mercredi, janvier 13, 2016
Aude de Kerros: «L'Art contemporain ? Une imposture»
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Comment est-on arrivé aujourd'hui à un tel dirigisme ?
Par une révolution de type bolchevique, quoique non sanglante. La bureaucratie a mis en œuvre le principe «bienfaiteur» de la table rase en imposant des fonctionnaires sans formation artistique. Le choix du conceptualisme permet à tout le monde d'être artiste. Il n'est plus besoin de talent ou de savoir-faire, de culture. On est passé d'un pays de grande liberté où toutes les tendances de l'art et de la pensée étaient présentes, à un système où la pensée publique est contrôlée. Les comportements libertaires privés sont encouragés, mais il y a un encadrement fort des lettres et des arts.
Et personne pour s'en formaliser ?
En quarante ans, les contre-pouvoirs se sont noyés dans un discours commun informe, et la légitimité de l'intellectuel ou de l'artiste autonome a disparu. Sa voix ne porte plus quand elle parle le langage de l'art, qui s'adresse à l'imagination, à la mémoire, au cœur. L'Art contemporain procède par choc, par transgression, par sidération, par intimidation. La liberté n'a pas de place ici, parce que la racine de la pensée est la sociologie, qui ne croit qu'aux déterminismes collectifs et aux forces de pouvoir. L'œuvre n'a aucune valeur intrinsèque, mais elle tire de sa visibilité comme «événement», de son positionnement marketing, une valeur financière et, bizarrement, une autorité morale. Autrefois, quand on entrait dans le monde de l'art, on sortait de la morale… Mais l'Art contemporain se veut vertueux. Il n'est pas fondé sur l'esthétique mais sur une morale des idées. Tout dissident est l'incarnation de l'esprit du mal : un fasciste. C'est pourquoi, depuis trois décennies, il n'y a pas de débat public sur l'art. Mais les choses commencent à changer, il y a aujourd'hui une contestation massive, grâce aux réseaux sociaux. Reste à montrer qu'il existe d'autres formes d'art.
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Je rappelle que l'art contemporain est une affaire de gros sous issus de la collusion entre des fonctionnaires et des milliardaires parvenus, incultes, m'as-tu vu et grossiers, genre François Pinault.
Le mécanisme est simplissime : de prétendus artistes, avec la complicité de fonctionnaires dont on ne sait si la corruption se limite au pourrissement moral ou si elle va plus loin, exposent de prétendues oeuvres, dénuées de toute valeur esthétique, dans des lieux publics prestigieux, dont les conservateurs se comportent comme des propriétaires vaniteux au lieu d'en être les humbles gardiens.
Par contamination du prestige du lieu d'exposition, cette manoeuvre sournoise donne une valeur pécuniaire à ses ouvrages sans intérêt et entretient la spéculation, pour le plus grand bonheur des parvenus à la Pinault susmentionnés.
mardi, mai 08, 2012
jeudi, avril 17, 2008
La vampirisation du Louvre
Ca fait du bien : je ne comprends rien à l'art contemporain et je soupçonne qu'il n'y a rien à y comprendre.
L'art est réservé depuis toujours, et sera toujours réservé, à une élite du goût. Celle des amateurs qui prennent la peine de s'informer et de se former. Il est faux de croire qu'il suffit de regarder une oeuvre pour, par je ne sais quel miracle, l'apprécier et la comprendre.
L'art de masse est une gigantesque hypocrisie démagogique. Il suffit de voir qui va à l'opéra Bastille, censément populaire. On sait bien par ailleurs que l'entrée gratuite des musées n'attire pas de nouveau public, que ne vont au musée que ceux qui y éprouvent un intérêt, entrée gratuite ou non.
Ce qu'on appelle l'art contemporain participe de la même démagogie.
On remarquera que François Mitterrand a beaucoup fait dans ce mauvais goût de parvenu qui, à force de se vouloir à l'avant-garde, est toujours en avance d'une laideur.
Mais quoi ? Tout cela n'est il pas en phase une intelligentsia politico-médiatique qui se fait une gloire, sous prétexte de progressisme et d'ouverture d'esprit, de tout confondre et de tout mélanger ? Aurons nous la cruauté que le geste de l'intelligence est distingo ?
