Les privilégiés de la DGAC n’ont rien à faire des voyageurs
Grève surprise des agents de la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) le mardi 7 février. Plus de 50% du trafic a été annulé en raison de l’arrêt de travail décidé par les syndicats – en particulier l’USAC CGT– pour protester contre un nouveau programme de vols proposé par la Direction. Le système d’astreinte, pourtant voté par les syndicats et la direction, n’a pas fonctionné et les voayageurs ont été pris en otages par les aiguilleurs du ciel. L’iFRAP a déjà consacré plusieurs enquêtes au statut et aux privilèges de ces agents. Rappelons quelques faits.
On peut comparer les effectifs de contrôleurs et le nombre de vols contrôlés dans différents pays développés.
Nb. de vols contrôlés------Nb. de contrôleurs--------Rapport vols/contrôleurs
France--- 2 500 000-------------- 4113 au 1/1/02--------------607
USA ---- 73 000 000-----------------18000----------------------4055
Allemagne-- 2 600 000---------------1700----------------------1529
UK-------2 350 000--------------1600----------------------1468
La charge de chaque contrôleur français est 6,5 fois moindre que celle de son homologue US.
Elle est aussi largement inférieure (2,5 fois moins) à celles des Allemands et des Anglais. Notons que sur beaucoup d’aéroports modestes cette tâche est dévolue à des agents salariés des chambres de commerce locales et non à la DGAC. Les appareils militaires ont, quant à eux, leur propre contrôle qui interfère parfois avec le contrôle civil.
USA (FAA) 50 000 agents - 18 000 contrôleurs - 9000 ATC - 14000 non-opérationnels (28%) - 185 000 avions - 9000 autres.
France (DGAC) 10778 agents - 6934 agents de contrôle dont 4113 contrôleurs - 3844 non-opé. (36%) - 6000 avions
Si l’on rapporte le nombre d’agents de l’organisme au nombre d’avions en CDN [Certificat de Navigabilité]du pays on s’aperçoit que la DGAC est 7 fois moins performante que son homologue US. Ce chiffre monte à 9 fois si l’on ne prend que les non-opérationnels.
Certes le boulot de contrôleur n'est pas toujours facile (hier à Toussus vers 14 h la levée du brouillard a fait partir et arriver tout le monde en même temps) Mais le stress est très ponctuel (combien d'heures à glander avec peu ou pas d'avions ?), les horaires de travail légers, les salaires assez lourds. Les contrôleurs français sont-ils plus bêtes que les Ricains, les Teutons ou les Rosbifs, ou simplement plus fainéants et plus mal organisés, ou, cyniquement, confrontés à une hiérarchie plus lâche ?
dimanche, février 12, 2006
Protocole de Kyoto : les Américains en pointe
Les USA respectent... le Protocole de Kyoto
Et le fameux Protocole de Kyoto ? Rappelons les faits. Plus de 7 ans après sa conclusion dans la ville de Kyoto, le Protocole du même nom est entré en vigueur le 16 février 2005. Cet accord, qui vise à réduire l’émission de gaz à effet de serre (notamment le gaz carbonique), a été ratifié par 140 pays, qui sont à la source d'au moins 55% de ces émissions.
D’ici 2012, le Protocole impose aux pays industrialisés de réduire de 5,2% en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Mais cette obligation n’est suivie d’aucune mesure contraignante, ni d'aucune sanction pour les pays qui ne le respecteraient pas. Ce protocole a surtout servi de prétexte aux antiaméricains de tous bords pour condamner les Etats-Unis qui ont refusé de le signer. On a reproché aux Américains de produire 22% des émissions de gaz carbonique (en oubliant toutefois de préciser qu’ils produisent aussi plus de 25% de la richesse mondiale) et de préférer l’industrialisation à outrance sans se soucier de l’environnement.
Or, voici qu’une Etude de l’Agence Européenne de l’Environnement démontre que 13 pays sur les 15 signataires du Protocole ont considérablement augmenté leurs émissions de gaz carbonique. Seules, la Suède et la Grande-Bretagne les ont baissées (de 5 et 7,8% respectivement). Et, le comble, cette étude nous apprend aussi qu’un autre pays a baissé ses émissions de gaz : les Etats-Unis ! En effet, la baisse est de 0,8% tandis que l’Espagne a augmenté les siennes de 33%, le Danemark de 25%, la France de 9,5% et l’Allemagne de 2%. Bizarrement, aucun média n’en parle en France.
Agence Européenne de l'Environnement
Et le fameux Protocole de Kyoto ? Rappelons les faits. Plus de 7 ans après sa conclusion dans la ville de Kyoto, le Protocole du même nom est entré en vigueur le 16 février 2005. Cet accord, qui vise à réduire l’émission de gaz à effet de serre (notamment le gaz carbonique), a été ratifié par 140 pays, qui sont à la source d'au moins 55% de ces émissions.
D’ici 2012, le Protocole impose aux pays industrialisés de réduire de 5,2% en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Mais cette obligation n’est suivie d’aucune mesure contraignante, ni d'aucune sanction pour les pays qui ne le respecteraient pas. Ce protocole a surtout servi de prétexte aux antiaméricains de tous bords pour condamner les Etats-Unis qui ont refusé de le signer. On a reproché aux Américains de produire 22% des émissions de gaz carbonique (en oubliant toutefois de préciser qu’ils produisent aussi plus de 25% de la richesse mondiale) et de préférer l’industrialisation à outrance sans se soucier de l’environnement.
Or, voici qu’une Etude de l’Agence Européenne de l’Environnement démontre que 13 pays sur les 15 signataires du Protocole ont considérablement augmenté leurs émissions de gaz carbonique. Seules, la Suède et la Grande-Bretagne les ont baissées (de 5 et 7,8% respectivement). Et, le comble, cette étude nous apprend aussi qu’un autre pays a baissé ses émissions de gaz : les Etats-Unis ! En effet, la baisse est de 0,8% tandis que l’Espagne a augmenté les siennes de 33%, le Danemark de 25%, la France de 9,5% et l’Allemagne de 2%. Bizarrement, aucun média n’en parle en France.
Agence Européenne de l'Environnement
Les "spotters", menace mortelle pour la sécurité de la France ?

Savez-vous ce qu'est un "spotter" ?
C'est un individu, souvent anglo-saxon, qui se balade aux abords des aéroports, le plus souvent en bande, équipé de son matériel :
> un appareil photo
> des jumelles
> un carnet de notes
> un pack de bières (facultatif)
Il photographie tous les avions qu'il voit, note leurs immatriculations, leurs types et met le tout en ligne sur internet. De cela, il fait un concours avec ses petits camarades, à qui aura photographié le plus d'avions ou les avions les plus originaux.
Activité farfelue, digne d'un Anglais, bien inoffensive, croyez vous naïvement ?
Que nenni, ce sont des "spotters", excités par le défi, qui ont traqué les avions de la CIA exportant des "barbus" présumés vers des pays à torture tolérée.
Bien entendu, une telle liberté n'est pas tolérable, elle est même offensante, pour notre administration bien aimée.
Celle-ci, toujours soucieuse de nous protéger, bien malgré nous, au détriment de notre liberté et au profit de l'extension de son pouvoir, punit donc désormais de 350 € d'amende le "spotting" aux abords de Roissy CdG.
En apprenant cela, j'ai d'abord cru à un malentendu ou à une blague, mais le 1er avril est loin et notre bureaucratie n'est pas réputée pour son humour débridé. Nous sommes bien gardés, dormez tranquilles !
Je ne suis pas sûr qu'il n'y ait pas là abus de pouvoir, mais peu importe, puisqu'il paraît que, bientôt, le simple fait de regarder vers CdG sera puni de dix ans de prison. Mais ce n'est qu'une rumeur.
airliners.net
Nota : à ceux qui ajouteraient foi au prétexte sécuritaire, je demande juste de réfléchir en quoi cette mesure améliore la sécurité.
Au contraire, on peut estimer que les "spotters", qui ont l'avantage d'être compétents et passionnés, par leur surveillance bénévole, seraient plutôt une aide. Mais l'administration française, compter sur les gens, leur faire confiance , vous n'y pensez pas ?
samedi, février 11, 2006
L'aube de nouvelles trente glorieuses (et Mahomet et la tyrannie mémorielle)
Dans l'article suivant :
Vers de nouvelles trente glorieuses ?
Jacques Marseille envisage en 2007 le retour cyclique de nouvelles trente glorieuses accompagnées d'inflation, à la faveur du papy-boom, et à condition que l'Etat (c'est-à-dire les étatistes fanatiques qui nous gouvernent) ait l'intelligence de ne pas entraver l'économie.
Or, de mon coté, je pense à un scénario certes plus brutal et décalé dans le temps, mais qui n'est pas si éloigné :
> le quinquennat 2007-2012 s'épuise en réformettes incohérentes. En 2012, sous le poids des retraites et des déficits, la France sort de l'€, l'inflation galope. Grâce au coup de fouet du déclin, les réformes libérales si longtemps bloquées sont faites, la situation se dénoue.
Il y a des différences entre nos deux approches, les éléments (papy-boom, inflation, retrait de l'Etat) ne sont pas agencés de la même façon, mais ces scénarios sont cousins.
-----------------
Comme vous appréciez diversement mes "arguments d'autorité", j'insiste (bêtement ?) : voici deux articles sur les caricatures de Mahomet et un qui revient sur les polémiques de mémoire.
Mahomet, mémoire
Vers de nouvelles trente glorieuses ?
Jacques Marseille envisage en 2007 le retour cyclique de nouvelles trente glorieuses accompagnées d'inflation, à la faveur du papy-boom, et à condition que l'Etat (c'est-à-dire les étatistes fanatiques qui nous gouvernent) ait l'intelligence de ne pas entraver l'économie.
Or, de mon coté, je pense à un scénario certes plus brutal et décalé dans le temps, mais qui n'est pas si éloigné :
> le quinquennat 2007-2012 s'épuise en réformettes incohérentes. En 2012, sous le poids des retraites et des déficits, la France sort de l'€, l'inflation galope. Grâce au coup de fouet du déclin, les réformes libérales si longtemps bloquées sont faites, la situation se dénoue.
