jeudi, juin 17, 2021

Gigi

 J'aime bien cette comédie musicale de 1958, qui contourne avec habileté la censure sur un sujet scabreux, tiré d'une nouvelle de Colette.

Paris 1900. De riches oisifs s'offrent des poules (Liane de Pougy, Emilllienne d'Aleçon, la belle Otero, etc ...).

Le jeune Gaston Lachaille (Louis Jourdan), héritier d'un empire du sucre, s'ennuie à mourir. Il est entrainé à la débauche, par son oncle Honoré Lachaille (Maurice Chevalier), qui chante pis que pendre du mariage.

Gaston fréquente le petit appartement de Mamita, une ancienne maitresse de son oncle, chez qui il trouve un havre de tranquillité à l'écart de sa vie mondaine. Mamita est la grand-mère de Gigi (Leslie Caron), une jeune fille que Gaston considère comme une enfant, mais que Mamita et sa soeur éduquent dans le but de la transformer en demi-mondaine de haut vol.

Mais Gigi a un caractère entier et ne se prête pas à ces bassesses.

Bien entendu, Gaston finit par découvrir que Gigi est devenue une femme et veut en faire sa maitresse. Mais la fraicheur de Gigi le conquiert et il demande sa main à Mamita.

C'est finement construit et Leslie Caron est splendide.

Et c'est tourné dans le Paris d'avant Delanoë et Hidalgo.

 

 Allez, une photo d'Emilienne d'Alençon :




lundi, mai 31, 2021

Sections spéciales

Le 21 août 1941, le clandestin communiste endurci, ouvrier métallo (hé oui, il y fut un  temps où les communistes n'étaient pas des profs petits-bourgeois frustrés)  Pierre Georges, dit colonel Fabien, abat l'aspirant Moser à la station Barbès. C'est le début du cycle infernal attentat-répression-attentat que le Parti Communiste enclenche en toute connaissance de cause et sans souci des otages (les gaullistes y étaient opposés).

Digression : lire, dans Les vacances de la vie, le portrait qu'en fait Alphonse Boudard, simple troufion FFI. La mort accidentelle à 25 ans de ce militant de choc, en manipulant une mine, devait en arranger plus d'un, et pas seulement dans les rangs des anti-communistes rabiques.

Sous l'impulsion du très ambitieux ministre de l'intérieur Pierre Pucheu, le gouvernement de Vichy décide de devancer les représailles allemandes en créant les Sections Spéciales de la cour d'appel, des instances de jugement sans recours ni appel, avec des droits de la défense limitée, en vertu d'une loi rétroactive et antidatée, permettant de revenir sur la chose jugée, dont l'un des articles fut même laissé en blanc, à remplir ultérieurement.

Le prétexte, comme pour toutes les saloperies, est « le moindre mal », les Allemands étant supposés être moins sévères si des Français prennent l'initiative des représailles.

Costa-Gavras en a fait un bon film. Hélas, comme d'habitude, trop de propagande coco (le film se termine par un mensonge délibéré : il est faux d'écrire qu'aucune sanction n'a été prise contre les magistrats à la Libération).


Il est intéressant d'examiner les réactions devant cette forfaiture caractérisée, qui piétine tous les principes fondamentaux du droit.

Le garde des sceaux Joseph Barthélémy traine des pieds mais finit par accepter.

Le président de la chambre d'Aix en Provence Toussaint Pierucci se récuse en des termes sans ambiguïtés. Pour l'exprimer trivialement, il n'envoie pas dire ce qu'il en pense.

Le substitut général Maurice Tétaud s'acharne à demander les peines les plus légères possible, mettant ainsi en exergue l'iniquité de cette loi d'exception.
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D'autres, comme le conseiller René Linais, participent aux délibérations en refusant la mort.

D'autres magistrats enfin acceptent avec enthousiasme, y voyant une occasion d'avancement rapide. Ils sont souvent de mauvais calculateurs : ils croient que l'Allemagne va gagner la guerre.

Les condamnations des Sections Spéciales sont absolument iniques, même en tenant compte des circonstances politiques de l'époque (condamnation à mort pour un simple suspicion d'impression de tracts).

Ces Sections Spéciales ont pesé très lourd lors de l'épuration. Elles ont couté la vie à Pierre Pucheu (lors d'un procès manquant de sérénité et d'équité, mais dont le verdict était juste). Ce procès Pucheu, qui a eu lieu en mars 1944 à Alger, annonçait une Libération pas très riante.

Quatre magistrats des Sections Spéciales sont exécutés par la Résistance, cinq condamnés à mort par des tribunaux de l'épuration et deux peines exécutées.

De manière intéressante :

> le secret des délibérations a été levé pour les procès d'épuration de ces Sections Spéciales.

> des magistrats qui se sont opposés à la mort lors des délibérations de ces Sections Spéciales ont néanmoins été condamnés pour y avoir participé.

Ceux qui s'en sont sortis le cul propre ? Ceux qui ne se sont pas laissés aller à leurs haines et à leurs ambitions, qui sont restés fermes sur les principes du droit.

La leçon pour aujourd'hui ?

Les fonctionnaires, les magistrats, doivent trouver l'équilibre entre leur conscience, leur devoir d'Etat et leur obéissance. Et ne pas s'aveugler par idéologie ou par calcul.

L'autre leçon, c'est qu'il y a des gens qui, sous couvert de légalisme, sont prêts à participer aux pires atrocités (au hasard, expérimenter des thérapies géniques sur des enfants non malades).

dimanche, mai 30, 2021

La fin d'un monde (P. Buisson)

Patrick Buisson s'interroge sur la fin de l'homme de toujours, aussi vieux que l'humanité, le paysan enraciné, qui s'est produite entre 1955 et 1975.

Le bandeau de ce livre est sans ambiguïté : « C'était mieux avant ! ».

Mais la question est encore plus fondamentale que le simple mode de vie, c'est celle de la survie biologique. L'humanité n'a pas un avenir infini, elle a très précisément un avenir de 50 ans renouvelable : si toute une génération décide de ne pas faire d'enfants, 50 plus tard, toutes les femmes sont ménopausées et l'humanité est morte.

Or, avec l'avénement de l'homme-robot, qui ne veut ni donner la vie ni mourir, c'est ce qui nous arrive.

Patrick Buisson, avec son érudition et avec son style (non sans quelques préciosités), s'attaque à ce problème de notre temps (1).

Les instruments du Malin

Instrument de la destruction : la télévision, qui détruit les sociabilités traditionnelles, la veillée et le bistro. Buisson est assez intelligent pour nous épargner le couplet stupide « L'instrument (radio, télévision) ne compte pas, ce qui compte, c'est ce qu'on met dedans  ». La télévision mène naturellement à Hanouna comme le livre mène à la Somme Théologique. Dans un sens un peu détourné, le médium est le message.

Buisson traite la télévision de déifuge (qui fait fuir Dieu, qui refuse Dieu).

Instrument de la trahison : le concile Vatican II et tout ce qui tourne autour. A force de foutre des coups de pioche dans la Tradition, les modernistes ont réduit la pierre immuable en un tas de sable. Ce n'est pas un hasard si la répudiation par les pères conciliaires de la tradition de l'Eglise précède la révolution de ceux qui se veulent sans héritage (sans héritage autre que matériel -pour les Cohn-Bendit, le fric c'est important, on ne plaisante pas avec ça).

Fin de la paysannerie, fin du catholicisme

Finement, Buisson lie la fin de la paysannerie et la fin du catholicisme.

Le paysan n'a rien à voir avec l'agriculteur, technicien de la l'agriculture et applicateur de techniques agricoles, de même que le médecin n'a rien à voir avec le « soignant », technicien de la médecine et applicateur de protocoles médicaux (comme le délire covidiste nous permet de le constater quotidiennement, pour notre plus grand malheur individuel et collectif).

