mercredi, janvier 25, 2023

Le Saint Suaire de Turin, témoin de la Passion du Christ (Jean-Christian Petitfils)

J'appellerai dans la suite le Saint Suaire de Turin « le Linceul ».

L'auteur ne cache pas ses convictions chrétiennes.

Le livre est divisé en deux parties : l'histoire et la science

L'histoire

L'histoire est simple : on connait le parcours du Linceul, sauf un trou d'un siècle et demi au moyen-âge qui permet d'introduire l'hypothèse de la contrefaçon.

La science

Il faut bien différencier deux hypothèses :

1) le Linceul est authentique, il n'est pas une contrefaçon.

2) le Linceul a contenu le corps de Jésus tel que décrit dans les Evangiles.

L'authenticité

L'hypothèse de l'authenticité, si elle n'était pas si chargée idéologiquement, serait une évidence.

On n'a aucun exemple d'une telle contrefaçon, ni même qu'une telle contrefaçon soit possible, aucune idée des procédés qui permettraient d'y parvenir.

C'est comme l'idée que les Evangiles sont une contrefaçon : il faudrait un miracle pour parvenir à une contrefaçon aussi parfaite, or cette hypothèse de la contrefaçon est soutenue par des gens qui ne croient pas aux miracles.

Un exemple parmi d'autres. Si contrefaçon il y a, elle vient de l'Antiquité, de gens qui ont vu des crucifixions. En effet, les clous dans les poignets sont à l'endroit exact où les os peuvent tenir le poids du corps, mais sans toucher aux artères, l'hémorragie aurait abrégé les souffrances du supplicié, cette disposition témoigne d'une excellente technique des bourreaux. Au Moyen-Age, on représentait la crucifixion avec les clous dans les mains. Par quel miracle un contrefacteur médiéval se serait-il exclamé « Bon sang ! Mais c'est bien sûr ! Il faut mettre les clous dans l'espace de Destot » ?

Donc l'hypothétique contrefaçon vient de l'Antiquité. Comment a-t-elle été faite ? Mystère total : on n'a pas trouvé trace de coups de crayon ou de pinceau.

Un mot sur la crucifixion : l'homme n'a jamais été avare de tortures sur ses semblables mais la crucifixion est un des supplices les plus terribles. Le condamné meurt par asphyxie lente, du fait d'avoir son poids pendu par les bras, il ne peut soulever sa cage thoracique pour respirer correctement, il s'appuie sur ses pieds cloués pour reprendre de l'air, ça peut durer des une journée entière (les Romains s'étonnent que Jésus, épuisé par la flagellation, soit déjà mort). Les Romains cassaient les jambes des condamnés à coups de barre de fer quand ils voulaient les achever (c'est ce qui arrive aux deux larrons).

On note que le supplicié du Linceul n'a pas les jambes cassées mais le côté transpercé, comme dans les Evangiles. Transpercé du côté droit, où il n'y a pas de bouclier, comme les légionnaires romains étaient entraînés à faire (encore un détail difficile à inventer au Moyen-Age, une chance sur deux, gauche ou droite).

Le Linceul n’a recueilli le corps que pour quelques jours, puisqu’on ne détecte aucun produit de décomposition.

Le livre fourmille de détails et de réflexions scientifiques intéressants. Cependant, à mes yeux, c’est pour le plaisir de la discussion. La question de l’authenticité du Linceul est vite tranchée : si un jour il était prouvé que le Linceul est fait de main d’homme, ça serait une révolution vertigineuse de notre évaluation des connaissances et des capacités de nos ancêtres.

L'hypothèse de la contrefaçon du linceul d'un crucifié est à ce point invraisemblable que certains opposants à la thèse de l'authenticité complète ont émis l'hypothèse d'un crucifié médiéval.

Mais cette hypothèse se heurte toujours au même problème : il n'y a aucune explication satisfaisante de la formation de cette image sur le Linceul, en cohérence avec toutes les caractéristiques qu'on a pu mesurer.

Le Linceul du Christ ?

Le supplicié du Linceul est-il Jésus ? A-t-il ressuscité ?

La connaissance historique de Jésus incontestée (sauf pour des cons très marginaux qui ont un train de retard comme Onfray) est la suivante : « Il a existé, au premier siècle, en Palestine, un prophète juif nommé Jésus, qui a eu des disciples, puis a été crucifié et dont les disciples ont prétendu qu’il était ressuscité ».

Comment cela se réconcilie-t-il avec le Linceul ?

Aucun problème pour la crucifixion, ça colle. Ce supplice n’était pas rare, donc retrouver un linceul de crucifié n’a rien d’incroyable (même si c’est le seul connu).

Par contre, la couronne d’épines et la flagellation, ça dérange. En effet, ce supplice n’est connu que pour le Jésus des Evangiles donc il n’y a que 3 hypothèses :

1) Le Linceul prouve les Evangiles.

2) Le Linceul a été fabriqué pour coller aux Evangiles (fabrication du Linceul : hypothèse peu vraisemblable, sauf s'il y a eu une vraie crucifixion suivant la recette des Evangiles pour créer un faux linceul, hypothèse pour le moins étrange, mais pas totalement incroyable).

3) Il y a eu d’autres suppliciés antiques couronne d’épines, flagellation, crucifixion, mais nous n’en avons pas connaissance.

La date aiderait bien. Des chercheurs ont cru détecter sur les yeux des pièces de l'époque de Tibère, mais d'autres pensent qu'ils ont vu ce qu'ils voulaient voir.

Le supplicié a-t-il ressuscité ? Impossible de le dire. La seule chose qu’on peut dire, c’est que le corps ne s’est pas décomposé dans le Linceul. Les premiers opposants des chrétiens ont émis l’hypothèse d’un déplacement du corps par les disciples. pourquoi pas ?

Un mystérieux rayonnement ?

Les croyants ont trouvé une explication simple à la formation de l'image : le rayonnement du à la résurrection.

Mais comme la résurrection est un phénomène non reproductible jusqu'au Jugement Dernier, impossible de savoir si elle rayonne.

La rage de ne pas croire

L'affirmation maintes fois répétée par les opposants à l'authenticité que « la science a dit »,  qu'« il y a consensus des scientifiques », que « le débat est clos » rappelle d'autres débats à prétention scientifique lourdement chargés par l'idéologie.

En réalité, le seul contre-argument (qui serait suffisant à invalider l'authenticité s'il était vrai) est une datation au Carbone 14 fort contestée (la datation au C14 n'est pas adaptée à un objet qui a eu une vie aussi mouvementée que le Linceul).

Résumons

1) Il n'y a pas de preuve que le Linceul est un faux, à part une datation au Carbone 14 contestée.

2) Faux ou pas faux, le processus de formation de l'image reste inconnu. Aucune des tentatives d'explication n'arrive à être en cohérence avec toutes les données.

3) L'hypothèse du faux se heurte à l'éléphant dans la pièce, quel que soit le procédé utilisé : la qualité anatomique de l'image.

Aujourd’hui, l’hypothèse de très loin la plus vraisemblable est : le linceul exposé à Turin est bien un linge très ancien ayant contenu pour quelques jours le corps d’un supplicié qui a reçu une couronne d’épines, été flagellé, puis crucifié jusqu’à ce que mort s’en suive.

Le reste est affaire de croyance personnelle.

La position de l'Eglise

La position de l'Eglise est la même que pour toutes les reliques, la méfiance. Elles sont une aide à la Foi et non une preuve. Le débat sur l'authenticité du Linceul ne change rien à la théologie : si c'est un faux, ça ne prouve pas que les Evangiles sont faux, et si c'est un vrai, on savait déjà ce qu'il nous raconte (à part qu'on aurait une image du Christ).

L'Eglise refuse dorénavant les expertises sur le Linceul.

De toute façon, tout a déjà été dit : « Une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d'autre miracle que celui de Jonas. Puis il les quitta, et s'en alla. ».

Quand on ne veut pas croire, on sait trouver toutes les « bonnes » raisons de ne pas croire. Le mot de Nixon peut s'appliquer aujourd'hui à Jésus : « Si je marchais sur l'eau, les journalistes titreraient "Il ne sait pas nager" ».

« Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, et regarde mes mains; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais crois.
Thomas lui répondit : Mon Seigneur et mon Dieu! Jésus lui dit :
Parce que tu m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru ! »

mercredi, décembre 21, 2022

Dowding & Churchill: The Dark Side of the Battle of Britain (Jack Dixon)

S'il y a un vainqueur de la Bataille d'Angleterre, c'est lui, HCT Dowding.

En tant que directeur scientifique de la Royal Air Force, il a développé la chaîne de radars et de postes de commandement et l'équipement radio des avions. Il a aussi préparé les radars embarqués pour la chasse de nuit.

En tant que chef du Fighter Command, il a supervisé son organisation et la formation des pilotes.

Il a aussi pris les décisions stratégiques de la bataille.

Il est aujourd'hui considéré comme un des plus grands (le plus grand ?) généraux d'aviation de l'histoire.

Et pourtant, à l'issue de la bataille,  il a été sacqué comme un malpropre. Pourquoi ? Parce que, pendant que les grouillots meurent, les généraux continuent à intriguer pour leur carrière. C'est le déshonneur de Churchill d'avoir prêté la main à ces intrigues de bas étage.

C'est instructif d'y revenir plus en détails.

Leigh-Mallory et Sholto Douglas sont aujourd'hui considérés comme des commandants médiocres (d'une manière générale, les Anglo-Saxons ont souffert de la médiocrité de leurs généraux. Dans ces nations peu bellicistes,  les meilleurs d'une génération ne faisaient pas carrière dans l'armée) : pendant qu'ils gaspillaient des pilotes au-dessus de la France en offensives couteuses et inefficaces (les Grands Cirques décrits par Clostermann), d'autres remportaient avec peu de moyens des victoires aériennes stratégiques à Malte et au Moyen-Orient.

La création d'un homme

La Royal Air Force, en tant que première armée aérienne indépendante de l'histoire, est la création d'un homme : Hugh Trenchard. C'est sa volonté, son intelligence, ses manœuvres, qui aboutirent à la création de la RAF en avril 1918.

En 1916 (comme quoi la crise de 1940 remonte à loin), Dowding et Trenchard se sont déjà violemment opposés.

Fallait-il envoyer les pilotes au front dès leur sortie de l'école, quitte à provoquer une boucherie, ou adopter une attitude moins offensive et permettre aux jeunes pilotes de s'aguerrir ? Trenchard était pour la première solution, Dowding pour la seconde. Dowding fut renvoyé en Angleterre. La question se posera à nouveau lors du Bloody April de 1917 (un ratio de pertes de 1 à 4 en faveur des Allemands !) avec la même réponse sanguinaire (voir La patrouille de l'aube de 1930 avec Douglas Fairbanks ou le 'remake' de 1938 avec Erroll Flynn et David Niven ).