Il y a des différences entre nos deux approches, les éléments (papy-boom, inflation, retrait de l'Etat) ne sont pas agencés de la même façon, mais ces scénarios sont cousins.
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Comme vous appréciez diversement mes "arguments d'autorité", j'insiste (bêtement ?) : voici deux articles sur les caricatures de Mahomet et un qui revient sur les polémiques de mémoire.
Mahomet, mémoire
vendredi, février 10, 2006
L'idéologie (R. Boudon)

FFF
R. Boudon définit l'idéologie comme un ensemble d'idées fausses ou douteuses qui se basent, au moins partiellement, sur des résultats scientifiques.
Après avoir salé Sartre du qualificatif "d'esprit faux", du à Claude Levi-Strauss, il invalide rapidement la théorie marxiste selon laquelle l'idéologie serait un moyen de domination imposé par la classe dominante à la classe dominée en remarquant que Marx lui-même n'utilise pas cette théorie quand il parle d'idéologie à travers des exemples.
Boudon donne au passage une raison simplissime de pourquoi les intellectuels sont si prompts à se jeter dans les idéologies : parce que pour eux, c'est sans risques. Un banquier qui se trompe de théorie économique prend un risque de mal décider. Un intellectuel qui se trompe de thérie économique écrit un bouquin de repentance vendu à 100 000 exemplaires. Sartre a passé sa vie à sauter d'une erreur à un errement, ça n'a pas gêné sa carrière, ça l'a même embellie.
Ensuite, Boudon signale que la plupart des vérités ne sont pas démontrables avec la rigueur de vérités scientifiques. Et même pour ces dernières, l'argument d'autorité joue dans 99 % des cas : j'accepte la théorie de la relativité par confiance dans l'autorité d'Einstein, cependant, si je le voulais, je pourrais tenter de la redémontrer, mais l'effort est trop grand.
Le fait que la plupart des idées ait un argument d'autorité sous-jacent ne veut pas dire que toutes les opinions et toutes les idées se valent : Boudon est très clair sur ce point, il y a des idées fausses (par exemple, la théorie marxiste de la plus-value et de la paupérisation du prolétariat) et des idées vraies, simplement la vérité n'est pas acquise une fois pour toutes et dépend de la situation.
L'aspect qui intéresse le plus Boudon est celui-ci : "Comment peut-on, en partant d'une théorie scientifique, aboutir à des conclusions fausses ?"
Pour lui, l'essentiel vient des effets de position : par exemple, un fonctionnaire aura de l'économie une expérience de consommateur, c'est-à-dire en grande partie un point de vue extérieur, sans contact direct avec les mécanismes de régulation, il est donc naturel qu'il ait tendance en toute sincérité à se rattacher à des théories qui décrivent l'économie comme un chaos que l'Etat doit maîtriser. (1)
Les idéologies sont renforcées par un biais : on peut croire savoir et ne pas savoir ou encore ne pas saisir toute la complexité d'un problème. L'exemple des maternités est typique à cet égard : 75 % des interrogés se trompent, et pourtant, ils croient avoir affaire à un problème simple.
Autre exemple : l'inégalité des chances. Le raisonnement habituel, couramment admis, notamment par le milieu enseignant (2) est le suivant :
> La réussite sociale dépend beaucoup de l'école. Si on fait en sorte que la réussite scolaire ne dépende ni des parents ni du milieu d'origine, la réussite sociale sera indépendante du milieu d'origine.
Or, on s'aperçoit que la mobilité sociale est très loin d'avoir suivi la "démocratisation" de l'enseignement. Pourquoi le raisonnement habituel est il faux ? Parce qu'on croit savoir, parce qu'on prend pour un problème simple une question complexe. On est dans le même type de situation avec l'ouvrier qui croit que la machine crée le chomage, le phénomène est en réalité beaucoup plus complexe que cette simple relation de cause à effet.
S'agissant de l'inégalités des chances, on découvre, quand on les étudie, toute une gamme de réactions de comportements et le jeu sur quelques variables peut modifier la situation.
Résumons, synthétisons, tout en gardant à l'esprit que ce n'est qu'un schéma : la démocratisation de l'enseignement dévalorise certains diplomes (dans lesquelles se retrouvent justement les élèves originaires des classes défavorisées) et donc les diplomes en question ne garantissent plus la réussite sociale. Autrement dit, on a plus de diplomes, mais on n'en grimpe pas pour autant dans l'échelle sociale. En fait, les politiques d'égalité des chances ont à la fois tant d'effets pervers et sont si inefficaces qu'on peut se demander si il ne serait pas préférable de les abandonner (3).
Je pense Bourdon a pris un plaisir certain à fusiller la thèse bourdivine sur la "reproduction des élites". Je me permets à cette occasion d'introduire l'hypothèse de Boizard (je n'ai rien démontré mais l'expérience me pousse à y croire, c'est pourquoi ce n'est qu'une hypothèse) : on accepte plus facilement des idées simplistes exprimées de façon complexe que des idées complexes exprimées simplement. En effet, il est plus facile de s'adapter à un vocabulaire et un syntaxe ésotériques, cet effort d'adaptation, assez mécanique, validant indirectement les idées qu'il permet d'atteindre ("Je ne me suis pas décarcassé à apprendre toutes ces définitions pour des idées qui ne valent pas tripette."), que d'acquérir un nouveau mode de raisonnement. Par exemple, il y a des expressions très simples de la théorie fort rusée des avantages comparatifs de Pareto (4), et pourtant, la plupart des fois où je vois cette expression dans les journaux, c'est comme synonyme d'avantages concurrentiels, ce qui est un contre-sens.
Ensuite, les idéologies peuvent venir de raisonnement approximatifs, Boudon descend en flammes Michel Foucault.
Pour conclure, Boudon considère que le moteur principal des idéologies est qu'aucune théorie en sciences sociales ou politiques ne peut être totalement démontrée de manière scientifique, il y a toujours une part de modélisation et de parti-pris. Cependant, il ne tombe pas dans le relativisme, tout ne se vaut pas. Il pense qu'il y a des théories en sciences sociales qui sont plus ou moins justes ou fausses (au sens musical).
A son avis, que je partage, la démarche inspirée du libéralisme est riche : elle repose sur les axiomes suivants :
> les actions collectives sont la somme d'actions individuelles (par opposition à l'axiome holiste qui fait du comportement de l'individu la résultante de son appartenance, de sa classe, de sa communauté)
> il faut considérer que l'individu a des raisons de faire ce qu'il fait et qu'il les connaît.
Seulement si cette tentative d'explication ne fonctionne pas, il faut en essayer d'autres, mais il faut d'abord commencer par celle-là. Par exemple, on a longtemps attribué les pratiques magiques à une vague "mentalité primitive". En fait, les dites pratiques sont souvent explicables : la danse de la pluie a lieu quand les cultures ont besoin de la pluie, ce qui étant donné que la nature est bien faite, tombe souvent à proximité de la saison des pluies, la probabilité que la danse de la pluie et la survenue de la pluie soient simultanées n'est pas négligeable. Donc le sorcier a des raisons, qui en l'état de ses connaissances frustes du calcul probabiliste sont plutôt bonnes, de croire qu'il y a une relation entre sa danse et la pluie. Exit l'explication vaseuse par la "mentalité primitive" : considérer que l'individu a ses raisons est bien plus instructif.
(1) : ce qui ne veut pas que tous les fonctionnaires sont des étatistes forcenés : chacun est libre de changer de point de vue, soit par expérience personnelle, soit par un effort de l'imagination. Après tout, il est assez facile de se mettre dans la peau du commerçant du coin qui gère ses relations avec ses clients et ses fournisseurs, fait ses comptes et réfléchit à l'évolution de son commerce pour s'apercevoir que, de son point de vue, l'Etat apparaît surtout comme une nuisance. Pascal Salin (boycotté par les "généreux" gauchistes de son université) et Jacques Marseille sont fonctionnaires et libéraux.
(2) du moins c'est ce qui ressort de mon "surf" sur des sites internet d'enseignants.
(3) : je pourrais me faire traiter de "réactionnaire" (n'est-ce pas Régis) pour cette conclusion, cette réaction est justement un effet d'idéologie : les études sur l'inégalités des chances étaient lourdes, on a retenu uniquement la conclusion (c'est bien d'avoir des politiques pour réduire l'inégalité des chances) en oubliant toute la complexité du travail qui la sous-tendait. Si de nouvelles études apportent un autre éclairage, la discussion peut être ouverte à nouveau.
(4) : Pierre et Paul fabriquent des chapeaux et des chaussures. Pierre fait pour 40 € de chaussures par heure et pour 20 € de chapeaux, Paul fait pour 10 € de chaque. Pierre est donc meilleur que Paul dans les deux domaines. Pourtant, il aura intérêt à se concentrer sur le domaine où son avantage comparatif est le plus grand, les chaussures, et à laisser la production de chapeaux à Paul. Ceci explique une tendance à la spcialisation et à la division du travail. C'est exprimé simplement, et pourtant, ce n'est pas toujours compris.
Les limites de la démocratie directe par l'exemple des maternités
Admettons qu'il naît autant de filles que de garçons. Prenons deux maternités, une grande, 50 naissances/jour et une petite, 10 naissances/jour. Certains jours, il nait plus de garçons que de filles (et inversement, certains jours, plus de filles que de garçons).
Question simple : Le nombre de jours où il nait plus de garçons est-il :
1) égal dans les deux maternités.
2) plus grand dans la grande maternité.
3) plus grand dans la petite maternité.
Vous, qu'auriez-vous répondu ?
Un sondage donne les résultats suivant : 1) 50 % ; 2) 25 % ; 3) 25 %
Or la bonne réponse est 3) (plus la population est nombreuse, plus il y a de chances qu'on soit proche de la moyenne 1 garçon pour 1 fille ; plus la population est petite, plus on peut s'écarter de la moyenne : si vous jouez à pile ou face sur deux lancés, la probabilité de n'avoir que des piles n'est pas négligeable ; si vous jouez à pile ou face sur trente lancés, la probabilité de n'avoir que des piles est quasi inexistante)
Ceci pour dire que toutes les questions ne peuvent pas être soumises au suffrage universel, parce que, pour voter sur certains sujets, il faut des connaissances qui sont trop rares.