Le paysan a un lien ontologique à la terre, elle n'est pas un simple instrument de travail. C'est d'ailleurs pour cela que les paysans français de 1914 se sont sacrifiés pour défendre leur terre. L'Angleterre, déjà « dé-paysanisée », a eu plus de difficultés de recrutement (ce n'est pas seulement une question de conscription).

Le coup de grâce à la paysannerie française est la mécanisation articulée à l'endettement (merci le Crédit Agricole) qui fait entrer l'agriculteur dans le calcul des rendements, pour rembourser ses emprunts.

Buisson raconte un paysan à l'ancienne de 1960 qui met une semaine à arracher une haie à la main parce qu'il a refusé d'emprunter à son voisin la machine qui aurait fait le travail en une demi-journée. Mais il n'est pas endetté, il ne doit rien à personne (sauf à ses ancêtres et à ses enfants), il travaille à son rythme et se fout des rendements puisqu'il fait essentiellement une culture de subsistance. Il est en grande partie hors des circuits de la grande machine économique. C'est Hésiode.

Ce paysan est tout à fait à l'aise avec Dieu : il attend la bonne récolte de la Providence et non de savants calculs. Le calendrier liturgique est cohérent avec le calendrier des saisons.

C'est pourquoi l'assassinat de la paysannerie et celui de l'Eglise sont intimement liés.

L'ethnocide bienveillant

Pedzouille, bouseux, cul-terreux ... Les paysans ont intériorisé le mépris moderne dont ils sont l'objet. Leur « libération » s'est faite au nom de leur plus grand bien, de leur ascension sociale.

Au nom de la modernité et du progrès, ils ont été déracinés, les mées remplacées par des armoires en formica.

Buisson en profite pour accuser le modernisme gaullien.

Le krach de la Foi

La conjuration des théologiens français, les Congar, Maritain et compagnie a flingué la crédibilité de l'Eglise pour longtemps.

En effet, l'esprit du concile Vatican II (plus vaste que le concile lui-même) tient en deux choses :

1) Une hérésie caractérisée.

Sous prétexte d'oecuménisme, d'« ouverture » et de « tolérance », les pères conciliaires ont commis un reniement complet et sans bavure de la parole du Christ « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi ».

S'il y a d'autres chemins d'accès à Dieu que le Christ, l'Eglise n'a plus aucune raison d'être.

2) Un esprit d'innovation stupide.

Plus que l'ouverture de mauvais aloi, cette néophilie puérile a chassé les humbles des églises. Les gens ont beau être humbles, ils ne sont pas bêtes et se sont exprimés très clairement dans les enquêtes et les sondages de l"époque :

« Aujourd'hui, on nous dit que ce qu'on nous a enseigné toute notre vie était faux et que nous avons cru des fadaises [ce qui, au passage, témoigne d'un mépris à peine voilé des intellos pour les humbles]. Mais, si la vérité d'hier était fausse, pourquoi croirait-on celle d'aujourd'hui, enseignée par les mêmes ? ».

Avec la révolution des années 60, l'Eglise ne s'est pas ouverte au monde comme elle le croyait, elle s'est vendue au monde, elle s'est embourgeoisée et intellectualisée. Elle a chassé le peuple des églises en chassant les pratiques populaires (malgré les avertissement angoissés ou courroucés de clercs plus fins que la moyenne des intellos novateurs qui se pignolaient).

En évacuant le sacré comme une superstition archaïque, l'Eglise s'est vidée de sa raison d'être.

La boboïsation du clergé

La violence des débats pour ou contre le catholicisme populaire a été oubliée, cette question est pourtant fondamentale.

Il y a une raison sociologique à toutes ces diableries anti-populaires.

Les petits séminaires drainaient les talents des campagnes vers les grands séminaires. Le clergé était composé de paysans montés en graine et d'aristocrates.

Avec la généralisation des collèges publics, les petits séminaires ont disparu. Le clergé s'est urbanisé et embourgeoisé dans les années 50.

Or, il y a une une constance chez le petit-bourgeois, curé ou pas : il voue une haine viscérale au peuple dont il est issu (encore récemment, la passion destructrice des écolos ou la haine des Gilets Jaunes). On comprend mieux la guerre que les curés ont mené à leurs ouailles, certains allant jusqu'à dire à des paroissiens qui leur déplaisaient qu'ils feraient mieux de ne pas venir à la messe ! Evidemment, ce n'est pas tombé dans les oreilles de sourds et ils sont restés au lit le dimanche matin.

Et les églises sont vides.

Arius 2, le retour de la vengeance

Sur ce tirage de chasse sociologique, brode l'hérésie.

L'hérésie de Vatican 2, c'est tout simplement l'arianisme rejeté par le concile de Nicée en 325.

Jésus n'est pas Dieu fait homme mais seulement une apparence. Jésus n'étant plus Dieu fait homme, c'est Dieu déguisé en homme, sans la souffrance, sans les supplices. Ca devient alors juste un maitre de sagesse oriental.

Ca permet de se débarrasser de tous les mystères gênants  : le scandale de la croix, la rédemption et donc le péché originel, la confession. C'est bien pratique.

« Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (jusqu'à la mort) devient « Soyez sympas et ne vous engueulez pas trop ».

L'arianisme est un rationalisme, pas étonnant qu'il resurgisse au XXème siècle. Alors que la pente humaine va vers l'arianisme, qui est plus simple, moins dérangeant, il a fallu de la force d'âme aux pères du concile de Nicée (et à notre roi Clovis) pour le rejeter. Les pères conciliaires de Vatican 2 n'ont pas eu cette force d'âme.

La conséquence de cette perte de substance spirituelle majeure, Guillaume Cuchet l'a décrite avec une ironie mordante : « Dix ans de Dieu d'amour ont plus vidé les églises que dix siècles de Dieu sévère ».

Les gens n'ont pas changé de religion, ce sont les clercs qui ont changé la religion à leur insu ... et vidé les églises, tout à fait logiquement.

Nous sommes arrivés au bout du chemin : en 2021, l'Eglise de France est une ONG socialisante grande-bourgeoise, plus covidiste (hygiéniste) que chrétienne. Sauf quelques résistants façon village d'Astérix par qui l'Eglise renaîtra.

Heureusement, il y a eu des prophètes (parmi les francophones Mgr Lefèbvre, Bruckberger, Clavel) qui n'ont pas été entrainés dans les errements vaticanesques, cela suffit à préserver la flamme.

Dans les damnables innovations des années 60-70, on reconnaît les premiers craquements de la sécession des élites. Aujourd'hui, c'est une évidence que les évêques méprisent leurs ouailles, ça n'était pas si clair avant le délire anti-populaire des clercs passionnés d'innovation vaine.

Catalogue des horreurs : le Diable était-il au concile ?

Buisson fait un long, très long, catalogue navrant de tous les délires post-conciliaires.

Il y a tout de même des trucs assez marrants comme des mariages curé défroqué et bonne soeur décloitrée.

Il y a des choses plus sinistres. Par exemple, Soeur Sourire, vedette fugace, quitte le cloitre, milite pour l'homosexualité, sombre dans la dépendance aux médicaments et à la drogue et finit par se suicider.

Mais, sur le long terme, le plus dommageable, c'est la séparation du sacré et du social, au nom de la foi pure (encore un branlotage d'intellos dont on se demande bien ce qu'il peut signifier en réalité : beaucoup de gens venaient à la foi par les rites et non l'inverse).

Finis les patronages, les confréries, les kermesses, les masses de scouts. La foi est devenue tellement pure (mon oeil) que les enfants ne sont plus baptisés, que les couples ne se marient plus et que les églises sont vides.

De Gaulle, qui a oublié d'être con, confia, à la mort de Jean XXIII : « Il a ouvert les vannes et n'a pas su les refermer. Comment voulez vous qu'on croit en vous quand vous n'y croyez pas vous même ? ».

Inverser les causes

La thèse majoritaire, bien proprette, qui ne dérange personne, est que l'Eglise a été vidée par les évolutions de la société.

