'enterrer les résultats de la comparaison.
J'ai hésité avant de vous communiquer cet article ; non pas pour des questions de fond, il martèle des idées bonnes à écrire, mais parce qu'il est assez long et anglais. Cependant, je pense que ça méritait d'être dit.
Il décrit bien cet esprit "bobo" où, sous prétexte d'être généreux avec les pauvres et de les respecter, on s'arrange pour qu'ils ne sortent jamais de leur milieu et de leur pauvreté.
L'auteur a aussi écrit un excellent article sur nos "troubles sociaux" (euphémisme officiel), article publié, devinez quand, à l'automne 2002 ! Il pensait à l'époque que la montée des "incivilités" (autre euphémisme) n'était en rien anodine et que les Français risquaient des réveils pénibles. Pas mal vu, non ?
We don't need no education
Education has always been a minority interest in England. The English have generally preferred to keep the bloom of their ignorance intact and on the whole have succeeded remarkably well, despite a century and a quarter of compulsory schooling of their offspring.
In the past their ignorance was purely passive: the mere absence of knowledge. Of late, however, it has taken on a more positive and malign quality: a profound aversion to anything that smacks of intelligence, education, or culture. Not long ago, there was a popular song whose first lines successfully captured this widespread mood of hostility: We don't need no education,/We don't need no thought control. And a couple of months ago, I noticed some wall posters advertising a new song: "Poor, White, and Stupid."
I wish I could say that some irony was intended, but the cult of stupidity has become in England what the cult of celebrity is in the United States. To call someone clever has never been an unequivocal compliment in England, but it takes a special kind of perversity for students at the high school situated 400 yards from my hospital to say to one of their colleagues, who took an overdose because of the constant bullying to which she was subject: You're stupid because you're clever.
What did they mean by this apparent paradox? They meant that anyone who tried hard at school and performed well was wasting his time, when he could have been engaged in the real business of life, such as truanting in the park or wandering downtown. Furthermore, there was menace in their words: If you don't mend your ways and join us, they were saying, we'll beat you up. This was no idle threat: I often meet people in their twenties and thirties in my hospital practice who gave up at school under such duress and subsequently realize that they have missed an opportunity which, had it been taken, would have changed the whole course of their lives much for the better. And those who attend the few schools in the city which maintain very high academic standards risk a beating if they venture to where the poor white stupids live. In the last year, I have treated two boys in the emergency room after such a beating, and two others who have taken overdoses for fear of receiving one at the hands of their neighbors.
Just as it was impossible to go broke underestimating the taste of the American public, so it is impossible to overstate the abysmal educational depths to which a large proportion of the English have now sunk, boding ill for the country's future in the global market. Very few of the 16 yearolds whom I meet as patients can read and write with facility; they do not even regard my question as to whether they can read and write as in the least surprising or insulting. I now test the basic literacy of nearly every such youth I meet, in case illiteracy should prove to be one of the causes of his misery. (I had a patient recently whose brother committed suicide rather than face the humiliation of public exposure in the social security office of his inability to read the forms he was required to fill in.) One can tell merely by the way these youths handle a pen or a book that they are unfamiliar with these instruments. Even those who are under the impression that they can read and write adequately are utterly defeated by words of three syllables, and while they can sometimes read the words of a text, they no more understand them than if they had been in Church Slavonic.
I cannot recall meeting a 16yearold white from the public housing estates which are near my hospital who could multiply nine by seven (I do not exaggerate). Even three by seven often defeats them. One boy of 17 told me, "We didn't get that far." This, after 12 years of compulsory education (or should I say, attendance at school).
As to knowledge in other spheres, it is fully up to the standards set in mathematics. Most of the young whites whom I meet literally cannot name a single writer and certainly cannot recite a line of poetry. Not a single one of my young patients has known the dates of the Second World War, let alone of the First; some have never heard of these wars, though recently one young patient who had heard of the Second World War thought it took place in the eighteenth century. In the prevailing circumstances of total ignorance, I was impressed that he had heard of the eighteenth century. The name Stalin means nothing to these young people and does not even evoke the faint ringing of a bell, as the name Shakespeare (sometimes) does. To them, 1066 is more likely to mean a price than a date.