Le problème du fait d'être née de la volonté d'un homme à forte personnalité fut que le commandement de la RAF fonctionnait comme une secte autour de son gourou et non comme une machinerie militaire où on peut examiner librement les options avant de décider. Les Anglais auront le problème avec Trenchard puis son fils spirituel Bomber Harris, les Américains avec Hap Arnold puis Curtis Le May, à peine (hélas) caricaturé  dans Docteur Folamour :

 


A l'inverse, Dowding fut très ouvert aux faits. Il avait du mal à s'insérer dans le cirque Trenchard. C'était une pièce rapportée. Il s'imposa à force de compétence. C'est impressionnant. Un peu comme de Gaulle, il dérangeait mais ses qualités étaient si évidentes qu'on se sentait obligé de le promouvoir.

De plus, Dowding était un grand diplomate : il avait publié un livre dont un chapitre s'intitule Why are senior officers so stupid? (ça se passe de traduction !). Je me demande toujours ce que ce genre de personne penserait de nos officiers actuels.

Le fonctionnement idéologique du commandement (par « commandement », j'entends l'Air Ministry et l'état-major de la RAF) a de nombreuses conséquences, dont une qui se fait sentir dans toute l'organisation : la coupure entre le haut et le bas, par la fuite des grands penseurs devant les triviales réalités.

Fuite favorisée par un phénomène bien connu de ce genre de fonctionnement, l'irresponsabilité. Plus exactement : la seule responsabilité des petits chefs et des moyens chefs, c'est de plaire au grand chef.

On se retrouvait donc avec une l'organisation ayant une forte culture de la responsabilité (le mécano signe sa form, le pilote signe sa form ...) dont les grands chefs vivaient dans les nuages de leurs idées fixes. Ce fut tout un psychodrame de distraire quelques bombardiers pour la décisive bataille de l'Atlantique alors que des dizaines étaient sacrifiés inutilement toutes les nuits au-dessus de l'Allemagne.

Le bordel

Du fait de cet esprit sectaire du commandement, la RAF des années 30/40 était gravement dysfonctionnelle. Elle attribuait des moyens énormes (125 000 aviateurs avec 73% !!! de pertes -tués, blessés, prisonniers, 1 million d'hommes au total) au Bomber Command, à peu près inutile (les Soviétiques s'en sont très bien passés. L'effet reconnu des bombardements stratégiques sur l'Allemagne fut d'empêcher l'accélération de la production, pas de la faire chuter, sauf fin 1944, quand la guerre était déjà perdue. Tout ça pour ça), tandis que les services vraiment décisifs Fighter Command, Coastal Command et Transport Command étaient négligés presque jusqu'au point de rupture.

Ce qui sauve ce genre d'organisation, c'est le bordel, la liberté qu'ont les grouillots à leur petite échelle de corriger les erreurs des chefs. La cruciale Bataille de l'Atlantique (puisque c'est l'exemple que j'ai pris) fut sauvée, entre autres, par quelques bombardiers « égarés » au Coastal Command.

Ne pas se fier aux politiciens

Dowding a appris dans sa carrière, par diverses péripéties, que la parole des politiciens ne vaut rien et que seuls les fous s'y fient. En 1940, il eut l'occasion de le vérifier.

Il y a pourtant un politicien qui a bien travaillé pour lui, Lord Inskip. Chargé de réfléchir à la stratégie de la Grande-Bretagne dans les années cruciale 1936-1939, il a convaincu le Cabinet de son raisonnement limpide (à la grande rage des idéologues du bombardement stratégique) :

1) La Grande-Bretagne n'a pas les moyens économiques de bâtir en temps de paix une force aérienne d'attaque (bombardement) et une force aérienne de défense (chasse) et n'a pas les moyens d'arriver à la parité de bombardiers avec l'Allemagne.

2) La stratégie gagnante pour la Grande-Bretagne est (comme toujours) une guerre longue.

3) La priorité doit donc être donnée à une force aérienne de défense, pour permettre à la Grande-Bretagne de tenir, le temps de se mobiliser industriellement.

Dowding eut peu de soutien des politiciens (sauf celui, défaillant, de Churchill, qui manquait, bizarrement, de constance), mais certains hauts fonctionnaires avaient bien compris que l'obsession du commandement de la RAF pour le bombardement stratégique était fumeuse.

La cabale

Une fois que vous avez compris le fonctionnement sectaire et idéologique du commandement de la RAF, il n'est pas difficile de comprendre la cabale contre Dowding, elle coule de source,

Travaillez au corps quelques députés et hauts fonctionnaires qui vous serviront de paravents, briefez les d'une manière très orientée, faites croire par leur intermédiaire qu'un mouvement de contestation vient de la base (un précurseur de la célèbre méthode de manipulation astroturfing), savonnez consciencieusement la planche de Dowding dans les couloirs auprès des ministres pendant qu'il est occupé par la bataille, et le tour est joué. Ces procédés déshonorants sont de toutes les machinations.

L'attaque de la Big Wing échoue.

Douglas Bader, le pilote cul-de-jatte, était très courageux, très combatif et obstiné, mais aussi con comme un balai. Il croyait qu'il valait mieux opposer aux Allemands des masses d'avion (les fameuses Big Wings) plutôt que des escadrilles au détail comme préconisé par Dowding.

Pour des raisons techniques (temps perdu à rassembler les Big Wings, difficultés à les contrôler), cette idée ne tenait pas la route. Tous les squadron leaders bien plus expérimentés que Bader (son accident l'a éloigné de la RAF pendant 8 ans) en ont témoigné. La RAF a fini par le reconnaître dans son histoire officielle en ... 1990.

On peut s'interroger sur les qualités d'un officier subalterne inexpérimenté, qui critique avec entêtement son commandant en chef en public, en des termes proches de l'insulte. Dowding a admis bien plus tard qu'il avait peut-être eu tort de ne pas le sanctionner.

Pour finir, Bader a été abattu et fait prisonnier en août 1941, au grand soulagement de ses subordonnés (témoignages sans ambiguïtés) qui commençaient à trouver que la recherche de score du patron, c'est-à-dire de gloire personnelle, leur coutait très cher. Ca éclaire la querelle précédente.

Toujours est-il que cette polémique inutile a affaibli Dowding. Les journalopes d'aujourd'hui lui colleraient l'étiquette infamante de « personnage controversé ».

Tirer la chasse de nuit

Puisque la bataille d'Angleterre se termina sur une victoire qu'il est impossible de ne pas attribuer à Dowding, ses ennemis choisirent un autre angle : « Il a réussi de jour, mais il n'a pas bien préparé la chasse de nuit ».

Factuellement, c'est faux, Dowding a poussé à fond le développement des radars embarqués. Mais, comme le reste, ce n'était qu'un prétexte.

L'essentiel était que Dowding ne devînt pas Air Chief of Staff comme c'est son destin naturel. Ca aurait été un désaveu terrible pour les idéologues du bombardement stratégique qui, comme tous les idéologues, étaient des gens obstinés et sans scrupules.

La faiblesse de Churchill

Pourquoi Churchill, grand défenseur de Dowding, a-t-il fini par le lâcher ?

Au bout du bout, ce n'est pas très flatteur pour Churchill : il a lâché Dowding parce que celui-ci était un froid calculateur et qu'il refusait les sacrifices qu'il jugeait inutiles alors que Churchill ne rechignait pas aux gesticulations sanglantes.

il semblerait cependant qu'il ait eu quelques remords de sa mauvaise action (elle n'était pas seulement mauvaise en termes moraux, elle était mauvaise en termes d'efficacité opérationnelle).

Une pauvre justice et une punition

La justice a progressivement été rendue à Dowding par les historiens.

La punition, ce fut pour les jeunes aviateurs anglais tués inutilement (lire Clostermann), Douglas et Leigh-Mallory  (les successeurs de Dowding et de Park, sacqué en même temps que son chef) étant nettement moins bons que ceux contre qui ils ont comploté (moins imaginatifs, moins rigoureux, moins économes du sang de leurs hommes).

Par comparaison, ce que peut l'imagination : Basil (futur Sir Basil) Embry, commandant une escadrille de chasse de nuit, ayant compris que le point clé était la formation des opérateurs du radar embarqué a fait une descente à Cambridge un week-end, a recruté de façon pirate quelques étudiants en science, les a formés et mis dans les avions pour voir ce que ça donnait. A la première sortie, un ennemi a été abattu.

Les petits hommes

Dowding a été victime de petits hommes, supérieurs à lui hiérarchiquement mais très inférieurs humainement : jaloux, mesquins, égoïstes, dogmatiques et méchants.

Cela ne devrait pas étonner : les grosses bureaucraties sont propices à l'ascension de ce genre de profils. Et la coalition des médiocres contre l'homme de qualité est aussi vieille que le monde.

C'est la carrière de Dowding, avec toutes ses qualités évidentes et donc gênantes, qui est étonnante. Il est étrange qu'il n'ait pas été éliminé avant d'accéder au commandement du Fighter Command.

Les généraux anglo-saxons étaient pour la plupart médiocres, mais cela n'a pas favorisé la carrière des quelques bons, bien au contraire. Par exemple, Slim en Asie n'a vraiment pas eu un chemin semé de roses.

Dowding fut le seul des grands généraux de la RAF à ne pas être fait Air Marshal à la fin de la guerre.

Dans la RAF, Dowding n'est pas un cas isolé : Ludlow-Hewitt, Cotton, Embry, Malan, Park ont tous été sanctionnés alors que leur supériorité ne fait aujourd'hui aucun doute, notamment leur imagination et leur sens de l'initiative. Mais ce sont justement ces qualités qui les rendaient insupportables à une organisation bureaucratique.

Il faut revenir à ce que j'écris au début de ce billet : la RAF des années 40 était une machine gravement dysfonctionnelle : elle gaspillait, pour son obsession (approuvée par un Churchill très mal conseillé) de l'area bombing, la transformation des villes allemandes en parkings de supermarché, des ressources considérables et atteignait un résultat douteux, à la fois moralement et militairement.

On ne peut qu'imaginer l'efficacité diabolique d'une RAF moins dogmatique, constituée de Mosquitos, moins couteux en matériels et en hommes (2 aviateurs au lieu de 10), quasi-indétectables au radar (ils étaient en bois) et pouvant transporter jusqu'à Berlin la charge de bombes d'un B17. Le Mosquito était insaisissable, il a fini la guerre avec le ratio de pertes le plus bas de la RAF.



Je n'évoque pas le Mosquito par hasard. Cet avion remarquable en bois moulé, ancêtre des composites, était l'un des très rares appareils étrangers a avoir été utilisé par les Américains, c'est dire. La timidité de la RAF à l'exploiter (produit à 7800 exemplaires, juste 500 de plus que les Lancaster, il aurait du l'être 3 à 4 fois plus) est souvent citée comme exemple d'aveuglement.