Intelligemment (il a la chronologie de son côté : Vatican II précède Mai 68), Buisson inverse le raisonnement : le clergé s'est urbanisé, il s'est livré à des masturbations intellectuelles de petits-bourgeois, il a saccagé la tradition et fait fuir le peuple. En cassant à la pelleteuse une des structures majeures qui faisaient tenir la société, l'esprit conciliaire a ouvert les vannes au grand n'importe quoi soixante-huitard.

Le meurtre du père

Là encore, Buisson inverse le discours lénifiant ... et faux.

Non, les lois des années 60 et 70 détruisant l'autorité paternelle et la famille ne sont pas une adaptation à l'évolution des moeurs. A l'époque, le travail féminin diminuait.

Ces lois sont issues d'un militantisme qui ne se cache pas de vouloir détruire le père et la famille (on fait semblant de l'avoir oublié. Ou on est tellement inculte qu'on l'a vraiment oublié). Comme par hasard, ce sont des revendications bourgeoises. C'était dans l'air du temps et c'est passé comme une lettre à la poste.

Et ça marche : détruire l'autorité paternelle pour détruire la famille pour détruire la société.

A la fin, que des ruines

Buisson passe plus de la moitié de son livre sur la déchristianisation, ce qui est tout à fait logique, puisqu'il considère (citation de Malraux souvent reprise par Zemmour) que la civilisation est ce qui se construit autour d'une religion.

Kaputt la religion, kaputt la civilisation.

La priorité, s'il fallait en choisir une seule ? La célébration ad orientem (que soutient le cardinal Sarah). En effet, elle est, en théologie et en liturgie, très lourdement significative (2).

Comme Buisson est un faux-jeton (c'est méchant, mais il le porte sur sa gueule), il raconte dans ses entretiens publicitaires que le bandeau « C'était mieux avant ! » est un choix de son éditeur (bref, il se défausse).

Pourtant, c'est la conclusion évidente à tirer de son livre.

Pour la première fois dans toute l'histoire de l'humanité, il y a des gens, nombreux, qui considèrent, que l'homme n'est que matière et n'a pas d'esprit et ceux ci sont au pouvoir.

Qu'est-ce que l'homme moderne ? Un type d'homme inférieur, abruti par les écrans et par la consommation, sans profondeur. Le bon sens paysan ne signifie pas que le paysan est plus intelligent mais que sa religion, sa culture et son mode de vie lui donnent une philosophie de la vie plus sage, plus en accord avec la nature humaine, plus riche de fruits et d'héritage.

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(1) : parce qu'il est Buisson, il ne peut s'empêcher de caser son couplet anti-gaulliste. En abandonnant l'Algérie, de Gaulle a été un deuxième Pétain. Il faudrait tout de même un jour que tous ces nostalgiques de l'Algérie française expliquent en quoi ce fut une trahison de la France d'abandonner cette terre qui n'a jamais été, et n'aurait jamais été, française, ni de race, ni d'histoire, ni de culture, ni de religion. La nostalgie du bon vieux temps des colonies ne fait pas un argumentaire. Tant de persistance dans l'aveuglement prête à rire.

(2) : dans la célébration traditionnelle, ad orientem (vers l'orient), toute l'assemblée (y compris les célébrants) est tournée vers le Saint Sacrement, présence réelle du Christ, posé sur l'autel. Le célébrant tourne donc le dos à l'assemblée, dans la position du pasteur guidant le peuple.

Inversement, la messe actuelle est le show du prêtre, face à l'assemblée, le Christ n'est plus le centre de l'attention. Le tabernacle est, physiquement, dans un coin.

Certains pensent même que ce changement d'orientation a contribué à faire fuir les hommes : de pasteur guidant le peuple (tous les hommes peuvent comprendre), le prêtre est devenu l'animateur d'une réunion Tupperware avec les copines.

jeudi, mai 13, 2021

Au temps du prince esclave, écrits clandestins (G. Fessard)

Livre passionnant (c'est le bonheur d'internet de trouver facilement et à bon marché ce genre d'ouvrages).

Recueil des écrits clandestins d'un théologien de grande réputation, le Père Gaston Fessard (non, toute l'Eglise française n'était pas pétainiste).

La ligne est gaulliste : un gouvernement sous la domination de l'ennemi n'est pas légitime et mieux vaudrait qu'il n'y en ait aucun. Tous les arguments justifiant le gouvernement de Vichy ne font pas le poids face aux arguments opposés.

Fessard ne se laisse absolument pas prendre à la fable christique du  « don » de la personne de Pétain à la France « pour atténuer son malheur ». Il connaît trop bien Pétain, son aigreur et son ambition personnelle (qu'oublient les défenseurs actuels de Pétain).

Fessard est bien plus dévastateur pour Pétain et pour les pétainistes que ne l'est de Gaulle. Parce qu'on ne peut pas lancer contre lui l'accusation spécieuse d'être un intrigant, un arriviste, un ambitieux manipulateur et diviseur, comme le font contre de Gaulle les pétainistes. Fessard ne peut pas être accusé de grand-chose par ceux qui veulent éviter d'entendre ses arguments.

L'intérêt de ces textes est que, même si certains sont destinés à une diffusion clandestine grand public, ils sont d'une haute tenue intellectuelle. Comme dirait un collègue, « ça envoie du steak » (on notera - toujours ma marotte du rapport complexe entre courage intellectuel et courage physique- que Fessard a combattu tout jeune entre 1915 et 1918 et de nouveau, plus vieux, en 1940).

Raymond Aron disait de de Fessard : « Si l'on se souvient de ses prises de positions successives, il est difficile de ne pas admirer sa clairvoyance et son courage ».

Evidemment, quelques passages ont des échos très actuels, nous sommes depuis longtemps, depuis Pompidou, gouvernés par des princes-esclaves, Emmanuel Macron n'étant que le plus esclave de tous.

Depuis le début, je classe le phénomène Macron sous la rubrique du « néo-pétainisme ». Je considère le vote Macron (premier, second tour, législatives, municipales, c'est tout un à mes yeux) comme une forme de trahison pétainiste.

J'aime bien le petit dialogue de Serge Federbusch :

_ Que représentent au fond que les Gilets Jaunes ?

_ Le patriotisme.

_ Et Emmanuel Macron ?

_ Le contraire.

Revenons au livre dont je vous parle.

Revenons même un peu avant.

Munich 1938 (je tire cela d'un autre livre de Fessard : Autorité et bien commun).

En 1938, Fessard est anti-munichois avec la bonne analyse, sauf qu'il ne va pas jusqu'à prôner fermement l'alliance russe (donc communiste). Certes, elle est sous-entendue dans le choix de s'opposer aux desseins hitlériens (le renvoi dos à dos par Fessard du nazisme et du communisme, qui lui vaudra quelques ennuis après guerre, est limpide. Mais il n'aurait pas du l'empêcher d'en tirer des conclusions circonstancielles).

Il écrit également (toujours aussi clairvoyant) que, si la France perd la guerre qui vient, il ne faudra pas qu'elle se compromette même si l'ennemi doit nous dominer pendant mille ans. Un peuple qui se compromet meurt, car il perd son âme, alors qu'un qui ne se compromet pas peut renaître plusieurs générations plus tard (la Pologne, l'Irlande, Israël).

C'est exactement l'argument de Churchill au printemps 1940 ! Comme quoi le gaullisme de Fessard (comme celui de de Gaulle !) n'est pas un coup de tête, il est mûrement réfléchi.

Vichy 1940 (là, c'est le temps du prince-esclave, pour ceux qui suivent mon billet alambiqué).

Dans les années de guerre, sa position est claire : l'outil du prince, qui justifie qu'on lui obéisse, est la souveraineté, grâce à laquelle il peut poursuivre le bien commun, à savoir protéger et faire prospérer la nation dont il a la charge.

Autrement dit, légitimité et souveraineté sont indissolublement liées. Les abandons de souveraineté sont nécessairement des abandons de légitimité.

La souveraineté est binaire : soit on est souverain, on peut oeuvrer pour le bien commun, soit on ne l'est pas.

