dimanche, octobre 08, 2006

Le chantage par la grève de la faim

La grève de la faim bénéficie, par sa non-violence, d'une aura favorable. Ca n'en demeure pas moins un chantage, ce qui dans une dictature peut se comprendre, beaucoup moins dans une démocratie.

La grève de la faim du député Delassalle était tout simplement ridicule.

La grève de la faim des squatteurs de Cachan a abouti à une "victoire" qui est pourtant une négation de la loi. C'est étonnant que Sarko, qui est censé d'après sa légende, "parler vrai", oublie de faire remarquer cette vérité élémentaire.

A quand la grève de la faim du voleur à la tire pour obtenir une réduction de peine ? C'est moins photogénique que des pauvres noirs sans un penny, pourtant c'est la même logique.

Alors, comment faire ?

Une piste : lorsque Bobby Sands et des membres de l'IRA faisaient une grève de la faim dont ils ont fini par mourir, on avait interrogé Margaret Thatcher : "Que faites vous pour eux ?", elle avait répondu : "Je fais mon devoir : je leur présente trois repas par jour."

Quand la loi et le gouvernement sont légitimes, ils ne courent pas derrière l'opinion et ne cèdent pas au chantage. C'est bien parce que le gouvernement de la France est confisquée par une côterie (de gauche, de droite, parfois ; technocrates toujours) qu'il perd sa légitimité et chancelle au moindre vent.

8 commentaires:

Ladrennec a dit…

On peut appliquer cette même remarque aux manifestations de rue : quand il s'agit de s'opposer à une loi promulguée par un gouvernement démocratiquement élue, la meilleure arme reste le bulletin de vote, et non le blocage de certaines institutions (cas du CPE...), bref le recours à des méthodes de chantage.
En France, on a poussé cette culture "d'opposition de lutte" jusqu'au ridicule (et m'est avis que si le ridicule tuait, notre pays compterait beaucoup moins de journées de grève...).

Jesrad a dit…

lorsque Bobby Sands et des membres de l'IRA faisaient une grève de la faim dont ils ont fini par mourir, on avait interrogé Margaret Thatcher : "Que faites vous pour eux ?", elle avait répondu : "Je fais mon devoir : je leur présente trois repas par jour."

Il est intéressant de voir le parallèle entre ces grèves de la faim et l'attitude gauchiste: dans les deux cas, on tient pour responsable celui qui est extérieur aux circonstances que l'on condamne.

Bobby Sands se laisse mourir de faim ? C'est son choix, sa décision, et ce serait de l'esclavage que de tenter de l'en empêcher. Et c'est aussi de l'esclavage que de rendre responsable de sa mort quelqu'un d'autre que lui. De même ceux qui pensent que celui qui a les moyens doit aider celui qui ne les a pas sont aveuglés, et leur logique est esclavagiste: peine donc, toi qui peut, car lui ne le peut point ! C'est irrationnel, l'immoral perpétré au nom de la morale.

Alors, chantage ? Non, esclavage.

Quand la loi et le gouvernement sont légitimes

Halte-là. Le gouvernement n'est jamais légitime.

François Delpla a dit…

dégoisez tant que vous voudrez et rendez-vous dans une Irlande unifiée où Sands aura des rues partout tandis que Thatcher et Blair seront, enfin, universellement catalogués comme de vigoureux accélérateurs de la déliquescence britannique.

DoM P a dit…

Que les analystes soient avertis : Les prédicateurs sont de retour!

fboizard a dit…

Cher FD,

Connaissez vous l Irlande ? J ai bien peur aue vous ne vous laissiez aller a vos mythes gauchistes.

Dommage.

Nathan a dit…

Bravo pour ce sujet.

L'affaire Lassalle n'était pas ridicule : elle fut catastrophique pour notre démocratie. Je persiste et signe, cela restera à mes yeux comme le pire événement de cette année 2006. Pourquoi ? Mais parce que c'est un député élu au sein du parlement qui a donné l'image pitoyable du chantage extrêmiste passif, en outre pour une connerie (1) ... Je ne dis pas qu'il est la cause des grêves de la faim de Cachan, mais il y a exemple et correlation. Un mauvais exemple peut être pire qu'une cause. Je vous prédis (!) que les grêves de la faim vont désormais fleurir dans notre pays.

Plus globalement, ne pensez-vous pas qu'il y a 20 ans ces choses là auraient été surréalistes ? Tout comme les attentats suicide ? Il y a une évolution de la conscience collective mondiale quant à la relativité de la vie humaine. Je pense que cela provient d'une sorte de désenchantement matérialiste ... Des années 70 aux années 90, c'était l'idéal de la croissance mondiale libérale, aboutie par la crainte stupide des peurs millénaristes. Le début des années 2000 montre une désillusion, un retour à la réalité et notamment à la réalité de la mortalité ...

Bon je m'égare encore ... juste pour redire que l'affaire Lassalle est la pire démonstration de notre MAUVAISE DEMOCRATIE. Et oui je suis d'accord avec Thatcher et votre analyse.

Je suis aussi d'accord pour dire que globalement les français ont la culture du chantage et de l'attente passive ... ou de l'action anti-constructive, voire destructive ...

Les français ne savent pas se prendre en main et restent constamment dans l'idéal, qu'il soit étatique, droit de l'hommiste ou égalitariste ...

a+

(1) En cause : Debré qui a laissé faire cela dans le parlement, Bayrou qui a laissé faire un membre de sa famille politique et Sarkozy qui a terminé l'affaire, mais bon il fallait bien que quelqu'un dénoue le problème encore une fois ... ce dernier étant donc moins en cause ...

Nathan a dit…

La seule grêve de la faim "légitime" qui me vient à l'esprit est celle de Gandhi. Dans son cas il s'agissait d'un sacrifice pour la paix ...

Pourquoi celles pré-citées nous paraissent-elles égoistes alors qu'il s'agit aussi de sacrifices ou plutôt auto-sacrifice humains ? Compliqué ... Sans doute car il n'y pas mort d'homme en jeu ... Ainsi la grêve de la faim ne serait "légitime" que dans le cas de vie à sauver : ce n'est pas le sujet du sacrifice qu'il faut observer, malgré la violence de son acte, c'est l'objet qu'il dénonce. S'il veut mourir pour une connerie alors soit ... Voilà le dilemme, le grêviste de la faim porte le regard sur lui au lieu de faire porter le regard sur l'objet qu'il pointe ou dénonce ... C'est une dérive ... un chantage comme vous dites, c'est bien vu ...

François Delpla a dit…

mais enfin que demandaient Sands et ses camarades ? le régime de prisonniers politiques, donc l'application de la loi !

quant à la partition de l'Irlande au moment de l'indépendance, c'est sans doute un des pires aspects de l'impérialisme britannique, que ne partage pas le français (exception: Giscard aux Comores) : être incapable de quitter une colonie en la laissant en un seul morceau.