vendredi, décembre 08, 2006

Doublons le salaire des Français

Non, je n'ai pas tourné, par un coup de lune dans le courant de la nuit, démagogue fabusien. Il s'agit tout simplement de redonner aux salariés leurs cotisations sociales, part patronale comprise, ce qui aurait pour effet de doubler à peu près leurs salaires.

C'est expliqué par Jacques Marseille dans l'article suivant :

Doublons les salaires pour réduire les dépenses publiques

Il resterait aux salariés à s'assurer eux mêmes contre le chomage, la maladie et la vieillesse, mais ils y ont tout avantage :

> ils auraient la liberté de faire leurs choix alors qu'aujourd'hui l'Etat choisit pour tous.

> le système étatique actuel dit, par antiphrase, de solidarité, consiste à faire payer les pauvres et les exposés pour les riches et les protégés. Ce phénomène rappelé par J. Marseille dans l'article est d'ailleurs bien connu (de ceux qui veulent connaître, évidemment).

Les étatistes défendront le système en disant que c'est un problème de réglage, qu'il suffit par exemple de faire payer plus les riches, de baisser la retraites de la SNCF, etc. Mais en fait, c'est l'idée même d'un système social aux mains de l'Etat qui est fautive, indépendamment des réglages :

>> l'Etat décide en gros et uniformément de choses (retraite, maladie, chomage) très individuelles : si, étant donné ma situation ou ma santé, je ne me sens pas menacé par le chomage et la maladie, pourquoi ne pourrais-je réduire le coût de ces assurances ? Ou, au contraire, l'augmenter si tel est mon souhait ? Nous avons bien la liberté de le faire pour notre voiture et notre maison, pourquoi en deviendrions nous soudain incapables quand il s'agit de sujets encore plus importants ?

>> L'Etat finit toujours par aller dans le sens de la pente, c'est-à-dire non pas le sens le plus juste, mais celui du plus fort.

Enfin, il restera ensuite à régler l'un des plus gros moteur d'injustices à la française : la dette publique.

Les intérets de la dette publique s'élevaient 47 milliards € en 2004, c'est-à-dire 47 milliards qui passent de la poche de tous les Français à la poche de ceux qui détiennent des titres de dettes de l'Etat français, c'est-à-dire les souscripteurs d'assurances-vie dites en euros, qui sont plus aisés que la moyenne.

Ces 47 milliards de tranfert de tous vers les plus aisés font pâlir les initiatives "sociales" du gouvernement à 100 millions par ci, 50 millions par là.

Vous allez me dire que les assurés sur la vie ont acheté des titres de dette pour toucher les intérêts, que ce transfert est donc juste, mais est-ce bien le rôle de l'Etat de fournir les instruments d'un tel transfert, de plus en utilisant la force publique ?

Quand une entreprise privée s'endette, elle ne recoure pas à la force pour rembourser sa dette, alors que l'Etat, oui (essayez donc de ne pas payer vos impots sous prétexte qu'ils servent à rembourser une dette dont vous n'avez pas profité).

C'est là le dernier scandale de la dette publique : elle n'a pas servi à faire des investissements pour l'avenir de tous mais à payer des dépenses de fonctionnement, c'est-à-dire le bien-être (au moins matériel) de fonctionnaires toujours plus nombreux.

Je résume : l'Etat, après avoir imposé tout ce qu'il peut, emprunte, non pour préparer le futur, mais pour payer le confort présent des bien placés du système étatique, puis il taxe tout le monde pour rembourser les gentils créanciers.

Allez, le coup de grâce : le gaspillage étatique est estimé en gros à 20 %, c'est justement le montant du déficit qui alimente la dette. Pas de gaspillage, pas de déficit, moins de dette, moins de transfert de richesses vers les riches.

Edifiant comme système, non ?

La liberté d'expression sous pression

Comme vous le savez, j'estime que le "politiquement correct", avec les armes judiciaires que lui ont donné les lois communautaristes (Gayssot, Taubira, etc.), fait régner une police de la pensée pour le compte de groupuscules dépourvus de légitimité, et porte largement atteinte à la liberté d'expression.

Il y a relativement peu de procès, la menace, l'arrière-pensée suffisant à imposer la pire des censures, et la plus redoutable car silencieuse, l'auto-censure.

Voici le nouvel objet du délit :

NewsFrance - Un animateur de télévision accusé de prôner l'eugénisme Reuters

PARIS, 8 décembre (Reuters) - Le Mrap appelle France Télévision à exclure Pascal Sevran de l'audiovisuel public après ses propos sur les causes de la pauvreté en Afrique et un collectif DOM demande le retrait de sa légion d'honneur.


"Pascal Sevran véhicule les stéréotypes et clichés racistes les plus éculés à l'endroit des populations noires", estime le Mouvement contre le racisme et pour la paix entre les peuples.
"Après les propos de Finkielkraut, Frêche, de Villiers et Le Pen sur l'équipe de France de football, Pascal Sevran fait sauter un verrou supplémentaire permettant la libération et l'entretien de la parole raciste", ajoute-t-il dans un communiqué.

Dans son dernier livre, "Le privilège des jonquilles", Pascal Sevran estime que la sexualité des noirs est responsable de la misère en Afrique.

Confirmant ses propos dans Nice Matin, daté du 2 décembre, il ajoute : "l'Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète !".

Joint vendredi par Reuters, l'entourage de Pascal Sevran a indiqué que l'animateur "ne souhaite pas s'exprimer davantage sur le sujet".

Dans une lettre ouverte à Jacques Chirac, publiée sur le site Nouvelobs.com, le collectif DOM des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais appelle le chef de l'Etat à "suspendre Pascal Sevran de l'ordre national de la légion d'honneur".