Mais il y a pire, jusqu'au début de 1943 !!!!,  la RAF refusait obstinément de développer les chasseurs d'escorte à long rayon alors que :

1) dès 1941, Sidney Cotton, l'inventeur de la reconnaissance stratégique (qui, bien sûr, a été sacqué), a fait voler un Spitfire, modifié avec l'aide de Supermarine, de 3000 km d'autonomie (4 fois l'autonomie nominale).

2) les Américains prouvaient avec le P51 équipé d'un moteur Merlin (donc anglais) que c'était tout à fait possible.
 
La RAF n'a remporté que deux victoires nettes et sans bavures, la Bataille d'Angleterre et Malte, à rebours de sa doctrine et par des hommes, Dowding et Park, dont elle a entravé la carrière.

Après la guerre, ce dogmatisme, issu de la création de la RAF en 1918, est devenu obsolète et s'est estompé avec le changement de génération et le changement de conditions matérielles (avions à réaction et bombe atomique).

Enfin, on notera que le roi George VI a bien compris l'offense faite à Dowding et qu'il a insisté pour qu'il soit fait baron. Ca ne répare pas l'injustice, mais ça parle en faveur de la monarchie !

L'inaptitude criminelle du commandement de la Royal Air Force est le fruit d'une histoire. Elle ne doit pas faire oublier le courage des jeunes hommes qui montaient dans leurs avions et allaient à la guerre.


dimanche, décembre 18, 2022

Il y a encore des imbéciles séduits par ce vieux nazi d'Heidegger.

Heidegger et le grand refus de l’agriculture motorisée, par Nicolas Bonnal

 Ca n'a, hélas, plus guère d'importance puisque la pensée historiciste nazie d'Heidegger a quitté le domaine des discussions philosophiques et est devenue la pensée de notre temps.

J'ai déjà écrit ce que j'en pensais :

La renaissance de l'occident (P. Herlin)

Pour ceux que ça intéresse :

Strauss on Heidegger: 5 crucial texts

Je me permets de recopier mes commentaires :

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Ca me dérange (pour ne pas dire plus) que le Courrier des Stratèges se réfère à un authentique nazi. Que voulez vous ? On est sensible, parfois. 

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Votre commentaire est malhonnête.

Heidegger a vécu à l’époque du nazisme, a adhéré au parti nazi et il nous a délibérément fait savoir, par la publication post-mortem de ses cahiers noirs, que sa pensée était nazie. Bref, Heidegger est un penseur nazi revendiqué.

Si ça ne vous suffit pas pour le juger infréquentable, vous avez un grave problème de discernement moral. 

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Comme tous ceux qui défendent l’indéfendable Heidegger, vous passez sous silence le fait essentiel : il a lui-même fait en sorte que nous sachions que sa pensée était nazie. A partir de là, défendre l’œuvre d’Heidegger (ah, séparer l’œuvre de l’auteur, cette tarte à la crème), c’est soit défendre le nazisme soit trahir Heidegger.

Aucun brouillard de mots pédants ne pourra effacer ce dilemme puisque c’est l’auteur qui l’a volontairement (et de manière fort retorse) lui-même posé.

Que vous défendiez le nazisme à travers l’œuvre d’Heidegger ne m’étonne pas puisque cela confirme ma vision du monde actuel : beaucoup d’idées nazies s’y ébattent joyeusement parce qu’il y a aujourd’hui des passeurs d’idées nazies comme il y a des passeurs de drogue.

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Quelqu’un qui, contrairement à Arendt, n’a jamais eu aucune complaisance d’aucune sorte pour Heidegger : Leo Strauss (qui fut aussi, comme Arendt, son élève). Que le vieux nazi réussisse encore à tromper des imbéciles 50 ans après sa mort ne l’étonnerait guère.

jeudi, décembre 15, 2022

The fall of Forteresses (Elmer Bendiner)

 Récit du raid du 17 août 1943 contre Schweinfurt, publié en 1980, par un navigateur de B17, devenu journaliste.

D'abord un peu de contexte.

Dans les années 20/30, l'Américain Mitchell et l'Italien Douhet popularisent le concept de bombardement stratégique à travers deux idées idiotes (il y avait les moyens à l'époque de savoir qu'elles étaient idiotes, c'est pourquoi ni la Russie, ni l'Allemagne, ni la France ne s'y sont engagées) :

1) Le bombardement des installations essentielles d'un ennemi peut mettre son économie à genoux et le forcer à la capitulation.

2) Des raids de bombardiers lourdement armés percent toujours les défenses.

Le bombardement stratégique a un peu fonctionné sur le Japon, à la géographie et à l'économie particulières (mais les sous-marins à long rayon d'action, qui ont coulé des millions de tonnes de premières premières, ont été plus efficaces. Un peu les parents pauvres du récit canonique, même si Hollywood leur a consacré quelques films). Sur l'Allemagne, pas du tout.

Les missiles intercontinenteaux et la bombe atomique remettront le bombardement stratégique à la mode, mais c'est une autre histoire.

Le rapport d'après-guerre sur ce sujet conclut que les bombardements stratégiques ont empêché l'Allemagne d'augmenter encore plus sa production de guerre qui a triplé en 3 ans. Piètre résultat, tout ça pour ça.

En 1941, Churchill autorise un programme de bombardement stratégique de nuit, concrètement, raser les villes allemandes (c'est tout ce que la précision de l'époque permet).

Il est très dubitatif (il a du bons sens), mais il est politiquement coincé : pour ne pas risquer que Staline cherche une paix séparée avec Hitler, il doit absolument montrer que la Grande-Bretagne « fait quelque chose » et bombarder les villes allemandes, c'est tout qu'elle peut faire.

Cette campagne de bombardement stratégique de nuit est un désastre humain, militaire et économique.

Désastre humain : bombarder les civils allemands n'était pas très éthique, même s'ils l'avaient bien cherché. Et les Britanniques ont eu plus d'officiers aviateurs tués pendant la seconde guerre mondiale que d'officiers d'infanterie pendant la première.

Désastre militaire : le résultat militaire de cette orgie de destruction a été à peu près nul.

Désastre économique : vu le coût astronomique des bombardiers lourds, cet argent aurait probablement été mieux employé ailleurs, dans la logistique par exemple (l'offensive alliée en Europe est tombée en panne d'essence en septembre 1944. Pour le prix d'un Lancaster, on avait 2 voire 3 DC3).

Les Américains se la jouent comme d'habitude, méprisants : on va voir ce qu'on va voir. Avec leurs bombardements de jour « de précision », ils vont donner une leçon à ses arriérés d'Anglais. Sauf que ... pas vraiment.

Printemps 1943

Au printemps 1943,  ça craint pour les idéologues américains du bombardement stratégique de jour. Ca fait un an et demi que l'Amérique est en guerre et, malgré les moyens énormes mis à leur disposition, ils n'ont rien démontré.

Quelques raids sur la France, escortés par des Spitfires et des P47 Thunderbolt. Mais les escorteurs à long rayon d'action (P51 Mustang, P38 Lightning) et les réservoirs largables ne sont pas encore là.

Qu'importe : périssent les troufions pourvu que vivent les idées grandioses des généraux. On enverra donc les braves aviateurs se faire descendre sans escorte au-dessus de l'Allemagne.

C'est ce que raconte Bendiner. Mais aussi le film (que je vous conseille) Twelve o'clock high (ensuite transformé en série télévisée) avec Gregory Peck :

 

 Le 17 août 1943 et le 14 octobre 1943 (black Thursday)

Le raid sur Schweinfurt est l'exemple de la fausse bonne idée : les roulements à bille sont indispensables à l'économie de guerre, détruisons les usines de roulements à bille et l'économie allemande sera paralysée.

Sauf que les usines de roulements à bille sont facilement dispersables et diversifiables. Le raid sur Schweinfurt n'a pas retardé l'économie allemande d'une minute.

Voilà ce qu'un historien écrit :

As soon as the reconnaissance photographs were received on the evening of the 17th, Generals Eaker and Anderson knew that the Schweinfurt raid had been a failure. The excellent results at Regensburg were small consolation for the loss of 60 B-17s. The results of the bombing were exaggerated, and the high losses were well disguised in after-mission reports. Everyone who flew the mission stressed the importance of the escorts in reducing losses; the planners grasped only that Schweinfurt would have to be bombed again, soon, in another deep-penetration, unescorted mission.— Donald Caldwell

Dès le soir du 17 août, à la réception des photos de reconnaissance, les généraux Eaker et Anderson ont su que le raid sur Schweinfurt était un échec. Les excellents résultats sur Regenburg étaient une maigre consolation pour la perte de 60 B-17. Les résultats du bombardement furent exagérés et les fortes pertes minimisées dans les compte-rendus de mission. Tous ceux qui avaient participé à la mission insistaient sur l'importance de l'escorte pour réduire les pertes. Les planificateurs en ont juste conclu qu'il faudrait un autre raid sur Schweinfurt. Sans escorte. Donald Caldwell

Ce raid est un échec (plus de 5 % de pertes pour un résultat nul). Que fait-on ? Évidemment, plus de ce qui ne marche pas. Le 14 octobre 1943, le raid est recommencé.

Là, c'est un désastre complet : 20 % de pertes (pour vous donner un ordre de grandeur, le premier jour de l'offensive de la Somme, le 1er juillet 1916, considéré comme un des plus grands échecs militaires de tous les temps, c'est 18 % de pertes) pour un résultat toujours nul.

Les Allemands ont joué particulièrement fin, ils ont organisé les décollages et les atterrissages pour que les chasseurs puissent maximiser leur temps de chasse et réarmer pour intercepter une seconde fois les Américains au retour (les réarmements n'ayant pas forcément lieu sur le terrain de départ, là est l'astuce).

Bendiner raconte qu'ils passaient 2 à 3 heures à tourner au-dessus de la Manche pour constituer les boxes. un tel préavis facilite grandement les choses pour les défenseurs, c'est presque criminel.

Un triomphe de propagande

Il faut bien comprendre le mécanisme : les généraux de l'Army Air Corps au pouvoir en Angleterre et à Washington ont misé toute leur carrière sur cette idée de bombardement stratégique et ils ont les moyens d'arranger à leur sauce l'information qui remonte.

Leurs supérieurs ne sont pas totalement dupes mais tout ce beau monde est d'accord sur un point : cacher la vérité au grand public.

Il est intéressant de rappeler que, lorsque les théoriciens soviétiques rejettent le bombardement stratégique, c'est avec le motif qu'une nation industrielle a les ressources de s'adapter à moindre coût (c'est exactement ce qu'Albert Speer a organisé).

Les Américains mirent un an de tâtonnements (la préparation du débarquement en Normandie a retardé les choses) pour comprendre que la seule production stratégique vulnérable aux moyens de l'époque était le pétrole, les raffineries étant étendues, vulnérables et impossibles à dissimuler.