Une illustration à mes yeux est le referendum sur le traité constitutionnel européen : je pense que, indépendamment du résultat, la question était trop complexe pour que le vote fut significatif. On le voit d'ailleurs à la difficulté d'interprétation du scrutin : certains partis gauchistes ont cru à un regain de faveur ; or, si tel est le cas, la concrétisation s'en fait attendre.
Question simple : Le nombre de jours où il nait plus de garçons est-il :
1) égal dans les deux maternités.
2) plus grand dans la grande maternité.
3) plus grand dans la petite maternité.
Vous, qu'auriez-vous répondu ?
Un sondage donne les résultats suivant : 1) 50 % ; 2) 25 % ; 3) 25 %
Or la bonne réponse est 3) (plus la population est nombreuse, plus il y a de chances qu'on soit proche de la moyenne 1 garçon pour 1 fille ; plus la population est petite, plus on peut s'écarter de la moyenne : si vous jouez à pile ou face sur deux lancés, la probabilité de n'avoir que des piles n'est pas négligeable ; si vous jouez à pile ou face sur trente lancés, la probabilité de n'avoir que des piles est quasi inexistante)
Ceci pour dire que toutes les questions ne peuvent pas être soumises au suffrage universel, parce que, pour voter sur certains sujets, il faut des connaissances qui sont trop rares.
Une illustration à mes yeux est le referendum sur le traité constitutionnel européen : je pense que, indépendamment du résultat, la question était trop complexe pour que le vote fut significatif. On le voit d'ailleurs à la difficulté d'interprétation du scrutin : certains partis gauchistes ont cru à un regain de faveur ; or, si tel est le cas, la concrétisation s'en fait attendre.
Mon avion de pour dans bientôt

Certes, il me manque encore 174 900 $ sur les 175 000 qu'il coûte, certes, il bouffe ses 120 l d'essence à l'heure et ses 20 l d'huile, mais cet avion n'est pas dépourvu de qualités :
> il n'est pas hors de prix (1 800 000 $ pour un P-51)
> il est solide et fiable
> il est biplace
> il y en a encore 350 en état de vol, donc pas de pbs pour l'entretien.
Contactez moi pour faire un don, même petit.
L'A380 dans l'impasse ?

Après le Rafale, l'A380. Ce projet qui coute au minimum 11 Md € pourrait bien être un flop.
Ceux qui ont de la mémoire se souviennent qu'au moment du lancement, la discussion opposait "financiers" et "industriels" et le programme a fini par être lancé.
Le programme a à peine un an de retard sur le calendrier initial, c'est remarquable. La réussite technique est incontestable. Pourtant, se pose un problème : les clients manquent à l'appel.
Les clients ne se sont pas bousculés malgré des ristournes (on parle de 150 M€ sur 300), Emirates fait à lui seul plus du tiers des commandes, et aucune commande importante n'a été signée depuis plusieurs mois.
Et surtout, il se pourrait que Boeing avec son 787 ait réussi un coup de maître. En aidant les compagnies à s'installer dans une logique de point à point avec un avion plus moderne donc moins couteux à exploiter que l'A380, il coupe "par le bas" le marché de celui-ci.
Airbus l'a d'ailleurs bien compris en lançant l'A380 pour concurrencer le 787. Mais c'est là que l'effet néfaste de l'A380 se fait sentir : Airbus n'a plus les ressources humaines et financières pour "mettre le paquet" sur l'A350.
Cependant, il reste vrai que, si petit que soit son marché, l'A380 est seul dessus pour l'instant.
Le scénario catastrophe (on n'y est pas encore) serait que, dans quelques années, Boeing lance un gros porteur pour concurrencer l'A380 avec les techniques du 787.
Le Rafale dans le coma, le F-35 toujours vivant, l'A380 qui a comme un malaise, l'aéronautique européenne serait-elle en difficulté ? Incontestablement, oui. Comme d'habitude en aéronautique, il faut voir loin, 2006 va encore être une bonne année, mais les décisions, bonnes ou mauvaises, ont leurs conséquences 5 à 10 ans plus tard.
Mais tout n'est pas perdu, le Mirage 2000, amorti depuis longtemps, a encore ses chances dans certains pays, le drone de combat Neuron se met en place, certes dans la douleur, mais ça avance. Je ne suis d'ailleurs pas loin de penser que l'action judicieuse aurait été de continuer à développer le 2000 puis de passer directement au drone de combat, sans faire le Rafale, sauf en coopération européenne.
Les Falcon (30-40 M€) se vendent comme des petits pains (1), l'avion de transport militaire A400M est prometteur et Eurocopter ne va pas mal. Il se peut même que le Typhoon, qui ne concerne pas les Français mais beaucoup les Européens, se vende.
Pour résumer : en jardinage, on parle de "main verte", l'Europe, il y a quelques décennies, avait la "main bleue" ; elle l'a un peu perdue ces derniers temps pourtant il n'y a pas encore de catastrophe mais il faudrait prendre quelques bonnes décisions qui relancent la machine dans le bon sens.

(1) si vous gagnez au Loto ou, mieux, au travail, de quoi me faire un cadeau n'hésitez pas : le Falcon est beau, confortable, rapide, solide et de bon goût. Anecdote : un pilote américain se rate, le Falcon sort de piste, traverse l'autoroute, un parking de supermarché, le tout bien entendu en emboutissant plusieurs voitures, et finit dans un pilier en béton. Dassault, consulté, a jugé que l'avion était tout à fait réparable !
Les catastrophes en Rafale

Le Rafale est un superbe avion, mais c'est à la fois une catastrophe économique et technique.
La catastrophe économique est connue : la France n'avait pas les moyens, et ne les a toujours pas, de se payer seule un tel avion. En conséquence, le développement a trainé sur presque 25 ans, les commandes ont baissé, les coûts de développement et le prix unitaire ont explosé.
La catastrophe technique est nettement moins connue. Parce qu'il a rencontré moins de problèmes graves en développement que son concurrent anglo-italo-germano-espagnol le Typhoon, on croit à une réussite.
En réalité, le développement languissant fait que le Rafale est obsolète, notamment son électronique, avant même sa mise en service. Le Rafale était un excellent avion pour 1990 ; pour 2010, il commence à être mûr. Le gouvernement vient d'ailleurs de débloquer des crédits pour améliorer le Rafale qui entre juste en escadrille.
A contrario, le Mirage 2000, de conception plus ancienne, a bénéficié d'améliorations à chaque exportation. Il en résulte que, lors du concours de Singapour, d'après Flight International, Dassault a amené un Mirage 2000, pour dire "C'est un radar de ce type qu'on montera sur votre Rafale si vous l'achetez." Ca fait tache !
Il y a une loi d'airain : pour la qualité technique d'un avion, civil ou militaire, rien ne remplace les commandes abondantes, qui financent des améliorations graduelles. Le Typhoon est plus mal né que le Rafale et il est moche (les aviateurs sont très attachés aux critères esthétiques), mais je suis quasiment certain qu'il aura en fin de carrière plus de capacités que le Rafale, tout simplement parce que des commandes auront payé des évolutions.
Pourquoi une telle catastrophe, à plusieurs dizaine de milliards d'€ (40 md € ?) ?
> Erreur statégique : Dassault a fait l'erreur de refuser de partager le gateau. Valait-il mieux avoir tout le gateau français ou seulement une grosse part du gateau européen ? A mon avis, il n'y a pas photo : aujourd'hui, Dassault se porterait bien mieux si il était le chef de file du Typhoon .
> Erreur politique : Dassault tenant en main des politiques de gauche comme de droite (Mitterrand et Chirac, encore un point commun entre les deux) et bien des miliatires, il a imposé sa volonté contre l'intérêt du pays. Le pauvre Rocard a bien essayé de faire quelque chose contre, mais il a été renvoyé sèchement à ses études par un certain François M. Paraît-il que ça lui a tout de même rapporté un vol en Rafale, ce qui ne doit pas être désagréable pour un pilote (Rocard fait du vol à voile).
En a-t-on au moins tiré les leçons ? Du coté des intrustriels, sans aucun doute : Dassault a veillé à ce que le drone de combat Neuron soit européen dès le lancement. Du coté des politiques, c'est nettement moins sûr, je doute que beaucoup aient compris au point d'en tenir compte dans leurs décisions que ce qui est bon pour Dassault (ou Thales, ou EADS ou etc.) n'est pas forcément bon pour la France.
Terminons sur une note optimiste : le Rafale a-t-il des chances de s'en sortir, c'est-à-dire de s'exporter ? Ne nous leurrons pas : depuis que le Typhoon est parti pour être vendu à 200 exemplaires en Arabie Saoudite, le Rafale est le Poulidor de l'export, sympathique, mais jamais vainqueur.
Il lui reste quelques chances :
> si le F-35 américain échoue. Plus le temps passe, moins c'est probable.
> si le Rafale décroche une première grosse commande pour amorcer la pompe (export= amliorations des capacités + baisse du prix unitaires). Mais les pays capables de commander d'abondance des avions à 100 M€ sont peu nombreux et l'Arabie saoudite vient d'être ratée.
Le pire n'est jamais sûr, mais il va falloir que les commerciaux du Rafale "s'arrachent" pour arriver à en vendre.
Le Huchon est à pleurer (2)
Un de mes lecteurs commente à propos du keynésianisme :
"La valeur théorique du keynésianisme a toujours fait débat." Tout de même ! Sa valeur théorique ne fait plus vraiment débat ou alors d'historiens. On le sait depuis le New Deal de Roosevelt.
Justement, non. La croyance dans le keynésiasnisme peut à bon droit être classée dans les idéologies (voir message à suivre) : base scientifique fragile mais forte conviction. Alfred Sauvy montre dans l'Histoire économique de la France entre les deux-guerres que le New Deal a retardé une reprise naissante. Je conseille la lecture de cet ouvrage qui est un des meilleurs de Sauvy.
Il explique le manque de fondement des thèses de Keynes mais n'hésite pourtant pas à dire que celui a sauvé le capitalisme ; mais pour une raison politique et non pas économique.