Il annonce également sa décision de porter plainte contre l'animateur. "Un éloge aussi clair de l'eugénisme tombe sous le coup de nos lois", avance-t-il. (GB ; Reuters Messaging : gerard.bon.reuters.com@reuters.net)

L'exemple est d'autant plus probant que le propos de Sevran est parfaitement idiot. La liberté d'expression est aussi celle de dire des fadaises, et des pires. Car ce qui est fadaise pour l'un a un sens pour l'autre, et c'est du débat que jaillit la lumière, et non du procès.

Aurait-on perdu en France l'art de la polémique pour préférer celui de la chicane ?

Certains avaient averti de l'effet pernicieux de la loi Gayssot, première marche d'une escalade de victimisation communutariste. Il est normal qu'un communiste veuille que l'Etat contrôle l'expression à défaut de contrôler la pensée, mais où étaient les démocrates et les libéraux qand cette mauvaise loi a été votée ? Et ses soeurs qui l'ont suivie ?

jeudi, décembre 07, 2006

Mme Royal incomprise ?

Tempête dans un verre d'eau à propos des prétendues gaffes de Ségolène Royal au Liban.

Mon opinion est faite depuis un certain temps : elle n'a pas l'étoffe pour être présidente, mais elle a l'étoffe pour être élue.

Cependant, ceux qui l'accusent d'incompétence jouent contre leur camp. En effet, l'essentiel de la campagne de Ségolène Royal est de se différencier. Hé bien, elle se différencie encore par son incompétence !

Pour l'instant, l'image (la différenciation) l'emporte largement sur le fond (l'incapacité).

mercredi, décembre 06, 2006

800 personnes impliquées dans l'affaire des délits d'initié chez EADS !

800 personnes impliquées dans l'affaire des délits d'initiés chez EADS : c'est ce que raconte le journal et c'est grotesque.

En fait, c'est la notion de délit d'initié pour les salariés d'une société qui est absurde : il est normal que les employés sachent avant tout le monde ce qui se passe dans leur entreprise et humain et juste qu'ils agissent en conséquence.

Ce qu'il faudrait interdire, c'est le mélange des genres salariés-actionnaires. Ceux qui prônent la "participation", comme Jacques Chirac ont un raisonnement peut-être politique, mais certainement pas économique et ils montrent leur ignorance des fondements du capitalisme.

Je rappelle donc les bases :

> L'actionnaire gagne ce qu'il y a au fond de la caisse quand tout le reste est payé, il peut gagner beaucoup ou tout perdre.

> Le salarié a un salaire fixe et un risque connu (au pire, perdre son emploi).

L'actionnaire-salarié gagne sur les deux tableaux quand tout va bien : son revenu augmente et son emploi est assuré. Mais quand tout va mal, il perd sur les deux tableaux : son emploi et ses économies.

La participation est la mauvaise idée de ceux qui ne se sont toujours pas faits au fonctionnement du capitalisme mais qui ont la lucidité de ne pas vouloir apparaître comme des dinosaures gauchistes.

mardi, décembre 05, 2006

Casino Royale

FF

James Bond (Jean Bon, pour les anglophobes) est ce héros britannique, aux rapports empreints d'une certaine violence avec les hommes et d'une touchante naïveté avec les femmes, qui ne peut s'empêcher de sauver le monde et de servir son pays, le tout en s'abreuvant d'un imbuvable cocktail au Martini et en nous imposant un humour guère plus digeste.

Pour arrondir ses fins de mois et payer ses impots, il joue à l'agent secret dans des films assez minables et truffés de publicités pas du tout subliminales fort irritantes.

Le dernier film en date de la série n'est pas le plus mauvais, la compagne (jouée par Eva Green) du héros prouve que la femme peut être supérieure à l'homme et les sites (Prague, Venise, lac de Côme) sont agréables.

Aux films, vous pouvez préférez les livres, c'est affaire de goût. James Bond sous ces deux espèces est distrayant.

lundi, décembre 04, 2006

Le grand divorce : pourquoi les Français haïssent leur économie ? (Michel Turin)


Sur le fond, rien de bien nouveau, un passage sur les thèses tocquevillo-weberiennes bonjour le néologisme).

Le plus informatif est la synthèse de toutes les "bonnes" (certaines sont carrément mauvaises) raisons que les Français se sont trouvés de haïr leur économie.

L'auteur a aussi le mérite d'insister sur le sentiment de dépossession de la chose économique alimenté par le fait que les oligarques au pouvoir en France (on appelle cela des énarques) cherchent à entretenir l'illusion que l'économie est dirigée "d'en haut".

vendredi, décembre 01, 2006

Suicide collectif par la grève des ventres en Italie ?

Un chiffre affolant : dans certaines régions d'Italie, la natalité est descendue à 0.8 enfant/femme., c'est-à-dire le taux de natalité des habitants de Leningrad pendant le siège !

Addendum issu d'une conférence de l'Institut Turgot :

Les politiques délibérées de relance de la natalité deviennent de plus en plus difficiles à mettre en œuvre à mesure que le vieillissement devient plus intense.

Si, par conséquent, l’hypothèse d’implosion [ce que j'appelle le suicide collectif par grève des ventres] est la bonne, cela ne marchera pas. Cela peut marcher localement un temps, mais pas indéfiniment.

Il y a une raison de fond à cela, qui est la suivante : supposons que demain la natalité soit relancée dans nos pays. Le résultat sera que la population active devra entretenir deux populations inactives : les vieux, et les jeunes.

Il n’est pas exclu qu’il y ait un seuil de vieillissement où le poids soit tellement prohibitif, que la situation devienne irréversible.Je ne sais pas si vous avez remarqué qu’il y a quelques mois, Angela Merkel a échoué à augmenter massivement l’aide aux familles et à la natalité, parce que les syndicats, mais aussi la population s’y sont opposés, car ceci ne pouvait être payé que par une diminution des retraites, de la Sécurité sociale et ainsi de suite. Et madame Merkel a perdu. On ne voit pas pourquoi d’autres réussiraient mieux ailleurs.

