lundi, mai 06, 2024

Les guimbardes de Bordeaux (Stephen Hecquet)

Peut-on détester l'auteur du courageux Faut-il réduire les femmes en esclavage ? ? Hélas, oui.

Stephen Hecquet était un brillant avocat (il a sauvé José Giovanni de la guillotine), mort à quarante ans, en 1960, d'une maladie cardiaque. Il faisait partie du groupe dit des hussards, autour de Roger Nimier.

Dans cet ouvrage, Les guimbardes de Bordeaux, il fait un éloge du pétainisme, qui est, en filigrane, un éloge de la lâcheté. Ce snobisme à deux balles est très irritant, indigne de l'auteur.

Le style « retour de Vichy »,  avec en toile de fond la réhabilitation des salauds et des traitres sous prétexte d'artistes maudits et de dandysme, on en a soupé. Je trouve Céline, Rebatet et Brasillach méprisables. Jugement sans bémol et sans concession, parce qu'ils n'en méritent pas.

Les anti-gaullistes sont ceux qui reprochent à De Gaulle de se prendre pour Jeanne d'Arc. Les gaullistes sont ceux qui l'approuvent. J'aime le grain de folie des gaullistes.

Les anti-gaullistes auraient dit de Jeanne « Elle est bien courageuse, cette brave fille, mais, tout de même, elle n'est très pas raisonnable. Envoyons là au bucher pour nous arranger avec les Anglais ». Brasillach a écrit un très beau texte sur Jeanne sans comprendre qu'il la trahissait chaque jour de sa vie.

Décidément, j'ai du mal avec ces dandys hypnotisés par leur nombril. Les écrivains sont des gens qui, par définition, se payent de mots, prennent des poses. Ce ne sont pas des humains bien intéressants.

Quand tout tout est dit, Hecquet reste, comme beaucoup de détraqués, un adolescent attardé en révolte contre son père. C'est amusant cinq minutes, quand l'auteur a du talent (c'est le cas d'Hecquet), mais ça ne va quand même pas pisser bien loin.

J'ai arrêté la lecture quand Hecquet écrit que les événements de 1944 ne valident absolument pas l'analyse gaullienne de 1940 et que tout se serait mieux passé si De Gaulle n'avait pas existé et si la capitulation avait été totale. C'est tellement con que cela ne vaut pas la peine de poursuivre. Il y a des gens qui croient que c'est intelligent de soutenir des positions minoritaires parce qu'elles sont minoritaires. C'est puéril.

Hecquet est anti-catholique, De Gaulle est catholique, c'est le fond de l'opposition : Hecquet est du côté de Cauchon, De Gaulle du côté de Jeanne d'Arc.

A la fin, un intellectuel parisien qui se complait dans la bassesse par pusillanimité est moins intéressant qu'un humble curé de campagne qui cache des conteneurs de Stens dans son presbytère.

Pendant que M. Hecquet se branlait la nouille, des jeunes du même âge faisaient autre chose. Jeanne Bohec apprenait aux Bretons à faire sauter les trains et Andrée de Jongh dirigeait le plus grand réseau d'évasion du continent.

dimanche, mai 05, 2024

La guerre du Péloponnèse (Victor Davis Hanson)

Livre très désagréable. L'auteur part du principe que le lecteur connait par cœur la guerre du Péloponnèse et multiplie les allusions incompréhensibles, c'est vraiment pénible.

J'ai lu Thucydide il y a plus de trente ans et je revendique le droit de n'en garder que quelques souvenirs : l'apologie d'Athènes de Péricles, la peste (qui était probablement le typhus), la mort de Péricles, l'exécution des stratèges vainqueurs, le désastre de Sicile, les trahisons d'Alcibiade ...

Pourtant, ce livre a de l'intérêt, c'est pourquoi j'ai fait l'effort de le lire jusqu'au bout.

Il est classé par thèmes (les batailles, les sièges, la guerre navale ...) d'une manière qui rejoint approximativement la chronologie.

Une guerre absurde semée de décisions absurdes

L'exécution des généraux vainqueurs (parce qu'ils n'ont pas pris le temps d'enterrer ou de repêcher leurs morts) et le désastre de Sicile (engager, et perdre, le gros de ses forces dans une expédition lointaine, périphérique, sans intérêt stratégique) font partie des décisions les plus stupides de l'histoire de l'humanité, pourtant bien fournie.

Le mécanisme est toujours le même : un beau parleur, mû par ses intérêts personnels (le plus souvent corrompu par l'ennemi), pousse l'assemblée des citoyens par des discours enflammés, en ridiculisant les raisonnables, à des décisions contraires à tout bon sens.

Cela pose deux questions :

> pourquoi les politiciens athéniens de talent étaient-ils très corruptibles ? Richelieu était très riche par corruption, mais il n'a jamais pris une décision contraire aux intérêts de la France.

> pourquoi l'assemblée les suivait-elle ?

Hanson explique cela par :

> la peste au début de la guerre. Ces événements épouvantables et la mort d'un quart de la population ont cassé la cohésion sociale et les normes morales d'Athènes.

> la génération d'Alcibiade est née dans l'Athènes prospère et impériale. Ce furent des enfants gâtés et non des héros.

Le triste destin d'Athènes, qui avait tous les atouts au début de la guerre et a fini par la perdre, fut pendant des siècles une mise en garde contre la démocratie (ça l'est toujours, pour les très rares qui ont encore la culture classique).

Mais la décision initiale de Péricles n'appartient pas à la catégorie des malheurs de la démocratie.

Rassembler toute la population dans l'enceinte de la ville pendant que l'ennemi tente en vain de ravager la campagne (couper à la main des milliers d'oliviers, c'est plus facile à dire qu'à faire) n'était pas idiot. Hélas, cela a provoqué l'épidémie.

Il n'en reste pas moins que, sur la fin de la guerre, Athènes a refusé deux propositions de paix avantageuses et a perdu des batailles navales tout à fait gagnables. Il y avait probablement une perte de compétence (comme nous en 1940 par rapport à 1914) dans cette guerre étalée sur trois décennies qui a épuisé le potentiel humain des cités belligérantes.

Quelques années plus tard, après la défaite athénienne, c'est Sparte qui tombe dans la déchéance, signe supplémentaire que sa victoire n'était pas solide.

Les massacres

Ces trente ans de guerre sont semés de massacres, qui ont choqué les contemporains.

Dès le début, en rupture avec les traditions, les belligérants ont considéré que ne pas massacrer les soldats, les marins et les civils vaincus au cours d'une bataille ou d'un siège serait un aveu de faiblesse auquel il était impossible de se laisser aller.

Les guerres antiques étaient plus cruelles que les guerres de notre âge classique, cependant on était là plus près de la fureur des guerres civiles que de la guerre entre puissances.

Comme l'esclavage, ces cruautés dégradent toujours ceux qui s'y livrent, même avec les « meilleures » raisons du monde.

Une rupture

Tous les observateurs, de quelque camp qu'ils soient, sont d'accord sur un constat : cette guerre a brisé l'esprit grec (comme la guerre de 14 a brisé l'esprit européen). Plus rien ne sera jamais comme avant, en mal.

Les arts se dégradent, l'intelligence se perd, l'esprit civique disparait etc.

Il y a des guerres qui dynamisent au moins le vainqueur, les guerres puniques lancent la carrière de Rome. Pas la guerre du Péloponnèse, tous les belligérants y perdent.

C'est une guerre de fin de cycle, où le trop-plein de puissance de prospérité s'exprime et se détruit. Et détruit aussi la puissance et la prospérité.

Et nous ? Certains croient à une guerre de fin de cycle entre la Chine et les Etats-Unis.

Les Américains sont obsédés par cette guerre du Péloponnèse. A juste raison me semble-t-il : l'impérialisme américain risque bien de finir comme l'impérialisme athénien.

A aucun moment, Athènes n'a pu ou n'a voulu prendre en compte les inquiétudes de ses voisins qui avaient un modèle politique différent, il s'est toujours trouvé un démagogue pour exalter l'impérialisme démocratique et pousser l'agora à refuser la modération. C'est la cause majeure de cette guerre.

Dans les dernières années de la guerre, un coup d'Etat oligarchique a renversé la démocratie à Athènes. Elle avait épuisé ses charmes par une série de décisions malencontreuses. L'oligarchie n'est peut-être pas mieux, mais il était temps d'essayer autre chose.


jeudi, avril 18, 2024

Joseph Caillaux (Jean-Denis Bredin)

De Joseph Caillaux, il nous reste des vignettes : l'inventeur (pour la France) de l'impôt sur le revenu, son épouse qui abat le directeur du Figaro (on devrait faire cela plus souvent), l'emprisonnement en 1917 et le procès en Haute Cour. Moins connu, le vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940.

Cet homme, qui avait de grandes qualités, dont de Gaulle disait qu'il était le premier homme d'Etat moderne, est passé à côté de son destin politique. Pourquoi ?

Il avait deux défauts rédhibitoires :

1) Une vanité impérieuse qui lui créait des ennemis inutiles.

Comparez avec Churchill, autre grand vaniteux : il avait toujours un trait d'humour contre lui-même qui lui évitait de trop blesser. Même ceux qui le méprisaient n'arrivaient pas vraiment à le détester (sauf Hitler).

Caillaux, c'est l'inverse : il parvient à s'aliéner même ses alliés naturels.

2) Une légèreté surprenante. Légèreté au sens péjoratif.

Pourquoi, au milieu de dix décisions ou comportements judicieux, glissait-il une décision ou un comportement stupide qui affligeait ses partisans ?

Qu'avait-il besoin d'écrire des lettres à ses maitresses parlant de politique en termes cyniques, que le Figaro publia en feuilleton ? Certes, Mme Caillaux y mit bon ordre à coups de Browning 1906 (une excellente arme de poche. Mme Caillaux était passée à un stand de tir s'exercer), mais tout de même ...

Dans le principe, je n'ai rien contre le fait que les victimes se vengent des journalistes, ce n'est que la juste contrepartie de leur pouvoir exorbitant de ruiner des vies, mais Caillaux a pris cette affaire bien trop à la légère sans se rendre compte des dégâts sur sa famille.

L'impôt sur le revenu

En 1907, Caillaux fait voter, avec beaucoup d'habileté et de ténacité, l'impôt sur le revenu, au taux qui laisse songeur de 3 %. Il ne sera effectif qu'en 1917, suite à des obstructions du sénat.

Caillaux n'a sans doute pas mesuré les rancœurs qu'il suscitait.

Les objections des opposants méritent réflexion.

Les imbéciles (y compris l'auteur de cette biographie, qui est tout de même un socialiste) y voient la défense étroite d'intérêts particuliers. Il y a certes de cela, mais il faut s'aveugler pour méconnaitre qu'un siècle plus tard, elles ont été entièrement validées par la suite de l'histoire.

Ces objections étaient : inquisition fiscale, abolition de la vie privée, extension indéfinie du pouvoir de l'Etat, possibilités infinies de clientélisme.

Depuis longtemps, l'Etat a quitté la fonction d'agent de la vie en société qui s'occupe de la guerre, de la diplomatie, de la police et de la justice pour devenir un dieu barbare qui dévore la société. Et l'institution de l'impôt sur le revenu est une étape importante de ce suicide des sociétés occidentales par le socialisme étatiste.

