vendredi, janvier 21, 2022

Maus (Art Spiegelman)

J'ai lu Maus à la sortie du dernier tome (1991 ?). C'est un chef d'oeuvre de la BD, très marquant. Je le relis en ce moment.

Art Spiegelman est le fils de Vladek et d'Anja Spielgelman. Ce couple juif polonais, marié avant-guerre, a eu un fils, qui a été empoisonné par sa tante, en même temps qu'elle se suicidait, pour échapper aux Allemands.

Art est né en Amérique, en 1948. Il nous raconte l'histoire de ses parents, entremêlée à ses relations difficiles avec son père.

Ses deux parents, seuls de leur famille, ont survécu par miracle (et par beaucoup d'ingéniosité et de ténacité) à Auschwitz. Anja s'est suicidée en 1968 (1).

Cette histoire complète, du point de vue des victimes, le terrible Des hommes ordinaires.

J'ai appris que les Allemands ont encore exécuté des juifs quelques jours après le 8 mai 1945, tant était puissante leur folie furieuse.

Vladek n'est d'une certaine manière jamais revenu. : il n'a jamais retrouvé des attitudes normales avec les gens. Il avait des obsessions, des troubles compulsifs.

Aujourd'hui, Art est un démocrate forcené, anti-Trump à fond. Il voit un problème de fascisme dans le trumpisme, mais pas du tout dans le covidisme ! Bref, c'est un crétin bobo bien conformiste. L'émotion n'est pas garante de la lucidité. Il s'est embourgeoisé, par rapport à son père.

Quelle leçon en tirer  ? Toujours la même : « Les optimistes ont fini à Auschwitz, les pessimistes à Hollywood. »

Quand vous sentez que ça pue, que la folie collective est en route, barrez vous. La folie, une fois lancée, ne s'arrête pas d'elle-même, par je ne sais quel miracle. Il est vain d'attendre et d'espérer ce miracle. Si vous vous mettez en travers des rails du train pour l'arrêter, il vous passera dessus sans le remarquer.

Même la compromission est très aléatoire : les Allemands n'hésitaient pas à se débarrasser des gens qui leur livraient des juifs. Et Soljenitsyne a décrit les fournées de bureaucrates zélés arrivant au goulag.


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(1) : je croyais que Primo Levi s'était suicidé. J'apprends qu'il est possible que sa mort fût un accident. Ca lève une énigme à mes yeux : ce suicide (allégué) m'a toujours intrigué, je trouvais qu'il ne cadrait pas avec ses livres.

mardi, janvier 11, 2022

Des hommes ordinaires, le 101ème bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne (C. Browning)

 Je ne vous cache pas que j'ai lu ce livre, qui trainait depuis longtemps sur mes étagères (je suis fidèle au principe d'Umberto Eco qu'il faut avoir dans sa bibliothèque un tiers de livres non lus), à cause du délire covidiste.

Livre extraordinaire, puisque basé sur 210 témoignages judiciaires entre 1962 et 1972.

Un bataillon de 500 hommes, réservistes, généralement plus de 40 ans, originaires de la région de Hambourg. Beaucoup de pères de famille. Un tiers d'encartés au parti nazi. Artisans, ouvriers, commerçants.

En 16 mois, entre juillet 1942 et novembre 1943, ils ont tué 83 000 personnes, essentiellement des juifs, en Pologne, hommes, femmes, enfants, vieillards, nourrissons. 38 000 par exécutions directes par balles ou par incendie (genre Oradour-sur-Glane), le reste par déportation, dont ils n'ignoraient pas la finalité. Soit la moyenne de 166 morts, dont 76 exécutions directes, par homme. Bien des tueurs en série seraient fous de jalousie.

Ils ont obéi aux ordres.

Etaient-ils forcés d'obéir aux ordres ?

Même pas : juste avant le premier massacre, leur commandant a proposé à ceux qui le voulaient de se retirer (à une époque où c'était encore l'euphorie sur le front de l'est et où les récalcitrants ne craignaient pas grand'chose) : 12 seulement ont choisi l'abstention. Ils ont fini par être renvoyés à Hambourg sans autre conséquence (l'un d'eux a expliqué qu'il pouvait se retirer parce qu'il ne voulait pas faire carrière dans la police. Ca donne une idée des autres).

D'ailleurs, aussi étonnant que cela paraisse, les historiens ne connaissent aucun exemple de sanction d'un soldat ou d'un policier pour refus d'exécution d'ordres génocidaires (alors qu'il y a bien eu de tels refus).

Parmi ceux qui ont accepté de massacrer, l'un d'eux a reconnu que c'était tout simplement le manque de courage de sortir des rangs et de dire « non ». Certains ont aussi invoqué la surprise, l'absence de temps pour réfléchir.

Le médecin du bataillon apporte son expertise pour aider les hommes à tuer plus vite (je vous passe les détails).

Josefow, un premier massacre pénible pour les bourreaux

Le 12 juillet 1942, premier massacre, 1700 victimes.

Les policiers allemands souffrent, se heurtent à des problèmes aussi sordides que les cervelles qui giclent sur eux.

Browning chiffre à 20 % les tire-au-flanc, qui tuent moitié moins que les autres. Un policier « normal » tue dans la journée entre 10 et 20 juifs.

Pour vous montrer le genre de rationalisation qu'on peut donner à l'horreur : un policier se spécialise dans l'abattage des enfants, parce que « c'est miséricordieux », vu que leurs mères vont mourir. On est typiquement dans la « folie raisonnante » dont parle Ariane Bilheran.

Le soir, le bataillon se bourre la gueule et cette journée devient tabou.

Une routine établie

Pour soulager la pression psychologique, deux mesures sont prises :

1) Une partie des juifs est déportée vers les camps d'extermination.  Le résultat est le même, mais les bourreaux sont très soulagés (alors qu'il sont tout à fait conscients de ce qui arrive à ces déportés, loin des yeux ...).

Ca apporte la réponse à la question que je me suis longtemps posée : pourquoi cette lourde logistique des camps d'extermination alors que l'exécution sur place dans une fosse commune est plus économique ? C'est que la fosse commune est adaptée pour des centaines d'exécutions. Dès qu'on parle en dizaine de milliers, ça coince sur la solidité psychologique des exécuteurs.

2) Des « volontaires » parmi les prisonniers de guerre (souvent des Ukrainiens)  font le plus sale boulot.

De plus, la logistique s'organise de manière à éviter les trop longs face-à-face entre le tueur et sa victime qui ont traumatisé les pauvres policiers lors du premier massacre.

Une routine se met en place. Désormais, le bataillon est de plus en plus rapide et efficace dans les massacres. Bref, l'Allemand dans toute sa splendeur : il génocide avec la même efficacité qu'il fabrique des bagnoles, mais ça serait une erreur de penser que seuls les Allemands sont capables de génocide.

Avec la routine, le sadisme se banalise.

Un capitaine invite même sa jeune épouse en Pologne pour la lune de miel et elle assiste à une rafle de juifs (certains hommes ont été choqués, mais pas plus que ça).

Des artistes du théâtre aux armées, de passage, ont supplié qu'on les laisse participer à des exécutions de juifs. Petit plaisir qui leur a été gentiment accordé.

