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jeudi, juillet 06, 2023

Le complot de la Réserve Fédérale (Anthony C. Sutton)

Livre de 1995.

Les suppôts du pouvoir emploient l'épithète « complotiste » pour disqualifier les opposants auprès des crétins (qui sont hélas fort nombreux).

Parlons donc d'un complot avéré et documenté. Et pas des moindres puisqu'il aboutit en 1913 à la création de l'organisme peut-être le plus puissant du monde : la Réserve Fédérale américaine (FED).

Qu'est-ce que la FED ?

Dans un régime d'étalon (par exemple bi-métallique or-argent), il n'y a pas besoin de banque centrale. Un organisme d'émission (la Monnaie de Paris, par exemple) émet autant de monnaie qu'il y a de métal disponible et le tour est joué. Les taux fixés aujourd'hui par les banques centrales sont fixés par le marché et voilà.

Avant la création de la FED, la politique monétaire était du ressort du Congrès, mais c'était réduit à pas grand'chose.

Milton Friedman proposait une fixation de l'émission de monnaie par un algorithme, ce qui ressemble fortement au Bitcoin.

Il y a alors une concurrence des monnaies : si l'organisme émetteur se comporte de manière à déprécier sa monnaie (le rognage des pièces), les gens peuvent utiliser d'autres monnaies (c'était courant au moyen-âge).

Les banques centrales ont été créés pour financer les guerres (France 1800). Elles ont le monopole de la monnaie et l'utilisation en est obligatoire (puisque l'idée sous-jacente à la création des banques centrales est toujours de pervertir la monnaie, il faut bien forcer les gens à utiliser cette monnaie de singe). Kaputt la concurrence des monnaies sur un territoire donné.

La FED est une banque dont les actionnaires sont d'autres banques. Hé oui, ce n'est pas un organisme public, mais semi-public. Pourtant, elle bénéficie d'un privilège public exorbitant : le monopole de la monnaie.

La FED est une banque centrale indépendante : ses décisions ne sont pas sujettes à l'autorisation du président des États-Unis ou d'une autre partie du gouvernement fédéral, elle ne reçoit pas de budget du Congrès, et les mandats des gouverneurs sont beaucoup plus longs que ceux des élus fédéraux. Le gouvernement peut cependant exercer un contrôle : l'autorité de la Fed est définie par le Congrès et celui-ci peut exercer son droit de surveillance (congressional oversight). Les membres du bureau des gouverneurs, y compris le président et le vice-président, sont nommés par le président des États-Unis et confirmés par le Sénat. Le gouvernement nomme également les hauts fonctionnaires de la banque et fixe leur salaire.

En réalité, la combinaison de la complexité du système et de la longueur des mandats fait que le contrôle démocratique sur la FED est inexistant. On peut d'ailleurs dire à peu près la même chose du FBI (1908) et de la CIA (1947). Et de la BCE.

On notera au passage que le délit d'initiés est consubstantiel à la FED puisqu'il y a des gens qui, plusieurs fois par an, savent à la minute près dans quel sens vont évoluer les marchés de taux. Il est comique que deux membres de la FED aient été grondés récemment (on leur a fait les gros yeux et une commission sénatoriale rendra un rapport en ... 2027) pour quelques dizaines de millions de dollars alors que certains calculateurs estiment ces profits depuis la création de la FED en dizaines de milliards de dollars (sans compter les profits plus subtils, comme un pouvoir illimité).

Une opposition farouche des Pères Fondateurs

L'opposition des premiers dirigeants américains (à part Hamilton, vendu aux banquiers new-yorkais) est sans ambiguïté : la création d'une banque centrale fédérale, c'est la fin de la démocratie.

L'argument brûlant d'actualité est simple : une banque qui dispose du privilège de manipulation de la monnaie peut fausser les élections. Trump s'en est suffisamment plaint (mais bien sûr, on l'a traité de « complotiste ». Comme c'est facile !).

Thomas Jefferson a continué sa carrière politique pour empêcher cette création. On peut se demander si la polémique récente sur les esclaves de Jefferson n'arrangeait pas les financiers.

Le dernier président à avoir été violent dans son opposition est Andrew Jackson (1836). Ensuite, la finance a patiemment grignoté de l'influence.

Tous ces présidents sont critiqués comme démagogues par les universitaires. Car il y a une règle implicite mais très forte aux Etats-Unis : si on veut faire carrière (université, politique, journalisme), on ne critique pas le principe de la FED. Seuls des marginaux (Hayek, Ron Paul) peuvent se le permettre.