A la même époque dans les pays anglo-saxons, la théorie disant que les classes supérieures ont le devoir de manipuler la démocratie est à la mode.

Clemenceau (dont Caillaux est ministre des finances) se montre féroce. Son surnom « le Tigre » n'est pas forcément un compliment. Il fait tirer sur les viticulteurs du Midi, il fait tirer sur les ouvriers en grève, comme jamais un gouvernement de droite ne se serait permis. Il y gagne une réputation de sanguinaire, d'un homme qui aime le sang. Il est discrédité.

Caillaux, qui a des défauts mais n'a pas la goût du sang, est fort mal à l'aise.

1914 et 1917

En deux occasions dramatiques, Caillaux eut pu jouer un rôle décisif que sa légèreté (1914) et sa solitude (1917) ont empêché.

En 1914, il était pris par le procès de son épouse (acquittée !!!! le 28 juillet 1914). De toute façon, il n'aurait rien pu faire : l'Allemagne s'étant persuadée que le temps jouait contre elle, la guerre était inévitable.

Mais on peut toujours rêver du gouvernement Caillaux-Jaurès, un temps envisagé. Aurait-il pu quand même éviter la guerre ?

En 1917, il a été en but à l'acharnement de Poincaré (son « ami ») et de Clemenceau. Mais les négociations de paix de 1916 (bien plus avancées qu'on ne l'a dit par la suite) avaient déjà échoué sur le bellicisme allemand.

Je reproche par ailleurs à Clemenceau de ne pas avoir été assez belliciste en 1918 : si la guerre avait continué un mois de plus, l'Allemagne aurait été envahie et le XXème siècle changé ... ou pas. Poincaré envoie à Clemenceau une lettre le mettant en garde contre l'arrêt prématuré de la guerre tellement insultante que celui-ci exige qu'il la retire.

Comme beaucoup des ennemis de Clemenceau, Caillaux soupçonnait me Tigre d'être tenu par les Anglais, ce qui lui a permis un bon mot : « Je veux bien que son nom soit donné à des écoles, mais à condition que ce soit dans la classe d'anglais » (malgré l'américanomania qui sévissait en France, on ne se faisait guère d'illusions dans les hautes sphères sur la bienveillance des anglo-saxons à notre égard).

Caillaux, Poincaré et Clemenceau s'accusent mutuellement d'allégeances étrangères : Caillaux d'être l'homme des Allemands, Poincaré d'être l'homme des Russes et Clemenceau d'être l'homme des Anglais.

Devant l'effondrement du moral  après les désastres de 1917, quoi de mieux que de terroriser les politiciens en faisant un procès féroce et injuste au meilleur des opposants et de prévenir la recherche d'autres solutions que la continuation de la guerre ? Caillaux sera condamné par la Haute Cour en 1920, dans une ambiance déjà changée, et amnistié en 1925, mais Clemenceau avait atteint son but, faire taire les opposants.

Le dossier de Caillaux était vide. Plus exactement, il était plein d'insinuations risibles et inconsistantes suscitées par Poincaré et Clemenceau. La condamnation de Caillaux (en prison de 1917 à 1920) est totalement inique. 

Les ennemis de Caillaux apparaissent pour ce qu'ils sont : des minables, méchants et rancuniers. Ils ont l'un et l'autre laissé leurs noms à des places et à des rues, à des hôpitaux, mais ce n'est pas un hasard s'ils n'ont aucun héritage politique et sont peu à peu tombés dans l'oubli. Ils n'ont rien fait, à part des mots venimeux à la Audiard, qui méritât qu'on se souvînt d'eux. La guerre, ce n'est pas eux qui l'ont gagnée, mais des pauvres bougres magnifiques d'héroïsme.

La guerre et la paix

Caillaux est pacifique (évitant la guerre autant que possible), voire pacifiste (voulant la paix même quand la guerre est nécessaire). Il ne partage pas l'exaltation romantique belliqueuse de bien des intellectuels (BHL n'a rien inventé) et des politiciens de cette époque.

L'opposition à la guerre de Caillaux est singulière. Elle n'est pas une opposition de principe comme les pacifistes mais une analyse (juste et très rare à l'époque) que cette guerre là sera une catastrophe pour les belligérants, vainqueurs et vaincus.

Le portrait de Poincaré et de Clemenceau que trace le débat sur la guerre et la paix est au vitriol : ambitieux, arrivistes, sans scrupules, sanguinaires, se détestant mais se ressemblant.

Quand on décide à vingt ans de devenir président de la république et qu'on y parvient, comme Poincaré, on est forcément malsain. Poincaré est le type qui consacre plus de pages dans son journal à la mort de son chat qu'aux milliers de Français tués au front.

Caillaux aurait dit (c'est du moins ce qu'il raconte, 30 ans plus tard) après l'élection de Poincaré à la présidence de la république en 1913 « Nous aurons donc la guerre ». Je ne sais s'il l'a vraiment dit, mais qu'il ait eu un pressentiment de cet ordre est fort probable.

Caillaux était persuadé que Poincaré avait tout fait pour provoquer la guerre. C'est une exagération due à sa haine bien compréhensible. Que Poincaré n'ait rien fait pour éviter la guerre est déjà un crime assez lourd.

Du fond de sa cellule, à l'armistice, il prédit avec justesse (comme souvent) « La France deviendra une colonie américaine ».

Caillaux et la loi de 1973

Des mal-comprenants font une fixette sur la loi de 1973 (qui est passée à l'époque inaperçue, et pour cause : c'est une loi technique, en réalité sans importance ni politique ni économique) et qu'ils appellent, pour que leur intention judéophobe soit claire, « loi Pompidou-Rotschild ».

Leur thèse est la suivante : « Il y avait un arbre à argent gratuit au milieu de la cour de la Banque de France, l'Etat pouvait se financer sans problème et sans conséquences néfastes. Les méchants juifs ont coupé cet arbre magique en 1973 et, depuis, tout va de mal en pis ».

C'est bien entendu absolument idiot : d'une part, la loi de 1973 ne fait que répéter un interdit de 1936, d'autre part, il faut ne rien connaitre à l'histoire de France pour croire que les problèmes de dettes étatiques commencent en 1973. Quand la dette de l'Etat est financée par la planche à billets, cela crée une inflation catastrophique, c'est aussi vieux que le monde (il n'y a pas un bouton magique qui permet de régler l'inflation au « bon » niveau).

D'ailleurs, la BCE contourne depuis 2008 cette loi de 1973 et ses équivalents européens, à coups de LTRO et de quantitative easing, et je ne vois pas que la situation économique et financière de la France se soit améliorée. En revanche, je vois bien l'inflation.

La planche à billets crée de l'inflation et du communisme (l'Etat a, artificiellement, les moyens de s'immiscer partout). C'est simple : l'Etat devrait avoir zéro dette, ne jamais s'endetter, jamais, jamais, jamais. Cette saine politique enlèverait une des causes majeures de guerre : justifier l'endettement et la spoliation par la guerre (hé oui, cette très vilaine tentation existe depuis la nuit des temps).

Que vient faire Joseph Caillaux dans cette histoire ?

C'est que, en 1924, moins de trois mois après son amnistie, il est nommé (au grand scandale de la droite) ministre des finances du Cartel des Gauches.

A l'époque où l'arbre magique à argent gratuit existait encore dans la cour de la Banque de France, le parlement fixait le plafond des avances que notre banque centrale pouvait consentir à l'Etat. Rien de plus démocratique.

Or, Caillaux se trouve confronté à l'affaire des « avances occultes ». Devant la gabegie de l'Etat et la dette de guerre insolvable (« L'Allemagne paiera » pas), la Banque de France contourne le plafond fixé par le parlement : elle rachète en sous-main la dette étatique des banques privées de connivence (exactement le système mis en place par la BCE depuis 2011 ! En matière de magouilles, on n'invente jamais rien).

Mais Caillaux a été usé par les épreuves, il a tout de même subi trois ans de prison et un long procès. Il n'a plus le ressort nécessaire pour remettre en ordre les finances publiques et ses soutiens radicaux-socialistes n'ont pas les idées claires sur le sujet, ils débattent sans fin d'une taxation du capital (déjà).

Il laisse trainer l'histoire des avances occultes et tout le reste.

1940

Dans les années 30, Caillaux devient le parrain du sénat, pas de position officielle (à part la présidence de la commission des finances) mais son influence est considérable. Il se permet des allusions à son procès en Haute Cour qui font rire ses collègues. Il défait trois fois le gouvernement Blum (il était de l'ancienne gauche : social mais libéral, pas socialiste).

En 1939, comme beaucoup de politiciens, Caillaux est rongé d'inquiétude par la nullité de nos généraux. Il est vrai qu'il a toujours méprisé les militaires et ne s'en cachait pas.

Le 14 juin 1940 (le jour où les Allemands entrent dans Paris), Pierre Laval lui rend visite en Auvergne, où il prend les eaux avec son épouse.

Conversation étonnante : Caillaux, qui a pourtant tourné pacifiste idéologique plus que simple pacifique rationnel, explique à Laval que l'Angleterre ne peut être envahie (la Royal Navy est trop forte), qu'elle a les ressources de l'empire, qu'elle va continuer la guerre et qu'il serait bon que la France envisage de poursuivre la lutte à ses côtés. Une préfiguration du discours du 18 juin ! Comme quoi les idées de De Gaulle n'étaient pas si isolées. Pendant ce temps, ce crétin et ce traitre de Weygand expliquait à qui voulait l'entendre que l'Angleterre allait « avoir le cou tordu comme un poulet » (peut-on en vouloir à Caillaux de mépriser nos généraux ?).

Pourtant, un mois plus tard, Caillaux vote les pleins pouvoirs à Pétain. Il se justifie en disant que le moment de la lutte à outrance est passé. Justification bien faible. Plus vraisemblablement, les événements d'Oran l'ont influencé et son pacifisme a repris le dessus.

Puis il s'enferme dans son fief sarthois de Mamers. Le seul contact qu'il a avec le gouvernement de Vichy durant toute la guerre, malgré les sollicitations, c'est une lettre cinglante qu'il envoie pour prendre la défense d'une postière juive qu'il a connue quand il était aux armées en 1914. Il écoute religieusement la BBC.

Il meurt en novembre 1944, dans le quasi-anonymat.

La république des phraseurs

C'est un lieu commun de dire que le IIIème fut une république d'avocats, de journalistes et de professeurs. Bref de fatigants blablateurs qui adoraient s'écouter parler, à coup de références classiques. Et l'opposition à cette république ? Qu'a fait Maurras toute sa vie si ce n'est des phrases ?

Cela donne des envolées lyriques et des répliques d'anthologie. Pour quel résultat ? Une guerre atroce en forme de suicide collectif ? La France était vraiment loin de Richelieu et de Mazarin. On comparera l'engagement fou de la IIIème république dans la première guerre mondiale et l'habile louvoiement de Richelieu pour impliquer la France le moins possible dans la guerre de 30 ans.