Un prince qui n'est plus souverain, comme Pétain jadis, comme Macron aujourd'hui, n'est pas en droit d'exiger l'obéissance.

D'ailleurs, c'est bien ce qu'on voit avec Macron : pour se faire obéir, il n'a plus que la matraque, le procès, la prison et le fisc. Ou l'orgie de terreur épidémique avec la complicité des medias criminels. Il a perdu toute autorité parce qu'il n'a pas de légitimité.

En politique comme en justice, on ne peut arguer de sa propre bêtise. L'excuse « on pouvait pas savoir » est une lâcheté et une imbécilité, car  vous aviez le même accès aux informations que d'autres qui ont mieux choisi que vous. Les cathos qui ont voté Macron (que j'ai le plus grand mal à pardonner) sont responsables de toutes les saloperies macronesques, ils n'ont aucune excuse (1).

Je l'écris d'autant plus aisément que, si j'ai jugé dès le départ correctement Hollande et Macron, je me suis fait des illusions sur Sarkozy. Jamais je n'ai dit « je pouvais pas savoir », j'ai dit « j'ai été con, on ne m'y reprendra plus ».


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(1) : un « catho » qui vote Macron n'est pas catholique. Il pourra bien aller à la messe tous les dimanches et participer à des oeuvres, il ne sera pas catholique. C'est comme voter nazi ou voter communiste. C'est plus qu'un choix politique, c'est une conception de l'homme : Macron croit en l'homme infiniment plastique, qui peut s'auto-engendrer.

Si un électeur de Macron se croit catholique, c'est qu'il est égaré spirituellement. On n'imagine pas Bloy ou Bernanos votant Macron.


mercredi, mai 12, 2021

Bruckberger, l'enfant terrible (B. et B. Chovelon)

 Léopold (Raymond, en religion) Bruckberger est né en 1907.

Après une enfance difficile en Auvergne (père autrichien en fuite, mère très dure), il est ordonné prêtre dominicain en 1936.

Sergent mitrailleur dans le corps franc de Joseph Darnand en 1940 (les religieux, comme le frère Guérin à l'aile gauche française à Bouvines, ne faisaient pas semblant de partir à la guerre), il lui dit en novembre, après une soirée de discussion houleuse : « Vous prenez une voie (la collaboration) qui vous mènera au peloton d'exécution. Et je serai assez con pour venir vous défendre ».

En 1941, il appelle à la Résistance, la sanction de l'évêque de Nice le scandalise. Il écrit : « Les évêques n'ont pas tous les jours une Jeanne d'Arc à bruler. Monseigneur l'évêque de Nice fait ce qu'il peut  ».

Résistant, il finit par être emprisonné cinq mois (il n'apprendra que des années après la mort de Darnand que c'est grâce à lui qu'il a été libéré au lieu d'être fusillé). Evidemment, dès sa libération, il prend le maquis (dans le Vivarais).

Bruck rejoint Paris à l'été 44. Avec les services publics en grève, les morts ne sont plus enterrés. Notre bouillant dominicain va voir Parodi, le délégué de de Gaulle qui lui répond :  « Faites comme vous voulez. Je couvre toutes vos décisions. Les morts doivent être enterrés ». On est à des lieues de ce connard robotisé d'Edouard Philippe qui interdit les funérailles à cause d'un gros rhume (vivement que notre civilisation inhumaine meurt. Même les hommes des cavernes enterraient leurs morts).

Il accueille de Gaulle à Notre Dame, le 26 août 1944, pendant que ça tiraille encore sur les toits, après avoir expliqué au cardinal Suhard que ses fraîches complaisances pétainistes devaient le pousser à la discrétion (« Le Magnificat s'élève. En fut-il de plus ardent ? » Mémoires de Guerre)

Après guerre, il harcèle de Gaulle de demandes en grâce pour des collabos. Il assiste plusieurs condamnés à mort, dont Darnand. C'est très mal pris par certains extrémistes de l'épuration et l'ordre domincain se désolidarise lâchement de Bruckberger, au comportement pourtant très chrétien. Evidemment, il le prend mal. L'incompréhension s'installe, qui ne fera qu'empirer.

Il est connu de tout Saint-Germain des Près.

Il participe à l'adaptation de plusieurs films.

Il est mis en marge de son ordre (mais non exclu) parce qu'il vit avec sa maitresse. 

Pour lui donner l'occasion de se calmer, son ordre nomme « Bruck » aumônier de la Légion au fin fond du Sahara.

Au retour, après un passage de quelques années par les Etats-Unis, à l'écart du tumulte, il s'installe en France et, parce qu'il faut bien gagner sa croute, il fait le journaliste. Profession qui manque de discrétion.

C'est un violent adversaire de l'esprit moderniste dans l'Eglise (avec soixante ans de recul, on sait qu'il avait raison : les églises sont vides, et la moitié des rares qui continuent à aller régulièrement à la messe ont une foi bricolée tout à fait hérétique (1)).

Il dénonce les communistes mais aussi (ce qui est assez bien vu, avec le recul) les chrétiens dits sociaux (de sociaux, ils sont devenus socialistes, puis plus chrétiens du tout. L'état pitoyable, grotesque, de Témoignage Chrétien et des prétendus chrétiens de gauche est à pleurer. Les Mignard, la Croix et compagnie sont des naufrages intellectuels et spirituels).

Toujours la même histoire. Il vaut mieux un religieux aux moeurs douteuses et à la doctrine droite que l'inverse. Peu importe que Jorge Bergoglio soit chaste et économe, c'est un hérétique. On oubliera les moeurs de Bergoglio ; en revanche, le mal qu'il aura fait au dogme fera sentir longtemps ses conséquences néfastes.

Bien sûr, Bruck n'a jamais remis en cause le célibat des prêtres. Ceux qui prétendent que les problèmes de l'Eglise seraient résolus par le mariage des prêtres et l'ordination des femmes sont soit des imbéciles qui répètent un discours à la mode sans en comprendre les fondements anti-catholiques, soit (c'est plus grave s'ils sont dans l'institution) visent consciemment à détruire l'Eglise. D'ailleurs, les pasteurs protestants peuvent se marier et être des femmes, je ne sache pas que leurs temples soient plus pleins que nos églises.

Puis, Bruck déménage en Suisse avec sa nouvelle maitresse, il n'a pas dit la messe depuis des années mais il n'a pas perdu la foi, il est très tourmenté. A bout de ressources (ses livres anti-concile se vendent mal, il n'est pas à la mode), il est sauvé par une coalition de bienveillance des habitants du coin, qui s'organisent pour qu'il ne les quitte pas.

Il finit par se séparer de sa maitresse et par rejoindre une maison de retraite de l'ordre où il décédera à 91 ans.

On chercherait en vain des personnalités aussi truculentes et aussi profondément croyantes chez les tristes petits fonctionnaires du culte qui constituent la majorité (mais pas la totalité) du clergé de 2021. Il faut dire que la majorité a complètement perdu la foi au sens qu'on pouvait encore donner à ce mot en 1950 (le covidisme est un terrible révélateur de ces défaillances spirituelles mais aussi de quelques heureuses exceptions).

L'Eglise sera sauvée par les Bruckberger.

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(1) : je me base sur les sondages à propos de la croyance en la présence réelle, en la résurrection du Christ, en la résurrection de la chair et en la vie éternelle. C'est un désastre.

mercredi, mai 05, 2021

Le covidisme en un quart d'heure (video de JD Michel censurée par You Tube).


Vous ne voyez pas de motifs valables dans cette video pour la censurer ? C'est normal : il n'y en a pas.

Le Curé Enragé ayant été censuré par You Tube, il lit les clauses de You Tube à propos du COVID

C'est intéressant, je n'avais jamais fait cet effort.

La quasi-totalité des motifs à censure sont des connaissances démontrées ou qui méritent débat !