Il y a un tabou carriériste aussi fort en Europe sur l'Euro et l'UE.

Le grignotage : communisme et planche à billets

La famille Roosevelt, celle de deux présidents des Etats-Unis, est fondatrice et dirigeante pendant longtemps de la Banque de New-York, une de celles qui vont être à l'origine de la FED.

Sutton exhume une brochure de Clinton Roosevelt (un prénom pareil, c'est prémonitoire) qui ressemble étrangement au manifeste du parti communiste, avec quelques années d'avance et écrit par un banquier.

Et c'est logique : les cocos et les financiers communient dans la destruction du vieux monde et de tous les liens non-matériels.

Un argument plus technique : le communisme a besoin de la planche à billets pour se financer. Et la planche à billets a besoin des nécessités du communisme pour justifier son existence. Ces deux phrases expliquent toute la vie monétaire et l'Etat-Providence en parallèle depuis 1945. Et, aujourd'hui, le parallèle entre Monnaie Numérique de Banque Centrale et Great Reset.

Et la création d'une banque centrale est le cinquième point du Manifeste du Parti Communiste de Marx en1848. Je remarque qu'Hitler détestait l'étalon or.

Sutton insiste un peu trop sur le fait que Marx aurait été payé par les banquiers (il travaillera plus tard pour le New York Tribune) : cette thèse est très fragile et elle n'apporte rien, ces idées étaient dans l'air. Comme la plupart des socialistes, c'était un sale type (méchant, envieux ...).

Lincoln est coincé par la nécessité de financer la Guerre de Sécession et doit céder du terrain aux banquiers.

Le complot de 1910

En 1907, JP Morgan et ses copains new-yorkais orchestrent une panique boursière. Episode documenté par une commission parlementaire de 1976 (mieux vaut tarte que jamais, n'est-ce pas ?).

Cette panique, présentée à l'époque évidemment comme un phénomène naturel, sert d'argument pour la FED : « Avec une banque centrale, ça ne serait pas arrivé ».

Toute l'ironie (pour ne pas dire plus) de l'argument est que la FED jouera un rôle central et délibéré dans le krach de 1929 ; le but (atteint) étant d'éliminer le maximum d'institutions financières indépendantes « quoi qu'il en coûte » (c'est-à-dire une guerre mondiale, fort lucrative pour certains).

En 1910, des banquiers se réunissent sur Jekyll Island sous de faux noms, c'est donc bien un complot (deux d'entre eux en ont témoigné dans leurs mémoires).

Plan en 2 étapes :

1) Faire élire Woodrow Wilson en 1912, qui fait campagne contre Wall Street, alors que les deux tiers de son budget de campagne viennent de quatre financiers. C'est déjà un énorme mensonge anti-démocratique.

2) Faire passer la loi sur la FED en utilisant l'opposition contrôlée, qui soulève un tas d'objections, sauf les deux tabous essentiels, qui sont étouffés : la concession d'un monopole public à des intérêts privés, l'absence de responsabilité démocratique.

La loi sur la FED est très probablement anticonstitutionnelle. En effet, en commission de convergence Sénat-Chambre des Représentants, ont été introduits des amendements qui n'avaient été votés par aucune des deux chambres. Wilson (le même enculé qui plus tard sabotera la paix au détriment de la sécurité de la France) s'empresse de signer la loi le surlendemain.

Sutton dresse la liste (assez amusante d'un certain point de vue) des allers-retours public-privé de Paul Volcker, mythique gouverneur de la FED.

Aujourd'hui, la FED est intouchable.

On ne peut critiquer son fonctionnement et, encore moins, son principe, sans voir sa carrière brisée par de mystérieux maléfices (des financements qui se tarissent, des commanditaires qui se dédissent, une mauvaise réputation qui s'installe, des rumeurs qui courent, des invitations qui se raréfient, un éditeur qui a piscine etc.). Ce qui est très compréhensible : des fortunes colossales, tout un système de richesse et de pouvoir, dépendent de la FED.

La FED est l'instrument principal de l'euthanasie de la classe moyenne et de la fin de la démocratie.

A Montfaucon !

Conclusion : les financiers sont vraiment des êtres par essence sataniques (les exceptions ne font que confirmer la règle : pour faire métier de manier l'argent, il faut n'avoir aucune morale). Le moyen-âge avait bien raison de s'en méfier comme de la peste et d'en pendre quelques uns à intervalles réguliers.