Dans ce marigot ennuyeux et fort peu pragmatique, le réalisme d'acier d'un Caillaux avait de quoi séduire les âmes bien nées, les hommes d'action. D'où la fidélité de certains partisans du difficile Caillaux.

Toujours est-il qu'en deux occasions historiques, Caillaux avaient les bonnes idées, celles qui évitaient  la catastrophe, et qu'il a manqué à la France qu'il réussisse, il n'a même pas été près de tenter quoi que ce soit. C'est pourquoi son nom n'est qu'une note de bas de page dans notre histoire.

Peut-on dire que c'est la faute de son épouse ? En partie, oui. Mais il a manqué à Caillaux la chance, ce petit quelque chose en plus, qui ne fait pas forcément les grands hommes mais qui fait au moins les hommes qui arrivent au pouvoir au bon moment.


mardi, avril 02, 2024

La république des imposteurs (Eric Branca)

J'aime bien les livres d'Eric Branca.

Ce livre trouve son origine dans deux incidents de la vie de l'auteur :

1) La découverte d'une partie des archives de Jacques Foccart, le plus célèbre « baron du gaullisme ». Il tenait à jour des biographies de notables, notamment pour vérifier que le parti gaulliste, le RPF, n'était pas infiltré par d'anciens collabos

2) Le visionnage du film Un héros si discret, où un Français attentiste devient un faux héros de la Résistance. Je vous ai déjà parlé de l'histoire édifiante (et vraie) de Laure Dissard (n'en faisons pas une généralité : il y a eu aussi de très authentiques héros).

Compiler des biographies, suivre des parcours individuels, est souvent instructif et surprenant (voir le livre de référence de Simon Epstein, Un paradoxe français : les antiracistes dans la Collaboration, les antisémites dans la Résistance). Sous la Restauration, il y avait un Dictionnaire des girouettes.

Mille nuances de la trahison bourgeoise

Les mille nuances de la trahison de la bourgeoisie française ne surprennent pas l'amateur d'histoire de France, c'est une constante.

Cette trahison est d'ailleurs toujours justifiée par l'extrême-centrisme à la Macron Bayrou Minc Attali, les opinions « raisonnables », « le cercle de la raison ». En effet, à court terme, il est toujours « raisonnable » de déposer les armes et de pactiser avec l'ennemi. On présente aujourd'hui Pétain comme un extrémiste de droite, c'est absolument faux : Pétain était un général républicain « raisonnable ». C'est de Gaulle qui était « déraisonnable ».

Dans aucun pays, la bourgeoisie n'est la classe sociale la plus patriote. Ceci a déjà été analysé des millions de fois lors de l'émergence de la classe bourgeoise, entre le XVIIème et le XIXème siècles : le bourgeois n'a pas d'honneur, il n'a que des intérêts.

« Aristocrates et paysans acceptaient que leurs fils allassent à la mort. Le bourgeois, lui, “planque” ses enfants car le courage ou l’obéissance héroïque ne sont pas son lot.

Pour l'aristocrate : « Si mon fils est un lâche, mon nom est souillé ». Et pour le paysan : « Si je ne défends pas ma terre, l'ennemi l'annexera ». Pour le bourgeois : « Si mon fils est tué, qui héritera de mon or et prendra la succession de mon commerce ? » »

Jean Cau, Les Écuries de l’Occident (1973)

« Pour pouvoir continuer à dîner en ville, la bourgeoisie accepterait n’importe quel abaissement de la nation. Déjà en 40, elle était derrière Pétain, car il lui permettait de continuer à dîner en ville malgré le désastre national. Quel émerveillement ! Pétain était un grand homme. Pas besoin d’austérité ni d’effort ! Pétain avait trouvé l’arrangement. Tout allait se combiner à merveille avec les Allemands. Les bonnes affaires allaient reprendre ».

De Gaulle à Peyrefitte

Pour pouvoir continuer à diner en ville

Dans le peuple français, le moment pétainiste est très bref : entre le traumatisme du printemps 1940 et l'automne 1940, où l'on s'aperçoit que l'Angleterre ne va pas « avoir le cou tordu comme un poulet », comme le croyait ce traitre de Weygand.

A partir de l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), la popularité du régime ne cesse de décroitre jusqu'à atteindre le discrédit total au printemps 1944 (seuls quelques nostalgiques putrides entretiendront la mémoire de ce régime de trahison).

Mais, dans la bourgeoisie, chez les notables, ce fut une autre chanson.

Ce décor étant planté, allons au début de notre histoire de la république des imposteurs, c'est-à-dire à la Libération et à ses suites.

A la faveur du désordre

Le désordre de Libération et aussi les nécessités de la guerre froide favorisent les destins rocambolesques.

Le capitaine Lecoz, ardent chef de maquis dans le Cher, épurateur féroce, qui pille et qui viole, est en réalité Georges Dubosq, multi-condamné, sauvé de la guillotine par les Allemands et ayant travaillé pour la Gestapo. Fusillé en 1946.

Un malencontreux (et mortel) accident de voiture en 1952 permet de découvrir que l'honorable député de la IVème république Jacques Ducreux (du nom de sa mère), Résistant exemplaire, était en réalité Jacques Tacnet, Collabo tout aussi exemplaire.

Tel patron à fond pour les Allemands a une telle influence que c'est lui qui fait pression sur les autorités d'après-guerre pour l'attribution des médailles aux Résistants, à leur grande surprise !

Des milliers de cas comme ceux-là. Parce que l'épuration a été très légère.

La non-épuration

Dès 1944, la 1ère armée de de Lattre, où le traitre Giscard d'Estaing a fait son service (il sera ultérieurement la taupe de l'OAS dans l'entourage présidentiel, pourri un jour, pourri toujours), avait la réputation d'être une « savonnette à collabos ».

Il y a pourtant eu une épuration, notamment l'épuration sauvage dirigée par les communistes, mais ce sont surtout des lampistes qui ont trinqué. On lira au lien suivant la triste histoire de Marcelle Polge, la jeune fille au chevreau, à Nîmes.

Comme l'écrivait avec son ironie mordante Galtier-Boissière « Etant entendu qu'on ne collait pas au poteau un général, un patron ou un magistrat, ne restait plus qu'à fusiller les journalistes ».

Bien des fortunes du marché noir ont été recyclées dans les grandes surfaces naissantes.

La faute la plus lourde est de ne pas avoir épuré la magistrature.

Cas emblématique : le procureur Mornet, qui a requis contre Pétain.

De tous les témoignages, il apparait que c'était un sadique en manteau d'hermine, qu'il prenait plaisir à requérir les peines plus lourdes.

Il n'a pas prêté serment au Maréchal, et pour cause : il était à la retraite.

Mais il a fait partie des commissions de dénaturalisation des juifs et en fut un des membres les plus féroces. Fin 1943, coup de poker gagnant : il héberge plusieurs fois la réunion des juristes du Conseil National de la Résistance. Vrai risque mais qui a payé.

Un pied dans la Collaboration, un pied dans la Résistance. Elle est pas belle la vie ?

Se pose alors une question simple : avec des magistrats manquant à ce point de droiture, comment espérer que la justice rendue soit droite ? Dans cette question, tient une grande partie de l'histoire de la IVème république. Corruption, magouilles, passe-droits, petits et grands arrangements ... L'argent des Américains et (un peu) l'argent des Soviets alimentent la machine à pourrir tout ce qu'elle touche.

L'imposture du plan Marshall

Le plan Marshall, c'est environ 36 Md d'€ 2024 pour la France. Mais avec des contreparties léonines.

On cite souvent l'accord Byrnes-Blum (accord le couteau sous la gorge, façon mafia) : 9 films américains projetés en France pour 4 films français. Mais s'il n'y avait eu que cela ...

Une commission de contrôle américaine est installée au château de la Muette et elle s'autorise toutes les ingérences. Bien sûr, elle vérifie que les entreprises américaines sont favorisées, mais pourquoi demande-t-elle un droit de regard sur la Sécurité Sociale, par exemple ?

Dans la droite ligne des hommes de Vichy qui avaient pris des contacts à la fin de la guerre pour remplacer la soumission à l'Allemagne par la soumission à l'Amérique, les hommes de la IVème ne sont pas trop gênés (normal, ce sont souvent les mêmes) par cette immixtion permanente.

Il arrive que l’attaché militaire de l’ambassade des Etats-Unis participe, plus qu’en simple invité, à des réunions ministérielles.

Si, aujourd'hui, il n'y a plus de Français mais des Gallo-Ricains, ce n'est pas le hasard.

Les affres de la guerre froide

En septembre 1948, suite à une rixe dans l'autobus (ça ne s'invente pas), la DST découvre l'affaire la plus ahurissante de la IVème république (qui en compte pourtant de sévères) : le chef d'état-major de l'armée française (rien que ça), le général Revers, a acheté son poste avec de l'argent américain, en soudoyant des politiciens (sur fond de grenouillages francs-maçons) et par l'intermédiaire d'un Milicien recyclé, avec qui il est à tu et à toi. Celui-ci en profitait pour vendre les informations les plus confidentielles (il finira sa vie en Amérique du Sud avec son gros magot). Et le dossier est enterré sur ordre du président du conseil, Paul Ramadier !

On se croirait dans OSS117, sauf que c'est la vraie vie.

Il faut l'acharnement de la presse gaulliste pour que l'affaire éclate.

Puis le trafic des piastres (1 piastre =10 francs en Indochine, 17 francs en métropole, belle culbute) où toute la classe politique est mouillée, y compris le président Vincent Auriol et son fils.

Tout le monde sait que le syndicat Force Ouvrière a été fondé avec l'argent de la CIA pour concurrencer la CGT.

Dans la mouvance de la banque Worms, des Huiles Lesieur et de la Française des Pétroles (ancêtre de Total), il y avait des projets de transférer les propriétés industrielles confisquées par les Allemands directement aux ... Américains ! Il n'y a pas à dire, certains pontes français de l'industrie ont le patriotisme un peu spécial.

Car le patronat est touché au cœur. Au CNPF,  le syndicat patronal (je précise pour les plus jeunes), l'homme qui aiguille les enveloppes est un ancien préfet de Vichy reconverti dans l'anti-communisme le plus ardent, c'est-à-dire américain.

 Les socialistes, concurrents des communistes, sont les plus arrosés par l’argent américain. C’est une constante depuis 1945 que les socialistes (bien relayés depuis les années 2000 par les écologistes) sont les politiciens français les plus inféodés aux intérêts américains. Mais cette navrante compétition se joue dans un mouchoir de poche, ils sont tous corrompus et fascinés par l’empire washingtonien. C’est flagrant, surtout chez Sarkozy et chez Macron, qu’ils auraient préféré naitre au fin fond de l’Arkansas plutôt qu’en France. 

Il y a aussi la corruption d’origine soviétique, notamment dans les milieux culturels et des médias. Mais également des pressions de toutes sortes. Par exemple, le physicien Joliot-Curie est tenu d’une main de fer par le PCF, probablement par un chantage sur ses activités pendant l’Occup.

Dans les années 47-49, les Américains inaugurent en France l'ancêtre de la stratégie de la tension qui fonctionnera si bien en Italie dans les années 70 (l'assassinat d'Aldo Moro et l'attentat de la gare de Bologne, 85 morts, sont probablement liés à la CIA. Si on n'a pas de preuves formelles, les présomptions sont très fortes).