Efficacité de l'Ivermectine, comparaison COVID/Grippe, faible mortalité du COVID, effets secondaires des masques, inefficacité des masques, effets secondaires des vaccins, inefficacité des confinements, non-contamination des enfants ... C'est vraiment 1984, 2+2=5 !

mercredi, avril 28, 2021

La liberté guidait nos pas (J. Baumel)

 Jacques Baumel était un baron du gaullisme, maire de Rueil-Malmaison pendant 30 ans.

Mais, avant cela, jeune interne en médecine (il est né en 1918), il a été le secrétaire général des MUR (Mouvements Unis de Résistance) chargé de la sécurité.

Comme son ami Bingen, il décrit le grand bonheur d'être Résistant.

Il raconte cette scène digne d'un film, où Bingen (délégué pour la zone nord, il avalera sa pilule de cyanure dans les locaux de la Gestapo de Chamallières), Serreulles (successeur de Jean Moulin) et lui se rendent à un meeting de la Milice au Vel d'Hiv par curiosité, pour entendre ce qui s'y dit. Le torrent d'insultes déversé sur les gaullistes les met en joie.

Baumel est persuadé que, s'il avait été responsable de la sécurité de la réunion de Caluire, Moulin n'aurait pas été arrêté si facilement (et moi, je suis persuadé que certains ont été bien contents de se débarrasser de cette personnalité trop forte). Il peste contre la négligence de beaucoup de Résistants, l'absence trop fréquente de précautions élémentaires.

C'est Baumel qui eut à gérer les conséquences de la trahison de Multon (celui-ci a sans doute joué un rôle dans l'arrestation de Moulin, mais, comme le traitre a été fusillé à la va-vite, la question ne lui a pas été posée).

Il est sans pitié pour les fonctionnaires français qui ont participé à la Rafle du Vel d'Hiv (on ne peut pas l'accuser de juger de son fauteuil), il est particulièrement choqué par la rafle des enfants. Ces fonctionnaires auraient au moins pu s'abstenir. Quant au régime de Vichy et à ses hauts fonctionnaires qui ont légitimé la lâcheté de ces petits fonctionnaires, il n'a pas de mots assez durs. René Bousquet, le grand ami de Mitterrand, est traité pour ce qu'il est, un ignoble salaud.

Par contre, Baumel explique que les Résistants ont compris assez tard que les juifs n'étaient pas seulement maltraités en Allemagne mais exterminés.

La querelle Moulin-Brossolette

Jean Moulin et Pierre Brossolette ont beaucoup en commun : quadragénaires, socialistes, fortes personnalités, le coup de foudre pour de Gaulle.

Pourtant, leur querelle inexpiable trace le destin de la France jusqu'en 1958.

Jacques Baumel a eu la chance de recueillir les versions des deux acteurs.

De Gaulle a ordonné à Moulin de réveiller les vieux partis pour assoir sa légitimité face à cet abruti de Giraud, la marionnette des Américains. Brossolette veut se débarrasser des vieux partis, dans une optique qui annonce la Vème République.

Brossolette, aidé par Passy (le chef des services secrets de la France Libre) qui, bien qu'étant en théorie son chef, se montre faible, savonne la planche de Moulin auprès des mouvements de la zone nord.

Leur rencontre, d'une violence inouïe, est entrée dans l'histoire de France. Dans un immeuble plein d'officiers allemands, les deux hommes, qui vont mourir en martyrs à quelques mois d'intervalle (la Gestapo laisse Brossolette agoniser des heures sans soins. Expliquez moi qu'il faut être copains avec les Allemands), se hurlent dessus, s'invectivent. Moulin explique à Brossolette, en termes cassants, pour ne pas dire insultants, que son devoir est d'obéir,  pas de faire son petit caprice politique dans son coin. Il engueule Passy, lui donnant au une leçon de commandement : « Vous étiez son chef, vous deviez le faire obéir ».

Moulin, tout de même secoué, confie en sortant à Daniel Cordier : « Vous êtes un idéaliste, vous ne connaissez pas la politique : ces gens là ne respectent que la force ».

Bien sûr, c'est Moulin qui gagne. Il a légitimité d'un ordre direct de de Gaulle, il a l'argent et il a la meilleure analyse : la suite des événements prouve que les Français ne sont pas mûrs pour un changement de régime et que les mouvements de Résistance n'ont aucune consistance politique.

Portraits

Baumel dessine le portrait des Résistants qu'il a pu connaître en tant que secrétaire général des MUR : d'Astier, Frenay, Serreulles, Bertie Albrecht, Lucie Aubrac, Rémy, Bénouville, Renouvin, Delestraint ...

Au dessus de tous, par la lumineuse personnalité : Jacques Bingen. Beau-frère d'André Citroën, riche, centralien, mondain, il pouvait passer une Occupation paisible. Il est allé à Londres, où son talent lui vaut une place importante.

Pourquoi a-t-il demandé à être parachuté en France ? Le courage, le patriotisme, le besoin de payer de sa personne (Saint-Exupéry : « Je ne crois que les témoins qui se font égorger »). Ceux qui l'ont rencontré à cette époque le décrivent comme rayonnant. Dans une lettre à sa mère, il explique que filet se resserre autour de lui, qu'il y a peu de chances qu'il survive mais qu'il n'a jamais été aussi heureux.

Manquant son évasion de peu (Baumel pense que la Française qui l'a dénoncé dans sa fuite le prenait pour un voleur), il avale sa pilule de cyanure. Serreulles, décédé en 2000, ne s'est jamais totalement remis de la perte de son ami.

Bien sûr, il y a aussi la personnalité exceptionnelle de Jean Moulin, sa supériorité est manifeste : il suffit de comparer avec Emile Bollaert, lui aussi préfet, qui fut incapable, avec toute sa bonne volonté, de combiner les exigences de la politique, de l'administration et de la clandestinité. Ou Serreulles, grand bourgeois complexé par les communistes, qui se montre beaucoup trop complaisant avec leur noyautage. Ou Bidault (« un pion qui se comporte comme un pion »), qui se croyait l'égal de de Gaulle (!!!) et ne cessait d'essayer de le contrecarrer en douce.

Moulin, lui, en deux heures de conversation en tête-à-tête avec de Gaulle a tout compris.

En revanche, portrait aigre-doux d'Albert Camus, certes Résistant, mais beaucoup plus préoccupé par ses conquêtes féminines.

Pareil pour Malraux : timide Résistant, mais mythomane audacieux, il a beaucoup gonflé ses états de services. En revanche, il n'a pas volé sa médaille de Compagnon de la Libération : à la tête de la brigade Alsace-Lorraine à partir de septembre 1944, il a montré dans les Vosges en Alsace un courage qui est reconnu par les témoins.

Il parle aussi de Cavailles, le mathématicien, deux fois évadé, fusillé en avril 44, à la stature intellectuelle impressionnante (ses oeuvres ont inspiré les titres abscons des livres que lit Lino Ventura dans L'armée des ombres, comme Transfini et continu) et Michelet, le saint de Dachau, peut-être le seul ministre honnête du XXème siècle.

Le drame de Caluire

Le 21 juin 1943, Jean Moulin est arrêté dans la banlieue de Lyon, à Caluire, dans la maison du docteur Dugoujon.

Le mauvais destin s'en est mêlé : Moulin est en retard, la Gestapo aussi. Si Moulin avait été à l'heure, la réunion aurait été terminée à l'arrivée de la Gestapo. Si la Gestapo était arrivée à l'heure, Moulin aurait vu les Tractions en arrivant en retard.

Pour Baumel, il n'y a pas de mystère sur l'essentiel.

Si certains ont pu considérer qu'il y en avait un, c'est que René Hardy a eu après la guerre de bons avocats et l'appui du parti communiste, lors de ces deux procès ,et que les documents sont partiels.

Bénouville, adjoint de Frenay, est un intrigant (comme par hasard, un ami de Mitterrand) et déteste Moulin. Pour appuyer Aubry, le représentant de Combat à cette réunion fatale, il invite René Hardy sans prévenir Moulin, ce qui est contraire à toutes les règles de sécurité.