Thus are the young condemned to live in an eternal present, a present which merely exists, without connection to a past which might explain it or to a future which might develop from it. Theirs is truly a life of one damned thing after another. Likewise, they are deprived of any reasonable standards of comparison by which to judge their woes. They believe themselves deprived, because the only people with whom they can compare themselves are those who appear in advertisements or on television.
Mere semiliteracy and ignorance do not necessarily disqualify young people from passing public examinations, at least lowerlevel exams. Since failure is now regarded as fatally damaging to self-esteem, anyone who actually presents himself at an examination is likely to emerge with a certificate. I recently encountered a boy aged 16 in my clinic who wrote Dear Sir as deer sur, and I'm as ime (and whose grammar was fully consonant with his orthography), who had passed a public examination—in English.
Clearly, something very strange is happening in our schools. Our educational practices are now so bizarre that they would defy the pen of a Jonathan Swift to satirize them. In the very large metropolitan area in which I work, for example, the teachers have received instructions that they are not to impart the traditional disciplines of spelling and grammar. Pettifogging attention to details of syntax and orthography is said to inhibit children's creativity and powers of selfexpression. Moreover, to assert that there is a correct way of speaking or writing is to indulge in a kind of bourgeois cultural imperialism; and to tell children that they have got something wrong is necessarily to saddle them with a debilitating sense of inferiority from which they will never recover. I have met a few teachers who disobey these instructions in an atmosphere of clandestinity, in fear for their jobs, rather reminiscent of the atmosphere which surrounded those who secretly tried to propagate truth behind the late Iron Curtain.
I was told of one school where the teachers were allowed by the headmaster to make corrections, but only five per piece of work, irrespective of the number actually present. This, of course, was to preserve the amour propre of the children, but it seemed not to have occurred to this pedagogue that his fivecorrection rule was likely to have unfortunate consequences. The teacher might choose to correct an error in the spelling of a word, for example, and overlook precisely the same error in the next piece of work. How is a child to interpret correction based on this headmaster's principle? The less intelligent, perhaps, will regard it as a species of natural hazard, like the weather, about which he can do very little; while the more intelligent are likely to draw the conclusion that the principle of correction as such is inherently arbitrary and unjust.
Alarmingly, this arbitrariness reinforces precisely the kind of discipline which I see exercised around me every day by parents whose philosophy of child rearing is laissezfaire tempered by insensate rage. A small child rushes about noisily, creating havoc and wreaking destruction about him; the mother (fathers scarcely exist, except in the merest biological sense) first ignores the child, then shouts at him to stop, then ignores him, pleads with him, ignores him again, laughs at him, and then finally loses her temper, screeches abuse at him, and gives him a clout on the ear.
What is the child supposed to learn from this? He learns to associate discipline not with principle, and punishment not with his own behavior, but with the exasperated mood of his mother. This mood will itself depend upon many variables, few of them under the control of the child. The mother may be irritable because of her latest row with her latest boyfriend or because of a delay in the arrival of a social security payment, or she may be comparatively tolerant because she has received an invitation to a party or has just discovered that she is not pregnant after all. But what the child certainly never learns is that discipline has any meaning beyond the physical capacity and desire of the mother to impose it.
Everything is reduced to a mere contest of wills, and so the child learns that all restraint is but an arbitrary imposition from someone or something bigger and stronger than himself. The ground is laid for a bloodyminded intolerance of any authority whatever, even should that authority be based upon patently superior and benevolent knowledge and wisdom. Authority of any kind is experienced as an insult to the self, and must therefore be challenged because it is authority. The world is thus a world of permanently inflamed egos, trying to impose their wills on one another.