Friedman sur les retraites et l'immigration

Ci dessous un extrait d'un entretien de Henri Lepage avec Milton Friedman, qui vient de mourir.

Friedman, étant, bêtement, baptisé par la presse française le "père du monétarisme", ayant inspiré R. Reagan et M. Thatcher, n'a quasiment aucune audience en France, c'est bien dommage.

HL : Dernier dossier que je voudrais évoquer avec vous : le problème de la démographie et des retraites.

MF :

C'est un gros problème, et pourtant ce ne devrait pas en être un. C'est un problème uniquement parce que nos pays se sont dotés de régimes de retraites défectueux.

Autrefois, les gens prenaient eux-mêmes en charge le financement de leur vieillesse, ou bien ils s'en remettaient à leurs enfants. C'est toujours le cas. Nous continuons à nous reposer sur nos enfants. Mais avec une grande différence : autrefois, c'étaient mes enfants à moi qui me prenaient en charge ; aujourd'hui, ce sont les enfants de quelqu'un d'autre, que je ne connais même pas. Ce n'est pas du tout la même chose.

Je me suis souvent interrogé sur les raisons pour lesquelles nous avons mis en place ces mécanismes de répartition que l'on retrouve quasiment partout, et dont la caractéristique est de faire financer les retraites des plus anciens par un prélèvement direct sur les salaires des plus jeunes.

Le système repose sur la combinaison de deux mesures qui n'auraient jamais été votées séparément. La première est un impôt direct, proportionnel et plafonné, sur les salaires. C'est ce qui existe aux États-Unis, ainsi qu'en Allemagne et en France. Imaginez qu'un jour un gouvernement en mal d'argent ait voulu instituer un tel impôt indépendamment de toute référence aux retraites ou à la Sécurité sociale. Il se serait présenté devant les électeurs en leur disant :

"Un bon moyen de résoudre nos problèmes budgétaires est de créer un impôt proportionnel et plafonné, payé uniquement par les salariés."

Combien auraient voté pour lui ? Bien peu, je le crains !

Quant à la seconde, elle consiste à poser le principe que le montant des retraites doit être directement lié au niveau du revenu précédemment perçu. Il est ainsi admis que, tout en étant financé par le même contribuable, le riche continuera à toucher plus que le pauvre.

Croyez-vous que, présenté ainsi, tout seul, un tel projet aurait, lui aussi, eu la moindre chance de séduire les électeurs ou leurs représentants ? Maintenant, mettez les deux ensemble, ficelez le tout en l'assaisonnant de jargon assuranciel, et vous obtenez une vache sacrée !

Ma conclusion, c'est que nous nous sommes dotés de ce genre de système parce que c'était le seul moyen pour les États d'obtenir le vote d'un impôt proportionnel.

[Le Chili a réussi ces dernières années à passer sans trop de difficultés d'un système de retraites par répartition à un système par capitalisation, comme quoi c'est possible. 'faut croire que les Français sont plus cons que les Chiliens.]

HL : Que mettriez-vous à la place ?

MF : Il faudrait faire disparaître ces régimes de retraites socialisés et laisser les gens s'organiser eux-mêmes.

Nous sommes aujourd'hui des sociétés riches. Nos pays ont les moyens de financer des régimes d'aide aux pauvres et aux indigents, qu'ils le soient à cause de leur grand âge, parce qu'ils sont malades, ou pour toute autre raison.

Cette nécessaire solidarité n'implique pas que, pour secourir les 5 % les plus pauvres, on étende obligatoirement le mécanisme aux 95 % qui, eux, seraient en mesure de se prendre directement en charge.

Je le répète : il n'y a aujourd'hui de problème démographique dans nos pays qu'à cause du mode de financement des retraites que nous avons adopté.

HL : Faut-il mettre en place des politiques natalistes ?

MF : Non. Je ne le pense pas. Les gens sont libres de faire des enfants, ou de ne pas en avoir. Point à la ligne.

HL : Quelle est votre attitude vis-à-vis de l'immigration ?

MF : Si l'État-providence n'existait pas, si nous avions une complète liberté des marchés, il serait alors logique de laisser la porte grande ouverte à l'immigration. Mais avec l'État-providence c'est impossible. Sa présence implique de contrôler l'immigration.

HL : Les prestations sociales distribuées par l'État-providence ne sont-elles pas une forme de subvention qui attire l'immigrant en lui faisant miroiter le partage d'une sorte de capital viager ?

MF : Tout à fait.

HL : Une société libérale pourrait-elle s'accommoder de la liberté d'immigrer ?

MF : Une vraie société libérale, oui. Mais, comme je l'ai dit, avec l'État-providence, ce n'est plus possible. De toute façon, ne nous cassons pas la tête ! Ce n'est pas demain que nous vivrons dans de pures sociétés libérales... Il faut d'abord se demander ce que serait une telle société.

Ma définition serait la suivante : est " libérale " une société où les dépenses publiques, toutes collectivités confondues, ne dépassent pas 10 à 15 % du produit national. Nous en sommes très loin.

Il existe évidemment d'autres critères tels que le degré de protection de la propriété privée, la présence de marchés libres, le respect des contrats, etc. Mais tout cela se mesure finalement à l'aune du poids global de l'État. 10 %, c'était le chiffre de l'Angleterre à l'apogée du règne de la reine Victoria, à la fin du XIXe siècle. À l'époque de l'âge d'or de la colonie, Hong Kong atteignait moins de 15 %. Toutes les données empiriques et historiques montrent que 10 à 15 % est la taille optimale.