Pour Sauvy, en économie, il faut de la contrainte, que ce soit celle des hommes (la planification des communistes) ou celle des choses (l'ajustement par les prix des libéraux). D'ailleurs, Sauvy expliquait notre "crise" actuelle par le refus simultané et incohérent de ces deux contraintes. Par exemple, il n'y a pas de limite dans le choix de la filière en enseignement (c'est un cas de refus de la contrainte des hommes), sauf les exceptions de numerus clausus, ce qui fait qu'on retrouve au chomage foultitude de possesseurs d'un diplome sûrement très pointu mais absolument inutile (c'est un cas de refus de la contrainte des choses, qui forcerait à changer de métier ou à travailler pour une misère).
Dans les années 30 qui nous intéressent, la contrainte par les choses (chomage, baisse des salaires réels) plus quelques mesures judicieuses (dévaluation, impots) commençaient à porter leurs fruits économiques sans recours aux idées de Keynes; mais à un coût humain qui n'était plus supportable dans les conceptions de l'époque (la sensibilité à la misère humaine varie dans le temps). C'est là que les idées de Keynes interviennent : elles justifiaient ce que, à cette époque où on n'avait pas encore perdu toute logique économique (1), on considérait comme une solution provisoire et dangereuse, les déficits étatiques, pour soulager l'affreuse pression de l'économie.
Revenons à 2006, comme je l'ai déjà dit souvente fois, tous les pays avancés, que je connais qui ont réussi à résoudre leurs problèmes économiques au premier rang desquels le chomage, ont en commun d'avoir réduit déficits, dettes et impots. Et derrière cela, il y a une certaine logique économique : considérer que c'est le secteur marchand qui crée les richesses en premier ressort et non l'Etat.
J'attends de pied ferme celui qui essaiera de me démontrer que la France obéit à des règles économiques totalement différentes.
De plus, comme le souligne bien à propos Milton Friedman, l'Etat par nature s'adapte mal à des situations diverses (voir le superbe texte de Taine sur cette question). Dans des pays à population homogène comme les pays scandinaves, le costume taille unique fourni par l'Etat ne génère encore pas trop d'effets pervers. Mais dans des pays à population hétérogène (USA, France), les cas d'inadaption des solutions uniformes imposées l'Etat sont tellement nombreux que l'intervention de l'Etat tend à avoir plus d'inconvénients que d'avantages (inutile de remettre sur le tapis les 35 h pour -presque- tous).
(1) : je rappelle juste que les dettes étatiques finissent le plus souvent par entraîner une inflation galopante, ce qui est une forme de spoliation de l'épargne.
"La valeur théorique du keynésianisme a toujours fait débat." Tout de même ! Sa valeur théorique ne fait plus vraiment débat ou alors d'historiens. On le sait depuis le New Deal de Roosevelt.
Justement, non. La croyance dans le keynésiasnisme peut à bon droit être classée dans les idéologies (voir message à suivre) : base scientifique fragile mais forte conviction. Alfred Sauvy montre dans l'Histoire économique de la France entre les deux-guerres que le New Deal a retardé une reprise naissante. Je conseille la lecture de cet ouvrage qui est un des meilleurs de Sauvy.
Il explique le manque de fondement des thèses de Keynes mais n'hésite pourtant pas à dire que celui a sauvé le capitalisme ; mais pour une raison politique et non pas économique.
Pour Sauvy, en économie, il faut de la contrainte, que ce soit celle des hommes (la planification des communistes) ou celle des choses (l'ajustement par les prix des libéraux). D'ailleurs, Sauvy expliquait notre "crise" actuelle par le refus simultané et incohérent de ces deux contraintes. Par exemple, il n'y a pas de limite dans le choix de la filière en enseignement (c'est un cas de refus de la contrainte des hommes), sauf les exceptions de numerus clausus, ce qui fait qu'on retrouve au chomage foultitude de possesseurs d'un diplome sûrement très pointu mais absolument inutile (c'est un cas de refus de la contrainte des choses, qui forcerait à changer de métier ou à travailler pour une misère).
Dans les années 30 qui nous intéressent, la contrainte par les choses (chomage, baisse des salaires réels) plus quelques mesures judicieuses (dévaluation, impots) commençaient à porter leurs fruits économiques sans recours aux idées de Keynes; mais à un coût humain qui n'était plus supportable dans les conceptions de l'époque (la sensibilité à la misère humaine varie dans le temps). C'est là que les idées de Keynes interviennent : elles justifiaient ce que, à cette époque où on n'avait pas encore perdu toute logique économique (1), on considérait comme une solution provisoire et dangereuse, les déficits étatiques, pour soulager l'affreuse pression de l'économie.
Revenons à 2006, comme je l'ai déjà dit souvente fois, tous les pays avancés, que je connais qui ont réussi à résoudre leurs problèmes économiques au premier rang desquels le chomage, ont en commun d'avoir réduit déficits, dettes et impots. Et derrière cela, il y a une certaine logique économique : considérer que c'est le secteur marchand qui crée les richesses en premier ressort et non l'Etat.
J'attends de pied ferme celui qui essaiera de me démontrer que la France obéit à des règles économiques totalement différentes.
De plus, comme le souligne bien à propos Milton Friedman, l'Etat par nature s'adapte mal à des situations diverses (voir le superbe texte de Taine sur cette question). Dans des pays à population homogène comme les pays scandinaves, le costume taille unique fourni par l'Etat ne génère encore pas trop d'effets pervers. Mais dans des pays à population hétérogène (USA, France), les cas d'inadaption des solutions uniformes imposées l'Etat sont tellement nombreux que l'intervention de l'Etat tend à avoir plus d'inconvénients que d'avantages (inutile de remettre sur le tapis les 35 h pour -presque- tous).
(1) : je rappelle juste que les dettes étatiques finissent le plus souvent par entraîner une inflation galopante, ce qui est une forme de spoliation de l'épargne.
jeudi, février 09, 2006
Affaire des caricatures (suite)
Ecoutez la chronique d'AL Slama, il dit mon opinion avec plus de talent que moi.
France Culture Matin
France Culture Matin
Les relents nauséabonds du "patriotisme économique"
par Vincent Bénart
La classe médiatico-politique française cèderait elle à la tentation de l'incantation xénophobe afin d'exorciser les peurs irrationnelles nées de son incapacité à faire face à nos crises ?
Voilà qu'après avoir brandi la menace terrifiante de l'invasion des plombiers polonais pour s'opposer à la libéralisation du marché des services, après avoir hurlé au loup yankee à l'annonce de l'hypothétique rachat de notre grand yaourtier multinational d'origine française par un grand limonadier multinational d'origine satanique -pardon, américaine-, politiciens de droite et de gauche se succèdent sur les ondes pour vitupérer l'OPA "hostile" de l'entreprise d'un milliardaire Indien, Laksmi Mittal, contre le sidérurgiste multinational aux racines françaises Arcelor.
Dernier en date, notre premeir ministre, qui a souhaité ce dimanche sur les ondes que "(les entreprises françaises) soient mieux armées pour résister aux attaques du type de l'OPA lancée par Mittal sur Arcelor. Il est important que nos entreprises puissent se battre à armes égales avec les entreprises étrangères", et d'évoquer la possibilité d'une intervention gouvernementale.
Aucun poncif ne nous aura été épargné. A commencer par celui de l'OPA "hostile": il faudra m'expliquer en quoi proposer à un actionnaire de lui payer ses actions à 20 ou 40% au dessus du cours habituel constitue un acte hostile envers sa propriété. L'actionnaire peut décider s'il préfère réaliser une plus value tout de suite, ou s'il croit que l'actuelle direction du groupe peut faire grimper le cours de l'action plus haut que le niveau de l'OPA dans un délai raisonnable: une OPA n'est donc jamais hostile aux propriétaires actuels d'une entreprise.On me rétorquera que L'OPA pourrait mener à des restructurations, "défavorables à l'emploi".
C'est oublier un peu vite qu' Usinor, Sacilor, Arbed, Aceralia et autres composantes originelles d'Arcelor ont connu par le passé des vagues de restructurations massives, et que pour la filière acier en France, l'interventionisme étatique, sanctionné par deux quasi faillites en 1978 et 1983, a engendré 200 milliards de francs de l'époque de charges de restructuration supportées par le contribuable Français. A cet égard, la position de certains portes-parole PS, qui parle de réintroduire l'état dans le capital d'Arcelor pour « protéger l'emploi », alors qu'il fut acteur privilégié de la débâcle de la sidérurgie Française nationalisée, est d'une hypocrisie sans nom.Or l'arrivée de M. Mittal dans le capital d'Arcelor ne recèle pas les mêmes risques que ceux naguère encourus par ces sociétés sous tutelle publique, loin s'en faut.
Il est en effet totalement inconséquent de tenter d'effrayer l'opinion publique en faisant croire, comme certains s'y essaient, que Mittal Steel paierait Arcelor 19 Milliards d'Euros uniquement pour en liquider les actifs: certes, il est tout à fait possible que des recherches d'économies aboutissent à rationaliser certains sites de production, ou les structures dirigeantes du nouveau groupe: en quoi cette situation est elle différente de celle connue par tous les autres groupes internationaux présents en France ou ailleurs, qu'ils soient ou non OP-ables ? Le problème qui en découle ne réside pas dans la destruction des emplois établis mais dans notre capacité insuffisante d'en créer de nouveaux.
D'une façon générale, une OPA permet aux actionnaires actuels soit d'échanger leurs actions actuelles contre celles du groupe futur selon des termes avantageux puisque l'offre qui leur est faite incorpore une surcote, soit de se retrouver avec des liquidités qu'ils peuvent à loisir réinvestir. Soit ces actionnaires actuels sont étrangers, et alors, eux ou Mittal, quelle importance, soit ils sont résidents français et désireux d'investir en France, et alors cela est tout bénéfice pour notre économie et notre balance des paiements. Le problème est de savoir si le territoire français est suffisamment compétitif pour permettre que ce réinvestissement nous profite, et c'est sans doute là que le bât blesse.