In the schools, young children are no longer taught in whole classes but in little groups. It is hoped that they will learn by discovery and play. There is no blackboard and no rote learning. Perhaps the method of teaching by turning everything into a game can work when the teacher is talented and the children are already socialized to learn; but when, as is usually the case, neither of these conditions obtains, the results are disastrous, not just in the short term but probably forever.
The children themselves eventually come to know that something is wrong, even if they are not able to articulate their knowledge. Of the generations of children who grew up with these pedagogical methods, it is striking how many of the more intelligent among them sense by their early twenties that something is missing from their lives. They don't know what it is, and they ask me what it could be. I quote them Francis Bacon: "It is a poore Center of a Mans Actions, Himselfe." They ask me what I mean, and I reply that they have no interests outside themselves, that their world is as small as the day they entered it, and that their horizons have not expanded in the least.
"But how do we get interested in something?" they ask.
This is where the baleful effect of education as mere entertainment makes itself felt. For to develop an interest requires powers of concentration and an ability to tolerate a degree of boredom while the elements of a skill are learned for the sake of a worthwhile end. Few people are attracted naturally by the vagaries of English spelling or by the rules of simple arithmetic, yet they must be mastered if everyday life in an increasingly complex world is to be negotiated successfully. And it is the plain duty of adults, from the standpoint of their superior knowledge and experience of the world, to impart to children what they need to know so that later they may exercise genuine choice. The demagogic equation of all authority, even over the smallest child, with unjustifiable political authoritarianism leads only to personal and social chaos.
Alas, the age of 20 is not the age at which to learn either to concentrate or to tolerate effort which is in itself not enjoyable. Never having experienced the pleasures of mastering something through disciplined effort, and with minds profoundly influenced by the swiftly moving and superficially exciting images of television, these young adults find that a sustained interest in anything is now beyond them. And in the modern urban world, anyone who cannot concentrate is truly a lost soul, for the only communities in such a world are those which grow up around interests which people hold in common. Moreover, in an age of increasing technological change, those without the ability or inclination to learn will be left farther and farther behind.
The gimcrack pedagogical notion that education should be "relevant" to children's lives gained currency in England in the sixties. The thought that this would confine children to the world that they already knew—and a pretty dismal world it was, too, as anyone with the slightest acquaintance with English workingclass life will testify—apparently never occurred to those educationists who claimed such exceptional sympathy with the relatively disadvantaged. The result was that a route—perhaps the one most frequently traveled—to social advancement was substantially closed to them.
Unfortunately, it is extremely difficult to overturn these educational (or antieducational) developments even now, when the central government has belatedly realized their disastrous consequences. Why? First, the teachers and the teachers of the teachers in the training colleges are deeply imbued with the kinds of educational ideas which have brought us to this pass. Second, a huge educational bureaucracy has grown up in England (one bureaucrat per teacher, pullulating like admirals in a South American navy) which uses every subterfuge to prevent change, from falsification of figures to willful misinterpretation of government policy. The Minister of Education may propose, but the bureaucracy disposes. Thus it happens that Britain spends a higher percentage of its GDP on education than any of its competitors and ends up with a catastrophically illeducated population, whose lack of intelligence is evident from their ruminant gaze to be seen on every street in the country, and which is remarked upon by all my foreign friends.
Bad as educational policy has been, however, there remains an important and refractory cultural dimension to the problem. It is easy—conceptually at least—to see what should be done on the plane of policy, but the English disdain for education is not easily overcome even in principle.
In the neighborhood in which I work, there are many immigrant groups. The largest are those from northwest India, Bangladesh, and Jamaica. There is also a large and settled white working class. The children from all these groups go to the same bad schools with the same bad teachers, but the results are dramatically different. The children of poor and unemployed immigrants from northwest India are never illiterate or semiliterate; a very respectable number go on to further education, even at the highest level, despite overcrowding in the home and apparent poverty. The other groups vie with each other to achieve the lowest educational level.