Aujourd'hui, les gouvernements européens se situent à quatre fois plus en moyenne. Aux États-Unis, nous en sommes seulement à trois fois[En France, nous en sommes à 55 % du PIB, autant pour ceyux qui crient au loup "ultra libéral, forcément ultra"]. Vous le voyez, nous ne sommes pas près d'autoriser une immigration libre !

[L'Etat, c'est un peu comme le mariage : le mariage, c'est résoudre à deux des problèmes qu'on n'aurait pas tout seul. L'Etat permet de résoudre ensemble des problèmes créés par l'Etat ; l'immigration en est un exemple frappant : les problèmes d'immigration ont grandi avec les Etats.]

mercredi, novembre 29, 2006

Y-a-t-il un mystère Ségolène ?

Le microcosme politico-médiatique français est une immense et très productive usine à conneries.

Aujourd'hui, la mode est de voir dans l'ascension de Ségolène Royal comme un mystère "électoral" fascinant.

Or, ça n'est en rien mystérieux : quand l'envie de maternage est si forte et la maternité si puissamment incarnée, il n'y a aucun mystère, la rencontre des deux est redoutable.

J'ai même la stratégie pour y faire face (à défaut d'avoir la tactique et les slogans) : ne pas essayer de faire concurrence sur le terrain de l'émotionnel et de l'humanité (c'est se placer sur le terrain de l'adversaire, ce qui est toujours une faute), jouer le rationnel, l'analyse, la vérité, le "je n'ai à vous offrir que du sang de la sueur et des larmes", la virilité, le détachement. Nicolas Sarkozy, ménageant le chou dirigiste et la chèvre libérale, est très mal parti.

Non, là où il y a un mystère Ségolène Royal, c'est dans ses capacités (ou ses incapacités).

Sa présidence de Poitou-Charentes et ses passages ministériels nous éclairent très peu et ce très peu n'est guère rassurant. Aujourd'hui, elle fait bien attention à ne pas laisser d'indices dans ce domaine.

Mais cette volonté d'évitement n'est déjà pas en soi bon signe.

Mais bah, Mitterrand, Chirac, Hitler, Mussolini n'ont pas été élus sur leurs compétences. (Un peu de provoc', juste pour le plaisir).

Les 300 jours de Verdun


Superbe livre. Le récit au jour le jour est illustré de la correspondance de combattants des deux camps et de très nombreuses photos. Seul regret, lae manque de plans, d'où une certaine désorientation.

Chacun y sera marqué par tel ou tel témoignage.

Par exemple, un infirmier français raconte qu'un blessé, avec un bandage à la tête répète de façon lancinante "Laissez moi dormir". Il lui enlève son bandage et une partie du cerveau lui coule dans les mains : il a le crâne défoncé. L'infirmier lui fait une piqure de morphine, et le laisse dormir, éternellement.

Je voudrais faire une réflexion un peu détachée mais qui nous ramène à l'actualité. Une thèse "politiquement correcte", rendue par le film ridicule Joyeux Noël voudrait que les soldats de la première guerre mondiale aient été forcés d'aller au combat contre leur gré (1). J'y voyais une thèse marxiste : la classe ouvrière et paysanne envoyée au massacre au moyen de méthodes atroces par la classe bourgeoise.

Mais je crois qu'il y a en fait quelque chose de plus actuel dont je ne m'étais pas assez avisé : à une époque où l'on réduit la démocratie au fait majoritaire, il devient insupportable de penser que la majorité peut se tromper, peut vouloir une guerre dévastatrice.

C'est d'autant plus comique, si l'on est adepte de l'humour noir, que cette thèse "politiquement correcte" vient de la gauche, des mêmes qui nous rebattent les oreilles du fascisme qu'ils croient voir à tous les coins de rue. Or, il y a une chose, parmi d'autres, que l'histoire des fascismes enseigne : que la majorité peut avoir tort.

(1) pour ceux qu'un tableau plus nuancé de la réalité intéresse : quand j'étais petit (ouh là, l'Antiquité ...), j'ai lu un bouquin, Ils étaient de leur village, paru en feuilleton dans la république du Centre, fait d'entretien avec des anciens du village de Josnes, en Beauce.

mardi, novembre 28, 2006

De la rude condition d'immigré

"Je ne suis pas d'ici. Donc je ferme ma gueule et je bosse."

Lino Ventura

J'ai déjà évoqué ce sujet, mais je soupçonne qu'il risque de revenir sur le tapis.

Autant je suis pour tous les droits de en faveur des immigrés (1), autant je suis contre les droits à.

Cette politique vis-à-vis des immigrés, où tout assistanat est proscrit, a été celle des USA lors des plus grandes vagues d'immigration et celle de La France jusqu'à, à peu près, la seconde guerre mondiale. Le slogan aurait pu en être "Aide-toi et le ciel t'aidera".

Pour rude qu'elle soit, elle présente plusieurs avantages :

1) Les immigrés sont forcés de s'intégrer ou de partir.

2) Ils ne peuvent rester que si ils sont économiquement performants.

L'assistanat actuel qui nous donne si bonne conscience, du moins à certains, est-il si efficace et si moral ?

En attendant que vous réfléchissiez à cette question, je vais vous raconter une histoire :

Je connais, bien contre mon gré, ce que les médias appelleraient pudiquement un "jeune issu de l'immigration en difficultés".

Décrivons le personnage : à 24 ans, il s'exprime avec cet accent et ce vocabulaire des banlieues si typique ; il n'exprime d'ailleurs pas grand'chose ; de culture, il n'a pas plus que d'idées.

Le travail ne passera pas par lui : il n'a jamais travaillé et il ne semble pas qu'il envisage de travailler jamais. Il vit chez ses parents dont il est le préféré (?) et attend le RMI. Et pour tromper son attente, il s'occupe à des trafics divers : "shit", scooters volés, portables "tombés du camion" et, sans doute, si l'occasion se présente, quelques "béhèmes" de passage.