La peau de Luftwaffe

Le bombardement stratégique a fini par avoir la peau de la Luftwaffe, mais pas  du tout de la manière anticipée par ses promoteurs.

Ce ne sont pas des bombardements bien choisis par des bombardiers armés se défendant seuls qui ont mis à genoux la Luftwaffe. Ce sont les avions d'escorte toujours plus nombreux et mieux organisés. A la limite, les bombardements n'étaient qu'un prétexte à forcer la Luftwaffe à prendre l'air, perdant peu à peu son bien le plus difficile à produire, les pilotes.

C'est ce qu'avait tenté Goering en 1940 contre la RAF et qui a échoué grâce à la remarquable stratégie de Dowding. L'Air Chief Marshal estimait, à raison, qu'il valait mieux prendre le risque que les bombardiers passent que prendre le risque de perdre trop de pilotes. Cette sagesse était trop intelligente pour les autres : à l'issue de la bataille d'Angleterre, il fut viré comme un malpropre avec une ingratitude scandaleuse qui n'est pas à l'honneur de Churchill. Mais les historiens lui ont rendu justice : il est aujourd'hui considéré comme le plus remarquable général d'aviation de l'histoire.

L'ironie est que Dowding a été saqué par les partisans du bombardement stratégique (que son succès défensif faisait paraitre un peu cons), au premier rang des desquels son ennemi intime (ils s'étaient déjà violemment opposés en 1916 : voir La patrouille de l'aube de 1930 avec Douglas Fairbanks ou le 'remake' de 1938 avec Erroll Flynn et David Niven), le fondateur de la Royal Air Force, Hugh Trenchard.

Mais je ferai un billet spécifique sur la difficile et édifiante carrière de Dowding.

Le récit d'Elmer Bendiner

Tout ceci étant posé, le récit de Bendiner, 35 ans après les faits, est très amer, très ironique.

Il a beaucoup d'indulgence pour les déserteurs, comme ces deux mitrailleurs de sabord qui ont sauté en parachute au-dessus de l'Allemagne. Ou ce mitrailleur qui a demandé à être muté en cuisine. Son chef lui a répondu « Tu sais, moi aussi j'ai peur » et il a rétorqué « D'accord. Mais moi, je vais rester en cuisine ». Et il est allé en cuisine.

Le pilote de Bendiner a rétrogradé à co-pilote à cause de sa propension à saisir tous les prétextes pour interrompre les missions.

Bendiner, lui, a traversé tout cela avec une insouciance qu'il décrit comme de la bêtise, comme s'il n'avait pas mérité ses médailles. Je vois dans cette façon grinçante de présenter les choses une coquetterie assez désagréable Mais bon, c'est un journaliste, donc un gauchiste. Il ne faut pas trop attendre de ces gens là.

Bref, je suis mi-figue mi-raisin vis-à-vis de ce livre : c'est un témoignage intéressant mais son ton me déplait.


J'ai en stock un autre livre sur le sujet. Je le lirai plus tard.


lundi, décembre 05, 2022

Une énigme française (Jacques Semelin avec Laurent Larcher)

L'auteur est un gauchiste Sciences Po, ce qui donne quelques débilités, dont le fameux « ne pas faire le jeu d'Eric Zemmour ».

Le sujet est passionnant : 75 % des juifs en France (et 90 % des juifs français), soit environ 200 000 personnes, n'ont pas été déportés. Cette proportion est l'inverse de celle des Pays-Bas et de la Belgique. Elle est unique en Europe (sauf le Danemark).

Semelin a publié une somme sur le sujet en 2013 et ce livre ci est à la fois une synthèse et un récit de la réception du précédent.

L'auteur est frappé, dans les témoignages qu'il recueille, dans les années 2010 (donc des jeunes en 1940), que beaucoup lui disent que, malgré la peur, ce furent parmi les plus belles années de leur vie.

Les hypothèses connues

L'auteur écarte deux hypothèses :

1) Les Justes reconnus. Ils ne sont pas assez nombreux pour expliquer ce taux de survie. Environ 90 % ds non-déportés se sont débrouillés sans l'aide de réseaux constitués (ce qui ne signifie pas « sans aide du tout »).

2) Par idéologie, l'auteur écarte la thèse de Zemmour : la complaisance du gouvernement de Vichy pour les juifs français au détriment des juifs étrangers. Mais cette thèse a quelque consistance même si elle n'explique pas tout.

Et pourtant, Vichy

L'auteur est rapidement obligé de reconnaitre, « sans faire le jeu d'Eric Zemmour », que le gouvernement de Vichy est schizophrène vis-à-vis des juifs : il les persécute réellement mais, simultanément, cette persécution a des « oublis » tout à fait étonnants. Les juifs continuent à avoir droit aux aides sociales et ils ne sont pas interdits de travaux agricoles, ce qui permet à bon nombre de se réfugier à la campagne.

Les secrétaires de mairie, qui authentifiaient de faux actes de naissance, ont aussi eu un rôle utile.

Robert Paxton, cet Américain francophobe, a réussi l'exploit d'écrire un livre, La France de Vichy, en considérant comme négligeables la défaite et la présence (suivant les époques) de 600 000 à un million de militaires allemands sur le territoire français et donc en considérant comme libre et représentant la France le gouvernement de Vichy.

Bien sûr, comme tout ce qui salit la France, Paxton a déclenché l'enthousiasme de l'intelligentsia (et, en plus, si ça vient d'Amérique, c'est l'orgasme). Le paxtonisme est devenu la doctrine officielle de l'Etat Français, qui est aujourd'hui le pire ennemi de la France. Les traitres Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron en ont fait des tonnes sur « Vichy, c'était la France, la France est coupable ».

Bien que gauchiste, et « sans réhabiliter Vichy », Semelin a l'honnêteté de constater que le gouvernement de Vichy a tenté de finasser avec une situation contrainte (mais que les collabos avaient choisie en demandant l'armistice).

Beaucoup de fonctionnaires plus ou moins hauts ne pouvaient ignorer que leurs subordonnés faisaient des faux papiers à la chaine et ont laissé faire.

La campagne, l'exode, la zone libre, la SNCF.

L'exode a « naturellement » poussé des juifs vers la campagne, et plutôt au sud, en zone qui restera libre jusqu'à la fin 1942. S'ils n'y sont pas restés, des contacts ont souvent été pris. Et comme le réseau de la SNCF était très ramifié, ils ont pu atteindre des trous du cul du monde.

C'est là qu'intervient un facteur primordial : les Français. Une famille juive qui débarque au fin fond de la Drôme à Trifouillis-les-Calbutes ne peut passer inaperçue. Pourtant, contrairement à la légende « délation, sport national », il y a eu très peu de dénonciations.

Les Français

La délation est dissymétrique : le silence de centaines de personnes est nécessaire pour protéger une famille juive mais une seule dénonciation suffit à l'exposer.

Or, contrairement à la légende de millions de lettres de délations, on n'a identifié à Paris que 3000 lettres de dénonciations de juifs. C'est trop, certes, mais c'est à comparer au 30 % de lettres de dénonciation de juifs, c'est-à-dire des centaines de milliers, de la Pologne. C'est corroboré par de nombreux témoignages « Ils savaient et ils n'ont rien dit ».

Paxton, encore lui, nous raconte qu'il y a chez les Français un antisémitisme viscéral. Peut-être, mais il ne se retrouve pas dans les chiffres.

C'est toujours la différence entre la théorie et la pratique : des Français militants politiques, antisémites en théorie, ont sauvé des juifs, en pratique.

Le contexte économique aide : quand il y a deux millions d'hommes prisonniers en Allemagne, voir arriver au village un ouvrier agricole, un tailleur ou un médecin, c'est une bonne nouvelle.

Le contexte politique aussi : en 1942, au moment des grandes rafles, l'entrée en guerre des Etats-Unis et l'échec allemand devant Moscou ont marqué les esprits. Les Français, dans leur grande majorité, savent que les Alliés vont gagner la guerre.

Semelin identifie cinq fonctions parmi les Français qui aident les juifs : l'ange-gardien, l'hôte, le nourricier, le faussaire, le passeur.

Un élément très important : les catholiques. On a beaucoup mis l'accent sur les protestants, comme à Chambon-sur-Lignon, mais les catholiques étaient bien plus nombreux.

Notre époque manichéenne a beaucoup de mal à comprendre la complexité. Les évêques étaient pétainistes pour la plupart, mais encourageaient en sous-main et aidaient leurs ouailles à sauver des juifs. Mgr Rémond à Nice organise le sauvetage de milliers de juifs (l'historien René Rémond ignorait l'action de son oncle).

La lettre pastorale de Mgr Saliège est un tournant politique. Elle se répand comme une trainée de poudre. Elle est lue à la BBC (de Gaulle fera de Saliège l'unique évêque Compagnon de la Libération). Surtout, elle a un effet politique : Laval s'en sert auprès des Allemands pour expliquer que, devant l'opinion publique qui se cabre, il ne peut accélérer les déportations.


Si le sujet n'était pas si grave, on pourrait dire qu'il y a en 1942-1944 un championnat de France du sauvetage de juifs entre les couvents.

Serge Klarsfeld conclut : « Les juifs ont envers les catholiques une dette immense ».

Pourquoi cette ignorance du grand public du rôle salvateur des catholiques ? L'explication la plus simple est la meilleure : à cause de l'anti-catholicisme militant de ceux qui causent dans le poste.

Dans le film Un sac de billes, le rôle du prêtre est négatif alors que dans le roman autobiographique qui a servi de base au film, il est positif. Dans la série télévisée Un village français, on ne voit pas un curé, ce qui est totalement invraisemblable pour un village français de cette période.

Heureusement, dans Papy fait de la Résistance, Michel Blanc sauve l'honneur, en curé qui attend avec impatience le parachutage de la nouvelle lune et qui a autre chose à faire que de s'occuper de Michel Taupin-Christian Clavier.

Défier Paxton

Le livre de Semelin est bien reçu ... sauf par les paxtoniens. C'est tout naturel puisque le rôle officieux mais bien réel des paxtoniens est de salir les Français (je ne serai vraiment pas étonné si on découvre un jour que Paxton était financé, comme Jean Monnet, par une de ces fondations américaines qui nous veulent tant de bien).

Mais les chiffres entravent le raisonnement paxtonien et Semelin est soutenu par les juifs.

Cet enculé de Chirac

En bon gauchiste, l'auteur a apprécié en 1995 le discours du Vel d'Hiv « La France commettait l'irréparable ... ». Aujourd'hui, à la lumière de ses recherches, il trouve ce discours fautif.

Il est plus que fautif, il est ignoble, bien raccord avec ce triste sire qu'était Chirac. Philippe Seguin a dit en quelques phrases cinglantes tout le mal qu'il faut en penser.