Les pieds nickelés du plan bleu, un fumeux projet de coup d'Etat d'extrême-droite  (impliquant une comtesse de 85 ans et un vicomte passé la Collaboration à la Résistance parce que les Allemands avaient installé un bunker dans son jardin), monté en épingle par le gouvernement, avaient le siège de leur association à l'étage au-dessus d'une commission américaine de lutte contre le communisme ! La presse s'est abstenue (« en responsabilité », comme disent les branquignols "manageriaux" d'aujourd'hui) d'informer les Français de cette étrange coïncidence. Mais nous, quelques décennies plus tard, pouvons en rire.

Jean-André Faucher, ancien du PPF, ancien Collaborateur de la Gestapo, est mêlé à l'affaire du plan bleu mais bizarrement cela semble le laver de ses autres condamnations. Son ami Charles Hernu fera de lui l'attaché de presse de la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1965.

Stay Behind à la française

Les Stay Behind, Gladio en Italie, sont les réseaux dormants mis en place par la CIA en Europe en cas d'invasion soviétique. Ils ont recruté pas mal d'anciens nazis et de sympathisants du nazisme.

Mais il arrivait que les gladiateurs se lassent d'attendre la ruée des chars de l'Armée Rouge dans la trouée de Fulda et passent plus immédiatement à l'action.

Pierre Bertaux (1) est une forte personnalité : normalien, germaniste, spécialiste d'Hölderlin, Résistant, faisant ami avec des truands en prison, Commissaire de la République, Compagnon de la Libération, directeur de la Sûreté, sénateur. En 1949, il est mêlé, en tant que directeur de la sûreté, au vol des bijoux de la Begum : il sabote systématiquement l'enquête, au point que certains le soupçonnent d'être le commanditaire du vol.


Ca aurait pu être une énième affaire de connivence entre la police et la pègre. Mais, en 2012, coup de théâtre avec l'ouverture de certaines archives. On découvre qu'il s'agissait d'une affaire de financement de Stay Behind, dont le vol des bijoux n'était que la partie malencontreusement émergée.

La république du mensonge

Comme notre Vème république défigurée par les révisions constitutionnelles incessantes, la IVème république était la république du mensonge. Tout y était faux : les hommes, les paroles et les actes.

Certains, par haine de la Vème, arguent que la IVème a fait des choses. C'est un sophisme : les Français n'étant pas tous des traitres, le régime ne pouvait pas ne faire  que des choses mauvaises, mais il n'en demeure pas moins que ce fut le régime de l'imposture.

Nulle part, cette imposture n'est plus importante que sur « l'Europe ».

Contrairement à un mensonge tenace, « L'Europe » n'a pas « dérivé ». Ca n'a jamais été un beau projet qui aurait été subverti on ne sait trop quand on ne sait trop comment. Ca a toujours été une saloperie, dès le départ. Un plan de soumission américain de l'Europe avec l'aide des bureaucrates européens. Et toujours l'ignoble, l'infâme, le cauteleux Jean Monnet à la manœuvre.

Les politiciens français cachaient à leurs concitoyens l'ampleur des concessions, le but de cette entreprise maléfique et le fait que les ordres ne venaient pas de Paris mais de Washington.

Il y a toujours des Français pour considérer que la Suisse ou le Luxembourg peuvent être indépendants, mais, mystérieusement, pas la France, qu'elle doit absolument se trouver un maitre. 

Les gaullistes ont réussi à faire échouer la Communauté Européenne de Défense mais, hélas, pas la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier.

Comment les gaullistes ont ils réussi à faire échouer la CED ? Tout simplement en dévoilant les textes.

Un universitaire a calculé, à partir des archives disponibles, que 53 % des fonds des associations européistes des années 40/50 provenaient de la CIA.

La dette

A la lecture de ce livre, on comprend (je ne suis pas surpris) que certains Résistants aient vécu la chute de la IVème république comme une seconde Libération.

Dès 1946, l'affreux Jean Monnet et son ignoble sbire René Pleven écrivent dans des revues confidentielles qu'il faut endetter la France auprès des Etats-Unis pour qu'elle devienne dépendante et soit forcée d'abandonner sa souveraineté.

Tous ceux qui pensent que l'endettement public est neutre, sain, sans conséquence politique, sont (au mieux) des crétins. C'est l'exact contraire qui est vrai : la dette publique est hautement significative, elle manifeste une politique, une philosophie, une morale, et mène toujours à des conséquences dévastatrices.

La trahison post-référendum de 2005 est de la même nature : un pouvoir xénophile, pire, xénocratique, trahit sa mission fondamentale et sape la légitimité de l'Etat et des pouvoirs en général.

Bref, il se trouve toujours aujourd'hui comme hier, au sommet de l'Etat ou pas loin, des gens pour se rouler dans la fange.

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(1) : une video de Pierre Bertaux racontant la libération de Toulouse :

jeudi, mars 14, 2024

Charles V (Françoise Autrand)

Les échos contemporains de la biographie de Charles V paraissent étonnants au premier abord, pourtant, c'est tout simple : les Français des années 1960 défont, méthodiquement, avec acharnement, ce qu'ont bâti les Français des années 1360. Jugez en.

Contexte général

Les 4 millions d'Anglais peuvent faire la guerre aux 20 millions de Français parce qu'ils sont entrés dans une ère pré-capitaliste qui leur permet d'entretenir leurs célèbres archers.

Le père et le fils

Quelquefois, les pères éduquent les fils par le contre-exemple qu'ils leur donnent.

Jean II, dit à tort le Bon parce qu'il a été fait prisonnier par les Anglais à Poitiers, est émotif, fragile, colérique, brutal et secret. Son fils, Charles V, né 1338, s'efforcera d'être tout le contraire : pondéré, ouvert et lisible.

La France est soumise à deux fléaux :

1) la guerre de Cent ans, les « chevauchées » anglaises qui ravagent le royaume, suite au règne désastreux de Philippe le Bel et à ses conséquences.

2) le manque d'unité du royaume et les « compagnies » de mercenaires.

Les « chevauchées »

Les « chevauchées » sont des raids de pillage lancés à partir des possessions anglaises en France, Calais et la Guyenne.

La réponse militaire est évidente : s'enfermer dans les villes et attendre que ça passe, parce que l'armée française n'a pas de riposte aux redoutables archers anglais.

Mais, politiquement, c'est désastreux : le roi donne l'impression d'abandonner son peuple.

Alors, de temps en temps, le roi va combattre les Rosbifs et ce sont les désastres de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Le problème ne sera complètement résolu qu'au temps de Charles VII et de Jeanne d'Arc, par l'artillerie des frères Bureau (évidemment, arc contre canon, ça marche moins bien). Mais c'est bien Charles V qui commence à investir dans l'artillerie.

Charles, présent à 18 ans à Poitiers et traumatisé, prendra la contre-pied de son père et dira que « le plat pays ne vaut pas de perdre le roi et ses chevaliers », décision dure mais judicieuse. Cette tactique réussit politiquement : en 1360, Edouard III, fou de rage, passe du pillage à la politique de la terre brûlée, s'aliénant la population. La conscience française  s'élabore.

Le manque d'unité du royaume

Une lecture rétrospective fait du parti royal le bon parti et des autres partis des partis de la trahison.

En réalité, le parti royal n'est qu'un parti comme les autres et le comportement secret de Jean II aggrave considérablement les divisions. Ainsi, on ne sait toujours pas aujourd'hui pourquoi il a fait emprisonner Charles de Navarre. On se doute bien, mais il n'y a pas de déclaration royale nette, factuelle et juste.

Là encore, Charles V fera l'inverse : ses décisions seront expliquées et compréhensibles par tous.

Les « grandes compagnies » et le consentement à l'impôt

Les « compagnies » sont des bandes de gens d'armes qui écument le pays, pillant et rançonnant.« Des brutes nées de la guerre», comme dit Maurice Biraud dans Un taxi pour Tobrouk.

C'est un fonctionnement mafieux, ce qu'on appelle aujourd'hui « le crime organisé » : elles mettent une région, qui constitue leur territoire, en coupe réglée. Leurs chefs ont des noms, surnoms, pittoresques : l'Archiprêtre, Messire Gaillard Vigier, le Bâtard de Breteuil, Naudon de Bagerand, etc. (oui, ce ne sont pas des Mouloud et des Roms).

Le roi Jean II, décidément néfaste à tous égards, recourt à la facilité de les recruter épisodiquement pour sa guerre contre les Anglais. Il ne peut donc en même temps les combattre.

Avec son fils, tout change : comme de Gaulle à la Libération, son obsession est « L'ordre, l'ordre, l'ordre ».

Le déroulement est à peu près toujours le même : les juristes du roi émettent les mandements, quelques chevaliers tombent d'accord pour attaquer une compagnie retranchée dans un château. Les paysans du coin prêtent main forte. Tous les compagnons sont décapités (Badinter, si, en Enfer, tu nous entends ...).

Il y a des variantes rigolotes : à Beauvoir, les compagnons font un feu permanent dans les fossés, où ils jettent leurs victimes qui n'avouent pas assez vite où est caché le magot. Bien évidemment, ils y sont tous jetés à la capture de leur repaire, sauf le chef qui a l'honneur de « monter » à Paris pour y être décapité. Ce qui « moult réjouit le pays ».

Dans cette collusion de la justice royale, des nobles et des paysans contre les compagnies, nait le consentement à l'impôt : les institutions font leur travail, il est juste de les payer. Sans cela, l'impôt n'est qu'un vol légal.

Est-ce utile que j'insiste ? Le consentement à l'impôt lié au rétablissement de l'ordre intérieur et de la prompte et droite justice ? Hé, oh, 2024 ? Quand les institutions trahissent, l'impôt est un vol légal ...

La souveraineté

Le roi Jean II, prisonnier à Bordeaux puis à Londres, est prêt à tout lâcher pour recouvrer la liberté.

C'est le « honteux traité de Brétigny » (Brétigny, un hameau près de Chartres). Il y aura, du temps de son petits-fils fou, le « honteux traité de Troyes ».

Guyenne, Bretagne, Bourgogne, Flandres : Jean II cède partout. La France est menacée d'être réduite à l'Ile-de-France.

Mais, autour de son fils, une équipe fidèle ne l'entend pas de cette oreille. Le décès inattendu, à 44 ans, de Jean II en 1364 est une véritable libération pour la France, et spécialement pour les hommes du nouveau roi.

Ils mettent en avant une notion que les légistes raffinent depuis quelques années : la souveraineté.

Les nobles sont maitres sur leurs terres, mais seul le roi est souverain. Cela se traduit très concrètement : dans le royaume, la cour d'appel suprême, c'est la justice du roi, autrement dit le parlement de Paris. Tout justiciable de France peut faire appel à Paris. Rien n'est au-dessus de la justice du roi, à part Dieu (il n'y a pas de CEDH, de CJUE et autres machins).

Au fait, en parlant de souveraineté : le Franc, que les Français ont sacrifié en 1992 sur l'autel de l'idéologie européiste, est émis en 1361 au titre de 3,88 g d'or fin pour payer la rançon de Jean II.