Ses "activités" lui imposent des horaires décalés (il se lève vers les 15 h et se couche vers les 2-3 h) ; ce qui limite ses rapports sociaux en dehors du cercle de ses semblables. Ca n'est d'ailleurs pas plus mal, puisqu'en matière de rapports sociaux, il n'envisage que sa volonté et ses caprices libres, et qu'en cas de contrariété, aussi légère soit-elle, il dialogue avec ses poings.

En fait, il tombe très exactement dans la phrase de Le Pen qui n'est pas dans son cas, je le jure, une caricature : "L'ouvrier rentre chez lui harassé par le travail. Le jeune de banlieue a tout son temps pour faire un peu de musculation et sauter sa copine. Il est donc normal qu'il soit en pleine forme pour se battre avec la police."

Au fait, la police ? Il préfère l'éviter mais ne la craint pas outre mesure : il a déjà eu à faire avec elle sans conséquences trop pénibles.

Français de papiers, il dénigre tout ce qui est français, mais il n'est pas marocain.

Pense-t-il à prendre en main son destin pour sortir de cet état végétatif ? Nenni, s'il en est là, c'est la faute de la société. A-t-il de la fierté, de l'orgueil ? Nullement, il a juste de la susceptibilité, fort grande il est vrai.

Que sera-t-il à 30 ans ? 40 ans ? 50 ans ? Je l'ignore, mais je n'augure rien de bon, probablement un boulet vivant d'une manière ou d'une autre au crochet de la société.

Bien sûr, ce n'est qu'un individu, mais je suis bien prêt à parier qu'il n'est pas un cas isolé.

L'intégration ratée n'est pas tant la sienne, il est français de naissance, que celle de ses parents.

Je connais aussi des exemples d'intégration réussie, mais je me demande si on peut raisonner en termes arithmétiques : combien d'intégrations réussies pour compenser un fouteur de merde, unn parasite ?


(1) : il ne s'agit pas d'en revenir aux "ritalonades" du XIXème siècle.

lundi, novembre 27, 2006

Le papy-krach (Bernard Spitz)

Bernard Spitz, dans la lignée de ses livres sur l'étatisme français et ses méfaits, explique que l'alliance des retraités d'après-guerre et des baby-boomers a réussi, aux dépens des jeunes générations, actuelles et à naître dans les deux prochaines décennies, un hold-up d'importance historique.

Le constat n'est en lui-même plus à faire : seuls ne voient pas ceux qui s'obstinent, le plus souvent par intérêt bien compris, à ne pas voir et s'évadent dans des solutions qui n'en sont pas ("un autre monde est possible" et patati et patata).

L'un des points qui frappent le plus Spitz, et moi aussi, c'est que les jeunes depuis vingt ans se sont évertués à combattre contre leurs propres intérêts : voir défiler côte à côte un étudiant et un conducteur de train SNCF, c'est rencontrer la condamné solidaire de son bourreau.

Ceci étant dit, voici le scénario catastrophe que B. Spitz imagine, dont je ne sais si il est le plus probable, mais qui est celui qui prolonge les tendances actuelles.

Si nous suivons notre pente, les jeunes de 2030 (donc ceux qui naissent en ce moment) seront soumis à la triple peine :

1) Du fait de l'absence de réforme du système éducatif et de réforme de la fiscalité, pour éviter de bousculer les personnels et les habitudes, les jeunes les plus talentueux émigrent, pour étudier et pour travailler. Restent donc au pays ceux qui sont comparativement les moins qualifiés et donc les plus soumis à la pression des pays dits émergents.

2) Le fardeau du système de santé et du système de retraite pèse de plus en plus lourd sur des épaules de moins en moins nombreuses, de moins en moins qualifiées, pour servir des retraités de plus en plus nombreux et qui vivent de plus en plus longtemps.

3) Les jeunes en question souffrent non seulement pour servir le système de santé et de retraite de leurs parents mais sont de plus assurés que leur propre retraite et leur système de santé seront dégradés par le manque de moyens.

Comme le fol égoïsme des vieux que traduit ce scénario est difficilement supportable, même par un cégétiste cheminot (quoique ...), on comprend qu'on essaie de nous expliquer qu'un sou n'est pas vraiment un sou, qu'il n'y qu'à se servir dans la poche des riches, qu'il existe une autre logique et autres contes pour enfants.

Foutaises que tout cela ! Les solutions sont connues : reculer l'âge de la retraite et dévrouiller les monopoles étatiques, à commencer par le système éducatif. Chiche ?

vendredi, novembre 24, 2006

Une Europe en bout de course ?

J'ai encore piqué ça à Ludovic Monnerat. Cette thèse est pour moi une quasi-évidence pour des raisons démographiques et politiques.

L'histoire n'est cependant pas écrite et peut nous réserver des surprises ; et puis, il me restera toujours les USA, je ne détesterai pas vivre à New-York ou en Californie quand l'Europe sera devenue une république islamique plus ou moins déguisée.

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Une Europe en bout de course ?

Tel est le thème du dernier livre de Mark Steyn, dont un résumé est fourni par Daniel Pipes (traduit par Alain-Jean Mairet). On y retrouve les réflexions bien connues de l'éditorialiste canadien sous la forme d'une thèse brutale, la fin de l'Europe telle que nous la connaissons en raison de la colonisation islamique en cours :

En arrivant ainsi dans une période de faiblesse démographique, politique et culturelle, les Musulmans transforment profondément l’Europe. « L’Islam a la jeunesse et la volonté, l’Europe a l’âge et le bien-être. » En d’autres termes : « L’Islam pré-moderne prend le dessus sur le Christianisme postmoderne. » Steyn prédit carrément que la majeure partie du monde occidental « ne survivra pas au XXIe siècle et une grande partie, dont la plupart sinon la totalité des pays européens, disparaîtra pendant notre génération ». Et il ajoute, avec un accent dramatique encore plus prononcé, que nous assistons à « la fin du monde tel que nous le connaissons ».