Tant que nous vénérerons Mammon et que nous ne reprendrons pas le fil de cette saine pratique, nous serons dans la merde.

mardi, décembre 31, 2019

Reconnaître l'ennemi

jeudi, juin 06, 2019

Mon Amérique à moi

Iran, Otan : faudra-t-il un jour rompre l’alliance américaine – Jean-Philippe Immarigeon

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Non, ce n’est pas l’accord nucléaire qui est en jeu, ce n’est pas l’Iran que les Américains veulent mettre à genoux, c’est l’Europe. D’aucuns diront qu’il s’agit de la doctrine Bush, de son avertissement aux Européens au surlendemain du 11 septembre 2001 : si vous n’êtes pas derrière nous, c’est que vous êtes contre nous. Les historiens répondront que l’Amérique n’a jamais eu qu’une seule obsession, l’Europe et la France en particulier, que ces inscriptions sur les chars Abrams envahissant l’Irak résumaient parfaitement : Today Baghdad, tomorrow Paris. Et ce n’était pas une boutade : il n’y a pas de second degré dans le discours américain, il faut le prendre brut de décoffrage.

Aussi, lorsque Le Maire s’indigne du délai de soixante jours que nous donne l’Iran pour tenir nos promesses, claironnant que l’Europe ne céderait pas à un ultimatum, réalise-t-il qu’il se trompe de cible ? Car sa collègue des armées a dû répondre ces jours-ci à un autre ultimatum, un vrai celui-là, et pas de Téhéran. Le 1er mai dernier, deux responsables du Pentagone ont dénoncé le Fonds européen de la Défense qui doit financer l’innovation technologique et les projets de coopération dans le domaine militaire, mais qui exclue toute filiale d’une entité installée hors de l’UE. Pour le Pentagone, ces dispositions « ne nuiraient pas seulement aux relations constructives entre l’OTAN et l’UE que nous avons nouées au cours des dernières années, mais pourraient aussi ramener aux discussions parfois conflictuelles sur la défense européenne d’il y a quinze ans ». A cette lettre était jointe une seconde, signée de Gordan Sondland, ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE, exigeant une réponse avant le lundi 10 juin (soit au lendemain de la visite de Trump sur les plages normandes du DDay) sous peine d’actions réciproques – mots diplomatiques pour sanctions.

Que vont faire nos moutons face au loup ? Rien.

[…]

Il ne s’agira pas simplement de sortir de telle ou telle structure intégrée, comme de claquer la porte de l’OTAN, mais de se dégager de son emprise, de retrouver notre souveraineté dans les normes technologiques et la règle de droit, dans les industries au prix sans doute de quelques nationalisations, et surtout – le plus difficile – de retrouver un mode de pensée libre qui ne soit ni celui du management ni celui de l’économie libérale. En un mot revenir peut-être au temps du grand basculement, lorsqu’il y a deux cent cinquante ans un roi de France fit cadeau aux colons anglo-américains des Treize colonies d’une indépendance qu’ils étaient bien incapables d’obtenir seuls sans nos canons et nos vaisseaux. L’heure est venue de réparer cette erreur [il propose que la Grande-Bretagne et la France re-colonise l'Amérique ?].

Jean-Philippe IMMARIGEON

Co-responsable Défense de « République souveraine »
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L'Amérique est notre ennemie parce qu'elle a une stratégie mondiale. Sur cette scène, elle n'a que deux rivales possibles : la Chine aidée de la Russie et l'Europe menée par la France. Il est normal quelle essaie d'abaisser l'Europe (ce qui est insupportable, c'est que cela s'accompagne de leçons de morale).

Je pense que toute idée d'opposition française un peu sérieuse est illusoire mais il est sain d'avoir en tête la bonne perspective.

A l'heure où Macron, cette anti-France en chair et en os, brade les Iles Eparses à Madagascar, je répète l'importance primordiale que j'attache au fait de conserver toutes nos possessions d'outremer.

C'est faisable, ce n'est pas aussi violent qu'une confrontation directe avec les Etas-Unis, et ça préserve la vocation mondiale de la France pour le jour où il se trouvera un homme capable de la relever (c'est aussi en prévision de ce jour que tous les Macron de la terre se dépêchent de nous en débarrasser).

dimanche, mars 24, 2019

Monsieur est Serbie


La Serbie était notre allié de la première guerre mondiale qui a proportionnellement le plus souffert.

