mardi, juin 09, 2020

Dresden (F. Taylor)




Je me suis engueulé sur Twitter avec des gens qui qualifiaient le bombardement de Dresde du 13 février 1945 de « crime contre l'humanité ».

J'ai été perturbé de me retrouver quasiment seul, tant l'argument du jugement anachronique me paraissait évident et devait, à mes yeux, emporter le morceau. C'est à ce genre de signes que je constate que les gens vivent de plus en plus dans une bulle fantasmatique, détachés des réalités. Dans ce cas, ignorants des réalités de la guerre.

Mais je manquais de détails. Le livre de Frederic Taylor me les apporte.

Je résume :

1) Dresde était une ville allemande comme les autres, c'est-à-dire nazie. Elle était même proche d'un camp d'extermination dont les « spécialistes » sont venus prodiguer leurs conseils pour le traitement des nombreux cadavres du bombardement.

Je ne suis pas un chaud partisan des punitions collectives, mais le peuple allemand avait au compteur, en soixante-dix ans, trois guerres, dont deux mondiales, et trois génocides (herrero, arménien, juif et quelques autres que je ne compte pas). Ca commençait tout de même à faire beaucoup. Il n'y a donc pas lieu de regretter ce qui lui est arrivé en 1945.

Churchill justifiait les bombardements, entre autres raisons, par la nécessité de « faire passer à jamais aux Allemands le goût de la guerre » et cet argument me semble tout à fait recevable.

Même si Hitler n'a jamais eu de majorité absolu dans un vote libre (il faut reconnaître cela au peuple allemand), les Allemands l'ont acclamé et soutenu jusqu'au bout. Si un homme a voulu, préparé et provoqué une guerre dans l'histoire, c'est bien Adolf Hitler. La seconde guerre mondiale, c'est vraiment la guerre d'Hitler.

2) Dresde était bien une cible légitime selon les critères de l'époque, à la fois centre industriel et noeud de communication militaire.  Quand Taylor raconte la vie des dresdois, cela ressort bien (c'est l'essentiel du livre).

D'ailleurs, après le bombardement, l'organisation allemande se met en branle pour rétablir le fonctionnement industriel et militaire de la ville.

J'admets qu'on peut contester les méthodes utilisées, il n'y a eu aucun effort pour réduire le nombre de victimes civils. Les Anglais et les Américains ont bombardé comme des cochons (c'est le cas de nombreuses villes françaises). Notamment, le ciblage était très mal fait, c'était vraiment du mauvais travail. Mais, dans le cadre de cette guerre atroce, il est faux de dire que ce bombardement est le fruit de la seule cruauté.

Le bombardement de Dresde ne se justifie pas moins (pas plus, diront certains) que les bombardement de Berlin, de Hambourg ou de Cologne.

3) Alors, pourquoi cette vision tronquée « Dresde, innocente ville d'art rasée par les méchants anglo-saxons » ? C'est très simple : la guerre froide.

Dresde était dans la zone d'occupation soviétique. Les camarades n'ont fait que reprendre et amplifier la propagande nazie par diverses cérémonies et manifestations (alors que, bien entendu, ils avaient tous les éléments pour démentir la thèse de l'inutilité de ce bombardement).

Cette propagande a été relayée, de manière plus ou moins innocente, par des auteurs occidentaux jusqu'à ce que l'ouverture des archives après 1990 recale la perspective.

Il n'en reste pas moins que cette guerre fut une horreur pour tout le monde.



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