Les prédictions de ce type sont évidemment une extrapolation de la situation actuelle, et partent du principe qu'aucune réaction n'aura lieu en Europe ces prochaines années et décennies. Une telle démarche joue donc un rôle-clef dans la prise de conscience des menaces futures...

jeudi, novembre 23, 2006

En relisant Hayek

Un petit rappel au fil d'une relecture : F. Hayek affirme que le libéralisme est la seule philosophie politique moderne. Sa pensée, fort riche, s'articule comme suit :

> Il existe deux types d'ordres pour une société : l'ordre construit et l'ordre spontané.

> L'ordre construit est celui qui est décidé par un entité humaine, planifié. Il est assez adapté à des sociétés archaïques dont le fonctionnement peut être envisagé comme simple et dont on peut espérer, souvent illusoirement, maîtriser les déterminants. Les promoteurs d'un ordre construit, étatistes, socialistes, marxistes, monarchistes, écologistes, sont regroupés par Hayek sous le terme de "constructivistes".

> L'ordre spontané est celui qui est généré par les interactions entre hommes à partir de principes et de règles fondamentales. Il est particulièrement adapté aux sociétés complexes, où la maîtrise est une illusion. Si les règles de bases sont bien choisies, on ne sait pas à quel résultat on aboutira, mais on peut pronostiquer qu'il garantira les droits fondamentaux de tous les hommes et donnera satisfaction à la plupart d'entre eux.

> L'ordre spontané est plus efficace que l'ordre construit. Ce n'est pas un pronostic, c'est un fait d'expérience : ces deux systèmes ont été suffisamment testés tout au long du vingtième siècle pour qu'il n'y ait plus aucune ambiguité sur la question.

Hayek récuse toute notion de "justice sociale", de "solidarité" obligatoire imposée par l'Etat comme des valeurs tribales utilisées à tort dans une société développée et masquant l'usage de la force étatique par des groupes de pression au mépris des droits élémentaires. (Par exemple, notre fameuse "solidarité" devant la maladie fait qu'un ouvrier cotise pour un cadre. En effet, le cadre, mieux informé et vivant plus longtemps, profite de la Sécu plus qu'il cotise alors que pour un ouvrier, c'est l'inverse)

> Pour expliquer cette différence d'efficacité, Hayek utilise la notion d'information. L'ordre construit suppose des être supérieurs, omniscients, capables de connaître parfaitement l'état de la société et parfaitement les conséquences de leurs décisions jusque dans les moindres détails. Ces êtres n'existent évidemment pas (sauf à l'ENA).

Pour entretenir néanmoins l'illusion de l'omniscience, on est obligé de simplifier considérablement le fonctionnement de la société, d'où le recours à la dictature totalitaire (et la fabrication de bottes de 5 kg en URSS à partir du jour où le Plan décidé de mesurer la production de bottes par la masse).

En réalité, la macro-économie n'existe pas, les "agrégats statistiques" chers à nos technocrates ne signifient rien car ils perdent trop d'information en route. Par contre, deux acteurs économiques interagissant font intervenir toute l'information dont ils disposent, rien n'est perdu.
Ainsi, l'agent immobilier qui "sent le marché" ou le menuisier qui a un certain tour de main disposent d'informations intraduisibles en statistiques.

En conséquence, l'ordre spontané, somme d'interactions où chacun fait intervenir toute l'information dont il dispose, est plus efficace que l'ordre construit, où tant est perdu.

> Un des porteurs d'information les plus puissants est le prix. Le marché est un mécanisme de découverte et le signal est le prix : j'introduis un produit, il plaît, il est désirable, utile, je le vends, je peux augmenter mon prix. Le prix est un signal d'utilité, de désirabilité, mais il est aussi un signal d'optimisation des ressources : certes, à tel prix, je vends tel produit, mais, vu ce qu'il me coûte à produire, est-ce bien la peine de le vendre à ce prix ? En d'autres termes, le prix permet d'arbitrer le rapport utilité-désirabilité / coût de production-utilisation des ressources (1).

On notera qu'Hayek a écrit tout cela bien avant qu'internet existe. Or internet ne fait que renforcer cette analyse : tous les comparateurs de prix, les sites d'enchères, etc. permettent à toujours plus d'acheteurs d'être en contact avec toujours plus de vendeurs en optimisant de plus en plus leurs transactions en connaissance de cause.

D'une manière générale, l'évolution des techniques, en ouvrant l'éventail des moyens mis à la disposition des individus, renforce la pertinence des analyses des libéraux (2). C'est un des éléments qui permettent à Hayek de dire que le libéralisme est la seule philosophie politique moderne. Les socialistes qui persistent à analyser la société en termes (avoués ou sous-entendus) de classes font peinent à voir.

> Hayek dès les années 50 insistait sur le danger qu'il y avait à ce que le respect de la démocratie dérive en culte du vote et du fait majoritaire. Quand on entend tout le barnum autour de Ségolène Royal par exemple, on ne peut qu'y penser : qu'a-t-elle pour elle aujourd'hui que d'avoir gagné une élection microcosmique ? Il rappelait qu'au-dessus de la volonté de la majorité, il y avait le respect des droits élémentaires et que la majorité n'était pas libre d'oppresser les minorités, thème très tocquevillien.

Enfin, comme la pensée et l'homme sont indissociables, qu'il me soit permis de signaler que Hayek était considéré comme modeste et charmant par tous ceux qui l'ont connu. Quand je me remémore l'ego surdimensionné de certaines stars du marxisme, je ne peux m'empêcher de voir dans cette différence un trait significatif jusque dans la philosophie.

(1) : C'est pourquoi, à condition de partir de règles et de droits de propriété clairs, les questions écologiques se résolvent d'elles-mêmes dans une économie de marché, puisqu'ils sont un exemple d'optimisation utilité/coût, sauf à ne regarder que le coté "utilisation des ressources" sans jamais se pencher sur le coté "utilité". C'est d'ailleurs à quoi tendent les écologistes radicaux : toujours regarder ce que cela coûte à la nature sans regarder ce que cela rapporte à l'homme ; en cela, ils sont cohérents avec le fondement constructiviste misanthrope de leur philosophie.

(2) : Les techniques modernes peuvent aussi être exploitées par les Etats pour surveiller et punir (cf la Chine), mais dans un cadre de droit où la liberté est garantie, elles favorisent l'épanouissement et la mise en oeuvre de cette liberté.

Suez-GDF : je me marre ...

La fusion Suez-GDF est gravement retardée, voire compromise, suite à une erreur de GDF dans la procédure d'information et de consultation du personnel.

Ceux qui connaissent le dossier trouvent cela lamentable mais ne sont pas particulièrement surpris : ils savent que JF Cirelli, patron de GDF, n'a pas la carrure du poste.

Alors pourquoi est-il à ce poste ?

J'ai oublié de vous dire : c'est un ancien conseiller de Jacques Chirac, qualification amplement suffisante à garantir vos capacités de PDG, comme l'a si bien prouvé Noël Forgeard.

mercredi, novembre 22, 2006

Help : bien élus pour mal gouverner

Nicolas et, bien plus encore, Ségolène me font penser à ce paradoxe de la politique : les qualités nécessaires pour être élu ne sont pas celles qu'il faut pour gouverner, elles peuvent mêmes être des défauts pour gouverner.

Qui a étudié et développé ce paradoxe démocratique ? Son nom m'échappe ; mais je suis sûr qu'un de mes intelligents lecteurs a la réponse.

lundi, novembre 20, 2006

Toujours la camarade Sainte Ségo

Une petite reprise du site de François Delpla. Je suis suffisamment souvent en désaccord avec lui, pour ne pas me priver de signaler les points d'accord :

La politique c’est la glèbe, c’est lourd, ça sent la sueur, le compromis minable et pour ceux mêmes qui prennent de la hauteur, qui la font au niveau du mythe, les Churchill, les de Gaulle, les Hitler même, c’est travaux forcés tous les jours et descente dans mille détails, comme les gammes du virtuose. Bosseuse Ségolène oui c’est sûr, mais sur sa propre image, longuement réglée devant le miroir et pour le reste, impro et culot [c'est l'avis unanime des nombreux qui ont travaillé avec elle ... Et l'ont quittée] Ce qui compte c’est la France dans la mondialisation, sa capacité à entraîner l’Europe (en n’étant pas seule à pousser de préférence) pour parler d’égal à égal avec les inquiétants mastodontes d’Asie et d’Amérique... et nous irions voter pour quelqu’un qui évite soigneusement le sujet ? Et au nom de son sexe ?

C'est très bien, cher François, mais, à moins d'en accuser le petit Nicolas, ce qui semble un peu gros, il faudra se demander comment on en arrive à cette défaillance intellectuelle qui consiste à présenter comme candidat du principal parti de gauche une image (presque d'Epinal).

Pour moi, l'explication est simple : c'est un symptôme de la plus vaste défaillance intellectuelle consistant à faire de l'Etat une mère (abusive) et du libéralisme, ultra, forcément utra, l'ennemi. Mais je me doute que ce n'est pas votre explication.

Ségolène Royal, la moderne antimoderne

Visiblement, je ne suis pas le seul à être très inquiet des accents profondément liberticides de la maldonne (comme dirait F. Delpla) du néo-socialisme à la française.

Je vous ai déjà répété au point de radoter cette réponse "royaliste" qui est une définition de société liberticide : ne croyez vous pas par vos propositions de faire une société trop surveillée ? "Non, pourvu que tout le monde reste à sa place."

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Ségolène Royal, la moderne antimoderne

LA CHRONIQUE (Le Figaro) d'Alain-Gérard Slama. Publié le 20 novembre 2006

La victoire sans partage de Ségolène Royal aux primaires organisées par François Hollande traduit la profonde transformation vécue par la société française, bien plus qu'un quelconque aggiornamento blairiste du socialisme à la française. Le Financial Times ne s'y est pas trompé, en notant, le 16 novembre dernier, que la candidate du PS, jugée à l'aune de ses projets, a « dix ans de retard » par rapport à l'hôte de Downing Street.

[...]

Mais si l'on regarde de près les « marqueurs » de la propagande de l'ancien ministre de l'Environnement, de l'Enseignement scolaire ou de la Famille, on constate qu'ils cherchent dans des solutions de proximité les réponses aux problèmes posés par l'intégration et la reconstruction du lien national. Aucun ne tend à rendre les citoyens plus responsables. Ils relèvent, pour la plupart, de la palabre communautaire - le blog - favorisée par la Toile et du « toujours prêt » secouriste, plutôt que de la solidarité et de l'intégration.


La pente de sa personnalité, influencée par les nouveaux théoriciens de la démocratie participative, incline Ségolène Royal à ne pas distinguer la sphère publique de la sphère privée, le politique du social, la prévention de la sanction, et à mettre en place un État à la fois transparent et s'occupant de tout, et d'autant plus liberticide qu'il sera plus faible. On ne trouve rien, dans ces orientations, qui marque une rupture avec la culture socialiste.