Or, il sait que Hardy a été arrêté deux semaines auparavant et que son évasion est plus que suspecte.

En effet, Hardy (responsable du plan de sabotage des voies verrées qui dépasse de beaucoup ses capacités) s'est pris d'un amour de collégien pour Lydie Bastien, qu'il emmène à tous ses rendez-vous (là encore, à faire se dresser les cheveux sur la tête d'un responsable de la sécurité). Celle-ci n'inspire aucune confiance (après guerre, elle avouera avoir fréquenté ce nigaud d'Hardy pour complaire à son amant allemand - quand je vous dis qu'il n'y a guère de mystère).

Le minimum pour Bénouville aurait été de lui ordonner de se mettre au vert, certainement pas de lui faire tenir le rôle d'invité surprise dans une réunion avec le grand chef.

Bénouville (qui fera une belle carrière comme homme d'influence de Dassault) et Aubry ont été d'une négligence coupable, voire bien pire. Moulin n'a pas été victime seulement de l'habileté de la police allemande mais des divisions et des haines de la Résistance.

Cela fait la puissance symbolique, presque psychanalytique, de cette arrestation. Rex était le pseudonyme de Moulin (pas un hasard je suppose). Comme si Louis XVI avait été guillotinée une deuxième fois.

Après-guerre

Baumel est tellement déçu par l’après-guerre qu’il se demande si de Gaulle n’aurait pas dû écouter Brossolette et liquider les vieux partis.

Cette réflexion est à mettre en parallèle avec la plainte récurrente de de Gaulle qu’il lui a manqué dix ans. Si les réformes de 1958 avaient été faites en 1945, la France d’aujourd’hui serait bien différente.

Je pense que cette hypothèse est illusoire : les Français étaient trop épuisés pour supporter un bouleversement politique qui aurait retardé la remise en route et les douze ans perdus de traversée du désert ont maturé les esprits.

vendredi, avril 23, 2021

La liberté souffre violence (E. de Miribel)

 Elisabeth de Miribel est de ces caractères en acier trempé qui manquent tant à la jeunesse française d'aujourd'hui (je peux aussi citer, au hasard, Brigitte Friang ou Jeanne Bohec).

Elle est connue pour avoir dactylographié l'Appel du 18 juin, mais elle vaut mieux que ça.

Issue d'une famille de militaires, descendante directe de Mac Mahon, à 22 ans (née en 1915), elle part en Suisse s'occuper d'enfants handicapés mentaux après que sa famille lui eut expliqué qu'une jeune fille de bonne famille ne fait pas ces choses là (les Résistants de 1940 sont souvent des rebelles dans l'âme).

Elle randonne et varappe en Autriche et découvre les joies du nazisme.

Comme elle demande à faire oeuvre utile en 1939, on l'envoie à la mission française de Londres et c'est naturellement, alors que tous les autres commencent à se débiner, qu'elle se retrouve à taper l'Appel.

A 27 ans, elle  est nommée représentante de la France Libre au Québec, très pétainiste. Elle reçoit une lettre de reproches de sa mère (une jeune fille de bonne famille, etc). Elle fait quelques tournées de propagande aux Etats-Unis.

C'est trop calme, elle demande à être envoyée comme correspondante de guerre en Italie. Puis à suivre Leclerc. Qui lui répond qu'il ne veut pas s'encombrer de journalistes et encore moins de femmes, mais que, si elle arrive à le rejoindre, il la gardera. Qu'à cela ne tienne, elle saute dans le bureau de de Gaulle et en ressort avec une lettre de recommandation, puis c'est la course poursuite dans la France en guerre qui lui permet d'arriver juste à temps pour la libération de Paris. Elle assiste à la bataille de la Croix de Berny, de Fresnes et d'Antony.

Dans Paris en folie, elle a un accident de voiture avec un convoi de la garde républicaine. Ce qui lui vaudra par la suite de toujours connaître au moins un garde républicain lors des réceptions officielles !

Elle est ami avec Malraux, à qui elle en bouche un coin. De Gaulle la tenait en haute estime, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

En 1949, elle entre au Carmel. Elle en ressort en 1954, officiellement pour raisons de santé. En réalité, elle s'est trouvée sous la coupe d'une prieure manquant singulièrement de finesse, qui l'a épuisée, au physique et au moral.

Elle reprend son poste au ministère des affaires étrangères.

L'administration du Quai d'Orsay mettra 17 ans à reconnaître ses services pendant la guerre (les bureaucrates attentistes et pétainistes se vengent des gaullistes). C'est bien entendu le retour au pouvoir de de Gaulle qui débloquera la situation : les bureaucrates sont mesquins et méchants, mais pas très courageux.

Elle finit sa vie en écrivant quelques livres.

vendredi, avril 16, 2021

L'énigme Pompidou-De Gaulle (A. Teyssier)

 J'apprécie les bouquins d'Arnaud Teyssier, bien qu'il écrive « de Gaulle », avec une minuscule.

Il a été maintes fois démontré que le « De » de « De Gaulle » est d'origine hollandaise comme « De Vries » avec une majuscule et non pas le signe français de noblesse comme « de monte-là-dessus-et-tu-verras-mon-cul » de n'importe quel connard mal baisé fin de race dégénéré du XVIème arrondissement, dont l'ancêtre est allé se faire chier aux croisades (s'il avait su que ses descendants tarés deviendraient des bourgeois parvenus en pire, il se serait directement empalé sur son épée plutôt que de s'emmerder à crapahuter jusqu'à Jerusalem sous un soleil de plomb). Ignorer cela en 2021, ça la fout mal.

Addendum : je ne retire pas un mot de ce que j'ai écrit ci-dessus mais il apparaît que Charles De Gaulle signait avec une minuscule. Ce qui prouve juste qu'il ne connaissant pas l'origine de son nom.

Attaquons.

L'énigme

L'énigme de la relation Pompidou / De Gaulle est non pas la séparation de la fin des années 60 mais leur réunion préalable.

Qu'est ce qui pouvait bien réunir l'homme du nord et l'homme du sud, le soldat et le paysan, le saint-cyrien et le normalien, le connétable et le jouisseur, le Résistant et l'attentiste, l'homme du destin et le grand bourgeois ?

Leur séparation est avant tout affaire de génération : par son vécu (la Revanche, la guerre de 14, celle de 40), De Gaulle avait toutes les raisons de ne pas composer avec le monde (au sens religieux), alors que Pompidou a fait une carrière honorable et n'avait aucune raison de s'opposer au monde.

Pompidou savait en théorie que l'histoire est tragique (ce qui creuse déjà un abime avec nos politiciens contemporains qui ne savent rien de rien), De Gaulle l'avait éprouvé en pratique.

De Gaulle a dit avoir pensé au suicide en septembre 1940, après l'échec de Dakar.

Ce qui distingue De Gaulle est l'effrayante solitude. Pompidou n'a jamais pu s'y résigner, il avait le grand défaut de tous les politiciens contemporains : il voulait être aimé. De Gaulle n'a jamais eu ce genre de préoccupations. Il traçait sa route, seul ou presque.

René Cassin, juriste, ancien combattant, grand mutilé de guerre, raconte ce dialogue à l'été 1940, au moment de négocier avec les Anglais le statut de la France Libre :

Cassin : Nous sommes bien d'accord. Nous ne sommes pas une légion française.

De Gaulle : ...

Cassin : Nous sommes la France.

De Gaulle : Bien sûr.

Et Cassin de conclure avec humour  : « Quiconque nous aurait écoutés par le trou de la serrure en aurait déduit que nous étions bons pour le cabanon ».

A ce moment, De Gaulle rechignait aux engagements de militaires (été 1940 !!!!) pour ne pas apparaître comme le chef d'une légion.

Face à ce moine-soldat, le discret Pompidou fait figure de fêtard exubérant.

L'intelligence

Pompidou était d'une intelligence supérieure, lumineuse. Tous, même ses ennemis, le reconnaissent.