Ils l'ont fait

Bien sûr, il y a eu de petites dépressions, des psychosomatisations (comme Himmler ! Voir l'histoire de son célèbre chiropracteur), de l'alcoolisme et des tactiques d'évitement, de tirage au flanc, mais, globalement, ils l'ont fait, et sans rechigner.

Les chambres à gaz ont été inventées pour alléger le fardeau psychologique des exécutions par balles, mais il n'y a pas eu de rébellion, ni même d'esquive massive, des exécutants.

Beaucoup utilisent l'argument classique : s'ils ne l'avaient pas fait, d'autres l'auraient fait. Oui, et alors ? S'ils ne l'avaient pas fait, hé bien, ils ne l'auraient pas fait, ça suffit en soi. Ils ne seraient pas des criminels.

Beaucoup de membres du bataillon ont été tués ultérieurement sur le front de l'est, mais ça n'a rien à voir avec leur comportement vis-à-vis des juifs.

Puis retour paisible à la vie civile, insertion sans problème dans l'Allemagne d'après guerre. Quelques procès tardifs, des peines légères et souvent non-exécutées. Quelques cauchemars, rien de bien grave. En résumé, il n'y a eu aucune justice.

Certains ont même fait carrière dans la police ouest-allemande !

Seuls le commandant et deux officiers ont été condamnés à morts et exécutés par les Polonais en 1948, mais pour le meurtre de civils polonais. Les juifs n'ont pas été évoqués.

Terrifiant. Absolument terrifiant.

Quand une société est devenue folle furieuse, elle préfère ne pas trop se retourner pour examiner les responsabilités (c'est pourquoi ceux qui espèrent la justice de grands procès COVID se triturent la nouille).

Dans la folie collective, chacun est renvoyé à sa responsabilité individuelle. Seule sa conscience et Dieu sont véritablement juges. « J'ai exécuté les ordres » n'est jamais un justificatif valable, parce que l'histoire montre que ceux qui refusent d'exécuter les ordres trouvent toujours un moyen.

Comprendre

Browning essaie de comprendre. Il examine les expériences de Milgram et de la prison de Stanford. Allez, une petite video pour vous détendre (l'expérience de Milgram dans I comme Icare) :

Et il n'arrive pas à grand'chose : certes, il y a des profils psychologiques favorables aux atrocités (soumission absolue à l'autorité, adhésion rigide aux règles) mais ça n'explique pas lourd.

On en  revient toujours à ce point dérangeant : avec une préparation adéquate (les massacres viennent au bout de 8 ans de pouvoir nazi), 80 à 90 % des hommes ordinaires exécutent les pires atrocités.

Le temps sert à formater le sujet, à lui faire adopter l'idéologie mortifère. Si le sujet est d'accord avec l'idéologie (« Le juif est un péril mortel pour l'Allemagne », « Le non-'vacciné' est un égoïste irresponsable qui met en danger les plus fragiles »), même sans être un fanatique, il exécutera les ordres les plus atroces. Et le pouvoir, avec de la patience peut faire croire n'importe quoi à presque (90 %) n'importe qui : la plupart des hommes sont faibles, d'âme et d'intelligence.

Ensuite, le conformisme, l'effet de groupe, « faire comme les autres », suffisent à obtenir la participation plus ou moins volontaire aux atrocités.

Est-ce transposable individuellement d'une situation à l'autre, d'un délire paranoïaque à un autre? Pas sûr mais probable. Si vous mettez votre masque à peu près régulièrement et si vous êtes 'vacciné', est-ce que vous auriez tué des enfants juifs si on vous avait donné l'ordre après 8 ans de nazisme ? Ma réponse est « Pas sûr, mais probable ». Je sais, c'est dérangeant, mais c'est ainsi.

De toute façon, vous aurez la vraie réponse bientôt : on verra bien ce que vous ferez quand les violences physiques contre les non-'vaccinés' commenceront (mais comme vous n'avez déjà pas réagi aux violences sociales, je ne retiens pas trop mon souffle).

La surprise, ce sont les 10 à 20 % qui résistent. Là encore, pas d'explication solide. il y a des facteurs favorables : indépendance d'esprit, vie intérieure (croyance religieuse ?), préférence pour le réel sur le discours, mais pas de déterminisme. Il n'y a qu'à l'épreuve qu'on peut savoir, mais il y a des bonnes et des mauvaises surprises.

Pourquoi ?

On voit à quel point le Mal est en l'homme et la modernité lui a donné une dimension industrielle, systématique. Il faut regarder les choses en face : la modernité est par nature génocidaire, parce que, pour les modernes, l'homme n'est qu'un moyen. Pensez toujours au pire, il est possible et même probable.

Hannah Arendt a eu grandement tort de parler de banalité du Mal à propos d'Eichmann (elle est arrivée au procès en sachant déjà ce qu'elle allait écrire et a assisté à très peu de séances) : quand on est dans les organisateurs du Mal, quand on fait carrière dans la hiérarchie du Mal, on n'est pas banal.

En revanche, une fois la société engagée dans un délire paranoïaque collectif par les pervers, il suffit d'hommes tout à fait ordinaires pour exécuter la politique du Mal (il est intéressant de noter que le commandant du 101ème bataillon ne s'élève pas dans la hiérarchie : il exécute les ordres, il fait massacrer, mais cela le travaille, il tourne alcoolique, fuit ses responsabilités et n'obtient pas de promotion).

Comme le dit Jean-Dominique Michel à propos du délire covidiste, les pervers prennent des décisions iniques et les conformistes les soutiennent. La bureaucratie est inhumaine, c'est une machine à broyer.

Roual Hilberg, l'auteur du monumental La destruction des juifs d'Europe, disait qu'il était incapable de répondre à la question « Pourquoi ? »

Pourquoi les Allemands acceptent-ils l'idée, objectivement absurde, que c'est une nécessité vitale d'aller exterminer un village juif du fin fond de la Pologne, dont la plupart des habitants ne seraient jamais allés plus loin que le village voisin ?

Pourquoi les Français acceptent-ils l'idée, objectivement absurde, que, si on pique aujourd'hui de force les 10 % de non-'vaccinés' contre un rhume, si demain on les emprisonne et on les tue, tout ira mieux ?

Je ne sais pas répondre à la question « Pourquoi ? ». Mais je sais répondre à la question « Pourquoi ces idées absurdes ne sont pas apparues absurdes ? » : la déchristianisation.

Je ne sais pas expliquer le bouc-émissaire (parait-il que la réponse est dans René Girard, pas lu), mais je sais expliquer pourquoi la disparition du christianisme entraine la ré-apparition de la pratique barbare du bouc-émissaire. Les chrétiens vénéraient le bouc-émissaire par excellence, le Christ, ça désamorçait les délires paranoïaques. Enlevez le Christ, le bouc-émissaire revient sans frein.

Le délire covidiste permet de constater que la plupart des cathos ne sont ni chrétiens ni catholiques (prêtres compris). Ce n'est guère surprenant pour celui qui connait la terrifiante et sirupeuse médiocrité du catéchisme d'une part, le changement insidieux mais radical de religion qui s'est opéré dans les années 50-60, d'autre part : les cathos sont passés de la religion du Christ à la religion de l'Homme, une hérésie pure et simple.

Leçon pratique pour aujourd'hui

Retenez ce chiffre qui fait tourner la tête : 500 hommes ordinaires, style pères de famille, ont assassiné, directement ou indirectement, très souvent de leur propre main, 83 000 (estimation basse !) hommes, femmes, enfants, vieillards.