Chacun sent, en ce moment, que la France est sur le fil. Pour des raisons historiques, qui tiennent à sa forte tradition étatiste et au rôle central des aristocraties intellectuelles dans sa culture politique, elle est, de toutes les démocraties, celle qui réagit au choc de la mondialisation de la façon la plus sensible, et, par là même, la plus contradictoire.


Partagée entre, d'un côté, une fascination collective pour le « changement » qui a peu de précédents et, de l'autre, une menace de paupérisation qui touche, au-delà des chômeurs, au moins trois millions de personnes, la démocratie française peut aussi bien renouer avec un élan de modernisation exaltant les capacités de responsabilité et d'initiative de la société civile, que régresser vers une situation qui cumulerait les effets pervers de l'égalitarisme socialiste et de replis corporatistes et identitaires en totale contradiction avec l'esprit des Lumières [je penche pour cette deuxième hypothèse].


Si l'on en juge par les dynamiques de plus en plus perceptibles dans l'intense activité de remise en cause du « déclin » français, on pourrait même espérer que notre pays joue un rôle moteur dans la mise en place des solutions les mieux adaptées aux besoins actuels de l'Europe. Car il est le mieux placé pour tenir ensemble les fils de la modernité et les principes républicains.


La Grande-Bretagne et les Pays-Bas souffrent de l'échec de leur politique d'intégration. Les pays scandinaves résolvent leurs problèmes d'emploi au prix d'une normalisation des conduites sociales qui, pour être intériorisée, n'en est pas moins liberticide. Une voie royale s'ouvre à Nicolas Sarkozy, le « moderne » d'en face, s'il tire les leçons de ces expériences [ce que je ne crois pas qu'il fera. Je pense que nous sommes condamnés à boire jusqu'à la lie le calice de l'étatisme maternant, après quoi les composantes individualistes et libérales, voire libertaires, de la culture française finiront par reprendre le dessus, quand, comment, dans quelle mesure, je l'ignore. Peut-être sera-t-il trop tard pour que cela arrive de notre vivant, après tout, l'Espagne s'est bien endormie 400 ans.]

vendredi, novembre 17, 2006

La victoire de Ségolène au Pays des Merveilles

Comme je vous l'indiquais dans le message Le mystère Ségolène expliqué par un Américain, la force majeure de Ségolène Royal est de conforter les Français dans leur déni de réalité. Et l'on sait à quel point le déni de réalité est un moteur psychologique puissant, ce qui augure bien de la bataille présidentielle pour SR.

La politique a toujours supposé une part de mythe. C'est quand le mythe mange le cerveau que l'on dérape et que l'on en vient à considérer, contre toute réalité, par exemple, que tous les problèmes de l'Allemagne sont causés par la juiverie cosmopolite (1).



JM Bockel avait averti les socialistes en leur disant qu'à refuser d'accepter le libéralisme, ils se condamnaient à ne pas comprendre le monde et à rester impuissants. Ca y est, c'est fait : ils ont voté pour l'image, l'icone, plutôt que pour le discours, c'est dire qu'ils sont allés au bout de la vacuité intellectuelle qui caractérise le socialisme français.

Ce déni de réalité nécessite plusieurs conditions, dont une situation perçue comme mauvaise qui s'éternise et des politiciens qui contournent les réalités "parce qu'il ne faut pas le dire."

Vous comprenez que SR n'est pas ma tasse de thé, mais j'espère, si elle élue (il faudra faire avec), que dans son discours, où il y a à boire et à manger, elle choisira plutôt le coté méritocratique que le coté archéo-marxiste.



(1) : attribuer les problèmes de la France à l' "ultralibéralisme" n'est pas plus intelligent que de les attribuer aux juifs (il y a d'ailleurs une parenté entre les deux accusations), c'est seulement moins méchant.

mercredi, novembre 15, 2006

La madonne du néo-socialisme et le temps de travail des profs

Pauvre Ségolène : comme il sied à une personne ayant son légendaire courage, elle dit des choses en privé qu'elle refuse de répéter en public.

La question est de savoir si les profs devarient faire 35 h de présence dans leur établissement scolaire. Quelques remarques :

> quiconque connaît des profs sait qu'ils sont peut-être victimes, pour certains, du stress, mais certainement pas de la quantité de travail. Toutes les fariboles sur les "nombreuse heures de correction et de préparation des cours" sont à mourir de rire. Non pas qu'elles soient inexistantes, mais, d'une part, il n'est pas sûr que le tout fasse 35 h, d'autre part, pourquoi ne pas faire ces activités à l'école ?

> quand bien même les professeurs feraient 35 h hebdomadaires de présence à l'école, ils auraient encore des vacances longuissimes.

Un indice qui ne trompe pas : tous les profs que je connais ont un "hobby" (randonnée, photo, société d'histoire locale, édition de BD, etc.) auquel ils consacrent beaucoup de temps ; ce qui n'est pas vraiment le cas de beaucoup salariés du privé de ma connaissance.

Comme le temps consacré à la vie de famille ne me semble pas différent (à moins que les profs soient plus mauvais parents !), que le temps de sommeil doit être le même (les profs ne sont pas des surhommes), je suis bien obligé d'émettre l'hypothèse que c'est un temps de travail plus court qui permet aux profs de dégager plus de temps de loisir. Ce qui est évidemment un secret de polichinelle.

Bien sûr les profs hurlent au martyre social suivant l'axiome, plus vrai encore en France qu'ailleurs, que la victoire politique n'est pas liée à la justesse de la cause, mais à la puissance vocale et syndicale des parties en présence.

Est-ce pour autant une priorité de l'Education Nationale de faire travailler les profs plus longtemps ? Bien d'autres choses me paraissent plus importantes, pourtant ça ne pourrait pas faire de mal.

Reste à savoir ce que cela nous apprend sur Mme Royal. A vrai dire, pas grand'chose : juste une confirmation. Son texte, c'est du vent, mais la musique est plaisante.