dimanche, janvier 19, 2020

Les derniers jours du siège d'Alesia (A. Deyber, D. Romeuf)

Livre très intéressant, qui renouvelle et, probablement, conclut un sujet très débattu.

En 52 avant Jésus-Christ, la stratégie de guérilla choisie par Vercingetorix épuise presque autant les Gaulois que leurs ennemis romains.

Il faut en finir.

Vercingétorix met en place une stratégie fort élaborée, en concertation avec les autres chefs gaulois, espérant rééditer la victoire de Gergovie. Voici le scénario gaulois :

1)  Vercingétorix s'enferme dans Alesia avec ses meilleures troupes en aout 52. Il fixe les Romains (autour d'Alesia) et les disperse (le long des 20 km du périmètre). Notons que les Romains sont en infériorité numérique.

2) une armée de secours se forme. Elle stationne à Mussy la fosse.

3) une diversion attaque un point soigneusement choisi (le mont Réa) et attire les Romains.

4) le gros de l'armée de secours attaque dans la plaine des Laumes, les Romains se retrouvent pris dans une nasse (armée d'Alesia + armée de diversion + principal de l'armée de secours) et vaincus.



Sauf que le 4) n'a jamais eu lieu. Le gros de l'armée se secours n'a pas attaqué ce 26 septembre 52. Dés le 27, Vercingétorix est démis de ses fonction et se rend. Voici la célèbre scène de reddition :


Autre version :



La passivité de l'armée de secours intrigue les historiens depuis des générations. Deyber et Romeuf pensent avoir trouvé la réponse définitive.

La trahison pure et simple, privilégiée par une minorité, est à écarter pour des raisons politico-culturelles.

Revenons en arrière.

La stratégie de Vercingétorix a un gros avantage : les Gaulois ont l'initiative. Et quelques énormes inconvénients :

1) Vercingétorix, enfermé dans Alesia, ne peut plus commander l'ensemble de la manoeuvre. Il est obligé de se reposer sur des gens avec qui il ne peut plus communiquer. Sa stratégie est tout simplement trop complexe pour ses moyens de communication et de commandement.

2) Le temps joue contre lui. Les vivres s'épuisent.

3) C'est une ré-édition de la manœuvre de Gergovie. Faire deux fois le même coup à un général comme César, c'est risqué.

Le premier échec de Vercingétorix, c'est que César accepte le combat en y mettant toutes ses forces, il ne se disperse pas au-delà de la bataille d'Alesia. Il ne fait pas les choses à moitié comme à Gergovie. On décrit souvent César comme un calculateur, mais c'est aussi un redoutable joueur ; je n'aurais pas aimé l'affronter au poker.

 En quelques semaines, pendant que l'armée se secours se rassemble, César bâtit ces fortifications de campagne qui font la réputation de l'armée romaine. Même si les Gaulois parviennent à les franchir pendant quelques minutes au cours de l'ultime bataille, elles sont bien embêtantes.



Le deuxième échec de Vercingétorix est que la mise en place de l'armée de secours, pourtant convenue à l'avance, traine. Le rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de guerriers en moins de trois semaines, dans un pays où se déplace à cheval et à pied, est très difficile, surtout quand on est épuisé par des années de guerre interminable. Elle prend plutôt de quatre à cinq semaines, ce qui est déjà pas mal mais qui signifie que les guerriers assiégés dans Alesia, épuisés par le rationnement, n'ont plus beaucoup d'utilité militaire.

César a sans doute mieux évalué ce point.

Quand l'armée de secours arrive fin septembre 52 devant Alesia, elle mène deux attaques, plutôt des reconnaissances en force, qui sont des échecs sanglants. Nous avons donc une armée de secours rassemblée à la hâte, sans cohérence, et probablement démoralisée (entre autres, problèmes de ravitaillement. Notons que c'est aussi un problème pour les Romains enfermés dans leurs fortifications).

Le 26 septembre, l'attaque de diversion des Arvernes de Vercassivellaunos se passe bien au début, après une bonne marche de nuit toujours difficile à réussir. Mais, faute de communication, ils ne sont pas avertis de la mollesse de l'attaque principale et finissent par se faire tailler en pièces par des Romains accourus en renfort.

César se porte aux points chauds avec sa célèbre cape rouge de proconsul. Ce n'est bien sûr pas anodin, plus d'un roi de France a assuré la victoire par sa présence sur le champ de bataille (jusqu'à Louis XV à Fontenoy : pas un officier n'a voulu reculer sous les yeux du roi impassible à la vue de tous. Ce n'est pas Macron qui ... passons).

Pourquoi l'armée principale gauloise s'était-elle dispersée sans guère de combats le 26 septembre 52 ?

Deyber et Romeuf répondent : parce qu'il y a eu une éclipse de lune dans la nuit du 25 au 26.

Cette éclipse n'a pas d'effet sur les Arvernes, guerriers expérimentés, ni sur les Romains, qui ont d'autres croyances. Mais sur le guerrier gaulois de base, superstitieux, mal nourri, mal commandé, qui dort à la dur depuis une semaine et qui vient de se prendre deux piquettes d'affilée ?

Cette éclipse (qui est certaine, on sait calculer tout ça, de nos jours), César n'en parle pas. Sans doute pour ne pas diminuer le prestige de sa victoire.

Cette explication par l'éclipse vient compléter, plus que contredire, les causes de la défaite majoritairement admises par les historiens : épuisement physique, mauvais moral, mauvais organisation.

Si l'armée gauloise avait attaqué en force, César était vaincu. Quand je vous dis que c'était un joueur ...




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