La leçon pour aujourd'hui est évidente : si le gouvernement décide de massacrer d'une manière ou d'une autre les millions de récalcitrants au délire covidiste, il se trouvera des gens pour approuver et justifier cette décision, une bureaucratie pour l'organiser et d'autres pour l'exécuter.

René Chiche et Eric Verhaeghe ont tout à fait raison de parler de pente génocidaire de la politique covidiste. Ceux qui contestent ces termes et la comparaison implicite au nazisme n'ont pas compris (ou ne veulent pas comprendre) la mécanique en jeu.

Depuis les Gilets Jaunes, je me méfiais des policiers français. Après cette lecture, ça ne va pas s'améliorer !


jeudi, décembre 30, 2021

L'islam est-il notre avenir ? (JL Harouel)

Jean-Louis Harouel est toujours aussi clair et juste.

1) Le christianisme, grâce à la séparation des deux royaumes, est la religion de la liberté et de l'épanouissement des potentialités humaines.

2) A contrario, l'islam est fondamentalement immobiliste et obscurantiste, à cause de sa loi d'airain inamovible.

3) De toutes les grandes religions, l'islam est de très très loin la plus oppressive : oppressive contre les non-musulmans, contre les femmes et contre les esclaves. Le mensonge politiquement correct qui renvoie toutes les grandes religions dos à dos n'est que cela, un mensonge.

4) L'islam est par nature terroriste. La distinction entre islam et islamisme est spécieuse.

5) La religion des droits de l"homme, qui ignore la laïcité, puisque l'Etat est son principal vecteur, est suicidaire.

Les islamistes ont raison (de leur point de vue) de jouer la stratégie : « Avec vos lois, nous vous conquerrons. Avec nos lois, nous vous soumettrons ».

Comme pour toutes les religions gnostiques, le mépris des réalités des droits-de-lhommistes n'est pas un  accident, c'est le coeur de leur philosophie. Il est donc dans l'ordre des choses que la religion des droits de l'homme ne prenne pas l'islam et les immigrés musulmans comme ils sont et empêche les peuples autochtones de se défendre.

5) Si l'islam finit par prendre le pouvoir en Europe (un sursaut européen contre la religion des droits de l'homme est possible, mais il ne faut pas se faire trop d'illusions), l'Europe entrera dans une très longue nuit. L'islam est comme Attila, où il passe rien ne pousse.

mercredi, novembre 24, 2021

Peste & cholera (P. Deville)

A notre époque maudite, où les psychopathies des charlatans diplômés de médecine à la Delfraissy, Dab, Deray, Lacombe, Pialoux, sans oublier Véran ... nous explosent au visage, ça fait du bien de lire ce roman biographique sur Alexandre Yersin (pas très roman, plutôt biographie). Un vrai médecin et un vrai chercheur, lui, pas un hurluberlu à l'ego comme une montgolfière.

L'épopée des pasteuriens les Roux, Calmette, Simond, Yersin est extraordinaire.

Yersin, coopté par le vieux Pasteur lui-même, qui fait une découverte majeure sur la tuberculose à 27 ans et s'en va parce que les voyages l'attirent.

Yersin, médecin de marine, parce qu'il ne tient pas en place.

Yersin qui explore l'Indochine parce qu'il n'y a pas que la médecine dans la vie.

Yersin, qui se retrouve avec la lance d'un bandit plantée dans la poitrine et qui donne les instructions médicales qui lui sauvent la vie avant de s'évanouir.

Yersin, qui débarque en pleine peste à Hong-Kong, que les Anglais n'aident pas parce qu'ils préfèrent les Japonais. La course parce que tout le monde sent bien que c'est la dernière chance d'atteindre la gloire en isolant le bacille de la peste.

Yersin qui découvre en trois jours le fameux bacille sur un cadavre volé alors que les Japonais s'acharnent vainement depuis des semaines malgré l'aide officielle. Les Japonais cherchaient dans le sang et les organes, Yersin est allé directement au bubon, mélange de chance et de génie.

Yersin qui teste à Paris tous les animaux qui lui tombent sous la main, avant de mettre au point le serum de cheval (d'où l'expression « remède de cheval » ?)  contre la peste.

Yersin, le premier cycliste d'Indochine, le premier motocycliste, le premier automobiliste (une Léon Serpollet 5 CV), le premier directeur d'hôpital (il faut dire qu'il en est le fondateur). Il s'intéresse à l'avion, mais comme il serait condamné à tourner en rond au-dessus de son unique piste, il abandonne.

Yersin, qui allie sens pratique et expérimentateur génial : il se dit que le caoutchouc a de l'avenir, il plante les premiers hévéas d'Indochine. Les revenus de la sa plantation alimenteront pendant des décennies son hôpital et l'antenne de l'institut Pasteur qu'il ouvre.

La première guerre mondiale réserve la quinine (vous savez, dont l'ignoble hydroxychloroquine est dérivée) aux combattants. Qu'à cela ne tienne, Yersin fait venir un échantillon de la terre la plus productive de Java, en analyse la composition et fait faire des carottages dans un rayon de 100 km autour de chez lui pour trouver une terre similaire. Evidemment, comme il  est Yersin, il réussit et produit de la quinine.

Question caractère, Yersin est un ours. Vie sexuelle inexistante, pour ce qu'on en sait. Certains l'ont soupçonné de turpitudes, comme la pédophilie. Il semble tout bêtement que la bagatelle ne l'intéressait pas.

Sur le fin de sa vie, Yersin se remet au grec et au latin. Il traduit pour son plaisir Virgile, Cicéron, Salluste, Horace, Platon, Démosthène ...

Il meurt à 80 ans, en 1943, au Vietnam.

Le dernier fidèle à l'esprit pasteurien, même s'il ne fait pas officiellement partie de la famille, est Didier Raoult. Son IHU est mille fois plus proche de l'institut des origines que l'antre à petits fonctionnaires qui porte le nom de Pasteur à Paris.

vendredi, octobre 29, 2021

Chasser les juifs pour régner (J. Sibon)

Umberto Eco (auteur d'un roman caricatural (1) et néanmoins excellent sur une abbaye du moyen-âge) disait que la partie intéressante d'une bibliothèque était le tiers constitué de livres restant à lire.

A ma grande honte,  cet excellent ouvrage de Juliette Sibon est resté trois ans (la mémoire infinie d'Amazon fait foi) au premier rang de ma bibliothèque sans que j'y touche.

Le titre dit tout ou presque.

Les expulsions des juifs sont étudiées de Philippe Auguste à Louis XII.

La persécution des juifs n'était pas un fait d'Eglise mais une manière pour l'Etat naissant d'affirmer son autorité (et de récolter beaucoup d'impôts).

Le roi était celui qui déclenchait les persécutions, mais aussi celui qui les arrêtait (différence fondamentale avec la judéophobie moderne, style Hitler : la judéophobie de nos rois n'était pas totale et illimitée, pour la raison toute bête que, à la fin  des fins, on ne peut pas occulter que Jésus était juif).

On manque de documents sur ces questions sans qu'on comprenne bien pourquoi. Est-ce qu'on s'en foutait ou est-ce qu'on en avait honte ?

Les reproches faits aux juifs dans l'ère moderne sont doubles : religieux, le peuple déicide, et politique, le peuple apatride.