En 1997, repentance des évêques (mais pas tous) fort peu judicieuse. Une caractéristique des évêques contemporains est, qu'ayant perdu la Foi, il ne sont plus éclairés par sa lumière et ont fort peu de discernement.

Le halo protecteur ?

Enfin, un mot personnel : le comportement lâche, voire activement méchant, de 90 % Français à l'occasion du délire covidiste (qui n'est pas fini, puisque la justice n'est pas passée) ôte tout droit à notre génération d'émettre un jugement moral sur d'autres générations.

En juin 1940, le choc explique beaucoup. Mais, en avril 2020, au choc de la première assignation à résidence (baptisée « confinement » par les menteurs professionnels), je n'ai pas souvenir que nous fussions très nombreux à dénoncer cette folie totalitaire dont nous commençons à peine à subir les conséquences.

Je peux témoigner que les non-'vaccinés' n'ont pas senti ce halo protecteur dont parlent nombre de Résistants et de juifs. Sauf deux restaurants qui ont « oublié » à répétition de nous demander notre paSS, sur la grosse dizaine que nous avons tentés. Si les restaurateurs crèvent aujourd'hui, je ne verserai pas une larme.

Nous sommes presque en 2023 et on ne peut pas dire que le récit délirant (« Nous avons fait, et faisons, au mieux dans une terrible épidémie ») soit remis en cause par la contrition (« Nous avons été cons comme des bites, pris de panique par un rhume et nous avons eu un comportement ignoble et ridicule, que nous regrettons ») dans la masse de la population.

jeudi, décembre 01, 2022

Huit heures à Berlin (Blake et Mortimer)

Les scénarios des derniers Blake et Mortimer sont inégaux, mais celui-ci est pas mal.

Blake et Mortimer vivent leur vie et leurs aventures qui convergent vers la visite de Kennedy à Berlin (« Ich bin ein Berliner »).

Et les dessins sont très bien.

dimanche, novembre 27, 2022

Le capitalisme malade de sa monnaie (E. Husson, N. Palma)

Un livre de 2009, donc juste après la crise de 2008, et qui reste pertinent. Peut-être plus encore qu'à sa sortie.

1) De l'importance de la politique monétaire

Les imbéciles qui (comme moi) ne comprennent rien aux questions monétaires disent souvent (pas comme moi) qu'elles ne comptent pas.

Exemple classique de ces imbéciles : si on leur dit que l'Euro a détruit l'industrie française, appauvri l'Italie et transformé l'Europe en empire teuton, ils répondent que ce n'est pas vrai, que le vrai problème est que la France et l'Italie n'ont pas fait les réformes de l'Allemagne.

Autrement dit, les question monétaires comptent tellement peu que pour en pallier les inconvénients, il « suffit » de transformer les Français et les Italiens en Allemands. Bonjour le truc secondaire !

2) Quelques exemples de politique monétaire avec de grandes conséquences

Premier exemple tiré de l'histoire : tout le monde connaît l'arriération du sud de l'Italie sur le nord. Mais qui sait que le sud était en rattrapage dans les années 1830-1860 et que l'union monétaire des années 1865-1870 a figé les positions puis a fait régresser relativement le sud ? Un problème qu'on se traine 150 ans après mérite qu'on réfléchisse à ses causes.

Accords du Plaza : 1985, l'industrie japonaise est en plein boom au point de menacer l'industrie américaine. Les Etats-Unis forcent la main des Japonais pour une réevaluation du Yen (« accords » c'est un mot gentil pour « diktat washingtonien »). L'économie japonaise ne s'en est toujours pas remise.

Plus près de nous : la réunification de l'Allemagne se fait au cours démagogique de 1 mark de l'ouest pour 1 mark de l'est. La Bundesbank avait prévenu qu'en dessous de 1 pour 3, on courait à la catastrophe. Trente ans plus tard, l'Allemagne de l'est est toujours sinistrée.

Charles Gave a déjà expliqué mille fois que l'Euro est pire qu'un bombardement atomique pour les industries du sud de l'Europe, n'y revenons pas.

Autrement dit, il n'y a guère de sujet politique plus important, avec des conséquences très graves et quasi-irréversibles, que la gestion de la monnaie. Mais comme c'est vite complexe, on se passe de l'avis du peuple (création de la FED en 1913) ou on le manipule (Maastricht 1992).

En particulier, aucun transfert ne peut compenser une union monétaire foireuse et on se traine les conséquences pendant des décennies voire des siècles. Ceux qui disent « Certes, l'Euro est foireux mais il n'y a qu'à faire ci ou ça pour compenser » sont juste des cons : la solution aux problèmes posés par l'Euro, c'est la fin de l'Euro. Point.

3) Bi-métallisme, le meilleur système monétaire

Le bi-métallisme, système à deux étalons métalliques, généralement or et argent, est le plus souple.

Suivant l'adage de Gresham « La mauvaise monnaie chasse la bonne », les gens épargnent, thésaurisent et investissent avec la « bonne » monnaie (l'or) et utilisent dans la vie quotidienne la « mauvaise » monnaie (l'argent).

Il n'y a pas besoin d'épiloguer sur la souplesse d'un tel système, elle saute aux yeux. Il a certes un certain degré de complexité mais que maitrisaient parfaitement nos ancêtres qui n'avaient que le boulier.

4) L'étalon-or, un pis-aller

Par rapport au système bi-métallique, on perd un degré de liberté passant à l'étalon-or. C'est un système beaucoup plus rigide car directement dépendant d'un seul métal. C'est pourquoi ce système est intrinsèquement déflationniste : l'économie ne peut pas croitre si on manque d'or-métal pour financer les nouvelles activités.

La rigidité de l'étalon-or peut être utilisée comme une arme. L'imposition de l'étalon-or par la Grande-Bretagne au XIXème siècle a fait exploser les systèmes bi-métalliques de l'Inde et de la Chine et a facilité grandement la conquête de ces pays. L'étalon-or est responsable de gigantesques famines en Inde (à méditer par ceux qui croient que la monnaie est un truc de techniciens fumeux sans conséquences dans la vie réelle).

Marx n'a pas compris que ce qu'il prenait pour des crises finales du capitalisme était en réalité des crises provoquées par la rareté de l'or qui servait d'étalon : moins d'or circulant, moins de monnaie, crise.

5) Le pire des systèmes : la monnaie fiduciaire

La monnaie fiduciaire, la fiat monnaie, c'est la monnaie qui repose, non sur un étalon, mais sur la confiance. Un bout de papier sur lequel il y a marqué « 10 euros », non gagé sur un actif matériel (or, argent, pierre etc.), vaut 10 euros parce que vous faites confiance au type qui l'a imprimé.

Ne tournons pas autour du pot, ça finit toujours pareil : la tentation d'abuser de la confiance est trop forte, la planche à billets (électronique ou matériel) tourne à l'excès : hyperinflation, monnaie détruite.

C'est notre système depuis que les Etats-Unis ont suspendu la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971.

Conséquence : l'once d'or qui valait 35 $ en 1971 coûte plus de 1 700 $ en 2022. Le dollar a donc perdu 98 % de sa valeur en or. Tant que les gens ne se méfient pas de la monnaie, cela n'a aucune conséquence visible dans la vie de tous les jours (quoique, voir conséquence suivante), jusqu'au jour où ... Certains économistes (vous savez, ces collègues des astrologues) pensent que la Chine peut faire s'écrouler le dollar du jour au lendemain rien qu'en rendant public le montant de ses énormes réserves d'or (le raisonnement est que les acteurs économiques préféreraient  le yuan adossé à l'or au dollar adossé à rien).

Avec une autre conséquence : comme l'Etat peut financer ses déficits avec de la monnaie de singe, il devient envahissant et inefficace, toujours. C'est la politique rigolote que nous proposent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon et que fait déjà, en réalité, Emmanuel Macron aidé (jusqu'à quand ?) par la BCE. Au point qu'un économiste a pu résumer en disant que la monnaie fiduciaire revient à confondre la monnaie et le crédit de l'Etat.

6) Le dollar comme arme : le drame de la politique américaine

6.1) Les deux guerres mondiales

Quittons les généralités et venons-en à l'histoire récente.

La logique de l'étalon-or est la suivante :

a) un pays augmente ses encaisses-or pour une raison ou pour une autre.

b) il peut émettre plus de monnaie gagée sur l'or sans la dévaluer.

c) son pouvoir d'achat vis-à-vis de l'étranger augmentant, son déficit commercial se creuse. L'or sort pour payer les dettes vis-à-vis de l'étranger, le système se rééquilibre.

Grâce aux deux guerres mondiales, les réserves d'or des Etats-Unis par rapport au total mondial sont passées de 15 % en 1913 à 75% en 1944.

Mais les Etats-Unis n'ont pas respecté les règles implicites du système de l'étalon-or, ils n'ont pas émis plus de dollars (prétendument pour lutter contre l'inflation). L'or stocké à Fort Knox a donc été retiré du circuit commercial mondial, stérilisé.

Cette politique, qui peut paraitre technique, est un acte d'hostilité caractérisé. Elle est directement responsable des crises des années 20 et 30 et donc de la seconde guerre mondiale.

Or, la « philosophie allemande » (Marx, Hegel), totalement aveugle aux phénomènes monétaires, régnant en maitre, personne à l'époque n'a vraiment compris la source du problème (sauf le gouverneur de la FED de New-York, Benjamin Strong, dans sa correspondance privée !). On est dans une vérification expérimentale de la phrase de Claude Tresmontant « Les catastrophes humaines sont toujours précédées de catastrophes intellectuelles ».

Churchill aussi s'est accroché à l'étalon-or en 1925 mais il a eu l'honnêteté d'admettre qu'il avait été un très mauvais Chancelier de l'Echiquier (ministre des finances) et que d'ailleurs il n'y comprenait rien.

Apothéose de cette politique folle : en 1934, Roosevelt confisque l'or des particuliers (ah ! La grande démocratie libérale !) et dévalue le dollar (de 20 $ l'once à 35 $).

La France, avec la dévaluation Poincaré, a été plus intelligente et plus coopérative.

On notera que Hitler, très intuitif comme à son habitude, a mieux compris le rôle catastrophique de cette rétention de l'or par les Américains que les économistes professionnels (mais, fidèle à son obsession, il en attribue la cause à la « juiverie »). Les cons qui, comme Keynes ou Marx, prennent l'or pour « une relique barbare », refusent de comprendre que baser la monnaie que un actif matériel (or, argent, cuivre, ...) est un facteur de stabilité, de transparence, de justice, d'équité et, enfin, de liberté.

Toujours est-il que, si l'Allemagne est coupable de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en sont responsables pour les raisons économiques ci-dessus, et aussi pour des raisons diplomatiques que j'ai expliquées ailleurs.