Ses écrits sont un délice : droit à l'essentiel, nets, sans fioritures. On est à des années-lumière de la verbosité creuse d'un Macron.

Sa célèbre lettre sur les arbres aux bords des routes montre bien son style (quand on lit combien il est énervé par l'abattage de quelques arbres, on n'imagine pas sa colère face à nos horribles éoliennes).

Son intelligence lui a permis, contrairement à beaucoup d'autres, de trouver la bonne distance par rapport à De Gaulle : ni servile, ni indépendant (« Je ne respecte que ceux qui me résistent. Malheureusement, je ne les supporte pas. » Charles De Gaulle).

A la question « Qu'est-ce qui réunissait Pompidou et De Gaulle malgré leurs différences ? », la réponse est là : l'intelligence. De Gaulle, comme tous les grands chefs, savait attirer les talents (ce critère juge à lui seul nos derniers présidents) mais il en avait peu du calibre de Pompidou.

L'attentisme de Pompidou est une autre énigme. Il explique qu'il avait des sympathies pour la Résistance mais que l'occasion de s'engager concrètement ne s'est pas présentée. Venant d'un homme comme lui, c'est du foutage de gueule.

L'intelligence de Pompidou était aussi sa limite : elle l'empêchait souvent de passer à l'action (sans doute l'explication de sa non-Résistance). Pour qui voit loin et de haut, à la manière boudddhique, toutes les actions humaines tiennent toujours un peu de la vaine agitation. Il gardera un côté professeur de lettres.

Il manquait parfois d'intuition. Il ne croyait pas au retour au pouvoir du Général car il jugeait cet événement trop irrationnel.

Une des raisons de De Gaulle de s'attacher Pompidou est sa non-Résistance : les héros au sale caractère, bardés de titres de gloire, sont encombrants. Leur indépendance d'esprit est contradictoire avec l'obéissance, même si bien des Résistants se seraient faits tuer pour lui (à commencer par ses gardes du corps, tous anciens Résistants).

De Gaulle détestait ces Résistants qui croyaient avoir des droits sur lui. Avec Pompidou, il était tranquille.

La séparation

Dans une lettre à De Gaulle de 1959, quand il retourne dans le privé pour la dernière fois, Pompidou pointe sa différence avec lui : il n'est pas un homme du destin.

Pompidou n'est que supérieurement intelligent. De Gaulle est un visionnaire.

Comme les deux hommes ne sont pas médiocres, leur séparation se fera sur l'essentiel.

Pompidou voulait faire de la politique ordinaire, car il estimait que le temps des aventures épiques était passé. De Gaulle pensait que la France roulait vers la médiocrité (il avait assez bien anticipé l'esprit de notre époque) et que le temps lui était compté pour créer les derniers outils qui permissent aux Français de contrôler leur destin, s'ils le souhaitaient.

De Gaulle a plusieurs fois regretté qu'il lui manquât dix ans, c'était assez bien vu.

Pour De Gaulle, l'ordinaire n'était qu'une modalité de l'extraordinaire.

Beaucoup (à commencer par Pompidou et par les Français) ont cru que la participation était une lubie du Vieux. La participation gaullienne ne devait pas être une simple distribution d'actions mais « changer la condition sociale des ouvriers ». 

Pompidou a freiné des quatre fers.

Pompidou avait pourtant aussi bien compris que De Gaulle le potentiel inédit d'asservissement de la déchristianisation et de la société de consommation. Il a des pages très noires dans Le noeud gordien (malgré ses accès de dépression, De Gaulle est plus un guerrier, plus optimiste, que Pompidou).

Mais le lien de la participation avec cette idée générale de la décadence à arrêter quand il en était encore temps lui paraissait fumeux.

Il faut dire que De Gaulle n'a pas aidé. Il avait sur la participation les idées moins claires que sur d'autres sujets.

Mai 68

Les « zévénements » (comme disait Coluche) cristallisent ce désaccord de plus en plus marqué.

De Gaulle veut faire tirer dans les jambes des manifestants (flinguer Cohn-Bendit, qui peut penser que ce fût une mauvaise idée ?), les « raisonnables » l'en dissuadent.

Rappelons que, dans la philosophie politique gaullienne « raisonnable » signifie « faux intelligent, mou du genou, petit arrangeur, trop lâche pour peser sur les événements profonds -ceux qui comptent, centriste (l'insulte suprême) ».

Avec le recul, il est facile de voir que De Gaulle avait raison. Mai 68 était bien une crise de civilisation.

Mais, sans voir si loin, comprenons bien que le « raisonnable » Pompidou ne se sortait pas de cette crise qui n'en finissait pas de finir, et c'est le coup de majesté, en apparence fou, de De Gaulle disparaissant à Baden-Baden (Pompidou lui en voudra de ne pas l'avoir prévenu) qui a sauvé la situation.

C'est impossible que De Gaulle n'ait pas pensé à cela : le coup de majesté, comme on l'appelait sous l'Ancien Régime. L'assassinat du duc de Guise, l'assassinat de Concini, l'arrestation de Fouquet, l'exil des parlements : tous les moyens par lesquels le roi reprend par surprise son pouvoir menacé. Ce que, hélas, Louis XVI n'a pas su faire.

Rappelons les événements : le 28 mai, De Gaulle annonce qu'il annule le conseil des ministres du lendemain et part se reposer à Colombey. Le 29 mai au matin, les deux hélicoptères partent de Villacoublay mais personne ne les voit arriver à la Boisserie. On sait qu'ils se sont arrêtés, pour se ravitailler, puis plus rien De Gaulle a disparu.

A Paris, c'est la panique, courent les rumeurs les plus folles : De Gaulle s'est suicidé, il est parti chercher l'armée, etc. Mitterrand fait une conférence de presse, qui le discréditera pour longtemps, pour dire qu'il est prêt à assumer le pouvoir.

A 18h15, De Gaulle réapparaît à Colombey, on apprend qu'il est allé voir Massu à Baden-Baden.

Le lendemain, il fait une allocution à la radio, une de ses meilleures.

La suite est connue : manifestation monstre de soutien sur les Champs-Elysées, élections législatives écrasant l'opposition.

Le révolutionnaire et le banquier

Un jour, De Gaulle lança aux communistes « Le seul révolutionnaire, ici, c'est moi ! ».

Pompidou prend cette boutade au pied de la lettre. Selon lui, la principale qualité de De Gaulle et son principal défaut sont qu'il n'est pas pragmatique (contrairement à une vulgate répandue chez beaucoup de gaullistes disant que De Gaulle n'a pas de théorie, qu'il est un pur pragmatique. C'est un contresens absolu - bien pratique pour trahir le gaullisme, d'où sa popularité chez les pseudo-gaullistes) il ne se laisse pas plier par l'événement. Autant  qu'il peut, c'est lui qui plie l'événement à son but.

On n'est pas sûr que De Gaulle a lu Le Guépard mais on est sûr qu'il a vu le film (comme je n'ai pas trouvé la scène que je voulais vous montrer de « Il faut que tout change pour que rien ne change  »,  je vous mets le bal. C'est évidemment hors sujet) : 



De Gaulle a une capacité à saisir la bonne occasion extraordinaire. Pompidou le décrit comme un acteur qui attend en coulisses et bondit sur la scène quand il sent que son heure est venue, prenant tout le monde de court.

C'est pourquoi De Gaulle a toujours contre lui tout ce qui a peur du changement : les grands bourgeois,  les petits bourgeois, les corps constitués, les institutions, les syndicats, les églises, les patrons, les banquiers, les rentiers, les militaires, les juges, les avocats, les fonctionnaires, les sapeurs-pompiers, les gardiens de phare, les cheminots, les bouilleurs de cru, les comices agricoles, les fanfares municipales, les clubs de bridge, les sociétés de danse etc. Alors qu'est-ce qui lui reste ? Cette petite chose, le peuple.