Les seules personnes qui peuvent sentir une pointe d'hostilité dans l'Offre de Mittal sont l'actuel PDG, Guy Dollé, et ses proches, qui seraient peut-être amenés à devoir céder leurs place à de nouveaux dirigeants si l'OPA réussissait. Et alors ? Les dirigeants d'entreprise sont les premiers à réclamer, à juste titre, plus de flexibilité du marché de l'emploi, ils doivent eux aussi être en mesure d'effectuer quelques efforts d'adaptation aux changements du monde qui nous entoure, et, de vous à moi, je ne suis pas trop inquiet pour eux.
Certains propos de M. Dollé pourraient en d'autres occasions passer pour xénophobes: Selon l'Express, "Guy Dollé, le patron d'Arcelor, s'était même montré particulièrement dur dans ses propos, estimant que Mittal était une "société d'Indiens" qui avait fait une offre "ridicule" consistant à payer les actionnaires "en monnaie de singe". Le gouvernement indien s'est dit choqué par de telles réactions, en rappelant que lorsque le groupe français de construction Lafarge a repris une bonne partie de son industrie du ciment, il lui avait été fait bon accueil".Que M. Dollé se sente menacé par l'OPA de Mittal, passe encore. Qu'il tente d'utiliser comme argument de défense le complexe de supériorité encore nourri par de nombreux européens face aux entrepreneurs des pays émergents est certes discutable et ne le grandit pas, mais j'admets que l'ineptie de tels propos ne regarde que lui.
Toutefois, que des officiels français, ou ceux qui espèrent occuper à terme leur fauteuil, tombent dans le panneau et agitent pour justifier une éventuelle intervention étatique la grande peur du milliardaire Indien qui va détruire un fleuron de l'industrie belgo-luxemburgo-hispano-française, voilà qui est regrettable, et qui ne contribuera certes pas à grandir l'image déjà passablement dégradée de la France dans le monde.
Je ne me souviens pas d'avoir entendu des officiels canadiens protester contre le rachat très récent de Dofasco par... Arcelor, justement.Thierry Breton, après avoir mal débuté cette affaire, s'était justement ressaisi, en précisant que "les actionnaires du groupe resteraient les seuls décisionnaires", ce qui semblait signifier que le gouvernement Français ne se mêlerait pas de leur choix.
Malheureusement, la dernière sortie audiophonique de D. de Villepin est venue contredire les propos de son ministre des finances. Encore une preuve, si besoin en était, que l'actuelle droite n'a pas de principes politiques et économiques arrêtés et conduit son action gouvernementale à vue en fonction des réactions présupposées de l'opinion. Navrant.
Il serait temps que nos dirigeants, tout comme l'opposition, arrêtent de gouverner par l'exploitation des peurs et de brandir le spectre de l'envahisseur étranger à chaque fois qu'ils croient servir leur intérêt politicien à court terme. La répétition de ce type de discours à la limite de la xénophobie ne pourra que produire des dégâts inestimables sur le long terme dans l'inconscient collectif des Français.
La classe médiatico-politique française cèderait elle à la tentation de l'incantation xénophobe afin d'exorciser les peurs irrationnelles nées de son incapacité à faire face à nos crises ?
Voilà qu'après avoir brandi la menace terrifiante de l'invasion des plombiers polonais pour s'opposer à la libéralisation du marché des services, après avoir hurlé au loup yankee à l'annonce de l'hypothétique rachat de notre grand yaourtier multinational d'origine française par un grand limonadier multinational d'origine satanique -pardon, américaine-, politiciens de droite et de gauche se succèdent sur les ondes pour vitupérer l'OPA "hostile" de l'entreprise d'un milliardaire Indien, Laksmi Mittal, contre le sidérurgiste multinational aux racines françaises Arcelor.
Dernier en date, notre premeir ministre, qui a souhaité ce dimanche sur les ondes que "(les entreprises françaises) soient mieux armées pour résister aux attaques du type de l'OPA lancée par Mittal sur Arcelor. Il est important que nos entreprises puissent se battre à armes égales avec les entreprises étrangères", et d'évoquer la possibilité d'une intervention gouvernementale.
Aucun poncif ne nous aura été épargné. A commencer par celui de l'OPA "hostile": il faudra m'expliquer en quoi proposer à un actionnaire de lui payer ses actions à 20 ou 40% au dessus du cours habituel constitue un acte hostile envers sa propriété. L'actionnaire peut décider s'il préfère réaliser une plus value tout de suite, ou s'il croit que l'actuelle direction du groupe peut faire grimper le cours de l'action plus haut que le niveau de l'OPA dans un délai raisonnable: une OPA n'est donc jamais hostile aux propriétaires actuels d'une entreprise.On me rétorquera que L'OPA pourrait mener à des restructurations, "défavorables à l'emploi".
C'est oublier un peu vite qu' Usinor, Sacilor, Arbed, Aceralia et autres composantes originelles d'Arcelor ont connu par le passé des vagues de restructurations massives, et que pour la filière acier en France, l'interventionisme étatique, sanctionné par deux quasi faillites en 1978 et 1983, a engendré 200 milliards de francs de l'époque de charges de restructuration supportées par le contribuable Français. A cet égard, la position de certains portes-parole PS, qui parle de réintroduire l'état dans le capital d'Arcelor pour « protéger l'emploi », alors qu'il fut acteur privilégié de la débâcle de la sidérurgie Française nationalisée, est d'une hypocrisie sans nom.Or l'arrivée de M. Mittal dans le capital d'Arcelor ne recèle pas les mêmes risques que ceux naguère encourus par ces sociétés sous tutelle publique, loin s'en faut.
Il est en effet totalement inconséquent de tenter d'effrayer l'opinion publique en faisant croire, comme certains s'y essaient, que Mittal Steel paierait Arcelor 19 Milliards d'Euros uniquement pour en liquider les actifs: certes, il est tout à fait possible que des recherches d'économies aboutissent à rationaliser certains sites de production, ou les structures dirigeantes du nouveau groupe: en quoi cette situation est elle différente de celle connue par tous les autres groupes internationaux présents en France ou ailleurs, qu'ils soient ou non OP-ables ? Le problème qui en découle ne réside pas dans la destruction des emplois établis mais dans notre capacité insuffisante d'en créer de nouveaux.
D'une façon générale, une OPA permet aux actionnaires actuels soit d'échanger leurs actions actuelles contre celles du groupe futur selon des termes avantageux puisque l'offre qui leur est faite incorpore une surcote, soit de se retrouver avec des liquidités qu'ils peuvent à loisir réinvestir. Soit ces actionnaires actuels sont étrangers, et alors, eux ou Mittal, quelle importance, soit ils sont résidents français et désireux d'investir en France, et alors cela est tout bénéfice pour notre économie et notre balance des paiements. Le problème est de savoir si le territoire français est suffisamment compétitif pour permettre que ce réinvestissement nous profite, et c'est sans doute là que le bât blesse.
Les seules personnes qui peuvent sentir une pointe d'hostilité dans l'Offre de Mittal sont l'actuel PDG, Guy Dollé, et ses proches, qui seraient peut-être amenés à devoir céder leurs place à de nouveaux dirigeants si l'OPA réussissait. Et alors ? Les dirigeants d'entreprise sont les premiers à réclamer, à juste titre, plus de flexibilité du marché de l'emploi, ils doivent eux aussi être en mesure d'effectuer quelques efforts d'adaptation aux changements du monde qui nous entoure, et, de vous à moi, je ne suis pas trop inquiet pour eux.
Certains propos de M. Dollé pourraient en d'autres occasions passer pour xénophobes: Selon l'Express, "Guy Dollé, le patron d'Arcelor, s'était même montré particulièrement dur dans ses propos, estimant que Mittal était une "société d'Indiens" qui avait fait une offre "ridicule" consistant à payer les actionnaires "en monnaie de singe". Le gouvernement indien s'est dit choqué par de telles réactions, en rappelant que lorsque le groupe français de construction Lafarge a repris une bonne partie de son industrie du ciment, il lui avait été fait bon accueil".Que M. Dollé se sente menacé par l'OPA de Mittal, passe encore. Qu'il tente d'utiliser comme argument de défense le complexe de supériorité encore nourri par de nombreux européens face aux entrepreneurs des pays émergents est certes discutable et ne le grandit pas, mais j'admets que l'ineptie de tels propos ne regarde que lui.
Toutefois, que des officiels français, ou ceux qui espèrent occuper à terme leur fauteuil, tombent dans le panneau et agitent pour justifier une éventuelle intervention étatique la grande peur du milliardaire Indien qui va détruire un fleuron de l'industrie belgo-luxemburgo-hispano-française, voilà qui est regrettable, et qui ne contribuera certes pas à grandir l'image déjà passablement dégradée de la France dans le monde.
Je ne me souviens pas d'avoir entendu des officiels canadiens protester contre le rachat très récent de Dofasco par... Arcelor, justement.Thierry Breton, après avoir mal débuté cette affaire, s'était justement ressaisi, en précisant que "les actionnaires du groupe resteraient les seuls décisionnaires", ce qui semblait signifier que le gouvernement Français ne se mêlerait pas de leur choix.
Malheureusement, la dernière sortie audiophonique de D. de Villepin est venue contredire les propos de son ministre des finances. Encore une preuve, si besoin en était, que l'actuelle droite n'a pas de principes politiques et économiques arrêtés et conduit son action gouvernementale à vue en fonction des réactions présupposées de l'opinion. Navrant.
Il serait temps que nos dirigeants, tout comme l'opposition, arrêtent de gouverner par l'exploitation des peurs et de brandir le spectre de l'envahisseur étranger à chaque fois qu'ils croient servir leur intérêt politicien à court terme. La répétition de ce type de discours à la limite de la xénophobie ne pourra que produire des dégâts inestimables sur le long terme dans l'inconscient collectif des Français.