6.2) de 1944 à 1971

Le dollar ayant conquis l'hégémonie, les Américains inversent leur politique. Ce sont les accords de Bretton Woods. Le dollar est convertible en or (par les banques centrales, pas par les particuliers) et toutes les monnaies sont convertibles en dollars. Seuls les pays de la sphère soviétique refusent.

De 1944 à 1971, le stock d'or américain passe 21 700 tonnes à 3 900 tonnes.

Fabuleux coup d'essuie-glace : un, je thésaurise l'or mondial pour mettre à genoux les autres ; deux, une guerre mondiale plus tard, je le libère pour finir de les enfoncer dans ma soumission. Mais les Américains sont des gentils (en tout cas, c'est ce que nous dit Hollywood).

Reconnaissons aux Américains que ce pseudo retour à l'étalon-or ramène une prospérité qui avait disparu depuis des décennies.

Digression : les Américains ont un moteur, le messianisme puritain qui les pousse à conquérir le monde, à s'imposer comme le « world last hope ». A côté de cela, l'isolationnisme, qui est aussi une tendance américaine.

Le système dollar-or continue cahin-caha, assurant la suprématie américaine.

Le 4 février 1965, Charles de Gaulle (conseillé par Jacques Rueff) demande en conférence de presse le retour à l'étalon-or, pour que la référence commune ne dépende pas d'un pays particulier.  Raymond Barre, Valéry Giscard d'Estaing et Georges Pompidou s'allient contre de Gaulle sur ce sujet en invoquant la nécessité de ne pas se mettre à dos les Américains (j'aime bien Pompidou, mais c'est quand même le début de la trahison).

Mongénéral n'est pas entendu, bien au contraire : en mars 1968, le pool or est dissous, ouvrant une période intermédiaire jusqu'au décrochage du dollar de l'or en 1971.

De Gaulle demande (ordonne !) aussi à la Banque de France d'exiger systématiquement la contrepartie en or de ses dollars.

Comme on voit, la CIA n'avait pas qu'une raison de financer les imbécilités de mai 68.

6.3) 1971 grande année

Quelques abrutis font, par judéoophobie plus ou moins consciente (« la loi Rotschild ») une fixette sur la loi de 1973 qui n'a rien changé.  On comprend bien pourquoi : ça permet de faire l'impasse sur les deux vraies dates pivots, qui sont taboues, 1971 (taboue parce qu'il ne faut pas contester la suprématie américaine) et 1983 (taboue parce qu'il ne faut pas contester l'étatisme -achat de voix par les déficits publics- ou l'européisme, voire les deux).

La vraie date pivot est 1971 : le dollar est libéré de l'étalon-or, le monstre est lâché.

Oswald Spengler, en1922 (Le déclin de l'Occident), écrit que la monnaie-papier est faustienne (une autre façon de dire « diabolique »), que cet abandon de la sagesse antique de la monnaie métallique est grosse des catastrophes toujours causées par l'orgueil sans entraves.

Les dirigeants de la Bundesbank sont très imprégnés de l'hostilité fasciste à l'étalon-or (certains sont tout simplement d'anciens nazis). Mais leur prudence limite  en Europe les dangers de la fiat monnaie. Cependant, le ver est dans le fruit.

Les auteurs pensent qu'il y a un lien entre le refus de l'étalon-or et le retour du religieux dans la politique américaine. Ils font remarquer que c'est en 1971 que la devise As good as gold a été remplacé par In God we trust sur les billets verts. Les expéditions messianiques de regime change n'auraient pu être financées sans douleur dans un système d'étalon-or.

7) L'Euro, ce monstre monétaire

Pour les promoteurs de la monnaie unique européenne des années 70, un des arguments, rarement explicité mais fort, est d'éviter la confrontation avec les Etats-Unis sur l'étalon-or. Ceux qui ont cru, comme moi, que l'Euro ferait concurrence au dollar sont juste des crétins : les promoteurs de l'Euro étaient les plus inféodés aux Américains, ça aurait du nous mettre la puce à l'oreille.

L'Euro est fondamentalement vicié. Dans la vision totalement idéologique et irréaliste de ses promoteurs, l'union monétaire doit forcer l'union politique. Or, la monnaie, c'est du droit et de la liberté dans votre poche. Il faut donc d'abord l'union politique (le droit et la liberté) pour pouvoir faire ensuite la monnaie.

8) Le monde cauchemardesque produit par le règne du dollar

Ce titre est celui de la dernière partie du livre.

Fidèles à leurs équations « bi-métallisme => libéralisme naturel » et « Monnaie fiat => déséquilibres automatiques et protectionnisme », les auteurs soutiennent que le règne du dollar  est le moteur de toutes (presque ?) les catastrophes internationales depuis un siècle.

C'est comme cela qu'ils expliquent le « néo-libéralisme », ce libéralisme dégénéré en capitalisme de connivence. Ils font remarquer que Reagan et Thatcher se réclamaient beaucoup de Hayek mais qu'ils se sont bien gardés d'appliquer une de ses principales recommandations : le retour à l'étalon-or.

C'est un monde de déséquilibre et de privilèges. Je ne vois guère l'intérêt d'épiloguer : si vous ne l'avez pas compris, vous ne savez pas dans quel monde vous vivez.

9) Marx et Aristote

Karl Marx considère qu'il y a un sens de l'histoire qui entraine les hommes à leur insu, comme sur un tapis roulant.

Aristote considère à l'inverse que l'histoire est faite de l'accumulation des choix éthiques de chacun, qu'aucune histoire n'est nécessaire, que toutes les histoires sont contingentes (si le nez de Cléopâtre ...).

Le marxisme donne les sociétés les plus inégalitaires parce qu'il nie totalement l'éthique.

Les auteurs sont résolument aristotéliciens.

Mais les élites occidentales sont très imprégnées de marxisme. Le néo-libéralisme est comme le marxisme : il nie l'éthique (c'est sa différence avec le libéralisme classique). Pas étonnant qu'il engendre un raz-de-marée de mépris de classe, de morgue social et un délire génocidaire comme l'écologie (priver les gens de gaz, de pétrole, d'électricité, ou en quadrupler le prix -ce qui revient au même, c'est génocidaire).

Et tout cela est permis par l'escroquerie de la monnaie fiat.

10) Le retour au bi-métallisme ?

Les auteurs proposent un mécanisme de retour au bi-métallisme.

Je ne m'étends pas, à l'heure où la liberté de chaque homme est menacée, comme même Orwell ne l'avait pas imaginé, par la monnaie fiat en mille fois pire, la monnaie numérique de banque centrale.

11) En conclusion

J'espère vous avoir convaincus que la monnaie n'est pas une question parmi d'autres, que c'est une question centrale et qu'aucune mesure ne remplace une bonne ou une mauvaise politique monétaire.

Pour la France, l'intégration dans l'Euro est une politique monétaire suicidaire (c'est, entre autres, un moyen de pression mondialiste sur toutes les politiques de la France, aussi éloignées de la monnaie qu'elles paraissent, l'immigration par exemple). La BCE peut faire à volonté couler les banques françaises et augmenter les taux d'emprunt de l'Etat. C'est une menace suffisante pour qu'aucun gouvernement français n'adopte une politique anti-mondialiste. Sauf un gouvernement authentiquement souverainiste qui voudrait, de toute façon, sortir de l'Euro.

Suivant Pareto et avec l'image utilisée par Charles Gave, tous les problèmes de la France se poseront encore et encore, sans jamais être vraiment résolus, même avec la meilleure volonté du monde, avec l'impression qu'on ne sait pas exactement pourquoi (les imbéciles ne savent pas, les frexiteurs eux savent), jusqu'à ce que la baleine Euro remonte à la surface.

Ceux qui disent qu'il est possible de résoudre un seul des problèmes de la France sans sortir de l'Euro sont soit des imbéciles soit des escrocs (Eric Zemmour, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon). La sortie de l'Euro est une condition absolument nécessaire, mais non suffisante, à la résolution des problèmes de la France. Ceux qui comprennent l'expression « nécessaire mais non suffisante » comprennent le problème de l'Euro.

Croire qu'on peut faire des réformes sans dévaluation par rapport à nos voisins (donc sans sortir de l'Euro) est simplement du sadisme social (de Gaulle et Thatcher, qu'on ne peut accuser de laxisme, ont dévalué simultanément à leurs reformes). Ca fait plaisir quand on est un bourgeois sadique, mais il n'y a aucune chance que ça marche.

Assurément, le Frexit serait catastrophique. Mais moins que le naufrage continu que nous vivons sous l'empire de l'Euro. Si les Français veulent vivre, la France doit sortir de l'Euro immédiatement.

Et je ne vous parle pas du très proche Euro numérique, qui serait une prison pour chaque individu comme le monde n'en jamais connue, même sous la dictature la plus féroce.

Et bien conscient de mes lacunes, j'ai acheté :




samedi, novembre 12, 2022

Une saison gâtée (Charles Rist)

Charles Rist est né en 1875, protestant, c'est un universitaire, puis gérant de sociétés ; pas n'importe lesquelles (Suez, Paribas, etc.). Il intervient aussi dans divers emplois publics (au gouvernement de la Banque de France, entre autres), il passe du centre gauche au droit au centre droit. Parlant bien anglais (ce qui était relativement rare à l'époque), il a un carnet d'adresses international très fourni et de haut niveau.

Partisan de l'étalon-or, il est encore aujourd'hui une autorité reconnu du monétarisme.

Ce livre est son journal entre 1939 et 1945.

Lui ne le sait pas (son journal a été très peu retouché) mais le lecteur le sait : son fils ainé (il en en a 5), Jean, son préféré (ça se sent), centralien dans la métallurgie, juste parmi les nations, sera tué par les Allemands à la bataille du Forez le 21 août 1944. Il existe toujours une médaille Jean Rist des industries métallurgiques.

Il est aisé de se moquer des RMS (les Résistants du Mois de Septembre) mais il ne faut pas oublier que les Résistants de l'été 44, pour tardifs (pas Jean Rist) qu'ils furent, se sont vraiment battus et ce fut l'hécatombe (comme en témoignent les monuments un peu partout en France). L'efficacité militaire de la Résistance armée fut pratiquement nulle (ce n'est pas le cas des réseaux de renseignements) mais elle a sauvé l'honneur.

Ce contexte étant posé, que pensè-je de ce journal ?

Il est passionnant.

Charles Rist a des propos extrêmement durs pour la bourgeoisie française, petite et grande. Plus que certains communistes ! Il saisit tout de suite que la défaite est due à l'incapacité du gouvernement et du commandement, qui fuient leurs responsabilités en accusant les tares supposées du peuple français.

Il est impitoyable pour les militaires qu'ils accusent d'incompétence dans leur métier, la guerre, par paresse intellectuelle et par obsession anti-communiste. Aucune imagination. Routine, carriérisme. Je ne suis pas totalement sûr que les militaires d'aujourd'hui soient beaucoup mieux. Il cite Mac Mahon « On sous-estime toujours le manque de courage des généraux ».