A partir de Philippe Auguste, le politique l'emporte progressivement et c'est une innovation : on dit traditionnellement que l'Etat médiéval chasse les juifs pour des raisons financières, pour les spolier. Juliette Sibon montre que c'est faux ou partiel.

L'Etat médiéval chasse les juifs parce qu'il se modernise, parce que les notions de frontières administratives et de nationalité commencent à s'affirmer. L'expulsion du peuple apatride est une manifestation de cette affirmation.

La France a inventé l'expulsion alternative, comme les moteurs alternatifs : le roi expulse les juifs, mais avec des conditions plutôt favorables, et les rappelle assez vite. Comme s'il les expulsait à regret.

Le pot aux roses est le suivant : chaque fois qu'il expulse les juifs ou les rappelle, le roi s'immisce dans le domaine de ses vassaux, puisque les édits d'expulsion ou de rappel ne sont pas limités au domaine royal, ils s'appliquent à tout le royaume (pas tous, on sent une hésitation, une prudence).

Autrement dit, ce va-et-vient des juifs est une manière détournée pour le roi de France d'imposer son pouvoir à ses vassaux un peu trop indépendants, de sortir de la féodalité et de se diriger vers la centralisation administrative.

Thèse innovante. Comme quoi, 800 ans après, on peut toujours apporter de nouveaux éclairages.

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(1) : si vous voulez une image plus juste du moyen-âge, lisez Régine Pernoud.

mercredi, octobre 27, 2021

La montée d'Hitler, hasards, complaisances, complicités (P. Renoux) ...

Un billet un peu long mais l'ouvrage le mérite.

Comme la plupart des auteurs, Philippe Renoux sous-estime Hitler, notamment le Hitler de la défaite (1).

Pourtant, cette faute de jugement n'affecte pas la pertinence de son livre : d'une part, il ne sous-estime pas trop Hitler lors de sa montée au pouvoir, d'autre part il a une vision juste des responsabilités.

Les responsabilités

L'Allemagne est coupable de la seconde guerre mondiale. Mais les responsables sont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

La Grande-Bretagne, de 1918 à 1938, par une conception anachronique de l'équilibre continental, a systématiquement favorisé le rétablissement allemand au détriment de la sécurité de la France.

Cette responsabilité là est écrasante.

Les Etats-Unis ensuite. Contrairement à ce que croient les béotiens, le principal agent américain en Europe n'a jamais été la Grande-Bretagne, mais l'Allemagne (beaucoup d'émigration allemande dans les années 1870. Le premier génocide allemand de l'ère moderne, ce sont les Indiens). Dès 1918, cela fut la politique constante des Américains de venir au secours de l'Allemagne (novembre 1918 : Pétain pleure de rage -imaginez la scène- quand Foch lui annonce que, sous la pression des Américains, Clemenceau annule l'offensive prévue en Lorraine).

Alors, certes, les boys sont venus se faire trouer la peau sur les plages normandes en juin 1944, mais c'est après que leurs dirigeants aient favorisé cette seconde guerre mondiale par leur politique et tiré tous les avantages stratégiques possibles de leur attentisme (les Etats-Unis ont attendu plus de deux ans avant d'entrer en guerre et ont superbement ignoré les suppliques de Paul Reynaud).

En 1939, dans un entretien, Churchill livre un propos rare mais qui, je pense, vient du fond du coeur : l'Amérique est coupable depuis 1918 d'avoir fait une politique qui favorisait la guerre ou, du moins, ne l'écartait pas.

Les nations n'ont pas d'amis, elles n'ont que des intérêts. Encore faut-il qu'elles sachent les identifier correctement. La Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Japon se sont gravement trompés sur leurs intérêts dans les années 30. La France a moins erré dans l'analyse de ses intérêts mais elle n'a pas su en tirer une politique.

Les Etats-Unis, la Russie et la Chine ont tiré les marrons du feu.

Et Hitler vint

Une fois ces responsabilités géo-politiques clairement établies, il est facile de démêler les circonstances de la montée d'Hitler.

Le caporal Hitler commence sa carrière politique à 31 ans, en 1919, comme propagandiste et commissaire politique (ce n'est tout à fait sa désignation, mais c'est bien sa fonction) au sein de la Reichswehr.

Cet appui de l'armée lui permet d'entrer en 1920 au Deutsche Arbeiterpartei (DAP, Parti des Travailleurs Allemands), d'en devenir le meilleur orateur, puis de le conquérir et de le transformer en Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP, traduction inutile).

 Ne jamais sous-estimer les qualités du moustachu, c'était un autodidacte brouillon, mais il a beaucoup lu, Gustave Le Bon par exemple (2).

Les industriels

Puis se furent les industriels, notamment Fritz Thyssen , rejoint sur le tard par Krupp (on remarque que Thyssen Krupp existe toujours).

Vu l'engouement de nos industriels pour la folie covidiste, vous ne serez pas surpris par l'attirance de leurs ancêtres pour le nazisme.

Après les industriels allemands, les étrangers, avec renvoi d'ascenseur.

N'oubliez pas que, comme disait Paul Valéry, la guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et s'entretuent, pour le plus grand profit de gens qui se connaissent très bien et ne s'entretuent pas.

Il est de notoriété publique que Ford, IBM et General Motors (filiale allemande : Opel) ont pleinement profité de la guerre côté allemand aussi (les bénéfices étant simplement abrités en Suisse, comme c'est pratique, les neutres).

Les camions Opel Blitz sont très appréciés de l'armée allemande et nul n'a la présence d'esprit de remarquer leur parenté avec les GMC : ah, que les gens sont distraits !

> Henry Ford, judéophobe rabique, fut décoré de l'ordre du grand aigle allemand. Son usine de Poissy produisit bien plus de camions pour l'armée allemande que les usines Renault de Billancourt, et Henry Ford, lui, ne finit pas sa vie en prison mais dédommagé de son usine bombardée par les Américains.

> Shell est un des premiers financiers du NSDAP.

> IBM n'a pas payé, mais beaucoup encaissé. Il y a eu une véritable mode des machines IBM chez les fonctionnaires nazis. La persécution des juifs est impossible sans le fichage généralisée de la population. Et qui a profité à millions de ce fichage ? Hé oui ... IBM, le Facebook nazi.

> Les industriels américains de la sidérurgie encouragent un cartel de l'acier (qui leur permet de tuer les petits concurrents) dont Hitler louera « la contribution extraordinaire au réarmement allemand ».

> Standard Oil of New Jersey, en apportant son expertise technique, permet à l'Allemagne d'atteindre la quasi-autarcie pétrolière, par transformation du charbon. A quoi les gens de SO pensaient-ils qu'allait servir toute cette essence, à une époque où la voiture était peu développée ?

> Genral Electric a déjà aidé Lénine à faire de l'idée « le communisme, c'est les soviets plus l'électricité » une réalité (il y a des affinités entre les Américains et les bolcheviques : la haine du vieux monde). Il récidive avec l'Allemagne.

> ITT fait des téléphones et des radios. Y a bon radios, pour l'armée allemande.

Wall Street

Remettons les choses en perspective.

Woodrow Wilson, le président qui en 1918 sauve l'Allemagne d'un juste châtiment et empêche la sécurité stratégique de la France, est l'homme de Wall Street.

