jeudi, décembre 16, 2004

Le combat de coqs à la tête d'EADS

Au mépris de toute éthique, en utilisant les pires techniques, la rumeur, la calomnie, avec le concours d'une agence de pub, Noël Forgeard, président d'Airbus et accessoirement proche de Jacques Chirac, essaye de déboulonner Philippe Camus, co-président d'EADS, donc son propre patron, avec l'appui de drigeants français, en premier, l'impayable Jacques C. Il espérait au passage devenir le patron unique, c'est-à-dire se débarrasser des Allemands.

Le combat est d'une telle violence que la crédibilité d'EADS s'en trouve durablement affectée. Les Allemands, actionnaires à part égale avec les Français, sont intervenus pour signifier que cet affrontement d'ambitions était irresponsable vis-à-vis de la société.

Un très gros appel d'offre pour les ravitaillements en vol de l'armée américaine est en cours d'élaboration. EADS tente à toute force de faire oublier ses racines européennes pour remporter ce qui serait une victoire majeure, cruciale pour son avenir. Cette querelle arrive donc au plus mauvais moment. Un responsable de Boeing aurait déclaré qu'il ne pouvait rêver mieux.

Seule certitude, dans le meilleur des cas, Noël Forgeard devra partager le pouvoir avec Thomas Enders, nommé par les Allemands, et n'obtiendra pas la présidence unique convoitée. Etait-il nécessaire de déclencher un conflit jamais vu dans une entreprise de cette taille pour en arriver là ?

A court terme, on ne peut qu'être inquiet si Noël Forgeard prend la tête conjointe d'EADS : comment faire confiance à un dirigeant qui fait passer à ce point l'ambition personnelle et les rivalités de clans au-dessus des intérêts de l'entreprise ? Que ne fera-t-il pas pour récompenser ceux qui l'ont aidé ?

Ca fait de la peine de voir une belle société comme EADS minée par des problèmes qui ne volent pas bien haut.

A plus long terme, si il s'avère que la présence de l'Etat français dans l'actionnariat d'une société est susceptible de tant perturber son fonctionnement (aujourd'hui, tout repose sur les épaules d'Arnaud Lagardère : si il décide de garder Philippe Camus à sa place actuelle -ce n'est pas ce que dit la rumeur-, on pourra encore croire qu'EADS est presque une entreprise comme les autres), les consolidations de l'industrie de défense européenne seront durablement retardées.

Il se peut même que le scénario catastrophe, qui n'a jamais vraiment quitté les esprits des gens avertis, prenne le relais : le rachat progressif ou l'abaissement à la position de sous-traitant de toute l'industrie de défense européenne par les grands groupes américains.

Tout cela parce qu'un polytechnicien bien vu par quelques politocards rêve de devenir calife à la place du calife, ça serait bien dommage.

L'ambition de fusionner l'industrie de défense européenne va de pair avec une ambition de défense européenne. Or, c'est un objectif noble et légitime, porté de façon remarquable, chacun à leur manière, par EADS et par Thales.

Puissent les hommes reponsables de ces affaires, car il s'agit au final d'un cercle restreint à quelques dizaines d'indivdus, ne pas l'oublier.

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