The lamentable fact is that a considerable proportion of the English population is simply unaware of the need for education. It seems stuck with the Victorian idea that England is by right and divine providence the workshop of the world, that Englishmen by virtue of their place of birth come into the world knowing all that it is necessary for them to know, and that if there are no jobs to employ their unskilled (and, it must be said, rather reluctant) labor, it is the fault of the government in league with the plutocrats in top hats and tails, who have conspired to exploit cheap Japanese labor. One thing an unemployed young Englishman is definitely not going to do is to make a concerted effort to equip himself with a salable skill.
I have had the following conversation on innumerable occasions with young men of about 20 who have been unemployed since leaving school, and whose general educational level is outlined above:
“Have you thought of improving your education?”
“No.”
“Why not?”
“There's no point. There are no jobs.“
"Could there be any other reason to get educated?"
'No." (This after puzzlement as to what I could possibly mean.)
There are two things to notice in this conversation. The first is that the unemployed young person considers the number of jobs in an economy as a fixed quantity. Just as the national income is a cake to be doled out in equal or unequal slices, so the number of jobs in an economy has nothing to do with the conduct of the people who live in it, but is immutably fixed. This is a concept of the way the world works which has been assiduously peddled, not only in schools during "social studies" but in the media of mass communication.
The second thing worthy of remark is the complete absence of the idea that mental culture is a good in itself, that it has a value irrespective of one's employment prospects. Just as patients' responses to the same illness and disability vary according to their predisposition and character, so does a man's response to unemployment. A man with an interest to pursue, or at least with the mental equipment to pursue, an interest is not in such dire straits as a man obliged by the tabula rasa of his mind to stare vacantly at the four walls for weeks, months, or years on end. He is more likely to come up with an idea for self-employment or at the very least to seek work in places and in fields which are new to him. He is not condemned to stagnation.
There is one great psychological advantage to the white underclass in their disdain for education: it enables them to maintain the fiction that the society around them is grossly, even grotesquely, unjust, and that they themselves are the victims of this injustice. If, on the contrary, education were seen by them as a means available to all to rise in the world, as indeed it could be and is in many societies, their whole viewpoint would naturally have to change. Instead of attributing their misfortunes to others, they would have to look inward, which is always a painful process. Here we see the reason why scholastic success is violently discouraged, and those who pursue it persecuted, in underclass schools: for it is perceived, inchoately no doubt, as a threat to an entire Weltanschauung. The success of one is a reproach to all.
And a whole way of life is at stake. This way of life is akin to drug addiction, of which crime is the heroin and social security the methadone. The latter, as we know, is the harder habit to kick, and its pleasures, though less intense, are longer lasting. The sour satisfaction of being dependent on social security resides in its automatic conferral of the status of Victim, which in itself simultaneously explains one's failure and absolves one of the obligation to make something of oneself, ex hypothesi impossible because of the unjust nature of society which made one a victim in the first place. The redemptive value of education blows the whole affecting scene apart: no wonder we don't want no education.
In one sense (and in one sense alone), however, the underclass has been victimized, or perhaps betrayed is a better word. The educational absurdities foisted on the lower orders were the idea not of the lower orders themselves but of those who were in a position to avoid their baleful effects: that is to say, middleclass intellectuals. If I were inclined to paranoia (which fortunately I am not), I should say that the efforts of educationists were part of a giant plot by the middle classes to keep power for themselves and to restrict competition, in the process creating sinecures for some of their less able and dynamic members—namely the educationists. But if these middle classes have maintained their power, it is in an increasingly enfeebled and impoverished country.
> tous les pays de comparaison usuelle, à l'exception de la Corée ou de Singapour, ont cédé au constructivisme pédagogique parce qu'il correspond à l'hédonisme des baby-boomers. Les comparaisons internationales reviennent à comparer des catastrophes entre elles.
> les différences culturelles rendent ces comparaisons difficiles.