Pendant ses 20 ans de carrière universitaire comme professeur d'économie, il a le soutien des financiers. En 1913, Wall Street pousse sa candidature (avec succès, hélas) pour éjecter le président sortant, William Taft, qui s'oppose à la création d'une banque centrale. Bien entendu, une de ses premières décisions est la création de cette banque, dans laquelle certains voient (avec d'excellentes raisons) la fin de la démocratie américaine.

Philippe Renoux se permet une digression fort intéressante sur l'histoire de la Federal Reserve, la Fed. S'il y a bien un domaine parsemé de complots à faire baver d'envie le « complotiste » le plus exigeant, c'est bien celui-là, jusqu'à nos jours (des membres importants de la Fed se sont enrichis par délit d'initiés à millions pendant le COVID, le Sénat enquête ... très lentement).

La création de la Fed résulte d'un complot, bien documenté, lancé par une réunion sur Jekyll (ça ne s'invente pas) Island.

On a de très solides raisons de penser (une quasi-certitude) que la crise de 1929 a été sciemment provoquée par les actionnaires de la Fed pour éliminer les gêneurs à leur pouvoir absolu (banques régionales, contre-pouvoirs politiques).

Avec les conséquences dramatiques que l'on connaît, mais qu'est-ce que les millions de gueux morts dans la seconde guerre mondiale pour un John Pierpont Morgan Jr, pour un Rockfeller, pour un Warburg ? Qu'est-ce que les millions de sans-dents victimes d'une campagne vaccinale empoisonnée pour un Bill Gates ? Ces gens ont un tel pouvoir sur nous que les esprits faibles ont besoin de croire qu'ils sont bons, mais c'est faux, toute leur vie professionnelle prouve qu'ils n'ont aucune barrière morale, qu'ils sont rendus littéralement fous furieux par trop d'argent et trop d'influence.

Revenons à Hitler. L'intrusion de Wall Street dans la politique, et en particulier dans la politique allemande, n'est donc pas un accident.

Les réparations

A travers les deux plans Dawes et Young, Wall Street obtient que le paiement des réparations allemandes soit privatisé. Cela entraine un conflit permanent avec la France, puisque, bien sûr, les financiers américains sont plus préoccupés des intérêts et des dividendes de leurs investissements en Allemagne que de payer son dû à la France.

A cette occasion, se font des montagnes de profits. Après la seconde guerre mondiale, il y aura bien des enquêtes sénatoriales dénonçant le rôle de ces financiers dans la montée vers la guerre mais aucune sanction.

On note que tous ces pieux libéraux font bien attention à tordre en leur faveur les lois du marché et recourent systématiquement à la corruption pour mettre le pouvoir des lois et des Etats à leur service. Face à de telles puissances d'argent, le libéralisme n'est qu'un argumentaire pour convaincre les moutons de se laisser tondre.

Wall Street + nazisme : l'ancêtre du Great Reset ?

Le transhumanisme mondialiste (le délire covidiste n'en est qu'une forme particulière) est le vrai néo-nazisme. Le nazisme politique a été purgé mais ses racines spirituelles et philosophiques demeurent : refus de la finitude humaine que la science est censée vaincre, croyance subséquente dans le surhomme.

Habilement, les nazis font miroiter aux financiers de Wall Street un monde futur débarrassé du bolchevisme où tous les surhommes du monde se donneraient la main pour régner sur les sous-hommes (ça ne vous rappelle rien ?). Certains auditeurs américains furent loin d'être insensibles à cette musique.

Des universitaires et des hommes d'affaires américains (dont Henry Ford) émettent l'idée (plus ou moins ouvertement) que l'Amérique doit soutenir la communisme et le nazisme (mélange contradictoire) car ce sont des idéologies universalistes, qu'elles permettent de se débarrasser du vieux monde et d'instaurer une gouvernance mondiale (peu importe la validité de l'argument, l'important est que certains y aient vu un motif d'aider les nazis).

Schacht

Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank, est dans les deux ou trois hommes qui ont le plus fait pour l’ascension d’Hitler, employant des moyens qui ne sont pas sans rappeler ceux de la Fed et de la BCE aujourd’hui.

Je n'ai pas envie d'entrer dans les détails techniques, mais sa contribution à la fois à l'ascension du nazisme et à sa politique belliciste une fois au pouvoir a été majeure.

Supérieurement intelligent, il a démissionné en 1943 et été acquitté au procès de Nuremberg, encore plus fort qu’Albert Speer qui a écopé d’une peine de dix ans de prison. Il finit sa vie, comme conseiller financier de pays du tiers-monde, tout à fait paisiblement, dans la prospérité et dans son lit.

Pourtant, ces deux « techniciens » étaient des rouages essentiels du nazisme (Speer, après l’accession au pouvoir. Schacht, avant et après), bien plus qu’un gardien de camp de concentration et auraient du être exécutés parmi les premiers. Toujours est-il que, par bien des côtés, Schacht n’est qu’un pion de Wall Street (comme la gourde Christine Lagarde à la BCE, sauf qu’elle ne comprend pas grand’chose au rôle qu’on lui fait jouer. Mario Draghi est plus de la trempe de Schacht).

La BRI

Le rôle de la Banque des Règlement Internationaux, la BRI, basée en Suisse, est aussi essentiel pour les transferts de fonds entre l’Allemagne nazie et Wall Street, y compris après l’entrée en guerre des Etats-Unis (jusqu’à aider la fuite vers l’Amérique du Sud de dirigeants nazis).

Il y a des réunions en Suisse qui rassemblent Américains, Allemands, Anglais, Suédois comme si de rien n'était.

En 1945, un rapport du Sénat américain demande sa dissolution. Cet avis n’est pas contesté frontalement, mais son exécution est repoussée à une date ultérieure (les salauds de haute volée sont méchants mais pas bêtes) : la BRI existe toujours et reste un important rouage de la politique mondialiste anti-démocratique.

Laissons le dernier mot au responsable américain de la dénazification économique, surpris qu'on arrête une blanchisseuse ex-nazie, mais pas son patron, gros industriel qui avait aidé Hitler de toutes se capacités : « Je devais bien constater que les forces qui m'entravaient dans mon travail ne venaient d'Allemagne qu'en apparence mais que c'est à Washington qu'était la source de la paralysie que je subissais. »

En guise de conclusion : les leçons pour aujourd'hui

Hitler n'a pas réalisé son ascension par hasard, il a été puissamment aidé, notamment par les Américains des grands groupes et des grosses banques, auprès desquels il a su jouer avec maestria.

Quelques leçons (qui sont miennes), assez évidentes :

1) La Fed est un danger mortel pour la démocratie (la BCE aussi). Cela a sans doute (entre autres) coûté à Trump sa ré-élection de s'être opposé à la Fed. Elle n'a jamais eu de scrupules à manipuler l'opinion (Walter Lippman a même théorisé que c'était un devoir).

2) Les monopoles et les trusts sont eux aussi des dangers mortels. Aujourd'hui, casser les GAFAM est une priorité absolue. Et j'ai bien peur que cela n'arrive pas.

3) La Grande-Bretagne a très bien intégré qu'elle n'a pas d'amis, juste des intérêts, mais il lui arrive de se tromper sur ceux-ci.

4) L'Allemagne est un cancer au centre de l'Europe. Le monde vit mieux quand l'Allemagne est divisée.