Au cours actuel de l'or, ce Franc vaudrait 280 € et non pas sa valeur de 0,152449 € à sa disparition en 2002. Donc, grâce à l'excellente gestion de nos princes, notamment après notre glorieuse révolution, la valeur du Franc a été divisée par 1 836 (je vous épargne les chiffres près la virgule) en 641 ans, soit une perte linéaire de valeur (magie de la fonction puissance) de 1,16 % par an.

Le roi exerce aussi sa souveraineté par l'impôt. Il y a des impôts locaux, mais le roi reste le plus gros collecteur et le plus gros redistributeur (rien à voir avec les taux d'imposition et de redistribution modernes, on est à quelques %).

La guerre

La guerre de reconquête, Charles V la fait à sa manière originale.

D'abord, il met trois ans à la déclencher. Chaque étape de la décision est rendue publique. Même les très renommés juristes de l'université de Bologne sont consultés. Les Anglais sont exaspérés, il le surnomme le « royal attorney ».

Froissart, dans ses chroniques, rapporte :

« Lors les barons anglais dirent à Édouard que le roi de France était un sage et excellent prince, et de bon conseil. Jean de Gand, le duc de Lancastre, fils du roi Édouard, s'empourpra et lança avec mépris :

— Comment ? Ce n'est qu'un avocat !

Lorsque le roi Charles le Cinquième apprit ces paroles, il rit, et déclara d'une voix joyeuse :

— Soit ! Si je suis un avocat, je leur bâtirai un procès dont ils regretteront la sentence ! »

C'est un coup de maitre politique : quand il réunit les 9 et 11 mai 1369 ses états généraux à Paris pour le conseiller sur le fait de la guerre ou de la paix (« Dans ce qui concerne tous, tous doivent prendre part à la décision »), l'opinion est prête, le roi a toute la France derrière lui.

Charles V étonne ses contemporains. Il fait la guerre sans quitter sa bibliothèque. Mais il gagne.

La lutte contre les compagnies a été l'occasion de mettre en place un impôt permanent, de réorganiser l'armée et de repérer les chefs de qualité.

Il a compris la leçon de Crécy et de Poitiers. Pas de grandes batailles rangées où la supériorité anglaise peut s'exprimer. Il fait une guerre de siège, à l'économie, reconquérant les places fortes les unes après les autres.

Les vins de Bordeaux sont très appréciés à Londres, mais le parlement anglais rechigne à financer cette guerre, malgré tout, lointaine.

C'est extrêmement facile de reconnaître un grand roi de France : il se préoccupe de la marine. Il n'y a pas d'exception à cette règle.Tous les rois qui comprennent que la France est mi-terre mi-mer, et pas seulement un grand territoire agricole, que la grandeur de la France, ce n'est pas seulement d'avoir plus de terres, sont de grands rois.

Si cet abruti de François 1er avait mis autant d'énergie à conquérir l'Amérique qu'à conquérir l'Italie, le destin du monde en eut été changé.

Le 23 juin 1372, la flotte anglaise est défaite devant La Rochelle par la flotte castillane alliée de la France (un jeu intelligent sur la marée). Les liaisons entre l'Angleterre et la Guyenne deviennent beaucoup plus difficiles.

En 1373, les Anglais tentent ce qu'ils savent faire : une chevauchée à travers la France, en partant de Calais pour rejoindre la Guyenne. Celle-ci est dévastatrice.

Mais, à nouvelle équipe, nouvelles méthodes. Du Guesclin n'essaye pas de s'y opposer, il se contente de la suivre, l'empêchant de se retourner, l'obligeant à aller droit devant elle. Les chevaux s'épuisent, les hommes désertent. Malgré les destructions, cette chevauchée est un succès pour les Français.

En 1375, trêve de Bruges pour deux ans.

1577, reprise de la guerre.

Pour la première fois depuis bien longtemps (bataille de l'Ecluse, défaite française, juin 1340), la marine française, réorganisée, peut effectuer des raids sur les côtes anglaises. Londres est plusieurs fois mise en état d'alerte. Ca n'est pas très utile, mais ça fait toujours plaisir.

En 1378, Charles de Navarre (surnommé de manière exagérée par les historiens Charles le Mauvais) tente un complot contre Charles V. La tentative de régicide étant établie, la réplique du roi de France est foudroyante : toutes ses possessions du nord de la France sont attaquées, conquises et confisquées.

A la mort de Charles V, seuls restent anglais : Calais, un territoire autour de Brest et une bande parallèle à côte, entre Bordeaux et Bayonne.

Des serviteurs fidèles

Comme tous les vrais grands hommes, il sait attirer, reconnaitre et promouvoir les talents : Jean de Dormans. La rue de Jean Beauvais, à Pairs, porte son nom. Nul doute qu'Anne Hidalgo va la débaptiser au profit d'un(e) anormal(e).

Jean de la Grange, Bureau de la Rivière etc.

Certains de ces hommes sont visibles à la cathédrale d'Amiens (en face le magasin de Jean-Michel Trogneux), où leurs sculptures, placées haut, n'ont pas été atteintes par les vandales de notre glorieuse révolution.

Il y a dans cette équipe des tensions intellectuelles, ça discute beaucoup et ça s'oppose sur les sujets de la monarchie, de la souveraineté et de la décentralisation (quand je vous dis que c'est très actuel ...). Mais la personnalité de Charles V (charismatique, comme on dirait aujourd'hui) tient ce petit monde ensemble.

Par exemple, il y a un conflit grandissant entre les juridictions royales et les juridictions ecclésiastiques.

Charles V, au lieu de passer en force comme son père ou Philippe Le Bel, agit tout en finesse : il fait publier Le songe du vergier (cet ouvrage restera un gros succès de libraire pendant tout l'Ancien Régime) qui expose les arguments des deux parties dans un élégant dialogue. L'autorité royale attachée à cet ouvrage de qualité suffit à rabattre certaines prétentions ecclésiastiques excessives.

Charles V était fortement opposé à la persécution des juifs, que lui demandaient ses conseillers. Et il justifiait sa protection par des raisons théologiques.

Ah, si cet exemple royal pouvait faire taire les salauds islamophiles et judéophobes à la Soral-Meyssan-Hindi, se moquant du « judéo-christianisme » de manière obsessionnelle, que certains imbéciles prétendument patriotes promeuvent un peu trop ... Etre férocement hostile au moustique et tout indulgence pour l'éléphant, voilà un sommet de courage et d'intelligence qui dépasse mes pauvres capacités.

L'équipe de Charles V, connue sous le nom de Marmousets, a tenté un retour sous Charles VI, mais leur échec montre bien l'importance de Charles V dans ce dispositif.

Enfin, les fidèles de Charles V ont fait dire des messes, certains quotidiennement, pour le repos de l'âme de leur feu roi jusqu'à leur mort. Signe qui ne trompe pas.

Une mort prématurée pour la France

Charles V, très affecté par la décès de son épouse en couches (comme quoi les mariages arrangés peuvent devenir des mariages d'amour), meurt à 42 ans, d'une crise cardiaque provoquée par la goutte qu'il traine depuis l'adolescence (les rois de France sont les anti-vegans par excellence : ils ne mangent presque de la viande. Les légumes, « les racines », sont réservés aux paysans).

Son fils, Charles VI, est mineur et, de toute façon, il deviendra fou. C'est une catastrophe pour la France que Charles V n'ait pas vécu dix ans de plus.

Charles V est attentif à l'apparat, il ne se serait pas présenté comme un « roi normal », contrairement à un certain socialiste batave.

Conformément à ses goûts studieux, il est l'origine de la Bibliothèque Nationale.

Ce n'est vraiment pas à tort qu'il fut surnommé « le sage ». Il fut un modèle de gouvernement.

Prière de Charles V pour bien gouverner

 Nous possédons un document exceptionnel : le livre de prières de Charles V recopié par un de ses proches.

Ce n'est pas un missel, qui déroule calendrier liturgique, mais un bréviaire, où l'on note des prières.

Le roi dit ses prières in hac nocte et matutinis, dans la nuit et au petit matin. Facile de l'imaginer, priant dans la tranquillité du jour qui va se lever, avant que ne pèse sur ses épaules la responsabilité du royaume de France.

Voici la prière pour bien gouverner de Charles V, qu'il disait en français :

« Je proteste que je ne suis digne d'avoir un tel honneur que vous m'avez fait de me constituer et ordonner roi de ce vôtre royaume très chrétien et de me donner la justice et le gouvernement du peuple qui y est.

C'est pourquoi je vous prie de me donner sens et entendement et connaissance afin je m'y puisse conduire si sagement et si justement que j'en puisse acquérir votre grâce, amour et bienveillance et paradis, en me donnant toujours force et puissance de résister contre vos ennemis et les ennemis de moi et de mon royaume que vous m'avez donné à garder et de traiter avec mes ennemis en bonne paix et concorde venant de vous. »


lundi, février 12, 2024

La Wehrmacht : la fin d'un mythe (sous la direction de Jean Lopez)

« Sous la direction de Jean Lopez » et non « de Jean Lopez ».

Je vais faire court, mais je vous incite à lire (si l'histoire vous intéresse) cet ensemble de contributions.

En résumé, l'excellence tactique de l'armée allemande dissimule aux yeux des mal informés la nullité stratégique abyssale des Allemands qui leur a coûté deux guerres mondiales. Rengaine qui ne surprend pas mes fidèles lecteurs.

De 1914 à 1945, les Allemands n'ont pas décollé de Bonaparte et de Clausewitz, la recherche de la bataille décisive, le plus souvent, une bataille d'encerclement.

Pendant ce temps, les Russes, les Américains (les Français aussi, oui) sont passés à autre chose.

Dès les années 20, les Russes, les plus novateurs, théorisent qu'il n'y a pas de victoire décisive entre grandes nations industrialisées (c'était le fond, pas idiot, de « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts »).

A cet égard, la bataille de France de 1940 est un leurre. Si toute l'armée française avait reculé au lieu de se jeter dans le piège belge, les Allemands se seraient retrouvés comme des couillons. Surtout, ce n'est pas une victoire militaire mais politique : si le gouvernement français avait décidé de continuer la guerre en juin 1940, les Allemands n'avaient aucune stratégie de rechange à la victoire éclair.

Cette ineptitude stratégique est flagrante dans la politique d'armement. Les Allemands produisent des matériels excellents, bien connus des amateurs, mais inadaptés à la guerre en cours. Quand Staline donne un de ses rares ordres sensés « Concevez des matériels seulement bons, mais faciles à produire », il a mieux compris la guerre en cours que les condescendants brevetés d'état-major prussiens.

L'article sur la guerre sous-marine est très instructif. La bataille de l'Atlantique a empêché Churchill de dormir mais n'a jamais sérieusement menacé la Grande-Bretagne, il y aurait fallu un effort allemand beaucoup plus ordonné et persévérant, bref une vision stratégique.

Je rappelle (fait peu connu du grand public) que les seuls sous-marins ayant joué un rôle décisif dans la seconde guerre mondiale sont ceux, à long rayon d'action, de l'US Navy, qui ont asphyxié économiquement le Japon, avant que les B29 prennent le relais.