Outreau, troisième acte : un procès stalinien
«Quand les Fouquier-Tinville de notre temps, traquant un juge, se seront tus, on pourra raison retrouver»
[09 février 2006 Le Fuigaro]
Après les palais de justice de Saint-Omer et de Paris, c'est le Palais-Bourbon qui a pris le relais dans la sinistre affaire d'Outreau. C'est maintenant l'Assemblée nationale qui entend juger celle-ci. Or, quelles qu'aient pu être les fautes commises – et elles semblent être nombreuses –, il n'appartient pas à une commission d'enquête parlementaire de se comporter, après tant de drames, comme une juridiction exceptionnelle, comme un tribunal de salut public. S'il devait y avoir des sanctions, c'est dans un tout autre cadre, celui de l'institution judiciaire, qu'il serait convenable de se prononcer : Conseil supérieur de la magistrature, propre aux magistrats, ou encore des tribunaux.
Bien sûr, l'Assemblée nationale peut instituer des commissions d'enquête, s'informer du fonctionnement de la justice – au pénal comme au civil –, recueillir des opinions et des témoignages et en tirer des conclusions en vue d'améliorer le fonctionnement de la justice.
Mais, hors les cas où le Parlement est appelé à instituer, en son sein, des juridictions afin de juger, à certaines conditions, des ministres (cour de justice de la République), voire tel président de la République (Haute Cour de justice), il ne saurait, sans atteinte à la liberté, se comporter à l'égard des citoyens comme une juridiction. C'est pourtant ce dont il nous offre aujourd'hui le spectacle consternant.
Pareille exhibition déshonore ceux qui l'ont permise, décidée, et ceux qui l'animent aujourd'hui. Un juge à qui les victimes demandent des «excuses» et les députés des «explications». Un coupable présumé dont on réclame l'aveu... sinon il sera coupable. Des auditions à la chaîne, en forme de «comparutions», sans débat contradictoire. Le tout en public, retransmis par les médias qui auront été, de bout en bout, un peu trop au spectacle. Un accusé livré à la foule des téléspectateurs qui l'a déjà jugé.
Qui s'élève contre cette atteinte à la justice, à son autorité, à sa dignité ? Ni la plupart des avocats que l'on croyait si attachés à la passion de défendre, ni les plus hauts magistrats de France, ni l'opinion publique, manipulée depuis le premier jour, aussi prompte à s'en prendre aux juges qu'elle l'avait été d'abord à crier haro sur les coupables. Ni les gouvernants que les sondages poussent toujours à la repentance. Tout cela pour aboutir à un procès de type stalinien dont personne, ni les députés de tous bords ni les citoyens, juges ou justiciables, ne sortira grandi.
Quand tout cela sera rentré dans l'ordre et que les Fouquier-Tinville de notre temps, traquant un juge, se seront tus, on pourra raison retrouver. Ce jour-là, il sera possible d'apporter enfin au système judiciaire les changements nécessaires. Y compris quant au rôle des médias, à l'image des Anglais, et quant à l'isolement des jurés, à l'image des Américains. Sans oublier les pédagogues, les psychiatres et les assistantes sociales.
Pour l'heure, une suggestion apparemment mineure revient à l'esprit, bien qu'elle ait été rejetée dans le passé par les pouvoirs publics. Elle conduirait à ne plus placer la fonction de juge d'instruction en début de carrière et à la situer à mi-chemin, quitte à modifier la pyramide judiciaire des groupes et des grades, des fonctions et des indices. Ce ne serait pas faire injure aux jeunes magistrats. Ce serait mieux assurer leur formation permanente en alliant l'âge à l'expérience, plutôt que leur faire assumer, seuls, des responsabilités qui, au-delà même de leur profession, nous concernent tous.
[09 février 2006 Le Fuigaro]
Après les palais de justice de Saint-Omer et de Paris, c'est le Palais-Bourbon qui a pris le relais dans la sinistre affaire d'Outreau. C'est maintenant l'Assemblée nationale qui entend juger celle-ci. Or, quelles qu'aient pu être les fautes commises – et elles semblent être nombreuses –, il n'appartient pas à une commission d'enquête parlementaire de se comporter, après tant de drames, comme une juridiction exceptionnelle, comme un tribunal de salut public. S'il devait y avoir des sanctions, c'est dans un tout autre cadre, celui de l'institution judiciaire, qu'il serait convenable de se prononcer : Conseil supérieur de la magistrature, propre aux magistrats, ou encore des tribunaux.
Bien sûr, l'Assemblée nationale peut instituer des commissions d'enquête, s'informer du fonctionnement de la justice – au pénal comme au civil –, recueillir des opinions et des témoignages et en tirer des conclusions en vue d'améliorer le fonctionnement de la justice.
Mais, hors les cas où le Parlement est appelé à instituer, en son sein, des juridictions afin de juger, à certaines conditions, des ministres (cour de justice de la République), voire tel président de la République (Haute Cour de justice), il ne saurait, sans atteinte à la liberté, se comporter à l'égard des citoyens comme une juridiction. C'est pourtant ce dont il nous offre aujourd'hui le spectacle consternant.
Pareille exhibition déshonore ceux qui l'ont permise, décidée, et ceux qui l'animent aujourd'hui. Un juge à qui les victimes demandent des «excuses» et les députés des «explications». Un coupable présumé dont on réclame l'aveu... sinon il sera coupable. Des auditions à la chaîne, en forme de «comparutions», sans débat contradictoire. Le tout en public, retransmis par les médias qui auront été, de bout en bout, un peu trop au spectacle. Un accusé livré à la foule des téléspectateurs qui l'a déjà jugé.
Qui s'élève contre cette atteinte à la justice, à son autorité, à sa dignité ? Ni la plupart des avocats que l'on croyait si attachés à la passion de défendre, ni les plus hauts magistrats de France, ni l'opinion publique, manipulée depuis le premier jour, aussi prompte à s'en prendre aux juges qu'elle l'avait été d'abord à crier haro sur les coupables. Ni les gouvernants que les sondages poussent toujours à la repentance. Tout cela pour aboutir à un procès de type stalinien dont personne, ni les députés de tous bords ni les citoyens, juges ou justiciables, ne sortira grandi.
Quand tout cela sera rentré dans l'ordre et que les Fouquier-Tinville de notre temps, traquant un juge, se seront tus, on pourra raison retrouver. Ce jour-là, il sera possible d'apporter enfin au système judiciaire les changements nécessaires. Y compris quant au rôle des médias, à l'image des Anglais, et quant à l'isolement des jurés, à l'image des Américains. Sans oublier les pédagogues, les psychiatres et les assistantes sociales.
Pour l'heure, une suggestion apparemment mineure revient à l'esprit, bien qu'elle ait été rejetée dans le passé par les pouvoirs publics. Elle conduirait à ne plus placer la fonction de juge d'instruction en début de carrière et à la situer à mi-chemin, quitte à modifier la pyramide judiciaire des groupes et des grades, des fonctions et des indices. Ce ne serait pas faire injure aux jeunes magistrats. Ce serait mieux assurer leur formation permanente en alliant l'âge à l'expérience, plutôt que leur faire assumer, seuls, des responsabilités qui, au-delà même de leur profession, nous concernent tous.
mercredi, février 08, 2006
Trop d'impots tue l'emploi (P. Alexandre, B. de L'Aulnoilt)

FF
Livre centré sur l'ISF.
C'est à peine la peine que j'en parle. Ceux pour qui "il faut faire payer les riches" est un article de foi seront imperméables aux arguments de bon sens. Quant aux autres, ils se doutent déjà que l'ISF est un contre-sens économique.
Environ 1 contribuable par jour devient émigré fiscal, peu en nombre, ils sont lourds en capitaux et en emploi.
Ils sont de plus en plus jeunes et créent une, voire deux, entreprises dans leur pays d'installation. Toujours ça de moins pour la France.
Deux citations :
Un fiscaliste belge qui fait fortune grâce aux fuyards de l'ISF : "Vous êtes bizarres, vous les Français, vous accueillez les pauvres et vous chassez les riches."
Martine Aubry reçoit un patron qui lui explique que l'argent enfui ne reviendra pas : "On s'en fout."
On retrouve là toute l'expertise économique, la finesse, la politesse, la modestie, l'écoute, la hauteur de vue de Martine Aubry (Les cons voleraient, celle-là, elles serait chef d'escadrille à temps partagé avec José Bové)
mardi, février 07, 2006
La fertilité française
Les faiblesses de Mme Royal

> Elle n'a pas de projet, mais les Français ont déjà voté pour un projet débile (F. Mitterrand) ou pour un homme sans projet (J. Chirac). Le vide, ne choquant personne, peut même être rassembleur.
> Néanmoins, pour le peu qu'on connaît ses opinions, elle est sectaire, sur le mode Aubry.
> En Poitou-Chrantes, elle a plus montré sa capacité à conquérir le pouvoir qu'à bien l'utiliser.
Cependant, elle a des atouts :
> C'est une femme, ses adversaires auront du mal à ne pas passer pour d'affreux machos.
> Les Français sont tellement déboussolés qu'ils sont capables de voter pour un faux air de nouveauté.
> Elle profite d'une pénurie gravissime de candidats crédibles à gauche (Fabius mal aimé, Strauss-Kahn lâche, Hollande inconsistant, Bové farfelu, Josopin cheval de retour, etc.)
Néanmoins, je ne crois pas qu'elle tiendra la distance, comme Villepin.
Y aurait-il en Islam deux poids deux mesures dans l'indignation ?
L'analyse de Renaud Girard, reporter au Figaro
[07 février 2006]
Mais que se passe-t-il donc en ce mo-ment ? Est-ce nous, les Occidentaux, qui avons un problème avec l'islam, ou est-ce l'islam qui a un problème avec nous ? A l'évidence, c'est la seconde branche de l'alternative qui est la bonne.
Pour comprendre, reprenons les faits. Il y a quatre mois, un journal danois publie des caricatures que personne n'avait particulièrement remarquées. Et puis, soudain, l'affaire est montée en épingle et présentée comme un «crime» justifiant qu'on se mette à incendier des ambassades européennes dans le monde arabo-musulman.