5) Les Etats-Unis d'Amérique ne sont pas notre ami. Ils se servent de nous autant que nous pouvons leur être utiles, tout en nous maintenant dans une situation de sujétion. Bref, une relation maitre-esclave.

Enfin, Renoux conclut par une mise en garde philosophique.

Comme toujours, les hommes font l'histoire mais ne savent pas l'histoire qu'ils font.

Ne soyons pas trop déterministes, mécanistes (« complotistes » comme disent les simplets des années 2020).

Oui, il y a des complots. Beaucoup. Mais les comploteurs ne sont pas des surhommes qui maitrisent tout. Il n'y a pas un seul complot surpuissant, mais plusieurs complots qui s'épaulent ou se concurrencent au gré des circonstances.

Les comploteurs des années 30 qui visaient un affaiblissement de l'Europe et l'hégémonie américaine ont gagné. Mais ceux qui rêvaient d'abattre l'URSS et de partager du monde avec l'Allemagne ont perdu.

Seule chose que les comploteurs ont tous gagné : de l'argent, beaucoup d'argent.

Allez, je vous remets la citation de Paul Valéry :

« La guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et s'entretuent, pour le plus grand profit de gens qui se connaissent très bien et ne s'entretuent pas. »

Dernier exemple en date : le laboratoire de Wuhan et les magouilles entre Chinois et Américains. Les gueux sont morts du COVID (pas tant que ça) dans cette guerre qui ne dit pas son nom, mais certains se sont fait un max de blé, dans les deux camps.


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(1) : contrairement à ce qu'ont raconté des généraux qui avaient l'immense avantage d'avoir survécu au désastre, les interférences d'Hitler dans les décisions militaires étaient loin d'être complètement idiotes. Elles avaient souvent une signification politique.

(2)  : « L'idée centrale de Hitler est simple : lorsqu'on s'adresse aux masses, point n'est besoin d'argumenter, il suffit de séduire et de frapper. Les discours passionnés, le refus de toute discussion, la répétition de quelques thèmes assénés à satiété constituent l'essentiel de son arsenal propagandiste, comme le recours aux effets théâtraux, aux affiches criardes, à un expressionnisme outrancier, aux gestes symboliques dont le premier est l'emploi de la force. Ainsi, quand les SA brutalisent leurs adversaires politiques, ce n'est pas sous l'effet de passions déchaînées, mais en application des directives permanentes qui leur sont données » (Les succès de la propagande nazie).

De sa vie, Hitler n'accepta jamais un débat rationnel ni contradictoire (même en privé) et ne parla que devant des auditoires acquis

mardi, octobre 05, 2021

La France n'a pas dit son dernier mot (E. Zemmour)

 

Livre auto-édité, qui n'a pas plus (et pas moins) de fautes d'orthographe que chez les éditeurs « sérieux » (les fautes de français deviennent une plaie chez tous les éditeurs).

C'est du Zemmour : agréablement écrit et cultivé.

Il est possible qu'il soit sincère quand il dit qu'il n'a pas pris sa décision (j'en doute franchement) mais c'est déjà le livre d'un candidat à la présidentielle.

Sa cruauté vis-à-vis de Bertrand et de Le Pen en réjouira plus d'un, il les exécute avec une anecdote et une conversation.

Tous ses portraits sont cinglants : il se libère. Il a changé de dimension. Il traite les politiques en égaux, il n'hésite plus à dévoiler des indiscrétions significatives pour montrer à quel point ils sont duplices.

Mais l'assassinat le plus cruel est anonyme (cependant les victimes se reconnaitront) :

[A propos de son procès de 2011] « Le président du tribunal est une femme ; le procureur également. La plupart des avocats de mes accusateurs aussi.

Sous leur robe noire en guise d'uniforme prestigieux d'une autre époque, elles portent des vêtements de médiocre qualité à l'étoffe fatiguée, sont coiffées à la hâte, maquillées sans soin ; tout dans leur silhouette, dans leurs attitudes, leur absence d'élégance, dégage un je-ne-sais-quoi de négligé, de laisser-aller, de manque de goût. On voit au premier coup d'œil que ces métiers -effet ou cause de la féminisation- ont dégringolé les barreaux de l'échelle sociale. Il flotte une complicité entre elles, proximité de sexe et de classe.

Je découvrirai tout au long des deux jours de procès avec une surprise mâtinée d'agacement que le procureur et les avocates des parties civiles sont à tu et à toi ; entre chaque interruption de séance, elles n'hésiteront pas à échanger confidences et plaisanteries, comme si elles prenaient entre copines un chocolat chez Angelina. »

On retrouve ses thèmes habituels, inutile de détailler.

Mes désaccords n'ont pas changé depuis des années :

1) Sortie de l'UE et de l'Euro. Zemmour pense que les Français n'ont pas assez confiance en eux pour l'assumer. Je pense que c'est une nécessité absolue.

2) L'assimilation. En 2021, c'est une chimère. La seule solution pour sauver la France est le rapatriement dans leur pays d'origine (je sais, pléonasme) des vrais étrangers et des faux Français.

3) Sujet plus récent, le délire covidiste. Zemmour a bien compris que c'est la mise en place d'une société de surveillance à la chinoise mais il ne veut pas en parler parce qu'il prétend que cette discussion est un leurre. Pour moi, c'est comme débattre de l'Allemagne en 1939 sans prononcer le mot « juif».

On peut lui faire l'aumône de l'hypothèse que, sur ces trois sujets, il montre une habileté tactique et que ses convictions réelles sont plus radicales. Il se pourrait qu'il garde l'offensive sur le COVID en réserve, en attente du moment où l'opinion aura maturée (je n'y crois guère, mais, s'il est aussi bien conseillé qu'on le dit, il est sûr qu'une discussion sur ce sujet a eu lieu avec son équipe et que sa prudence est très calculée).

4) L'étatisme. Je reconnais que, ces derniers temps, il a mis beaucoup d'eau dans son vin.

Sur le nucléaire et le gouvernement des juges, je suis évidemment d'accord.

mardi, septembre 21, 2021

L'illégitimité de la République (F. Bouthillon)

C'est le premier livre d'une série de trois, que j'ai malencontreusement commencée par la fin (Nazisme et révolution, histoire théologique du national-socialisme 1789-1989).

La thèse de Bouthillon est simple et puisante :

1) L'homme est à la fois chair (le local) et esprit (l'universel).

2) La légitimité (improprement baptisée contrat social) est ce qui fait que le pouvoir va de soi, que personne ne songe à contester son droit à décider. On conteste éventuellement ses décisions mais pas que c'est lui qui doit les prendre.

3) Le contrat social a été rompu en 1789, quand l'assemblée nationale s'est proclamée constituante, divisant la politique entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).

Cela créa une rupture définitive : il est impossible de revenir à l'ancien contrat brisé (désir de la droite) et impossible d'en créer un nouveau ex nihilo (désir de la gauche).

4) Pendant tout le XIXème siècle, les tentatives s'accumulent pour recréer la légitimité perdue en réconciliant droite et gauche, soit par un centrisme excluant les extrêmes, soit par un centrisme fusionnant les extrêmes. Gambetta, Ferry, Boulanger ...

Et chaque tentative échoue parce qu'il n'est pas plus possible de recréer la légitimité perdue que de refaire une porcelaine cassée.