Bons en tactique, nuls en stratégie, c'est valable aujourd'hui. Pour les Allemands, quand il s'agit de tuer la France avec la complicité des traîtres qui nous gouvernent, ça va. Quand il s'agit de retrouver sa souveraineté face à Washington, il n'y a plus personne.

L'Allemagne ne m'impressionne pas (litote).

vendredi, janvier 26, 2024

Le retour d'Hitler ? (Alain Chauvet)

L'auteur a des parents communistes et, même s'il les renie politiquement, ça se sent.

En 2015 (date de publication de cet ouvrage), il croit que la menace fasciste, c'est ... Marine Le Pen !

Manque de discernement risible.

J'ai écrit que, à son élection (2012), François Hollande me faisait peur, que ces petits hommes gris, qu'aucune humanité ne retient, étaient les vrais dangers pour la démocratie. Jugement largement confirmé par la suite. Ce n'était pas sorcier.

Cette naïveté de l'auteur est dommage, car c'est l'un des rares a avoir lu Mein Kampf et compris l'intelligence maléfique d'Hitler.

L'auteur raisonne faux car il ne maitrise absolument pas son sujet. Il s'en tient aux mensonges contemporains, ce qui, bien sûr, biaise totalement sa réflexion.

Par exemple, il écrit que les Français furent presque tous pétainistes, en négligeant le fait principal, massif : l'opinion publique a évolué tout au long de la guerre et, dès la fin de 1940, le pétainisme en avait pris un sérieux coup sur la cafetière.

Autre exemple, d'après l'auteur, les Français et les Allemands furent également judéophobes. La fausseté de cette affirmation est aisément démontrable. En France, les persécutions des juifs soulevèrent l'hostilité de la population (les rapports de préfet en font foi) et provoquèrent une vaste solidarité spontanée. Ce ne fut pas le cas en Allemagne.

Ou encore que la majorité des Français a activement collaboré avec l'occupant, ce qui est faux (ne serait-ce que parce que la majorité des Français avaient autre chose à foutre).

L'auteur pousse l'ignominie jusqu'à mettre un signe d'équivalence entre la persécution des juifs et l'expulsion des immigrés illégaux.

A partir de là, la sulfateuse à conneries débite à jet continu : le colonialisme comme matrice du totalitarisme, le populisme comme grave danger ...

Bref, malgré quelques réflexions intéressantes par ci par là (pompées sur Hannah Arendt), ce livre est un tissu d'âneries, parce que l'auteur n'a pas assez travaillé et pense faux (double crime).

Afuera ! (C'est comme ça qu'on dit maintenant, non ?)

dimanche, janvier 21, 2024

A propos de la révolte des paysans.

 L'actuelle (janvier 2024) révolte des paysans est vouée à l'échec.

Entre la trahison des syndicats paysans, les coups de LBD dans la gueule et la répression médiatico-judiciaire, ils n'ont aucune chance. Le gouverne-ment temporisera sans faiblir sur le fond, distribuera quelques cacachuètes et ç'en sera fini.

Ca fait bien longtemps qu'ils ont accepté de devenir des agriculteurs, c'est-à-dire des gens soumis à la folle logique économique et bureaucratique. Ils se révoltent de risquer la noyade alors qu'ils ont sauté du bateau (un peu poussés, il est vrai) il y a déjà une paye.

Et, fondamentalement, ils sont en révolte (inconsciente chez beaucoup mais tout de même consciente chez quelques uns) contre le nihilisme des Français, qui rêvent d'un monde hédoniste, narcissique, de purs esprits flottant dans l'air, sans attaches ni devoirs d'aucune sorte, tout le contraire de la terre nourricière.

Le nihilisme est totalement déchainé dans la bourgeoise urbaine mondialisée, mais le reste des Français aimeraient bien aussi, seule leur condition servile les en empêche, leur rappelant trop fréquemment qu'ils ne sont pas de purs esprits.

Le livre Le cheval d'orgueil est un utile rappel que ce qui a tué la paysannerie français, c'est la modernité. La mère d'Heliaz, paysanne née dans les années 1890, a fini sa vie emboiteuse à l'usine de pâtés Hénaff, parce que cela rapportait plus et était beaucoup moins pénible que de trimer aux champs. Et d'ailleurs, transmettre des champs à qui, puisque tous ses enfants étaient partis à la ville ?

Bien sûr, le christianisme, intimement lié à notre humanité, disparait quand nous nous déshumanisons (et réciproquement : nous nous déhumanisons parce qu'il disparait).

Ce que la révolte paysanne, après les Gilets Jaunes, nous montre, c'est que les Français, dans leur grande majorité, sont mûrs pour le grand abattoir transhumaniste.

Oh, rassurez vous, sans trop de violences, Hitler et Staline étaient bêtement impatients. D'un côté, le blob décourage les Français de faire des enfants par tous les moyens et les acculture complètement (il n'y a qu'à voir le désastre des prénoms) ; de l'autre, le blob les fait « mourir dans la dignité », tout en poussant à fond l'invasion migratoire. Dans 50 ans, le peuple français sera de l'histoire ancienne (c'est déjà le cas dans l'esprit, il ne reste plus qu'à faire la même chose dans la chair).

Du trio indo-européen, le soldat, le prêtre, le paysan, il ne reste absolument rien. Juste des abrutis devant leur télévision, prêts à être menés à l'abattoir par d'autres abrutis devant leur télévision, mais qu'un hasard facétieux a placés en haut de la pyramide.

Alors, que pouvons nous espérer de cette ultime jacquerie avant liquidation ? Qu'elle sauve quelques îlots d'humanité qui feront dire à nos rares descendants qu'il y avait dix justes dans Sodome. Ca sera déjà une belle réussite.

Ainsi prennent fin 3000 ans de peuplement gaulois en France.

Mais, ne désespérez pas, une civilisation aussi flamboyante que la nôtre (nous n'étions pas des traine-savates africains) ne disparait pas sans inspirer des âmes d'élites. Tout le monde ne peut se satisfaire de la longue nuit de l'islam ou de la robotisation. Quoi qu'il arrive, ce que nous avons, fait, ce que nous faisons, sera source d'ardeurs nouvelles.

lundi, janvier 15, 2024

Le christianisme est crédible (Jean-Marie de Blignières)

Remarque préliminaire : il existe une édition de cet ouvrage avec un point d'interrogation tout à fait superflu dans le titre.

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Bien que n'ayant que marginalement besoin d'être convaincu, il m'arrive de lire de l'apologétique pour le plaisir (l'apologétique est un champ d'études théologique ou littéraire consistant à défendre de façon cohérente, rationnelle, une position).

Attaquons.

Les Evangiles sont ce qu'ils prétendent être.

Ces 150 dernières années, a eu lieu une véritable révolution archéologique et exégétique.

Plus personne de sérieux (donc pas Michel Onfray) ne conteste que les Evangiles sont ce qu'ils prétendent être : les récits de disciples d'un prophète juif nommé Jésus, qui a vécu et a été mis en croix, au premier siècle de notre ère.

 La thèse mythiste (Jésus n'a pas existé, c'est un mythe compilé des prophéties de l'Ancien Testament) ne peut plus être soutenue que par des ignorants et par des escrocs (Michel Onfray est probablement les deux) : trop de détails du quotidien ont été vérifiés depuis un siècle et demi.

Par exemple, la piscine aux cinq portiques de Bethesda où, d'après l'Evangile selon Saint Jean, Jésus guérit un paralytique, a été découverte en 1855. Auparavant, il y avait une glose pour interpréter symboliquement ces cinq portiques, alors que l'explication la plus simple était la meilleure : il y avait bien à Jerusalem une piscine à cinq portiques.

Nota : je ne suis pas d'accord avec l'opinion majoritaire qui fait de l'Evangile selon Saint Jean le plus tardif. Cela me semble confondre la mise en forme du récit et la mise par écrit. Mais je ne suis pas un expert, c'est juste un sentiment.

Le nom de Pilate a été trouvé sur un sceau en 1969.

On peut multiplier les exemples.

L'un des plus probants est la répartition statistique des prénoms dans les Evangiles qui correspond à celle des tombes qu'on a trouvées. C'est très difficilement falsifiable : essayez d'écrire un récit des années 1960 avec la bonne répartition des Jean-Luc et des Jean-Michel sans consulter une table de l'INSEE. Imaginez un évangéliste menteur se baladant dans les cimetières « Bon, je vais écrire des conneries mais il faut que j'ai la bonne répartition des prénoms ».

Globalement, plus la vie du premier siècle de notre ère nous est connue, plus elle colle aux Evangiles.

Un autre point qui écarte la thèse mythiste : la lourde insistance, précoce, dès les lettres de Saint Paul, sur la conservation intacte du témoignage, ne pas changer un mot. On ne connait cela pour aucun mythe identifié.

Bref, les Evangélistes sont sincères, ils racontent ce qu'ils ont vu ou cru voir (ou ce que leurs témoins - Saint Luc est le scribe de Saint Paul qui lui-même répète ce qu'il a entendu, Saint Marc celui de Saint Pierre- ont vu ou cru voir) de leur compagnonnage avec un prophète nommé Jésus. 

Mais, est-ce que Jésus est ce qu'il dit être, le Fils de Dieu, envoyé se sacrifier « pour nous les hommes et pour notre salut » ?

La preuve par les prophéties accomplies

Pour Blaise Pascal (qui avait oublié d'être con, je le rappelle pour ceux qui ignoreraient qui c'est), l'accomplissement par le Christ des prophéties de l'Ancien Testament était la preuve la plus forte de la divinité de Jésus.

Pour qu'une prophétie soit probante, il faut qu'elle ne soitpas  vague et interprétable à l'envi, façon prophétie d'horoscope.

Il faut aussi qu'elle ne soit pas auto-réalisatrice. Daniel a prophétisé le Messie dans « 70 semaines d'années », ce qui donne comme date le début de notre ère. On peut donc dire que Jésus accomplit la prophétie de Daniel. Mais on peut aussi dire que les juifs (qui avaient fait le calcul) attendaient si fort le Messie qu'ils ont pris le premier venu.

Une prophétie surprenante, qui s'éclaire une fois accomplie, que personne ne peut anticiper, est plus probante.

Si un prophète dit que, dans 150 ans et un jour, Dieu donnera un mega coup de tatanne vraiment transitionné dans la chetron d'Israël, personne ne comprend « transitionné » et si, 150 ans et un jour plus tard, le couple Manu et Jean-Mimi Macron fait une tournée de chant entre Jerusalem et Tel Aviv, la prophétie se réalise et s'éclaire de manière imprévisible et il est certain que le prophète prédisant cette catastrophe était inspiré par Dieu.

Or, une telle prophétie existe : celle du serviteur souffrant d'Isaïe. Incompréhensible par les juifs du premier siècle, elle devient limpide à la lecture des Evangiles. Et si celle-ci est la plus importante, il en est d'autres.

Les miracles

Si vous ne croyez pas que Dieu existe ou si vous croyez qu'il existe mais qu'il n'intervient pas dans sa création (dieu horloger), tout ce que je pourrai dire sur les miracles de Jésus ne vous touchera pas.