Que les Américains aient une préférence islamiste et une stratégie d'islamisation de l'Europe, cela les regarde, mais était-ce la mission des dirigeants européens de prêter main forte à cette stratégie dont le but principal est de nous détruire ? Qu’entends-je cher public ? « Des traitres à fusiller séance tenante » ?

Ecrit par un Serbe (celui qui a dit à BHL : « Vous voulez être un héros ? Rejoignez les Gilets jaunes, là vous prendrez de vrais coups et vous aurez une occasion de rester dans l’histoire. ») :

vendredi, mars 01, 2019

Carla chez les Pachtounes



Cette conviction  de la décadence de la France en tout en un crève-coeur.

jeudi, février 07, 2019

Le piège américain : la guerre économique en action


L’usage que les Américains font de l’extraterritorialité juridique leur permet de prendre le contrôle des entreprises européennes en leur imposant leurs normes de compliance et en les espionnant. La guerre économique fait usage de la guerre du droit pour imposer sa victoire : gagner des marchés, racheter des entreprises. L’ancien directeur d’une branche d’Alstom, Frédéric Pierucci, a raconté son aventure dans un livre qui vient de paraître Le piège américain, qui est un témoignage de première main sur cette guerre économique qui échappe encore à trop d’acteurs. Il est arrêté en avril 2013 à New York, au moment où il descend de l’avion qui arrive de Singapour, la ville où il réside et où il travaille. Il ne le sait pas encore, mais il passera plus d’un an en prison, à Wyatt, un pénitencier hautement sécurisé. Il découvre que des faits de corruption lui sont reprochés, qui remontent au début des années 2000, lors de la signature d’un contrat d’Alstom en Indonésie. Il découvre surtout que son arrestation est une prise d’otage qui sert à faire pression sur Patrick Kron, alors PDG d’Alstom, pour accélérer la vente de l’entreprise à General Électrique. Resté plusieurs jours sans information, il apprend les événements au compte-goutte et découvre sur le tas le fonctionnement du système judiciaire américain, très différent du nôtre. Alors que le système judiciaire français est l’héritier de l’Inquisition, qui repose sur l’enquête (inquisitio), la recherche de preuves, la confrontation de l’accusé et de l’accusateur et la présomption d’innocence, le système américain est accusatoire. Il faut donc se reconnaître coupable pour pouvoir ensuite négocier sa peine.

L’extraterritorialité, une arme de guerre

La guerre du droit que mènent aujourd’hui les États-Unis découle de la loi Foreign corrupt practices act (FCPA), édictée en 1977 à la suite du Watergate. Cette histoire est certes celle du cambriolage de l’immeuble de campagne des démocrates, mais aussi le financement occulte et la corruption d’agents publics étrangers. De nombreuses entreprises américaines ont versé des pots-de-vin à des intermédiaires et à des responsables étrangers pour obtenir des contrats. Le nouveau président élu, Jimmy Carter, décide donc d’agir et de faire voter une loi pour interdire cela. Les compagnies américaines se voient interdites de payer des commissions à des agents publics étrangers. Deux agences sont chargées de faire respecter cette loi : le DOJ (Department of justice) et la SEC (Security exchange commission), qui attaque les entreprises soupçonnées d’avoir falsifié leurs comptes pour masquer les dépenses liées aux pots-de-vin. La SEC n’intervient que si l’entreprise est cotée sur un marché américain. Le projet est tout à fait louable : il s’agit de lutter contre la corruption, de rendre les affaires davantage éthiques et morales, de mettre un terme à l’usage de « consultants », c’est-à-dire d’agents corrompus et corrupteurs chargés de payer des responsables publics pour obtenir des contrats. Le problème, c’est que la loi ne vaut que si tout le monde la respecte. Les entreprises américaines ne peuvent pas être les seules à refuser la corruption si des entreprises d’autres pays la pratiquent.

Les majors américaines critiquent donc cette loi, considérant qu’elle les handicape sur le marché mondial, les autres pays n’étant pas soumis aux mêmes règles de lutte contre la corruption. En France, il était possible de déclarer les pots-de-vin à un service du ministère des Finances afin de pouvoir les déduire de l’impôt sur les sociétés, ce qu’a fait Alstom jusqu’au milieu des années 2000. De fait, très peu d’entreprises américaines sont sanctionnées par le FCPA : vingt et une entre 1977 et 2001.