Les dessins incriminés mettent en scène Mahomet. Mais ce qu'ils caricaturent réellement, c'est l'usage que font les terroristes islamistes du Prophète, c'est le fait que les kamikazes se réclament de lui avant de perpétrer un attentat. Le dessin qui a le plus choqué est celui où le turban de Mahomet a été remplacé par une bombe, arme qui n'existait pas du temps du Prophète mais qui est constamment utilisée par des militants se réclamant de son enseignement. Les Danois, petit peuple pacifique, industrieux et tolérant du nord de l'Europe, n'ont rien contre Mahomet, ni pour lui. Ils ne le connaissent pas et ne l'ont jamais rencontré dans leur histoire. Simplement, comme tous les peuples du monde, ils doivent se plier à des contrôles de sécurité draconiens pour prendre un avion, depuis les attentats kamikazes du 11 Septembre, commis au nom de l'islam.
On a parfaitement le droit de trouver ces caricatures d'un goût douteux. Ce qui est intéressant dans le personnage de Mahomet, ce n'est pas la caricature de son enseignement fournie par le digest bâclé de Ben Laden et consorts, mais la réalité de son histoire. En son temps (le VIIe siècle), Mahomet était un homme de progrès. Qu'il ait civilisé la vie publique à Médine est indéniable. Avant lui, les femmes n'avaient aucun droit. Il leur en a donné. L'article de loi islamique qui veut que le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme apparaît aujourd'hui particulièrement rétrograde. Mais, à l'époque, cela constituait un immense progrès.
Le problème de la religion musulmane avec le monde contemporain ne tient pas à l'enseignement particulier, en son temps, de Mahomet, mais au fait qu'à partir du XIIe siècle l'interprétation (l'ijtihad) a été gelée en Islam, bloquant de fait toute réforme. Si, depuis la Saint-Barthélemy, la religion catholique ne s'était pas réformée en profondeur, elle serait aujourd'hui totalement inaudible en Occident.
On est donc parfaitement fondé à trouver ces dessins inintéressants. Mais, dans ce cas-là, il n'y a qu'une réaction à avoir : on passe la page ou, au pire, on résilie son abonnement au journal danois en question.
Très troublantes sont les réactions disproportionnées du monde arabo-musulman à ces dessins publiés dans un journal dont personne n'avait jusque-là entendu parler. Il est évident que les foules musulmanes furieuses de Beyrouth ou de Téhéran ont été en partie manipulées : au Liban, par les partis prosyriens qui veulent qu'on enterre l'enquête internationale sur l'assassinat de Rafic Hariri, en Iran par un régime qui est accusé (non sans preuve) par l'Occident de violer le traité de non-prolifération nucléaire.
Mais, au-delà des inévitables manipulations, les manifestations qui se multiplient à travers le monde arabo-musulman signalent un fossé culturel extrêmement profond. On se heurte à un mur en rappelant des évidences sur le fonctionnement des sociétés occidentales. En quoi le gouvernement danois est-il responsable de ce qui est publié dans la presse danoise, qui est évidemment une presse libre ? Au cours des deux décennies passées, le Danemark s'est plutôt fait remarquer par sa grande générosité à l'égard du monde musulman (dons aux Palestiniens, accueil de dizaines de milliers de réfugiés bosniaques).
Si l'ignorance peut expliquer tel mouvement de foule en Afghanistan, on ne peut pas en dire autant d'une manifestation d'immigrés musulmans en Belgique. La valeur suprême de l'Occident, celle de liberté politique, fut éhontément exploitée par ceux-ci. A Bruxelles, les manifestants musulmans ont utilisé la liberté de manifester pour tenter d'assassiner la liberté d'expression.
Mais pourquoi ces musulmans de Belgique n'ont-ils jamais manifesté auparavant sur des sujets autrement importants ? Les a-t-on vus dans la rue pour exprimer leur rejet de la pensée Ben Laden après les attentats du 11 Septembre ? Les a-t-on entendus crier leur horreur devant la décapitation filmée de l'ingénieur américain Nick Berg ? Comment eux, qui bénéficient en Belgique de la liberté de religion, n'ont-ils jamais pensé manifester devant l'ambassade d'Arabie saoudite, pays qui interdit de dire la messe aux centaines de milliers de Philippins chrétiens qui y habitent ? N'ont-ils pas honte de ce régime saoudien qui, au nom de l'Islam, interdit à de pauvres travailleurs immigrés la simple pratique de leur religion ? Y aurait-il, en Islam, deux poids, deux mesures dans l'indignation ?
Pourtant, ces musulmans de Belgique n'ignorent pas que, dans l'histoire, des peuples ont parfois osé manifester publiquement leur honte. Après les massacres de Sabra et Chatila en 1982, plus d'un demi-million d'Israéliens sont sortis dans les rues de Tel-Aviv pour exprimer leur honte face aux familles palestiniennes massacrées (par la milice phalangiste d'Elie Hobeika, que l'armée israélienne avait laissé entrer dans les camps).
Si les cinq mille musulmans qui manifestaient dimanche à Bruxelles ont tant en horreur les valeurs occidentales de liberté et de laïcité, pourquoi ne leur vient-il pas à l'idée d'aller vivre en Arabie saoudite ?
En Europe, le droit d'asile politique, magnifique héritage des Lumières, a été détourné. Car il a toujours été entendu que le demandeur d'asile devait partager les valeurs fondamentales du pays dans lequel il souhaitait être invité.
Encore faudrait-il que les pays d'accueil sachent les défendre eux-mêmes sans concession. Comment Martine Aubry a-t-elle pu créer, comme au Pakistan, un «apartheid» femmes-hommes dans les piscines de Lille ? [petit commentaire partisan : ça me confirme bien que la Martine est une conne, comme je m'en doutais depuis les 35 h]
Sachons, chez nous, défendre nos valeurs. Pour paraphraser Churchill, ne choisissons pas le déshonneur des concessions pour éviter la guerre. Car nous aurions au final et le déshonneur et la guerre.
[07 février 2006]
Mais que se passe-t-il donc en ce mo-ment ? Est-ce nous, les Occidentaux, qui avons un problème avec l'islam, ou est-ce l'islam qui a un problème avec nous ? A l'évidence, c'est la seconde branche de l'alternative qui est la bonne.
Pour comprendre, reprenons les faits. Il y a quatre mois, un journal danois publie des caricatures que personne n'avait particulièrement remarquées. Et puis, soudain, l'affaire est montée en épingle et présentée comme un «crime» justifiant qu'on se mette à incendier des ambassades européennes dans le monde arabo-musulman.
Les dessins incriminés mettent en scène Mahomet. Mais ce qu'ils caricaturent réellement, c'est l'usage que font les terroristes islamistes du Prophète, c'est le fait que les kamikazes se réclament de lui avant de perpétrer un attentat. Le dessin qui a le plus choqué est celui où le turban de Mahomet a été remplacé par une bombe, arme qui n'existait pas du temps du Prophète mais qui est constamment utilisée par des militants se réclamant de son enseignement. Les Danois, petit peuple pacifique, industrieux et tolérant du nord de l'Europe, n'ont rien contre Mahomet, ni pour lui. Ils ne le connaissent pas et ne l'ont jamais rencontré dans leur histoire. Simplement, comme tous les peuples du monde, ils doivent se plier à des contrôles de sécurité draconiens pour prendre un avion, depuis les attentats kamikazes du 11 Septembre, commis au nom de l'islam.
On a parfaitement le droit de trouver ces caricatures d'un goût douteux. Ce qui est intéressant dans le personnage de Mahomet, ce n'est pas la caricature de son enseignement fournie par le digest bâclé de Ben Laden et consorts, mais la réalité de son histoire. En son temps (le VIIe siècle), Mahomet était un homme de progrès. Qu'il ait civilisé la vie publique à Médine est indéniable. Avant lui, les femmes n'avaient aucun droit. Il leur en a donné. L'article de loi islamique qui veut que le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme apparaît aujourd'hui particulièrement rétrograde. Mais, à l'époque, cela constituait un immense progrès.
Le problème de la religion musulmane avec le monde contemporain ne tient pas à l'enseignement particulier, en son temps, de Mahomet, mais au fait qu'à partir du XIIe siècle l'interprétation (l'ijtihad) a été gelée en Islam, bloquant de fait toute réforme. Si, depuis la Saint-Barthélemy, la religion catholique ne s'était pas réformée en profondeur, elle serait aujourd'hui totalement inaudible en Occident.
On est donc parfaitement fondé à trouver ces dessins inintéressants. Mais, dans ce cas-là, il n'y a qu'une réaction à avoir : on passe la page ou, au pire, on résilie son abonnement au journal danois en question.
Très troublantes sont les réactions disproportionnées du monde arabo-musulman à ces dessins publiés dans un journal dont personne n'avait jusque-là entendu parler. Il est évident que les foules musulmanes furieuses de Beyrouth ou de Téhéran ont été en partie manipulées : au Liban, par les partis prosyriens qui veulent qu'on enterre l'enquête internationale sur l'assassinat de Rafic Hariri, en Iran par un régime qui est accusé (non sans preuve) par l'Occident de violer le traité de non-prolifération nucléaire.
Mais, au-delà des inévitables manipulations, les manifestations qui se multiplient à travers le monde arabo-musulman signalent un fossé culturel extrêmement profond. On se heurte à un mur en rappelant des évidences sur le fonctionnement des sociétés occidentales. En quoi le gouvernement danois est-il responsable de ce qui est publié dans la presse danoise, qui est évidemment une presse libre ? Au cours des deux décennies passées, le Danemark s'est plutôt fait remarquer par sa grande générosité à l'égard du monde musulman (dons aux Palestiniens, accueil de dizaines de milliers de réfugiés bosniaques).
Si l'ignorance peut expliquer tel mouvement de foule en Afghanistan, on ne peut pas en dire autant d'une manifestation d'immigrés musulmans en Belgique. La valeur suprême de l'Occident, celle de liberté politique, fut éhontément exploitée par ceux-ci. A Bruxelles, les manifestants musulmans ont utilisé la liberté de manifester pour tenter d'assassiner la liberté d'expression.