Ils sont tout à fait singuliers : ce ne sont pas des miracles de magicien, ils sont intimes (« Va et ne le dis à personne ») et démontrent la mission divine de Jésus (« Ta foi t'a sauvé »).

Cette singularité vaut d'être méditée.

Vous remarquerez que ces miracles font des conversions seulement chez ceux dont le cœur est prêt. Les autres n'en sont pas touchés.

La divine surprise

L'argument le plus fort, pour Saint Thomas d'Aquin et Blaise Pascal, est que les deux Testaments sont validés à la fois (l'Ancien fait une prophétie, le Nouveau l'accomplit, les deux sont vrais) mais d'une manière totalement inattendue, une surprise si radicale qu'elle ne peut être que d'origine divine.

Les juifs ont essayé d'imaginer le futur Messie, il y a eu plusieurs tendances mais pas une n'a imaginé quelque chose qui s'approcherait de Jésus (bon, d'accord, les juifs manquaient peut-être d'imagination : pas un n'a imaginé que le Messi serait 8 fois Ballon d'Or). Notez bien que cette originalité met à bas la thèse mythiste : si des menteurs avaient bâti d'eux-mêmes un mythe, ils ne l'auraient pas écrit comme cela (ou alors, ils auraient été super méga giga forts).

Il y a un avant et un après Jésus dans la manière d'envisager la religion, la relation avec Dieu.

René Girard fait partie de la longue liste de ceux qui ont travaillé sur cette rupture (je ne l'ai pas lu, dégoûté par un collègue un peu trop insistant).

Cette originalité est si problématique que des gens ont imaginé que le mystère de la jeunesse de Jésus (aucune information entre son enfance et sa période prophétique, soit un trou d'une vingtaine d'années bien tassées) résultait d'une initiation en Inde. Mais cela ne résout pas vraiment le problème.

La divine doctrine

Des malhonnêtes suivis par des ignorants disent que Jésus n'a voulu fonder ni une doctrine ni une Eglise.

C'est absolument faux.

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par Moi. » Comme affirmation doctrinaire, ça se pose un peu là !

Quant à l'Eglise, il y a trop de versets où Jésus organise les relations entre les apôtres et les envoie en mission pour qu'il y ait la moindre ambiguïté pour tout esprit honnête (mais la haine adolescente du Père, donc de son Eglise, fait dire beaucoup de conneries).

C'est pourquoi je confonds systématiquement catholicisme et christianisme puisque le catholicisme est le seul vrai christianisme (on peut discuter de l'orthodoxie).

Il y a un style Jésus singulier, mélange unique de simplicité et d'autorité (il est l'Autorité : « On vous a dit ... Moi je vous dis ... »).

La langue de Jésus est « tranchante comme un glaive ». Il parle net, sans bavures, sans fioritures. S'il veut faire comprendre une notion complexe, pas d'explications, une parabole.

La seule personne que je connaisse qui parle aussi net est Jeanne d'Arc. Pas étonnant que certains aient dit qu'elle parlait la langue qu'aurait parlé le Christ s'il s'était exprimé en français.

Une chose unique en Jésus, que ni Socrate, ni Bouddha, ni Confucius n'ont atteinte, c'est qu'il parle de la même manière aux humbles et aux savants. Saint Thomas d'Aquin peut remplir des bibliothèques entières mais la chaisière de sacristie comprend aussi à sa manière les paraboles.

Julien Gracq, athée mais grand styliste, a exécuté en quelques phrases quelqu'un qui prétendait à l'inexistence de Jésus (non, Michel Onfray, tu n'es pas le seul crétin du monde). Il jugeait que ne pas discerner ce style Jésus tout à fait personnel était une faute inexcusable contre l'intelligence.

La doctrine chrétienne est originale, à nulle autre pareille. Elle présente un Dieu qui enseigne l'amour.

L'affirmation « Vous m'appelez Maitre et Seigneur, et vous avez raison, car vraiment je le suis » vient au moment du lavement des pieds.

C'est une doctrine riche, infiniment riche, qui combine la rationalité, le dieu des philosophes (unique, créateur, tout-puissant) et les mystères sacrés.

L'auteur cite des musulmans convertis, notamment un converti par les discours de Bossuet. Évidemment, c'est un peu plus exaltant de s'interroger sur l'amour de Dieu que de discuter pendant des heures pour savoir si c'est haram d'entrer dans les chiottes du pied gauche ou de lire les sermons de Saint Bernard sur le Cantique des Cantiques plutôt que de s'interroger sur le nombre de baffes qu'on a le droit de flanquer à sa femme (je n'invente rien, vrais sujets de polémique chez les muzz).

Je comprends la tactique puérile des anti-catholiques, ces adolescents révoltés contre le Père, de se focaliser sur quelques points (« gna gna gna les Croisades, gna gna gna l'Inquisition, gnag gna gna les pédophiles (en fait, des pédérastes pour la plupart) » ...), car si, on considère le catholicisme dans son ensemble, on peut difficilement contester que c'est un chef d'œuvre.

On comprend l'importance pour les suppôts de Satan de déchristianiser la culture. Particulièrement frappant pendant la comédie covidiste, le nombre de gens qui ignoraient que la messe n'est pas qu'une prière collective, que la communion exige la présence des fidèles, qu'elle ne peut pas se faire par la télévision.

La perfection de la doctrine chrétienne est une preuve de son origine divine. Encore faut-il la connaitre suffisamment et être ouvert à ces choses.

La résurrection du Christ, preuve ultime ?

Les Evangiles témoignent que Jésus a annoncé sa mort et sa résurrection, que les pharisiens craignaient cette résurrection ou une escroquerie de résurrection et que Jésus est bien mort et ressuscité (ce sont évidemment ces deux derniers mots qui posent problème aux incroyants).

La fraude est peu probable, rien ne cadre avec cette hypothèse.

Reste la possible hallucination collective. En nos temps où nous allons de délires collectifs en délires collectifs, impossible de la rejeter d'un revers de main. Simplement, à l'époque, les moyens de manipulation des foules étaient moins perfectionnés qu'aujourd'hui.

La preuve de la résurrection su Christ est ailleurs :

1) dans le succès de l'Eglise à travers les siècles, qui est un signe d'assistance divine (comment une institution si mal gouvernée pourrait-elle survivre 20 siècles sans l'assistance de Dieu ?).

2) dans la complétude de la doctrine. Saint Paul dit « Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vide ». Mais on peut inverser : si on croit 99 % de la doctrine, pourquoi refuser de croire ce dernier % ? Si nous avons la foi, nous croyons aussi que la Christ est ressuscité. La doctrine chrétienne est est un tout insécable (d'où la notion d'hérésie, faute qui consiste à prendre seulement une partie).

Il faut la foi pour croire en la résurrection du Christ mais on peut au moins constater qu'elle fait partie d'un tout cohérent.

L'auto-témoignage de Jésus

Le message de Jésus, c'est Jésus lui-même.

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. »

« Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

« Je suis né et je suis venu au monde pour ceci : rendre témoignage à la Vérité. Quiconque est la Vérité écoute ma voix. »

Déclarations extraordinaires, sans précédent chez aucun prophète. Déclarations qui ne laissent aucune place aux demi-mesures : soit Jésus est fou à lier, soit il est ce qu'il dit.

Ceux (juifs, musulmans) qui le considèrent comme un simple prophète font le choix de se mentir en inventant une solution du juste milieu qui n'existe pas.

Un être moralement supérieur

Jésus se prétend sans péché. L'est-il vraiment ?

Après des siècles à scruter les Evangiles, la réponse est : on n'a trouvé, dans les Evangiles, aucune trace de péché en Jésus.

 Son mélange d'autorité, de force, de simplicité et de douceur (et même une pointe d'humour) est unique dans les grandes figures de l'humanité. Ni Bouddha, ni Socrate, ni Confucius n'arrivent à ce niveau de perfection morale.

Dans l'angoisse terrible de la Passion, pas une once de colère.

Le témoignage est important, puisque 99 % de ce que nous savons, nous le croyons par témoignage et non par expérience directe (ainsi, je crois que la vitesse de la lumière est 300 000 km/s parce qu'on me l'a dit, je n'ai pas vérifié moi-même).

« Sans la Grâce de Dieu, je ne suis rien. »

« Sans la Grâce de Dieu, je ne suis rien. » disait Jeanne d'Arc. Pour croire au Christ, même si tous les motifs de la raison convergent, il faut le petit (ou grand, suivant les personnalités) coup de pouce divin qu'on appelle la Grâce. Dans le catholicisme, le « croyant non pratiquant », ça n'existe pas, Un « croyant non pratiquant » est soit un hypocrite, soit un imbécile, voire les deux, mais, en tout cas, un non-croyant.

En effet, la messe n'est pas une simple prière en commun qu'on pourrait faire tout seul dans son coin. Par l'eucharistie et par la communion, la messe est la répétition du divin sacrifice du Christ que seul un prêtre ordonné peut faire. La communion ne peut pas se faire à distance (certains incultes du gouvernement ne l'ont pas compris pendant le délire covidiste).

Que faire ?

Vous n'êtes pas baptisé ou vous êtes baptisé mais vous avez tout oublié (ou rien appris) du catéchisme, vous sentez un manque spirituel et le Christ vous attire? Que faire ?

Le plus simple est de vous rendre à l'église la plus proche, ou à celle qui vous attire (vous pouvez choisir l'église sur des critères esthétiques), et de rencontrer un prêtre.

Que lire ?

D'abord, que ne pas lire : le Nouveau Testament de but en blanc. Vous n'y comprendrez pas grand'chose et ferez des interprétations hasardeuses.

Commencez par le catéchisme de Saint pie X. C'est limpide.

Après, vous n'avez que l'embarras du choix.

Christian Bobin, si vous voulez faire dans le léger, limite mièvre.

Pascal et Bossuet si vous voulez faire dans le lourd.

Perceval le gallois si vous voulez faire dans l'original et le difficile.

Catholix reloaded est bien.

L'immense Chesterton, qui ne sera pas canonisé parce qu'il a dit un pouième de mal sur les juifs.

Saint François d'Assise, le saint de la modernité (trois siècles avant. J'exagère un peu).

Sainte Thérèse de Lisieux, la grande sainte de la post-modernité.

Sainte Jeanne d'Arc, ce météore au ciel de l'histoire de France.

Il y a aussi l'abbé Raffray qui fait des videos, mais je suis contre, pour une conversion à une religion qui insiste beaucoup sur l'intériorité, il écrit aussi des livres.

Mais vous n'êtes pas obligé de lire, vous pouvez aussi visiter les églises (les cathédrales en font partie !). Les pierres parlent.


samedi, janvier 13, 2024

Les rescapés et les naufragés, quarante ans après Auschwitz (Primo Levi)

Si c'est un homme est à mon avis le meilleur livre (de plus, écrit à chaud) sur les camps nazis. 

Quarante ans après, Primo Levi se livre à une réflexion de grande qualité.

Une réflexion très actuelle puisqu'il réfléchit à la responsabilité sous un régime totalitaire, ce qui est notre cas : notre Etat se donne bien comme objectif de contrôler tous les aspects de notre vie.