C'est pourquoi les anti-constructivistes préfèrent les comparaisons dans le temps, ce qui peut les faire taxer de passéistes. Mais, à ma connaissance, les savoirs fondamentaux, lire, écrire, compter n'ont pas évolué ces deux derniers siècles,la comparaison est donc pertinente.
Or, il y a quelques années, on avait fait faire à des élèves de 3ème une dictée de "certif" des années 30 pour laquelle on avait les copies des élèves d'origine. Inutile d'insister sur le fait qu'on s'est empressé d'enterrer les résultats de la comparaison.
J'ai hésité avant de vous communiquer cet article ; non pas pour des questions de fond, il martèle des idées bonnes à écrire, mais parce qu'il est assez long et anglais. Cependant, je pense que ça méritait d'être dit.
Il décrit bien cet esprit "bobo" où, sous prétexte d'être généreux avec les pauvres et de les respecter, on s'arrange pour qu'ils ne sortent jamais de leur milieu et de leur pauvreté.
L'auteur a aussi écrit un excellent article sur nos "troubles sociaux" (euphémisme officiel), article publié, devinez quand, à l'automne 2002 ! Il pensait à l'époque que la montée des "incivilités" (autre euphémisme) n'était en rien anodine et que les Français risquaient des réveils pénibles. Pas mal vu, non ?
We don't need no education
Education has always been a minority interest in England. The English have generally preferred to keep the bloom of their ignorance intact and on the whole have succeeded remarkably well, despite a century and a quarter of compulsory schooling of their offspring.
In the past their ignorance was purely passive: the mere absence of knowledge. Of late, however, it has taken on a more positive and malign quality: a profound aversion to anything that smacks of intelligence, education, or culture. Not long ago, there was a popular song whose first lines successfully captured this widespread mood of hostility: We don't need no education,/We don't need no thought control. And a couple of months ago, I noticed some wall posters advertising a new song: "Poor, White, and Stupid."
I wish I could say that some irony was intended, but the cult of stupidity has become in England what the cult of celebrity is in the United States. To call someone clever has never been an unequivocal compliment in England, but it takes a special kind of perversity for students at the high school situated 400 yards from my hospital to say to one of their colleagues, who took an overdose because of the constant bullying to which she was subject: You're stupid because you're clever.
What did they mean by this apparent paradox? They meant that anyone who tried hard at school and performed well was wasting his time, when he could have been engaged in the real business of life, such as truanting in the park or wandering downtown. Furthermore, there was menace in their words: If you don't mend your ways and join us, they were saying, we'll beat you up. This was no idle threat: I often meet people in their twenties and thirties in my hospital practice who gave up at school under such duress and subsequently realize that they have missed an opportunity which, had it been taken, would have changed the whole course of their lives much for the better. And those who attend the few schools in the city which maintain very high academic standards risk a beating if they venture to where the poor white stupids live. In the last year, I have treated two boys in the emergency room after such a beating, and two others who have taken overdoses for fear of receiving one at the hands of their neighbors.
Just as it was impossible to go broke underestimating the taste of the American public, so it is impossible to overstate the abysmal educational depths to which a large proportion of the English have now sunk, boding ill for the country's future in the global market. Very few of the 16 yearolds whom I meet as patients can read and write with facility; they do not even regard my question as to whether they can read and write as in the least surprising or insulting. I now test the basic literacy of nearly every such youth I meet, in case illiteracy should prove to be one of the causes of his misery. (I had a patient recently whose brother committed suicide rather than face the humiliation of public exposure in the social security office of his inability to read the forms he was required to fill in.) One can tell merely by the way these youths handle a pen or a book that they are unfamiliar with these instruments. Even those who are under the impression that they can read and write adequately are utterly defeated by words of three syllables, and while they can sometimes read the words of a text, they no more understand them than if they had been in Church Slavonic.
I cannot recall meeting a 16yearold white from the public housing estates which are near my hospital who could multiply nine by seven (I do not exaggerate). Even three by seven often defeats them. One boy of 17 told me, "We didn't get that far." This, after 12 years of compulsory education (or should I say, attendance at school).
