jeudi, avril 27, 2006

Que nul pilote n'est un surhomme ...

Il y a quelques années, une équipe militaire d'une nation amie venait faire de l'initiation au planeur en montagne. Parmi les invités, un pilote de chasse à plusieurs dizaines de milliers d'heures de vol et quelques victoires aériennes, bref un as. Un monsieur comme ça, on ne lui fait pas l'affront de le mettre dans un planeur biplace, on le met directement dans un monoplace.

Tout le monde décolla. Et, au bout d'un certain temps, on entendit hurler à la radio dans une langue bizarre : c'était l'as qui appelait sa mère dans sa langue natale.

Il s'était perdu dans un environnement inhabituel et avait saturé (1). Ce jour-là, il s'est trouvé quelqu'un pour lui causer dans sa langue natale et le ramener.

Comme quoi ça peut arriver à tout le monde (même à moi).

(1) : saturation mentale : quand le stress est très intense, on perd ses facultés mentales, au point que faire "2+2" devient difficile, jusqu'à un niveau tel qu'on arrive à saturation, qu'on ne peut plus faire le moindre effort de réflexion et qu'on a des réactions très régressives. La bonne technique est évidemment de respirer, de faire les choses méthodiquement (les ailes à plat, garder la vitesse, etc.) de manière à faire baisser le stress, mais, justement, quand on sature, c'est qu'on n'est plus capable de ce genre de démarche raisonnée.

3 commentaires:

Nathan a dit…

"saturation mentale" : est-ce synonyme de panique ?

fboizard a dit…

Non :

> saturation mentale : vous ne pouvez plus prendre en compte les nouveaux évènements. Vous réagissez par réflexe primaire (appelez sa mère !)ou vous ne réagissez pas.

La panique peut favoriser, mais on peut être saturé mentalement sans être en état de panique, par exemple en arrivant sur un terrain où il se passe plein de choses que l'on n'a pas anticipées.

A ce moment là, puisque le cerveau est hors d'état de gérer les derniers signaux, vous ne réfléchissez plus, vous régressez, vous retombez en enfance : vous ne faites rien, ou vous faites ce que vous faisiez lors de vos premiers vols. Si dans une telle situation hier vous appuyiez sur le bouton vert, aujourd'hui, vous appuyez aussi sur le bouton vert, même si dans l'avion d'aujourd'hui, c'est sur le bouton bleu qu'il faut appuyer.

Exemple classique : le pilote qui se pose train rentré par oubli et qui explique qu'il a été perturbé par une sonnerie ... qui était celle de l'alarme du train non sorti : trop saturé par les nombreuses manoeuvres d'atterrissages, son cerveau a été saturé et il n'a pas pu comprendre que l'alarme qu'il entendait était celle du train non sorti.

Bien sûr, ce genre de problèmes se régle par l'expérience, la préparation, l'anticpation, les procédures, mais personne n'est à l'abri.

Exemple personnel : une fois où il fallait gérer la radio, le trafic, surveiller l'avion au point d'arrêt et tout et tout, mon instructeur m'a gentiment demandé : "30 divisé par 2, ça fait combien ?" Le blanc total, je me suis trouvé incapable de répondre. Bel exemple de saturation mentale (dans mon cas, c'est assez aisé à obtenir !).

Vous pouvez essayer chez vous : jongler avec trois balles tout en cherchant votre maison sur le plan de votre ville. Pendant ce temps, un comparse vous pose des questions élémentaires de calcul mental, vous verrez si vous n'êtes pas saturé. Et pourtant, aucune panique !

Par contre, la saturation mentale peut créer la panique, ce qui est probablement le cas de l'as que je citais.

Sur le sujet :

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Nathan a dit…

Ok merci pour la précision ... il est vrai que voler n'est pas très "naturel" à la base ... :) La même chose se produit peut être en plongée sous marine ou autre ... (je ne sais pas si c'est comparable mais lorsqu'on est assailli de coups de téléphone, mails en urgence, interpellé à tout va, en situation de crise par exemple ... ce n'est alors pas la panique mais une sorte de blanc, dont la seule issue est : priorisation, organisation ... )