Mais pourquoi ces musulmans de Belgique n'ont-ils jamais manifesté auparavant sur des sujets autrement importants ? Les a-t-on vus dans la rue pour exprimer leur rejet de la pensée Ben Laden après les attentats du 11 Septembre ? Les a-t-on entendus crier leur horreur devant la décapitation filmée de l'ingénieur américain Nick Berg ? Comment eux, qui bénéficient en Belgique de la liberté de religion, n'ont-ils jamais pensé manifester devant l'ambassade d'Arabie saoudite, pays qui interdit de dire la messe aux centaines de milliers de Philippins chrétiens qui y habitent ? N'ont-ils pas honte de ce régime saoudien qui, au nom de l'Islam, interdit à de pauvres travailleurs immigrés la simple pratique de leur religion ? Y aurait-il, en Islam, deux poids, deux mesures dans l'indignation ?
Pourtant, ces musulmans de Belgique n'ignorent pas que, dans l'histoire, des peuples ont parfois osé manifester publiquement leur honte. Après les massacres de Sabra et Chatila en 1982, plus d'un demi-million d'Israéliens sont sortis dans les rues de Tel-Aviv pour exprimer leur honte face aux familles palestiniennes massacrées (par la milice phalangiste d'Elie Hobeika, que l'armée israélienne avait laissé entrer dans les camps).
Si les cinq mille musulmans qui manifestaient dimanche à Bruxelles ont tant en horreur les valeurs occidentales de liberté et de laïcité, pourquoi ne leur vient-il pas à l'idée d'aller vivre en Arabie saoudite ?
En Europe, le droit d'asile politique, magnifique héritage des Lumières, a été détourné. Car il a toujours été entendu que le demandeur d'asile devait partager les valeurs fondamentales du pays dans lequel il souhaitait être invité.
Encore faudrait-il que les pays d'accueil sachent les défendre eux-mêmes sans concession. Comment Martine Aubry a-t-elle pu créer, comme au Pakistan, un «apartheid» femmes-hommes dans les piscines de Lille ? [petit commentaire partisan : ça me confirme bien que la Martine est une conne, comme je m'en doutais depuis les 35 h]
Sachons, chez nous, défendre nos valeurs. Pour paraphraser Churchill, ne choisissons pas le déshonneur des concessions pour éviter la guerre. Car nous aurions au final et le déshonneur et la guerre.
lundi, février 06, 2006
700 millions de dollars détournés des caisses de l'Autorité palestinienne
Me dira-ton que j'ai mauvais esprit si je relie cette nouvelle à l'ampleur des manifestations anti-caricatures chez les Palestiniens ?
Quand on vit dans un pays dont on a guère lieu d'être fier, on a les nerfs à vif et on est facilement xénophobe. Ce n'est pas la France au moral dans les chaussettes effrayée par le plombier polonais qui me dira le contraire.
700 millions de dollars détournés des caisses de l'Autorité palestinienne
Quand on vit dans un pays dont on a guère lieu d'être fier, on a les nerfs à vif et on est facilement xénophobe. Ce n'est pas la France au moral dans les chaussettes effrayée par le plombier polonais qui me dira le contraire.
700 millions de dollars détournés des caisses de l'Autorité palestinienne
Plaidoyer pour l'humour (islamique)
J'ai sur ma table de chevet une Anthologie de l'humour dans la littérature française.
D'autre part, j'ai un jour posté sur ce blog un message expliquant pourquoi j'ai une peur bleue des gens sans humour.
Je n'avais pas de boule de cristal, je n'avais pas anticipé l'affaire des caricatures de Mahomet. Simplement, il faut voir les choses comme elles sont : les gens sans humour sont dangereux, d'où qu'ils viennent. L'humour permet de relativiser, de prendre du recul, de lubrifier les rapports humains, d'instaurer une certaine tolérance dans les conflits, de se moquer de soi. Et se moquer de soi, c'est sourire à la vie.
Ne pas avoir d'humour, c'est prendre le risque d'être absolutiste, totalitaire, infatué, intolérant, grincheux, triste. On remarquera que certains saints avaient une forme d'humour.
Comme beaucoup de peuples opprimés, les Iraniens ont un humour féroce. Exemple d'une histoire qui court à Teheran :
Le président, connu pour son allure négligée, se présente un jour à la télévision, avec une belle raie au mileu, les cheveux soigneusement rejetés sur les cotés. Etonnement dans le peuple, les Iraniens s'interrogent, jusqu'à ce que vienne l'explication : le président a trié les poux ; les mâles d'un coté, les femelles de l'autre.
D'autre part, j'ai un jour posté sur ce blog un message expliquant pourquoi j'ai une peur bleue des gens sans humour.
Je n'avais pas de boule de cristal, je n'avais pas anticipé l'affaire des caricatures de Mahomet. Simplement, il faut voir les choses comme elles sont : les gens sans humour sont dangereux, d'où qu'ils viennent. L'humour permet de relativiser, de prendre du recul, de lubrifier les rapports humains, d'instaurer une certaine tolérance dans les conflits, de se moquer de soi. Et se moquer de soi, c'est sourire à la vie.
Ne pas avoir d'humour, c'est prendre le risque d'être absolutiste, totalitaire, infatué, intolérant, grincheux, triste. On remarquera que certains saints avaient une forme d'humour.
Comme beaucoup de peuples opprimés, les Iraniens ont un humour féroce. Exemple d'une histoire qui court à Teheran :
Le président, connu pour son allure négligée, se présente un jour à la télévision, avec une belle raie au mileu, les cheveux soigneusement rejetés sur les cotés. Etonnement dans le peuple, les Iraniens s'interrogent, jusqu'à ce que vienne l'explication : le président a trié les poux ; les mâles d'un coté, les femelles de l'autre.
Armée de Chirac, armée de Napoléon le petit ?

L'émission C dans l'air est très souvent instructive. J'ai saisi un bout sur la dissuasion nucléaire. Un intervenant commençait à dire quelque chose de fort intéressant mais il a été interrompu par la publicité et la discussion a pris un autre chemin. C'est bien dommage, j'aurais été passionné par un développement.
Voilà ce que disait cet intervenant : "L'armée du second empire s'est dispersée en interventions extérieures, (Mexique, Maroc, ...) et, quand est venu le moment de remplir sa véritable mission, c'est-à-dire défendre le territoire et combattre l'Allemagne, elle s'est effondrée en quelques jours. J'ai peur qu'il en soit de même pour notre armée actuelle."
Or, je partage cette crainte. La situation a bien changé par rapport au XIXème siècle, mais la question que je me pose est la suivante : l'armée française d'aujourd'hui serait-elle capable de faire face à une menace grave et inattendue (ce sont les plus difficiles à maitriser) ?
L'exemple que j'ai en tête est la guerre des Malouines : si quelques mois avant, on avait dit aux Britanniques qu'ils auraient à mener, seuls, sans l'appui d'alliés, une guerre à l'autre bout du monde, ils auraient sans doute répondu que c'était fou que ce n'était pas prévu dans leurs plans. Ils s'en sont quand même sortis avec quelques improvisations. La France aurait-elle la même capacité en 2006 dans une situation aussi surprenante ?
C'est une grande et malheureuse tradition de l'armée française que de préparer la guerre d'avant plutôt que celle d'après. Cette mauvaise préparation a souvent été payée au prix du sang. Frappés par l'horreur de la guerre des tranchées, nous oublions les massacres de l'été 14, où des centaines de milliers de pioupious habillés comme des cibles de carnaval ont été fauchés à la sulfateuse.
Le problème aujourd'hui est que, même pour compenser l'impréparation au prix du sang, il faut du temps, qui est la chose la plus rare dans les guerres actuelles.
Les cent missiles qui manquent dans l'arsenal, le satellite espion qui n'a pas été lancé, l'escadron de Rafale qui est prévu pour dans trois ans, tout cela ne pourra pas apparaître, en cas de besoin, du jour au lendemain même avec de grands efforts.
Chiffre édifiant : en quinze ans, la dsiponibilité des hélicoptères de l'armée, moins nombreux pourtant, est passé de 70 % à 37 %. (je ne vous ai pas mis une photo d'hélicoptère mais de Miarge 2000 que je trouve très élégant)
La France est-elle encore indépendante militairement (1), c'est-à-dire encore souveraine, ou n'est-elle qu'une force supplétive des USA ? (Je rappelle pour les oublieux cette phrase de Condoleezza Rice : "Nous ferons la guerre et les Européens aideront les vieilles dames à traverser la rue.")
J'évoquais il y a peu un scénario où la France bombarderait seule les installations nucléaires iranniennes. A supposer, ce qui est par ailleurs exclu, que la volonté politique y soit, la France en aurait-elle les moyens ? J'en doute très fortement (il suffit de regarder une carte : 8000 km bien tassés à partir de la France...). Si on me demanndait de parier sur ce sujet, je parierais que seul Israel en a la volonté et les USA les moyens..
Je pense que, depuis quelques années déjà, les armées françaises ne sont plus des instruments au service de la politique mais que c'est la faiblesse de ces armées qui décide de la politique. On fait la politique de nos moyens au lieu de nous donner les moyens de notre politique.
On en revient toujours à cette phrase de Daniel Halévy que j'aime citer : "Sans la menace de la force armée, la diplomatie n'est qu'aboiement de roquet."
Or, au moment où les tensions montent avec certains pays musulmans et où l'Asie est une poudrière, nous sommes à poils. Autre chiffre édifiant : 20 000 hommes "projetables" pour un effectif global de 360 000 hommes, autrement dit, les choses étant ce qu'elles sont, comme disait Charles de G., seul 1 militaire sur 18 a vraiment une utilité politique.
Tout cela, c'est une question de sous et d'organisation, mais, sur ce point je vais être obligé de revenir à mon tropisme libéral : je considère que les missions de l'Etat sont en priorité la défense, la police, la justice et que le reste tombe très vite dans la dispersion, le saupoudrage, le gaspillage, l'abus de pouvoir. Malheureusement, ce qui est gaspillé en "Langueries", gouffre de l'EN et autres fariboles pseudo-sociales finit par manquer pour les véritables missions de l'Etat.
(1) : quelle que soit le haute qualité que nécessitent des interventions comme celle de Cote d'Ivoire, il ne s'agit que d'une opération de police et non d'une guerre. D'autre part, je raisonne en considérant que les coopérations européennes ne sont que cela, des coopérations, mais que, en dernier ressort, il y a des opérations qu'un pays doit avoir la capacité de mener sans en référer à personne, en comptant sur ses propres moyens.
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