As to knowledge in other spheres, it is fully up to the standards set in mathematics. Most of the young whites whom I meet literally cannot name a single writer and certainly cannot recite a line of poetry. Not a single one of my young patients has known the dates of the Second World War, let alone of the First; some have never heard of these wars, though recently one young patient who had heard of the Second World War thought it took place in the eighteenth century. In the prevailing circumstances of total ignorance, I was impressed that he had heard of the eighteenth century. The name Stalin means nothing to these young people and does not even evoke the faint ringing of a bell, as the name Shakespeare (sometimes) does. To them, 1066 is more likely to mean a price than a date.
Thus are the young condemned to live in an eternal present, a present which merely exists, without connection to a past which might explain it or to a future which might develop from it. Theirs is truly a life of one damned thing after another. Likewise, they are deprived of any reasonable standards of comparison by which to judge their woes. They believe themselves deprived, because the only people with whom they can compare themselves are those who appear in advertisements or on television.
Mere semiliteracy and ignorance do not necessarily disqualify young people from passing public examinations, at least lowerlevel exams. Since failure is now regarded as fatally damaging to self-esteem, anyone who actually presents himself at an examination is likely to emerge with a certificate. I recently encountered a boy aged 16 in my clinic who wrote Dear Sir as deer sur, and I'm as ime (and whose grammar was fully consonant with his orthography), who had passed a public examination—in English.
Clearly, something very strange is happening in our schools. Our educational practices are now so bizarre that they would defy the pen of a Jonathan Swift to satirize them. In the very large metropolitan area in which I work, for example, the teachers have received instructions that they are not to impart the traditional disciplines of spelling and grammar. Pettifogging attention to details of syntax and orthography is said to inhibit children's creativity and powers of selfexpression. Moreover, to assert that there is a correct way of speaking or writing is to indulge in a kind of bourgeois cultural imperialism; and to tell children that they have got something wrong is necessarily to saddle them with a debilitating sense of inferiority from which they will never recover. I have met a few teachers who disobey these instructions in an atmosphere of clandestinity, in fear for their jobs, rather reminiscent of the atmosphere which surrounded those who secretly tried to propagate truth behind the late Iron Curtain.
I was told of one school where the teachers were allowed by the headmaster to make corrections, but only five per piece of work, irrespective of the number actually present. This, of course, was to preserve the amour propre of the children, but it seemed not to have occurred to this pedagogue that his fivecorrection rule was likely to have unfortunate consequences. The teacher might choose to correct an error in the spelling of a word, for example, and overlook precisely the same error in the next piece of work. How is a child to interpret correction based on this headmaster's principle? The less intelligent, perhaps, will regard it as a species of natural hazard, like the weather, about which he can do very little; while the more intelligent are likely to draw the conclusion that the principle of correction as such is inherently arbitrary and unjust.
Alarmingly, this arbitrariness reinforces precisely the kind of discipline which I see exercised around me every day by parents whose philosophy of child rearing is laissezfaire tempered by insensate rage. A small child rushes about noisily, creating havoc and wreaking destruction about him; the mother (fathers scarcely exist, except in the merest biological sense) first ignores the child, then shouts at him to stop, then ignores him, pleads with him, ignores him again, laughs at him, and then finally loses her temper, screeches abuse at him, and gives him a clout on the ear.
What is the child supposed to learn from this? He learns to associate discipline not with principle, and punishment not with his own behavior, but with the exasperated mood of his mother. This mood will itself depend upon many variables, few of them under the control of the child. The mother may be irritable because of her latest row with her latest boyfriend or because of a delay in the arrival of a social security payment, or she may be comparatively tolerant because she has received an invitation to a party or has just discovered that she is not pregnant after all. But what the child certainly never learns is that discipline has any meaning beyond the physical capacity and desire of the mother to impose it.
