samedi, septembre 01, 2018

Elle est gaie et pensive



Elle est gaie et pensive ; elle nous fait songer 
À tout ce qui reluit malgré de sombres voiles, 
Aux bois pleins de rayons, aux nuits pleines d'étoiles. 
L'esprit en la voyant s'en va je ne sais où. 
Elle a tout ce qui peut rendre un pauvre homme fou. 
Tantôt c'est un enfant, tantôt c'est une reine. 
Hélas ! quelle beauté radieuse et sereine ! 
Elle a de fiers dédains, de charmantes faveurs, 
Un regard doux et bleu sous de longs cils rêveurs, 
L'innocence, et l'amour qui sans tristesse encore 
Flotte empreint sur son front comme une vague aurore, 
Et puis je ne sais quoi de calme et de vainqueur ! 
Et le ciel dans ses yeux met l'enfer dans mon coeur !


Victor Hugo m'épate. Il est de bon ton chez certains snobs de le mépriser. Et pourtant, dans ce poème de rien du tout, en quelques mots, il pose une situation, un caractère.

On peut préférer l'amour lyrique, hélas stérile, de Cyrano :


ROXANE, d’une voix troublée.

Oui, c’est bien de l’amour…

CYRANO.

Certes, ce sentiment
Qui m’envahit, terrible et jaloux, c’est vraiment
De l’amour, il en a toute la fureur triste !
De l’amour, – et pourtant il n’est pas égoïste !
Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n’en savoir jamais rien,
S’il se pouvait, parfois, que de loin, j’entendisse
Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !
– Chaque regard de toi suscite une vertu
Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu
À comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?
Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?…
Oh ! mais vraiment, ce soir, c’est trop beau, c’est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m’écoutez, moi, vous !
C’est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n’ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu’à mourir maintenant ! C’est à cause des mots
Que je dis qu’elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez, comme une feuille entre les feuilles !
Car tu trembles ! car j’ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !

On peut encore préférer le plus noble (à mon goût) des personnages de Shakespeare, qui, aussi complexé que Cyrano, a tout de même trouvé le courage de déclarer sa flamme :



This to hear

Would Desdemona seriously incline:

But still the house-affairs would draw her thence:

Which ever as she could with haste dispatch,

She'ld come again, and with a greedy ear

Devour up my discourse: which I observing,

Took once a pliant hour, and found good means

To draw from her a prayer of earnest heart

That I would all my pilgrimage dilate,

Whereof by parcels she had something heard,

But not intentively: I did consent,

And often did beguile her of her tears,

When I did speak of some distressful stroke

That my youth suffer'd. My story being done,

She gave me for my pains a world of sighs:

She swore, in faith, twas strange, 'twas passing strange,

'Twas pitiful, 'twas wondrous pitiful:

She wish'd she had not heard it, yet she wish'd

That heaven had made her such a man: she thank'd me,

And bade me, if I had a friend that loved her,

I should but teach him how to tell my story.

And that would woo her. Upon this hint I spake:

She loved me for the dangers I had pass'd,

And I loved her that she did pity them.

This only is the witchcraft I have used:

Here comes the lady; let her witness it

Aucun commentaire: