Le Rafale est sélectionné par l'Inde (mais le contrat n'est pas encore signé). J'ai entendu Marine Le Pen critiquer les transferts de technologie et de production. Quelle conne !
Les transferts sont une condition des ventes d'armements de nos jours.
Rappelons quelques points :
> 500 entreprises françaises participent au Rafale (l'Etat français ne s'efforce pas de vendre le Rafale seulement pour faire plaisir à Dassault, qui ne représente qu'un quart du programme).
> un contrat d'exportation soulage le budget de l'Etat.
> un contrat d'exportation finance des traitements d'obsolescences et des améliorations.
> un contrat d'exportation de cette importance est à la fois une cause et une conséquence de renforcement de liens stratégiques.
Comme tout bon libéral, je considère que si un contrat se fait -ne vendons pas la peau de l'ours-, c'est que les deux parties y trouvent leur compte.
Eric Zemmour a raison : dans certains pays, notamment chez des clients traditionnels de la France, pas de commissions, pas de contrats. Ceux qui ont réussi à persuader les députés français de jouer les bons élèves et de voter l'interdiction des commissions ont filé une sacrée vérole à la France.
Comprenez bien l'enjeu. Il ne s'agit pas de faire plaisir à tel ou tel industriel. C'est une vision étriquée du problème.
La France n'a plus les moyens de financer son industrie d'armements. Sans exportations, cette industrie meurt. Si elle meurt, nous achetons américain (c'est déjà en cours pour les missiles antichars par exemple). Si nous achetons américain, l'armée française (et donc la France) perd le peu d'indépendance qui lui reste, car, qui contrôle l'armement contrôle la doctrine d'emploi, et, au final, les décisions. Parlez en aux autres pays européens qui sont prisonniers de l'OTAN.
Nous payons fort cher l'incompétence de nos politiciens. Lorsqu'une loi similaire a été proposée au Royaume-Uni, Tony Blair en personne en a empêché l'adoption.
Il existe à mon sens (cette opinion n'engage que moi) une autre raison à la mévente du Rafale à l'export : les Américains ont décidé qu'il ne s'exporterait pas. En effet, ils éliminent ainsi définitivement un véritable concurrent, car si le Rafale ne s'exporte pas, Dassault est fini en tant qu'avionneur de combat.
C'est pourquoi, chaque fois que le Rafale a la moindre chance, les Américains mettent le paquet pour le contrer, n'hésitant pas à vendre à perte (à perte, sur le court terme).
Face à cette offensive de bulldozer, les Français n'ont pas été intelligents : à force de délayages budgétaires, le Rafale a perdu son avance. Là encore, nous payons très cher l'incompétence et la vision court terme de nos politiciens. Impéritie favorisée par une vision court-termiste des industriels qui se sont organisés pour piquer tout de suite beaucoup d'argent à l'Etat français sans voir plus loin que le bout de leur nez.
Il y a aussi un atavisme français, malgré les beaux discours, à se tirer dans les pattes : l'avionneur aimerait bien manger sur le budget du missilier,le motoriste sur le budget de l'électronicien, etc. Sans compter deux articles dévastateurs : un général français qui descend en flammes le Rafale pour régler ses comptes en interne. Inutile de vous dire que les concurrents ont su diffuser l'article en question. Et un journaliste du Figaro, propriété de Dassault, qui révèle les achats de matériel israélien par Emiratis, principaux prospects du Rafale. Vu l'enjeu, ses comportements irresponsables méritent douze balles dans la peau.
Enfin, je sais bien qu'un haut fonctionnaire français est un pur génie qui sait tout faire et que les notions de compétence et d'expérience sont de basses considérations réservées aux manants, aux inférieurs. Mais, tout de même, quand on transforme du jour au lendemain, un préfet de police, Claude Guéant, en coordinateur des ventes d'armes, il ne faut pas s'étonner qu'il fasse (et dise) d'énormes conneries, c'est humain (merde, j'ai encore oublié que tous les locataires de nos palais étaient des surhommes).
Quand on est petit et faible, on a moins le droit aux erreurs. Or, nous les avons accumulées.
Bref, avec tous ces boulets aux pieds, l'étonnant serait que le Rafale s'exportât. Mais un miracle est toujours possible : pour autant qu'on peut le savoir, c'est un excellent avion.