Bouthillon a des mots très durs pour Zola et Clemenceau, qui, en politisant l'affaire Dreyfus au profit de la gauche, ont empêché que l'innocence du capitaine soit pleinement reconnue.

L'Union Sacrée de 1914 a permis de redonner un contrat social par une exaltation patriotique unanime et sublime. La victoire a scellé ce nouveau contrat social, mais cela le rendait aussi fragile que la victoire. Selon Bouthillon, cette victoire seule explique l'absence de pouvoir fasciste en France.

Bouthillon ne le dit pas (mais c'est sous-entendu dans sa conclusion), la montée des fascismes étrangers et la défaite de 1940 ont brisé, une fois encore, le contrat social.


dimanche, septembre 19, 2021

Nazisme et révolution, histoire théologique du national-socialisme 1789-1989 (F.Bouthillon)

Fabrice Bouthillon est l'auteur de l'excellent Et le bunker était vide ... .

Il conclut ses remerciements : aux  « syndicalistes étudiants minables » qui, par leurs blocages d'université, « m'ont presque tout appris du totalitarisme » (y compris la lâcheté des autorités et l'apathie de la foule). Pour vous dire combien l'homme est sympathique.

Il commence très fort : « Le nazisme est la réponse que l"histoire allemande a donné à la question que lui a posée la révolution française ».

Le centrisme extrémiste

Sa thèse, qu'il répète et affine de livre en livre, est que le nazisme est un centrisme, non par refus des extrêmes, mais par alliance des extrêmes (quiconque connaît l'histoire sait qu'il est idiot, ou malhonnête, de classer le nazisme exclusivement à l'extrême-droite).

Dans la même veine, il écrit sur l'illégitimité fondamentale de la république française et sur Napoléon en précurseur d'Hitler (Napoléon n'étant pas, de très loin, mon personnage historique préféré, ça ne me traumatise pas que Bouthillon en écrive du mal).

Pour Bouthillon, La fracture entre la gauche et la droite est irréconciliable : la création (impossible) d'un nouveau contrat social ou le retour (impossible) à l'ancien régime.

Depuis 1789, la politique oscille entre deux centrismes. Le centrisme par exclusion des extrêmes (orléanisme, IIIème république), le centrisme par conciliation des extrêmes (Napoléon, Hitler).

L' « hommage » aux AG étudiantes n'est pas gratuit, puisque Bouthillon considère que le nazisme est une AG à l'échelle d'un pays :

>  constitution d'un faux corps politique par intimidation des opposants.

> fausse démocratie par le vote à main levée (là encore, intimidation des opposants).

A la suite de quoi, on obtient un faux unanimisme, puisqu'on a exclu les opposants, réconciliant les extrêmes sur le dos de boucs-émissaires communs (la gauche est au moins aussi judéophobe que la droite).

Toute ressemblance avec le covidisme n'est pas fortuite. Je vous laisse faire la transposition.

Les juifs : boucs-émissaires depuis 1789.

Les juifs ne veulent pas le voir parce qu’ils croient (à tort) que leur émancipation commence avec notre révolution mais c’est 1789 qui a ouvert la possibilité de leur génocide.

Avant, leur persécution était limitée par la présence surplombante du bouc-émissaire ultime, le juif Jésus. A telle enseigne que le roi, lieutenant de Dieu, était souvent celui qui ordonnait les persécutions mais aussi qui les arrêtait.

Après 1789, cette barrière saute. La persécution peut être absolue et industrielle.

L'Union Sacré

La rupture du contrat social scinde l'homme, qui est à la fois chair (local) et esprit (universel), entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).

La création ex nihilo d'un nouveau contrat social est impossible, comme de créer ex nihilo une nouvelle langue ou une nouvelle culture. Et la France pose ce problème à toute l'Europe.

Un nouveau contrat social n'est pas rationnel, il ne peut venir que d'une fusion et du sublime (anciennement, de Dieu). C'est ce qui se passe dans tous les pays européens en 1914, très bien rendu par l'excellente expression Union Sacrée.

Seulement voilà, la France gagne la guerre, légitimant le nouveau contrat social et le régime, pour la première fois depuis 1789. Mais l'Allemagne perd la guerre, rendant le contrat social encore plus impossible.

Bouthillon est très clair : si l'Allemagne avait gagné la guerre, c'est elle qui serait devenue une démocratie libérale et la France un régime fasciste.

Monsieur Tout Le Monde

Hitler est le type même du chef charismatique : il n'hérite pas du pouvoir comme le roi, il ne le doit pas à ses exploits comme Napoléon ou de Gaulle. Le pouvoir lui vient de nulle part, d'etre Monsieur Tout Le Monde.

Hitler est Monsieur Tout Le Monde : à la fois un homme comme les autres, pris au hasard dans la foule et un monsieur, très au-dessus des autres. Le chef charismatique a du mal à garder cet équilibre mystérieux, soit il est trop banal, trop comme tout le monde, soit il est trop détaché, trop hautain.

Pour le plus grand malheur du monde, à commencer par l'Allemagne, Hitler sut garder cet équilibre jusqu'au bout, se voyant, sans le dire explicitement aux foules, comme le fondateur d'une nouvelle religion, l'anti-Christ.


Le diable sur la montagne (T. Lentz)

La vie d’Hitler dans son refuge alpin. Anecdotique mais écrit  avec humour.

Le sujet méritait cependant un analyste plus fin que Thierry Lentz, qui est un gros bourrin.

Il prend Hitler pour un imbécile, ce qu’il n’était pas. L’auteur ne comprend pas ce qui a été analysé finement par François Delpla : le mode d’action d’Hitler, qui trompe même ses subordonnés, fait qu’il a besoin de ces longues périodes de retraite pour méditer ses coups machiavéliques, comme un joueur d’échecs.

Lentz prend cela pour de la paresse !

On a droit à une réflexion idiote sur Hitler qui s’intéresse sincèrement à la souffrance animale. Comme si privilégier les bêtes était contradictoire avec la torture des humains !

Bref, une lecture d’été. Sans plus.

Les schèmes qu'on abat, à propos du gaullisme (F. Bouthillon)

Ce petit fascicule est le premier livre de Fabrice Bouthillon (1995) mais on y retrouve le thème qui lui est cher : notre révolution a créé une coupure irréparable.

Analyse proche de Burke.

Le contrat social n'est pas abstrait, il est le dépôt des siècles. A partir du moment où l'assemblée des Etats généraux s'institue en assemblée nationale, elle brise l'ancien contrat social et la France se retrouve dans un entre-deux irréconciliable : impossible de revenir à ancien contrat brisé, impossible d'en fabriquer un nouveau abstraitement.

Depuis deux siècles et demi, la France est sans contrat social, sauf en des moments d'effusion passagers (Union Sacrée en 1914).

Ceci explique la réussite et l'échec de de Gaulle.

Comme la monarchie française, le gaullisme est d'une logique profondément chrétienne : le roi (1) et de Gaulle sont l'incarnation de la France comme Jésus est l'incarnation de Dieu.

Bouthillon s'est amusé à recenser les allusions aux épitres de Saint Paul dans les discours gaulliens.

Au fond, je pense que la séparation entre anti-gaullistes et gaullistes est simple : les  uns reprochent à de Gaulle de se prendre moitié pour Jeanne d'Arc moitié pour le roi, les autres l'en félicitent.