En 1998, le Congrès modifie la loi afin de la rendre extraterritoriale. Les États-Unis peuvent désormais poursuivre toute entreprise qui a commercé en dollar, qui a fait usage de mail via des serveurs basés aux États-Unis (type Gmail et Hotmail), ou stocké des données sur des serveurs US (le cloud). Avec cet amendement, cette loi qui pouvait fragiliser l’économie américaine devient un outil d’ingérence et de guerre économique. Au cours des années 2000, le DOJ et la SEC testent l’extraterritorialité et attaquent de plus en plus d’entreprises, en commençant par celles du secteur pharmaceutique.

Le Patriot Act de 2003 donne de nouvelles compétences aux agences américaines. La NSA, la CIA et le FBI ont désormais le droit d’enquêter et d’espionner les salariés des entreprises étrangères, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Les grandes entreprises du numérique partagent leurs informations avec les agences de renseignement américaines (affaire PRISM, 2013).

Les États-Unis militent aussi auprès de l’OCDE pour que les États membres se dotent d’une législation anticorruption. Mais les pays d’Europe n’ont pas les moyens de promulguer des lois extraterritoriales. Ils sont donc piégés. En ayant adhéré à la convention anticorruption de l’OCDE, ils ont autorisé de facto les États-Unis à poursuivre leurs propres entreprises, sans s’être dotés de moyens juridiques pour attaquer en représailles les industries américaines. La Chine et la Russie, n’étant pas membres de l’OCDE, ne sont pas tenues par ces mesures. Les lois anticorruptions deviennent des moyens de contrôle de l’Europe par les États-Unis.

C’est aussi un moyen de financement du Trésor américain. Sur 26 amendes supérieures à 100 millions de dollars, 21 concernent des sociétés non américaines. En réalité, le DOJ n’est pas indépendant, il est tenu par les intérêts des entreprises américaines et par ceux du gouvernement.

Sortir de la naïveté

Les Européens ont fait preuve d’une grande naïveté et ont longtemps nié l’existence de la guerre économique. Ils l’ont découverte à leurs dépens. La BNP a reçu une amende de près de 9 milliards de dollars, Total et Peugeot ont été contraints de quitter l’Iran, laissant leur place à leurs concurrents chinois. Mais c’est aussi l’ensemble des cadres qu’il faut responsabiliser. Dans trop d’entreprises, les données confidentielles sont mises sur le cloud, sans s’interroger sur le lieu réel des serveurs. Les salariés font usage des clefs USB et des téléphones portables sans aucune précaution, et se servent de la messagerie Gmail pour leurs envois professionnels. Les choses changent un peu, mais pas assez vite. Pour ma part, j’utilise désormais la messagerie Protonmail qui, basée en Suisse, stocke les messages dans des serveurs situés dans les anciens abris nucléaires suisses. De quoi limiter l’espionnage de la NSA et du FBI. Dans l’ouvrage, Frédéric Pierucci raconte comment les juges disposent des courriels qu’il a envoyés via Gmail, certains remontant à une dizaine d’années. L’arme du droit est utilisée par les entreprises américaines comme d’autres font usage de l’arme du terrorisme pour mener à bien leur guerre et pour la gagner.

Alstom et la corruption

Alstom a pratiqué la corruption a grande échelle, ce qui a accéléré sa perte. Si l’on suit les propos rapportés par Frédéric Pierucci, les Américains ont exploité les failles éthiques et financières d’Alstom pour s’en emparer. Patrick Kron a cru être plus malin que le DOJ en faisant semblant de coopérer avec lui pour mieux tenter de le berner. La manœuvre a raté. En arrêtant un cadre secondaire du groupe, le DOJ voulait remonter la chaîne de décision et surtout faire pression sur Patrick Kron, qui a compris que c’est lui qui risquait de finir en prison. Dès l’été 2013, il a ouvert des négociations secrètes avec GE pour planifier la vente d’Alstom à l’Américain. Celle-ci n’a été rendue publique qu’à la fin de l’année 2014. Vendre Alstom était une façon d’éponger les dettes et de mettre un terme aux poursuites. C’est là que l’on peut douter de l’indépendance de la justice américaine. Il est fort probable que le DOJ et GE aient travaillé de concert pour affaiblir Alstom et ainsi le racheter.

Le témoignage de Frédéric Pierucci montre les pressions psychologiques subies, la façon dont fonctionne la justice américaine et la corruption interne de certaines entreprises mondiales. Il apporte aussi une réflexion sur le système carcéral, qui détruit et dissout les personnes plus qu’il n’assure leur rachat et ne garantisse le succès de leur sortie. Puisse-il faire prendre conscience de la réalité de la guerre économique et conduire les cadres et les entreprises à s’armer face à la guerre du droit.