mardi, mars 17, 2009

Aristote au Mont Saint Michel (S. Gouguenheim)

Ce livre s'intéresse à la transmission de l'héritage grec au Moyen-Age. Il soutient la thèse que cette transmission s'est principalement faite par les syriaques chrétiens implantés en terre d'Islam et par les Byzantins.

Evidemment, elle est opposée à la thèse «officielle» comme quoi cet héritage serait passé par les penseurs arabes envers lesquels l'Occident aurait de ce fait une immense dette (prosternation obligatoire).

La thèse de Gouguenheim ne surprendra pas les libres penseurs : il suffit de rappeler que pas un des grands maitres de l'Islam médiéval ne maîtrisait le Grec et que, le moins que l'on puisse dire, la philosophie islamique n'a pas été imprégnée de pensée grecque. Il n'est donc pas besoin de connaissances très pointues pour émettre quelques doutes sur la thèse «officielle».

N'étant pas spécialiste de la chose, je ne peux guère juger de l'exactitude du fond, mais ça a l'air de tenir la route.

Nota : ce livre a permis à des gauchistes en mal de publicité de se faire connaître en l'accusant de racisme et en se faisant mousser dans les journaux complices par le biais d'une pétition. Ceci n'aurait aucune importance (comme toute agitation gauchiste) si les censeurs n'étaient parvenus à leurs fins, c'est-à-dire à ternir la réputation du sceptique (par rapport à la thèse bien-pensante) et à entraver sa carrière.

On notera avec amusement que le journal Le Monde a publié une critique positive de cet ouvrage avant la polémique puis en a dit du mal ensuite. Plusieurs hypothèses (non exclusives) : le critique du Monde n'a pas lu ce livre, il ne l'a pas compris, il change d'avis suivant le sens du vent.

5 commentaires:

Unknown a dit…

@ Franck Boizard

Plusieurs choses en réaction :

1) Sylvain Gouguenheim explique, et vous le rappelez, que l'« Islam des Lumières » d'Averroès et d'Avicenne doit être tempéré par le fait que ces savants ne parlaient pas le grec, et qu'ils ont appliqué à la science aristotélicienne les filtres théologiques et culturels inhérents au monde islamique.*

Le problème est donc plus que linguistique, il est que les penseurs musulmans - pas forcément arabes mais aussi perses - n'ont gardé du savoir grec que ce qui n'était pas contraire à l'islam.

2) Les conséquences du procès en sorcellerie vont bien au-delà d'un simple ternissement de sa réputation, bien naturel dans le milieu de la « recherche » historique universitaire française, gangrénée par les gauchistes et où l'on décide des conclusions avant de disposer de faits les étayant.

Il a carrément dû interrompre ses cours et ses recherches. Sa carrière a été plus qu'entravée, elle a subi un vrai coup d'arrêt.

3) La recension de l'ouvrage dans Le Monde des livres, en revanche, était le fait de Roger Pol-Droit qui, pour le coup, a bien lu le livre - j'ai lu le livre et cette recension -, et en tire les mêmes conclusions que vous ou moi.

4) Comme l'explique Sylvain Gouguenheim en annexe à son ouvrage (p. 203), cette théorie de la filiation de l'Europe au monde arabo-musulman a été élaborée en 1960 par l'Allemande Sigrid Hunke, une ancienne nazie, amie personnelle du chef de la SS, Heinrich Himmler, s'étant reconvertie dans l'ultra-gauche après la Seconde Guerre mondiale.**

5) J'ai moi-même recensé le livre :

http://criticusleblog.blogspot.com/2008/10/sylvain-gouguenheim-restituteur.html

* et ** : mes points 1) et 4) sont issus de cette même recension.