Comme de Gaulle, grâce à son comportement en 1940, était plus légitime qu'aucun dirigeant depuis Napoléon (Louis-Philippe, par exemple, doutait de sa légitimité), il a pu faire illusion pendant vingt ans, mais il a juste subi le fait fondamental de l'histoire de France depuis 250 ans : il n'y a plus de contrat social.


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(1) : Louis XV, 3 mars 1766, Parlement de Paris, séance dite de la flagellation :

«  C'est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l'esprit de conseil, de justice et de raison (...) c'est à moi seul qu'appartient le pouvoir législatif sans dépendance et sans partage (...) l'ordre public tout entier émane de moi et les droits et les intérêts de la nation dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens et ne reposent qu'en mes mains. »

dimanche, août 22, 2021

Le roman des damnés (E. Branca)

Éric Branca se penche sur les cas, passionnants, des dignitaires nazis (pas les simples exécutants) qui ont échappé à un juste châtiment.

L’archétype en est Albert Speer, condamné à vingt ans de prison alors que, en bonne justice, il aurait dû être pendu comme son subordonné Sauckel.

La défense de Speer est géniale : contrairement à Göring qui met plusieurs fois l’accusation en difficulté, Speer se couche et en fait des tonnes dans le sketch du technocrate qui découvre, épouvanté, les conséquences de ses décisions « techniques ».

Même un homme aussi fin qu’Edgar Faure, qui représente la France, s’y laisse prendre : bien sûr,  ces magistrats expérimentés ne sont qu’à moitié dupes, mais ils ne comprennent pas bien que cette contrition surjouée permet plus subtilement à Speer, dans sa logorrhée, de définir à sa convenance le périmètre de ses responsabilités.

Le truc (comme il y des trucs de prestidigitateur) de Speer, c’est d’avoir été un technocrate gris et sans saveur (comme nous en voyons tant en notre époque de délire covidiste), dissimulant une férocité inhumaine, sadique, derrière la fiction d’une neutralité technicienne.

On sait aujourd’hui (documents non disponibles lors du procès) que Speer, loin d’être un technicien ignorant des atrocités, poussait ses subordonnés à lui fournir toujours plus de main-d’oeuvre esclave. Et qu’il avait amassé une fortune en œuvres volées à des juifs.

Il est très probable qu’il ait passé un accord avec les Anglo-Américains. 
Vous noterez qu'en juin 1944 Speer fait de jolies présentations comme si de rien n'était.

A sa sortie de prison, dans une certaine bourgeoisie manageriale, on se disputait Speer, si brillant, si élégant. A vomir (là encore, cette bourgeoisie sans tripes, sans cœur, sans âme, qu’on retrouve tant aujourd’hui). Comme Bousquet, l’ami de Mitterrand.

La liste est longue. 

Schellenberg, un des penseurs de la Shoah par balles, dont la retraite et les obsèques ont été payés par une célèbre informatrice : Coco Chanel.

Knochen, ponte de la Gestapo, volontiers tortionnaire, mort en 2003 dans son lit après une paisible carrière d’agent d’assurances.

Ernst Achenbach, organisateur du pillage de la France (avec l’aide de grossiums français. Comme dit un jour de Gaulle au patronat : « On ne vous a pas beaucoup vus, à Londres ») entre 1940 et 1944, serait devenu commissaire européen sans les énergiques protestations françaises de dernière minute (il y a beaucoup de continuité de mentalité entre le IIIéme Reich technocratique et l’UE).

La caricature de Chaplin (Hitler, grand amateur de cinema américain a probablement vu ce film. Pour son anniversaire de 1941, ses collaborateurs lui ont offert des caricatures françaises de lui, il en a ri.) ferait oublier qu’Hitler était un politicien de génie

Il rallie à sa cause Hjalmar Schacht, ex-président de la Bundesbank, très bien introduit à la City, à Wall Street et dans les milieux d’affaires allemands, sans exiger qu’il adhère au parti nazi. C’est vraiment une très grosse prise.

Arrivé au pouvoir, Hitler le nomme à nouveau président de la Bundesbank, ralliant ainsi les milieux financiers anglo-américains très anti-français (Norman Montagu, président de la banque centrale britannique disait qu’il y avait trois sortes de brebis galeuses « les juifs, les experts-comptables et les Français »), dans l’illusion criminelle que la menace d’hégémonie continentale était française.

Les États-Unis et la Grande-Bretagne sont, dans cet ordre chronologique , les premiers responsables de la seconde guerre mondiale.  Le délire nazi de l’Allemagne ne vient qu’en troisième.

L’agent des Américains en Europe a toujours été l’Allemagne, bien plus que la Grande-Bretagne.

Sans le génie financier de Schacht, l’aventure d’Hitler aurait été beaucoup plus difficile.

Il a été acquitté au procès de Nuremberg mais, en 1951, son vol a atterri en Israël par accident, pour une escale technique. Heureusement pour lui, les autorités israéliennes n’ont appris sa présence à bord qu’après le décollage. Sinon, il n’aurait pas échappé à un procès à la Eichmann.

Personnellement, Schacht n’a aucun sang sur les mains, mais, sans lui, les atrocités des bourreaux n’auraient pas été possibles.


Hanna Reitsch

Hanna  Reitsch, dans cette galerie de faux-jetons et de tordus, est un cas à part. Elle était franche comme l’or, hitlerienne (plus que nazie) convaincue.

Haute comme trois pommes, pilote d’élite, elle a multiplié les exploits : plusieurs records (40 au total ! Y compris après guerre, le dernier en 1977, à 65 ans), elle a piloté des bombes volantes V1 (!!!) pour les mettre au point, elle s'est crashé en Me 163 Komet lors du développement, elle a atterri sur une avenue de Berlin en flammes pilotant l’avion par dessus son amant évanoui suite à une blessure, le général von Greim …

Éric Brown et Pierre Clostermann l’admiraient. Contrairement à d'autres pilotes féminins, elle était supérieure, y compris aux hommes.

Après guerre, elle ne renie pas son nazisme et se convertit en instructrice de vol à voile (avoir Hanna Reitsch pour instructrice !).

En 1948, elle se lie d’amitié avec une Résistante française, déportée à Ravensbrück, qui sera même sa traductrice. Pourtant, elle dira  jusqu’à sa mort en 1979 que la faute des nazis est d’avoir perdu la guerre.

Que se passe-t-il dans la tête d’une personne qui ne parait pas méchante ou vicieuse pour soutenir de telles atrocités ?

Mettons au crédit d’Hanna Reitsch qu’elle est la seule (avec Henriette von Schirah, l’épouse du chef des Jeunesses Hitleriennes) à avoir osé parler défavorablement à Hitler de la persécution des juifs.

Hitler n’a plus jamais adressé la parole à Henriette von Schirach, mais il n’a pas tenu rigueur à Hanna Reitsch de sa franchise.

Hitler était un envoyé de Satan comme il y en a rarement eu dans l’histoire mais il ne sortait pas de nulle part, il était le fruit d’une époque satanique, la modernité.

La continuité

Concluons :

1) Hitler était entouré de techniciens de haute qualité.

2) Alors que les figures de proue et quelques grouillots ont été sévèrement punis, ces techniciens ont échappé à la punition ou ont été punis très légèrement, au nom de l’utilité de leurs compétences dans la guerre froide.

3) La continuité en Allemagne et en Europe est plus grande que ce que l’on imagine.