Non seulement De Gaulle, mais le gaullisme : De Gaulle et Pompidou sont d'accord pour considérer qu'il y a dans la bourgeoisie français une veine violemment anti-nationale. En 2021, le macronisme en est une preuve éclatante (les gens qui ont voté Macron -premier ou second tour, c'est égal- et qui me disent « Mais tu sais, je me fais du souci pour la France », j'en connais une dizaine, me font éclater de rire. J'en profite, les occasions de rire sont peu nombreuses) mais le macronide n'est que le dernier clou du cercueil, les candidats de la bourgeoisie Giscard, Chirac, Sarkozy et Hollande ont fait leur part pour détruire le gaullisme, c'est-à-dire la France.

Bien que faisant cette analyse, Pompidou ne peut s'empêcher de se laisser plier par l'événement, de tomber du coté de ceux qui ont peur du changement.

C'est cruel de le réduire à son passage à la banque Rotschild mais il y a tout de même de ça.

L'essentiel, c'est que de Gaulle donnait à la politique une dimension religieuse (pas étonnant que le Testament politique de Richelieu ait été réédité pour la première fois depuis un siècle et demi sous son premier septennat) selon un modèle évident : le roi de France. D'où la solitude.

Il aurait pu reprendre le mots de Louis XV, lors de la séance dite de la flagellation (3 mars 1766), où il ramène (momentanément, hélas) les parlements rebelles (putain de juges de merde) à l'obéissance :

« Comme s’il était permis d’oublier que c’est en ma personne seule que réside la puissance souveraine dont le caractère propre est l'esprit de conseil, de justice et de raison. Que c’est de moi seul que les Cours tiennent leur existence et leur autorité. Que la plénitude de cette autorité qu’elles n’exercent qu’en mon nom, demeure toujours en moi et que l’usage n’en peut jamais être tourné contre moi. »

Evidemment, Pompidou était un politicien ordinaire, même s'il était de qualité supérieure.

L'affaire Markovic en rajoute.

A l'été 1969, le cadavre d'un garde du corps d'Alain Delon est découvert dans un bois. De fil en aiguille, nait la rumeur de la participation de Mme Pompidou à des partouses, avec des photos grossièrement truquées à l'appui. Tout Paris s'en gausse. Pompidou est blessé jusqu'à l'âme. D'autant qu'il estime que De Gaulle ne le défend pas comme il devrait.

Pour autant qu'on le devine, l'opinion de De Gaulle tient en deux points :

1) Un homme d'Etat doit être indifférent à ces bassesses.

2) Pompidou paye ses mauvaises fréquentations (Saint Tropez, l'art contemporain, le cinéma ...). Il est vrai qu'on imagine mal Mme De Gaulle dans des parties de jambes en l'air ! Il se dit d'ailleurs que Mme De Gaulle a pesé sur son époux pour qu'il soutienne plus fermement son ancien collaborateur.

Le reférendum-suicide ?

Le sujet du référendum de 1969 est compliqué.

De Gaulle veut préserver l'unité nationale dans une société qu'il sent devenir individualiste (ce n'est pas nous, en 2021, alors que la nation a disparu et que le peuple français est en voie de disparition, qui le contredirons).

Son projet :

1) suppression du Sénat et transformation du conseil économique et social en deuxième chambre pour faire remonter les revendications de la base.

2) régionalisation sous l'autorité des préfets (pour ne pas créer de féodalités). Ce n'est pas la décentralisation mitterrandienne.

On a beaucoup dit que c'était un référendum-suicide. Mais, en réalité, De Gaulle aurait pu gagner si Pompidou ne lui avait pas subtilement savonné la planche.

Jean d'Ormesson, toujours beaucoup plus grand bourgeois hypocrite qu'aristocrate (voir ma tirade sur les aristos dégénérés fin de race au début de ce billet), a décrit son lâche soulagement à l'annonce de la défaite au référendum : enfin, avec « Georges et Claude », la belle vie bourgeoise, pleine de sales magouilles anti-nationales, allait pouvoir reprendre, comme si ce trublion de De Gaulle n'avait pas existé.

La conclusion ? Elle vient en 1976, lors d'un colloque rassemblant les protagonistes (Michel Jobert, conseiller de Pompidou, Bernard Tricot, secrétaire général de l'Elysée, etc.), ils tombent d'accord pour dire que « le projet du référendum était révolutionnaire ».

Au fond

Chateaubriand a écrit (repris par De Gaulle dans les Mémoires de guerre) qu'on mène les Français par les songes.

Pompidou avait bien des qualités, mais il n'a jamais pensé que sa mission était de mener les Français par les songes.

Or, il y a dans la pure raison un fond destructeur par assèchement, par étroitesse. Le rêve est, en politique, ce qui permet de voir plus loin que le bout de son nez.

C'est une manière d'envisager la vie : De Gaulle se vit comme un pasteur biblique, qui protège son troupeau des loups, le roi David menant les tribus d'Israël au combat, pas une gentille élégie pastorale au son de la flute avec banquets électoraux.

De Gaulle était un guerrier, pas Pompidou.

On a comparé les bibliothèques : beaucoup d'histoire chez De Gaulle, beaucoup de littérature chez Pompidou.

La trahison, c'est après.

Quelles que fussent les fractures entre De Gaulle et Pompidou, la vraie trahison vint après eux.

Giscard était une taupe de l'OAS dans l'entourage de De Gaulle et son âme damnée Poniatowski détestait le gaullisme.

Mitterrand, pas la peine d'en parler.

Quant à Chirac, Teyssier écrit sobrement qu'il n'avait rien de gaulliste en lui (n'oublions pas que le fameux « Arrêtez d'emmerder les Français ! » de Pompidou s'adressait à son jeune secrétaire d'Etat à l'emploi, nommé Jacques Chirac).

Après Chirac, il n'est même pas utile de retenir les noms.

Réconciliés par delà la mort

Sous le poing de pierre de la maladie, Pompidou a fini par comprendre, personnellement, que le pouvoir est un sacrifice et non une jouissance (Richelieu toujours) et, politiquement, que la France est toujours menacée de chute.

De Gaulle et Pompidou se rejoignent dans l'esprit du discours de Soljenitsyne, de 1976, Le déclin du courage : l'Occident, et spécialement la France, est toujours menacé de disparition quand il renonce au courage d'être conquérant.

Nos trois derniers présidents sont des psychopathes qui sont arrivés au pouvoir par esprit de jouissance, parce qu'ils n'ont jamais surmonté leur frustration de ne pas pouvoir coucher avec leur mère (même si le dernier est allé plus loin que les autres dans sa tentative d'accomplir ce fantasme).

Le sauveur, si nous le trouvons,  refusera le pouvoir, nous irons le chercher sous son lit comme Charrette.

En attendant, il faut pas lâcher prise, comme répétait De Gaulle.


vendredi, avril 09, 2021

Le seigneur des anneaux (DVD)

 J'ai regardé la trilogie du Seigneur des anneaux en DVD, version longue.

Bof, bof.

Les effets spéciaux sont impressionnants mais ce n'est pas spécialement ce que je recherche dans un film.

Le premier épisode, ça va.

Les deux autres, ça tourne en rond.

C'est toujours le même cirque : des gentils en nette infériorité numérique se font péter la gueule par de très nombreux méchants, qui ont une tête à avoir mangé du poisson vraiment pas frais (je serais Orc, je vérifierais mon congélo. A mon avis, il déconne grave).

Je soupçonne d'ailleurs les Orcs d'avoir très mauvaise haleine (à aucun moment dans le film, on évoque Hollywood chewing-gum chlorophylle).

Puis, la cavalerie arrive in extremis et sauve les gentils. Répétez 3 ou 4 fois et vous avez 10 heures de film.

Bref, je me suis bien fait chier. Surtout dans les 8 dernières heures.

A part un adolescent inculte en quête de sensations faciles (certes, les choses étant ce qu'elles sont, cette description correspond aux 3/4 de la population française), je ne vois pas qui ça peut intéresser.