La vampirisation du Louvre
Professeur à l'université de Paris-II, Jean-Louis Harouel tire à boulets rouges sur l'art contemporain. Dans sa ligne de mire, l'exposition Jan Fabre au Louvre.
Ce qu'on appelle de manière inadéquate art contemporain prend depuis 2004 une place croissante face aux chefs-d'œuvre du Louvre. L'an dernier, autour du tombeau de Philippe Pot, merveille de la sculpture du XVe siècle, étaient accrochées des rangées de faux, comme dans une quincaillerie de campagne d'autrefois. Aujourd'hui, le centre de la vaste salle où se déploie la vie de Marie de Médicis peinte par Rubens est un amas chaotique de pierres tombales pareil à l'arrière-cour d'un marbrier funéraire négligent. L'imposture règne au Louvre.
En règle générale, le prétendu art contemporain n'est qu'imposture. Au cours du XXe siècle, et surtout dans sa seconde moitié, ceux qui s'obstinaient contre l'évidence à se dire artistes ont de plus en plus abandonné la vraie création artistique pour y substituer une intention philosophique, sociologique, spirituelle ou autre, laquelle, quand on peut la connaître, est généralement indigente. Avec le plus souvent pour résultat, d'un point de vue artistique, le rien ou le n'importe quoi. Le soi-disant artiste contemporain continue de brandir les vieux poncifs éculés de transgression et de révolte ressassés depuis un siècle, alors qu'il poursuit en réalité une stratégie ambitieuse de réussite personnelle. Car l'éternelle répétition des vieilles provocations de l'art vide et de l'anti-art ne choque plus personne et procure fortune et prestige. C'est l'académisme de notre temps.
Marchands, collectionneurs, critiques, musées, médias, pouvoirs publics présentent comme art une immense farce bafouant l'art. Le succès de cette duperie est étrange, mais approprié au règne des puissants sans culture, privés des modèles sociaux supérieurs qui les guidaient jadis. L'absence de contenu artistique du prétendu art contemporain abolit la distinction entre incultes et cultivés, ménage l'ego du plus ignorant en art et en histoire. Pour poser à l'amateur d'un tas de pierres ou d'un bloc de ferraille, point n'est besoin de connaissances, de travail de lecture, d'analyse et de compréhension. Il suffit de clamer que c'est génial et de payer une somme fabuleuse pour se croire un grand collectionneur, un grand mécène. Un art qui n'en est pas un convient parfaitement à des élites incultes.
Mais, d'où vient la rage de faire entrer cette farce dans les musées classiques, et tout particulièrement au Louvre ? C'est que, malgré sa colossale réussite commerciale, malgré le tam-tam médiatique dont il bénéficie, malgré l'adhésion des milliardaires incultes s'imaginant amateurs d'art et celle de toutes les dupes triomphantes qui l'encensent, les plus lucides parmi les sectateurs du prétendu art contemporain savent bien qu'il souffre d'une totale absence de légitimité artistique. Or, le dialogue postulant l'égalité, organiser un supposé dialogue entre, d'une part, les authentiques chefs-d'œuvre du passé et, d'autre part, les impostures actuelles permet de proclamer la haute valeur artistique de celles-ci. L'art contemporain, qui n'est pas de l'art, cherche à se donner une légitimité artistique en établissant une confrontation forcée avec les plus grands chefs-d'œuvre de l'art. Il les vampirise pour tenter de s'affirmer réellement comme art. L'exposition Jan Fabre au Louvre n'apporte rien à Van Eyck, Memling, Rembrandt ou Rubens. En revanche, elle apporte à Jan Fabre l'illusion d'avoir dialogué d'égal à égal avec eux, et donc d'être un grand artiste.
Malheureusement, ces plaisanteries sont ruineuses. À l'heure où la France laisse partir à vau-l'eau des pas entiers d'un prodigieux patrimoine artistique, où raser une église faute de moyens pour l'entretenir tend à entrer dans les mœurs, il est choquant de voir les plus hauts responsables de la culture orienter l'argent public et celui du mécénat vers les bouffonneries de ce qu'on appelle indûment art contemporain.