Très révolutionnaire républicain, anti-catholique et anti-réactionnaire, son côté protestant, c'est le seul domaine où il écrit des vraies conneries.

Mais sa compréhension de l'information rend modeste et c'est là qu'est l'intérêt.

C'est un homme très bien informé et aux analyses souvent justes.

Il a entendu l'appel du 18 juin. Il comprend tout de suite ce que le pétainisme a de plus rance et que l'hypothèse sur laquelle il repose entièrement, la défaite prochaine de la Grande-Bretagne ( « L'Angleterre aura le cou tordu comme un poulet » de ce crétin-traitre de Weygand), est erronée. Dès l'été 1940, il n' a aucun doute que les Etats-Unis rentreront en guerre un jour aux côtés de la Grande-Bretagne et que l'Allemagne sera vaincue.

A la publication du statut des juifs d'octobre 1940 (qui le scandalise), il comprend (mieux que 99 % des historiens de 2022 !) immédiatement ce qu'il doit à la pression des Allemands et à la volonté de leur complaire.

Il a des notes rétrospectivement amusantes : dès janvier 1943, il écrit que les généraux allemands survivants rejetteront leurs fautes sur Hitler. Ce que certains historiens de 2022 (de moins en moins nombreux, heureusement), qui se fient aveuglément aux témoignages d'après-guerre, n'ont toujours pas compris.

Il ne cesse de râler contre le manque de combativité des anglo-saxons par comparaison aux Russes. C'est marrant à lire en 2022 parce que cette critique a été entièrement effacée par Hollywood. Pourtant, tous ceux qui connaissent cette période savent que nos Alliés de l'ouest ont eu de gros problèmes de motivation des troupes, spécialement de l'infanterie, et de qualité des généraux.

Le culte de la force et l'esprit systématique des Allemands le mettent hors de lui. Il juge que ce sont des gens tout juste capables de créer des systèmes philosophiques abscons (Rist parle et lit couramment l'allemand) et des symphonies extraordinaires.

Et pourtant, il ne cesse de rapporter des bobards, qu'on appellerait aujourd'hui des « théories du complot », en constatant que ce n'est vraiment pas facile de faire le tri du vrai et du faux. C'est une leçon : quand on commente, on s'égare vite.

Cependant, avec quelques principes simples (les militaires français sont des crétins (1), les Allemands sont des abrutis, les anglo-saxons et les Russes sont tenaces), Rist arrive à des analyses et à des prévisions étonnamment justes.

Extrait :

On n'a pas suffisamment remarqué l'origine des dictateurs : Mussolini instituteur, Staline séminariste, Hitler médiocre dessinateur, fils d'un petit employé des douanes, Laval pion de lycée fils de bouchère. Tous de petits bourgeois à éducation primaire, de faux intellectuels : tous sans scrupules, pleins de ressentiments et de désirs refoulés de richesse, et doués d'une forte volonté, aidée de ruse. Pas de purs paysans, pas de purs ouvriers, pas d'aristocrates ni de grands bourgeois dans ce groupe. Passion du pouvoir et haine des gens plus heureux ou plus cultivés, avec le mépris des faiblesses des meilleurs et plus encore de leurs scrupules, nés de l'éducation ou de la tradition. Tous sans religion et méprisant les croyances religieuses.

C'est marrant : pour moi, cette description correspond exactement à Sandrine Rousseau, Anne Hidalgo, Eric Piolle (maire de Grenoble) ou Grégory Doucet (maire de Lyon) et à beaucoup de ministres actuels.

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(1) : c'est amusant quand on sait tout le mal que Churchill, de Gaulle, Staline et Hitler pensaient des militaires. C'était moins vrai aux Etats-Unis.    


jeudi, octobre 20, 2022

Louis XV (P. Del Perugia)

Paul Del Perugia (1910-1994) est un diplomate-historien.

Il annonce la couleur : on ne peut pas dire qu'il soit un grand démocrate. Pour lui, la démocratie est un régime tout juste bon pour des boutiquiers anglais mais certainement pas pour un grand peuple qui reçoit son destin de Dieu. Quant aux fameuses Lumières, je n'insisterai pas, il en pense la même chose que moi.

L'orphelin

L'enfance de de Louis XV commence fort mal, puisqu'à cinq ans, à la mort de Louis XIV, en 1715, il est orphelin de tout : de père, de mère, de frère, de grand-parents, d'arrière-grands parents. Atroce destin que celui de cet enfant sans famille proche.

Les Orléans, ces extrêmes-centristes, comme aujourd'hui les Bayrou et les Raffarin, dont le destin est toujours de trahir la France et de la mettre en danger de mort, rôdent, avides et hypocrites.

En France, le parti de la modération est toujours celui de la trahison.

Il est vrai que les modérés ne sont pas très modérés dans la modération. Ce sont des enragés de la modération, et donc la trahison (je vous renvoie au subtil distinguo des deux types de centrismes de Fabrice Bouthillier).

Sur son lit de mort, Louis XIV prend, pour son successeur, quelques unes des décisions les plus judicieuses de son règne.

Il ne se fait aucune illusion, il se doute bien que son testament en faveur de la régence du duc du Maine va être cassé par les orléanistes dès qu'il aura rendu son dernier soupir. Tout ce que le royaume compte de minables intrigants à la Voltaire, les ambitieux sans frein dans les salons et à la cour, les parlementaires, les robins, les épais bourgeois, les nobles frivoles et frondeurs, sont impatients de prêter la main à cette forfaiture et d'en recueillir les fruits sonnants et trébuchants.

Sur décision de Louis XIV, l'enfant-roi sera élevé au château de Vincennes, par Madame de Ventadour (« maman Tadour ») et par l'évêque de Fleury. C'est un coup de génie. La cour de Versailles se désintéresse de ce petit roi dont elle croit qu'il va être vite emporté par sa santé fragile. Il a donc une enfance presque normale, où l'on fait bien attention qu'il puisse fréquenter des enfants du peuple (ce petit-fils de province connait beaucoup mieux le peuple français, et l'aime beaucoup plus, qu'un bourgeois-bolchévique urbain d'aujourd'hui).

En 1712,  maman Tadour sauve le jeune duc d’Anjou lors d’une épidémie de rougeole en s’enfermant dans sa chambre pour empêcher les médecins (qui viennent de tuer son frère) d’approcher.

Fleury est de ces personnalités en apparence ternes, qui dissimulent une ambition d'acier si on leur donne l'occasion de la nourrir. Il protège le roi en arrière-plan. Quant la cour orléaniste commencera à voir en lui un danger dans la compétition politique, il sera trop tard pour elle. Louis XIV a été fin juge de l'évêque.

Le caractère de Louis XV se ressentira toujours de cette enfance sans protection familiale. Il craindra toujours les têtes nouvelles et gardera un fond de renfermement. Il est très pieux d'éducation et très inquiet de nature.

Le roi  

En 1725, à quinze ans, il épouse Marie Leszczynska, de sept ans son ainée, choix surprenant et pas très heureux. Mais elle fait l'essentiel pour la France : donner des successeurs, ce qui évite les dangereuses incertitudes dynastiques.

L'année suivante, le roi fait un coup de majesté comme ses aïeux Louis XIII et Louis XIV. Le premier ministre, le duc de Bourbon, imposé par les Orléans, passe la journée à la chasse avec le roi. Le soir venu, au pied de son carrosse, le capitaine des gardes lui remet une lettre de cachet pour l'exil avec les mots qui ont terrifié des générations de courtisans, les mêmes que Vitry à Concini, que d'Artagnan à Fouquet : « Par ordre du roi ! ».

Del Perugia est violemment anti-jésuite. Moi aussi (1). Concernant spécifiquement Louis XV, ils ont utilisé ses adultères pour lui faire un chantage absolument ignoble et, grâce à leur influence sur la reine, pour retourner la famille royale contre leur père. Ce sont des pourritures.

Louis XV souffrit beaucoup d’un problème qui commença à se manifester sur la fin du règne de Louis XIV : le désert d’hommes d’Etat. Il manquait de serviteurs de talent, notamment militaire. L’explosion de talents issus de la roture à la révolution fit bien voir où était le problème : ce que nous appelons l’ascenseur social était bloqué.

En 1745, Fontenoy est une victoire personnelle de Louis XV. Alors que la situation est mal engagée et que le maréchal de Saxe tergiverse puis ordonne la retraite, le roi fait donner sa maison et renverse le cours de la bataille, piégeant les Anglais trop avancés.

Louis XV est un authentique roi très chrétien. Sa piété a retardé de quelques décennies la catastrophique déchristianisation de Paris et des milieux intellectuels. L’Etat est déjà miné par la franc-maçonnerie, l’Eglise aussi. Comme aujourd’hui, la formation théologique des prêtres est lamentable (sauf que le pape n’est pas encore franc-maçon).

Louis XV contre l'Angleterre

C’est très simple : la lutte de Louis XV contre l’Angleterre, c’est le combat du Christ contre l’Argent. Si Louis XV a échoué, c’est par manque de soutien de l’Eglise de France, gangrenée par les jésuites. Il est dommage que Louis XV n'ait pas cherché dans l'Eglise plus de soutien contre les jésuites et contre les parlements dans la société française, il l'aurait sans doute trouvé.

Del Perugia est un farouche ennemi de Paris : « Cette ville est dirigée par des bateleurs, comme l’indique son blason. Chaque fois qu’elle a pesé sur le pouvoir, ce fut une honte pour la France ». Il trouve que Louis XIII n’est pas allé assez loin à Versailles, les rois de France auraient dû rester sur la Loire.

Nul doute qu’il souscrirait sans difficulté à l’explication d’Eric Zemmour de la propension des élites françaises à la trahison par le parisianisme.

Cette fâcheuse guerre perdue

Le gros reproche à Louis XV, c'est d'avoir perdu la guerre de sept ans.

Mais elle était déjà perdue quand elle a été engagée. Assurément, la Grande-Bretagne a eu des moments difficiles. Cependant, la France a été constamment trahi par sa bourgeoisie, l'ennemi était à l'intérieur.

Au Canada, le gouverneur Vaudreuil, commis des grands propriétaires, qui ne s'entendent pas si mal avec leurs compères anglais, a systématiquement oeuvré contre Montcalm, transformant des prouesses d'héroïsme en victoires sans lendemain et en défaites définitives.

Après la défaite et la mort de Montcalm sur les plaines d'Abraham, une éphémère commune bourgeoise, opposée au peuple, s'auto-proclame à Québec, juste le temps d'ouvrir les portes aux Anglais. Perugia voit là une prémice de cette révolution en gestation, bourgeoise et néfaste pour la France, qu'il déteste (j'aime bien le mot de Jean Dutourd : « Sous nos rois, il arrivait que les Français fussent malheureux mais la France n'était jamais en danger de mort. Sous la république, c'est l'inverse : il arrive que les Français soient heureux mais la France est sans cesse en péril mortel ». Et il n'a pas connu 2022 !).