Everything is reduced to a mere contest of wills, and so the child learns that all restraint is but an arbitrary imposition from someone or something bigger and stronger than himself. The ground is laid for a bloodyminded intolerance of any authority whatever, even should that authority be based upon patently superior and benevolent knowledge and wisdom. Authority of any kind is experienced as an insult to the self, and must therefore be challenged because it is authority. The world is thus a world of permanently inflamed egos, trying to impose their wills on one another.
In the schools, young children are no longer taught in whole classes but in little groups. It is hoped that they will learn by discovery and play. There is no blackboard and no rote learning. Perhaps the method of teaching by turning everything into a game can work when the teacher is talented and the children are already socialized to learn; but when, as is usually the case, neither of these conditions obtains, the results are disastrous, not just in the short term but probably forever.
The children themselves eventually come to know that something is wrong, even if they are not able to articulate their knowledge. Of the generations of children who grew up with these pedagogical methods, it is striking how many of the more intelligent among them sense by their early twenties that something is missing from their lives. They don't know what it is, and they ask me what it could be. I quote them Francis Bacon: "It is a poore Center of a Mans Actions, Himselfe." They ask me what I mean, and I reply that they have no interests outside themselves, that their world is as small as the day they entered it, and that their horizons have not expanded in the least.
"But how do we get interested in something?" they ask.
This is where the baleful effect of education as mere entertainment makes itself felt. For to develop an interest requires powers of concentration and an ability to tolerate a degree of boredom while the elements of a skill are learned for the sake of a worthwhile end. Few people are attracted naturally by the vagaries of English spelling or by the rules of simple arithmetic, yet they must be mastered if everyday life in an increasingly complex world is to be negotiated successfully. And it is the plain duty of adults, from the standpoint of their superior knowledge and experience of the world, to impart to children what they need to know so that later they may exercise genuine choice. The demagogic equation of all authority, even over the smallest child, with unjustifiable political authoritarianism leads only to personal and social chaos.
Alas, the age of 20 is not the age at which to learn either to concentrate or to tolerate effort which is in itself not enjoyable. Never having experienced the pleasures of mastering something through disciplined effort, and with minds profoundly influenced by the swiftly moving and superficially exciting images of television, these young adults find that a sustained interest in anything is now beyond them. And in the modern urban world, anyone who cannot concentrate is truly a lost soul, for the only communities in such a world are those which grow up around interests which people hold in common. Moreover, in an age of increasing technological change, those without the ability or inclination to learn will be left farther and farther behind.
The gimcrack pedagogical notion that education should be "relevant" to children's lives gained currency in England in the sixties. The thought that this would confine children to the world that they already knew—and a pretty dismal world it was, too, as anyone with the slightest acquaintance with English workingclass life will testify—apparently never occurred to those educationists who claimed such exceptional sympathy with the relatively disadvantaged. The result was that a route—perhaps the one most frequently traveled—to social advancement was substantially closed to them.
Unfortunately, it is extremely difficult to overturn these educational (or antieducational) developments even now, when the central government has belatedly realized their disastrous consequences. Why? First, the teachers and the teachers of the teachers in the training colleges are deeply imbued with the kinds of educational ideas which have brought us to this pass. Second, a huge educational bureaucracy has grown up in England (one bureaucrat per teacher, pullulating like admirals in a South American navy) which uses every subterfuge to prevent change, from falsification of figures to willful misinterpretation of government policy. The Minister of Education may propose, but the bureaucracy disposes. Thus it happens that Britain spends a higher percentage of its GDP on education than any of its competitors and ends up with a catastrophically illeducated population, whose lack of intelligence is evident from their ruminant gaze to be seen on every street in the country, and which is remarked upon by all my foreign friends.
Bad as educational policy has been, however, there remains an important and refractory cultural dimension to the problem. It is easy—conceptually at least—to see what should be done on the plane of policy, but the English disdain for education is not easily overcome even in principle.