Unknown a dit…

Philippe Nemo était arrivé aux mêmes conclusions dans Qu'est-ce que l'Occident ? :

«[D]es textes qui étaient disponibles depuis longtemps étaient maintenant perçus comme utiles et pourvus de sens. Avant la Révolution papale, les Occidentaux avaient dormi sur ces vieux textes sans se soucier d'eux parce qu'ils n'avaient plus, ou n'avaient pas encore, la moindre idée de leur utilité et de leur valeur - un peu comme les sociétés pré-industrielles peuvent dormir pendant des siècles sur des champs pétrolifères ou des mines d'uranium sans soupçonner leur utilité et même leur existence. [...] Il est donc faux et superficiel de dire que le renouveau intellectuel de l'Europe des XIe-XIIIe siècles serait uniquement dû à une influence arabe, pour la raison que les Croisades et la Reconquista auraient mis les sauvages européens en relation avec ces centres de culture raffinée qu'étaient Damas, Bagdad ou Cordoue, où la science grecque avait été depuis longtemps recueillie et traduite. Il est exact que de nombreux manuscrits inconnus des Européens leur furent révélés par l'intermédiaire du monde musulman, par exemple une bonne partie du corpus aristotélicien ou hippocratique. Il est vrai également qu'en complément des textes grecs recueillis ou traduits par les Arabes, les Occidentaux, à la grande époque de l''averroïsme latin', ont découvert les contributions scientifiques originales des Arabes, notamment en matière de mathématiques. Mais ces éléments matériels sont moins importants que l'esprit qui les rendait signifiants et qui appelait à s'en emparer puis à les renouveler complètement, à la faveur d'un véritable second départ de la science mondiale. Cet esprit a été la cause formelle du renouveau de la science, les manuscrits trouvés en Orient en ont été la cause matérielle. Si la cause matérielle eût suffi, Galilée eût été Mongol. »

[...]

« Que l'esprit scientifique de l'Occident n'ait rien dû d'essentiel au monde musulman, on en a une preuve indirecte dans le fait que l'averroïsme n'eut guère de lendemains en islam même. Les sociétés musulmanes ne connurent pas, par la suite, le même développement du rationalisme et de la science, ni le même prométhéisme transformateur, caractéristiques des sociétés occidentales. C'est bien le signe qu'il régnait en islam un autre esprit. Ce qu'on peut lire à ce sujet dans la littérature anti-occidentaliste est intellectuellement bien faible. Le retard de l'islam, en termes de sciences, de techniques, de développement économique, serait dû à l''oppression' dont il aurait été victime de la part des puissances colonisatrices, qui auraient délibérément 'bloqué' son développement [...] Cette façon de présenter les choses n'est pas raisonnable. Si l'islam avait eu dans sa culture tous les éléments permettant un développement endogène, il se serait développé et n'aurait probablement pas, de ce fait, été colonisé. S'il n'avait eu qu'un retard, la colonisation même lui aurait permis de le combler rapidement, selon le scénario qui s'est produit au Japon et en Chine. Il faut donc croire qu'il y a, en matière de développement scientifique et économique, un problème de fond avec l'islam lui-même, je veux dire avec le rapport au monde que cette religion implique, avec le type de société qu'elle engendre. »

Ulysse le Voyageur a dit…

Ahem, il y a quelques raccourcis là-dedans. En réalité, l'oeuvre d'Aristote est parvenue jusqu'à nous par les deux chemins. Il y a eu des échanges fructueux entre penseurs des deux bords, particulièrement entre les deux génies qu'étaient Averroès et Thomas d'Aquin, chacun donnant sa propre interprétation du De Anima d'Aristote avec un brio impressionnant.
J'ai une petite préférence pour ce qu'en dit Averroès.

Unknown a dit…

une thèse intrigue

les arabes peu nombreux, commerçants (voyageurs qui transmettent) et guerriers ont conqui des communautés anciennes qui se sont converties pour des raisons évidentes,
des savants aux noms arabes seraient des représentants de ces communautés très peu de générations après la conquête,
ces communautés se sont ensuite étiolées et ont perdu leur créativité quand les représentants de ces cultures sont devenus trop peu nombreux, et leurs traditions ont disparu
que penser de la présence des juifs au milieu des arabes à ces époques, la culture juive étant très résistante
avez vous des références?

Unknown a dit…

@ Larry : Gouguenheim écrit justement que ce sont des Arabes chrétiens et hellénisants, les Syriaques, qui ont traduit les livres grecs en arabe. En fait, il s'agit de populations anciennement christianisées et hellénisées qui, conquises, se sont arabisées et islamisées. Mais leur apport à la science arabe est antérieur à cette assimilation, ce qui tend à relativiser la thèse officielle.