Les moyens sont moins violents que ceux des nazis pour des raisons techniques, mais la mentalité de nos bureaucrates est strictement identique, le délire covidiste en témoigne sans aucun doute possible.

Les réflexions de Primo Levi sont facilement transposables à 2024. C'est très inquiétant.

Il commence par des considérations sur la bonne foi et la mauvaise foi. Il écrit, à la lumière des procès de gardiens de camp d'extermination, que la plupart des hommes sont trop épais pour se montrer de mauvaise foi. Simplement, ils se persuadent de ce qui les arrange et finissent par y croire. J'ai les mêmes avec le COVID : aujourd'hui persuadés qu'il ne s'est pas passé grand'chose en 2020/2021 et qu'ils n'ont donc rien fait de grave.

La responsabilité

1) Le grand responsable et coupable, c'est l'Etat totalitaire (Ariane Bilheran dit : « L'idéologie commande »). C'est lui qui vise à déshumaniser ses victimes et à tuer leur âme (avant de les tuer tout court). On peut avoir des difficultés à définir « humanité » et « âme » abstraitement. Mais, concrètement, « déshumaniser » et « tuer l'âme », c'est limpide. Il ne s'agit pas seulement de tuer, mais d'avilir d'abord.

2) On ne peut pas confondre les victimes et les bourreaux, selon un critère simple : les bourreaux ont une échappatoire, ils peuvent biaiser. Primo Levi ne le dit pas, mais les historiens n'ont pas trouvé d'exemple d'Allemand sévèrement sanctionné pour avoir refusé de participer au judéocide nazi.

S'agissant de notre délire covidiste, les médecins, les policiers, les gendarmes et les restaurateurs étaient clairement du côté des bourreaux, ils avaient tous moyen de ne pas y participer. Je suis d'autant plus affirmatif que je connais des exemples de chaque catégorie qui n'y ont pas participé. Ca a eu un coût pour certains. Pour d'autres, c'était simplement un risque, qui ne s'est pas avéré.

3) Il y a pourtant une zone grise. A Auschwitz, la ration alimentaire est si maigre que c'est la mort assurée en quelques semaines. Il faut donc trouver moyen d'améliorer son ordinaire en collaborant. Primo Levi a trouvé une place d'assistant chimiste.

Il nous parle des sonderkommandos (« les groupements spéciaux » SK) groupes de mille juifs environ désignés pour le travail de mort : pousser les gens dans les chambres à gaz et trier les cadavres. Au bout de six mois environ, le SK est entièrement exécuté pour ne pas laisser de témoins et un nouveau SK est constitué. Cinq SK se sont succédés à Auschwitz. Par une chance extraordianaire, quelques survivants des SK ont pu témoigner.

Les SS ont organisé un match de foot avec le SK, ce qu'il n'aurait jamais fait avec d'autres déportés. Primo Levi pense que cette familiarité est due à l'absence d'âme en commun.

Il y a eu des suicides dans les SK. Le 7 octobre 1944, le SK (bien nourri, ce n'est pas anodin) s'est révolté. 4 morts chez les SS, 450 dans le SK (entièrement exécuté sauf les évadés).

Les échos

Comme je le disais en introduction, notre présent fait malheureusement écho à ce livre.

Primo Levi explique qu'on l'interroge souvent si les camps de concentration peuvent revenir. Sa réponse, en 1986, est « Ailleurs, oui. Il suffit de considérer les Khmers Rouges. Chez nous, non. En tout cas, pas immédiatement, mais au-delà de 20 ans, je ne saurais dire ».

Parlant de l'incommunicabilité en camp de concentration (la schlague était surnommée Dolmetscher, l'interprète, la seule à parler toutes les langues), Primo Levi insiste sur la liberté d'expression totale, condition de la liberté tout court, et donc de notre humanité. Inutile que je revienne sur le délire de censure des fragiles et autres « sensibles » des années 2020 and counting.

Etre un intellectuel aide-t-il à survivre en camp d'extermination ? Non, pas vraiment, mieux vaut avoir un métier immédiatement utile, maçon, tailleur ... Seule exception : l'allemand. Il y avait une nette différence de chances de survie entre ceux qui comprenaient (ou mieux, parlaient) l'allemand et les autres. Primo Levi pense qu'il doit sa survie à son allemand de chimiste.

Par contre, il constate que les intellectuels sont plus prompts à justifier le pouvoir et à se laisser séduire par lui, et il parle là du pouvoir paroxystiquement sadique des SS et des kapos !

Un exemple de sadisme méticuleux : à Auschwitz, la cuillère est un bien rare et précieux pour éviter de laper comme un animal. Or, après la libération, les détenus ont ouvert les entrepôts et ont découvert une masse de cuillères. La pénurie était donc délibérée. Primo Levi pense que les gardiens de camp avaient un instinct très sûr pour la mesure avilissante, l'efficacité germanique. C'est sans doute ce qui fait des camps d'extermination l'Enfer sur terre, plus que le goulag (où la volonté d'extermination est absente).

Il constate aussi que les croyants, quelle que soit leur croyance, résistent mieux que les agnostiques.

Pourquoi les déportés ne se sont-ils pas révolté ?

D'abord, c'est faux : il y a eu des mutineries de déportés, qui ont été réprimées dans le sang.

Ensuite, Primo Levi remarque que ceux qui sont au fond du trou ne se révoltent pas, ils sont trop diminués physiquement et moralement. Ceux qui se révoltent n'ont pas encore atteints le fond du trou.

Nos dirigeants sentent instinctivement qu'il faut qu'ils maintiennent les Français au fond du trou, qu'il ne faut surtout pas régler les problèmes d'insécurité et de misère. Si les Français redressaient la tête, la première chose qu'ils feraient seraient de se révolter contre leurs gouvernants.

Primo Levi rappelle que les plupart des révoltes de l'histoire ont échoué, d'autant plus si on pense aux révoltes tellement embryonnaires que l'histoire n'en a pas gardé trace.

« Le détenu s'évade », « L'opprimé se révolte » sont des stéréotypes, mais, dans la réalité, c'est bien plus difficile, la plupart des détenus ne s'évadent pas et la plupart des opprimés ne se révoltent pas. Au camp, les galoches de bois blessaient les pieds et ne permettaient pas d'aller bien loin, surtout à des détenus dénutris,  Alors s'évader ...

Et à la question « Pourquoi n'avez vous pas fui votre pays avant les persécutions ? », Primo Levi répond en 1986 : « Vous êtes menacé d'une guerre atomique en Europe, est-ce que vous vous installez à Tahiti ? ».

La question se pose aujourd'hui. Tous les gens lucides savent que la France finira sous le régime techno-totalitaire de contrôle total le plus liberticide que le monde ait jamais connu, l'installation est déjà bien entamé. Et, pourtant, à l'exception, chez les jeunes diplômés (qui ne partent pas tout à fait pour cette raison), il y a peu d'émigration.

Les Allemands

Primo Levi est bien conscient que les Allemands ne sont pas les seuls cinglés totalitaires au monde, mais, tout de même, il peine à les comprendre. Pour lui (et pour moi aussi), ils ont quelque chose qui fait que ce n'est pas un hasard si l'horreur des camps d'extermination industriels a eu lieu chez eux et pas vraiment ailleurs (ce n'est pas pour dire qu'il n'y a pas eu d'atrocités ailleurs, mais pas de cette manière systématique).

Il a correspondu avec quelques Allemands, à la suite de la traduction de Si c'est un homme. On sent bien qu'il a du mal.

En tout cas, il était très content que l'Allemagne soit divisée. Il n'a pas connu la réunification.

En conclusion

Toujours très fin, il comprend que le caractère satanique hors-normes du régime nazi justifie l'alliance contre nature des anglo-américains et de l'URSS (beaucoup ne l'ont toujours pas compris aujourd'hui).

Les gardiens de camps sont coupables. Mais ce sont les Allemands qui ont refusé de voir et de parler qui ont rendu cela possible.

Digression : je ne crois pas à la thèse du suicide de Primo Levi (on ne sait pas si sa mort est un accident ou un suicide). Ce n'est qu'une intuition, mais le suicide ne cadre pas avec l'image que je me fais de lui à travers ses livres.




Le grand héritage des Gaulois (Jacques Lacroix)

Le mensonge régionaliste

J'ai enfin compris ce qui m'irrite si fort chez les régionalistes, spécialement les Bretons : ce sont des menteurs pathologiques.

Les raisons qu'ils donnent ne sont pas les vraies. Et leurs vraies raisons, ils ne les donnent pas (la plupart du temps, ils les ignorent, faute de suffisamment d'introspection).

1) Les occidentalistes, les européistes identitaires et les régionalistes sont des adolescents narcissiques qui refusent la seule entité politique réellement existante (donc qui les empêche de se réfugier dans l'utopie et leur impose des devoirs d'adultes ici et maintenant), la nation.

L'occidentalisme, l'européisme identitaire et le régionalisme sont, comme le gauchisme et comme l'immigrationnaisme, avec lesquels ils s'entendent parfois si bien, des pathologies du narcissisme.

2) Il n'y a aucun rapport, à part la génétique, entre un paysan breton de 1900 et un punk à chien de Rennes ou un bourgeois en Armor Lux de Camaret. Leur langue bretonne est factice, leur culture bretonne est factice, leur folklore breton est factice. Ils se la pètent d'autant plus que leur prétention au particularisme ne repose sur rien, c'est qui les rend si énervants. Voir Le cheval d'orgueil (Pierre-Jakez Helias).

Un Breton (ou un Savoyard, ou un Basque, etc) est un Gallo-Ricain comme les autres, comme n'importe quel Parisien. Dans toutes ces régions, il y a plus de Mac Do que de restaurants régionaux.



La continuité gauloise

Le livre de Jacques Lacroix est une évasion, il rappelle le temps où les Français étaient encore des hommes et non des zombies.

Contrairement à la légende moderne, la France n'est pas un assemblage de peuples.

1) Les progrès de la génétique permettent au contraire de montrer une remarquable stabilité sur trente siècles du peuplement gaulois dans les frontières de la France actuelle, à quelques exceptions près (les Normands, par exemple). Les Bretons ne font pas partie de ces exceptions.

Autrement dit, « nos ancêtres les Gaulois » est vrai, bien plus vrai qu'on l'a longtemps cru, jusqu'à ce que l'invasion migratoire fasse sentir ses effets dans les années 2000.

Quand les rois de France disaient « mes peuples », ils ne donnaient pas un cours de génétique.

2) Un héritage gaulois dans le vocabulaire et dans la toponymie considérable (bien plus important que les quelques mots arabes qu'on nous rabâche sans cesse).  C'est le sujet du livre de Jacques Lacroix.

J'ai un ami nîmois qui dit fièrement « Je suis Romain ». Bin non. Il est Gallo-Romain : le nom de Nîmes vient d'un dieu gaulois (Nemausus).

26 des 50 plus grandes villes de France portent des noms d'origine gauloise :




Je ne peux pas vous en dire plus : ce livre est un catalogue instructif et amusant (parsemé de quelques jeux) de notre héritage gaulois.  Pour savoir ce qu'il y a dedans, il faut le lire !

Et, puisque Jacques Lacroix fait des videos, en voici une :