In the neighborhood in which I work, there are many immigrant groups. The largest are those from northwest India, Bangladesh, and Jamaica. There is also a large and settled white working class. The children from all these groups go to the same bad schools with the same bad teachers, but the results are dramatically different. The children of poor and unemployed immigrants from northwest India are never illiterate or semiliterate; a very respectable number go on to further education, even at the highest level, despite overcrowding in the home and apparent poverty. The other groups vie with each other to achieve the lowest educational level.
The lamentable fact is that a considerable proportion of the English population is simply unaware of the need for education. It seems stuck with the Victorian idea that England is by right and divine providence the workshop of the world, that Englishmen by virtue of their place of birth come into the world knowing all that it is necessary for them to know, and that if there are no jobs to employ their unskilled (and, it must be said, rather reluctant) labor, it is the fault of the government in league with the plutocrats in top hats and tails, who have conspired to exploit cheap Japanese labor. One thing an unemployed young Englishman is definitely not going to do is to make a concerted effort to equip himself with a salable skill.
I have had the following conversation on innumerable occasions with young men of about 20 who have been unemployed since leaving school, and whose general educational level is outlined above:
“Have you thought of improving your education?”
“No.”
“Why not?”
“There's no point. There are no jobs.“
"Could there be any other reason to get educated?"
'No." (This after puzzlement as to what I could possibly mean.)
There are two things to notice in this conversation. The first is that the unemployed young person considers the number of jobs in an economy as a fixed quantity. Just as the national income is a cake to be doled out in equal or unequal slices, so the number of jobs in an economy has nothing to do with the conduct of the people who live in it, but is immutably fixed. This is a concept of the way the world works which has been assiduously peddled, not only in schools during "social studies" but in the media of mass communication.
The second thing worthy of remark is the complete absence of the idea that mental culture is a good in itself, that it has a value irrespective of one's employment prospects. Just as patients' responses to the same illness and disability vary according to their predisposition and character, so does a man's response to unemployment. A man with an interest to pursue, or at least with the mental equipment to pursue, an interest is not in such dire straits as a man obliged by the tabula rasa of his mind to stare vacantly at the four walls for weeks, months, or years on end. He is more likely to come up with an idea for self-employment or at the very least to seek work in places and in fields which are new to him. He is not condemned to stagnation.
There is one great psychological advantage to the white underclass in their disdain for education: it enables them to maintain the fiction that the society around them is grossly, even grotesquely, unjust, and that they themselves are the victims of this injustice. If, on the contrary, education were seen by them as a means available to all to rise in the world, as indeed it could be and is in many societies, their whole viewpoint would naturally have to change. Instead of attributing their misfortunes to others, they would have to look inward, which is always a painful process. Here we see the reason why scholastic success is violently discouraged, and those who pursue it persecuted, in underclass schools: for it is perceived, inchoately no doubt, as a threat to an entire Weltanschauung. The success of one is a reproach to all.
And a whole way of life is at stake. This way of life is akin to drug addiction, of which crime is the heroin and social security the methadone. The latter, as we know, is the harder habit to kick, and its pleasures, though less intense, are longer lasting. The sour satisfaction of being dependent on social security resides in its automatic conferral of the status of Victim, which in itself simultaneously explains one's failure and absolves one of the obligation to make something of oneself, ex hypothesi impossible because of the unjust nature of society which made one a victim in the first place. The redemptive value of education blows the whole affecting scene apart: no wonder we don't want no education.
In one sense (and in one sense alone), however, the underclass has been victimized, or perhaps betrayed is a better word. The educational absurdities foisted on the lower orders were the idea not of the lower orders themselves but of those who were in a position to avoid their baleful effects: that is to say, middleclass intellectuals. If I were inclined to paranoia (which fortunately I am not), I should say that the efforts of educationists were part of a giant plot by the middle classes to keep power for themselves and to restrict competition, in the process creating sinecures for some of their less able and dynamic members—namely the educationists. But if these middle classes have maintained their power, it is in an increasingly enfeebled and impoverished country.
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