Les Peaux-Rouges
Tiens, au fait, pourquoi ne nous parle-t-on jamais de repentance coloniale à propos du Canada français ? Parce que les Français étaient alliés des Peaux-Rouges. Le chef Pontiac a choisi de mourir sous le drapeau à fleurs de lys plutôt que de se rendre aux Anglais.

Des froidures du Canada à la moiteur de la Louisiane, les gestes héroïques d’amour pour la France se multiplient. On ne compte plus les sacrifices dignes d’images d’Epinal.

Pendant ce temps, les Anglais se demandent comment leur filer la variole.

Ce fut cela, la France américaine.

La racaille salonarde

Quant à la racaille des salons parisiens, les Voltaire et compagnie, chaque défaite de notre pays y déclenche des orgasmes.

C'est un crève-coeur de lire cela dans le détail : la trahison est à chaque page, tout ce qui abaisse et humilie la France est accueilli dans les salons parisiens avec enthousiasme, tout ce qui pourrait la relever est critiqué avec une acrimonie vétilleuse. Cette haine viscérale me rappelle beaucoup l'anti-gaullisme, la psychologie m'en semble identique. Le désir irrépressible de se coucher, de se rouler dans la fange, des âmes basses.

Le secret du roi et la revanche américaine

En 1763, au désastreux traité de Paris, le rire sardonique de Sade et de Voltaire a gagné la première manche. Dans cette défaite, beaucoup voient l’origine de notre lamentable révolution.

Louis XV, dans l’ignorance de Choiseul (à qui on a attribué à tort cette stratégie), travaille à séparer l’Amérique de l’Angleterre. Son successeur saura prendre avec éclat cette revanche.

S’appuyant sur une poignée d’hommes dévoués (Tercier, de Broglie, …), le roi cultive les ferments de discorde entre Boston et Londres et prépare cette flotte qui permettra à de Grasse de réussir la tenaille de Yorktown.

Cela a été très bien raconté par Gilles Perrault, se lit comme un roman.

Del Perugia se livre à un éloge étrange mais profond de Napoléon qui a compris ce que le destin des nations tient du sacré. Pendant la retraite de Russie, il confie « Si j’étais né sur le trône, si j’étais Bourbon, il m’aurait été facile de ne point faire de faute » (bien sûr, on vole là des kilomètres au-dessus du pathétique adolescent Macron, en proie à l’obsession de tuer le père, qu’il assouvit en ravageant la France).

La forêt et la chapelle 

Comme tous les Bourbons, Louis XV était fou de chasse.

C’était bien plus qu’un loisir : une union concrète avec la nature et le peuple de son royaume. Nos post-modernes « écolos » urbains sont mille fois moins unis à la nature que ce roi chasseur, ce n'est pas seulement une connaissance intellectuelle, c'est une union intime. Ce n'est pas leur yorkshire et leur quinoa qui changeront la donne.

Union avec la terre, union avec le ciel. C'est parce que Louis XV était très pieux que ses confesseurs jésuites qui lui furent imposés ont pu le persécuter au prétexte de ses moeurs. Coincé entre les  « philosophes » et les dévôts, le roi était dans une position très inconfortable.

La désignation de son dernier confesseur, le seul qu'il ait vraiment choisi, est exemplaire et pittoresque.

Louis-Nicolas Maudoux est issu du plus bas clergé, véritable produit de l'ascenseur social ecclésiastique (études de théologie, Sorbonne et compagnie).

Le roi, lors d'une de ses chasses, a discuté avec des ouvriers de Choisy (on remarquera que le roi de France discutait beaucoup plus souvent et beaucoup plus librement avec des ouvriers et avec des paysans qu'un Emmanuel Macron, puisqu'il était souvent presque seul, la course de la chasse dispersant son entourage, et cela deux fois par semaine) et ceux-ci lui ont raconté que leur curé était un saint homme. Renseignements pris, le voilà embauché et Versailles accueille avec curiosité un curé de campagne qui battra une sorte de record puisqu'il sera le confesseur de quatre rois ou futurs rois et d'une reine : Louis XV, Louis XVI, Louis XVIII, Charles X et Marie-Antoinette.

Sans le latin, sans le latin ...

Del Perugia déplore le déclin de l'enseignement du latin sous Louis XV.

De même qu'on dit que la syntaxe et l'orthographe sont les premières formes de pensée rigoureuse que rencontre l'enfant (c'est pourquoi ceux qui traitent l'orthographe de « science des ânes » sont ... des ânes), on peut considérer que le latin est une forme supérieure d'entrainement de l'intellect.

Pas étonnant que tous les nihilistes aient tenté (et réussi) à en éradiquer l'enseignement.

Cinq ans

Hier comme aujourd'hui, les magistrats, cette bourgeoisie urbaine de merde, sentencieuse, vaniteuse, fumeuse et irresponsable, mettent en péril la France (je n'ai jamais eu beaucoup d'estime pour les Montesquieu et consorts).

La réaction nobiliaire est une catastrophe pour notre pays.

En 1771, Louis XV, aidé du chancelier Maupéou, exile par un coup de majesté les parlements (et les remplace par de nouveaux, ceux que Beaumarchais, tête de linotte, ridiculisera). En 1774, son petit-fils Louis XVI (2), bon homme mais un peu concon, sous la pression de ce qu'on nommerait aujourd'hui l'opinion médiatique, les rappelle. Maupéou dira : « J'ai gagné au roi une querelle de trois cents ans. Libre à lui de la reperdre. » Plus trivialement, en privé : « Il est foutu ».

Cinq ans de vie, c'est en gros ce qu'il a manqué à Louis XV pour faire entrer cette réforme salutaire dans les mœurs et la rendre irréversible. Comme on dit, quand ça veut pas, ça veut pas.

Une catastrophe inévitable ?

Louis XV est pris dans une contradiction : ce fut 60 ans de règne sur le tout début de la révolution industrielle. La prospérité fait un bond, notamment l'agriculture (il y aura encore des inquiétudes frumentaires, mais plus jamais de disettes et de famines, malgré l'explosion démographique). Dans ces conditions où des fortunes gigantesques incontrôlables se créent (un peu comme aujourd'hui), comment le roi très chrétien peut-il lutter contre le règne de l'Argent ?

Le racisme libéral nordique

Del Perugia rappelle que les vertueux Nordiques qui faisaient l'admiration des « Lumières » étaient racistes comme jamais un méridional. Le pays le plus eugéniste après l'Allemagne nazie fut la Suède (maintenant, tous les pays sont eugénistes comme jamais, à cause du diagnostic pré-natal).

Le denier roi très chrétien

Le 10 mai 1774, Louis XV meurt de la variole, muni des sacrements de l'Eglise, après une agonie exemplaire. Non sans avoir déjoué un dernier complot des grands francs-maçons qui tentaient d'empêcher un prêtre de l'approcher (quel triomphe cela aurait été pour eux une mort royale impie).

Sa mort réjouit la bourgeoisie urbaine mais afflige le petit peuple.

Son image historique, construite par les scribouillards au service de la bourgeoisie, est déplorable et très injuste : comme ses ancêtres Louis XIII et Louis XIV, Louis XV avait un sens aigu de ses devoirs.

Mais l'essentiel était joué avant son accession au trône : la terrible querelle du jansénisme (le roi ordonnant de labourer les tombes de Port-Royal !) avait commencé à déchristianiser la France et la trop longue fin de règne de Louis XIV avait ôté sa vitalité à la royauté.



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(1) : leurs jésuitières ont détruit l’université française. De plus, les jésuites sont formés à l’hypocrisie et au goût du pouvoir. Ils sont théologiquement très douteux. Tout le monde a sous les yeux la catastrophe d’un pape jésuite.

(2) : encore une fois, un Bourbon qui se retrouve isolé faute d'une descendance suffisante. Autant les Capétiens avaient été bénis par une descendance toujours suffisante pour assurer un gouvernement stable de  la France, autant les Bourbons après le décès du Grand Dauphin (fils de Louis XIV) ont été maudits de ce point de vue.

lundi, octobre 17, 2022

Nécessaire ?

 Dans la video en pied de billet, Ariane Bilheran dit les choses suivantes :

1) Nous vivons un délire totalitaire qui ira jusqu'au bout. Il changera d'objet (COVID, puis Ukraine, puis « crise climatique », puis autre chose ...) pour ne pas que les gens se mithridatisent et se révoltent.

Mais le fond de tous les totalitarismes restera : l'homme n'est pas une fin mais un moyen, sacrifiable à un bien commun fantasmé, avec tous les comportements profondément immoraux, inhumains, génocidaires, au nom de ce bien collectif délirant, tels que nous avons déjà connus pendant la folie covidiste et que nous reverrons encore et encore.

Les prétextes (COVID, Ukraine, « urgence climatique » ...) ne sont que cela, des prétextes, même si les plus vulnérables y croient sincèrement. L'important, c'est la pulsion suicidaire, sacrificiel et sectaire, qui est commune à tous ces prétextes.

Certains voient superficiellement des incohérences (« Sauver des vies » pendant le COVID contre « Sacrifier des vies pour l'Ukraine ») mais la cohérence profonde persiste : toujours sacrifier les individus, sacrifier le bonheur de vivre, sacrifier les libertés.


La phrase d'Ariane Bilheran « On est coupable de vivre » va au cœur du problème.

A travers ses différents reproches (reproche de polluer, reproche de consommer de l'essence, reproche de transmettre le COVID, reproche de manger de la viande, reproche de ne pas vouloir cohabiter avec n'importe qui, reproche de se déplacer en voiture et en avion etc.), la caste nous reproche de vivre, elle a clairement un projet génocidaire (d'ailleurs les plus fous, Gates, Harari, Alexandre nous le disent ouvertement).

2) Le bout du délire totalitaire, c'est la destruction aussi totale que possible (pensez à l'Allemagne en 1945).

3) Ariane Bilheran se demande si l'humanité survivra à la guerre atomique qu'elle pense désormais inévitable. Physiquement, c'est certain : au fin fond de l'Afrique et de l'Amérique du Sud, il restera toujours des hommes après la guerre atomique, mais psychologiquement ne déprimeront-ils pas ? Ne se laisseront-ils pas mourir ? Feront-ils assez d'enfants pour que l'humanité survive ? L'espérance de vie de l'humanité est de 50 ans : si toutes les femems refusent de faire des enfants, au bout de 50 ans, elles sont

4) Enfin, Ariane Bilheran réfléchit : et si ce délire totalitaire était nécessaire (« nécessaire » ne signifie pas « souhaitable ») ? La nécessité étant la liquidation d'une civilisation décadente. L'empire romain noyé dans un esclavage délirant.

Cette question terrible mérite d'être posée.