dimanche, mai 31, 2020

La médecine française, ce grand corps malade (de la tête).




Les maux politiques et intellectuels qui ont frappé la France ont été ceux de la plupart des pays occidentaux mais, chez nous, ils furent particulièrement aigus.

Face à l'épidémie, la stratégie à suivre était simple, puisque préparée dans des plans qu'il suffisait d'appliquer : détecter, isoler, soigner. Avec les moyens du bord, faute d'autres moyens. C'est ce que Didier Raoult a fait dans son IHU de Marseille, ajoutant qu'il fallait essayer des médicaments immédiatement disponibles, et non des médicaments expérimentaux,  d'où son essai de la chloroquine associée à l'azythromycine. S'appuyer sur la médecine de ville, comme prévu au plan.

Le raisonnement est limpide, carré. Le reste n'est plus qu'une question d'action et d'organisation.

Alors pourquoi la France a-t-elle fait tout autre chose ? Renvoyer les gens chez eux sans les soigner, décider le confinement généralisé, interdire la chloroquine, empêcher les médecins de ville de travailler ?

Et, surtout, objet de ce billet, pourquoi beaucoup de médecins (souvent très sonores) ont-ils soutenu et soutiennent-ils encore cette politique absolument contraire au bons sens médical le plus élémentaire ?

La polémique s'est concentrée sur Didier Raoult et sur la chloroquine. Mais le sujet est plus vaste, comment se fait-il que des médecins ont défendu la décision de ne pas soigner plutôt que d'utiliser un médicament hyper-connu mais pas validé dans cette indication ? Comment se fait-il que des médecins ont approuvé un confinement qui est une décision irrationnelle du point de vue médical ?

Bien sûr, certains médecins ont sauvé l'honneur et échappé au ridicule, Perronne à Garches, Maudrux sur son blog. Mais, dans l'ensemble, ce n'est pas glorieux : j'ai appris qu'il fallait à tout prix éviter de mettre les pieds à la Pitié-Salpétrière quand on est malade.

Raoult l'explique tout simplement par l'incompétence de ses collègues. Mais d'où vient-elle, cette incompétence, qui semble logée non pas dans le manque de connaissances mais dans une façon de raisonner boiteuse ?

C'est là que la notion de « corruption systémique » de Jean-Dominique Michel intervient. Il ne s'agit pas de corruption financière (même s'il y a un lien) mais de corruption intellectuelle : c'est le scientisme. Cette attitude consiste à considérer que n'est science que ce qui est mesurable et que la médecine est une science et non un art. D'où l'idée que ne serait de la médecine que ce qui est mesurable. Ses partisans baptisent cette croyance « la médecine basée sur les preuves » (comme si les médecins n'avaient de tout temps chercher des preuves. Les scientistes ont en commun d'être très ignorants de la philosophie et de l'histoire).

JD Michel dit avec humour que la seule chose mesurable exhaustivement est le cadavre, que tant que la médecine aura à faire à des hommes vivants, il y aura une part conséquente de non-mesurable.

J'ai eu quatre ou cinq conversations avec des scientistes, sur Twitter et ailleurs, où j'exposais le bon sens de l'asymétrie des risques pour le protocole IHU et, après la réponse systématique « tu n'y connais rien, tu racontes n'importe quoi » (beaucoup de tutoiement, c'est significatif), je posais ma question assassine « Citez moi s'il vous plaît un exemple de découverte majeure permise par 'la médecine basée sur les preuves' ». Pour l'instant, pas un ne m'a répondu.

Je me suis renseigné de mon coté, il y a quelques améliorations mineures, pas négligeables pour les malades qui en ont bénéficié, mais rien d'important.

Bref, la « médecine basée sur les preuves » est une croyance ... sans preuves !

Est-ce que cette épidémie aura l'effet heureux de faire reculer le scientisme ? J'en doute.






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